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La charia et la polygamie : (1/4)


La polygamie en question

Khalid Chraibi

A Rachida Benchemsi

« Une vie conjugale heureuse dépend de la sincérité, de la tolérance, du


sacrifice et de l'harmonie dans le couple. Toutes ces qualités sont menacées
lorsqu'il y a polygamie. » Mortada Motahari (1)

Dans les sociétés islamiques, les hommes sont autorisés à épouser jusqu'à 4 femmes à
la fois, à la condition de pouvoir les traiter avec équité et d'avoir des ressources suffisantes
pour pouvoir subvenir aux besoins de plusieurs ménages.
Mais, dans la pratique, ces conditions sont rarement respectées. Compte tenu de ce
dérapage dans l'application des conditions instituées dans le Coran pour la pratique de la
polygamie, et des effets néfastes de cette pratique sur la vie quotidienne des femmes et des
enfants vivant dans un foyer polygame, tant sur le plan matériel que moral, les ONG
féminines réclament, depuis plusieurs décennies, soit son interdiction pure et simple, soit, si
cela n'est pas possible, du moins l'institution de contrôles sévères pour réduire ses effets
pernicieux sur les familles et sur la société.
Du fait que le statut de la polygamie est défini dans des versets coraniques, les
oulémas sont concernés au premier plan par cette question. Dans leur majorité, ils sont
partisans du maintien du laisser-faire qui a prévalu jusqu'ici dans ce domaine. Ils estiment que
chaque homme est responsable de ses actes devant Dieu, comme l'enseignent les juristes
musulmans depuis les temps de la Révélation.
Mais, au 19è s., le mufti d'Egypte Muhammad Abduh a ouvert la voie à de nouveaux
axes de réflexion sur cette question, en affirmant qu'en droit musulman, non seulement le
mari, mais sa femme également, a des droits institués par la charia. D'après lui, ces derniers
doivent être respectés au même titre que ceux du mari.
Analysant le dossier de la polygamie dans cette nouvelle optique, il débouche sur la
conclusion qu'il est licite, en droit musulman, d'interdire la polygamie, compte tenu de tous
ses effets pernicieux sur les familles et sur la société, qui dépassent très largement tous les
« bienfaits » que les hommes peuvent en retirer, sur un plan purement sexuel.
La polygamie en perspective
La polygamie (ou plus exactement la polygynie, c'est-à-dire le mariage d'un homme
avec plusieurs femmes) a communément existé dans les sociétés humaines depuis les temps
les plus anciens. Les différentes religions l'ont explicitement acceptée ou tacitement tolérée
pendant des siècles, avant de l'interdire parfois, comme ce fut le cas du Judaïsme et du
Christianisme.(2) (3)
En Arabie, au début du 7è siècle, les Arabes pratiquaient une polygamie débridée,
certains hommes prenant jusqu'à 10 épouses et plus, à la fois, en fonction de leurs moyens.
L'Islam réforma cet état des choses, plafonnant à quatre le nombre de femmes qu'un homme
pouvait épouser en même temps, et uniquement s'il remplissait certaines conditions. Mais, il
appartenait à chaque individu de déterminer par lui-même s'il les satisfaisait.
Depuis le milieu du 20è siècle, sous la pression conjointe des mouvements féministes,
des mouvements nationalistes et des intellectuels, certains Etats ont institué des procédures de
contrôle du régime de la polygamie, qui diffèrent d'ailleurs d'un pays à l'autre. Ces procédures
ont été, dans l'ensemble, peu efficaces, parce qu'elles se basent sur des critères d'ordre
qualitatif, qui laissent une grande marge de manœuvre à l'appréciation des magistrats et des
notaires chargés de leur application.
Cependant, aujourd'hui, dans la majorité des sociétés islamiques, la polygamie est sur
le déclin, du fait de nombreux facteurs, dont les conditions socio-économiques plus difficiles
et le niveau d'éducation plus élevé. Elle concerne, le plus souvent, moins du dixième des
foyers, et est plus répandue en milieu rural qu'urbain. Son taux est particulièrement élevé dans
les familles aux revenus modestes, et au faible niveau d'éducation, alors qu'elle diminue de
manière considérable, au fur et à mesure que le niveau de revenu et d'éducation du chef du
foyer augmente. ( 4) Depuis quelques années, elle retrouve une nouvelle vigueur dans certains
pays, du fait de sa promotion par les groupes fondamentalistes.

La polygamie en question
La polygamie se justifie-t-elle dans le monde musulman, en ce début du 21è siècle ?
Les associations de défense des droits des femmes répondent par la négative. Elles soulignent
ses effets néfastes sur la femme, les enfants et la vie quotidienne au foyer, lorsque le mari
prend une nouvelle épouse. De plus, la polygamie réduit de manière considérable les
ressources du foyer, quand le même revenu du mari doit être redistribué de manière équitable
entre plusieurs épouses et leurs enfants. La communauté elle-même se trouve concernée,
parce que des femmes et des enfants en grands nombres se retrouvent abandonnés sans
ressources et sans abri, par un mari et un père parti vivre avec sa nouvelle femme.
Afin de réduire les méfaits importants et amplement documentés de la polygamie, les
associations féminines du monde musulman réclament une application plus stricte des
prescriptions coraniques en la matière, (5) voire même l'interdiction de la polygamie, comme
le fit la Tunisie en 1956. (6)
Mais, les Etats musulmans, ultimes décideurs en la matière, ont des points de vue très
divergents sur ce qu'il est approprié de faire en ce domaine. D'une part, les versets coraniques
relatifs à la polygamie (et en particulier les conditions qu'ils imposent) sont interprétés
différemment, d'un Etat à l'autre. D'autre part, pendant treize siècles, un état de laisser-faire a
prévalu sur cette question, que les responsables politiques et religieux sont réticents à
bousculer trop vigoureusement.
Le seul point sur lequel les Etats, les théologiens et les juristes musulmans font une
quasi-unanimité, c'est la question de l'interdiction de la polygamie réclamée par certaines
associations féminines. Une telle interdiction serait illicite, de leur point de vue, parce qu'elle
équivaudrait à rendre illicite ce que Dieu a déclaré licite, puisque c'est le Coran lui-même qui
a explicitement défini le statut juridique de la polygamie.

Le statut juridique de la polygamie


Les versets 3 et 129 de la sourate « an-Nissa » (n° 4) du Coran énoncent les règles de
base concernant la pratique de la polygamie dans la société musulmane :
« 3. Si vous craignez de n'être pas équitables en matière d'orphelins... alors épousez ce
qui vous plaira d'entre les femmes, par deux, ou trois, ou quatre. Mais si vous craignez de
n'être pas justes, alors seulement une, ou contentez-vous de votre droite propriété, plus sûr
moyen d'échapper à la partialité. »
« 129. Vous ne pourrez être justes envers vos épouses, même si vous y veillez. Du
moins, n'allez pas jusqu'au bout de votre penchant, jusqu'à laisser la (défavorisée) comme en
l'air. » (7)
Pour bien saisir le sens de ces versets, et l'importance des règles qu'ils instituent, il faut
les replacer dans le contexte de l'époque de leur Révélation.
En Arabie, avant l'Islam, les tribus étaient souvent en conflit, et subissaient de lourdes
pertes en hommes. Il en résultait, au niveau de la communauté, un excédent de femmes en état
de se marier, par rapport aux hommes. En fonction de leur libido, de leur état de santé et de
leurs moyens financiers, les hommes avaient pour habitude d'épouser autant de femmes qu'ils
le voulaient, ce qui aidait à résorber une partie de cet excédent. La polygamie, qui était
pratiquée sans aucune restriction, à l'époque, répondait ainsi à un besoin social, même si ses
adeptes ne pensaient qu'à satisfaire leurs désirs sexuels personnels. Cependant, les épouses ne
jouissaient d'aucun droit et servaient, avant toute chose, à satisfaire les désirs de leur mari. (8)
Par ailleurs, à l'époque de Révélation de ces versets, il y avait à Médine de nombreuses
filles orphelines disposant de richesses personnelles, vivant sous la tutelle d'hommes qui
envisageaient de les épouser pour mettre la main sur leurs biens. Mais, ces hommes se
demandaient, malgré tout, en toute sincérité, si cela était compatible avec les enseignements
de la foi à laquelle ils s'étaient convertis.
Le verset 3 s'inscrit dans le contexte de cette situation. Il décourage les hommes de tels
agissements, leur recommandant de chercher d'autres femmes à épouser, en dehors de celles
sous leur tutelle. Mais, il réforme à cette occasion le statut de la polygamie. Il plafonne à
quatre le nombre maximum d'épouses par homme, et établit des conditions et des exigences
que l'homme doit satisfaire, « de telle sorte que se marier avec plus d'une femme n'est pas
donné à n'importe qui, n'importe comment. » (9)

La condition d'équité envers toutes les épouses


D'après les juristes, le verset 3 impose à l'homme la nécessité de réserver un traitement
juste et égal à toutes ses épouses, dans tous les domaines, sur le plan matériel, en respectant
scrupuleusement les droits de chacune, sans témoigner de préférence à aucune d'elles par
rapport aux autres. S'il craint de ne pas pouvoir faire cela, il doit se limiter à une seule épouse.
De telles règles constituaient une innovation fondamentale en Arabie.
Le verset 3 impose également au mari d'avoir des ressources financières adéquates
pour subvenir aux besoins de plusieurs foyers, avant qu'il n'ait le droit de prendre plus d'une
femme. Les capacités physiques et sexuelles du mari sont également des facteurs dont il doit
être tenu compte.
L'islam n'encourageait donc pas la polygamie. Bien au contraire, il la restreignait,
puisqu'il limitait, désormais, à quatre le nombre de femmes qu'un homme pouvait prendre
simultanément, et établissait la contrainte de l'équité à respecter. Le verset 129 avertissait,
pour sa part, les hommes qu'ils ne pourraient pas faire preuve d'équité (dans les sentiments
qu'ils ressentiraient, en leur for intérieur), envers plusieurs épouses. (10) Mais il n'interdisait
pas la pratique. Il appartenait à chaque homme de prendre ses responsabilités en la matière, de
décider en son âme et conscience s'il serait capable de faire preuve d'équité, sur le plan
matériel, et s'il serait capable de subvenir aux besoins de toutes ses femmes dans les
conditions fixées par le Coran.

Justification de la polygamie dans des circonstances exceptionnelles


De nombreux auteurs estiment que la polygamie se justifiait, au temps de la
Révélation, du fait des circonstances très particulières de l'époque. (11) On cite souvent, à ce
propos, l'exemple du Prophète, qui s'est marié à plusieurs femmes, pendant les dix dernières
années de sa vie, du temps de son séjour à Médine. « C'était une période de guerres, et il y
avait un très grand nombre de femmes qui n'avaient personne pour s'enquérir de leur sort. La
plupart des femmes du Prophète étaient veuves ou âgées. Beaucoup d'entre elles avaient des
enfants de leurs ex-maris. » (12)
D'après ces auteurs, la polygamie peut continuer de se justifier, dans les temps
modernes, dans des circonstances exceptionnelles. Par exemple, à la suite d'une guerre
meurtrière qui a décimé les hommes au front, le nombre de femmes en âge de se marier peut
largement dépasser celui des hommes. (13) De même, si l'épouse est stérile, ou si elle est
atteinte d'une maladie qui l'empêche d'avoir des rapports sexuels avec son mari, la majorité
des auteurs pensent que le mari devrait pouvoir prendre une deuxième femme. (14)
Mais, tous les juristes soulignent que la pratique de la polygamie n'est légitime, en
Islam, que lorsqu'elle est assortie des conditions et des limites prescrites dans le Coran ; et
uniquement lorsque ces conditions sont scrupuleusement et rigoureusement respectées.
Or, observe le philosophe Mortada Motahari à ce propos : « Pour être équitable, il faut
dire que le nombre de ceux qui respectent la lettre et l'esprit de toutes les conditions prescrites
par l'Islam concernant la polygamie, est insignifiant. » (15)

Notes
(1) Mortada Motahari, « L'Islam et les droits de la femme », Ed. Al Bouraq, 2000, p.
305
(2) Gamal A. Badawi, « Polygamy in Islamic law »
(3) Eric Chaumont, article “Polygamie”, Dictionnaire du Coran, Robert Laffont,
Bouquins, Paris, 2007
(4) Mohamed Chafi, “La polygamie”, Marrakech, 2000

(5) Sisters in Islam, Malaysia, Reform of the Islamic family laws on Polygamy, 11
December 1996, a memorandum to the Malaysian authorities
(6) Collectif 95 Maghreb-Egalité : “Cent mesures et dispositions pour
une codification égalitaire des Codes de Statut Personnel”, 1995
(7) Le Coran, Traduction par Jacques Berque, Edition de poche, Albin Michel, Paris,
2002, p. 95 et p. 113
(8) Muhammad Abduh, « fatwa fi ta'addud al-zawjate » (fatwa sur la polygamie) dans
“al-A'mal al kamila” (Oeuvres complètes éditées par Muhammad Amara) tome 2, 1ère éd.
Beyrouth, (1972), p. 91

(9) Mortada Motahari, ibid, p. 260


(10) Muhammad Abduh, « fatwa fi ta'addud al-zawjate », ibid, p. 93

(11) Riffat Hassan, “al-Islam wa huquq al mar'a” (L'Islam et les droits de la femme),
Casablanca, 2000, pp. 88-92
(12) Mortada Motahari, ibid, p. 319
(13) Mortada Motahari, ibid, p. 324
(14) Muhammad Abduh, « ta'addud al-zawjate » (La polygamie) dans “al-A'mal al
kamila” (Oeuvres complètes éditées par Muhammad Amara) tome 2, p. 87, 1ère éd.
Beyrouth, (1972) et « fatwa fi ta'addud al-zawjate », ibid, p. 95

(15) Mortada Motahari, ibid, p. 322

La charia et la polygamie : (2/4)


Est-il licite d'interdire la polygamie ?

Khalid Chraibi

Les versets coraniques relatifs à la pratique de la polygamie, et les modalités de leur


application en particulier, ont fait l'objet d'un débat animé dans les pays musulmans, depuis la
fin du 19è siècle. Le cheikh d'al-Azhar Mahmoud Shaltout et le mufti d'Egypte Muhammad
Abduh se sont illustrés dans ce débat, en publiant à un demi-siècle d'intervalle des opinions
juridiques de sens opposé, qui sont devenues les textes de référence incontournables des
principaux protagonistes dans ce domaine.

Le cheikh d'al-Azhar et la polygamie


Le Cheikh d'al-Azhar Mahmoud Shaltout (1893-1963) un juriste égyptien éminent, de
tendance moderniste (16) à l'exemple de Muhammad Abduh, a consacré un chapitre entier de
son livre intitulé « al-Islam, 'aqeda wa shari'ah (L'Islam, dogme et charia), publié dans les
années 1950, à la défense, sur un ton parfois passionné, de l'institution de la polygamie, en se
basant sur l'exégèse des versets coraniques concernés. (17)
D'après Shaltout, la polygamie s'est justifiée, à travers l'histoire, du fait d'une plus
longue durée de vie des femmes ; des guerres qui réduisaient de manière massive le nombre
d'hommes en âge de se marier dans un pays ; de l'exercice par les hommes de métiers
dangereux qui s'accompagnent d'accidents mortels ; d'un besoin sexuel ressenti chez les
hommes à un âge plus avancé que chez les femmes...
Le verset coranique 3 de la sourate an-Nissa (n° 4) signifie que l'homme est autorisé à
épouser jusqu'à 4 femmes à la fois, mais il doit être capable de les traiter avec équité et de
subvenir de manière adéquate à leurs besoins matériels. S'il s'en sent capable, il est habilité à
pratiquer la polygamie. Dans le cas contraire, il doit se limiter à une seule épouse. Chaque
homme prend sa décision en son âme et conscience, sachant qu'il est responsable de ses choix
devant Dieu et qu'il aura à rendre compte de ses actions, le Jour du Jugement.
Aucune autorité étatique ne doit intervenir dans ce processus de décision, parce qu'elle
n'a aucun moyen de savoir si un homme sera capable ou non de faire preuve d'équité dans ses
relations avec ses nombreuses épouses. Elle n'a donc pas à lui donner l'autorisation de prendre
une nouvelle femme, ou à la lui refuser. (18) C'est une affaire entre cet homme, sa conscience
et Dieu.

L'équité au niveau des sentiments


S'adressant au verset coranique 129 de la sourate an-Nissa (n° 4), qui affirme que les
hommes ne seront pas capables de traiter leurs épouses avec équité, Shaltout observe que
certains auteurs l'ont interprété comme remettant en cause la pratique de la polygamie. Mais,
explique-t-il, c'est mal comprendre le sens et le contexte de la Révélation de ce verset.
En réalité, les Croyants se demandaient si l'équité dont ils devaient témoigner envers
leurs épouses, et qui était exigée par le verset 3, s'étendait au domaine des sentiments. Ils ne
savaient pas s'ils seraient capables de ressentir le même amour, au même degré d'intensité,
pour chacune de leurs épouses. Cela signifiait-il qu'ils devaient se limiter à une seule ?
Le verset 129 vint clarifier la situation. Il explique aux hommes qu'ils ne pourront
jamais faire preuve d'équité envers leurs épouses (au niveau des sentiments qu'ils ressentent
en leur for intérieur). Mais, ils ne doivent pas manifester, dans leur comportement, une
préférence marquée pour certaines d'entre elles, au détriment des autres. (19)
D'après la quasi-unanimité des juristes, l'équité dont les hommes doivent faire preuve,
d'après l'énoncé du verset 3, concerne essentiellement les questions d'ordre matériel, moral et
social (logement, nourriture, vêtements, compagnie sur le plan social, préoccupation des
soucis de chaque femme, témoignages d'affection en privé et de respect en public, respect de
l'alternance dans les rapports sexuels avec toutes les épouses, etc.). (20)
Shaltout note qu'après la Révélation de ce verset, du vivant du Prophète, les hommes
ont continué d'épouser quatre femmes, ce qui prouve le bien fondé de cette explication. Il
ajoute que la polygamie ne doit pas être restreinte aux situations où la femme est stérile, ou
qu'elle est atteinte d'une maladie qui l'empêche d'avoir des rapports sexuels avec son mari.(21)
Le Prophète, quand il recommandait aux hommes qui se convertissaient à l'Islam de ne
conserver que quatre épouses, ne leur posait pas de telles conditions.
Pour Shaltout, les règles qui président à la pratique de la polygamie depuis les temps
de la Révélation, et qui ont fait l'unanimité des juristes, doivent continuer à s'appliquer dans la
société contemporaine, parce qu'elles sont parfaitement conformes aux prescriptions
coraniques.

Muhammad Abduh et la polygamie


Muhammad Abduh (1849-1905), l'un des maîtres à penser du mouvement réformiste
En-Nahda (Renaissance), se situe à l'opposé de Shaltout sur cette question. Bien qu'il fasse la
même lecture que Shaltout des versets 3 et 129 de la sourate an-Nissa (n° 4), comme il ressort
de la comparaison des points sur lesquels ils sont en parfait accord, (22) Abduh a une vision
différente de l'effet de la polygamie sur les foyers et sur la communauté.
Observant la pratique de la polygamie au sein de la société égyptienne, au cours de la
deuxième moitié du 19è s., il est révolté par ce qu'il voit : les hommes ne respectent pas les
prescriptions coraniques qui doivent conditionner leur comportement en famille, et se
conduisent de manière irresponsable, tout à la poursuite des plaisirs charnels, comme s'ils
n'avaient que des droits et pas de devoirs envers leurs épouses et leurs enfants ; les femmes ne
cessent de se disputer entre elles, et de comploter les unes contre les autres ; les enfants de
différentes mères se détestent, se battent constamment et empêchent l'établissement de toute
quiétude au sein du foyer. Abduh pense que les effets pervers de la polygamie rongent
pernicieusement le tissu familial et social. (23)

Les droits du mari...et ceux des épouses


D'après Abduh, cette pratique s'est bien éloignée de la lettre et de l'esprit des versets du
Coran, pour devenir la première cause des conflits conjugaux et la source d'innombrables
malheurs dans la communauté. Pendant un quart de siècle, il essaie de sensibiliser la
communauté à ce problème à travers des articles, des livres et des « fatawas » (opinions
juridiques). (24)
Analysant le verset 3 de la sourate « an-Nissa » (n° 4), Abduh estime qu'au moment de
prendre une nouvelle épouse, tout homme devrait, normalement, craindre de ne pas pouvoir
être équitable envers plusieurs femmes. D'ailleurs, le verset 129 de la même sourate affirme
que l'homme ne pourra pas faire preuve d'une telle justice. Abduh pense que ce dernier verset
a clairement pour objet de décourager les Croyants de prendre une deuxième épouse. Donc, si
l'on prend en considération les deux versets à la fois, et si l'on en tire la conclusion que la
polygamie est interdite en Islam, on n'aurait pas tort.
Pourtant, ajoute-t-il, la Sunnah et la pratique témoignent bien de la licéïté de la
polygamie, de manière certaine et irréfutable. (25)
Qu'est-ce que les autorités peuvent faire, dans ce cas, pour réduire ou éliminer les
méfaits de la polygamie sur le plan familial et social ?
Ayant étudié la question sous tous ses angles, Abduh aboutit à la conclusion que
l'examen de la licéïté de la polygamie doit s'effectuer dans le cadre des principes et règles
juridiques du droit musulman qui s'appliquent à l'ensemble de la communauté. (26)
Ainsi, dans un mariage polygame, il n'y a pas que le mari qui ait des droits, tel que le
droit « inaliénable » de prendre une nouvelle épouse, à sa discrétion. Les différentes femmes
vivant sous le régime matrimonial de la polygamie ont aussi des droits, établis par la charia,
qu'il est nécessaire et légitime de protéger (tels que le droit à l'équité, à la justice, à l'entretien
matériel, pas de préférence donnée sur le plan matériel à une quelconque des épouses ou à
quiconque des enfants par rapport aux autres, pour tout ce qui a trait à la vie du ménage, etc.).
(27)

Les fondements juridiques de l'interdiction


Donc, pour que la pratique de la polygamie soit licite, il ne faut pas que l'exercice de
ses droits, par le mari, viole les droits des autres membres du foyer polygame, qui sont
protégés par les autres principes et règles du droit musulman. (28)
Par contre, s'il s'avère que la pratique de la polygamie résulte inéluctablement dans la
violation de tels droits, ce qui constitue des effets pervers considérables, causant plus de mal
que de bien au sein des familles ; et si, de plus, ces effets pernicieux peuvent être observés au
niveau de l'écrasante majorité des foyers polygames de la communauté, constituant donc la
règle plutôt que l'exception ; alors, les autorités du pays ont le droit d'interdire la pratique
de la polygamie, au nom de l'intérêt général de la communauté, en application des règles
juridiques communément admises dans la charia. (29)
Appliquant ce raisonnement à la situation qu'il observe dans les foyers polygames
égyptiens, dans la deuxième moitié du 19è siècle, Abduh se convainct que la pratique de la
polygamie peut être remise en cause, sur le plan juridique, de manière parfaitement légitime,
du fait qu'elle produit plus de mal que de bien.
Il formule alors une proposition révolutionnaire pour son époque : compte tenu de
l'expérience vécue (largement négative) de l'ensemble de la communauté en matière de
pratique de la polygamie, celle-ci ne devrait plus être autorisée de manière générale, comme
ce fut le cas jusque-là, mais être restreinte à des situations exceptionnelles, comme lorsque la
femme est stérile, ou qu'elle est atteinte d'une maladie qui l'empêche d'avoir des rapports
sexuels avec son mari. (30)
Dans une fatwa (opinion juridique) (31) rédigée des années plus tard, vers la fin de sa
vie, alors qu'il occupe les fonctions de mufti d'Egypte, Abduh réétudie la question de
l'interdiction de la polygamie. (32) Il explique qu'il existe de nombreuses règles juridiques,
communément admises en droit musulman, qui peuvent s'appliquer à la situation, et il en
donne trois exemples. (33)
En conclusion de sa fatwa, Abduh affirme qu' « il est licite en droit musulman
d'interdire aux hommes d'épouser plus d'une femme, sauf en cas de nécessité impérieuse
démontrée au magistrat chargé de cette question. Absolument rien n'interdit cette prohibition,
seule la tradition s'y oppose. » (33)

Notes
(16) Kate Zebiri, Mahmud Shaltut and Islamic modernism, Clarendon Press, Oxford,
1993
(17) Mahmoud Shaltout, “al Islam, 'Aqeda wa shariah”, (L'islam, dogme et charia), 9è
éd., Beyrouth, 1977, pp. 178-197

(18) Shaltout, ibid, p. 184


(19) Shaltout, ibid, p. 183
(20) Shaltout, ibid, p. 183
(21) Shaltout, ibid, p. 185
(22) Les points de parfait accord entre Abduh et Shaltout peuvent être résumés comme
suit :
L'homme est autorisé à épouser jusqu'à 4 femmes à la fois, mais il doit être capable de
les traiter avec équité et de subvenir de manière adéquate à leurs besoins matériels. Chaque
homme prend sa décision en son âme et conscience. Le verset 129 (qui affirme que les
hommes ne seront pas capables de traiter leurs épouses avec équité), n'abolit pas la
polygamie. L'équité dont les hommes doivent faire preuve concerne essentiellement les
questions d'ordre matériel, moral et social (logement, nourriture, vêtements, compagnie,
témoignages d'affection et de respect, alternance dans les rapports sexuels avec toutes les
épouses, etc.).
Les deux auteurs sont d'accord sur le fait que, si le mari ne respecte pas la règle
d'équité, il sera sanctionné le Jour du Jugement. Mais, si l'une de ses épouses souffre de
maltraitance, ou que ses droits sont autrement violés, et que la situation lui devient
insupportable, elle est en droit de porter plainte contre son mari auprès d'un magistrat qui
lancera la procédure prévue par la charia pour résoudre le différend (convocation des époux,
puis des représentants de leurs familles respectives, tentative de réconciliation et, en cas
d'échec de cette dernière, décision du magistrat, qui peut prononcer le divorce).
(23) Muhammad Abduh, « Hukm al-chari'a fi ta'addud al-zawjate » (Les règles de la
charia en matière de polygamie) dans “al-A'mal al kamila” (Oeuvres complètes éditées par
Muhammad Amara) tome 2, 1ère éd. Beyrouth, (1972), p. 78
(24) Abduh, (a) « Hukm al-chari'a fi ta'addud al-zawjate » (Les règles de la charia en
matière de polygamie) ; (b) « Ta'addud al-zawjate » (La polygamie) ; (c) « Fatwa fi ta'addud
al-zawjate » (Fatwa sur la polygamie), ibid, pp. 78, 84 et 90 respectivement.
(25) Abduh, « Ta'addud al-zawjate », ibid, p. 88
(26) Abduh, « Ta'addud al-zawjate », ibid, p. 88
(27) Abduh, « Fatwa fi ta'addud al-zawjate », ibid, p. 93 (sur le droit à l'équité, voir la
« Justification n° 1 » pour l'interdiction de la polygamie, p. 94)
(28) Abduh, « Fatwa fi ta'addud al-zawjate », ibid, p. 94 (sur les droits des épouses,
voir la « Justification n° 2 » pour l'interdiction de la polygamie, p. 94)
(29) Abduh, « Ta'addud al-zawjate », ibid, p. 88
(30) Abduh, « Ta'addud al-zawjate », ibid, p. 87
(31) Une fatwa, qu’elle émane du Cheikh d’Al Azhar, du Grand mufti
d’Egypte, ou de l’Académie Islamique du Fiqh (AIF) par exemple, n’est pas un texte de loi ou
une décision judiciaire dont l’application s’impose de manière impérative à qui que ce soit.
Son objectif est de présenter un point de vue juridique compétent qui permet à toutes les
parties intéressées de mieux saisir ce que la loi dit sur une question d’actualité, d’après
l’auteur de la fatwa. Les conclusions de la fatwa ne s’imposent qu’à lui-seul.
(32) Abduh, « Fatwa fi ta'addud al-zawjate », ibid, p. 90
(33) Abduh explique, dans cette fatwa, (pp. 92-95) que la pratique de la polygamie ne
peut être légitime que si l'équité est respectée. Or, l'écrasante majorité des hommes ne traitent
pas leurs différentes femmes avec équité. Par conséquent, les autorités ont le droit d'interdire
la polygamie de manière absolue, compte tenu du comportement de la majorité de la
population.
Abduh étudie également le cas de la maltraitance de certaines des épouses par leur
mari, et la situation des foyers où il est impossible d'instaurer l'harmonie et la quiétude, du fait
que les enfants nés de mères différentes passent leur temps à se battre et à comploter les uns
contre les autres, entraînant les adultes dans leurs disputes.
D'après lui, les autorités peuvent interdire la polygamie dans de telles situations, où il
est évident que les méfaits causés par la polygamie dépassent largement les bienfaits qui
peuvent lui être associés.
En conclusion de sa fatwa, Abduh affirme qu' « il est licite en droit musulman
d'interdire aux hommes d'épouser plus d'une femme, sauf en cas de nécessité impérieuse
démontrée au magistrat chargé de cette question. Absolument rien n'interdit cette prohibition,
seule la tradition s'y oppose. »

La charia et la polygamie : (3/4)


La diversité des interprétations dans l'unité de la charia

Khalid Chraibi

Evaluation des arguments de Abduh et Shaltout


De l'analyse des argumentaires du mufti d'Egypte Muhammad Abduh et du cheikh
d'al-Azhar Mahmoud Shaltout concernant la pratique de la polygamie, il ressort que les deux
juristes ne s'opposent pas, en réalité, sur des questions de droit, mais plutôt sur leur vision de
la société. En effet, ils font la même lecture des versets coraniques applicables à la polygamie.
Mais ils divergent sur les effets de la polygamie dans la société. Abduh observe et décrit dans
le détail les méfaits de la polygamie dans la société égyptienne de la fin du 19è s., alors que
Shaltout situe son analyse dans le cadre d'une société islamique idéalisée, où l'équité,
l'harmonie et la solidarité règnent au sein des foyers polygames.
Sur le plan juridique, la fatwa du mufti d'Egypte Abduh, malgré son caractère
révolutionnaire, évolue (comme on pourrait s'y attendre) sur un terrain juridique solide, des
plus conventionnels même. En effet, Abduh ne fait qu'appliquer à l'analyse de la polygamie
les principes et les règles de droit musulman communément admis. Mais, il a pris soin de
placer la pratique de la polygamie sous un nouvel éclairage. A côté des droits du mari, que nul
ne conteste, Abduh déclare qu'il faut également prendre en compte les droits des femmes et
des enfants vivant dans le foyer polygame.
Appliquant à ce dossier ainsi redéfini les outils conventionnels d'analyse du droit
musulman, il débouche sur sa célèbre conclusion. D'après lui, l'interdiction de la polygamie
peut très bien s'effectuer de manière légitime, dans le respect des règles du droit musulman, en
vertu de nombreux principes et règles de la charia qui peuvent s'appliquer à la situation, dont
la règle bien établie selon laquelle « tout ce qui produit plus de mal que de bien est illicite. »
A l'opposé de Abduh, Shaltout se situe (sur cette question seulement) dans le droit
courant de la pensée du « taqlid » (reconnaissant l'autorité des décisions prises dans le passé
par les Oulémas). Sur le plan juridique, il s'en tient à l'analyse conventionnelle de la question,
telle qu'elle a toujours été défendue par les juristes musulmans. Sur le plan social, il défend le
maintien de cette pratique, parce qu'il croit sincèrement aux bienfaits de la polygamie, que ce
soit pour les hommes (qui évitent ainsi la débauche) ; pour les femmes (qui trouvent ainsi un
mari) ; ou pour la société (où la Vertu règne, et où les prescriptions divines sont appliquées
scrupuleusement).
D'après Shaltout, Dieu a institué le régime de la polygamie pour les musulmans en
toute connaissance de cause des faiblesses humaines. Il l'a assorti de règles dont l'application
relève de la conscience et de la responsabilité de chaque individu. Ces règles doivent être
appliquées de la manière dont elles ont été interprétées depuis les temps de la Révélation. Il
n'appartient pas aux hommes de remettre en cause les prescriptions divines en ce domaine, sur
quelque base que ce soit, ni d'instituer des contrôles qui rendraient la pratique de la polygamie
plus difficile.
Pendant tout le 20è siècle, les opinions juridiques de Abduh et de Shaltout sur la
polygamie ont constitué des documents de référence essentiels dans le dossier du débat. Mais,
le laisser-faire prôné par Shaltout n'était plus tenable sur cette question, compte tenu de
l'évolution des esprits et de la société dans son ensemble, et l'interdiction souhaitée par Abduh
n'était guère envisageable, non plus.
Sous la pression des organisations féminines, des mouvements nationalistes, des
intellectuels et de nombreux oulémas influencés par les idées de Abduh, la majorité des Etats
musulmans ont commencé à développer, dès les années 1950, chacun à son propre rythme, et
en tenant compte de ses spécificités, une position intermédiaire sur cette question, une
« troisième voie » entre le laisser-faire prôné par Shaltout et la thèse de l'interdiction défendue
par Abduh.
Les nouveaux codes de statut personnel adoptés depuis la fin de la 2ème guerre
mondiale dans de nombreux pays musulmans reflètent ainsi, de manière manifeste, la vision
de Abduh concernant la nécessité de prendre en compte et de protéger les droits de tous les
membres de la famille, dans un foyer polygame, et non plus seulement ceux du mari.

Les codifications nationales


La « troisième voie » développée dans le monde musulman, entre le laisser-faire prôné
par Shaltout et l'interdiction défendue par Abduh, est basée sur le postulat que la pratique de
la polygamie est licite, mais qu'elle doit être accompagnée de garde-fous pour restreindre les
excès qui pourraient être commis par des maris au comportement trop frivole ou
irresponsable. Ses promoteurs cherchent essentiellement à protéger les droits matériels
fondamentaux des épouses et des enfants, au niveau du traitement équitable des épouses, et de
la capacité financière du mari à pourvoir aux frais de fonctionnement de plusieurs foyers.
Chaque Etat engagé dans cette « troisième voie » a ainsi établi, dans son Code de
Statut Personnel national (ou code de la Famille), des règles spécifiques visant à mieux
contrôler la manière dont la polygamie était pratiquée dans le pays. Ce faisant, il a tenu
compte de ses traditions, de ses spécificités, des objectifs qu'il cherchait à atteindre, ainsi que
de divers facteurs d'ordre politique, économique, social ou religieux. En conséquence, les
règles figurant dans les codes actuels du monde musulman reflètent un vaste éventail de
choix.(34)
Cependant, d'après une récente étude réalisée par Rand Corporation et Woodrow
Wilson International Center for Scholars, il existe des points de convergence importants entre
les codes qui cherchent à restreindre la pratique de la polygamie. Ils utilisent fréquemment des
stipulations telles que les suivantes : (35)
La première épouse doit être informée de l'intention du mari de prendre une nouvelle
femme. Elle doit donner son consentement à ce remariage, ou obtenir le divorce.
Le mari doit prouver au magistrat que le nouveau mariage est « juste et nécessaire »
(en établissant, par exemple, que sa première femme est stérile ; ou est incapable d'avoir des
rapports conjugaux ; ou qu'elle a une infirmité physique grave ; ou qu'elle refuse d'avoir des
rapports sexuels ; ou qu'elle souffre de maladie mentale...).
Le mari doit donner l'assurance que le nouveau mariage n'affectera en rien l'existence
de sa première femme et de ses enfants. Il doit garantir qu'il pourra faire preuve d'équité
envers tous les membres du foyer. Il doit prouver qu'il dispose de ressources financières d'un
niveau adéquat et stable pour pourvoir aux besoins matériels de plusieurs ménages.
Dans certaines cas exceptionnels, et en application de la règle d'équité, le mari a
l'obligation de prévoir un logement séparé pour chacune de ses femmes.

Le contrôle judiciaire de la pratique de la polygamie


L'examen des pratiques spécifiques par pays démontre l'existence de nombreuses
variantes au niveau des principales règles appliquées par les Etats pour mieux contrôler la
pratique de la polygamie. On peut relever, à titre d'illustration de cette diversité, les règles
suivantes : (35)
En Indonésie, la règle de base du mariage est la monogamie, mais la polygamie n'est
pas interdite à ceux dont la religion autorise cette pratique. Le tribunal doit autoriser le
mariage en polygamie, après consentement des autres épouses du mari, qui doit prouver qu'il
existe une nécessité pour ce mariage (maladie incurable de l'épouse, stérilité, etc.) L'époux
doit garantir qu'il traitera toutes les épouses et tous les enfants de manière juste et équitable.
Au Maroc, le mariage polygame doit faire l'objet d'une autorisation judiciaire.
L'épouse peut interdire à son mari de prendre une autre femme, par le biais d'une clause dans
le contrat de mariage. La première femme et la nouvelle doivent être informées à l'avance de
l'existence l'une de l'autre. La première femme peut demander le divorce, si son mari insiste
pour se remarier.
En Algérie, le mari doit justifier la nécessité du mariage avec une nouvelle femme,
disposer des ressources nécessaires pour pourvoir à l'entretien de toutes les épouses, et
s'engager à traiter ces dernières avec équité. Les épouses existantes et nouvelles doivent être
informées de l'intention du mari de se remarier, et fournir leur consentement attesté par un
juge. Au cas où une épouse estime avoir subi un préjudice du fait de ce mariage, elle peut
demander le divorce.
Au Bangladesh, à Singapour et aux Philippines, le mariage en polygamie doit
également faire l'objet d'une autorisation officielle du Tribunal.
En Jordanie, l'homme doit traiter ses différentes épouses avec équité et affecter un
logement séparé à chacune d'elles.
En Egypte, les épouses peuvent demander le divorce, si elles peuvent prouver que le
remariage de leur mari leur porte préjudice.
En Malaisie, la cour de justice de la charia doit autoriser tout mariage polygame. Le
candidat doit justifier par écrit que le mariage proposé est nécessaire et juste ; qu'il dispose de
ressources adéquates ; qu'il pourra traiter ses épouses avec équité ; et que la première femme
ne subira aucun préjudice du fait de son remariage. Chacune des quatre conditions est
d'importance égale et doit être séparément établie et validée.
Au Pakistan, la polygamie est restreinte. Un homme n'obtient l'autorisation de prendre
une deuxième femme que dans des circonstances déterminées. Si le mari ne respecte pas les
procédures légales, ses épouses peuvent le poursuivre en justice.
En Syrie, une permission du juge est requise. Le mariage polygame peut être refusé,
sauf dans les cas exceptionnels prévus par la loi. Le mari doit faire preuve de sa capacité
financière à entretenir les deux ménages.
La polygamie est interdite en Turquie depuis la révolution de Mustepha Kémal et la
substitution du Code civil Suisse à la charia (1926), en Tunisie depuis l'indépendance en 1956,
ainsi que dans un certain nombre d'Etats africains (Côte d'Ivoire, Gambie, Guinée, Nigéria,
Rwanda, Zaïre), asiatiques (Inde, Uzbekistan, Kyrgyzstan, Tajikistan), et du Pacifique (Iles
Fiji). Mais, dans la pratique, les hommes trouvent beaucoup de façons de contourner
l'interdiction. (36) (37)

Critiques des codifications contemporaines


De nombreuses associations féminines sont insatisfaites des mesures de contrôle de la
polygamie instituées par les autorités, dans les pays musulmans. A leur avis, celles-ci sont
inefficaces, du fait du jeu combiné de plusieurs facteurs, dont on peut lister, à titre
d'illustration, les exemples suivants :
- les mesures de contrôle reposent sur l'utilisation de critères qualitatifs, dont
l'appréciation est laissée nécessairement à la discrétion de magistrats qui ont une grande
marge de maneuvre en la matière ;
- les critères d'ordre juridique sont interprétés diversement par les magistrats, souvent
en fonction de leurs convictions personnelles ;
- les hommes qui sont décidés à prendre une nouvelle femme trouvent toujours moyen
de contourner les dispositions légales en la matière ;
- concernant l'application de la règle d'équité entre les différentes épouses, dans un
foyer polygame, il existe un grand fossé entre les déclarations d'intention des candidats au
mariage avec une nouvelle épouse, et leurs actes, une fois le mariage polygame conclu ;
- l'option de divorce accordée à la femme qui ne consent pas au remariage de
son époux ne constitue pas une option viable, sur le plan concret. En effet, la femme a le
choix entre subir son sort en restant dans un foyer polygame, ou obtenir le divorce et se
retrouver, le plus souvent, livrée à elle-même, sans logement, sans ressources, et avec des
enfants à charge. (38)

Notes
(34) D'excellentes études comparatives de l'application de la charia dans les
différents pays musulmans ont été publiées au cours des dernières années, parmi lesquelles on
peut relever les travaux suivants, particulièrement méthodiques et exhaustifs dans leur
discussion de la situation par pays : Women Living Under Muslim Law (WLUML),
“Knowing our rights”, 3rd ed., 2006 ; Abdullahi A. An-Na’im, ed., “Islamic Family
Law in a changing world”, London, Zed Books, 2002 ; Rand Corporation and
Woodrow Wilson International Center for Scholars, ““Best practices” Progressive
family laws in Muslim countries”, 2005
(35) Rand Corporation, ibid, p. 12 et WLUM, ibid, pp. 197-212
(36) WLULM, ibid, p. 204.
(37) Mohamed Chafi, “La polygamie”, Marrakech, 2000
(38) WLUML, ibid, pp. 198-199

La charia et la polygamie : (4/4)


Charia : Qui décide de ce qui est licite ?

Khalid Chraibi

La stratégie des meilleures pratiques


Les ONG spécialisées dans la protection des droits des femmes dans les pays
musulmans développent, depuis quelques années, une nouvelle stratégie pour surmonter les
problèmes rencontrés dans l'application des règles de la charia.
Cette stratégie est fondée sur le postulat suivant : « Du moment que toutes les mesures
appliquées dans le domaine du contrôle de la polygamie sont considérées par les oulémas
comme « conformes à la charia », malgré leur très grande diversité ; et puisqu'il existe, dans
ce large éventail de mesures, des règles appliquées dans des pays déterminés, qui protègent
mieux que d'autres les droits des femmes et des enfants ; alors ce sont ces mesures, qualifiées
de « meilleures pratiques », dont les ONG réclament l'application dans les pays musulmans,
en substitution aux mesures en vigueur, quand ces dernières sont moins efficaces pour
atteindre les objectifs recherchés. » (39)

L'exemple tunisien
L'ONG « Women Learning Partnership » (WLP) a ainsi dressé un tableau comparatif
des « meilleures pratiques » utilisées dans les pays musulmans, au niveau des principales
rubriques des codes de statut personnel (ou droit de la famille). Concernant la polygamie, la
« meilleure pratique », de l'avis de WLP, est l'interdiction pure et simple appliquée par la
Tunisie. (40) Le Collectif 95 Maghreb Egalité, regroupant les principales ONG de défense des
droits des femmes au Maroc, en Algérie et en Tunisie, réclame lui aussi l'adoption d'une telle
mesure. (41)
En effet, d'après ces associations, une telle interdiction permet de résoudre, de manière
efficace et définitive, tous les problèmes familiaux et sociaux associés à la pratique de la
polygamie. Et, comme l'a affirmé le mufti d'Egypte Muhammad Abduh dans sa fatwa sur cette
question : « il est licite en droit musulman d'interdire aux hommes d'épouser plus d'une
femme, sauf en cas de nécessité impérieuse démontrée au magistrat chargé de cette question.
Absolument rien n'interdit cette prohibition, seule la tradition s'y oppose. » (42)

L'exemple marocain
Certaines associations féminines, cependant, comme « Sisters in Islam » (SIS) de
Malaisie, (43) ne sous-estiment pas le poids des traditions comme facteur de blocage dans la
voie des réformes en ce domaine. Elles oeuvrent pour l'adoption d'une autre « meilleure
pratique », moins révolutionnaire peut-être que l'option tunisienne, mais qui serait déjà
appliquée dans un pays musulman avec de bons résultats, et qui serait plus acceptable pour les
oulémas et la population de manière plus générale.
Les mesures relatives au contrôle de la polygamie figurant dans le « Code de la
famille » du Maroc, après sa révision en 2004, constituent, à cet égard, d'après de nombreuses
associations de défense des droits des femmes, un bon exemple de codification en ce
domaine. (44)

Charia : Qui décide de ce qui est licite ?


Comme il ressort de la diversité des règles juridiques appliquées dans le monde
musulman en matière de pratique de la polygamie, et des justifications dont elles sont
assorties, les arguments présentés par les différentes parties au débat sont souvent
parfaitement cohérents et défendables, chacun dans le cadre de sa propre ligne de pensée, sur
le plan social, et en se basant sur sa propre école juridique comme référence.
C'est ce qui ressort également du débat (virtuel) entre le mufti d'Egypte Muhammad
Abduh et le cheikh d'al-Azhar Mahmoud Shaltout au sujet de l'interprétation et de
l'application des règles de la charia relatives à la polygamie.
Pour comprendre la logique de cette diversité de règles et d'arguments, il faut placer le
débat dans sa véritable perspective. Dans ce but, il faut tout d'abord souligner qu'aussi bien
Shaltout que Abduh ne font qu'exposer leur opinion juridique sur la question de la polygamie.
C'est une « fatwa » qui permet à leurs lecteurs de mieux saisir ce que la loi dit, d'après eux,
sur cette question. Mais, comme toute fatwa, elle ne s'impose à personne. Comme l'explique
Sheikh Abdul Mohsen Al-Obeikan, vice-ministre de la Justice d’Arabie Saoudite, « même les
décisions de la Chambre d’Ifta (organisation saoudienne officielle de fatwa) ne s’imposent à
personne, que ce soit aux individus ou à l’Etat. » (45)
Le professeur Ahmed Khamlichi, Directeur de Dar al Hadith al Hassaniya (du Maroc)
observe, à cet égard :
« Les ulémas n'ont pas le monopole d'interprétation de la charia. Evidemment ils
doivent être consultés au premier plan sur les questions de la charia. (Mais) ce ne sont pas eux
qui font la loi religieuse, de même que ce ne sont pas les professeurs de droit qui font la loi,
mais les parlements. » (46)
De fait, il n'existe pas de hiérarchie religieuse en Islam. Il n'existe pas, non plus,
d'autorité suprême capable de statuer sur ce qui est licite ou illicite, pour l'ensemble du monde
islamique.
Ainsi, comme le note le vice-Ministre de la Justice d'Arabie Saoudite, même une fatwa
de l'Académie Islamique du Fiqh (AIF) ne s'impose à aucun des 43 Etats membres de cette
institution spécialisée de l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI). Elle n'a de valeur
que comme l'expression d'un point de vue juridique par un organisme spécialisé, à l'instar d'un
exposé dans les livres de fiqh.

L'interprétation de la charia dans le cadre de chaque Etat


La charia est, de fait, interprétée et appliquée dans le cadre de chaque Etat, en fonction
de ses propres choix. Ce sont les autorités politiques, religieuses et législatives de chaque pays
musulman, agissant de concert, soit par consensus, soit par négociation, qui détiennent ainsi le
pouvoir de décider de ce qui sera considéré comme licite dans le pays (en puisant dans la base
de données de toutes les options que la charia peut offrir sur une question donnée).
L'élaboration des codes de statut personnel (ou de droit de la famille) fournit une
bonne illustration de la démarche appliquée.
Les gouvernants choisissent, dans un éventail de solutions, toutes considérées comme
licites en Islam, celle qui répond le mieux à leurs objectifs. L'option sélectionnée est examinée
avec toutes les parties concernées, et en particulier avec les autorités religieuses (comme le
Mufti ou le Conseil des Oulémas), puis fait l'objet d'un projet de texte de loi qui est présenté
au Parlement pour discussion et approbation. Une fois ce texte adopté par le Parlement, puis
entériné par toutes les instances institutionnelles concernées, il est publié au « Journal
Officiel » du pays. Il acquiert alors force de loi, et devient le texte juridique de référence
pour déterminer ce qui, dans cet Etat, est considéré comme licite en Islam, dans le
domaine concerné. C'est sur la base de ce texte de loi que tous les actes juridiques devront
être préparés, et que les tribunaux du pays seront appelés à statuer.
Mais, ce qui est considéré comme licite dans un Etat musulman, à un moment donné,
sur une question donnée, peut être considéré comme illicite dans un autre Etat musulman, au
même moment.
Le cas de la Tunisie
L'interdiction de la polygamie en Tunisie en fournit une bonne illustration. Aux yeux
des autorités tunisiennes, cette interdiction est parfaitement licite, puisqu'elle est fondée sur
des principes et des règles communément admis en droit musulman. S'il fallait des preuves de
sa licéïté, il n'y aurait qu'à citer la fatwa du mufti d'Egypte, Muhammad Abduh, ou du 'alem
de la Qarawiyine Allal el Fassi, (47) qui ont tous deux appelé de leurs voeux cette
interdiction. Ils ont développé, à cet effet, une argumentation juridique solide, que nul juriste
musulman de renom n'a jamais remise en cause, alors qu'il s'est écoulé plus d'un siècle depuis
la fatwa de Abduh et un demi-siècle depuis les écrits de Fassi.
La licéïté de l'option tunisienne est également corroborée par le fait qu'au Bangladesh,
pays réputé pour son conservatisme sur le plan d'application de la charia, la Division
spécialisée de la Haute Cour de Justice a rendu en 1999 un jugement décourageant fortement
la pratique de la polygamie dans le pays, et demandé au Ministère de l'Intérieur d'étudier de
manière approfondie s'il était « possible ou non d'interdire la polygamie ». Elle suggéra au
Ministère que la même ligne de raisonnement utilisée en Tunisie pour interdire la polygamie
pourrait s'appliquer au Bangladesh. (48)

Les facteurs explicatifs de la diversité des règles


Mais, d'autres Etats maintiennent un point de vue opposé, en se fondant sur d'autres
principes et règles du droit musulman qui sont, également, communément admis. Une telle
situation n'est pas rare, et s'explique par le jeu combiné de plusieurs facteurs :
- Les pays musulmans appartiennent à des écoles de pensée juridique, ou rites,
différents (Abu Hanifa, Malek ibn Anas, Chafi'i, Ibn Hanbal, Shi'a), dont chacun a développé
sa propre méthodologie pour étudier les mêmes questions ;
- Les oulémas peuvent interpréter différemment des textes de référence religieux dont
l'énoncé se prête parfois à de multiples interprétations ;
- Une certaine confusion prévaut, dans certains cas, entre les coutumes et les traditions
nationales d'une part, et les prescriptions religieuses proprement dites, d'autre part. (49)
De plus, les textes de loi basés sur la charia, qui sont en vigueur dans un pays
musulman, évoluent avec le temps. Chacun d'eux fait l'objet de modifications plus ou moins
importantes, en fonction des circonstances, et de l'évolution de la société. Ce qui était licite à
un moment donné peut devenir illicite à un autre moment, et vice versa, quand la loi nationale
applicable a été modifiée. C'est une situation que l'on observe régulièrement, à l'occasion de la
révision des codes de statut personnel (ou codes de la famille) nationaux. (50)
Car, si les valeurs et les principes de la charia sont immuables, les règles d'application
des prescriptions religieuses (telles qu'elles figurent dans les codes nationaux, par exemple)
s'adaptent aux nouvelles circonstances sociales.
C'est cette faculté qu'a la charia d'être réinterprétée, compte tenu de nouvelles
circonstances, (lorsque les autorités politiques, religieuses et législatives, agissant de concert,
optent pour le changement), qui donne toute sa crédibilité à l'affirmation des juristes
musulmans, selon laquelle « la charia peut s'appliquer en tous temps, en tous lieux et en toutes
circonstances. » (51)

Notes

(39) Khalid Chraibi, « Droits de la femme en Islam : la stratégie des meilleures


pratiques », Oumma.com, 6 et 20 mars 2009
(40) Women Learning Partnership (WLP) : « Best practices in family
law: country comparisons »
(41) Collectif 95 Maghreb-Egalité : “Cent mesures et dispositions pour
une codification égalitaire des Codes de Statut Personnel”, 1995 ; et “Dalil
(guide) de l’égalité dans la famille au Maghreb”, 2003
(42) Muhammad Abduh, « Fatwa fi ta'addud al-zawjate », ibid, pp. 90 et 92-95
(43) Sisters in Islam, Malaysia, « Reform of the Islamic family laws on Polygamy, 11
December 1996 », a memorandum to the Malaysian authorities ; et “Best practices in
family law”; et Sisters in Islam, Malaysia, website, article on « Polygamy »)
(44) Royaume du Maroc, Ministère de la Justice, « Guide pratique du code de
la famille », Rabat, 2007
Voici les principales dispositions applicables à la polygamie :
L'article 40 du code spécifie que « la polygamie est interdite lorsqu'une injustice est à
craindre envers les épouses. Elle est également interdite lorsqu'il existe une condition de
l'épouse en vertu de laquelle l'époux s'engage à ne pas lui adjoindre une autre épouse. »
L'article 41 précise que « le tribunal n'autorise pas la polygamie dans les cas suivants :
- lorsque sa justification objective et son caractère exceptionnel n'ont pas été établis ;
- lorsque le demandeur ne dispose pas de ressources suffisantes pour pourvoir aux
besoins des deux foyers et leur assurer équitablement l'entretien, le logement et les autres
exigences de la vie. »
En l'absence d'empêchements du type indiqué, le candidat à la pratique de la
polygamie doit présenter au tribunal une demande d'autorisation à cet effet.
La demande doit indiquer les motifs objectifs et exceptionnels justifiant la polygamie
et doit être assortie d'une déclaration sur la situation matérielle du demandeur.
Le tribunal convoque la première femme en vue de l'informer du désir de son mari de
prendre une nouvelle femme. Il entend la femme et son mari. Il peut ensuite autoriser le mari
à prendre une nouvelle femme, si les motifs invoqués par ce dernier revêtent un caractère
objectif et exceptionnel et si la demande remplit toutes les conditions légales qui lui sont
attachées.
Si la première femme n'est pas d'accord sur cette décision, elle peut demander le
divorce. Le tribunal fixe un montant correspondant à tous les droits de l'épouse et de leurs
enfants que l'époux a l'obligation d'entretenir.
L'époux doit consigner la somme fixée dans les sept jours. Une fois cela fait, le
tribunal prononce un jugement de divorce
(45) Abdul Mohsen al-Obeikan, « Interview au quotidien « Asharq alawsat »
du 09/07/2006, à propos de la valeur juridique d'une fatwa de l’Académie Islamique du Fiqh
(AIF) »
(46) Ahmed Khamlichi, « Point de vue n° 4 » (en arabe), Rabat, 2002, p. 12
(47) Allal el Fassi, “Annaqd addhati” (L'Autocritique), 5è éd. Rabat, 1979, pp.
287-294 ; et “Attaqrib, Charh moudawanat al ahwal al chakhssiya” (Le rapprochement:
explication du Code de Statut Personnel), 2è éd. Rabat, 2000, pp. 178-193
(48) Bangladesh, High Court Division, Elias v Jesmin Sultana, 51 DLR (AD) (1999),
cité dans WLUML, Knowing our rights, p. 208
(49) Par exemple, la charia interdit-elle à la femme de conduire un véhicule, comme
l’ont affirmé pendant les deux dernières décennies les autorités politiques saoudiennes, sur la
base d’une fatwa du Grand Mufti du pays ? (Voir Khalid Chraibi, « La charia et les droits de
la femme au 21è siècle », Oumma.com, 11 mars 2008)
(50) Les révisions importantes dont les codes de statut personnel d'Egypte (2000), de
Mauritanie (2001), du Maroc (2004) et d'Algérie (2005), entre autres, ont fait l'objet ces
dernières années, illustrent cette proposition.
(51) Yusuf al-Qaradawi, « Chari'at al-Islam, khouloudouha wa salahouha littatbeq fi
koulli zamanin wa makan » (Le droit musulman, sa pérennité et sa capacité d'application en
tous temps et en tous lieux), al-maktab al-Islami, Beyrouth, 4è éd., 1987

Ouvrages utilisés
« Le Coran », Traduction par Jacques Berque, Edition de poche, Albin Michel, Paris,
2002
Muhammad Abduh, “al-A'mal al kamila” (Oeuvres complètes) tomes 1 et 2, 1ère éd.
Beyrouth (1972)
Abdullahi A. An-Na’im, ed., “Islamic Family Law in a changing world”, London, Zed
Books, 2002
Abdel Nasser Tawfiq al-'Attar, « ta'addud al-zawjat fi al-charia al-islamiya » (La
polygamie en droit musulman), 5è éd., Le Caire, 1988
Gamal A. Badawi, « Polygamy in Islamic law »
Mohamed Chafi, “La polygamie”, Marrakech, 2000
Alya Chérif Chamari, “La femme et la loi en Tunisie”, Ed. Le Fennec, Casablanca,
1991
Mounira M. Charrad, “States and women's rights – The making of postcolonial
Tunisia, Algeria and Morocco”, U. of California Press, Berkeley, 2001
Eric Chaumont, article “Polygamie”, Dictionnaire du Coran, Robert Laffont,
Bouquins, Paris, 2007
Collectif 95 Maghreb-Egalité : “Cent mesures et dispositions pour une codification
égalitaire des Codes de Statut Personnel”, 1995
Collectif 95 Maghreb-Egalité : “Dalil (guide) de l’égalité dans la famille au Maghreb”,
2003
Khalid Chraibi, « Droits de la femme en Islam : la stratégie des meilleures pratiques »,
Oumma.com, 6 et 20 mars 2009
Khalid Chraibi, « La charia et les droits de la femme au 21è siècle », Oumma.com, 11
mars 2008
Allal el Fassi, “Annaqd addhati” (L'Autocritique), 5è éd. Rabat, 1979
Allal el Fassi, “Attaqrib, Charh moudawanat al ahwal al chakhssiya” (Le
rapprochement: explication du Code de Statut Personnel), 2è éd. Rabat, 2000
Tahar el Haddad, “Notre femme dans la religion et la société”, 1930, Maison
tunisienne d'édition, Tunis, 1970
Riffat Hassan, “al-Islam wa huquq al mar'a” (L'Islam et les droits de la femme),
Casablanca, 2000
Ahmed Khamlichi, « Point de vue n° 4 » (en arabe), Rabat, 2002
Ahmed Khamlichi, “Charh moudawanat al ahwal ach-chakhssiya” (Explication de la
moudawana de Statut Personnel), t1, 3è éd., Casablanca, 1994
Mohamed Lejmi, « Le droit de la famille », Tunis, 2008
Mortada Motahari, “Les droits de la femme en Islam”, Ed. Al Bouraq, Casablanca,
2000
Musawah website : “Home Truths report”, 2009
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zamanin wa makan » (Le droit musulman, sa pérennité et sa capacité d'application en tous
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