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GEJ6 C139

Les trafiquants juifs

1. Cet après-midi-là, en compagnie du commandant, du capitaine et de leur famille. Je


rendis visite à quelques pauvres Juifs qui s'adonnaient dans cette contrée à toutes sortes de
négoces et de trafics, mais y gagnaient bien peu, devancés qu'ils étaient partout par les Grecs
astucieux. Le commandant et le capitaine leur firent des présents, et, quant à Moi. Je leur
conseillai de rentrer dans leur pays et d'y gagner leur pain en travaillant de leurs mains selon
leurs capacités. Car un homme de peu de talent doit demeurer dans le pays où il est né s'il veut
se nourrir honnêtement, lui-même et les siens, et seuls les hommes doués de talents grands et
nombreux sont, tel le soleil, chez eux sur toute la terre, parce que la lumière de leur esprit
éclaire le chemin de tous les autres hommes.
2. L'un de ces Juifs dit alors « Maître, pourquoi donc Yahvé nous a-t-Il accordé si peu
de talent pour voyager en ce triste monde ? Ne pouvait-Il nous pourvoir nous aussi de talents
nombreux ? »
3. Je dis : « Assurément ! Mais Il sait mieux que quiconque ce qui est bon pour
chacun, et c'est pourquoi Il ne vous a pourvus que d'autant de talents qu'il vous en fallait. Car
ce n'est pas le nombre de ses talents qui fait le bonheur d'un homme, parce qu'ils ne sont pas
le mérite de l'homme, mais seulement l’œuvre et le mérite de Dieu. Celui qui en a reçu
beaucoup aura aussi beaucoup de comptes à rendre, et le même péché pèsera un jour bien plus
lourd dans la balance de la justice divine s'il a été commis par un homme doté de grands
talents que si c'est par un homme qui en possède peu. Car, lorsque le législateur lui-même
transgresse ses lois, cela est assurément plus grave que lorsque c'est celui à qui la loi a été
dictée. Aussi, que nul n'envie un homme à qui Dieu a donné de grands et nombreux talents car
un tel homme aura toujours beaucoup à endurer sur cette terre. Réjouissez-vous donc que
Dieu ne vous ait donné que peu de talents ! »
4. Entendant cela, le Juif dit « Maître, tu as certes fort sagement et fort bien parlé, et il
en est sans doute ainsi ; mais il me semble que lorsqu'un homme marche dans la nuit avec très
peu de lumière, il tombera bien plus facilement dans un précipice que celui dont le chemin est
éclairé par un vrai soleil ! Et une fois que l'on gît mort et disloqué au fond du précipice, peu
importe que l'on y soit tombé avec peu ou beaucoup de lumière. C'est pourquoi il me semble
qu'un homme pourvu de plus de lumière s'en tirera toujours mieux qu'un autre, parce que le
premier verra le précipice de plus loin et pourra l'éviter, tandis que, bien souvent, le second ne
verra pas le précipice alors même qu'il sera déjà tout au bord. »
5. Je dis : « Tu as raison, là encore mais c'est bien pourquoi l'homme pourvu de peu de
lumière se trouvera mieux de rester chez lui, où, même la nuit, il connaît le sol sur lequel il se
tient et peut y marcher d'un pas assuré. Chez lui, tout homme sait au mieux comment il doit
marcher pour ne pas faire de faux pas ; mais, dans une grande maison étrangère dont il ne
connaît pas la disposition, il aura peine à se diriger à la faible lueur d'une lanterne. Mais Dieu
aime assurément comme Ses petits enfants très chers ceux à qui Il n'a donné qu'une faible
lumière, parce qu'Il leur rend ainsi aussi légère que possible l'épreuve de la vie terrestre,
tandis qu'Il a semé d'une multitude d'épines le chemin des grands esprits, qu'il n'est guère
agréable de suivre. Aussi, mettez-vous en chemin et retournez dans votre pays, vous qui êtes
de petits esprits juifs ! Là-bas, vous trouverez quantité d'occupations en accord avec vos
lumières ; mais ici, la fortune ne vous sourira jamais. »
6. Le commandant ajouta : « Oui, oui, chers amis, le Seigneur a parfaitement raison !
Je connais toute la misère de votre situation, mais ne puis vraiment rien faire pour y remédier.
Aussi, retournez dans votre pays, car vous y trouverez à coup sûr un meilleur accueil. Votre
trafic ne vous rapporte rien, et quant à travailler pour nous, il vous manque le savoir-faire
nécessaire ; vous serez donc certainement bien mieux dans votre pays. Et, afin de vous
faciliter le retour, par amour pour ce Maître qui est Juif aussi, je vous ferai remettre un
viatique.
7. A ces mots, les pauvres Juifs coururent à leurs maisons, d'où ils revinrent avec leurs
enfants : avec ceux-là, dirent-ils, il leur serait bien difficile de faire un voyage qui devait les
mener bien au-delà de Bethléem, car ils n'avaient plus de bêtes de somme.
8. Le commandant répondit : « Eh bien, je vous enverrai également un nombre
suffisant de bêtes de somme ! Mais ensuite, partez sans retard, car si vous vouliez rester
encore après cela, je serais contraint de vous chasser de force ! »
9. Tous y consentirent aussitôt, disant qu'ils partiraient plutôt aujourd'hui que demain.
Aussi leur en trouva-t-on les moyens sur-le-champ, et, en une heure, ils eurent tout ce qu'il
fallait et se mirent aussitôt en chemin.
10. Ces gens étaient près de soixante-dix, aussi étaient-ils véritablement devenus une
charge pour la ville, qui avait déjà quantité de pauvres du pays. Or, la plupart avaient chez eux
des terres qu'ils avaient confiées à de mauvais serviteurs pour qu'ils les travaillent, croyant
gagner bien davantage par leurs trafics. Mais ils n'avaient fait que s'appauvrir, et Je venais de
les délivrer de la grande détresse où ils se trouvaient à présent.
11. Ce fut donc assurément une fort bonne action ! Aussi, que tous les vrais adeptes de
Ma doctrine s'efforcent, s'ils en ont les moyens, de tirer de leur détresse de tels prisonniers, et
Je le leur rendrai dès ce monde et plus encore dans l'au-delà, tout comme Je le fis en cette
occasion en donnant au commandant mille livres d'or très pur, et cela par avance même, parce
que Je savais par avance ce qu'il ferait.
12. Il n'arriva rien d'autre de particulièrement mémorable en ce lieu. Les disciples convertirent
tout à fait les prêtres, et J'accordai à un médecin de la ville qui croyait en Moi le don de
pouvoir guérir de très nombreux malades par l'imposition des mains en Mon nom. C'est ainsi
que ce deuxième jour se passa rapidement lui aussi