200 !

Il serait bien difficile de le nier : même si l'année n'est
pas achevée (et ça peut encore être pire !), 2014 ne nous lais-
sera pas un souvenir particulièrement plaisant. Syrie, Irak,
Gaza, Ukraine, Ebola, Poutine, Valls, Trierweiler, Marine
Le Pen, et j'en passe : les raisons de se réjouir auront surtout
brillé par leur rareté. Aussi, c'est sans réserve aucune qu'il
faut saisir au passage les petits plaisirs et les petites fiertés
qui se présentent avec parcimonie : qui nous en voudra, donc,
de déboucher quelques bouteilles pour célébrer dignement -
à défaut d'occasions plus riches de sens et de portée – le 200e
numéro de notre Feuille Verte ?
Plaisir et fierté, oui, car ces 200 numéros, ces quelques
3 500 pages (à vue de nez...), sont tout de même un cas dans
la presse militante (ou du moins Verte) française. À notre con-
naissance (1), aucune structure Verte, qu'elle soit régionale,
locale, etc., n'a jamais assuré, et cela sans interruption, une
aussi longue parution ; même Vert Contact, qui fut longtemps
l'organe « officiel » des Verts, a connu une existence bien plus
tourmentée (2)... avant de disparaître.
Cette pérennité, qui lui a permis d'accompagner et de
refléter tant bien que mal, depuis 1995, les hauts et les bas,
les satisfactions et les déconvenues, les enthousiasmes et les
doutes des Verts de Franche-Comté, puis d'EÉLV-FC, La Feuille
Verte la doit à tous ces gens qui, de près ou de loin, pendant
quelques mois ou durant des années, ont donné de leur
temps et de leur énergie pour qu'elle paraisse vaille que
vaille ; qui ont relu, discuté, corrigé, défendu, critiqué, illustré,
mis en page, imprimé, plié, posté, distribué... Mille mercis à
Hubert, Marie-Agnès, François, Pauline, Laurence, Annie,
Jean-Jacques, Toinette, Christophe, Cécile, David, Michel,
Gérard M et Gérard P, Suzy, Corinne, Lucas, Jeannine, Jean-
Pierre, Roland et aux autres que j'oublie bêtement. Sans
omettre, bien évidemment, les lecteurs de notre canard... qui
en sont aussi, du moins pour bon nombre d'entre eux, les
auteurs. Répétons-le une fois encore : notre Feuille comtoise
ne peut être que ce qu'en font ses lecteurs.
(suite p 2)
OCTOBRE 2014 / n°200/ 1,70 €
Sommaire
2
P 1 et 2 : Edito
P 3 : JDE : qu’attend-on des écologistes?
P 5 : Point de vue : opposition/propositions
P 6 : TAFTA : un déni de démocratie
P 7 : Communiqué de presse « Stop TAFTA »
P 8 : En finir avec TINA
P 10 : Un changement de cap, mais lequel?
P 15 : Pourquoi je me suis abstenu
P 16 : 200
e
n° de La Feuille Verte : petit historique
P 21 : Tunisie : notes de voyage
P 23 : Classes prépa
P 25 : Comment se promener dans les bois… sans se faire
tirer dessus?
P 26 : Science et écologie
P 28 : Photos de la marche pour le climat à Besançon
Ce petit accès d'autosatisfaction ne doit cependant
pas nous faire perdre de vue nos difficultés (le Comité de
lecture vous en a assez entretenus pour ne pas y revenir
aujourd'hui) et nos insuffisances : au premier rang de celles
-ci, le fait que nous ne nous soyons guère, collectivement,
donné les moyens d'élargir notre diffusion au-delà du cercle
des adhérents et des militants (ce à quoi s'efforcent néan-
moins – et il faut leur en savoir gré - un certain nombre
de bonnes volontés). Si le ciel (!!) lui prête vie, La Feuille
Verte soufflera ses vingt bougies dans à peine plus d'un
an : on verra alors si, comme le prétend l'adage, c'est
vraiment « le bel âge »... (3)


Gérard Roy


(1) Suzy a récemment mené son « enquête » à ce
sujet auprès de ses homologues des autres régions.
(2) J'en sais quelque chose pour en avoir été long-
temps le « réviseur ».
(3) En attendant, retrouvez en pages intérieures
l'historique succinct de notre journal.
Édito suite
3
Bordeaux, Journées d'été
QU’ATTEND-ON DES ÉCOLOGISTES ?
Cette question, qui ne traverse pas seulement
notre mouvement mais la société en général, était posée
aux intervenants d’une table ronde organisée au cours
des Journées d’été de Bordeaux (1), table ronde animée
par Edwy Plenel, en présence d’Emmanuelle Cosse. Ce qui
suit n’en est pas un compte rendu, mais plutôt un focus
sur des réponses, des informations, des avis, des re-
marques de certains intervenants, qui pourraient alimen-
ter notre réflexion.
En guise d’introduction
Edwy Plenel, cofondateur et président de
Mediapart, attend des écolos « qu’ils nous réveillent,
qu’ils nous bousculent ».
Il explique ce qu’il
entend par la.
« La mélancolie et
la lassitude attei-
gnent toutes les
formations poli-
tiques qui se bat-
tent pour une
e s p é r a n c e .
Comme le disait
Stéphane Hessel, "nous sommes tous responsables". Der-
rière les désordres du monde, il y a des injustices que nous
laissons faire. »
« Jamais l’écologie politique n’a eu autant raison.
Jamais ne s’est fait autant sentir la nécessité d’une ré-
ponse radicalement et indissociablement écologique, dé-
mocratique, sociale aux immenses défis qui nous mena-
cent, qui menacent la survie de l’espèce, qui menacent la
terre. Et en même temps, jamais ne s’est autant éloignée
la proximité d’une réponse évidente face à ce que nous
ressentons comme une course à l’abîme. »
En observateur de la vie politique, s’appuyant sur
les engagements d’EÉLV et sur le bilan de la participation
gouvernementale, Edwy Plenel nous demande de ne pas
nous désespérer. Mais aujourd’hui, il attend que nous
parlions davantage à la société, « que nous sortions de
notre entre soi ». « On attend que vous mobilisiez la socié-
té car d’autres la mobilisent, d’autres savent lui parler,
d’autres sont à son écoute, et pour le pire. »
Enfin, quand les autres partis politiques répondent
aux urgences conjoncturelles, Plenel souhaite que nous
sachions imposer ce qu’il appelle « l’urgence de l’essen-
tiel », l’urgence de l’injustice, des déséquilibres, du ré-
chauffement climatique, de la destruction des richesses
de la planète, l’urgence des équilibres nouveaux.
Le regard d’un observateur de l’opinion
Jean-Daniel Levy, de l’Institut Harris Interac-
tive, ne s’est pas appuyé sur des chiffres mais a essayé
de comprendre ce qui structure l’opinion autour de
l’écologie. Il a relevé plusieurs paradoxes : j’en retien-
drai deux et un souhait.
Tout d’abord, si l’écologie politique a gagné
beaucoup de débats idéologiques (dérèglement clima
tique, transition énergé-
tique, OGM, gaz de
schiste par exemple), si
elle a réussi à mettre en
débat dans la société
française des théma-
tiques comme le nu-
cléaire, la pollution liée
au transport routier, la
capacité du capitalisme à
apporter les réponses
qu’il promet, elle ne parvient pas à capitaliser ces avan-
cées au niveau électoral, ni même en matière de soutien
de l’opinion. Pourquoi ? Sans doute parce que les Fran-
çais s’interrogent « sur l’articulation entre la mise en
œuvre des propositions écologistes et la promesse que
notre modèle social puisse perdurer ». Ils attendent les
écologistes sur cette question : comment faire en sorte
qu’il puisse y avoir une articulation entre la sauvegarde
de nos acquis sociaux et ces sujets de préoccupation que
sont la dégradation globale de la qualité de vie et la mise
en péril de l’avenir de la planète ?
Le second paradoxe concerne la transition éner-
gétique. Les Français ont un double regard quand on les
interroge : ils sont convaincus de l’urgence à agir pour
des raisons financières, géostratégiques, etc., mais ils ne
veulent pas s’engager dans les investissements néces-
saires. Ils doutent, ils demandent : « Rassurez-nous sur
le bout du chemin et assurez-nous que les efforts con-
sentis à court terme nous seront bénéfiques à moyen et
long terme en matière de confort de vie, de pouvoir
d’achat, mais aussi de compétitivité. » Et la réponse des
écologistes est attendue.
Enfin, les Français se tournent vers les écologistes
pour leur dire : « Aidez-nous ! » Pourquoi ? Parce qu’ils ont
parfois « le sentiment de mal agir, d’adopter des comporte-
ments individuels écologiquement irresponsables ». Ils ne se
sentent pas à l’aise mais ne trouvent pas la solution. Ils se
tournent alors vers les formations politiques et EÉLV leur
semble la plus légitime pour répondre à cette contradic-
tion.
Un parallèle entre la problématique du loge-
ment et la transition énergétique
Pour commencer, Patrick Doutreligne, de la
Fondation Abbé Pierre, demande aux écologistes, « pour
dépasser la désespérance »,
d’aller au-delà du constat
en entrant dans ce que
nous appelons parfois l’éco-
logie concrète. Il faut trou-
ver un juste équilibre entre
être des lanceurs d’alerte et
proposer des solutions. Il
faut faire de la pédagogie :
« C’est très dur, mais il faut
le faire. » Doutreligne, bien
sûr, s’est appuyé sur son expérience auprès des plus dému-
nis dans le domaine du logement. Il s’est élevé contre le
procès fait à la loi ALUR, procès qui voudrait rendre cette loi
responsable de tous les maux, de tous les problèmes que
rencontrent les Français en matière de logement. Il en pro-
fite pour faire le parallèle entre les questions d’investisse-
ment dans le logement (construction et rénovation) et dans
la transition énergétique. Pour ces deux thématiques, il faut
faire la « triangulation » environnementale, sociale et éco-
nomique. Enfin, il termine son intervention par ce slogan :
j’attends, dit-il, qu’EÉLV défende « Aucun avantage fiscal et
financier sans une contrepartie sociale » ; sans trahir son
message, j'ajouterai : « et environnementale ».
Quels écologistes ?
La question n’est pas très bien posée pour
Denez L’Hostis, président de France Nature Environne-
ment (FNE). On commence avec « Qu’attend-on des écolo
gistes ? » pour finir par « Quel
rôle peut et doit jouer EÉLV ? ».
Cette démarche est trop nom-
briliste, car la question se pose
pour tous les écologistes, issus
du monde associatif ou poli-
tique.
Le monde de l’écologie
doit analyser les critiques qui
lui sont faites et dépoussiérer son discours.
Denez L'Hostis s’interroge aussi sur « un des ADN de
notre république : elle refuse la diversité culturelle. Com-
ment peut-elle ensuite comprendre qu’il y a une biodiver-
sité ? » Et il reprend les conclusions d’une enquête d’opi-
nion : « Les Français s’inquiètent de l’environnement,
mais ils n’en rêvent pas. »
Pour lui, les écologistes doivent clarifier leurs in-
tentions, faire vibrer les citoyens et en même temps être
plus proche de leurs préoccupations. Mais avant tout, ils
doivent mettre en avant les questions de la justice et de
l’égalité environnementales : comment motiver un ci-
toyen qui vit dans des conditions environnementales
dégradées, des conditions qui ont en plus un impact
négatif sur sa santé ?
Edwy Plenel terminera sur un constat et un encou-
ragement : face à la complexité des problèmes posés et
des solutions à proposer, le défi est immense. Il n’y a pas
de raccourcis. Il faut de bons randonneurs : « Marchez,
les écologistes ! »


Bernard Lachambre
Cosecrétaire EELV


(1) Plus précisément, la question posée aux interve-
nants était la suivante : « Alors que l’urgence écologique
est de plus en plus pressante, la pression de la crise éco-
nomique et sociale tend systématiquement à la reléguer
au second plan. Au-delà de son rôle d’alerte reconnu par
tous, quel discours et quelles propositions l’écologie poli-
tique doit-elle porter en réponse à cette multicrise pour
constituer une alternative reconnue comme crédible ?
Alors que le logiciel productiviste atteint ses limites et
que les partis politiques traditionnels connaissent un
essoufflement sans précédent, quel rôle peut et doit
jouer Europe Écologie Les Verts ? »
4
5

Point de vue
Au mois de juin dernier, Martine Aubry décla-
rait : « Il n'est pas trop tard pour réussir le quinquen-
nat. » Voilà ce qui s'appelle pécher par excès d'opti-
misme. Entre le renoncement à la loi Alur, les embras-
sades au Medef (qui en redemande) et on en passe, il
semblerait que l'été ait annoncé des saisons encore plus
cruelles à venir.
Il est à craindre que se rejoue de manière encore
plus dramatique, en 2017, le scénario de 2002 : un non-
choix entre la peste et le choléra, entre la droite et
l’extrême droite. Pardonnez-moi d'avance si j'annonce
qu'on ne m'y prendra pas deux fois.
Si le quinquennat paraît d'ores et déjà au bord
du naufrage, faut-il pour autant penser comme inéluc-
table le passage de la République sous l'étouffoir
lepeniste ?
Toute la difficulté réside dans une capacité à
faire naître une alternative crédible. Soyons lucides :
nous en sommes loin. Les rodomontades autour du vote
de confiance l'ont montré : suffit-il de renverser le gou-
vernement pour trouver une nouvelle majorité ? Suffit-il
de se rencontrer sur un stand de la fête de L'Humanité,
de partager ses déceptions et ses colères pour tracer les
contours communs d'une autre politique ? Rien n'est
moins évident.










Nous l'observons localement dans la parti-
cipation à différents collectifs, Stop Tafta ou Comité de
défense des retraites. Nous nous retrouvons pour dénon-
cer des choix qui nous paraissent contraires à l’intérêt
général, c'est-à-dire sur une logique d'opposition. Nous
taisons alors nos divergences nombreuses : les posi-
tions fédéralistes et régionalistes d'EÉLV heurtent les
logiques jacobines de certains ; mettre en avant la
question du travail, du rapport au travail et de ses
conditions d'exercice comme préalable à la question
de la retraite nous vaut quelques regards suspicieux.
Et puis, n'est-ce pas, tout le monde est écologiste.
C'est de mode, pas forcément de conviction, surtout
si cela remet en cause les approches productivistes
ou oblige à aller au-delà d'une critique nécessaire du
capitalisme pour interroger les logiques individuelles
et collectives - de consommation, par exemple.
S'agit-il là de raisons suffisantes pour ne pas
se mettre à la tâche avec les partis qui ne refusent
pas d'assumer la réalité de l'exercice des responsabi-
lités, avec ceux des socialistes qui ne se retrouvent
pas dans les injonctions du Premier Ministre ?
Comment ne pas souscrire aux propos
d'Eva Joly (1) lorsqu'elle invite à constituer une
dynamique de projet et non de rejet, basée sur le
virage écologique, une réforme des institutions, des
réponses sociales à la violence de la crise, une envie
d’Europe ? Convaincre de la nécessité de s'engager
dans la voie de la transition écologique, qui n'est pas
le verdissement des politiques, ne sera pas chose
aisée, mais ne devons-nous pas porter de manière
un peu plus flamboyante cette perspective ?
C'est le rôle du parti, non seulement au ni-
veau national, mais aussi aux niveaux régional et
local, d'impulser ce travail de construction indispen-
sable. Et de grâce, laissons les parlementaires à leur
fonction : l'élaboration de la loi, c'est-à-dire ces ten-
tatives parfois sans lendemain de faire évoluer les
textes soumis à l'Assemblée et au Sénat, une ma-
nière de porter au cœur des débats un autre son de
voix.
On peut comprendre les interrogations sur
tel ou tel vote, on peut comprendre que certains
aient appelé les députés à ne pas voter la confiance
à Manuel Valls (2). Mais au nom de cette légitime
prise de position, d'aucuns, sur des listes de diffu-
sion, n'hésitent pas à s'ériger en commissaires poli-
tiques et à exiger (au nom de qui ?) une soumission
sans réserve au « Parti ». Tous les murs trotskistes
OPPOSITION / PROPOSITIONS
Dessin publié
avec l’aimable
autorisation de
Charlie Hebdo
6
TAFTA
ne sont pas tombés…
Rappelons que, si un député doit une certaine
légitimité politique au parti et surtout aux militants qui le
désignent, il doit sa légitimité démocratique… aux élec-
teurs ! Et il y a toujours un temps pour rendre compte de
son mandat.

Alors plutôt que d'exiger on ne sait quoi des
députés et sénateurs dont les positions peuvent ef-
fectivement être soumises à la critique, mettons
toute notre énergie à ce que le naufrage annoncé de
Hollande ne se transforme pas en Bérézina pour les
écologistes.


Michel Boutanquoi




(1) http://www.reporterre.net/spip.php?
article6299
(2) Et je suis satisfait du choix de l'abstention.
UN DÉNI DE DÉMOCRATIE
Dans le cadre d'une lutte contre le projet de traité
TAFTA (TransAtlantic Free Trade Area), grand marché tran-
satlantique auquel il faut désormais ajouter le CETA
(Canada-EU Trade Agreement), accord Europe-Canada du
même type, et l'accord TISA (Trade in Services Agree-
ment), sur les services comme son nom l'indique, diverses
organisations avaient demandé à la Commission euro-
péenne la mise en œuvre d'une Initiative citoyenne euro-
péenne (ICE).
De quoi s'agit-il ? L’ICE permet à un million de
citoyens européens, issus d’au moins sept pays de l’Union,
d’inviter la Commission européenne à proposer des me-
sures législatives dans un domaine relevant de sa compé-
tence. Présentée par un comité, elle doit d'abord être
adoptée par la Commission avant de pouvoir être mise en
œuvre (récolte des signatures).
La Commission actuelle, qui est la commis-
sion sortante, dont la légitimité à prendre des déci-
sions au-delà de son mandat mérite un sérieux exa-
men, a récemment rejeté la demande.
Il n'y a pas grand-chose à ajouter au commu-
niqué ci-après, que la presse n'a pas relayé. Il est sou-
haitable que nos parlementaires nationaux et euro-
péens ne restent pas sans voix devant ce déni de dé-
mocratie.


Michel Boutanquoi
Dessin publié
avec l’aimable
autorisation de
Charlie Hebdo

7
La Commission européenne a rejeté ce jeudi
11 septembre une proposition d’Initiative Citoyenne
Européenne (ICE) visant à obtenir des États membres
qu’ils ne concluent pas les traités UE-USA et UE-Canada -
TAFTA et CETA. L’Initiative avait été déposée par une al-
liance de plus de 230 mouvements citoyens de 21 États
membres de l’Union européenne, dont le collectif fran-
çais « Stop TAFTA, Non au Grand Marché Transatlan-
tique ».
Plutôt que de répondre aux inquiétudes légi-
times concernant la politique commerciale de l’Union
européenne, la Commission a, par son refus, fermé une
porte supplémentaire à la participation des citoyens.
Les bases technico-légales sur lesquelles la Com-
mission fonde ce rejet sont contestées par les promo-
teurs de l'Initiative, qui fournissent une contre-analyse
juridique : la Commission ne peut s’abriter derrière l’ar-
gument selon lequel un mandat de négociation d’un trai-
té commercial n’est pas un acte légal de l’Union, et qu’il
ne peut être contesté, à ce titre, par une Initiative ci-
toyenne européenne.
Pour Michael Efler, porte-parole de la coalition
d’organisations à l’initiative de cette ICE, si l’opinion lé-
gale de la Commission était justifiée, la population euro-
péenne serait de fait exclue du développement de tout
type d’accords internationaux, une idée « aussi ef-
frayante que scandaleuse » d’après lui.
Selon Michel Dubromel, de l’association
France Nature Environnement, une des organisa-
tions initiatrices de l’ICE en France, « au lieu de ré-
pondre aux inquiétudes à l’égard d’une politique
commerciale européenne complètement opaque au
citoyen, la Commission refuse un débat de bon sens.
D’un point de vue citoyen, c’est un acte despotique
aliénant tous les peuples d’Europe. »
Dans les jours à venir, les initiateurs de l’ICE
feront connaître leur stratégie face à la réponse de
la Commission européenne.
Le Collectif « Stop TAFTA » et tous ses
membres n’en restent pas moins déterminés à dé-
montrer la nocivité de l’accord transatlantique et de
son marchepied, l’accord UE-Canada. Nous prépa-
rons dès maintenant la journée de mobilisation eu-
ropéenne du 11 octobre prochain, au cours de la-
quelle des centaines d’actions auront lieu partout en
Europe.
Pour en savoir plus :
- Site du collectif « Stop TAFTA » : https://
www.collectifstoptafta.org/
- Site européen pour la journée d’action du
11 octobre 2014 : http://www.stop-ttip-ceta-tisa.eu/
fr/
- Statement by the alliance on the rejection :
http://stop-ttip.org/europaeische-kommission-will-
buergereinfluss-bei-ttip-und-ceta-ausschalten/
- Rejection by the EU Commission : http://
ec.europa.eu/citizens-initiative/public/initiatives/
non-registered/details/2041
Communiqué de presse du collectif français
« Stop TAFTA,
Non au Grand Marché Transatlantique »
8
Je suis, évidemment, contre la peine de mort,
mais j'ai des envies de meurtre contre Tina. Elle a à peine
une quarantaine d'années, mais, depuis les années 70,
elle empoisonne complètement le débat sur les questions
économiques en empêchant toute remise en cause du
modèle libéral, toute approche nouvelle, toute créativité.
Tina - « there is no alternative » -, c'était le cri de guerre
de Margaret Thatcher, en réponse à ceux qui critiquaient
sa politique économique ultralibérale et injuste. « Il n'y a
pas d'alternative », c'est exactement la traduction en
français de cette formule qu'a employée Valls pour ré-
pondre aux propositions des contestataires du PS au mois
d'août de cette année.










Retour sur la révolution néolibérale
Avec le krach boursier du 24 octobre 1929 com-
mence la Grande Dépression. La crise boursière dégénère
en crise financière : la production s'effondre et le chô-
mage explose. Commencée aux États-Unis, la crise se
propage en Europe et devient mondiale.








Pour y répondre, Franklin Roosevelt, qui prend
ses fonctions en mars 1933, va lancer le New Deal, une
intervention économique massive de l'État. Roosevelt
entreprend une grande réforme boursière et bancaire et,
face à l'insuffisance de la demande, il lance une politique
de relance inspirée par Keynes : il met en place une assu-
rance chômage, des allocations vieillesse et des aides aux
plus démunis. Il soutient l'agriculture par des subven-
tions et lance une politique de grands travaux. Cette poli-
tique peut être caractérisée par une forte régulation par
l'État de l'activité économique et financière et la mise en
place d'un État-providence qui va persister jusqu'à la fin
des Trente Glorieuses.
Mais pour les tenants du libéralisme économique,
l'État-providence et les politiques de régulation sont des
entraves à la course aux profits. Pour Friedman, Hayek et
les théoriciens du néolibéralisme, il faut débarrasser
l'économie de toutes les contraintes : impôts, règlemen-
tation, intervention de l'État, etc. C'est le marché qui va
tout régler et il va en résulter une grande prospérité pour
tous. Thatcher et Reagan vont mettre en musique cette
politique en commençant par diminuer les impôts des
plus riches et en s'attaquant à l'État-providence. Et en
plus, ils vont faire croire que c'est la seule politique pos-
sible : Tina.
Théorie du ruissellement et dogme du mar-
ché efficient
Thatcher et Reagan vont justifier le tournant néo-
libéral par deux principaux arguments : le ruissellement
et l'efficience du marché. Selon la théorie du ruisselle-
ment, quand les riches s'enrichissent, même les plus
pauvres en profitent aussi : par leur consommation ou
par l'investissement, les revenus des plus riches sont
injectés dans l'économie, contribuant à l'activité écono-
mique et à l'emploi. Ainsi, selon cette théorie, les riches
ne sont pas riches au détriment des pauvres.
Le dogme du marché efficient prétend que, quand
le marché est suffisamment large, les cours résultant de
la loi de l'offre et de la demande équivaudraient toujours
au juste prix (des actions, des marchandises, des sa-
laires…). Or si c'était vrai, il ne pourrait jamais y avoir de
bulle spéculative, puisque dans ce cas, les prix ne sont
pas justes, mais surestimés. Avec la révolution néolibé-
rale, l'État n'a plus à intervenir dans l'économie, il faut
simplement laisser faire le marché. Les crises succes-
sives, jusqu'à celle des subprimes, ont démenti, dans les
faits, ce dogme.
On comprend aisément que les vrais objectifs des
néolibéraux sont inavouables : à travers la politique dite
Économie
EN FINIR AVEC TINA
9
de l'offre, à travers les activités spéculatives, il s'agit d'ac-
caparer toujours plus de richesses, d'élargir la sphère du
profit par la privatisation des services publics et de ré-
duire l'État à ses fonctions régaliennes - police, armée,
justice. Mais qu'en est-il de la prospérité annoncée pour
tous ?
Du mythe à la réalité
On est très loin des objectifs affichés par les te-
nants du néolibéralisme. D'abord, les inégalités sociales
ont explosé. L'ONG Oxfam explique en janvier de cette
année que 1 % de la population mondiale détient près de
50 % des richesses. Pour Thomas Piketty, les 10 % les plus
riches ont « absorbé entre deux tiers et trois quarts des
fruits de la croissance » au cours de ces vingt dernières
années (1). Même le forum économique de Davos, qui
s'est terminé le 25 janvier 2014, identifie les disparités
grandissantes de revenus comme un risque pour les pro-
grès humains.
Depuis des années, les Nobel d'économie Krugman
et Stiglitz alertent les responsables politiques au niveau
mondial. Ils disent que c'est cette politique de l'offre qui
est à l'origine de l'aggravation des inégalités, du chômage,
de la précarisation, mais également de la constitution des
bulles spéculatives et des crises, dont celle de 2008.
En effet, les dérégulations ont permis un formi-
dable développement de la sphère financière. Les traders
ont pu s'en donner à cœur joie dans la mise au point de
« produits dérivés », dans l'opacité la plus totale. Tout cela
aboutissant finalement à l'éclatement de la bulle spécula-
tive immobilière américaine (subprime) et, par cascades, à
la crise financière mondiale de 2008, dans laquelle nous
sommes encore.
Les Trente Glorieuses n'avaient déjà pas été ter-
ribles pour la planète, mais en 30 ans de néolibéralisme,
toutes les dérégulations ont eu des conséquences écolo-
giques encore plus dramatiques : l'épuisement des éner-
gies fossiles, la déforestation massive, la destruction des
écosystèmes, l'appauvrissement de la biodiversité et le
dérèglement climatique d'aujourd'hui. Et le modèle de
consommation ostentatoire des plus riches, qu'on nous
impose à longueur de journée sur les médias et qui n'est
pas généralisable à l'ensemble de la planète, est une sorte
de pousse-au-crime contre un modèle durable.
Hollande, Valls et le social-libéralisme
Le social-libéralisme n'est qu'une variante du libé-
ralisme. Avec le Pacte de responsabilité, la politique éco-
nomique actuelle du gouvernement s'inscrit dans la ligne
de la politique de l'offre : il faut permettre aux entreprises
de rétablir leurs marges pour qu'elles puissent investir,
retrouver les chemins de la croissance et ainsi créer de
l'emploi. Or l'économiste Liêm Hoang-Ngoc explique que
le théorème de Schmidt - « Les profits d'aujourd'hui
sont les investissements de demain et les emplois
d'après-demain » - est faux. Il montre que « la part
des profits dans la valeur ajoutée s'est accrue, mais
celle consacrée à l'investissement a diminué au profit
des dividendes » (2).
Actuellement, dans la mesure où les capacités
de production des entreprises sont sous-utilisées, elles
« n'ont aucun intérêt à investir, même en présence de
mesures fiscales favorables » (3). D'ailleurs, plus de la
moitié des PME se plaignent de la pauvreté de leur car-
net de commandes. On voit bien que les mesures
d'austérité induites par la politique de l'offre ne font
qu'aggraver les choses. Elles n'ont pas permis de ré-
duire les déficits tout en entraînant un accroissement
du chômage et de la pauvreté. Et il est évident aussi
que la réduction des dotations de l'État aux collectivités
aura des effets récessifs.
Si, d'autres choix sont possibles !
Il y avait donc d'autres solutions que le Pacte de
responsabilité : par des mesures budgétaires aux mon-
tants équivalents, le gouvernement pouvait agir sur la
demande en ciblant l'augmentation du pouvoir d'achat
sur les ménages les plus modestes. « C'est la demande
qui crée l'offre et non l'inverse. C'est elle qui pousse les
entreprises à investir et à innover. » (3). En fait, non
seulement les politiques de l'offre sont inefficaces, mais
elles accroissent les inégalités : finalement, c'est leur
but réel... mais inavouable.
Une autre façon de relancer l'activité écono-
mique et l'emploi est la transition écologique ; il faut
dégager des moyens financiers importants pour des
investissements d'avenir : l'isolation thermique et l'effi-
cacité énergétique, les énergies renouvelables, les
transports en commun, les équipements de proximité.
Pour toutes ces politiques économiques, le niveau le
plus pertinent est le niveau européen, mais encore fau-
drait-il que les responsables français mènent la bataille
politique.
Non, feu Madame Thatcher, non, Monsieur Valls,
il n'y a jamais une seule politique économique possible,
il y a toujours des alternatives. Décidément, il faut vrai-
ment euthanasier Tina…

Gérard Mamet
(1) « L'enjeu fiscal est d'abord démocratique »,
Alternatives Économiques n° 336, juin 2014, p. 64.
(2) L'Économie Politique n° 63, juillet-août-
septembre 2014, p. 31.
(3) idem p. 32.
10
Devant le risque
d’épuisement de l’action
publique, une demande
de changement de cap
s'exprime. Mais de quel
cap parle-t-on ? N’y a-t-il
qu’une seule alternative
possible à celui que les
pays de l’Union euro-
péenne se sont imposé ?
L’austérité : une conséquence de l’augmenta-
tion de la dépense publique pendant 35 ans
Pour une partie de la société, l’austérité résulte de
la baisse de la dépense publique. Or, l’évolution des
comptes publics des trente-cinq dernières années montre
l’inverse, à savoir que l’austérité est la conséquence de la
hausse - à crédit - de la dépense publique, accentuée avec
la crise de 2008. Alors, comment est-il possible que des
thèses aussi opposées puissent être défendues ? En réalité,
deux phénomènes peuvent se cumuler. Dans la situation
actuelle de ralentissement économique, une baisse impor-
tante de la dépense publique, comme on l’a observée au
sud de l’Europe, peut précipiter la récession. Cela pourrait
également arriver en France. Mais le ralentissement éco-
nomique peut aussi venir d'une relance par l'investisse-
ment, comme ce fut le cas à la suite des 35 milliards enga-
gés en 2011 par François Fillon, provoquant une augmenta-
tion importante des déficits et de la dette.
Tout a commencé après la crise pétrolière de
1974 et l’interdiction faite aux États d’emprunter auprès
des banques centrales, et avec l’accélération de la mondia-
lisation, qui a conduit à une érosion continue de la crois-
sance - mesurée avec le PIB - en occident. Là, beaucoup
ont considéré, enfermés dans le mythe des Trente
Glorieuses, que cette
situation était passa-
gère, et ils ont suc-
combé aux sirènes de
la finance, qui leur
offrait des crédits sur
un plateau, pour
maintenir un niveau
de dépense publique
identique, voire crois-
sant, en installant l’illu-
sion du modèle social
sans limites. Le crédit
était même vanté
comme un moyen de
s’enrichir. Il en fut de
même pour les agents
économiques privés et
les ménages.
Pourtant, au gré des
relances successives de la dépense - mâtinée d’offre et
de demande, mais surtout de demande (relance de la
consommation, investissements publics...) -, dont la
première a été engagée par Raymond Barre et la der-
nière par François Fillon (les gouvernements de gauche
y ont pris leur part, bien entendu), et faute de retour de
cette croissance tant vénérée, on a observé de manière
systématique, avec un décalage d'un ou deux ans, un
manque de recettes qui a systématiquement conduit à
une compensation par l’augmentation du recours à l’em-
prunt et aux prélèvements obligatoires. Ce qui a fait
gonfler les déficits, la dette et la pression fiscale et so-
ciale sur les ménages et les entreprises, pour aboutir à
la réduction de nos marges de manœuvre et à la réces-
sion.
La baisse de la dépense publique en France
constitue un sujet qui, bien qu’il occupe une place im-
portante dans les débats depuis plusieurs années, est
dans les faits d’une actualité très récente. En effet, elle
n’est véritablement mise en œuvre que depuis cette
année, avec le budget 2014, et ne peut être que très
partiellement en cause dans la situation actuelle de ra-
lentissement de l’économie. Il est donc totalement abu-
sif de lui faire porter le chapeau de la récession et des
difficultés des ménages.
Concrètement, si on observe l’évolution des sa-
laires, on constate que, dans le secteur privé, ils ont
augmenté au moins autant que l’inflation. Certes, ils
sont bloqués dans le secteur public depuis quatre ans,
mais la progression des indices permet globalement un
maintien du pouvoir d’achat (sauf pour les contractuels,
malheureusement de plus en plus nombreux, et les re-
traités). En réalité, les difficultés des ménages – il faut
s’intéresser principalement à la classe moyenne basse,
entre un et deux SMIC – ont bien d’autres origines que
Déficit, dette et autres joyeusetés
UN CHANGEMENT DE CAP, MAIS LEQUEL ?
11
la baisse de la dépense publique. On y trouve notamment
l’augmentation du coût de l’énergie et des loyers dans une
catégorie pour laquelle l’accession à la propriété reste diffi-
cile (d’où la pertinence d’une action déterminée dans le
temps sur ces deux sujets), mais aussi la perte d’emploi qui
fait s'effondrer le pouvoir d’achat des ménages concernés
et des familles dont les jeunes ne trouvent pas de travail.
Et, bien entendu, les augmentations d’impôts, dont la res-
ponsabilité revient en grande partie à la majorité gouverne-
mentale et parlementaire en place : gel du barème de l’im-
pôt et suppression de la demi-part « des veuves », certes
décidés sous Sarkozy, mais non remis en cause ; suppres-
sion de la défiscalisation et de la « désocialisation » des
heures supplémentaires ; fiscalisation de la part patronale
de la cotisation mutualiste ; fiscalisation du supplément
retraite pour famille nombreuse, etc. Les écologistes peu-
vent accabler le gouvernement en se convainquant que la
baisse du pouvoir d’achat des classes moyennes résulte de
sa (celle du gouvernement) politique d’austérité, qu’ils ne
cautionnent pas, mais ils devront rendre des compte sur
leur (celle des partis au pouvoir) politique fiscale, celle à
laquelle ils ont participé, qu’ils ont votée sans la moindre
hésitation et qui a pesé lourdement sur le pouvoir d’achat
des classes moyennes basses. On peut citer l’exemple de ce
couple d’enseignants retraités qui a vu ses impôts augmen-
ter de 600 € avec la fiscalisation du supplément de 10 % de
pension retraite pour famille nombreuse, quand ses reve-
nus ne baissaient (en euros constants) que de 40 à 50 € par
an, ou de cette vieille dame qui a perdu 450 € de pouvoir
d’achat (suppression de la demi-part des « veuves ») en
étant imposée pour la première fois, alors que son revenu
ne baissait que de 20 € (en euros constants).








Même si cela bouscule des raisonnements apparemment
bien huilés, qui ont pour conséquence d’empêcher une
remise en cause profonde du modèle, c’est bien l’excès de
dépenses publiques non compensé (je ne développe pas ici
la question du transfert de richesses) depuis 35 ans et la
dette qui s’ensuit qui sont en cause dans la récession éco-
nomique, et non la perspective de baisse de la dépense
publique, qui pourrait toutefois l’aggraver.
Le changement de cap a déjà eu lieu
Dans ce contexte, quel doit être le cap poli-
tique ?
Il est bien légitime et naturel, dans ce contexte
de crise, de critiquer les choix de celles et ceux qui sont
en responsabilité et d’appeler à des changements, à un
changement de cap. Il y a ceux qui veulent le change-
ment sans trop savoir ce qui pourrait être fait et repren-
nent sans discernement les slogans à la mode, et ceux
qui ont une idée bien précise. Dans cette seconde caté-
gorie, on trouve toutes les orientations possibles, y com-
pris un scénario et son contraire. Cela pour dire qu’au-
cun modèle ne s’impose
À gauche, le changement de cap correspond le
plus souvent à une proposition de relance de la de-
mande, sur des base écologiques quand elle est déclinée
par les partis du même nom. Ce qui laisse supposer de
belles empoignades et de nouvelles divisions entre les
différents partisans de la demande si cette option était à
l'ordre du jour, tant le modèle et les partisans de la
croissance lamineraient les écologistes. Et ce n’est pas
prendre beaucoup de risques que d’affirmer que la ma-
jorité des projets d’investissements auraient peu à voir
avec l’écologie. Par ailleurs, le regain d’activité ne serait
que passager et serait suivi une fois encore d’une dé-
pression économique en sortie... comme ce fut le cas
systématiquement pendant les 35 dernières années (Cf.
plus haut).
Si on peut légitimement douter des résul-
tats d’une politique de l’offre, on doit avoir autant
de circonspection concernant les résultats d’une poli-
tique de la demande et ne pas céder aux chimères, qui
désespéreront une fois encore les citoyens. En réalité, il
faut de l’offre et de la demande, sachant que les décen-
nies passées ont connu un déséquilibre en faveur de la
demande. Mais cela ne suffit pas et ça, les écologistes le
savent mieux que d’autres. Si on reste accroché au mo-
dèle productiviste et au seul indicateur de la croissance
et du PIB, il n’y aura pas d’issue. Mais convenons que
nos propositions ne convainquent pas.
Ce cap de la relance par la demande est suppo-
sé correspondre au programme électoral sur lequel se
sont engagés les partis de gouvernement et le président
de la République. C’est vrai, mais en partie seulement,
car le projet promettait d’abord de mettre en premier la
lutte contre le chômage et la restauration des comptes
publics.
Mais que s’est-il passé en réalité depuis
l’élection présidentielle de 2012 ? Au début de la
mandature, c’est bien le programme électoral qui a été
mis en œuvre, « le redressement dans la justice », avec
12
pas moins de 30 milliards d’impôts supplémentaires et
une réduction limitée de la dépense publique sur les
budgets 2012 et 2013. Malheureusement, cette poli-
tique a échoué très rapidement. Certes, elle a permis
de mettre à contribution les revenus élevés (tranche
d'impôt sur le revenu à 45 %, baisse du quotient fami-
lial de 2 300 à 2 000, puis à 1 500 €, alignement de la
fiscalité des revenus du patrimoine sur ceux des sa-
laires, maintien de la surtaxe de 10,7 % sur l'impôt sur
les sociétés des sociétés dont le CA est supérieur à
250 M€, etc.), mais elle a échoué pour redresser les
comptes publics dans la justice.
Échec dans la justice, parce que la classe
moyenne basse a vu ses impôts augmenter alors même
que ses revenus n’augmentaient pas (ou augmentaient
peu), et cela dans des proportions importantes, plu-
sieurs centaines d’euros par an ; certains devenaient
imposables et perdaient du coup des exonérations di-
verses (taxe d'habitation, redevance télé…). En complé-
ment des exemples cités plus haut, on peut également
observer qu’un retraité percevant 1 300 € par mois
aura vu son impôt augmenter de plusieurs centaines
d’euros en 2013 et 2014, alors qu’il ne perdra « que »
6,5 € par mois avec le gel des pension au-delà de
1 200 € par mois en 2015, quand un retraité percevant
1 100 euros par mois aura vu les mêmes hausses d’im-
pôts, mais maintiendra son niveau de retraite en 2015,
tout cela en euros constants. Il en est de même pour un
ouvrier ou un chauffeur routier, qui auront perdu les
avantages liés aux heures supplémentaires. Ces élé-
ments expliquent en grande partie les revers électoraux
du printemps dernier, bien plus que la baisse de la dé-
pense publique, que la plupart de nos concitoyens
n’ont pas (encore) vue.







Échec du redressement également, puisque
les 30 milliards de recettes supplémentaires program-
més n’ont en réalité produit qu’une recette de 15 mil-
liards, soit un manque à gagner de la moitié, ce qui n’a
pas permis de réduire les déficits autant que prévu.
C’est là aussi un échec sur lequel il conviendrait de s’ar-
rêter pour en comprendre les raisons, alors que la
croissance moindre que prévu ne peut en expliquer
que le quart. En tout cas, les libéraux ont eu vite fait de
ressortir leur slogan favori : « Trop d’impôt tue l’impôt »,
expliquant que les augmentations d’impôts avaient pro-
voqué des changements de comportement, des adapta-
tions des agents économiques destinés à réduire leur
assiette fiscale. À cet instant, je voudrais partager une
réflexion. Durant toutes ces années, alors que je soute-
nais le renforcement de l’impôt progressif – que je sou-
tiens toujours puisque je propose régulièrement l’instau-
ration par amendement d’une tranche marginale de l’IR à
49 et de l’IS -, j’ai refusé longtemps de croire que l’aug-
mentation des impôts pouvait favoriser l’évasion fiscale.
Je suis obligé de dire aujourd’hui que c’est pourtant une
réalité, et chacun connaît les chiffres faramineux que cela
représente. Je dois me rendre à l’évidence : l’augmenta-
tion des impôts engendre fraude, évasion et optimisation
fiscales.
C’est bien ce double échec qui a conduit le gouver-
nement, courant 2013, à confirmer et à amplifier le chan-
gement de cap amorcé avec le Crédit d'Impôt Compétiti-
vité Emploi (CICE) 6 mois plus tôt, en décembre 2012,
lors du collectif budgétaire. Le changement de cap a donc
eu lieu et il n’y en aura pas d’autre, parce que nos diri-
geants actuels sont convaincus que
la relance par la demande a
trop longtemps échoué et qu’ils
n’ont pas de modèle alternatif,
pas plus que les « frondeurs »,
le Parti de gauche ou
Montebourg ; c’est ce que le
président de la République a
voulu indiquer quand il a dit
qu’il ne voulait pas faire de
« godille ». Cette clarification
est importante et elle s’explique quand on reprend l’en-
semble des éléments et de la séquence depuis 2012. En
tout cas, elle donne un cadre au débat stratégique dans
les mouvements politiques. Soit on campe sur une dé-
nonciation du cap actuel en récitant notre programme,
et d’autres le leur, et on cristallise la rupture entre deux
gauches dans la perspective d’une lutte à mort pilotée
par un conglomérat hétérogène contre la social-
démocratie, soit on réfléchit dans ce cadre en s’inscri-
vant dans la perspective d’une mutation de cette social-
démocratie. Chacun aura son avis sur ce qui peut être le
plus efficace, mais il ne faudra pas oublier de prendre en
compte, dans ce débat stratégique, l’état des forces et
des équilibres politiques à une échelle supranationale,
au moins en Europe.
13
Unir la gauche et les écologistes autour d’ob-
jectifs clairs et d’un changement de cap réel
Le drame politique – je ne parle pas ici du drame
social - dans tout cela, c’est la division des forces de pro-
grès, au sein desquelles on peut craindre que l’appétence
pour l’indignation et les combats à mort (politique) ne
servent de principale motivation, au risque de confiner la
gauche à l’impuissance.
Plutôt que de s’écharper au sujet de l’utilité ou
non de réduire les déficits, la gauche ferait mieux d’ap-
profondir sa réflexion et son unité sur une réponse à une
autre question : qui doit payer la dette ? Cela fait
20 ans que l’on repousse l’échéance de la maîtrise des
déficits et de la dette en promettant qu'une fois la crois-
sance revenue avec la relance, on pourra réduire les pre-
miers pour rembourser la seconde. C’est une pure chi-
mère, que les faits illustrent parfaitement. Et les écolo-
gistes, porteurs plus que d’autres de l’intérêt des généra-
tions futures, devraient être les fers de lance de cette
bataille.
Concrètement, il s’agit de réduire les déficits et de
faire payer la dette, d’une part par celles et ceux qui pra-
tiquent l’évasion fiscale, d’autre part par les créanciers de
la dette, et notamment ceux qui ont spéculé sur les
dettes souveraines pour s’enrichir plus que de raison.
Mais cela ne nous dispensera pas de questionnements et
d’évolutions sur la dépense publique. Il ne s’agit pas de
substituer un mythe à un autre et d’échapper à nos res-
ponsabilités. Et même si l’Union européenne devait lâ-
cher du lest sur le rythme de réduction des déficits – ce
qu’elle a fait déjà une fois en faveur de la France, courant
2013, en reculant l’échéance des 3 % de deux années, et
ce qu'elle pourrait faire encore à l’avenir –, le problème
ne serait pas réglé pour autant.






Il faut donc s’atteler à cette tâche considé-
rable et cela passe inévitablement par l’Europe. Il est
temps que celle-ci ne se préoccupe plus seulement des
dépenses des États pour fixer une trajectoire de réduc-
tion des déficits publics, mais qu’elle associe cette trajec-
toire à une autre, celle de l’extinction de l’évasion fiscale,
pour améliorer les recettes des États. Si les États peuvent
mener des politiques efficaces pour stopper l’évasion
fiscale des particuliers (voir la réussite de la loi contre la
fraude et la grande délinquance financière de l’été 2013,
si peu mise en valeur), il est nécessaire qu’ils s’allient
pour mettre fin à celle pratiquées par les multinatio-
nales, sur la base du Programme BEPS préparé par
l'OCDE (un ensemble de 15 actions prêtes à l’emploi,
destinées à lutter contre l’érosion des bases fiscales et
les scandaleux prix de transfert). J’insiste : seule une
trajectoire d’extinction de l’évasion fiscale et la mise à
contribution des créanciers de la dette permettront une
adhésion des peuples à une trajectoire de réduction des
déficits publics et permettront de ne pas ruiner l’action
et la dépense publiques.
Le second sujet est celui de l’investissement
public et des « grands travaux », qu’il faut regarder éga-
lement sous l’angle de la dette et des déficits. L’investis-
sement est devenu le talisman du progrès. Il est d’ail-
leurs nécessaire à la transition écologique. Mais il faut
faire très attention au fait que l’investissement public
n’a pas les mêmes caractéristiques que l’investissement
privé. En effet, ce dernier s’amortit au sens où il est ren-
table, dans la mesure où les annuités d’emprunt et les
intérêts de la dette sont financés par autant d’écono-
mies de fonctionnement (baisse d’effectifs…), destinées
à améliorer la productivité ou la vente d’un nouveau
produit ou service. Et si cet investissement n’est a priori
pas rentable, les dirigeants de l’entreprise décideront de
ne pas le réaliser. L’investissement public a un autre
objectif : rendre des services (culturels, sportifs, éduca-
tifs, de déplacement, etc.). Non seulement il n’est pas
« rentable » au sens financier, mais il peut coûter très
cher, surtout au-delà de l’investissement initial
(personnel, maintenance, fluides…), qui peut ne repré-
senter qu’une petite partie de la dépense totale (75 %
des coûts d’un bâtiment seront engagés dans les 60 ans
qui suivent l’investissement initial). En conséquence, en
l’absence de recettes correspondantes, il pèsera soit sur
la dette, soit sur les prélèvements, soit sur les deux. Voi-
là comment il faut analyser les réticences, notamment
au niveau de l’Union européenne, vis-à-vis d’un grand
programme d’investissement qui va obligatoirement
aggraver les déficits et creuser la dette. C’est ainsi que le
programme de relance par l’investissement du gouver-
nement Fillon a conduit à cette situation. Et là, nous
avons, nous écologistes, une chance extraordinaire : les
investissements dans la transition énergétique, en parti-
culier les économies d’énergie, sont « rentables ». Ce
sont en effet les seuls investissements qui engendrent
des économies et pour lesquels on connaît précisément
le temps de retour. Autrement dit, la transition écolo-
gique n’est pas un sujet et un grand chantier d’investis-
sement parmi d’autres, elle doit être le cœur des inves-
tissements. Un grand chantier, qui consiste en réalité
en des millions de petits projets ancrés sur les terri-
toires.
Voilà donc les deux priorités que le gouverne-
ment français doit faire siennes et faire valoir au sein
de la Communauté européenne. Il sera bien plus cré-
dible en empruntant cette voie qu'en se contentant
d’espérer toujours de nouveaux reports des objectifs
de réduction des déficits publics, en ajoutant de la
dette à la dette et en hypothéquant encore un peu plus
l’avenir.
Ce sont les deux priorités sur lesquelles les par-
tis de gauche et écologistes devraient s’unir.
Tout changement de cap qui voudrait
s’exonérer de la réduction des déficits et de la
dette est voué à l’échec, car il expose notre pays à
de graves déconvenues et ne fera que reporter
l’échéance sur nos successeurs. Il revient donc aux par-
tis politiques, notamment à Europe Écologie Les Verts,
de s’inscrire dans ce cadre et d’y faire valoir leurs pro-
positions originales en phase avec leurs valeurs. C’est-à
-dire une vision offensive du remboursement de la
dette, qui mobilise les différents acteurs à proportion
de leurs capacités financières respectives, et une ap-
proche sélective des investissements en direction de la
transition énergétique. Pour vraiment redresser les
comptes publics dans la justice… et grâce à l’écologie.
Il y a donc bien un changement de cap à faire
valoir, mais c’est celui de l’écologie, pas celui de la
vieille gauche.

Éric Alauzet
Député EELV Doubs
14


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Comment recevoir La Feuille Verte ?

Pour la deuxième fois depuis sa nomination à
Matignon, la première depuis le remaniement du 26 août
dernier, Manuel Valls, à l’occasion de la constitution d’un
nouveau gouvernement, a prononcé le 16 septembre son
discours de politique générale et sollicité la confiance des
parlementaires. À l’issue de cet exercice, ces derniers la
lui ont majoritairement accordée, avec 269 voix pour et
244 contre. 52 se sont abstenus.
« J’ai soutenu et je continue à soutenir le
gouvernement, parce qu’il faut se serrer les coudes tel-
lement la situation est difficile et parce que personne ne
peut prétendre détenir une solution clé en main. »
Ce soutien au gouvernement, je l'ai apporté jus-
qu’ici sur la base de deux éléments. D'une part, « on ne
peut plus continuer à vivre à crédit et à aggraver la
dette ; ça nous coûte une fortune » (2) ; et d'autre part,
« il faut soutenir nos entreprises dès lors qu’elles ne prati-
quent pas l’évasion fiscale et que les dividendes et les
revenus des dirigeants ne sont pas excessifs. »
Mais je me suis abstenu sur le vote de con-
fiance au gouvernement Valls 2, d’une part « en raison
d’une décision de groupe (3) en faveur de l’abstention, et
d’autre part « parce que j’ai souhaité à cette occasion
adresser trois messages au gouvernement.
Le premier en réponse aux déclarations et aux
décisions hasardeuses depuis la rentrée (renoncement à
la maitrise des loyers prévue par la loi ALUR, remise en
cause des normes sur les rejets de nitrates, ou encore
stigmatisation des chômeurs ».
Les deux autres messages pour inviter à une autre
politique économique et à des mesures plus sociales.
« Un second message, plus au fond, qui s’adresse autant
au gouvernement qu’à ceux qui s’y opposent à gauche;
les uns comme les autres ne voient la sortie de crise qu’à
travers la relance (offre ou demande), qui repose exclusi-
vement sur le pari de la croissance, dont on sait qu’elle ne
reviendra pas du fait de la mondialisation, de la raréfac-
tion des matières premières et du changement clima-
tique. Parce que son contenu est parfois négatif (dégâts
et réparation contribuent au PIB !) et parce qu’elle oublie
les nombreux échanges bénéfiques à notre niveau de vie
mais qui ne sont pas monétarisés (économie domestique,
associative, collaborative, etc.) »
« Le troisième message concerne la baisse de la
dépense publique. On peut en limiter le montant si l’Eu-
rope s’organise pour consolider la recette des États en
luttant contre l’évasion fiscale agressive. Ce qui permet-
tra de préserver les plus modestes, notamment les pe-
tites retraites et les petits salaires (à signaler néanmoins,
pour les salariés au SMIC et un peu au-dessus, un crédit
d’impôt de 350 à 700 € en 2014 et encore plus élevé en
2015, financé par la lutte contre l’évasion fiscale).
Je demande également un soutien plus fort aux
collectivités locales « afin qu’elles soient capables d’offrir
du travail aux entreprises de leur territoire, ce qui per-
mettra également de préserver les investissements des
collectivités, en particulier ceux qui sont orientés vers la
transition énergétique ».

Éric Alauzet


(1) Cet article reprend en grande partie les termes de
l'explication de vote d'Éric Alauzet.
(2) Voir dans ce numéro l'article Un changement de cap,
mais lequel ?
(3) On trouvera l'intervention de Barbara Pompili au
nom du groupe EÉLV sur : http://www.ecolodepute-e-
s.fr/2014/09/16/c-est-l-ensemble-de-la-classe-politique-
qui-n-a-plus-la-confiance-des-fran%C3%A7ais/
15
Déclaration de politique générale du 2
e
gouvernement Valls
POURQUOI JE ME SUIS ABSTENU (1)
Dessin publié
avec l’aimable
autorisation de
Charlie Hebdo
16
Le premier numéro de La Feuille Verte des
Verts du Jura (décembre 1991)














Le premier numéro de la « nouvelle » Feuille
Verte des VFC… mal numérotée !
Un numéro de la Feuille Verte Besançon
écologie (octobre 1994)


















Le n°1 de la « nouvelle » Feuille Verte… qui
devrait s’appeler « n°2 »...

PETIT HISTORIQUE
200
e
numéro de La Feuille Verte
La Feuille Verte a un an. Happy birthday to
you !
La Feuille Verte fête l’abandon du Grand Canal



















Après les premières journées d’été à Lamoura
17
Des intrus se sont glissés parmi les Feuille Verte suivantes. Saurez-vous les retrouver ?
La Feuille Verte entre dans le XXI
e
siècle avec
un nouveau look.
















Le numéro 100 !

Après les secondes journées d’été de Lamoura


















La Feuille Verte a 10 ans… et s’offre une belle
coquille !
18
19

Janvier 2011 : le dernier numéro avec le
« look » ancien…
















Été 2012 (n°177), La Feuille Verte est en état
de mort clinique !
… et le nouveau « look » en février 2011.
















Elle ressuscite en novembre (n°179) avec
28 pages, record battu ! (Et un nouveau respon-
sable de la mise en pages.)
20
Février 2013, nouveau passage de relais (n°182)
Europe Ecologie Les Verts de Franche-Comté
(14, rue de la République, 25000 Besançon)
Directeur de publication : Gérard Roy
Comité de lecture : Michel Boutanquoi, Gérard Mamet,
Gérard Roy, Suzy Antoine
CPPAP: 0518 P 11003
Maquette : Corinne Salvi Mise en page : Suzy Antoine
21
Du 10 au 18 juin, mon épouse et moi-même
avons participé avec 25 autres personnes à un voyage
en Tunisie, organisé par l'Université ouverte de Franche
-Comté et s'inscrivant dans le cadre d'un cycle de con-
férences sur les processus révolutionnaires dans le
monde arabe. Il faisait suite surtout à une conférence
donnée à Besançon par le doyen de l'université de la
Manouba de Tunis, Habib Kazdaghli. Conférence axée
essentiellement sur les fortes tensions subies par lui,
depuis la fin novembre 2011 jusqu'à l'été 2012, de la
part de jeunes salafistes. Ceux ci, pour la plupart étran-
gers à l'établissement, se sont installés dans les locaux
pour réclamer le droit au port du niqab en classe et lors
des examens, ainsi qu'un lieu de prière, ce qui était
contraire au règlement intérieur. L'université a été oc-
cupée pendant plus d'un mois avant que les ministres
concernés, de l'Intérieur et de l'Enseignement supé-
rieur, tous deux du parti Ennahdha, répondent à sa de-
mande de faire évacuer les locaux. Aujourd'hui, la si-
tuation est moins tendue mais le doyen reçoit encore
régulièrement des menaces de mort et il est accompa-
gné dans tous ses déplacements par un garde du corps.
Voici donc quelques impressions de ce voyage.
Les rencontres
La connaissance de la Tunisie par nos deux orga-
nisateurs, Jacques Fontaine et Jean-Paul Bruckert, nés
dans ce pays, professeurs à l'Université de Besançon,
nous a permis de faire deux rencontres intéressantes.
La première, tout au nord de la Tunisie, à Menzel
Bourguiba (ex-Ferryville), près de Bizerte (ancien arse-
nal de la marine française), avec un groupe d'une quin-
zaine de personnes appartenant à une association cul-
turelle et citoyenne, composé d' une majorité de
femmes. La deuxième, à Tunis, avec une professeure
d'histoire, Kmar Bendana, et un géographe, Fathi
Chamki.
Deux événements qui ne sont pas ressortis dans
les médias français ont été cités par les deux groupes.
Pour eux, la révolution a débuté dans le Sud tunisien,
en 2008, lors d'une grève des ouvriers des les mines de
phosphates, qui a duré près de 6 mois et a été répri-
mée avec une grande brutalité.
Ils estiment qu'en 2011, la révolution a été enca-
drée par les pays occidentaux, qui ont estimé qu'il
fallait donner une chance aux islamistes modérés. Ils se
demandent toujours ce qui s'est passé le jour du départ
de Ben Ali entre 12 et 16h.









Les femmes rencontrées près de Bizerte ont été
particulièrement visées par les partis islamistes. Les
hommes présents ont salué le combat des femmes et
exprimé leur admiration. J'y reviendrai en abordant la
nouvelle constitution.
Les 23 ans du régime de Ben Ali ont été un mal-
heur, la culture a été détruite, ce qui a créé une sorte de
désert intellectuel. De ce fait, les jeunes ont été une
proie facile pour les partis islamistes. Aujourd'hui, une
partie de la jeunesse est désabusée.
La présence des islamistes dans les quartiers po-
pulaires est forte et il est impossible aujourd'hui d'y orga-
niser une réunion culturelle : pour eux, il n'y a qu'un seul
livre ! On commence même à assister à une déscolarisa-
tion des filles dans les collèges.
Les élections
Le parti Ennahdha était
arrivé en tête des élections en
2011 avec 37 % des voix. Les
autres partis n'avaient pu s'en-
tendre pour former des listes
communes. Au total, 150 partis
environ avaient présenté des
candidats dans une partie ou la totalité du territoire. Les
prochaines législatives auront lieu en octobre et no-
vembre 2014 et la présidentielle en décembre. Lors de
notre voyage, un sondage plaçait Ennahdha en deuxième
position, en net recul par rapport en 2011, avec 14 % des
voix. C'est le parti Nida Tounes, centriste, dirigé par un
ancien compagnon de Bourguiba âgé de 86 ans, qui était
en tête avec 17,1 %. Les autres partis étaient crédités de
moins de 5 %. La grosse interrogation est donc de savoir
si les partis laïcs arriveront à s'unir pour ces élections.
Tunisie
NOTES DE VOYAGE
22
Le port du voile
Sous Ben Ali, le port du voile était interdit dans tous
les lieux publics, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. J'ai
réalisé plusieurs comptages de femmes voilées ou non ou
portant le foulard, dans différents lieux et villes, et je peux
affirmer que plus de la moitié des Tunisiennes portent le
voile dans la rue, d'autant que nous ne nous sommes pas
promenés dans les banlieues populaires où le voile est
encore plus porté. Cependant, nombreux étaient les
groupes de femmes dont certaines étaient voilées, d'autres
pas, ce qui montre une volonté de bien vivre ensemble.







La Constitution
Elle a été votée en janvier 2014 par l'Assemblée
constituante élue en octobre 2011. Elle est le fruit d'un
compromis entre le parti Ennahdha et les autres forces
politiques. Les femmes ont là aussi été en première ligne
pour défendre leurs droits. Il faut savoir que Bourguiba
avait donné en 1956 aux femmes le statut le plus progres-
siste du monde arabe. Les femmes tunisiennes ont, par
exemple, bénéficié du droit à l'avortement un an avant les
Françaises. Dans ces conditions, toutes les générations de
femmes étaient concernées pour défendre leurs droits,
voire les améliorer. Il n'était pas question pour elles d'ac-
cepter dans cette Constitution la version proposée par les
islamistes, qui voulait y inscrire que la femme était la
« complémentaire » de l'homme. Elles ont été soutenues
par le syndicat UGTT, l'Union des avocats et les partis laïcs.
Le syndicat UGTT
Ce syndicat s'était un peu compromis dans les der-
nières années du règne de Ben Ali, particulièrement dans
les sphères dirigeantes. La révolution lui a permis de re-
trouver une virginité. Les deux personnes rencontrées à
Tunis ont cependant souligné la quasi- absence des
femmes dans les différents niveaux des instances diri-
geantes. Pour elles, une des causes de cette situation vient
du fait que les réunions syndicales se tiennent dans les
cafés : y aller ne fait pas partie de la tradition chez les
femmes tunisiennes.


L'économie
Les personnes rencontrées ont souligné l'im-
portance du poids des entreprises étrangères dans
l'économie tunisienne, ce qui, pour elles, est une sorte
de mainmise sur le pays. Elles constatent que les
riches Tunisiens sont souvent réticents à s'engager
économiquement dans leur pays et placent leurs fonds
dans des pays sûrs.
Les problèmes de sécurité pèsent aussi sur
l'économie. Nous avons visité à Menzel Bourguiba une
entreprise de chantiers navals. Elle tournait manifeste-
ment au ralenti et venait de voir annuler deux contrats
par l'Allemagne pour des raisons de sécurité.
Le tourisme n'a pas retrouvé les niveaux de
2010 : moins 13 % sur les cinq premiers mois de 2014,
et même moins 3 % par rapport à la même période de
2013. La baisse la plus forte concerne les Français.
La sécurité
Avant et pendant notre visite, les problèmes de
sécurité affectaient surtout la partie proche de la fron-
tière algérienne, où des groupes s'attaquaient à diffé-
rentes cibles. La situation ne s'est pas améliorée de-
puis, puisque vers le 20 juillet, 14 militaires ont été
tués près de cette frontière. À la suite de cette at-
taque, le gouvernement a fait fermer les mosquées
qui n'étaient pas sous contrôle, celles qui s'étaient
réjouies de la mort de ces militaires, et plusieurs mé-
dias islamistes.
Un autre problème se pose aujourd'hui : celui
de la situation chaotique en Libye, qui amène chaque
jour des milliers de Libyens à tenter de se réfugier en
Tunisie (actuellement, il y a au moins 600 000 Libyens
dans le pays). Or, dans la situation encore fragile que
connaît la Tunisie, cela peut être un élément amplifica-
teur des différents problèmes.
Je terminerai en vous laissant méditer sur deux
définitions données par une participante à la réunion
organisée à Menzel Bourguiba :
« Un islamiste est quelqu'un qui croit défendre
Dieu, un musulman est quelqu'un qui croit que Dieu le
protège. »



Gérard Pavageau

D'un point de vue idéologique, les écologistes sont
opposés au système des classes préparatoires (les
« prépas ») et des Grandes Écoles. En effet, ce système
est élitiste et favorise la reproduction des élites, tant au
niveau social qu'économique (les frais d’inscription et de
scolarité peuvent atteindre quelques milliers d'euros par
an), ce qui est contraire aux principes d'équité et de soli-
darité chers aux écologistes.
C'est entre autres pour cette raison que j'ai hésité
à choisir cette voie dans l'enseignement supérieur à la
fin de mon année de terminale. Deux ans après avoir fait
ce choix, et alors que j'ai fini ma prépa et suis entrée en
école d'ingénieurs, j'ai un point de vue un peu plus com-
plet sur les CPGE (Classes préparatoires aux Grandes
Écoles).
La psyché à l'épreuve
« On va vous dire que vous êtes nuls, et qu'après
deux ans de prépa, vous intégrerez des écoles que vous
ne méritez pas », m'a expliqué Solène, une amie du
Lycée du Parc à Lyon, lorsque je lui ai demandé comment
elle avait vécu sa prépa. Elle avait obtenu son bac avec
19,74 de moyenne et a intégré Centrale Nantes à la ren-
trée. Ses années en prépa l'ont convaincue qu'elle était
nulle et qu'elle l'avait toujours été. Elle n'est pas la seule
dans ce cas.
Plus d'une trentaine d'heures de cours, 4 heures
de DS (devoirs surveillés) et 2 heures de colles
(interrogations orales) par semaine, des DM (« devoirs
maison ») et des exercices de TD à chercher, le cours à
apprendre, des TP à préparer et à résumer... La liste de
ce qu'on doit faire en prépa est longue et le temps dont
on dispose ne suffit pas. Il faut faire un choix entre sacri-
fier des heures de sommeil, parfois sauter des repas,
arrêter le sport régulier et... accepter de ne pas tout
faire. Et c'est difficile, même en dormant moins de
6 heures par nuit.
C'est particulièrement stressant et difficile de res-
ter motivé quand on sait que, quelle que soit la quantité
de travail fourni, on ne pourra pas tout faire. Ça l'est
encore plus quand, même en travaillant beaucoup, les
résultats ne viennent pas, et que l'on continue à être
classé dans les derniers. C'est difficile de travailler quand
on se sent nul, quand les notes tendent à prouver que
c'est « vrai ». Ça l'est encore plus quand certains pro-
fesseurs nient le fait que vous travaillez - alors que,
parfois, vous avez des problèmes personnels qui ren-
forcent le stress.
En plus de devoir acquérir des connaissances en
quantité astronomique et à toute vitesse, il faut ap-
prendre, en deux ans, à rédiger correctement et à s'ex-
primer à l'oral de façon fluide et compréhensible, en
français et dans des langues étrangères... Les exi-
gences sont très hautes, et il faut toujours travailler
plus, au fur et à mesure que la date fatidique des con-
cours approche, pour atteindre les objectifs que fixent
les professeurs.
De ce fait, je pourrais vous conseiller de fuir au
plus vite lorsque l'on prononce le mot prépa, ou de
vous prononcer haut et fort contre ce système élitiste
et dévastateur... Cela serait justifié, mais pas avant
d'avoir souligné quelques points positifs des classes
prépas... parce qu'il y en a, quand même !.









Le lycée du Parc à Lyon

Finalement, on y gagne
Il est évident qu'il n'y a pas que du négatif dans
la prépa. C'est une merveilleuse école de la vie ! Après
deux ans de prépa, la notion d'urgence devient rela-
tive, dans la mesure où il nous est possible de réaliser
ce qu'on nous demande dans des temps très courts.
De plus, on acquiert une résistance au stress et des
méthodes de travail très utiles par la suite.
Par ailleurs, le système prépa / Grandes Écoles
permet une insertion en général un peu plus rapide
dans le monde du travail que lorsqu'on sort d'un cur-
sus à la fac. En effet, les employeurs, à la vue d'un CV
mentionnant une prépa et une Grande École, savent
qu'ils ont affaire à des gens brillants, capables de tra-
vailler. Sortir de la fac assurerait un emploi à temps
plein dans les 30 mois, et plutôt dans les 12 mois au
sortir d'une Grande École : c'est du moins ce qui est
Expérience personnelle
23
CLASSES PRÉPA : « SI TU N'ES PAS CONTENT,
TU PEUX ALLER AU CLUB MED ! »
24
dit dans toutes les présentations d'école d'ingénieurs !
Bien évidemment, les personnes issues de la fac,
à niveau équivalent, sont tout aussi capables de travail-
ler que les ex-prépa. Ce n'est pas beaucoup plus facile
de valider un master à la fac que dans une grande école.
(L'inverse est peut-être même vrai, puisqu'une fois
qu'on est entré en école, la vie est belle !) Et les étu-
diants en fac obtenant tous leurs crédits ECTS (1) avec
mention Très Bien sont souvent aussi brillants que la
plupart des étudiants de prépa - sauf peut-être ceux qui
entrent à Polytechnique, à l'ENS (Normal Sup' pour les
intimes) ou aux Mines de Paris. Mais certains em-
ployeurs engagent en priorité les gens qui ont fait les
Mines plutôt qu'un M2 à la fac de - au hasard -
Besançon…




Le positionnement tranché des écologistes
contre les prépas peut donc être révisé. Peut-on sincè-
rement penser que tout système élitiste est à bannir et
qu'il est possible d'avoir un enseignement supérieur
dépourvu de la moindre trace d'élitisme ? Si oui, est-ce
réellement souhaitable ?
Je l'admets, j'ai manifesté contre la réforme
Peillon sur les classes préparatoires, fin 2013. Non pas
parce que je suis persuadée que ce système est un bon
système, mais parce que tant qu'il n'y aura pas d'alter-
natives dignes de ce nom, il faut le défendre tel qu'il est.
Il faudrait donc réfléchir à un autre système
Vers un nouveau système d'enseignement
supérieur ?
Un grand nombre de personnes proposent de
fusionner les Grandes Écoles et les universités, afin de
diminuer l'élitisme des formations et d'en réduire le
coût. Il faut savoir que cela se fait déjà et que, lorsque
les écoles ne dépendent pas d'une université, il existe
de nombreux partenariats permettant à la fois à des
élèves d'une école d'étudier à l'université et à des étu-
diants de la fac d'aller étudier en école.
De nombreuses écoles tentent de développer
leur diversité en admettant en première et/ou en deu-
xième année des étudiants ayant validé leur L2 ou leur
L3 (2e ou 3e année de licence) à la fac, mais aussi en
intégrant à leur promotion des personnes ayant fait un
BTS ou un DUT, une partie de leur cursus à l'étranger...
Bref, ces écoles font en sorte de ne pas réserver leur
cursus aux seuls élèves issus de classes préparatoires.
Par ailleurs, la fusion des Grandes Écoles et des
universités ne résoudrait pas le problème – si c'en est
un – de l'élitisme, dans la mesure où il y aurait toujours
un parcours sur dossier, sélectif et donc élitiste.
Si l'on prend l'exemple des études de médecine,
pour lesquelles il n'existe aucune grande école dispen-
sant des formations de médecin, mais qui fonctionnent
néanmoins avec un système, on s’aperçoit que le pro-
blème n'est pas résolu par l'absence d'écoles. En effet,
il existe des prépas privés (et donc moins accessibles
financièrement que les CPGE) qui permettent aux
élèves pouvant s'offrir leurs services de réussir le con-
cours (dans 80 % des cas). Sans prépa, seuls les gens
extrêmement brillants peuvent espérer réussir la pre-
mière année en un seul passage. Cela montre bien que
le problème n'est pas uniquement l'existence des
Grandes Écoles.
Et, par ailleurs, la fusion des grandes écoles avec
les grandes universités, si elle n'est pas correctement
conçue, risquerait de développer l'existence des prépas
privées.
Pour conclure, le système d'enseignement supé-
rieur « idéal » est un système où :
- les étudiants arrivant dans le système ont été
correctement orientés depuis le collège en fonction de
leurs intérêts et de leurs aptitudes (encourager quel-
qu'un à faire médecine alors que l'on sait pertinem-
ment qu'il ne réussira pas est une mauvaise chose) ;
- toutes les possibilités de cursus sont présentées
aux futurs étudiants, quelles que soient leurs origines
sociales, de manière à ce que le choix d'études soit to-
tal ;
- les cursus sont présentés de la manière la plus
neutre possible, afin que les étudiants n'aient pas de
préjugés sur une filière et ne s'autocensurent pas ;
- les différentes formations sont paritaires
(minimum 40 % de filles ou 40 % de garçons) ;
- les passerelles entre les formations sont nom-
breuses, avec la possibilité d'avoir une formation dans
plusieurs domaines en parallèle ;
- les élèves en difficulté sont soutenus par le
personnel encadrant ;
- le taux d'échec est faible dans toutes les filières
(l'idéal étant bien sûr le « zéro échec », ce qui semble
bien difficile à atteindre, certains élèves échouant à
cause de problèmes médicaux ou familiaux difficile-
ment évitables).

Mathilde Tessier


(1) European Credits Transfer System, système permet-
tant une évaluation internationale (européenne) des
étudiants.
25
Comment se promener dans les bois...
Ça y est : depuis le 14 septembre, dans la majeure
partie de notre beau pays, on peut réentendre les coups
de feu dans les champs et les bois et de nouveau tomber,
au détour des chemins, sur les fiers porteurs de fusil tra-
quant les malheureuses bestioles d'élevage lâchées la
veille. La chasse est de retour, cette plaie de nos au-
tomnes campagnards, et avec elle la vague inquiétude
qu'on ne peut s'empêcher de ressentir quand on se ba-
lade en forêt : et si un chasseur me/nous prenait pour
son gibier ?...
Heureusement, dix jours avant cette fichue date,
est paru en librairie un essai indispensable de Marc
Giraud, écrivain, naturaliste, documentariste, vice-
président de l'ASPAS (1) : Comment se promener dans les
bois sans se faire tirer dessus ? (2).








On ne m'en voudra pas, j'espère, de confier le soin
de faire la promotion de ce livre... à son éditeur lui-
même ; en quatre paragraphes, tout est dit, ou presque :
« Savez-vous que certaines armes de chasse peu-
vent tuer à trois kilomètres et que ce loisir fait une ving-
taine de morts par an ? Que l'on peut chasser sur la plage
en plein mois d'août ? Qu'une chasse peut se terminer
dans votre jardin ? Que cette pratique met la biodiversité
en danger ? Qu'il est impossible de sanctionner des chas-
seurs ivres ?
Pouvoir politique (le premier groupe à l'Assemblée
est le groupe Chasse), pouvoir économique (bénéficiant
en partie d'argent public), le lobby des chasseurs jouit en
France de droits et de passe-droits qui bafouent les règles
de la démocratie.








La France compte des dizaines de millions de
promeneurs, cyclistes, randonneurs ou cueilleurs de
champignons ; mais dans les bois, ce sont les fusils qui
font la loi.
Réglementations d'une extrême complexité, dé-
rogations, tolérances, exceptions : tout est fait pour que
les usagers de la nature ne puissent pas comprendre ce
qui est autorisé ou pas. Tout, sauf ce livre, qui rend ces
règles enfin accessibles... sans se priver de pointer les
abus. »
Bonne lecture et... bonnes promenades dans les
bois !

Gérard Roy

(1) Association pour la Protection des Animaux Sau-
vages – BP 505 – 26401 CREST Cedex – 04 75 25 10 00 –
animaux@aspas-nature.org – www.aspas-nature.org
(2) Allary Éditions, 200 pages, 16,90 €.
… SANS SE FAIRE TIRER DESSUS ?
26
1. Les solvants, dangereux même à faible
dose
On connaît les effets des solvants à des doses im-
portantes. Par exemple, une exposition professionnelle
aux vapeurs de solvants peut entraîner des problèmes de
mémoire et même, pour le benzène, des risques de leu-
cémie. Les effets dépendent de la quantité inhalée. Mais
deux autres problèmes se posent, celui des expositions
ponctuelles et celui des expositions chroniques à de
faibles concentrations. Les études réalisées montrent que
les effets des solvants comme le toluène ou le trichloré-
thylène sont comparables à ceux de l'alcool (qui est d'ail-
leurs aussi un solvant) : en affectant le cerveau, ils ac-
croissent le temps et la précision de réaction au point
d'augmenter les risques d'accident de voiture. (Pour la
Science n° 443, septembre 2014, pp. 60-66)






Commentaire : Une des difficultés dans l'évalua-
tion du risque des faibles doses est que celui-ci est trop
faible pour apparaître significatif dans des statistiques.
D'autre part, la concentration de solvants dans l'air am-
biant dépend aussi de l'aération du lieu. D'où la difficulté
pour évaluer l'impact des solvants sur la santé publique
et pour définir des normes plus adéquates.
2. Il faut supprimer le Code minier
Le Code minier, qui compile des textes plus an-
ciens, date de 1956. Il a été établi pour fixer les condi-
tions légales de l'exploitation du sous-sol français. Il dis-
tingue deux étapes : l'exploration et l'exploitation. De-
puis, des obligations sur le respect de l'environnement
ont été ajoutées. Mais il n'est pas toujours conforme à la
Charte de l'environnement, qui a été introduite en 2005
dans la Constitution. Ainsi le Code minier ne fait pas de
distinction entre les hydrocarbures conventionnels et
les gaz et huiles de schiste, et il est indifférent à la mé-
thode d'extraction. C'est pour cette raison qu'en 2011,
la loi Jacob a été votée à la hâte pour interdire la fractu-
ration hydraulique. (La Recherche n° 489, juillet-août
2014, pp. 78-81)







Commentaire : La loi Jacob de 2011 ne règle
pas toutes les insuffisances du Code minier et présente
des failles qui ouvrent la porte à des différences d'inter-
prétation, et donc à des conflits juridiques avec les so-
ciétés gazières ou pétrolières. Il semble donc qu'un
simple toilettage du Code minier ne soit pas suffisant. Il
faudrait soit engager sa refonte complète en y incluant
aussi la consultation des populations et des élus, soit le
supprimer pour l'intégrer au Code de l'environnement.
Mais avant toute décision, un débat politique préalable
doit avoir lieu, associant les ONG de protection de l'en-
vironnement.
3. Énergies renouvelables : l'essor sera lent
Les transitions énergétiques majeures, du bois
au charbon, puis du charbon au pétrole, ont pris cha-
cune 50 à 60 ans. Ces transitions n'ont d'ailleurs pas eu
lieu au même moment selon les pays. Il a fallu attendre
1875 en France et 1885 aux États-Unis pour que les
énergies fossiles (essentiellement le charbon) fournis-
sent plus d'énergie que le bois. Mais la bascule ne s'est
produite qu'en 1930 en Union Soviétique et en 1965 en
Chine. Au niveau mondial, le pétrole n'a dépassé le
charbon qu'en 1964. Dans deux pays, la Russie et le
Royaume-Uni, la consommation de gaz dépasse celle du
pétrole. Globalement, la part des énergies renouve-
lables reste faible. Aux États-Unis elles ne représen-
taient en 2011 que 9,4 % de l'énergie consommée.
(Pour la Science n° 441, juillet 2014, pp. 64-69)
Science et écologie
SOLVANTS, CODE MINIER, HOMO SAPIENS
ET LENTEUR DU RENOUVENABLE
La science pour éclairer les choix de l'écologie politique.
La réflexion politique pour développer la critique de la science.
27
Commentaire : La première difficulté est la
quantité considérable d'énergie à produire. Mais on de-
vrait pouvoir réduire d'un tiers la consommation en
améliorant l'efficacité énergétique. L'autre obstacle est
l'intermittence du solaire et de l'éolien, et la question du
stockage se pose. On ne dispose pour l'instant que d'une
seule technique appliquée à grande échelle : le pompage
de l'eau vers un réservoir d'altitude quand la production
d'énergie est excédentaire, puis le turbinage en cas de
besoin pour fabriquer de l'électricité. Les investisse-
ments nécessaires pour la transition sont considérables :
ils sont estimés à 20 000 milliards de dollars pour les
installations existantes au niveau mondial. Mais la transi-
tion énergétique n'est plus gouvernée uniquement par
des facteurs économiques et technologiques. Les risques
liés au réchauffement climatique devraient inciter à aller
plus vite pour faire diminuer plus rapidement la part des
énergies carbonées.








4. Nous ne sommes pas que des Homo
sapiens
Les études récentes réalisées sur l'ADN fossile de
squelettes d'hommes préhistoriques ont débouché sur
une découverte surprenante : nous avons, en moyenne,
dans notre génome (1) environ 2 % d'ADN de
Néandertalien (2) et moins de 1 % d'ADN de Denisovien
(3). Les hommes actuels diffèrent les uns des autres de
seulement 0,1 %, ce qui nous fait semblables à 99,9 %.
Les Néandertaliens et les Denisoviens nous ressemblent
à seulement 99,85 %. D'après ces études, nous avons
donc des ancêtres qui n'étaient pas des homo sa-
piens : 2 % d'ancêtres néandertaliens en moyenne
(mais le pourcentage peut monter à 4 % dans les po-
pulations subsahariennes) et moins de 1 % d'ancêtres
denisoviens (mais le pourcentage peut monter à 5 %
chez les Aborigènes australiens). (La Recherche n° 149,
septembre 2014, pp. 28-33)











Commentaire : Ces travaux montrent aussi que
les gènes provenant des Néandertaliens et des
Denisoviens ont joué un rôle positif dans l'adaptation
à l'altitude et dans le contrôle du système immuni-
taire. Ces découvertes représentent un changement
important dans notre compréhension de l'évolution
humaine. Ainsi le métissage n'aurait pas fonctionné
seulement à l'intérieur du groupe homo sapiens, mais
il aurait été élargi à d'autres lignées humaines.


Gérard Mamet



(1) Génome : ensemble du matériel génétique d'un
individu codé présent dans son ADN.
(2) Appelé aussi homme de Néandertal, du nom d'une
petite vallée allemande située du côté de Düsseldorf
où il a été découvert pour la première fois.
(3) Ou homme de Denisova, du nom d'une grotte si-
tuée au sud de la Sibérie.
14, rue de la République 25000 Besançon / 03 81 81 06 66 / http://franchecomte.eelv.fr/
Marche pour le climat à Besançon : dimanche 21 septembre

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