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Introduction

1. Problématique

L’année 2007-2008 restera dans les annales économiques comme celle du déclenchement de la pire crise
que le système financier international ait connue depuis celle qui a causé la grande dépression dans les
années trente. Alors que cette crise est née du marché hypothécaire américain à l’été 2007, elle s’est
traduite quasi immédiatement par une crise de liquidité en Europe, avant de dégénérer, en moins d’un
an, en une crise financière globale d’une ampleur inédite.
Cette crise a mis sur le devant de la scène une notion que seuls les comptables ou les financiers
utilisaient jusque là : la « fair value » (« juste valeur »). Cette notion si chère aux américains et à leur
régulateur comptable le FASB (Financial Accounting Standard Board), mais également aux anglo-saxons
d’une manière générale, s’est retrouvée du jour au lendemain pointée du doigt par l’ensemble de la
communauté financière et des observateurs du sujet.
Introduite dès 2004 par l’IASB (International Accounting Standard Board), le régulateur comptable
mondial, à travers une norme qui va se retrouver controversée elle aussi, la juste valeur consiste en
résumé à évaluer un instrument financier à sa valeur de marché, ou à une valeur de modèle le cas
échéant si l’instrument n’est pas coté sur un marché. Dans la mesure où la juste valeur peut être volatile,
les résultats et les fonds propres d’une entreprise peuvent devenir volatiles à leur tour. Les sociétés
financières et les organismes de crédit sont d’autant plus concernés par ce phénomène que leurs
principales activités sont évaluées à la juste valeur.
Au-delà de ce débat même, les effets vertueux de la juste valeur ont souvent été passés sous silence.
Ces effets se sont pourtant manifestés en deux temps lors de la crise :
 En premier lieu, lors de son déclenchement, la juste valeur a constitué un révélateur de la
crise, en contraignant les banques à enregistrer dans leurs comptes la dégradation de la
qualité de leurs titres dès sa constatation, enregistrement qui aurait été plus tardif si ces titres
avaient été valorisés à leur coût historique.
 En second lieu, les garanties de transparence apportées aux investisseurs par la juste valeur
peuvent contribuer à restaurer la confiance, et donc à accélérer la sortie de crise. Comme le
prouve l’exemple de certaines crises passées, le maintien d’une comptabilisation au coût
historique aurait occulté plus longtemps la réelle exposition au risque des banques et favorisé
la défiance des analystes, sans pour autant garantir l’absence de mécanismes procycliques,
générés par le passage de provisions pour dépréciations.
Il résulte de ce qui précède que la mesure des instruments financiers comptabilisés au coût amorti
pourrait être aussi problématique que l'évaluation des actifs à la juste valeur. La raison peut être trouvée
dans les exigences de la norme IAS 39 pour la dépréciation des actifs financiers évalués au coût
amorti. Cette norme prescrit un modèle dit «des pertes avérées» qui reportait la comptabilisation
des pertes de crédit jusqu’à l’identification d’une indication objective d’un évènement générateur de
perte de crédit. Ce principe a diverses conséquences, parmi les plus importantes est que les banques
ne peuvent pas déclarer les pertes probables.
En outre, avec ce mode de provisionnement, les banques étaient capables de reporter les pertes et
cacher les risques que certains instruments financiers génèrent, la vérité ne peut être connue que
lorsque la perte serait effectivement encourue et affecterait fortement les parties prenantes sans leur
donner la moindre chance de réagir.
De plus, Certains économistes ont considéré que le mode de provisionnement selon les pertes
avérées était pro-cyclique dans la mesure où les banques sont incitées à restreindre leur offre de
crédit dans les périodes de récession en raison du montant élevé des provisions. Dans ce contexte, le
Forum de stabilité financière a affirmé que la reconnaissance précoce des pertes sur prêts par le biais
d'un modèle de perte attendue pourrait avoir freiné les mouvements cycliques au cours de la crise
financière mondiale.
Dans le cadre de leur réponse à la crise financière mondiale, en Avril 2009, le G20 a convenu que le
normalisateurs comptables devrait prendre des mesures pour :
 Réduire la complexité des normes comptables relatives aux instruments financiers ;
 Élargir les possibilités de reconnaissance comptable des provisions pour pertes sur prêts en
incluant une large gamme d’informations en matière de crédit ;
 Améliorer les normes comptables relatives aux provisions, aux expositions "hors bilan" et à
l’incertitude des valorisations ;
Répondant à l'appel lancé par le G20 décrit ci-dessus, l'International Accounting Standards Board
(IASB) a mis en œuvre, dès 2008, une refonte complète de la norme IAS 39. Le projet IFRS 9 s’articule
autour de trois phases :
 Phase 1 : Classification et évaluation des instruments financiers.
 Phase 2 : Coût amorti et dépréciation.
 Phase 3 : Comptabilité de couverture.
Cette évolution normative est censée venir en réponse à la crise et aux problématiques qui y sont liées.
Elle s’accompagne donc d’objectifs bien définis en matière de juste valeur, de transparence, de
volatilité, d’anticipation mais aussi de simplification.
2. Objectifs
Le présent travail devrait donc être une analyse critique du modèle des pertes encourues et les
implications pratiques du modèle des pertes attendues.
La Phase I « classification et évaluation des instruments financiers » et la Phase III « comptabilité de
couverture » du projet de remplacement sont brièvement mises en revue, mais pas décrit en détail,
puisque le travail en pleine mesure porte sur la phase II « coût amorti et dépréciation ».
Mon analyse dans ce mémoire se concentrera en majeure partie sur le cas particulier des banques,
premières concernées par le changement du mode de provisionnement des actifs financiers évalués
au coût amorti.
Les résultats de ce mémoire sont mesurés sur la base des objectifs, ambitieux, initialement fixés au
modèle de pertes attendues. Je me poserai ainsi la question de savoir si cette évolution normative
permettra de réduire la volatilité des états financiers des banques. J’évoquerai également le sujet de la
transparence, qui est un objectif propre aux normes IAS/IFRS en général. L’IFRS 9 est également née
avec un objectif majeur de simplification du traitement des instruments financiers. Nous verrons si
cette volonté se traduit en pratique.
Les applications comptables futures du nouveau mode de provisionnement peuvent ainsi laisser
entrevoir un avenir plus réjouissant pour la santé des états financiers des banques et la qualité du
reporting qui y est lié. Malgré cela, le modèle des pertes attendues ne réalise pas un sans faute.
Perfectibles sur plusieurs points, remède curatif sur d’autres, le modèle des pertes attendues laisse les
banques assez réservées sur le verdict qu’elles accorderont au final à un mode de provisionnement qui
n’a pas cessé d’évoluer et qu’elles ont donc du mal à anticiper correctement les résultats.
3. Les travaux de construction
Je m’efforcerai tout au long de ce mémoire de rester « lisible » et « accessible » sans trop aller dans la
technique pure et d’analyser les tendances et enjeux majeurs du projet de révision portant sur le
mode de provisionnement des actifs financiers évalués au coût amorti. Pour ce faire, une première
partie sera élaborée et portera sur 3 chapitres :
 Je me contenterai, dans un premier chapitre, d’analyser les conséquences des normes
comptables sur la crise financière ainsi que les conséquences de la crise financière sur la
normalisation comptable internationale ;
 Le deuxième chapitre abordera succinctement les phases 1 et 3 (Classification et évaluation des
instruments financiers et Comptabilité de couverture)
 L'accent sera mis sur le chapitre trois, qui porte sur le passage du modèle des pertes encourues à
un modèle de pertes attendues dans ses détails
Je rendrai ensuite compte dans une deuxième partie des particularités de provisionnement dans le
secteur bancaire en Tunisie, ainsi, que des travaux empiriques sur le sujet.
Enfin, dans une troisième et dernière partie, j’essaierai d’analyser les enjeux théoriques avec les
problématiques rencontrées en pratique par les banques tunisiennes, pour finalement conclure sur
les différentes questions évoquées dans cette introduction.
1. Normes comptables et crise financière
Qui dit crise de la finance, dit aussi remise en question de son « langage » : la comptabilité.
Ainsi au fur et à mesure que la crise s’est amplifiée, on a vu des critiques s’élever contre les règles
comptables, en particulier les normes comptables internationales (les normes IAS/IFRS publiées
l’IASB) qui véhiculent le principe de la juste valeur. Cette dernière offre au lecteur des comptes un
éclairage nouveau et plus économique que les méthodes traditionnelles en valorisant certains actifs
et passifs à leur valeur de marché.
L’évaluation à la juste valeur est au centre de nombreux débats entre partisans et opposants d’une
conception anglo-saxonne de la comptabilité. Ses détracteurs y voient la porte ouverte aux
évaluations potentiellement biaisées et à l’introduction de la volatilité dans les états financiers des
firmes.
Qu’en est-il réellement du rôle des normes comptables dans la débâcle financière mondiale ? Ne
chercherait-on pas un responsable pour expliquer l’incapacité des dirigeants à enrayer une crise
profonde ? Ou bien la juste valeur est-elle un engrenage vertueux qui accentue les effets de la crise ?
Pour comprendre les enjeux du problème, nous allons dans un premier temps établir une brève
chronologie de la crise financière, puis nous verrons quels sont les effets de la juste valeur sur le cycle
de la crise et enfin pour terminer, nous nous demanderons, si ce n’est pas la juste valeur, quelles sont
les causes principales de la crise financière ?
1.1. L’enchaînement des évènements qui ont amené la crise de 2007
Depuis août 2007 s’est déclenché ce qu’on compare désormais à un « tsunami financier » (Jacques Attali)
ou à « la plus grave crise économique depuis 1929 » (Alan Greenspan). Les unes après les autres, des
banques d’affaires prestigieuses, des compagnies d’assurances centenaires, de grands noms de la banque
commerciale, aux États-Unis comme en Europe, accumulent des pertes considérables aboutissant à un
rachat – souvent à vil prix – par un concurrent (Merril Lynch, Bear Stearn…), à une nationalisation
(Northern Rock, Fortis…), ou, pour les moins chanceuses, à la faillite (Lehman Brothers…).
Il serait bien audacieux de ne voir là qu’un processus de « destruction créatrice », selon les termes de
Schumpeter, au vu des conséquences brutales et dramatiques sur l’économie réelle, celle de la
production et de la consommation, de l’emploi et de l’investissement, des pays du monde entier, à
commencer par les pays les plus développés (États-Unis et Europe).
Le mécanisme de la crise est désormais bien connu, et nombreux sont les travaux économiques qui
en dévoilent le « scénario ». La crise trouve sa source au début des années 2000 aux États-Unis
lorsque, pour lutter contre la récession générée par l’éclatement de la bulle Internet puis les attentats
du 11 septembre 2001, les taux d’intérêt américains ont été ramenés à des niveaux historiquement
bas (1 % soit des taux réels négatifs), générant une abondance de liquidités et des primes de risque
très faibles. Une bulle du crédit s’est donc formée qui s’est traduite, aidée par la concurrence entre
des prêteurs parfois avides et peu scrupuleux, par une distribution souvent agressive de prêts
immobiliers à taux variable aux ménages américains, en particulier les plus modestes (prêts «
subprimes »). Octroyés sur la valeur estimée des biens et non sur la capacité de remboursement,
nombre de ménages sont ainsi devenus « propriétaires » sans en avoir les moyens ; mais qu’importe,
les prix de l’immobilier américain semblaient devoir grimper sans limite. Tel est le premier acte de la
crise.
Le deuxième acte de la crise a pour nom « titrisation ». Afin de poursuivre plus encore leur activité de
prêts hypothécaires que les normes prudentielles (dites de « Bâle II ») bridaient par leurs exigences
d’un ratio de fonds propres, les institutions financières ont cédé des portefeuilles de prêts à des
investisseurs spécialisés qui les transformaient par des techniques de titrisation en produits structurés
de crédit et les cédaient ensuite sur le marché. Certains des prêts immobiliers qui étaient identifiés
comme plus risqués que les autres (subprimes) se sont ainsi retrouvés mélangés à d’autres prêts,
noyés dans des produits « exotiques » bien notés par les agences de notation et achetés par les
investisseurs du monde entier.
Entre 2000 et 2007, porté par une hausse continue des prix de l’immobilier américain et un laxisme
grandissant dans les conditions d’octroi des prêts, le marché des produits structurés de crédit a connu
un développement spectaculaire, passant de 640 à plus de 2 000 milliards de dollars. Sur ce total, la
part des crédits subprimes est elle-même passée durant la même période de 8 % à plus de 20 %.
Le troisième acte de la crise intervient à la fin de l’année 2005, lorsque la FED, la banque centrale
américaine, a commencé à relever fortement ses taux d’intérêt. Les ménages américains les plus
fragiles ne furent alors plus en mesure d’assumer la charge de leur emprunt dont le taux était
variable. Le taux de défaut de paiement sur les prêts hypothécaires des ménages, qui atteignait à
peine 4 % en 2005 a alors considérablement augmenté pour atteindre 10 % en septembre 2007 puis
20 % à la fin de cette même année.
L’effondrement de la valeur des prêts subprimes et des titres adossés aux prêts hypothécaires dans
leur ensemble – comme une pomme pourrie dans un panier contamine tous les fruits – a obligé les
institutions financières qui les détenaient – banques, compagnies d’assurances, fonds communs de
placement, aux États-Unis mais également dans le monde entier, car le monde entier avait acheté ces
produits – à inscrire dans leurs comptes des dépréciations considérables et à afficher des pertes dont
le montant cumulé, en janvier 2009, atteignait 1 200 milliards de dollars (soit 925 milliards d’euros).
Le FMI a même pronostiqué qu’elles atteindraient un total de 2 200 milliards de dollars…
Le quatrième acte de la crise est, bien sûr, sa transmission à l’économie réelle, par le biais des faillites
d’institutions financières, du resserrement du crédit et de la paralysie du marché interbancaire.
1.2. Le rôle des normes comptables dans la crise financière
Les normes comptables interviennent au troisième acte de la crise, lorsqu’elles ont contraint les
institutions financières à afficher des pertes considérables sur leur portefeuille d’instruments
financiers, pertes qui, pour certaines, les ont menées à la faillite.
En effet, tant la norme IAS 39, applicable dans l’Union européenne, que la norme FAS 157, applicable
aux États-Unis, imposent que les actifs et passifs négociables soient évalués à leur « juste valeur »,
c'est-à-dire à leur valeur telle qu’elle est fixée par le marché.

Cependant, dans le monde économique, se pose la question du rôle d’accélérateur de crise d’un tel
principe comptable. En outre, « le concept de juste valeur, qui a été élaboré pour amener de la
transparence, a été vilipendé comme un traître par certains, et porté aux nues par d’autres, comme
un sauveur révélant les problèmes à point nommé ». C’est en ces termes que Robert Herz, le
président du Financial Accounting Standards Board (FASB – organisme chargé d’établir et d’améliorer
les normes comptables américaines), résumait la situation le 8 décembre 2008. En effet, si la juste
valeur, principe commun et fer de lance des IFRS et des US GAAP, présente l’avantage de gonfler les
performances d’un groupe en période de croissance et de favoriser une communication financière
plus limpide, elle entraîne inexorablement un cercle vicieux lorsque les indicateurs virent au rouge.
C’est d’ailleurs ce même concept qui a engendré une vague de défiance parmi tous les acteurs du
monde des affaires et enclenché la mutation progressive d’une crise financière qui est peu à peu
devenue bancaire. Parmi ces acteurs, on note principalement les dirigeants de grandes banques qui
ont accusé l’IAS 39 d’être à l’origine de l’amplification de la crise. En effet, ces derniers détiennent une
grande quantité d’actifs et de passifs financiers, et la dégradation de la situation financière mondiale a
entraîné une crise de l’évaluation de ces éléments, sensiblement liés à la situation boursière du
marché. Par conséquent, les organismes financiers ont dû revoir à la baisse la valeur de leurs
portefeuilles, aggravant ainsi un peu plus le sentiment de défiance.
Cette crise financière a remis en lumière les attaques adressées aux normes comptables
internationales, et principalement l’IAS 39, quant à la volatilité potentielle que pourrait provoquer la
notion de la juste valeur sur les comptes. Ce concept, essentiellement utilisé pour la valorisation des
instruments financiers, reste un sujet délicat et controversé. Il fait donc l'objet d’une multitude de
débats, à tel point que c'est avec une réactivité étonnante que l’organisme chargé de la normalisation
comptable (IASB) a envisagé un assouplissement de la norme avant de se diriger vers un projet
d’amendement.
Ces critiques, souvent formulées de manière plus au moins vague, couvre un champ et des intentions
beaucoup plus larges. Elles remettent, en effet, en cause tout le système comptable international, non
seulement lorsqu’il s’agit de l’application de la notion de la juste valeur, mais de manière beaucoup
plus générale l’inadaptation pure et simple de ses règles comptables vis-à-vis du système financier en
situation de crise.
1.2.1. La Juste Valeur comme Bouc-Emissaire de la crise financière de 2007
1.2.1.1 L’institution de la Juste Valeur comme Modèle d’Evaluation
L’objectif premier de l’évaluation des actifs à la juste valeur en IFRS est de délivrer aux investisseurs
une valeur plus juste car plus proche de la réalité des marchés. Cet objectif se fonde sur la théorie de
l’agence et la théorie des marchés efficients.
Les défenseurs de la juste valeur mettent en avant la valeur de marché qui est indépendante des
contingences propres aux entreprises, et permet ainsi la comparaison. La juste valeur, au sens de
valeur de marché, est censée être observable et fiable et doit permettre aux investisseurs d’émettre
un meilleur jugement sur la performance des entreprises. La juste valeur est alors la valeur la plus
pertinente.
En réalité, le mot anglais « fair » ne laisse pas de doute, il s’agit bien du sens moral puisqu’il signifie
dans ce contexte : loyal, équitable, impartial, honorable, honnête.
Dans un souci de transparence l’IASB a longtemps souhaité un périmètre d’application très large de la
juste valeur. Le projet « full faire value » ou juste valeur intégrale proposé en 2000 prévoyait une
extension de la juste valeur à tous les instruments financiers. Devant les réticences exprimées par de
nombreuses parties prenantes lors de l’exposé du projet de norme, la version définitive de 2003 ne
prévoyait plus cette extension.
L’IASB avait pris conscience de la difficulté d’application de la juste valeur et avait donc limité son
champ d’application aux actifs et aux passifs pour lesquels il existait à priori, un marché.
L’approche de la comptabilité à la juste valeur a trouvé une partie de sa justification en raison de
l’utilisation croissante d’instruments financiers. Le modèle de la juste valeur permettait alors une
analyse plus fine des variations de valeur.
Il est légitime de considérer que l’introduction de la « juste valeur » dans l’évaluation des actifs et des
passifs constitue un indéniable progrès par rapport à l’évaluation traditionnelle au coût historique ;
cette dernière figeait en effet dans le bilan des entreprises une valeur parfois très éloignée de leur
valeur réelle. La « juste valeur » améliore donc l’information des investisseurs qui disposent ainsi,
trimestre après trimestre, d’une évaluation fine de leurs plus ou moins-values potentielles, ainsi que
du profil de risque des entreprises concernées, permettant ainsi une meilleure allocation des
investissements.
La contrepartie, c’est cependant une forte volatilité de la valeur des actifs et des passifs. Parce que
celle-ci est fixée par des marchés financiers qui peuvent connaître aléas, passions médiatiques ou «
bulles », le résultat et le bilan des entreprises – et en particulier celui des institutions financières qui
sont gorgées d’instruments financiers – découlent plus de la bonne ou mauvaise orientation de ceux-
ci que des résultats de la gestion ordinaire de leur activité. Lorsque les marchés sont à la hausse, le
résultat augmente mécaniquement ; à l’inverse, lorsque les marchés sont à la baisse, le résultat se
réduit dans les mêmes proportions, quelles que soient les décisions de gestion des dirigeants ou la
performance de l’activité ordinaire. Ces normes comptables aboutissent à déconnecter les résultats et
la valeur de l’entreprise de son activité propre.
Ce qui est déjà un problème en soi peut devenir encore plus grave lorsque les marchés ne
fonctionnent plus correctement, comme en période de crise. En effet, la « juste valeur » repose, dans
sa définition même, sur un postulat : « La juste valeur est le montant pour lequel un actif pourrait
être échangé, ou un passif éteint, entre parties bien informées, consentantes, et agissant dans des
conditions de concurrence normale ». En d’autres termes, l’application de la « juste valeur » suppose
un marché fonctionnant dans des conditions normales, c'est-à-dire suffisamment liquide pour fixer un
prix à l’actif ou au passif concerné.
Or, l’une des caractéristiques de la crise financière est la contraction du marché des produits
structurés de crédit et de la titrisation en général. Revenus à la raison et conscients de l’effondrement
du sous-jacent de ces produits dérivés (l’immobilier américain), les investisseurs refusent désormais
d’acheter ces produits. Leur valeur de marché est donc théoriquement nulle, obligeant ainsi leurs
détenteurs, en application des normes comptables, à les déprécier massivement dans leur bilan. Or, la
valeur ne peut être nulle, et l’immobilier américain ne vaudra jamais zéro. La valeur reflétée par les
marchés n’est plus la valeur réelle, même amoindrie, mais reflète simplement le volume de liquidé
dont disposent les acheteurs, ce qui est le propre des marchés imparfaits. Les normes IFRS n’avaient
simplement pas anticipé les effets de la liquidité sur la valeur des instruments financiers, postulant le
fonctionnement parfait des marchés.
1.2.1.2. La juste valeur dans un contexte de crise
Le concept de juste valeur fait l’hypothèse d’un marché efficient. Or, ces hypothèses, déjà discutables
en temps normal, se retrouvent totalement remises en question dans les circonstances qu’ont
connues les marchés à l’automne 2008. Dans un marché efficient, le prix d’un titre financier est censé
refléter parfaitement ses caractéristiques (rendement attendu, risque encouru, liquidité, dispositions
fiscales...). Si l’on se replace dans un contexte de crise, on voit mal comment l’évaluation des actifs
financiers pourrait se réaliser de manière optimale. D’une part, l’accès à l’information devient difficile
de par l’opacité de la communication financière des entreprises, les incertitudes liées à la conjoncture
et la complexité des montages financiers opérés ces dernières années (à l’instar de la titrisation).
D’autre part, un véritable phénomène de défiance se met en place entre les acteurs, rendant
rapidement les titres illiquides sur des marchés devenus inactifs. Par conséquent, la rareté des
transactions implique des prix excessivement faibles, ce qui se traduit par des valorisations
anormalement basses et des provisionnements massifs dans les états financiers des banques. Il
devient ainsi très compliqué de procéder à l’évaluation à la juste valeur de titres pour lesquels il n’y a
aucune visibilité. Lorsque l’on sait que l’essentiel du bilan des banques est composé d’instruments
financiers, on comprend mieux pourquoi celles-ci ne cessent de solliciter un assouplissement rapide
de la juste valeur.
Au-delà de l’évaluation séparée de chaque instrument financier, il faut bien comprendre que les bilans
des établissements financiers sont interdépendants de par la mondialisation des échanges et qu’un
cercle vicieux peut rapidement être enclenché en cas de dégradation prolongée de la conjoncture.
C’est donc en ce sens que la norme IAS 39 a rapidement été accusée d’être un accélérateur de crise.
1.2.1.3. Les problèmes posés par la juste valeur
 La volatilité inhérente à l’évaluation à la Juste Valeur : Un des problèmes posés par la juste
valeur concerne la volatilité des résultats et des fonds propres bancaires. Sur un échantillon de
grandes banques américaines, [Barth M. E. et al.(1995)] ont constaté que l’évaluation à la juste valeur
telle que préconisée dans les normes américaines sur les instruments financiers induisait une plus
forte volatilité des résultats qu’avec le coût historique.
La volatilité d’un instrument financier illustre sa propension à s’écarter de façon positive ou négative
de son prix moyen durant une période précise. L’ampleur de cette propension interagie en grande
partie avec l’instabilité du marché. Le niveau de volatilité d’un produit renseigne sur le niveau de
risque qui lui est associé, plus la volatilité est grande, et moins le produit sera convoité, ce qui est tout
à fait normal.
Associée au facteur temps, la volatilité sur un même instrument peut facilement varier. Plus
précisément, l’évaluation à court terme du prix d’une action, peut subir de plus fortes fluctuations
que son évaluation à long terme. Certains facteurs comme la modification du taux d’intérêt ou d’une
évolution de la perception du risque, sont déclencheurs des effets de la volatilité. Une minime
variation des ces facteurs va entraîner une plus ou moins forte volatilité. C’est le cas des entités
bancaires, qui ont vu altérer leur perception du risque et ainsi multiplier leurs transactions dans un
élan de confiance.
La volatilité causée par l’évaluation à la Juste Valeur, a été mise sous le feu des projecteurs lors de la
crise des « Subprimes » sans doute à juste titre. En effet, nous avons assisté à une diminution des
instruments évalués à la Faire Value, causé par une atmosphère de méfiance à leur égard. Rappelons
que nous sommes en présence d’un contexte de crise de confiance, ayant affecté le monde de la
finance. Par effet de cascade, la crise a laissé place au phénomène d’illiquidité dans les marchés,
rendant difficile la détermination de la Juste Valeur dans un marché actif. C’est alors que des
difficultés de mise en oeuvre de la Juste Valeur apparaissent.
L’IASB suggère dans ses normes comptables, qu’en cas d’absence de marché actif, qu’une estimation
interne de la Juste Valeur soit effectuée, bien évidement ceci inclus un part de jugement dans cette
situation. En d’autres termes, l’illiquidité des marchés a contraint les banques à développer dans
l’urgence des modèles de valorisation afin de répondre aux conditions de marché. C’est en ce simple
fait que réside le risque majeur inhérent à la Juste Valeur, dès lors qu’il y a une appréciation
extérieure à ses principes de mesure, cette dernière perd alors son caractère objectif, et devient
subjective.
 L’effet procyclique de la juste valeur : la procyclicité au sens strict, est la propension des
variables financières à évoluer autour d’une tendance durant le cycle économique. Son augmentation
correspond donc à des fluctuations d’une ampleur plus importante. On observe alors des
comportements dit « procycliques », c'est-à-dire qu’en période d’ « euphorie », les marchés ont
tendance à montrer de bonnes performances multipliant ainsi les prises de risques de la part des
acteurs financiers. La Juste Valeur est rendue responsable d’accentuer les effets du cycle économique.
Ce phénomène a été de très grande ampleur pour les banques, qui durant la Bulle financière ont
accentué fortement leur prise de risque.
Avec l’application de la Juste Valeur, dans le cas où le cours en bourse augmente, les banques vont
enregistrer une plus-value qui augmentera la valeur du bilan. A contrario, si elle constate une baisse
des cours boursiers, cette baisse sera immédiatement répercutée dans les états financiers soumettant
ainsi les bilans des banques à une forte volatilité, mais surtout à une forte vulnérabilité. Autant de
volatilité illustre une logique court-termiste de la Juste Valeur.
C’est alors qu’intervient cet effet procyclique, qui va accentuer la volatilité du marché, et par effet
ricochet accentuer l’illiquidité de ce dernier. Une tendance boursière à la baisse, va entrainée de la
part des banques l’enregistrement de très grosses pertes détériorant ainsi le bilan en cette période de
ralentissement.
 Modélisation de la juste valeur : les normes IFRS comme les normes américaines US GAAP,
ont prévu le cas où la « juste valeur » ne peut être fixée, en l’absence de valeur de marché. Dans ces
conditions, elle est déterminée grâce à des modèles mathématiques de valorisation qui recréent,
théoriquement, le prix auquel aurait abouti une opération équilibrée dans un marché liquide. Mais
ces modèles étaient à l’origine conçus pour des actifs pour lesquels n’existaient pas de marchés
organisés, et non pour les cas où le marché existant ne fonctionnait pas.
Ce « mark to model », par opposition au « mark to market », est depuis août 2007 largement utilisé
par les institutions financières pour leurs produits structurés de crédit, du moins par celles qui avaient
anticipé le problème et affecté des ressources suffisantes au développement de ces modèles
mathématiques complexes.
Mais le problème n’est pas pour autant résolu. Non seulement la « juste valeur » ainsi établie par la
modélisation mathématique des conditions de marché des produits structurés de crédits n’a pas
empêché leur dépréciation massive dans le bilan des banques mais elle a aussi jeté la suspicion sur les
montants de dépréciation ainsi annoncés. En effet, personne ne sait, en dehors des directions
financières des établissements concernés, quelles hypothèses ont été utilisées pour créer ces
modèles. L’asymétrie d’information ainsi créée entre les banques et les investisseurs a renforcé la
méfiance de ces derniers ainsi que celle des banques entre elles.
Par conséquent, les banques, déjà échaudées, ont commencé à se méfier les unes des autres parce
qu’aucune n’était en mesure, malgré la publication des comptes trimestriels de leurs contreparties, de
savoir si leur bilan comportait une juste évaluation des risques et des dépréciations. La paralysie du
marché interbancaire que nous vivons actuellement découle sans aucun doute de ce phénomène qui
repose en partie sur les normes comptables.
La « juste valeur », que celle-ci découle du « mark to market » ou du « mark to model », a donc
contraint les institutions financières à déprécier massivement la valeur de leurs produits structurés de
crédit mais également celle de l’ensemble de leur portefeuille de titres négociables, à mesure que les
marchés boursiers se retournaient.
Au-delà de ce débat même, les effets vertueux de la juste valeur ont souvent été passés sous silence.
Ces effets se sont pourtant manifestés en deux temps lors de la crise :
 En premier lieu, lors de son déclenchement, la juste valeur a constitué un révélateur de la
crise, en contraignant les banques à enregistrer dans leurs comptes la dégradation de la
qualité de leurs titres dès sa constatation, enregistrement qui aurait été plus tardif si ces titres
avaient été valorisés à leur coût historique.
 En second lieu, les garanties de transparence apportées aux investisseurs par la juste valeur
peuvent contribuer à restaurer la confiance, et donc à accélérer la sortie de crise. Comme le
prouve l’exemple de certaines crises passées, le maintien d’une comptabilisation au coût
historique aurait occulté plus longtemps la réelle exposition au risque des banques et favorisé
la défiance des analystes, sans pour autant garantir l’absence de mécanismes procycliques,
générés par le passage de provisions pour dépréciations.
Il résulte de ce qui précède que la mesure des instruments financiers comptabilisés au coût amorti
pourrait être aussi problématique que l'évaluation des actifs à la juste valeur. La raison peut être trouvée
dans les exigences de la norme IAS 39 pour la dépréciation des actifs financiers évalués au coût
amorti. Cette norme prescrit un modèle dit «des pertes avérées» qui reportait la comptabilisation
des pertes de crédit jusqu’à l’identification d’une indication objective d’un évènement générateur de
perte de crédit. Ce principe a diverses conséquences qu’on évoquera dans la section suivante.
1.2.2. La procyclicité et la constitution de provisions bancaires
Les banques utilisent les provisions pour créances douteuses pour couvrir les pertes provenant de la
défaillance de leurs emprunteurs ou de l’incapacité des emprunteurs à rembourser le principal et/ou
les intérêts. Les pertes sont généralement enregistrées, poste par poste, lorsqu’elles interviennent, ou
au moment où elles sont susceptibles d’intervenir, comme conséquence d’une dépréciation des actifs,
d’une appréciation des passifs ou d’une forte présomption de la dégradation de la valeur d’un
engagement.
Du point de vue de la surveillance prudentielle, ce traitement comptable pourrait être amélioré.
Actuellement, étant donné que les pertes ne sont enregistrées qu’après être intervenues, les risques
de crédit apparaissent souvent trop tard dans le système comptable. En ce sens, les provisions ne
reflètent pas le véritable risque de crédit inhérent au portefeuille de prêts qui, d’un point de vue
économique, existe dès l’octroi du prêt. Pour ces raisons, on peut affirmer que le traitement
comptable actuel, découlant de la réglementation, favorise chez les banques un comportement de
prêt procyclique.
Le traitement actuel accroît également la variabilité des bénéfices et pertes bancaires au cours du
cycle d’activité, ce qui influe sur la stabilité financière globale :
 Durant une phase de ralentissement économique, en raison de la détérioration généralisée de
l’activité, les emprunteurs éprouvent davantage de difficultés à satisfaire leurs obligations
financières, ce qui conduit les banques à renforcer leurs provisions pour créances douteuses.
Durant une telle phase économique, les provisions sont aussi gonflées par le volume
relativement important de prêts inscrits sur les livres des banques (prêts qui avaient été
contractés durant la phase antérieure de reprise lorsque les conditions de crédit étaient plus
souples). L’augmentation des provisions réduit les bénéfices comptables, incitant les banques
à restreindre leur offre de crédit précisément au moment où les emprunteurs ont le plus
besoin de liquidité. Cette restriction du crédit a tendance à accentuer le ralentissement
économique, créant ainsi un cercle vicieux.
 En revanche, au cours d’une phase de reprise, les profits sont dopés par la diminution des
provisions, due à l’amélioration générale de la conjoncture et au fait que les prêts contractés
durant la phase précédente de ralentissement représentent un volume moindre. Cette
rentabilité accrue amène les banques à assouplir leurs normes de crédit et à surfinancer les
emprunteurs intrinsèquement fragiles, amplifiant ainsi le cycle d’activité et contribuant à la
création de « bulles financières ».
Il convient de noter que, au sens statistique, un ralentissement économique devrait normalement
s’accompagner d’une augmentation des créances douteuses. Même s’il n’existe aucun signe de
dépréciation du portefeuille de prêts en phase ascendante du cycle d’activité, il est clair qu’une partie
du portefeuille se dépréciera au cours de la phase de recul qui s’ensuivra. Dans la mesure où les
pratiques actuelles de provisionnement ne peuvent prendre en compte ces pertes attendues, elles
surestiment les bénéfices durant les phases de reprise et les sous-estiment durant les phases de recul
de l’activité.
1.3. Les conséquences de la crise financière sur les normes comptables
1.3.1.La tentation d’un retour en arrière
L’une des pires décisions qui pourraient être prises, dans le contexte de crise actuel, serait de
remettre en cause l’application du référentiel IFRS. En effet, ce ne sont pas tant les normes IFRS elles-
mêmes qu’une seule norme, la norme IAS 39, dont la procyclicité peut être mise en accusation. Les
autres normes IFRS, de l’avis général, ne sont certes pas parfaites mais ont amélioré la transparence,
la sincérité et l’image fidèle des comptes ; elles ont conforté l’information financière des investisseurs
dans un contexte post-Enron où la comptabilité avait (déjà !) été mise en accusation. Il est facile
d’imaginer l’impact qu’aurait sur les investisseurs la remise en cause par l’Union européenne des
normes IFRS.
Certains soutiennent qu’il faudrait revenir sur l’évaluation des actifs et des passifs à la « juste valeur »,
le temps que l’orage se passe. Mais est-on sûr des conséquences d’une telle décision ? Si un titre est
inscrit dans les comptes d’une banque, par exemple à sa valeur historique, pour 100, mais que le
marché lui donne une valeur de 10, certes la banque n’inscrirait pas de dépréciation dans ses
comptes. Mais les conséquences seraient bien pires ! La confiance des investisseurs, de ses
actionnaires comme celle de ses clients serait ébranlée ! Qui investirait ou déposerait son argent dans
une banque dont le bilan ne refléterait pas la « juste valeur » de ses actifs qui, in fine, garantissent, en
cas de faillite, le remboursement de leurs créances ou de leurs dépôts ?
Adapter les modalités de calcul de la « juste valeur » ne serait-il pas la solution ? Ce ne sont pas les
idées qui manquent. Mais toutes présentent des inconvénients. Lisser les valeurs de marché sur six ou
douze mois ? Avec des indices de crédit déprimés depuis plus d'un an, la mesure aurait été inefficace.
Abandonner immédiatement, en cas de crise, la valeur de marché (« mark-to-market ») au profit
d'une estimation interne aux entreprises (« mark-to-model ») s'appuyant sur l'analyse fondamentale
de l'actif concerné ? Le procédé permet généralement aux dirigeants « d'ajuster les paramètres clefs
et, ainsi, d'influencer largement la valeur attribuée à un instrument donné », observe l'économiste
Nicolas Véron. « S'il est facile d'identifier les défauts de la « juste valeur », il est moins évident de
proposer une méthode alternative qui remplirait mieux les exigences de pertinence, de fiabilité, de
compréhension indispensables pour des normes de comptabilité financière ».
Or c’est justement une crise de confiance que traversait en 2007 le système financier. Le marché
interbancaire est bloqué parce que les banques ne se font plus confiance les unes aux autres. Qu’en
serait-il si leur bilan publié ne faisait plus mention de la valeur réelle de leurs actifs « toxiques » mais
d’une valeur « fictive » reposant par exemple sur le prix d’acquisition de ceux-ci ?
Alors, en période de crise, n’y aurait-il pas des vertus à voir ces corrections prises en compte dans le
bilan des institutions financières ? En les incitant à un assainissement de leur bilan, les normes IFRS
obligent les banques à constater trimestre après trimestre leurs pertes sans possibilité de s’accrocher
au coût historique pour en reporter la constatation.
Il est toujours tentant de vouloir casser le thermomètre mais la fièvre ne disparaîtra pas pour autant.
La grande majorité des analystes financiers soulignent avec force la pertinence de la « juste valeur »,
qui seule garantit la transparence des comptes, la confiance des investisseurs et, in fine, le bon
fonctionnement de l’économie.
1.3.2. Un aménagement bienvenu mais incomplet de la norme IAS 39
Cependant, le maintien de l’évaluation des actifs et des passifs à la « juste valeur » n’interdit pas – et
justifie d’une certaine façon – que celle-ci soit améliorée. L’un des reproches majeurs adressés à la
norme IAS 39 par les intervenants auditionnés par la Mission d’information, en particulier les
banques, est la rigidité introduite par celle-ci en matière de classification des instruments financiers.
En effet, la norme IAS 39 définit quatre catégories dans lesquels les entreprises doivent classer leurs
actifs :
– les actifs financiers détenus à des fins de transaction ;
– les placements détenus jusqu’à leur échéance ;
– les prêts et créances émis par l’entreprise ;
– les actifs disponibles à la vente (c'est-à-dire les actifs financiers qui ne sont classés dans aucune des
trois autres catégories).
De plus, les modalités d’évaluation de ces instruments diffèrent selon la catégorie dans laquelle ils ont
été classés :
o les actifs et passifs financiers détenus à des fins de transaction sont comptabilisés à
leur « juste valeur », les variations de juste valeur étant comptabilisées dans le résultat
de l’exercice ;
o les placements détenus jusqu’à leur échéance et les prêts et créances émis ou détenus
jusqu’à leur échéance sont comptabilisés au coût historique amorti, la perte ou le
profit étant constaté dans le résultat de l’exercice ;
o les actifs disponibles à la vente sont comptabilisés à leur « juste valeur », la variation
de juste valeur étant constatée dans les capitaux propres.
Enfin, la norme IAS 39 n’autorise pas les transferts d’instruments financiers d’une catégorie à une
autre, sauf les transferts de la catégorie des placements détenus à échéance vers celle des actifs
disponibles à la vente, c'est-à-dire d’une évaluation au coût historique à une évaluation à la « juste
valeur ».
Or, les institutions financières ont leur bilan gorgé d’actifs financiers détenus à des fins de transaction
ou disponibles à la vente, notamment les banques d’investissement dont le métier est justement
d’acheter et de vendre des actifs financiers. Ces derniers étant obligatoirement comptabilisés à leur «
juste valeur », lorsque celle-ci s’effondre, les pertes se révèlent rapidement insoutenables. Si elles
avaient la possibilité (sous certaines conditions strictes) de transférer les actifs d’une catégorie où ils
sont évalués à la « juste valeur » vers une autre catégorie, elles n’auraient plus à subir dans leurs
comptes les soubresauts des marchés.
L’Union européenne a pris conscience des conséquences dommageables de la norme IAS 39 et a fait
pression sur l’IASB pour que celui-ci assouplisse ladite norme. L’IASB a adopté très rapidement un
amendement à la norme IAS 39 qui autorise les entreprises :
 à reclasser des actifs financiers non dérivés hors de la catégorie des actifs et passifs
détenus à des fins de transaction ;
 et à transférer les actifs financiers de la catégorie des actifs disponibles à la vente vers la
catégorie des placements détenus jusqu’à l’échéance (où ils sont évalués au coût
historique amorti), à la condition toutefois que l’entreprise ait l’intention et la capacité de
détenir ces actifs pendant un avenir prévisible ou jusqu’à la date d’échéance.
Cette possibilité de reclassement est applicable rétroactivement, à compter du 1er juillet 2008.
L’impact s’est donc fait sentir dès l’établissement des comptes du troisième trimestre 2008, clos le 30
septembre.
Cette possibilité de reclassement doit avoir pour effet de limiter l’impact négatif des fluctuations de
ces actifs sur le marché et de réduire l’incertitude sur la valeur comptable des établissements
bancaires et des compagnies d’assurance plus particulièrement.
Cette reclassification des instruments financiers va naturellement impacter les comptes. Les
reclassements doivent être effectués à la juste valeur des actifs en date de reclassement. Cette juste
valeur devient alors le prix de revient mais interdit toute reprise de gains ou de pertes constatés en
résultat avant ce reclassement. L’application de la norme permet de transférer des actifs financiers
initialement enregistrés dans une rubrique comptable nécessitant l’utilisation du mark-to-market vers
d’autres rubriques (held-to-maturity ou Available for sales, par exemple).
L’amendement offert par les normes IAS 39 et IFRS 7 a été utilisé significativement pour la clôture du
31/12/2008 et semble avoir été bien accueilli par les établissements financiers, qui espèrent toutefois
voir leur périmètre s’élargir.
Son utilisation reste néanmoins hétérogène et ne favorise ni la transparence des comptes ni leur
comparabilité, introduisant un changement de méthode en cours d’exercice.
Enfin, ces assouplissements de la norme IAS 39 n’ont pas été jugés suffisants par les gouvernements
qui ont contribué à faire pression sur les deux normalisateurs (IASB et FASB) afin qu’ils repensent
leurs normes. Et s’il n’est pas question d’abandonner le principe de la juste valeur, on se dirige tout de
même vers une réforme complète de l’IAS 39 annoncée pour l’été 2009.

2. De l’IAS 39 à l’IFRS 9
Après plusieurs années consacrées à son élaboration, l’International Accounting Standards Board
(IASB) a finalisé son projet de remplacement de l’IAS 39 Instruments financiers : Comptabilisation et
évaluation avec la publication d’IFRS 9 Instruments financiers en juillet 2014.
L’IASB a décidé de remplacer l’IAS 39 suite aux critiques sévères vis-à-vis de cette norme dans la
foulée de la crise financière de 2007-2008. La première étape principale a été franchie en novembre
2009 avec la publication de nouvelles exigences de classement et d’évaluation des actifs financiers
(IFRS 9 (2009)). À ce moment, il semblait que le reste des exigences suivraient rapidement. Il n’est
toutefois pas étonnant qu’en raison de la complexité et du caractère controversé de cette question,
l’IFRS 9 n’ait été finalisée que presque cinq ans plus tard. L’échéancier qui suit présente l’historique de
la norme et des diverses modifications et révisions qui lui ont été apportées :

Novembre Octobre 2010 Décembre Novembre Juillet 2014


2009 2011 2013

IFRS 9 IFRS 9 Instruments Date d’entrée en IFRS 9 Instruments IFRS 9 Instruments


Instruments financiers (2010) vigueur obligatoire financiers (2013) – financiers (2014) •
• Ajout des exigences et obligations Comptabilité de Ajout d’exigences
financiers (2009)
de classement et d’information couverture et relatives aux pertes
• Traitement des d’évaluation des transitoires modifications d’IFRS de crédit attendues;
exigences de passifs financiers; (modifications 9, d’IFRS 7 et d’IAS 39 • Modifications aux
classement et • Intégration des d’IFRS 9 et d’IFRS 7) • Ajout du nouveau exigences de la
d’évaluation des exigences de • Modification de modèle général de norme en matière
actifs financiers. décomptabilisation la date d’entrée en comptabilité de de classement et
des actifs financiers et vigueur de l’IFRS 9 couverture; d’évaluation des
des passifs financiers pour les exercices • Autorisation de actifs financiers;
de l’IAS 39; ouverts à compter l’application anticipée • Présentation
• Apport d’une du 1er janvier 2015, de l’exigence de d’une nouvelle date
modification afin de et modification de présenter les d’entrée en vigueur,
traiter les questions
l’assouplissement à variations de la juste rendant la norme
relatives au risque de
l’égard du valeur attribuables au applicable aux
crédit propre
retraitement des risque de crédit exercices ouverts à
lorsqu’une entité
périodes propre dans les autres compter du 1er
choisit d’évaluer des
comparatives et des éléments du résultat janvier 2018
passifs financiers à la
informations à global relativement
juste valeur.
fournir connexes de aux passifs désignés
l’IFRS 7 comme étant à la
juste valeur par le
biais du résultat net;
• Retrait de la date
d’entrée en vigueur
du 1er janvier 2015.

L’IFRS 9 (2014) constitue un remaniement important des règles comptables qui s’appliquent aux
instruments financiers. Une nouvelle approche de classement des actifs financiers y est présentée et
le modèle de dépréciation fondé sur les pertes subies, maintenant obsolète, est remplacé par un
modèle de pertes attendues plus prospectif. Cela s’ajoute aux importantes nouvelles exigences à
l’égard de la comptabilité de couverture présentées à la fin de 2013.
Cette partie du mémoire sera consacrée à présenter les exigences de la nouvelle norme. Il traite de
chacun des chapitres qui composent la norme.
2.1. Phase 1 : Classification et évaluation des instruments financiers
Le classement et l’évaluation des actifs financiers constituent l’un des éléments de l’IAS 39 ayant fait
l’objet du plus grand nombre de critiques pendant la crise financière. Par conséquent, au moment de
la publication de la version initiale en 2009 de l’IFRS 9, l’IASB a fait un effort particulier afin de réduire
la complexité de la comptabilisation des actifs financiers en abaissant à deux le nombre de catégories
(juste valeur et coût amorti). Toutefois, à la suite de commentaires voulant que l’établissement de
deux catégories seulement créait une ligne de démarcation trop stricte et ne reflétait pas la façon
dont de nombreuses entreprises gèrent leurs actifs financiers, une catégorie additionnelle a été
ajoutée en juillet 2014 au moment de la publication de l’IFRS 9 (2014).
Selon l’IFRS 9, chaque actif financier doit être classé dans une des trois principales catégories qui
suivent :
• Coût amorti;
• Juste valeur par le biais des autres éléments du résultat global (JVAÉRG);
• Juste valeur par le biais du résultat net (JVRN).
Le classement est établi en fonction des deux éléments suivants à la fois :
a) Le modèle économique que suit l’entité pour la gestion des actifs financiers (test lié au modèle
économique);
b) Les caractéristiques des flux de trésorerie contractuels de l’actif financier (test lié aux
caractéristiques des flux de trésorerie).

Figure 2 : Classification des actifs financiers selon l’IFRS 9

Option de la juste valeur JVRN S’applique aux autres Option de la juste valeur
pour les non concordances actifs financiers qui ne pour les non concordance
comptables respectent pas les conditions comptables
du coût amorti ou de la
JVAÉRG (y compris les dérivés
JVAÉRG S’applique aux actifs sous et les placements dans des Coût amorti S’applique aux actifs
forme ‘d’instruments d’emprunt à sous forme d’instruments
instruments de capitaux
l’égard desquels : d’emprunt à l’égard desquels :
a) les flux de trésorerie contractuels propres). a) les flux de trésorerie contractuels
correspondent uniquement à des correspondent uniquement à des
remboursements de principal et à remboursements de principal et à
des versements d’intérêts et des versements d’intérêts et
L’IFRS
b) 9 utilise
le modèle le termeest« d’en
économique modèle économique » pour expliquer comment les actifs
b) le modèle financiers
économique est desont
les
percevoir les flux de trésorerie et la détenir afin d’en percevoir les flux
gérés et la mesure dans laquelle les flux de trésorerie découleront de la perception des flux de
vente. de trésorerie.
trésorerie contractuels, de la vente des actifs financiers, ou de ces deux éléments. La norme définit
clairement deux « modèles économiques » :
 Un modèle économique dont l’objectif est de détenir des actifs financiers afin d’en percevoir
les flux de trésorerie contractuels (« détenir afin de percevoir »);
 Un modèle économique selon lequel les actifs sont gérés dans le but d’atteindre un objectif
particulier en percevant les flux de trésorerie contractuels et en vendant les actifs financiers
(« détenir afin de percevoir et en vue de la vente »).
Le modèle économique que suit l’entité pour la gestion des actifs financiers :
 reflète la façon dont les actifs financiers sont gérés en vue de générer des flux de trésorerie;
 est établi par les principaux dirigeants de l’entité;
 ne dépend pas des intentions de la direction à l’égard de chaque instrument (est fondé sur un
niveau de regroupement supérieur qui reflète la façon dont les groupes d’actifs financiers sont
gérés collectivement afin d’atteindre un objectif d’affaires particulier).
Dans l’ensemble, le modèle économique que suit l’entité pour la gestion des actifs financiers est une
question de faits et est habituellement observable par des activités particulières que l’entité exécute
dans le but d’atteindre les objectifs dudit modèle économique. La norme met l’accent sur le fait qu’il
doit être établi en tenant compte de tous les éléments probants, pertinents et objectifs. Les facteurs
dont on peut tenir compte à cette fin comprennent ce qui suit :
o La façon dont la performance est évaluée et présentée aux principaux dirigeants de l’entité;
o La façon dont les risques influencent la performance du modèle économique et la façon dont
ces risques sont gérés;
o La façon dont les dirigeants de l’entité sont rémunérés (p. ex. si la rémunération est fondée sur
la juste valeur des actifs gérés ou le montant des flux de trésorerie contractuels perçus).
La détermination du modèle requiert l’expression d’attentes par rapport aux activités futures de
l’entité, mais ne devrait pas être fondé sur des scénarios auxquels l’entité ne s’attend
raisonnablement pas (p. ex. le « scénario le plus défavorable » ou le « scénario de simulation de
crise » sont exclus dans l’établissement du modèle).

Aspect pratique – plus d’un modèle économique?


Une entité peut suivre plus d’un modèle économique pour la gestion de ses instruments financiers. Par
exemple, lorsqu’une entité détient un portefeuille de placement géré dans le but d’en percevoir les flux de
trésorerie contractuels, et un autre portefeuille géré à des fins de transaction en vue de réaliser des
variations de la juste valeur. La norme souligne également que dans certaines circonstances, un portefeuille
d’actifs peut devoir être divisé en sous-portefeuilles afin de refléter la façon dont une entité les gère. C’est le
cas par exemple, si une entité détient un portefeuille de prêts hypothécaires et qu’elle gère certains prêts
dans le but de percevoir des flux de trésorerie contractuels tout en ayant un objectif de vendre certains
autres dans un avenir proche.

La deuxième condition nécessaire au classement dans la catégorie du coût amorti ou de la JVAÉRG


prévoit que les modalités contractuelles de l’actif financier donnent lieu, à des dates précises, à des
flux de trésorerie correspondant uniquement à des remboursements de principal et à des versements
d’intérêts sur le principal restant dû (« test lié aux caractéristiques des flux de trésorerie »).
Aux fins de l’application de ce test, le « principal » correspond à la juste valeur de l’actif financier au
moment de sa comptabilisation initiale. Les « intérêts » s’entendent comme étant la contrepartie :

 de la valeur temps de l’argent;


 du risque de crédit lié au principal restant dû pendant une période de temps en particulier;
 d’autres risques des prêts de base et les coûts liés;
 d’une marge de profit.

Les flux de trésorerie contractuels qui correspondent uniquement à des remboursements de principal
et à des versements d’intérêts sont cohérents avec une convention de prêt de base. Les modalités
contractuelles qui exposent une entité à des risques ou à la volatilité des flux de trésorerie
contractuels, qui ne sont pas présents dans une convention de prêt de base, comme l’exposition aux
variations du cours des actions ou du prix des marchandises, ne satisfont pas au test lié aux
caractéristiques des flux de trésorerie. De la même manière, les modalités qui rehaussent l’effet de
levier ne satisfont pas au test puisqu’elles augmentent la variabilité des flux de trésorerie
contractuels, ce qui se traduit par l’absence des caractéristiques économiques des intérêts.

Aspect pratique – test lié aux caractéristiques des flux de trésorerie


Exemples d’instruments qui satisfont au test lié aux caractéristiques des flux de trésorerie
• Un instrument comportant une date d’échéance stipulée à l’égard duquel les flux de trésorerie sont
entièrement fixes, ou comportant un intérêt à un taux variable ou à un taux combiné fixe et variable;
• Une obligation comportant une date d’échéance stipulée à l’égard de laquelle le principal et les intérêts sont
liés (sans effet de levier) à un indice d’inflation de la monnaie dans laquelle l’instrument est émis;
• Un instrument à taux variable comportant une date d’échéance stipulée offrant périodiquement à
l’emprunteur le choix d’un taux d’intérêt du marché;
• Une obligation comportant une date d’échéance stipulée et portant intérêt à un taux de marché variable
plafonné;
• Un prêt avec droit de recours intégral assorti d’une garantie.
Exemples d’instruments qui ne satisfont pas au test lié aux caractéristiques des flux de trésorerie
• Des dérivés;
• Des placements dans des instruments de capitaux propres;
• Une obligation convertible;
• Un prêt portant intérêt à un taux variable inversé;
• Un instrument dont les flux de trésorerie sont fondés sur le cours des actifs ou un indice.

2.2. Phase 2 : Cout amorti et dépréciation


L’IFRS 9 introduit un nouveau modèle de reconnaissance des dépréciations des actifs financiers, basé sur
les pertes de crédit attendues. Ce nouveau modèle qui s’applique aux actifs évalués au cout amorti ou
aux actifs financiers qui répondent au critère SPPI et qui sont évalués en juste valeur par OCI, constitue
un changement par rapport au modèle actuel d’IAS 39, basé sur les pertes de crédit avérées ; le modèle
actuel ayant fait l'objet de nombreuses critiques durant la crise économique.
Pour cette phase, on va s’arrêter à ce niveau, sans entrer dans les détails, étant donné que le modèle de
pertes encourues et le modèle de pertes attendues seront traités, respectivement, dans le chapitre 2 et
le chapitre 3.
2.3. Phase 3 : Comptabilité de couverture
En novembre 2013, l’IASB a publié la phase 3 de l’IFRS 9 intitulé « Comptabilité de couverture ».
Les exigences de comptabilité de couverture de l’IAS 39 ont fait l’objet de nombreuses critiques en raison
de leurs règles complexes se traduisant par l’impossibilité pour les entités d’utiliser la comptabilité de
couverture ou encore, dans certains cas, les décourageant tout simplement de le faire. Par exemple,
l’efficacité de la couverture était appréciée à la fois prospectivement et rétrospectivement, prévoyant un
« intervalle » de 80 % à 125 % pour évaluer l’efficacité rétrospective sur une base quantitative. Tout
résultat se situant en dehors de cet intervalle se traduisait par la cessation de la comptabilité de
couverture, entraînant une volatilité du résultat net. Cette complexité reflétait en partie le fait que les
exigences de comptabilité de couverture constituaient une exception aux exigences habituelles de
l’IAS 39. Il y avait aussi une perception d’après laquelle la comptabilité de couverture ne reflétait pas les
activités actuelles de gestion des risques des entités, réduisant par le fait même l’utilité de leurs états
financiers.
Les nouvelles exigences de l’IFRS 9 cherchent à corriger certains de ces problèmes en alignant plus
étroitement la comptabilité de couverture avec les activités de gestion des risques des entités en :
o augmentant l’admissibilité autant des éléments couverts que des instruments de
couverture;
o mettant en place une approche davantage fondée sur des principes pour évaluer
l’efficacité de la couverture.
Par conséquent, les nouvelles exigences devraient permettre de réduire la volatilité du résultat net. Cette
flexibilité accrue des nouvelles exigences est toutefois en partie contrebalancée par l’interdiction pour les
entités de mettre volontairement fin à la comptabilité de couverture ainsi que par les exigences plus
détaillées d’informations à fournir.
Parmi tous les changements, il est facile d’oublier que certains aspects importants demeurent inchangés
par rapport aux exigences antérieures de l’IAS 39, notamment :
• La comptabilité de couverture demeure un choix;
• Les trois types de relation de couverture (couvertures de juste valeur, de flux de trésorerie et
d’investissement net) demeurent en vigueur;
• Une désignation formelle et une documentation structurée décrivant la relation de couverture est
requise;
• Les inefficacités doivent être évaluées et incluses dans le résultat net;
• La comptabilité de couverture ne peut pas être appliquée rétrospectivement.

3. Le passage d’un modèle de la perte encourue selon la norme IAS 39 à un modèle


de pertes attendues selon IFRS 9
Il convient de noter, à ce niveau, que notre travail porte exclusivement sur les actifs financiers évalués
"au coût amorti" pour deux raisons :
 Pour les actifs financiers évalués « à la juste valeur », la totalité des gains et des pertes est
présentée soit dans le compte de résultat soit dans les autres éléments du résultat global. Par
conséquent, il n’est pas nécessaire d’évaluer ces actifs pour en vérifier la dépréciation ;
 Pour pouvoir effectuer, dans le dernier chapitre de cette partie, une comparaison directe entre
le modèle de « perte encourue » selon l’IAS 39 et le modèle de « perte attendue » instauré par
l’IFRS 9.
3.1. Le modèle de la perte encourue selon la norme IAS 39
3.1.1. Comptabilisation et évaluation initiale des instruments financiers selon IAS 39
Tous les instruments financiers sont initialement évalués à la juste valeur.
Un actif financier évalué au coût après la comptabilisation initiale est évalué initialement à sa juste
valeur. Les coûts de transaction sont inclus dans l'évaluation initiale de tous les actifs et passifs
financiers (à l’exception des actifs et passifs financiers à la juste valeur par le biais du compte de
résultat).
Selon l’IAS 39, il n'est pas approprié de comptabiliser des profits ou pertes lors de la comptabilisation
initiale d'un instrument financier puisque la meilleure indication de la juste valeur d’un instrument
lors de sa comptabilisation initiale est présumée être le prix de la transaction (c'est-à-dire le coût).
3.1.2. Evaluation et comptabilisation postérieure à l'acquisition des instruments
financiers
Après leur comptabilisation initiale, les prêts et créances non détenus à des fins de transaction, les
placements détenus jusqu'à leur échéance sont évalués au coût amorti, à l'aide du taux d'intérêt
effectif. Les placements en instruments de capitaux propres et qui n'ont pas de prix coté sur un
marché actif et dont la juste valeur ne peut être évaluée de façon fiable sont évalués au coût.
Le coût amorti d'un actif (ou d'un passif financier) est le montant auquel l'actif financier (ou le passif
financier) a été évalué lors de sa comptabilisation initiale diminué des remboursements en principal,
majoré ou diminué de la différence entre les intérêts calculés selon la méthode du taux d’intérêt
effectif et les intérêts réellement encaissés (ou décaissés), et diminué de toute réduction pour
dépréciation ou non recouvrabilité (opérée directement par le biais d'un compte de correction de
valeur).
La méthode du taux d'intérêt effectif est une méthode de calcul du coût amorti à l'aide du taux
d'intérêt effectif d'un actif ou d'un passif financier (ou d'un ensemble d'actifs ou de passifs financiers).
Pour un actif ou un passif financier spécifique, le taux d'intérêt effectif est le taux qui actualise
exactement le flux attendu des sorties de trésorerie futures pendant la durée de vie de l'instrument
financier à la valeur comptable nette actuelle de l'actif ou passif financier. Ce calcul doit inclure
l'intégralité des commissions et des points payés ou reçus entre les parties au contrat.
Aspect pratique – calcul du taux d’intérêt effectif
Un emprunt de 1 000 obligations de nominal 100 est effectué au taux de 3,3 % sur 20 ans, la valeur de
remboursement des obligations étant de 110, alors que la valeur d'émission était de 95. Il y a lieu de tenir compte
de frais d'émission pour 2 858.
Par rapport à la valeur de remboursement, le taux de l'emprunt est de 3,3% * 100 / 110 = 3 %.
L'annuité constante de remboursement est 110 × 1 000 × 0,03 / (1 – 1,03 -20) = 7 393,73
Le taux effectif est le taux i pour lequel (95 × 1 000 – 2 858) = 7 393,73 * [1-(1+i) -20] / i

3.1.3. Dépréciation et irrécouvrabilité d'actifs financiers


3.1.3.1. Les indicateurs de dépréciation
Un actif financier est déprécié s’il est probable que sa valeur comptable soit supérieure à sa valeur
recouvrable estimée. A chaque date de clôture, l’entreprise doit apprécier s’il existe une indication
objective de dépréciation d’un actif ou d’un groupe d’actifs financiers. S’il existe une telle indication,
l’entreprise doit estimer la valeur recouvrable de l’actif ou du groupe d’actifs et comptabiliser toute
perte de valeur.
Ci-dessus, nous citons quelques exemples d’indicateurs objectifs de l’existence d’une dépréciation :
 Des difficultés financières importantes de l’emprunteur ;
 Un défaut de paiement des intérêts ou du principal ;
 L’octroi par le prêteur à l’emprunteur, pour des raisons économiques ou juridiques liées aux
difficultés financières de l’emprunteur, d’une facilité que le prêteur n’aurait pas envisagée dans
d’autres circonstances (extension du crédit, etc.) ;
 La possibilité croissante d’une faillite ou d’une restructuration financière de l’émetteur ;
 La disparition d’un marché actif pour cet actif financier, suite à des difficultés financières ;
 Des données observables indiquant une diminution évaluable des flux de trésorerie futurs
estimés provenant d’un groupe d’actifs financiers depuis la comptabilisation initiale de ces
actifs, bien que la diminution ne puisse pas encore être rattachée à chaque actif financier du
groupe, y compris :
 Des changements défavorables de la solvabilité des emprunteurs du groupe (par
exemple, une augmentation du nombre de retards de paiement ou une augmentation
du nombre d’emprunteurs par carte de crédit qui atteint leur limite d’autorisation et
paient le montant minimum mensuel) ;
Ou
 Une situation économique nationale ou locale corrélée avec les défaillances des actifs
du groupe (par exemple, augmentation du taux de chômage dans la zone
géographique des emprunteurs, baisse des prix immobiliers pour les prêts
hypothécaires dans la région concernée, baisse des prix du pétrole pour les actifs
financés au profit des producteurs de pétrole, ou des changements défavorables de la
situation du secteur affectant les emprunteurs du groupe).
Le fait que les obligations d’une entreprise voient leur valeur se détériorer, ou ne soient plus cotées,
ne constitue pas nécessairement un élément objectif de dépréciation, sauf si cette diminution de
valeur est associée à d’autres éléments objectifs tels que cités plus haut.
Aspect pratique – Indications de dépréciation
Le 14 février 20X1, Prêteur inc. a prêté 100 000 $ à l’un de ses clients, Grand Producteur inc.
Le 31 décembre 20X1, il est évident que les tendances propres à ce client ne sont plus les mêmes, et l’un des
concurrents de Grand Producteur a lancé un nouveau produit qui connaît un véritable essor, ce qui fait en sorte
que le produit de Grand Producteur est dépassé et n’est plus aussi populaire qu’auparavant. De plus, Grand
Producteur a demandé à Prêteur inc. de renégocier et de prolonger le délai de remboursement, car les
événements récents lui occasionnent des problèmes de flux de trésorerie.
Prêteur inc. doit considérer que la demande de prolongation du délai de remboursement et l’affaiblissement de la
situation économique de Grand Producteur sont des indications d’un changement défavorable important dans le
calendrier ou le montant prévu des flux de trésorerie de son prêt.

3.1.3.2. Enregistrement de la dépréciation sur un actif individuel


S’il est probable qu’une entreprise ne sera pas en mesure d’encaisser tous les montants dus (en
intérêt et principal) conformément aux termes contractuel des prêts et créances ou des placements
détenus jusqu’à leur échéance, il y a dépréciation ou perte sur créances douteuses.
Le montant de la perte est égal à la différence entre la valeur comptable de l’actif et la valeur
actualisée des flux de trésorerie futurs attendus actualisée au taux d’intérêt effectif d’origine de l’actif
financier (valeur recouvrable).
Si l’actif financier est garanti par un bien, la dépréciation est calculée en tenant compte de la juste
valeur de la garantie (moins les frais pour la réaliser) que la saisie soit probable ou non. Les flux de
trésorerie liés à des valeurs recouvrables à court terme (comme des créances commerciales) ne
doivent cependant pas être actualisés si l’effet de l’actualisation est non significatif. Le montant de la
perte ainsi déterminée doit être inclus dans le résultat net de l’exercice.

Aspect pratique – Calcul de la dépréciation sur un actif individuel


Soit un crédit de 1 000 sur 4 ans, comptabilisé au coût amorti et portant un taux de 4,7%. Supposons que ce
crédit devienne compromis au début de l’année 3 et que, dans le cadre d’une procédure concordataire, son
remboursement soit rééchelonné, et son taux d’intérêt nominal revu à la baisse, à 2,5 % la dépréciation sera
calculé comme la différence entre le coût amorti (1 000) et la somme des cash-flows futurs actualisés au taux
d’intérêt effectif d’origine soit 4,7 %.
En supposant que les espérances de récupération (correspondant aux conditions renégociées, et tenant compte
d’une perte probable d’une partie du principal) soient les suivantes :
Année Encaissements attendus Facteur d’actualisation Flux actualisés
à 4,7%
3 25 1,047 24
4 25 1,096 23
5 25 1,148 22
6 25 1,202 21
7 725 1,258 576
665
La provision pour dépréciation sera alors de 1 000 – 665, soit 35.
Si un prêt, une créance ou un placement détenu jusqu’à l’échéance rapporte un intérêt variable, le
taux d’actualisation à utiliser pour évaluer la valeur recouvrable est le taux d’intérêt effectif actuel
déterminé selon le contrat.
Aspect pratique – Détermination du taux d’intérêt effectif d’un emprunt à taux d’intérêt variable
Une entreprise émet un emprunt de cinq ans avec un montant d’émission et de remboursement de 1250.
L’intérêt s’élève à 6% au cours de la première année, à 8% au cours de la deuxième, à 10% au cours de la
troisième, à 12% au cours de la quatrième et à 16.4% au cours de la cinquième année. La charge d’intérêts
effective s’élève ainsi à 10% et elle est comptabilisée de la manière suivante :
Année Coût amorti au Charge d’intérêt Paiement d’intérêt Coût amorti à la fin
début de l’année effective (10 %) de l’année
2000 1250 125 75 1300
2001 1300 130 100 1330
2002 1330 133 125 1338
2003 1338 134 150 1322
2004 1322 132 204 1250

3.1.3.3. Enregistrement de la dépréciation sur un portefeuille d’actifs financiers


La méthode de provisionnement retenue par la norme comptable IAS 39 comporte deux phases :
 La dépréciation et l’irrécouvrabilité seront tout d’abord évaluées individuellement au moins
pour les actifs financiers qui, pris isolément, sont significatifs. Pour les actifs qui, pris
isolément, ne sont pas importants (comme un portefeuille de crédits à la consommation), une
appréciation de la dépréciation éventuelle peut être effectuée individuellement et/ou sur la
base d’un groupe d’actifs financiers présentant des caractéristiques de risques similaires ;
Aspect pratique – Test de dépréciation
 Tous les actifs financiers qui ont fait l’objet d’une évaluation sur une base individuelle, et qui
Investisseur inc. détient un portefeuille de titres d’emprunt et de titres de capitaux propres d’un montant
n’ont pas été considérés comme dépréciés, seront par la suite inclus dans un groupe d’actifs
de 25 000 $. Ce portefeuille se compose de placements de 15 000 $ dans des titres de capitaux propres
financiers similaires pour lesquels l’évaluation d’une perte de valeur sera réalisée sur la base
de trois entreprises à capital fermé et de placements de 10 000 $ dans des titres d’emprunt. Dans le
du portefeuille dans son ensemble.
cadre de son test de dépréciation, Investisseur inc. a déterminé ce qui suit :
Les évaluations de réductions de valeur par portefeuille supposent que les actifs financiers aient été
Instruments de capitaux propres devant faire l’objet d’un test de dépréciation individuel :
regroupés sur la base de caractéristiques identiques (à titre exemplatif, sur la base de rating internes,
• Placement de 5 000 $ dans des actions privilégiées de Société A
sur une base géographique, sectorielle,…)
• Placement de 3 000 $ dans des actions ordinaires de Société B
Il convient de veiller à ce que le processus d’évaluation de la dépréciation d’un portefeuille
• Placement de 7 000 $ dans des actions spéciales de Société C
n’engendre pas automatiquement l’enregistrement d’une réduction de valeur sur la nouvelle
Titres d’emprunt
production, devant
car la normefaire l’objet
exclut d’un test de
explicitement la dépréciation
possibilité deindividuel en raison
comptabiliser, demise
dés la leur en
importance
place d’un:
•prêt,
Placement de 6 000 $ dans
une dépréciation pourdes obligations
couvrir de Société
une perte D
future attendue. Ainsi, même si, une base historique,
une société
Titres est capable
d’emprunt devant d’estimer uneensemble
faire l’objet perte attendue sur une
d’un test de catégorie de crédit,
dépréciation parce cette
qu’ils perte ne peutdes
présentent
pas être comptabilisée
caractéristiques dés communes
sectorielles le départ. En: effet, l’IASB a précisé que les règles de la norme comptable
•IAS 39 visent d’un
Placements à provisionner les pertes
montant global de 3de crédit
000 subies
$ dans des(incurred) mais
obligations de non encore
diverses identifiées,
sociétés et nondes
du secteur
les pertes
services de crédit anticipées (expected, qui sont censées être rémunérées/couvertes par la marge
publics
d’intérêt. Ceci représente une différence fondamentale entre l’approche de la norme comptable IAS
Les placements restants de 1 000 $, pris individuellement, sont négligeables et ils feraient l’objet d’un
39 et les concepts utilisés dans le cadre de la mesure du risque de crédit selon Bâle II.
test de dépréciation individuel ou avec des éléments comportant des caractéristiques communes
identifiables, par exemple un risque de crédit
semblable.
3.1.4. La critique du modèle des pertes encourues
Aujourd’hui, une banque ne provisionne un prêt, c’est-à-dire ne reconnaît une perte possible sur un
prêt, que si elle enregistre un événement de crédit manifeste, par exemple un retard de paiement de
plus de x jours. Même chose pour une entreprise qui détient des créances commerciales sur ses
clients. L’une et l’autre sont alors tenues d’estimer ce que sera la perte finale en cas de défaut (loss
given default), et de passer la provision.
Du point de vue de la surveillance prudentielle, ce traitement comptable pourrait être amélioré.
Actuellement, étant donné que les pertes ne sont enregistrées qu’après être intervenues, les risques
de crédit apparaissent souvent trop tard dans le système comptable. En ce sens, les provisions ne
reflètent pas le véritable risque de crédit inhérent au portefeuille de prêts qui, d’un point de vue
économique, existe dès l’octroi du prêt. Pour ces raisons, on peut affirmer que le traitement
comptable actuel, découlant de la norme IAS 39, favorise chez les banques un comportement de prêt
procyclique.

Le traitement actuel accroît également la variabilité des bénéfices et pertes bancaires au cours du
cycle d’activité, ce qui influe sur la stabilité financière globale :
 Durant une phase de ralentissement économique, en raison de la détérioration
généralisée de l’activité, les emprunteurs éprouvent davantage de difficultés à
satisfaire leurs obligations financières, ce qui conduit les banques à renforcer leurs
provisions pour créances douteuses. Durant une telle phase économique, les
provisions sont aussi gonflées par le volume relativement important de prêts inscrits
sur les livres des banques (prêts qui avaient été contractés durant la phase antérieure
de reprise lorsque les conditions de crédit étaient plus souples). L’augmentation des
provisions réduit les bénéfices comptables, incitant les banques à restreindre leur offre
de crédit précisément au moment où les emprunteurs ont le plus besoin de liquidité.
Cette restriction du crédit a tendance à accentuer le ralentissement économique,
créant ainsi un cercle vicieux.
 En revanche, au cours d’une phase de reprise, les profits sont dopés par la diminution
des provisions, due à l’amélioration générale de la conjoncture et au fait que les prêts
contractés durant la phase précédente de ralentissement représentent un volume
moindre. Cette rentabilité accrue amène les banques à assouplir leurs normes de
crédit et à surfinancer les emprunteurs intrinsèquement fragiles, amplifiant ainsi le
cycle d’activité et contribuant à la création de « bulles financières ».
Il convient de noter que, au sens statistique, un ralentissement économique devrait normalement
s’accompagner d’une augmentation des créances douteuses. Même s’il n’existe aucun signe de
dépréciation du portefeuille de prêts en phase ascendante du cycle d’activité, il est clair qu’une partie
du portefeuille se dépréciera au cours de la phase de recul qui s’ensuivra. Dans la mesure où les
pratiques actuelles de provisionnement ne peuvent prendre en compte ces pertes attendues, elles
surestiment les bénéfices durant les phases de reprise et les sous-estiment durant les phases de recul
de l’activité.
Beaucoup pensent qu’une approche plus prospective, basée sur les anticipations manifestes de
pertes, aurait permis que les banques traversent le cycle économique des années 2000 avec des
provisions plus solides et donc des besoins en fonds propres plus élevés. Si les pertes anticipées ne
figurent pas dans les provisions, elles restent masquées dans les fonds propres, qui deviennent
surévalués. Les fonds propres sont comme une police d’assurance (tout risque), et, comme pour toute
assurance, ne doivent pas inclure des pertes jugées certaines.

4.2. Le modèle de la perte attendue selon la norme IFRS 9


En Juillet 2014, l'IASB a publié une nouvelle version de la norme "IFRS 9 : Instruments financiers" qui a
marqué l'achèvement de son projet visant à remplacer l’IAS 39. L’IFRS 9 introduit un nouveau modèle
de reconnaissance des dépréciations des actifs financiers, basé sur les pertes de crédit attendues. Ce
nouveau modèle, qui s’applique aux actifs évalués au coût amorti ou aux actifs financiers qui sont
évalués en juste valeur par OCI, constitue un changement par rapport au modèle actuel d’IAS 39, basé
sur les pertes de crédit avérées ; le modèle actuel ayant fait l'objet de nombreuses critiques durant la
crise financière.

Ce chapitre traite le nouveau modèle de perte de crédit attendue comme indiqué dans la version
finale de la norme IFRS 9 et décrit également les nouvelles informations sur les risques de crédit par
rapport au modèle de perte de crédit prévue, comme indiqué dans IFRS 7, Instruments financiers :
informations à fournir.

3.2.1. Historique du développement de la Norme IFRS 9


L’IASB, en liaison avec le FASB, a été amené à consulter les entreprises et les utilisateurs des comptes
sur trois versions successives, ce qui traduit la difficulté technique inhérente au sujet des pertes de
crédit et à une modification assez fondamentale de l’approche.

2009 : Amortised Cost and Impairment Cette première version proposée entraîne :

• Une mesure des risques intégrée à la reconnaissance des intérêts sur les prêts.

• Une approche plus appropriée conceptuellement suite à la crise financière.

• Mais une mise en application engendrant des points bloquants d’ordre opérationnel.

2011 : Impairment (Document supplémentaire)

• Une déconnection est proposée entre le provisionnement des pertes de crédit attendues, et la
comptabilisation des taux d’intérêts effectifs, afin de régler les points bloquants d’ordre opérationnel.

• Un modèle encore trop binaire, qui manquait de soutien par les acteurs du marché.

2013 : Pertes de Crédit attendue (Expected Credit Losses or ECL)

• Un équilibre des coûts et des bénéfices meilleur (un résultat proche de la publication de 2009, mais
bien plus opérationnel).

• Une reconnaissance plus juste et au bon moment des pertes de crédit attendues.

• Un modèle permettant d’identifier les actifs dont la valeur s’est significativement détériorée.

Ainsi le nouveau modèle d’Impairment permet de mieux provisionner les risques de crédit en
fonction des pertes attendues, donc de façon plus prospective qu’avec IAS39, norme qui demandait
qu’un évènement de crédit ait eu lieu pour justifier le provisionnement (par exemple un impayé, une
demande de règlement judiciaire ou de suspension provisoire des poursuites).

3.2.2. Champ d’application


Le nouveau modèle de dépréciation s’applique à tous les éléments ci-dessous :

 les actifs financiers évalués au coût amorti;

 les actifs financiers qu’il est obligatoire d’évaluer à la JVAERG;

 les engagements de prêts, lorsqu’il existe une obligation contractuelle actuelle d’octroyer du
crédit (exception faite de ceux qui sont évalués à la juste valeur par le biais du résultat net);

 les contrats de garantie financière auxquels l’IFRS 9 s’applique (exception faite de ceux qui sont
évalués à la juste valeur par le biais du résultat net);

 les créances résultant de contrats de location qui entrent dans le champ d’application de l’IAS
17, Contrats de location;

 les actifs contractuels entrant dans le champ d’application de l’IFRS 15, Produits des activités
ordinaires tirés de contrats avec des clients (c.-à-d. les droits à une contrepartie à la suite du
transfert de biens ou de services).

3.2.3. Vue d’ensemble sur le modèle général de perte attendue


Les exigences de dépréciation de l’IFRS 9 utilisent des informations plus prospectives aux fins de la
comptabilisation de pertes de crédit attendues. Aussi, contrairement à l’IAS 39, le montant de la
correction de valeur pour pertes n’est pas touché par le classement de l’actif au coût amorti ou à la
JVAÉRG. La comptabilisation de pertes de crédit n’est plus tributaire de l’identification d’un
événement générateur de perte de crédit par l’entité. Cette dernière doit plutôt tenir compte d’un
éventail élargi d’informations pour l’appréciation du risque de crédit et l’évaluation de pertes de
crédit attendues, notamment :

• les événements passés, comme l’historique des pertes pour des instruments financiers similaires;
• les circonstances actuelles;
• les prévisions raisonnables et justifiables qui influent sur la recouvrabilité attendue des flux de
trésorerie futurs liés à l’instrument financier.
Dans l’application de cette approche davantage prospective, une distinction est apportée entre :
• les actifs financiers dont la qualité du crédit ne s’est pas détériorée de façon importante depuis la
comptabilisation initiale, ou dont le risque de crédit est faible; et
• les actifs financiers dont la qualité du crédit s’est détériorée de façon importante depuis la
comptabilisation initiale et dont le risque de crédit n’est pas faible.
Les « pertes de crédit attendues pour les 12 mois à venir » sont comptabilisées pour la première
catégorie, alors que les « pertes de crédit attendues pour la durée de vie » sont comptabilisées pour
la deuxième catégorie. Un actif est transféré de la catégorie des pertes attendues pour les 12 mois à
venir à la catégorie des pertes de crédit attendues pour la durée de vie lorsqu’il y a eu une
détérioration importante de la qualité du crédit depuis la comptabilisation initiale et que le risque de
crédit est plus élevé que « faible ». La « frontière » entre les pertes pour les 12 mois à venir et celles
attendues pour la durée de vie est donc fondée à la fois sur la variation du risque de crédit et sur le
niveau de risque absolu à la date de clôture.

Le modèle comporte également une troisième phase. À l’égard des actifs présentant une indication
objective de dépréciation, les intérêts sont calculés en fonction du coût amorti, déduction faite de la
correction de valeur pour pertes (cette phase est essentiellement la même que celle du modèle des
pertes subies utilisé dans l’IAS 39). Il est attendu que les entités seront en mesure d’utiliser leurs
systèmes de gestion des risques actuels comme point de départ de la mise en œuvre de ces
exigences.

Aspect pratique
Figure – illustration
3 : Processus simple
en trois du principe de la perte attendue
phases
Le processus en trois phases reflète le cycle de détérioration de la qualité du crédit d’un instrument financier

Détérioration de la qualité du crédit

ctif Phase 3 – Non productif


lité
ciersdudont
crédit
la qualité
s’est détériorée
du créditde
nefaçon
s’est pas
importante
détériorée
depuis
de façon
la comptabilisation
importante depuis
initiale
la comptabilisation
(sauf
• Actifs
si lefinanciers
risque initiale,
dequi
crédit
présentent
ouassocié
dont leàune
risque
cesindication
instruments
de crédit
objective
est
estfaible
faible
deàdé
àl
r la durée de vie sont comptabilisées;
d’être calculés sur la valeur comptable brute de l’actif.
dit attendues pour les 12 mois à venir sont comptabilisées;
érêts sont calculés sur la valeur comptable brute de l’actif.

• Les pertes de crédit attendues pour la durée de vie sont comp


• Les produits d’intérêts sont calculés sur la valeur comptable n

Risque de crédit = faible Risque de crédit > faible


L’exemple le plus simple est celui où l’instrument financier est coté sur un marché. Son taux d’intérêt
est la somme d’un taux d’intérêt sans risque et d’un spread de crédit, si on omet pour l’instant la
marge pour risque de liquidité et la marge d’exploitation du prêteur. Le spread de crédit est une
Aspect pratique –
mesure du risque de défaut sur la créance. Une bonne règle du pouce consiste à dire que le spread de
Une entité
crédit accorde
est proche deun prêt de 1 000
la probabilité de 000 au début
défaut, de l'année
multiplié 1. Le prêt
par ce qu’on perdest
en remboursable
cas de défaut 3. enEntotalité
clair, sià
ème
la créance
fin de laporte
10 un année.
taux Le taux d'intérêt
d’intérêt de 3,4 %effectif
et queest de 6%
le taux par an sans
d’intérêt payable à lasur
risque finlade chaque
même année.
échéance
ème
Supposons
est que
de 3 %, le le prêt,
spread deéventuellement,
crédit est de 0,4 en souffrance
% (toujours enànégligeant
la fin de lales
5 autres
annéeéléments
et la perte de réelle s’élève
la marge du
à 250 000Cela
prêteur). UM.signifie une probabilité de défaut de 0,4 % par an si on ne récupère rien ; ou bien une
probabilité de défaut de 0,8 % par an si on récupère 50 %.
En vertu de la norme IAS 39 actuelle, la perte de valeur de 250 000 UM serait comptabilisée
Quand le contrat
uniquement lorsqueinitial est noué,de
l'événement le perte
créancier
a eu sait
lieu,donc
dans implicitement
ce cas de figure,qu’il
à lamet dans
fin de la 5son
ème bilan une
année.
créance, rémunérée 3,4 %, mais avec une perte annuelle attendue de 0,4 %. La sagesse veut qu’il
En vertu
mette deducôté
nouveau
cette modèle
somme.deSidépréciation,
la créance duresi la comptabilisation
cinq ans, le montantinitiale àdemettre
ce prêtde a un faible
côté, à
risque de crédit,sera
“provisionner“, uneenviron
perte attendue sur créances
cinq fois plus gros, à peupour les212
près %, mois à venir
en tenant serait en
compte comptabilisée.
toute rigueurSide la
probabilité de défaillance pour les 12 mois à venir est de 1%, une perte est comptabilisée comme
l’actualisation.
suit :
C’est ce principe qui figure dans l’IFRS 9. La première année, le compte d’exploitation fait figurer le
revenu
(B) Actifsd’intérêt,
financierssoit 3,4 €aupour 100 € de créances, moins la provision
évalués 1 000 000de 2 €. Implicitement, la
coût amorti
créance est dépréciée (impaired) de 2 €.
(B) trésorerie 1 000 000
L’IASB a pensé que le montant de dépréciation de 2 € (d’un coup sur les cinq ans) était un saut trop
haut à franchir. Il distingue donc une notion de pertes attendues dans les 12 prochains mois et de
(R) Dotations
pertes attenduesauxà échéance.
Provisions En clair, par temps normal, on n’impose 2pas
500de passer la provision de 2
pour dépréciation des actifs
€, mais uniquement de 0,4 €, celle qu’on attend sur l’année qui vient. Si au cours de l’année rien n’a
financiers (250 000 * 1 %)
changé, cette provision de 0,4 € suffit à aborder l’année suivante. C’est le niveau 1 de la dépréciation.
(B) Provisions pour dépréciation 2 500
des actifs financiers
Si par contre le risque de crédit devait se détériorer significativement, il faudra passer à un niveau 2
de dépréciation, où précisément on passe en provision le total de la perte attendue à échéance. Dans
notre
Si, à laexemple
fin de lad’un risque décuplé,
1ère année, la valeur
il n'y a pas eu de dépréciée de la
détérioration créance passe
significative de lade 98 € du
qualité à 80crédit
€. C’est le
et par
niveau 2 de dépréciation.
conséquent le prêt est toujours considéré comme présentant un faible risque de crédit, l'entité
continuerait
IFRS à reconnaître
9 propose des pertes
même un niveau 3 deattendues pouroù
dépréciation, lesil12
nemois
faut àplus
venir. Supposons
compter que laleprobabilité
en revenu montant
de défautde
d’intérêt augmente légèrement
3,4 € pour 100 € de àcréances,
1,5% en raison
mais nedecompter
l'augmentation
l’intérêtmarginale
que sur ladu risque
valeur de crédit
amortie de de
la
l'emprunteur, les pertes attendues pour les 12 mois à venir sont ré-estimés à :
créance, dans notre exemple 3,4 % x 80 € = 2,7 € environ. C’est là encore légitime, puisque la perte
affecte autant le principal que l’intérêt à toucher.
1,5% x 250 000 = 3 750 UM. L’enregistrement au journal, à la fin de la 1 ère année se fait de la manière
suivante :

(R) Dotations aux Provisions 1 250


pour dépréciation des actifs
financiers (3 750 – 2 500)
(B) Provisions pour dépréciation 1 250
des actifs financiers

Les revenus d'intérêts pour la première année sera calculée à 6% x 1 000 000 = 60 000 UM.
Si, à la fin de la deuxième année, il y a eu une détérioration significative de la qualité de crédit, mais il
n'y a aucune preuve objective d'une perte de valeur, des pertes attendues pour la durée de vie du
crédit sont comptabilisées. Si les pertes attendues sur la période restante du prêt sont estimées à
100 000 UM, l'entité comptabilise les pertes attendues pour la durée de vie, comme suit :
(R) Dotations aux Provisions pour 96 250
dépréciation des actifs financiers
(100 000 – 3 750)
(B) Provisions pour dépréciation 96 250
des actifs financiers

Les revenus d'intérêts pour la deuxième année continueront d'être calculés sur le montant brut soit :
6% x 1 000 000 = 60 000 UM.
Supposons qu’à la fin des années 3 et 4, la qualité de l'emprunt de crédit continue de se détériorer,
mais il n'y a aucune preuve objective de dépréciation. Supposons que, dans ces deux années, le
montant comptabilisé des pertes de valeur se présente comme suit :
(R) Dotations aux Provisions pour 100 000
dépréciation des actifs financiers
(B) Provisions pour dépréciation 100 000
des actifs financiers
Les revenus d'intérêts pour la 3 ème et 4ème année continueront d'être calculés sur le montant brut soit :
6% x 1 000 000 = 60 000 UM.
Supposons que les défauts de paiement à la fin de la 5 ème année et la perte de valeur réelle est
estimée à 250 000 UM, l'entité enregistre une nouvelle perte de valeur comme suit:
(R) Dotations aux Provisions pour 50 000
dépréciation des actifs financiers
(B) Provisions pour dépréciation 50 000
des actifs financiers
La valeur nette comptable du prêt à la fin de l'année 5 sera de 750 000 UM. Par la suite, à partir de la
6ème année, le revenu d'intérêt serait calculé à 6% de la valeur nette comptable de l'emprunt.
Si au début de la 6ème année, le prêt est vendu à un tiers pour 740 000 UM, l’écriture au journal serait
comme suit :
(B) Trésorerie 740 000
(B) Provisions pour dépréciation 250 000
des actifs financiers
(R) Perte nette sur cession 10 000
d’actifs financiers
(B) Actifs financiers évalués au 1 000 000
coût amorti
4.4. Exceptions au modèle général

Il existe deux exceptions au modèle général de dépréciation présenté précédemment :


• Une approche particulière pour les actifs financiers dépréciés dès leur acquisition ou leur création;

• Une méthode simplifiée pour les créances clients, les actifs sur contrats et les créances locatives.

3.2.3.1. Une approche particulière pour les actifs financiers dépréciés dès leur
acquisition ou leur création
Les actifs financiers achetés ou créés dont la qualité de crédit est faible sont définis comme des actifs
financiers achetés ou créés présentant une indication objective de dépréciation dès la
comptabilisation initiale. L’indication objective d’une dépréciation s’entend à son tour d’un ou de
plusieurs événements survenus et ayant une incidence sur les flux de trésorerie futurs attendus des
instruments financiers. Est considérée comme une indication objective de dépréciation notamment
toute donnée observable portée à l’attention du porteur de l’instrument financier sur les événements
générateurs de pertes suivants :

• des difficultés financières importantes de l’émetteur ou de l’emprunteur;

• un manquement à un contrat tel qu’un défaut de paiement des intérêts ou du principal;

• l’octroi par le prêteur à l’emprunteur, pour des raisons économiques ou juridiques liées aux
difficultés financières de l’emprunteur, d’une facilité que le prêteur n’aurait pas envisagée dans
d’autres circonstances;

• la probabilité croissante de faillite ou autre restructuration financière de l’emprunteur;

• la disparition d’un marché actif pour cet actif financier, suite à des difficultés financières;

• l’acquisition d’un actif financier avec une forte décote qui reflète des pertes de crédit avérées.
Aspect
L’IFRS pratique
9 présente– Illustration Calcul de particulière
une approche crédit ajusté au
à taux d'intérêt
l’égard effectiffinanciers
des actifs et la reconnaissance
dépréciésdedès
perteleur
pour les actifs financiers dépréciés dès leur acquisition ou leur création
acquisition ou leur création qui diffère du modèle général pour les actifs financiers. En vertu de cette
approche
Le particulière,
1er Janvier une entité
2009, la société est tenue
D a émis d’appliquer
un emprunt le taux
obligataire d’intérêt effectif
en contrepartie ajusté en
du paiement fonction
d’un couponde
annuel de 800
la qualité UM à terme
du crédit au coûtéchu et un de
amorti remboursement
l’actif financierdu principal
depuis sadecomptabilisation
10 000 UM le 31 Décembre 2018.
initiale. Par En
la suite,
2014,
elle ne doit comptabiliser que le cumul des variations des pertes de crédit attendues pour la duréeàde
la société D était en difficultés financières importantes et était incapable de payer le coupon
échéance le 31 Décembre 2014. Le 1er Janvier 2015, la société V estime que le détenteur des obligations
vie de l’instrument depuis sa comptabilisation initiale à titre de correction de valeur pour pertes. Le
pouvait espérer recevoir un paiement unique de 4 000 UM à la fin de 2016. Elle acquiert les obligations à
montantattachés
coupons de la variation
au prix dedes pertes
3 000 UM.deLacrédit
sociétéattendues
V déterminepourquela l'instrument
durée de viede est comptabilisée
la dette est un actifen
financier déprécié dès son acquisition, en raison
résultat net à titre de gain ou de perte de valeur. de la preuve de difficultés financières importantes de la
société D et vu que l'instrument de la dette a été acquis avec une décote importante.
Il peut être démontré que l'utilisation des flux de trésorerie contractuels (y compris le retard de 800 UM)
donne lieu à un TIE de 70,1% (3 000 = 800 + 800 * [1- (1 + TIE) -4/ TIE ] + 10 000 * (1 + TIE)-4). Cependant, vu
qu’il s’agit d’un actif financier déprécié dès son acquisition, V doit calculer le TIE en utilisant les flux de
trésorerie estimés sur l'instrument. Dans ce cas, le TIE est de 15,5% (3 000 = 4 000 * (1 + TIE )-2).
Toutes choses étant égales, les revenus d'intérêts s’élevant à 465 UM (3 000 UM× 15,5%) seraient reconnus
sur l'instrument au cours de 2015 et sa valeur comptable à la fin de l'année serait de 3 464 UM (3 000 UM +
464 UM). Toutefois, si à la fin de l'année, sur la base de preuves raisonnables et justifiables, les flux de
trésorerie attendus pouvant être reçu sur l'instrument auraient augmenté à, disons, 4 250 UM (à recevoir à la
fin de 2016), un ajustement devrait se faire sur le coût amorti de l'actif. En conséquence, sa valeur comptable
serait porté à 3 680 UM (4 250 UM actualisés sur un an à 15,5%) et un gain de 217 UM (3 680 - 4000 * 1.155 -
1
) serait reconnue en résultat.
Comme nous l’avons remarqué dans l’exemple précédent, pour les instruments financiers qui sont
considérés comme des actifs financiers dépréciés dès leur acquisition ou leur création, le taux
d’intérêt effectif est déterminé en tenant compte des pertes de crédit attendues pour la durée de vie
d’origines calculé sur la base des flux de trésorerie estimatifs initiales. Ce traitement comptable est
identique à celui exigé par la norme IAS 39. Par conséquent, ce traitement peut être utilisé sans
développement significatif des systèmes ou processus déjà mis en place. Il est également compatible
avec la méthode de dépréciation proposée dans l'Exposé-sondage 2009.

La raison de ne pas avoir enregistré de pertes de crédit pour les 12 mois à venir pour ces actifs est que
les pertes sont déjà reflétées dans les justes valeurs auxquelles ils sont initialement comptabilisés. La
même logique pourrait être appliquée à tous les autres actifs financiers qui ne sont pas des actifs
financiers dépréciés dès leur acquisition ou leur création, en faisant valoir que, eux aussi, sont
initialement comptabilisés à la juste valeur qui reflète les attentes de pertes futures. Toutefois, le
double comptage de pertes de crédit pour les 12 mois à venir lors de la comptabilisation initiale serait
trop important pour des actifs avec un risque de crédit élevé, et l'exclusion de pertes de crédit
attendue initiales lors du calcul du taux d’intérêt effectif conduirait à une distorsion qui serait trop
En savoir plus pour
importante – Calcul desacceptable.
être Revenus d'intérêts et du taux d'intérêt effectif comme point de divergence entre
l’approche générale et l’approche particulière

Dans l’approche générale, les revenus d’intérêts devront être calculés selon la méthode du taux d’intérêt
effectif, appliquée à la valeur comptable brute de l’actif financier.

En revanche, ils devront être calculés selon la méthode du taux d’intérêt effectif appliquée à la valeur
comptable nette (coût amorti) s’il existe, à la date de clôture, une indication objective de dépréciation.

En outre, si une indication objective de détérioration de la qualité de crédit de l’actif financier existe lors de
la comptabilisation initiale (actifs financiers déprécié dès leur acquisition ou leur création), les produits
d’intérêts devront être calculés selon le taux d’intérêt effectif ajusté en fonction de la qualité de crédit,
appliqué au coût amorti.
3.2.3.2. Une approche simplifiée pour les créances clients, les actifs sur contrats et
les créances locatives
Dans le cadre de la conception des exigences de dépréciation de l’IFRS 9, il existait une préoccupation
quant à savoir s’il était justifié de comptabiliser des pertes de crédit attendues pour les 12 mois à
venir ou pour la durée de vie à l’égard d’instruments comme des créances clients et des créances
locatives.
Par conséquent, l’IASB a inclus les mesures de simplification suivantes dans les exigences finales :
• À l’égard des créances clients et des actifs sur contrats 1 dont la durée n’excède pas un an ou qui ne
comportent pas de composante financement importante 2, une entité doit toujours comptabiliser une
correction de valeur pour pertes d’un montant correspondant aux pertes de crédit attendues pour la
durée de vie;
• À l’égard des créances clients et des actifs sur contrats qui comportent une composante
financement importante (conformément à l’IFRS 15), les entités peuvent choisir de toujours
comptabiliser une correction de valeur pour pertes d’un montant correspondant aux pertes de crédit
attendues pour la durée de vie;
• De la même manière, pour les créances locatives qui entrent dans le champ d’application de
l’IAS 17, une entité peut choisir à titre de méthode comptable d’évaluer la correction de valeur pour
pertes à un montant correspondant aux pertes de crédit attendues pour la durée de vie.
Le choix de la méthode comptable s’applique indépendamment aux créances clients comportant une
composante financement importante, aux créances locatives et aux actifs sur contrats comportant
une composante financement importante.
Aspect pratique – Matrice de provision (fournie par l’IFRS 9) pour les créances clients qui ne comportent pas de
composante financement importante
Une institution non financière détient des créances clients qui ne possèdent pas une composante importante de
financement. Afin de déterminer le montant des pertes de crédit attendues pour la durée de vie qui doit être mentionné
Dans la pratique, de nombreuses entreprises utilisent une matrice de disposition pour calculer leurs
dans les états financiers, elle a mis en place la matrice suivante :
provisions
 Pas de pour retarddépréciation.
: 0,3 % de la valeur comptable
 30 jours de retard : 1,6 % de la valeur comptable
 31 à60 jours de retard : 3,6 % de la valeur comptable
 61 à 90 jours de retard : 6,6 % de la valeur comptable
1 L’actif sur contrat est défini comme le droit d’une entité à la contrepartie en échange de biens ou services qui ont été
 Plus
fournis à undeclient,
90 jours
maisdeleretard de retard
droit est : 10,6 %
conditionnel de la valeur
à autre comptable
chose que l’écoulement du temps (par exemple la performance
La future)
norme présente cette matrice à titre illustratif, de ce fait, toute entité peut calibrer la matrice en ajustant son expérience
de 2perte
L’IFRSde15crédit historique
fournit avec lesafin
des indicateurs conditions actuelles
d’aider une entitéetàles informations
déterminer prévisionnelles
si une dont elle dispose.
composante financement importante existe
dans un contrat, y compris (entre autres choses) la relation entre la contrepartie promise et le prix de vente au comptant
et l’intervalle entre la livraison des biens et services promis et le moment du paiement par le client. Lorsque l’intervalle
entre la prestation et le recouvrement n’excède pas un an, les effets de la composante financement peuvent être ignorés.
Dans le cas contraire, les effets d’une composante financement importante sont comptabilisés séparément des produits.
Toutefois, afin de se conformer aux exigences de la norme IFRS 9, les entreprises auraient besoin
d'examiner l’influence des informations actuelles et prévisionnelles sur les taux de défaut historiques
de leurs clients et, par conséquent, la manière dont l'information aurait une incidence sur leurs
attentes et les estimations de pertes de crédit attendue.

Aspect pratique – Matrice de provision (établie par l’entité) pour les créances clients qui ne comportent pas de
composante financement importante

La société M dispose d'un portefeuille de créances commerciales de 20 000 000 UM au 31/12/20X4. L'entité
fonctionne seulement en Malaisie.
La clientèle se compose d'un grand nombre de petits clients et les créances commerciales sont classées par
caractéristiques de risque commun qui sont représentatifs de la capacité des clients à payer tous les montants
dus conformément aux conditions contractuelles. Toutes les créances clients ont une échéance de moins d'un an
et ne présentent pas une composante importante de financement conformément à la norme IFRS 15. La clientèle
se compose de deux groupes, classés par caractéristiques de risque de crédit.
Conformément aux dispositions de la norme IFRS 9, la provision pour pertes de telles créances est toujours
évaluée à un montant égal aux pertes de crédit pour la durée de vie prévue.
Pour déterminer les pertes sur créances prévues pour le portefeuille, la Société M utilise une matrice de
disposition. La matrice de disposition est fondée sur ses taux de défaut historiques observés et est ajusté pour
les besoins d’estimation des pertes attendues sur la durée de vie des dites créances.
La matrice de provision de la société M est basée sur les taux de défauts historiques observés sur la durée de vie
des créances clients et est, en outre, ajusté par une estimation prévisionnelle qui comprend la probabilité d'un
environnement économique dégradé dans la prochaine année. A chaque date de clôture, les taux de défaut
historiques observées sont mises à jour et les changements des estimations sont analysées. Sur cette base, la
société M estime la matrice de disposition suivante :
Groupe de Pas de retard Retard de 1 à Retard de 31 Retard de 61 Retard de plus
clients de paiement 30 jours à 60 jours à 90 jours de 90 jours
Groupe A
Taux de perte 0,5 % 1,5 % 3,5 % 7,0 % 10,5 %
attendue sur la
durée de vie
Groupe B
Taux de perte 0,6 % 1,8 % 3,8 % 8,2 % 11,3 %
attendue sur la
durée de vie
Pour chaque groupe de clients, les créances commerciales et les pertes attendues sur la durée de vie sont
évaluées et comptabilisées comme suit:
Groupe A Valeur brute comptable Taux de perte prévu Montant de la perte
attendue sur la durée de
vie des créances
Non échu 6 700 000 0,5 % 33 500
1-30 jours de retard 2 000 000 1,5 % 30 000
31-60 jours de retard 1 600 000 3,5 % 56 000
61-90 jours de retard 1 200 000 7,0 % 84 000
Plus que 90 jours de retard 500 000 10,5 % 52 500
Total Groupe A 12 000 000 256 000

Groupe B Valeur brute comptable Taux de perte prévu Montant de la perte


attendue sur la durée de
vie des créances
Non échu 4 700 000 0,6 % 28 200
1-30 jours de retard 1 600 000 1,8 % 28 800
31-60 jours de retard 500 000 3,8 % 19 000
61-90 jours de retard 400 000 8,2 % 32 800
Plus que 90 jours de retard 800 000 11,3 % 90 400
Total Groupe B 8 000 000 199 200

Figure 4 : Approches de constata


Approc
• Actifs financiers dépréciés dès leur acquisition ou leur•créatio
Initial
• Corre

• Actifs sur contrats aux termes de l’IFRS 15 ou créances clients ne comportant pas de composante financement importante (y coms
Méthode
• Correction

• Actifs sur contrats aux termes de l’IFRS 15 ou créances clients comportant une composante financeme
• Créances locatives

Modèle général en trois phases


• Correction de valeur pour pertes
• Autres actifs financiers évalués au coût amorti ou à la JVAÉRG
• Pertes de crédit attendues pour la
• Engagements de prêt et contrats de garantie financière entrant dans le champ d’application
3.2.4. Mesure des pertes de crédit attendues
3.2.4.1. Base de l’estimation des pertes sur crédit attendues
La norme définit la perte de crédit la valeur actualisée de la différence entre le total des flux de
principal et d’intérêts qui sont dus à l’entité aux termes d’un contrat et du total des flux de trésorerie
que l’entité s’attend à recevoir.
Lors de l'estimation des flux de trésorerie, une entité est tenue d'examiner:
• Toutes les modalités contractuelles de l'instrument financier (par exemple, options de paiement
anticipé, de rachat, etc.) pour la durée de vie attendue de cet instrument financier
• Les flux de trésorerie provenant de la vente des garanties détenues ou d'autres rehaussements du
crédit qui font partie intégrante des conditions contractuelles
En outre, la norme définit ensuite « pertes de crédit attendues » entant que la moyenne pondérée des
pertes de crédit, dont les pondérations correspondent aux probabilités de défaillance respectives (par
exemple : pertes de crédit de 100 UM × probabilité de défaillance de 5 % + 0 UM × probabilité d’absence de
défaillance de 95 % = pertes de crédit attendues de 5 UM).

L’estimation des pertes sur créances attendues, selon l’IFRS 9, doit refléter :
a) Un montant impartial et pondéré en fonction des probabilités des résultats possibles ;
b) la valeur temps de l’argent ;
c) De l'information raisonnable et supportable qui est disponible sans coût ou effort excessif à la
date de reporting sur les événements passés, des conditions actuelles et les prévisions des
conditions économiques futures
L'utilisation d'un résultat fondé sur une meilleure ou la pire des cas, la prise en compte de scénario
n’est pas autorisée.
IFRS 9 ne prévoit pas de méthodes particulières de mesure. Une entité devra examiner un éventail
plus large de l'information lors de l'évaluation et de mesure de pertes sur créances prévues. La
mesure devrait être basée sur l'information pertinente qui est disponible sans coût ou effort excessif,
y compris des informations sur:
(A) des événements passés, comme l'expérience passée des pertes sur les instruments
financiers semblables;
(B) des conditions actuelles; et
(C) des prévisions raisonnables et justifiables qui affectent la recouvrabilité prévue des flux de
trésorerie futurs sur l'instrument.
Bien que le modèle soit tourné vers l'avenir, l'information historique est toujours considérée comme
un point d'ancrage important ou de base de mesure des pertes sur créances prévues. Toutefois, les
données historiques doivent être ajustées sur la base des données observables actuelles pour refléter
les effets des conditions et des prévisions des conditions futures actuelles.
L’estimation des pertes de crédit attendues ne doit correspondre ni au scénario le plus défavorable ni
au scénario le plus favorable. En fait, elle doit toujours refléter la possibilité qu’une perte de crédit
soit subie et la possibilité qu’aucune perte de crédit ne soit subie, même lorsque le résultat le plus
probable consiste en une absence de perte.
La Durée de vie prévue par rapport à la période contractuelle
Lors de la mesure des pertes de crédit attendues, les entités doivent tenir compte de la période
contractuelle maximale (y compris les extensions) sur laquelle l'entité est exposée au risque de crédit.
Ces extensions seraient normalement au gré de l'emprunteur.
Pour les engagements de prêts et les contrats de garantie financière, l'horizon de temps pour mesurer
les pertes attendues est la période contractuelle maximale pendant laquelle une entité a une
obligation contractuelle.
Toutefois, pour les facilités de crédit renouvelables (par exemple, les cartes de crédit et découverts),
cette période est prolongée au-delà de la période contractuelle et comprend la période pendant
laquelle l'entité devrait être exposée au risque de crédit. Cette période doit être calculée sur la base
de l'expérience historique.
La valeur temps de l’argent
Une entité doit tenir compte de la valeur temps de l'argent lors de la mesure des pertes attendues, en
actualisant ce montant à la date de clôture en utilisant un taux qui se rapproche du taux d’intérêt
effectif de l'actif.
Le taux d’actualisation est calculé comme suit:
• Pour un actif financier à taux fixe, les entités sont tenues d’utiliser le taux d'intérêt effectif calculé
lors de la comptabilisation initiale de l'actif financier, tandis que pour un actif financier à taux variable,
les entités sont tenues d'utiliser le taux d'intérêt effectif actuel.
• Pour les actifs financiers dépréciés dès leur acquisition ou leur création, les entités sont tenues de
mesurer des changements dans les pertes de crédit attendues en utilisant le taux d'intérêt effectif
ajusté du crédit déterminé lors de la comptabilisation initiale de l'actif financier.
Le projet de l’exposé-sondage 2013 a proposé que les entités actualisent les pertes sur crédit
attendues dans tous les cas entre le taux sans risque et le taux d'intérêt effectif de l'actif financier.
Cette proposition a été conçue pour éviter la complexité opérationnelle de la détermination du taux
d'intérêt effectif, ce qui nécessiterait l'intégration des systèmes de gestion des risques de crédit et de
comptabilité. Un certain nombre de répondants estiment que cette proposition a donné trop de
flexibilité et que le taux d'intérêt effectif était, sur le plan conceptuel, le taux le plus correct à utiliser.
En conséquence, l'IASB a modifié l'obligation d’actualiser les pertes de crédit attendues à l'aide du
taux d'intérêt effectif ou une approximation de celui-ci.
Les informations raisonnables et supportable qui sont disponibles sans coût ou effort
excessif
L’IFRS 9 exige qu'une entité tienne compte des informations raisonnables et supportables qui sont
disponibles sans coût ou effort excessif à la date de reporting portant sur les événements passés, les
conditions et les prévisions des conditions économiques actuelles et futures qui sont pertinentes pour
l'estimation des pertes de crédit attendues, y compris l’effet de remboursements anticipés prévus.
L'un des changements importants par rapport aux exigences de la norme IAS 39 réside dans le fait
que les entités ne sont pas seulement tenus d'utiliser les informations historiques qui sont ajustées
pour refléter les effets des conditions actuelle, mais ils sont également tenus d'examiner la manière
dont les prévisions sur les conditions économiques futures affecteraient leurs données historiques.
Une entité n’est pas obligée d'incorporer des prévisions détaillées sur les conditions économiques
futures sur toute la durée de vie prévue d'un instrument financier. La norme note que lorsque
l’horizon de prévision augmente, la disponibilité d'informations détaillées diminue et le degré de
jugement nécessaire pour estimer les pertes sur crédit attendues augmente.
Par conséquent, lorsqu’il n’est pas possible d’effectuer une estimation détaillée sur des périodes
lointaines, une entité peut extrapoler les projections de l'information disponible.
Bien que le modèle soit tourné vers l'avenir, l'information historique est toujours considérée comme
un point d'ancrage important ou de base de mesure des pertes sur créances prévues :
 Dans la plupart des cas, des ajustements seraient nécessaires pour intégrer les effets qui ne
figuraient pas dans le passé ou pour éliminer les effets qui ne sont pas pertinents pour
l'avenir ;
 Dans certains cas, des informations historiques non ajustées peuvent représenter la meilleure
estimation, ceci dépends de la nature de l'information historique, des circonstances à la date
de clôture et les caractéristiques de l'instrument financier considéré.
En outre, en considérant comment, et dans quelle mesure, les pertes de crédit historiques devraient
être ajustées, une entité devra tenir compte de divers éléments, notamment:
 La période de temps pendant laquelle ses données historiques ont été collectées et les
conditions économiques y correspondant.
 Que les données antérieures sur les pertes de crédit attendues correspondent à un cycle
intégral (par exemple les estimations basées sur l'historique des événements de perte de
crédit et de l'expérience sur l'ensemble du cycle économique) ou à une date déterminée (par
exemple des estimations basées sur des informations, des circonstances et des événements à
la date de clôture)
 Que les données antérieures correspondent à un cycle économique spécifique et que ce cycle
représente les conditions actuelles et les prévisions des conditions économiques futures.
Les données historiques peuvent également ne pas être fiables ou précises si elles n'ont pas déjà été
utilisées à des fins de reporting financier.
Les estimations de l'évolution des pertes de crédit attendues devraient être conformes à l'évolution
des données observables liées d'une période, c’est à dire, conforme aux tendances observées sur
l'état des paiements et les données macro-économiques tels que les changements dans les taux de
chômage, les prix de l'immobilier, ou les prix des produits de base. Aussi, afin de réduire les
différences entre les estimations d'une entité et la réalité de la perte de crédit, les estimations des
pertes de crédit attendues devraient être testés et réajustés en permanence, à savoir, une entité doit
revoir régulièrement ses entrées, les hypothèses, les techniques et méthodologie d'estimation
utilisées.
3.2.4.2. Les pertes de crédit attendues pour la durée de vie
L’IFRS 9 définit les pertes de crédit attendues pour la durée de vie comme la totalité des cas de
défaillance dont un instrument financier peut faire l’objet au cours de sa durée de vie.
Les pertes de crédit attendues sur la durée de vie d’un actif financier seraient estimées sur la base de
la valeur actuelle de tous les déficits de trésorerie au cours de la durée restante prévue de l'actif
financier, soit la différence entre:
• Les flux de trésorerie contractuels qui sont dues à une entité en vertu du contrat
Et
• Le flux de trésorerie que le titulaire attend à recevoir
Comme pertes de crédit attendues prennent en compte à la fois le montant et le calendrier des
paiements, une perte de crédit se pose même si le titulaire attend à recevoir tous les paiements
contractuels, mais à une date ultérieure.
Pour un contrat de garantie financière, l'estimation de la perte de crédit pour la durée de vie serait
fondée sur la valeur actualisée des flux de trésorerie attendus de la saisie, diminués des coûts de prise
de possession et de vente des actifs affectés en garantie, peu importe que la saisie soit ou non
probable (c’est-à-dire que l’estimation des flux de trésorerie attendus tient compte de la probabilité
d’une saisie et des flux de trésorerie qui en résulteraient).
3.2.4.3. Les pertes de crédit attendues pour les 12 mois à venir
L’IFRS 9 définit les pertes de crédit attendues pour les 12 mois à venir comme la totalité des cas de
défaillance dont un instrument financier peut faire l’objet dans les 12 mois suivant la date de clôture.
En d’autres termes, Les pertes de crédit attendues pour les 12 mois à venir correspondent aux
insuffisances attendues des flux de trésorerie contractuels pour la durée de vie d’un instrument
financier qui surviendraient advenant une défaillance dans les 12 mois suivant la date de clôture,
pondérées par la probabilité qu’il y ait défaillance.

Aspect pratique –mesure de la perte attendue de crédit pour les 12 mois à venir en utilisant une approche
basée sur la probabilité explicite de défaillance
Entité L émet un prêt pour une valeur de 1 000 000 UM. En utilisant l'information la plus récente disponible,
comme les données de l'industrie, la qualité de crédit de l'emprunteur et les perspectives économiques pour les
12 prochains mois, l'entité L estime que l'instrument a une probabilité de défaillance de 1% se produisant dans
le 12 prochains mois. Il estime en outre que 25% de la valeur brute comptable sera perdue en cas de défauts de
paiement.
L’entité L reconnaît, alors, une provision pour perte à un montant égal à 12 mois de pertes sur créances prévues
à l'aide de la probabilité de défaut de du 1% sur 12 mois. Cette provision est calculée comme suit:
1% x 25% x RM1 000 000 = RM2 500.
La norme énonce que, pour établir la définition d’une défaillance, une entité doit appliquer une
définition conforme à celle utilisée aux fins de la gestion interne du risque de crédit de l’instrument
financier pertinent et tenir compte d’indicateurs qualitatifs (p. ex. des clauses restrictives financières)
lorsque c’est approprié.
Pratiquement, L’entité peut avoir recours à diverses méthodes pour déterminer les pertes de crédit
pour les 12 mois à venir, parmi ces méthodes on peut citer, par exemple, l’application d’un taux de
pertes de crédit, même si elle ne fait pas appel à une probabilité explicite de défaillance à titre de
donnée d’entrée. En utilisant cette approche, l'entité développe des statistiques de taux perte sur la
base du montant amortis sur la durée de vie des actifs financiers. Il doit ensuite ajuster ces tendances
de perte de crédit historiques pour les conditions actuelles et les attentes futures.
L'exemple suivant est destiné à illustrer comment une entité évalue les pertes de crédit attendues
pour les 12 mois en utilisant une approche de taux de perte :

Aspect pratique –mesure de la perte attendue de crédit pour les 12 mois à venir en utilisant une
approche basée sur le taux de perte
La Banque X segmente son portefeuille de prêts au logement dans des groupes d'emprunteurs P et Q sur la base
des caractéristiques de risque communs qui sont indicatives de la capacité de l'emprunteur à payer tous les
montants qui sont contractuellement dus. La valeur comptable des deux Groupes P et Q s’élève respectivement à
200 000 000 UM et 300 000 000 UM. En moyenne, le principal par client s’élève à 200 000 UM pour le groupe P
et 600 000 pour le groupe Q.
La Banque X mesure les pertes de crédit attendues sur la base d'une approche de taux de perte pour les groupes
P et Q. Afin de développer ses taux de perte, la Banque X étudie l’historique de défaillance d’un échantillon de 50
prêts de chaque groupe ainsi que la perte historique sur ces types de prêts. En outre, la Banque X prend en
considération les conditions économiques actuelles ainsi que des prévisions raisonnables et justifiables afin de
mettre à jour ses informations historiques.
Historiquement, pour un échantillon de 50 prêts dans chaque groupe :
 la moyenne par an du Groupe P était 4 prêts en défaut dans la première année, et
 la moyenne par an du Groupe Q était 2 prêts en défaut dans la première année.
Au cours de toute la durée contractuelle de ces prêts ayant fait défaillance dans la première année après leur
création, la valeur actuelle des pertes de crédit observée était 750 000 UM pour le groupe P et 1 130 000 UM
pour le groupe Q. Les taux de pertes historiques pour la première année sont déterminés comme suit :
Nombre Valeur Valeur Nombre Valeur La valeur Taux de
de clients comptable comptable de comptabl actuelle perte
par brute de brute de défaillanc e brute de la
échantillo défaillanc défaillanc e totale de perte
n e par e totale historique défaut observée
client par an estimée
Group A B C=A*B D E=B*D F G= F+C
es
P 50 200 000 10 000 000 4 800 000 750 000 7,50 %
Q 50 600 000 30 000 000 2 1 200 000 1 130 000 3,77 %
À la fin de l'année en cours de la Banque X prévoit une augmentation des défauts de paiement au cours des 12
prochains mois, comparativement au taux historique. En conséquence, la Banque X estime pour un échantillon
de 50 prêts dans chaque groupe :
 la moyenne par an du Groupe P sera de 5 prêts en défaut dans les 12 prochains mois, et
 la moyenne par an du Groupe Q sera 3 prêts en défaut dans les 12 prochains mois.
La banque X estime que la valeur actuelle des pertes de crédit observée par client restera compatible avec la
perte historique par client. La Banque X révise les taux de pertes historiques, comme suit :
Nombre Valeur Valeur Nombre Valeur La valeur Taux
de clients comptable comptable de comptabl actuelle de de
par brute de brute de défaillanc e brute la perte perte
échantillo défaillanc défaillanc e totale de observée
n e par e totale historique défaut
client par an estimée
Group A B C=A*B D E=B*D F G= F
es +C
P 50 200 000 10 000 5 1 000 000 937 500 = 9,375
000 5*750 000/4 %
Q 50 600 000 30 000 3 1 800 000 1 695 000 = 5,65 %
000 3*1130000/
2

3.2.5. Exploration du modèle général : Déterminer s’il y a eu augmentation importante du


risque de crédit
L'un des principaux défis dans la mise en œuvre de l'approche générale de l'IFRS 9 portant sur le
modèle des pertes sur crédit attendues est de déterminer si il ya eu une augmentation significative du
risque de crédit de l'entité depuis la comptabilisation initiale. Cependant, un certain nombre de
simplifications opérationnelles et les présomptions sont disponibles pour aider les entités à réaliser
cette évaluation.
L'évaluation de l’augmentation importante du risque de crédit représente la clé dans l'établissement
du point de commutation entre l'exigence de mesurer :
 une perte de crédit pour les 12 mois à venir
Ou
 une perte de crédit pour la durée de vie
En d’autres termes, pour passer d’une perte de crédit pour les 12 mois à venir à une perte pour la
durée de vie, l’IFRS 9 exige qu’une entité apprécie, à chaque date de clôture, si le risque de crédit
associé à un instrument financier a augmenté de façon importante depuis la comptabilisation initiale.
Pour réaliser cette appréciation, une entité doit se fonder sur la variation du risque de défaillance 3
pendant la durée de vie prévue de l’instrument financier, en comparant le risque de défaillance à la
date de clôture au risque de défaillance à la date de la comptabilisation initiale. À cette fin, une entité
doit utiliser des informations raisonnables et justifiables, dont on peut disposer sans devoir engager
un coût ou un effort déraisonnable, indiquant des augmentations importantes du risque de crédit
depuis la comptabilisation initiale. Une entité n’a pas à exécuter une recherche d’informations
exhaustive pour déterminer si le risque de crédit a augmenté de façon importante depuis la
comptabilisation initiale.
Comme ce domaine implique un jugement important de la part de la direction, les entités sont tenues
de fournir des informations qualitatives et quantitatives en vertu de la norme IFRS 7 pour expliquer
les hypothèses et estimations utilisées pour déterminer l’existence des augmentations significatives
du risque de crédit des instruments financiers ainsi que les changements dans ces hypothèses et
estimations.
3.2.5.1. L’augmentation du risque de crédit est fondée sur la variation de
défaillance pendant la durée de vie de l’instrument financier
L’IFRS 9 exige, qu’à chaque date de clôture, une entité est tenue d'évaluer s’il y a eu une
augmentation significative du risque de crédit en se basant sur les variations dans le risque défaillance
pendant la durée de vie prévue de l’instrument financier plutôt que de se baser sur les variations
dans le montant des pertes sur crédit attendues.
Afin de rendre le modèle de dépréciation de l’IFRS 9 opérationnelle, l'IASB a examiné un certain
nombre de méthodes alternatives pour la détermination des augmentations significatives du risque
de crédit, mais celles-ci ont été rejetées pour les raisons suivantes :
 Un niveau absolu de risque de crédit : L'IASB a examiné si une entité devrait être tenue de
reconnaître des pertes de crédit attendues sur tous les instruments financiers qui atteignent
ou dépassent un niveau de risque donnée à la date de clôture. Bien que cette approche est
opérationnellement plus simple à appliquer (vu qu'une entité n’est plus tenue de suivre
l'évolution du risque de crédit), une telle approche ne peut pas fournir des informations utiles
(y compris l'effet économique des changements initiaux et ultérieurs dans les anticipations de
perte de crédit) et peut entraîner la surestimation ou sous-évaluation des pertes sur créances
prévues, selon le seuil fixé pour la reconnaissance des pertes sur crédit attendues pour la
durée de vie d’un instrument financier.
 La modification de l'objectif de gestion du risque de crédit : L'IASB a également examiné si
l'évaluation de la détérioration significative doit être basée sur la modification du mode de
gestion du risque de crédit (par exemple, le suivi des actifs financiers sur une base individuelle,
ou des modifications des risques de crédit provenant la collecte partielle des montants en
souffrance ou de la récupération totale de ces montants). Cette approche est
opérationnellement facile à appliquer. Cependant, il est susceptible d'avoir un effet similaire

3 La norme énonce que, pour établir la définition d’une défaillance, une entité doit appliquer une définition conforme à
celle utilisée aux fins de la gestion interne du risque de crédit de l’instrument financier pertinent et tenir compte
d’indicateurs qualitatifs (p. ex. des clauses restrictives financières) lorsque c’est approprié.
au modèle des pertes encourues IAS 39 et, par conséquent, peut conduire à la reconnaissance
tardive des pertes sur crédit attendues.
 Les Politiques d’octroi de crédit : L'IASB a, en outre, examiné si le changement du plafond de
crédit à octroyer pour une catégorie particulière d'instruments financiers à la date de clôture
(c’est à dire qu’une entité ne serait pas accorder de nouveaux prêts avec les mêmes modalités)
doit constituer la base de l'évaluation de l’augmentation significative du risque de crédit.
L'IASB a noté que cette approche est similaire à l'approche «absolue». En outre, le
changement dans les limites de souscription de crédit d'une entité peut être entraîné par
d'autres facteurs qui ne sont pas liés à un changement dans le risque de crédit de ses
emprunteurs (par exemple, l'entité peut proposer des conditions favorables pour maintenir
une bonne relation d'affaires ou pour augmenter les prêts).
Comme déjà souligné, l'évaluation de l’augmentation significative du risque de crédit est basée sur
la variation de la probabilité de défaillance pendant la durée de vie prévue de l’instrument
financier et non pas sur la variation du montant des pertes de crédit attendues.
3.2.5.2. Les indicateurs de l'évolution du risque de crédit
Comme pour l'évaluation de pertes sur crédit attendues, lors de l'évaluation des augmentations
significatives de risque de crédit, une entité doit prendre en compte toutes les informations
raisonnables et justifiables qui sont disponibles sans coût ou effort excessif et qui sont pertinentes
pour un instrument financier, un portefeuille, des parties d'un portefeuille, et les groupes de
portefeuilles.
L'IASB a noté qu'il n'a pas l'intention de prescrire une approche spécifique ou mécaniste pour évaluer
les changements dans le risque de crédit et que l'approche appropriée dépendra de différents
niveaux de complexité de l’entité, de l'instrument financier en question et la disponibilité des
données. Il est important de souligner que l'évaluation de l'augmentation significative du risque de
crédit implique souvent une analyse globale et multifactorielle.
La norme a fournit une liste non exhaustive des facteurs ou indicateurs que l’une entité doit prendre
en considération au moment de déterminer la nécessité de reconnaissance des pertes de crédit
attendues pour la durée de vie d’un instrument financier. Cette liste de facteurs ou indicateurs est
détaillée comme suit :
Données internes

 Changements importants des éléments suivants :


 Prix constituant des indicateurs internes du risque de crédit;
 Changements dans d’autres taux ou modalités;
 Baisse avérée ou attendue de la notation financière interne ou du score de comportement;
 Changements attendus dans le dossier de prêt ou violation attendue de clauses contractuelles;
 Informations sur les comptes en souffrance
Données externes spécifiques à l’emprunteur

• Changements importants des éléments suivants :


 Écart de crédit;
 Prix des swaps sur défaillance;
 Durée de la baisse de la juste valeur en deçà de son coût;
 Autres informations du marché;
• Baisse avérée ou attendue dans la notation de crédit externe;
• Augmentations du risque de crédit des autres instruments de l’emprunteur;
• Détérioration avérée ou attendue de la performance financière de l’emprunteur.
Données externes plus générales

• Changements défavorables (avérés ou attendus), des éléments suivants relatifs à l’emprunteur :


 Performance financière;
 Conjoncture commerciale, financière ou économique
 Environnement réglementaire, économique ou technologique;
 Changements défavorables de la valeur ou de la qualité des éléments suivants :
 Actifs affectés en garantie;
 Garantie ou soutien financier d’un actionnaire
3.2.5.3. Dans quels cas le risque de crédit d’un instrument financier est considéré
comme « important » ?
L'évaluation de l’augmentation importante du risque de crédit dépend de l'interprétation même du
terme «important». Certains électeurs qui ont commenté l’exposé-sondage de 2013 ont demandé à
l'IASB de quantifier le terme «important». Toutefois, l'IASB a décidé de ne pas le faire, pour les raisons
suivantes :
• La spécification d'une variation en pourcentage fixe de la probabilité de défaillance pourrait
constituer une obligation pour toutes les entités d’utiliser l'approche de la probabilité de défaillance.
Etant donnée que les entités, autres que institutions financières réglementées, ne sont pas tenues
d’utiliser la probabilité de défaillance comme donnée explicite, une éventuelle exigence de spécifier la
variation en pourcentage fixe de la probabilité de défaillance aurait augmenté les coûts et les efforts
pour ces entités.
• La définition du niveau de variation dans le risque d'une défaillance serait arbitraire et cela
dépendra du type de produits, les échéances et le risque de crédit initial.
La norme souligne que la détermination de « l'importance » de la variation dans le risque d'une
défaillance dépend:
 Du risque de crédit d'origine à la comptabilisation initiale: une variation donnée, en valeur
absolue, de la probabilité de défaillance sera considérée comme plus importante pour un
instrument financier qui présentait initialement une probabilité de défaillance plus faible que
pour un instrument financier qui présentait initialement une probabilité de défaillance plus
grande. Par exemple, une variation en valeur absolue de 2 % de la probabilité de défaillance
sera plus importante pour un actif qui présentait initialement une probabilité de défaillance de
5 % que pour un actif qui présentait initialement une probabilité de défaillance de 20 %.
 De la durée de vie restante : Pour des instruments financiers de qualité de crédit égale, plus la
durée de vie restante de l’instrument est longue, plus la probabilité de défaillance est grande :
par exemple, la probabilité de défaillance d’une obligation de catégorie AAA dont la durée de
vie restante est de 10 ans est plus grande que celle d’une obligation de catégorie AAA dont la
durée de vie restante est de 5 ans. L’entité est tenue de prendre en considération la
probabilité de défaillance sur la durée de vie restante de l’instrument financier lorsqu’elle
détermine s’il y a lieu ou non de comptabiliser une correction de valeur pour pertes
correspondant aux pertes de crédit attendues pour la durée de vie.
Compte tenu du lien entre la durée de vie restante et la probabilité de défaillance, la variation
du risque de crédit ne peut être appréciée uniquement sur la base de la variation au fil du
temps de la probabilité de défaillance prise dans l’absolu. Par exemple, si la probabilité de
défaillance qui se rattache à un instrument financier dont la durée de vie restante est de 10
ans lors de sa comptabilisation initiale est égale à la probabilité de défaillance du même
instrument dans une période ultérieure, lorsque sa durée de vie restante n’est plus que de 5
ans, cela peut indiquer que le risque de crédit a augmenté. En effet, la probabilité de
défaillance sur la durée de vie restante d’un instrument diminue généralement avec le temps
si le risque de crédit demeure inchangé et que l’instrument financier se rapproche de son
échéance.
Toutefois, il est à noter que la norme permet aux simplifications opérationnelles suivantes pour
évaluer s’il y a eu augmentation importante du risque de crédit :
(A) Présumer que le risque de crédit n’a pas augmenté de façon importante s’il est faible
(B) Présomption réfutable que le risque de crédit a augmenté de façon importante si les paiements
sont en souffrance depuis plus de 30 jours
3.2.5.4. Dans quels cas le risque de crédit d’un instrument financier est-il faible?
Aux fins de l’IFRS 9, le risque de crédit d’un instrument financier est jugé être faible si :
• l’instrument financier comporte un faible risque de défaillance;
• la capacité de l’emprunteur de respecter ses obligations en matière de flux de trésorerie
contractuels à court terme est forte. Toutefois, il est à noter que des changements économiques et
d’affaires défavorables à long terme pourraient réduire, mais pas nécessairement, la capacité de
l’emprunteur de respecter ses obligations en matière de flux de trésorerie contractuels.
Pour établir si le risque de crédit d’un instrument financier est faible, une entité peut utiliser ses
notations internes du risque de crédit ou d’autres méthodes conformes à une définition plus générale
d’un faible risque de crédit et qui tient compte des risques et du type d’instrument financier évalué.
Une notation externe de la « catégorie investissement » constitue un exemple d’instrument financier
dont le risque de crédit pourrait être jugé faible.

3.2.5.5. Présomption réfutable à l’égard des paiements en souffrance depuis plus


de 30 jours
Quelle que soit la façon dont une entité apprécie les augmentations importantes du risque de crédit,
il existe une présomption réfutable que le risque de crédit associé à un actif financier a augmenté de
façon importante depuis la comptabilisation initiale lorsque les paiements contractuels sont en
souffrance depuis plus de 30 jours.

Cette présomption peut être réfutée, mais seulement lorsque l’entité présentant l’information
financière dispose d’informations raisonnables et justifiables qui démontrent que, même si les
paiements contractuels deviennent en souffrance depuis plus de 30 jours, cela ne représente pas une
augmentation importante du risque de crédit d’un instrument financier.

Par exemple, lorsque les données historiques démontrent qu’il n’y a pas de corrélation entre des
augmentations importantes du risque de défaillance et les actifs financiers à l’égard desquels les
paiements sont en souffrance depuis plus de 30 jours, mais qu’une telle corrélation existe lorsque les
paiements sont, par exemple, en souffrance depuis plus de 45 jours.

Il est important de souligner que cette présomption ne s’applique pas lorsqu’une entité détermine
qu’il y a eu augmentation importante du risque de crédit avant que les paiements contractuels ne
soient en souffrance depuis plus de 30 jours.
Figure 5 : Appréciation des augmentations importantes du risque de crédit
Le tableau qui suit présente quelques exemples de données pouvant possiblement être utilisées afin d’établir s’il y a eu une augment

Présumer que le risque de crédit n’a pas augmenté de façon importante s’il est faible

Présomption réfutable que le risque de crédit a augmenté de façon importante si les paiements sont en souffrance d

Tenir compte des informations raisonnables et justifiables, disponibles sans devoir engager un coût ou un effor

Exemples de données possibles

Changements importants des éléments suivants :


Prix constituant des indicateurs internes du risque de crédit;
Changements dans d’autres taux ou modalités;
Données internes
Baisse avérée ou attendue de la notation financière interne ou du score d
Changements attendus dans le dossier de prêt ou violation attendue de c
Informations sur les comptes en souffrance (voir l’analyse précédente).

Changements importants des éléments suivants :


Écart de crédit;
Prix des swaps sur défaillance;
Données externes spécifiques à l’emprunteur
Durée de la baisse de la juste valeur en deçà de son coût;
Autres informations du marché;
Baisse avérée ou attendue dans la notation de crédit externe;
Augmentations du risque de crédit des autres instruments de l’em
Détérioration avérée ou attendue de la performance financière de

Changements défavorables (avérés ou attendus), des éléments suivants re


Performance financière;
Données externes plusConjoncture
générales commerciale, financière ou économique
Environnement réglementaire, économique ou technologique;
Changements défavorables de la valeur ou de la qualité des éléments suiv
Actifs affectés en garantie;
Garantie ou soutien financier d’un actionnaire
3.2.5.6. L'évaluation au niveau de la contrepartie
Comme indiqué par exemple 7 dans le Guide de mise en œuvre de l’IFRS 9, l'évaluation de la
dégradation significative du risque de crédit peut être faite au niveau de la contrepartie au lieu d’être
faite au niveau de l'instrument financier. Cette évaluation au niveau de la contrepartie est
uniquement autorisée si elle est compatible avec les exigences de reconnaissance des pertes
attendues pour la durée de vie.
Dans certaines circonstances, l'évaluation au niveau de la contrepartie ne serait pas compatible avec
les exigences de dépréciation.
Ces deux situations sont illustrées ci-dessous :

Aspect pratique – Evaluation du risque de crédit au niveau de la contrepartie

Scénario 1

En 20X0, la Banque « A » a accordé un prêt de 10 000 UM avec une durée contractuelle de 15 ans à la
Société Q lorsque cette dernière avait une notation de risque de crédit interne de 4 sur une échelle
allant de 1 (le plus faible du risque de crédit) à 10 (le plus élevé du risque de crédit). Le risque de la
survenance d'une défaillance augmente de façon exponentielle lorsque la notation du risque de crédit
se détériore, en d’autres termes, le risque de défaillance correspondant à la différence entre la
notation du risque de crédit grades 1 et 2 est inférieure au risque de défaillance correspondant à la
différence entre la notation du risque de crédit grades 2 et 3.

En 20X5, lorsque la Compagnie Q avait une notation de risque de crédit interne de 6, la Banque lui a
accordé un autre emprunt pour 5 000 UM d'une durée contractuelle de 10 ans.

En 20X7, la Société Q ne parvient pas à conserver son contrat avec un client important et subit en
conséquence une forte baisse de son chiffre d'affaires. La Banque A estime que, suite à la perte du
contrat, la société Q aura une capacité considérablement réduite pour répondre à ses obligations en
matière de prêt et modifie en conséquence sa note interne du risque de crédit à 8.

La Banque A évalue le risque de crédit au niveau de la contrepartie à des fins de gestion des risques de
crédit et considère que l'augmentation du risque de crédit de la Société Q est significatif. Bien que la
banque A n'a pas effectué une évaluation individuelle de l'évolution du risque de crédit sur chaque
prêt depuis sa comptabilisation initiale, l'évaluation du risque de crédit au niveau de la contrepartie et
la comptabilisation d’une perte de crédit pour la durée de vie sur tous les prêts consentis à la Société Q
respecte l'objectif de la norme IFRS 9 en matière de dépréciation comme indiqué au paragraphe 5.5.4
de la dite norme.
Scénario 2

La banque A accordé un prêt de 150 000 UM avec une durée contractuelle de 20 ans à la société X en
20X0 lorsque la société avait une notation de risque de crédit interne de 4.

Au cours de 20X5, les conditions économiques se sont détériorées et la demande pour les produits de
la Société X a diminué de façon significative. La Banque A estime que, en raison de la liquidité réduite
découlant de la baisse des vente, la société Q aura une capacité considérablement réduite pour
répondre à ses obligations en matière de prêt et par conséquent elle modifie sa note interne du risque
de crédit à 7. La Banque A évalue le risque de crédit au niveau de la contrepartie à des fins de gestion
des risques de crédit et considère que l'augmentation du risque de crédit de la Société Q est
significatif et estime que la perte attendue pour la durée de vie du crédit s’élève à 150 000 UM.

Malgré la révision à la baisse récente de la notation du risque de crédit interne, la banque A accorde
un prêt de 50 000 UM à la société X en 20X6 avec une durée contractuelle de 5 ans, en tenant compte
du risque de crédit supérieur à cette date.

Le fait que le risque de crédit de la Société X (évalué au niveau de la contrepartie) a augmenté de


façon significative préalablement à l’octroi du nouveau prêt, ne conduit pas à la comptabilisation d’une
perte attendue pour la durée de vie de ce dernier (nouveau prêt). Ceci est dû au fait que le risque de
crédit sur le nouveau prêt n'a pas augmenté de façon significative depuis la comptabilisation initiale. Si
la banque "A" a évalué le risque de crédit au niveau de la contrepartie, sans se demander si la
conclusion à propos de l'évolution du risque de crédit s’applique à tous les instruments financiers
individuels accordés à un même client, l'objectif du paragraphe 5.5.4 de la norme IFRS 9 ne serait pas
atteint.

3.2.5.7. Évaluation collective ou individuelle


Les banques ont des centaines de milliers, voire des millions, de prêts accordés à des clients de détail
et des petites entreprises et dont les montants sont relativement faibles, pour lesquelles :

 Elles ne possèdent pas suffisamment de renseignements pour surveiller la qualité de crédit


individuel ;
Ou
 il ne serait pas pratique de réévaluer, d’une manière individuelle, leur risque de crédit même si
elles possédaient de plus amples informations.

Au-delà des paiements en souffrance, les banques gèrent ces crédits de manière agrégée, combinant
les dernières données dues à l'expérience historique et la statistique des indicateurs
macroéconomiques (comme les taux d'intérêt et des taux de chômage, qui ont tendance à corréler
avec les défaillances futures).
En d’autres termes, selon la nature de l’instrument financier considéré et l’information disponible sur
le risque de crédit, une entité pourrait ne pas être en mesure de relever des changements important
de risque de crédit à l’égard d’instruments financiers individuels avant qu’ils ne se retrouvent en
souffrance. Il pourrait alors être nécessaire de procéder à l’appréciation de l’augmentation importante
du risque de crédit d’un groupe d’instruments afin d’assurer que l’objectif de comptabilisation des
pertes de crédit attendues pour la durée de vie en présence d’augmentations importantes du risque
de crédit est atteint.

Aspect pratique – Appréciation de l’importance d’une augmentation du risque de crédit sur une
base individuelle ou collective

La banque évalue chacun de ses prêts hypothécaires sur une base mensuelle au moyen d'un
système de notation comportementale automatisé basé sur le niveau d'endettement du client, le
comportement des clients sur d'autres instruments financiers avec la banque, le montant du prêt et
le temps écoulé depuis l'octroi du prêt. Il est dit que les données historiques indiquent une forte
corrélation entre la valeur de l'immobilier résidentiel et les taux de défaillance pour les prêts
hypothécaires.

La banque met à jour d’une manière régulière la notation du risque correspondant aux prêts
hypothécaires par le biais d'un processus automatisé qui ré-estime les valeurs des propriétés en se
basant sur les ventes récentes dans chaque zone et sur les informations raisonnables et
supportables prospectives qui sont disponibles sans coût ou effort excessif. Par conséquent, un
risque accru d'une défaillance éventuelle en raison d'une baisse prévue de la valeur de l'immobilier
résidentiel permet à la Banque d'identifier une augmentation significative du risque de crédit d’une
manière individuelle avant qu’un prêt hypothécaire ne devienne en souffrance.

Il résulte de ce qui précède que, si la banque était incapable de mettre à jour la notation du risque
correspondant aux prêts hypothécaires d’une manière individuelle, elle doit utiliser l'information
raisonnable et supportable qui est disponible sans coût ou effort afin de faire une évaluation
collective des prêts.

Les instruments financiers ne doivent pas être regroupés pour être appréciés collectivement lorsque
l’évaluation des pertes de crédit attendues pour la durée de vie n’est appropriée que pour une partie
seulement des instruments financiers compris dans le groupe. De plus, l’entité doit réévaluer la façon
dont elle regroupe les instruments financiers lorsque de nouvelles informations deviennent
disponibles, pour s’assurer que l’appréciation collective des instruments financiers demeure
appropriée.
Les caractéristiques de risque comprennent notamment :
(a) le type d’instrument ;
(b) la note de risque de crédit ;
(c) le type de garantie ;
(d) la date de création ;
(e) la durée à courir jusqu’à l’échéance ;
(f) le secteur d’activité ;
(g) l’emplacement géographique de l’emprunteur ;
(h) la valeur de l’actif affecté en garantie par rapport à l’engagement si cela a une incidence sur la
probabilité de défaillance (par exemple, le cas, dans certains pays, des prêts garantis uniquement par
sûreté réelle).
Pour conclure, on peut dire que L’entité doit apprécier pour chaque instrument pris individuellement
s’il y a lieu de comptabiliser une correction de valeur pour pertes ou une provision correspondant aux
pertes de crédit attendues pour les 12 mois à venir ou aux pertes de crédit attendues pour la durée
de vie. Elle peut toutefois effectuer cette appréciation sur une base collective (par exemple, pour un
groupe ou un portefeuille d’instruments) si les instruments financiers ont en commun des
caractéristiques de risque qui sont indicatives de la capacité des débiteurs à payer toutes les sommes
dues selon les conditions contractuelles. Lorsque l’appréciation est réalisée sur cette base et que les
instruments financiers compris dans le groupe ont en commun des caractéristiques de risque qui font
que la probabilité de défaillance pour le groupe a augmenté de façon importante depuis la
comptabilisation initiale, les pertes de crédit attendues seront comptabilisées pour la durée de vie
pour chaque instrument compris dans ce groupe.
Il ya un autre article dans la partie principale de la norme sur la façon d'évaluer les instruments
financiers collectivement. Cet article stipule que : « Les instruments financiers ne doivent pas être
regroupés pour être appréciés collectivement lorsque l’évaluation des pertes de crédit attendues pour
la durée de vie n’est appropriée que pour une partie seulement des instruments financiers compris
dans le groupe ». La norme principale ne se développe pas sur ce point, mais l’exemple illustratif 5 du
guide d'application de la norme IFRS 9 prévoit deux scénarios qui expliquent ce concept. Les dits
scénarios ont été mis au point à la suite de la publication de l’exposé-sondage de 2013. L'IASB a
développé ces illustrations comme une réponse aux commentaires reçus sur l’exposé-sondage.

Aspect pratique – Évaluation collective par rapport à la réactivité aux évolutions du risque de crédit
(approche «bottom up»)
Le deuxième volet de l’exemple illustratif 5 dans le Guide de mise en œuvre pour la norme IFRS 9 introduit la
méthode dite «bottom up» (ou approche ascendante). Il concerne une communauté minière dans une région
qui fait face à un risque de chômage en raison d'une baisse des exportations de charbon et, par conséquent,
anticipe des futures fermetures de mines. Bien que la plupart des prêts ne sont pas encore en souffrance
depuis plus de 30 jours et les emprunteurs ne sont pas encore au chômage, la banque re-segmente son
portefeuille de prêts
Pour ces prêts hypothécaires
(en plus de touts lesdeautres
manière
quià sont
séparer les prêts contractés
en souffrance de plus deà 30
desjours),
clientslatravaillant
Banque ABCdans
l'industrie
reconnaîtminière (basé
des pertes sur les informations
attendues dans
pour la durée de le
vie,formulaire de demande
tout en continuant de de prêt hypothécaire).
reconnaître les pertes attendues
pour les 12 mois à venir pour les autres prêts hypothécaires. Tous les nouveaux prêts aux emprunteurs qui
dépendent de l'industrie du charbon seront concernés par une dépréciation de 12 mois, jusqu'à ce qu'ils
démontrent une augmentation significative du risque de crédit.
L’approche «bottom up» est décrit comme un exemple de la façon d'évaluer la détérioration du risque
de crédit en utilisant l'information la plus prospective, que le statut en souffrance. Mais cet exemple
illustre également que les groupes évalués collectivement peuvent avoir besoin de mises à jour
continues au fil du temps, afin qu'on obtienne des groupes de prêts qui partagent des caractéristiques
de risque de crédit similaires. Une fois que l'industrie de l'extraction du charbon commence à
décliner, les prêts qui s'y rattachent n’auraient plus les mêmes caractéristiques de risque que les
autres prêts et ainsi devront être évaluées séparément.

Comme déjà décrit ci-dessus (critères possibles pour le regroupement d'actifs financiers présentant
des caractéristiques de risque de crédit similaires), l'approche de «bottom up» pourrait être
appliquée à des sous-portefeuilles différenciés par type d'instrument, l’évaluation des risques, le type
de garantie, la date de la comptabilisation initiale, la durée restante à l'échéance, le secteur d’activité,
la situation géographique de l'emprunteur, ou la valeur de l’actif affecté en garantie par rapport à
l’engagement si cela a une incidence sur la probabilité de défaillance. Cette approche pourrait
représenter un bon exemple pour les expositions aux risques de crédit dans des pays qui sont
disposés à souffrir de grandes difficultés économiques dues à des guerres ou à des bouleversements
politiques.

Aspect pratique – Évaluation collective par rapport à la réactivité aux évolutions du risque de crédit
(approche «Top Down»)
Le troisième volet de l'exemple illustratif 5 dans le guide d'application de la norme IFRS 9, la Banque
ABC prévoit une augmentation des défaillances de paiement suite à une hausse attendue des taux
d'intérêt. La banque sait pertinemment que, historiquement, une augmentation des taux d'intérêt a
été un indicateur principal de défaillances futures sur prêts hypothécaires à taux flottant. La banque
se penche sur le portefeuille de prêts hypothécaires à taux variables pour étudier leur degré
d’homogénéité mais elle se retrouve incapable d'identifier certains sous portefeuilles sur la base des
caractéristiques de risque de crédit partagés. Par conséquent, il utilise ce qui est décrit comme une
approche «top down».
En se basant sur des données historiques, la banque estime qu’une augmentation des taux d'intérêt
de 2 % entraînera une augmentation significative du risque de crédit sur 20 % des prêts
hypothécaires. En conséquence, si la banque s’attend à une augmentation des taux d'intérêt de 2 %,
elle doit reconnaître des pertes attendues pour la durée de vie sur 20 % du portefeuille (sans oublier
les prêts qui sont en souffrance sur plus de 30 jours) et des pertes attendues pour les 12 mois à venir
sur le reste des prêts hypothécaires.
Cet exemple, comme tous les exemples illustratifs de la norme, simplifie la configuration de fait en se
concentrant sur un seul indicateur de pertes sur créances, alors qu'en réalité, il peut y avoir plusieurs
indicateurs et il peut ne pas être possible de trouver de données historiques sur l’effet de la
combinaison de ces indicateurs économiques. En outre, le fait de se plonger dans le passé pour
prédire l'avenir exige un niveau de données que les banques peuvent ne pas disposer.

Les banques ont mis au point des techniques pour évaluer l'impact des changements dans les
indicateurs macro-économiques sur les pertes de valeur. Mais ces techniques ne se prêtent pas
nécessairement à déterminer quelle proportion d'un portefeuille doit être mesurée à l'aide des pertes
attendues pour la durée de vie. La méthode qui pourrait fournir cette information est de déterminer
la migration prévue de prêts par le biais du système de classification des risques de la banque, sur la
base des informations prospectives. Cette méthode pourrait être utilisée pour prévoir combien de
prêts supplémentaires vont être déclassés.

L'effet que les différentes hypothèses peuvent avoir sur la dépréciation globale de perte est illustré
dans l'exemple suivant. Dans chaque cas, la banque assume les mêmes probabilités de défaillances,
mais chaque scénario, fait apparaitre une hypothèse différente quant à la proportion du portefeuille
qui doit être mesurée à l'aide des pertes attendues pour la durée de vie.

Aspect pratique – Détermination des pertes attendues d’un portefeuille en utilisant l'approche « top-
down »

La Banque A a un portefeuille de 100 000 000 UM de prêts hypothécaires à taux flottant dans la région 1
considérée comme partageant des caractéristiques de risque similaires. Elle a évalué la probabilité de
défaillance attendue pour la durée de vie à 4%, la probabilité de défaillance attendue pour les 12 mois à venir à
1% et le taux de perte à 10%. (Pour cet exemple très simple, le taux de perte est maintenu inchangé et la valeur
Scénario 2
temporelle de l'argent est ignorée). La provision pour pertes sur la base de la probabilité de défaillance pour les
12La mois
banqueà venir est,que
estime par80%
conséquent, 100 000
du portefeuille UM. La d'avoir
continue banqueuneprévoit que lesde
probabilité taux d'intérêt pour
défaillance vont augmenter
la durée dede
2%vieet
dedétermine
4% et unequ'une augmentation
probabilité de 2%pour
de défaillance des les
taux
12d'intérêt va augmenter
mois à venir la probabilité
de 1%. Elle estime que de défaillance de
la probabilité pour
ladéfaillance
durée de pour
vie àla5% et la probabilité de défaillance pour les 12 mois à venir à 1,2%. La banque
durée de vie des 20% restants du portefeuille est maintenant passée à 9% tandis que la applique
l'approche « top-down » afinpour
probabilité de défaillance d'évaluer
les 12lamois
proportion
à venirduest
portefeuille
maintenantquide
devrait
2% (demaintenant être
sorte que, à mesurée
nouveau,surla la
base de pertes
probabilité attendues pour
de défaillance pour la
la durée
durée de
de vie
vie prévue.
moyenne de la totalité du portefeuille est actuellement de 5%
tandis que une probabilité de défaillance pour les 12 mois à venir est de 1,2%).
Scénario 1
Elle considère l'augmentation de la probabilité de défaillance pour la durée de vie pour les 20% du
La banque estime que 50% du portefeuille continuera d'avoir une probabilité de défaillance pour la durée de vie
portefeuille, de 4% à 9%, comme importante et par conséquent elle doit mesurer les pertes attendues pour
de 4% et une probabilité de défaillance pour les 12 mois à venir de 1% et les 50% restants du portefeuille
la durée de vie des 20% du portefeuille. La provision pour pertes est de 80 000 UM pour la proportion de
seraient maintenant avoir une probabilité de défaillance pour la durée de vie de 6% et une probabilité de
80% (mesurée à 1%) et 180 000 UM pour les 20% (mesurée à 9%), totalisant 260 000 UM.
défaillance pour les 12 mois à venir de 1,4% (de sorte que l'ensemble du portefeuille a une probabilité de
défaillance pour la durée de vie moyenne de 5% etScénario
probabilité
3 de défaillance pour les 12 mois à venir de 1,2%).

La
La banque ne considère
banque estime que 90%pas
du une augmentation
portefeuille continueded'avoir
la probabilité de défaillance
une probabilité pourpour
de défaillance la proportion
la durée dedu
portefeuille la plus
vie de 4% (et une risquée, passant
probabilité de 4% à 6%,
de défaillance pourcomme
les 12 significative,
mois à veniretdeil 1%).
conclut
Pardonc que l'ensemble
conséquent, les 10%du
portefeuille devrait encore être mesurée à l'aide des pertes attendues pour les 12 mois à venir,
restants du portefeuille doivent avoir une probabilité de défaillance pour la durée de vie de 14%, pour donnant une
indemnité deprobabilité
obtenir une perte de 120 000 UM. pour la durée de vie moyenne de 5%.
de défaillance

Le risque de crédit sur les 10% a augmenté de manière significative. La provision pour pertes est de 90 000
UM pour les 90% du portefeuille et de 140 000 UM pour les 10%, totalisant 230 000 UM.
Le fait qu'une hausse des taux d'intérêt pourrait conduire à une dégradation significative du risque de
crédit pour certains emprunteurs à taux variable n’est pas sujet à controverse, mais le fait de
déterminer si cette dégradation porte sur 5 %, 20 % ou 35 % du portefeuille semble être un art plus
qu'une science, et il est peu probable que deux banques puissent arriver au même pourcentage. Ceci
nous amène à dire que, pour éviter de prendre de telles décisions arbitraires, il est plus adéquat de
privilégier l'approche «bottom up» pour la détermination des pertes attendues.

Toutefois, il convient de souligner que les entités ne disposent pas d'un choix d'appliquer, lors d’une
évaluation collective d’actifs financiers, l’approche « top down » ou l’approche «bottom up». Comme
nous l'avons déjà dit, un portefeuille évalué collectivement doit partager des caractéristiques de
risque de crédit similaires, de sorte que tous les actifs financiers qui commencent à montrer des
caractéristiques différentes de risques doivent être évalués comme un portefeuille distinct.

Pour trancher, la norme précise que l'approche « top down » est conçue lorsqu'une entité ne peut pas
regrouper des instruments financiers pour lesquels le risque de crédit est considéré comme ayant
considérablement augmenté depuis la reconnaissance initiale en se basant sur les caractéristiques de
risque de crédit partagées.
On ne sait pas dans quelle mesure un prêteur peut combiner l’approche «bottom up» et l’approche
« top down ». Dans l’exemple illustratif correspondant à l’approche «bottom up», tous les
emprunteurs reliés à l'industrie du charbon sont réputés avoir leur risque de crédit augmenté de
façon significative. On peut présumer qu’un prêteur pourrait faire valoir que, une fois les emprunteurs
reliés au secteur minier sont évalués séparément, seule une partie doit être mesurée à l'aide des
pertes attendues pour la durée de vie, en utilisant une approche « top down ».

Un autre problème avec l'approche « top down » est la question de ce que le prêteur doit faire s’il
découvre ultérieurement que des différences dans les caractéristiques de risque apparaissent au sein
du portefeuille, de telle sorte que certains actifs doivent être mesurés à l'aide des pertes attendues
pour la durée de vie en utilisant l'approche de «bottom up». Une question analogue se pose si,
ultérieurement, des actifs au sein d’un portefeuille doivent être mesurés à l'aide des pertes attendues
pour la durée de vie, par exemple, car ils deviennent en souffrance de plus de 30 jours. On peut
présumer, dans chaque cas que le prêteur aura besoin de réaffecter une partie de la portion du
portefeuille déjà mesurée à l'aide des pertes attendues pour la durée de vie basé sur l'approche « top
down », mais à quel point? Par exemple, si 20% du portefeuille avait été évalué en utilisant l'approche
« top down » et maintenant un autre 15% doit être mesurée en utilisant des pertes attendues pour la
durée de vie en raison de l'approche de «bottom up», le prêteur devrait supposer que la proportion
de 15% étaient déjà 'couverte' par la perte attendue pour la durée de vie dégagée par l’approche
« top down », ou bien il devrait considérer que les 15 % représentent une proportion
supplémentaire ?

Les approches de « top down » et de «bottom up» ne sont que des exemples de la façon dont une
évaluation collective pourrait être faite et ainsi nous nous attendons qu'elles soient appliquées avec
souplesse, en fonction des circonstances.

En outre, on peut présumer qu’une partie des prêts qui sont mesurés en utilisant les pertes attendues
pour la durée de vie peut être mesurée en utilisant une fois de plus des pertes attendues pour les 12
mois à venir si les conditions économiques sont attendues à s’améliorer. Cependant, la norme semble
claire qu'il est impossible de reclasser les pertes attendues sur les actifs financiers en souffrance
depuis plus de 30 jours en cas de perspectives économiques favorables.

La norme est claire que la détérioration significative doit être évaluée à l'aide des informations
prospectives. L'évaluation sera faite sur une base individuelle si l'entité possède l'information qui est
suffisamment tourné vers l'avenir à ce niveau, ou sur une base collective si elle ne l’est pas. Cela
suggère que, même si un actif financier est normalement géré sur une base individuelle, il devrait
plutôt être évalué collectivement (par exemple, basé sur des indicateurs macro-économiques), si
l'entité ne dispose pas d'information prospective suffisante au niveau individuel afin de calculer les
pertes attendues.

II/ Les particularités de provisionnement dans le secteur bancaire en Tunisie


1. La comptabilité bancaire : Traitements particuliers et présentation des états
financiers
La déficience causée par certains clients a amené les banques tunisiennes à procéder à la
classification des actifs qui se présentent sous forme d'engagements accordés à la clientèle. Cette
classification a pour objectif la détermination du taux de la provision à appliquer pour chaque client.
Cette classification est opérée en application des dispositions de la circulaire 91-24 de la banque
centrale telle que modifiée par la circulaire 99-04.

Dans le cadre de ce travail nous allons définir les différents engagements accordés par les
établissements bancaires au profit de leur clientèle, les différentes classes d'engagements et les taux
de provision à appliquer.

1.1. Les différents types d’engagements accordés par les établissements de crédit
1.1.1. Les crédits
Ils correspondent aux créances résultant des prêts et avances accordés généralement suite à
l’utilisation d’un engagement de financement ou encore lorsque l’établissement bancaire se substitue
à son client dans le cadre d’un engagement de garantie.
1.1.2. Les engagements de financement
Ils constituent une promesse irrévocable faite par l’établissement bancaire de consentir des concours
en trésorerie en faveur de bénéficiaires suivant les modalités prévues par le contrat. Ils figurent en
hors bilan dès lors qu’ils ne sont pas encore utilisés et cessent d’y figurer au fur et à mesure de leur
utilisation.
Rentrent, essentiellement, dans cette catégorie d’engagements les éléments suivants :
 Crédits notifiés et non utilisés ;
 Participations non libérées ;
 Lignes de crédits irrévocables et inconditionnelles en faveur des banques.
1.1.3. Les engagements de garantie
Ils sont définies comme étant des opérations pour lesquelles la banque (garant) s’engage en faveur
d’un tiers (bénéficiaire) à assurer, d’ordre et pour le compte d’un client, (donneur d’ordre) la charge
d’une obligation souscrite par ce dernier s’il n’y satisfait pas lui même.
Rentrent, essentiellement, dans cette catégorie d’engagements les éléments suivants :
 Les cautionnements (cautionnements administratifs relatifs à l’obtention de marchés publics,
cautionnements douaniers, cautions fiscales et autres) ;
 L’aval ;
 Les garanties à première demande de bonne fin des opérations ou de remboursement des
crédits accordés aux clients.

Approbation ou accord

Engagement de Engagement de
financement garantie

Cautions Aval Garantie à 1ère Extinction


Autres de
Crédit
demande l’engagement
La banque se substitue-t-elle aux clients ?

oui non

1.2. Classification des engagements et constitution des provisions


1.2.1. Définition des provisions
Selon la norme comptable tunisienne 14, relative aux éventualités et évènements postérieurs à la
date de clôture : «Une Provision est une constatation comptable d'une diminution de valeur d'un
élément d'actif (provision pour dépréciation) ou d'une augmentation du passif (provision pour risques
et charges), précise quant à sa nature, mais incertaine quant à sa réalisation et que des événements
survenus ou en cours rendent prévisible à la date de clôture de l'exercice ».
La norme comptable tunisienne 24 relative au traitement des engagements et revenus y afférents
dans les établissements bancaires précise que : « Les engagements de financement et de garantie
doivent faire l'objet d'une évaluation périodique, au moins à la clôture de l'exercice, en vue d'estimer
s'il convient de constituer des provisions pour tenir compte du risque que les contreparties
concernées n'honorent pas leurs engagements.
Le risque que les contreparties n'honorent pas leurs engagements peut être lié soit à des difficultés
que les contreparties éprouvent, ou qu'il est prévisible qu'elles éprouveront, pour honorer leurs
engagements ou au fait qu'elles contestent le montant de leurs engagements. Lorsqu'un tel risque
existe, les engagements correspondants sont qualifiés de douteux. Une provision doit être constituée
et le cas échéant ajustée de façon à ramener la valeur comptable de l'engagement à sa valeur de
réalisation attendue.
Pour estimer les provisions sur les engagements douteux, il doit être tenu compte de tous les risques
prévisibles, des pertes éventuelles et des dépréciations qui ont pris naissance au cours de l'exercice
ou au cours d'exercices antérieurs, ainsi que des événements survenus après la clôture de l'exercice
conformément à la Norme Comptable NC 14 relative aux éventualités et événements survenant après
la date de clôture.
Les provisions doivent être appliquées sur la valeur totale des engagements douteux, qu'ils soient
échus ou non encore échus, ainsi que sur les revenus constatés en résultat au cours d'exercices
antérieurs ».
1.2.2. La notion d’engagements douteux
La notion d’engagements douteux a été, à la fois, définie par la norme NC 24 et par la Banque
Centrale de Tunisie dans ses circulaires et instructions de référence (Circulaire BCT n° 93-08 du
31/07/1993, Circulaire BCT n° 91-24 du 17/12/1991 telle que modifiée par les circulaires
subséquentes et la note aux banques n° 93-23 du 30/07/93).
1.2.2.1. Définition de la norme NC 24
Selon le paragraphe 24 de la NC 24, les engagements sont qualifiés de douteux lorsqu’il existe un
risque que les contreparties n’honorent pas leurs engagements et que celui ci peut être lié à des
difficultés que les contreparties éprouvent, ou qu’il est prévisible qu’elles éprouveront, pour honorer
leurs engagements ou au fait qu’elles contestent le montant de leurs engagements.
Pour apprécier un tel risque, la norme NC 24 énumère dans son paragraphe 26, et à titre indicatif, une
panoplie de critères, notamment :
 La conjoncture économique générale et spécifique au secteur d’activité ;
 La situation financière du débiteur ;
 Les retards de paiement des échéances antérieures ;
 Le risque pays lorsque la contrepartie se situe à l’étranger.
1.2.2.2. Définition de la B.C.T
Par créances douteuses il faut entendre "les créances de toutes natures, même assorties de garanties,
présentant un risque probable ou certain de non-recouvrement total ou partiel, impayées depuis
trois mois ou encore présentant un caractère contentieux" [Article 9 de la circulaire de la B.C.T n°93-
08 du 30 Juillet 1993].
Il appert de la définition précédente que la Banque Centrale de Tunisie, tout comme la norme NC 24
d’ailleurs, met l’accent sur le risque de non-recouvrement.
Cette assertion se trouve, d’ailleurs, confirmée par la note aux banques n° 93-23 du 30 juillet 1993
selon laquelle "lors de l’évaluation de la qualité des actifs, l’accent devra être mis sur la capacité de
l’emprunteur à générer des fonds liquides pour rembourser ses dettes".
Le risque de non recouvrement est appréhendé à travers lesmêmes critères retenus par la norme NC
24.
Le risque de non recouvrement, rattaché à cette catégorie de créances, est pris en charge en résultat
sous forme de provisions pour dépréciation.
Le terme "créances " regroupe aussi bien le capital (échu et restant dû) que les intérêts (échus ou
courus et non échus). En effet, les intérêts sur un prêt sont réputés s’acquérir au jour le jour5 et la
mise en place d’un crédit entraîne, donc, aussitôt la naissance d’une créance d’intérêt, qui s’accroît
ensuite de jour en jour.
La notion de créances d’intérêt revêtant un caractère douteux découle implicitement des règles de
comptabilisation des produits édictées par les normes comptables (NC 03 et NC 24) et par les
circulaires de référence de la B.C.T. (intérêts différés ou réservés)
Il s’agit, en effet, des intérêts et commissions courus et échus dont la comptabilisation en produits se
trouve être différée jusqu'à encaissement effectif, en raison du caractère douteux pesant sur le
recouvrement de la créance principale.
1.2.2.3. Définition des engagements hors-bilan douteux
Faute de définition donnée à cette notion par la norme NC 24 ou encore par la B.C.T, nous allons
recourir à celle donnée par la Commission Bancaire Française au niveau de ses Dispositions Relatives
aux Etats Périodiques (DREP), selon laquelle les engagements hors-bilan douteux sont les «
engagements de toute nature dont la mise en jeu apparaît probable ».
Toujours selon la Commission Bancaire française (note méthodologique n°1, DREP, volume I, page 4),
« la classification en créances douteuses d’un concours à une personne physique ou morale
déterminée entraîne le transfert de l’intégralité des engagements, à l’encontre de cette personne,
des rubriques d’encours sains vers les rubriques d’encours douteux, nonobstant toute considération
liée aux garanties individuelles, sauf cas exceptionnels dûment justifiés ».
Ainsi, il découle de ce principe de déclassement, connu dans la pratique par « déclassement par
contagion », que la notion de « douteux » est un critère qui s’applique à une relation pour l’ensemble
des concours qui lui ont été accordés, que ces concours soient enregistrés au bilan ou en hors bilan.
D’ailleurs, les banques, qui sont tenus de procéder selon l’article 8 de la circulaire de la B.C.T n° 91-24
du 17 décembre 1991, à la classification de tous leurs actifs, qu’ils figurent au bilan ou en hors bilan,
doivent l’effectuer en respect de ce principe de déclassement par contagion.
L’application de ce critère aux différentes catégories d’engagements hors bilan permet de donner les
définitions suivantes :
 Engagements de financement douteux : Il s’agit des engagements dont la mise en jeu
entraînerait la mise en place d’un crédit qui aurait lui-même les caractéristiques d’une créance
douteuse.
 Engagements de garantie douteux : Un engagement de garantie est considéré comme
"douteux" dès lors qu’il apparaît que la banque garante sera obligée d’intervenir pour assurer
l’obligation souscrite par le donneur d’ordre, en lieu et place de ce dernier
Qu’il s’agisse d’engagements de financement ou d’engagements de garanties, ceux-ci doivent faire
l’objet d’un provisionnement pour risques et charges, dès lors qu’ils présentent un caractère
douteux.
1.2.3. Méthodologie de classement des engagements préconisée par la B.C.T
Evaluer de manière quantitative une probabilité de défaillance d’une relation (d’un client) est une
opération délicate. Par contre la qualité des contreparties est souvent prise en compte par une « note
» ou un « rating ». Cette note permet de classer des contreparties présentant des caractéristiques
similaires selon la qualité de leur solvabilité.
Ayant mis en place ce système de mesure « ordinal » l’institut d’émission a prévu, au niveau de ses
circulaires et instructions de référence, cinq classes discriminantes ordonnant les risques encourus
par les banques sur leurs actifs bilantiels et extra-bilantiels en fonction de la qualité des relations :
Classe Qualité des actifs Définition
de bancaires
risque
Classe 0 Les actifs dont la réalisation ou le recouvrement intégral dans les délais paraît
Actifs courants
assuré et qui sont détenus sur des entreprises dont :
- la situation financière est équilibrée et confirmée par des documents
comptables certifiés datant de moins de 18 mois et des situations provisoires
datant de moins de 3 mois;
- la gestion et les perspectives d'activité sont jugées satisfaisantes sur la base des
rapports de visites ;
- la forme et le volume des concours dont elles bénéficient sont compatibles tant
avec les besoins de leur activité principale qu'avec leur capacité réelle de
remboursement.
Classe 1 Tous les actifs dont la réalisation ou le recouvrement intégral dans les délais est
Actifs nécessitant
encore assuré et qui sont détenus sur des entreprises qui présentent l'une au
un suivi moins des caractéristiques suivantes :
particulier - le secteur d'activité connaît des difficultés ;
- la situation financière se dégrade.
Classe 2 Tous les actifs dont la réalisation ou le recouvrement intégral dans les délais est
Actifs
incertains incertain et qui sont détenus sur des entreprises qui connaissent des difficultés
financières ou autres pouvant mettre en cause leur viabilité et nécessitant la
mise en œuvre de mesures de redressement.
Outre les caractéristiques définies à la classe 1, ces entreprises présentent l'une
au moins de celles qui suivent:
- la forme et le volume des concours ne sont plus compatibles avec leur activité
principale ;
- l'évaluation de la situation financière ne peut plus être mise à jour à cause
d'une défaillance au niveau de la disponibilité de l'information ou de la
documentation nécessaire ;
- l'existence de problèmes de gestion ou de litiges entre associés
- l'existence de difficultés d'ordre technique, de commercialisation ou
d'approvisionnement ;
- la détérioration du cash flow qui compromet, en l'absence d'autres sources de
financement, le remboursement des dettes dans les délais ;
- l'existence de retards de paiement des intérêts ou du principal supérieurs à 90
jours sans excéder 180 jours.
Font également partie de la classe 2, les autres actifs restés en suspens et non
apurés dans un délai de 90 jours sans excéder 180 jours.
Classe 3 Tous les actifs dont la réalisation ou le recouvrement est menacé et qui sont
Actifs
préoccupantes détenus sur des entreprises dont la situation suggère un degré de pertes
éventuelles appelant une action vigoureuse de la part de l’Etablissement de
crédit pour les limiter au minimum.
Les retards de paiements des intérêts ou du principal sont généralement
supérieurs à 180 jours sans excéder 360 jours.
Font également partie de la classe 3, les autres actifs restés en suspens et non
apurés dans un délai de 180 jours sans excéder 360 jours.
Classe 4 Font partie de la classe 4 :
Actifs
- les créances pour lesquelles les retards de paiements des intérêts ou du
compromis
principal sont supérieurs à 360 jours ,
- les actifs restés en suspens au delà de 360 jours ;
- les autres actifs qui doivent être passés par pertes. La banque est tenue
néanmoins d'épuiser toutes les procédures de droit tendant à la
réalisation de ces actifs.
La B.C.T visait à travers la mise en place de ce système, à fixer des normes objectives de
provisionnement de créances et de constatation des revenus. En effet, seuls les actifs de la classe 2, 3
et 4 sont considérés comme présentant un caractère douteux nécessitant pour les établissements
bancaires :
 La constitution de provisions selon des taux minimums traduisant pour chacune des classes 2,
3 et 4 la probabilité de défaut des contreparties impliquées et fixés respectivement à 20%,
50% et 100% ;
 La non-constatation des produits non encaissés et générés par ces actifs dans les résultats.
Pour distinguer les actifs courants (classe 0) des actifs classés en fonction du risque de non
recouvrement (Classes 1, 2, 3 et 4), la Banque Centrale de Tunisie a retenu une panoplie de critères.
Alors que certains ont une connotation objective, d’autres, par contre, sont de nature qualitative
impliquant la mise en œuvre d’un travail de jugement et d’appréciation nécessairement caractérisé
par la subjectivité. (Par simplification, seuls les critères objectifs seront abordés dans ce paragraphe)
Pour apprécier les risques inhérents à l’insolvabilité des débiteurs, les circulaires de la B.C.T mettent
en évidence deux critères objectifs, à savoir l’antériorité des impayés et le transfert à contentieux.
1.2.3.1. L’antériorité des impayés
Il apparaît à travers les définitions des différentes classes de risques données par la B.C.T comme
étant le critère majeur permettant le classement des engagements des établissements bancaires.
Pour classer les actifs du bilan et du hors bilan d’un établissement bancaire, la B.C.T a défini une règle
générale applicable à l’ensemble des concours, et des règles particulières applicables aux créances
restructurées (ayant fait l’objet d’un arrangement, d’un rééchelonnement ou d’une consolidation).
 Règle générale : La règle générale consiste en la fixation d’intervalles temporels d’antériorité
des créances impayées pour les différentes classes de risques. Ces intervalles, exprimés en
nombre de jours de retards de paiement des échéances en principal et/ou en intérêts, se
présentent comme suit :

Classe 0 Classe 1 Classe 2 Classe 3 Classe 4


0 jours *
[1,90] jours *
[91,180] jours *
[181,360] jours *
>360 jours *
Taux de défaut associé à la classe de risque
0% 0% 20 % 50 % 100 %
Ainsi, pour une relation ayant enregistré des retards de règlement des échéances contractuelles se
situant dans plusieurs intervalles d’antériorité, l’établissement bancaire doit, par référence à ce
critère, considérer les échéances les plus lointaines pour déclasser tous les engagements de cette
relation par "contagion" dans la classe de risque appropriée.
 Règle particulière applicable aux créances restructurées : Comme précisé ci-avant, avec la
restructuration des crédits initiaux, il n’apparaît plus d’impayés dans les situations comptables
de l’établissement bancaire ; mais cela n’exclut jamais les difficultés financières rencontrées
par les relations bénéficiaires, d’un rééchelonnement ou d’une consolidation.
C’est par crainte de voir les banques user de cet artifice juridique et comptable, aux fins de
déguiser la véritable situation des bénéficiaires de leurs concours, que la B.C.T prévoyait des
règles spécifiques pour le classement de ces créances.
L’alinéa premier de l’article 12 de la circulaire de la B.C.T n° 91-24 du 17 décembre 1991
prévoit en ce sens le maintien de la classe établie par référence à l’antériorité des impayés du
crédit initial déterminée avant rééchelonnement ou consolidation.
De son côté, le dernier alinéa du même article stipule que "…dans le cas de nouveaux
incidents de paiement, les impayés doivent être totalement provisionnés. Si le cumul des
impayés en principal atteint 25% du total de la créance, celle-ci doit être inscrite à la classe 4".
 Règle particulière applicable aux créances ayant une ancienneté dans la classe 4 supérieure
ou égale à 3 ans : d’après la circulaire de la B.C.T N°2013-21, Les établissements de crédit
doivent constituer des provisions additionnelles sur les actifs ayant une ancienneté dans la
classe 4 supérieure ou égale à 3 ans pour la couverture du risque net et ce, conformément
aux quotités minimales suivantes :
- 40% pour les actifs ayant une ancienneté dans la classe 4 de 3 à 5 ans ;
- 70% pour les actifs ayant une ancienneté dans la classe 4 de 6 et 7 ans ;
- 100% pour les actifs ayant une ancienneté dans la classe 4 supérieure ou égale à 8 ans.
L’ancienneté dans la classe 4 est déterminée selon la formule suivante : A=N-M+1
A : ancienneté dans la classe 4
N : année d’arrêté des comptes
M : année de la dernière migration vers la classe 4
1.2.3.2. Le transfert à contentieux
L’autre critère objectif, arrêté par la Banque Centrale de Tunisie pour le classement des actifs
bancaires, concerne le transfert des dossiers de crédit des relations au département chargé du suivi
de la fonction contentieuse au sein des établissements bancaires.
Ce transfert, n’intervient généralement qu’à l’occasion des situations suivantes :
 Litiges nés entre la banque et ses débiteurs, nécessitant la mis en œuvre de toutes les
poursuites judiciaires et l’épuisement de tous les voies de recours possibles pour recouvrer ses
créances ;
 Liquidation de l’entreprise bénéficiaire des concours de la banque ;
 Redressement judiciaire ou faillite des bénéficiaires des concours de la banque.
Présentant généralement un caractère compromis, les actifs transférés à contentieux, doivent figurer,
selon la Banque Centrale, parmi la classe 4.
1.2.4. Règles de mesure des provisions pour engagements douteux
Selon le § 27 de la norme NC 24 "Les provisions doivent être appliquées sur la valeur totale des
engagements douteux, qu’ils soient échus ou non échus, ainsi que sur les revenus constatés en
résultat au cours des exercices antérieurs".
Selon l’article 10 de la circulaire de la B.C.T n° 91-24 du 17 décembre 1991, "Les banques doivent
constituer des provisions au moins égales à 20% pour les actifs de la classe 2, 50% pour les actifs de la
classe 3 et 100% pour les actifs de la classe 4.
Ces provisions doivent être affectées spécifiquement à tout actif classé égal ou supérieur à 50 mille
dinars ou à 0,5% des fonds propres nets.
Il demeure entendu que la constitution des provisions s’opère compte tenu des garanties reçues de
l’Etat, des organismes d’assurances et des banques, ainsi que des garanties sous forme de dépôts ou
d’actifs financiers susceptibles d’être liquidés sans que leur valeur ne soit affectée.
Les biens meubles et immeubles donnés en garantie par les emprunteurs ne sont considérés comme
des garanties valables que dans le cas où la banque dispose d’une hypothèque dûment enregistrée et
que des évaluations indépendantes et fréquentes de ces garanties sont disponibles. En outre, la
possibilité d’une liquidation rapide sur le marché au prix d’évaluation doit être assurée".
1.2.4.1. Détermination de la base de provisionnement
Ainsi pour chaque engagement, la base de provisionnement appelée aussi exposition nette au risque
de non recouvrement sera déterminée comme suit :
+ Engagements hors bilan
+ Principal à échoir
+ Principal échu et impayé
+ Intérêts courus échus
+ Intérêts courus et non échus
- Intérêts et produits réservés
= Exposition brute
- Encaissements post-clôture (sans excéder le montant des impayés)
= Risque résiduel
- Garanties admises par la B.C.T (sans excéder la valeur du risque résiduel)
= Exposition nette (base de provisionnement)
En désignant par :
 α : le taux de provisionnement appliqué à la classe de risque à laquelle appartient la relation ;
 E : l’exposition nette au risque de non recouvrement ;
 I : les intérêts constatés en résultat lors des exercices antérieurs et demeurés impayés.
La formule d’estimation de la provision se présente comme suit : Maximum [( x E) ; I]
En effet, et en rapport avec les règles régissant la prise en compte des revenus, le montant de la
provision ne doit, jamais, être inférieur au montant des intérêts constatés en résultat lors des
exercices antérieurs et demeurés impayés.
1.2.4.2. Garanties admises par la B.C.T
L’article 10 de la circulaire de la Banque Centrale n° 91-24 du 17 décembre 1991 admet la prise en
compte des sûretés suivantes :
 Les garanties reçues de l’Etat des organismes d’assurances et des banques, ainsi que les
garanties sous formes de dépôts ou d’actifs susceptibles d’être liquidés sans que leur valeur ne
soit affectée.
 Les biens meubles et immeubles, dans le cas où la banque dispose d’une hypothèque dûment
enregistrée. Par extension du champ d’application de cette catégorie des sûretés réelles,
l’annexe 2 de la note de la B.C.T. n° 93-23 du 30 juillet 1993 admet les promesses
d’hypothèque sur des terrains acquis auprès des agences foncières (A.F.I, A.F.T, A.F.H), dont la
situation foncière n’est pas encore apurée.

Aspect pratique

La société mère "SM" forme avec sa filiale "SF" un groupe réputé dans l’industrie laitière. Ces sociétés
entretiennent depuis quelques années des relations privilégiées avec la Banque "DFB" qui leur a
consenti plusieurs concours.
Solution :
La société "SM" rencontre des difficultés financières et accuse des retards de règlement de ses
+échéances.
EngagementsAu de31/12/N, ses engagements
garantie donné (QPR>QPT) [(900se000trouvent
x2) x 10%être classés parmi les actifs préoccupants
x (4/5)] 144 000 de la
+ Principal à échoir [900 000 x (4/5)] 720 000
Banque "DFB". (Les engagements figuraient parmi les actifs nécessitant un suivi particulier au
+ Principal échu et impayé [900 000 x (1/5) + (900 000 x2) x 10% x (1/5)] 216 000
+31/12/N-1).
Intérêts courus échus [900 000 x 7%] 63 000
+ Intérêts courus et non échus [720 000 x 7%x (75/360)] 10 500
La société "SF", s’est vu consentir un prêt syndiqué de 900.000 DT (correspondant(60
- Intérêts et produits réservés [900 000 x 7% x ((360-75)/360)+10 500]
à la375)
quote-part en
=trésorerie
Exposition de "DFB" agissant en sa qualité de chef de file pour la moitié. Sa quote-part
brute 1 093 125en risque est
-fixée
Encaissements post-clôture
à 60%). Ce prêt a été engagé et utilisé intégralement le 15/10/N-1. Il est remboursable-
= Risque résiduel 1 093 125
annuellement par amortissement constant du principal, sur une période de 5 ans et porte intérêt
- Garanties admises par la B.C.T (600 000)
=payable à terme
Exposition nette échu au taux annuel de 7%. En garantie de ses engagements envers493 la 125
Banque
Taux applicable à la classe de risque 50%
"DFB", "SF" a consenti une hypothèque dûment inscrite en 1er rang estimée à 600.000
Provision pour engagements douteux 246 563
DT selon une
expertise externe récente.
T.A.F
La :
répartition de la provision entre les éléments bilantiels et extra-bilantiels se présente comme suit :
Hors bilan (a) 144 000 31 125
Sachant que la première échéance
Principal (b) 936 000
du crédit n’a pas été honorée ==par
202 313
[(d)-(c)] x (a) / [(a)+(b)]
la société "SF", il vous est
[(d)-(c)] x (b) / [(a)+(b)]
demandé, chez
Intérêtsla
(c) "DBF", de déterminer, éventuellement,
13 125 13 125 le montant
= (c) de la provision pour
1 093 125 246 563 (d)
engagements douteux au 31/12/N et de passer les écritures en découlant.

31/12/N
652 Dotations aux 246 563
provisions
sur opérations avec la
clientèle
2991 Provisions sur 215 438
1 crédits à la clientèle [13 125 +
202 313]
2992 Provisions sur 31 125
éléments du hors bilan
1.3. Regard «plus critique» du FMI sur les faiblesses du secteur bancaire tunisien en
matière de provisionnement des créances douteuses
Un niveau élevé de créances douteuses, des provisionnements insuffisants au regard des risques pris, une
concurrence faussée... Le Fonds Monétaire International comme les agences de notation s'inquiètent de la
fragilisation du secteur bancaire tunisien.
Un risque 8 sur l'échelle de Standard & Poor's. C'est la place que l'agence de notation a attribuée au
secteur bancaire tunisien dans son classement BICRA (Banking Industry Country Risk Assessment)
publié le 24 septembre 2012, sachant que 1 représente le risque le plus faible, 10 le plus élevé.

1.3.1. Un niveau inquiétant de créances douteuses


Le premier facteur avancé par Standard & Poor's pour attribuer un tel rang au secteur bancaire
tunisien, est celui du niveau des créances douteuses des banques. "Officiellement à 13,3% à la fin
2011, il affecte l'efficacité et la rentabilité des banques. [...] Nous pensons que le taux réel des
créances douteuses est plus élevé et pourrait probablement atteindre 20%, avec une approche plus
conservatrice", lit-on dans la note de S&P.
Le magazine Jeune Afrique signale en outre que les établissements bancaires publics sont ceux qui
ont accumulé le plus de créances douteuses. La Société Tunisienne de Banque annonçait en 2010
avoir 1,9 milliard de dinars de créances douteuses, dont seulement 50% ont été provisionnées.
Quant à la Banque nationale agricole, elle en recensait pour 1 milliard de dinars en 2011,
provisionnés à 71%, et la Banque de l'Habitat 672 millions de dinars provisionnés à 53%.
1.3.2. Un provisionnement insuffisant
Le Fonds Monétaire International (FMI) a constaté dans son rapport d'août 2012 sur l'évaluation de
la stabilité du système financier en Tunisie, que ses recommandations en la matière n'ont pas été
suivies, à l'instar de celle qui exigeait un provisionnement de 70% pour toutes les créances
compromises. L'institution ajoute qu'"aucune mesure n'est encore en place pour recapitaliser les
banques, et le provisionnement n'est pas suffisant car il repose sur des évaluations optimistes des
garanties". De plus, selon le FMI, ces créances douteuses devraient être évaluées à leur valeur de
marché et placés dans une société spéciale de recouvrement.
1.3.3. Des données erronées
Le FMI indique également qu'il se pourrait que la valeur des garanties bancaires soit fortement
surestimée et que les vulnérabilités des banques soient donc beaucoup plus importantes que ne le
laissent entrevoir les données bilancielles communiquées officiellement. Ainsi, les prêts aux
entreprises publiques ne sont jamais classés, ce, en raison d'une garantie présumée de l'Etat. Au
final, le provisionnement des créances douteuses ne peut donc qu'être insuffisant, puisqu'il est
calculé après déduction des garanties.
Le FMI explique ainsi qu'il "a examiné en détail une grande banque publique en difficulté et a
conclu que ses portefeuilles de prêts étaient nettement surévalués, et qu'une réévaluation
appropriée des garanties pourrait rendre l'établissement insolvable".
1.3.4. Détérioration de la qualité des actifs
L'agence de notation estime par ailleurs que les perspectives macro-économiques du pays
"pourraient détériorer davantage la qualité des actifs des banques au cours des prochains
trimestres, particulièrement les actifs liés au tourisme". Le FMI précise ainsi qu'un tiers des 850
hôtels ont connu de graves difficultés financières depuis 2011.
La baisse d'activité du secteur manufacturier et celle des exportations ne contribueront pas non
plus à améliorer le profil de risque du portefeuille de crédits des banques.

Dans une étude publiée en mars 2011, les analystes de la société financière tunisienne Amen
Invest anticipaient déjà l'essoufflement du secteur: "La conjoncture qui a suivi le renversement de
l'ancien régime prédit un exercice 2011 difficile pour le secteur financier et principalement pour le
secteur bancaire, puisqu'il y aura lieu de constater une croissance des pertes et des créances
classées [douteuses], et ce conjointement au ralentissement économique qui s'est déjà fait
ressentir".
Les analystes estimaient alors que les banques étatiques seraient les plus touchées. Quant aux
banques aux capitaux majoritairement étrangers, Amen Invest affirmait qu'elles "avaient
initialement affiché un très faible taux d'engagements auprès des membres de l'ancien régime, et
leur activité ne devrait aucunement être impactée".
1.3.5. Une concurrence faussée
Le FMI pointe aussi du doigt le fait que toutes les banques ne sont pas traitées de manière
identique. "Le fait que des établissements faibles ou non viables puissent entreprendre de
nouvelles activités, porte un grave préjudice à la concurrence en exerçant une tension sur les prix et
en rabaissant les normes de gestion des risques", lit-on dans le rapport.
Il en ressort que certaines banques ne dégagent pas suffisamment de marges, du fait de la
concurrence que se livrent les acteurs du marché: "pas moins de 21 banques opèrent sur un marché
qui présente quelques distorsions dues à la présence de banques publiques qui détiennent environ
un tiers des actifs du système", explique S&P. Lesquelles banques publiques sont recapitalisées par
l'Etat autant que nécessaire, sans pour autant qu'il leur soit demandé de modifier leur structure de
gouvernance.
Le niveau de supervision du secteur bancaire, jugé comme relativement faible par le FMI comme
par S&P, doit donc absolument être renforcé .
Enfin, La totalité des travaux sont unanimes sur les provisions pour créances douteuses comme
principale technique de gestion des résultats dans les banques, puisque l’activité bancaire est source
de crédit.
En d’autres termes, les dirigeants peuvent aisément manipuler à la hausse (baisse) ces provisions
lorsque le résultat est inférieur (supérieur) au résultat qu’ils souhaitent afficher.
Selon Jeanjean (2002), les provisions présentent une mesure plus fine des manipulations comptables,
et sont plus adaptées au secteur des banques et des assurances.
Les principales règles comptables en vigueur dans le monde vont dans le sens d’un provisionnement
fondé sur le jugement humain, soit prêt par prêt, soit par groupe de prêts homogènes.
Les provisions pour créances douteuses et litigieuses sont souvent utilisées par les dirigeants des
banques pour couvrir les pertes provenant de la défaillance de leurs emprunteurs ou de leurs
incapacités à rembourser leurs dettes. Ces pertes ne seront enregistrées que lorsqu’elles sont
réalisées (Jaudoin, 2001).
Pour comprendre ce phénomène de manipulation des résultats des banques tunisiennes à travers le
provisionnement des créances douteuses, j’ai choisi de donner des exemples qui datent de la période
du renversement politique de 2011.
Cas de la ATB 2012
En conclusion, le rapport du FMI estime que la surévaluation des garanties constatée signifie que «le
provisionnement des créances douteuses est probablement insuffisant puisque les provisions sont
calculées déduction faite des garanties», et recommande de se conformer aux standards
internationaux en matière de classification et de provisionnement des créances.
1.4. Niveau de convergence entre le dispositif prudentiel tunisien et les normes baloises
1.4.1. Le référentiel normatif international
Le comité de Bâle a été créé en fin 1974 par les gouverneurs des banques centrales du G10 (les pays
industrialisés). Le comité était initialement appelé le « comité de Cooke », du nom de Peter Cooke,
directeur de la Banque d’Angleterre qui avait été un des premiers à proposer sa création et fut son
premier président. Cas de la Banque Zitouna 2011

La création de ce Comité faisait suite à un incident survenu lors de la liquidation de la banque


allemande Herstatt, qui a eut un effet de domino sur d’autres banques.

Rappel des faits :

La suspension par la Bundesbank des activités de la banque Herstatt a entrainé la suspension de ses
paiements sur tous les marchés.

Comme plusieurs banques américaines avaient déjà versé des contreparties irrévocables en Deutchemarks à
la banque Herstatt avant sa cessation d’activités, elles se sont trouvées avec des créances en blanc
incapables de récupérer les contreparties dues à cause du décalage temporel qui existe sur le marché des
changes et la suspension immédiate par les correspondants de la banque à New-York des paiements sur le
sol américain.
Cas d’Amen Bank 2011
La cessation des activités de la banque Herstatt suscitera une création en chaine auprès des banques
américaines.

Le Comité de Bâle a pour mission de renforcer la solidité du système financier mondial ainsi que
l’efficacité du contrôle prudentiel. Il est de ce fait investi des missions suivantes:
o Le renforcement de la sécurité et de la fiabilité du système financier,
o L’établissement de standards minima en matière de contrôle prudentiel,
o La diffusion et la promotion des meilleures pratiques bancaires et de surveillance,
o La promotion de la coopération internationale en matière de contrôle prudentiel.
Le secrétariat du Comité est situé à la Banque des Règlements Internationaux à Bâle en Suisse.
Les travaux du Comité de Bâle ont abouti à la publication :
 des Bonnes pratiques (best practices) et des recommandations sur la supervision prudentielle
 trois grands accords: Bâle I en 1988, Bâle II en 2004 et Bâle III en 2011
Les normes édictées par Bâle ne revêtent pas un caractère obligatoire mais constituent de fait un
référentiel pour les meilleures pratiques dans le domaine prudentiel et de supervision bancaire vers
lesquels tant les pays membres que non membres s’efforcent à converger.
1.4.1.1. Bâle 1
L‘accord de Bâle I a placé au cœur de son dispositif le ratio Cooke, c’est l’obligation générale faite aux
banques de détenir des fonds propres d’un niveau équivalant à 8 % au moins du total de leurs actifs
pondérés en fonction des risques.

Fonds Propres Nets (FPN )


----------------------------------- >= 8%
Risques Encourus (RE)
Numérateur du ratio : fonds propres réglementaires:
Ces fonds se composent de 3 catégories :
· Fonds propres de base ou noyau dur : ils comprennent le capital et les réserves et doivent
représenter au moins 4% des risques pondérés de la banque ;
· Fonds propres complémentaires : ils regroupent les quasi-fonds propres comme les dettes
subordonnées (les dettes dont le remboursement n’intervient qu’après celui de toutes les autres
dettes);
· Fonds propres sur-complémentaires : c’est un concept de fonds propres introduit par le Comité de
Bâle en 1996, afin de permettre aux banques de faire face à certains risques de marché en émettant
des dettes à court terme dont l’échéance doit être au moins égale à deux ans.
Dénominateur du ratio : Engagements de crédit
L’ensemble des engagements de crédit de la banque pondéré (crédits pondérés à 50% (crédits
garantis par une hypothèque), 20% (contrepartie bancaire, organisme international ou Etat non-
OCDE) ou même 0% (contrepartie = Etat OCDE).

Aspect pratique

Lorsqu'une banque prête 100 Unités monétaires à un client, elle doit disposer d’au moins 8 Unités
de fonds propres et utiliser au maximum 92 Unités de ses autres sources de financement tels que
dépôt, emprunts, financement interbancaire, etc.
Principales limites:

 Si l’accord de Bâle de 1988 a permis, l’accroissement des fonds propres des banques, il n’a pas
évolué, toutefois, au rythme des innovations financières et ne constitue qu’une mesure
simplificatrice des risques auxquels une banque est exposée.
 Mesure rigide et simplificatrice du risque économique ou insensibilité au risque,
essentiellement parce que les divers degrés d’exposition au risque de crédit ne sont pas
suffisamment différenciés : par exemple toutes les entreprises sont pondérées à 100%
(absence de sensibilité aux risques)
 Mesure limitée au risque de crédit et au risque de marché (introduit en 1996). Or d’autres
risques sont des facteurs importants de vulnérabilité : le risque opérationnel, le risque global
de taux d’intérêt et le risque de liquidité

1.4.1.2. Bâle II
Le tableau ci-dessous représente un bref historique sur le processus de l’instauration de l’accord de
Bâle II :
Chronologie de Bâle II
1999 Première proposition d’un nouvel accord soumise par le comité à
une consultation
2001 2ème document consultatif et plusieurs études d’impact (Q.I.S)
2003 3ème document consultatif
2004 Approbation des dispositions définitives de Bâle II
2007 Introduction de Bâle II dans les différents pays
L’architecture de l’accord de Bâle II repose sur trois piliers qui se consolident mutuellement pour
contribuer au renforcement de la sécurité et de la solidité du système financier.

Bâle II

Pilier 1 Pilier 2 Pilier 3


Exigences Minimales de Fonds Processus de surveillance Discipline de marché
Propres prudentielle
 Risque de crédit  Evaluation interne du profil Exigences en matière de
de risque publication d’informations
 Risque de marché
qualitatives sur les fonds
 Majoration des exigences
 Risque opérationnel propres et les risques.
de fonds propres

Pilier I : Exigences minimales en fonds propres


Si la logique de calcul des exigences minimales en fonds propres demeure fondamentalement la
même que celle de 1988 c’est à dire un rapport entre des fonds propres et un encours de risques
pondérés, la mesure de ces derniers est profondément modifiée à la fois par sa précision
(introduction de la notation), par l’étendue des risques pris en compte (inclusion du risque
opérationnel) et par l’adoption de méthodologies différenciées (des approches d’évaluation).
Trois approches sontdonnées aux banques pour leur permettre de calculer l’exigence en fonds
propres relative au risque de crédit.
 L’approche Standard
La pondération des risques s’effectue en fonction de la notation externe qui attribue ces notations des
contreparties. Ci-après la grille des pondérations proposées pour les régulateurs. Les options
proposées permettent au régulateur de choisir à sa discrétion la pondération qui correspond le plus à
sa perception du risque.
AAA à A+ à A- BBB+ à BB+ à B+ à B- Inf. à B- Non
AA- BBB- BB- Noté
Option 1 20% 50% 100% 100% 100% 150% 100%
Banque
Option 2 20% 50% 100% 100% 150% 150% 100%

Aspect pratique

Suivant cette méthode et pour qu’une Entreprise se distingue et bénéficie du vrai coût du risque
qu’elle présente. Elle doit être notée.

Cette méthode de calcul des exigences en fonds propres se base sur:

 Une pondération des risques qui s’effectue en fonction de la notation externe des
contreparties
 Chaque exposition est classée en fonction de la nature de la contrepartie (Souverain,
Banque, Entreprise,..)

Notation AAA à AA- A+ à A- BBB+ à inf, à BB- Non cotée


BB-
Pondération 20% 50% 100% 150% 100%
Unités de K pour 1,6 4 8 12 8
100 unités de crédit

N.B. Par pondération, on entend le coefficient permettant de traduire les composantes du risque en actifs
pondérés, puis en exigence de fonds propres
 L’approche de Notation interne (« Internal Rating Based Approach » IRB Fondation)
Elle repose sur l’appréciation par les banques elles-mêmes de leur risque de crédit. Les banques
doivent classer leurs expositions en cinq portefeuilles : Souverains, Banques, Entreprises, Clientèle de
détail (retail) et Actions.
Pour chacun de ces portefeuilles, elles doivent déterminer trois éléments principaux :
 Les paramètres d’appréciation du risque de crédit fournis tout ou partie par la banque : la
probabilité de défaut (PD)4, la perte en cas de défaut (LGD) 5, l’exposition en cas de défaut
(EAD)6 et la maturité (M)7.
 Une fonction de calcul des pondérations spécifiée réglementairement, intégrant
l’ensemble de ces paramètres et permettant de les traduire en risques pondérés, puis en
exigences en fonds propres
 Des exigences minimales de qualité de système de notation interne devant être remplies
par la banque souhaitant utiliser l’approche interne.
Dans cette approche, la banque estime elle-même la probabilité de défaut de ses débiteurs et utilise
les valeurs fournies par l'autorité de contrôle pour les autres paramètres de calcul des risques, LGD).
 Notation Interne avancée (IRB Avancée)
Dans cette approche, les banques fournissent l’ensemble des paramètres d’appréciation du risque de
crédit. L’exigence en fonds propres en IRB avancée sera plus faible qu’en IRB fondation.
L’objectif de l’évaluation du risque de crédit est de pouvoir quantifier les pertes attendues et les
pertes inattendues.
 Pertes attendues (expected losses)
Chaque établissement de crédit évalue le montant qu'il risque de perdre en moyenne sur son
portefeuille de crédit sur un horizon donné. Ce montant correspond aux «pertes attendues» qui est
couvert par des provisions.
La perte attendue (EL) est déterminé en appliquant la formule suivante : EL = PD x LGD x EAD
 Pertes inattendues (unexpected losses)

4 La probabilité de défaut (PD) : La définition de défaut repose sur deux critères :


- l’existence de doutes sur la capacité de l’emprunteur à rembourser, et
- l’existence d’impayés de plus de 90 jours
5 La perte en cas de défaut (LGD) : correspond à la perte économique subie par la banque après réalisation de ses
éventuelles garanties en cas de défaillance de sa relation. Cette perte est calculée pour chacun des concours de la relation
défaillante
6 L’exposition en cas de défaut (EAD) : Elle correspond au montant dû par la contrepartie au moment où elle fera défaut
7 La maturité (M) : Il s'agit du délai imparti à l'emprunteur pour honorer ses engagements.
Les pertes effectives peuvent cependant différer des pertes attendues du fait de l'incertitude, et une
banque est tout autant préoccupée par le montant de ses pertes inattendues que par le montant des
pertes attendues.
La banque cherche alors à connaitre le montant maximum des pertes potentielles, qui risquent de
survenir sur un horizon donné avec un certain degré de risque.
Par opposition aux pertes attendues, ce sont les fonds propres économiques qui sont destinés à
couvrir les pertes inattendues.
Le rôle de la banque est alors d’évaluer la perte maximale susceptible de se produire sur ce type
d’opération et d'affecter un montant de fonds propres en conséquence, permettant de couvrir la
différence entre le montant de cette perte maximale et le montant de la perte attendue.

Aspect pratique - Pertes attendues versus pertes inattendues

Supposons qu’une banque possède un portefeuille de $1 milliard, composé d’expositions vis-à-vis


d’entreprises (pondéré à 100%). Pour simplifier, supposons en outre que la banque ne peut
recouvrer que 50 % de l’encours de chaque prêt en souffrance. Si la banque prévoit que 1 % des
emprunteurs feront défaut sur l’année à venir, la « perte attendue » pour ce portefeuille sera de $5
millions ($1 milliard × 1 % ×50%).
Toutefois, le nombre des défaillances pourrait dépasser les prévisions si les conditions économiques
se détériorent. En estimant que, dans la grande majorité (disons 99,9 %) des cas, le coefficient de
défaillance n’excédera pas 10 %, la perte maximale que la banque devra alors se préparer à subir est
de $50 millions (1milliard*50%*10%). L’écart entre perte maximale et perte attendue se définit
comme la « perte inattendue», soit $45 millions dans notre exemple.

Pilier 2: Processus de surveillance prudentiel


Le pilier 2 repose sur deux volets:
 Inciter les banques à développer leurs techniques de contrôle et de gestion des risques
 Permettre aux autorités de contrôle de s’assurer, dans le cadre d’un processus de surveillance
prudentiel formalisé, que les banques disposent d’un niveau de fonds propres conforme à leur
profil de risque et, à défaut, de leur demander d’engager des mesures correctrices y compris, le
cas échéant, un supplément de fonds propres. Cela suppose:
 L’existence d’un processus systématique et rigoureux de gestion des risques qui associe les
fonds propres (prudentiels) aux niveaux de risque, fixe les objectifs d’adéquation des
FP/risque, en fonction des priorités stratégiques et du plan d’activité (processus d’évaluation
de l’adéquation du capital interne)
 L’existence au niveau du contrôle prudentiel d’un système d’évaluation des procédures mis en
place par les banques en vue de garantir la bonne prise en compte de leurs risques dans la
mesure du capital interne (processus de surveillance et d’évaluation prudentielle )
Les autorités de contrôle bancaire interviennent suffisamment en amont (Early Warning Systems et
Stress testing) en vue d’éviter que les fonds propres des établissements de crédit deviennent
inférieurs aux exigences prudentielles minimales et ont à leur disposition, en cas de besoin, le pouvoir
d’ordonner des mesures correctrices :

 Procéder au renforcement des fonds propres


 appliquer une politique de provisionnement appropriée
 Limiter la distribution de dividendes
Le pilier III : discipline de marché
Le pilier III vise à assurer que les investisseurs puissent disposer d’informations fiables et régulières
leur permettant d’appréhender le profil de risque des banques.
Les différents acteurs de marché joueront un rôle accru en incitant les banques à détenir des fonds
propres suffisants
L’utilisation de certaines approches par les banques sera strictement conditionnée par le respect des
exigences de publication. Les exigences de publication portent principalement sur :
 La structure des fonds propres : FP de base, FP complémentaires et sur-complémentaires
 Les risques, les expositions et les méthodes d’évaluation utilisées
Principales limites de Bâle II :
La sensibilité aux risques de Bâle II entraine un comportement procyclique des banques
 En période de croissance, les risques pondérés diminuent, les banques ont besoin de moins de
fonds propres et se suffisent de détenir le minimum de fonds exigé par le régulateur.
 Quand la situation se détériore, elles doivent augmenter leurs FP pour respecter les exigences
de solvabilité, or avec des FP devenus plus rares et plus chers, les banques seront dans un état
« d'asphyxie financière » et seront amenées à réduire l'offre de crédit (phénomène de crédit
crunch), ce qui accentue la récession économique.
1.4.1.3. Bâle III
La réforme dite de « Bâle III » constitue la réponse du Comité de Bâle à la crise financière de 2007
(crise des subprimes).
RSBML ea e tin i f ol lo e d r c e e m e n t d u
laoâuni i q ri v e u e i ad ui t ée tà d e l a q u a l i t é
lctindq o o e n us g rv f t eo rn d s p r o p r e s
toveiu t eu rr me e
(daoi NL e C S s R F )R )
ebIrd i s q u e s
liIn
elIgt
vité
ito
eéo
rl s

La réforme dite de « Bâle III vise principalement à :


 renforcer le niveau et la qualité des fonds propres (« tier one et core tier one ») : dans ce
cadre, L'accent est mis sur les actions ordinaires, dont le niveau minimal est porté à 4,5 % des
actifs pondérés des risques
Composants des Bâle II Bâle III
FP
Noyau dur : 4,5%
+coussin de conservation8 : 2,5%
Noyau dur : 2%
Tier 1 +coussin contracyclique9 : de 0 à 2,5 %
+Risque systémique : à définir
Tier 1 complémentaire : 2% Tier 1 complémentaire : 2%
Tier 2 4% 2%
Total Ratio de 8% Ratio de 10,5%
L’institution de volants contra-cycliques et systémique a pour objectif d’accroitre la capacité
des banques à absorbe er les chocs (plutôt que les transmettre), de réduire la pro-cyclicité et
d’accroître la résilience de l’ensemble du système bancaire
 mettre en place un ratio de levier (« leverage ratio ») ;
 améliorer la gestion du risque de liquidité par la création de deux ratios de liquidité (ratio de
liquidité à un mois « Liquidity coverage ratio » et ratio de liquidité à un an « Net stable funding
ratio»)
8 Instauration d’un coussin de précaution composé de fonds propres Core tier 1 de 2,5% alimenté en période de
croissance et utilisé en période de crise pour absorber les pertes sans toucher au fonds propres de base

9 instauration d’un coussin contracyclique, fixé par les autorités de régulation, pouvant varier de 0,25% à 2,5%, et
également composé de fonds propres Core tier 1 afin de se prémunir du risque systémique lié à un emballement de
l’activité de crédit.
 renforcer les exigences prudentielles concernant le risque de contrepartie
1.4.2. Niveau de convergence entre le dispositif prudentiel tunisien et les normes Bâloises
1.4.2.1. La Tunisie est-elle concernée par Bâle II et Bâle
La réponse ne peut être que oui, principalement, pour deux raisons :
 Parce que cela fait pratiquement vingt années qu’on est en train de s’aligner même avec un
décalage sur les pratiques internationales. On ne peut donc pas être en dehors de cette
mouvance.
 La présence de banques étrangères filiales de banques internationales nous incite à aligner
l’ensemble du système bancaire aux meilleures pratiques internationales.
 l’adhésion franche des autorités aux n normes et standards internationaux en particulier les
normes du Comité de Bâle.

1.4.2.2. Diagnostic de l’état des lieux en Tunisie


Exigence État d’avancement
Bâle I
Ratio Cooke Conformité
Toutefois, les exigences en fonds propres ne concernent actuellement que
les seuls risques de crédit. Le risque de marché n’est pas inclus dans le risque
encouru.
L'activité de marché n'apparaît pas très développée et est concentrée sur des
produits standards, soit les bons du trésor (obligation d'Etat), les certificats
de dépôts et les billets de trésorerie.
La BCT impose, en revanche en ce qui concerne le risque de change des
limites d’exposition et des limites pour perte de position
Bâle II
Pilier I Relèvement du ratiode solvabilité est porté de 8% à 9% à partir de fin 2013 et
à 10 % à partir de fin 2014 et le Tier 1 est fixé à 6% en 2013 et à 7% en 2014.
Évaluation par les banques
de l’adéquation des fonds
propres
Pilier II Circulaire 2006-19 relative au contrôle interne :
Révision par les superviseurs Spécificité du système de contrôle interne. Il permet :
des évaluations internes de - D’identifier l’ensemble des sources de risques internes et externes ;
l’adéquation des fonds
propres de la banque - De mettre en place un système d’évaluation des divers risques et de
mesure de la rentabilité ;
- D’élaborer un système reliant le niveau des fonds propres aux risques
- De définir une méthode de surveillance du respect des politiques
internes

Les régulateurs doivent être


Non explicite sur le plan règlementaire
habilités à obliger un
établissement donné à
détenir des fonds propres
supérieurs aux exigences
minimales
Une base légale autorisant le
Protection légale
superviseur à effectuer des
interventions préventives et à La décision règlementaire n°445 portant statut du personnel de la BCT
le mettre à l’abri de toute dispose que celle-ci protège ses agents contre les menaces et les attaques de
accusation d’immixtion dans quelques nature que ce soit dont ils peuvent être l’objet à l’occasion de
la gestion des banques l’exercice de leur fonction et répare, s’il y a lieu, le préjudice qui en est
résulté.

Exigences État d’avancement


Pilier III Circulaire portant sur les règles de bonne gouvernance dans les
Discipline de marché établissements de crédit.
Renforcement de la politique de divulgation financière (communication au
conseil d’administration, direction générale, BCT et au marché)
Publication des informations sur l’exposition aux risques

Bâle III
Renforcement des FP L’essentiel des fonds propres de base est constitué de Tier One
Coussins de conservation Provisions collectives
Effet de Levier Non applicable
1.4.2.3. Démarche pour la convergence avec les normes Bâloises
Un préalable consiste à ce que les banques soient dotées des capacités à satisfaire les exigences
baloises (systèmes d’informations non encore prêts pour la modélisation des risques, révision
profonde des systèmes de contrôle interne, manque de profondeur des marchés..etc).
Le succès de Bâle II et III dépend moins de la rapidité de son adoption que de l’étendue de son
application par les banques, de la capacité des régulateurs à valider les approches retenues et de la
réactivité des marchés.