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Monaco PORTRAIT

nice-matin
Samedi 8 octobre 2016

Peter Murphy
le goût du large

Georges Gennaoui, le chargé d’Affaires de l’ambassade


de l’Ordre de Malte auprès de Monaco. Peter Murphy,
à droite, a quitté le poste d’ambassadeur de l’Ordre
cette année, après neuf ans de service. Une autre ligne
sur un C.V. de diplomate plutôt très rempli. (Photo N.H.-F.)

Il a frappé à la porte d’un certain John Kennedy, s’est fait tirer dessus en Argentine, a discuté avec des
dissidents soviétiques… Et après 32 ans de diplomatie, l’Américain s’est installé à Monaco. Rencontre

U
n grand open space clair, c’était le goût d’ailleurs. vent à Paris. Après un moment il est nommé consul général à guerre du Golfe, par exemple.
qui donne sur l’avenue Au début des années 60, Peter d’adaptation - «Juste pour donner Gênes. On est en pleines années «C’est un peu difficile de parler de
Princesse-Grace. Un ordi- Murphy finit son cursus en politi- un exemple, avant Paris, je n’avais de plomb. Les Brigate rossi signent ça», dit-il en croisant les mains.
nateur portable trône sur un petit que internationale à Harvard. «J’ai jamais été dans un appartement», des enlèvements, des assassinats Et puis il reprend: après la retraite
bureau, installé face aux vitres qui décidé d’entrer dans le service di- il se marie. Et puis les Murphy se ciblés ou des attentats. Pas le et quelques années chez lui, à Bos-
donnent sur la rue. C’est celui de plomatique, rembobine-t-il. Mais préparent à partir, une constante meilleur endroit ni le meilleur mo- ton, retour en Europe. Un poste
Peter Murphy. Il travaille dans ce je ne savais pas comment faire. dans la carrière de diplomate. Il ment, pour être un diplomate amé- lui a particulièrement plu: celui
cabinet d’avocats cossu «trois à Alors, j’ai demandé à mon séna- doit être nommé au Nicaragua. ricain. de consul général à Nice. Le job im-
quatre fois par semaine». L’Améri- teur, John Kennedy. J’ai frappé à sa Sauf que pendant un voyage au « J’ai toujours eu des gardes du plique de se rendre régulièrement
cain fait du consulting dans le do- porte. À l’époque, c’était quelque Portugal, le couple reçoit un autre corps, dit-il encore. C’était beau- en Principauté. Il s’installe là, une
maine de la fusion-acquisition. «Le chose qu’on pouvait faire». Peter coup de fil: il n’y aura pas de Nica- coup de stress pour ma famille, sauf fois revenu sur le Vieux Continent.
reste du temps, je lis, et je passe du Murphy livre sa tirade sans enro- ragua. Direction Cordoba, au cen- pour mes enfants». Murphy y devient ambassadeur
temps avec mes amis», poursuit-il, bages, seulement avec un petit tre de l’Argentine. Un changement Dans ses souvenirs, il y a aussi de l’Ordre de Malte. Un «engage-
une pointe d’accent anglais pres- sourire. Il raconte le reste de son de cadre plutôt radical. Il plante le des missions moins dangereuses, ment humaniste» pour «aider nos
que indécelable histoire sur le décor: «C’était diffi- mais qui font frères», dit celui qui parle de la si-

‘‘ ‘‘
dans la voix. Des même ton. cile, spécialement peser plus de tuation en Syrie avec un voile dans
amis, il en a beau- Deux types Après le con- pour ma femme. C’est un peu responsabilités le regard. Il quitte son poste cette
coup, un peu par- cours, l’enquête C’était un peu sur les épaules. année, après neuf ans.
tout dans le avec des de la sécurité, comme au Far difficile de L’ouverture Techniquement, la diplomatie a
monde. Peter Mur- mitraillettes ” les examens, ça West. On n’avait parler de ça ” d’une ambas- quitté sa vie. Sauf quand il travaille
phy les a rencon- y est : il rentre même pas le télé- sade auprès du dans l’open space lumineux du ca-
trés au cours dans le corps di- phone». Vatican, par binet d’avocats. Le Larousse défi-
d’une longue, longue carrière pour plomatique. Et s’envole pour Paris. C’est dangereux, aussi. Deux mois exemple. Il y est chargé d’affaires. nit la fusion acquisition comme
le Department of State, le minis- Joli, pour une première affecta- après son arrivée, Peter Murphy De tous les postes qu’il a occu- l’ «acquisition d’une ou plusieurs
tère des Affaires étrangères amé- tion. Entre-temps, John Kennedy est installé sur le siège passager pés, c’est «politiquement le plus sociétés par une autre, aboutissant
ricain. Pendant 32 ans, il a été di- s’est installé dans le grand fauteuil d’une décapotable. Le consul con- important pour le bien de notre généralement à la création d’une
plomate. Ses pas l’ont mené en en cuir du Bureau Ovale. Il prend duit. « Deux types avec des mi- pays». L’entremise du Vatican lui nouvelle entité». Il y est donc ques-
Italie pendant les années de sa plume et lui écrit. «Il m’a dit: traillettes» surgissent. Ils arrosent permet de rentrer en contact avec tion de négociation, de rapports
plomb, au Vatican en pleine guerre “Comment tu as fait pour avoir la voiture. Le consul est touché. des dissidents polonais, ukrai- humains. Une autre forme de di-
froide, en Argentine, en Allema- Paris comme premier poste ?” », Dix-huit fois. Il tombe sur Peter niens ou cubains. Il n’en dira pas plomatie, donc. Même s’il n’y a
gne… «C’était intéressant, la car- sourit Peter Murphy. Il est alors Murphy. « Des représailles après plus. Même chose pour beaucoup plus ni d’ambassade, ni de consu-
rière que j’ai eue», glisse l’homme vice-consul. Celui qui aide les res- que le président Johnson ait en- d’autres lignes de son C.V. Peter lat, ni de missions spéciales. Seu-
qui va sur ses 80 ans. Et son his- sortissants américains en visite voyé les Marines à Saint-Domin- Murphy est peu disert sur son lement un bureau qui donne sur
toire est la preuve que parfois, des qui ont perdu leur passeport, qui gue», lâche le diplomate sans ciller. poste de chef d’une task force l’avenue Princesse-Grace.
trajectoires hors du commun nais- sont en prison ou à l’hôpital. À Il aura à faire à beaucoup d’autres entre le Pentagone et le ministère NICOLAS HASSON-FAURÉ
sent d’envies simples. Pour lui, l’époque, 150000 Américains vi- menaces. Au mitan des années 80, des Affaires étrangères, en pleine nhasson@nicematin.fr