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L’UNIQUE

NECESSAIRE 37

Connaissance de ce qui
pour l’homme, est nécessaire
au cours de sa vie, de sa mort,
et après sa mort,

Qu’il n’est donc pas utile de se soucier


de la frivolité du monde, et qu’il est bon
de se consacrer à l’unique nécessaire.

par le vieillard

Jan Amos Comenius


offert au monde pour sa méditation,
à l’âge de 77 ans.

Traduit du Latin à partir de


la version de1668 d’Amsterdam (Apud Christophorum Cunradum
M DC. LXVIII).

Térence : Plus nous avançons en âge, mieux nous comprenons toutes choses.

Platon:
Toute connaissance, sans la connaissance
du bien le plus élevé, est plus nocive qu’elle n’est bénéfique...

Démocrite:
Le manque de la connaissance du meilleur
est l’origine du mal.

Dieu dit dans Osée 4:6 :


Mon peuple est détruit, parce qu’il lui manque
la connaissance.

Christ dit (Luc 10 : 42) :


Une seule chose est nécessaire ! Marie a choisi
la bonne part, qui ne lui sera point ôtée.

Avant-Propos
Deux ans avant sa mort, en 1668, Jan Amos Comenius délivra au monde ce «testament» spirituel. Il avait 77
ans et terminerait bientôt sa vie si agitée à Amsterdam, où Laurens De Geer, dont la famille l’avait depuis longtemps
protégé, lui permettait de vivre sans trop de soucis financiers. Il avait peu de besoins et vivait lui-même autant que
possible du strict nécessaire. Sa parole avait toujours été en harmonie avec ses actes.

Né dans une communauté spirituelle libératrice, il en devint assez rapidement le dirigeant, puis fut chargé par
J.V. Andreae de prendre la direction de la deuxième vague de la Rose Croix du XVIIe siècle. Il est donc de façon
parfaite un envoyé de la Fraternité Universelle dont les œuvres doivent être connues par tout chercheur de vérité.

Dans la dernière partie de sa vie, son orientation fut encore plus spécifiquement spirituelle. Son œuvre
majeure, qu'il n'eut d'ailleurs pas le temps de terminer, est “la Consultation Universelle pour le redressement des
choses humaines”. Cette œuvre est encore très actuelle, puisque la vision intemporelle qu'il y développe est encore
inaccomplie ou complètement détournée, en particulier sur les plans spirituel, pédagogique, philosophique, et
politique, dans le sens supérieur du terme - vie de la cité orientée sur le développement de l’âme spirituelle.

Mais ce petit ouvrage, un des plus concis de Comenius, résume la sagesse à laquelle il est parvenu... Il va
même jusqu’à s’y excuser d’avoir trop participé aux affaires du monde, ce qui se conçoit si, comme Rudolf Steiner,
on pense qu’il est la réincarnation d’un mage qui, en son temps, s’était opposé à Mani. Sa sphère de vie éternelle aurait
alors été habitée par une personnalité trop humanitariste en conflit avec l’enseignement universel.

D’autre part, quand on réalise que Jan Amos Comenius visait ici son activité surtout pédagogique (et par conséquent
politique), on se rend compte à quel point un énorme malentendu l’a accompagné sa vie durant et surtout dans les
siècles qui suivirent. De nos jours le peu de gens qui connaissent Comenius l’associent justement à cet aspect éducatif,
et passent complètement à côté de l’essentiel : une éclatante lumière spirituelle éclairant encore ceux qui le veulent
vraiment.

Ce qui nous interpelle directement et personnellement dans ce petit livre, c’est son intense simplicité, son bon sens, et
sa force révolutionnaire, à partir du moment où nous en faisons quelque chose de vécu et non un nouveau “sujet de
thèse”.
Rappelons ici l’adage hermétique : “Les dieux sont des hommes immortels, les hommes des dieux mortels.”
Comenius nous invite ici à devenir des hommes et des femmes véritables, dignes de ce nom, et nous en montre le
chemin, qu’il a lui-même parcouru...

Actualité de la vision de Comenius.


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La vision de Comenius s’applique particulièrement à notre époque, par de nombreux points indiqués dans ce livre et
aussi dans la “Consultation Universelle...”. Nous aurons l’occasion de nous en inspirer, surtout d’extraits du dernier
volume (le septième) de cet “Opus Magnum”, la Panorthosia, dont nous avons pu nous procurer la version en anglais.
Ce mot, un néologisme grec quasiment intraduisible, évoque la justesse, le redressement, la rectification, en un sens
universel.
Or Coménius, en particulier dans sa «Consultation Universelle pour le Redressement des Choses Humaines », présente
une vision très actuelle d’exigences parfaitement applicables à notre temps. Cet ouvrage n’est pas encore traduit en
français. Il en existe des parties traduites en anglais, en allemand, en japonais, en italien, mais rien en français, si ce
n’est des passages insérés dans des études sur Comenius. Nous espérons bien entendu le jour proche où de courageux
traducteurs, désintéressés et réellement motivés, combleront cette lacune.
Son projet pédagogique spirituel, qu’il tenta de concrétiser aussi bien en Pologne, en Suède, en Angleterre, qu’en
Hongrie, fait partie de ce projet beaucoup plus vaste de “Réforme générale des affaires humaines”, sur une base,
répétons-le, purement spirituelle. Des bribes de ce projet furent récupérées, évidemment très mal comprises, par des
institutions telles que l’ONU ou l’UNESCO. Son objectif est, et reste universel : “Rétablissement de l'être humain et de
tout ce qui le concerne, s’appliquant à tous et partout” Dans ce sens, il devance largement les idées sociales les plus
hardies de notre temps. Viser à un “rétablissement” réellement universel est pour lui essentiel, incontournable, mais il
faut unir les efforts individuels de tous. Le système spirituel exposé dans l’Unique Nécessaire ainsi d’ailleurs que dans
la Pampaedie (néologisme traduisible à peu près par l’idée : système universel d’éducation pour tous et partout), fait
donc partie d’un plan visionnaire conçu pour la réformation, l’élévation et la sanctification du genre humain. Il
l’entreprend ici tout en sachant que cette révolution sera longue avant de devenir un phénomène réellement admis et
pratiqué par tous sur un plan planétaire universel.
Cette brève réflexion sur l’actualité de la vision pédagogique et thérapeutique au sens de la vie de l’âme-esprit
bénéficiera de l'apport de quelques “morceaux de phrases” tirés d’un des derniers textes de Coménius “L’Unique
Nécessaire”, ici présenté, et de l’un des premiers, “Le Labyrinthe du Monde et le Paradis du Cœur”, traduit en Français
(par mes soins) aux éditions Ebookslib. (Voir le site Ebookslib.com)
“...apprendre à maîtriser son petit monde en tant que Dieu en petit, comme le disait un sage : Si tu veux être un roi je
vais te donner un royaume. Gouverne-toi toi-même... l’homme doit être capable de s’utiliser à bon escient et savoir
jouir de lui-même ; il ne doit faire confiance à aucune autre créature comme il se fait confiance à lui-même, il ne doit
chercher en aucune autre créature le bonheur, comme il le chercherait en lui-même. En toi se trouve un monde, ne le
cherche donc pas en dehors de toi.”
Parmi les dirigeants et administrateurs des sociétés humaines, tu as observé comme les hommes aiment se pousser en
avant aux premières places et diriger les autres... Si tu souhaites diriger et commander, dirige-toi toi-même : A toi je
confie ton corps et ton âme, au lieu d’un royaume. Tu as là autant de sujets qu’il y a de membres du corps et
d’impulsions de l’âme ; cherche à les contrôler pour un bon déroulement de la vie...”
Si nous voulons bien comprendre avec lucidité et honnêteté ces quelques lignes, force nous est de reconnaître que
s’utiliser à bon escient et savoir maîtriser sa propre sphère de vie, ou petit monde, implique évidemment la
connaissance et la maîtrise de nos dimensions physique, énergétique, émotionnelle, mentale, psychique et spirituelle.
Pour la plupart, nous en sommes encore bien loin, et nous réalisons ainsi la nécessité de ce type d’éducation.
Notre temps, ce n’est plus un secret pour personne, connaît depuis le XXème siècle de nombreux bouleversements
politiques, sociaux, économiques, dans tous les pays de la planète. Les nouvelles techniques permettent à chacun
d’accéder à une vision globale du monde, ainsi qu’aux idées qui circulent et s’échangent de plus en plus rapidement. Il
n’y a là rien d’étonnant… Les forces spirituelles qui gouvernaient l’humanité jusqu’au début du 20e siècle se sont
retirées et l’homme se révèle tel qu’il est vraiment. Le spectacle n’est évidemment pas toujours très beau à voir !
L'homme contemporain est entraîné dans une danse frénétique, où il marche la tête en bas, et voit donc tout à l’envers.
Les problèmes écologiques et les tensions économiques dues aux fausses notions de consommation, de profit à tout
prix, et de croissance effrénée risquent à chaque instant de déclencher d’impitoyables conflits mondiaux ; et la liste est
notoirement incomplète. Comenius semble avoir eu le pressentiment de notre époque, en germe déjà de son temps. Sa
réflexion porte donc déjà sur le remède préventif à apporter. Ce qui fait que dans ses textes, et dans sa vie, il porte des
notions qui nous sont devenues familières. En effet, les notions de rétablissement, de retournement ou de révolution,
selon les visions de chacun, sont d’une criante actualité. Et quand nous parlons de révolution, nous parlons bien
entendu d’autorévolution, de travail sur soi, dont les trois axes fondamentaux, faciles à écrire mais difficiles à vivre «en
vérité » peuvent être traduits par les idées-forces suivantes : « Connaissance de soi et Victoire sur soi ».
Personne ne croît plus aux dogmes vides d'esprit, sans rapport avec une véritable réalisation intérieure. Tout le monde,
d'une façon ou d'une autre, cherche une réalisation concrète de son être profond, même si les chemins parcourus
semblent parfois aller jusqu’à l’absurde. A l'appui de cette affirmation, nous aimerions ici citer un passage du livre “Le
Nouveau Signe” de Jan Van Rijckenborgh.
“…A travers les voiles que nous avons nous-mêmes tissés, trois rayons se fraient un chemin dans le cœur de notre
système ; trois influences fortement magnétiques nous approchent, venant du sanctuaire caché. Elles nous éveillent à la
connaissance de Dieu, à la connaissance de nous-mêmes et à la transfiguration future. Et cette triple activité de la
Gnose touche tout enfant des hommes, de même que la lumière solaire influence tout être vivant…”
“Toute religiosité naturelle, toute forme d'humanitarisme, tout effort humain dialectique, du plus grossier au plus
raffiné, est une réponse aux : “ D'où viens-tu ?”, “Qui es-tu ?”, “ Où vas-tu ?” …Et l'homme moderne, qui amasse
argent et richesse à ne savoir qu'en faire, agit ainsi par suite de la même poussée… L'instinct de possession et ses
conséquences, comme l'instinct de liberté répondent aux notions relatives à notre origine, à notre nature et à notre
destination.”
De bizarres chemins sont explorés… Ce qui compte, c'est l'intensité et la plus grande liberté possible de la recherche.
Bien sûr l'Etat doit accomplir son travail régulateur, et il ne le fera que mieux si ses serviteurs sont conscients de la
signification profonde des temps à venir et se mettent eux-mêmes au service de cette grande révolution universelle,
n'écoutant que leur voix intérieure et délaissant les multiples tentations qui accompagnent le pouvoir. Toute l'éducation
devra être retournée dans le même sens, celui d’un développement biologique, mais aussi, psychique et spirituel, où
l’apprentissage social comprenant toutes les “matières” scolaires sera remis à sa place.
Nous sommes entrés dans une ère nouvelle et devrons reconsidérer toutes nos valeurs. De nombreux hommes et
femmes sont conscients des changements en cours et s'efforcent de se préparer au grandiose travail auquel nous
sommes tous appelés. L'accomplissement du plan de manifestation pour le monde et l'humanité se fera, avec nous ou
sans nous, mais de toute façon pour nous.
Mais le grand problème se situe entre le plan, ses exécutants, et tous ceux qui, pour une raison ou pour une autre, ne
sont pas encore conscients de la noblesse de l'homme, et s'opposent donc, par ignorance, à ce plan. Notre société
démontre chaque jour sa corruption, tout développement supérieur semble impossible dans le cadre actuel. Bien peu
voient et reconnaissent la véracité des faits, et sont prêts à en tirer les conséquences. Que va-t-il donc se passer ?
De grands bouleversements auront lieu, c’est inéluctable. C'est malheureusement le chemin le plus court… La coupe
est pleine, … Ceux qui travaillent d'arrache-pied au renouvellement intérieur et extérieur de l'humanité, en commençant
par eux-mêmes, ne le souhaitent évidemment pas, mais l'état de conscience actuel de l'humanité l'obligera
probablement à passer par les douleurs de l'enfantement. Ainsi sera rendu possible un nouvel état d'être latent en
chacun de nous. Plus nombreux seront ces pionniers, moins dures seront les souffrances de l'humanité pour “passer le
cap”. Il est donc du devoir de tous les individus conscients de consacrer leur vie à ce travail. Tout est là, il faut
seulement le mettre en œuvre.
Comenius était le dirigeant de l’Eglise de l’Unité des Frères, puis J.V. Andreae lui conféra la direction de la deuxième
vague de la Rose-Croix du XVIIe siècle. Or, à notre époque, le Lectorium Rosicrucianum, ou Ecole Internationale de la
Rose-Croix d’Or, joue à peu près le même rôle, se réclamant d’ailleurs des même racines. Son fondateur, M. Jan van
Rijckenborgh, a aussi écrit une littérature assez importante. Un de ses livres, Le «Dei Gloria Intacta » (Editions du
Septénaire, à Tantonville 54116) paru peu après la deuxième guerre mondiale, reprend, par exemple dans son avant-
propos, la terminologie de la Rose-Croix du XVIIe siècle.
Quiconque a un tant soit peu étudié le XVIIe siècle reconnaîtra sans peine la reprise du style et de nombreuses formules
introduites par Jean Valentin Andreae dans son «Appel de la Fraternité » ou «Fama Fraternitatis ». Celui-ci joua un
grand rôle dans la vie de Comenius, comme nous le verrons plus loin.
Cette exploration de la pédagogie thérapeutique spirituelle moderne, à laquelle Comenius nous incite, implique que je
reprenne à mon compte cet avant-propos. Nous le voyons déjà au début de ce livre, L’Unique Nécessaire, aucun
redressement profond et sérieux de l’humanité ne peut ni ne pourra se faire tant que les trois aspects, corporel,
psychique et spirituel de l’homme, aussi bien individuel que social ne sont pas sérieusement pris en compte.
Dans un autre ordre d’idées, j’aimerais aussi faire allusion, puisque la dimension pédagogique est en quelque sorte très
présente chez Comenius, à un petit texte de Victor Hugo assez méconnu, mais pourtant révélateur :
“La Liberté de l’Enseignement (tiré de l’Avenir du dimanche 9 octobre 1904)
La création s'offre à l'étude de l'homme. Le prêtre déteste cette étude et tient la création pour suspecte. La vérité latente
dont le prêtre dispose contredit la vérité patente que l'univers propose. De là un conflit entre la foi et la raison. De là, si
le clergé est le plus fort, une voie de fait du fanatisme sur l'intelligence.
S'emparer de l'éducation, saisir l'enfant, lui remanier l'esprit, lui repétrir le cerveau, tel est le procédé ; il est fort
redoutable. Toutes les religions ont ce but : prendre de force l'âme humaine. C'est à cette tentative de viol que la France
est livrée aujourd'hui. Essai de fécondation qui est une souillure. Faire à la France un faux avenir : quoi de plus
terrible ? L'intelligence nationale en péril ; telle est la situation actuelle.
L'enseignement des mosquées, des synagogues, des presbytères est le même ; il a l'identité de l'affirmation dans la
chimère ; il substitue le dogme, cet empirique, à la conscience, cet avertisseur. Il verse l'imposture dans la candeur de la
jeunesse, et, si on le laisse faire, il en arrive à ce résultat de créer chez l'enfant une épouvantable bonne foi dans l'erreur.
Abrutir est un art. Les prêtres des divers cultes appellent cet art liberté d'enseignement. Ayant été eux-mêmes soumis à
la mutilation de l'intelligence, ils voudraient pratiquer cette mutilation après l'avoir subie. Un castrat faisant l'eunuque :
cela s'appelle l'enseignement libre.”
Victor Hugo

On pourrait dire de nos jours la même chose de l’enseignement d’Etat, mon expérience personnelle le confirme. Cela
est un peu sévère et poétique, dans le style de notre poète national, mais je crois que malgré son orientation purement
spirituelle, notre Jan Amos Komensky n’aurait pas désavoué cet appel à la conscience. Nous nous voyons ici placé
entre des visions et des points de vue apparemment divers et opposés dans leur complexité. Apprenons ici à avoir
plusieurs points de vue à la fois, devenant ainsi riches comme la Nature elle-même.
Notre point de départ est double ; comment approcher le monde en tant qu’école d’expérience et en même temps
comment l’approcher en tant que “apprendre à le quitter, maison de transit.”
Le monde est une école et finalement un laboratoire alchimique. Les puissances spirituelles, communément appelées
Dieu, ont donné cette possibilité à l’homme. Trois livres en sont les livres sacrés : le livre de l’homme, le livre du
monde, et le livre de Dieu. Comenius se réfère absolument à cette présence inconnue et inconcevable, au cœur de tout
être humain. Cette voix divine que personne n’entend vraiment, mais que certains pressentent et même parfois
ressentent sous forme d’une indéfinissable nostalgie. Cette vision pour lui est fondamentale, il bâtit tout son
enseignement sur elle.
Ce livre de la Nature, doit mener l’homme vers le livre de l’homme, passant de ce que Comenius appelle la “Physica”,
à la “Metaphysica”, puis à “l’Hyperphysica” (Via Lucis, en cours de traduction) Il pourra ainsi acquérir la sagesse,
l’amour et la force de Dieu. Dans ce contexte, qu’est-ce qu’une école ? Elle se définit comme une communauté
d’hommes ou de jeunes qui s’occupent de comprendre et d’apprendre les choses vraiment utiles.
Voici ce qu’en dit Comenius, dans “Le Labyrinthe du Monde et le Paradis du Cœur”, plus précisément dans la
deuxième partie, “Le Paradis du Cœur”, montrant l’orientation de l’homme éveillé, donc de celui qui peut enseigner :
“On doit apprendre à connaître Christ seul (en tant que force de l'Esprit manifestée - (N.D.T.)-(la Bible, esprit du
Nouveau Testament)
Tu as observé comme les érudits essayaient de comprendre toutes choses. Que le sommet de ton étude soit de m'étudier
dans mes actes, et d'admirer comme toutes choses sont gouvernées par moi, et toi aussi tu trouveras là bien plus matière
à réflexion que tous ces érudits, et cela dans un bonheur ineffable. A la place de toutes les bibliothèques, dont la lecture
procure un travail sans fin, de peu de profit, et bien souvent du mal, toujours de la lassitude et de la perplexité, je te
donne ce livre unique dans lequel sont déposés tous les arts libéraux. Là ta grammaire consistera en une contemplation
de mes paroles ; ta dialectique sera ta foi en elles ; ta rhétorique, prières et soupirs ; tes sciences, l'examen de mes
œuvres ; ta métaphysique, la délectation en moi et en les choses éternelles ; ta mathématique, le compte, la pesée et la
mesure de mes bénédictions, et d'autre part, de l'ingratitude du monde ; ton éthique, mon amour qui doit être la règle de
ton entière conduite envers moi et envers ton prochain. Mais cherche en tous ces arts, non à être vu des hommes, mais à
te rapprocher de moi. Car ma lumière n'illumine que les cœurs humbles.
Christ, le meilleur médecin,

Tu as observé parmi les médecins leur quête de remèdes divers pour la préservation de la santé et la prolongation de la
vie. Mais pourquoi devrais-tu t'inquiéter de la durée de ta vie ? Demeure-t-elle en ton pouvoir ? Tu n'es pas entré dans
le monde à volonté, et ce n'est pas toi qui décideras de le quitter, car ma providence détermine ces choses. Assure-toi
donc que tu vis bien, et je m'occuperai de la durée de ta vie. Vis seul et sincèrement selon ma volonté, et je serai ton
médecin, en vérité je serai ta vie et la longueur de tes jours. Car sans moi, la guérison même est un poison, et quand je
le commande, le poison même doit servir de remède. C'est pourquoi recommande-moi ta vie et ta santé et n'y consacre
plus aucune pensée.

Voici quelle doivent être les maximes de ta loi : n'envie la propriété de quiconque, mais laisse à chacun la sienne et
partage avec ceux qui en ont besoin ; satisfais à toutes tes obligations matérielles, rends service à autrui et considère ce
service comme une dette ; pour maintenir la paix abandonne tout, même toi-même ; si quelqu'un veut prendre ton
manteau, abandonne-lui aussi ta tunique, et s'il veut te frapper sur une joue, tend lui aussi l'autre. Voilà mes textes de
loi. Si tu les observes, tu es certain de préserver la paix.
La religion du Christ

Tu as observé dans le monde comme les hommes s'agrippent à leurs cérémonies religieuses et se querellent à leur sujet.
Que ta religion consiste à me servir paisiblement, libre des cérémonies, car je ne les exige pas de toi. Quand tu me sers
comme je te l'enseigne, en esprit et en vérité, ne te dispute avec personne à propos de religion, même si on te traite
d'hypocrite, d'hérétique ou d'autre chose. Attache-toi tranquillement à moi et persévère dans mon service.

L'autorité du royaume de Christ

Parmi les dirigeants et administrateurs des sociétés humaines tu as observé comme les hommes aiment à se pousser en
avant aux premières places et à diriger les autres. Mais toi, mon fils, tant que tu vis, cherche la place la moins élevée et
désire obéir, non commander. Il est plus facile, plus tranquille et plus confortable de rester à la dernière place qu'à la
première. Si tu souhaites diriger et commander, dirige-toi toi-même : A toi je confie ton corps et ton âme, au lieu d'un
royaume. Tu as là autant de sujets qu'il y a de membres du corps et d'impulsions de l'âme ; cherche à les contrôler afin
que tout soit bien. Mais si par-dessus cela ma providence se plaît à te confier quelque chose de plus, soit obéissant et
fais fidèlement ce que je te commande, non en vertu de ta propre inclination, mais de mon appel. …
…Essaie maintenant de prouver ton héroïsme dans ta lutte contre eux : c'est à dire le démon, le monde, et tes propres
désirs charnels. Garde-toi contre ceux-ci du mieux que tu le pourras ; écarte les deux premiers et frappe et tue le
dernier. Si tu t'acquittes vaillamment de cette guerre, je te promets en vérité que tu obtiendras une couronne plus
glorieuse que le monde ne peut t'en offrir.

Pourquoi chercherais-tu d'abondantes richesses ? Pourquoi les désirerais-tu ? Les besoins de la vie sont peu
nombreux, et c'est moi qui m'occupe d'y subvenir pour tous ceux qui me servent. Par conséquent cherche plutôt à
rassembler les trésors intérieurs, l'illumination et la piété, et toutes ces autres choses, je te les donnerai par surcroît. Car
les cieux et la terre seront tiens par droit d'héritage, je te l'assure. Et ces plaisirs ne pourriront pas et ne t'opprimeront
pas, mais te procureront un bonheur ineffable.
L'unité la plus chère

En ce monde, les hommes cherchent de la compagnie ; mais toi, évite toute agitation, et cultive la solitude. La
compagnie n'est qu'une incitation, soit au péché ou aux choses superflues, à l'oisiveté ou au gaspillage d'énergie. Car ne
crains point, tu n'es pas seul, même si tu devais être seul. Car … je suis avec toi, et tu peux communier avec moi et la
fraternité. De plus, si à de certains moments tu désires une compagnie visible, sois sûr que tu t'associes avec gens du
même esprit, afin que votre conversation contribue à votre confirmation mutuelle en Dieu

Que tes délices s'accomplissent en jeûnant, par la soif et les larmes, si nécessaire, et en supportant les coups et toute
autre affliction, pour moi et avec moi. Mais si je t'accorde un peu de confort, tu peux te réjouir en lui, non pas pour ce
confort lui-même, mais pour moi et en moi …
Que les hommes disent du bien ou du mal de toi, que cela ne te préoccupe pas, pourvu que je sois satisfait de toi.
Sachant que tu m'es agréable, ne t'occupe pas de plaire aux hommes. Car leur faveur est changeante, imparfaite et
perverse. Ils aiment souvent ce qui est digne de haine et haïssent ce qui est digne d'amour. Et il n'est pas possible de
plaire à tous : en cherchant à plaire à l'un, tu déplais à d'autres. C'est pourquoi, il serait préférable de les laisser tous et
de t'attacher à moi seul. Si nous demeurons en accord mutuel, les langues des hommes n'ajouteront ni ne retrancheront
rien, ni à toi ni à moi. Ne cherche pas à être connu du grand nombre, mon fils ; que l'humilité soit ta gloire, afin que si
possible le monde ne sache rien de toi. C'est là le chemin le meilleur et le plus tranquille…
Là sont les choses suprêmes

Et enfin, mon fils, en somme : si tu possèdes la richesse, l'érudition, une belle apparence, du talent, la faveur des
hommes ou quelque autre chose estimée excellente dans le monde, ne te pense pas supérieur pour autant ; ou si tu n'as
rien de tout cela, ne t'en inquiète pas ; mais, laissant toutes ces choses, qu'il s'agisse de toi ou d'autrui, pour ce qu'elles
sont, n'aie affaire qu'avec moi, ici, intérieurement, en toi. Ainsi en te libérant de toutes créatures et en t'abandonnant
et en renonçant même à toi-même, je te le promets, tu me trouveras, et en moi, tu auras la plénitude de la paix.
Se dédier tout entier à Dieu est le summum des béatitudes
Alors je m'exclamais : Seigneur mon Dieu, maintenant je comprends que toi seul est tout. Celui en qui tu vis peut
facilement se dispenser du monde. Car en Toi il possède plus qu'il ne peut demander. Maintenant je comprends que
j'étais perdu dans l'illusion quand j'errais dans le monde, en cherchant la consolation dans les choses créées. Dès
aujourd'hui, je ne désire d'autre consolation que Toi, et je me rends maintenant entièrement à Toi. Fortifie-moi, de peur
que je ne retombe loin de Toi dans les choses créées, commettant encore la même folie insensée dont regorge le monde.
Puisse Ta grâce me protéger, car je me confie en elle seule.”

Et voilà le plan général, concret et précis, aussi bien pour les adultes que pour les enfants, en tant qu’objectif progressif
à atteindre, le summum de tout éveil, de toute pédagothérapie biopsychospirituelle (pédagogie thérapeutique naturelle,
psychique et spirituelle, nous reviendrons sur ce point). Nous allons donc partir de “l’HOMME PARFAIT”, pour
mieux comprendre le but ici défini. Comenius, lui, parle d’Homme à l’image de Dieu
Nous voulons ici montrer la réalité de l’homme parfait transfiguré, même si nous, avorton, en sommes bien loin ! Et
quel est donc le sens de la vie ? Tous les problèmes ci-dessus évoqués nous montrent bien l’ignorance quasi totale de ce
sens profond. Quand chacun aura fait un pas vers cette compréhension, et l’aura mise en pratique dans sa vie
quotidienne, il n’y aura plus besoin de prison ni de camp de redressement.
Il est ici question d’enseignement universel, trésor matériel des «victorieux ». Ceux-ci peuvent donc guider. Nous
devrons approfondir cette notion d’enseignement. Car “dogma, (dogma )”en grec est enseignement, mais nous nous
élevons fermement contre toute forme de dogmatisme et de fanatisme. Quel est donc ici le piège ? Eh ! bien nous
connaissons les intellectuels. Ils appréhendent tout ce qu’ils ne vivent pas. Et celui qui ne vit pas et parle de ce qu’il n’a
pas accompli, ou bien est honnête et le dit, utilisant un champ de force ou la force d’un groupe libéré pour démontrer la
valeur d’un enseignement ou bien ne peut qu’être désigné comme un menteur.
Comenius, dans sa Pampaedie en particulier, a bien des choses à nous dire à ce sujet.
Si nous partons de l'idée de l'homme parfait divers problèmes vont se poser, et nous devons tout d'abord aborder
certains thèmes.
Le principe de base, qu'il s'agisse de pédagothérapie pure ou du trésor matériel des fraternités spirituelles, est celui de la
découverte. Comenius le définit de la façon suivante : autopsie, autopraxie, etc... :
L’homme qui entend la voix, est l’homme parfait, l’homme victorieux qui a trouvé le trésor ; pour Comenius : l’homme
à l’image de Dieu, le seul qui a le pouvoir d’assurer la paix en lui et autour de lui, et donc, de proche en proche, dans le
monde. Tel est le fondement de l'enseignement universel. Pour vivre sur ce plan, il faut suivre les trois principes qui
fondent la didactique de Comenius, trouvés dans la «Pampaedie », «Education Universelle ». Il démontre ici
parfaitement le caractère révolutionnaire de ce travail, écrit à la suite de son expérience de Saros-Patak. Il faut :
1) Procéder par étapes.

2) Tout examiner par soi-même, sans abdication devant quelque autorité que ce soit, et surtout pas devant
l'autorité adulte. (C'est, étymologiquement, l'autopsie). Et si malgré tout nous suivons quelque autorité, continuer à tout
examiner par soi-même, tout soumettre à la critique de sa propre raison, car si celle-ci est impuissante à juger,
l’expérience nous le montrera. Tout doit être soumis à l’expérience personnelle et aux conséquences qui en découlent...
3) Agir par soi-même (autopraxie), de sa propre autorité. Cela exige, pour tout ce qui sera présenté à l'intellect,
à la mémoire, à la langue, et à la main, que les élèves, enfants, adultes ou vieillards, eux-mêmes le cherchent, le
découvrent, le discutent, le fassent, le répètent, sans se relâcher, par leur effort propre, dosant les efforts, étudiant les
résultats - ne laissant au pédagogue que le rôle de contrôler si ce qui doit se faire se fait, de la façon adéquate.
Soutenant l’élève, l’encourageant, et laissant la liberté de l’échec. Car il est nécessaire que l’élève trouve par lui-même
le pourquoi de l’échec sans que celui-ci soit systématiquement considéré comme une faute. L’échec est en effet,
comme la réussite, toujours une expérience dont on peut extraire la leçon.
L’Homme-personnalité actuel, doté de la conscience de sa propre vie, avec la conscience de son ego, de son moi, où
interviennent le corps et le pouvoir mental, ce que l’on appelle son cœur et son âme est donc malgré tout l’instrument
de sa propre révolution, de son propre renouvellement. Il s’agit là de la reconstruction de «l’Homme Parfait ». A partir
de là, l’homme a reconnu sa conscience, et se doit de la défendre pied à pied ! Et le jeune devra aussi devenir sensible
à la notion de l’importance de son corps et de sa pensée, en tant qu’instrument de la conquête de la conscience du petit
monde qu’il représente. Le jeune comprend très vite l’importance de sa personne, (son “véhicule”), et alors il n’est plus
question pour lui de malmener celui-ci. Disparaissent alors tous les problèmes “actuels” de drogue, d’alcoolisme, de
“violence”, etc...
Le pédagothérapeute est alors confronté à des problèmes tels que : comment faciliter l’accès à la “conscience de la
limite (prise de conscience de ses limites) ? ” L’enfant lui en donne souvent l’occasion. “Oui Monsieur c’est vrai, mais
je n’y arrive pas, je suis toujours mauvais, etc... Oui Monsieur, mais comment peut-on être à plusieurs endroits à la fois.
Oui Monsieur, mais avec mon corps et ma pensée, je dois manger, boire et dormir, que se passe-t-il quand je dors, je ne
contrôle plus rien alors, etc...” L’adolescent pose souvent une multiplicité de questions amenant l’éducateur à guider
vers la compréhension de la conscience de la limite, et... alors tout commence.
Des élèves disent : “oui, c’est vrai, je ramène tout à moi, et pourtant dans l’histoire, j’ai bien vu que de grands hommes
démontraient un sens du sacrifice intense et j’ai même cru qu’ils étaient plus que des hommes.” La stupidité de l’esprit
de vénération absurde et destructrice des idoles (chanteurs ou sportifs), peut se transformer en puissance de vision du
héros, comme chez les Grecs, le “demi-dieu”, comme Héraclès. C’est alors que le pédagothérapeute pourra faire appel
aux mythes de tous les temps, montrant comment il est raconté, dans les mythes, légendes, contes et histoires le passage
de l’état de conscience-moi(égocentrique) à l’état psychique spirituel au service du Tout, et les prémisses de cet état
psycho-spirituel présentes en chacun de nous. Là encore, il faut laisser découvrir l’intérieur de chacun par son propre
intérieur.
Les histoires et l’introspection montreront alors les problèmes afférents à la conscience de la limite et parfois les
moyens de les résoudre, moyens toujours situés dans la sphère de l’âme et de l’esprit, intervenant jusque dans la
matière. Tout cela modifiera considérablement notre conception de l’Orientation sociale et pédagogique, le travail
intérieur primant sur tout, et toute forme de métier ou d’apprentissage ne pouvant être alors qu’un élément de plus dans
l’apprentissage de l’éternité.
Il deviendra clair alors qu’il n’est plus question de croire, mais de savoir par expérience vécue. On en arrive à des
notions de possession intérieure, au même titre que de devenir un homme ou une femme véritable dans et par la force
de l’amour : il ne s’agit plus de croire au sens habituel du terme !
Nous avons dit que nous voulions partir de l’homme parfait. De tout temps, il a existé des hommes qualifiés de parfaits,
d’envoyés, d’hommes-dieux ou d’autres noms suivant les époques, les civilisations. Par exemple les parfaits Cathares
ou Moraves, les “Pater” chez les Mithriaques, etc...
Ils nous semblent peu nombreux, mais nous ne connaissons pas tout. Leur caractère principal est en effet la discrétion.
Ils ne se font connaître que lorsque cela est jugé bon, indispensable. Et cela correspond à un plan universel. Les libérés
selon l’âme, cela est certain, ceux qui ont accompli le processus de la guérison authentique, régénération sur le plan
psychospirituel, utilisent souvent des véhicules dont le plus bas niveau de densité s’apparente à ce que nous appelons
énergie ou vitalité.
A moins qu’il soit, comme nous l’avons vu plus haut, jugé bon, dans le cadre d’un plan cyclique universel pour la
guérison de l’humanité qu’un ou plusieurs d’entre eux s’incarnent, adoptent un corps de chair et de sang, ce qui
correspond à un inexprimable rétrécissement de conscience, sacrifice incommensurable au service du tout. Ils naissent
alors d’un homme et d’une femme, et après avoir rapidement effectué une percée de conscience, enseignent à
l’humanité le chemin de la Guérison absolue. Bien entendu, ils descendent en “équipe”, des domaines de l’éternité.
Dans les domaines de l’espace-temps, ils peuvent être dispersés ou concentrés. Et ils forment eux-mêmes des “hommes
parfaits”. C’est là le but ultime de toute «pédagogie »...
Car la première étape pour chacun d’entre nous c’est de parvenir à cet état de conscience, afin nous-mêmes de
participer au grand plan. Et le jeune comprend cela très vite !
Donc l’homme parfait s’organise de façon à être le plus efficace pour collaborer au plan de devenir humain véritable,
aussi bien selon les aspects naturels, psychiques, que spirituels, afin de toucher le maximum d’individus. Il tente ainsi
de créer les meilleures conditions pour une libération finale de l’humanité entière. L’homme parfait utilisera les
moyens mis à sa disposition dans le temps en question. Vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point les enfants
comprennent ces choses et cherchent, pleins d’enthousiasme, comment ils pourraient aider. Il faudra rapidement leur
montrer qu’en plus de tout ce qu’ils peuvent imaginer, le meilleur moyen est encore pour eux de devenir eux-mêmes
Parfaits !
Comenius était un de ces «hommes parfaits »
Au début du XVIIe siècle se constitua le Cercle de Tübingen, dont les chercheurs connaissent surtout Jean Valentin
Andreae, auteur des trois textes fondamentaux de la Rose-Croix classique, alors que les deux autres fondateurs de ce
Cercle en furent en vérité les instigateurs et les inspirateurs véritables. Il s'agit bien entendu de Tobias Hesse et de
Christophe Besold. Comme à toute autre période de l'histoire, il fut là aussi, comme de nos jours d'ailleurs, possible de
se relier par l'abnégation et la disparition du moi, à ce qui est véritablement l'essence de l'homme et à la fois le
transcende. Ces textes bouleversèrent le monde européen de l'époque (on dénombre plus de trois cents livres écrits en
réponse à ces manifestes, ce qui est proprement inimaginable pour un temps où l’édition ne connaissait pas le
développement actuel : même aujourd'hui, ce serait déjà le symptôme d'un franc succès de librairie). La puissante force
spirituelle qui prit forme à ce moment avait été depuis longtemps préparée, s'inscrivant dans la lignée du Gnosticisme,
du Manichéisme et du Catharisme.
Le Manichéisme toucha des millions de gens, de l’Afrique à la Chine.
Le Catharisme permit à une civilisation fantastique, où la femme, fait remarquable pour l’époque, était l’égale de
l’homme, de se développer au sud de la France.
Comenius eut très tôt connaissance des manifestes publiés entre 1614 et 1616, probablement à Heidelberg ou à
Herborn, au cours de ses études en Allemagne. Connu surtout comme pédagogue, il était de la même trempe que ces
instructeurs spirituels. Il reçut de la plume même de Jean Valentin Andreae le flambeau qui faisait de lui le continuateur
de la Fraternité de la Rose-Croix pour cette époque. Et les projets de la Fama Fraternitatis, (l'Appel de la Fraternité,
éditions du Septénaire, Tantonville, 54116), faillirent d'ailleurs se réaliser sous la forme d'un Collège d'hommes
illuminés. Comenius, par le biais de la Royal Society, rêvait d'en faire le point de départ d'une véritable révolution non-
violente à l'échelle mondiale. Essayons, en vue d’une application moderne pratique, de montrer les aspects tant
pédagogiques, psychiques que spirituels, et les péripéties qui menèrent à l'accomplissement d'un grand nombre
d'individus de cette époque. Nous sommes tous appelés à collaborer à la mise en place d'une véritable éducation de
l'être Humain, dans un absolu renversement des valeurs, à plus ou moins brève échéance, parce que c'est là le sens de
la vraie évolution humaine, à notre époque aussi.
En effet, au XVIème - XVIIème siècle, la tâche particulière du Cercle de Tübingen, et donc aussi de Comenius, était,
en opérant une refonte universelle de la Connaissance aussi bien analytique que synthétique, de revivifier cet
“essentiel” en montrant comment chacun, par une pensée autonome, serait appelé à comprendre et à réaliser l'état de
conscience de l'être vrai, en particulier pour cette époque (et bien entendu il en est de même pour la nôtre).
C'est pourquoi le travail fondamental de notre ami Bohémien, Comenius, fut-il pédagogique, dans le sens où l'éducation
se doit de permettre l'auto-formation, l'auto-réalisation de l'être vrai. Il fut aussi un Homme Vrai sur tous les plans, dans
la mesure où la découverte du monde, de la Vie et de ses lois implique une prise de conscience et une réalisation de
l'absolu en soi, une compréhension de l'Homme en tant que Microcosme, petit monde résumé de l'Univers. Il manifesta
aussi un aspect purement spirituel, puisque, comme il l'écrit lui-même dans “Via Lucis”, cette éducation n'a de sens, au
fond que pour nous faire parvenir à “l'Académie Céleste”.
Qu'est-ce, en fait, que l'autonomie ?
Avant d'aller plus loin, nous voudrions rappeler que seules sont disponibles les traductions en français de quatre textes
de J.A. Comenius, à savoir, “Le Labyrinthe du Monde et le Paradis du Cœur”, “l'Unique nécessaire”, “De la
Prédication” et “La Grande Didactique”. Notre recherche se base donc surtout sur des extraits, (et l’aide de quelques
amis latinistes) repérables dans divers livres sur Comenius, et sur ces quatre textes, dont les trois premiers étaient
jusqu’à peu, indisponibles en librairie.
Au fond, on pourrait se poser la question : Komensky (son vrai nom) prône une orientation surtout intérieure. Il
n'attribue pas à l'éducation une valeur exclusivement horizontale et terrestre, mais propose au travail éducatif comme à
la société tout entière de consacrer tous leurs efforts à la re-formation d'un être vrai, humain-divin. N'est-il donc pas lui
aussi un de ces doux rêveurs mystiques, millénariste par surcroît, et par-dessus le marché, utopiste ?
Eh ! Bien, Non, mille fois non ! Il suffit de se pencher un peu sur la Pampaedie, (troisième livre de l'œuvre majeure de
Comenius, “La Consultation Universelle pour l'amélioration des choses humaines” ) pour découvrir qu'il allie une
conception absolument réaliste et pratique d’une parfaite autonomie de l'être, avec une orientation purement spirituelle.
Il désire que l’on enseigne dans les écoles non seulement l’autonomie de la pensée, mais aussi l'autonomie des
émotions et des actes. Mais en fait, qu’est-ce que l’autonomie ?
Il s’agit ici d’enseigner la liberté individuelle de devenir un homme parfait, victorieux, possesseur du trésor. Liberté de
la décision, liberté que donne la connaissance et la maîtrise de ses instincts, tendances naturelles et aspirations
profondes, et liberté de les évaluer selon l’orientation choisie. Et cela en dehors de tous les dogmes établis et idées
préconçues de la société dans laquelle on vit. Chacun, comme c'était d'ailleurs le cas dans la communauté de L'Unité
des Frères de Bohème-Moravie, devra avoir un métier, afin de subvenir à ses propres besoins. Il faut ici souligner que,
dans L'Unité, aucun pasteur n'était nourri par la communauté ; il devait donc, fait très nouveau pour l'époque, participer
à la vie socioprofessionnelle du groupe. Il est intéressant de dégager ici les douze points que l'on retrouve dans la
Pampaedie :
(précisons ici qu’il s'agit d’une synthèse adaptée à notre temps et non pas d’un simple recopiage)
1) Les traits qui caractérisent l'essence humaine décrivent les rapports que l'homme entretient avec son milieu.
L'homme vit dans et doit s'adapter à une “réalité”. Il interagit avec toute la Nature, dont l'homme et les quatre règnes
font partie, ainsi que l'absolu, le parfait, le dieu qui est aussi en lui. Toute créature humaine pense, désire, veut, et
cherche à savoir.
2) L'être vrai, l'humain en chemin, cherche à vivre pleinement, en bonne santé, et à représenter quelque chose.
3) Il veut et cherche à être informé de tout ce qui existe dans le monde, car les richesses du monde sont destinées à
notre apprentissage de l'abnégation et du perfectionnement total de notre être intérieur en vue de l’épanouissement
général du monde et de l’humanité. Ceci à condition d’être utilisées sans chercher de profit égoïste.
4) Il lui faut arriver à comprendre toutes choses, leurs mécanismes, leur fonctionnement, et surtout la relation
de tout avec tout. En comprenant de toutes petites choses, par le biais des correspondances, nous pouvons arriver à
comprendre le tout.
5) Vivre librement, c’est-à-dire :
Vouloir et choisir les choses que l'ont sait bonnes, grâce à ses découvertes et son intuition personnelle.
Ne pas vouloir, refuser les choses mauvaises, et disposer de tout, autant que possible, selon sa propre volonté
(Pampaedia, III, 11).
6) L’homme devra développer un discernement lui permettant de savoir ce qui va dans le sens du plan de
développement pour le Monde et l’Humanité et ce qui le contrecarre. Donc, non seulement l'Homme devra apprendre à
penser et à sentir juste, mais il devra être mis en mesure de traduire en actes ce qu'il a conçu, et produire des biens et
des services. Ceci uniquement dans la mesure où il n'exploitera pas ses frères pour un profit excessif. Chacun pourra
donc s'inscrire dans ce plan de développement, sans chercher à tirer son épingle du jeu, mais en cherchant vraiment
l'intérêt commun.
Comme le dit en substance Jan Van Rijckenborgh dans le Mystère de la Vie et de la Mort, ( Editions du Septénaire,
Tantonville 54116) “ Le Royaume intérieur ne peut se manifester que si l'Homme-dieu sait, et agit en conséquence, que
son être Microcosmique (divin, spirituel, petit monde résumé de l’univers) appartient à un tout plus grand, à la manière
dont un cosmos n'existe pas par lui seul, mais appartient à un macrocosme, à un rassemblement de cosmos. Son
orientation doit donc se développer, non plus vers soi, égocentrique, mais vers les autres, bien entendu sur la base
approfondie d’une connaissance de Soi, s'élevant à la manifestation Universelle, se vouant en parfaite abnégation.
Grâce à cette façon de servir désintéressée, il se manifestera lui aussi, quoique de toute autre façon”.
7) Il acceptera l’aisance matérielle (comme il accepterait la pauvreté) si elle lui échoit naturellement :
Il ne s’y efforce pas de façon égoïste ou en exploitant autrui.
8) Il est pour lui parfaitement souhaitable et légitime de désirer vivre en paix et dans la sécurité, ce qui ne manquera
absolument pas de se produire, si l'éducation préconisée par Comenius, héros de l’esprit, (et par d’autres à lui
apparentés par l’esprit)se répand, grâce à la paix civile et sociale. Il peut espérer que ses biens ne seront ni convoités ni
volés. Cela sera aussi une conséquence logique du nouvel état de vie qui se démontrera alors. (N'oublions pas que
Comenius vise ici les soldats et les seigneurs qui dépouillaient les paysans de leurs maigres ressources).
9) De là ne peut découler qu'une vie honnête et donc une bonne réputation, répondant à la véritable destinée
humaine.
10) Puisque l'Ecole formera tous, pauvres comme riches, hommes comme femmes, sans aucune distinction,
quelle qu'elle soit, à la lecture, à l'écriture et l'éloquence, c'est à dire à l'art de prendre la parole de façon efficace, tous
pourront communiquer de façon valable avec tous en maîtrisant le langage. Ainsi pourra s’échanger et se transmettre la
signification profonde du but de la vie.
11) Et tous voudront ainsi et pourront entretenir des relations humaines dignes de ce nom, pacifiques et
bienveillantes, chacun se soutenant en vue du but commun.
12) Donc l'aspiration la plus élevée, (le “but suprême”) ira de soit et tout sera orienté dans ce sens.
Pour Comenius, le monde entier est un labyrinthe, un asile de fous, une prison plus ou moins subtile, et il ne fait que
confirmer ici ce que nous pouvons clairement observer de nos jours par nous-mêmes. Et nous reconnaissons qu’une
éducation philosophique et spirituelle digne de ce nom doit permettre de mettre sur le chemin de l’autonomie de la vie.
Cette éducation commence dès le foyer familial, avant même l’école, par l’exemple et l’atmosphère rayonnée par les
adultes. Ceci est actuellement loin d’être évident pour notre siècle orienté sur la course à la consommation et aux
plaisirs sans freins. Des instituts de formation de haut niveau apprennent à de futurs cadres et entrepreneurs comment
“conditionner” leurs futurs clients, et ceci est jugé bon, moral ! Et tous les media participent à cette mascarade. Tout le
monde doit faire comme tout le monde, et même parmi les enfants, la liberté de ne pas faire comme les autres est mal
vue et parfois sanctionnée sévèrement... Il faut penser, dire, faire et s’habiller comme les autres. L’autonomie a
toujours, et surtout de nos jours, supposé un certain courage. Pour Comenius, la liberté revient à la connaissance des
lois du monde et de l’univers, lois supérieures pour le développement de l’humanité, et à l’obéissance à ces lois, sans
rapport aucun avec celles basées sur la lutte pour l’existence et l’instinct de conservation des sociétés et des individus.
(Son idée, par exemple, qu’il ne faudrait plus se servir ni construire d’armes n’est malheureusement pas prête d’être
entendue...) L’indispensable aspect d'éveil à la vie véritable correspondant à l’éveil d’une conscience supérieure, libre,
originale, en accord avec les valeurs à découvrir au plus profond du cœur et de l’âme, doit faire partie de toute
éducation digne de ce nom. A l’époque de Comenius, ces idées étaient si révolutionnaires que les grands ministres
d’Europe, de Richelieu à Oxenstiern en Suède, s’arrachèrent ses services pour réformer le système éducatif de leur
pays respectif. Dans le “De rerum humanarum emendatione consultatio catholica” (traduction provisoire :
“Consultation universelle pour le redressement des choses humaines”) ainsi que dans la “Via Lucis” il s’adresse aux
érudits, aux hommes de spiritualité et aux hommes de pouvoir, Lumières de l’Europe, hommes éclairés, pieux et
illuminés”, un peu comme Valentin Andreae le fait dans son Appel (Fama Fraternitatis). Le siècle des Lumières
pouvait commencer. Mais l’homme qui avait consacré sa vie à l’avènement de cette période, en fut quasiment écarté à
titre posthume. Ses contemporains, qui ne comprirent pas la puissance et la valeur inouïes de ce travail portent, Samuel
Desmarets en particulier, l'écrasante responsabilité d'avoir orienté l'opinion de Bayle dans une direction complètement
négative. En lisant son dictionnaire historique et critique, les philosophes du XVIIIe siècle sont passés à côté d'un bond
philosophique, pédagogique et spirituel non négligeable. Et pourtant, si ce projet était révolutionnaire, au moins autant
que ceux des Ferrer, des Fresnay et des La Garanderie, il se situait dans la grande tradition hermétique, berceau de la
civilisation européenne. Le dix-neuvième siècle reconnut en l’auteur de ce livre un grand pédagogue. L’humanité
éclairée semble maintenant mûre pour une compréhension plus juste, plus approfondie, de Jan Amos Komensky.
Voyons encore les points clés non encore vraiment accomplis dans l'éducation européenne contemporaine :
L'acquisition de la véritable autonomie et en particulier de l'autonomie de la pensée renouvelée. Platon l'avait
déjà parfaitement expliqué en long et en large, en particulier dans “la République” : un homme véritable possède une
pensée spirituelle qui commande à ses émotions et à ses instincts. Donc les actes (épitumia) et les mouvements du
cœur, (thumos) sont au service du Noûs (penser spirituel). Or, au départ, l'homme “ordinaire”, marche «sur la tête ».
Ses pensées sont dominées par ses émotions, et tous deux sont au service de ses instincts et de son être animal.
La propension à développer, par des moyens agréables et positifs, le goût de la recherche et de l'effort pourrait
être facilitée par l'exploration du champ de vie humain et la compréhension des lois harmoniques à l'arrière plan de
notre “Univers de secours”, ainsi que la tendance au travail sur soi et à la connaissance de soi. En effet l'homme est un
“microcosme”, un résumé de l'Univers. Ici aussi Comenius n'a rien inventé et le fronton de Delphes, dit-on, stipulait
clairement la même chose, en tout cas cette sentence a profondément imprégné le monde grec : “Connais-toi toi-même
et tu connaîtras la Nature et les Dieux”, c'est-à-dire les forces à l'arrière plan de l'Univers. Au niveau du temple
intérieur, les Grecs, soi dit en passant, de même que les Egyptiens, n'ont jamais été polythéistes. Par une pensée
synthétique et imagée, ils amenaient progressivement tous les aspirants mûrs pour cela à la compréhension des
principes spirituels et métaphysiques. La conception solaire présente dans leurs mythes préparait consciemment la
vision christocentrique, dont ils savaient qu'elle suivrait.
Puis, tous les aspects de la maturité psychique, spirituelle et matérielle, que nous ne détaillerons pas ici
Tous ces points constituent aussi pour Comenius des fondements indispensables à une société qui voudrait dépasser le
stade de la horde animale, ce qu'elle n'a pas encore fait, hors les cas d'un nombre proportionnellement très restreint de
nos congénères.
Deux objectifs sont évidents et fondent la recherche pansophique et sa reprise pour notre temps : la maîtrise de soi et la
victoire sur soi, chapitres “incontournables” pour employer la langue de bois audiovisuelle, de toute pédagogie
libératrice, aussi bien pour l'aspirant que pour l'instructeur.
Commentons ici quelque peu la “Prière au Père des Lumières”. Nous pourrons y observer les implications
inimaginables d'une véritable Haute Raison par laquelle ce lutteur, héros de l'expérience intérieure et extérieure vécue
jusque dans ses plus extrêmes conséquences, put en quelques dizaines d'années, abattre pour longtemps des pans entiers
d'une poussiéreuse mentalité scolastique se perpétuant alors encore de façon virulente.
L'orientation de Comenius est bien entendu purement spirituelle, et non religieuse ou mystique. Il s'agit d'emblée du
problème de l'illumination des hommes. Tout homme doit devenir éclairé. Cela implique bien évidemment le
développement d'une haute raison par l'instauration “d'écoles chez tous les peuples, des maisons d'enseignement pour
tous”. Pour l'époque cela était plus que nouveau, l'enseignement restant l'apanage d'un petit nombre de privilégiés.
Pourquoi parlons-nous d'une “haute raison ? ” Laissons tout d’abord la parole à Comenius lui-même, dans la
«Dedicatio» de la «Via Lucis »
“Que les objets de nos investigations soient triples ! Ils ne sont pas différents du monde qui nous entoure, plein de
créatures diverses elles-mêmes pourvues des formes les plus variées. Ce monde est à proprement parler le grand livre
de Dieu, un livre surchargé des caractères les plus divers. Pour les déchiffrer, nous sommes pourvus d’organes, les cinq
sens que comporte notre nature.”
“ Ainsi donc notre monde est la première école où pénètrent ceux qui, en vertu de leur naissance, font partie de l’espèce
humaine. On peut l’appeler l’Ecole de la Nature, soit l’école physique. Pour livres et pour maîtres nous avons le
spectacle, interprété selon les données de la raison, de l’ensemble des créatures conformément à ces paroles :
‘Demande aux quadrupèdes et ils te l’apprendront, aux oiseaux du ciel et ils te renseigneront. (Livre de la Nature
n.d.t..)Parle à la terre et elle te répondra, les poissons des mers te le conteront. Comment ne pas reconnaître la façon de
la main du Seigneur à tous ces témoignages ?’ (Job 12, 7/8). A cette école fait suite une autre école, l’école
métaphysique, différente en tout de la précédente. Ici, livres et maîtres ne sont plus les objets de nos études. Non pas
hors de nous, mais à l’intérieur de nous. De toute évidence, ici seule notre Raison nous guide… ou plutôt l’image
divine imprimée dans notre esprit, dessinée en caractères aussi nombreux que nos idées innées, que nos impulsions, que
nos facultés. Ces dernières ne cessent de nous parler. Elles nous dictent, nous enseignent, nous remuent, nous stimulent,
et agissent en nous ; elles s’adressent aussi bien au savant qu’à l’ignorant, au sage comme au simple, à l’éveillé comme
au dormeur. Elles le font avec rectitude quand elles s’inspirent d’une norme droite, de travers quand on les laisse dévier
par rapport à la norme. Pour nous faire connaître et juger ces réalités métaphysiques, nos sens, les intérieurs comme les
extérieurs, ne peuvent rien pour nous. N’intervient que notre Raison, cette lumière ou cet œil intérieur des âmes.”
Nous pouvons l’exprimer en termes plus contemporains : l'homme doit apprendre et comprendre progressivement tous
les aspects de la réalité et donc de la Raison. Ainsi seulement une véritable autonomie, sur les plans spirituel, psychique
ou matériel, basée sur la conscience de la raison pure et une pensée vraiment libre, pourrait se développer.
Reconnaissons-le humblement : nous en sommes loin ! Et pourtant c’est possible, suivant le postulat de Comenius et de
ses amis. Nous-mêmes posons ici comme principe de base : ces aspects, le spirituel, le psychique, et le matériel, dont
l'humanité ordinaire n'a exploré, compris et vécu, qu'une toute petite partie, peuvent tous être expérimentés, et ils le
sont ou le seront.
Personne ne niera ici l'état général du monde ! Il est, en un certain sens, encore bien pire que celui qui existait du temps
de Comenius. A part quelques progrès “scientifiques”, mais s’agit-il vraiment de progrès, vu l’usage qui en est fait ? De
toutes façons, ils correspondent à une vue parcellaire de la raison et de la connaissance. Ces “progrès” ne sont d'ailleurs
jamais des éléments “de première main”. C'est pourquoi l'introduction de cette “Prière au Père des Lumières” ne
surprendra personne :
“Voici, les ténèbres recouvrent la terre et l'obscurité les peuples.”
Insistons ici sur un point fondamental à nos yeux :

L'erreur, d'après l'étude que nous avons pu en faire, aussi bien sur le terrain que dans les livres de Komensky, se situe
sur le plan pédagogique fondamental. A notre époque, le moment n'est pas loin, si ce n'est déjà fait, où on fixera des
objectifs socio-économiques mondiaux, sans changer en quoi que ce soit la nature humaine, alors qu’elle devrait l’être
de fond en comble. Et l'on parlera de “ paix et d'harmonie”. Or toute “autolibération”, qui implique une “auto-
révolution”, nécessite un travail éducatif en profondeur qui balaye, à plus ou moins brève échéance, sans violence, les
racines du mal : l'égoïsme, la lutte animale pour la vie, et autres fléaux relevant plus de la bête que de l'homme.
Malheureusement, nous trouvons là encore, de façon plus ou moins implicite, les piliers de notre société.
Mais on veut créer une unité artificielle extérieure, sans s'attaquer vraiment à la racine du problème, racine qui pourrait
être arrachée par l'individu lui-même, et par lui seul. C'est la difficulté à laquelle furent confrontés tous ceux qui
voulaient enseigner quelque chose d'essentiel depuis l'Egypte et même bien avant. L'Egypte avait résolu le problème
grâce à son système éducatif relié au temple, cœur de la société entière. L'organisation du temple et de l'accès à “la
sagesse” permettait à l'individu en démontrant ses aptitudes d'être plus ou moins attiré, guidé vers le temple, grâce à la
triple configuration suivante : A partir de la "vie", le candidat était guidé vers le péristyle, puis vers le temple intérieur,
lui -même comprenant deux aspects.
A notre époque, de même qu'à celle de Comenius quoique à un moindre degré, l'homme a en principe tous les éléments
lui permettant de prendre son destin en main. C'est pourquoi les anciennes méthodes n’ont plus cours.
L'objectif de Comenius, comme celui de tout éducateur contemporain au sens où nous l’entendons, se doit d'être
universel. L'illumination, telle que la présente Comenius dans sa prière au Père des Lumières, peut très bien s'expliquer
raisonnablement. Mais ceci à condition d'accepter que notre connaissance de l'homme soit encore parcellaire. Il existe
une raison qui englobe la raison “ordinaire”. Celle-ci est bien souvent orientée sur des principes qui commencent
heureusement à s'effondrer, les principes de rentabilité et d'exploitation entre autres. Non seulement exploitation les uns
des autres, mais encore et surtout, et cela est une conséquence logique de l'inconscience et de la courte vue puérile de
nos pseudo scientifiques, économistes, religieux et autres hommes de pouvoir, exploitation destructrice de notre
planète. Il est évident qu'il ne s'agit pas de retourner à l'âge des cavernes. Comme le dit Comenius, en particulier dans la
Pampaedie, il est urgent de faire en sorte que tous aient les moyens d'agir, de penser et de réaliser dans le sens d'une
véritable révolution intérieure, d'un absolu retournement des valeurs où presque tout sera utilisé, mais avec un
minimum d'intelligence et de prévoyance (à l'exclusion toutefois de l'énergie atomique). Même utilisée pacifiquement
et sans accident, le tripatouillage des atomes à grande échelle déséquilibre déjà à lui seul, de façon très subtile,
l'équilibre de la planète
Comenius en matière de "science", ou autres, se place sur le terrain d'un vivant universel, d'une échelle de la vie allant
de la pierre aux anges et au-delà, en passant par l'homme. C'est pour cela qu'il ne pouvait accepter les conceptions
purement mathématiques de Descartes ou de Copernic. Pour lui, le sens des êtres et des choses prime. La méthode qu'il
introduit pour "rassembler la "vérité partout dispersée" révèle une unité universelle qui se manifeste grâce à trois
principes fondamentaux (la lumière, l'esprit et la matière) et par sept degrés (ou espèces) de substances. On retrouve ces
aspects dans l'enseignement universel. Il s'agit bien là d'une conception dynamique, vivante et en devenir. Elle
s'apparente à la philosophie spirituelle de la nature que l'on peut retrouver chez Paracelse. Cela vit, est, progresse, se
manifeste et vise à l'accomplissement et au perfectionnement harmonieux du tout. Ainsi tout ne s'explique pas par les
oppositions, tout ne se réduit pas à un éternel recommencement, l'univers a un sens, et "le monde est une pure
harmonie" où, du plus inerte à Dieu, il y a possibilité de l'éveil de la conscience et de sa manifestation au service du
tout.
Dans ce contexte, l'éducation est un des piliers fondamentaux du travail de Jan Amos Komensky, mais cette éducation,
nous l'avons vu, englobe largement ce que nous avons l'habitude d'entendre par-là. Dans l’Unique Nécessaire, une
vision globale et synthétique de toute la vie humaine, par son objectif universel, retrouve le sens premier de la
philosophie, quête de la sagesse, et la transcende même par ses aspects métaphysiques.
Cette façon de vivre et d'éduquer aussi bien la jeunesse que l'âge adulte, comme Jan Amos l'avait très bien compris, ne
manquera pas de manifester ses résultats, de façon universelle, car elle induira une vraie compréhension du monde, de
la vie, et c'est là un des points originaux et remarquables de l'activité spirituelle, éducative et politico-philosophique en
ce XVIIe siècle. Il s'agit donc de favoriser l'éclosion de ceux qui guideront les autres, mais aussi de susciter l'autonomie
de la compréhension et de la pensée. C'est là un des points originaux et remarquables de l'activité spirituelle, éducative
et politico-philosophique en ce XVIIe siècle si perturbé, où les armées catholiques soutenues par le pape dévastèrent
toute l'Europe Centrale pour des raisons au fond assez évidentes, mais qui se réduisent toutes à une volonté de pouvoir,
temporel ou pseudo-spirituel.
Cette universalité démontrée par Comenius, le fut aussi par d’autres travailleurs spirituels, tels J.V. Andreae, évoqué
plus haut. Comenius fut non seulement un grand pédagogue, comme tous les chercheurs avertis dans le domaine de
l'éducation se plaisent à le reconnaître aujourd'hui, mais aussi et surtout un immense philosophe et un puissant spirituel.
Dans cette prière au Père des Lumières, les points sur lesquels il insiste, par images et métaphores, sont les suivants : 1.
il s'agit d'illuminer, c’est à dire d'ouvrir les yeux et les oreilles de tout le genre humain, 2. de faire en sorte que le goût
et l'aspiration à la recherche de l'essentiel se généralise de façon universelle, 3. de développer la compréhension du
monde et de la vie et de ce qui se situe à l'arrière plan des choses.

Il faut que la multiplication d'écoles permette d'effacer l'erreur et le tâtonnement et de favoriser l'arrivée à une réelle
maturité, à une réelle autonomie de tous et de toutes :
"Ô Dieu, emplis la terre de ta connaissance, comme la mer est recouverte d'eau ! Fais se lever des hommes qui écrivent
ta volonté dans des livres que tu puisses cependant imprimer toi-même dans le cœur des hommes. Veille à ce que des
écoles s'ouvrent chez tous les peuples, des maisons d'enseignement pour tes enfants ! "
Il s'agit donc de favoriser l'éclosion de ceux qui guideront les autres, mais aussi de susciter l'autonomie de la
compréhension et de la pensée. Nous insistons car c'est là un point capital sur lequel nous reviendrons.
“Edifie toi-même ta propre école dans le cœur des hommes ! Inspire les esprits des sages dans le monde entier”, ce qui
signifie une fois de plus la conjonction de l'autonomie de l'individu et de la formation de sages et de guides. Pour lui
l'éducation, ou l’amendement, l’autorévolution de tous se doit d'être permanente et doit nous permettre de retrouver à
plus ou moins long terme l'état d'homme vrai, à l'image du créateur. Par ailleurs, il montre bien qu'elle n'est plus qu'un
pieux rêve idéal. (Cf. Le Labyrinthe du monde et le Paradis du cœur)
Viser à un rétablissement réellement universel est pour lui une chose essentielle, incontournable :
“Si nous n'y arrivons pas, nos efforts individuels resteront vains”
Par-là même nous comprenons immédiatement que Comenius a une vision à long terme du plan qu'il propose. Il est
avant tout réaliste et n'a rien, contrairement à ce que certains chercheurs ont l'air de croire, d'un doux illuminé utopiste,
Il est donc parfaitement conscient que cette “illumination du genre humain” prendra du temps. Combien, il l'ignore :
Mais tout ce qu'il sait c'est que ce travail doit, par delà les siècles, être entrepris et mené à bien. C'est pourquoi il le
commence et accomplit ce qu'il est en mesure d'accomplir.
Et une puissante force spirituelle prend alors forme, depuis longtemps préparée et s’inscrivant dans la lignée
hermétique du gnosticisme, du manichéisme et du catharisme. Le manichéisme, au IIIe siècle, toucha des millions de
gens, de l’Afrique du nord à la Chine. En moins de 80 ans, il civilisa la population ouïgoure, quasi tribale à l’époque.
Le catharisme, au XIIIe siècle, permit à une civilisation étonnante de voir le jour dans tout le sud de la France,
civilisation où la place de la femme était l’égale de celle de l’homme. Le catharisme essaima dans l'Europe entière.
C’est vers 1616 que parurent les trois textes fondamentaux, manifestes de la Rose-Croix du XVIIe siècle, par Jean
Valentin Andreae (en fait on sait maintenant que les deux grands “inspirateurs” en furent Christophe Besold et Tobias
Hesse). Ces textes cryptés, plein d’allégories, bouleversèrent le monde européen de l’époque : on compte plus de 300
livres écrits en réponse à ces manifestes, ce qui est proprement inimaginable pour un temps où l’édition ne connaissait
pas le développement actuel. Comenius eut très tôt connaissance de ces manifestes de la Rose-Croix, au cours de ses
études en Allemagne, à Herborn et Heidelberg. Connu surtout comme pédagogue, il était de la même trempe que les
auteurs de ces écrits. De la main de J.V. Andreae lui-même, il reçut le flambeau faisant de lui le dirigeant de la
deuxième vague de la Rose-Croix.
Et l’on retrouve, à notre époque, tous les points indiqués au cours de cette brève étude, dans le “Lectorium
Rosicrucianum” ou “Ecole Internationale de la Rose-Croix d’Or”. Ses trois fondateurs, les frères Leene, et Mme Stok-
Huyser, implantèrent cette nouvelle pédagogie de l’âme et de l’esprit dans un occident qui court à sa perte. M. J. Leene
et Mme Stok-huyser, sous le nom de M. Jan van Rijckenborgh et Mme Catharose de Petri, écrivirent une abondante
littérature disponible en français, en librairie ou directement aux Editions du Septénaire (Tantonville 54116), site :
www. septenaire.com
Trois principes de base, énoncés, en particulier dans le livre “Via Lucis”, existent à l’état latent, et/ou très mal
employés, à l'intérieur de chaque homme :
Savoir, Vouloir et Pouvoir. (que nous pourrions actualiser en “Savoir, Oser, Vouloir, Agir”)
Ces trois facultés sont présentes en chacun, plus ou moins actives, conscientes ou efficaces. On peut les voir
aussi comme les normes générales sur lesquelles le savoir peut s'articuler, l'aspiration à la réalisation intérieure et
extérieure, et les capacités générales qui permettront cette réalisation.
Pour Johan Amos Komensky, il est question de ramener à la source ces canaux élémentaires de la sagesse et
de leur donner l'unique orientation positive nécessaire, que chacun de nous pressent intérieurement. Il est impossible,
selon lui, qu'il n'y ait rien dans les hommes qui corresponde à ces racines de la sagesse universelle humaine. Il
développe cette vision de façon concise et magistrale dans “Unum Necessarium (L’Unique Nécessaire)”.
Le système pédagogique psychospirituel exposé en particulier dans la Pampaedie et dans “l’Unique Nécessaire” fait
donc partie d’un plan visionnaire englobant non seulement l’être entier, mais l’humanité entière. Il est conçu comme un
des piliers de la réforme du genre humain. Il l’entreprend vigoureusement, tout en sachant qu’elle prendra bien
longtemps avant de pouvoir être menée à bien à l’échelle de toute l’humanité.
Et nous aimerions terminer cet avant-propos par ces quelques lignes, les dernières de ce livre :
“Heureux vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous. Heureux vous qui avez faim maintenant, car vous serez
rassasiés. Heureux vous qui pleurez maintenant, car vous rirez”, mais par contre, “Malheur à vous, les riches ! Car vous
avez votre consolation. Malheur à vous, qui êtes repus maintenant ! Car vous aurez faim. Malheur à vous qui riez
maintenant ! Car vous connaîtrez le deuil et les larmes” (Luc 6, 20-21 et 24-25). Les apôtres enseignaient la même
chose aux jeunes chrétiens et leur conseillaient de chercher un autre bonheur, une autre richesse, une autre satiété,
inaccessible au monde. L'Apôtre dit : “Par les armes offensives et défensives de la justice, dans l'honneur et
l'ignominie, dans la mauvaise et la bonne réputation ; tenus pour imposteurs et pourtant véridiques ; pour gens obscurs,
nous pourtant si connus ; pour gens qui vont mourir, et nous voilà vivants, pour pauvres, nous qui faisons tant de
riches ; pour gens qui n'ont rien, nous qui possédons tout (2 Cor. 6, 7 à 10).
Que doit faire celui qui a compris ces paroles apparemment pleines de contradictions ? Il doit choisir la bonne part en
lui. Personne ne peut la lui dérober. La somme de ce trésor spirituel peut être résumé en quatre règles :
1. Ne t'encombre pas de choses dont tu n'as pas nécessairement besoin pour ta vie ; contente-toi du minimum qui suffit
à ton aisance et loue Dieu.

2. Si tu ne peux pas avoir d'aisance, contente-toi du nécessaire.

3. Si de cela même tu es privé, tourne-toi vers toi-même.

4. Si cela ne t'est pas non plus possible, abandonne ton corps ; il n’est que Dieu à qui tu doives t’attacher.

Celui qui possède Dieu, peut se passer de tout. Avec Dieu, il possède le Bien le plus élevé et la Vie éternelle pour
l'éternité.

Voici pour la fin, mes souhaits pour tout le monde.”

Christian Fleischl

Unum Necessarium

Au noble prince et seigneur Ruprecht (Robert)


Comte de Palatinat sur le Rhin

Très honoré Prince,

Le monde entier ne peut rien face au conseil donné par Varron à un père de famille avisé ou à cet homme qui faisait son
marché : “N’achète pas ce qui pourrait t’être utile, mais seulement ce dont tu as vraiment besoin”. Le monde entier est
un marché. On y trouve toutes sortes de denrées. On y voit aussi toutes sortes de vendeurs, d’acheteurs ou de badauds ;
mais peu d’entre eux savent faire la différence entre le nécessaire et l’inutile. Sur l’étalage, mélanges et couleurs
bigarrées, du bon et du mauvais, du nécessaire et du superflu, de l’utile et du pernicieux, du précieux et du sans valeur :
tout est offert, vendu et acheté. Le plus étonnant - et c’est bien dommage ! - c’est qu’on y trouve plus souvent l’inutile
que le nécessaire, le nuisible que l’utile, le mauvais que le bon ; on offre, on vend, on achète. De là vient ce dicton :
“Mundus vult decipi”, le monde veut être trompé. Et en fait partout dans le monde ne sont qu’erreurs et illusions.
Même le sage Salomon n’a pas su se préserver des mensonges et des duperies du monde, n’a pas pu échapper au
mirage de ses illusions : il est devenu la victime de l’orgueil et de la vanité, de la folie et de l’amertume.
Je suis un homme d’un grand âge, et j’ai eu récemment l’occasion de réfléchir à tout cela. J’ai décidé de mettre par écrit
quelques-unes de mes pensées. J’espère que mon travail ne sera pas inutile, d’abord pour moi, vieillard au bord de la
tombe : j’essaie ainsi d’alléger mes dernières heures en mettant en relief l’inanité des choses de ce monde ; mais je fais
cela aussi pour d’autres, enferrés dans la superficialité mondaine, mais prêts à écouter une parole ferme.
Même à toi, grand Prince, ceci pourrait être de quelque utilité. Ton sort n’est pas meilleur que celui d’un Samson, d’un
David, d’un Salomon ou d’autres hommes distingués : entraînés dans les courants du monde et les abysses de l’inutile,
ils ne purent s’en extraire et s’en défaire qu’à grand-peine. Ta maison paternelle, ton origine, ton nom, les multiples
chemins de ta vie, école d’expérience, ont fait de toi un homme poussé vers les vertus héroïques. Mais un coureur peut
trébucher sur un obstacle à quelques mètres de l’arrivée, plus vite qu’il ne le croit.
Toi, Ruprecht, rejeton d’une lignée ancienne de rois, non, plutôt d’empereurs ! Rien de commun ou de frivole ne te
sied, toi qui as déjà atteint un certain âge et qui a beaucoup d’expérience ; seules les choses supérieures sont dignes de
tes ancêtres.
C’est celui dont tu portes le nom, Ruprecht, prince électeur de Palatinat, qui fut choisi pour être empereur romain en
1400 et qui gouverna l’Allemagne pendant 10 ans avec beaucoup de sagesse. Lorsqu’il prit le pouvoir, le pays était
déchiré de tout côté par les combats et les guerres, mais il parvint à rétablir la paix et se fit, chez les historiens, le renom
d’un prince sage au grand cœur.
Tel Salomon “celui qui apporte la paix”, son nom lui revenait de droit. Ruprecht, ou plutôt Ruheprecht, est “celui qui
apporte le calme” (Ruhe : calme, tranquillité). Ce nom sied aussi à ton père et à ton grand-père Frédéric. Friedrich est
équivalent à Frieden reich (royaume de la paix) et rappelle les temps de paix sous Salomon. Mais à l’époque de ton
père, la paix ne régnait pas ; c’était l’époque où la guerre lançait son fléau sur la Bohème, sur l’Allemagne, sur
l’Europe. Les événements le poussèrent à différer ses projets en attendant une époque plus propice.
Que les temps de paix, enfin, soient instaurés ! Pensons enfin à les rétablir, après une si longue période d’hiver, après
tant d’ouragans et de mauvais temps ! Ceci serait possible si les chrétiens de tout bord opéraient un revirement
fondamental. Ils pourraient ainsi calmer la colère de Dieu attisée par leurs péchés ; si les princes désarmaient et
pensaient à rétablir la paix, si le peuple était prêt à servir Dieu et ses rois temporels, si tout le monde voulait considérer
la vie non comme une comédie mais comme une pièce sérieuse et ne passait pas son temps à s’occuper de choses
vaines et éphémères, mais de ce qui permet l’élévation de l’âme !
Très honoré Prince, les prophéties que les astrologues ont faites sur le moment de ta naissance et le nom que tu portes,
sont tout à fait favorables. Elles sont encore valables, les chants que les poètes ont écrits en ton nom existent encore. Ils
t’ont tous prédit un avenir heureux. Mais l’art des astrologues et le destin des puissances sont dans la main de Dieu. Il a
fait les cieux et la terre. Il régit tout avec puissance et sagesse dans les limites par lui prescrites.
J’ai pris la liberté de faire paraître, dans cet écrit, ce qui est pour l’homme l’unique nécessaire. Guidé par un solide bon
sens et par la parole divine, il pourra ainsi conduire sa vie éphémère avec sagesse. Lis les écrits d’un vieil homme, cher
Prince, ta jeunesse fougueuse et ses nécessités appartiennent au passé. Dépêche-toi ! Toi aussi, laisse les labyrinthes de
la vie derrière toi, arrête le mouvement continuel du rocher de Sisyphe, change les joies trompeuses de Tantale en des
joies authentiques qui donnent un vrai plaisir.
Moi, je prierai Dieu, en cette année naissante, alors qu’un destin favorable a placé les rênes du pouvoir en tes mains,
pour que l’unique nécessaire soit universellement pris en compte. Alors, en vérité, tu ouvriras le chemin et tu
apporteras la paix au monde chrétien, grâce à ton ardeur pieuse, sensée et héroïque. AMEN !
Avec dévouement et de tout cœur, je souhaite à votre Honneur un vrai bonheur.
J. A. COMENIUS de Moravie
Amsterdam, anno 1668 le 1er mars, dans mon étude.

Avertissement
au
Lecteur
Il nous a semblé préférable, pour l’agrément de la lecture, de placer les cinq premiers chapitres à la fin du
texte.

Les derniers chapitres, VI à X, sont en effet plus dynamiques, de portée plus générale, et d’une actualité
proprement stupéfiante. Les cinq premiers, bien que très moralisateurs, font preuve d’un grand réalisme.

Précisons d’autre part que les notes sont en fin de texte. Pour la majeure partie, elles concernent les citations
bibliques. Nous y avons mis le texte de la version de Raymond Segond, directement en note de fin de livre, quand la
citation de Comenius s’éloignait trop du texte biblique.

CHAPITRE VI

Grâce aux règles chrétiennes, l’homme cultivé et versé dans les sciences peut rendre droit ses propres chemins tortueux
et ceux des écoles. Il apporte ainsi une possibilité de réalisation plus sûre et évite les déceptions.
1. De quoi l'homme a-t-il besoin ? Il doit s’adapter de façon correcte aux choses impersonnelles de ce monde des
apparences, face à Dieu et aux hommes. La première, on l'appelle la philosophie, la deuxième la politique, la troisième
la religion. Sans ces trois, l'homme ne serait pas homme, mais seulement une créature dépourvue de raison, qu’il soit
saturé de richesse, d'honneur et de tous les biens matériels. Un malade n'a que faire d'un lit en or. Une vie brillante n'est
d'aucune utilité à un insensé. “Le sage a ses yeux dans la tête, mais l'insensé marche dans les ténèbres” (Eccl.2, 14). Car
le but de la sagesse et de la culture n'est pas de faire suivre à l'homme, tel un animal, les mouvements de la masse se
dirigeant là où il ne doit pas aller. Il doit voir clairement devant lui sa vie et son destin et s'y conformer de façon
intelligente, tirer les conséquences du passé, et percevoir le présent avec discernement, les yeux tournés vers l'avenir.
2. A-t-on besoin de beaucoup de choses pour allumer cette lumière de la sagesse ? Si les hommes se laissent conduire
par Dieu, seuls la crainte de Dieu, la prière et trois livres seront nécessaires. La crainte de Dieu pour éviter de devenir
téméraire ou négligent, poussé uniquement par la désinvolture ou la simple curiosité. Devenir semblable à Dieu est une
chose sacrée. Chacun doit l'approcher avec respect et humilité. La crainte de Dieu est le début de la sagesse (Prov. 1,
7)1. La fervente prière doit nous le montrer. Nous n’y avons aucun mérite, mais grâce à l'espoir mis dans la miséricorde
de Dieu, nous pourrons accéder aux sources de la Lumière et du Salut. Daniel et Salomon ont agi bien plus sagement
que tous les autres hommes. Ils ont eu accès à la Sagesse grâce à leurs prières, et pas aux autres biens. Elle est promise
à chacun, s’il invoque Dieu pour l'obtenir (Jacques 1, 5)2. La source de toute sagesse, la parole de Dieu venant d’en
haut, s'exprime de triple façon : premièrement, elle est introduite en chaque créature raisonnable, anges et hommes,
comme une lumière de la raison ; deuxièmement, il a apposé son sceau sur toutes les créatures corporelles qui peuplent
le monde ; troisièmement, elle a été proclamée par les envoyés de Dieu et mise en langage prophétique sur son ordre.
Ainsi, il y a aussi trois chemins vers la sagesse. Le premier est le bon sens, doté d'un pouvoir de discernement naturel à
éclairer par la raison ; le deuxième est le monde avec ses créatures à soumettre à l'aide des sens ; le troisième est le livre
de la Bible rempli de mystères dévoilés. Ils peuvent être sondés par la foi. Ces trois livres divins contiennent tout le
savoir nécessaire. Ils sont l'Unique nécessaire pour accéder à la sagesse.
3. L'apprentissage de la sagesse est-il facile ou difficile ? Les deux. Ce serait une vraie joie paradisiaque et une grande
volupté pour notre âme, façonnée à l'image de Dieu, que de tout faire selon les conseils de Dieu. Mais du fait de sa
dégénérescence, tout n'est que labyrinthe, épreuves de Sisyphe et grosses déceptions.
4. Qu'on nous explique cela ! D'après la volonté de Dieu, la philosophie devrait permettre la domination licite de
l'homme sur toute chose du monde des apparences, sur toutes les créatures à lui soumises. Cette domination est possible
grâce à un intérêt bienveillant envers elles, à un gouvernement raisonnable et à une utilisation intelligente. Selon les
lois de la nature, la politique consiste en une cohabitation pacifique des hommes, dans le but d'un soutien mutuel dans
la vie et d'une aide mutuelle par le conseil et l'action. Son fondement est le suivant : faites aux autres ce que vous
voulez que les autres vous fassent. L'essence de la religion est le fait de croire en Dieu lorsqu'il nous révèle sa volonté,
d’obéir à ses commandements, de croire en ses promesses toujours et partout, dans toutes les situations de la vie, sans
hésitation.
5. Cela est-il facile ? Oui, c'était le cas. Mais les hommes ont négligé le jardin de Dieu, ils ont laissé croître les ronces et
les mauvaises herbes. Ils l'ont laissé se transformer en jungle. Le nombre des apparences est tellement grand, le nombre
des opinions, des points de discorde compliqués et des divergences d'opinion conséquentes, est infini ; d'innombrables
livres, apparemment savants, ont été écrits là-dessus et dans plusieurs langues différentes. Mais la confusion augmente
sans cesse ; et combien de différentes méthodes, ajoutant à la difficulté, n'a-t-on pas élaborées pour les transmettre aux
générations futures ! De nombreuses langues, dont les auteurs, voulant paraître savants, se sont évertués à compliquer
les choses à l’infini par rivalité mutuelle. Tous les écrivains ne cessent donc d'errer dans un labyrinthe sans fin,
soulèvent d’énormes rocs et ne peuvent qu’être victimes de cruelles déceptions et opprobres.
6. Mais comment ? Tu prétends : ces choses créées par la main d'artiste de Dieu, c'est-à-dire notre raison, le monde et
sa parole, sont un labyrinthe ? Je dis : oui. Car leur diversité et leur nombre sont immenses : tu peux chercher ici ou là
ou ailleurs un début ou une fin sans jamais les trouver. Les livres sacrés ont un sens si profond et si divers : la raison
humaine ne l'a pas encore sondé et compris jusqu'à aujourd'hui. Peux-tu compter les pensées surgies à leur propos dans
l'esprit des physiciens et des philosophes, des mathématiciens et des historiens, des politiciens et des théologiens ; les
points de discorde quotidiennement à l’ordre du jour et les opinions divergentes issues de ces points de discorde ?
Pourquoi Dieu, dans son infinie sagesse, a-t-il livré ces trésors à l'investigation de la pensée ? Uniquement dans le but
d'égarer l'esprit de l'homme et de le faire chercher vainement ? Non, mais afin de percevoir plus clairement la
différence entre lui, créature, et le créateur.
7. Si tel est le but, les réflexions sur ce sujet peuvent-elles être préjudiciables ? Il n'en serait pas ainsi si les hommes
étaient humbles et s'ils apprenaient à être de simples élèves de l'éternelle sagesse. Mais la majorité d'entre eux agit de
façon écervelée ; ils n'aiment que trop leur orgueil. Ils sont en adoration devant leurs petites étincelles d'esprit comme
devant un soleil. Ils attendent des autres le même comportement. C’est là l'origine de toutes les oppositions et disputes
nommées avec orgueil “divergences d'opinions entre gens lettrés”. Ils en ont tellement saturé le monde ! Interminables
sont les hostilités et les labyrinthes !
8. Mais nous avons des livres dans lesquels sont rassemblés les trésors des pensées justes ? N'apportent-ils pas une aide
pour connaître la sagesse ? Oui, ils devraient préserver de toute déviance et montrer à l'homme, si facilement imbu de
sa propre sagesse, le vrai chemin. Mais ces livres dans leur état actuel ne sont en fait qu'un labyrinthe de plus pour qui
s'y plonge sans guide. Leur nombre est bien trop grand et une vie ne suffirait pas pour n'en lire qu'un millième. La
matière en est bien trop dense pour qu'il soit possible à un cerveau humain d’en venir à bout sans être pris de vertige.
Bien des livres n’ont qu’une fonction décorative. Sans grande utilité ils sèment la confusion, n'apportent pas vraiment
la clarté. Ils sont en fait très dangereux. Ceci explique le nombre impressionnant de soi-disant savants et d'érudits
cinglés, mais aussi la rareté des vrais savants et des sages. Car “Dieu anéantit la sagesse des sages et il rejette la raison
des insensés” (1 Cor. 1, 19)3. Si tu vois un gros livre ou mieux encore, une vaste bibliothèque, éprouve de la
compassion pour les humains plongés dans la détresse. Ils se torturent l'esprit avec maints labyrinthes et n'en
éprouveront finalement que de la honte. Les friandises attirent le gourmand pour finalement le décevoir avec la nausée,
la maladie et une mort prématurée ; les tentations de la connaissance dans les nombreux et divers livres n'apportent à
l'esprit qu'une satiété dangereuse, recèlent la frustration, la maladie et le dépérissement. Les plus sensés commencent
déjà à s'inquiéter : si personne ne peut arrêter ce déluge immense et toujours grandissant de livres, il est à craindre que
les hommes ne lisent plus rien. Ils ne croiront plus en rien et l'athéisme et le manque de foi recouvriront tout. On en voit
déjà les prémisses ici ou là, surtout chez les peuples qui se croient très évolués.
9. Alors, quel est le conseil que tu peux donner pour que la lecture des livres ne devienne pas un labyrinthe ? Tiens-toi
à un livre unique et indispensable et ne te laisse pas persuader de perdre ton temps avec des livres inutiles. Ne lis pas
beaucoup de livres, mais de bons livres. Choisis un livre classique sur un sujet donné, celui qui t’apportera une vérité
objective. Et tiens-t’en à celui-ci. Lis-le avec attention, prends des notes sur les choses essentielles et ne te laisse pas
frustrer par l'écrivain. Ne lui accorde pas trop d’importance. Ensuite, relis les extraits encore et encore, que ta mémoire
s'en imprègne et tente de faire une application pratique de ta lecture. Ainsi la plupart des bons écrivains peuvent entrer
dans ta chair et ton sang. Ainsi tu te nourriras de la moelle de la sagesse. Tu ne l'auras plus seulement dans tes notes
mais surtout dans ton cœur et dans ta tête. Si les écoles voulaient bien utiliser cette méthode, elles n'épargneraient pas
seulement à la jeunesse, mais aussi à l'église, à l'Etat et au monde de faire de nombreuses erreurs et d'emprunter les
voies détournées de l’illusion.
10. Tu oses demander si peu pour une affaire aussi importante ? Oui, j'ose en me référant à Christ qui disait : qui me
suit ne marchera pas dans les ténèbres mais aura la Lumière de la Vie (Jean 8, 12), au cas où il déciderait de suivre ce
guide et cette lumière (c'est-à-dire lorsqu'il accepte de mettre de côté les livres écrits par les hommes et qu'il cherche
l'illumination dans les seuls livres de Dieu). C'est le bon choix qu'a fait Marie, lorsqu’elle s'est assise aux pieds de Jésus
pour écouter sa parole en oubliant tout le reste autour d’elle.
11. La Bible elle-même n'est-elle pas un labyrinthe pour l'esprit humain, avec ses passages mystérieux et inexplicables,
avec son sens profond ? Voilà ce qu'éprouve le débutant. Mais en réalité les difficultés sont moins grandes qu'elles n'y
paraissent. Un si parfait maître d'œuvre ne pouvait vouloir comme terrain d’évolution pour sa sagesse (le monde,
l'esprit humain, sa parole) qu'un endroit où règne la parfaite symétrie. Comme toute erreur est exclue dans la perfection,
les humbles et attentifs élèves de Dieu n'en trouveront pas non plus. Même si dans notre humaine imperfection nous
nous égarons de temps en temps, cela se produira moins souvent que pour ceux qui suivent d'autres maîtres si nous
nous laissons guider par Dieu. Il conduit sur les chemins de la sagesse et guide les sages (Sagesse 7, 15)4. Et nous ne
manquons pas de conseils avisés de Dieu en ce qui concerne notre compréhension de sa sagesse, du livre de la création,
de l'esprit et de la Bible.
12. Quels sont ces conseils avisés ? En tout premier les trois suivants : 1. Cherche ce que tu cherches à la bonne place,
ce qui te concerne en toi, ce qui concerne le monde dans le monde, et ce qui concerne Dieu en Dieu. 2. Fais tes
recherches avec les outils appropriés : utilise pour le monde la lumière de la raison, pour l'esprit la lumière du
discernement, pour Dieu la lumière de la foi. Car le monde matériel est sous la domination de la raison, des sens ; le
discernement régit le monde de l'esprit et la foi est l'essence de la révélation. 3. Apporte toute chose en égale harmonie
afin d’éviter les dissonances entre les pensées, les paroles et les actes divins d'une part et nos sens, notre raison et notre
foi d'autre part. Alors seulement la lumière et la vérité peuvent devenir permanentes pour l'honneur de Dieu et pour
notre salut.
13. Maintenant, explique-toi plus clairement pour que notre traversée de la création ne se transforme pas en labyrinthe
mais devienne un jardin des joies et des délices. Tiens compte de la richesse de la création et de chaque détail en
particulier. Considère d'abord ceux dont les caractéristiques sont l'être même, comme par exemple les quatre éléments
et les choses qui en sont issues, les météores, les métaux, les pierres. Considère ensuite ceux qui ont une vie propre, qui
naissent, végètent et meurent comme les arbres et les plantes ; puis les créatures qui ont du mouvement et des émotions,
comme les diverses espèces animales et finalement les créatures faites à l'image de Dieu pouvant accéder à la
connaissance, tels les hommes et les anges. On pourrait aussi ranger les créatures corporelles d'après le nombre de leurs
sens, d'après leur vue, leur ouïe, leur odorat, leur goût et leur toucher, les mettre dans cinq catégories et les étudier selon
leur constitution.
14. Mais l'esprit humain n'est-il pas aussi un chaos et un labyrinthe ? Ce n'est pas le cas s'il se contient dans ses limites.
Que veut-on dire par limites ? Ce sont les connaissances des nombres, mesures et poids qui lui sont donnés par Dieu.
Car Dieu ayant fait toute chose avec mesure, pesée et calcul (Sagesse 11, 12)5, il en a fait de même avec l'esprit humain
pour qu'il mesure, pèse et calcule toute chose qui l'entoure. Pour cela, il l'a doté de trois dons différents : 1. Il a donné
certaines connaissances innées qui étayent son pouvoir de connaissance, 2. Certains instincts cachés qui lui permettent
de choisir entre le bien et le mal, 3. Certains organes et compétences pour rechercher le bien et pour éviter et rejeter le
mal. Ces trois qui englobent tout le pouvoir de discernement, de la volonté et du pouvoir d'action de l'homme - tout
homme les possède en lui - sont aussi appelés plus généralement les connaissances, les instincts et les compétences
humaines. Si on pouvait les classer d'une certaine façon, chose non encore faite jusqu'à présent, on n'obtiendrait pas un
labyrinthe inextricable mais un champ bien ordonné ou un jardin des délices, donnant plus de joie que ne peut le faire le
vaste monde.
15. Mais ne peut-on accéder d'une certaine façon à une compréhension agréable et dynamisante de la parole de Dieu, de
la Bible ? Oui, cela est possible si tu as cette ferme conviction : ce livre est la lettre adressée par Dieu à l'humanité, dans
laquelle il tente de la soustraire à l'inanité des choses temporelles et la convie à entrer dans sa félicité éternelle. Tu dois
de plus en être convaincu : Dieu y a mis sa révélation pour l'homme, il lui demande obéissance et lui promet plus que
ce monde ; enfin, l'étude de ce livre est totalement différente de celle de tous les autres livres des hommes.
16. Celui qui lit la Bible doit être convaincu que ce livre, donné à nous, les chassés du paradis, est une grandiose mise
en garde de Dieu sur notre folie de l’avoir abandonné, lui notre source de Vie, et le malheur dans lequel nous nous
sommes nous-mêmes précipités. Et une démonstration de la miséricorde par lui accordée aux repentants. Ainsi, la Bible
est un livre de grande nécessité comme il n'en existe aucun autre au monde, il nous évite la descente aux enfers et nous
permet d'accéder à la Vie éternelle et au salut.
17. Pour comprendre l'essence même de ce livre, distinguons les révélations, les commandements et les promesses.
L’équivalent humain en serait la foi, l'obéissance et l’espérance. Il nous est révélé ce qu’aucun œil n’a vu, ce qu’aucune
oreille n’a entendu, ce qui n'est point monté au cœur de l'homme (2 Cor. 2, 9-10), et ce que ni discernement ni raison
humaine n'ont découvert si Dieu lui-même ne l'a pas révélé (comme par exemple ce qui précéda la création, ce qui
suivra ce monde, ce qui se passe hors de ce monde, ce qu'il y a dans le cœur de Dieu et la pensée divine à notre propos).
Ce que Dieu révèle aux croyants, par son esprit, nous l'appréhendons avec la foi, plus solide que toute expérience car de
nature divine (Hébr. 11, 1)6. Les commandements des Saintes Ecritures sont si grandioses que l'homme n'a pas la force
nécessaire pour les accomplir sans l'aide du Saint-Esprit. La renaissance est indispensable. Nous devons devenir des
hommes nouveaux, avec un pouvoir mental tourné vers le divin, des êtres vraiment à l'image de Dieu. Mais ceci n'est
possible que si nous soumettons humblement notre être entier à la volonté miséricordieuse de Dieu. Et surtout ! Ce
qu'aucun homme, aucun ange, aucun monde ne peut nous promettre, l'Ecriture Sainte nous le promet : la Vie éternelle
avec tout son cortège de joies, à la source même de toute félicité, Dieu qui est le prix de la course pour ceux qui ont
purifié leur cœur et se sont tournés vers lui (Gen. 15, 1)7. Ce qui reste inaccessible à tout espoir humain, les croyants y
parviennent avec l'espoir divin. C'est qu'ils sont cent fois prêts à renoncer à tous les sens, à tous les schémas mentaux de
la raison, oui, à toute la vie terrestre avec tout ce qu'elle offre, pour ne plus tendre que vers l'éternel et l'intemporel.
L'Apôtre en témoigne lorsqu'il loue les actes de foi des Saints d'autrefois (Hébr. 1)8.
18. Si quelqu'un veut puiser la lumière et la vérité divines de ce saint livre, et surtout la force surnaturelle de la foi, de
l'amour et de l'espérance, il doit d’abord l'étudier plus que tout autre livre des hommes. Deuxièmement, il doit entamer
son étude avec grande prudence et en troisième lieu ne pas se contenter de la théorie mais agir.
19. La Bible requiert une étude approfondie parce qu'elle recèle les trésors les plus grands, des trésors d'illumination, de
vérité et de salut. Mais seul celui qui demande, cherche et frappe les obtiendra (Mt. 7, 7)9. “Que le livre de cette Loi
soit toujours sur tes lèvres : médite-le jour et nuit afin de veiller à agir selon tout ce qui y est écrit. C'est alors que tu
seras heureux dans tes entreprises et réussiras” (Jos. 1, 8)10. “.mais se plaît dans la loi de Yahvé, mais murmure sa loi
jour et nuit” (Ps. 1, 2)11, et plus loin : “Que j'aime ta loi ! Tout le jour je la médite et plus que tous mes maîtres j'ai la
finesse, ton témoignage je le médite. Plus que les anciens j'ai l'intelligence, tous tes préceptes, je les garde” (Ps. 11912,
9713, 9814, 10015).
20. Il faut redoubler de prudence lorsqu'on étudie la Bible. Lumière et ténèbres y sont présentes toutes deux, on y
trouve des exemples de sagesse et de folie, de vérité et de mensonge, de fidélité et d'infidélité, d'amour et de haine,
d'espoir et de détresse. Il en est ainsi de ce paradis spirituel : il n'y a pas seulement un arbre de la Vie, mais aussi un
arbre de la connaissance du bien et du mal aux fruits mortels. L'arbre de Vie est représenté par les révélations, les
commandements et les promesses avec l'exemple des saintes personnes ayant vécu d'après ces préceptes ; l'arbre de la
connaissance du bien et du mal est représenté par les mystères, les interdits et les menaces avec pour exemple les
personnes qui ont mené une vie impie et déraisonnable et ne connaissent ni peur ni prudence. Celui donc qui se décide
à entrer dans le paradis biblique, prend la ferme résolution de rester sous l'arbre de Vie et d'éviter l'arbre de la
connaissance du bien et du mal, c'est-à-dire qu'il entreprend l'étude de la Bible non pas pour être plus savant, mais pour
être plus saint. Qui ne se tient pas à cette résolution, tombera rapidement et facilement dans les ornières. Mais qui
aspire à devenir meilleur, trouvera le chemin de la Vie. Il lui sera accordé par surcroît la Vie même et ce qui lui
semblait impossible, plus tôt même qu'à ceux qui ne cherchent que par curiosité à comprendre les mystères de Dieu.
Chaque lecteur de la Bible doit connaître cette méthode pratique. Je voudrais l'expliquer encore un peu plus.
21. La Bible est un livre tout à fait pratique, dans lequel Dieu utilise sa justice contre ses créatures rebelles. Il y décrit la
justice de son tribunal dans beaucoup d'exemples et de toutes les façons. Il montre aux hommes ce qu'ils doivent savoir
et leur ordonne de faire ce qu'ils ont à faire. Il promet aux obéissants ce qu'ils sont en droit d'attendre, il bénit les pieux
mais il fait sentir sa juste dureté aux incroyants. Si tu veux bien connaître tout ce processus divin concernant les
hommes et leur tentateur, Satan, et si tu veux éviter ton malheur, prête attention à ce qui suit : une chose doit être claire,
la situation de l'homme d'aujourd'hui n'est pas différente de celle d'autrefois, chacun, suivant le conseil insondable de
Dieu, a le choix entre les hauteurs et les profondeurs, entre la justice et le péché, entre la vie et la mort. Celui qui
vaincra recevra la couronne de la vie éternelle, mais celui qui succombe n'aura que malédiction et perdition, comme le
dit Esdras. En deuxième lieu, sache que Satan est le même aujourd'hui qu'hier, il est notre ennemi et nous envie pour
notre salut, il tente continuellement de ruser avec nous de mille façons et personne n'est sûr de lui. Pense au fait que
Dieu se préoccupe sans arrêt de nous et de Satan et du combat que nous lui livrons, qu'il ne nous abandonne pas si les
hommes ne l'abandonnent pas. Les Saintes Ecritures montrent maints exemples. Elles mettent à nu les nombreuses
ruses de Satan avec lesquelles il essaie de détourner les hommes, mais elles montrent aussi les nombreux aides et
conseils que Dieu nous donne pour nous venir en aide. Il utilise tantôt les mots doux et les enseignements salvateurs,
tantôt les réprimandes et les menaces, tantôt les signes et les miracles, tantôt les corrections et les coups ; et tout ce que
Dieu a donné aux hommes au fil des temps - tout ceci est contenu dans les Saintes Ecritures.
Tu ne t’étonneras donc pas, si tu as en toi deux germes, comme d'ailleurs tout le monde, un germe de la bonté
provenant de Dieu, dispensateur de toutes les bonnes vertus, et un germe du mal venant du méchant semeur, le diable.
Comme chaque homme est un monde en soi, avec son ciel et sa terre, son eau et son feu, sa matière et son esprit, sa
lumière et ses ténèbres, son mouvement et son absence de mouvement, ainsi dans chaque individu se reflète l'histoire
de l'humanité écrite par Dieu. Chacun a son Dieu et son diable, son paradis et son enfer, son arbre de Vie et son arbre
de mort, ses tentatives et ses combats, ses victoires et ses échecs, son Caïn et son Abel, en bref, le germe de la femme et
le germe du serpent dans le sens où l'un doit réussir à dominer l'autre.
22. Si un Chrétien lit souvent la Sainte Bible, il lui sera utile de ne pas la considérer comme un livre ordinaire qui ne le
concerne pas. Il y retrouvera, comme dans un miroir, les situations de sa vie. Il doit toujours essayer d’imaginer être
dans la situation décrite, qu'il ait ou non été pieux ; qu'il s'applique toujours à lui-même les paroles et les actes dont il
est question. Car Dieu a une vue d'ensemble de tous les siècles pour l'éternité et il connaît tout ce qui se passe ; il est
toujours le même Dieu intemporel. Il dit la même chose à l’un qu’à l’autre dans la même situation et il lui applique les
mêmes préceptes, d'après les critères de son éternelle justice. Il rend le bien pour le bien et le mal pour le mal. Tu peux
en faire l'expérience, cher Chrétien, si tu ne l'as pas encore fait. Commence par lire ta Bible, tente tout ce qui est en ton
pouvoir pour faire ce qui plaît à Dieu et détourne-toi avec horreur de ce qui lui déplaît. Alors tu seras conduit de
lumière en lumière, de vertu en vertu, vers le Dieu juste de Sion (Ps. 84, 8)16.
23. Mais tu ne dois pas désespérer si d'emblée tu ne récoltes pas les bons fruits en employant cette méthode. Tout doit
se faire par étapes, aucun maître n'est jamais tombé du ciel. Comme nos écoles sont raisonnablement divisées en
classes, nous pouvons dire que cette haute école de la sagesse de Dieu est aussi divisée en classes. Son but n'est autre
que celui des apôtres, c'est-à-dire d'enseigner à chaque homme toute sagesse et de le rendre parfait dans le Christ (Col.
1, 28)17. Son livre d'enseignement est le livre de Dieu, la Bible. Mais il faut trois choses pour arriver à ce but : 1. La
connaissance de toute l'histoire sainte ; 2. La véritable compréhension de tout ce qui touche la foi, l'amour et l'espérance
; 3. Le revirement pour devenir un homme nouveau à l'image de Dieu en parfaite justice et sainteté (Eph. 4, 24 18 ; Col.
3, 20 19 ; Cor. 2, 7- 8 20 ). La première étape peut être comparée au recrutement des Chrétiens, la deuxième au champ
de bataille et la troisième à la victoire et au triomphe. Ou, pour prendre une image de l'Ancien Testament : sur la
première marche les Chrétiens sont comme les Lévites qui servent dans le parvis du temple, sur la deuxième ils sont les
prêtres qui exercent leur ministère dans le Saint, sur la troisième, ils sont Christ même, ils ont pris la forme de Christ en
perfection et, tel un grand-prêtre drapé dans sa dignité, ils sont prêts à entrer dans le Saint des Saints, au ciel.
24. La Bible est donc pour les Chrétiens le seul et unique nécessaire ? Oui, certainement, si nous cherchons, comme
Dieu le veut, la sagesse, assis aux pieds de Christ comme Marie. Il est vrai que les Saintes Ecritures sont le trône de la
sagesse. Mais les deux autres livres qui l'accompagnent ne sont pas inutiles, à savoir le livre du monde et celui de
l'esprit humain. Ils ont pour fonction de lui préparer le chemin et de nous enseigner les besoins extérieurs de la vie pour
que nous n'agissions pas de façon insensée dans ce monde si nous voulons atteindre l'éternité. Raymond de Sebond a
montré dans sa Théologie naturelle comment ces deux autres livres peuvent nous conduire sur la marche la plus haute
et la plus mystérieuse de la sagesse. Il nous en a laissé une preuve éclatante. Il divise toute la création en quatre parties,
une partie selon son essence, une autre selon sa vie végétative, une troisième selon son pouvoir de sensation et la
dernière selon son pouvoir de connaissance et il explique ainsi tout ce qui concerne la connaissance de Dieu et le salut
des hommes, d'une façon si convaincante qu'on ne saurait le contredire. Son œuvre complète comporte 330 chapitres et
a été éditée à Venise, Lyon et Francfort. Cependant, à cause de sa densité, de ses nombreuses répétitions et du style un
peu rude et barbare de l'auteur, cette œuvre est peu lue, ce qui est dommage. C'est pour cette raison que je l'ai fait éditer
récemment en forme abrégée et allégée à Amsterdam. Mais même sous cette forme, c'est une marchandise sans
acquéreur. Car le monde ne fait pas la différence entre les perles et les déchets et préfère se perdre dans ses labyrinthes
au lieu de chercher le fi1 d'Ariane qui pourrait l'en sortir.
25. Un désir languissant et gonflé d'espoir de toujours plus de lumière m'amène à parler d'un autre court extrait des
livres de Dieu. J’ai déjà commencé à travailler sur cette œuvre qui a pour titre “Pansophia Christiana” (La sagesse
chrétienne universelle) dans laquelle j'ai répertorié tout ce qui est nécessaire à l'homme. Si le cœur est animé d'un désir
sincère pour les choses de cette vie ou de la vie future, elle devra montrer les moyens et les applications possibles pour
trouver le vrai chemin et atteindre sûrement le but. Cette œuvre, si je peux la terminer, ne sera pas seulement utile aux
savants dans les écoles, mais à tous les hommes, car elle donne le fil d'Ariane pour quitter le labyrinthe de ce monde.
Malheureusement, cette entreprise a déjà été vilipendée par certains. Ils n'y voient qu'une sottise et pensent qu'elle est
irréalisable. Rares sont les intéressés et ceux qui m'ont encouragé à continuer. Cependant, je ne peux compter sur
aucune aide, bien que les connaisseurs disent que ce travail dépasse de loin les forces d'un seul homme.
26. Quel est le conseil que donne la règle christique aux écoles ? Si elles se décident à accepter cette règle, elles doivent
avoir pour seul maître Christ et rejeter tous les autres guides, surtout ceux qui font partie de la masse des païens
aveuglés. Le livre principal de leur bibliothèque sera la Bible et les autres livres, écrits de main d'homme, doivent être
choisis avec grand soin et ne peuvent entrer en ligne de compte que s'ils sont en accord avec la sagesse divine. Et la
seule méthode qu'elles devront préconiser, c'est la méthode christique. Elle est la seule juste, car elle recherche la vérité
et non pas l'aspect extérieur et ce qui fait illusion, elle renverse de leur trône ceux qui disent “moi, moi Seigneur”, mais
qui ne font rien.
27. Et même si les universités gardent leur ancienne répartition en quatre facultés (philosophie, médecine, droit et
théologie), il serait bon que partout puisse exercer un professeur de la nécessité ou de l'unique nécessaire. Il pourrait
faire des cours publics et donner des conférences sur toutes ces choses dont nous pourrions nous passer pour notre plus
grand bien. Il faudrait aussi en même temps un professeur des discours laconiques qui enseignerait aux jeunes gens
qu'il vaut mieux faire beaucoup que parler beaucoup et qui les dégoûterait du parler creux à la façon des asiatiques.
Ceci est aussi une partie de la sagesse divine de Christ, à savoir, de connaître beaucoup de choses et cependant de
savoir se taire et de ne dire que l'essentiel dans son rapport avec Dieu et les hommes (Mt. 6, 7)21. Car un jugement
sévère sera prononcé par le juge des vivants et des morts à propos de chaque parole inutile (Mt. 12, 36)22.
CHAPITRE VII

Les hommes d'Etat peuvent adapter les règles de la société aux préceptes christiques, de telle sorte que toutes les
relations au sein de la famille, de la communauté et du domaine public se passent dans la plus grande tranquillité.

Quelle est la condition nécessaire à l'état de paix et de tranquillité dans un pays ? C'est un état d'esprit commun à tous
les membres de la société, c’est ce qui constitue la communauté. Si les opinions sont divergentes, si les projets ne sont
pas communs, s'il y a différentes décisions et entreprises, l'unité est brisée. “Tout royaume divisé contre lui-même court
à la ruine” (Mt. 12, 25)23. Il doit nécessairement s'écrouler comme la maison vacillante sur ses fondations, dont les
murs s'effritent et qui perd ses tuiles.
2. Que peut-on faire pour garder l'unité ? Il faut un ordre certain pour les personnes et les actions. Les uns doivent
gouverner, les autres doivent obéir et chacun doit connaître sa place, connaître son devoir et l’appliquer en temps
voulu. Tout ceci doit se faire librement, sans se forcer et avec bon sens, sans ruse et sans tromperie. Car la nature
humaine veut être gouvernée de façon humaine, elle préfère être conduite et non tirée, elle préfère être persuadée et non
forcée. Elle est, à l'image de Dieu, douée de raison et libre et dotée du libre-arbitre. L'art de gouverner réside dans la
sagesse et non dans la violence, dans l'intelligence et non dans la ruse. La nature de l'homme n'est pas plus mauvaise
que celle de l'animal. Aucun taureau, aucun chien, aucun chat, aucun animal ne supporte d'être traité cruellement.
Enervé, il frappe, mord, donne des coups ou se sauve si possible. Un noble cheval portera volontiers un bon cavalier,
mais il jettera à terre le maladroit. Nombreux sont ceux qui ont fait cette expérience, tel Alexandre avec son royaume.
Pour arriver à une parfaite unité il faut donc comme base ou une égalité fondée sur la liberté ou alors un gouvernement
où l’obéissance est librement consentie. La liberté est l'étoile qui nous guide dans toutes nos actions, elle est la dot de la
nature humaine, le sceau de l'image divine en nous.
3. Mais que veut dire la liberté en général ? Ne se transforme-t-elle pas rapidement en effronterie et anarchie pour
conduire finalement à une confusion générale ? Il y a toujours abus, même des bonnes choses. Il ne faut pas pour cela
tout rejeter. Un mauvais usage de la liberté doit être évité par des lois et la répression doit être utilisée pour chaque
écart. Les gardiens de la loi sont les administrateurs qui, nantis de respect et de pouvoir, récompensent les bons et
punissent les méchants. On peut ainsi facilement obtenir de l'ordre et de la sécurité si chacun vit de façon honorable et
ordonnée, si personne ne fait du tort à l'autre et si chacun est respecté dans ses droits.
4. Comment se fait-il alors qu'une telle confusion règne dans les relations humaines ? On néglige l'Unique Nécessaire et
on laisse une large place à l’inutile ; on tolère une quantité incroyable de dirigeants, de lois, de gens qui expliquent les
lois. Ils les faussent simplement et les obombrent par des choses extérieures, enseignant le mépris et le détournement
des lois - cela s’appelle la raison d'Etat - Ils attisent la jalousie parmi les gouvernants pour finalement appeler à la
guerre et la faire.
5. Depuis la nuit des temps, on le sait, la multiplicité des dirigeants est une calamité pour leur pays. Car “le mal vient
de la pluralité des gouvernants, un seul doit être roi”. Les anciens connaissaient cet adage : la décadence d'un royaume
est due au fait qu'il y a trop de gouvernants. Si beaucoup doivent s'occuper des affaires d'un Etat ou d'un royaume,
bientôt leurs opinions et leurs décisions divergeront - autant de têtes, autant d'intentions - et des partis se formeront.
Chacun cherchera uniquement son intérêt et tentera de tirer le plus de monde à lui. Mais chaque être vivant, même s'il
possède de nombreux sens, n'a qu'une seule âme. Même si dans les républiques libres, le bien et la sécurité de l'Etat
sont confiés à plusieurs personnes, elles sont cependant toutes sous l'unité d'une même loi. Elles sont liées et ainsi le
Sénat forme une seule âme sous la coupe d'un seul président. Si la discorde surgit, le moyen extrême pour rétablir
l'unité, est de donner tous les pouvoirs à un seul homme de grand mérite, comme on le faisait dans la Rome antique ;
cette mesure a toujours eu, dans ces cas-là, des conséquences bénéfiques. Ainsi on voit ici aussi la justesse de la règle
christique : l'unité fait nécessité.
6. Mais on peut se demander si c'est une bonne chose que toutes les actions des hommes soient circonscrites par une
série de lois et qu'ils soient empêchés de les outrepasser. L'Apôtre ne dit-il pas “... tandis qu'en l'absence de loi il n'y a
pas non plus de transgression” (Rom. 4, 15)24. On peut donc dire : là où il y a beaucoup de lois, il y a beaucoup de
transgressions. Le fruit défendu est tentateur et la parole de ce juriste est vraie : “ Les mauvaises mœurs produisent de
bonnes lois ”. Mais il est vrai aussi que plus les lois sont nombreuses, plus la mémoire faiblit et plus l'outrecuidance
apparaît. Nous en avons un triste exemple avec le peuple juif. Dieu lui a donné, avant tous les autres peuples, de bonnes
lois. Pourtant il vit tellement dans le péché, qu'il en est méprisable. Nous les chrétiens, nous avons le Corpus Juris
Civilis de l'empereur romain. Il comporte six cents fois plus de lois que la loi de Moïse et nous avons en plus le droit
canon des papes romains. Il en fait encore le double ! Et tout ceci permet-il l'amélioration des mœurs ? Chez aucun
autre peuple les abominations ne sont aussi énormes ! Comment peut-on alors interpeller le monde et lui dire : seul
l’unique est nécessaire ! Et de quoi s’agit-il ? Des dix commandements, base de tous les préceptes de Dieu. Si
seulement les juristes voulaient enseigner le décalogue de façon concrète et les chrétiens en faire une utilisation
pratique ! Maints labyrinthes nous seraient épargnés ! Et si en plus nous voulions faire nôtres les dix commandements,
où, comme Christ nous l'a enseigné, un seul, c'est-à-dire aimer Dieu et son prochain, il ne serait bientôt plus nécessaire
de donner des lois aux justes (1 Tim. 1, 9)25. Qui craint Dieu et aime son prochain n'a pas besoin de lois. La conscience
seule suffirait pour lui enseigner tout ce qui plaît aux hommes et agrée à Dieu.
7. Que doit-on dire des juristes qui expliquent le droit ? Diminuent-ils ou augmentent-ils les difficultés avec leurs
recherches ? Ils les diminuent, paraît-il. Mais les faits prouvent le contraire. Combien de centaines et de milliers de
volumes ont été écrits, combien de savants n'ont pas été cités dans chaque volume. Veut-on y comprendre quelque
chose, on avance comme dans une jungle épaisse dans un enchevêtrement de plantes. Si seulement les philosophes, les
médecins et les théologiens n'avaient jamais suivi le mauvais exemple de retarder le lecteur dans sa lecture, en lui
faisant faire d'innombrables détours. Aujourd'hui, rares sont les livres non pourvus d'une énorme bibliographie, sans
autre utilité que de montrer l’abondante culture de l’auteur. De même un thérapeute, se vantant de belles paroles et en
définitive mauvais médecin, promet lui aussi la lumière tout en n'apportant que ténèbres. Un homme de notre époque a
remarqué très justement : “La vie est courte, mais l'art dure longtemps. Nous ne pouvons nous l'approprier que sous
forme abrégée. Qui écrit de gros volumes cependant, ne le donne pas sous forme abrégée”. Il ne donne pas pour preuve
de ses affirmations la vérité simple et accessible, mais une quantité de connaissances péniblement rassemblées et
souvent tirées par les cheveux.
8. Le labyrinthe du droit est rendu encore plus compliqué par les tribunaux et les procès. Les avocats les font durer avec
maintes ruses et subterfuges. Déjà St Bernard se plaignait : les hommes ne vivent plus selon la loi du Christ, mais selon
leurs propres lois laïques héritées des païens. Il en donne la raison suivante : les chrétiens ne se sentent plus capables de
vivre selon la loi divine à cause de leur dégénérescence. Le Christ a pourtant fait de la seule conscience un tribunal
intérieur édictant la justice du cœur au même titre que celle de l'Eglise. “Oh ! Comme nous serions bienheureux si nous
n'avions pas besoin d'autres tribunaux,” dit-il. “Personne n'aurait besoin de s'embarrasser d'avocats et de témoins si l’on
avait mauvaise conscience.” Ainsi parle St Bernard, le théologien, dans son œuvre De Consideratione. Un procès
chrétien normal, d’après certains juristes, n'a en fait rien de très chrétien. Ainsi Nicolas VIGELIUS a prouvé dans
l'introduction de son petit livre sur le droit paru en 1579, que la science juridique actuelle a causé de grands dommages
à l'honneur de Dieu et au bien-être général. Il montre dans le même livre comment on peut rendre justice facilement,
véritablement, en conciliant tous les partis en présence. A la fin, il adresse une prière aux gouvernants, se pose des
questions quant à la déchéance de notre système juridique et pointe entre autre le manque d'intégrité ; il prouve que la
science du droit humain serait parfaitement inutile si les chrétiens voulaient vraiment se conduire comme tels, c'est-à-
dire parler et agir en vérité.
9. Octavius PISANI aborde les mêmes thèmes dans son Lycurgue, en italien.
10. Des moyens pour préserver la paix, Christ nous en a montré un seul, c'est de supporter l'injustice ; ceci suffit à
éviter tous les procès contraignants (Mt. 5, 38)26. St Pierre ajoute : “Et qui vous ferait du mal, si vous deveniez zélés
pour le bien ? Heureux d'ailleurs quand vous souffririez pour la justice ! N’ayez d'eux aucune crainte et ne soyez pas
troublés” (1 Pierre 3, 13 et 14)27. Ceci est un conseil qui provient de l'esprit et de l'intelligence de Christ, en vérité
élevé et divin. Si seulement les chrétiens n’avaient pas délaissé cette maxime apparemment insignifiante, ils se seraient
épargnés tous ces procès compliqués et dévastateurs de notre juridiction actuelle. Si seulement ils voulaient concevoir
la création dans chaque pays, à côté de leur juridiction figée, d’un tribunal de l'humilité où siégeraient des hommes
honnêtes. Ils en seraient les arbitres et ne rendraient pas la justice dans un but de profit, mais dans le but de servir la
paix et la justice. Ils aplaniraient les oppositions avec justice et simplicité et apporteraient l'équité au sein des gens
pieux, justes ou simplement pauvres.
11. Il existe un quatrième labyrinthe où l'esprit humain se perd, à savoir la course aux diplômes et aux titres et l'orgueil
afférent, ainsi que la grande pompe des cérémonies - il y en a d'ailleurs de plus en plus - ce ne sont pourtant que des
choses extérieures et passagères. Bientôt arrivera le moment où plus personne ne fera plus rien de sérieux. On passera
son temps à des futilités et des choses sans importance. Il n'a pas tout à fait tort, cet ancien dicton : l'étiquette régit le
monde ou encore, le monde entier n'est qu'une comédie. Partout règnent l'hypocrisie et la flatterie, bien plus que la
vérité. Tout ceci n'est qu'ombre sans forme, plume sans oiseau, filet sans cheval, bâton de pèlerin sans pèlerin, manteau
sans philosophe, bruit sans signification, mot dénué de sens. On recherche l'extérieur, ce qui comble l'œil, l'oreille et
l'imagination, on ne veut pas aller à l'essentiel. Prenons un exemple ! Quel est le critère de choix pour un monarque s’il
veut envoyer un messager à un monarque étranger ? D'après les méthodes modernes, il tiendra compte de la
personnalité engageante du messager, il prendra soin de le pourvoir d'une grande suite, de beaucoup de luxe et d'un
faste extraordinaire. Cela exige de puiser fortement dans les caisses de l'Etat. Avec la méthode christique, un seul
homme, fidèle et intelligent, suffit. Dieu a envoyé un tel messager dans le monde, son fils unique. Il a accompli sa
mission dans la douceur, sans pompes terrestres et sans agitation, et le Tribunal sur la terre est ainsi assuré. Mais le
monde n’en tient aucun compte et ne juge pas les choses selon leur essence mais selon leur apparence extérieure. Ainsi,
il s'illusionne et s'enfonce toujours plus dans la confusion.
12. A cette vilaine habitude, de préférer l'enveloppe à la graine, s'ajoute un autre fléau dévastateur, à savoir de
contourner à volonté la loi divine dès qu'il y a un espoir d'arriver à ses fins et d'atteindre l'objet de sa convoitise. Nous
entendons ainsi la liberté, faire tout ce qui pousse à notre avantage sans tenir compte des contrats et des promesses. Si
personne n'endigue ce fléau, les vertus comme la fidélité et la foi vont disparaître, personne ne sera plus sûr de ses
contractants ; le droit ne régnera plus, mais bien plutôt la ruse et la violence. Ainsi, les rapports entre les hommes, cela
est à craindre, peuvent se transformer en un labyrinthe infini où ils roulent des pierres sans fin et où l'espoir, l'entraide
et l'amour ne sont plus que des mirages. Le monde entier sera envahi par les athées et les renégats ne reculant devant
aucun moyen. “Parcourez les rues de Jérusalem, regardez donc, renseignez-vous, cherchez sur ses places si vous
découvrez un homme, qui pratique le droit, qui cherche la vérité : alors je pardonnerai à cette ville, dit Yahvé”. Mais
s'ils disent : “Par Yahvé vivant”, ils jurent pour un mensonge.” (Jér. 5, 1-2). Les paroles suivantes (Jér. 5, 1-2) 28
“N'est-ce pas la vérité que tes yeux veulent voir, Yahvé ?” Ne montrent-elles pas comment on peut échapper au
courroux ? Oui en vérité ! La vérité doit monter au cœur de chacun (Psaume 5) et on ne doit écouter d’autre discours
que “oui, oui” et “non, non” (Mt. 5, 37). Ceci devrait finalement permettre aux hommes de s'extraire de leurs relations
confuses et compliquées.

13. Un sixième labyrinthe dans lequel se perdent les hommes, c'est la divergence d'opinions et les différentes formes de
gouvernement. De là provient cette animosité sournoise mettant continuellement le monde à la torture. Jusqu'à présent,
les hommes n'ont pas pu tomber d'accord sur la meilleure façon de gouverner et ne savent pas si cette meilleure façon
serait la démocratie, où le peuple se gouverne soi-même, l'oligarchie, où le pouvoir est concentré aux mains d'une
minorité d'aristocrates ou alors la monarchie, où un seul homme détient le pouvoir. Les uns défendent une forme, les
autres l'autre, aucun accord n'a pu se faire dans les 6000 ans de notre ère. Quel est ici l'unique nécessaire ? La réponse
se trouve dans Mt 22, 2129 : “Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu” et dans 1 Pierre 2, 13
“Soyez soumis, à cause du Seigneur, à toute institution humaine.”. En d'autres mots : une fois que l'ordre est établi pour
réguler les rapports humains, cet ordre doit être maintenu et non pas renversé. Dieu a créé l'homme libre, il n'est soumis
à aucune autre créature humaine, pas même aux anges. Mais là où la population est nombreuse, la confusion règne si
cette masse humaine n'est pas maintenue par un ordre. Dieu a laissé à l'homme le soin de choisir sa forme de
gouvernement. Il n'a pas pris parti à ce sujet, il s'est contenté de donner des modèles, par exemple parmi les animaux
vivant en communauté : les fourmis vivent en démocratie et les abeilles sous le régime de la monarchie. Avant le
déluge, les hommes respectaient le patriarcat, c'était un gouvernement qui se fondait sur la démocratie et l'aristocratie et
que Dieu approuvait. Après le déluge, Nemrod a fondé la monarchie en mettant sous son pouvoir des communautés
familiales et des tribus. Pour l'Apôtre, ces formes gouvernementales de l'origine étaient d'ordre divin et voulu par Dieu.
(1 Pierre 2, 13).
14. Puisque nous avons abordé ce thème, de quoi un royaume a-t-il besoin nécessairement ? La réponse, nous la
trouvons dans la règle christique : une seule chose est nécessaire. Un royaume demande un roi, comme le corps qui a
une tête et le monde un seul soleil. Un royaume n'a que faire de deux monarques et un monarque n'a pas besoin de deux
royaumes, sinon l'harmonie est brisée. Ainsi que dans le couple où le bonheur repose sur l’union d'un homme et d'une
femme, il en est de même avec le lien qui unit un monarque avec son pays. Un corps demande une tête - un corps. Le
roi qui convoite plusieurs royaumes, risque de s'enferrer dans des labyrinthes et de passer son temps à rouler des pierres
de Sisyphe. L'administration d'un seul royaume lui demandera tout son temps et sera une charge suffisante.
15. Comment un prince doit-il s'y prendre s'il ne veut pas voir l'administration de son royaume se transformer en
labyrinthe ? Réponse: il doit posséder l'art de gouverner et doit avoir la volonté et les compétences pour mettre cet art à
profit. Il doit savoir faire la guerre et préserver la paix, il doit connaître les lois pour exercer la justice et la clémence, il
doit avoir les yeux partout où quelque chose se passe, il doit tout voir par lui-même et non par le regard des autres. Les
chevaux et les baudets ont besoin d'une longe, dit David, il leur manque la raison ; il ne serait pas raisonnable pour un
monarque devant gouverner, de laisser les gens se gouverner par eux-mêmes. D'autre part, le prince doit avoir une forte
volonté, c'est-à-dire que le poids du gouvernement ne doit pas l’effrayer. Prendre soin du royaume devrait même être
un plaisir. Il doit aussi posséder les compétences pour gouverner, il doit avoir du charisme, de l’autorité et de la
témérité pour pouvoir faire face à tous les perturbateurs de la paix du royaume. Et enfin, il doit pouvoir guider mais
aussi se laisser guider. Il doit guider son peuple, il doit se laisser guider par Dieu et ses préceptes. Sans la première
condition il ne serait pas roi, sans la deuxième il serait plutôt un tyran haïssant Dieu et les hommes et se détruisant lui-
même. Tous les gouvernants doivent donc être en même temps aimés et craints. L’homme bon doit les aimer, le
mauvais les craindre. Il est pourtant possible pour un bon capitaine de faire naufrage et pour un bon politicien faire le
malheur de son pays, si Dieu ne lui est pas favorable. Celui qui gouverne doit donc vivre dans la crainte de Dieu, prier
et rester humble sa vie durant.
16. Que doit-on faire si une guerre nous est imposée afin qu’elle ne se transforme pas en labyrinthe ? Réponse : ou
refuser de la commencer ou la terminer rapidement ou encore la mener pour assurer la victoire donc, ne pas la perdre.
La première chose est facile, la deuxième beaucoup moins, la plus difficile c'est la troisième. Christ recommandait
toujours la première (Mt. 5, 25, 37 30 ; Luc 14, 31). Car la guerre est bestiale. A l'homme il sied d'être humain et doux
et toutes les disputes peuvent être résolues par un jugement équitable (Job 34, 4) 32.
CHAPITRE VIII

Comment les théologiens, les prêtres et les évêques peuvent, en observant très précisément la règle christique, pourvoir
au bien-être de toute l'Eglise et à la paix de la conscience de façon inéluctable.

Jetons un regard dans l'inextricable labyrinthe de la religion. On y voit l'inanité des soucis et des efforts accomplis et on
observe combien elle roule de pierres de Sisyphe. Il suffit d'ouvrir le livre d'Alexandre ROSSAEUS “Des religions du
monde entier” pour se rendre compte du triste et effrayant chaos où elle est plongée. Seule la règle christique de
l'Unique Nécessaire, face à une telle confusion, pourra servir de référence : c'est le retour à l'origine, source de tous les
chemins, le retour à la religion originelle accordée au premier homme par son créateur et notre créateur. Dieu, l’unique
créateur, sait mieux que quiconque comment il veut être honoré. Il l'a enseigné aux premiers hommes. L’originel, le
primordial est comme un modèle pour le futur. Quand la suite dégénère, il faut revenir à la forme primordiale.
2. La première religion était aussi simple que possible. Lorsque le créateur de toutes choses s'est fait connaître du
premier homme en tant qu'unique Dieu, la soumission et rien d’autre, fut la seule exigence. Elle devait se traduire en
une obéissance permanente et ainsi la vie éternelle lui était promise. Cette religion du paradis était simple ! Croire au
Dieu unique, obéir à lui seul et recevoir de lui, source de Vie, la vraie Vie ! Dieu n'a pas donné d'autre religion à
Abraham, au père de tous les croyants, lorsqu'il lui disait : “Je suis le Dieu tout puissant (c'est la foi simple en l'unique
Dieu), marche devant moi et sois pieux (c'est-à-dire que ta vie soit pure et simple, agis toujours comme si Dieu te
voyait). Alors je serai ton bouclier et ta grande récompense.” Quelle récompense simple et pourtant grandiose ! Moïse
enseigna cette même façon simple de louer Dieu : “Tu dois aimer ton cher Dieu, ton Seigneur, de tout ton cœur et ton
prochain comme toi-même”. Moïse a donné de nombreuses directives, mais en tant qu’exercices pour l'obéissance,
modèles pour parfaire sa foi et pour fortifier son espoir. Dieu l'a dit maintes fois par la bouche des prophètes.
Comparons avec les paroles de Michée : “Tu sais, homme, ce qui est bon et ce que le Seigneur attend de toi : tu dois
garder sa parole, être tout amour et rester humble devant ton Dieu.” Telles étaient les exigences de la religion avant la
loi et sous la loi : saisir Dieu par la foi, rester en lui par l'amour et garder son espoir en lui. Ceci est l'Unique
Nécessaire : se savoir dépendant et rester lié à son Dieu de toutes ses forces, dans ses pensées et sa raison, par sa
volonté, ses désirs, et son espérance.
3. Mais le monde s'est séparé de son centre, de Dieu. En un mouvement circulaire, il passe par toutes ses imaginations.
Il erre dans un labyrinthe sans en trouver la sortie, roule des pierres sans fin et court après des désirs jamais réalisés.
Seul demeure l'unique nécessaire : chacun doit délaisser les choses de ce monde et se tourner vers Dieu. Pour faciliter
aux hommes l'accès à la connaissance et à ce but, le créateur de toutes choses s’est mis à l’œuvre : il s'est donné en
exemple. Le fils de Dieu a pris forme humaine, s'est fait pareil aux hommes, excepté le péché. Il leur a appris, par la
parole et l'exemple, à parvenir à la reddition, à retourner à Dieu et à lui rester toujours fidèle, dans la foi, l’espérance et
l’amour. Ceci est un résumé de l'Evangile, l'unique nécessaire pour tous les prétendants à la rédemption. Seul Christ
pouvait dire en vérité : “Je suis le chemin, la vérité et la vie ; personne ne vient au Père que par moi.” (Jean 14, 6), et
plus loin : “Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la
Vie.” (Jean 8, 12). Lui seul pouvait dire : “Venez à moi vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, je vous
soulagerai. Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur et vous
trouverez du repos pour vos âmes. Oui mon joug est doux et mon fardeau léger.''(Mt.11, 28-30)33. Malheureusement,
les chrétiens oublient l'unique nécessaire.
4. Qu'est-ce qu'un chrétien ? Un chrétien, est un élève et un disciple de Jésus. Il croit en cet enseignement, fait ce qui lui
est demandé et espère en ces promesses. Ou, autrement dit, un chrétien est semblable à Christ et, grâce à cette
ressemblance, appelé à devenir divin. De par sa nature, l'homme aspire à se sanctifier, tout son être aspire à la
perfection. Comme l'homme est, à côté de Dieu, l'être le plus élevé, il veut devenir comme Dieu. Satan a piégé l'homme
pour le tromper en se servant de cette aspiration. Christ, le fils de Dieu, donne réellement ce que Satan a faussement
promis : il a redonné aux hommes le pouvoir de devenir enfants de Dieu (Jean 1, 12) 34. ORIGENE dit à ce propos :
Dieu s'est incarné dans la chair. Ainsi la chair, le croyant, sera ennoblie par le Verbe, le Fils de Dieu. Par cet acte,
beaucoup devinrent des fils adoptifs de Dieu. Le Verbe s'est incarné dans la chair non pas pour lui mais pour nous.
Grâce à cette incarnation dans la chair, et à elle seule, nous pouvons devenir des enfants de Dieu. Il s'est incarné seul
dans la chair mais remontera au ciel avec beaucoup d’autres. D’un Dieu, il a fait un homme, et fera des hommes des
Dieux.
5. Ceci est grandiose. Mais comment les hommes doivent-ils s'y prendre pour devenir semblables à Christ ? Ils doivent
se concentrer uniquement sur lui, le prendre en exemple dans leur foi, dans leur vie, dans leur espoir, dans leurs
pensées, dans leurs paroles et dans leurs actes. Dieu le Père reconnaîtra en eux l'image de son Fils et il pourra les
transposer dans l'être divin de Christ (Eph.2, 6)35. L'Ecriture sainte utilise différentes expressions pour décrire ce
processus : avoir l'esprit de Christ, revêtir le Christ, marcher dans le Christ, ne pas vivre pour soi mais pour Dieu, non
pas nous, mais Christ en nous. Le croyant doit se laisser régir par l'esprit de Christ comme les membres du corps se
laissent régir par l'esprit, dont le siège est dans la tête et se transmet à toutes les parties du corps.
6. De quoi a besoin le corps des croyants - l'Eglise - en tout premier ? D’une entente générale. Christ la nomme Amour,
et il la donne aux siens comme marque distinctive (Jean 13, 35)36. Les apôtres parlent de l'amour entre les hommes
comme du lien de la perfection (Col. 3, 14)37. Ils recommandent de garder précieusement cette unité de 1'esprit par le
lien de la paix. Tous forment un seul corps et un seul esprit, tous sont dans le même espoir, unis dans le même Père,
dans la même foi, dans le même baptême. Les vertus personnelles en Christ n’y sont cause d’aucune différence (Eph. 4,
3-7)38. Cependant la règle supérieure de l'unité en Christ est triple : garder l'unité dans toutes les choses nécessaires,
dans les choses moins importantes ou personnelles laisser l'entière liberté, mais agir en toutes choses et envers tous en
amour.
7. Existe-t-il de tels chrétiens ? Oui, il en existait au temps des apôtres lorsque tous les croyants formaient un seul corps
et une seule âme. Aucun ne prétendait alors posséder quelque chose en propre et tous partageaient tout (Actes des
Apôtres. 4, 32)39. Il y en eut aussi après l'époque des apôtres. Ils vivaient pour Christ mais s'investissaient aussi pour
les autres (1 Jean 3, 16)40. Plus tard, l'amour s’atténua, ils oublièrent complètement la loi christique et s'enfoncèrent
dans l'inutile, incompatible avec leur état de chrétien, néfaste et dommageable. La conséquence ? Tout leur devint
labyrinthe, et même l'Eglise, au lieu de se placer hors du monde et d'être une communauté d'élus, devint temporelle. De
Christ elle n’eut alors plus que le nom. L’Eglise, le navire de Christ, devint comme le navire de Thésée, dont Plutarque
disait : les Athéniens l'ont tellement réparé, ont tellement remplacé les vieilles planches par de nouvelles, qu'en fin de
compte il ne reste plus rien du navire tel qu'il était au début. Est-ce que l'Eglise est un tel navire ? Je pense que non. Car
Christ a construit le navire de son Eglise lui-même. Son œuvre ne peut pas périr, qu'on y apporte de bonnes ou de
mauvaises modifications. Le mauvais semeur sème de la mauvaise herbe sur le champ de Dieu, semé avec de bonnes
graines : il ne peut cependant enlever le blé (Mt. 13, 25)41. Ainsi on peut construire sur les fondations de l'Eglise avec
de l'or, de l'argent et des pierres précieuses, mais aussi avec du bois, de la paille et de l'herbe. Tout sera révélé par le feu
de la purification : l'or et l'argent resteront, la paille et l'herbe brûleront.
8. Il en est ainsi. Ce qui reste de vraiment chrétien dans l'enseignement, dans la vie et dans l'investissement de Christ,
c'est le blé, c'est l'or, ce sont les pierres précieuses, c'est tout le nécessaire. Tout ce que l'homme y a ajouté, ce sont les
mauvaises herbes, c'est la paille, c'est l'herbe destinée a être brûlée. Ou, en d’autres termes, ce sont les labyrinthes, les
rochers de Sisyphe, les illusions en quantité ! Une seule solution pour les faire disparaître : retourner à la règle
christique, revenir à l'unique nécessaire.
9. C'est là que vient la question principale. Quel est pour les chrétiens, perdus dans des labyrinthes infinis, l'unique
nécessaire ? La seule chose nécessaire est de porter son regard vers le Christ, modèle de toute perfection, envoyé du
ciel vers nous, et d'arranger notre vie selon ce modèle, ainsi que Dieu l'a enseigné et montré à Moïse : “Veille à faire les
choses selon l'image que tu as vue sur la montagne” (Exode 25, 40). Deux fois une voix a retenti du ciel concernant le
Christ : « Celui-ci est mon fils bien-aimé qui a toute ma faveur » (Mt. 3, 17). Et Christ disait de lui-même : “Venez à
moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et je vous soulagerai. “ (Mt. 17, 28)42.
10. Quelles sont toutes les choses que nous devons apprendre de Christ ? Christ a résumé tout son enseignement et sa
vie en paroles : vous en avez eu un exemple. Il dit : “Vous devez faire aux autres ce que vous voulez qu'on vous fasse”
(Jean 13, 15)43. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Tout ce que j'ai eu de mon Père, je vous
l'ai enseigné (Jean 14, 14-15)44. Le sens de ces paroles est dans l'Evangile. ERASME l'a résumé à sa façon dans son
opuscule sur la théologie véritable. Il en parle ainsi : Christ, le maître divin, a mis sur terre un nouveau peuple dont la
patrie est le ciel. Il rejette tout ce qui vient de ce monde. C'est un peuple riche, sage, noble, puissant et heureux. Il
atteint au bonheur bien qu'il méprise toutes ces choses que la masse admire. Il ne connaît ni l'envie ni la jalousie, son
œil n'est pas troublé par la fausseté, il n'a aucun instinct impur, il est continent par choix et a une vie d'ange bien qu'il
soit fait de chair. Il ne connaît pas l’erreur, ne faisant et ne soutenant pas le mal. Il ne rompt aucun serment. Il ne se
méfie de personne, il ne trompe personne, il ne veut rien posséder car ses trésors sont au ciel. Il ne connaît pas le frisson
de la gloire orgueilleuse car tout acte est posé pour la gloire de l'Un, Christ. Il ne connaît aucune ambition car plus il est
haut placé plus il se soumet aux autres selon la volonté de Christ. Il ne se met jamais en colère, même lorsqu'il est
provoqué, il ne connaît pas la calomnie et encore moins la vengeance, il rend le bien pour le mal. Même les païens se
rendent compte qu'il a des mœurs pures, par la renaissance il est devenu comme les enfants, pur et innocent. Il vit
comme l'oiseau, comme le lys, sans se soucier du lendemain, dans une unité parfaite, tous étant les membres d'un seul
corps. L'amour les unit et donc ils mettent tout en commun, le riche donne au pauvre. Si le mal surgit au milieu d'eux
ou en eux, ils tentent de l'éloigner ou du moins de le réduire, ainsi que le commandement le leur impose. L'Esprit du
ciel est leur maître, ils vivent selon l'exemple de Christ, ils sont le sel et la lumière du monde, la ville sur la montagne
visible pour tous. Chacun met sa force et ses compétences au service des autres. La vie est sans valeur, la mort est
souhaitée du fait de la promesse de l'immortalité. Le chrétien ne craint ni la tyrannie, ni la mort, ni même le diable.
Christ est son protecteur et son berger. Dans ses actions il se tient prêt pour le jour du Jugement dernier.
11. Voyez, ceci est le nouveau et court chemin vers la sainteté de Sion, que le Seigneur nous a montré. Aucun impur ne
pourra le fouler ; il est si simple et si droit que même les insensés ne peuvent pas se tromper (Isaie. 35, 8)45. Mais on
voit tant de chemins dans la chrétienté et aucun ne ressemble à celui-ci. Ces chemins sont malheureusement très
nombreux, ils sont impraticables, font des détours, ont des ornières, des pièges et des précipices. Contentons-nous de
lire le cinquième chapitre de l'Evangile de Matthieu et comparons-le avec les mœurs actuelles des chrétiens. Alors, on
verra une dysharmonie hurlante à travers toutes les relations. On réalisera en vérité l’absolue nécessité pour la
chrétienté de retourner à Christ, notre seigneur et maître envoyé par Dieu. Il ne conduit personne vers l'arbre de la
fausse connaissance mais uniquement vers l'arbre de la Vie, il ne veut pas des paroles mais des actes. Soyons, nous
aussi, parfaits, comme il l’exige, dans les œuvres de la piété, comme notre Père céleste est parfait (Mt. 5, 48)46.
12. Tu dis : il est impossible à un homme d’être parfait comme Dieu au ciel. Ecoute sa réponse : “C’est impossible pour
l'homme mais possible pour Dieu” (Luc 18, 27)47. Personne ne peut rien par lui-même, par sa propre force, mais il peut
tout avec l'aide de Dieu comme le dit Paul : “Je puis tout en Celui qui me rend fort, Christ” (Phil. 4, l 3). Donc, si nous
ne sommes pas des chrétiens comme Christ l’aimerait, ce n'est pas de sa faute. Lui veut nous aider, et nous refusons son
aide. Nous nous opposons toujours par notre nature corrompue depuis la chute d'Adam. Nous refusons continuellement
d'utiliser la force renouvelante de Christ. Ou alors voulons-nous soupçonner de mensonge Celui qui est la vérité quand
il dit : “Mon joug est doux et mon fardeau léger ? ” Ce qui arrange notre nature humaine, il est vrai, est léger, mais
Christ est venu pour reconduire notre nature à son état d'innocence originelle - en réalité, tout ce qui n'est pas alourdi
par l'impiété et ne contient que le nécessaire est léger. Aussi quand il s'agit de notre renaissance, nous devons nous
délester du vieil Adam et revêtir l'homme nouveau. Alors nous découvrons des difficultés illusoires, en réalité
inexistantes. Nous ne voulons pas voir les vraies difficultés, confusions, pièges et labyrinthes, où nous plongent les
plaisirs mauvais de notre nature déchue et qui alourdissent les habitudes et les mœurs des hommes. Nous ne voulons
pas en tenir compte, alors qu’il s’agit en réalité d’un labyrinthe. Et, là comme partout ailleurs, ne peut compter que la
loi christique. Nous allons tenter d’examiner l'une après l'autre les différentes confusions et les chemins d'illusions qui
existent.
13. Qu'en est-il de la théologie actuelle telle quelle est enseignée dans les écoles et les universités ? L'explication de
l'Ecriture sainte devrait être faite par l'Ecriture sainte elle-même, comme le fit le grand-prêtre Esdras (Ne 8, 8-9) 48.
Mais de nos jours, on laisse des hommes, ni prophètes ni détenteurs de l'esprit de Dieu, expliquer les prophètes et les
apôtres. Ce ne sont que des magistères et des docteurs faits par les hommes. Ils n'expliquent pas l'Ecriture sainte à
travers les prophètes et les apôtres, mais à travers Aristote, à la mode actuellement, ou Descartes ou à travers l'un ou
l'autre maître ou même parfois par la petite lorgnette de leur propre raison en utilisant des règles élaborées par les
hommes. Ainsi, la parole de Dieu doit supporter d'être éclairée par la parole des hommes et le sens divin d'être dominé
par le sens humain. Quelle en est la conséquence ? La théologie n'est plus que verbiage creux (1 Tim. 1, 6-7) 49, et les
élucubrations humaines sont données comme étant des mystères divins. Elle n'est même pas unifiée, mais plurielle,
selon le nombre de ceux qui se disent les guides, les maîtres et les pères du peuple de Dieu, malgré le commandement
sans appel de Christ (Mt. 23)50. Chacun s'écrie : “Christ est ici” et cherche à convaincre le peuple que sa théologie est
la vraie lumière. Il n'y a pas assez de mots pour décrire à quel point toute cette agitation a divisé le peuple chrétien, a
saccagé et endommagé la religion même.
14. Les difficultés sont encore rendues plus ardues : on n'est pas capable de se mettre d'accord sur le fondement de la
théologie, sur la parole même de Dieu. Est-ce que la parole écrite, c'est à dire les écrits prophétiques et apostoliques, est
suffisante ou faut-il aussi prendre en compte le non-écrit, la tradition ? Là est la question. Où la parole écrite est-elle la
plus pure ? Dans les codex hébraïques et grecs ou dans les chaldéens et latins ? Quelles sont les meilleures traductions
des sources hébraïques et grecques ? Tout ceci a suscité de nombreux doutes, des affirmations aléatoires et maintes
confusions. La théologie en est devenue une étude pénible et douteuse. Mais si Dieu éveille un homme à la Lumière, on
ne l'entend pas, on ne le reconnaît pas et on ne veut pas le comprendre, c'est comme si on entendait parler un étranger
(Isaie. 28)51.
15. La perfection des apôtres consistait à “ne connaître rien d'autre que Christ, le Crucifié” (1 Cor. 2, 2) 52 et de ne tirer
les enseignements que de la Bible (1 Tim. 3, 16-17)53. Mais maintenant, on exige le diplôme de magistère dans les sept
arts (grammaire, rhétorique, dialectique, arithmétique, géométrie, musique et astronomie), en plus du doctorat, auquel
est lié toute la connaissance des choses dialectiques. Connaître Christ seul semble être une théologie trop facile. On
devrait éditer une bibliographie à l'usage de l'étudiant en théologie, on verrait alors les centaines d'écrits au programme
de l'étudiant. Ceci est-il l'Unique nécessaire pour sonder l'esprit de Christ ? Oui, sûrement pour pouvoir bavarder à
propos de Dieu et de ses mystères mais non pas pour parler de la parole de Dieu. Ce serait bien si un écrivain voulait
commenter en quelques pages (pas des centaines) les paroles que le Seigneur adresse à Josué : “Que le livre de cette
Loi soit toujours sur tes lèvres : médite-le jour et nuit afin de veiller à agir selon tous ses écrits. Alors tu seras heureux
dans tes entreprises et réussiras.”, ou les quelques paroles de ce psaume : “Bienheureux celui qui parle de la Loi de
Dieu jour et nuit” ou les paroles d'Isaïe : “Pour l'instruction et le témoignage, on s'exprimera sûrement selon cette
parole d’après laquelle il n'y a pas d'aurore.” (Esaïe 8, 20)54 ou cette parole du Seigneur : “Cherchez dans l'Ecriture”
(Jean 5, 39)55 ou ces paroles de Paul : “Toute parole donnée par Dieu sert l'enseignement, pour punir, pour améliorer,
pour se parfaire dans la justice, car un homme de Dieu est parfait et destiné à faire les bonnes œuvres.” Ou encore si on
pouvait éclairer ces quelques paroles d'Hyperius : “Le théologien naît à l'Ecriture Sainte”. De tout ceci un pauvre futur
prêtre n'entendra pas parler, mais il devra affronter six cents pédagogues. Ceci ne peut que le plonger dans des
labyrinthes, dans des travaux vains et dans d'amères illusions. Et rien de tout ceci ne rassasie son âme.
16. Cette prolifération de maîtres est due aux nombreuses sectes pour lesquelles les noms vont nous manquer pour les
nommer. Chaque église croit qu'elle est la plus proche de la vérité ou du moins la plus pure d'entre toutes, et les
oppositions entre elles sont si grandes qu'elles se transforment en haine. Elles entretiennent l'animosité : une entente ne
semble pas possible et aucune réconciliation n’est en vue. Elles se forgent leurs propres actes de foi à partir des
Ecritures Saintes, ce sont leurs forteresses. Elles se tapissent derrière leurs murailles et font de la résistance. D’après
moi ces actes de foi - et la plupart sont des actes de foi - ne sont pas mauvais, à vrai dire. Mais ils le deviennent car ils
entretiennent le feu de la discorde. Seule leur complète disparition permettra d’envisager la guérison de l'Eglise. Car
actuellement, le peuple chrétien ne sait plus où donner de la tête.
17. Ce labyrinthe des sectes et des croyances individuelles porte en gestation un autre labyrinthe : celui de la dispute. A
l'époque du paradis, Satan avait déjà semé la zizanie au sein des fils de l'Eglise et aujourd'hui cette zizanie s’est accrue.
Les apôtres et leurs disciples menaient le combat dans la force de l'Esprit-Saint. Mais déjà à partir du IIème siècle, on a
pris les armes et les conclusions d'Aristote pour mener le combat. A-t-on réussi quoi que ce soit ? A-t-on seulement
réussi à éliminer un seul sujet de discorde ? Pas du tout. Au contraire ! La discorde a augmenté. Satan est le plus grand
des sophistes, personne ne peut le vaincre quand il s'agit d'argumenter. Mais nous, pauvres débutants, nous, les fils
d'Eve, nous nous laissons éloigner de la bonne vérité et nous nous précipitons dans la médiocrité générale, loin de la foi
en Christ, loin de la Vie, loin de l'espoir.
18. Le but des synodes et des conciles était d'apporter une aide, ils ont essayé partiellement de le faire : lucides, certains
voyaient les manquements de l'Eglise et s'opposaient courageusement à ceux qui étaient perdus dans l'illusion. Mais, les
faits le montrent, et c'est grand dommage, les conciles aussi sont devenus d'inextricables labyrinthes. Satan est rusé et a
toujours su trouver des comparses, lors des discussions, s’opposant de façon astucieuse à la vérité. Après avoir compris
comment formuler des conclusions mensongères et erronées, il saura aussi les faire perdurer et s'engendrer de façon
automatique.
19. Cela est vrai, les apôtres et leurs successeurs ont défini des règles claires à propos de la vocation et de l'exercice des
serviteurs de l'Eglise. Ils y ont mis un ordre certain, mais malgré cela, beaucoup de désordre est venu se mélanger à ces
dispositions. Combien deviennent serviteurs de l'Eglise sans avoir la vocation ? Combien sont ceux qui s'occupent de
façon superficielle de leur tâche, ne se soucient pas de leurs ouailles mais d'eux-mêmes ? Plus l'Eglise se montre
magnanime pour les serviteurs de Christ, plus ceux-ci s'empressent d'utiliser cette richesse pour leur bien-être personnel
et ôtent ainsi le pain aux vrais serviteurs de Christ.
20. Les gardiens de l'Eglise auraient dû veiller à ne laisser entrer que de vrais pasteurs dans la bergerie (Jean l0, 2-
3)56. Les évêques sont sensés guider ces pasteurs. Mais là aussi les abus foisonnent. Et, à l'instar de Simon le
Magicien, contre lequel Pierre s'est mis en colère, il pourrait aussi se mettre en colère à cause de cette mise sur le
marché du sacré, aujourd'hui où tout peut se vendre et s'acheter. Ce mauvais usage a ouvert la porte à toute sorte de
corruption et de malversation.
21. Dans les services religieux, on entend souvent des paroles d'hommes, peu de paroles de Dieu. Chacun bavarde
comme il veut ou alors on tue le temps avec des élucubrations savantes et des arguments formulés par d'autres. Mais il
n'est jamais question de la renaissance ou de comment l'homme doit opérer un revirement en Christ pour avoir part à la
nature divine (2 Pierre 1, 4)57. A force d'asséner ses conclusions, l'Eglise a perdu l'art de relier, elle ne pratique plus
que l'art de délier, poison dangereux pour le vieil Adam, privé de contrepoison. Venons-en enfin aux sacrements,
donnés comme symboles de l'unité et de l'amour dans notre vie en Christ. Ils sont devenus de tristes objets de dispute,
des causes de haine réciproque, des lieux où se déverse l'esprit sectaire. Que de raisons de se plaindre !

CHAPITRE IX
Par la loi de Christ, le monde entier peut être transformé en un monde meilleur, s'il suit les conseils de la sagesse
éternelle.

1. Observer la loi de Christ serait bien sûr bénéfique pour l'Eglise et pour la conscience de tout un chacun, mais aussi
pour toute relation entre les hommes. Le sens commun s'en est enfin avisé : on peut ainsi mieux vivre extérieurement.
En pratiquant simplicité et économie on peut progressivement alléger les fardeaux de la vie. Les lettrés ont mis ceci en
paroles et en actes : “Ne rien faire à l'excès” disait SOLON, et CATON conseille : “Renonce à tout ce qui est de trop et
apprends à tirer ton bonheur du minimum ; trop de miel est amer et irritant !”
2. Les Spartiates, connus pour leurs vertus, habituaient tôt leurs enfants à supporter la faim, à renoncer à tout le superflu
en matière de nourriture, de boisson, de vêtement et de logement et même de parole. Peu, mais le meilleur du peu, telle
était leur ligne de vie en toute chose. On demandait un jour à Léotychidas, roi de Sparte, pourquoi les Spartiates étaient
tellement sobres. Il répondit : pour que nous ne soyons pas dépendants de l’aide des autres, mais prompts à accorder la
nôtre. De la même manière, les mœurs simples des arabes et des romains étaient appréciées. Ils ne gaspillaient pas leurs
forces en menant une vie démesurée, mais prenaient soin de leur santé en vivant avec mesure. Ils renforçaient leur
corps par des exercices jusqu'à acquérir une force invincible et donc vivaient assez longtemps pour apprécier leurs
enfants et petits-enfants. De nos jours encore, les peuples simples et proches de la nature nous en donnent assez
d'exemples, comme les hommes vivants une vie d'une simplicité tout à fait héroïque. Je citerai quelques exemples
parmi les philosophes et les hommes d'Etat.
3. Un jour, alors que SOCRATE faisait soi-disant trop peu cas de ses amis, il dit : “Si ce sont des gens raisonnables, il y
en a assez ; s'ils ne sont bons à rien, il y en a plus qu'assez.” De PYTHAGORE, on disait qu'il vivait aussi simplement
que possible pour pouvoir se consacrer le plus possible à la connaissance de la sagesse. DIOGENE se contentait d'un
manteau, d'un tonneau qui le protégeait de la pluie et du vent, et d'un bâton pour chasser les chiens. Il ne vivait que
d'herbes et d'eau et a tellement suscité l'admiration d'Alexandre le Grand que celui-ci s'est écrié : “Si je n'étais pas
Alexandre, je ne voudrais être que Diogène.” EPICURE, le prophète de l'épicurisme, ne vivait que d'eau et de soupe ou
de pain d'orge. Il supportait courageusement la pauvreté, non qu'il n'aimât pas les plaisirs, mais il trouvait un plaisir
plus grand à vivre une vie simple. Le médecin GALENUS a trouvé un sûr moyen pour préserver sa santé. Il n'a jamais
dérogé à son principe. Il arrêtait de manger et de boire au moment où il appréciait le plus la nourriture. Il se défendait
de manger ce qu'il ne pouvait pas digérer. Il vécut ainsi en bonne santé jusqu'à passé cent ans. Ludovic KORNAR, un
noble vénitien, qui vivait encore à mon époque, a réussi, bien qu'il eut dans sa jeunesse une vie d'abondance, à rester en
pleine santé jusqu'à l'âge de 118 ans. Il changea radicalement sa façon de vivre (il ne mangeait journellement pas plus
de douze onces de nourriture solide, et ne prenait que 14 onces de liquide). Alors qu'on demandait à Hovanius
PONTANUS pourquoi il se contentait d'un seul aliment, il répondait : si je mange si peu, c’est pour ne pas avoir besoin
de médecin.
4. On peut aussi donner en exemples des rois héroïques. Un commensal de Cyrus l'Ancien lui proposa de manger. Il ne
voulut que du pain et dit : nous prendrons, si possible, notre repas au bord d'un fleuve. Alexandre le Grand était aussi
très sobre du point de vue nourriture (hélas, pas pour la boisson !). Lorsque la reine de Carie lui offrit ses meilleurs
cuisiniers et ses mets les plus fins, il les refusa en disant : le travail et la sueur sont de bien meilleurs cuisiniers. Il
supportait mal de voir l'élite de son armée sombrer dans le mode de vie dégénéré des Perses. Etre esclave de ses désirs
est la signature d'un homme faible, il est digne d'un roi de trouver satisfaction dans son seul travail. GELLIUS raconte :
Invité, ROMULUS buvait modérément, il disait devoir s'occuper de ses affaires le lendemain. Toutes ces choses ne
vont-elles pas dans le sens de Salomon ? “Il ne convient pas aux rois de boire du vin, ni aux princes d'aimer la boisson,
de crainte qu'en buvant, ils n'oublient la loi et ne méconnaissent les droits de tous les pauvres.” (Proverbes 31, 4).
L'empereur AUGUSTE buvait très peu de vin et mangeait encore moins. KRANTZIUS raconte : CHARLEMAGNE
n'avait que quatre plats au menu et ne buvait que trois fois à chaque repas ; il ne supportait pas l'ivresse, même chez les
plus pauvres. On pourrait encore citer bien d'autres exemples.
5. Considérons les lois édictées dans nos Etats pour restreindre les débordements lors de mariages, ribotes, fêtes, le
gaspillage de vêtements et autres choses superflues. Elles correspondent, constatons-le, tout à fait au sens de la loi
christique. S'ils voulaient suivre les bons conseils, le fardeau des hommes pourrait en être allégé. Et s'ils ne veulent pas
les écouter, doit-on se moquer d'eux ou les prendre en pitié ? Nous rions bien d'un écureuil enfermé dans une cage. Il ne
cesse de s'agiter et de se déplacer sans pouvoir changer d'endroit, mais il n'est pas malheureux : il n'a pas conscience de
son emprisonnement. Mais l'homme, destiné à entrer dans l'éternité, enfermé dans la finitude comme dans une cage, est
bien à plaindre. Il passe son temps, bien éphémère, à de petites choses inutiles et sans importance, au lieu de se
consacrer à lui-même et à Dieu.
6. Ah, si la folie humaine pouvait s'édifier à la sagesse divine, si elle pouvait séparer le commun du précieux et rejeter
loin d'elle le mal, l'orgueil et le superflu ! La philosophie, la politique et la religion auraient rapidement un tout autre
aspect. Ce serait une réforme facile, simple et sûre si nous voulions enlever tout l'inutile et nous contenter du
nécessaire. Prenons l'exemple de la philosophie : ne rien affirmer d'autre que la pure vérité, ne rien vouloir de plus que
le Bien pur, n'ambitionner rien d'autre que ce qui est accessible, simple et utile, reviendrait à maîtriser rapidement les
choses de la vie. Même l'Etat fonctionnerait mieux si chacun voulait tenir compte et œuvrer dans le sens de l'intérêt
commun, du bonheur commun, du bien-être de la société. Pour arriver à cela, chacun devrait occuper sa place et faire
son devoir. Personne ne devrait vouloir plus que les autres, personne ne devrait se soumettre à un autre, chacun devrait
s'adapter à l'autre et le servir avec amour. Il en serait de même avec la religion. Il faudrait, seule, adorer la plus haute et
la meilleure divinité : Dieu, créateur du Bien ; nous devrions l'aimer totalement, lui, la bonté parfaite. En retour il nous
aimera comme un Père, si nous nous prosternons pleins de respect devant sa puissance. Il ne devrait pas avoir à
l’utiliser contre notre mauvaise volonté. Seule son infinie miséricorde se manifesterait, comme le rayonnement de son
soleil pour tous.
7. Mais si l'homme refuse de prendre un chemin agréable à Dieu, le destin aura tôt fait de mettre la main sur lui. Si on
veut toujours s'occuper des choses inutiles, il faudra continuellement se passer de l'essentiel. Si l’un trouve plaisir à se
perdre toujours plus dans son labyrinthe, qu'il se perde à ne plus pouvoir sortir du chaos inextricable de la confusion. Si
l’un prend plaisir à rouler des pierres sans arrêt, qu'il les roule jusqu'à épuisement de sa force et de sa vie. Si l’autre
prend plaisir à se vautrer dans la luxure, qu'il le fasse jusqu'à la consomption par le feu. S’il veut être insensé et préfère
construire sur le sable au lieu de la pierre, grand bien lui fasse. “La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents
ont soufflé, se sont rués sur cette maison et elle s'est écroulée. Et grande a été sa ruine.” (Mt. 7, 27).
8. Sont-ils tous sourds ? Aucun n’est-il sage pour prévenir sa chute ? Tous les descendants d'Adam reproduisent à
l’infini l'acte insensé et la chute d'Eve. La bonté de Dieu doit sans cesse recoller les pots cassés. Et Satan n'est jamais
fatigué de détruire l’œuvre de Dieu. Ainsi l’opposition rugit sans cesse. Le monde est un combat entre la sagesse de
Dieu et la folie des hommes soutenue par la ruse du diable ; un combat entre la bonté divine et la méchanceté des
hommes ; une lutte entre la toute puissance du créateur et l'opposition brisée à l’avance de la créature. Mais la victoire
doit échoir à Dieu. Il crée et façonne sa créature, docile. Celle-ci annonce sans cesse la sagesse divine face à la
décadence du monde et à la confusion qui y règne. C'est pourquoi il faut obéir au commandement divin : “Sortez, ô
mon peuple, quittez-la, de peur que, solidaires de ses fautes, vous n'ayez à pâtir de ses plaies !” (Apoc. 18, 4) 58.
9. Mais le monde est devenu sourd aux appels de Dieu et de ses serviteurs, les prophètes et les apôtres. La voix des
prédicateurs dans les églises a perdu de sa force. Les appelés même, il est vrai, épuisent la force des moyens
exceptionnels mis en œuvre par Dieu. Que nous reste-t-il à faire ? Ils estiment d’origine naturelle les signes et les
miracles, ils trouvent stupides les hommes remplis par la grâce de Dieu et illuminés, ils attribuent à Satan les
apparitions des anges, les états extatiques et les voix de Dieu. Que devons-nous faire ? Etre dans l’effarement, nous
taire, soupirer, gémir et attendre le jugement de Dieu. Il viendra comme un déluge et se prépare déjà. Si tu reconnais
ceci et te laisses guider par Dieu pour le présent et le futur, alors lis Isaïe 24 59, et dans L’Apocalypse 16 - 18 et enfuis-
toi bien vite.
10. Où dois-tu t’enfuir ? Face au déluge menaçant, pas d'autre lieu de fuite que l'arche de Noé, Si tu ne peux l'atteindre,
tu mourras. Pour échapper au feu destructeur de Sodome, seul Zoar, un endroit tout à côté, offre une chance de fuite.
Mais celui-ci aussi prendra feu. Même si tu t’enfuis dans une grotte dans la montagne, tu y trouveras Satan avec ses
tentations. Même si tu fuis sur la montagne au-dessus de Ninive, tu seras mordu par les vers et le soleil. Alors où ? Face
au courroux de Dieu, seul un endroit est sûr, son cœur miséricordieux. Tu ne peux échapper au péché qu'en faisant
pénitence. Seule la paix du centre peux t'éloigner de l'agitation de la périphérie. Tu ne peux sortir du monde qu'en allant
vers Christ. Marie fait le bon choix en s’asseyant aux pieds du Christ. De Béthanie, elle a suivi le Seigneur à Jérusalem,
jusque sur la croix. Puis en passant par le tombeau, elle ne l'a pas quitté jusqu'à la merveilleuse résurrection. Je vais
maintenant exposer les résolutions que ma pauvre vieille tête a prises.

CHAPITRE X

L'auteur témoigne : il a reconnu la loi christique éternelle comme unique nécessaire. Il remet, plein de respect, sa
personne et toute chose dans les mains de Dieu.

1 - J’ai décrit, dans les grandes lignes, toutes les impasses où l'homme peut s'égarer. Est-il nécessaire de parler des
miennes ? Je préférerai me taire là dessus, mais, je le sais, certains de mes actes et de mes expériences n’ont pas
échappé au regard des spectateurs. Certaines erreurs doivent aussi être corrigées, sous peine de laisser des rancœurs
derrière moi. Il a plu à Dieu de me doter d'un cœur avide d’œuvrer pour l'amélioration de la vie des hommes. Il m'a fait
jouer un rôle public, il m'a fait endurer beaucoup de choses dans 1a vie et m'a fait faire de nombreuses expériences. J'ai
aussi fait certaines choses qui méritent critique. Je voudrais parler de tout ceci à la fin de ma dernière incarnation.
J'aimerais dire à ceux qui me voient comme un homme travailleur et avide de savoir : même avec les meilleures
intentions, on peut se tromper. Je voudrais me donner en exemple pour éviter aux autres de tomber dans les illusions et
pour les inciter à s'améliorer. La parole de l'Apôtre : “Si nous avons été hors du sens, c'était pour Dieu ; si nous sommes
raisonnables, c'est pour vous” (2 Cor. 5, 13) 60, devrait être pour chaque chrétien un bien précieux. S'il a trop fait dans
un domaine, qu'il reconnaisse sa faute devant Dieu ; s'il a trouvé le moyen de s’améliorer, qu'il en fasse part aux autres.
2. Je remercie Dieu de m’avoir permis d’être, durant toute ma vie, un homme de nostalgie. Même s'il ne m’a pas évité
de m'égarer dans quelques labyrinthes, il m'a tout de même donné la possibilité de sortir de la plupart. Maintenant, il
me conduit de sa main pour m'emmener dans le repos éternel. Le désir du Bien, quelle que soit la façon dont il croît
silencieusement dans le cœur de l'homme, est toujours un petit ruisseau jaillissant hors de la source de tout le Bien qui
vient de Dieu. Ce ruisseau est toujours bon et mène à bonne fin, pourvu que nous puissions l'utiliser à bon escient.
Nous sommes en faute si nous dévions les ruisseaux de ce désir, si nous ne trouvons pas la source ou si nous ne
sommes pas capables de réunir les ruisseaux pour en faire des fleuves et les conduire à la mer où sont abondance et
satiété de tout Bien.
La bonté de Dieu mérite gratitude, lorsqu'il nous guide à travers les couloirs de nos labyrinthes et qu'il nous tend enfin
le fil d'Ariane de sa sagesse, pour que nous arrivions jusqu'à lui, la source et la mer de tout Bien. C'est ce qui s'est passé
pour moi et je jubile, car il m'a mené sur les sentiers du désir et a exaucé mes souhaits et mes espoirs. Une vue
d'ensemble de ma vie me montre affairé comme Marthe (bien sûr au service du Seigneur et de ses Apôtres en amour)
ou en constant mouvement, entre activité et repos. Mais maintenant, je suis assis, et c'est là mon désir, avec Marie aux
pieds du Seigneur et mon cœur jubile : “Pour moi, approcher Dieu est mon bien” (Ps. 73, 28).
3. J’ai dit comment ma vie, mes activités, étaient semblables à celles de Marthe, au service du Seigneur et de ses
Apôtres, en amour, et je ne connais rien d'autre. Ou alors, maudite soit l'heure ou l'instant pendant lesquels j'ai eu
d'autres activités ou des activités réprouvées par les autres. Ceci concerne l'étude des méthodes d'enseignement (j'avais
grande envie de la faire), de l'école et des labyrinthes dans lesquels la jeunesse se perd, étude faite pendant de longues
années. D'aucuns ont pensé que cela ne se faisait pas pour un théologien, comme si Christ, en s'adressant à Pierre,
n'avait pas ajouté, son “Pais mes agneaux.” Et aussi, “Pais mes brebis.” (Jean 21, 15 & ss.). Pour l'éternité je
remercierai mon Seigneur le Christ, en amour éternel, pour avoir semé en mon cœur cet amour pour une brebis, et pour
avoir permis l'essor de mon travail afin de faire croître cet amour. Qu'on compare à ce propos le quatrième volume de
mon œuvre didactique, surtout les écrits 5, 7 et 8 dont les titres sont les suivants :
5. Sortie enfin trouvée hors du labyrinthe de l'école ou machine à enseigner, construite artificiellement. Elle ne laisse
plus immobile mais permet d'avancer.
7. L'art de mettre la sagesse dans la tête, de façon résumée, exhaustive et complète, et de ne pas la garder plus
longtemps uniquement sur le papier.
8. Le paradis retrouvé de l'Eglise, qui est le meilleur état de l'école, créé d'après le modèle de la première école du
paradis.
J’attends et j'espère, avec confiance en Dieu, que mon livre trouve un jour l'écho qu'il mérite, quand l'hiver dans lequel
est enveloppée l'Eglise sera passé, quand les fleurs renaîtront de la terre et que le temps du jardinage sera revenu (chant
de louange 2). Dieu saura donner à son troupeau des bergers choisis et altruistes. Ils emmèneront paître le troupeau du
Seigneur et la jalousie, prompte à trouver accès dans les cœurs des vivants, disparaîtra après la mort.
4. Vouloir apporter la paix fut un deuxième labyrinthe où j'ai longtemps erré et beaucoup souffert. J’ai beaucoup
travaillé à la réalisation de cet espoir. Les chrétiens se déchiraient mutuellement à propos des désaccords dogmatiques
et je voulus à tout prix les réconcilier. Jusqu'à présent mon travail a eu peu de succès. Peut-être un jour portera-t-il ses
fruits. Les gens sont inconciliables et on n’arrive à rien. Même pour mes amis intimes, s'attaquer à cette haine
dévastatrice semblait prématuré. Mais le succès viendra bien. Obéissons à Dieu et craignons-le plus que les hommes.
Notre époque est comparable à celle d'Elie. Il n'osait pas descendre du mont Horeb, il entendait l'effroyable ouragan
déchaîné par le Seigneur. L’ouragan déplaçait les montagnes et faisait trembler les rochers. Il vit le tremblement de
terre et le feu, et pourtant il ne vit pas Dieu. Mais le temps viendra où Elie entendra le paisible et doux murmure, où
Dieu sera avec lui et lui avec Dieu et où il parlera à son peuple (1 Rois 19). En ce moment, chacun croit sa tour de
Babel meilleure et sa Jérusalem vraie et incomparable. Il la met avant tout.
5. Cette opposition forcenée et l'inanité des différents essais de réconciliation m'ont donné l'espoir de travailler en
faveur de l’ensemble et non de ses éléments. Il faudrait trouver un remède universel pour soigner le corps tout entier, au
lieu de lui mettre un pansement sur la tête ou sur le pied et de coucher le patient sur le côté. J’aspire donc à réconcilier
tous les hommes entre eux et je suis déjà en train de chercher divers moyens pour atteindre mon but. Il y a trente ans
déjà, Dieu avait dynamisé mon désir. Mes amis, alertés, ont publié malgré mon refus, “Préliminaires pour un essai sur
la sagesse universelle”, afin d’en connaître le jugement des gens lettrés. La plupart ont émis un avis favorable, mais
d'autres m'ont reproché de mélanger ciel et terre en voulant réunir tant de choses qui se contredisent. Ils n’en médirent
pas moins sur cet écrit : il serait d'une insupportable témérité et d'une grande inconscience, un seul homme se
permettant de donner des conseils au monde. Une telle critique m'oblige à garder mes réflexions pour moi. Beaucoup
de monde connaissait mon œuvre et était au courant de mes intentions. Pourtant presque plus personne aujourd'hui ne
sait si mon livre est vraiment achevé. La plupart croient certainement cet irréalisable projet abandonné et a cessé de s'y
intéresser. Seule une petite minorité espère encore une suite. Mais leur espoir n'est-il pas vain ? Je ne dis ni “oui” ni
“non”, même maintenant où je suis au bord de la tombe. Par nos propres forces, nous ne pouvons rien faire, mais par
Dieu, rien n'est impossible.
6. Encore une seule recommandation ! Ne parlons pas d'inconscience si le croyant, l’aspirant en l'aide de Dieu, ose se
tourner vers le monde et a le courage de prévenir l'humanité et de l'inciter à agir de façon raisonnable. Car : 1) Nous
faisons tous partie du théâtre du monde ; l’intrigue nous concerne tous, toute la lumière nous vient de Dieu et nous le
remercions de nous avoir donné des yeux pour la contempler. 2) Toute l'humanité est une seule tribu, une seule race,
une seule famille, une seule maison, avec les mêmes droits : une partie peut y venir en aide au tout dont elle dépend, un
seul membre peut venir en aide à tout le corps, un membre de la famille peut aider la famille entière. Muni des mêmes
droits je veux, en tant que frère, aider mes autres frères, les hommes. 3) Dieu a donné au premier homme son
commandement de s'occuper des autres, et l'Ecriture sainte ne parle de rien d'autre (à côté de l'amour et de l'obéissance
que nous devons au Créateur) que de l'amour envers le prochain, d'une aide au service des autres. 4) Le bon sens de
l'homme dit la même chose, les sages l'ont même enseigné. SOCRATE a préféré mourir plutôt que de cesser
d'enseigner la vertu et SENEQUE dit : “Si la sagesse m'avait été donnée à condition de la garder pour moi sans en faire
profiter les autres, j'aurais préféré m'en passer.” Partout où les gens deviennent plus sages, ils veulent élargir le cercle et
en faire profiter le plus de monde possible. 5) Et le fils de Dieu lui-même, envoyé des cieux pour chercher ce qui a été
perdu, voulait uniquement le salut du monde par ses pensées, ses paroles et ses actes. Il envoya des messagers pour
apporter la bonne nouvelle, pas seulement à l’un ou l'autre, mais au monde entier (Marc 16, 15 ; Luc 24, 17 ). Ils ne
devaient pas annoncer l'Evangile en cachette, mais le crier sur tous les toits (Mt. 10, 27 ). C'est ce que les Apôtres ont
fait. “Leur voix a retenti par toute la terre et leurs paroles jusqu'aux extrémités du monde.” (Romains 10, 18 ). Ils se
réjouissaient de pouvoir porter l'Evangile là où le Christ n'avait pas encore prêché (15, 20 ), ils enseignaient la sagesse
entière : tous les hommes et chaque homme pouvaient être parfait tel Jésus Christ (Col. 1, 28 ). Finalement, une réussite
totale est prévue pour la fin des temps. Elle est loin d’être imminente, et pourtant attendue. Ses conseils seront ainsi
connus au Jour du Jugement dernier. (Jér. 30, 24 ). Aussi, personne ne doit être traité d’insensé s'il a perdu tout espoir
de rappeler ces choses sérieusement. On devrait plutôt s'estimer heureux si certains osent encore, au nom de Dieu,
tenter une telle entreprise, dans l'espoir, un jour, de la chute de la tour de Babel. L’Ange, enfin, descendra sur la terre
pour l'illuminer de sa clarté (Apoc. 18, 1 & ss. ).
7. La volonté de Dieu m'a envoyé dans un autre labyrinthe : l'édition des révélations divines de ce siècle, auxquelles j'ai
donné le titre “Lumière dans les ténèbres”. Ce travail a engendré beaucoup de fatigue, de jalousie et de dangers : toute
œuvre apporte soucis et difficultés ! La superstition engendre le mépris, doute et rejet menacent. J’ai vu la fin terrible
des railleurs. J'ai vu aussi ceux qui approuvaient l'œuvre disparaître subitement. Trouver une voie hors de ce labyrinthe
n’a rien de facile si on se limite à l’extérieur. Que doit-on faire ? Je ne vois qu’une solution : me confier à Dieu.
J’imiterai Jérémie “Une fois achevée la lecture de ce livre, tu y attacheras une pierre et le lanceras au milieu de
l'Euphrate en disant : ainsi doit s’abîmer Babylone pour ne plus se relever du malheur que je fais venir sur elle” (Jér.
51, 63 - 64 ). Si une prédiction ne se réalisait pas, je n'en avais pas rigueur, l'exemple de Jonas devant les yeux : trop
pointilleux, il s’en trouva mal (Jonas 4 ). Peut-être un changement de décision émane-t-il du conseil de Dieu. Peut-être
voulait-il aussi montrer l’impuissance des hommes sans lui, ou la soumission de leur force à sa volonté. Les gens sont
libres de contredire les serviteurs de Dieu, leurs paroles et leurs œuvres. Ils nient en même temps la légitimité divine,
l'accusant de ne rien faire et de ne révéler ses secrets qu’aux prophètes et à ses serviteurs (Amos 3, 7). Mais je suis,
avec David, libre de me taire et de ne pas ouvrir la bouche si je ne comprends pas ce que Dieu fait ou dit (Psaume 39,
9).
8. Que dois-je faire, après une vie passée à errer sur des chemins détournés, et mon travail souvent accompli en vain ?
Dois-je dire avec Elie : “Prends ma vie, car je ne suis pas meilleur que mes Pères” ? Ou dois-je supplier avec David
“Or, vieilli, chargé d'années, ô Dieu, ne m'abandonne pas, j'annoncerai jusqu'aux nues ta puissance et ta justice aux
âges à venir, ô Dieu, !” (Ps.. 71, 18). Non, je ne veux pas être perturbé et alarmé par le désir de l'un ou de l'autre. Mais
je laisse à Dieu le soin de prendre la décision de vie ou de mort, de paix ou de travail ; les yeux fermés, j’en veux suivre
la voie tracée. En toute humilité et avec une foi confiante, je veux prier comme David “par ton conseil tu me conduiras
et derrière la gloire tu m'attireras” (Ps.. 73, 24). Et si je pouvais avoir un désir personnel, ce serait le don de Christ et
rien d’autre : se contenter de l'unique nécessaire et tenir éloigné de moi - mieux encore - l’anéantir, le superflu.
PLUTARQUE raconte comment Alexandre le Grand, en voyant que le riche butin pris aux Perses alourdissait et
ralentissait son armée, mit de lui-même le feu aux véhicules qui le transportaient. Et les soldats ont suivi son exemple.
Ce qui était utilisable, ils le donnèrent aux nécessiteux, le reste fut brûlé. Ainsi ils redevinrent efficaces et prêts à
l'attaque. Pourquoi ne ferais-je pas cela ? Celui qui aspire au divin, ne doit-il pas laisser le monde entier derrière lui ?
Voyez, tous les biens matériels amassés, je devrai les laisser. L'utile et l'utilisable, je veux bien le donner à mes proches
dans le besoin. Mais le reste ne peut que les embarrasser comme il m'embarrasse. Je ne veux plus le garder et préfère le
brûler.
9. J’aimerais encore parler ici de mon dernier vœu, de mes dernières intentions. Je ne veux pas d’un palais, mais si je
pouvais avoir cette chance, d'une masure. Et si je devais ne pas avoir de chez-moi où je puisse enfin me reposer, je
ferais comme notre Seigneur, j'attendrais que quelqu'un veuille bien me prendre chez lui. Ou je resterais dehors, avec le
ciel pour tente, comme le fit notre Seigneur lors de sa dernière soirée sur le Mont des Oliviers. Les anges
m'emmèneraient vers Lui, dans son giron, comme ils le firent avec Lazare. Je ne veux pas d'habits luxueux, mais un
habit de grosse toile, comme Jean le Baptiste. Je me contenterai d'eau et de pain, et si autre chose devait s'ajouter, je
remercierai Dieu pour sa bonté. Ma bibliothèque sera trois fois le Livre de Dieu. Ma philosophie me montre,
contemplant avec des yeux étonnés, tel David, les cieux et toute la création de Dieu. Je le remercie humblement : lui,
créateur de l’univers, il s'abaisse jusqu'à moi, pauvre ver. (Ps.. 8 et 104). Un mode de vie très simple, avec beaucoup de
jeûnes, sera mon remède et mon éthique et se résumera en une seule phrase : ce que je ne veux pas que l'on me fasse, je
ne le ferai pas aux autres. Lorsqu’on m'interrogera sur ma théologie, je ferai comme Thomas d'Aquin, mourant (et je
dois mourir bientôt aussi), je saisirai ma Bible et je dirai avec mes lèvres et mon cœur : “Je crois en ce qui est écrit là-
dedans.” Lorsqu'on me demandera quelle est ma foi je dirai qu'elle est celle des Apôtres. Car aucune n'est aussi concise,
aussi simple, aussi primordiale, aucune ne résume aussi bien l’essentiel et ne tranche avec autant de netteté les
polémiques et les disputes. Interrogé sur ma façon de prier, je citerai le Notre Père, la prière de notre Seigneur. Car la
prière du Fils unique, qui a surgi du sein du Père, est la bonne clé pour ouvrir le cœur du Père. Pour connaître le fil
directeur de ma vie, il suffira des dix commandements. Dieu seul peut dire ce qui lui est agréable. Si on m’interroge sur
l'état de ma conscience, je répondrai : pour moi et mon être, je doute de tout. Je reconnaîtrai : je ne suis pas toujours
capable d’agir selon la justice. Je dirai humblement : “Je suis un serviteur inutile (Luc17, 10 ), aie patience avec moi, je
veux tout te payer.” (Mt. 18, 26 )
10. Les admirateurs de la sagesse des hommes riront peut-être de ce vieux devenu sénile descendu des sommets de sa
suffisance jusqu’aux profondeurs de la bassesse. Grand bien leur fasse ! Mon cœur aussi se réjouit de quitter bientôt les
méandres de la vie. “J’ai enfin atteint le port, adieu chance, je n'ai plus besoin de toi.” Mais je dis : j'ai trouvé le Christ,
adieu, pauvres idoles ! Christ est mon unique et mon tout ! Je préfère être assis à ses pieds plutôt qu’aux pieds de tous
les trônes du monde, je préfère son humilité à toutes les pédanteries. J’ai trouvé le ciel sur terre en reconnaissant
toujours davantage les traces de pas de ce divin guide. Marcher sur ces traces et ne pas en dévier, c'est pour moi le plus
sûr chemin pour aller au ciel. Ma vie n'était que pérégrinations, je n'avais pas de patrie. J’ai été continuellement ballotté
d'un lieu à l'autre, nul1e part je n'ai trouvé d'endroit où m'installer. Mais maintenant, je vois déjà ma divine patrie. Mon
guide, ma lumière, mon Christ m'a conduit à ses confins. Il m'a précédé pour me préparer une place dans la maison de
son Père aux multiples demeures. Déjà il vient me chercher pour être avec lui. Ceci est mon unique nécessaire : j'oublie
tout le passé et vers le but seul, le joyau de la vocation divine, je porte mon regard (Phil. 3, 13 - 14).
11. Je te remercie, Seigneur Jésus, tu as initié et accompli ma foi. Malgré mes égarements sur le chemin en suivant de
faux prophètes, malgré les nombreux obstacles dus à l’ignorance des choses essentielles, tu as permis à mon chemin de
se prolonger jusqu’aux bornes de ma patrie divine tant attendue. Ainsi je n’aurai qu'à passer le Jourdain de la mort. Je
pourrai enfin contempler la magnificence de ton royaume. Je te loue encore et encore pour ton aide miséricordieuse, toi
mon Sauveur. Tu ne m'as concédé ni patrie ni foyer, ici sur terre, mais tu m’as attribué ce monde comme un lieu de
bannissement et d'errance. Je peux donc dire avec David : “Je suis ton pèlerin et ton citoyen” (Ps. 39, 13), mais je ne
voudrais pas dire à l'instar de Jacob : “Le temps de mes pérégrinations est réduit et n'est pas aussi long que celui des
mes pères. Tu m’as permis de vivre plus longtemps que mon père et mon grand-père. Des milliers de mes compagnons
d'exil pendant les quarante ans de notre exil dans le désert ont succombé avant moi. Tu as tout fait selon ton conseil et
je repose, confiant, dans tes mains. Tel Elie dans le désert, tu m'as toujours envoyé un ange avec un bout de pain et un
peu d'eau et tu n'as pas permis que je meure de faim et de soif. Tu m'as aussi préservé des menaces de la foule. Elle
considère le superflu comme l'être vrai, le chemin comme le but, l'agitation comme la paix, les pérégrinations comme le
royaume du Père ou comme la patrie ; tu m'as conduit sur le mont Horeb, oui, tu m'y as même poussé. Que Ton nom
soit loué !”
12. Si de temps en temps je me suis comparé à un pèlerin incompris, c’était selon ma vie actuelle : je considérais
l'inutile comme étant utile. Je renonce à ceci maintenant. A la fin de ma vie, je veux faire comme ce marchand à la
recherche de perles : il a tout vendu pour trouver une perle plus précieuse que les autres (Mt. 13, 45). Toi Seigneur
Jésus, tu es pour moi cette perle précieuse, Tu es le seul vrai Bien, Tu es nécessaire. Je veux te chercher, te trouver et
donner tout ce que je possède et tout ce que je ne possède pas. Le gain comme le don du monde, ne sont rien. Je veux
Te gagner, Toi, ô mon Seigneur Jésus (Phil. 3, 8). La dernière tâche en ce monde doit être celle d'apprendre à mourir à
ce monde et de naître à la vie future.
13. Seigneur Jésus, si j'ai encore une tâche en ce monde, fais-moi l’accomplir ! Et une fois achevée, laisse ton Simon
chanter joyeusement : “Maintenant Seigneur, Tu peux me prendre avec Toi !” Mais si tu m'envoies la mort avant
d’avoir terminé mes derniers écrits, je m'en contenterai et, en mourant, je dirai, tel ce philosophe païen : “Maintenant, je
n'ai plus à m'occuper que de moi-même.” Mais je ne voudrais pas entrer dans l'éternité sans y être préparé, comme tant
d'autres malheureusement. Je veux chanter pour l'éternité Ta miséricorde : tu m'as arraché de la mort des morts et tu
m'as montré les chemins vers la Vie (Ps. 16).
14. Mais vous, chrétiens, réjouissez-vous de votre détachement et écoutez les paroles accueillantes de notre guide
divin : “Venez à moi, vous qui êtes fatigués et chargés, je vous donnerai du repos.” Répondez-lui d'une seule voix :
“Oui, nous venons. Regarde-nous, accepte-nous, soulage-nous ! Aide-nous, nous, dans la peine, allège notre fardeau,
soulage-nous, nous, pèlerins fatigués. Conduis-nous loin des gouffres de ce monde sur un sol affermi, l'ennemi ne
pourra nous en déloger. Laisse ta grâce rayonner sur nous, si telle est ta volonté. Nous préférons garder la porte de ta
maison à une vie dans des palais impies. O Seigneur, dans notre labyrinthe nous avons besoin d'un guide, ne nous
abandonne pas, d'une aide alors que nous roulons des pierres sans fin, d’un ami plein de bienveillance, pour notre faim
et notre soif perpétuelles. Nous l’attendons en vain du monde, qui ne cesse de faire des promesses - mais ne peut
donner ce qu'il ne possède pas lui-même - nous l'attendons de toi seul, tu es notre dernier espoir. Tous les hommes sont
dans l'illusion, ils se fatiguent et ont toujours faim. Apporte-nous ton aide, à nous les errants, ô toi, vérité éternelle.
Soutiens-nous, nous si vacillants, ô toi, vertu éternelle. Rassasie-nous du Bien, ô toi source de tout Bien. J'exulte et je
veux louer ton nom pour l'éternité car Tu m'aides, moi le dernier de tes serviteurs, Tu me soutiens et me rassasies.”
15. Devant la face de Dieu, voici mon témoignage. J’y puise grande force : je veux retourner, en mes derniers jours, à
l'unique nécessaire. C'est aussi ma dernière volonté, mon testament. Alors, ma maison, mes fils et mes filles, mes petits
enfants, écoutez la voix de votre père avant son départ vers ses pères. Je veux vous conduire vers le Père des pères ! Je
ne vous laisserai pas d'autre héritage : il est l’unique nécessaire ! Vous devez craindre Dieu et suivre ses
commandements, comme tous doivent le faire (Eccl. 12, 13). Si vous faites cela, Dieu sera votre héritage, votre
bouclier et votre grande récompense.
16. Je dis la même chose à mes frères, ils resteront après moi dans une église dispersée. Aimez Dieu et servez-le de tout
votre cœur, n'ayez pas honte de sa croix, portez-la jusqu’à la fin si vous voulez devenir sages. Je vous recommande
expressément l'héritage de Christ, sa pauvreté et sa croix. Ceci sera votre chemin vers les trésors éternels et vers la
magnificence éternelle ; mais il vous faut posséder l'esprit de Christ et tenir jusqu'au bout. Mais toi, ô Seigneur, tu as dit
un jour à Pierre : si tu te convertis, tu fortifies tes frères ! Dis maintenant pour moi, ton serviteur, cette parole : si tu te
détournes de l'inutile et te tournes vers l'Unique Nécessaire, alors enseigne-le à tes frères. J’appelle frères tous ceux qui
se réclament de Christ, tous ceux qui sont mes parents par le sang, c'est-à-dire tout le genre humain qui habite sur terre.
17. Cette sagesse du Christ, je la recommande à toi aussi mon peuple, ma Moravie, ma Bohème, Silésie, Pologne,
Hongrie, lieux où j'étais lors de mon exil et où j'ai goûté maintes bonnes choses. Que le Seigneur vous le rende et vous
donne l'Unique qui est nécessaire, la sagesse qui vous permettra de tirer profit de vos avantages et de ne pas en
mésuser. Un roi du nord avait le luxe en horreur, il a dit un jour : la Bohême se perdit par l'abondance. Je dois dire la
même chose de toi, ma Pologne, si tu ne te dépêches pas de te tourner vers l’unique nécessaire, vers la simplicité. La
présomption, l'abondance et une paix trop confortable furent la cause des malédictions qui accablèrent Sodome.
18. Les douze dernières années de mes pérégrinations, je les ai passées dans la capitale de la Hollande, lieu de
commerce du monde. C'est là où j'ai eu le plus l'occasion de me rendre compte à quel point on peut se passer de choses
dans ce monde. Là aussi, j'ai réfléchi sur l’unique nécessaire et, pris dans les mille labyrinthes de la vie, j'ai eu le désir
de m'en échapper. J’ai pu ne pas me disperser dans mille et une tâches, j’ai mis de l'ordre dans mes affaires et les ai
réglées. Dieu m’a évité d’être comme tous ces gens, toujours avides, toujours affamés, toujours assoiffés. Ceci aura été,
jusqu'au dernier jour de ma vie, mon grand trésor, ma plus grande joie. Je me souviens comment le conseil municipal
m'a accueilli lors de mon arrivée dans la ville, il espérait que je donnerai un enseignement dynamique. Mais moi je
voulais suivre l'exemple de mon Seigneur : il a gardé le meilleur vin pour la fin aux noces de Cana. D’après mon
passé, on s’attendait à ce que j’accomplisse un certain type de tâche. Je devais donc surprendre, en mieux. J’espère que
les fins maîtres cuisiniers seront présents, qui savent juger correctement la transformation de l'eau en vin, selon la
parole de l'Apôtre : “Profitable, oui, la piété l'est grandement. Encore faut-il se contenter de ce que nous avons. Car
nous n'avons rien apporté dans le monde et de même nous n'en pouvons rien emporter. Si nous avons nourriture et
vêtement, sachons être satisfaits.” (1 Tim. 6, 6-9). L'Ecriture sainte, à propos de Babylone, y fait peut-être allusion. Elle
a sombré dans l'abondance et les mauvaises mœurs, et n'a eu puissance et gloire qu'en mettant la main sur le monde, en
vendant et en achetant. (Apoc. 18, 11-20). Chaque homme, chaque association, chaque Etat, chaque pays n'aime que
trop s'occuper de ses affaires terrestres et se laisse griser par elles. Et donc ils oublient rapidement le Bien supérieur,
éternel et divin, ils oublient Dieu, la source de tout Bien, et se noient dans la déchéance et la damnation. Un peu de vin,
(Proverbes, chapitre 31), donne des forces, mais consommé sans mesure, il est comme le poison et conduit à la mort.
Plus de gens sont morts noyés dans le vin que dans l'eau.
19. O Seigneur Jésus-Christ, Toi unique enseignant de la sagesse, qui nous a donné la loi de l’unique nécessaire : je te
demande deux choses avant de mourir, tu ne pourras pas me les refuser. Tu veux me donner ce dont j'ai besoin pour
mener une vie correcte et pour avoir une mort tranquille. Mais si cela ne concourt pas à atteindre ce but, garde-le loin
de moi pour ne pas m’alourdir la vie.
20. Autre chose : donne-moi la force de montrer aux autres cet unique nécessaire. Que les gens agissent de façon
insensée quand ils méprisent les choses dont ils auraient besoin et se donnent entièrement à celles qui sont inutiles ! Car
Tu veux conduire tous les assoiffés vers la source de la Vie, mais ils se construisent, ici et 1à, des citernes qui ne
peuvent pas contenir cette eau. Tu offres gratuitement du vin et du lait, sans qu'on ait besoin d'argent, sans que ces
denrées aient un prix, mais ils préfèrent payer des denrées qui ne procurent aucune satisfaction (Isaie 55, 1-2) et acheter
la maladie, la mort et la déchéance, la damnation et l'enfer. Aies de la miséricorde envers eux tous, Toi le
Miséricordieux, au nom de Ta grande Bonté. AMEN !

Conclusion
Voici encore quelques paroles sur l’Unique vraiment nécessaire, sur ce qui est primordial, dont il faut donc tenir
compte en premier.
Cette dernière page blanche m’incite à écrire encore quelques mots sur la noble façon de vivre la règle de Christ. Je
voudrais encore dire les choses suivantes : ne te laisse distraire par qui ou quoi que ce soit, trouve ta vérité en toi-
même. Tu dois partir à la recherche de toi-même, chercher tes ressources intérieures inaliénables. Christ dit à ce
propos: “Et que servirait-il à un homme de gagner le monde entier, s'il se détruisait ou se perdait lui-même ?” (Luc 9,
25). On peut aussi inverser cette phrase : “Quel tort y a-t-il à tout perdre si l’on gagne son âme ?” Aucun ! Car s'il a
son âme, il a tout. Ceci me fait penser à une parole célèbre de Bias de Priène. Son adage était le suivant : beaucoup et
plusieurs n’arrangent pas les choses. Il avait perdu son royaume, tous fuyaient et emportaient leurs biens les plus
précieux, lui seul n'avait rien emmené de ses trésors. Très étonné, quelqu'un lui demanda pourquoi. Il répondit : ce qui
m'appartient, je l'ai bien pris. Il le portait dans son cœur, pas sur ses épaules, seul l'œil spirituel pouvait le voir, non pas
l'œil de chair, comme le dit Valérius Maxime.
Nous admirons et nous louons ces paroles et cet acte héroïques. Mais ne devrions-nous pas plutôt louer mille fois plus
le Fils de Dieu, incarné pour nous dans la chair ? Il ne voulait rien posséder des biens terrestres. A l’article de la mort,
on lui arracha les vêtements du corps, on les partagea devant ses yeux. Et, quoique maître des cieux et de la terre, il fut
privé de sépulture. Il aimait voir ses fidèles se rappeler son exemple : “Cherchez d'abord le royaume des cieux et sa
justice et tout le reste vous sera donné de surcroît.”
Un jour, un jeune homme riche vint vers lui et lui demanda comment arriver à la Vie. Le Seigneur lui montra la voie
des commandements de Dieu. Mais il répondit qu’il avait déjà pratiqué tout cela. Continuant maintenant sa recherche, il
voulait savoir ce qui lui restait à faire. Alors le Seigneur lui répondit : “Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu
possèdes et donnes- le aux pauvres. Ainsi tu amasseras des richesses célestes, puis viens et suis-moi” (Mt. 19, 21). De
là découlent ces paroles paradoxales, que nous, en tant que chrétiens, devons nécessairement apprendre et mettre en
pratique :

“Heureux vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous. Heureux vous qui avez faim maintenant, car vous serez
rassasiés. Heureux vous qui pleurez maintenant, car vous rirez”, mais par contre, “Malheur à vous, les riches ! Car vous
avez votre consolation. Malheur à vous, qui êtes repus maintenant ! Car vous aurez faim. Malheur à vous qui riez
maintenant ! Car vous connaîtrez le deuil et les larmes” (Luc 6, 20-21 et 24-25). Les apôtres enseignaient la même
chose aux jeunes chrétiens et leur conseillaient de chercher un autre bonheur, une autre richesse, une autre satiété,
inaccessible au monde.
L'Apôtre dit : “Par les armes offensives et défensives de la justice, dans l'honneur et l'ignominie, dans la mauvaise et la
bonne réputation ; tenus pour imposteurs et pourtant véridiques ; pour gens obscurs, nous pourtant si connus ; pour gens
qui vont mourir, et nous voilà vivants, pour pauvres, nous qui faisons tant de riches ; pour gens qui n'ont rien, nous qui
possédons tout.” (2 Cor. 6, 7 à 10).
Que doit faire celui qui a compris ces paroles apparemment pleines de contradiction ? Il doit choisir la bonne part en
lui. Personne ne peut la lui dérober. La somme de ce trésor spirituel peut être résumé en quatre règles :
1. Ne t'encombre pas de choses dont tu n'as pas nécessairement besoin pour ta vie ; contente-toi du minimum qui suffit
à ton aisance et loue Dieu.
2. Si tu ne peux pas avoir d'aisance, contente-toi du nécessaire.
3. Si de cela même tu es privé, pense à te préserver toi-même.
4. Si cela ne t'est pas non plus possible, abandonne ton corps ; il n’est que Dieu à qui tu doives t’attacher.
Celui qui possède Dieu, peut se passer de tout. Avec Dieu, il possède le Bien le plus élevé et la Vie éternelle pour
l'éternité.
Voici pour la fin, mes souhaits pour tout le monde

FIN
(du texte original de J.A. Comenius)

(Ici se termine le texte de Comenius, nous allons maintenant reprendre au 1er chapitre, comme indiqué au début)

Chapitre I
Le monde croule sous les choses inutiles, ploie sous les fardeaux, erre dans l’illusion, comme le montrent maints
exemples.
1. L’homme a été créé à l’image de Dieu et rendu maître sur toutes choses. Il s’en occupe de trois façons.
Premièrement il les examine afin de connaître chacune d’entre elles. Deuxièmement il y œuvre, afin de les rendre
utiles, et troisièmement, il les emploie pour son plaisir.
Le récit de la Création en parle : Dieu planta un jardin de Délices (Gen. 2, 8)61 y installa l’homme pour qu’il le cultive
et s’en occupe (v.15)62, et lui montra tous les animaux par lui créés, pour les VOIR et les nommer (v.19)63.
Il en ressort par conséquent que ce qui fait le bonheur de l’homme est : premièrement, la possession d’une raison
éclairée, pour pouvoir discerner les différentes choses entre elles ; deuxièmement, le succès dans l’accomplissement
des œuvres et troisièmement, l’occasion de profiter sainement des biens de cette vie pour la satisfaction et la tranquillité
de son esprit.
2. En revanche, trois choses concourent également au malheur de l’homme. Premièrement, la raison n’est pas à l’abri
d’égarements, d’erreurs et de confusion ; deuxièmement, les actions s’avèrent souvent hésitantes, fautives et peu
rigoureuses ; troisièmement, on y gagne peu et il en résulte une faim et une soif de nouveaux plaisirs sans fin. Depuis le
premier homme, notre racine originelle, ces trois lots, une raison faillible, une action fautive et des désirs inassouvis,
sont les tristes et fidèles compagnons de l’humanité. L’homme originel a mésusé des choses et de lui-même au point
d’avoir été chassé du Paradis. Il a été envoyé sur terre - frappé pour ses péchés - et sa damnation consiste à passer d’une
vie de délices à une vie de dur labeur accompli à la sueur de son front jusqu’à la mort (Genèse 3, 17)64. C’est pourquoi
nous, ses descendants, nous avons hérité de la punition de ses péchés.
3. Certes, comme de tout temps s’en plaignent les hommes pieux et sages : tout ce qui est humain est confus, notre
travail est souvent pénible et reste vain, au lieu des plaisirs il n’y a que souffrances et combats spirituels. Ce sont
souvent des hommes sages et avisés qui expriment de telles plaintes. Les livres du sage Salomon en regorgent. Sa
propre vie fourmille d’erreurs, de peines et de regrets. En effet, il se lamente de ne pouvoir comprendre l’œuvre de
Dieu dans son intégralité (Eccl. 3, 11)65 et d’être incapable de découvrir ce qui se fait sous le soleil. Plus ses efforts
augmentent, plus il s’égare. Il n’y a trouvé qu’une seule chose : “Dieu a fait l’homme comme il faut, mais les hommes
ont cherché une foule de complications” (Eccl*.7, 29)66. Le travail n’apporte à l’homme que grandes fatigues car “ce
qui est courbé ne peut être redressé et ce qui fait défaut ne peut être compté” (Eccl. 14 - 15)67. Il se plaint à la vue des
œuvres de ses mains (elles sont pourtant bien plus importantes que celles des autres êtres mortels) : tout est vanité et
rien ne dure sous le soleil (2, 11)68. Que lui sert d’avoir travaillé pour du vent (5, 15)69 ? Car pour courir, il ne suffit
pas d’être rapide, pour se battre, il ne suffit pas d’être fort, pour se nourrir, il ne suffit pas d’être adroit, pour être riche,
il ne suffit pas d’être rusé ; Il ne suffit pas d’être agréable pour faire le bien. D’ailleurs c’est souvent le contraire qui se
produit : le travail est dommageable. Par exemple : celui qui roule des pierres et les éloigne peut se blesser, celui qui
coupe du bois peut attraper des échardes (10, 9)70. Finalement, cette plainte finira par retentir : rien n’apporte la satiété
(1, 8)71, il a goûté à tous les délices imaginables et ne s’est refusé aucun plaisir. Cependant, il est parvenu à cette
compréhension : tout dans ce monde est vanité, ceci lui a gâché la vie et lui a fait prendre ses biens en horreur (2- 1, 6,
7, 8, 10, 17)72. Il en arrive même à cette pensée : nés dans un autre temps et pas encore nés, ceux qui n’ont pas encore
vu tout le mal de ce monde sont bien plus heureux que lui (4, 6.73 6, 3).
4. Les sages de la Grèce antique74 ont placé ces réflexions dans les fables et les allégories pour les mettre à la portée
des hommes de leur temps. Manière intelligente de parler du labyrinthe, du rocher de Sisyphe et des tortures de Tantale.
Attardons-nous donc un peu parmi ces vieilles légendes et essayons de comprendre nos propres souffrances à leur
lumière, pour en trouver les remèdes.
5. Voici la légende du labyrinthe : Minos, le puissant roi de Crète, avait pour épouse Pasiphaé, une femme passionnée
et sensuelle. A la suite d’un accouplement adultère avec un taureau, elle enfanta un monstre, mi-homme, mi-taureau, le
Minotaure. Le roi lui fit construire un labyrinthe par Dédale, un architecte exceptionnel. C’était une construction pleine
d’inextricables couloirs, avec de nombreuses salles, chambres et escaliers. Nul n’était parvenu à en trouver la sortie.
Minos y enferma le bâtard. Il y envoya aussi les condamnés à mort. Soit ces derniers devenaient la proie du Minotaure,
soit ils mouraient de faim. Seul Thésée, fils d’un roi athénien, réussit à en sortir, grâce à une pelote de fil. Ariane, la
fille de Minos, de compassion, la lui avait remise en cachette sur les conseils de Dédale
6. Telle est l’histoire légendaire que rapportent les anciens à propos du labyrinthe. Les mythologues le comparent à la
vie humaine, en vérité insondable, remplie de problèmes insolubles : aucun mortel, à défaut d’être inspiré de la sagesse
de Dieu, ne saurait s’y retrouver.
Toutefois, il est possible d’éclaircir cette histoire mystérieuse. Minos, le roi de Crète, y joue le seigneur de l’univers,
c’est-à-dire Dieu, et Pasiphaé, celui de son image, de l’homme. Lorsque la bête infernale, Satan, lui fait commettre
l’adultère, elle engendre un monstre, le Minotaure. Il représente la sagesse de ce monde (produit issu à la fois de la
semence divine et de la semence du démon). Vue d’en haut, elle est parfaite et divine, à l’image de Dieu. Vue d’en bas,
elle est difforme et terrestre, elle porte l’empreinte du diable. Nous cherchons par notre savoir à être semblables à Dieu,
mais nous sommes devenus les compagnons du diable en refusant de nous soumettre. Pour nous punir, le roi de
l’univers a décidé que le monde, créé pour nous afin de devenir le théâtre de la sagesse, se transforme en labyrinthe.
Nous tournons tous inlassablement dans les méandres de ses couloirs. Salomon ou tous les autres sages ne sont pas les
seuls à témoigner de ce fait. Nos propres expériences, nous le montrent triste et interminable. Le monde entier est un
gigantesque labyrinthe, composé d’une multitude de plus petits s’enchevêtrant, et tous nous y errons, passant de l’un à
l’autre.
S’il nous était donné de pouvoir lire dans chaque cœur humain, qu’y verrions-nous ? Des chemins tracés par nos
pensées et notre imagination : ils se coupent et se recoupent, en pelotes inextricables. Même une connaissance parfaite
de toutes les langues ne nous permettrait pas de comprendre tous ces bruits et ces sons dissonants. Si nous connaissions
toutes les occupations, et tous les travaux des hommes, nous pourrions nous croire face à une fourmilière ; nous y
verrions d’incessants déplacements, va-et-vients continuels vers le haut, vers le bas, à droite, à gauche. Si même un
homme comme Salomon, pourtant le plus sage et le plus accompli de son royaume, parle de son travail comme d’un
labyrinthe (il le reconnaît et s’en plaint souvent amèrement ; ses successeurs ont pu suffisamment l’entendre), quel roi,
quel prince, quel homme noble ou même quel homme simple pourrait alors espérer être épargné par les errements
éternels et la détresse ?
7. Qu’en est-il de la légende de Sisyphe ? On raconte que les dieux ont condamné Sisyphe aux enfers. Il devait y rouler
une énorme pierre jusqu’au sommet d’une montagne, car ses actes mauvais les avaient mis en colère. Aussitôt que la
pierre était au sommet, elle redescendait de l’autre côté du versant en roulant et il devait recommencer à la pousser vers
le sommet, et ainsi de suite, éternellement. Que signifie cette histoire ?
Si de nouveau, on change les noms, cela nous concerne, la légende parle de nous, nous nous en rendons bien compte.
Les hommes peinent sans arrêt sur leur dur labeur et n’atteignent pratiquement jamais leur but. Car la fin d’une tâche
est toujours le début d’une autre. Le soleil se couche pour se lever le lendemain. Les fleuves coulent vers la mer, leur
but apparent, pour revenir vers leur source. Chaque jour, l’homme se couche pour se reposer et chaque jour il se lève
pour aller au travail. Année après année, le paysan fait la moisson et année après année, il est obligé de semer. Lorsque
quelqu’un croit avoir mené à terme une tâche, il voit bientôt qu’il n’en tire pas le moindre profit. Un autre va bientôt le
détruire. Le maître d’œuvre peut aussi décider autre chose. Ce qu’il a fait ne lui plaît plus. La construction peut aussi
s’effondrer d’elle-même. Alors il faudra la rebâtir.
Combien d’animosité et de disputes, combien de guerres et de traités de paix apparente, se ravivent à nouveau en
batailles et autres guerres ? Les œuvres les plus grandioses, construites devant les yeux étonnés du monde, le
confirment par la rapidité de leur déclin. Où sont tous ces royaumes, édifiés pour l’éternité par des hommes
prestigieux ? Ils se sont évanouis dans le néant. Plus personne ne se souvient d’eux.
Nous sommes pareils à Sisyphe. Tout ce que nous entreprenons, ressemble aux rochers de Sisyphe ! (Psaume 90, Eccl.
* 6)75
8. Et enfin Tantale. Sa gourmandise le perdit. Selon d’autres sources, il doit sa condamnation à son incessant
bavardage. Aux siècles des siècles, il doit endurer faim et soif, au milieu d’un jardin rempli d’arbres fruitiers
appétissants. Une eau claire comme du cristal lui arrive jusqu’aux lèvres. Et il ne peut atteindre ni l’un ni l’autre, tout
fuit devant sa bouche. Ovide a composé à son sujet un chant :
“L’eau cherche de l’eau, veut prendre des fruits qui s’évaporent,
Tantale, puni, pour sa langue trop bien pendue. »
Ceci est une image bien fidèle du sort réservé aux hommes. Le plus avide de richesses, de gloire, de plaisirs ou de tout
ce qu’en cette vie la convoitise attire, souffre d’une grande faim et soif. La volupté et les désirs ne connaissent pas de
satiété. On mange pour manger encore, ainsi le bon vivant ne peut-il se passer de plaisirs, l’orgueilleux de se mettre en
valeur, le riche d’amasser des richesses. Les désirs ne se laissent pas combler, ils veulent être nourris sans cesse
davantage. La terre ne boit jamais assez d’eau et le feu jamais ne dit : c’est assez. Il en va de même de l’homme et de
toutes les choses suscitant son désespoir. Tous les jouisseurs, les orgueilleux, les avides, autant que la terre en porte,
sont condamnés à l’éternelle faim et soif de Tantale. Puisque nous sommes tous, sans exception, soumis à nos désirs
(l’un plus, l’autre moins), nous pouvons nous considérer tous comme de pauvres hommes-Tantale.

9. Les trois légendes peuvent recevoir une autre interprétation : l’histoire du labyrinthe peut représenter la vie présente,
l’histoire de Sisyphe la mort, le mythe de Tantale la vie après la mort.
Aussi longtemps que nous vivons, chacun possède son propre labyrinthe, ses différentes activités et les difficultés
afférentes. Au moment de la mort, nous pensons être déchargés du fardeau écrasant de nos péchés ! Malheur à celui qui
est condamné pour l’éternité à subir le sort de Tantale !
10. Je vais reparler des peines de la vie présente et j’affirme : qui prend plaisir à passer par toutes les étapes de la vie de
l’homme - âge, sexe, position sociale et rang - verra ses désirs constamment transformés en labyrinthe, en rochers de
Sisyphe, en vanités. La jeunesse, comme la vieillesse, n’est qu’un labyrinthe sans fin : les deux sexes, hommes et
femmes, n’en sont pas épargnés. Chacun connaît sa peine : le paysan, l’ouvrier, le marchand, le soldat. Qui n’en aurait
pas dans sa vie ?
11. Les philosophes, et d’autres qui se consacrent à des études savantes, cherchent à remédier aux erreurs de l’esprit et
aux souffrances de la vie. Leurs propres plaintes montrent à quel point ils trouvent peu de choses. Cela se voit aussi à
leurs interminables disputes connues du monde entier.
ARISTOTE a récusé les idées de tous les philosophes avant lui et espérait trouver une philosophie sûre, où tout
trouverait systématiquement sa place. Pourtant jusqu’à aujourd’hui encore, beaucoup le contredisent. Les uns
cherchaient à tout rassembler de cette manière, les autres d’une autre - à notre époque sont concernés des hommes
comme PATRICIUS, TELESIUS, CAMPANELLA, BACO de VERULAM et DESCARTES 76.
A quoi sont-ils arrivés ? Les points de discorde demeurent toujours. Personne ne se propose plus de les résoudre.
Descartes semblait avoir trouvé un chemin facile hors du labyrinthe des erreurs. Il envisagea de revoir l’idée suivante :
la vérité est d’avance connue. On devrait tout éprouver depuis le début pour n’accepter que la vérité solide et
empirique. Beaucoup l’ont suivi dans ses idées. Mais il semble dangereux de vouloir tout mettre en doute, l’humain
comme le divin. Il s’agit par ailleurs d’un travail titanesque. Certains se plaignent de l’élévation de ce nouveau
labyrinthe. Il est si inextricable ! Même Dédale ne saurait s’en sortir. Le fil d’Ariane ne lui serait d’aucune utilité.
DESCARTES construit son monde physique en posant comme acquise l’existence de certains mouvements
tourbillonnaires; mais il s’avère incapable de prouver le début, la fin, la forme, le nombre et le but de ces mouvements.
Enfin il affirme un être d’apparence : serait-il vraiment un être de réalité ? La matière formatrice du monde aurait une
densité plus ou moins grande (il suit en cela une certaine spéculation métaphysique), mais ceci n’est pas vrai en réalité :
les différentes compositions des éléments, constatables grâce à diverses expériences, montrent le contraire. De grands
instruments scientifiques prouvent justement que sa nouvelle image du monde est une illusion.
12. La dialectique est la clé de toute la philosophie, celle qui guide à travers tous les domaines de la raison humaine.
Elle est tellement choyée et honorée, on ne pourrait plus rien comprendre sans elle, croyait-on. “C’était un fil d’Ariane
et elle pouvait, à elle seule, trouver la sortie du labyrinthe de l’esprit errant.” Mais celui qui a vu dans quelle misère les
dialecticiens se sont enlisés et comment ils se disputent entre eux, n’y voit finalement qu’un labyrinthe.
13. Qui est capable de dénombrer les labyrinthes apparus avec l’astronomie et la géographie, avec l’histoire et la
chronologie, avec la médecine, la chimie et l’alchimie, etc... Celui qui entre dans l’une de ces matières, marchera sur
des chemins d’illusions et ne pourra plus en sortir.
14. L’art de maîtriser la société humaine, c’est la politique. Elle est secondée en cela par les sciences du droit. Son but
est de maintenir les rapports entre les hommes en ordre, en paix et en tranquillité. Preuve de sa nécessité : les lieux de
jugement, les tribunaux et les mairies. Ils ne désemplissent jamais. On y entend constamment les échos des disputes et
des conflits. Malheureusement, entre les peuples et les pays ils sont encore plus terribles. Le monde se déchire de façon
ignoble.
15. La religion, lien entre l’esprit créé et l’esprit incréé, doit apporter consolation dans tout le terrestre. Elle ne doit pas
seulement montrer le port qui mettra à l’abri des ouragans de la vie sur terre, mais aussi y conduire. Répond-elle à cette
vocation ? Hélas ! Elle est elle-même devenue un labyrinthe et il est bien compliqué. Au lieu d’une seule religion, elles
sont innombrables, chacune se divisant encore en plusieurs autres. Que de labyrinthes, où que le regard porte !
Evidence criante, surtout pour les esprits intelligents doués de sens politique, toute vérité est niée dans les religions. Ici,
fables et rien d’autre : elles rejettent l’existence de la divinité et la crainte qu’elle inspire ; elles se jettent dans les bras
de l’athéisme. Cependant, ces hommes cherchent la lumière là où en réalité les ténèbres règnent. Ils cherchent la
sécurité dans l’anesthésie de la conscience et la vie là où il n’y a que mort.
Malheur à nous !
16. La religion des païens était une fable, il est vrai, avec sa quantité insensée de dieux et d’idoles. Le judaïsme se place
à peu près au même niveau, même s’il se réfère au Dieu unique, notre créateur à tous. La dégénérescence s’infiltre
partout et le judaïsme est devenu un simple pharisaïsme, chaotique et superstitieux. Il en va de même pour l’Islam, un
mélange de judaïsme et de christianisme, sombre antre d’erreurs.
17. La religion chrétienne a pour guide celui qui est “le chemin, la vérité et la vie” (Jean 14, 6)77. Elle pourrait et
devrait être “le saint”, le chemin promis par les prophètes vers Sion, tellement droit que “même les insensés ne peuvent
se tromper” (Isaïe 35, 8)78. Mais en est-il ainsi ? Malheureusement non ! Sur la terre entière on ne trouvera pas d’autre
labyrinthe aussi inextricable ! Voilà où nous en sommes. La compréhension et la connaissance du christianisme sont
plurielles, différentes. Il est déchiré en mille sectes, il est divisé en des milliers de croyances et en autant d’opinions et
de combats sur des questions isolées - oui, vraiment, le monde ne connaît rien d’aussi confus. Encore plus étrange :
nulle part ailleurs dans le monde, la religion n’offre tant de divergences d’opinions que le christianisme, n’éveille tant
d’opinions dissemblables qui ont donné naissance à des haines et conflits persistants à des poursuites meurtrières et des
tribunaux sanglants, sans parler des guerres sauvages.

18. Une partie de la chrétienté se croit hors du labyrinthe. Elle se vante : il n’est pas facile de vouloir mettre sous un
même chapeau les différents courants, cela ne résoudrait en rien les disputes entre les sectes. Considérons les
fondements de cette union de plus près : c’est un labyrinthe construit avec beaucoup d’art et de main de maître. Mais ce
labyrinthe-là est encore plus vaste. On ne peut donc pas donner tort au chrétien qui affirmait- était-il sérieux ou
plaisantait-il ? - « Devenir pape ! C’est la pire chose à souhaiter à son ennemi ». La confusion est tellement grande et
plus encore l’ardeur des masses à rouler des pierres de Sisyphe, portées par l’espoir illusoire d’un peu de consolation.
19. Que trouvons-nous partout autour de nous ? Rien d’autre jusqu’à présent que labyrinthes, rochers de Sisyphe et
souffrances endurées par un Tantale ployant sous de fausses espérances. Il existe trois maux, vieux comme le monde et
fidèles compagnons de l’espèce humaine : l’errance continuelle de la raison, un incessant et vain gaspillage des forces,
des désirs toujours brisés et anéantis. L’impatience et l’effort des hommes tentent constamment de faire cesser ces
maux. Pour en trouver la fin, il faut demander le soutien de Dieu. Ce n’est pas pour rien que notre esprit (pas seulement
celui de Salomon, mais celui de tout un chacun) a la nostalgie de quelque chose de meilleur. C’est un désir de pouvoir
enfin sortir de cette vie dans le labyrinthe, de pouvoir hisser au sommet la pierre de Sisyphe et de voir ses désirs
exaucés. Ce désir ne prend fin qu’à la mort.
20. Si nous pouvions connaître les pensées de tous les hommes fervents et sages, si nous pouvions écouter leurs paroles
et leurs discours, si nous pouvions lire leurs écrits et vérifier leurs actes, qu’apprendrions-nous ? Ce ne sont que des
tentatives pour trouver l’issue du labyrinthe, achever leurs devoirs et leurs travaux pour finalement savourer en paix les
biens acquis. Il en est de même avec la grande majorité des gens, mais une petite minorité comprend vraiment de quoi
il s’agit. Personne ne veut se laisser berner et fourvoyer consciemment, personne ne veut utiliser vainement ses forces
et personne ne permettrait qu’on lui dérobe les désirs de son cœur. Cependant, nous faisons tous rapidement cette
expérience : c’est la vie ! Néanmoins tous les hommes, sans arrêt, reviennent à leurs désirs et leurs ambitions, personne
ne veut s’égarer, tous veulent trouver du repos après l’effort et veulent voir leurs désirs enfin réalisés.
21. Mais s’il nous est proposé quelque chose de mieux, à nous mortels, si nous connaissons cette nostalgie qui nous fait
deviner ce mieux, pourquoi donc douter de pouvoir un jour atteindre notre but ? Si Dieu et la nature ne font rien en vain
- ceci est une vérité philosophique issue de l’expérience - pourquoi Dieu trouverait-il du plaisir à mettre dans le cœur de
l’homme une racine si profonde à laquelle il ne permettrait pas de grandir ? C’est insensé ! Ou alors il faudrait admettre
que Dieu ne connaît ni notre nostalgie ni notre but ou n’est pas en mesure et ne possède ni la force ni la volonté pour
nous y amener. Mais ceci est impensable. Ceci reviendrait à dépouiller Dieu de son omnipotence, de son omniscience
et de sa parfaite Bonté. Ne mettons-nous pas notre confiance en Dieu au moins comme nous la mettrions en un simple
mortel ? Si Dédale a voulu et a pu donner un moyen pour se retrouver dans le labyrinthe qu’il avait construit (il voulait
donner par là une preuve de son esprit éclairé), comment pourrait-il être hors de la portée de la puissance et de la
volonté de Dieu de nous éloigner de l’erreur, de nous donner accès à la sagesse éternelle ? Dédale avait trouvé un
moyen facile pour ne pas s'égarer sur les chemins d'illusions du labyrinthe en donnant à Thésée un fil dans la main ;
alors devrait-il être difficile pour Dieu de donner assistance à l'homme, qu'il a créé debout sur ses deux jambes ?
D’aider cet homme, en vérité passé maître dans beaucoup d'arts, à découvrir le bon chemin pour redécouvrir sa
droiture et son innocence d'origine, comme le dit Salomon (Eccl. 7, 29)79 ? Un chemin dis-je, que chacun, quand il le
prend, peut parcourir jusqu’à la sortie aussi vite que Thésée hors du labyrinthe éternel du monde ! ARCHIMEDE, un
mortel, avait montré au roi Hiéron par un tour de magie comment faire prendre la mer à un bateau par la force d'un seul
homme, alors que mille hommes n'y réussissaient pas jusqu'alors. Et on voudrait nous faire croire qu'il n'est pas
possible à notre Dieu de nous débarrasser de nos rochers de Sisyphe ? Ou bien manque-t-il peut-être de sagesse, de
miséricorde ou de bonne volonté, pour nous guider dans son paradis où coulent les ruisseaux du bonheur et où nous
pouvons, pour l'éternité, nous régaler du bien ? Qu'on nous épargne ces sottes pensées !
22. Dieu n'a jamais cessé de raviver dans notre cœur, encore et toujours, les promesses qu'il nous a faites. Nous le
pensons, la fin des temps et l'accomplissement des promesses sont proches. Nous sommes donc en droit, plus que
jamais, de relever notre tête, pleins d'allégresse, espérant trouver une sortie hors du labyrinthe de la vie. Pour ceci nous
devons chercher consciencieusement le fil d'Ariane.

CHAPITRE II

Toutes les confusions dans lesquelles le monde est pris n'ont qu'une cause unique : c'est parce que les hommes ne
peuvent pas faire la différence entre ce qui est utile et ce qui est inutile, qu'ils ne voient pas ce qui est nécessaire pour
eux et s'occupent sans cesse des choses inutiles, s'y emmêlent et s’y perdent.

1. Un médecin ne peut venir en aide au patient que s'il connaît la cause de sa maladie. Aussi, lorsqu’il a détecté cette
cause, il pourra plus facilement chercher les remèdes, les trouvera plus sûrement et les administrera avec d'autant plus
de bonheur. C'est en vain que l'on cherchera à éliminer des maux si leurs causes ne sont pas mises à jour. Il est donc en
tout premier lieu nécessaire de chercher la vraie cause de tous les maux, évoqués dans le premier chapitre, si nous
voulons les faire disparaître.

2. A mon avis, en voici la cause fondamentale : les hommes ne sont pas capables de faire la différence entre l’estimable
et le sans-valeur (ainsi Dieu dans Jér. 15, l9 ), c'est-à-dire entre le nécessaire et ce qui ne l'est pas, entre ce qui est utile
et ce qui est inutile et nocif ; ni ne sont capables d’efforts pour acquérir ce discernement (ils ne vont pas où ils veulent
mais suivent le troupeau). Enfin, ils ne veulent pas abandonner ce qui leur plaît, le bon comme le mauvais.
3. Il est tout à fait surprenant de voir chez la plupart des personnes un étrange équilibre des contraires : sensiblerie et
absence totale de sentiments, rigueur et négligence, volonté et paresse, et ceci à propos d'une seule et même chose.
Dieu, dans Jérémie 4, 22,80 dit : “ Mon peuple est stupide, il ne me connaît pas. Il est comme des enfants sans réflexion
qui n'ont pas d'intelligence. Ils sont doués pour faire le mal, mais ne savent pas faire le bien.”
Ils sont souvent très attentifs aux étrangetés des autres, mais ne considèrent pas du tout les leurs. Encore plus
surprenant : ils réagissent aux petits détails sans influence sur le bonheur, mais restent parfaitement indifférents aux
choses importantes dont dépendent la vie et le salut. Ils voient la paille dans l'œil du voisin et veulent la sortir, mais ils
ne voient pas la poutre dans le leur. Ils veulent le bien, sans vraiment le vouloir. Tout prouve qu'ils veulent le bien. Ils
le veulent vraiment et se sentent attirés par lui. Mais dès qu'ils se rendent compte de la difficulté du travail, de l’effort à
produire ou du désagrément à supporter en plus du plaisir, le vouloir se transforme rapidement en non-vouloir. Ceci
explique pourquoi dans le monde il y a une telle pléthore de personnes en quête de la vérité mais qui restent sans arrêt
dans l’erreur. Elles travaillent avec ardeur, mais gaspillent inutilement leurs forces. Elles aspirent de tout leur cœur au
bien, mais ne l'atteignent jamais. Si elles l'ont atteint, elles le gaspillent sottement : elles ne savent pas l'apprécier. En
voici quelques exemples :
4. Au début, Dieu était seul. Ce Dieu unique a créé un monde, a mis dans ce monde un unique administrateur, l'homme.
Il lui a donné un commandement : se soumettre au créateur unique et dominer les autres créatures. Obéir
scrupuleusement à ce commandement était pour lui la seule chose nécessaire. Pourquoi nos parents originels et leurs
descendants n'ont-ils pas gardé cette chose unique ? Nous aurions maintenant la jouissance éternelle du paradis. Que
s'est-il passé ? Ils ont eu le choix (c'est la signification des deux arbres) entre le bien et le mal, entre la vie et la mort. Ils
auraient dû s’agripper au bien et à la vie. De vouloir connaître le contraire (savoir ce qu'est le bien et le mal, la vie et la
mort) n'était pas nécessaire pour eux, n'était pas utile et donc défendu. Mais, tentés par Satan et victimes de leur
curiosité, ils ont choisi le contraire et ont mangé du fruit de l'arbre défendu, l'arbre de la connaissance du bien et du
mal. Ceci fut la première erreur : elle eut les plus lourdes conséquences et engendra toutes les autres. Elle devint pour
l'homme la source de toutes les confusions.
Bientôt, ils eurent honte de leur propre nudité. Ils demandèrent des vêtements, sans aucune utilité. Au lieu de
reconnaître honnêtement et humblement leur faute, ils inventèrent un mensonge et dégringolèrent d’une faute à l’autre.
Voyez comment le dédale satanique a su les conduire dans l’antre du mensonge.
5. Mais Dieu, dans sa miséricorde leur a promis un paradis futur. Puis il sacrifia un agneau devant eux et leur donna les
peaux pour qu'ils s'en vêtissent (Gen. 3, 2181 et Apoc. 13, 882). Alors, l'unique nécessaire pour eux devint la foi en la
promesse de Dieu et le fait de considérer fidèlement, dans chacun de leurs sacrifices, le sauveur promis. Leur fils
premier-né, Caïn, ne tint pas compte de cette nécessité, la foi. Il voulait plaire à Dieu avec des œuvres égoïstes, il fit ses
sacrifices sans foi. Il s'engouffra ainsi dans des labyrinthes inextricables. Il a tracé les voies d’illusion dans laquelle
toute sa descendance de renégats erre. Il préfère une vie d'animal à une vie de l'esprit.
6. En ce qui concerne la descendance dévoyée de Caïn, que les pieux Patriarches voulaient remettre dans le droit
chemin (Noé s'y est appliqué pendant 120 ans 83), l'unique nécessaire pour elle était de s'améliorer. Mais la patience de
Dieu, mise à rude épreuve pendant plusieurs centaines d'années (1 Pierre 3, 20)84, se mua en colère. Dieu envoya les
eaux des mers sur les terres. Ainsi, il détruisit tous les païens, hormis huit âmes85.
7. Que fut, pour ceux qui échappèrent au déluge - Noé avec ses fils et ses filles - la chose nécessaire, si ce n'est celle de
tirer une leçon du déclin du monde pourri tombé dans la jouissance, d'éviter tout excès, toute débauche et toute vie
légère et de ne vivre qu'une vie sérieuse, honnête et sainte ? Mais que firent-ils ? Noé lui-même se prit de boisson et
s'enivra. Son comportement était tout à fait incorrect et cela causa beaucoup de désagréments à ses fils. L'un des fils,
qui se moqua méchamment de la nudité de son père, méritait-il une punition aussi cruelle 86?
8. Mais ils n'avaient pas encore atteint le bout de leur égarement. Les descendants de Noé se multiplièrent et ils furent
obligés de partir dans d'autres contrées du monde. Ils eurent alors l'idée, parfaitement inutile, de construire une ville et
une tour, dont la pointe devait atteindre le ciel. Ils firent ceci contre la volonté de Dieu, pour glorifier leur propre nom,
fermement décidés à ne pas y renoncer. Mais lorsque Dieu vit leur démesure, il les châtia. Il leur envoya une multitude
de langues ; ils durent ainsi se séparer puisqu'ils ne pouvaient plus se comprendre87. C’est là l'origine de la diversité
des langues. Elle est le labyrinthe inextricable dans lequel nous nous perdons, nous, habitants de la terre, depuis bientôt
4000 ans. Nous ne pouvons nous faire comprendre que des quelques-uns avec lesquels nous cohabitons. Nous ne
pouvons pas communiquer avec la plus grande partie des peuples, nous ne pouvons que nous regarder les uns les autres
et peut-être nous détourner, pleins d'orgueil ou de mépris. C'est avec justesse qu’Augustin dit : d’aucuns préfèrent
s'entretenir avec leur chien plutôt qu'avec une personne dont ils ne comprennent pas la langue. Ainsi vous voyez à quel
point ce labyrinthe est inextricable et combien les voies se croisent et se recroisent.
9. La pluralité des langues a apporté avec elle la pluralité des peuples, eux-mêmes ont apporté la pluralité des religions.
Chaque peuple a ses coutumes et ses cérémonies particulières, sa façon spécifique d'honorer Dieu, de considérer la
religion, les images de Dieu et les idoles. Celles-ci furent bientôt adorées à la place de Dieu et profitèrent de l'honneur
qui lui était réservé puisque ce sont elles qu'on priait à sa place. C'est de là qu'est issue la pluralité des dieux, avec ses
mythes fabuleux qui parlent des dieux de l'amour et de la haine, de leurs combats et de leurs guerres, en d'autres mots :
soit l'effrayant polythéisme, soit l'athéisme qui rejette toute cette mascarade religieuse.
10. Bientôt, une chose encore plus affreuse fit son apparition. On prit l'habitude de faire la guerre. La réconciliation
aurait été la seule chose bonne et nécessaire pour les peuples dispersés. La réconciliation les aurait laissé vivre en paix
et en harmonie dans leur pays, chacun à l'intérieur de ses frontières. Mais ils se prirent dans des disputes et
construisirent maints petits labyrinthes à côté du grand qu'ils avaient déjà de par la diversité des langues. Nemrod, un
descendant de Cham, en fut le précurseur. Il resta à Babel. Tous les autres l’avaient quittée. Il décida de terminer la
célèbre œuvre à peine commencée. Pour cela, il lui fallait beaucoup de bras. Pour ce faire, il se mit à attirer les peuples
dispersés, tantôt par des paroles douces et persuasives, tantôt par la violence jusqu'à ce qu'il eut sous ses ordres une
masse d'hommes obéissants. On l'appelait le chasseur d'hommes et “vaillant chasseur devant Yahvé” (Gen. 10, 9)88.
Contre la volonté de Dieu, il osa étendre son pouvoir non seulement sur les poissons, les oiseaux et tous les animaux -
pouvoir voulu par Dieu - mais aussi sur les hommes. A partir de ce moment, les disputes furent continuelles. Car
l'homme ne peut pas oublier sa liberté de naissance. Il n’a de cesse de la recouvrer. Seule la force le soumet au pouvoir.
Mais la prise du pouvoir, le plaisir afférent, poussera l’insensé à trouver toujours d'autres moyens de persuasion, de
ruses et de menaces pour continuer à exercer son pouvoir. Le désir de puissance est la cause de toutes les guerres et de
tous les actes de violence, de toutes les ruses et de toutes les faussetés. Nemrod fut le premier à trouver du plaisir dans
le pouvoir, mais il fut bientôt imité par beaucoup d'autres. Au temps d'Abraham, le monde était plein de petits et de
grands rois guerroyant entre eux (Gen. 14, 9)89. Rien n'est plus fréquent actuellement. Horribles combats de rois et de
peuples tentant de prendre la première place les armes à la main, chasses à l'homme : ce sont les guerres. Ils
représentent de longs et effroyables labyrinthes pour l'humanité.
11. La nature humaine ne refuse pas d'obéir à un roi. Il doit alors être humain et ne pas régner par la cruauté : nous
sommes des hommes, non des animaux. Même le cheval Bucéphale ne supporta pas un traitement insensé : il jeta le
mauvais cavalier à terre. Lorsque Alexandre le monta, il le traita correctement et il transforma le fougueux étalon en
animal soumis et obéissant. Son père, Philippe, plein d’admiration, s’exclama : “C'est ainsi que les riches de ce monde
doivent être gouvernés”. On sait depuis des lunes qu'une guidance douce est suffisante pour gouverner les hommes.
Pour amener à l'obéissance une créature douée de raison, la force, l'obligation, la tromperie et la ruse sont contraires à
la nature. La sentence “La guerre n'apporte aucun bien” est toujours vraie. Les péchés des peuples sont un châtiment
cruel : le monde mérite ce labyrinthe sans fin. Son comportement est toujours insensé.
12. Tournons-nous maintenant vers d'autres labyrinthes, plus petits et plus variés : ils concernent certains peuples et
familles. Nous nous appuierons sur l'Ecriture Sainte. Dieu avait un lien particulier avec notre père originel Abraham90.
Il le préservait des erreurs, des peines et des dangers de la vie. Dieu lui disait : “Ne crains point, Abraham, je suis ton
bouclier, ta récompense sera très grande (Gen. 15, 1)91 et plus loin : « Je suis El Shaddaï, marche en ma présence et
sois parfait » (17, 1)92. L'unique nécessaire pour Abraham fut : 1. de croire au Dieu Tout-puissant, 2. de faire sa
volonté sans crainte : il était sous sa protection. Et Abraham était de fait sous la protection de Dieu lorsqu'il suivait ces
recommandations. Mais il retombait à chaque fois dans le péché. Il s'éloignait de sa foi en Dieu, de la Vie de Dieu, de
l'Espoir en Dieu. Il aurait eu de très gros problèmes si Dieu n'était pas intervenu en sa faveur, par exemple en Egypte
(Gen.12)92 et dans le pays de Négeb (Gen. 20)93.
13. Son fils Isaac fut aussi un pécheur. Il passa par beaucoup de tourments (Gen. 26, 7)94. Mais dans l'ensemble, il
restait fidèle dans la foi, dans l'espérance et dans l'obéissance. Dieu le protégea. Son fils premier-né, Esaü, vendit
cependant son droit d'aînesse pour un plat de lentilles. Autrement dit, il échangea le nécessaire contre l’inutile. Que l'on
relise combien il se plongea, avec ses frères et ses parents, dans des peines et des tourments (Gen. 25 - 36)95.
14. Pour la traversée du désert, Dieu envoya chaque jour sa manne du ciel pour nourrir Israël, son peuple. Mais ils ne
s'en contentèrent pas, ils voulaient mieux et plus : de la viande, du poisson, des courges, des melons, des oignons. Ces
exigences de gourmets mirent Dieu en colère. Il annonça à son peuple : Yahvé vous donnera de la viande à manger.
Vous n'en mangerez pas qu’un jour ou deux ou cinq ou dix ou vingt, mais bien tout un mois. Elle vous sortira par les
narines et vous en serez dégoûté, puisque vous avez rejeté Yahvé du milieu de vous (Nombres 11, 18 - 20)96. Et il en
fut ainsi : Dieu envoya un vent. Il fit venir des cailles d'au-delà de la mer et les répandit sur le camp. Le peuple se mit à
ramasser les cailles. La viande était encore dans leur bouche, la colère de Dieu s'enflamma envers son peuple et son feu
s'alluma chez eux (Nombres 11)97. Ce malheur était la punition pour ne pas savoir se contenter du nécessaire. Dans
leur déraison, ils voulaient le superflu.
15. Le prochain chapitre donne un autre exemple malheureux. Il concerne le même peuple (Nombres 13, 14)98. Ils
étaient sur le point d'entrer dans la Terre si souvent promise, dans le pays où coulent le lait et le miel. Une peur
insensée les prit. Ils firent demi-tour, lapidèrent Moïse et Aaron et voulurent choisir des guides pour les ramener en
Egypte. Dieu se mit en colère, il voulut les exterminer par une épidémie et faire de Moïse seul un peuple à leur place ;
l'intercession dévouée de Moïse réussit à le calmer. Mais les fomenteurs de trouble, ceux qui avaient donné de mauvais
conseils, durent mourir. Tous les autres, Dieu le jura, ne pourraient entrer dans la Terre promise. Ils resteraient dans le
désert pendant quarante ans, jusqu'à ce qu'ils soient tous morts. Seuls leurs fils entreraient dans la Terre promise. Et il
en fut ainsi. Qu'aucun n’ose retirer sa confiance à Dieu et se fier à sa seule folle raison ! Il apprendra ce que veut dire :
tenter Dieu !
16. Ce même peuple, que Dieu a porté dans ses bras vers la Terre promise, qui fut gouverné pendant 400 ans par des
juges envoyés par Dieu, ce même peuple donc refusa Dieu pour guide et demanda à Samuel, son dernier juge :
“Etablis-nous un roi pour qu'il nous juge, comme dans toutes les nations” (1 Sam. 8, 5)99. Ces exigences mirent
Samuel mal à l'aise, mais Dieu le consola : “Satisfais à tout ce que te dit le peuple, car ce n'est pas toi qu'ils ont rejeté,
mais ils ne veulent plus que je règne sur eux. Seulement, tu les avertiras solennellement et tu leur apprendras le droit du
roi qui va régner sur eux. Ce jour-là, vous pousserez des cris à cause du roi que vous vous serez choisi mais Yahvé ne
vous répondra pas” (1 Samuel 8, 7-9)100. A part David et deux ou trois de ses successeurs, tous les rois (des deux
royaumes) ont tyrannisé le peuple et empêché le service dû à Dieu, jusqu'à ce qu'ils succombent, eux et leurs royaumes.
Qui niera encore que chacun est le forgeron de son bonheur, et que celui qui le forge mal, qui n'est pas satisfait de ce
dont il a besoin - que Dieu et la nature lui donnent en abondance - court après des choses dont il n'a nul besoin, tant il
est pris par sa déraison.
17. Même le roi David, que Dieu a reconnu comme étant un des siens à cause de sa piété, s'est laissé plusieurs fois
tenter par des choses illicites et s'est trouvé imbriqué dans des situations dangereuses. Pour couvrir son adultère, il
n'hésita pas à charger son âme d'un meurtre. C'est à lui que cette terrible parole fut adressée : “Pourquoi as-tu méprisé
Yahvé et fait ce qui lui déplaît ? Tu as frappé par l'épée Urie, le Hittite, sa femme tu l'as prise pour ta femme, lui tu l'as
fait périr par l'épée des Ammonites. Maintenant, l'épée ne se détournera plus jamais de ta maison, parce que tu m'as
méprisé” (2 Samuel 12, 9 ss.)101. De par son repentir, il parvint à détourner l'anathème sur sa maison, mais pas
complètement : il dut endurer au sein de sa propre famille, la honte, le meurtre et d'autres faits tragiques. Après une
victoire complète sur ses ennemis, grâce à Dieu, après qu'il eut rétabli dans le pays la paix et la sécurité, il sombra dans
un orgueil démesuré et fit donner son armée. Alors Dieu se mit en colère contre lui et il le plaça face à un choix entre
trois maux : trois années de famine, trois mois de guerre ou trois jours de peste. Acculé, il s'écria : “Je suis dans une
grande anxiété... Ah ! Tombons entre les mains de Yahvé car sa miséricorde est grande.” Alors Dieu envoya la peste
qui fit 70 000 morts en un jour (2 Samuel 24, 1 Chron. 21)102. Ceci est pour nous un miroir qui nous fait voir comment
les hommes se construisent des labyrinthes lorsqu'ils sont insatisfaits avec ce qui leur est nécessaire et qu'ils courent
après des choses vaines.
18. Nous avons vu plus haut comment Salomon a reconnu ses erreurs et comment il a invoqué la miséricorde divine.
Quelle en était la cause ? Il n’était pas satisfait de sa sagesse et voulait également explorer l'essence même de la folie,
suivre l'exemple d'Adam qui avait lui aussi voulu faire l'expérience du bien et du mal. Quel profit en ont-ils tiré si ce
n'est que le monde voit ce que la folie peut faire d'un homme ? Celui qui ne peut pas se contenter des dons bénéfiques
que Dieu lui donne et qui suit ses propres désirs vaniteux, celui-ci marchera sur des chemins tortueux et rocailleux,
tombera dans des ornières et des précipices, desquels il ne pourra s'extraire que difficilement ou même plus du tout.
C'est ce qui arriva à Rehabeam, le fils de Salomon. S'il avait suivi les conseils avisés de ses anciens amis paternels et
s'il était allé au-devant de son peuple dans la joie, il aurait pu garder son royaume. Mais il suivit les conseils de ses
jeunes amis insensés, choisit le chemin opposé et perdit son royaume, sans pouvoir le récupérer par la suite, ni par la
guerre, ni par la bonté. A ses successeurs, il laissa une guerre sans fin avec les rois d'Israël et un labyrinthe tout à fait
inextricable103.
19. Pourquoi devrions-nous continuer à donner de tels exemples ? Toute l’histoire sainte et l'histoire temporelle, oui, la
vie quotidienne, donnent assez d'exemples qui montrent que l'infâme racine de chaque erreur humaine, de chaque peine
et de chaque effort, de chaque espoir amèrement déçu, est bien celle-ci : que l'homme méprise ce qui est nécessaire et
qu'il ne pense, ne parle et ne fait que ce qui est inutile. Nous ne connaissons pas ce qui est nécessaire car nous passons
notre temps à courir après l'inutile. Et ce qui en découle : nous n'avons pas assez du nécessaire, car tous nos efforts vont
vers l'inutile. Nous ne faisons pas ce qui est nécessaire, l'inutile nous prend tellement de temps. Nous ne pouvons pas
atteindre le but que nous devons atteindre, nous nous arrêtons à mi-chemin, occupés avec l'inutile et voulant posséder
ce qui ne nous revient pas. C'est ainsi que nous dérogeons à nos bonnes résolutions, même si, en principe, nous y
tenons, lorsque nous sommes occupés avec le moindre bien et nous nous empêchons d'accéder au bien supérieur.
20. Un exemple frappant permettra au monde de voir clairement sa folie. Peut-être que l'un ou l'autre verra, d'une façon
ou d'une autre, les échardes et les poutres dans son œil, tentera de les enlever et aiguisera ainsi son œil spirituel et le
gardera fixé sur le but véritable. Jean GEILER104 raconte dans sa “Nef des fous”, qu'il avait connu un fou qui avait
fait une telle fixation sur tout ce qui était canne et gourdin, qu'il ramassait chaque bout de bois qui ressemblât, de près
ou de loin, à une canne. Il transportait souvent une telle quantité de bois qu'il pouvait à peine marcher et lorsqu'on lui
posait la question à ce sujet, il répondait souvent : celui qui entreprend un voyage a besoin d'une canne pour s'appuyer
et pour éloigner les chiens. Il avait raison en disant que pour quelqu'un qui voyage, une canne est indispensable ; mais il
se trompait en ne comprenant pas qu'une seule lui suffisait déjà et que plusieurs ne pouvaient que le retarder. L'avare
qui lira l'histoire de ce sot, se reconnaîtra peut-être. Il n'a pas de limite à sa richesse, thésaurise plus que nécessaire et
multiplie inutilement les peines et les problèmes que le souci de son argent lui donne. Certains maîtres d'école ne font-
ils pas la même chose en accumulant de la culture et des livres, alors qu'ils jettent peut-être à peine un regard dans la
plupart ? S'ils devaient tous les lire, ils en deviendraient fous ou du moins, dérangés mentalement, plus qu'ils ne
profiteraient d'un savoir adapté. C'est ainsi que l'on trouve dans toutes les corporations ces personnes ridicules qui
portent des bouts de bois et qui se construisent leurs propres labyrinthes.
21. PLATON dit : “Heureux celui qui parvient au véritable discernement quand il est âgé”. Heureux nous les anciens
lorsque, arrivés à la fin de notre vie, nous pouvons, tel Salomon, réfléchir sur nous-mêmes et dire adieu à la vanité et au
superflu, et ne plus porter notre attention que sur l'unique nécessaire dans cette vie et dans l'autre vie. Heureux serait
aussi le monde vieillissant qui est sur son déclin, s'il pouvait enfin, après des siècles d'errance, ouvrir ses yeux, utiliser
les meilleurs moyens pour une vie meilleure, moyens que Dieu donne à profusion, pour les examiner sérieusement, se
les approprier et les goûter ! Nous espérons que la petite voix de nos recommandations pourra y contribuer. Eh bien !
Tentons l'expérience !

CHAPITRE III

Il est indispensable de connaître l'art de distinguer entre le nécessaire et l’inutile. Nous expliquerons en quoi consiste
l'essence du nécessaire et nous montrerons comment nous devons, pour chaque chose, chercher le nécessaire et la
manière dont nous devons le chercher.

D'après ce qui vient d'être dit, il est clair :


1. Que le monde est, en fait, un labyrinthe fait de multiples erreurs, de souffrances vaines et d'espoirs déçus ; 2. Que les
hommes sont les propres artisans de leurs malheurs ; 3. Qu'ils ne sont pas capables, dans leur maladresse, de conserver
le nécessaire et l’utile et qu'ils se chargent de l’inutile et du dommageable : ils s'y perdent. Tout dépend donc du choix :
le nécessaire au lieu de l’inutile, l'utile au lieu du dommageable, et savoir appliquer cet art parmi les arts, cet alpha et
cet oméga de toute intelligence humaine. Sur cet art particulier, je voudrais dire trois choses : 1. Il est plus que jamais
nécessaire maintenant, à l’approche de la fin du monde ; 2. Il est d'autant plus difficile à appliquer en cette période de
fin du monde ; 3. Mais on peut surmonter ces difficultés et il existe un moyen qui permet de ne plus s'égarer, de ne plus
faire d'efforts inutiles et de ne plus attendre vainement les fruits de son travail.
2. On comprend aisément la nécessité de cet art. La vie est un long voyage du passé vers l'avenir, en passant par le
présent. Elle passe toujours par des endroits encore inconnus, met constamment en relation de nouveaux faits et de
nouvelles personnes. Se mettre en route vers ce pays inconnu exige un guide fidèle et expérimenté, un conseiller auquel
on peut se fier. Il doit pouvoir prescrire que faire, empêcher de prendre des chemins détournés, surtout aux carrefours,
si nombreux dans une vie humaine. Même le premier homme du paradis se trouva placé à un carrefour105, devant les
deux arbres, devant un commandement et une interdiction. Il a dû réfléchir longuement pour choisir le chemin. Ses
descendants eurent besoin d'un temps de réflexion beaucoup plus grand : ils avaient bien plus à faire et à laisser avec,
devant leurs yeux, de nombreux exemples les mettant en garde et leur conseillant la prudence. Au cours des temps,
ceux-ci se sont multipliés à l'infini et le monde s'est rempli de labyrinthes inextricables dans tous ses coins et ses
recoins. Où que tu te tournes, tu es placé devant mille chemins, des milliers de fois tu peux voir tout ce qu'on a pensé,
parlé et fait, comment on s'est décidé, comment on a hésité, comment on s'est trompé. L’unique exigence semble donc
être de discerner le nécessaire du superflu.
3. Le superflu et le dommageable ont proliféré : reconnaître cette nécessité est ainsi devenu d'autant plus difficile. Pour
le premier homme, les choses n'étaient pas aussi compliquées. Il ne connaissait pas d'autre occasion de se tromper, et en
plus goûter aux fruits de l'arbre défendu lui était interdit. A l'époque de Salomon, les activités et les préoccupations des
gens, ainsi que leur soif de savoir, étaient déjà beaucoup plus variées. Les labyrinthes se sont multipliés d'autant et bien
sûr aussi les chemins d'illusion, non seulement pour les gens du peuple mais aussi pour un sage comme Salomon. Que
devons-nous dire de notre époque où tout est mille fois plus gigantesque et plus inextricable qu'au temps de Salomon ?
Il est impossible à l'esprit humain, semble-t-il, de trouver une sortie. Mais la parole de Christ apporte consolation : “Ce
qui est impossible aux hommes est possible à Dieu” (Luc 18, 27). Et comme tout fut trouvé “très bien” à la fin de la
Genèse, tout sera aussi “très bien” à la fin du royaume divin, selon les nombreuses promesses de Dieu.
4. L'ardeur déployée par les hommes, et dont plus d'un a réussi à faire un art, laisse peut-être espérer un jour une
possibilité d’éducation à ce mystère universel. Et qu'ils en fassent un art : comment se sortir des mille labyrinthes de la
vie. Cet espoir a une cause triple. Nous avons premièrement l'exemple des erreurs commises. Nous pouvons en tirer la
leçon et les éviter. Car lorsque je vois tomber quelqu'un, je ne suis pas obligé de tomber aussi ; je vois bien le danger et
je peux m’en abstenir ou alors je suis plus bête que bête. C'est ce que dit le proverbe : “Heureux celui qui peut
apprendre du malheur des autres”, et autres proverbes à usage courant. Deuxièmement, Salomon nous a montré la
raison de l'erreur humaine et nous a donné en même temps le remède lorsqu'il dit : “J'ai trouvé ceci que Dieu a fait
l'homme sage, mais ils se perdent dans de nombreux arts” (Eccl.7, 29)140. Ou, en d'autres termes : leurs nombreuses
préoccupations, qui les poussent à chercher sans cesse quelque chose de nouveau et dans lesquelles ils se perdent, sont
leur malheur. Pour cette raison tu dois retourner à la simplicité si tu veux guérir. Mais le divin Salomon nous donne,
troisièmement, un remède encore plus efficace. Il nous appelle à réduire nos préoccupations pour n'en avoir plus que
quelques-unes, oui, pour n'en avoir finalement plus qu'une seule, vraiment divine : l’unique nécessaire (Luc 10, 42)106.
Quelle merveilleuse limite ! Une seule chose est nécessaire et compte pour l'infini. Lorsque nous saurons trouver cet
unique nécessaire partout là où il est, nous aurons le vrai remède pour éviter tous les labyrinthes de Dédale, tous les
rochers de Sisyphe, toutes les déceptions.
5. Je sais que les gens très occupés cherchent l'art de ne pas s'égarer dans leurs multiples travaux, de ne pas se laisser
déborder, de ne pas être déçus dans leurs attentes, et ils croient fièrement l'avoir trouvé. Mais l'art qu'ils ont développé
les trompe. Car “même les excellents nageurs se noient, les meilleurs grimpeurs tombent, les meilleurs escrimeurs se
font transpercer”, dit le proverbe allemand. Car en faisant trop confiance en leur art, ils vont témérairement au-devant
de nombreux dangers. Et même si l'homme passe souvent à côté du malheur, il sera touché tôt ou tard. Il est donc plus
sûr de tenir compte d'emblée de la gravité d’un danger et d'éviter d'être trop sûr de soi, donc de s'en tenir à l'unique
vraiment nécessaire.
6. Pour être mieux compris, je préfère dire : il existe deux façons de s'occuper. La première, c'est de se limiter au
nécessaire, mais dans un véritable effort et avec beaucoup de soins. On pourrait nommer la première, l'affairisme de
Marthe, qui s'occupe de beaucoup de choses, la deuxième ce serait la disponibilité de Marie, qui choisit l'unique et qui
le pratique. Marthe s'affaire énormément dans sa maison et veut que chaque convive ne manque de rien. Mais Marie,
elle, ne porte son attention que sur l'Unique, le Seigneur, le fait passer avant toutes choses ; de sa bouche, elle veut
entendre les paroles de la Vie, elle se met à ses pieds et le Seigneur la loue davantage que sa sœur. On peut aussi
désigner ces deux façons de s'occuper par “à la manière de Salomon” et “à la manière de Christ”. Salomon voulait tout
expérimenter, le bien comme le mal ; quant à Christ, il rejeta une fois pour toutes tout mal et ne s'en tint qu'au bien.
C'est l'art que Marie a pratiqué, l'art christique, qui choisit la meilleure part qui nous appartient, l'art et ce qui a de la
valeur par opposition a ce qui est commun ; le nécessaire par opposition à ce qui est inutile.
7. Mais avant que nous puissions mettre en pratique cette manière, nous devons la connaître. 1. Nous devons connaître
l'essence de cet unique nécessaire et être capable de le différencier du superflu. 2. Nous devons savoir dans quelle
mesure c'est vraiment l’unique nécessaire. 3. Nous devons savoir comment le trouver toujours et partout.
8. Si l'on veut atteindre ou réaliser quelque chose, cet unique nécessaire est la première condition incontournable, sans
laquelle tout reste vain. Il est réellement le fondement sur lequel repose la construction et sans lequel tout s'écroule. En
bref, sans lui rien ne peut exister. C'est l'essence et le contenu, la tête, la racine, le fondement, la base, le nerf et le
germe. Si cet unique est présent, tout le reste devient inutile, superflu, dont on peut éventuellement tenir compte en
deuxième lieu, mais par hasard, c'est en quelque sorte un rajout, une annexe, un appendice. La différence est donc bien
là : le nécessaire est une condition de vie en général, le “non-nécessaire” se rapporte au bon ou au mauvais côté de
l'apparence extérieure. Par exemple, les racines sont pour l'arbre une partie absolument indispensable, sans lesquelles il
ne pourrait pas se tenir debout, grandir et porter des fruits. Par contre, les branches, les feuilles, les fleurs et les fruits
sont des parties secondaires. Elles pourraient ne pas être là, et l'arbre resterait toujours arbre. Il en est de même avec les
œuvres d'art. Si l'on se pose la question : qu’est-ce qui est absolument nécessaire à une œuvre d'art ? On répondra
qu'elle devrait reproduire l'original le plus fidèlement possible. Même si les couleurs sont très belles et si les détails
sont bien fignolés, ils n'ont rien à voir avec l'essence même de l'image. Ainsi, il faut partout faire la différence entre
l'essentiel et le non-essentiel, entre le nécessaire et le superflu, sinon tout n'est que confusion.
9. Dans ce qui est inutile, on peut encore différencier l'utile, l'inutile et le dommageable. Nous nommons utile ce qui ne
procède pas de l'essence d'une chose, mais apporte une amélioration. On peut ainsi rendre les aliments plus savoureux
et plus sains. Ce qui est dommageable veut rendre plus mauvais, détruire. On peut ainsi rendre des aliments mauvais
pour la santé ou empoisonnés. L’inutile ou l’indifférent ne sert à rien et n'endommage rien. Que le pain soit fait de
farine plus ou moins tamisée, que l’on mange de la viande de bœuf ou de veau, du mouton ou de la chèvre, l'essentiel
est que ce soit nourrissant.
10. Mais si le Seigneur dit : une seule chose est nécessaire, on peut considérer que c'est une unité pure ou un concept
pour désigner plusieurs choses. L'unité pure se trouve dans les rapports où un correspond au un, deux correspond au
deux. Par exemple : le corps humain a nécessairement besoin d'une tête et la tête d'un corps, sinon nous nous trouvons
face à un monstre. La tête n'a besoin que d'un seul chapeau, un chapeau suffit à une tête. Deux mains ont besoin de
deux gants, deux pieds ont besoin de deux chaussures. Ainsi, tout est dans l'ordre des choses. Ce qui n'est pas
nécessaire est superflu, inutile, incongru.
11. En tant que concept pour désigner plusieurs choses, cet unique se partage en trois parties essentielles.
Ainsi, il faut toujours trois choses pour une action : 1. Une cause utile qui initie l'action ; 2. Des moyens possibles qui
permettront l’exécution de l'action ; 3. Une certaine utilisation des moyens afin que l’action atteigne son objectif. Pour
les moyens, il faut également trois choses : 1. Une personne agissante ; 2. Une chose, une matière que l'on veut
transformer d'une certaine manière ; 3. Un outil.
La personne qui agit nécessite aussi trois choses : pouvoir, comprendre et vouloir. Elle doit avoir la force pour réaliser
le travail, elle doit posséder le savoir-faire nécessaire et avoir de la bonne volonté. Tu demandes de chanter à un muet.
Ta demande est vaine, il n'en est pas capable, il lui manque la voix. Tu demandes la même chose à un stupide paysan.
En vain ! Il ne comprend rien au chant. Maintenant, tu demandes cette même chose à un expert en musique, lui
comprend et peut. Mais s'il ne veut pas chanter, tu obtiendras difficilement ce que tu demandes. Il en va partout de
même.
12. Mais comment peut-on extraire de la masse de ce qui est inutile l'unique nécessaire ? La question n'est pas vaine.
Hic jacet lepus ! Pourquoi la plupart ne sont pas capables de trouver la chose utile et donc errent infiniment dans le
labyrinthe, poussent infiniment des rochers, tel Sisyphe, éprouvent infiniment la nostalgie du vrai Bien. Quelle solution
peut-on proposer ? Il faut trouver pour chaque chose la bonne explication, le but et l'objectif et surtout, utiliser les bons
moyens pour arriver à sa réalisation. Si ces trois critères sont présents, la chose deviendra vraiment nécessaire.
Donnons quelques exemples : pourquoi la terre existe-t-elle ? Pour qu'elle nous porte, nous et nos constructions. Pour
cela, elle doit être solide. Une terre molle et marécageuse n'est pas adaptée à cette fin. Pourquoi l'eau existe-t-elle ?
Pour qu'elle nous approvisionne en humidité. Il faut donc qu'elle soit mouillée et liquide sinon elle ne remplit pas sa
fonction. Pourquoi l'air existe-t-il ? Pour que nous puissions respirer. Sa fonction est donc d'être respirable, bon et pur.
Et le feu ? Pour nous chauffer, pour cuire le cru, pour diluer, etc... Il doit donc émaner de lui une chaleur puissante ou
douce, mais une vraie chaleur, pas comme celle émanant de certains minéraux et d'autres matières. Quels sont le rôle et
la fonction de nos aliments ? Ils servent à renouveler les sucs vitaux et le dynamisme vital de notre corps, utilisés tout
au long de la journée par le travail que nous fournissons. Ils doivent donc contenir des substances qui apportent au
corps les éléments vitaux et le dynamisme nécessaires pour le régénérer. Il en va de même pour toute autre chose.
13. Nous en venons maintenant au comment faire. Nous devons mettre nos moyens à l'épreuve si nous voulons sortir
des erreurs, du travail vain et des illusions qui assaillent l'humanité.

Chapitre IV

La règle christique de l'unique nécessaire doit absolument être étudiée. Elle seule est capable de montrer le chemin hors
du labyrinthe du monde, de soulager les fardeaux dont le monde nous charge, de calmer son avidité. Christ en personne
a établi cette loi par la parole et l'acte.
Le royaume de Dieu est tel un grain de sénevé, c'est bien la plus petite de toutes les graines. Mais, quand elle a poussé,
c'est la plus grande des plantes potagères, qui devient même un arbre, au point que les oiseaux du ciel viennent s'abriter
dans ses branches (Mt. 13, 31)107. Cette image, que Dieu donne du royaume des cieux, s'adapte aussi à la règle que
donne le Christ de l’unique nécessaire. Nous allons l’étudier maintenant. Elle semble peu de chose aux yeux des
hommes, mais ses fruits permettent d'atteindre les cieux et l'éternité.
1. Voyons d'abord comment Christ a su faire de sa petite graine un grand arbre, pour le profit et l'utilité des croyants,
les futurs citoyens des cieux. Puis nous verrons comment, en tant que disciples de notre Maître, nous pouvons utiliser
au mieux cette règle dans toutes les situations de notre vie.
2. J’affirme que Christ a voulu, avec cette courte et simple règle, nous montrer un art triple : 1. Comment nous pouvons
nous sortir du labyrinthe des erreurs ; 2. Comment nous pouvons vaincre n'importe quel rocher de Sisyphe ; 3.
Comment nous pouvons avoir accès aux nobles joies spirituelles.
3. Ne pourrions-nous pas éviter facilement tous les chemins d'erreur, si l'on prenait garde en toute chose de ne pas
s'occuper de ce qui est inutile, de ne prendre en considération que tout l'utile, de réduire cet utile à l'unique et de rester
ainsi sur le droit chemin ?
4. On dit à ce propos pour toute entreprise : ne fait pas trop de choses en même temps et surtout pas des choses futiles.
Limite-toi à des tâches utiles ou, mieux encore, à une seule tâche avec sérieux, et ne t'arrête pas avant de l'avoir menée
à bout. Alors la montagne des tâches encore à faire deviendra plus petite, le nombre de celles déjà accomplies devenant
plus grand.
5. Il en va de même avec les biens que l'on veut accumuler et les joies qu'ils apportent. Ne pas courir après l'inutile et
savoir se modérer même dans les choses utiles, se contenter de l’immédiat disponible, mènera à ne pas souvent se
plaindre de ses désirs non réalisés. On modère alors son avidité. Epictète disait à ce propos : on devrait se comporter
dans la vie comme à un repas auquel on serait invité. Si on fait passer un plat et il vient jusqu'à toi, reste humble et sers-
toi. Si le plat n'est pas encore arrivé, patiente, s'il est passé, ne cherche pas à le retenir. C'est vraiment une belle parole
encourageante. C'est comme un ruisseau qui sort de la sagesse, de Christ qui “est la lumière véritable qui éclaire tout
homme” (Jean 1, 9)108.
6. Christ montre sa règle de l'Unique nécessaire à l'aide de quelques exemples et la met ainsi en pratique. La simplicité
est pour lui le fil d'Ariane qui conduira sûrement hors de tous les labyrinthes, même des plus grands. Prenons quelques
exemples : quand il parle des chemins d'erreur que sont les habitudes humaines, il dit souvent qu'il faut revenir à la
façon simple dont une chose était constituée au tout début, comme dans Matthieu 19, 8 109 : "Mais dès l'origine, il n'en
fut pas ainsi." On cherche à guérir les siens de l'erreur à laquelle conduit un excès d'activités, en leur inculquant leur
véritable fonction. "Les rois des nations dominent sur elles, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler
Bienfaiteurs. Mais pour vous il n'en va pas ainsi. Au contraire, que le plus grand parmi vous se comporte comme le
plus jeune" (Luc 22, 25) 110. Il veut les délivrer de l'orgueil en plaçant en leur milieu un enfant en tant que modèle (Mt.
18, 2) 111. Il les met en garde contre l'avarice en leur rappelant les oiseaux dans le ciel et le lys dans le champ : le Père
au ciel les nourrit et les vêt sans qu'ils s'en soucient (Mt. 6, 25) 112. Il remplace la curiosité de vouloir connaître à
l'avance ce qui va se passer par l'espoir en l'aide promise (Marc 13, 11113 ; Luc 2, 1, 14 114).
7. Comment devons-nous nous libérer des peines et des vains soucis ? Voici mon conseil : ne vous tracassez pas trop à
propos de choses terrestres et remettez-vous, confiants, à l'aide de votre Père dans les cieux (Mt. 6, 25 à 32)115,
détachez-vous aussi de choses, peut-être bonnes en soi mais cause de soucis écrasants. Au jeune homme riche, aspirant
à une vie vertueuse, mais pas encore libéré des soucis dus à ses biens matériels, il dit : "Va, vends tout ce que tu
possèdes, donne-le aux pauvres, viens et suis-moi" (Mt. 19, 21)116. Mais si les soucis sont des devoirs auxquels il est
impossible d’échapper, le Christ nous conseille de faire des efforts et de travailler avec sérieux, pour qu’une nouvelle
tâche succède à l’ancienne. A quelqu'un qui lui avait tourné le dos au lieu de le suivre, parce qu'il avait encore des
choses à faire, il dit : "Quiconque a mis la main à la charrue et regarde en arrière est impropre au Royaume de Dieu"
(Luc 9, 62), c'est-à-dire, fais ce que tu as à faire, sans tarder. Et lorsque lui-même entreprit le travail de sauvetage, il ne
se laissa retarder par aucune peine, par aucune souffrance, jusqu'à ce qu'il puisse dire en mourant : “C'est accompli ! “
(Jean 19, 30)117.
8. Et enfin, comment le Seigneur applique-t-il sa règle de l'unique nécessaire lorsque nous essayons d'atteindre les
choses que nous convoitons pour en jouir ? Il y a d'abord l'enseignement qui dit de ne pas tendre la main vers les choses
inutiles. Lui-même, par exemple, ne voulait pas être un roi de ce monde, il n'a d'ailleurs pas été envoyé pour cela (Jean
6, 15)118, il ne voulait pas non plus partager d'héritage, car il n'était pas venu pour juger ou pour partager des héritages
(Luc 12, 14)119. Pour ce qui est de la vie de tous les jours, il enseignait de prier le Père céleste pour obtenir notre pain
quotidien ; il n'est donc pas question d'aliments fins qui réjouissent le palais, mais bien du plus simple, le pain. A
propos de la jouissance des biens terrestres, le Seigneur enseigne plus loin : les dons de Dieu, dans sa bonté de Père,
nous devons en jouir humblement et avec reconnaissance, quelle que soit la chose reçue. Ceci il le fit sa vie durant,
l'enseignant à ses apôtres. Paul dit à ce sujet : ce n'est pas mon dénuement qui m'inspire ces paroles ; j'ai appris en effet
à me suffire en toute occasion. Je sais me priver comme je sais être à l'aise. En tout temps et en toutes manières, je me
suis initié à la satiété comme à la faim, à l'abondance comme au dénuement. Je puis tout en Celui qui me rend fort
(Phil. 4, 11 - 13)120. Et enfin, s’habituer au manque et aux privations de plaisirs est toujours mieux que d'en avoir de
trop. Christ en montra l’exemple, bien qu'il soit riche. A cause de nous il voulut être pauvre, pour nous montrer le
chemin, et il jeûnait souvent jusqu'à 40 jours. Grâce à son pouvoir divin, il aurait pu se procurer du pain, comme il l'a
souvent fait en donnant à manger au peuple affamé. “Jésus, au lieu de la joie à lui proposée, endura une croix, dont il
méprisa l'infamie, et qui est assis désormais à la droite du trône de Dieu” (Hébr. 12, 2).
Les apôtres se sont révélés être des disciples fidèles en lui succédant : “Nous nous recommandons en tout comme des
ministres de Dieu, par une grande constance dans les tribulations, dans les détresses, dans les angoisses, sous les coups,
dans les prisons, dans les désordres, dans les fatigues, dans les veilles, dans les jeûnes, dans l'honneur et l'ignominie,
dans la mauvaise et la bonne réputation, tenus pour imposteurs et pourtant véridiques, pour gens obscurs, nous pourtant
si connus et nous voilà vivants ; pour gens châtiés mais sans être mis à mort ; pour tristes, nous qui sommes toujours
joyeux ; pour pauvres, nous qui faisons tant de riches ; pour gens qui n'ont rien, nous qui possédons tout” (2 Cor. 6, 4 &
ss.) Ceci résonne bien différemment des plaintes de Tantale qui retentissent dans le monde.
9. Comme la philosophie de Christ est simple et pourtant tellement renversante ! Elle montre le chemin du vrai
bonheur, où on est seul avec soi-même et avec Dieu, où on peut s'en remettre à Lui et ne plus être perturbé par des
choses extérieures à soi. S'il y a quelque chose de nécessaire, c'est bien cela. Mais qui aura été à l'école de Christ pourra
difficilement perdre de vue son but qui est l'élévation de l'âme, pourra difficilement succomber devant les tâches à lui
assignées, pourra difficilement être déçu dans l'espoir d'apaiser son cœur et de réjouir sa conscience. Il se contentera de
l'enseignement de Christ : il n'y a qu'un seul Dieu et qu'un seul intermédiaire entre lui et Dieu, Christ, il n'y a qu'un seul
maître, qu'un seul consolateur, qu'un seul gardien, l'Esprit-Saint ; il se contentera de la lumière de la foi, de l'ancre de
l'espoir, de la prière et des soupirs vers Dieu ; il sera content de l'unique et bonne tâche à accomplir, celle d’aimer son
prochain et de l'aider en toutes circonstances ; il sera satisfait et patient dans le malheur, par la totale soumission à la
volonté divine. Et sa souffrance cessera. S’en remettre ainsi entièrement à la volonté de Dieu, transforme tout en bon
chemin, bien ou mal, joie ou peine, vie ou mort. Dieu veut, dans sa miséricorde, nous sortir de la misère de notre vie et
nous conduire dans notre patrie divine.
10. Et nous, si nous ne voulons pas être considérés comme des disciples indignes de notre Dieu, nous suivons
fidèlement ses pas et la règle d'or de l'Unique Nécessaire pour la mettre en pratique dans notre vie. Nous verrons
comment l'individu, comment les écoles, l'Etat, l'Eglise, oui le monde entier, peuvent s'extraire rapidement, sûrement et
à la grande joie de tous, de leurs labyrinthes, de leurs travaux de Sisyphe et de leurs souffrances de Tantale.

CHAPITRE V

Chacun peut mettre en pratique, de façon sensée, la règle de Christ. Dans toute sa vie, au moment de la mort et après la
mort il vivra un état de béatitude, comme nous allons le montrer à l'aide de quelques exemples.
1. Il n'est pas nécessaire de présenter, de façon exhaustive, toutes les possibilités de mettre en pratique la règle de
l'Unique nécessaire. Il suffira de donner quelques exemples pour éclairer le sens de la règle de Christ et montrer
comment tout un chacun peut l'utiliser en commençant par soi. Le présent chapitre va traiter de cela.
2. De quoi l’homme a-t-il besoin ? Quel est le plus nécessaire pour lui ? Réponse : soi-même. Il doit apprendre à se
connaître lui-même, à se dominer, à savoir s'utiliser et à exercer ses talents.
3. Qu'est-ce que cela veut dire ? L'homme doit d'abord se connaître lui-même : il n'est pas simplement une créature
comme le ciel, la terre, le soleil, les arbres, les animaux, mais un chaînon entre le créateur et la créature, il est l'image
de son créateur, son représentant et son serviteur. Il est le maître et le souverain des créatures, il est un monde en
réduction, un Dieu en petit. Puis, il doit savoir se maîtriser, apprendre à maîtriser son petit monde en tant que Dieu en
petit, comme le disait un sage : “Si tu veux être un roi je vais te donner un royaume. Gouverne-toi toi-même”. Et enfin,
l'homme doit être capable de s'utiliser à bon escient et savoir jouir de lui-même ; il ne doit faire confiance à aucune
autre créature comme il se fait confiance à lui-même, il ne doit chercher en aucune autre créature le bonheur, comme il
le chercherait en lui-même. “En toi se trouve un monde, ne le cherche donc pas hors de toi”.
4. Dans quelle mesure l'homme peut-il être un monde en soi ? Il porte en lui tout ce qui fait partie de 1ui, rien de son
être n'est hors de lui, il est fermé sur lui-même comme un cercle ou une sphère. Pour cela, l’homme n’a pas à chercher
ailleurs ce qu’il est, c’est en lui qu’il le trouve. Ainsi, il trouvera facilement Dieu et le monde en lui. Dieu, dans la
mesure ou il peut trouver chaque chose dans son reflet et le reconnaître ; le monde comme on peut reconnaître quelque
chose à sa trace, chaque créature étant une trace du créateur. Si l'homme est capable de se dominer, il pourra aussi
considérer un autre homme comme semblable à quelque chose de la nature qu'il faudra guider. Et si c'est possible avec
un homme, c'est possible avec plusieurs, car ils sont tous faits selon un modèle. Et enfin, si l'homme a appris à jouir de
lui-même, il saura aussi jouir de tous les autres biens qui sont mis à sa disposition. La première nécessité pour chaque
homme est donc de se connaître, de se dominer, de se posséder, de savoir tirer le meilleur parti de lui-même et de
savoir jouir de ses dons et qualités.
5. Essayons de donner encore quelques explications ! Eh ! bien, je crois que l'homme devrait chercher son bonheur
plutôt en lui, en ce qui fait son être, c'est-à-dire en son corps, en son âme et en son esprit, et pas dans les choses
extérieures, plutôt accessoires comme manger, boire, se vêtir, habiter, avoir de l'argent, se soucier de l'approbation de
ses pairs, et autres éléments de la vie, qui, s'ils sont utilisés à mauvais escient, alourdissent encore plus la vie au lieu de
la faciliter, sont davantage des obstacles que des aides, et apportent plus de dommages que de profits. Ils ne servent
qu'à multiplier les labyrinthes de la vie, le nombre de rochers de Sisyphe, les souffrances de Tantale et gâchent
manifestement le vrai bonheur. Tu agiras donc sagement lorsque tu considéreras ce qui fait ton essence, c'est-à-dire ton
corps, ton âme et ton esprit immortel - esprit que tu as été le seul à recevoir de toutes les créatures visibles - comme un
bien précieux et que tu prendras consciencieusement soin de cette chose que tu as en propre comme tu prendrais soin de
ton champ, de ton jardin et de ton paradis où tu récolterais les fruits d'un bonheur longtemps attendu.
6. Mais comment la terre doit-elle être préparée pour que tu puisses cueillir de tels fruits en toi et que dois-tu faire pour
que ces fruits puissent croître ?
7. Je veux bien te l'enseigner. Ô homme, toute chose bonne en toi est là parce que tu es créé à l'image de Dieu, et plus
tu t’approches de cette image originelle de Dieu, plus facilement ces choses bonnes pourront jaillir de leur source. Tu
dois, de toutes tes forces, faire des efforts dans ce sens et c'est cette impulsion que tu sens au plus profond de ton cœur.
Dieu est et vit, il est tout-puissant et omniscient, il est la Sagesse même et ne veut que le Bien, il peut accomplir sa
volonté, il est le maître de toute chose, il peut en jouir et il surpasse toutes les créatures ; il se révèle à ceux auxquels il
parle, il aime ses créatures et veut être aimé d'elles; il est éternellement saint dans la plénitude de sa bonté. L'homme
aussi désire vivre ainsi et s'épanouir en force ; il veut être reconnu et compris, il ne veut tendre que vers ce qui lui plaît
et met tout son cœur à l'aboutissement de ses projets. Il veut avoir beaucoup de choses et en jouir ; il veut être honoré
et il veut régner ; il veut être compris quand il expose ses idées ; il veut être soutenu par des mécènes et, pour parfaire
son bonheur, il veut un Dieu miséricordieux et bon. Celui qui n'aurait pas ces désirs dans son cœur, ne serait pas
homme, mais un monstre à forme humaine.
8. De plus, il ne lui manque aucune possibilité pour arriver à ses fins, si seulement il voulait adapter les moyens à ses
désirs et les prendre en compte. Son corps est un organisme pouvant être préservé ou détruit, comme on peut préserver
ou détruire chacun des organes. Cinq sens sains lui permettent de soumettre le monde, il peut avoir accès à toutes sortes
de connaissances. Mais il peut avoir accès à la connaissance, s'il ne craint pas l'effort de devoir chercher la cause à tout
phénomène. Chacun d'entre nous n'a-t-il pas une volonté propre et un pouvoir de décision propre ? Tout est accessible à
l'homme, ses organes ont été créés à cette fin ou bien existe-t-il quelque chose pour quoi ils n'auraient pas été prévus ?
Pourquoi ne serait-il pas possible qu'il considère tous les biens comme les siens propres ? Le créateur n'a-t-il pas nanti
sa maison - le monde - avec tous les biens possibles et ne nous l'a-t-il pas donnée comme lieu de vie ? Chacun peut
utiliser ces biens et en jouir. Ils sont tous très bons (Gen. 17, 31)121. Ils ne sont gâchés que par le péché. Avec ceux qui
l'aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien, il les a appelés selon son dessein (Rom. 8, 7)122. Si ces choses
réussissent, on peut espérer accéder à une position formidable. Mais il faut savoir en quoi consiste ce formidable et il
faut savoir aussi ceci : on ne peut atteindre des buts élevés que si l'on se trouve sur le droit chemin. La création nous a
octroyés, très justement, d'être placés au-dessus de toutes les créatures visibles ; lorsque nous sommes libérés, nous
sommes même placés au-dessus des anges et enfin, par la sanctification, nous sommes élevés dans la communauté de
Dieu (Psaumes 87, 6-7123 ; Hebr. 2, 16124 ; 2 Pierre 1, 4125). Celui qui a eu de Dieu un solide bon sens, une langue et
des oreilles, peut devenir saint ; peu sont privés de ces organes à la suite d'un accident.

Pourquoi ne serait-il pas souhaitable, pour un homme bien éduqué, de profiter de la faveur des hommes quand il
respecte les lois du savoir-vivre ? Et pourquoi ne serait-il pas possible à quelqu'un qui sait comprendre la parole du
Psalmiste: “Goûtez et voyez comment le Seigneur est agréable !” d'accéder à la communauté de Dieu par l'amour et
l'obéissance ?
9. Comment peut-on réaliser tout ce qui est accessible à l'homme ? Nous allons voir ce que la règle de Christ, la règle
de l'Unique nécessaire, nous enseigne à ce sujet. Nous posons en préliminaire cette question : que devons-nous faire
pour pouvoir goûter continuellement la vie et la santé ?
Eh ! Bien, nous devons nous efforcer de respecter ce qui fortifie la vie et la santé et éviter tout le reste, en d'autres
mots : fuis tout ce qui pourrait nuire à ta santé et mets en pratique ce qui la fortifie. Ce qui porte préjudice à la santé et
au bien-être général, ce sont, à l'extérieur, les plaies et les coups, les chutes, les traumatismes, les contusions ; à
l'intérieur, tout les excès qui affaiblissent le corps : trop de chaud ou de froid, trop de mouvements ou pas assez, trop de
boissons et de nourriture, mais aussi tout épuisement dû à la faim, à la soif ou aux abus de médicaments. Ce qui
préserve la santé, c'est une bonne hygiène de vie et le respect envers Dieu et les hommes. La bonne hygiène de vie, c'est
l'entretenir avec bon sens, avec du mouvement et du repos et toutes ces choses dont on tire profit quand il y en a peu,
mais qui nuisent quand il y en a trop ou pas assez. Le respect envers Dieu et les hommes, c'est le désir de ne leurrer
personne, c'est-à-dire de ne conduire personne sur de mauvais chemins. Si tu pourvois ton estomac avec les aliments
qu'il faut, ton corps avec le mouvement et le repos qu'il faut, ton esprit avec la nécessaire tranquillité et les bonnes
nourritures, si enfin tu honores ton Dieu, le Seigneur de ta vie, de l'adoration qui lui revient et de l'obéissance qui lui est
due, si tu donnes aux hommes ce qui leur revient, pourquoi ne pourrais-tu pas oser espérer que de bonnes choses
t'arrivent ? Christ et ses saints ne t'ont-ils pas donné pour exemple leurs soucis quotidiens pour la vie et la santé ?
10. Pour s'approprier le plus de bien possible et pour ne jamais connaître le mal, il n'y a qu'un seul moyen. Il ne faut
enseigner aux sens que ce qui est valable, tout le reste doit leur rester inconnu. Car le visage, l'ouïe et les autres sens ont
tôt fait de s'approprier les objets qui sont à leur portée. Là aussi le mot d'ordre est : lentement et sans précipitation.
Cependant, ce qu'on garde caché reste caché.
11. Pour passer d'une connaissance superficielle d'une chose à une connaissance plus profonde de son être même, il faut
considérer et examiner soigneusement la cause. Si tu veux connaître une chose, cherche assidûment quels sont sa
finalité, sa composition et le rapport entre les différents éléments. Alors, tu pourras bientôt connaître son être intime.
Cette façon intelligente de procéder, ne pourrait-elle pas s'appliquer à tout ce qui est utile, si on se tient éloigné de tout
l'inutile ?
12. Si un homme ne doit pas mésuser de sa liberté de volonté, mais au contraire apprendre à l’utiliser à bon escient, il
faut l'habituer en premier lieu à se tenir éloigné de tout ce qui n'est pas permis, mais aussi de discerner correctement si
ce qui est permis, est utile ou non. Le joyau de toutes les vertus est bien celle qui consiste à renoncer aux choses
inutiles et même aux choses utiles de temps en temps ; car n'est vraiment libre que celui qui a la maîtrise complète de
lui-même.
“Celui qui est le vainqueur de lui-même est plus fort que celui qui prend une ville ! Ceci est le prix de la vertu !”
13. Celui qui veut devenir un homme vrai par cette vertu, celui-là devra observer la loi de Christ. L'homme est par
nature vivant et animé, il prend plaisir au mouvement et à l'action, mais il lui faut une sage direction. Comme l'esprit a
toujours quelque chose à penser, la volonté quelque chose à vouloir, le potentiel d'action de l'homme ne peut se
manifester que dans la réalisation de ses pensées et de son vouloir. Il n'a pas du tout besoin d'une motivation extérieure,
ils se motivent l'un l'autre, mais il faut une juste guidance, pour éviter que son dynamisme ne l'entraîne sur de
mauvaises voies. Ainsi, si notre dynamisme est canalisé et empêché de se disperser avec les choses inutiles, il ne pourra
que mettre son attention sur les choses utiles. Mais, ô combien c'est difficile !
14. Mais la règle de Christ soutient également le potentiel d'action de l'homme et évite qu'il ne s'affaiblisse. Dieu, dans
sa grande bonté, répartit ainsi ses dons et fait de telle sorte que les organes, qui nous permettent d'appréhender ces
choses, ne fassent pas défaut. Notre nature n'est pas non plus insatiable comme d'aucuns l'auraient affirmé de temps en
temps. Celui qui ne gaspille pas ses désirs pour des choses inutiles et qui sait se contenter du nécessaire, qui est donné
par Dieu, celui-ci a largement assez avec ce qui lui est donné. Et il vit bien plus heureux car il a moins de désirs. Mais
celui qui d'un autre côté ne se contente ni de Dieu ni de la vertu, celui-ci ne se contentera de rien ; il n'aura jamais
assez, même si le monde entier lui appartenait. Tout l'art est donc d'être véritablement riche en Dieu, en prière et en
travail, en sobriété et en contentement.
15. La règle de Christ permet aussi à celui qui est fidèle à Dieu et à la vertu, de se sentir en sécurité face au mal,
d'utiliser et de jouir tranquillement des biens de la vie. Se contentant du strict nécessaire, vivant simplement et
n'amassant pas quantité de choses inutiles, il n'aura pas non plus le désir de convoiter le meilleur sort de son prochain et
de se l'approprier. Il vit, tranquillement, pour Dieu et pour lui-même, louant Dieu, lucide par ses sens, s'occupant
toujours à quelque chose de bon. S'il vit quelque chose de négatif, il réfléchira au sort de tout homme et au réconfort
divin omniprésent qui lui permet de tout supporter.
16. La règle de Christ permet aussi, à un homme voué à Dieu et se limitant au strict nécessaire, de vivre honnêtement. Il
ne permettra jamais à des évènements malhonnêtes de se produire par son intermédiaire, celui d’une tierce personne ou
d’une chose extérieure ; il ne voudra pas seulement avoir l'air d'être bon, mais il le sera vraiment ; il ne considérera pas
les hommes comme étant supérieurs à Dieu, le protecteur de la vérité, ni supérieurs à sa conscience, prêtant serment
devant son tribunal intérieur. Si en vérité tu vis ainsi tu seras honoré auprès de Dieu et de ses anges et auprès de tous les
saints comme l'image originelle de Dieu, la vérité, que tu vives et sois connu publiquement ou que tu vives retiré chez
toi. Que la grande masse te considère ou non, ceci n'a pas d'importance. La grande masse d'ailleurs n'y comprend rien,
ce qu'elle adore ressemble plus à un cloaque qu'à un autel. Tiens peu compte de la populace et cherche l'honneur
véritable sur le trône de la vertu.
17. La règle christique donne à ses fidèles une parole mesurée, non pas un verbiage clinquant, mais la capacité à mettre
clairement et simplement ses pensées en paroles. Reconnaître le strict nécessaire et savoir le séparer de l’inutile, permet
de dire des paroles vraies et non pas des paroles vides et creuses, de dire les choses pour qu'elles forment un tout
harmonieux et ne se perdra pas dans des lieux communs sans fin. Et, ô merveille ! Ce seront surtout les personnes les
plus simples et les moins habituées à parler qui seront véritablement douées d'une parole mesurée. Si elles parlent avec
Dieu, leur prière s'élève de leur âme comme un souffle provenant du tréfonds de leur cœur, si elles parlent avec les
hommes, alors leurs paroles sont simples et vraies, comme leur maître divin le leur a appris : “Que votre parole soit oui,
oui, ou non, non !”
18. Le respect de la loi de Christ provoque chez les autres personnes une certaine reconnaissance, car on prend pour
habitude de ne s'occuper que de ses affaires propres et on s'éloigne de celles des autres. Elles ne nous concernent pas.
On ne dérange pas celui qui ne s'occupe que de lui et qui laisse les autres tranquilles !
19. Le fait est que la règle christique est, par expérience, le chemin le plus sûr pour chercher et trouver la grâce de celui
qui est placé au-dessus de tout, c'est-à-dire Dieu. Si nous devons rechercher en chaque chose ce qui fait son essence,
son germe - garant de son intégrité - il est clair que l'univers possède une base universelle sur laquelle tout peut se
construire. Et cette base ne peut être autre chose que Dieu, origine de toute chose, cause de toutes les causes, but de
tous les buts, forme originelle de toutes les formes, la dynamique de tout mouvement. L'élève assidu de la règle
christique, qui considère tout ceci avec beaucoup de sérieux, doit venir à la conclusion que de tout ce qui est nécessaire,
la plus grande nécessité est Dieu. Ceci a encore une autre conséquence. Lorsqu'il aura pris conscience qu'il est
nécessaire de s'éloigner des choses extérieures pour aller vers son être intime, il verra que l'unique nécessaire
maintenant est de s'éloigner de lui-même pour retourner à son origine, à Dieu. Il ne se soumettra qu’à lui, lui laissera la
direction de son être, qui lui revient de droit. Alors, la vie de l'homme est assurée ; Dieu ne dit-il pas aux croyants : “Ne
crains point. Je suis ton bouclier et ta récompense” (Gen. 15, 1)126.
20. Peut-on donner quelques exemples ? Oui, pourquoi pas ! Voici : si tu veux que ta vie ne soit pas transformée en
labyrinthe, alors ne te mêle jamais, autant que cela est possible, des affaires qui ne te concernent pas, ni en pensées, ni
en paroles, ni en actes. Si tu fais cela, tu éviteras un gros labyrinthe. Si tu ne veux pas te trouver dans un labyrinthe
avec tes propres affaires, alors sois sobre. Contente-toi de peu dans l'habillement, le gîte, la nourriture, la domesticité,
les ustensiles ménagers, les rentrées d'argent et l'argent en général. Aies de tout, juste la quantité dont tu as besoin, sans
abondance et sans luxe. Ne te charge pas non plus de trop d'amis, un ou deux suffisent.
21. En ce qui concerne l'unique nécessaire, différents conseils peuvent être donnés aux divers âges de la vie, ainsi pour
le jeune, pour l'homme adulte, pour le vieillard et pour le mourant.
22. Qu'est-ce qui est nécessaire à la jeunesse ? Réponse: une bonne éducation ! Déjà tout petit, il faut enseigner aux
jeunes ce qui est nécessaire dans la vie et les préserver de l'inutile. Ceci est la base du bonheur dans la vie. Ce qu'on
apprend jeune, on le pratique vieux. Si on prend soin de l'arbre et si on l'arrose, il grandit ; s'il grandit, il gagne en force,
il pousse droit ou penché et porte ses fruits. “Instruis le jeune homme selon ses dispositions, devenu vieux, il ne s'en
détournera pas.” (Proverbes 22, 6)127. Mais Dieu dit : “Un Ethiopien peut-il changer de peau ? Une panthère de pelage
? Et vous, pouvez-vous bien agir, vous les habitués du mal ?” (Jér. 13, 23). Il vaut mieux que rapidement tu brises la
volonté de l'enfant au lieu de vouloir l'améliorer lentement, le mal aurait tout le temps de grandir en lui. On préfère
éviter la chute aux pots en verre ou en terre au lieu de réparer les dégâts. Il en va ainsi de la santé du corps et de tout en
général.
23. Le jeune doit être instruit de façon précoce à la perspective de la mort, pour qu'il commence sa vie comme s'il
n'avait que peu de jours devant lui, comme si le court laps de temps était bientôt passé. Il doit apprendre à ne pas mettre
beaucoup d'espoir dans cette vie temporelle mais plutôt à se préparer à la vie éternelle. Quelqu'un pourrait répliquer : il
faudrait donc instruire les jeunes plutôt sur la mort que sur la vie ? Oui, tout à fait ! Car si nous voulons préserver les
hommes de grands dangers, nous devons leur éviter le danger de mourir sans être préparés, qu'ils soient jeunes ou
vieux. C'est un dicton de la sagesse : nous mourons dès notre naissance, chaque commencement porte la fin en soi. Il ne
sera donc pas insensé de parler très tôt aux mortels que nous sommes, de notre fin, pour que nous y pensions à temps et
que nous nous y préparions. Sinon nous restons dans l'ignorance à propos de ce dont nous avons besoin car nous
apprenons des choses inutiles ; nous rejetterons les choses nécessaires car nous nous adonnerons aux choses inutiles et
lorsque nous aurons besoin du nécessaire, celui-ci nous fera défaut car nous nous serons seulement occupés de l'inutile.
Pour cette raison on ne peut pas mieux commencer la vie qu'en réfléchissant à la mort et avec l'intention de mener sa
vie en craignant Dieu pour qu'elle ne soit pas considérée comme une mauvaise vie au moment de la mort.
24. Qu'est-ce qui est nécessaire à une vie honnête ? SENEQUE conseille de prendre pour modèle un champion de la
vertu comme SCIPION, CATON ou quelqu'un d'autre, de l'avoir constamment devant les yeux. Ceci nous éviterait la
honte de pécher. Ce n'est pas un mauvais conseil ! Mais nous chrétiens avons quelque chose de mieux et quelque chose
de plus contraignant : de toujours porter son regard sur Christ et sur l'idéal de la perfection, toujours se le représenter
comme étant présent et voyant toutes nos œuvres et toutes nos pensées et se dire que dans l'autre vie, il sera notre juge.
25. “Mais combien peu observent ceci ! “ Et bien, si tu ne veux pas y réfléchir et vivre cette vie ouvertement, il faudra
te trouver un endroit où te cacher où il n'y aurait ni Dieu, ni ange, ni aucune autre créature qui puisse te voir. Si Dieu te
voit, il te jugera quand il te trouvera ; et si une créature te voit, elle te condamnera, même si ce n'est qu'un oiseau. Car
des murailles même la pierre crie, de la charpente la poutre lui répond (Ha 2, 11). Mais où trouveras-tu cet endroit retiré
dont tu as besoin pour accomplir tes péchés ? Nulle part. Sache alors que nulle part tu ne peux pécher et donc ne pèche
point. Mais travaille sans arrêt pour t'améliorer.
26. Que doit faire celui qui a pris de telles résolutions ? Il doit commencer sa tâche rapidement et avec sérieux. Si tu ne
commences jamais, les belles théories ne te seront d'aucune utilité. Si quelqu'un n'a pas envie de faire quelque chose
aujourd'hui, il ne sera pas mieux disposé demain. Et si tu as commencé, tu dois continuer jusqu'à ce que les premières
difficultés soient surmontées. Mais alors il s'agit de persévérer ! Car seul celui qui persévère jusqu'à la fin sera sauvé
(Mt. 10, 22)128. Mais tout ceci doit être accompli en pleine conscience, avec beaucoup de sérieux et sans hypocrisie,
sans tromperie et sans fausse sainteté, choses auxquelles il faut s’habituer dès la jeunesse. Car le Dieu de la vérité veut
un cœur authentique. Si tu te montres devant les hommes comme tu te montres devant Dieu et devant ta conscience, tu
pourras toujours te maintenir. Sinon, tout ce que tu entreprends ne sera que tromperie. Et alors ? Comme le vent balaie
les brindilles, ainsi l'opinion publique balayera les saints mensonges.
27. Que doit faire un homme dans la force de l'âge et dont la vie est consacrée au travail pour qu'il ne s'égare pas dans
un labyrinthe ? Réponse: d'abord mettre de côté l'inutile, puis ce qui est moins utile pour ne pas tomber dans l'erreur et
finalement réduire le nécessaire à peu de choses. Puis faire les choses l'une après l'autre, dans le bon ordre en tenant
bien compte de trois règles : 1. Si tu es chargé d'un travail, n'attends pas qu'un autre le fasse à ta place mais fais-le toi-
même. Ne fais confiance à aucun homme, hormis toi-même et Dieu. 2. Ce que tu peux faire aujourd'hui, ne le remets
pas à demain. 3. Si tu fais quelque chose, fais-le avec sérieux pour que ton travail porte des fruits.
28. Tu poses la question : quel travail dois-je faire ? Réponse: d'abord, il faut toujours que tu aies un but sûr et précis
devant les yeux. S'il y en a plusieurs, fais passer les moins importants après le but principal. Celui qui court deux
lièvres à la fois n'en attrape aucun. Deuxièmement, fais que tu aies toujours un outil sûr et précis. Si plusieurs te
semblent utiles, range-les pour qu'ils se complètent mutuellement et ne soient pas un obstacle l'un pour l'autre. Insensé
est le promeneur qui se charge de plusieurs cannes (GEILER) ; insensé aussi de se charger et de se retarder avec des
bagages inutiles et beaucoup de choses de son ménage. Troisièmement, suis une règle sûre et précise pour l’utilisation
de tes outils. Si tu veux essayer quelque chose de nouveau, ne le tente qu'après mûre réflexion.
29. Mais comment doit s'y prendre celui dont les forces sont éparpillées dans plusieurs tâches ? Il doit vérifier quelle est
celle qui, entre toutes, est la plus nécessaire. Il doit alors s'attacher assidûment à celle-ci sans tenir compte des autres.
Mais si plusieurs ont la même urgence, qu'il fasse venir des aides. Si cela n'est pas possible et si tu dois toutes les
accomplir, fais d'abord celles qui sont les plus urgentes et les plus importantes.
30. Mais si je suis placé devant des tâches exceptionnellement grandes ? Alors, il faut réquisitionner toute la force de
l'esprit et du corps et avoir une grande intelligence ou même les conseils d'un ami si tu n'y arrives pas tout seul. A ceci
doit s'ajouter la grâce de Dieu si tu attends gratitude et faveur des hommes et si tu ne veux pas que l'on t’envie. Si tu
veux faire quelque chose de grand sans ces deux choses, tu le regretteras rapidement.
31. Mais que dois-tu faire si des difficultés se présentent ou si tu es pris dans de grandes confusions et ne sais plus vers
qui te tourner ? Tu n'as plus d'autre choix que de trouver ton salut en Dieu et dire comme Josaphat : “Car nous sommes
sans force devant cette foule immense qui nous attaque. Nous, nous ne savons que faire, aussi est-ce sur toi que se
portent nos regards.” (2 Chron. 20, 12)129.
32. Que doit dès lors faire celui qui ne veut pas plier sous le poids de ses charges ? Il ne doit rien commencer qu'il ne
serait en mesure d'achever. S'il entreprend quoi que ce soit au-dessus de ses forces, il se fatiguera automatiquement, il
se laissera écraser et sera obligé d'arrêter sous les rires des gens. Si tu es sage, prend David en exemple : il ne levait ni
les yeux ni la tête par orgueil et ne prenait pas de tâche trop difficile pour lui (Psaume 131)130. Mais s'il plaît à Dieu de
te demander quelque chose d'exceptionnel, il t'y conduira de ses propres mains comme il l'a fait avec David. Repose
tous tes soucis sur le Seigneur, il saura faire que toute chose soit bonne (Psaume 37, 5)131. Mais si tu veux te passer
des recommandations de Dieu, tu sombreras sans plus attendre et toutes tes intentions avec toi.
33. Qu'attend-on de nous lorsque des affaires inconnues nous sont soumises ? Selon l'affaire de laquelle il s'agit : de la
rigueur, c'est-à-dire du sérieux, de la rapidité et de la réserve. Ne dis pas que tu vas le faire, mais fais-le. Ne te loue pas
lorsque tu l'as fait, mais garde-le pour toi si tu t’en es bien sorti.
34. Que doit-on faire pendant les bonnes périodes ? Tu dois te réjouir et remercier Dieu (Jacques. 5, 13). Celui à qui la
chance sourit doit se réjouir. Christ aussi permettait aux siens de se réjouir, mais il mettait en garde contre une joie
débridée privilégiant la chair aux dépens de l'esprit.
35. Comment doivent faire les tristes ? Qu'ils soient tristes, qu'ils pleurent et qu'ils prient (Jacques. 5, 13)132. Les
souffrances qui nous conduisent à Dieu, source du salut, sont pour nous le salut.
36. De quoi a besoin l'avare ? Il 1ui faut un point sur lequel son avidité puisse se reposer. Ce point est la satiété, c'est là
qu'il est satisfait de ses possessions. Celui qui est content de son bien n’est jamais pauvre ; ne sera jamais riche celui
qui ne se satisfait pas de ce qu'il a.
37. Comment doit-on s'y prendre pour éviter les confusions dans sa vie ? Evite soigneusement les lacunes en toi, et à
l'extérieur de toi, la cohue des affaires et des hommes. Si tu veux échapper aux erreurs qui sont en toi évite les
tentations charnelles ainsi que le fit Joseph (Gen. 39, 12)133. Si Satan t'attaque, résiste-lui comme l'a fait Christ,
jusqu'à ce qu'il abandonne (1 Pierre 5, 9134 ; Jacques. 4, 7). Si tu veux échapper aux soucis de la vie, ne fréquente que
peu de gens et seulement lorsque c'est vraiment nécessaire ; si tu as traité une affaire, retourne aussitôt chez toi et chez
les tiens. Agis ainsi pendant toute ta vie.
38. Quand pourra-t-on dire qu'un vieillard est un homme heureux ? PLATON pense que celui qui, ayant cheminé sur
des voies d'illusions dans sa jeunesse, en perce même tardivement toutes les formes, est un homme heureux. Mais notre
raison et notre entendement ne sont pas les seuls à nous tromper. Notre volonté aussi, qui nous fait passer à l’action. On
dira donc plus justement : l'homme vieux est heureux lorsqu'il a trouvé la sortie hors du labyrinthe de la vie, qu'il a
enfin pu arrêter ses rochers de Sisyphe et qu'il est arrivé au bout de ses désirs. David admire celui que Dieu a rendu
jeune comme un aigle (Psaume 103, 5)135. S'il a encore quelque chose à faire, c'est quelque chose d'élevé, dirigé vers
les cieux dans le sens de la vie ; il est comme un vieil arbre qui a des fruits plus nobles, plus sucrés et plus juteux bien
qu'il en porte moins. Ce que l'homme vieux remarque chez lui-même ou chez les autres comme défauts, il doit tenter de
les améliorer avant la fin de sa vie. Sinon la mort le surprendra avant d’avoir accompli sa tâche et il perdra tout le
bénéfice de sa vie. Le coureur ne peut prétendre aux lauriers que s'il a atteint le but, c’est à la mort seule que l'on reçoit
la récompense d’une vie noble. Il n'y a plus d'amélioration possible après la mort, il n'y a plus que d'éternels regrets.
39. Ceci veut-il dire que l'art de mourir est l'apogée de tout art ? Oui, bien sûr ! La mort est la dernière ligne dans le
livre de la vie. Ce n'est que lorsque la fin est bonne que tout est bon. Nous serions bien malheureux si notre mort ne
mettait fin qu'à une vie laborieuse, et encore bien plus malheureux si la misère temporaire devait se transformer en
misère éternelle.
40. Et que doit-on faire pour avoir une belle mort ? Il faut que tu sois bien préparé à ce moment auquel personne ne
peut échapper. Ne montre pas de mauvaise volonté mais pars de bon cœur, obéissant aux lois du destin. Comme le
sage, quittant la table de ses hôtes avec un humble respect, tu dois quitter la vie. Celui qui a mené une mauvaise vie ne
doit pas espérer mourir d'une belle mort. C'est un désir bien insensé de vouloir mourir d'une belle mort si on a vécu une
mauvaise vie. On s'oppose ainsi aux lois de la justice et de toute façon, c'est impossible. La mort est le point d'ancrage
dont dépend la vie éternelle. Il n'y a donc rien de plus important dans toute la vie que de se préparer à un heureux
trépas.
41. En quoi consiste cette préparation ? En ceci : tu régleras le solde, avec toi-même, avec ton prochain, avec Dieu.
Avec toi-même, quand tu règles, au moment de mourir, tes péchés, cause de ta mort ; alors tu ne seras pas effrayé à la
venue de la mort : “Si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons pleine assurance devant Dieu” (1 Jean 3, 21).
Avec ton prochain, quand tu te réconcilies avec tout le monde, du fond du cœur “tant que tu es encore avec lui sur le
chemin” (Mt. 5, 25)136. Avec Dieu, lorsque tu reconnais sa miséricorde et viens vers lui par ta foi en Christ (Rom 5, 1.
2)137. Alors seulement, lorsque tu auras fait tout cela, tu peux rendre ton esprit au Père, par Christ, et dire dans un élan
victorieux “C'est accompli ! “, dire ainsi que Paul : “J’ai mené un combat juste, j'ai terminé la course, j'ai gardé la foi, la
couronne de la justice me sera donc remise.” Alors seulement, lorsque tu seras sûr de ne plus rien avoir à faire, tu
pourras tranquillement quitter cette vie de labeur pour le repos et dire ainsi que l'Apôtre : “J'ai envie de partir et d'être
avec Christ” (Phil. 1, 23)138. Alors tu verras, tel STEPHANUS, les cieux ouverts devant toi et le Fils de l'Homme assis
à la droite de Dieu ; tu pourras dire : “Seigneur Jésus, prend mon esprit” (Actes 7, 58.59)139.
42. Et de quoi a besoin l'homme après sa mort ? Pour son âme, les anges qui la portent au ciel, pour son corps, des amis
qui s'occupent de son enterrement, et une bonne réputation parmi les hommes. S’il ne lui est pas possible d’avoir les
deux dernières choses, la première suffit amplement. A elle seule, elle est déjà la seule chose nécessaire.

Ici se termine le chapitre 5 du livre “L’Unique Nécessaire”, et pour nous, comme pour tous ceux qui prennent au
sérieux la mise en pratique de la sagesse éternelle développée dans ce petit livre, où la volonté individuelle se fond dans
la volonté universelle, l’acte libérateur doit suivre.

Notes
Comenius indique souvent ce qui constitue l’essentiel d’une citation de la bible pour son propos et ne prend pas la
peine de donner la citation complète ou même simplement exacte. Nous donnerons ici les passages tirés de la
traduction de Raymond Segond.

1) La crainte de l’Eternel est le commencement de la science ; les insensés méprisent la sagesse et


l’instruction.
2) Si quelqu’un d’entre vous manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu, qui donne à tous simplement et sans
reproche, et elle lui sera donnée.
3) Aussi est-il écrit : je détruirai la sagesse des sages, et j'anéantirai l’intelligence des intelligents.
4) Eccl.7,15 : J’ai vu tout cela pendant les jours de ma vanité. Il y a tel juste qui périt dans sa justice, et il y a tel
méchant qui prolonge son existence dans sa méchanceté.
5) Les chapitres 11 et 12 de l’Ecclésiaste sont trop longs pour être cités en entier. Contentons-nous d’en citer
des passages adaptés au propos de Comenius :
Jette ton pain sur la face des eaux, car avec le temps tu le retrouveras ; donnes-en une part à sept et même à
huit, car tu ne sais pas quel malheur peut arriver sur la terre. - ... - Outre que l’Ecclésiaste fut un sage, il a encore
enseigné la science au peuple, et il a examiné, sondé, mis en ordre un grand nombre de sentences... Les paroles des
sages sont comme des aiguillons ; et rassemblées en un recueil, elles sont comme des clous plantés, données par un seul
maître.
6) Or la foi est une ferme assurance des choses qu’on espère, une démonstration de celles qu’on ne voit pas.
7) ... La parole de l’Eternel fut adressée à Abram dans une vision, et il dit : Abram, ne crains point ; je suis ton
bouclier, et ta récompense sera très grande.
8) Nous donnerons ici seulement la fin du chapitre 1 : ... Ne sont-ils pas tous des esprits au service de Dieu,
envoyés pour exercer un ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du salut.
9) Demandez et l’on vous donnera, cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira.
10) Que ce livre de loi ne s’éloigne point de ta bouche ; médite le jour et nuit, pour agir fidèlement selon tout ce qui y
est écrit ; car c’est alors que tu auras du succès dans tes entreprises, c’est alors que tu réussiras.
11) Mais qui trouve son plaisir dans la loi de l’Eternel, et qui la médite jour et nuit !
12) Heureux ceux qui sont intègres dans leur voie, qui marchent selon la loi de l’Eternel, heureux ceux qui
gardent ses préceptes... Ne me laisse pas m’égarer loin de tes commandements... Je te louerai dans la droiture de mon
cœur, en apprenant les lois de ta justice... Je me réjouis en suivant tes préceptes, comme si je possédait tous les trésors -
je médite tes ordonnances... je n’oublie point ta parole.
13) Vous qui aimez l’Eternel, haïssez le mal ! Il garde les âmes de
ses fidèles, il les délivre de la main des méchants - La lumière est semée pour le juste, et la voie pour celui dont le cœur
est droit. - Justes, réjouissez-vous en l’Eternel, et célébrez par vos louanges sa sainteté.
14) ... L’Eternel a manifesté son salut, il a révélé sa justice aux yeux des nations... -... Il jugera le monde avec
justice, et les peuples avec équité.
15) Psaume de louange…Poussez vers l'Eternel des cris de joie, Vous tous habitants de la terre ! Servez
l'Eternel avec joie.
16) Leur force augmente pendant la marche, et ils se présentent devant Dieu à Sion. Eternel, Dieu des armées,
écoute ma prière ! Prête l'oreille, Dieu de Jacob.
17) C'est lui que nous annonçons, exhortant tout homme, et instruisant tout homme en toute sagesse, afin de
présenter à Dieu tout homme, devenu parfait en Christ.
18) Et à revêtir l'homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité.
19) Enfants, obéissez en toutes choses à vos parents, car cela est agréable dans le Seigneur.
20) Et notre espérance à votre égard est ferme, parce que nous savons que, si vous avez part aux souffrances,
vous avez part aussi à la consolation. - Nous ne voulons pas, en effet, vous laisser ignorer, frères, au sujet de la
tribulation qui nous est survenue en Asie, que nous avons été excessivement accablés, au-delà de nos forces, de telle
sorte que nous désespérions même de conserver la vie.
21) En priant, ne multipliez pas les vaines paroles, comme les païens qui s’imaginent qu’à force de paroles ils seront
exaucés.
22) Je vous le dis, au jour du jugement, les hommes rendront compte de toute parole vaine qu'ils auront
proférée.
23) Comme Jésus connaissait leur pensée, il leur dit : tout royaume divisé contre lui-même est dévasté, et toute
ville ou maison divisée contre elle-même ne peut subsister.
24) Parce que la loi produit la colère, et que là où il n'y a point de loi, il n'y a point non plus de transgression.
25) Sachant bien que la loi n'est pas faite pour le juste, mais pour les méchants et les rebelles, les impies et les
profanateurs.
26) Vous avez appris qu'il a été dit :œil pour œil, et dent pour dent. - mais moi je vous dit de ne pas résister au
méchant. Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l'autre.
27) Et qui vous maltraitera, si vous êtes zélés pour le bien ? - D'ailleurs, quand vous souffririez pour la justice,
vous seriez heureux.
28) Parcourez les rues de Jérusalem, regardez, informez-vous, cherchez dans les places, s'il s'y trouve un
homme, s'il y en a un qui pratique la justice, qui s'attache à la vérité, et je pardonne à Jérusalem. - Même quand ils
disent : L'Eternel est vivant ! C'est faussement qu'ils jurent.
29) Soyez soumis, à cause du Seigneur, à toute autorité établie parmi les hommes, soit au roi comme
souverain.
30) Accorde toi promptement avec ton adversaire, pendant que tu es en chemin avec lui, de peur qu'il ne te
livre au juge, que le juge ne te livre à l'officier de justice, et que tu ne sois mis en prison.
31) 31/32 Ou quel roi, s'il va faire la guerre à un autre roi, ne s'assied d'abord pour examiner s'il peut, avec dix
mille hommes, marcher à la rencontre de celui qui vient l'attaquer avec vingt mille. - S'il ne le peut, tandis que cet autre
roi est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander la paix
32) Choisissons ce qui est juste, voyons entre nous ce qui est bon.
33) Les trois dernières citations ne sont pas parfaitement exactes, mais elles sont acceptables.
34) Mais à tous ceux qui l'ont reçue, à tous ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir
enfants de Dieu, lesquels sont nés …
35) Il nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes, en Jésus-Christ.
36) A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres.
37) Mais par-dessus toutes choses, revêtez-vous de la charité, qui est le lien de la perfection.
38) …vous efforçant de conserver l'unité de l'esprit par le lien de la paix. - Il y a un seul corps et un seul esprit,
comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation ; il y a un seul baptême, une seule foi, un
seul Seigneur, un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous et parmi tous, et en tous. Mais à chacun de nous la
grâce a été donnée selon la mesure du don de Christ.
39) La multitude de ceux qui avaient cru n'était qu'un cœur et qu'une âme. Nul ne disait que ses biens lui
appartenaient en propre, mais tout était commun entre eux…
40) Nous avons connu l'amour, en ce qu'il a donné sa vie pour nous ; nous aussi, nous devons donner notre vie
pour les frères.
41) Mais, pendant que les gens dormaient, son ennemi vint, sema l'ivraie parmi le blé, et s'en alla.
En fait, ici, pour accompagner le propos de Comenius, il faudrait aussi prendre en compte les versets 26, 27, 28, 29,
30.
42)Citations acceptables
43) Car je vous ai donné un exemple, afin que vous fassiez comme je vous ai fait.
44) Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. - Si vous m'aimez, gardez mes
commandements.
45) Il y aura là un chemin frayé, qu'on appellera la voie sainte. Nul impur n'y passera ; elle sera pour eux
seuls ; ceux qui la suivront, même les insensés, ne pourront s'égarer.
46) Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait.
47) Jésus répondit : ce qui est impossible à l'homme est possible à Dieu.
48) Ils lisaient distinctement dans le livre de la loi de Dieu, et ils en donnaient le sens pour faire comprendre ce
qu'ils avaient lu. - Néhémie, le gouverneur, Esdras, le sacrificateur et le scribe, et les lévites qui enseignaient le peuple,
dirent à tout le peuple : ce jour est consacré à l'Eternel, votre Dieu ; ne soyez pas dans la désolation et dans les larmes !
Car tout le peuple pleurait en entendant les paroles de la loi.
49) Quelques-uns, s'étant détournés de ces choses, se sont égarés dans de vains discours ; - Ils veulent être
docteurs de la loi et ils ne comprennent ni ce qu'ils disent ni ce qu'ils affirment.
50) Ici aussi, le texte du chapitre est trop long pour être cité en entier, et nous n'en donnerons que ce qui nous
semble relever plus spécifiquement du propos de Comenius :
Faites donc et observez tout ce qu'ils vous disent, mais n'agissez pas selon leurs œuvres. Car ils disent et ne font pas …
Mais vous, ne vous faites pas appeler Rabbi ; car un seul est maître, et vous êtes tous frères - Et n'appelez personne sur
la terre votre père, car un seul est votre Père, celui qui est dans les cieux. … Jérusalem, Jérusalem, qui tues les
prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule
rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l'avez pas voulu.
51) … A qui veut-on enseigner la sagesse ? A qui veut-on donner des leçons ? Est-ce à des enfants qui
viennent d'être sevrés, qui viennent de quitter la mamelle ? - Car c'est précepte sur précepte, règle sur règle, un peu ici
un peu là. Hé bien ! C'est par des hommes aux lèvres balbutiantes et au langage barbare que l'Eternel parlera au
peuple… Ecoutez donc la parole de l'Eternel, moqueurs, vous qui dominez sur ce peuple de Jérusalem ! - Vous dites :
nous avons fait une alliance avec la mort, nous avons fait un pacte avec le séjour des morts ; … C'est pourquoi ainsi
parle le Seigneur, l'Eternel : Voici, j'ai mis pour fondement en Sion une pierre angulaire de prix, solidement posée ;
celui qui la prendra pour appui n'aura point hâte de fuir…
52) Car je n'ai pas eu la pensée de savoir parmi vous autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié.
53) 15/16
…Mais afin que tu saches, si je tarde, comment il faut se conduire dans la maison de Dieu, qui est l'Eglise du Dieu
vivant, la colonne et l'appui de la vérité. - Et, sans contredit, le mystère de la piété est grand : celui qui a été manifesté
en chair, justifié par l'Esprit, vu des anges, prêché aux gentils, cru dans le monde, élevé dans la gloire.
54) A la loi et au témoignage ! Si l'on ne parle pas ainsi, il n'y aura point d'aurore pour le peuple.
55) Vous sondez les écritures, parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle : ce sont elles qui rendent
témoignage de moi.
56) Mais celui qui entre par la porte est le berger des brebis. - Le portier lui ouvre, et les brebis entendent sa
voix ; il appelle par leur nom les brebis qui lui appartiennent, et il les conduit dehors.
57) Lesquelles nous assurent de sa part les plus grandes et les plus précieuses promesses, afin que par elles
vous deveniez participants de la nature divine, en fuyant la corruption qui existe dans le monde par la convoitise.
58) Et j'entendis du ciel une autre voix qui disait : sortez du milieu d'elle, mon peuple, afin que vous n'ayez
point part à ses péchés.
59) Voici, l'Eternel dévaste le pays et le rend désert, il en bouleverse la face et en disperse les habitants … Le
pays était profané par ses habitants ; car ils transgressaient les lois, violaient les ordonnances, ils rompaient l'alliance
éternelle. C'est pourquoi la malédiction dévore le pays, et ses habitants portent la peine de leurs crimes. …Ils élèvent
leurs voix, ils poussent des cris d'allégresse ; des bords de la mer, ils célèbrent la majesté de l'Eternel. Glorifiez donc
l'Eternel dans les lieux où brille la lumière.
60) En effet, si je suis hors de sens, c'est pour Dieu ; si je suis de bon sens, c'est pour vous.
61) Puis l'Eternel Dieu planta un jardin en Eden, du côté de l'orient, et il y mit l'homme qu'il avait formé.
62) L'Eternel Dieu prit l'homme, et le plaça dans le jardin d'Eden pour le cultiver et pour le garder.
63) L’Eternel Dieu forma de la terre tous les animaux des champs et..., et il les fit venir vers l’homme, pour
voir comment il les appellerait,...
64) Il dit à l'homme : Puisque tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé de l'arbre au sujet duquel je
t'avais donné cet ordre : Tu n'en mangeras point ! le sol sera maudit à cause de toi. C'est à force de peine que tu en
tireras ta nourriture tous les jours de ta vie, …
65) Mon fils, ne méprise point la correction de l'Eternel, et ne t'effraie point de ses châtiments.
66) (7, 29) : Seulement, voici ce que j'ai trouvé, c'est que Dieu a fait les hommes droits ; mais ils ont cherché
beaucoup de détours.
67) J'ai vu tout ce qui se fait sous le soleil ; et voici, tout est vanité et poursuite du vent - Ce qui est courbé ne
peut se redresser, et ce qui manque ne peut être compté.
68) Puis j'ai considéré tous les ouvrages que mes mains avaient faits, et la peine que j'avais prise à les
exécuter ; et voici, tout est vanité et poursuite du vent, et il n'y a aucun avantage à tirer de ce qu'on fait sous le soleil.
69) C'est encore là un mal grave. Il s'en va comme il était venu ; et quel avantage lui revient-il d'avoir travaillé
pour du vent ?
70) Celui qui remue les pierres en sera blessé, et celui qui fend du bois en éprouvera du danger.
71) Toutes choses sont en travail au-delà de ce qu'on peut dire, l'œil ne se rassasie pas de voir, et l'oreille ne se
lasse pas d'entendre.
72) J'ai dit en mon cœur : Allons ! Je t'éprouverai par la joie, et tu goûteras le bonheur.- Je me créai des étangs,
pour arroser la forêt où croissaient les arbres - J'achetai des serviteurs et des servantes, et j'eus leurs enfants nés dans la
maison ; je possédai des troupeaux de bœufs et de brebis, plus que tous ceux qui étaient avant moi dans Jérusalem. -
Tout ce que mes yeux avaient désiré, je ne les en ai point privés ; je n'ai refusé à mon cœur aucune joie ; car mon cœur
prenait plaisir à tout travail, et c'est la part qui m'en est revenue. - Et j'ai haï la vie, car ce qui se fait sous le soleil m'a
déplu, car tout est vanité et poursuite du vent.
73) (Ecclés. 4, 2-3) : Et j'ai trouvé les morts qui sont déjà morts plus heureux que les vivants qui sont encore
vivants - et plus heureux que les uns et les autres celui qui n'a point encore existé et qui n'a pas vu les mauvaises actions
qui se produisent sous le soleil.
74) Pour toutes les allusions aux mythes grecs, qu'il s'agisse de Thésée, de Sysiphe, de Tantale ou d'autres, au
cours de cet ouvrage, nous renvoyons à l'excellent travail de Robert Graves “The Greek Myths “, Ed. Penguin Books,
1960, réédité pour Folio Society en 1996, dont il existe une très bonne traduction en Français sous le titre “ Les Mythes
grecs “ éditée à Paris en 1971. Ceci même si Robert Graves est souvent assez “ poète “, ce qui à mon avis ne gâte rien.
75) Nous employons l'abréviation biblique de l'Ecclésiaste pour ce que Comenius, comme les auteurs de son
temps, appelle le Livre de Salomon ou de la Sagesse.
Seigneur, tu as été pour nous un refuge, de génération en génération. Avant que les montagnes fussent nées, et que tu
eusses créé la terre et le monde, d'éternité en éternité tu es Dieu. - Tu fais rentrer les hommes dans la poussière, et tu
dis : Fils de l'homme, retournez. - Car mille ans sont, à tes yeux, comme le jour d'hier, quand il n'est plus, et comme
une veille de la nuit. - Tu les emportes, semblables à un songe, qui le matin, passe comme l'herbe : - elle fleurit le
matin, et elle passe, on la coupe le soir, et elle sèche. - Nous sommes consumés par ta colère, et ta fureur nous
épouvante. - tu mets devant nos iniquités, et à la lumière de ta face… Ici, nous renvoyons le lecteur à la totalité du
Psaume 90, qui n'est d'ailleurs pas dans son entièreté en rapport avec le propos immédiat de Comenius.
Pour l'Ecclésiaste, 6, de même, je noterai surtout le premier, le deuxième, le sixième, et le dernier verset, laissant au
lecteur le soin de se reporter au chapitre 6 dans son ensemble : Il est un mal que j'ai vu sous le soleil, et qui est fréquent
parmi les hommes. - Il y a un tel homme à qui Dieu a donné des richesses, des biens et de la gloire, et qui ne manque
pour son âme de rien de ce qu'il désire, mais que Dieu ne laisse pas maître d'en jouir, car c'est un étranger qui en jouira.
C'est là une vanité et un mal grave. - Et quand celui-ci vivrait deux fois mille ans, sans jouir du bonheur, tout ne va-t-il
pas dans un même lieu ? ----
Car qui sait ce qui est bon pour l'homme dans la vie, pendant le nombre des jours de sa vie de vanité, qu'il passe comme
une ombre ? Et qui peut dire à l'homme ce qui sera après lui sous le soleil ?
76) PATRICIUS d'Elissa en Dalmatie 1529 - 1597. Enseigne la philosophie à Ferrare.
Bernard TELESIUS, philosophe italien, 1508 - 1588. Son enseignement dit que la perception sensorielle est source
d'une connaissance véritable de la nature. Fondateur d'une nouvelle recherche sur la nature.
`Thomas CAMPANELLA, philosophe et dominicain réputé. Né en Calabre en 1568. A cause de ses vues théologiques
peu orthodoxes, il a été incarcéré pendant 27 ans par le gouvernement espagnol, jusqu'à ce qu'il ait été remis en liberté,
par ruse, par le pape Urbain VIII. En 1634 il fuit en France où il meurt en 1639. C'était un homme d'une grande
érudition. Il a eu la curieuse idée de faire un recensement encyclopédique et systématique de tout le savoir. Dans cette
entreprise, il se rapproche d'une certaine façon de COMENIUS.
BACO de VERULAM, chancelier d'Angleterre pendant un certain temps, mort en 1626. Il sépara rigoureusement les
domaines du savoir qui n'étaient accessibles que de façon empirique, des domaines de la foi, dont la source de
connaissance ne se trouvait que dans la révélation divine.
René DESCARTES, philosophe catholique, né en France en 1596, mort en 1650 à Stockholm. Dans sa philosophie,
Descartes part du doute philosophique (et non de l'expérience comme Bacon). La seule chose sûre, pour lui, c'est la
pensée.
77) Jésus lui dit : je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi.
78) Il y aura là un chemin frayé, une route, qu'on appellera la voie sainte ; nul impur n'y passera ; elle sera
pour eux seuls ; ceux qui la suivront, même les insensés, ne pourront s'égarer …
79) Seulement voici ce que j'ai trouvé, c'est que Dieu a fait les hommes droits, mais ils ont cherché beaucoup
de détours.
80) Certainement mon peuple est fou, il ne me connaît pas ; ce sont des enfants insensés, dépourvus
d'intelligence ; ils sont habiles pour faire le mal, mais ils ne savent pas faire le bien …
81) L'Eternel Dieu fit à Adam et à sa femme des habits de peaux, et il les en revêtit.
82) Et tous les habitants de la terre l'adoreront, ceux dont le nom n'a pas été écrit dès la fondation du monde
dans le livre de vie de l'agneau qui a été immolé.
83) Genèse, 9, 22-29.
84) qui autrefois avaient été incrédules, lorsque la patience de Dieu se prolongeait, aux jours de Noé, pendant
la construction de l'arche, dans laquelle un petit nombre de personnes, cad huit, furent sauvées à travers l'eau.
85) Genèse, 7, 17-24, et 8,…, et 9, 1.
…Les eaux s'élevèrent de quinze coudées au-dessus des montagnes … Tout ce qui se mouvait sur la terre périt… Tous
les êtres qui étaient sur la face de la terre furent exterminés … Il ne resta sur la terre que Noé, et ce qui était avec lui
dans l'arche … Alors Dieu parla à Noé, en disant : Sors de l'arche, toi et ta femme, tes fils (Sem, Cham, et Japhet
[N.D.T.] ), et les femmes de tes fils.

86) Genèse, 9, 21 et 22 à 27
Il but du vin, s'enivra, et se découvrit au milieu de sa tente. - Cham, père de Canaan, vit la nudité de son père, et il le
rapporta dehors à ses deux frères. - Alors Sem et Japhet prirent le manteau, le mirent sur leurs épaules, marchèrent à
reculons, et couvrirent la nudité de leur père ; comme leur visage était détourné, ils ne virent point la nudité de leur père
- Lorsque Noé se réveilla de son vin, il apprit ce que lui avait fait son fils cadet.- Et il dit : maudit soit Canaan ! Qu'il
soit l'esclave des esclaves de ses frères ! …
87) Genèse, 11, 4 à 9.
Ils dirent encore : Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom,
afin que nous ne soyons pas dispersés sur la surface de toute la terre …7- Allons ! Descendons, et là confondons leur
langage, afin qu'ils n'entendent plus la langue les uns des autres - 8 Et l'Eternel les dispersa loin de là sur la face de
toute la terre ; et ils cessèrent de bâtir la ville…
88) Il fut un vaillant chasseur devant l'Eternel ; c'est pourquoi l'on dit : comme Nemrod, vaillant chasseur
devant l'Eternel.
89) Il s'agit en fait de presque tout le chapitre 14 (jusqu'au verset 15) de la Genèse où sont décrites les guerres
d'Abraham avec Kedorlaomer et tout un tas d'autres petits rois à lui reliés.
… Il arriva qu'ils firent la guerre à Béra, roi de Sodome, à Birscha, roi de Gomorrhe, à Schineab, roi d'Adma, à
Scheméeber, roi de Tséboïm, et au roi de Béla, qui est Tsoar… Pendant douze ans, ils avaient été soumis à
Kedorlaomer ; et la treizième année, ils s'étaient révoltés, etc…14 Dès qu'Abraham eut appris que son frère avait été
fait prisonnier, il arma trois cent dix-huit de ses plus braves serviteurs, nés dans sa maison, et il poursuivit les rois
jusqu'à Dan…
Il peut être intéressant de citer ici une interprétation ésotérique de la captivité et de la libération du frère d'Abraham,
occasion de la dernière bataille dont il est question ici :
…Kedorlaomer est celui qui répand “la sombre illusion “. Dès que l'élève (N.D.T. celui qui cherche la vérité, la
libération) réalise que cette “sombre illusion “ veut noyer la nouvelle possession qu'il a du lui-même conquérir, il
appelle à lui ses héros combatifs. Abraham amène avec lui, sur le champ de bataille, ses 318 hommes, pour lutter contre
Kedorlaomer. Nous voyons dans ce nombre une formule. Celle-ci représente les douze forces divines qui doivent
conduire à une re-création…( J.V. Rijckenborgh, La Fraternité de Shamballa, Editions du Septénaire, 54116,
Tantonville, France)

90) Après ces évènements, la parole de l'Eternel fut adressée à Abraham dans une vision, et il dit : Abraham,
ne crains point ; je suis ton bouclier, et ta récompense sera très grande.
91) Lorsque Abraham fut âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, l'Eternel apparut à Abraham, et lui dit : je suis le
Dieu tout-puissant. Marche devant ma face, et sois intègre.
92) Genèse 12, 2 et 3
Je ferai de toi une grande nation, et je te bénirai ; je rendrai ton nom grand, et tu seras une source de bénédiction. - je
bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront ; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi

10 à 20 : Il y eut une famine dans le pays ; et Abraham descendit en Egypte pour y séjourner, car la famine était grande
dans le pays - …
93) 20,3 à 7 Alors Dieu apparut en songe, …Et Pharaon donna l'ordre à ses gens de le renvoyer, lui et sa
femme, avec tout ce qui lui appartenait.
94) Pour le propos de Comenius, on peut élargir cette citation aux versets 7 à 11.
Lorsque les gens du lieu faisaient des questions sur sa femme, il disait : c'est ma sœur ; car il craignait, en disant ma
femme, que les gens du lieu ne le tuassent, parce que Rebecca était belle de figure. -… - Alors Abimelec fit cette
ordonnance pour tout le peuple : celui qui touchera à cet homme ou à cette femme sera mis à mort.
95) Il s'agit en fait du chapitre 25, versets 25 à 34, et surtout 31 à 34 :
31- Jacob dit : vends-moi aujourd'hui ton droit d'aînesse.- Esaü répondit : voici, je m'en vais mourir ; à quoi me sert ce
droit d'aînesse ? - Et Jacob dit : jure-le-moi d'abord. Il le lui jura, et vendit son droit d'aînesse à Jacob. - Alors Jacob
donna à Esaü du pain et du potage de lentilles. Il mangea et but, puis se leva et s'en alla. C'est ainsi qu'Esaü méprisa le
droit d'aînesse.
96) Tu diras au peuple : sanctifiez-vous pour demain, et vous mangerez de la viande, puisque vous avez pleuré
aux oreilles de l'Eternel, en disant : qui nous fera manger de la viande ? Car nous étions bien en Egypte. L'Eternel vous
donnera de la viande, et vous en mangerez. - Vous en mangerez, non pas un jour, ni deux jours, ni cinq jours, ni dix
jours, ni vingt jours - mais un mois entier, jusqu'à ce qu'elle vous sorte par les narines et que vous en ayez du dégoût,
parce que vous avez rejeté l'Eternel qui est au milieu de vous, et parce que vous avez pleuré devant lui, en disant :
pourquoi donc sommes-nous sortis d'Egypte ?
97) 11, 31 à 33 :
L'Eternel fit souffler de la mer un vent, qui amena des cailles, et les répandit sur le camp…Il y en avait près de deux
coudées au-dessus de la surface de la terre - 32 Pendant tout ce jour et toute la nuit, et pendant toute la journée du
lendemain, le peuple se leva et ramassa les cailles …- 33 Comme la chair était encore entre leurs dents sans être
mâchée, la colère de l'Eternel s'enflamma contre le peuple, et l'Eternel frappa le peuple d'une grande plaie.
98) Nombres, 13, 30 à 33 et 14, 3-4-10-12-13 à 19-29 à 37.
99) Ils lui dirent : Voici, tu es vieux, et tes fils ne marchent point sur tes traces ; maintenant, établis sur nous
un roi pour nous juger, comme il y en a chez toutes les nations.
100) L'Eternel dit à Samuel : écoute la voix dans tout ce qu'il te dira ; car ce n'est pas toi qu'ils rejettent, c'est
moi qu'ils rejettent, afin que je ne règne plus sur eux - Ils agissent à ton égard comme ils ont toujours agi depuis que je
les ai fait monter d'Egypte jusqu'à ce jour ; ils m'ont abandonné, pour servir d'autres dieux. Ecoute donc leur voix ; mais
donne-leur des avertissements, et fais-leur connaître le droit du roi qui régnera sur eux.
101) 2 Samuel 12, 9 et 10 :
Pourquoi donc as-tu méprisé la parole de l'Eternel, en faisant ce qui est mal à ses yeux ? Tu as frappé de l'épée Urie, le
Héthien ; tu as pris sa femme pour en faire ta femme, et lui, tu l'as tué par l'épée des fils d'Ammon. - Maintenant l'épée
ne s'éloignera jamais de ta maison, parce que tu m'as méprisé, et parce que tu as pris la femme d'Urie, le Héthien, pour
en faire ta femme.
102) 2, Samuel, 24, 10 à 16. Plus précisément 14 et 15 :
David répondit à Gad : je suis dans une grande angoisse ! Oh ! Tombons entre les mains de l'Eternel, car ses
compassions sont immenses ; mais que je ne tombe pas entre les mains des hommes ! - L'Eternel envoya la peste en
Israël, depuis le matin jusqu'au temps fixé ; et de Dan à Beersheba, il mourut soixante-dix mille hommes parmi le
peuple.
103) 1 Rois 12, 6 à 19, etc…
Le roi Rehabeam (ou Roboam) consulta les vieillards qui avaient été auprès de Salomon, son père, pendant sa vie, et il
dit : que conseillez-vous de répondre à ce peuple ? - Et voici ce qu'ils lui dirent : si aujourd'hui tu rends service à ce
peuple, si tu leur cède, et si tu leur réponds par des paroles bienveillantes, ils seront pour toujours tes serviteurs. - Mais
Rehabeam laissa le conseil que lui donnaient les vieillards, et il consulta les jeunes gens qui avaient grandi avec lui et
qui l'entouraient. - Il leur dit : que conseillez-vous de répondre à ce peuple qui me tient ce langage : allège le joug que
nous a imposé ton père ? - Et voici ce que lui dirent… etc…
104) GEILER de KAYSERSBERG, mort en 1510, prêtre à Strasbourg, fut un prêcheur renommé à son
époque. La “Nef des fous” citée ici n'est pas une œuvre de GEILER mais d'un de ses contemporains, Sébastien
BRANT, le premier prosateur allemand des Temps Modernes.
105) face à une alternative (première nécessité pour l’homme, savoir ce qui lui est nécessaire)
106) Une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera point ôtée.
107) 31 et 32
Il leur proposa une autre parabole, et il dit : le royaume de Dieu est semblable à un grain de sénevé qu'un homme a pris
et semé en son champ. - C'est la plus petite de toutes les semences ; mais quand il a poussé, il est plus grand que les
légumes et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses branches.
108) Car cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme.
109) Il leur répondit : c'est à cause de la dureté de vos cœurs que Moïse vous a permis de répudier vos femmes
; au commencement, il n'en était pas ainsi.
110) 25 et 26
Jésus leur dit : les rois des nations les maîtrisent, et ceux qui les dominent sont appelés bienfaiteurs. - Qu'il n'en soit pas
de même pour vous. Mais que le plus grand parmi vous soit comme le plus petit, et celui qui gouverne comme celui qui
sert.
111) Jésus, ayant appelé un petit enfant, le plaça au milieu d'eux, …
112) 25, 26, 28, 29
C'est pourquoi je vous dit : ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi
vous serez vêtus. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? - Regardez les oiseaux
du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n'amassent rien dans les greniers ; et votre Père céleste les nourrit. Ne
valez-vous pas beaucoup mieux qu'eux ?-…- Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement ? Considérez comment
croissent les lis des champs, ils ne travaillent ni ne filent ; - cependant je vous dit que Salomon même dans toute sa
gloire, n'a pas été vêtu comme l'un d'eux -…
113) Quand on vous emmènera pour vous livrer, ne vous inquiétez pas d'avance de ce que vous aurez à dire,
mais dites ce qui vous sera donné à l'heure même ; car ce n'est pas vous qui parlerez, mais l'Esprit-Saint.
114) 14 et 15
Mettez-vous donc dans l'esprit de ne pas préméditer votre défense ; car je vous donnerai une bouche et une sagesse à
laquelle tous vos adversaires ne pourront résister ou contredire.
115) Voir citation ci-dessus.
116) Jésus lui dit : si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne le aux pauvres, et tu auras un
trésor dans le ciel. Puis, viens, et suis-moi.
117) Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit : tout est accompli. Et, baissant la tête, il rendit l'esprit.
118) Et Jésus, sachant qu'ils allaient venir l'enlever pour le faire roi, se retira de nouveau sur la montagne, lui
seul.
119) Jésus lui répondit : O homme, qui m'a établi pour être votre juge, ou pour faire vos partages ?
120) Ce n'est pas en vue de mes besoins que je dis cela, car j'ai appris à être content de l'état où je me trouve. -
Je sais vivre dans l'humiliation, et je sais vivre dans l'abondance. En tout et partout j'ai appris à être rassasié et à avoir
faim, à être dans l'abondance et à être dans la disette. - Je puis tout par celui qui me fortifie.
121) Il s'agit ici plutôt des versets 6, 7, et 8.
Je te rendrai fécond à l'infini, je ferai de toi des nations ; et des rois sortiront de toi. - J'établirai mon alliance entre moi
et toi, et tes descendants après toi, selon leurs générations : ce sera une alliance perpétuelle, en vertu de laquelle je
serai ton Dieu et celui de ta postérité après toi. - Je te donnerai, à toi et à tes descendants, après toi, le pays que tu
habites comme étranger, tout le pays de Canaan, en possession perpétuelle, et je serai leur Dieu.
Ici, “ le pays que tu habites comme étranger“, donc le pays de Canaan, peut très bien s'entendre comme la terre entière,
si, comme le croyait Comenius, l'homme vit sur terre comme en un pays étranger, un hôte de passage dans une maison
de transit.
122) Car l'affection de la chair est inimitié contre Dieu, parce qu'elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, et
qu'elle ne le peut même pas.
123) L'éternel compte en inscrivant les peuples : c'est là qu'ils sont nés. - Pause. - Et ceux qui chantent et ceux
qui dansent s'écrient : toutes mes sources sont en toi.
124) Car assurément ce n'est pas à des anges qu'il vient en aide, mais c'est à la postérité d'Abraham.
125) Lesquelles nous assurent de sa part les plus grandes et les plus précieuses promesses, afin que par elles
vous deveniez participants de la nature divine, en fuyant la corruption qui existe dans le monde par la convoitise.
126) Après ces évènements, la parole de l'éternel fut adressée à Abraham dans une vision, et il dit : Abraham,
ne crains point ; je suis ton bouclier et ta récompense sera grande.
127) Instruis l'enfant selon la voie qu'il doit suivre ; et quand il sera vieux, il ne s'en détournera pas.
128) Vous serez haïs de tous, à cause de mon nom ; mais celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé.
129) O notre Dieu, n'exerceras-tu pas tes jugements sur eux.
130) Cantique des degrés. De David. Eternel ! Je n'ai ni un cœur qui s'enfle, ni des regards hautains ; je ne
m'occupe pas de choses trop grandes et trop relevées pour moi. - Loin de là, j'ai l'âme calme et tranquille, comme un
enfant sevré qui est auprès de sa mère ; j'ai l'âme comme un enfant sevré. - Israël, mets ton espoir en l'Eternel, dès
maintenant et à jamais.
131) Recommande ton sort à l'Eternel, mets en lui ta confiance, et il agira.
132) Quelqu'un parmi vous est-il dans la souffrance ? Qu'il prie. Quelqu'un est-il dans la joie ? Qu'il chante des
cantiques.
133) Elle le saisit par son vêtement, en disant : couche avec moi ! Il lui laissa son vêtement dans la main, et
s'enfuit au dehors.
134) Résistez-lui avec une foi ferme, sachant que les mêmes souffrances sont imposées à vos frères dans le
monde.
135) C'est lui qui rassasie de biens ta vieillesse, qui te fait rajeunir comme l'aigle.
136) Accordes toi promptement avec ton adversaire, pendant que tu es en chemin avec lui, de peur qu'il ne te
livre au juge, que le juge ne te livre à l'officier de justice, et que tu ne sois mis en prison.
137) Etant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur JC, à qui nous devons
d'avoir eu par la foi cette grâce, dans laquelle nous demeurons fermes, et nous nous glorifions dans l'espérance de la
gloire de Dieu.
138) Je suis pressé des deux côtés : j'ai le désir de m'en aller et d'être avec Christ, ce qui de beaucoup est le
meilleur, …(mais à cause de vous …)
139) Le traînèrent hors de la ville, et le lapidèrent. Les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d'un
jeune homme nommé Saul. Et ils lapidèrent Etienne, qui priait et disait : Seigneur Jésus, reçois mon esprit !
140) Seulement, voici ce que j’ai trouvé, c’est que Dieu a fait les hommes droits, mais ils ont cherché
beaucoup de détours.