François Hollande et les jeunes

: les raisons d'un divorce
Tribune publiée le 6 mai 2015
Par Olivier Vial, Directeur du CERU (Centre d'études et de recherches universitaires),
Président de l’UNI.
Ni parader sur le plateau de la «nouvelle édition» de Canal +, ni
reprendre son sempiternel refrain «la jeunesse est ma priorité» ne
suffit à constituer une politique pour la jeunesse. C'est pourquoi,
après trois ans de mandat, la jeunesse a tourné le dos à François
Hollande.

Les désillusions ne se limitent pas à l'éducation. Malgré les promesses
et l'utilisation massive de contrats aidés, les difficultés des jeunes
pour trouver un emploi continuent de s'aggraver. Les derniers
chiffres du chômage montrent bien que c'est la situation des 18-25
ans qui se détériore le plus rapidement (+ 1% en mars et + 1,5 % sur
l'année). Ils sont de loin la population la plus frappée par le chômage
Si les jeunes n'ont jamais été aussi désenchantés et critiques vis-à-vis (23,7 % des 18-25 ans sont au chômage contre 10,4 % pour l'ensemble
des politiques et des institutions, comme l'atteste une enquête de la population).
réalisée en 2014 pour France Télévisions, il faut bien reconnaître
qu'ils ont des raisons pour cela. Les postures jeunistes de la commu- Plus grave, pour
nication du Président ne suffisent plus à faire oublier les dégâts économiser
550 “Le gouvernement a sacrifié l'apprencausés par sa politique.
millions d'euros et tissage. Pendant deux ans, il a
ainsi
financer supprimé les aides à l'embauche des
En 2012, François Hollande s'était auto-proclamé président des partiellement
sa jeunes apprentis”
étudiants allant jusqu'à leur faire miroiter l'idée d'une allocation
d'autonomie. Trois ans après, plutôt que de leur remplir les poches, il
s'est régulièrement servi dedans! Par deux fois, il a ainsi essayé de
supprimer
les
bourses au mérite.
“Où est la défense du mérite républicAujourd'hui encore,
ain quand sa ministre de l'Education
sa majorité souhaite
assume un discours anti-élite, détruiréduire drastiquesant, avec sa réforme du collège, les
ment les aides au
classes bi-langues et l'enseignement
logement pour les
des langues anciennes au nom d'un
étudiants, ce qui
égalitarisme forcené?”
pénalisera près de
700 000 d'entre
eux. Quant à sa politique fiscale, elle a essoré les familles qui ont par
conséquent de plus en plus de difficultés à soutenir matériellement
leurs enfants qui poursuivent des études.
A ces premières déconvenues sont venues s'ajouter bien des reniements. Le jour de son entrée en fonction, François Hollande s'était
placé sous le patronage de l'élitisme républicain de Jules Ferry. On ne
peut que s'interroger sur ce qu'il en reste aujourd'hui. Où est la
défense du mérite républicain quand sa ministre de l'Education
assume un discours anti-élite, détruisant, avec sa réforme du collège,
les classes bi-langues et l'enseignement des langues anciennes au
nom d'un égalitarisme forcené? Quant aux universités, elles découvrent depuis quelques mois, ce que valent les engagements du
gouvernement. Ce dernier ayant décidé de ponctionner 100 millions
d'euros dans les fonds de roulement des universités et des écoles les
plus vertueuses pour financer celles qui n'ont pas fait autant d'efforts.
Avec les socialistes, c'est la revanche de la cigale sur la fourmi.

politique d'emplois
aidés, le gouvernement a sacrifié l'apprentissage. Pendant deux ans, il
a supprimé les aides à l'embauche des jeunes apprentis pour les
petites entreprises. Le résultat d'une telle politique, c'est que le
nombre d'apprentis en France a atteint son plus bas niveau depuis 10
ans. Désormais cette filière, pourtant plébiscitée par les jeunes, est en
grande difficulté, le nombre d'apprentis ayant chuté de 8 % en 2013 et
encore de 3 % en 2014.

Déconvenues sociales, reniements des valeurs et des promesses,
échec de la politique de l'emploi, on pourrait même citer la question
de l'insécurité pour expliquer le rejet de la politique de Hollande chez
les jeunes. En effet, on oublie trop souvent de rappeler que,
aujourd'hui, ce sont les 14-24 ans qui sont les principales victimes de
l'insécurité. Ils sont 8,4 % contre 3,5 % pour l'ensemble des Français
à déclarer avoir été victimes d'un vol ou d'une tentative de vol selon la
dernière enquête INSEE sur le cadre de vie et la sécurité.
Voilà pourquoi après avoir majoritairement voté pour François
Hollande lors de l'élection présidentielle (54 %), les 18-25 ans s'en
sont désormais détournés. Les enquêtes d'opinion récentes montrent
d'ailleurs que François Hollande et le PS sont rétrogradés en
troisième position dans le coeur des jeunes (17 %), loin derrière
l'UMP (31%) et le FN (28 %) (sondage IFOP sur intentions de vote
pour les départementales mars 2015). Ce qui constitue le fait le plus
nouveau, c'est que les 18-25 ans se positionnent désormais moins à
gauche que la moyenne des Français (19 % selon la même enquête).
Le divorce entre la jeunesse et François Hollande est désormais largement consommé et il faudra bien plus que l'ouverture
de quelques salles de shoot pour qu'elle voie à nouveau l'avenir en
rose.