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Cours de Procédure Pénale Cours du 1er février 2005

LA GARDE A VUE

La notion renvoie à deux problématiques distinctes :

- une question de liberté publique : comme la détention provisoire il s’agit


d’une privation de la liberté d’aller et de venir qu’il faut concilier avec la
nécessité d’une telle mesure dans le cadre de l’enquête

- Une question de fond en procédure pénale encadrée par des


conditions visant à préserver au mieux la dignité de la personne
humaine (voir circulaire ministère de l’intérieur du 11/03/2003 énonçant
que la garde à vue ne doit pas nuire à la dignité du gardé à vue)

Définition : « Mesure de police en vertu de laquelle sont retenues des locaux non
pénitentiaire, et pour une durée variable selon l’infraction, des personnes qui tout en
étant ni prévenu ni mise en examen doivent rester disponible pour les autorités » ( G.
Cornu )

Récemment, le droit de la garde à vue a connu une évolution vers une plus grande
sévérité

La GAV est une mesure coercitive encadrée ( I ) conférant au gardé à vue des
droits garantis ( II ).

I- Une mesure coercitive encadrée.

Art 53, 77, 154 du CPP

A- Le placement en garde à vue.

1- conditions objectives à la garde à vue.

Conditions tenant à l’infraction suspectée : même si la condition n’est pas


explicitement formulé dans le code, il faut déduire de l’article 67 du CPP ( cas de
flagrance ) que la garde à vue n’est possible que dans l’hypothèse où l’infraction
suspectée ( crime ou délit ) est punie d’emprisonnement.

Lien avec l’infraction recherchée : auparavant ( loi du 24/08/1993 ) la garde à vue


étai possible même lorsqu’elle ne possède qu’un lien ténue avec une infraction.
Depuis la loi du 15/06/00, la garde à vue est soumise à la condition qu’existe un
« indice laissant présumé que… »
La loi du 4/06/2002 définit le lien avec l’infraction recherchée comme « les raisons
plausibles de soupçonner une infraction »
L’exigence d’un indice de culpabilité a donc perduré même si il existe en la matière
un total absence de contentieux.

2- Conditions subjectives du placement en garde à vue.

S’agissant des sujets de la garde à vue il faut distinguer entre les sujets

- actifs : seul l’Officier de Police Judiciaire ( OPJ ) peut opérer un


placement en garde à vue art.16 CPP.

S’agissant de savoir si un magistrat peut procéder à un placement en garde à vue :


le juge d’instruction n’en a pas le pouvoir, l’article 154 CPP ne prévoyant cette
faculté que dans l’hypothèse de la phase d’instruction par hypothèse postérieure au
stade de la garde à vue.

- passif :
pour les majeurs, article 63 précise que cette mesure est
inapplicable pour les diplomates, le président de la république et pour les
députés sauf cas de flagrance
pour les mineurs de moins de 13 ans la mesure n’existe pas.
Mais, l’OPJ peut néanmoins solliciter d’un magistrat le placement du mineur
en « mesure de retenue »..
La loi du 9 septembre 2002 ( Sarkosy) a modifié la mesure de retenue, et
pose des conditions plus strictes.
Avant: crime ou délit puni d'un minimum de 7ans.
Nécessité d'un indice grave et concordant.
Durée: 10 h renouvelable une fois.
Depuis loi de 2002:
a condition de fond de cette mesure sera différente
(« indice grave ou concordant »).
Du point de vue de l’infraction commise, la
condition sera plus stricte ( crime ou délit supérieur à 5
ans d’emprisonnement ).
Durée: 12 h renouvelable une fois.

B- le déroulement

1-Les modalités d'exécution.


a-Les modalités de temps.
La GAV est limitée dans le temps.
Principe: 24 h renouvellement de 24 h avec autorisation écrite du procureur ou du
juge d'instruction.
Depuis loi Perben II, dans le cas de criminalité organisé, durée maximale va
augmenter. L'article 706-73 de la loi du 9 mars 2004 ( loi précité ) visant les 15
groupes d'infraction concerné par le régime dérogatoire.
Durée: 96 h maximum décomposé en 4 parties de 24 h ou de 24 plus une de
48. Toute prorogation delà de 48 h nécessite uen autorisation écrite de
Juge d'instruction en phase préliminaire
Le juge des libertés et de la détention pour les
autres phases

Finalement, on a rejoint la procédure pénale dérogatoire organisé en matière


de terrorisme ( qui a d'ailleurs été de ce fait supprimé)
Le mineur de plus de 16 ans est éligible à la garde à vue dès lors qu'un
majeur sera impliqué. Le Conseil constitutionnel dans sa décision du 4 mars 2004,
estime que les dispositions protégeant les mineurs sont suffisantes et que la
procédure particulière applicable aux mineur de plus de 16 ans n'est pas contraire à
la Constitution.

Point de départ de la GAV:


Dans le cas d’une interpellation, elle commence aussitôt
Sinon elle débute au moment de la convocation ou de la présentation spontanée au
poste.
En matière douanière la GAV débute dès que l’individu est privé de sa liberté d’aller
et de venir.

b- les modalités matérielles.

Lieu : tout lieu sauf un service pénitencier. La GAV se subi dès la privation de
liberté (domicile, geôle de police), en tous lieux où l’officier de police judiciaire
pourrait effectuer son interpellation.

Conditions de la détention : elles doivent prendre en comppte la présomption


d’innocence. La circulaire de 2003 impose d’aligner les conditions de détention de
GAV sur un service d’hôtellerie modeste avec un repas chaud. Derrière la circulaire,
est sous entendue l’idée qu’il ne faut pas hésiter, pour les besoins d’une enquête à
opérer des placements en garde à vue, mais que les conditions de celle-ci doivent
respecter la dignité de la personne humaine.

2-le contrôle de la garde à vue.


Contrôle à plusieurs niveaux :
- contrôle de 1er niveau : par la hiérarchie (chef de service) qui doit
assurer la prise en compte des notes de service
- contrôle de 2nd niveau : par l’autorité judiciaire.
S’agissant de second contrôle : on peut noter
- contrôle par un magistrat des conditions de détention. art 41 alinéa 3 Code de
procédure pénale : procureur visite les locaux de la garde à vue au moins une fois
par an et dès qu’il l’estime nécessaire.

- OPJ doit aviser dès le début de la GAV un magistrat. En pratique par un fax
puis appel téléphonique.

NB : depuis la loi Perben II, officier de police judiciaire a l’obligation, lorsqu’il estime
être dans la champ d’application de 706-73 ( c’est dire la criminalité organisée) de
qualifier les faits et d’en rendre compte.
Remarque : la qualification par l’officier de police judiciaire va entraîner un régime
dérogatoire, ce qui l’influencera à qualifier les faits dans ce sens……et la question de
la qualification des faits entrant ou non dans le champ de 706-73 ne sera étudiée
qu’ultérieurement par un juge !

- Le magistrat exerce encore un pouvoir de contrôle lorsqu’il décide de proroger


ou de mettre fin à la mesure de sûreté.
- existe encore un contrôle par les parlementaires, et le comité de prévention
contre la torture du conseil de l’Europe.
-enfin lors de la garde à vue d’un mineur les auditions seront enregistrées.

II une mesure génératrice de droits.

Depuis 1993, le gardé à vue dispose de droits ayant connu tour à tour un
développement (loi Guigou), et des restrictions (Loi Perben et Sarkosy)

A-droits éténdus

1- « notification immédiate sauf circonstances insurmontables et dans


une langue ou un langage compris de la personne. ( art 63-1 Code de
procédure pénale) »

a- le caractère insurmontable :
l’appréciation des circonstances insurmontable se fait au moment de l’interpellation,
passé ce stade la notification doit avoir lieu.
Ccass : tout retard non justifié préjudicie nécessairement au gardé à vue
Néanmoins il faut faire attention à bien distinguer la notification, / les diligence prises
en vue de l’exercice de ce droit / et enfin l‘exercice effectif de ce droit. En effet, seule
la notification doit être immédiate

b- dans une langue comprise :


si le gardé à vue est un étranger ou un sourd il faudra un interprète. De même la loi
perben II a créer des formulaires en langue étrangère.

c- le contenu de la notification.
Notification de la nature de l’infraction soupçonnée : c’est un droit récent (loi
15/06/2000) ; Mais, il y avait là un problème avec l’article 5 §2 de la CESDH qui
impose d’être avisé des faits qui sont reprochés, c’est une sorte de droit à connaître
la qualification pénale.
Il s’agit là d’une trace de contradictoire dans le régime de la GAV. Ne serait ce
pas l’avènement d’une procédure accusatoire dans la GAV ? (comme ce qui a fait en
matière de détention provisoire) Mais l’avocat n’est pas ici partie à un débat ( comme
en matière de détention provisoire) puisqu’il n’a pas d’accès au dossier.

Notification de la durée légale de la garde à vue

2- « l’avis à famille » ou le droit d’informer un tiers de la mesure.

Dans un délai de trois heures

Art 63-2 CPP précise :


« Toute personne placée en garde à vue peut, à sa demande, faire prévenir dans le délai
prévu au dernier alinéa de l'article 63-1, par téléphone, une personne avec laquelle elle vit
habituellement ou l'un de ses parents en ligne directe, l'un de ses frères et soeurs ou son
employeur de la mesure dont elle est l'objet.
Si l'officier de police judiciaire estime, en raison des nécessités de l'enquête, ne pas devoir
faire droit à cette demande, il en réfère sans délai au procureur de la République qui décide,
s'il y a lieu, d'y faire droit »
Conséquences : l’OPJ pourra refuser pour tout contact avec un tiers non présent
dans la liste dressée par l’article
Le délai de trois heures concerne la mise en œuvre de ce droit
non sa réalisation ( délai pour prévenir non pour être prévenu )
Enfin ce droit peut être supprimé dès lors les « nécessité de
l’enquête » l’obligent.

3- le droit à un contrôle médical.

Peut avoir lieu dès le début ou et quand il veut. Elle peut d’ailleurs être renouveler
dès la prorogation. SI le gardé à vue ne le demande pas, la demande peut émaner
de l’OPJ du magistrat ou du tiers désigné
C’est à l’OPJ de choisir le praticien et le lieu du traitement.

4- le droit à l’assistance de son conseil

Modifié par Perben II


Depuis la loi du 15/06/00, l’avocat peut intervenir dès la première heure
Art. 43-4 dès le début ainsi qu’à chaque prolongation, c’est au gardé à vue de choisir
son conseil de choisir sinon il sera commis d’office.
Exception au principe : désormais pour les infractions
706.73 ( criminalité organisée) 4 ;6 ;7 ;;8 ;15 l’entretien n’aura lieu qu’à la 48ème
heure.
706-73 (idem)2° ; et 3° ( terrorisme et stupéfiant ) son intervention sera retardé à la
72ème heure.

5- droit au silence

La loi du 15/03/03 Sarkosy a supprimé l’obligation de l’OPJ d’informer le droit au


silence de la garde à vue.

B-la garantie des droits.

1-Formalisme

Les obligations formelles (art 64 Code de procédure pénale obligation d’acter toutes
les demandes de droit, établir un registre de la procédure ) ne sont pas sanctionnées
par la nullité.

2-Nullité de la GAV.

Art. 171 et 802 CPP : Nécessité que la condition qui fait défaut fasse grief pour être
sanctionné par la nullité. Mais la Cour de cassation estime qu’il est nécessairement
fait grief lorsque :

- droits ne sont pas notifiés


- droits notifiés tardivement en l’absence de circonstance insurmontables
- défaut d’avis au parquet ( magistrat pas avisé)
- durée de la GAV dépassée.

Nullité concerne non seulement la GAV mais aussi tous les actes subséquents.