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MEDMAL-4179; No. of Pages 2 ARTICLE IN PRESS


Médecine et maladies infectieuses xxx (2019) xxx–xxx

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Lettre à la rédaction
Antibioprophylaxie et dermohypodermite non nécro- à 38,8 ◦ C. Il existe une hyperleucocytose à 12 800/mm3 et la CRP
sante récidivante des organes génitaux externes mas- est à 29 mg/L. Aucun microorganisme n’est mis en évidence. Il n’y a
culins pas de facteur favorisant notamment pas de pratiques sexuelles
traumatiques. L’évolution est favorable avec un traitement par
Antibiotic prophylaxis and recurrent non-necrotizing cellulitis of the pipéracilline-tazobactam (16 g/24 h) pendant 15 jours associé à
male external genitalia une dose d’amikacine (1 g). La tomodensitométrie par émission
de positons ne montre pas de foyer infectieux profond mais un
i n f o a r t i c l e hypermétabolisme modéré sous-cutané de la verge. La cystosco-
pie est normale. L’échographie doppler pénienne n’objective pas
Mots clés : de thrombose, la veine dorsale de la verge est absente, emportée
Dermohypodermite par la reconstruction chirurgicale lors de la gangrène de Fournier. Il
Organes génitaux masculins existe un réseau variqueux anarchique siège d’un reflux au niveau
Antibioprophylaxie
de la racine de la verge. La lymphoscintigraphie n’objective pas
d’insuffisance lymphatique primaire des membres inférieurs. Dans
Keywords:
Cellulitis l’hypothèse d’une anomalie de drainage veineux secondaire à la
Male external genitalia chirurgie, un traitement prophylactique par benzathine pénicil-
Prophylactic antibiotics line (2,4 millions d’unités intramusculaire par mois) est introduit.
Aucune rechute n’est observée avec un recul de 2 ans.

1. Introduction 2.2. Cas 2


Un homme de 64 ans est hospitalisé pour un premier épi-
Les dermohypodermites bactériennes (DHBA) non nécrosantes
sode de DHBA du membre inférieur gauche. Ses antécédents sont
localisées aux organes génitaux externes (pénis, scrotum) sont
un cancer testiculaire gauche à l’âge de 27 ans traité par orchi-
rares [1]. Moins de dix cas ont été rapportés [2,3]. Le risque de
dectomie et radiothérapie, un cancer papillaire thyroïdien traité
récidive n’a jamais été évalué [2]. Nous rapportons deux cas avec
par thyroïdectomie et iode radioactif et une insuffisance rénale
récidives.
chronique non dialysée. L’examen clinique d’entrée révèle un éry-
thème de la face interne de la cuisse et du creux inguinal gauche
2. Présentation des cas sans adénopathies, associé à une hyperthermie à 39 ◦ C. Son poids
est de 84 kg. La CRP est à 162 mg/L sans hyperleucocytose. Les
2.1. Cas 1 prélèvements bactériologiques sont négatifs. L’évolution est favo-
rable sous pénicilline G relayée par amoxicilline per os (4 g/24 h)
Un homme de 45 ans consulte pour fièvre et érythème de la pendant 15 jours. Le doppler veineux des membres inférieurs et
verge. Il a eu une vasectomie 15 ans auparavant compliquée d’une ilio-cave est normal. Deux mois plus tard, apparaît un œdème des
gangrène de Fournier, ayant nécessité une orchidectomie droite organes génitaux externes sans signes inflammatoires locaux ou
et une greffe cutanée. Il a bénéficié d’une cure de hernie ingui- généraux. Le mois suivant apparaissent une fièvre et une dermohy-
nale gauche avec pose de matériel prothétique un an avant son podermite pubienne et génitale. Un traitement par pristinamycine
admission. (3 g/24 h) est introduit. Les signes inflammatoires régressent mais
La température est à 38,5 ◦ C, l’IMC de 30,7 kg/m2 . Il existe un il persiste un œdème scrotal. Une tomodensitométrie thoraco-
œdème inflammatoire de la verge et des adénopathies en territoire abdomino-pelvienne élimine une compression veineuse locale. En
inguinal. Il n’y a pas de porte d’entrée cutanée, de complication raison de la persistance de l’œdème, une antibioprophylaxie par
nécrotique ni d’écoulement urétral. Il existe un syndrome inflam- benzathine benzylpénicilline (2,4 millions d’unité intramusculaire
matoire (hyperleucocytose à 10 900/mm3 , protéine C-réactive tous les 15 jours) est instaurée associée à une kinésithérapie de
[CRP] 64 mg/L). Les hémocultures, l’ECBU et le prélèvement uri- drainage lymphatique et une contention veineuse élastique. Après
naire (PCR Chlamydia trachomatis, Mycoplasma genitalium, Neisseria 16 ans d’antibioprophylaxie, le lymphœdème de jambe gauche et
gonorrhoeae, Trichomonas vaginalis) sont négatifs. La tomoden- sus-pubien persiste mais aucune récidive infectieuse n’est surve-
sitométrie objective un oedème de la verge et une infiltration nue.
sous-cutanée inguinale bilatérale sans nécrose. Un traitement
par pipéracilline-tazobactam (12 g/24 h) est introduit. Le relais
par amoxicilline-acide clavulanique (3 g/24 h) au 3e jour est un 3. Discussion
échec, nécessitant la reprise de pipéracilline-tazobactam pen-
dant 15 jours. L’évolution est favorable. Un mois après l’arrêt de Ces deux cas de DHBA du pénis ont bénéficié d’une prophylaxie
l’antibiothérapie, les signes locaux récidivent. La température est efficace des récidives par pénicilline retard.

https://doi.org/10.1016/j.medmal.2019.07.003
0399-077X/© 2019 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

Pour citer cet article : Lauda-Maillen M, et al. Antibioprophylaxie et dermohypodermite non nécrosante récidivante des organes génitaux
externes masculins. Med Mal Infect (2019), https://doi.org/10.1016/j.medmal.2019.07.003
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Dans cette localisation, le seul pathogène rapporté est le strepto- Déclaration de liens d’intérêts
coque bêta-hémolytique de groupe B [3]. D’autres germes ont été
évoqués (Staphylococcus, C. trachomatis, Escherichia coli, Klebsiella Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.
pneumoniae, Bacteroides spp. et des streptocoques anaérobies) [3].
Dans nos deux cas nous n’avons pas isolé de germe mais avons Références
tenu compte des différents agents pathogènes possibles pour le
choix de l’antibiothérapie. Les portes d’entrée habituelles pour ces [1] Érysipèle et fasciite nécrosante : prise en charge : Texte long. Med Mal Infect
2000;30 [252s–72s].
localisations sont traumatiques, souvent sexuelles [3], parfois après [2] Leclerc S, Teixeira A, Mahe E, Descamps V, Crickx B, Chosidow O. Recurrent
rapport oro-génital [4]. erysipelas: 47 cases. Dermatology 2007;214:52–7.
Le risque de récidive des DHBA non nécrosantes des membres [3] Bardapure M, Vaswani N. Cellulitis of the penis: a case report. BMJ Case Rep
2009;2009.
inférieurs est de l’ordre de 10 à 30 % [1] mais il n’y a pas [4] Froissart A, Martinez V, Jaureguiberry S, Caby F, Bricaire F, Caumes E. Local
de donnée concernant la fréquence et les facteurs de récidive infections after oral sex. Med Mal Infect 2011;41:152–3.
dans la localisation pénienne. Par analogie avec les DHBA des [5] Oh CC, Ko HC, Lee HY, Safdar N, Maki DG, Chlebicki MP. Antibiotic prophylaxis for
preventing recurrent cellulitis: a systematic review and meta-analysis. J Infect
membres, ces facteurs pourraient être une insuffisance veineuse
2014;69:26–34.
ou lymphatique [2]. Les antécédents de chirurgie de reconstruc- [6] Thomas KS, Crook AM, Nunn AJ, Foster KA, Mason JM, Chalmers JR, et al. Penicillin
tion périnéale avec persistance d’un réseau variqueux dans le to prevent recurrent leg cellulitis. N Engl J Med 2013;368:1695–703.
premier cas et de radiothérapie pelvienne avec lymphœdème [7] Stevens DL, Bisno AL, Chambers HF, Dellinger EP, Goldstein EJ, Gorbach SL, et al.
Practice guidelines for the diagnosis and management of skin and soft tissue
séquellaire dans le deuxième cas, concordent avec cette hypo- infections: 2014 update by the Infectious Diseases Society of America. Clin Infect
thèse. Dis 2014;59:e10–52.
Les antibiotiques évalués pour la prévention des récidives sont
M. Lauda-Maillen a,∗
l’érythromycine orale (250 mg/12 h), la pénicilline retard injec-
M. Catroux a
table (1,2 millions d’unités tous les 15 jours) et la pénicilline
M. Grosset a
V (400 000 UI/12 h) [5]. L’antibioprophylaxie par pénicilline V
E. Caumes b
(400 000 UI/12 h) pendant 12 mois réduit le risque de récidive de
F. Cazenave-Roblot a,c
DHBA des membres inférieurs de 45 % [6]. Les recommandations a Service de maladies infectieuses et tropicales, CHU
américaines préconisent une antibioprophylaxie par pénicilline V
de Poitiers, 2, rue de la Milétrie, 86021 Poitiers, France
ou érythromycine pendant 4 à 52 semaines ou par benzathine péni- b Groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, AP–HP,
cilline G intramusculaire toutes les 2 à 4 semaines chez les patients
université Pierre-et-Marie-Curie, 47-83 boulevard de
ayant 3 à 4 épisodes de dermohypodermites par an malgré la prise
l’Hôpital, 75651 Paris, France
en charge des facteurs prédisposant et le traitement des portes c Unité Inserm U1070, faculté de médecine et
d’entrée potentielles [7]. Nos deux patients ont reçu de la benza-
pharmacie, 86022 Poitiers, France
thine benzyl penicilline, une fois toutes les 2 semaines dans un cas,
une fois par mois dans l’autre cas. L’antibioprophylaxie, souvent ∗ Auteur correspondant.
de longue durée, expose au risque de mauvaise observance. Elle
Adresse e-mail : maider lauda@hotmail.com
doit être maintenue tant que persistent les facteurs prédisposant
(M. Lauda-Maillen)
[7].

Reçu le 24 juillet 2018


4. Conclusion
Reçu sous la forme révisée le 28 mai 2019
Les DHB des organes génitaux masculins sont exceptionnelles et
doivent faire rechercher des facteurs favorisants locaux. Pour éviter Accepté le 3 juillet 2019
les récidives, une antibioprophylaxie peut être proposée. Disponible sur Internet le xxx

Pour citer cet article : Lauda-Maillen M, et al. Antibioprophylaxie et dermohypodermite non nécrosante récidivante des organes génitaux
externes masculins. Med Mal Infect (2019), https://doi.org/10.1016/j.medmal.2019.07.003