Vous êtes sur la page 1sur 222
Institut international de planification de l’éducation École et décentralisation : le cas du Sénégal Cheikh
Institut international de planification de l’éducation École et décentralisation : le cas du Sénégal Cheikh

Institut international de planification de l’éducation

École et décentralisation :

le cas du Sénégal

Cheikh Diakhaté

avec

Issakha Guèye, El Hadj Ngom, Claire Ta

C ahiers de recherche de l’IIPE

École et décentralisation : le cas du Sénégal

Autres titres parus dans la série Réformer la gestion pour l’EPT

École et décentralisation : Résultats d’une recherche en Afrique francophone de l’Ouest, par Candy Lugaz et Anton De Grauwe, avec Djénabou Baldé, Cheikh Diakhaté, Denis Dougnon, Moussiliou Moustapha, David Odushina

Educational decentralization and school governance in South Africa: from policy to practice, par Jordan P. Naidoo

Reforming the Ministry to improve education: an institutional analysis of the Ministry of Education and Sports (MOES) of Nepal par Bista Min Bahadur, Stephen Carney

Inspection scolaire et décentralisation au Maroc : les Groupes rapprochés de l’action pédagogique par Amina Yekhlef, Malak Tazi

École et décentralisation : le cas du Bénin par David Odushina et Moussiliou Moustapha, avec Renaud Agbanze, Aliou Akadiri, Salifou Brisso, Maurice Kpossou, Lazare Sodji, Claire Ta

École et décentralisation : le cas de la Guinée par Djénabou Baldé, avec Ansoumane Camara, Abdoul Karim Diallo, Claire Ta

École et décentralisation : le cas du Mali par Denis Dougnon, avec Ibrahim Bocoum, Augustin Poudiougou, Claire Ta

École et décentralisation : le cas du Sénégal

Cheikh Diakhaté Avec Issakha Guèye, El Hadj Ngom, Claire Ta

École et décentralisation : le cas du Sénégal Cheikh Diakhaté Avec Issakha Guèye, El Hadj Ngom,
École et décentralisation : le cas du Sénégal Cheikh Diakhaté Avec Issakha Guèye, El Hadj Ngom,
École et décentralisation : le cas du Sénégal Cheikh Diakhaté Avec Issakha Guèye, El Hadj Ngom,

Les appellations employées dans ce volume et la présentation des données qui y gurent n’impliquent de la part de l’UNESCO ou de l’IIPE aucune prise de position quant au statut juridique des pays, territoires, villes ou zones, ou de leurs autorités, ni quant à leurs frontières ou limites.

Cette série de documents vise à diffuser rapidement auprès des spécialistes et professionnels de la planication de l’éducation les résultats des programmes de recherche de l’IIPE.

Vos commentaires sont les bienvenus et peuvent être directement adressés :

a.de-grauwe@iiep.unesco.org

c.lugaz@iiep.unesco.org

Tous les documents de cette série peuvent être téléchargés gratuitement à partir de :

www.unesco.org/iiep/fre/publications/pubs.htm

Réf. : iiep/web/doc/2008/04

Composition et impression : Atelier d’impression de l’IIPE

Institut international de planication de l’éducation 7-9 rue Eugène Delacroix, 75116 Paris info@iiep.unesco.org www.unesco.org/iiep

© IIPE 2008

Table des matières

Liste des abréviations

6

Liste des tableaux

8

Liste des graphiques

11

Liste des encadrés

11

1. Introduction

12

 

1.1 Présentation du Sénégal

12

1.2 Législation

21

1.3 Le travail de recherche

28

2.

Études de terrain dans les inspections départementales de l’éducation nationale (IDEN) du Bassin arachidier, des Mines de Phosphates-ville et du Ferlo

34

2.1 Étude de terrain dans l’IDEN du Bassin arachidier

34

2.2 Étude de terrain dans l’IDEN des Mines de Phosphates-ville

47

2.3 Étude de terrain dans l’IDEN de Ferlo

63

3.

Études de terrain dans les écoles des IDEN du Bassin arachidier et des Mines de Phosphates-ville

80

3.1 Étude de terrain dans l’école Garçons de la Médina, IDEN du Bassin arachidier

80

3.2 Étude de terrain dans l’école de la Forêt giboyeuse, IDEN du Bassin arachidier

95

3.3 Étude de terrain dans l’école Sam, IDEN du Bassin arachidier

110

3.4 Étude de terrain dans l’école Randoulène, IDEN des Mines de Phosphates-ville

129

3.5 Étude de terrain dans l’école du Camp Faidherbe, IDEN des Mines de Phosphates-ville

139

3.6 Étude de terrain dans l’école Kàmb, IDEN des Mines de Phosphates-ville

157

4.

Synthèse des études de terrain

173

4.1

Une présence importante de l’administration centrale dans le processus

 

de décentralisation

174

 

4.2

L’autonomie des acteurs locaux dans l’accomplissement de leur mission

181

Tableaux

192

Institut international de planification de l’éducation

5

Liste des abréviations

AGIR

Association générale des intervenants retraités

APE

Association des parents d’élèves

ASC

Association sportive et culturelle

ASEM

Association sénégalaise pour l’école moderne

BAD

Banque africaine de développement

CAP

Certicat d’aptitude pédagogique

CAPE

Coordination de l’association de parents d’élèves

CCF

Christian Children’s Fund

CDCS

Comité départemental de coordination et de suivi

CDD

Comité départemental de développement

CDF

Classe double ux

CEAP

Certicat élémentaire d’aptitude pédagogique

CECODE

Cercle de concertation des directeurs d’école

CEDEAO

Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest

CEM

Collège d’enseignement moyen

CEPE

Certicat d’études primaires élémentaires

CFEE

Certicat de n d’études élémentaires

CI

Cours initial

CLEF

Comité local pour l’éducation et la formation

CM

Cours moyen

CMG

Classe multigrade

CODEE

Collectif des directeurs d’école élémentaire

CPR

Cellule pédagogique régionale

CS

Coopérative scolaire

CSS

Compagnie sucrière du Sénégal

DAGE

Direction de l’administration générale et de l’équipement

EFI

École de formation des instituteurs

FED

Fonds européen de développement

GPF

Groupement de promotion féminine

GREF

Groupement des retraités éducateurs sans frontière

IA

Inspection d’académie

IAS

Instituteur adjoint stagiaire

IDEN

Inspection/inspecteur départemental(e) de l’éducation nationale

Institut international de planification de l’éducation

6

École et décentralisation : le cas du Sénégal

IIPE

Institut international de planication de l’éducation

INEADE

Institut national d’étude et d’action pour le développement de l’éducation

IPCE

Instituteur principal de classe exceptionnelle

IPEG

Institut pédagogique d’enseignement général

IS

Instituteur stagiaire

MAF

Maîtres animateurs formateurs

MC

Maître contractuel

ME

Ministère de l’Éducation

ONG

Organisation non gouvernementale

OPEP

Organisation des pays exportateurs de pétrole

PAES

Projet d’appui aux écoles de Saint-Louis

PAM

Programme alimentaire mondial

PCR

Président de la communauté rurale

PDDE

Plan départemental de développement de l’éducation

PDEF

Programme décennal de l’éducation et de la formation

PDRH

Projet de développement des ressources humaines

PLDE

Plan local de développement de l’éducation

PRF

Pôle régional de formation

PROARES

Projet d’appui à la réforme de l’éducation au Sénégal

PUSE

Projet urgence dans le secteur de l’éducation

PU

Public urbain

PR

Public rural

RAC

Réseau administratif de commandement

SNCS

Société nationale des chemins de fer du Sénégal

SOCAS

Société de conserveries alimentaires du Sénégal

TAMA

Taux annuel moyen d’accroissement

TBA

Taux brut d’admission

TBS

Taux brut de scolarisation

UASSU

Union des associations sportives scolaires et universitaires

VE

Volontaire de l’éducation

VPP

Volontaire payé par les populations

Nd

Non disponible

ZR

Zone rurale

ZU

Zone urbaine

Institut international de planification de l’éducation

7

Liste des tableaux*

Tableau 1.1

Évolution des établissements et des effectifs dans l’enseignement préscolaire de 1997/1998 à 2001/2002

Tableau 1.2

Évolution du TBA au CI de 1997/1998 à 2001/2002

Tableau 1.3

Évolution des TBS dans l’enseignement élémentaire de 1997/1998 à 2001/2002 par région (en %)

Tableau 1.4

Évolution des établissements et des effectifs dans l’enseignement élémentaire de 1999/2000 à 2001/2002

Tableau 1.5

Évolution des taux de redoublement dans l’enseignement élémentaire de 1997/1998 à 2001/2002

Tableau 1.6

Évolution des taux d’abandon dans l’enseignement élémentaire de 1997/1998 à 2001/2002

Tableau 1.7

Évolution du TBS dans l’enseignement moyen de 1997/1998 à 2001/2002

Tableau 1.8

Évolution des établissements et des effectifs dans l’enseignement moyen de 1997/1998 à 2001/2002

Tableau 1.9

Évolution de l’indice de parité lles/garçons (F/G) dans l’enseignement moyen, de 1998/1999 à 2001/2002

Tableau 1.10

Évolution du taux de promotion dans l’enseignement moyen de 1998/1999 à 2001/2002

Tableau 1.11

Évolution du taux de redoublement dans l’enseignement moyen de 1998/1999 à 2001/2002

Tableau 1.12

Évolution du taux d’abandon dans l’enseignement moyen de 1998/1999 à 2001/2002

Tableau 1.13

Évolution du TBS dans l’enseignement secondaire général de 1997/1998 à 2001/2002

Tableau 1.14

Évolution des établissements et des effectifs dans l’enseignement secondaire général de 1997/1998 à 2001/2002

Tableau 1.15

Évolution de l’indice de parité entre les sexes dans l’enseignement secondaire général de 1997/1998 à 2001/2002

Tableau 1.16

Évolution du taux de promotion dans l’enseignement secondaire général de 1997/1998 à 2001/2002

Tableau 1.17

Évolution du taux de redoublement dans l’enseignement secondaire général de 1997/1998 à 2001/2002

Tableau 1.18

Évolution du taux d’abandon dans l’enseignement secondaire général de 1997/1998 à 2001/2002

Tableau 1.19

Plan de nancement de l’enseignement public par source (en millions de dollars)

* Les tableaux sont tous reportés à la n du document.

Institut international de planification de l’éducation

8

École et décentralisation : le cas du Sénégal

Tableau 1.20

Composition économique des dépenses publiques de fonctionnement (en millions de francs CFA)

Tableau 1.21

Composition économique des dépenses publiques de fonctionnement (en pourcentage des dépenses totales par niveau)

Tableau 2.1

Découpage administratif et population de l’IDEN du Bassin arachidier

Tableau 2.2

Caractéristiques des établissements du Bassin arachidier et évolution entre 2000 et 2003

Tableau 2.3

Liste du matériel et équipement administratif de l’IDEN du Bassin arachidier

Tableau 2.4

Liste des véhicules de l’IDEN du Bassin arachidier

Tableau 2.5

Inventaire du matériel informatique de l’IDEN du Bassin arachidier

Tableau 2.6

Budget de I’IDEN du Bassin arachidier en 2003

Tableau 2.7

Budget de fonctionnement des écoles de I’IDEN du Bassin arachidier en 2003

Tableau 2.8

Infrastructures et équipements collectifs de la commune des Mines de Phosphates-ville

Tableau 2.9

Intervenants dans la commune des Mines de Phosphates-ville et relations partenariales

Tableau 2.10

Évolution du nombre des écoles et des établissements d’enseignement de la région des Mines de Phosphates-ville entre 2000 et 2003

Tableau 2.11

Évolution de l’effectif des écoles de la région des Mines de Phosphates-ville entre 2000 et 2003

Tableau 2.12

Évolution du personnel enseignant dans les établissements de la région des Mines de Phosphates-ville entre 2000 et 2003

Tableau 2.13

Le personnel de l’IDEN de la région des Mines de Phosphates-ville et son prol

Tableau 2.14

Inventaire des ressources matérielles de l’IDEN de la région des Mines de Phosphates-ville en septembre 2003

Tableau 2.15

Caractéristiques et exécution du budget de l’IDEN des Mines de Phosphates-ville en 2003

Tableau 2.16

Caractéristiques et exécution du budget des écoles de l’IDEN des Mines de Phosphates-ville en 2003

Tableau 2.17

Intervenants dans le département de Ferlo et relations partenariales

Tableau 2.18

Évolution du nombre d’écoles maternelles et élémentaires entre 2000 et 2003, dans les zones urbaines et rurales, dans l’IDEN de Ferlo

Tableau 2.19

Évolution des effectifs scolaires par sexe, en zones urbaine et rurale entre 2000-2001 et 2002-2003, dans l’IDEN de Ferlo

Tableau 2.20

Évolution de l’effectif du personnel enseignant entre 2000-2001 et 2002-2003 dans l’IDEN de Ferlo

Tableau 2.21

Le personnel de l’IDEN de Ferlo et son prol

Tableau 2.22

Infrastructures de l’IDEN de Ferlo

Institut international de planification de l’éducation

9

École et décentralisation : le cas du Sénégal

Tableau 2.23

Infrastructures du logement de l’IDEN de Ferlo

Tableau 2.24

Inventaire du patrimoine de l’IDEN de Ferlo

Tableau 2.2

Inventaire des moyens de locomotion de l’IDEN de Ferlo

Tableau 2.26

Inventaire du matériel informatique de l’IDEN de Ferlo

Tableau 2.27

Caractéristiques et exécution du budget de l’IDEN de Ferlo en 2003

Tableau 2.28

Caractéristiques et exécution du budget des écoles de l’IDEN de Ferlo en 2003

Tableau 3.1

Ratio manuels par élève et par classe dans l’école de la Forêt giboyeuse

Tableau 3.2

Répartition des effectifs par niveau d’enseignement et par sexe entre 2000 et 2004 dans l’école de la Forêt giboyeuse

Tableau 3.3

Évolution des promotions entre les années 2001/2002 et 2003/2004 dans l’école de la Forêt giboyeuse

Tableau 3.4

Évolution des résultats au CFEE entre 2000/2001 et 2002/2003 dans l’école de la Forêt giboyeuse

Tableau 3.5

Évolution des résultats à l’entrée en sixième entre 2000/2001 et 2002/2003 dans l’école de la Forêt giboyeuse

Tableau 3.6

Effectifs des classes de l’école Sam

Tableau 3.7

Évolution des résultats aux examens scolaires de sixième année du primaire entre 2000/2001 et 2002/2003 dans l’école Sam

Tableau 3.8

Inventaire des livres ou du matériel didactique collectif destiné aux enseignants dans l’école Sam

Tableau 3.9

Nombre de livres d’élève par classe dans l’école Sam

Tableau 3.10

Effectifs et promotions internes de l’école Randoulène en 2004/2005

Tableau 3.11

Évolution des effectifs des élèves de l’école Randoulène entre les années 2001/2002 et 2003/2004

Tableau 3.12

Évolution des résultats du CFEE et de l’entrée en sixième à l’école Randoulène entre 2001/2002 et 2003/2004

Tableau 3.13

Planning des visites de classe dans l’école Randoulène

Tableau 3.14

Calendrier d’animations pédagogiques en 2003/2004 dans l’école Randoulène

Tableau 3.15

Montant des cotisations collectées au titre de l’APE au niveau de chaque classe dans l’école du Camp Faidherbe

Tableau 3.16

Évolution de l’effectif des élèves de l’école Kàmb entre 2000/2001 et 2003/2004

Tableau 3.17

Résultats au CFEE au niveau de l’IDEN des Mines de Phosphates-ville (entre 2000/2001 et 2002/2003)

Institut international de planification de l’éducation

10

Tableau 3.18

Résultats à l’entrée en sixième au cours des trois dernières années à l’école Kàmb

Tableau 3.19

Encadrement des maîtres à l’école Kàmb, 2003/2004

Tableau 3.20

Calendrier de la cellule d’animation pédagogique de l’école Kàmb

Tableau 3.21

Inventaire du matériel didactique collectif de l’école Kàmb en 2003/2004

Tableau 3.22

Ratios livre par élève, par matière et par niveau d’enseignement à l’école Kàmb en 2003/2004

Tableau 3.23

Inventaire du mobilier scolaire de l’école Kàmb en 2003/2004

Tableau 4.1

Caractéristiques des IDEN du Ferlo, du Bassin arachidier et des Mines de Phosphates-ville en 2003-2004

Liste des graphiques

Graphique 2.1 Organigramme de l’IDEN du Bassin arachidier

Graphique 2.2 Organigramme de l’IDEN des Mines de Phosphates-ville

Graphique 2.3 Organigramme de l’IDEN de Ferlo

Graphique 3.1 Organigramme de l’école de la Forêt giboyeuse

Graphique 3.2 Organigramme de l’école Randoulène

Graphique 3.3 Organigramme de l’école du Camp Faidherbe

Institut international de planification de l’éducation

11

1

Introduction 1

L’Institut international de planication de l’éducation (IIPE) a conduit un programme de recherche visant à examiner la mise en œuvre et l’impact des politiques de décentralisation de l’éducation sur le fonctionnement des structures locales dans quatre pays d’Afrique francophone de l’Ouest, à savoir le Bénin, la Guinée, le Mali et le Sénégal.

Des études de terrain ont été menées dans chaque pays, auprès de bureaux déconcentrés d’éducation et d’écoles. Un document de synthèse a été réalisé sur l’ensemble des monographies ; le lecteur pourra s’y référer pour une lecture globale de la conduite d’une telle politique, tout en considérant la situation contrastée de chaque pays 2 .

Cette publication se concentre sur l’expérience du Sénégal. Après une introduction consacrée notamment aux caractéristiques de la politique de décentralisation dans ce pays, elle présente les études de cas menées dans trois inspections départementales de l’éducation nationale (IDEN) et six écoles, puis en synthétise les principales leçons.

1.1 Présentation du Sénégal

Présentation géographique, socio-économique et politique du Sénégal

Caractéristiques physiques et climatiques

Situé à la pointe ouest de l’Afrique, entre 12° et 17° de latitude nord, et entre 11° et 18° de longitude ouest, le Sénégal couvre une supercie de 196 722 km2. C’est un pays de bas plateaux, dominé dans sa partie sud-est de quelques buttes qui culminent à 500 mètres.

Il est délimité au nord et au nord-est par la République islamique de Mauritanie, à l’ouest sur environ 700 km, par l’océan Atlantique, au sud-est par le Mali et au sud par la Guinée et la Guinée-Bissau. La Gambie constitue une enclave d’une supercie de 10 300 km² à l’intérieur du Sénégal.

Le climat de type soudano sahélien se caractérise par sa grande diversité qui résulte des inuences simultanées des masses d’air continentales et marines. La durée de la saison des pluies varie de trois mois dans le nord à cinq mois en Casamance, au sud. L’ensemble du pays ne reçoit aucune pluie pendant sept à neuf mois selon les régions.

Réseau routier et ferroviaire

Le réseau routier du Sénégal est d’environ 15 000 km, dont 5 000 km de routes bitumées qui relient Dakar aux différentes capitales régionales et aux principaux centres de production. En plus de la route, la Casamance est reliée à Dakar par un service de ferries Dakar-Ziguinchor.

1.

Aïssatou Dieng Sarr, El Hadj Malick Dia et Mafakha Toure (Ministère de l’éducation, Sénégal), ainsi que Ndahirou Mbaye (Plan Sénégal) ont également participé à la préparation de cette introduction.

2

Lugaz, C. De Grauwe, A . 2006. École et décentralisation. Résultats d’une recherche en Afrique de l’Ouest francophone. Paris : IIPE-UNESCO.

Institut international de planification de l’éducation

12

École et décentralisation : le cas du Sénégal

Le Sénégal possède un réseau ferroviaire composé de deux lignes principales pour le transport de marchandises et de voyageurs. La première relie les villes suivantes : Dakar, Thiès, Louga, Saint-Louis, et la seconde ligne, assurant un trac international vers le Mali, relie Dakar à Bamako via Thiès, Diourbel, Tambacounda, et Kaolack. Il convient de noter que l’essentiel du transport des produits miniers et des carburants, et une partie du transport des produits agricoles, est assuré par le chemin de fer.

Caractéristiques démographiques

Le prol démographique du Sénégal est caractérisé par :

– un taux de croissance de la population élevé, qui avoisine 2,8 % par an, ceci s’expliquant par la baisse du taux de mortalité ainsi que par le niveau élevé du taux de fécondité (5,7 % par femme en âge de procréer en 1997). Ce rythme de croissance devrait se maintenir jusqu’en 2005, avant de connaître un ralentissement qui pourrait intervenir sous l’effet des politiques de population mises en œuvre en 1988 ;

– Une population résidente de près de sept millions d’habitants en 1988 (année du dernier recensement) contre trois millions en 1960 et environ cinq millions en 1976. La population estimée à 9 300 000 habitants en 1999 devrait doubler tous les 25 ans si le taux d’accroissement actuel se maintient.

– Une inégale répartition de la population. Celle-ci reste concentrée à l’ouest, dans les régions de Dakar, Thiès et Diourbel où la densité varie de 3660 à 50 habitants au km², sur des terres épuisées, où le problème de l’eau se pose. Ceci, alors que les régions les plus avantagées en potentialités hydrauliques (Tambacounda et Kolda) enregistrent les densités les plus faibles (30 à 7 habitants au km 2 ).

– L’existence de différentes ethnies. Selon les résultats du dernier recensement de 1988, la société sénégalaise est constituée de plusieurs ethnies - au moins neuf - dont les plus importantes sont les Wolof, les Pulaar, les Sereer, les Joola, les Manding et les Soninkés. Les religions les plus répandues sont l’islam (presque 94.3 % de la population) et le christianisme (4,3 %). Jusqu’à présent, toutes ces micro-cultures ont su vivre de manière ouverte, intégrant harmonieusement les apports des peuples voisins, mais aussi ceux de la puissance colonisatrice française et des arabo-berbères.

– Un taux d’urbanisation qui croit rapidement : il est passé de 23 % en 1960 à 42% en 1966 (le Sénégal est un des pays les plus urbanisés en Afrique, au sud du Sahara) et à près de 46 % aujourd’hui. La taille de l’agglomération dakaroise témoigne de ce déséquilibre et pose le problème plus global des migrations.

– Une population jeune qui est un atout et un dé: 56 % de cette population a moins de 20 ans (50 % de moins de 16 ans), ce qui pose le problème de la scolarisation, de l’emploi et du chômage.

La langue ofcielle est le français.

Régime politique

Au plan politique, le Sénégal se caractérise par un processus de démocratisation avancé, avec plus de 52 partis politiques. La liberté de la presse aussi bien écrite que parlée est une réalité. La société civile (ONG, mouvements associatifs, etc.) participe à la gestion du pays, en particulier dans le domaine éducatif.

Institut international de planification de l’éducation

13

École et décentralisation : le cas du Sénégal

Économie

À l’indépendance en 1960, le Sénégal a hérité d’une infrastructure matérielle et sociale relativement

favorable, comparée aux pays de la sous région. Pourtant la croissance de son PIB a été l’une des plus faibles de tous les pays africains. II a connu une croissance de 3,8 % entre 1979 et 1983 avant que celle-ci ne retombe à 2,6 % durant la période 1984-1988 et à 1,7 % entre 1989 et

1992. Ces faibles performances ont conduit, en janvier 1994, à une dévaluation du franc CFA de

50% par rapport au franc français.

À la suite de cette dévaluation, le PNB par habitant est passé de 710 dollars US à 456 en 1994

(il a été estimé à 551 dollars en 1997). Le Sénégal est alors passé du statut de pays à revenu intermédiaire à celui de pays à faible revenu.

Malgré les efforts considérables de modernisation et les progrès réalisés ces dernières années (l’accroissement du PIB est estimé à plus de 5,1 % en 1999), l’économie sénégalaise continue à reposer sur la production d’arachide, destinée à l’exportation, ainsi que sur la culture du mil et l’élevage de bétail, destinés à la consommation locale. Le Sénégal est un pays pauvre en ressources minérales. Ceci constitue un handicap qui limite les perspectives de croissance économique du pays.

Un autre trait important de l’économie sénégalaise réside dans la forte concentration à Dakar et sur le littoral de la plupart des emplois du secteur moderne, des installations commerciales et des services sociaux. Cette situation crée de grandes disparités entre les zones urbaines et rurales, ainsi qu’entre les régions, en ce qui concerne les possibilités d’emploi et les structures de consommation.

La faiblesse de la croissance économique a limité l’épargne intérieure et prolongé la dépendance déjà lourde de l’économie par rapport à l’aide extérieure.

Avec les cycles de sécheresse, la détérioration des termes de l’échange et les difcultés du pays à s’adapter au nouvel échiquier international, l’économie nationale a traversé des crises de plus en plus profondes. Malgré l’apport de secteurs comme la pêche, les phosphates et le tourisme, le contexte généralement défavorable des richesses intérieures, le caractère extraverti de l’économie et une politique nancière inadaptée conduisent le gouvernement à négocier avec les institutions de Bretton Woods un programme d’ajustement structurel.

Découpage administratif

• L’organisation administrative

Composé de sept régions en 1960, le Sénégal en compte aujourd’hui 11. Chaque région comprend trois départements exceptée la région de Dakar qui en compte quatre. Les départements sont constitués d’arrondissements (il en existe 99), eux mêmes composés de communes (60) et de communautés rurales (320). La cellule administrative de base est le village. On en comptait 12 000 au recensement de 1988.

L’État a développé une politique de décentralisation visant à favoriser la participation des populations à la gestion des affaires publiques. Entrée en vigueur depuis 1972, cette politique a

été renforcée par la loi 96-06 du 22 mars 1996 portant code des collectivités locales. De par la loi

96.07 du 22 mars 1996, l’État du Sénégal a transféré aux collectivités locales (région, commune

et communauté rurale) des compétences dans le domaine de l’éducation et de la formation.

Institut international de planification de l’éducation

14

École et décentralisation : le cas du Sénégal

• L’administration locale

La loi n° 96-06 du 22 mars 1996 portant code des collectivités locales a créé trois ordres de collectivités locales : la région, la commune et la communauté rurale.

La région est administrée par un conseil régional élu au suffrage universel direct, selon l’article 18 du code des collectivités locales. Les principaux organes de la région sont le président du conseil régional, le conseil régional, le secrétaire général ainsi que le comité économique et social qui lui est rattaché. Le président du conseil régional est élu au scrutin secret et à la majorité absolue par le conseil régional, parmi ses membres pour une durée de cinq ans.

Les organes de la commune sont le maire (élu par le conseil municipal parmi ses membres au scrutin secret et à la majorité absolue pour une durée de cinq ans), le conseil municipal et le secrétaire municipal.

Les organes de la communauté rurale sont le président du conseil et le conseil rural. Le président du conseil rural est l’organe exécutif de la communauté rurale. Il est élu par le conseil rural dans les mêmes conditions que le maire.

Caractéristiques du système éducatif

De manière générale, la gestion de ce secteur connaît des faiblesses qui entravent le développement des programmes, la planication, le suivi et la coordination des activités. Il en découle donc au niveau central, une duplication des compétences entre les différentes structures du ministère de l’Éducation (ME) et le défaut de maîtrise des interventions. Au niveau décentralisé, la coordination des activités pose des problèmes entre les élus locaux et les services déconcentrés du ME. La dispersion des centres de décision conduit également à des initiatives multiples et non coordonnées entre elles.

La gestion des établissements d’enseignement reste encore très bureaucratique. L’Inspection Générale de l’Éducation s’acquitte difcilement de sa mission de contrôle de l’enseignement par manque de personnel formé à cette tâche. Le système de communication est très faible, alors qu’il devrait constituer un outil important pour susciter l’adhésion, et la participation de tous les acteurs pour la réussite des programmes de développement de l’éducation. Ainsi, ces faiblesses institutionnelles ne favorisent pas un développement harmonieux du système éducatif au Sénégal.

Le développement de la petite enfance

• Accès

Jusqu’en 2000, la prise en charge de la petite enfance ne concernait que les enfants âgés de

3

à 6 ans. Aujourd’hui, la notion de petite enfance est élargie et elle concerne les enfants de 0 à

6

ans. Il s’agit d’une approche holistique qui prend en charge la santé, la nutrition et l’éducation

préscolaire des enfants. La prise en charge se fait dans les garderies d’enfants privées formelles, les écoles maternelles et les garderies d’enfants communautaires.

L’éducation préscolaire a vu ses effectifs passer de 19 233 à 31 650 entre 1995-1996 et 2000-2001 soit un taux d’accroissement moyen annuel de 10,5 %. Sur la même période, la part du privé est passée de 62 % à 74 %.

Institut international de planification de l’éducation

15

École et décentralisation : le cas du Sénégal

En 2000-2001 les lles représentent 52,5 % de l’effectif du préscolaire. Ces effectifs sont restés concentrés dans trois régions que sont Dakar, avec 194 établissements et 16514 élèves, Thiès, avec 64 établissements pour 4 722 élèves, et Ziguinchor, avec pour un effectif de 2 680 élèves. La plupart des écoles se trouvent en zone urbaine. En 2000-2001, 91 % des écoles (soit 357) se trouvent en zone urbaine. Le taux de pré scolarisation est de 3 % en 2000-2001.

En 2001-2002 on a dénombré 367 établissements dont 256 privés. Ces établissements sont fréquentés par 28 663 enfants dont 20 048 dans le privé. Les lles représentent 53% des effectifs aussi bien au niveau du public, du privé qu’au niveau global (voir tableau 1.1).

Pour les établissements, le taux annuel moyen d’accroissement (TAMA) est plus important dans le public que dans le privé. S’agissant des effectifs, les lles enregistrent un TAMA supérieur à celui des garçons, aussi bien dans le public que dans le privé.

Les facteurs limitant l’accès à l’éducation préscolaire sont :

– le fait quelle ne soit pas une priorité pour l’État qui, dans le contexte du Plan décennal de l’éducation et de la formation (PDEF), qui est bien plus placée sur l’accélération du taux brut de scolarisation (TBS) à l’élémentaire en vue de l’atteinte des objectifs de l’éducation pour tous en l’an 2010;

– le caractère luxueux et coûteux du modèle actuel (un établissement préscolaire de trois classes coûte 15 000 000 FCFA), ainsi que son inadaptation aux réalités socioculturelles des familles.

Ces dernières années, on relève une tendance à la baisse des effectifs des écoles maternelles publiques notamment dans les régions de Dakar et la commune des Mines de phosphates-ville.

Qualité

Ce secteur est caractérisé par la diversité des types d’éducateurs, des prols de sortie des enfants, de l’adoption tardive des programmes, de l’insufsance du matériel, des équipements et des moyens logistiques.

La diversité des prols de sortie des enfants résulte du médium d’enseignement. Dans le privé c’est le français qui constitue le médium dans les trois sections que compte le préscolaire. Au niveau du public en revanche, ce sont les langues nationales qui sont utilisées dans les deux premières sections et le français à la dernière section.

Ce n’est qu’en 1987 qu’un programme scolaire ofciel a été élaboré. Celui-ci a connu des limites à cause de son approche, de son inadaptation aux réalités socioculturelles, et de sa faiblesse de diffusion. Le curriculum qui est en cours d’élaboration, tente de prendre en compte toutes ces faiblesses en vue de répondre aux exigences multidimensionnelles du développement des enfants et à l’attente des familles.

Sur le plan du matériel didactique et de moyens logistiques, la situation est loin d’être reluisante. Si dans le privé, matériel et équipement sont en quantité sufsante, il n’en est pas de même dans les écoles maternelles publiques, où les éducateurs recourent au matériel de récupération pour combler le décit. Le manque de moyens logistiques entrave de façon très aiguë les tâches d’encadrement, de suivi et de contrôle des inspecteurs sur le terrain.

Institut international de planification de l’éducation

16

École et décentralisation : le cas du Sénégal

L’enseignement élémentaire

Accès

Taux brut d’admission (TBA) au CI

Le TBA a connu une chute en 2000-2001 par rapport à 1999-2000. On note toutefois un relèvement du TBA en 2001-2002, mais il reste inférieur au taux de 1999-2000 (voir tableau 1.2). La caractéristique la plus marquante du TBA est la parité quasiment atteinte entre les garçons et les lles.

Au vu du tableau 1.3, il apparaît de manière générale que le taux brut de scolarisation (TBS) s’est accru, passant de 62 % en 1997-1998 à près de 72 % en 2001-2002, le TAMA se situant autour de 3 %. L’évolution du TBS est due dans un premier temps à la redynamisation des classes à double ux (CDF) et des classes multigrades (CMG) et, dans un second temps, au recrutement des volontaires de l’éducation (VE) (en moyenne 2000 par an) ainsi qu’à la construction massive de salles de classe (en moyenne 2000 par an). Cette situation illustre la sensibilité des contraintes liées à la disponibilité du personnel et aux mesures de coût efcacité (CDF et CMG) dans la scolarisation.

Une analyse plus détaillée par région permet d’observer qu’en général, le TAMA du TBS est supérieur à celui observé dans le pays, excepté à Dakar où on a enregistré un TAMA négatif. Il convient de noter à cet égard, que bien que le TAMA du TBS soit en régression dans cette région, le TBS en 2001-2002 est encore parmi les plus élevés, s’élevant à plus de 83 %, ce qui est largement supérieur à la moyenne nationale qui a enregistré un TBS se chiffrant à 71 % pour la même période.

Les régions de Thiès, Saint Louis, et Kaolack sont marquées par de fortes disparités au regard du TBS. Si Saint Louis et Thiès comptent parmi les régions les plus performantes avec un TBS s’élevant respectivement à 80 % et 76 % en 2001-2002, en revanche, le TBS n’atteint que 47,5 % dans la région de Kaolack. En outre, le TAMA du TBS est d’environ 4,5 % pour St Louis et Thiès, et ne se situe qu’à 2,4 % pour la région de Kaolack. Ces taux restent cependant relativement corrects comparativement à la moyenne nationale.

Le réseau scolaire

En 2002, le réseau scolaire compte 5 405 écoles, dont 480 dans le privé (voir tableau 1.4), et

24 112 salles de classe, dont 3 332 dans le privé. Le système éducatif sénégalais est donc marqué

par la prépondérance du secteur public (près de 91 % des écoles sont des écoles publiques). En outre, près de 78 % des écoles et 55 % des salles de classe se trouvent en zone rurale. Enn, le réseau scolaire est caractérisé le volume important de structures incomplètes et un besoin important de réhabilitation de salles de classe, ainsi que des blocs administratifs et d’hygiène. Pour les établissements, le TAMA est plus important dans le public que dans le privé (respectivement 4,26 % et 1,36 %).

Les effectifs des élèves enregistrés pour l’année 2001-2002 se chiffrent à 1 197 081 élèves dont 132 039 dans le privé, autrement dit près de 89 % des élèves inscrits le sont dans le secteur

public. Par ailleurs, 48 % des effectifs se trouvent en zone rurale. Le pourcentage de lles est de

47 %.

Les lles enregistrent un TAMA supérieur à celui des garçons aussi bien dans le public (5,4 % contre 3,3 %) que dans le privé (1,99 % contre 0,8 %). Ces derniers résultats apparaissent ainsi

Institut international de planification de l’éducation

17

École et décentralisation : le cas du Sénégal

encourageants au vu de la politique de promotion de la scolarisation des lles dans l’enseignement élémentaire.

• Diagnostic de la qualité

Le ratio élève/maître est passé de 49 en 1998-1999 à 55 en 2001-2002. Ce ratio élevé ne favorise pas la qualité de l’éducation dispensée. Cependant la situation est très contrastée d’une région à une autre : si à Dakar le ratio est de 65 il n’est que de 37 à Louga. Le ratio apparaît plus élevé en zone urbaine qu’en zone rurale.

Pour les manuels scolaires, on enregistre globalement en 2002 un ratio de deux livres par élève. Dans le cadre du PDEF il est prévu trois livres par élève.

Le taux de redoublement est supérieur ou égal à 10 % à tous les niveaux de l’élémentaire en 2002. Il augmente du CI au CM2 en passant de 10,5 % à 26 %. Comparé à 2001 on note des améliorations au CP, au CM1 et au CM2 où il est passé respectivement de 12,5 % à 11 %, de 16,2 % à 15,3 % et de 29,5 % à 26 % (voir tableau 1.5).

Les taux d’abandon restent élevés au CI et au CM1, comme en témoigne le tableau 1.6. En 2002, on a enregistré des taux de 12,4 % et de 10,5 % respectivement à ces deux niveaux d’enseignement. Très souvent les taux d’abandon et de redoublement des lles sont supérieurs à ceux des garçons.

Pour une cohorte de 1 000 enfants inscrits au CI, en supposant le rendement interne de l’élémentaire en 2002 inchangé au cours des huit prochaines années, il apparaît que seulement 303 élèves arriveront au CM2 sans redoubler, et que 153 seront diplômés. Avec deux redoublements, 564 atteindront le CM2 et 359 auront leurs diplômes. Le nombre d’années/élèves pour former un diplômé de l’enseignement élémentaire, estimé à 14,6 en 2002, reste très élevé et constitue une limite au développement de la scolarisation élémentaire.

Bien que souvent réformés suite au constat de leur manque de pertinence (en 1962, 1969, 1972, 1987), les programmes d’enseignement n’ont pas changé fondamentalement le visage de l’école. Deux types de programmes existent actuellement : les programmes traditionnels et les programmes pilotes, basés sur des approches et des contenus différents. Un nouveau curriculum est en cours d’élaboration depuis octobre 2000.

Le taux de réussite au Certicat de n d’études élémentaires (CFEE) reste encore faible, ne s’élevant qu’à 50,4% en 2001. Malgré l’émergence de dispositifs d’évaluation centralisés (SNERS, PASEC), il faut noter la quasi-inexistence d’une culture d’évaluation aux niveaux les plus pertinents : écoles, départements, régions. Ceci amoindrit le pilotage de la qualité au niveau local.

Enseignement moyen

L’enseignement moyen est caractérisé par la faiblesse:

– institutionnelle,

– de l’offre,

– du nancement,

– des indicateurs d’efcacité interne,

– des moyens humains et matériels,

– du TBS et du taux de transition du moyen au secondaire.

Institut international de planification de l’éducation

18

École et décentralisation : le cas du Sénégal

• Accès

Entre 1997/1998 et 2001/2002, le TBS a connu une progression régulière en passant de 20,6 %

à 24,4 % (voir tableau 1.7). La parité entre garçons et lles n’a pas évolué sur la période, le TBS restant plus élevé pour les élèves garçons.

En 2001-2002, le réseau du sous-secteur de l’enseignement moyen compte 435 collèges dont

224 publics (soit 51.4 % de collèges publics) (voir tableau 1.8).

Les collèges sont fréquentés en 2002 par 213309 élèves dont 156391 dans le public. Les lles

représentent 38 % des effectifs du public et 48 % de ceux du privé. En 1999-2000, on dénombrait

455 collèges, dont 220 publics. Pour la même année, les effectifs étaient de 132 575 élèves pour

le public et 53 563 pour le privé. Les lles représentaient 37 % dans le public et 47 % au niveau du privé.

En 2000/2001 sur les 463 établissements du moyen, seuls 84 se trouvaient en hors commune dont 12 privés. Pour la même année les effectifs en hors commune s’élevaient à 7 281 élèves, soit 10,6 % des effectifs du moyen. Les lles représentaient 30,5 % des effectifs en hors commune en 2000/2001.

Au total, le nombre d’établissements a connu un TAMA de 3,5 % sur la période. Toutefois, il est négatif au niveau du privé.

Les effectifs dans l’enseignement moyen ont connu un TAMA de 8,2 % sur la période. L’accroissement est plus signicatif chez les lles que chez les garçons, aussi bien dans le public que dans le privé.

L’indice de parité lles/garçons passe de 0,65 en 1998/1999 à 0,69 en 2001/2002, soit un gain de 0,04 en faveur des lles. Dans le privé, on a presque atteint la parité, mais des efforts restent à faire au niveau du public (voir tableau 1.9). L’indice de parité est en faveur des garçons au niveau du public.

• Indicateurs d’efficacité interne

À tous les niveaux, aussi bien chez les lles que les garçons, le taux de promotion reste supérieur

à 73% entre 1998/1999 et 2001/2002. Très souvent, le taux de promotion des lles est supérieur

à celui des garçons. C’est les cas par exemple en 2001-2002 et ceci à tous les niveaux (voir tableau 1.10).

S’agissant des résultats au Brevet de Fin d’Études Moyennes (BFEM), le taux de réussite des garçons est plus élevé que celui des lles.

Sauf au niveau de la classe de 6 e en 98/99, les taux de redoublement sont partout supérieurs à 10% (voir tableau 1.11). Ils restent particulièrement élevés en 4 e et en 3 e .

On constate que les lles abandonnent plus que les garçons et ceci à tous les niveaux et pour toutes les années, sauf en 3 e en 1999/2000 (tableau 1.12).

L’enseignement secondaire général

• Accès

Le TBS a connu un TAMA de 1,91 % pour les lles et les garçons entre 1997/1998 et 2001/2002 (voir tableau 1.13). La progression du TBS des lles (2,84 %) a été plus rapide que pour les garçons (1,19 %).

Institut international de planification de l’éducation

19

École et décentralisation : le cas du Sénégal

Au vu du tableau 1.14, il apparaît que le nombre d’établissements a connu un TAMA de 7,5 %. La croissance est plus forte au niveau du public qu’au niveau privé (10,9 % contre 4,9 %). En 2001/2002, 52,7% des établissements appartiennent au privé, contre 51,6% en 2000/2001 et 58,2 % en 97/98. En 2000/2001 sur les 128 établissements on ne trouvait que quatre en hors commune, dont un privé.

Les effectifs ont connu un TAMA de 7,2 % au niveau du public et de 3,2 % pour le privé. Dans le public, les effectifs des lles ont augmenté plus vite que ceux des garçons. Dans le privé, l’accroissement des effectifs est plus signicatif chez les garçons que chez les lles où il n’est que de 0,7 % sur la période.

En 2001/2002, les effectifs du privé représentaient 16,7 % des élèves dans le secondaire.

Les effectifs en hors commune ne représentaient que 0,7 % des effectifs du secondaire en 2001/2002. Le pourcentage des lles était de 32,9 % en hors commune en 2001/2002.

Sur la période, l’indice de parité lles/garçons (F/G) passe de 0,5 à 0,6 au niveau du public et de 0,9 à 0,7 au niveau du privé, comme le souligne le tableau 1.15.

• Indicateurs d’efficacité interne

Les taux de promotion en première et en terminale sont partout supérieurs à 67 %, sauf pour les lles en 1997/98 pour le passage de la seconde à la première (voir tableau 1.16). Les taux de réussite au BAC sont faibles et connaissent une baisse régulière à partir de 1998/99.

En 2001/2002, sauf pour les garçons en classe de seconde et de première, le taux de redoublement est supérieur à 10% (voir tableau 1.17). Excepté l’année 2000/2001 pour les classes de seconde et de première, le taux de redoublement des lles est à chaque fois plus élevé que celui des garçons. Le taux de redoublement est très élevé en terminale, où il a atteint la pointe de 35,5% en 1998/1999.

Les taux d’abandon restent très élevés dans le secondaire. Excepté en 2001/2002, le taux d’abandon tous sexes confondus est supérieur ou égal à 10% dans les trois années d’enseignement (voir tableau 1.18).

Financement de l’éducation

De 1998 à 2003, la part du budget d’investissement est passée de 9,8 % des dépenses totales en 1998 à 16,1 % en 2003 (voir tableau 1.19). Pour l’essentiel, les dépenses d’investissements proviennent des sources de nancement extérieures. La part des partenaires extérieurs dans le budget d’investissement passe de 27,4 % en 1998 à 54 % en 2003. Elle a été de 69 % en 2000 et 65,5 % en 2001.

La part des dépenses de fonctionnement est passée sur la période de 90 % en 1998 à 84 % en 2003.

La part des collectivités locales dans le budget de l’éducation reste encore faible. Elle est passée de 1,3 % en 1998 à 1,4 % en 2003.

La contribution des ménages a presque doublé sur la période. Elle passe de 2,7 % en 1998 à 4,6 % en 2003.

L’enseignement primaire absorbe l’essentiel du budget d’investissement (soit 62.5 % du budget public en 2003) (voir tableau 1.20). Ceci conrme le caractère prioritaire accordé à ce sous-secteur dans le cadre du Programme décennal de l’éducation et de la formation.

Institut international de planification de l’éducation

20

École et décentralisation : le cas du Sénégal

Pour tous les sous-secteurs les dépenses de personnels absorbent la quasi-totalité des fonds

alloués aux dépenses de fonctionnement entre 2001 et 2003 (voir tableau 1.21). Elles ont toutefois diminué à tous les niveaux d’enseignement excepté au niveau de l’enseignement élémentaire où elles constituent encore près de 97 % des dépenses de fonctionnement. En revanche, elles ont drastiquement diminué dans l’enseignement préscolaire et avoisinent les 59 % en 2003 alors qu’elles s’élevaient à 85 % en 2001. La part des dépenses de personnel a légèrement diminué dans le budget de fonctionnement au niveau de l’enseignement moyen, passant de 96 % en 2001

à 86 % en 2003.

Caractéristiques de la politique de décentralisation de l’éducation

L’État a développé une politique de décentralisation visant à favoriser la participation des populations à la gestion des affaires publiques. Entrée en vigueur depuis 1972, cette politique a été renforcée par la loi 96-06 du 22 mars 1996 portant code des collectivités locales. De par la loi 96.07 du 22 mars 1996, l’État du Sénégal a transféré aux collectivités locales (région, commune et communauté rurale) des compétences dans le domaine de l’éducation et de la formation.

Le transfert des compétences dans le domaine de l’éducation s’est caractérisé par un système

à double vitesse. En effet, si la déconcentration du système éducatif n’est pas nouvelle (décret

portant organisation des IDEN de 1979), en revanche, la décentralisation des compétences est plus récente (loi n° 96-06 portant Code des Collectivités Locales du 22/03/1996). Les municipalités ne maîtrisent pas encore ces compétences et n’ont pas pris conscience que les écoles font partie de leurs compétences.

L’État reste encore très présent dans ce processus de décentralisation non seulement dans la formulation des politiques éducatives et la gestion du personnel des structures déconcentrées, domaines dont il assure complètement la charge, mais aussi au niveau de la gestion nancière et matérielle des IDEN et des écoles, où il continue à exercer un contrôle indirect sur l’utilisation des fonds. En effet, l’allocation des subventions du niveau central se réalise sous forme de lignes budgétaires que chacune des structures sont tenues de respecter, et répond à des critères dénis par le ME. Les marges de manœuvre des acteurs locaux restent donc limitées et, si des initiatives peuvent être prises à leur niveau pour l’amélioration de la gestion de l’école, la question de leur pérennité est toujours posée. Elles sont en effet largement tributaires des relations avec les partenaires extérieurs que l’école aura réussi à nouer.

1.2

Législation

Les structures de l’éducation au Sénégal et leur composition

Les ministères

Au niveau central, le système éducatif sénégalais est géré par un ministère composé de deux ministères délégués : l’un chargé du préscolaire, et l’autre de l’enseignement technique, de la formation professionnelle publique et privée, de l’alphabétisation et des langues nationales. Les ministères sont organisés autour de directions dont certaines sont directement rattachées au cabinet du Ministre.

Institut international de planification de l’éducation

21

École et décentralisation : le cas du Sénégal

L’inspection d’académie (IA)

Au niveau déconcentré, on trouve dans les régions onze Inspections d’Académie (IA) qui ont pour rôle de coordonner toutes les activités d’éducation à l’échelon régional.

L’inspection départementale de l’éducation nationale (IDEN)

Les études de terrain conduites dans le cadre de cette recherche se sont concentrées notamment sur cet échelon.

Selon les textes ofciels, dans le contexte de régionalisation et de décentralisation, le cahier des charges des IDEN « exige un renforcement des missions traditionnelles des IDEN en matière d’encadrement, de formation, d’organisation, de planication, de coordination, d’impulsion et d’évaluation. Ceci pour leur permettre d’atteindre les objectifs liés à l’accroissement de l’accès à l’éducation et à l’amélioration de la qualité et de l’ef cacité de l’enseignement ».

Il existe en tout 43 IDEN, dont la responsabilité est d’assurer la coordination des activités éducatives au niveau de leurs circonscriptions éducatives. Notons qu’au Sénégal le territoire du département ne correspond pas toujours à la circonscription éducative.

L’organigramme ofciel des IDEN prévoit, en dehors de l’IDEN et de son adjoint, exclusivement chargés des questions administratives, un « pool d’inspecteurs » chargés d’inspecter les enseignants et directeurs.

Le comité de gestion

Le comité de gestion est un organe existant au niveau de chaque centre de développement de la petite enfance, école élémentaire, école communautaire de base ou centre d’alphabétisation. Les membres du comité de gestion sont nommés par arrêté du maire ou du président du conseil rural. Le président du comité de gestion est élu par la communauté pour un mandat de deux ans renouvelable une fois.

Les établissements de l’enseignement moyen et secondaire sont gérés par des conseils de gestion d’établissement et ceux de l’enseignement technique et de la formation professionnelle, par des comités de gestion.

Il convient enn de noter que malgré l’existence ofcielle de ces structures, celles-ci ne sont pas encore fonctionnelles au niveau de tous les établissements scolaires au Sénégal.

Les collectivités locales (communes et communautés rurales)

Les collectivités locales sont reconnues depuis la loi de 1996 comme les structures au niveau décentralisé fournissant un appui aux écoles. L’État leur reconnaît le transfert de neuf compétences, notamment la construction, l’équipement et l’entretien des écoles maternelles et primaires, ainsi que le recrutement du personnel d’appui et plusieurs tâches liées à l’éradication et à l’analphabétisme.

Le Bureau de l’association des parents d’élèves (B/APE)

En dépit de l’important rôle que peut tenir l’APE dans le fonctionnement de l’école, il n’existe aucun texte ofciel régissant leur rôle. C’est ce qui explique que l’implication de ce bureau diffère d’une école à l’autre au Sénégal.

Institut international de planification de l’éducation

22

École et décentralisation : le cas du Sénégal

Rôle des structures déconcentrées

Les inspections d’académie gèrent les lycées et les collèges. Par ailleurs, si ces structures sont supervisées par le cabinet du Ministre de l’éducation, l’inspecteur académique est quant à lui, chargé de l’évaluation du responsable des IDEN.

Les IDEN gèrent les écoles élémentaires. Ce sont des structures intermédiaires, les plus proches des écoles, qui veillent à la réalisation des objectifs du système éducatif au niveau des communes. Elles sont donc chargées de la bonne transmission des informations entre les écoles et le ME, ainsi que de la mise en œuvre des politiques de l’État au niveau des écoles, en s’assurant notamment de la qualité de l’enseignement dispensé. Dans cette perspective, les inspecteurs de l’IDEN effectuent des visites d’inspection et réalisent des animations pédagogiques destinées aux enseignants. Outre ses missions d’encadrement pédagogique et d’inspection, le bureau local est également chargé de l’allocation de ressources matérielles aux écoles. Le rôle des IDEN apparaît donc essentiel. Ses différentes missions sont détaillées ci-après.

Élaboration d’une base de données sur les écoles de la circonscription

Toutes les informations relatives au fonctionnement quotidien de la circonscription doivent être en principe disponibles à l’IDEN. En début d’année, le responsable de la planication, le secrétaire général et le responsable des personnels élaborent un tableau de recueil des informations essentielles : notes de service affectant les nouveaux enseignants, répartition des enseignants par poste, effectifs des classes, structure des écoles, mobilier disponible, stock des manuels, etc. Ce tableau de recueil des informations est ensuite transmis aux écoles par l’intermédiaire du Collectif des directeurs, qui sera présenté ultérieurement. Les écoles à leur tour, sont supposées transmettre des informations statistiques à l’IDEN, le rapport sur les classes à double ux et le calendrier des cellules d’animation pédagogique (présentées plus tard dans cette étude).

Les canaux de collecte de ces informations sont les suivants :

– les directeurs relais, au niveau du Collectif des directeurs ;

– le préfet et les sous préfets ;

– les rencontres : réunions des directeurs, rentrée des classes et n d’année ;

– les tournées des inspecteurs qui sont des moments de prise de contacts et d’informations ;

– les liaisons des directeurs (descentes ponctuelles).

Création et ouverture d’une école primaire

La création d’une école publique élémentaire obéit principalement à deux approches :

– L’approche par la demande : les populations expriment leurs besoins au travers d’un notable de la localité. L’IDEN procède ensuite à une enquête de vérication sur la viabilité de la demande (existence d’une population scolarisable, de locaux ou d’abris provisoires, de mobilier, etc.). Une fois l’enquête concluante, l’IDEN saisit le président du conseil rural, le maire, le préfet ou le sous-préfet, pour recueillir leurs avis. Ces avis obtenus, l’IDEN demande aux populations de s’engager à faire fonctionner l’école pendant deux ans, avant de la faire construire par l’État. Pendant cette période, l’IDEN fournit aux populations l’enseignant chargé de l’école.

– L’approche par l’offre : dans ce cas, c’est l’IDEN qui vient vers les populations en leur proposant la création d’une école pour élargir l’accès et corriger les disparités. Cette approche est très rare.

Institut international de planification de l’éducation

23

École et décentralisation : le cas du Sénégal

Pédagogie et politique éducative

Si les enseignants et les IDEN peuvent être impliqués dans le processus d’élaboration du programme scolaire, ainsi que dans la dénition du calendrier scolaire, il n’en demeure pas moins que c’est le Ministre et ses directions techniques, qui décident du programme à mettre en place aux différents niveaux, que les écoles sont supposées ensuite de mettre en œuvre.

Jusqu’à présent, seul le ministère de l’Éducation décide du choix des manuels scolaires par le biais de l’INEADE, chargé de l’élaboration des spécications techniques et pédagogiques des manuels ainsi que de l’expérimentation et de l’évaluation des manuels. Les manuels sont mis à la disposition des écoles publiques depuis trois ans pour l’élémentaire ; les écoles privées sont plus libres en matière de choix de manuels.

Avec la mise en place du Programme décennal de l’éducation et de la formation (PDEF), qui privilégie la privatisation de l’édition, le ministère, à travers l’INEADE, va appuyer des stratégies de choix multiples impliquant les IDEN et les enseignants.

Rappelons que l’objectif du PDEF en matière de manuels scolaires est de mettre gratuitement

à la disposition de chaque élève du primaire un livre de calcul, un livre de lecture et un livre de sciences. Toutefois, certaines écoles élémentaires ainsi que des établissements d’enseignement moyen et secondaire pratiquent la location des manuels.

Gestion nancière

Les IA et les IDEN reçoivent des aides du ministère sous forme de ressources matérielles. Ces structures transmettent leurs propositions de budget à la Direction de l’administration générale et de l’équipement (DAGE) du ministère de l’Éducation , alors traitées au niveau central en fonction des lignes budgétaires qui leurs sont réservées. Notons à cet égard que si les rubriques sont communes à toutes les inspections (le carburant, les fournitures de bureau), leurs montants diffèrent d’une IDEN à l’autre. Les responsables des bureaux rencontrés durant les enquêtes n’ont toutefois pas une connaissance précise des critères d’allocation de ces fonds. En outre, il convient de souligner l’existence d’une ligne appelée autres biens et services où chaque inspecteur pourra prévoir des activités spéciques à sa circonscription, autorisant alors une certaine marge de manœuvre des IDEN, mais qui reste limitée dans un contexte d’insufsance des ressources.

Le contrôle de la gestion nancière des bureaux déconcentrés est du ressort du contrôle régional des nances pour les IA et du Préfet pour les IDEN. Plus particulièrement, l’IDEN rend compte à la DAGE du paiement des salaires des VE ou des MC, de l’exécution de son budget de fonctionnement de l’IDEN, comme de celui des écoles. En outre, l’octroi des aides sous formes de lignes budgétaires revêt une forme implicite de contrôle, limitant dès lors l’autonomie des IDEN dans la gestion de leurs ressources nancières et matérielles. En résumé, l’IDEN n’est pas amené à gérer des liquidités.

Pour les lycées et collèges se sont les proviseurs et les principaux qui élaborent les propositions de budget de leurs établissements.

En revanche, en ce qui concerne les écoles primaires, chaque IDEN est chargé de l’élaboration et de la gestion du budget des écoles de sa circonscription. Les IDEN reçoivent les fonds du

ministère qui sont ensuite transformés en ressources matérielles et alloués aux écoles. L’État met

à la disposition de chaque collectivité locale des fonds de dotation dans le cadre du transfert de compétences, qu’elles peuvent consacrer notamment à l’éducation en appuyant les écoles.

Institut international de planification de l’éducation

24

École et décentralisation : le cas du Sénégal

Gestion du personnel de l’IDEN

En dehors des inspecteurs qui sont affectés directement à l’IDEN par le ME ou par l’IA, aucun des agents n’est affecté à l’IDEN par les niveaux central ou régional. L’IDEN dispose donc d’une certaine autonomie dans le recrutement et la gestion de son personnel d’appui. Il les choisit parmi les enseignants déjà en service au niveau des écoles de la circonscription, en fonction des nécessités de service. Toutefois, pour le recrutement du personnel d’appui, il doit encore établir une note de service, basée en partie sur une enquête de « moralité » qu’il afrme mener, particulièrement lorsqu’il s’agit de pourvoir la Division des examens et des nances. Cette note de service doit être validée par la commission régionale.

L’évaluation du personnel déconcentré se fait annuellement à partir de ches d’évaluation sur la base de critères dénis (qualités professionnelles, comportement au travail, capacités d’initiative, rendement, etc.) selon les catégories concernées : directeurs, personnel de supervision, personnel opérationnel. Pour la promotion de ce personnel, le supérieur hiérarchique direct propose, la commission d’avancement du ministère de la Fonction publique entérine et la décision nale revient au ministre de la fonction publique. La formation continue des enseignants en service à l’IDEN est ofciellement assurée par le Pôle régional de formation (PRF).

Gestion du personnel des écoles

L’IDEN intervient peu dans le recrutement du directeur d’école. La nomination de ce dernier s’effectue en effet par une commission nationale de mutation comprenant les services déconcentrés, des représentants syndicaux, le chef de la division du personnel, des représentants des services centraux. Sa nomination est réalisée sur la base de ches remplies et déposées au niveau de l’IDEN qui y appose son appréciation avant de les transmettre au service des personnels du ministère. La décision nale relève du ministre. Notons que les critères principaux de nomination, dénis par le ministère, sont l’ancienneté et le grade. Certains critères d’ordre pédagogique, managérial et social sont en cours d’étude.

Le directeur d’école est évalué par l’IDEN, sur la base d’un bulletin d’inspection de directeur et de la che d’évaluation annuelle. Les autres partenaires n’ont aucune inuence sur le processus. L’évaluation se fait sur la base de critères relevant du domaine de la gestion administrative, de la gestion pédagogique et de la gestion sociale de l’établissement. La promotion est décidée par le ministre, sur proposition de l’inspecteur départemental. Aucun des partenaires n’a un impact sur la décision de révocation du directeur. Cependant, les parents d’élèves peuvent, sur la base d’une pétition ou de mouvements d’humeur, déclencher la procédure de révocation.

L’affectation des enseignants dans les écoles primaires publiques est réalisée soit par la commission nationale, soit par la commission départementale, soit enn par l’IDEN, lorsqu’il reste des postes vacants suite aux deux premières commissions. L’IDEN affecte les enseignants suivants des critères relatifs au statut matrimonial notamment. Cependant, un des IDEN rencontrés durant les enquêtes de terrain a souligné qu’au delà de ces critères, « l’essentiel, c’est que les classes fonctionnent ». Si un poste de direction est vacant en cours d’année scolaire, l’IDEN nomme un intérimaire en choisissant l’enseignant le plus gradé de l’école. Son poste est alors coné à un suppléant, qui ne peut provenir que de la circonscription.

Aujourd’hui, les étapes à suivre pour entrer dans le corps des enseignants semblent être les suivantes :

– Volontaire de l’éducation par voie de concours au niveau de l’IDEN

– Formation des volontaires au niveau des écoles de formation d’instituteurs

Institut international de planification de l’éducation

25

École et décentralisation : le cas du Sénégal

– Affectation en qualité de volontaire de l’éducation au niveau de l’IDEN de recrutement

– Reclassement par quota annuel, dans le corps des maîtres contractuels, après admission à un examen professionnel (niveau CEAP, pour les titulaires du Brevet de n d’études moyennes, niveau CAP, pour les titulaires du baccalauréat.)

– Titularisation dans l’un des corps de l’enseignement, en fonction du diplôme professionnel.

Une innovation pédagogique : Le collectif des directeurs d’école

Le collectif des directeurs d’école (CODEE) est né pour faire face à la pénurie des inspecteurs et aux besoins de formation des enseignants. Il a été développé à l’initiative de deux IDEN, puis a été généralisée au niveau national suite à son succès. L’un des IDEN rencontrés durant les études de terrain a dénit cette structure comme « un outil de pilotage et de gestion de la qualité au niveau déconcentré ».

Dans chaque zone est organisé un collectif de directeurs – ensemble de directeurs de chaque zone et chargé d’école 3 – coordonné par un directeur relais. Celui-ci est choisi par ses pairs sur la base de critères tels que son expérience en qualité de directeur, sa moralité, les résultats scolaires obtenus dans son école.

Les collectifs de directeurs jouent donc un rôle important dans le contexte de décentralisation. Un IDEN a souligné qu’il ne s’agit pas uniquement, par ce procédé, de faire face à la pénurie des inspecteurs, mais cette innovation représente également « une nouvelle vision […] L’inspecteur doit accepter de mourir un peu » et se voir coner des fonctions de conception, de recherche action et d’impulsion du système. Il a toutefois précisé « que ceci ne doit pas mettre n à la fonction d’inspecteur ».

La fonction d’encadrement pédagogique n’est cependant pas entièrement dévolue aux Collectifs de directeurs. Les inspecteurs de l’IDEN continuent à l’assumer, tout comme leur fonction d’inspection.

À l’ouverture des classes, l’IDEN élabore le planning annuel des maîtres à inspecter, en fonction du type d’inspection (examen professionnel ou encadrement).

Les inspecteurs privilégient toutefois les candidats aux examens professionnels. Le chiffre imposé par le niveau central, à savoir une inspection par enseignant tous les deux ans, et le ratio d’un inspecteur pour 50 maîtres sont loin d’être respectés dans les IDEN étudiées en raison de l’insufsance du corps de contrôle ainsi que des moyens logistiques.

Le directeur relais est l’interface entre l’IDEN et les écoles de la zone. Bien qu’étant le représentant de l’IDEN dans la zone, il ne prend pas de décision. Ses fonctions portent sur :

– la transmission du courrier dans les sens écoles/IDEN, et inversement ;

– la coordination des écoles au plan administratif ;

– la synthèse des ches de suivi provenant des écoles de la zone.

La cellule d’animation pédagogique mère prend en charge l’encadrement et la formation continue des enseignants de la zone. L’assemblée générale de la cellule élabore son programme annuel sur la base des besoins exprimés par les enseignants. La cellule est tournante et se tient deux à trois fois par mois.

3. Un chargé d’école dirige une école à une classe.

Institut international de planification de l’éducation

26

Le comité de gestion

Le comité de gestion de l’école a pour missions :

– L’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation des projets de développement des écoles élémentaires, des centres d’alphabétisation ou des centres de développement de la petite enfance ;

– La mobilisation des acteurs et partenaires autour des objectifs du projet de développement de l’école ;

– La mobilisation et la gestion des ressources nécessaires à la réalisation des objectifs du projet ;

– l’appui à la mise en œuvre des innovations pédagogiques et structurelles, notamment le fonctionnement des classes multigrades et à double ux, l’articulation formel/non formel ;

– la contribution à l’élaboration des plans locaux de développement (PLD) et plans départementauxdedéveloppementdel’éducation(PDDE)enparticipantaufonctionnement des comités locaux d’éducation de commune ou de communauté rurale;

– le développement des plans d’action d’aide et de soutien en faveur des lles et des enfants issus de familles démunies ou souffrant de handicaps légers ;

– la promotion des actions de formation en faveur des membres du comité de gestion d’une part et des enseignants d’autre part.

Le secrétariat du comité de gestion de l’école élémentaire est assuré par le directeur de l’école. Le comité de gestion crée et anime en son sein toute commission utile à l’exécution de ses missions. Il se réunit sur convocation de son président, selon une périodicité dénie par le règlement intérieur du comité. Plusieurs comités de gestion d’école élémentaire d’une même zone peuvent se regrouper en Union de comités de gestion d’écoles.

Structures décentralisées

• La commune

Les collectivités locales (commune et communauté rurale) ont diverses missions considérées comme des missions d’appui et de complémentarité de l’IDEN. Les collectivités locales contribuent ainsi au budget des écoles en leur offrant des aides nancières sur la base de fonds en provenance de l’État, au titre des compétences transférées. Ces fonds de dotation sont répartis entre les neuf compétences énoncées ci-dessous :

– la construction, l’équipement, l’entretien et la maintenance des écoles élémentaires et des établissements préscolaires ;

– le recrutement et la prise en charge du personnel d’appoint des écoles élémentaires et des établissements préscolaires ;

– l’allocation de bourses et d’aides scolaires ;

– la participation à l’acquisition des manuels et aux fournitures scolaires ;

– la participation à la gestion et à l’administration des lycées et collèges par le biais des structures de dialogue et de concertation ;

– l’exécution des plans d’élimination de l’analphabétisme ;

– le recrutement de chargés d’alphabétisation ;

– la formation des formateurs et des chargés d’alphabétisation ;

– la mobilisation des ressources.

Institut international de planification de l’éducation

27

École et décentralisation : le cas du Sénégal

L’APE

Leur intervention se concentre essentiellement sur la mobilisation des cotisations scolaires. La gestion des fonds collectés leur revient.

1.3 Le travail de recherche

La recherche s’est divisée en trois étapes principales : la première a consisté en l’élaboration d’un diagnostic national sur la politique de décentralisation, la seconde a visé à examiner le fonctionnement et la gestion des bureaux locaux (trois par pays) tandis que la dernière s’est concentrée à cet égard sur les écoles (six par pays). Les parties qui suivent présentent les deux dernières étapes.

Études de terrain sur les IDEN

Méthodologie

Cet exercice s’est déroulé en novembre 2003. Les études de terrain sur les bureaux locaux ont été précédées par un exercice pilote au Bénin, pendant lequel les entretiens ont été menés par une équipe internationale de six chercheurs, composée d’un représentant du Bénin, du Mali, de la Guinée et du Sénégal ainsi que de deux membres de l’IIPE. Les chercheurs locaux ont ensuite réalisé les autres enquêtes de terrain.

L’enquête devait ensuite porter dans chaque pays sur trois bureaux locaux d’éducation, parmi lesquels devaient gurer :

– un bureau rural ;

– un bureau localisé en zone urbaine (IDEN des Mines de Phosphates-ville) ;

– un bureau appuyé par l’ONG Plan.

Notons que les IDEN du Bassin arachidier et du Ferlo sont à la fois localisés en zone rurale, et supportées par l’ONG Plan.

Les entretiens ont été menés auprès d’un large nombre d’acteurs : responsable et personnel des IDEN, Inspecteur d’Académie, membres du conseil communal, directeurs d’école, parents d’élèves.

Présentation des IDEN étudiées

L’IDEN du Bassin arachidier est située en zone rurale, et bénécie également du soutien de l’ONG Plan-Sénégal. Les effectifs de cette circonscription se sont considérablement accrus entre 2000 et 2003, passant de près de 18 900 élèves à 26 500, et ce, à tous les niveaux d’enseignement. En réponse à l’accroissement de la demande de scolarisation, la construction d’écoles a été importante, le nombre d’écoles publiques s’étant accru de 23 % durant la même période. Notons

à cet égard que le poids du secteur public est important dans ce département : en 2003, il existait en effet 144 écoles publiques contre une seule école privée.

Parallèlement à la construction d’écoles, l’analyse de l’évolution du personnel enseignant fait

apparaître deux tendances opposées : D’une part, le nombre d’instituteurs et d’instituteurs adjoints

a globalement baissé entre 2000 et 2003 : pour les premiers, ils sont passés de 123 à 103 et pour

les seconds, de 118 à 109. D’autre part, le nombre de maîtres contractuels (MC) et de volontaires de l’éducation (VE) a en revanche augmenté sensiblement durant la même période, passant de

Institut international de planification de l’éducation

28

École et décentralisation : le cas du Sénégal

219 à 388. Aux dires de l’IDEN, cette tendance traduirait « la politique de recrutement de l’État allant dans le sens de remplacer les départs dé nitifs de fonctionnaires par des volontaires et des maîtres contractuels ».

Le ratio maître par inspecteur est d’un inspecteur pour 200 maîtres.

L’IDEN des Mines de Phosphates-ville se situe à 70 km de Dakar. Cette région a été pionnière dans l’expérimentation des premières réformes administratives et territoriales du Sénégal sur la décentralisation. Par ailleurs, il convient de noter que le responsable de l’IDEN a occupé les fonctions de Président de la Délégation Spéciale, ainsi que celle de Maire de la commune des Mines de Phosphates-ville pendant près de six mois.

La circonscription scolaire relevant de cette IDEN comptait 72 écoles élémentaires publiques en 2002-2003, dont 53 relevant du secteur public (soit environ 74% des écoles primaires).

Les effectifs de l’élémentaire dans le public sont passés entre 2000 et 2003, de 36 333 élèves à 38 004 élèves, soit une augmentation de 4,6 % en trois ans. Durant cette période, le pourcentage d’élèves lles se situe autour de 49 %. Dans le même temps, l’effectif du personnel enseignant au niveau de l’élémentaire public est passé, quant à lui, entre 2000 et 2003 de 556 à 687, soit une augmentation de 23,5 %. Ainsi, le ratio élèves/maître est passé de 66 à 53 durant la même période, l’effectif des élèves n’ayant pas progressé au même rythme que celui des enseignants. Le recrutement des maîtres dans cet IDEN a conduit à la répartition suivante :

– Instituteurs : 528 dont 217 femmes (soit 41 %) ;

– Instituteurs adjoints : 134 dont 90 femmes (soit 67 %) ;

– Maîtres contractuels (MC) : 11 dont 7 femmes (soit 64 %) ;

– Volontaires de l’éducation nationale (VEN) : 10 dont 5 femmes (soit 50 %) ;

– Instituteurs adjoints stagiaires : 4 dont 3 femmes (soit 75 %).

Le nombre d’inspecteurs dans cette IDEN, porté à quatre, est insufsant.

Il convient enn de souligner le dynamisme de certaines écoles élémentaires de l’IDEN des Mines de Phosphates-ville, qui participent aux expérimentations telles que : l’initiation d’un programme scientique, la « main à la pâte », en vue de corriger très tôt la disparité entre les lières littéraires et scientiques ; l’expérimentation des « fonds de bibliothèque » dont l’objet est de recenser les ouvrages types pour une base de départ, en vue de constituer une bibliothèque scolaire ; la mise à l’essai du nouveau curriculum de l’éducation de base en 2001-2002. Selon l’IDEN, « quelques écoles s’inspirent de ces innovations et les expérimentent à leur tour ». L’IDEN des Mines de Phosphates-ville compte 77 classes à double ux réparties entre 17 écoles et une école multigrade située dans un village rattaché à la commune.

L’IDEN du Ferlo est située en zone rurale et bénécie du soutien de l’ONG Plan-Sénégal depuis près de dix ans. La création d’écoles élémentaires publiques dans cette circonscription s’est accélérée ces dernières années, en passant de 183 en 2000-2001 à 207 en 2002-2003. Ceci s’explique en partie par la campagne de recrutement des élèves au CI menée par l’IDEN. Par ailleurs, ce phénomène s’est accompagné de l’augmentation du nombre de maîtres contractuels (MC) et de volontaires de l’éducation (VE). Rappelons que, comme il a été mentionné plus haut, le recrutement de cette dernière catégorie d’enseignants incombe aux IDEN. Nous verrons plus précisément dans les monographies que le mode de recrutement de cette catégorie d’enseignants fait l’objet de diverses contestations.

Le nombre d’enseignants, en particulier celui des enseignants non fonctionnaires, est important, s’élevant à 549 en 2002-2003. L’importance de leur effectif nécessite un nombre d’inspecteurs

Institut international de planification de l’éducation

29

École et décentralisation : le cas du Sénégal

conséquent, en vue de leur assurer un encadrement pédagogique efcace. Or le nombre d’inspecteurs des bureaux locaux demeure insufsant et l’on compte en moyenne un inspecteur

pour 200 maîtres. Ce ratio est largement supérieur au ratio indiqué dans les textes ofciels, limité

à un inspecteur pour 50 maîtres. Comme indiqué précédemment, cette insufsance du nombre

d’inspecteurs est une caractéristique commune aux IDEN au Sénégal, et a été compensée par une innovation pédagogique, le collectif des directeurs, dont l’objet est de suppléer les inspecteurs des IDEN dans leur mission d’encadrement pédagogique des maîtres.

Il apparaît nalement, que toutes les IDEN étudiées connaissent un accroissement de la demande

de scolarisation au niveau de l’enseignement élémentaire. En réponse à cette évolution des effectifs des élèves, de nombreuses écoles, notamment des écoles publiques, ont été construites. Notons

à cet égard que le poids du secteur public reste important quelle que soit l’IDEN considérée, en zone rurale ou en zone urbaine.

De surcroît, l’accroissement des effectifs des élèves doit s’accompagner d’une évolution substantielle des enseignants. Le recrutement d’enseignants fonctionnaires est cependant inégal selon les IDEN considérées. En effet, si les enseignants fonctionnaires représentent près de 96 % du personnel enseignant de l’IDEN des Mines de Phosphates-ville, dans celle du Bassin arachidier il a en revanche diminué, cédant la place au recrutement de MC et de VE (leur nombre s’élevait à 388 en 2003-2004 contre fonctionnaires). Il en est de même pour l’IDEN du Ferlo où le nombre d’enseignants fonctionnaires (247 en 2002-2003) est moindre que celui des MC et des VE (549 la même année).

En outre, l’insufsance en personnel inspecteur est manifeste dans toutes les IDEN, n’autorisant pas un encadrement régulier et efcace des enseignants.

Études de terrain sur les écoles

Au niveau des écoles, l’objectif de la recherche était d’apprécier dans quelle mesure les réformes de décentralisation ont eu un impact sur la gestion et le fonctionnement de l’école, notamment au travers de l’examen du rôle du chef d’établissement, des relations qu’entretiennent les écoles avec leurs partenaires extérieurs, et des éventuelles initiatives mise en place par l’école. Il s’agissait donc dans ce contexte d’identier les contraintes et les ressources dont dispose l’école pour améliorer ses performances et accompagner le processus de décentralisation.

Méthodologie

Un exercice pilote a été organisé auprès de deux écoles en Guinée, puis les enquêtes ont été organisées dans chaque pays. Un échantillon de six écoles primaires publiques relevant des IDEN du Bassin arachidier (appuyé par Plan) et des Mines de Phosphates-ville (district urbain) a été choisi. Selon les critères de sélection devaient gurer parmi ces écoles :

– une école proche et une école éloignée du bureau local ;

– une grande école et une petite école, la taille de l’école étant déterminée par le nombre d’élèves ;

– une école comportant des enseignants communautaires ;

– une école appuyée par l’ONG Plan-Sénégal ;

– une école ayant pris des initiatives dans le domaine de son fonctionnement et de sa gestion.

Institut international de planification de l’éducation

30

École et décentralisation : le cas du Sénégal

Il s’est agit en outre à chaque fois d’écoles primaire publiques. Des entretiens ont été conduits auprès d’un large nombre d’acteurs, parmi lesquels les directeurs d’école, les enseignants, les parents d’élèves, les IDEN.

Présentation des écoles étudiées

• IDEN du Bassin arachidier

L’école de la Forêt Giboyeuse, en zone rurale, est située à environ 15 km des bureaux de l’IDEN. École de petite taille, elle comptait en 2003-2004 258 élèves. En dehors de l’aide du Programme alimentaire mondial (PAM), qui fournit des denrées alimentaires, cette école ne bénécie du soutien d’aucune ONG en termes d’infrastructures et de soutien nancier. Pourtant, les conditions matérielles et l’état des locaux ne sont pas propices à de bonnes conditions de travail. L’école ne dispose que d’un seul bloc de toilettes fortement dégradées, elle ne dispose pas de bibliothèque, de clôture, ni de gardien.

Toutefois, lorsque l’on considère l’effectif du personnel enseignant, le ratio élève par maître reste raisonnable (se chiffrant à 37). En outre, le ratio d’un livre par élève est respecté dans l’ensemble des classes de l’école. Jusqu’en 2003-2004, les classes étaient à ux normal. La longue absence d’une enseignante malade et non remplacée a entraîné le regroupement des classes de CE1 et CE2 en une classe multigrade.

L’école Garçons de la Médina, en zone rurale, reste proche des locaux de l’IDEN. Elle fait preuve de résultats scolaires relativement corrects (42 % de réussite à l’examen d’entrée en sixième en 2002-2003, contre 38 % au niveau départemental), mais elle connaît quelques difcultés de recrutement de nouveaux élèves notamment du fait de la précarité de ses infrastructures (la campagne de recrutement de l’année 2002-2003 n’a pu faire passer l’effectif des élèves que de 424 à 455).

Avec un personnel enseignant relativement important (au nombre de 15 en 2003-2004), le ratio élève/maître est l’un des plus faibles de la région, s’élevant à 30 élèves par maître. En outre l’école ne compte ni classe multigrade, ni classe à double ux. Enn, il convient de noter que le directeur de cette école est déchargé de classe, ce qui lui permet de consacrer davantage de temps à l’encadrement de ses maîtres.

Si les conditions d’apprentissage apparaissent favorables, il n’en demeure pas moins que les infrastructures de cette école demeurent vétustes. Si certains bâtiments ont été construits par la commune et par l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole), d’autres datent de 1960 et n’ont toujours pas été rénovés. En outre, l’école ne dispose ni de clôture, ni de gardien, ce qui est préjudiciable à la sécurité du matériel.

L’école Sam, située en zone rurale, se trouve à environ 80 km de l’IDEN. Avec près de 757 élèves en 2002-2003, cette école est l’une des plus grandes du département du Bassin arachidier, mais aussi l’une des plus anciennes (elle a été créée en 1946). L’effectif du personnel enseignant, même s’il paraît élevé en comparaison avec les autres écoles (16 maîtres dont 12 sont des fonctionnaires), reste insufsant pour assurer les cours dans des classes à ux normaux. Le ratio élève/maître se situe aux alentours de 50, ce qui représente l’un des ratios les plus élevés du département.

L’école bénécie du soutien de nombreux partenaires. L’ONG Plan-Sénégal a construit quatre des 12 salles de classes, elle a également nancé la construction de la clôture. L’école bénécie également du soutien de la Communauté rurale, laquelle nance la consommation d’eau à hauteur

Institut international de planification de l’éducation

31

École et décentralisation : le cas du Sénégal

de 5 m 3 par mois, et négocie avec le comité du forage le tarif du mètre cube d’eau consommé. Les factures d’eau sont en outre supportées par le bureau de l’APE.

En résumé, les écoles rurales de la Forêt Giboyeuse et des Garçons de la Médina sont faiblement dotées en termes d’infrastructures. Les locaux sont vétustes et précaires et seule l’école Sam bénécie de l’appui de l’ONG Plan. Le ratio élèves/maîtres est correct dans l’ensemble, en comparaison avec d’autres écoles, et se situe autour de 30. Notons toutefois qu’il existe de fortes disparités selon les différents niveaux d’enseignement considérés. L’effectif des classes de l’école des Garçons de la Médina par exemple, varie de 57 au CM1 à 97 au CM2. En ce qui concerne l’école Sam, le nombre d’élève varie de 47 dans les classes de CM2 à 83 dans celles de CI/ CP. Cette dernière école, également en zone rurale, bénécie contrairement aux deux autres, du soutien de nombreux partenaires extérieurs à l’école (et notamment de l’ONG Plan-Sénégal, de la Communauté Rurale, etc.).

• IDEN des Mines de Phosphates-ville

L’école du Camp Faidherbe, située en zone urbaine, a la caractéristique « d’abriter en son sein l’IDEN ». Les relations avec l’IDEN restent cependant limitées. Par ailleurs, avec l’extension géographique de la ville, l’école se trouve au centre où de nombreux services sont implantés dans le quartier. Avec un effectif s’élevant à 582 élèves en 2003-2004, elle est l’une des plus grandes écoles du département. Toutefois, elle rencontre des difcultés de recrutement des élèves au CI, notamment du fait de sa localisation géographique qui la contraint à partager son aire de recrutement avec quatre autres écoles.

Le directeur est déchargé de classe et le nombre d’enseignants fonctionnaires est relativement élevé (plus d’une quinzaine), permettant aux classes d’atteindre un ratio élève par maître moyen assez faible par rapport à l’ensemble du département, en se situant aux alentours de 30.

De surcroît l’école, entièrement clôturée, compte 15 salles de classe, un logement pour le gardien, 12 toilettes. Il semblerait qu’en dépit de cette bonne dotation en infrastructures, les locaux restent vétustes et précaires.

L’école Randoulène, située en centre urbain, se trouve à deux km des bureaux de l’IDEN. Si cette école est l’une des plus grandes du département, elle a récemment connu cependant une baisse de ses effectifs, qui sont passés de 747 élèves en 2001-2002 à 658 élèves en 2003-2004. Cette diminution serait principalement liée à « une opération d’assainissement » initiée par le directeur en vue de « faire quitter les élèves irréguliers, âgés et très faibles, dont le maintien ne se justi ait plus ». Si cette opération d’assainissement a eu quelques effets positifs sur les performances de l’école au CFEE ou à l’examen d’entrée en sixième, les résultats de l’école restent inférieurs à ceux enregistrés au niveau de l’IDEN.

Il y a dans cette école 15 enseignants, tous fonctionnaires. Le ratio élèves/maître est de 44.

L’école Kàmb, située en zone rurale, est proche des bureaux de l’IDEN. L’effectif des élèves a régulièrement augmenté ces dernières années, passant de 374 en 2001-2002 à 427 en 2003-2004. Les campagnes de recrutement auraient contribué à l’accroissement des effectifs, mais les bons résultats scolaires auraient également incité « les populations environnantes à inscrire leurs enfants », aux dires du directeur.

Cette école, même si elle ne reçoit pas de soutien nancier ni d’apport matériel de la part de l’ONG Plan, bénécie en revanche de la mobilisation et du soutien de nombreux autres partenaires. L’APE a par exemple contribué à la construction des salles de classe, des toilettes, et à la clôture

Institut international de planification de l’éducation

32

École et décentralisation : le cas du Sénégal

de l’école. L’implication de l’APE est complétée par celle de la Coopération Japonaise. Enn, la mobilisation des élèves a permis le paiement du salaire du gardien grâce aux cotisations.

Si les infrastructures de cette école sont relativement correctes, il n’en demeure pas moins que les conditions de travail et d’apprentissage restent précaires. En effet le recrutement d’enseignants est insufsant : le personnel enseignant ne compte que sept maîtres, parmi lesquels gure le directeur qui est également chargé de classe. Le ratio élève/maître est parmi les plus élevés de la région, en se situant aux alentours de 60.

Les écoles sélectionnées dans cette IDEN ne bénécient du soutien d’aucune ONG, exceptée quelques interventions ponctuelles de l’ONG Christian Children Fund’s (CCF) en faveur de l’école Kàmb, qui bénécie en outre d’une collaboration active avec l’APE. Les deux autres écoles sont caractérisées par la précarité de leurs infrastructures. Il apparaît que certaines écoles situées en ville sont mises à l’écart des aides extérieures et souffrent d’infrastructures de mauvaise qualité, notamment en raison de la politique d’intervention des ONG qui ciblent prioritairement les zones rurales.

Par ailleurs, toutes les écoles étudiées connaissent une fréquentation accrue des élèves, liée à plusieurs facteurs :

– la localisation en centre urbain pour les écoles du Camp Faidherbe et Randoulène ;

– les campagnes de recrutement des élèves. Notons que ces campagnes sont pratiquées dans la plupart des écoles sénégalaises. La recherche de nouveaux élèves peut s’expliquer en partie par la volonté de créer de nouvelles salles de classes, critère pris en compte dans le volume des aides accordées par l’État aux écoles.

L’accroissement de l’effectif des élèves ne s’est pas systématiquement accompagné du recrutement d’un nombre sufsant d’enseignants et, ce, notamment pour les écoles du Randoulène et Kàmb, dont les ratios élèves par maître atteignent respectivement 44 et 60. Il convient de signaler au passage que le directeur de l’école Kàmb est chargé d’une classe. En revanche, le ratio élève par maître est plus faible dans l’école du Camp Faidherbe, où il se situe à 30.

Institut international de planification de l’éducation

33

2 Études de terrain dans les inspections départementales de l’éducation nationale (IDEN) du Bassin arachidier, des Mines de Phosphates-ville et du Ferlo

2.1 Étude de terrain dans l’IDEN du Bassin arachidier 4

Introduction

Cette monographie présente le fonctionnement et la conduite de la politique de décentralisation en matière d’éducation de l’IDEN du Bassin arachidier, située dans la région de Kaolack. Ce bureau local, situé en zone rurale, bénécie du soutien de l’ONG Plan-Sénégal.

Déroulement des entretiens

Les entretiens se sont déroulés comme suit :

Premier jour :

– Entretien avec l’inspecteur d’académie (IA) de Kaolack en présence de son adjoint qui s’est retiré quelques minutes après, pour élaborer un document statistique destiné à l’équipe de recherche. Ensuite, sur appel téléphonique de l’IA, le chargé des nances de l’académie a rejoint le groupe pour fournir aux chercheurs des éléments sur le budget.

– Entretien avec le personnel administratif de l’IDEN ;

– Entretien avec les directeurs d’écoles ;

– Entretien avec l’inspecteur adjoint à l’IDEN du Bassin arachidier.

Deuxième jour :

– Entretien avec le premier adjoint au maire du Bassin arachidier, en présence du 2 e adjoint, superviseur de la Commission de l’éducation , de la formation et de l’alphabétisation. Les deux premiers adjoints au maire sont instituteurs, le premier sert à l’IDEN. Le maire titulaire est résident à Dakar.

– Premier entretien avec l’IDEN.

– Entretien avec le président de la communauté rurale de Paoskoto.

Troisième jour :

– Deuxième entretien avec l’IDEN.

4. Cette étude a été réalisée par Cheikh Diakhaté, El Hadj Ngom et Issakha Gueye, de l’INEADE, et Candy Lugaz, de l’IIPE.

Institut international de planification de l’éducation

34

École et décentralisation : le cas du Sénégal

Présentation de la commune du Bassin arachidier

• Situation géographique

Le département du Bassin arachidier couvre une supercie de 2 277 km², soit 14 % du territoire régional de Kaolack. La commune du Bassin arachidier s’ouvre entièrement au sud sur la République de Gambie.

• Situation démographique

Avec les données projetées du recensement de la population de 1998, ajustées par un taux de croissance de 3 % par an, la population du département est estimée à près de 260 000 habitants en 2003, soit une densité de 115 habitants/km² (voir tableau 2.1).

Cette population comporte une forte proportion de jeunes (81 % des habitants sont âgés de moins de 35 ans) et de femmes (52 %). Elle est essentiellement composée de Wolof (74 %), de Pulaar (21 %) et de Serere (3 %). Le département enregistre un taux d’urbanisation de 32 %.

• Contexte économique

Le département du Bassin arachidier tire ses principales ressources économiques de l’agriculture et de l’élevage, malgré l’existence de nombreux facteurs défavorables dont les plus signicatifs sont :

– L’enclavement de certaines localités par rapport au chef lieu du département ;

– la faible densité du réseau routier bitumé;

– la concurrence du réseau commercial par le marché gambien, dont l’accessibilité aux produits inue négativement sur les prix locaux.

La pêche continentale pratiquée au « baobolong » en période de crue, reste artisanale. Toutefois, la revitalisation de la vallée fossile du « Baobolong », l’aménagement et l’équipement du quai de pêche de Saboya, offrent des perspectives prometteuses pour la valorisation des ressources halieutiques locales.

Malgré l’absence de tissu industriel de transformation des produits agricoles pour la promotion de l’emploi salarié dans les différents secteurs, la présence des structures d’encadrement (comme la Société de Développement des Fibres Textiles) permet la valorisation des ressources agricoles et l’amélioration des variétés culturales et de la race bovine.

En outre, le dynamisme des marchés hebdomadaires a impulsé de multiples réseaux d’échanges économiques intérieurs, ouverts sur les autres régions du pays, et sur la Gambie.

• Contexte socioculturel

Le département du Bassin arachidier est le point de convergence de deux grands courants religieux du Sénégal (le Tidianisme et le Mouridisme), matérialisés par plusieurs foyers religieux dont les principaux sont Porokhane, Taïba Niassène, Darou Salam, Touba Saloum, Darou Khoudoss.

Sur le plan culturel, il abrite un site mégalithique de plus de 6 000 ans. Les campements de chasse de plusieurs arrondissements viennent renforcer le potentiel touristique du département.

Institut international de planification de l’éducation

35

École et décentralisation : le cas du Sénégal

• Carte scolaire

Au regard du tableau 2.2, il apparaît que le nombre d’écoles primaires est beaucoup plus important en zone rurale qu’en zone urbaine, ce qui est peu surprenant dans la mesure où la majeure partie du territoire couvert par le département est rurale. En outre, le poids du secteur public est notable dans l’enseignement élémentaire avec 144 écoles publiques en 2003 contre une seule école privée. Le nombre d’écoles publiques a augmenté de 23 % en quatre ans en zone rurale, passant de 117 écoles en 2000 à 144 en 2003.

L’étude de l’évolution de l’effectif des élèves montre un accroissement constant entre 2000 et 2003 et ce, à tous les niveaux d’enseignement. Plus particulièrement, l’effectif des élèves est passé de 18 953 en 2000 à 26 439 élèves en 2003, soit un taux d’accroissement de près de 40 % en quatre ans.

Un examen plus approfondi de l’effectif des élèves par genre révèle un constat intéressant. Si la proportion des lles scolarisées en maternelle a fortement évolué (passant de 44 % en 2000 à 67 % en 2003), et est plus élevée que celle des garçons scolarisés à ce niveau d’enseignement à partir de 2001, elle est de 46 % dans l’enseignement élémentaire en 2003, pour chuter la même année à 28 % au niveau de l’enseignement moyen. Ces résultats montrent clairement que la politique de promotion de la scolarisation des lles est efcace à de faibles niveaux d’enseignement mais ne trouve pas d’écho au-delà de l’enseignement élémentaire, ce qui pose le problème du maintien des élèves lles à l’école.

Enn, l’analyse de l’évolution des effectifs du personnel enseignant du tableau 2.2 révèle deux tendances. D’une part, le nombre d’instituteurs et d’instituteurs adjoints a globalement baissé entre 2000 et 2003 : pour les premiers, ils sont passés de 123 à 103 et pour les seconds, de 118 à 109. D’autre part, le nombre de maîtres contractuels (MC) et de volontaires de l’éducation (VE) a en revanche augmenté sensiblement durant la même période, passant de 219 à 388.

Il s’agit selon l’IDEN « de la manifestation de la politique de recrutement de l’État allant dans le sens de remplacer les départs dé nitifs de fonctionnaires par des volontaires et des maîtres contractuels ». Par ailleurs, il précise que « ce sont les volontaires qui deviennent des contractuels, une fois qu’ils obtiennent leurs diplômes professionnels ».

L’organisation et les ressources de l’IDEN

Missions et attributions

L’IDEN a résumé le décret portant création des inspections d’académie (IA) et départementales en mettant l’accent sur l’aspect fonctionnel de leurs tâches respectives : « l’IA est chargé des relations de coordination et d’impulsion au niveau régional ; l’IDEN est responsable de la mise en œuvre opérationnelle des grandes orientations en matière de politique éducative à la base, en partenariat avec les acteurs à la base ». Il a donc tout de suite conrmé le caractère technique de sa mission, dénition d’ailleurs reprise par l’ensemble des acteurs durant les entretiens : « l’IDEN est un technicien ». Ces derniers ont témoigné d’une bonne connaissance des missions de l’IDEN.

Organigramme et prol du personnel

L’IDEN du Bassin arachidier compte 12 agents. L’organigramme est bien connu par le personnel de l’IDEN dans son ensemble. Il tend à correspondre au schéma ofciel, mais est adapté au contexte. La différence avec l’organigramme ofciel tient en l’implication des adjoints dans des fonctions à

Institut international de planification de l’éducation

36

École et décentralisation : le cas du Sénégal

la fois pédagogiques et administratives. Une autre différence réside dans la création du secrétariat pour s’occuper, entre autres, du courrier condentiel.

L’inspecteur départemental dirige le bureau local et les différentes divisions (Évaluation et qualité, Alphabétisation et langues nationales, Ressources humaines, Planication, Statistiques et informatique, Liaison, Gestion matérielle et nancière). Dans certains cas, il délègue cette direction à ses adjoints. Au niveau de ces divisions, il n’existe ni de relation hiérarchique entre les agents, ni entre les divisions. Pour l’IDEN, « le principe hiérarchique n’intervient pas, ce sont plutôt des relations fonctionnelles ».

L’IDEN a même encouragé la polyvalence du personnel à ce niveau. En effet, il a lui-même souligné :

« on cultive la polyvalence des agents ». Le secrétariat de l’IDEN, le corps de contrôle, le bureau de l’enseignement arabe et la Division de la gestion matérielle et nancière dépendent directement de l’IDEN. Néanmoins, le Corps de contrôle est à un niveau hiérarchique supérieur car il est constitué d’inspecteurs de l’éducation nationale, comme l’IDEN. Ils sont au nombre de trois y compris l’IDEN.

Cette relation hiérarchique se traduit également dans l’instruction du courrier. Celle-ci suit deux processus différents, en fonction de sa nature : le courrier ordinaire atterrit au secrétariat général, qui le transmet à l’IDEN, puis à ses deux adjoints. Ces derniers l’instruisent et le transmettent au bureau compétent pour le traiter. Le courrier condentiel est, quant à lui, traité uniquement par l’IDEN, en relation avec son secrétariat et, ce, pour éviter les fuites.

Récemment une réorganisation de l’IDEN a été entreprise, dans le cadre de la mise en œuvre du Programme décennal de l’éducation et de la formation (PDEF), avec la création du chargé de la communication (porteur des dossiers du PDEF), pour en assurer la visibilité, ainsi que le recrutement d’un correspondant informatique destiné à former le personnel aux outils informatiques dont l’IDEN vient d’être doté. Cependant, en raison de l’insufsance du personnel, le poste de chargé de la communication est cumulé avec celui de responsable des cantines scolaires.

Outre cette insufsance de personnel se pose le problème de sa compétence. En effet le personnel administratif est majoritairement de formation enseignante, et n’a reçu de manière générale, aucune formation spécique au poste qu’il occupe. Cependant, les différents agents ont relativisé leur manque de formation en soulignant que leur prol d’enseignant leur a permis de s’adapter rapidement à leurs nouvelles fonctions. Certains agents (chef du bureau du personnel, plani cateur, correspondant informatique, secrétaire de l’IDEN qui est dactylographe de formation) ont néanmoins bénécié d’une formation occasionnelle.

Institut international de planification de l’éducation

37

École et décentralisation : le cas du Sénégal

Graphique 2.1 Organigramme de l’IDEN du Bassin arachidier IDEN Secrétariat de l'IDEN : Corps de
Graphique 2.1 Organigramme de l’IDEN du Bassin arachidier
IDEN
Secrétariat de l'IDEN :
Corps de contrôle
courrier confidentiel,
communications
téléphoniques,
audiences de l'IDEN,
reprographie
1 er adjoint
2 e adjoint
Bureau de
l'enseignement
arabe : conseillers
pédagogiques
Division de la
planification de la
statistique et de
l'informatique : bureau
de la carte scolaire et
planification, bureau
enseignement moyen
privé et préscolaire
Division de l'évaluation
et de la qualité : bureau
des examens, bureau
des innovations et
de la recherche
Division de l'alphabétisation
et des langues nationales :
bureau de l'alphabétisation
fonctionnelle, bureau des
écoles communautaires
de base
Division des ressources
humaines : bureau du
personnel et du suivi
de carrière
Division de la gestion matérielle
et financière : bureau de la
comptabilité matière, bureau des
cantines coopératives et oeuvres
scolaires, communication
Division chargée de la
liaison : bureau courrier
arrivée (communication
interne), bureau courrier
départ, archives

Institut international de planification de l’éducation

38

École et décentralisation : le cas du Sénégal

Ressources matérielles et nancières

Les ressources matérielles

L’IDEN est composée de dix bureaux, et dispose du matériel indiqué dans les tableaux 2.3, 2.4 et 2.5.

Il apparaît ainsi que les ressources matérielles sont satisfaisantes en comparaison à certaines autres IDEN, surtout depuis l’équipement de l’ensemble des bureaux de l’IDEN par le ministère de l’Éducation (ME). Les ressources matérielles comprennent des photocopieurs, des risographes, des ordinateurs neufs, du mobilier de bureau et des armoires de rangement. L’IDEN est aussi équipée en fax et en téléphone, outils d’ailleurs indispensables à ses relations avec les autres acteurs. L’IDEN dispose enn d’un véhicule vieux de huit ans et de deux motos, en bon état.

Les ressources financières

Seuls l’IDEN et le comptable ont connaissance du budget. Celui-ci a augmenté depuis deux ans, grâce à la nouvelle nomenclature budgétaire 5 élaborée au ME, et grâce à la création de nouvelles rubriques. Ces fonds sont exclusivement apportés par le ME.

Le total des budgets de fonctionnement de l’IDEN et des écoles est de 4 795 000FCFA

En 2003, les ressources budgétaires s’élevaient à 4 795 000FCFA, réparties entre le fonctionnement des écoles (à hauteur de 1 620 000 FCFA) et celui de l’IDEN qui bénécie de 3 175 000 FCFA (tableaux 2.6 et 2.7), soit un montant deux fois supérieur à celui des écoles.

Les dépenses les plus importantes au niveau de l’IDEN sont le carburant, les fournitures de bureau et les autres achats de biens et services. La rubrique « autres achats, biens et services » est une rubrique de la nomenclature budgétaire qui permet à l’IDEN de faire face à des dépenses non prévues par les autres rubriques. L’IDEN peut, par exemple, inviter un conférencier et le prendre en charge, ce qui lui confère une certaine marge d’autonomie en dépit de l’octroi des subventions de l’État sous forme de lignes de crédits. Au niveau des écoles, la ligne budgétaire la plus importante concerne également les « autres achats de biens et services ».

Le fonctionnement interne de l’IDEN

Plani cation et organisation du travail

La planication du travail s’effectue en deux étapes. La première a lieu au niveau des divisions qui établissent un plan d’action. Ce dernier est d’abord étudié par les adjoints à l’IDEN, pour ensuite être soumis à l’IDEN en vue d’une validation nale. Celle-ci débouche sur un plan d’action départemental. On remarque donc que l’ensemble du personnel participe à la planication du travail de l’IDEN. Aux dires de l’inspecteur départemental, après l’accès, « la priorité actuelle de l’IDEN est la qualité de l’éducation ».

Selon l’IDEN, le personnel veille à accomplir son travail consciencieusement et « il leur arrive très souvent de travailler le samedi ». Il reconnaît aussi la surcharge de travail. Le premier adjoint a à cet égard, indiqué que la majeure partie du temps de travail était consacrée aux questions administratives et prenait le pas sur les fonctions pédagogiques.

5. Harmonisation des structures budgétaires au niveau de la CEDEAO.

Institut international de planification de l’éducation

39

École et décentralisation : le cas du Sénégal

La fonction d’encadrement pédagogique reste cependant une des tâches essentielles des IDEN. Les inspecteurs de l’IDEN continuent à l’assumer, tout comme leur fonction d’inspection. À l’ouverture des classes, l’IDEN élabore le planning annuel des maîtres à inspecter en fonction des critères suivants :

– type d’inspection (examen professionnel ou encadrement)

– liste des maîtres à inspecter

– liste des candidats à la pratique du Certicat d’Aptitude Pédagogique (CAP) ou du Certicat Élémentaire d’Aptitude Pédagogique (CEAP)

Ils privilégient toutefois les candidats aux examens professionnels.

Suivi et communication interne

Suivi et contrôle

L’IDEN du Bassin arachidier fait partie de l’une des rares inspections départementales dans lesquelles les agents pratiquent l’auto-évaluation. Cette pratique impulsée par l’IDEN a été suivie cette année. Ainsi, les agents ont été appelés à remplir des questionnaires. L’analyse de ces questionnaires permet d’identier les problèmes (relatifs par exemple aux questions de répartition des tâches ou à la mise à disposition des fournitures de bureau), qui sont ensuite librement discutés au cours d’une réunion regroupant l’ensemble du personnel. Si cette évaluation n’est pas sanctionnée par une note, elle permet néanmoins, selon les propos de l’IDEN, de « redénir les rôles, d’identi er les besoins en formation et à requali er le personnel ». Cette initiative va donc dans le sens de la polyvalence du personnel mentionnée précédemment et de l’amélioration du fonctionnement du service.

Le contrôle de l’accomplissement des tâches des agents se fait de manière indirecte par l’inspecteur départemental grâce à l’implication des adjoints de l’IDEN. Ces derniers contrôlent le travail en amont par le suivi des tâches. Le travail coné à un agent d’appui est ainsi supervisé par un adjoint de l’inspecteur. Pour l’IDEN, « ce travail est bien exécuté, à quelques exceptions près, chaque agent se débrouille. »

En outre, des réunions de coordination sont organisées par l’IDEN durant lesquelles il fait le point sur l’exécution des tâches. Il souligne le fait que « chaque agent fait un exposé à l’IDEN sur l’état de fonctionnement de sa division, ce qui lui donne une idée sur la valeur de l’agent ». Il transmet par ailleurs le courrier à ses agents avec un échéancier, ce qui lui permet d’instituer un cadre à la réalisation du travail.

Aux dires de l’IDEN, « l’engagement [des agents] est réel ». Pour encourager cet engagement, il procède à des promotions internes telles que la mutation vers une division stratégique (la comptabilité-matière et la gestion des nances). Cette dernière division est chargée de la gestion des salaires des enseignants volontaires et contractuels, et de la prise en charge des participants aux séminaires. L’indemnité de billetage versée au chef de cette division est déterminée en fonction de la masse salariale annuelle. En ce qui concerne les indemnités allouées à l’agent responsable de la gestion nancière sous l’autorité de l’IDEN, elles sont calculées sur la base de la valeur du patrimoine de l’IDEN (elles s’élèvent à peu près à 2 000 FCFA/mois). Toutefois, l’IDEN souligne que « ces indemnités ne sont pas payées par les services nanciers du ministère de l’Éducation ».

Par ailleurs, il a eu l’occasion de faire des propositions de nomination auprès de la Direction de l’administration générale et de l’équipement (DAGE) pour deux agents au poste d’intendant. L’IDEN s’est ainsi révélé satisfait de son personnel.

Institut international de planification de l’éducation

40

École et décentralisation : le cas du Sénégal

Enn, aux dires de l’IDEN, « la représentation est aussi une forme de promotion », l’IDEN se faisant représenter par ses agents à l’extérieur.

Communication interne

La communication verticale -IDEN à agent - est essentiellement orale, et se fait dans le cadre de réunions. L’IDEN précise qu’il « ne fait pas de notes de services ». Par contre, la circulation de l’information entre agents au sein de l’IDEN se fait aussi bien sous forme de correspondances écrites (panneaux d’afchage), que de manière informelle sous forme orale, avec le téléphone. Le personnel est ainsi parfaitement informé des priorités de l’IDEN.

Les relations avec l’administration centrale

Communication et information

L’IDEN comme l’IA ont déploré le manque de dynamisme et de uidité de l’information en provenance du niveau central. Selon leurs propos, « tu passes au ministère, tu prends ton courrier. Tu ne passes pas, il stagne ! ». Ceci se répercute alors à chaque échelon du système jusqu’aux écoles. Ils ont néanmoins reconnu une légère amélioration dans la transmission des informations grâce

à l’utilisation du téléphone et du fax.

Au niveau régional, les réunions de coordination qui regroupent les IDEN, les proviseurs et les responsables d’établissement sont régulières et se tiennent une fois tous les deux mois. Cependant, l’IA ne les trouve pas sufsantes. Il envisage de rendre ces réunions rotatives, en les organisant à l’IA, à l’IDEN ou dans un lycée. Si la réunion a lieu dans un département, l’IDEN et le proviseur de la localité pourraient ainsi l’organiser ensemble, ce qui constituerait un moyen de renforcer leurs relations et d’accroître leur coordination.

La gestion du personnel de l’IDEN

L’IDEN choisit son personnel parmi les enseignants déjà en service au niveau des écoles de la circonscription, en fonction des nécessités de service. Ils y sont affectés par la Commission

nationale, par la Commission régionale ou par l’IDEN. Si les inspecteurs sont affectés directement

à l’IDEN par le ME ou par l’IA, le personnel d’appui est quant à lui recruté directement par l’IDEN,

qui dispose ainsi d’une certaine autonomie. Toutefois, pour le recrutement du personnel d’appui, il doit encore établir une note de service, basée en partie sur une enquête de « moralité » qu’il afrme mener, particulièrement lorsqu’il s’agit de pourvoir la Division des examens et des nances. Cette note de service doit être validée par la Commission régionale. Le correspondant informatique a ainsi été recruté, grâce à ses connaissances dans ce domaine. En revanche, en cas de promotion interne, l’IDEN n’en informe pas la Commission régionale.

Certains membres du personnel de l’IDEN ont bénécié de programmes de formation organisés au niveau central (le chef du bureau du personnel et le responsable de la planication et des statistiques).

La gestion nancière

Comme indiqué plus haut, le budget de fonctionnement de l’IDEN est exclusivement alloué par l’État. L’Inspecteur Départemental a indiqué que le bureau « ne fait rien qui ne soit contrôlé ».

Institut international de planification de l’éducation

41

École et décentralisation : le cas du Sénégal

La pédagogie et les politiques éducatives

L’IDEN est impliqué au niveau de la pédagogie et de la gestion de la politique éducative. Il a ainsi indiqué participer à des réunions consacrées au programme scolaire. En effet, le comité chargé de l’élaboration du nouveau programme scolaire a récemment rencontré tous les IDEN pour partager avec eux les résultats des travaux effectués en ce sens.

Selon l’inspecteur départemental, l’IDEN joue aussi un rôle clé dans la gestion de la politique éducative. Il souligne ainsi : « fondamentalement, le niveau où l’on peut parler de politique éducative déconcentrée, c’est l’IDEN. C’est lui qui porte les enjeux du système, comme unité de conception des enjeux et de leur mise en œuvre, et ceci en adéquation avec les objectifs nationaux. C’est le niveau opérationnel où se traduit toute cette politique. » Pour preuve, le Plan départemental de développement de l’éducation (PDDE) est élaboré et approuvé au niveau de la circonscription. L’IA ne fait qu’en vérier le processus. C’est aussi sur la base des différents plans départementaux que l’IA élabore son propre plan régional.

Les relations avec les écoles

De l’avis du chef de la circonscription, « le climat général donne un indicateur sur le fonctionnement des écoles, et globalement les écoles se comportent bien. »

Information

Toutes les informations concernant les écoles sont disponibles, bien classées et facilement accessibles pour tout acteur. Ainsi, l’équipe de recherche n’a eu aucun mal à y accéder. Ces informations sont gérées par les bureaux locaux. Les enseignants qui viennent les consulter y ont librement accès. Le bureau du personnel s’occupe de tout ce qui a trait à la gestion du personnel (permissions d’absence, consultations médicales, affectations, etc.), celui de la planication gère les données statistiques liées aux rendements internes et à la carte scolaire, le bureau des examens intervient dans les dossiers liés aux examens scolaires et professionnels.

La gestion du personnel des écoles

L’affectation du personnel des écoles obéit au principe d’élargissement du réseau. Si des critères spéciques ne sont pas dénis, des arbitrages sont effectués en fonction de certaines contraintes liées notamment au « statut de la femme, au congé de maternité probable, ou à l’état de santé ». L’IDEN a indiqué ne « pas affecter une femme enceinte à un poste où le bénéce de son congé maternité va gêner ».

Suivi administratif

L’ensemble du personnel de l’IDEN a souligné la rareté des conits « deux à trois par an ». Ces conits sont essentiellement liés aux problèmes d’insubordination ou à la vie privée de l’agent. En cas de conit, l’inspecteur départemental privilégie une approche participative. En effet, selon ses propos, il « ne gère jamais seul un con it ».

Il existe alors quatre niveaux de résolution des conits. Le premier se situe au niveau de l’équipe pédagogique de l’école, le second, au niveau de la zone où la gestion des conits incombe aux directeurs relais, le troisième au niveau de l’arrondissement (Sous-préfet) et enn le dernier au niveau de l’IDEN.

Institut international de planification de l’éducation

42

École et décentralisation : le cas du Sénégal

Inspection et encadrement pédagogique

Le collectif des directeurs : une innovation pédagogique

Le collectif des directeurs d’école élémentaire (CODEE) est né pour faire face à la pénurie des inspecteurs et aux besoins de formation des enseignants. Il existe en effet dans le département trois inspecteurs pour 600 enseignants soit un ratio d’un inspecteur pour 200 enseignants. Née d’une initiative des IDEN du Bassin arachidier et de Kébémer, cette innovation pédagogique, suite à son succès, a été généralisée au niveau national. Dans une étude réalisée pour le ME et consacrée au CODEE, l’IDEN dénit le collectif comme « un outil de pilotage et de gestion de la qualité au niveau déconcentré ».

Au niveau de certaines zones, une cotisation payée par les écoles a été instituée pour nancer le collectif. Les sources de nancement de cette cotisation sont diverses et peuvent provenir de la coopérative, des APE, ou de la location des manuels scolaires. Cependant, elle n’est pas obligatoire et comme l’ont précisé les directeurs d’école : « sur dix écoles d’une zone, deux ou trois vont cotiser ».

La circonscription départementale du Bassin arachidier est divisée en 15 zones. Chacune compte au maximum 15 écoles. Le découpage s’effectue sur la base de la proximité géographique (les écoles voisines constituent une zone). Les zones tendent aussi à correspondre aux zones administratives, car chaque président de Communauté rurale ne peut intervenir qu’au niveau des écoles de sa communauté.

Dans chaque zone est organisé un collectif de directeurs – ensemble des directeurs de chaque zone et chargés d’école 6 – coordonné par un directeur relais. Celui-ci est choisi par ses pairs suivant des critères tels que son expérience en qualité de directeur, sa moralité, les résultats scolaires obtenus dans son école. « Ceux qui pilotent le mieux sont censés être de bons directeurs relais ». Il est par ailleurs indispensable qu’ils soient accessibles soit en se situant dans le chef lieu de la communauté rurale où se trouve généralement une cabine téléphonique privée, soit en se localisant au niveau de l’arrondissement où il y a un téléphone ou le réseau administratif de commandement (RAC), chaque sous-préfet disposant d’une radio pour être joint par le ministère de l’Intérieur.

Il n’existe pas de relation hiérarchique entre les directeurs d’un collectif, ni entre le directeur relais et les écoles. Ils sont chargés dans leur zone, de transmettre aux enseignants les informations en provenance des autorités scolaires, administratives ou des partenaires, d’encadrer leurs adjoints ainsi que les nouveaux directeurs. Ils interviennent également en cas de conit au niveau des écoles.

L’IDEN incite les présidents de la communauté rurale à considérer ces directeurs comme ses propres représentants, capables de leur fournir toutes les informations sur les écoles. Ils sont généralement déchargés d’une classe. Lorsque ce n’est pas le cas, l’inspecteur affecte des suppléants de zone (enseignants qui ne tiennent pas de classe xe mais qui peuvent, à tout instant, remplacer un directeur ou tout autre maître absent).

Les collectifs de directeurs jouent ainsi un rôle important dans le contexte de la décentralisation. L’IDEN a souligné qu’il ne s’agit pas uniquement, par ce procédé, de faire face à la pénurie des inspecteurs, mais cette innovation représente également « une nouvelle vision ». L’IDEN considère

6. Un chargé d’école dirige une école à classe unique.

Institut international de planification de l’éducation

43

École et décentralisation : le cas du Sénégal

en effet qu’il serait bon d’aller plus loin dans le processus de déconcentration, en leur attribuant le pouvoir de délivrer des notes d’inspection. « L’inspecteur doit accepter de mourir un peu » et se voir coner des fonctions de conception, de recherche action et d’impulsion du système. Mais il précise « que ceci ne doit pas mettre n à la fonction d’inspecteur. »

L’IDEN estime qu’il « serait par ailleurs nécessaire de donner aux directeurs d’école les moyens d’accomplir cette fonction. Ils le font jusqu’à présent avec leurs propres moyens».

Les « pools d’inspecteurs » et leur insuffisance quantitative

Les normes imposées par le niveau central (à savoir une inspection par enseignant tous les deux ans et le ratio d’un inspecteur pour 50 maîtres) reposent en principe sur l’organigramme ofciel des IDEN qui prévoit, en dehors de l’IDEN et de son adjoint, exclusivement chargés des questions administratives, un « pool d’inspecteurs » chargé uniquement d’inspecter les enseignants et directeurs. Or, ce pool n’existe pas à l’IDEN du Bassin arachidier.

Le respect de ces normes reste donc difcile. Un directeur d’école a ainsi indiqué que certains enseignants sont restés cinq ans sans être inspectés. Selon ses propos, «tant que le ratio d’un inspecteur pour 50 maîtres ne sera pas respecté, il y aura toujours des maîtres qui attendront des années». Au moment où s’est déroulée l’enquête, les deux adjoints n’avaient pu réaliser que

30 inspections tandis que l’IDEN n’en avait effectué que 15. Notons que ce défaut de notes

d’inspection empêche les enseignants de postuler à des postes de responsabilités, tels que celui

de directeur d’école.

L’inspecteur départemental a salué la synergie mise en œuvre au niveau de la région, qui a lui a permis en 2003 d’inspecter plus de 150 maîtres. Cette performance a été réalisée grâce à une initiative de l’IA qui convoque tous les inspecteurs de la région pour intervenir dans un même département. Ces derniers sont alors entièrement pris en charge (restauration, hébergement, carburant) par l’inspecteur départemental qui les reçoit.

Les cellules d’animation pédagogique

Toujours dans le domaine de l’encadrement pédagogique, l’IDEN du Bassin arachidier compte

26 cellules d’animation pédagogique et culturelle. Chaque zone regroupe une à deux cellules

regroupant les enseignants et les directeurs d’école de la zone une fois par mois. Les directeurs d’écoles et les responsables de cellules (choisis par les enseignants) en sont les principaux animateurs. L’IDEN en assure la supervision. Les thèmes sont proposés par les enseignants et sont ensuite harmonisés par l’IDEN qui y intègre des thèmes transversaux. Le programme départemental d’animation pédagogique porte généralement sur les domaines suivants : didactique des disciplines enseignées à l’élémentaire, législation et administration scolaires, etc.

Les enseignants se rendent à ces réunions par leurs propres moyens. Les différents thèmes abordés sont sanctionnés par des synthèses transmises à l’IDEN. De temps en temps, les inspecteurs assistent également aux séances d’animation pédagogique.

Il existe par ailleurs au niveau de chaque grande école (12 classes) une cellule interne qui regroupe les enseignants de cette école. Cette cellule interne se réunit en dehors du programme de la cellule zonale et porte la plupart du temps sur l’encadrement des candidats à la pratique de classe.

Institut international de planification de l’éducation

44

École et décentralisation : le cas du Sénégal

Financement

Sur le plan nancier, l’IDEN ne fournit pas de fonds aux écoles, mais crée les conditions pour que ces dernières puissent générer elles-mêmes leurs ressources. La location des manuels scolaires en est ainsi un exemple. Selon l’IDEN, « il faut faire comprendre à la communauté qu’il y a une participation symbolique : 100 FCFA pour cinq manuels ».

Les cotisations de parents d’élèves peuvent être instaurées au niveau de la coopérative scolaire et ne doivent pas dépasser 300 FCFA par élève et par an. L’IDEN souligne que « ces fonds sont gérés par le trésorier du comité de gestion de l’école selon les principes de la comptabilité nancière. » Les contrôles sont effectués à l’occasion des inspections de direction. Il s’y ajoute que les directeurs sont censés les contrôler au travers des rapports périodiques.

Les relations avec les structures décentralisées et la société civile

Les organes représentant les structures décentralisées :

la commune et les communautés rurales

L’inspecteur départemental du Bassin arachidier « considère qu’il entretient des relations assez ouvertes avec les collectivités locales du département. De manière générale, ces relations portent sur le partage des informations, la préparation de la rentrée des classes et l’organisation des examens. Mais de manière particulière, c’est avec la commune que l’IDEN est impliquée dans toutes les actions intéressant la vie de l’école ».

Trois réunions ordinaires sont programmées dans l’agenda de la commune :

– préparation de la rentrée des classes en Septembre ;

– préparation des examens de n d’année en Mai ;

– préparation de la n de l’année scolaire en Juillet.

Il faut ajouter à ces réunions les réunions de coordination qui sont ponctuelles. Ces réunions peuvent être à l’initiative du maire (utilisation du reliquat des fonds de dotation) ou de l’IDEN.

Le responsable de l’IDEN a précisé que les actions des collectivités locales portaient sur l’équipement, les fournitures scolaires, les réfections et petites réparations ainsi que la prise en charge des membres des commissions d’examen (restauration des membres des commissions d’examen).

L’IDEN a souligné qu’il était associé « à toutes les instances où se décide la vie de l’école : le vote du budget de la commune et l’utilisation des fonds de dotation ». Et inversement, l’IDEN les associe à toutes les réunions techniques telles que le Comité départemental de développement (CDD) 7 . Le maire préside par ailleurs le Comité départemental de coordination et de suivi (CDCS), qui s’occupe du suivi du PDEF et qui vise à renforcer la gestion décentralisée de l’école.

Il faut préciser néanmoins que la collaboration IDEN/collectivités locales est plus soutenue avec la commune. Par contre, l’IDEN a précisé qu’elles sont « timides » avec les communautés rurales et a indiqué : « c’est nous qui essayons de les mobiliser ».

L’IDEN et les responsables des collectivités locales rencontrés ont chacun précisé qu’il n’y avait pas de conit d’attributions entre eux, mais plutôt une relation de collaboration.

7. Le CDD est une instance au niveau départemental présidée par le préfet, qui peut consacrer ses réunions à un secteur donné (santé, éducation, etc.). Ces réunions ne concernent en principe que les services déconcentrés.

Institut international de planification de l’éducation

45

École et décentralisation : le cas du Sénégal

Les collectivités locales (commune, communauté rurale) reçoivent des fonds de dotation en provenance de l’État, au titre des compétences transférées qui incluent l’éducation. Le montant de ces fonds s’élève à 10 050 000 FCFA pour la commune du Bassin arachidier et à 1 000 000 FCFA pour la communauté rurale de Paoskoto en 2003.

Ces fonds sont votés dans le budget du ME. Des lignes budgétaires sont xées pour la répartition de ces fonds entre différents domaines notamment ceux de l’équipement et des frais de fonctionnement. Ils appuient ainsi les écoles. Depuis l’année scolaire 2002-2003, cela a permis à la commune du Bassin arachidier d’assurer la gratuité des fournitures au niveau de toutes les écoles. Il n’en est cependant pas de même pour la communauté rurale de Paoskoto qui n’a pas pu entreprendre cette même initiative en raison de l’insufsance de ses moyens. Selon le président de la communauté rurale de Paoskoto, « la principale ressource des communautés rurales provient de la taxe rurale, qui est certes obligatoire, mais dont on ne pénalise pas le non-paiement, pourtant fréquent dans les communautés rurales ».

Les ONG et les organisations locales

Trois ONG interviennent au niveau du département du Bassin arachidier. L’ONG Plan-Sénégal intervient dans l’arrondissement de Wack Ngouna, dans le domaine de la construction, de l’équipement et des fournitures scolaires. Elle appuie aussi le plan local de formation. L’ONG Yakaar soutient la commune au niveau de l’alphabétisation, la réinsertion des handicapés moteurs et le fonçage de puits dans les écoles. Enn, Alpha Femmes intervient dans le secteur de l’alphabétisation.

L’IDEN souligne le « dynamisme de ces ONG et leur implication dans les actions de promotion de l’éducation à la base. »

Il convient de signaler que le bureau local de Plan-Sénégal, basé à Kaolack, a signé une convention de partenariat avec l’IDEN du Bassin arachidier en 2002-2003.

Conclusion

L’ensemble des personnes rencontrées durant l’enquête salue le processus de décentralisation, véritable outil pour « responsabiliser » les populations au niveau local dans la gestion de leur développement.

Elles ont néanmoins souligné un certain nombre de limites liées à la mise en œuvre de la décentralisation. Parmi celles-ci, le manque de formation des élus locaux, qui sont la plupart du temps analphabètes. Certains directeurs d’école ont ainsi précisé qu’ils entretenaient de bonnes relations avec ces derniers seulement lorsqu’ils étaient titulaires d’un diplôme universitaire. Dans le cas contraire, ils ont souligné que les rapports restaient distants, ne se limitant qu’à une simple dotation de fournitures scolaires. Celles-ci ne sont d’ailleurs pas souvent en adéquation avec les besoins réels des écoles. En effet, ils ne s’informent pas ou rarement de la vie des écoles. Pour l’IDEN, « certains élus locaux ne sont pas encore suf samment pénétrés des textes sur la décentralisation. D’où la nécessité de renforcer leurs compétences dans ce domaine ».

Certains directeurs ont aussi déploré la politisation de l’action de certains élus, qui ont tendance « à n’intervenir que dans les villages où ils ont des militants ».

L’absence d’une véritable politique de formation/sensibilisation des populations a par ailleurs été soulignée. Elles ne connaîtraient pas bien les rôles dévolus aux élus locaux dans le cadre des compétences transférées.

Institut international de planification de l’éducation

46

École et décentralisation : le cas du Sénégal

L’IDEN a aussi souligné que les textes « n’évoluent pas souvent : l’État perçoit certaines taxes jusqu’ici et les redistribue aux collectivités locales sous forme de subventions ou de fonds de concours, ce qui limite leur autonomie nancière en matière de recettes budgétaires ».

2.2 Étude de terrain dans l’IDEN des Mines de Phosphates-ville

Introduction

Présentation de l’étude de terrain

L’objet de cette étude de terrain est l’IDEN des Mines de Phosphates-ville, située dans la capitale régionale de la commune des Mines de Phosphates-ville, à 70 km de Dakar. Cette région a expérimenté, en 1972, la première réforme administrative et territoriale du Sénégal sur la décentralisation. En outre, l’IDEN, située en zone urbaine, ne bénécie pas du soutien de l’ONG Plan-Sénégal. Il convient enn de souligner que le responsable de l’IDEN a occupé les fonctions de président de la délégation spéciale, jouant ainsi le rôle de maire de la commune des Mines de Phosphates-ville pendant près de six mois. En effet, selon les textes en vigueur, «en cas de dissolution d’un conseil municipal ou de démission de tous ses membres en exercice et lorsqu’un conseil municipal ne peut être constitué, une délégation spéciale en remplit les fonctions. Cette délégation spéciale est nommée par arrêté du Ministre chargé des collectivités locales qui désigne le président et le vice-président ».

Entretiens

Les données ont été collectées par trois chercheurs de l’INEADE dont deux juniors. Les entretiens se sont déroulés à la région des Mines de Phosphates-ville selon le calendrier suivant :

– Premier jour : premier entretien avec l’inspecteur départemental.

– Deuxième jour : entretien avec le personnel de l’IDEN (enseignants et inspecteurs adjoints à l’IDEN) et un groupe de 12 directeurs d’école.

– Troisième jour : entretien avec le directeur de cabinet du maire, le directeur de l’administration générale et de l’équipement de la mairie, et enn avec l’inspecteur d’académie (IA) de la région des Mines de Phosphates-ville.

Il faut signaler que le maire de la commune des Mines de Phosphates-ville est aussi le premier ministre du gouvernement du Sénégal. Pour cette raison, l’équipe n’a pas pu le rencontrer.

Présentation de la commune des Mines de Phosphates

Situation géographique

La commune des Mines de Phosphates-ville, capitale régionale, est aussi le chef-lieu du département. Elle couvre une supercie de 6 830 ha et se situe au cœur du département. À 70 km de Dakar, elle fait partie des neuf communes de la région.

La commune des Mines de Phosphates-ville apparaît comme la deuxième grande ville du Sénégal tant d’un point de vue économique que démographique. Sa position de carrefour ferroviaire et routier (la région des Mines de Phosphates-ville est traversée par les routes nationales 1, 2 et 3) lui confère une place privilégiée dans les échanges. La région des Mines de Phosphates-ville est

Institut international de planification de l’éducation

47

École et décentralisation : le cas du Sénégal

bien connectée au reste du pays par un réseau routier relativement dense vers Dakar (notons à cet égard que la future autoroute à péage qui reliera la région des Mines de Phosphates-ville à Dakar permettra d’afrmer sa position centrale), vers Diourbel (région centrale) et enn vers Rand (au Nord). Ce réseau a été récemment amélioré grâce à la construction des nouveaux axes, dont l’objectif est d’ouvrir la commune des Mines de Phosphates-ville sur la Petite Côte.

La commune des Mines de Phosphates-ville est organisée en 23 zones d’adressage 8 composées de 41 quartiers à la tête desquels sont nommés des délégués de quartiers. Nommés par le maire pour une période indéterminée, ils sont à la fois des auxiliaires du maire et de l’État, chargés de l’administration du quartier.

De nombreux villages ruraux sont rattachés à la commune des Mines de Phosphates-ville : Poniène, Keur Issa, Keur Sayib Ndoye, Thionakh-Thiapong, Keur Modou Ndiaye, la région des Mines de Phosphates-ville-Nônes, etc.

Caractéristiques physiques

Le climat de la région des Mines de Phosphates-ville, de type soudano sahélien, subit l’inuence des alizés maritimes (de novembre à décembre) qui balayent la côte atlantique, du nord vers le nord-ouest sur la façade maritime de la région. Ils favorisent une faible amplitude thermique diurne pendant une bonne partie de l’année. La pluviométrie moyenne annuelle est de 400 à 600 mm.

Par ailleurs, la commune des Mines de Phosphates-ville est réputée pour les alignements d’arbres majestueux qui bordent ses principales avenues. C’est l’une des villes les plus boisées du Sénégal. Ce patrimoine végétal est renforcé par l’existence de plusieurs espaces verts (Places de Caen, Lat-Dior, Sousse, etc.)

Caractéristiques démographiques

La population de la commune des Mines de Phosphates-ville a été estimée par la Direction de la prévision et de la statistique à 264 746 habitants en 2000. Avec un taux d’accroissement annuel d’environ 5 %, cette population devrait atteindre près de 363 000 habitants en l’an 2010. Ainsi la population actuelle de la ville peut être évaluée à 306 500 habitants, soit une densité moyenne de 45 habitants/km².

L’analyse de la pyramide des âges fait apparaître une population jeune (57 % des habitants de la commune des Mines de Phosphates-ville a moins de 20 ans). Les femmes représentent également 57 % de la population.

L’intégration des villages rattachés dans le tissu urbain se pose comme une priorité en termes de mise en place des équipements, des infrastructures et des services. Par ailleurs, il convient de signaler qu’environ le tiers de la supercie de la commune des Mines de Phosphates-ville est occupé par l’habitat spontané ancien (Bayaal Khoudia Badiane, Cité Lamy, Cité Niakh, etc.), et récent (Darou Salam).

Caractéristiques socioculturelles

La population de la commune des Mines de Phosphates-ville comprend quatre grandes ethnies :

les Wolofs (55 %), les Sérères (30 %), les Haalpulaar (Peuls et Toucouleurs) (11 %) et les

8. Découpage de la ville en zones pour l’identication des adresses civiles, à défaut de boîte postale, de numéro de domicile ou de rue.

Institut international de planification de l’éducation

48

École et décentralisation : le cas du Sénégal

Mandingues (1,5 %). Les principales langues parlées sont le wolof, le sérère, et le pulaar. L’Islam et le Christianisme sont les deux grandes religions pratiquées dans la ville.

Caractéristiques économiques

À l’instar de beaucoup d’autres villes sénégalaises, la commune des Mines de Phosphates-ville est confrontée à un fort taux de chômage et de pauvreté lié principalement à la faiblesse de son tissu industriel, et plus particulièrement à l’exode rural. En outre, la baisse des activités enregistrées au niveau des ateliers de la Société nationale des chemins de fer du Sénégal (SNCS), qui était la principale pourvoyeuse d’emplois de la ville, a également contribué au ralentissement économique de la ville. Cependant, sa position stratégique proche de Dakar lui permet de récupérer des fonctions motrices de la capitale.

Dans le domaine de l’agriculture, les principaux produits sont l’arachide, le mil, le niébé et le manioc. Les cultures maraîchères et fruitières se localisent à l’est de la ville. Les activités agricoles ont, néanmoins, connu un fort ralentissement économique au cours de ces dernières années. En effet, l’extension de la ville s’est effectuée au détriment des zones de culture. Le tableau 2.8 expose les infrastructures et équipements de la commune dans les domaines sanitaire, social, sportif et culturel. Le tableau 2.9 présente, quant à lui, les principaux partenaires intervenant dans la ville.

Situation de l’éducation dans la région des Mines de Phosphates-ville

Au regard des données du tableau 2.10, il apparaît que la région des Mines de Phosphates-ville compte en 2002-2003, 133 écoles et établissements d’enseignement dont 68 appartiennent au secteur public, soit près de 51 %. Le poids du secteur public est davantage ressenti dans l’enseignement élémentaire, les écoles publiques représentant près de 74% de la totalité des établissements. En revanche, au niveau du préscolaire, c’est le secteur privé qui prédomine avec seulement quatre écoles publiques contre 30 pour le privé.

Selon l’inspecteur départemental de l’IDEN, le nombre de collèges privés est uctuant «car ils ferment et ouvrent à nouveau en fonction des effectifs ». Par contre, les écoles publiques connaissent un accroissement régulier.

Le centre-ville étant situé dans une cuvette qui recueille toutes les eaux de ruissellement pendant l’hivernage, cette situation est à l’origine d’inondations récurrentes qui retardent, à chaque rentrée des classes, le démarrage des cours dans certains établissements. La nature quasi imperméable des sols, constitués essentiellement de latérite, contribue également à l’aggravation de ces inondations dans différentes parties de la ville.

L’école la plus éloignée de l’IDEN est distante d’environ 6 km, et la plus proche partage son enceinte avec l’IDEN. L’emplacement actuel de l’IDEN pose néanmoins quelques difcultés d’accès, plus particulièrement pour les écoles situées dans les villages rattachés à la commune. Le Corps de contrôle, le personnel administratif et les directeurs rencontrés ont aussi souligné l’enclavement de l’IDEN.

En ce qui concerne les innovations pédagogiques, les écoles élémentaires de l’IDEN de la région des Mines de Phosphates-ville participent aux expérimentations suivantes :

– deux écoles ont fait partie de l’échantillon national de la mise à l’essai du nouveau curriculum de l’éducation de base pendant quatre mois, durant l’année scolaire 2001-2002 ;

Institut international de planification de l’éducation

49

École et décentralisation : le cas du Sénégal

– deux écoles ont initié un programme scientique, la « main à la pâte », en vue de corriger très tôt la disparité entre les lières littéraires et les lières scientiques ;

– deux écoles ont mis en place des activités de lecture ;

– deux écoles expérimentent les « fonds de bibliothèque ». Cette innovation est une initiative du Projet Pour l’Efcacité de l’école Sénégalaise, nancé par la Coopération Française. Il s’agit de recenser les ouvrages types pour une base de départ, en vue de constituer une bibliothèque scolaire.

Selon l’IDEN, « quelques écoles s’inspirent de ces innovations et les expérimentent à leur tour ». L’IDEN de la région des Mines de Phosphates-ville compte 77 classes à double ux réparties entre 17 écoles et une école multigrade située dans un village rattaché à la commune.

Les effectifs de l’élémentaire dans le public sont passés entre 2000 et 2003, de 36 333 élèves à 38 004 élèves, soit une augmentation de 4,6 % en trois ans (voir tableau 2.11). Durant cette période, le pourcentage d’élèves lles se situe autour de 49 %.

L’effectif du personnel enseignant au niveau de l’élémentaire public est passé entre 2000 et 2003 de 556 à 687, soit une augmentation de 23,5 % ou encore 131 enseignants supplémentaires (tableau 2.12). Le ratio élèves/maître est passé de 66 à 53 durant la même période, l’effectif des élèves n’ayant pas progressé au même rythme que celui des enseignants. Le pourcentage de femmes dans le personnel enseignant de l’élémentaire public est passé d’environ 44 % à 47,5 %. En 2002-2003, les enseignants « craie en main » des écoles élémentaires publiques se répartissent comme suit :

– Instituteurs : 528 dont 217 femmes (soit 41 %) ;

– Instituteurs adjoints : 134 dont 90 femmes (soit 67 %) ;

– Maîtres contractuels (MC) : 11 dont sept femmes (soit 64 %) ;

– Volontaires de l’éÉducation (VE) : 10 dont cinq femmes (soit 50 %) ;

– Instituteurs adjoints stagiaires (IAS) : quatre dont trois femmes (soit 75 %).

L’affectation des enseignants dans les écoles élémentaires publiques relève soit de la Commission nationale, soit de la Commission régionale, soit enn de l’IDEN. Ce dernier est chargé de l’affectation du personnel enseignant lorsqu’il reste des postes vacants suite aux deux premières commissions. Le déploiement de ces suppléants doit répondre à des critères de proximité géographique du domicile de l’enseignant par rapport à l’école et à des critères de parité hommes-femmes au sein du personnel enseignant. Malgré l’existence de ces critères, « la priorité étant de faire fonctionner les écoles, ces critères ne peuvent pas empêcher l’IDEN d’affecter d’autorité les enseignants en qualité de suppléant pour pourvoir les postes vacants ». Il s’y ajoute que les enseignants affectés par les commissions nationale et régionale ne prennent jamais service au même moment.

L’organisation et les ressources de l’IDEN

Les missions et attributions of cielles de l’IA et de l’IDEN

Les missions et attributions officielles de l’inspection d’académie (IA)

L’IDEN souligne que « l’IA a pour mission de coordonner, superviser, impulser, orienter, contrôler et éventuellement appuyer les circonscriptions départementales ». L’IA a la responsabilité de la pyramide scolaire au niveau de la région. L’IDEN a souligné qu’il aurait souhaité trouver auprès de l’IA, une structure de conseil. Malheureusement, il a déclaré avoir des correspondances adressées

Institut international de planification de l’éducation

50

École et décentralisation : le cas du Sénégal

à l’IA qui sont restées sans réponse. Pourtant, d’après lui, « les correspondances de l’IA ne font pas 48 heures dans son service ».

En outre, l’IDEN estime « qu’un IA qui le veut peut s’impliquer dans le volet pédagogique en mettant sur pied une équipe technique régionale, comprenant le Pôle régional de formation (PRF), l’École de formation des instituteurs (EFI) et les IDEN de la région ». L’IA a conrmé cette possibilité en expliquant l’objectif du Plan académique de formation continue. Cet instrument permet de prendre en charge le recyclage des enseignants au niveau de la région, dans le cadre du Programme décennal de l’éducation et de la formation (PDEF). Toujours selon l’IDEN, « l’IA peut, sur son territoire, développer un volet recherche-action ».

Les missions et attributions de l’IDEN

L’IDEN insiste sur le fait que « véritablement, les missions et attributions de l’IDEN renvoient à un travail de terrain ». À cet égard, ce travail de terrain concerne les domaines suivants :

– gestion administrative de la circonscription ;

– gestion des ressources humaines de la circonscription ;

– formation des enseignants (encadrement pédagogique des maîtres, contrôle pédagogique des maîtres et suivi-appui) ;

– animation socioculturelle de l’IDEN par l’organisation de kermesses, de pièces de théâtre, ainsi que de « génie en herbe » pour l’épanouissement des enseignants et des élèves. Selon l’Inspecteur Départemental, « la culture d’une solidarité agissante des enseignants et celle d’un esprit d’appartenance à une circonscription ont besoin d’être organisées ».

L’inspecteur a souligné « je me xe pour objectif d’avoir de bons résultats scolaires et pour ce faire, je mets à la disposition des écoles les moyens nécessaires dont l’IDEN dispose, cependant ces moyens restent insufsants ». Il ajoute en effet que « ces moyens ne permettent pas de mener des actions de réhabilitation ou construction de locaux. ».

L’organisation du fonctionnement de l’IDEN s’opère à deux niveaux. L’école est le premier niveau opérationnel où sont mises en œuvre les politiques. Aux dires de l’inspecteur départemental, « c’est le théâtre des opérations au quotidien ». Le deuxième niveau concerne le travail pédagogique et administratif en termes de conseils et de préparation des activités de planication statistique.

En ce qui concerne l’inscription des élèves au cour d’initiation, seul le critère d’âge est obligatoire, sans que, par ailleurs, les parents ne soient tenus de fournir une pièce d’état civil au moment de l’inscription. Les parents peuvent également inscrire leurs enfants dans n’importe quelle école de

la circonscription. Ainsi, « les enfants naissent et renaissent ». Les écoles qui font de bons résultats

étant ciblées par les parents, des élèves font ainsi de longues distances, chaque jour. Au même moment, des écoles se retrouvent avec de faibles effectifs.

L’entretien a nalement révélé une bonne connaissance par l’IDEN des textes organisant les missions et attributions d’une circonscription scolaire.

L’organigramme

« L’organigramme of ciel n’étant pas opérationnel », l’IDEN de la région des Mines de Phosphates-ville

a une structure spécique comme l’indique le graphique 2.2.

Institut international de planification de l’éducation

51

Graphique 2.2 Organigramme de l’IDEN des Mines de Phosphates-ville

Assistante

à l'IDEN

École et décentralisation : le cas du Sénégal

Personnels
Personnels
IDEN District 3District 1 District 2 Enseignement moyen Secrétariat général Secrétaire dactylo
IDEN
District 3District
1
District 2
Enseignement
moyen
Secrétariat général
Secrétaire dactylo
Activités périscolaires
Activités
périscolaires
Activités parascolaires
Activités
parascolaires

Mobilisation

Partenariat

Alphabétisation

Enseignement

privé

Scolarité Examens et concours
Scolarité
Examens et
concours
Enseignement privé Scolarité Examens et concours Planification Comptabilité Statistiques Matières
Planification Comptabilité Statistiques Matières
Planification
Comptabilité
Statistiques
Matières

Institut international de planification de l’éducation

52

École et décentralisation : le cas du Sénégal

L’IDEN de la région des Mines de Phosphates-ville a procédé à un réaménagement de son fonctionnement interne. Un poste d’assistante à l’IDEN et des Bureaux du Partenariat et de la mobilisation sociale ont été créés en vue de pallier le volume de travail qui oblige l’IDEN à rester au bureau jusqu’à des heures tardives ou à travailler les jours fériés. Cette surcharge de travail est essentiellement liée à la complexité et à la sensibilité des dossiers, aux nombreuses sollicitations du niveau central, et à la mise en place des activités parascolaires et périscolaires.

Par ailleurs, l’IDEN compte trois districts et un bureau de l’enseignement moyen. Leur création s’inscrit dans le contexte de la décentralisation qui a fait émerger une diversité de partenaires

(mairie, APE, ONG, syndicats, etc.), et qui confère aux IDEN de nouvelles responsabilités relatives

à la gestion administrative des collèges.

Le manque de personnel contraint les trois agents de l’IDEN à être responsables de deux bureaux à la fois. En effet, le responsable du Bureau du partenariat et de la mobilisation sociale intervient au niveau des personnels, celui des activités périscolaires et billetage est également responsable du Bureau de l’alphabétisation, et enn le chargé de la scolarité, des examens et concours s’occupe également du Bureau des activités parascolaires.

Pour l’inspecteur départemental, le bureau qui donne le moins de satisfaction est celui du partenariat et de la mobilisation sociale.

Le personnel

Le prol du personnel est exposé dans le tableau 2.13. Si les salaires du chauffeur, du gardien et de la femme de charges ont été «