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HAUT-COMMISSARIAT DE LA RÉPUBLIQUE EN NOUVELLE-CALÉDONIE Vœux aux personnalités discours de Monsieur le

HAUT-COMMISSARIAT DE LA RÉPUBLIQUE EN NOUVELLE-CALÉDONIE

Vœux aux personnalités discours de Monsieur le Haut-commissaire de la République

Mercredi 13 janvier 2016

Seul le prononcé fait foi

Je vous remercie d’avoir répondu si nombreux à cette invitation. C’est un honneur, et un plaisir de vous accueillir dans cette résidence en ce tout début d’année.

Permettez-moi tout d’abord de rendre un hommage aux victimes des tragiques évènements qui ont frappé la République française au cours de l’année 2015. Il y a un an, à l’occasion de cette même cérémonie, nous étions sous le choc des attentats de janvier. Aujourd’hui, une grande partie du territoire français est encore sous le régime d’exception rendu nécessaire par les attentats de novembre. Ici, en Nouvelle-Calédonie, ce danger est moins présent. Mais la fraternité est une des dimensions essentielles de la République, et je tenais à saluer les témoignages de solidarité qui me sont parvenus à l’occasion de ces tragiques évènements.

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Ces événements, qui ont terriblement assombri 2015, ne doivent pas nous empêcher de nous retourner sur l’année passée, qui fut à la fois prometteuse pour l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, et pleine de défis.

L’année 2015 a été une année de bouillonnement. Elle a aussi été parfois, je ne vous le cache pas, une année difficile.

Elle a été marquée par deux évènements majeurs, qui déterminent en

grande partie les objectifs de l’Etat et de la Nouvelle-Calédonie pour

2016.

Le comité des signataires extraordinaire de juin d’abord, qui a été une réussite unanimement constatée, qui a permis d’apporter des réponses communes à des questions pourtant difficiles et clivantes. On a parlé à l’époque de l’esprit de juin. Cet esprit a continué d’inspirer une partie des travaux qui lui ont fait suite. Formons le vœu que cet esprit d’entente souffle sur les autres questions qui traversent la société calédonienne.

Ce comité des signataires avait dressé un programme de travail. Ce programme a été rempli.

D’abord en procédant à une évaluation quantitative et objective du litige électoral qui faisait planer un doute sur la sincérité des listes provinciales. Cette évaluation, d’un type à peu près unique au monde, mais la Nouvelle-Calédonie est désormais coutumière du fait, a ainsi clarifié le problème, qui pourra être résolu, définitivement espérons le, au cours du prochain Comité des signataires.

Ensuite, après une modification de la loi organique de 1999 dans des termes qui ont été collectivement acceptés, les travaux de constitution de la liste électorale spéciale pour la consultation ont pu débuter et les modifications des règles de révision des listes spéciales calédoniennes ont été enregistrées. Toujours en concertation avec les groupes politiques calédoniens, les décrets d’application de la loi organique ont été adoptés ; l’ONU a été sollicitée pour fournir une liste d’experts permettant de témoigner de la transparence de l’établissement et de la révision des listes spéciales ; enfin, le corps électoral spécial pour la consultation est effectivement en construction depuis le 1 er janvier. L’Etat, conformément a ses engagements, a permis que 80% des électeurs soient proposés à l’inscription d’office.

Cette action déterminée de l’Etat a un but unique : donner aux Calédoniens les moyens de s’exprimer, leur donner la parole pour décider de leur destin. Il s’agit là également, d’un exercice d’une nature exceptionnellement rare : la constitution presque ex-nihilo d’un corps électoral. On parle souvent « d’exception française ». La Calédonie participe beaucoup de ce mouvement.

Ce destin commun qui se dessine, l’Etat tient à apporter toute son aide à la Nouvelle-Calédonie pour qu’elle puisse le choisir dans les meilleurs conditions d’information et de sérénité. C’est la raison d’être de la mission d’experts désignée par le Premier ministre regroupant MM. Alain CHRISTNACHT, Jean-François MERLE, Yves DASSONVILLE, Benoît LOMBRIERE et Jean-François GARDE. Cette mission a achevé en 2015 son programme de travail et présentera

en 2016 ses conclusions dans le cadre du comité des signataires prévu en février.

En marge de cette réflexion, l’application de l’Accord de Nouméa se poursuit, et en particulier les transferts de compétences. Ces compétences donnent aujourd’hui d’importants moyens légaux aux élus Calédoniens pour répondre aux défis de leur pays. Je leur souhaite de s’en saisir.

Le second grand sujet qui a animé, ou perturbé, la vie calédonienne, c’est la crise qui a secoué le monde du nickel.

Là aussi, la recherche d’une solution par le dialogue a, j’en suis convaincu, produit de meilleurs résultats que ne l’aurait fait, dès l’émergence du conflit, un recours à la force publique, qui aurait été nécessairement extrêmement violent, et sans doute grave dans ses conséquences. Ce que l’on a appelé le « conflit des rouleurs » a finalement trouvé une réponse par la concertation avec le gouvernement puis par le débat au Congrès. Ses causes véritables étaient cependant plus profondes que les éléments circonstanciels et la situation critique du marché du nickel qui ont été ses déclencheurs immédiats. Il était le symptôme d’une interrogation profonde concernant la gestion de la ressource nickel.

Si nous voulons éviter d’autres soubresauts de ce genre, il nous faut apporter des réponses claires et constructives aux questions qui, dans un contexte de crise grave, agitent le secteur minier et métallurgique ;

Il nous faut être capables de définir, comme dans d’autres domaines de la vie publique, une stratégie claire et partagée.

C’est l’objectif des réunions du GTPS nickel qui se sont tenues, conformément aux engagements de l’Etat, tout au long de l’année

2015.

Là encore, ces réflexions feront l’objet d’un bilan au prochain comité des signataires.

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Tous ces éléments que j’évoque en attestent : l’Etat s’implique pour la Nouvelle-Calédonie. Il s’implique au niveau de ces questions structurantes. Il s’implique au plus haut niveau de l’Etat : en 2016, malgré l’actualité que vous connaissez, le président du Sénat effectuera une visite officielle sur le territoire. Il est prévu que le Premier ministre lui-même se rende en Nouvelle-Calédonie en mars prochain. L’Etat s’implique aussi au jour le jour. Que ce soit auprès des collectivités locales ou des citoyens, il demeure présent. Au travers des contrats de développement, des dotations, subventions et participation diverses, l’Etat a financé à hauteur de 36,7 milliards de F CFP les collectivités du territoire.

Les instruments utilisés sont parfois complexes, les objectifs et ambitions demeurent simples et claires : œuvrer pour le développement et le rééquilibrage du territoire. Ces objectifs étaient à l’agenda de 2015, ils demeurent à l’agenda de 2016.

Cette année, plus de 7 milliards de francs seront consacrés à la

finalisation de l’actuelle génération de contrats de développement. Le

prochain comité des signataires lancera la préparation de la prochaine

génération, qui couvrira la période 2017-2018.

Le dispositif de défiscalisation, qui représente un soutien significatif

pour l’économie calédonienne, a été prolongé jusqu’en 2025.

Mais les défis rencontrés en 2015, et qui demeurent pour 2016, ne se

limitent pas, loin sans faut, à des questions financières.

Tandis que la Nouvelle-Calédonie s’engage sur le chemin de l’avenir,

qu’elle se prépare à prendre la parole sur la question fondamentale de

son avenir institutionnel, qu’elle réfléchit en termes d’avenir

économique, a-t-elle pris la mesure des difficultés que rencontre une

partie importante de sa jeunesse ? Je n’en suis pas convaincu. A n’en

pas douter, de remarquables réalisations ont eu lieu : le programme

Cadres Avenir en est l’un des exemples le plus significatif. Pour autant,

la situation demeure, je pense, préoccupante. Préoccupante parce que

certains des problèmes que rencontre la société calédonienne frappe

particulièrement sa jeunesse, et hypothèque l’avenir : l’alcoolisme, les

addictions diverses, l’insécurité routière, la délinquance aussi dans une

certaine mesure. Tous ces sujets ont déjà été identifiés, repérés,

analysés. Les réponses proposées, quand elles existent, sont encore

bien souvent trop vagues, et surtout manquent de traduction concrète.

Dans les derniers mois de l’année 2015, l’idée d’une insécurité

croissante, ou du moins d’un sentiment d’insécurité croissant, s’est

développée. J’ai déjà eu l’occasion de le rappeler : la Nouvelle-

Calédonie ne connaît pas de situation de délinquance massive. En revanche, les manifestations de cette délinquance peuvent être violentes, notamment à l’égard de nos concitoyens mais aussi à l’égard des forces de l’ordre. Le maintien de l’ordre public, la garantie de la sécurité de nos concitoyens, est une responsabilité première de l’Etat, et du Haut-Commissaire. Je me dois de l’assumer. Mais on constate très souvent la réunion des mêmes facteurs dans l’observation de cette délinquance : l’alcool, voire les stupéfiants, et l’insuffisante insertion sociale et professionnelle des personnes mises en causes. Les effets de ces facteurs dépassent d’ailleurs largement le cadre de la délinquance, et pour autant sont souvent ignorés. Face à ces situations, les services de police et de gendarmerie accomplissent un travail admirable. Et pourtant, eux-mêmes soulignent combien ils regrettent que les causes profondes ne fassent pas l’objet de politiques de prévention vigoureuses. Comment s’étonner d’ailleurs que le sentiment d’insécurité se développe quand on songe à la facilité et au manque de contrôle en matière de possession d’armes à feu qui prédominent en Nouvelle-Calédonie.

Le mois de janvier est le mois des bonnes résolutions. Faisons en sorte que 2016 voit l’émergence d’une action solide, résolue, et coordonnée entre tous les acteurs politiques, institutionnels, sociaux, concernant toutes ces questions. Je le souhaite avec d’autant plus de gravité que des vies humaines dépendront des réponses qui seront apportées.

L’Etat reste et restera une force de proposition. Vous le savez. Mais une large part des réponses à apporter sont néanmoins désormais entre

les mains des Calédoniens. Cette autonomie est une chance, compte tenu des nombreuses spécificités de ce territoire, en termes de population et de culture. C’est aussi une importante responsabilité.

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Voilà, mesdames et messieurs, ce que j’estime devoir retenir de l’année passée et souhaiter pour l’année à venir. Faisons le vœu qu’elle soit une année de progrès.

En 2014, la Nouvelle-Calédonie a entamé une étape décisive de son histoire. 2015 a été l’année des défis. Que 2016 soit celle des premiers résultats. Je forme ici le vœu précis que le comité des signataires de février prochain soit l’occasion, sur l’avenir institutionnel, mais aussi sur le nickel, après l’année 2015 qui fut le temps de l’information et de l’échange, de définir une méthode qui permette de traiter directement des oppositions de fond et de rapprocher les points de vue, bref de passer du temps de l’information et de l’échange au temps de la négociation. L’échéance de 2018 se rapproche, soyons en tous conscients.

Je vous adresse, à chacune et à chacun d’entre vous mes vœux les plus sincères et les plus chaleureux de bonheur, de santé, de réussite et d’accomplissements, professionnels autant que personnels.

Le futur est prometteur même si l’avenir est encore incertain. Depuis 1988 les Calédoniens ont choisi la voie du dialogue, non seulement dans le respect des personnes mais aussi dans le respect de leurs opinions et des éventuelles divergences de vues de chacun.

C’est dans cet esprit de dialogue et pour la construction de cet avenir que l’Etat, partenaire et signataire de l’Accord de Nouméa, accompagne la Nouvelle-Calédonie. Soyez certains qu’il sera toujours soucieux du respect des valeurs républicaines, toujours impartial, toujours au service de l’intérêt général et qu’il restera aussi un partenaire actif aux côtés des Calédoniens.

Bonne année à tous !