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Projet B2Fish – Aquaponie – Rapport final

INSTITUT INSPIRE

RAPPORT FINAL PROJET B2FISH

MARSEILLE

Aquaponie et agriculture urbaine : évaluation et proposition de scénarios

Étude conduite d’avril à décembre 2012

Agathe Colmant, Emmanuel Delannoy – pour l’institut INSPIRE Page 1 sur 43

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Projet B2Fish – Aquaponie – Rapport final

Contenu de ce document

Résumé du document

I / Contexte et enjeux
I / A. Population urbaine et espace
I / B. Les ressources halieutiques
I / C. L’eau

II / Qu’est-ce que l’aquaponie ?


II. A / Définition
II. B / Intérêt pour les parties prenantes
II. C / Pré-requis
II. D / Implantations de l’aquaponie dans le monde

III / Scénarios pour un projet


Scénario 1 : Pilote démonstrateur
Scénario 2 : Production agri-aquacole d’urgence
Scénario 3 : Ferme urbaine
Scénario 4 : Filière non alimentaire
Scénario 5 : Production industrielle
Types de locaux envisagés
Paramètres du système

III . A / Choix du type de poissons


Dimensionnement

III. B / Quelle forme pour les aquariums ?


III. C / Produire d’autres types de poissons
III. D / Produire des plantes
III. E / Quelle source d’énergie ?
III. F / Renouvellement de l’eau
III. G / Sous quelle forme vendre les poissons ?
III. I / Nourriture pour poissons et vermiponie
III. J / Organisation dans l’espace

Remarques
Charge de travail nécessaire pour l’exploitation
Réglementation
Fournisseurs Recensés
Alevins
Nourriture pour poissons
Composants du système
Références de composants :
Business plan
Dépenses sur un an
Scénario industriel, et matériel accessible en Europe
Scénario de pilote démonstrateur, et matériel accessible en Europe

Conclusion
Sources

Annexes

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Résumé du document

La demande mondiale de produits issus de la pêche est désormais confrontée aux limites
écologiques. L’aquaculture est une des solutions adoptées par certains pays pour faire face à la
raréfaction des ressources halieutiques, mais elle est fortement critiquée par les organisations
environnementales pour sa forte consommation en eau et la pollution engendrée. Dans le
même temps, une forte pression démographique et une urbanisation croissante entrainent un
étalement urbain empiétant sur les espaces ruraux, notamment ceux dédiés à la production
maraîchère.
Dans ce contexte, l’aquaponie, méthode consistant à combiner plusieurs productions agricoles
complémentaires, offre une solution limitant la consommation d’espace, d’intrants et d’eau.
L’association, dans un système intégré de l’aquaculture (élevage de poissons) et de
l’hydroponie (culture de plantes hors-sol), permet d’économiser 90% d’eau par rapport aux deux
systèmes utilisés séparément. En mimant le fonctionnement des écosystèmes, ce principe de
culture où poissons, bactéries et plantes coopèrent relève du biomimétisme et de l’économie
circulaire. Une serre aquaponique pouvant être installée n’importe où, la production peut se
faire à proximité des lieux de consommation, ce qui limite les émissions de CO2 dues au
transport. Certains prérequis sont nécessaires : il faut disposer d’un emplacement approprié
pour l’installation (friches urbaines ou péri urbaines par exemple), ainsi que des compétences
nécessaires en aquaculture et en hydroponie. Il est également préférable de bénéficier d’une
bonne exposition, afin de ne pas avoir besoin d’un éclairage artificiel.
Plusieurs scénarios ont été envisagés dans notre étude, notamment la mise en place d’un pilote
démonstrateur de petite dimension, de systèmes agri-aquacoles d’urgence (conception d’un kit
d’agriculture d’urgence à destination de zones sinistrées), de fermes urbaines, de filières non
alimentaires (afin de ne pas être impacté par la règlementation inhérente à toute production
destinée à l’alimentation humaine). Pour finir, il a été envisagé une production industrielle à
grande échelle. Selon le scénario, les locaux iraient donc de la serre agricole, jusqu’à des
locaux industriels.
Le poisson choisi est le « Nile Tilapia ». Particulièrement adapté à un fonctionnement en
aquaponie, il est aujourd’hui en deuxième position sur le marché mondial de l’aquaculture. Des
calculs et hypothèses ont été établis pour définir la surface nécessaire, la quantité de poisson
produite selon cette surface, le besoin de nourriture des poissons, la forme et le
dimensionnement des bacs. De même, le type de plantes à cultiver, la récolte possible, le
nombre de plantes ont été définies selon différents critères. Afin d’économiser l’espace et
l’énergie, des superpositions des différents éléments (bacs, etc.) ont été étudiés, des panneaux
photovoltaïques permettant un fonctionnement à partir d’énergie renouvelable. Le
renouvellement d’eau pourra être lui réalisé par récupération d’eau de pluie. Enfin, différents
scénarios pour la diffusion des produits ont été envisagés, préparés ou non, à destination des
professionnels ou des particuliers. L’aquaponie est un concept modulable, capable de s’adapter
au contexte de sa mise en place.

Bien que plus développée en Océanie et en Amérique du Nord, l’aquaponie commence à


émerger en Europe, notamment au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et en Allemagne. Il n’existait
pas, au moment de l’étude, d’élevage aquaponique commercial en France, et seul un pilote
scientifique était opérationnel au lycée agricole de Canourgue. Toutefois, des projets sont en
cours en Isère et en région parisienne, ainsi que, suite à cette étude, à Aubagne. Un
déploiement plus large serait donc utile pour enrichir le retour sur expérience. Comme nous
l’ont expliqué les scientifiques contactés, « le marché de l’aquaponie est aujourd’hui inexistant
en France, mais il devrait prendre son essor assez rapidement, et devrait grossir rapidement
ensuite ».

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Introduction

L’aquaponie est un concept peu connu dans notre pays, alors qu’elle est pratiquée, à
différentes échelles, de manière plus ou moins empirique ou scientifique, en bien
d’autres régions du monde.

Il est vrai que l’aquaculture, et en particulier l’aquaculture continentale, est elle-même,


comparativement à ce qui se passe dans d’autres pays, peu développée en France.

Peut-être que ce « retard » tient, pour partie, au fait que nous disposons encore de sols
favorables à une agriculture de qualité et de proximité, et que nos ressources
halieutiques côtières sont moins affectées que la moyenne des ressources mondiales.
Habitants d’un pays moins densément peuplé que nos voisins européens, disposant
d’un linéaire de côte particulièrement long favorable à la pêche côtière, de nombreux
lacs, rivières et fleuves pour l’approvisionnement en poissons d’eau douce, d’un climat
et de sols favorables à une agriculture diversifiée, nous bénéficions d’une situation
privilégiée, ce qui fait que dans ce contexte d’abondance relative nous ne voyons pas
encore ce que l’aquaponie pourrait nous apporter.

L’étalement urbain - cause d’un mitage croissant des terres agricoles, notamment de la
disparition progressive des zones maraîchères qui naguère ceinturaient nos grandes
villes, l’accroissement des distances physiques et la diminution des liens humains entre
producteurs et consommateurs, la nécessité de préserver les ressources halieutiques
tout en diversifiant les ressources alimentaires des habitants des villes : tout cela plaide
pour un développement de l’agriculture urbaine, conformément aux recommandations
de la FAO. Ceci sans même parler de l’opportunité de créer des emplois de qualité, de
proximité, et non délocalisables car situés à proximité des lieux de consommation.

Dans ce contexte, l’aquaponie, technique permettant des productions agricoles


diversifiées en n’utilisant que peu d’espace, d’eau, et d’intrants, nous semble avoir toute
sa place. C’est en tout cas le postulat sur lequel nous nous sommes appuyés, et que
nous avons voulu vérifier par ce travail. Au-delà de la validation de la pertinence du
concept, nous avons aussi cherché à étudier comment l’aquaponie pourrait trouver sa
place dans le dispositif de production existant, avec quels scénarios, quelles techniques
et quels partenaires ; tout cela sans négliger les difficultés, les lacunes dans la
connaissance et les freins multiples existants aujourd’hui.

Ce rapport est le fruit d’une collaboration entre bénévoles et permanents de l’institut


INSPIRE, et des experts externes que nous avons consultés, tout près d’ici ou à l’autre
bout du Monde. Je tiens ici à remercier chacun des contributeurs pour leur disponibilité,
leur patience et leur volonté de partage, et à remercier tout particulièrement Agathe
Colmant, élève ingénieur à Centrale Marseille, pour son investissement sur ce projet.

Emmanuel Delannoy, directeur de l’institut INSPIRE

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I / Contexte et enjeux
I / A. Population urbaine et espace
Depuis 2006, plus de la moitié de la population mondiale vit en milieu urbain. En
2010, cette valeur a même atteint 57% en moyenne dans le monde. Sur la carte
suivante, les pays en jaune sont ceux qui avaient plus de 75% de population urbaine en
2008. En France, ce chiffre s’élève aux alentours de 78%.

L’empreinte écologique des villes est forte. Les villes sont le siège de micro-
climats radicalement modifiés qui donnent lieu à des perturbations dans le cycle de
l’eau, et la pollution engendrée affecte directement la végétation de régions entières.
L’eau, les sols, l’environnement sonore et l’environnement lumineux sont affectés par
les activités urbaines. Les villes consomment énormément de ressources naturelles,
fossiles ou renouvelables, et produisent des volumes de déchets importants.

Cette tendance à l’urbanisation a de lourdes conséquences sur le climat global et


local, mais pas seulement. En effet, élargir les villes implique d’empiéter sur le territoire
rural. Ainsi, ce territoire qui était utilisé pour produire de la nourriture en majeure partie
pour les habitants des villes, est remplacé par toujours plus d’habitants des villes. Il est
alors clair que l’équation n’est pas équilibrée : avec moins d’espace où produire de la
nourriture mais davantage de besoins, il va s’avérer de plus en plus difficile de répondre
à la demande agro-alimentaire.

Le phénomène d’étalement des villes se fait de manière progressive, les zones


rurales sont « grignotées » ou « mitées » par l’installation d’une maison, puis de
quelques maisons puis d’un lotissement, etc. Et la disparition de ces terres cultivables
périurbaines est inquiétante, car ces terres sont historiquement les plus fertiles. Ce sont
elles qui ont attiré les fondateurs des villes en question.

De même, on peut constater que 60% de la population mondiale vit dans un


pourtour littoral de 60km de large. On constate que la pression foncière y est plus
qu’importante qu’à l’intérieur des terres. Or les zones côtières comportent souvent les
écosystèmes parmi les plus productifs : prenons pour exemple les vallées alluviales ou
des prairies inondables. La perte des terres agricoles ne concerne donc pas seulement
la « campagne » à l’intérieur des terres, mais également les zones côtières.
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De plus, avec l’étalement urbain, les distances parcourues par les ressources
(eau, nourriture) pour atteindre les consommateurs sont de plus en plus importantes. Il
en va de même pour les déplacements des habitants de ces zones urbaines. Moins la
ville est dense, plus les déplacements des habitants sont importants. En outre, les
habitants des villes denses ont plus tendance à utiliser les transports en commun que
les habitants des banlieues, moins desservies.

Malgré la recommandation de la FAO (Food and Agriculture Organization, de


l’ONU) de développer l’agriculture urbaine, la pression foncière a tendance à réduire les
surfaces affectées aux jardins ouvriers et familiaux. Pourtant, l’agriculture urbaine
permettrait de donner aux zones urbaines une plus grande résilience, et une
dépendance aux énergies fossiles moindre, puisque les transports sont beaucoup
moins sollicités dans ce genre d’agriculture de proximité.

I / B. Les ressources halieutiques


Nous nous intéressons plus particulièrement à la consommation de poisson et
des produits de la mer. Ces produits ont longtemps été principalement consommés
dans zones côtières. Mais au cours du XXème siècle, le secteur de la pêche a connu
un développement important, notamment grâce aux progrès des méthodes de pêche et
de conservation du poisson. Aujourd’hui, près de 2,6 milliards de personnes n’ont que
le poisson comme source de protéines, et 200 millions de personnes gagnent la totalité
ou une partie de leur revenu grâce à la pêche et aux activités liées.

Mais ce développement est aujourd’hui confronté aux limites écologiques et à


des pressions économiques fortes, à cause de l’appauvrissement dramatique des fonds
marins et des réserves de poisson. L’ONU a récemment interpellé les dirigeants
mondiaux sur la gestion des stocks halieutiques. Est notamment mise en cause la
surexploitation par les bateaux usines de zones où le poisson constitue la source
principale de protéines. Cette configuration se retrouve en Afrique où la consommation
de poissons est inférieure à celle des autres continents, alors qu’il y représente la
principale source de protéines. De plus, des moyens considérables sont déployés pour
pêcher des espèces précises comme le thon rouge, conduisant à la raréfaction des
espèces visées, parfois jusqu’à la disparition totale.

La raréfaction de la ressource halieutique constitue une menace réelle pour


l’industrie de la pêche, à la fois en termes d'approvisionnement et en termes d’image.
En 2006, alors que la demande était en pleine croissance, la FAO a estimé que 75%
des stocks de poissons connus étaient pleinement exploités, voire pour certains
proches de l’extinction. Ce chiffre monte jusqu’à 88% pour l’Europe. Le consommateur
voit lui aussi les conséquences de l’épuisement des stocks de poisson : augmentation
des prix, diminution de la taille des poissons qu’il achète, davantage d’espèces
exotiques et de produits de l'aquaculture sur les étals…

L’ensemble de ces données permet de comprendre l’urgence du problème et la


nécessité d’agir vite. De plus, le problème ne concerne pas seulement les poissons
issus de la pêche, les poissons d’élevage étant partiellement nourris avec des farines
de poissons sauvages. Or l’aquaculture et la pisciculture sont les solutions adoptées,
notamment en Chine et dans le reste de l’Asie, pour répondre à la demande croissante
en nourriture, et faire face aux restrictions de pêche imposées. La principale
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problématique de l’aquaculture est de la rendre « durable », en réduisant son impact


sur l’environnement au minimum.

L’aquaculture a été très critiquée par des organisations non gouvernementales


comme Greenpeace ou le WWF. Elle est en effet très gourmande en eau (pour
l’aquaculture continentale), et certaines pratiques, par exemple l’utilisation excessive
d’antibiotiques ou les concentrations excessives dans certaines exploitations polluent
l’eau sortant du système (résidus médicamenteux et nitrates).

Il arrive aussi que la réglementation relative aux conditions de vie des poissons
d’aquaculture ne soit pas respectée, notamment en ce qui concerne la concentration de
poissons dans les bassins d’élevage. De trop grandes concentrations permettent aux
des parasites de se développer et de proliférer et augmentent les rejets.

Enfin, les ONG ont aussi protesté contre le fait que les poissons d’élevage soient
nourris en partie par des farines d’autres poissons. Il est effectivement paradoxal de
nourrir des poissons d’élevage avec des farines de poissons issus de la pêche alors
que l’aquaculture est sensée contribuer à résoudre les problématiques liées à la
diminution des stocks de poissons sauvages.

I / C. L’eau
Il est estimé que d’ici à 2050 1, nous ferons face à une pénurie d’eau
potable. La région Moyen-Orient et Afrique du Nord est la zone où la disponibilité en
eau est la plus faible, et 85% de cette eau est utilisée dans l’irrigation. La gestion de
l’eau constitue donc dès aujourd’hui un enjeu extrêmement important. Il est
particulièrement pertinent de s’intéresser à l’utilisation de l’eau dans la production de
nourriture pour l’homme. En effet, 95% de la demande en eau mondiale est destinée à
l’agriculture, les 5% restants allant à l’industrie et aux réseaux d’eau potable. Il faut
donc trouver d’autres solutions que les techniques actuelles, qui sont trop gourmandes
en eau en regard des ressources disponibles. En effet, la demande en nourriture va
augmenter avec la population mondiale, et les régimes de précipitations risquent d’être
impactés, au moins pour certaines zones, avec le changement climatique.

Alors qu’en 2012, un humain sur sept n’a pas accès à une eau potable de
qualité, il est impensable de gaspiller l’eau par des systèmes non optimisés.

C’est dans ce contexte mondial que l’aquaponie, qui consiste à combiner


plusieurs productions agricoles complémentaires afin de limiter la consommation
d’espace, d’intrants et d’eau, peut trouver sa place.

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http://www.actualites-news-environnement.com/17951-manque-eau.html
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II / Qu’est-ce que l’aquaponie ?

II. A / Définition
L’aquaponie est l’association, dans un système intégré, de l’aquaculture (élevage
de poissons) et de l’hydroponie (culture de pantes hors-sol). Prises séparément, ces
deux méthodes de culture ont un certain nombre de désavantages que l’aquaponie
transforme en atouts. Il s’agit d’une approche durable et écosystémique de la
production de nourriture.

Ce principe de production mime le fonctionnement des écosystèmes, en


reproduisant une chaine trophique simplifiée, impliquant des producteurs primaires (les
végétaux), des consommateurs (les poissons) et des recycleurs (des, lombrics ou des
larves d’insectes et les bactéries). A ce titre, l’aquaponie relève du champ du
biomimétisme (niveau 3 : écosystèmes et flux) et de l’économie circulaire (valorisation
en circuit fermée des ressources et efficacité énergétique).

Un système aquaponique comporte trois


acteurs essentiels qui travaillent en symbiose. Il s’agit
des poissons, des plantes et des bactéries. L’eau
circule dans tout le système et transporte l’ammoniac
provenant de l’activité des poissons vers le substrat
dans lequel poussent les plantes. Là, les bactéries,
naturellement présentes dans l’eau, transforment cet
ammoniac d’abord en nitrites puis en nitrates, et ces
nitrates sont consommés par les plantes comme
nutriments. L’eau est alors purifiée et peut retourner
vers les aquariums à poissons.

Nous pouvons même boucler davantage le système, en compostant les déchets


végétaux des plantes cultivées et en les utilisant pour nourrir des larves, qui serviront
elles-mêmes de nourriture aux poissons.

Les systèmes aquaponiques permettent d’importantes économies d’eau (90%


d’eau en moins, par rapport aux deux systèmes pris séparément) et d’énergie. De plus,
la production est nécessairement réalisée sans antibiotiques pour les poissons, puisque
ces produits pourraient nuire à l’activité bactérienne nécessaire au recyclage de l’eau.
De même, les fertilisants ou les pesticides sont proscrits puisqu’ils seraient nocifs aux
poissons. Les produits sont alors sains, de bonne qualité nutritive et disponibles toute
l’année et en grande quantité. Les rendements attendus sont très favorables tant pour
la production de poissons que pour les plantes, qui poussent jusqu’à trois fois plus
rapidement que dans un champ traditionnel.

Enfin, une serre aquaponique pouvant être installée n’importe où, la production
peut se faire à proximité des lieux de consommation, ce qui limite les émissions de CO 2
dues au transport.

Le principe de l’aquaponie est très souple, et peut être développé sous


différentes formules, du jardin privé pour une installation familiale, à une installation
industrielle.

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II. B / Intérêt pour les parties prenantes

L’aquaponie présente de nombreux avantages théoriques pour les parties


prenantes.

Tout d’abord, un intérêt écologique : le fonctionnement d’un système


aquaponique nécessite 90% d’eau en moins par rapport aux systèmes d’hydroponie et
d’aquaculture classiques. L’eau est recyclée grâce à la complémentarité des besoins et
des déchets des poissons et des plantes, il n’est donc pas nécessaire de la remplacer
aussi fréquemment que dans d’autres systèmes. L’apport en eau nécessaire peut se
faire grâce à un bassin de récupération d’eau de pluie. Comme nous l’avons vu
précédemment, la diminution de notre consommation d’eau est un enjeu primordial
dans le contexte actuel.

De plus, un système idéal intègrerait des panneaux solaires combinant les


technologies photovoltaïque et thermique. Ainsi, nous réalisons des économies
d’énergie de chauffage de l’eau pour les poissons, et nous disposons d’une source
d’énergie électrique écologique.

En outre une telle exploitation ne permet pas d’utiliser des pesticides pour les
plantes ou des antibiotiques pour les poissons, car ces produits pourraient contaminer
la partie du système non visée. Nous n’avons alors pas de flux sortant d’eau
comportant toutes sortes de produits chimiques, comme cela peut être le cas pour
d’autres types de cultures. Les produits sont donc exempts de toute substance
chimique. Nous obtenons ainsi des produits « bio », même s’ils ne sont pas éligibles à
ce label.

Etant donné que les systèmes aquaponiques peuvent être adaptés à tous types
d’environnement, il est théoriquement possible d’en installer partout, notamment à
proximité des zones de distribution (marchés, unité de préparation des poissons…).
Cette adaptabilité réduit les émissions dues au transport de marchandises, et permet au
consommateur d’avoir des produits très frais. Il est également possible d’installer un
montage en zone urbaine, pour produire de la nourriture en utilisant le moins de
ressources (eau, énergie, espace) possible. Cela permettrait de répondre au manque
d’espace urbain, ainsi qu’à l’augmentation de la demande en nourriture due à
l’augmentation de la densité de population urbaine.

Un système aquaponique fonctionne certes en circuit presque fermé et en


régime permanent, mais il est nécessaire que quelqu’un s’occupe de surveiller la qualité
de l’eau, nourrisse les poissons, nettoie le filtre, récolte les plantes et les poissons
lorsqu’ils arrivent au terme de leur croissance, récupère les déchets issus de la
production de légumes et de nettoyer le filtre etc… Le fonctionnement d’un tel système
créera donc des emplois.

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II. C / Pré-requis
Pour un individu, une entreprise ou une collectivité souhaitant se lancer dans
l’aquaponie, certains prérequis sont à valider.

Il s’agit notamment de s’assurer que l’on dispose bien d’un endroit où placer
l’installation. Nous pensons par exemple que l’installation de systèmes aquaponiques
pourrait permettre de réhabiliter une friche urbaine ou périurbaine. Cependant, selon le
type de projet, l’espace occupé par le système peut être très restreint pour répondre
aux problématiques liées à la concentration des populations en milieu urbain, et au
manque d’espace disponible. Les systèmes peuvent être par ailleurs conçus pour être
aisément intégrés dans des bâtiments existants.

Ensuite, il faut pouvoir recruter une personne ayant des compétences en


aquaponie, ou en aquaculture et hydroponie, ou encore en agronomie. Cette personne
devra s’occuper de la mise en fonctionnement du système, puis de la maintenance, et
du fonctionnement quotidien du montage.

De plus, par souci de faire toujours plus d’économies d’énergie, et d’autonomie, il


est souhaitable de bénéficier d’une bonne exposition à la lumière naturelle, pour limiter
l’éclairage artificiel des cultures, voire d’un ensoleillement favorable pour la production
d’énergie photovoltaïque. En complément d’une installation bien conçue, l’installation
de panneaux solaires thermiques et photovoltaïques peut permettre de grandes
économies d’électricité, pour le fonctionnement des pompes et le chauffage de l’eau en
hiver.

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II. D / Quelques exemples d’implantations aquaponiques dans le


monde
Nous pouvons tout d’abord citer le fournisseur Backyard Aquaponics, qui a
installé de nombreux systèmes familiaux en Australie, de tailles et de styles différents.
L’Australie est particulièrement réceptive à ce type d’agriculture, notamment grâce aux
travaux de Wilson Lennard, qui a construit des systèmes dans ce pays, mais également
en Nouvelle Zélande (pour la fondation Berrysmith), aux Etats-Unis et dans les îles
Cook.

L’Amérique du Nord compte un certain nombre de systèmes en fonctionnement,


avec notamment celui de « M.L. Aquaponics » au
Canada. Cette ferme est gérée par Marc Laberge
depuis sa création en 2005 (voir illustration à droite).
L’entreprise a produit 1,4 millions de laitues, et plus
de 50 000 filets de truite fumée depuis sa première
récolte en juin 2005. Elle propose même des
franchises dont le profit annuel anticipé serait de
86 000 CAD. On trouve aussi des systèmes aux
Etats-Unis, par exemple dans les Caraïbes, le
système étudié par le Dr James Rakocy à l’Université des Virgin Islands.

L’aquaponie est un peu moins développée en Europe qu’en Amérique ou en


Océanie, mais on voit des projets fleurir dans plusieurs pays. Au Royaume-Uni,
Aquaponics UK a travaillé sur de nombreux projets, détaillés sur leur site 2. Nous
pouvons citer notamment le système « FARM : » à Londres, qui produit de la nourriture
pour un restaurant, avec des plantes, des poissons, et des poules élevés aux différents
étages du restaurant. Ils ont aussi aidé à développer, entre autres, des systèmes
comme « Uit Je Eigen Stad » littéralement « De votre propre ville », à Rotterdam (Pays-
Bas), un système pour MoffatCAN en Ecosse, un système de recherche à Colchester
(Angleterre), un petit système à énergie solaire en Ouganda, etc…

Le projet « Frisch vom Dach » en Allemagne vise à reconvertir une ancienne


usine de malt en ferme urbaine aquaponique. Plusieurs projets sont en cours de
développement en France, en région parisienne, avec Agnès Joly, ou en Isère, avec
l’association « Cultivons nos toits ». A notre connaissance le seul système français en
cours de fonctionnement se trouve au lycée agricole de la Canourgue.

Le Tilapia est produit en grande quantité dans le monde, particulièrement en


Chine et à Taïwan, mais pour l’instant, les installations sont majoritairement uniquement
de type aquaculture.

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http://www.aquaponics.org.uk/
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III / Scénarios pour un projet


Notre projet vise à favoriser le développement de l’aquaponie, d’abord à titre
expérimental, en tant que démonstrateur de l’économie circulaire et du biomimétisme,
puis dès que possible à une échelle économique viable de manière autonome. Dans ce
cadre, plusieurs scénarios sont envisagés, que nous décrivons ci-après.

Scénario 1 : Pilote démonstrateur


La première possibilité serait de réaliser un pilote de petite dimension, avec
seulement quelques bassins et quelques bacs pour les plantes, qui servirait de support
pédagogique, de démonstrateur. Ce pilote pourrait être exposé dans les locaux de
l’Institut INSPIRE, et servir d’illustration pour des formations sur l’économie circulaire ou
l’agriculture urbaine. En outre, ce montage pourrait être développé avec l’aide du lycée
agricole de La Canourgue, spécialisé en aquaculture et impliqué dans un projet
d’aquaponie par ailleurs. La contrepartie serait alors de servir de site pilote
supplémentaire pour ce projet, et de fournir des données longitudinales sur l’évolution
de notre système, selon des protocoles définis en accord avec le LEGTPA de La
Canourgue.

Scénario 2 : Production agri-aquacole d’urgence


Une autre option envisagée serait de concevoir un kit d’agriculture d’urgence. Ce
kit serait conçu pour pouvoir être expédié rapidement dans un container, vers une
région ayant subi un sinistre. L’objectif serait, en prolongation de l’aide alimentaire
d’urgence, de favoriser la reprise de la production alimentaire locale. Il serait ainsi
possible d’envoyer dans un premier temps la structure à monter (serre + raccordements
tuyauterie) et dans un deuxième temps les premiers alevins de poissons et les
premières boutures de plantes.

Scénario 3 : ferme urbaine


Nous pourrions envisager d’avoir une structure en ville, de type agriculture
urbaine qui servirait à la consommation locale avec par exemple la partie production, et
juste à côté, la partie consommation. Ce genre d’installation serait un peu du type de ce
qui se trouve déjà à Londres par exemple, avec FARM. Ce concept joue aujourd’hui sur
son côté branché pour attirer les consommateurs, mais il constitue à terme une
véritable opportunité pour une résilience accrue des villes.

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Scénario 4 : Filières non alimentaire


Nous avons aussi envisagé de diversifier le type de poissons et de plantes du
système, notamment pour pouvoir démarrer rapidement le démonstrateur, sans être
freiné par les limitations d’ordre règlementaire, à toute production destinée à
l’alimentation humaine. La partie aquaculture pourrait être ainsi destinée à la production
de poisson d’ornement, de type carpe Koï et autres poissons de bassin ou d’aquarium,
pour lequel la valeur ajoutée est paradoxalement plus élevée que sur le marché
alimentaire, même si ce marché est déjà passablement encombré. Pour la partie
végétale, nous pourrions envisager de produire de la biomasse non alimentaire, par
exemple pour produire de l’énergie ou des fibres isolantes (bambous, chanvre, etc.). Un
tel système serait beaucoup plus simple à démarrer, notamment en raison des
moindres enjeux règlementaires. S’il ne répond pas aux enjeux de durabilité détaillés en
ouverture de ce document, il permettrait de disposer rapidement d’un démonstrateur
technologique pertinent.

Scénario 5 : Production industrielle


Un dernier scénario est celui d’une structure de type industriel, à grande capacité
afin d’avoir une production rentable et de fournir en nourriture un grand nombre de
personnes, dans le sud de la France. Des productions de ce type existent déjà au
Canada, où elles sont proposées sous forme de franchise. En région PACA, nous
pourrions envisager de développer ce projet avec la start-up Zoe Biotech, société qui a
mis au point un procédé de bioconversion de déchets organiques pour le marché de
l’alimentation animale spécialisée, notamment dans l’aquaculture. La société pourrait
ainsi tester l’utilisation de larves Black Soldier Flies comme apport de protéines dans
l’alimentation des poissons. Dans cette optique d’économie circulaire, un projet de
revalorisation des déchets sous serres photovoltaïques, produisant plusieurs
mégawatts d’électricité et implantées à St Martin de Crau, au sein d’un écosystème
agricole prendrait tout son sens, avec d’un côté la production de larves, de l’autre un
système aquaponique, encore un peu plus loin de l’aviculture, la production de
lombricompost… Le terrain situé à Saint Martin de Crau est approprié, car il est situé à
proximité d’une ancienne décharge, de pipelines, et d’une zone militaire, sur des friches
industrielles non valorisables pour l’agriculture ou le tertiaire.

Types de locaux envisagés


L’installation d’un système peut être effectuée dans une grande variété de locaux
disponibles, de la serre agricole en passant par des locaux industriels abandonnés,
préalablement dépollués
Pour un certain nombre des scénarios décrits ci-dessus, nous pourrions utiliser
l’aménagement de serre proposé par Yannick Le Guiner, du pôle écodesign. Il travaille
actuellement sur le développement
d’une serre éco-conçue, favorisant
les reconnections entre des activités
à priori séparées. Ce genre de serre
serait un bon endroit où développer
un système aquaponique, à côté
duquel pourrait se trouver des
bureaux, ou d’autres locaux d’accueil
du public comme une salle de
formation ou encore un restaurant…
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La structure étant démontable, elle pourrait être


incluse dans le scénario du kit d’agriculture
d’urgence décrit ci-dessus. En effet, ces serres sont
conçues « en kit» pour pouvoir être assemblées en
chantier participatif, avec un minimum d’outils. Ce
genre de serre nous semble donc particulièrement
adapté à plusieurs de nos hypothèses.

La serre photovoltaïque adaptée à l’aquaponie mise au point par Patrice


Labrousse couvre une surface de 938m2. Sa hauteur varie entre 3,20 et 4,60m. Les
faces est et ouest sont vitrées, la serre est orientée sud et la circulation dans la serre se
fait sur un chemin situé au nord.

Cette structure est clairement adaptée à des projets plus ambitieux, de type
industriel ou semi industriel, ou en complément d’une production maraîchère classique
sous la même serre.

Paramètres du système
Afin de dimensionner le système, nous avons commencé par prendre en compte
différents paramètres et nous avons élaboré plusieurs scénarios en les faisant varier
tout à tour, tout en gardant constants les ratios trouvés dans la littérature.

Les paramètres considérés sont :


- le type de poissons élevés
- la quantité de poisson voulue pour la vente
- la fréquence de vente
- La quantité de poissons par volume d’eau
- le type d’apport nutritionnel des poissons
- le ratio choisi entre le volume d’eau et le volume de substrat pour les
plantes
- le type de plantes
- le matériel utilisé (pompes, panneaux photovoltaïques, filtres, etc)
- l’endroit où le montage sera mis en fonctionnement
- les dimensions caractéristiques choisies pour les bacs d’aquaculture et
d’hydroponie

Ces paramètres influencent le profil du montage que nous pourrions construire,


ainsi que le coût de l’opération. Les détails des paramètres pour chaque scénario sont
disponibles en annexe
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III. A / Choix du type de poissons


Dans un premier temps, nous avons choisi de considérer que nous travaillerons
avec des poissons de type « Nile Tilapia », particulièrement adaptés à un
fonctionnement en aquaponie. Le Tilapia est un poisson d’eau douce à chair blanche et
ferme ne contenant pratiquement pas d’arêtes. Il a un goût délicat, et sa chair contient
des vitamines B et D, ainsi que du sélénium et du phosphore en quantité significative.
Notons que les sources de vitamine D dans notre alimentation sont rares (huile de foie
de morue), et que d’après une étude de l’Académie de Médecine, 80% des adultes son
en déficit de cette vitamine. Il s’agit d’un poisson peu gras, qui contient tout de même
deux acides gras de la famille des oméga-3. Une portion de Tilapia grillé ou cuit au four
contient 26,15g de protéines, 57mg de cholestérol, et 2,65g de lipides. La même portion
fournit 129kcal.

La production de Tilapias se situe en deuxième position sur le marché mondial


de l’aquaculture, juste après la production de carpe, qu’il est amené à dépasser d’ici
peu. C’est le poisson le plus consommé aux Etats-Unis. Ces poissons résistent à des
conditions très variables en termes de qualité d’eau et de température, et ont une
croissance très rapide, de l’ordre de 24 à 52 semaines pour un poisson de 450 à 900g
dans des conditions optimales. Pour des conditions qui s’écartent un peu des conditions
optimales, on peut espérer obtenir des poissons de 500g en 45 semaines environ.
Grâce à ces cycles courts, le Tilapia n’est pas aussi fragile vis-à-vis des pathologies
que d’autres poissons. En effet, il en cas de contamination, il est possible de relancer la
production en à peine 4 mois.

Dans le cas de l’élevage de Tilapias, il est indispensable de prendre les


précautions nécessaires pour garder les poissons dans notre système et à ne pas en
laisser s’échapper. Il s’agit en effet d’un poisson potentiellement envahissant dans les
zones où l’eau est chaude. Le risque dans les zones tempérées est toutefois limité, car
leur système immunitaire est en danger à 13°C et les poissons meurent dans une eau à
10°C (voire un peu plus). Dans nos écosystèmes du nord de la méditerranée, il n’y a
pas de risque que l’espèce devienne envahissante. Quoi qu’il en soit, les systèmes que
nous envisageons sont en circuits fermés, les poissons sont confinés dans des bassins
sous serres, sans connexion possible avec le milieu aquatique. Le risque d’évasion ou
d’enlèvement (par un oiseau par exemple) est donc nul.

Une femelle Tilapia est mature au bout de 3 à 4 mois de croissance. Elle peut
ensuite pondre une centaine d’œufs toutes les 3 à 4 semaines. Il est intéressant d’avoir,
dans l’aquarium de reproduction, deux mâles pour une femelle, afin d’optimiser le
rendement de la reproduction. La reproduction des Tilapias nécessite une technique
relativement complexe, qui pourrait s’avérer très peu fructueuse sans des
connaissances approfondies en aquaculture tropicale. Des compétences pointues sont
donc nécessaires pour maîtriser la reproduction, mais il est aussi possible de
s’approvisionner en alevins auprès de société spécialisées (voir plus loin).

Leur « FCR » de 1,7 (Food Conversion Rate = Taux de Conversion de


Nourriture) est assez élevé. Cela signifie que pour 1kg de poissons, il faut fournir 1,7kg
de nourriture. Ce sont des poissons omnivores qui ont besoin d’une alimentation à
faible teneur en protéines (environ 30%).

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Dimensionnement
A partir de cette hypothèse et de données trouvées dans différentes publications,
voilà le détail d’un calcul de dimensionnement de la structure.

Nous sommes partis de l’idée nous voulions produire une grande quantité de
poissons. Nous avons donc commencé par faire varier la quantité de poissons que
nous souhaiterions obtenir par « récolte », et la fréquence de ces récoltes. Cette
fréquence détermine le nombre d’aquariums nécessaires, car il est plus intéressant
financièrement de récolter tous les mois, donc d’avoir un aquarium pour chaque
génération de poissons. Avoir un aquarium par génération présente également un
intérêt technique : cela permet d’avoir une eau en sortie des bassins ayant une
composition nutritive assez constante tout au long de l’année. Avec une seule grosse
récolte toutes les 36 semaines, la quantité de nutriments disponibles pour les plantes
varie énormément pendant ces 36 semaines.

Un modèle possible serait de produire 100kg de poissons toutes les 4 semaines.


En considérant que les poissons seront de taille acceptable pour le marché au bout de
36 semaines d’élevage, nous devrons travailler avec 9 aquariums pouvant contenir
100kg de poissons adultes, afin de produire selon le rendement défini plus haut. Le
Tilapia peut être élevé à des densités assez élevées, typiquement entre 0,02 et
0,05 kg/L selon le stade de croissance. En prenant pour référence une « concentration
massique » de poissons d’environ 40 kg/m 3, nous devons utiliser des aquariums de
2,5 m3. Le volume total d’eau dans le système est alors de 22,5 m3.

La production annuelle étant de 100*(52/4) = 1300 kg de poissons, l’élevage


nécessite un apport en nourriture de 1,7*1300 = 2210 kg. L’alimentation des poissons
pouvant contenir jusqu’à 30% de protéines, nous pouvons envisager de les nourrir en
partie de larves de « Black Soldier Flies ». Il faut alors produire 663 kg de ces larves par
an et donner aux poissons 1547 kg d’aliments d’origine uniquement végétale.

Afin de dimensionner l’installation, nous avons utilisé un rapport trouvé dans la


littérature, affirmant que pour un échange optimal de nutriments dans un système de
type « raft », il faut donner entre 60 et 100g de nourriture aux poissons par mètre carré
de surface dédiée aux plantes, par jour. Pour un système utilisant un simple substrat de
type billes d’argile, ces nombres diminuent, ce qui augmente la surface de plantes
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correspondante. En prenant la partie basse de la fourchette, avec 60 g/m2/jr, nous


pouvons en déduire que la surface que nous devrions utiliser pour les plantes devrait
couvrir environ 100,91 m2. Pour connaître avec exactitude le bon ratio, il faut faire la
relation directe entre : l’azote apporté par la nourriture des poissons, et l’azote
transformé par l’ensemble poissons / bactéries, qui devient ainsi absorbable par les
plantes.

A partir de la littérature, nous pensons qu’un bon ratio entre le volume d’eau du
système et le volume de substrat dans lequel poussent les plantes est de 1 pour 2.
Nous devrons donc avoir 22,5*2 = 45m3 de substrat. Puisque nous connaissons déjà la
surface de substrat optimale, nous pouvons en déduire la hauteur de substrat que nous
allons utiliser : 45 / 100,91 = 0,45m. Nous déduirons la longueur, la largeur et le nombre
de bacs en fonction du dimensionnement des aquariums pour poissons. Nous pourrons
ainsi « empiler » les bacs et gagner non seulement de la place pour le montage, mais
aussi de l’énergie, car nous pourrons utiliser la gravité pour faire circuler l’eau des bacs
hydroponiques aux aquariums à poissons.

Afin d’avoir un bon flux aquatique dans les aquariums, nous avons trouvé que
ces bacs doivent avoir les proportions suivantes : 30:3:1, s’ils sont rectangulaires. Nous
avons donc calculé les dimensions des bacs que nous devrons utiliser, connaissant le
volume de chaque bac. Nous obtenons les dimensions suivantes : 9,09m*0,91*0,30m.
En prenant la même longueur et la même largeur pour les bacs hydroponiques
(9,09m*0,91m), nous trouvons qu’il faut entre 12 et 13 bacs de ces dimensions dédiés
aux plantes pour couvrir la surface nécessaire.

La surface totale utilisée est alors de 191,72m 2. Comme cela a déjà été évoqué,
cette surface peut être réduite en superposant des bacs dans la mesure du possible.

III. B / Quelle forme pour les aquariums ?


L’un des paramètres qu’il est intéressant de détailler ici est la forme des
aquariums. Le scénario décrit plus haut utilise des aquariums rectangulaires, ce qui
impose d’avoir des dimensions particulières pour avoir une circulation d’eau adaptée à
l’aquaponie. Nous avons également considéré la possibilité d’utiliser des aquariums
circulaires. En incluant cet élément dans le scénario décrit précédemment, nous
obtenons, pour une hauteur d’aquarium de 1 m, un diamètre de √(2,5/(π*1)) = 1,78 m.
(rappel - Volume d’un aquarium : 2,5 m3). Les aquariums circulaires ont tendance à être
autonettoyants, contrairement aux bassins rectangulaires, dans lesquels des zones
peuvent devenir stagnantes. Pour cela, il faut que le flux d’eau en entrée du bassin soit
perpendiculaire au rayon du bassin. Ainsi, se développe un flux circulaire qui entraine
les déchets au centre du bassin, vers l’évacuation.

Avec ce matériel, nous adaptons les dimensions des bacs hydroponiques. Nous
avons pensé prendre des bacs carrés, à disposer au dessus des aquariums. Nous
prenons donc un côté pour les bacs de 1,78 m (même longueur que le diamètre des
aquariums). En considérant la surface nécessaire de substrat pour les plantes calculée
précédemment (100,91 m2), nous trouvons un nombre de bacs égal à 32. Etant donné
que nous n’avons que 9 aquariums, nous pensons qu’il faudra disposer 1 voire 2 bacs
hydroponiques au dessus de chacun de ces aquariums (donc système à 2 ou 3 étages)
et disposer les autres de manière judicieuse, pour économiser de la place et de
l’énergie de pompage.
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III. C / Produire d’autres types de poissons


Nous avons également étudié la possibilité d’élever d’abord des poissons
d’ornement de type carpes koï. Cela nous permettrait d’une part de laisser le temps au
système de s’ajuster, et également de produire dès le départ, au cas où nous n’aurions
pas immédiatement le droit de vendre des poissons destinés à la consommation. Nous
pourrions alors élever ces poissons d’ornement et les vendre en tant que tel, dans le
but de tester notre système et d’en démontrer la viabilité. Cela nous permettrait de
commencer à amortir l’investissement initial, en attendant l’autorisation pour
commercialiser nos produits. Ce revenu serait alors complémentaire de celui obtenu
grâce aux plantes cultivées. Il faut tout de même noter que le marché de la carpe koï
est assez petit et très bien occupé.

Nous pourrions éventuellement tester différents types de nourritures sur ces


poissons, afin d’arriver à un mélange adapté. L’étude concernant la nourriture pourrait
se faire en collaboration avec Zoe Biotech. Cette étude devra bien entendu prendre en
compte le fait que les tests se feront sur des poissons qui ne seront pas les
destinataires finaux du mélange optimal obtenu.

Enfin, nous avons pensé que pour optimiser les dépenses d’énergie liées au
chauffage de l’eau pour les Tilapias, nous pourrions diversifier l’élevage, en produisant
du Tilapia en été, et de la truite en hiver. Le Tilapia vit dans une eau aux alentours de
28°C et la truite plutôt aux alentours de 12°C. Varier de type de poissons permettrait
d’éliminer la contrainte du chauffage de l’eau, mais en rajouterait d’autres. En effet,
l’élevage des truites est bien plus contraignant que celui des Tilapias, elles sont plus
fragiles et résistent moins bien à des écarts aux conditions d’élevage optimales.

III. D / Produire des plantes


Nous nous sommes ensuite intéressés à la récolte de plantes que nous pouvions
espérer obtenir avec cette installation. En considérant que nous plantions des salades,
pouvant pousser avec une densité de jusqu’à 16 /m2 en 4 semaines, nous avons obtenu
les résultats suivants :
- Nombre de plantes par récolte : 101m2*16 = 1616
- Nombre de récoltes : 52/4 = 13
- Nombre de plantes par an : 13*1616 = 21008
Ce nombre est légèrement surévalué, car nous avons arrondi la surface à 101 m2
quand en réalité elle fait 100,91 m2.

Il faut ajouter que ce calcul ne représente pas la réalité de ce que nous espérons
obtenir, car nous voudrions respecter une certaine biodiversité dans la mesure du
possible. Cela nous permettra d’une part d’éventuellement obtenir de meilleurs
résultats, et surtout, en cas de pathologie spécifique à une espèce, nous ne perdrions
pas toutes nos récoltes soudainement.

Nous pensons donc cultiver également des plantes aromatiques, adaptées à la


culture hydroponique, et ayant une forte valeur ajoutée. Nous pourrions aussi cultiver
des plantes médicinales, pour éventuellement essayer de toucher le marché des
cosmétiques.

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Lors de l’installation des boutures dans le circuit, il faudra faire attention à l’ordre
dans lequel les plantes sont disposées. En effet, s’il n’y a qu’un seul point d’arrivée de
l’eau dans les bacs hydroponiques, les plantes les plus proches de l’arrivée d’eau
auront davantage de nutriments disponibles que celles proches de la sortie. De plus, les
bacs en début de circuit, les plus proches des bassins, bénéficieront d’un apport plus
grand en nutriments que les bacs les plus éloignés. Ainsi, diversifier les espèces de
culture permettra de remédier à cela en plaçant les espèces les moins gourmandes en
nutriments à la fin du circuit et celles qui consomment le plus à l’entrée. De même, au
sein d’une même espèce, il faudra mettre les plants les plus jeunes le plus près
possible de l’entrée, car ils ont besoin de davantage de nutriments. Une autre solution
serait d’installer plusieurs entrées, à des endroits stratégiques du bac, ou même
d’utiliser un goutte-à-goutte. Le système de goutte-à-goutte ne serait cependant pas
vraiment idéal, car il vaut mieux utiliser des tuyaux avec un grand diamètre, afin d’éviter
qu’ils ne se bouchent. Les tuyaux trop fins sont très souvent sujets à l’obturation, à
cause des bactéries qui se développent avec la matière organique dissoute. Il serait
donc intéressant d’installer plusieurs points d’entrée de l’eau dans un même bac, mais il
faut également considérer la possibilité d’avoir un circuit qui apporte de l’eau provenant
directement du bassin de nivelage à chaque bac hydroponique. Cela permettrait d’avoir
un apport de nutriments à peu près équivalent dans tous les bacs.

Il est important de noter que les plantes nécessitent une certaine quantité de
lumière pour bien pousser, et que cette lumière ne doit pas être uniquement artificielle.
Nous pourrons donc utiliser des lampes pour faciliter la croissance des plantes, mais
seulement en complément de la lumière naturelle. De plus, la lumière artificielle ne sera
pas forcément nécessaire, dans le cas où le système serait installé dans un endroit bien
ensoleillé et dans une serre laissant passer la lumière naturelle en quantité suffisante.
Le Dr W. Lennard nous a appris que les systèmes qu’il a conçus ne nécessitent pas
d’éclairage supplémentaire, ce qui permet de faire des économies d’énergie.

III. E / Quelle source d’énergie ?


Nous avons étudié la possibilité d’utiliser des panneaux solaires comme source
d’énergie, et éventuellement d’eau chaude. Nous pourrions installer des panneaux
photovoltaïques disposés sur des échangeurs thermiques dans lesquels circule de l’eau
refroidissant les cellules photovoltaïques et se réchauffant par ce procédé. Avec cette
technologie, les cellules photovoltaïques sont plus performantes, et nous pouvons
économiser la dépense d’énergie d’un chauffe-eau, dans le cas où les poissons élevés
sont des Tilapias ou tout autre poisson vivant dans de l’eau « chaude ». L’entreprise
Solaire2G propose des panneaux « Dualsun » qui combinent les technologies solaire
thermique et solaire photovoltaïque.

La partie photovoltaïque ne permet pas d’utiliser directement l’énergie récoltée,


car ce n’est pas rentable économiquement. Il faut la revendre à EDF à un prix jusqu’à 4
fois plus élevé que celui d’achat, et acheter l’électricité nécessaire au fonctionnement
du système à EDF. Ce fonctionnement est avantageux financièrement, mais ne permet
pas un fonctionnement en autarcie.

Il serait peut-être un peu difficile d’installer ces panneaux sur une serre, car il faut
que la surface qui les supporte soit plane. Ils sont fixés à cette surface par
l’intermédiaire d’un système d’intégration. De plus, il faut compter environ 25 kg par
panneau à vide, il faut donc rajouter environ 3,5 kg pour le poids rempli. Une solution

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proposée par Solaire 2G est d’ériger une structure en bois proche de la serre afin
d’élever les panneaux, éviter les ombrages, choisir l’inclinaison…

Leur puissance maximale est de 250 Wc, ce qui correspond à un rendement de


25%. Le rendement du module photovoltaïque de ces panneaux est de 15,2%. Ce
rendement est notamment dû à la partie thermique du panneau, car le fluide qui circule
sous les cellules prend leur chaleur, et les refroidit, ce qui améliore leurs performances.

Les panneaux ont été conçus pour fonctionner avec deux circuits de fluide
distincts. Le fluide qui refroidit les cellules photovoltaïques est de l’eau glycolée (antigel)
en circuit fermé, et le deuxième circuit est ouvert et fait circuler l’eau qui doit être
réchauffée. La transmission de chaleur pourrait se faire entre les deux circuits avec un
échangeur dans le bassin de nivelage de l’eau par exemple. Le débit d’eau glycolée
dans le circuit primaire fermé est ajusté par les installateurs en fonction des conditions
environnantes, afin d’obtenir une différence de température entre l’entrée et la sortie de
10°C. Ce débit est aux alentours de 200 L/h pour un string circulant sous 6 panneaux,
ainsi reliés en série. Il est intéressant d’avoir un débit similaire pour le circuit d’eau du
système aquaponique, dans le but d’avoir une meilleure transmission de chaleur entre
les deux fluides. En conséquence, il faudrait avoir plusieurs strings de 6 panneaux pour
répondre à notre demande en eau chaude.

Ce genre de panneaux nous permettrait d’avoir une eau à 28°C pour les
poissons toute l’année. Le système est muni d’un régulateur permettant d’ajuster le
débit de fluide dans le circuit primaire fermé contenant l’eau glycolée pour s’adapter aux
conditions extérieures. Dans le cas d’un hiver vraiment très rigoureux, un petit
chauffage d’appoint permettrait de compenser la baisse de productivité thermique du
panneau.

Pour ce qui est du coût cette installation, il fluctue beaucoup en fonction de


l’installation (type de toit, nombre de panneaux, etc). Pour donner un ordre de grandeur,
il faut compter entre 1,5 et 2 euros d’investissement de départ, par watt produit par
l’installation. Classiquement, pour une maison type, l’installation fait 12 panneaux, et a
une puissance de 8 kW. L’investissement de départ pour ce genre d’installation est
alors entre 12 000 et 16 000 euros. Avec 12 panneaux en parallèle, une installation
couvre 19,32 m2.

Nous avons également pensé à l’éventualité d’installer une éolienne, afin


d’économiser encore davantage d’énergie. Dans le cas où la serre aquaponique serait
installée dans une zone ventée, l’éolienne permettrait de faire fonctionner la pompe qui
fait circuler l’eau dans le système. Nous n’avons pas eu le temps d’explorer davantage
cette hypothèse, qui mérite d’être plus approfondie.

III. F / Renouvellement de l’eau


Afin de renouveler l’eau dans le système lorsque cela est nécessaire, nous
avons envisagé d’utiliser un système de récupération d’eau de pluie. Ce système nous
permettrait d’avoir une source d’eau gratuite, qui serait utilisée pour remplacer une
partie de l’eau du circuit lors de vidanges partielles ou totales. Cette eau sera
également nécessaire pour garder un niveau constant dans les bassins, à cause de
l’évaporation inévitable dans une serre.

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Pour ce qui est de la circulation d’eau dans le système, plusieurs sources


s’accordent pour dire qu’il faut que l’eau du système soit entièrement renouvelée toutes
les heures. Pour un système contenant 22,5 m 3 d’eau, cette contrainte correspond à un
débit de 22 550 / 3 600 = 6,25 L/s (ou 22 500 L/h…). Nous avons également appris qu’il
ne faut pas forcément avoir une pompe par bassin, tant que le débit total correspond à
celui attendu, il est même conseillé d’en avoir le moins possible, voire une seule. Il est
donc intéressant de dimensionner les pompes utilisées pour faire des économies
d’énergie. Il est important de noter que la pompe doit avoir un fonctionnement de type
chasse d’eau, afin que les racines des plantes ne risquent pas d’être dégradées, et
qu’elles aient accès à de l’oxygène dans l’air.

Ensuite, pour l’aérateur, il faut un minimum de 5 mg d’oxygène dissous dans


l’eau pour une bonne croissance des poissons. Normalement, le nombre de
kilogrammes d’oxygène transférés par heure par kilowatt est une donnée spécifiée dans
les caractéristiques produits des aérateurs. Cette donnée permet de dimensionner le
système d’aération. L’aérateur peut soit être placé dans le bassin de nivelage de l’eau,
soit se trouver directement dans un bassin à poissons. On peut également imaginer
avoir un aérateur par bassin.

III. G / Sous quelle forme vendre les poissons ?


Nous avons ensuite la possibilité de préparer ou non les poissons avant de les
vendre. Le marché touché ne sera pas le même, selon que le poisson est vendu entier
ou sous forme de filet. Si nous les préparions, nous pourrions vendre les produits finis
plus cher, sachant qu’ils nous auront coûté davantage à produire. Si nous décidions de
les vendre préparés, il faudrait soit choisir un sous traitant, soit concevoir une unité de
préparation des poissons en plus du système aquaponique.

Nous pourrions également envisager d’avoir un système ayant pour but de


fournir en matière première un restaurant, ou un traiteur qui servirait directement sur
place des recettes à base de Tilapias et de légumes cultivés dans la serre
aquaponique. Le tout pourrait être contenu dans une structure comme celle proposée
par M. Yannick Le Guiner. La structure pourrait même servir de centre de formation,
centré sur la cuisine issue d’agriculture écologique.

Dans tous les cas, il faudra réfléchir à la façon dont les poissons seront préparés.
En effet, la réglementation est plus souple pour des fermes aquacoles dont les produits
sont vivants. Si nous décidons de vendre les poissons sous forme de filets, ou entiers
mais vidés, il faudra réfléchir à la façon dont nous allons les récolter, et au matériel dont
nous aurons besoin pour ce faire.

III. I / Nourriture pour poissons et vermiponie


Afin d’avoir un système en circuit le plus fermé possible, et avec le moins
d’apport de l’extérieur, nous avons réfléchi à quel nourriture nous allions donner à nos
poissons. Les Tilapias sont des poissons micro-phytophages, mais ils ont un degré
d’opportunisme qui les apparente davantage à des omnivores-détritivores qu’à des
herbivores. Ils sont capables de se nourrir d’aliments très peu digestibles. Ils ont un
rythme d’alimentation plutôt diurne.

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Comme nous l’avons déjà évoqué, nous pourrions travailler en partenariat avec
ZOEBIOTECH, qui élève des Black Soldier Flies, destinées à devenir de la nourriture
pour des animaux de compagnie de type lézards, ou iguanes. Utiliser les Black Soldier
Flies comme source de protéines nous permettrait de ne pas utiliser de farines de
poissons issus de la pêche.

Au-delà de l’idée de nourrir les poissons avec des farines d’insectes comme
apport de protéines, nous avons pensé à la possibilité d’utiliser le potentiel des larves
de Black Soldier Fly pour d’autres applications.

Par exemple, nous pourrions découpler l’élevage de poissons de la culture de


plante, pour mettre entre les deux une unité contenant des larves qui traiteraient l’eau
de chacune des activités. Nous obtiendrions alors un produit supplémentaire : le
compost résultant de l’activité des larves. De plus, cet ajout permet de traiter les
déchets de gros calibre, comme les restes de poissons (tête, nageoires, épine dorsale,
viscères, etc) ou les déchets issus de la culture des plantes et non adaptés au
recyclage par l’alimentation des poissons. Cependant, ce système nécessiterait
beaucoup d’apports en eau, car les larves l’intègrent en grande partie au compost lors
de leur activité. Nous perdrions alors un des avantages majeurs de l’aquaponie.

Nous pourrions aussi ne pas découpler hydroponie et aquaculture, garder le


système d’aquaponie en l’état. Nous récupèrerions les déchets végétaux non pas pour
l’alimentation des poissons mais nous les donnerions aux larves pour qu’elles en
fassent du compost que nous pourrions vendre (ou utiliser pour un potager annexe).
Nous pourrions également récupérer les déchets dus à la préparation des poissons
dans ce but. Selon l’utilisation que nous en ferons, il faudra tout de même faire
attention à ce que nous donnerons aux larves, car pour obtenir un compost de qualité, il
faut un ratio carbone : azote spécifique (30:1 environ), et de même pour le taux
d’humidité (50%). Cela étant dit, il ne serait pas avantageux de donner des granulés
aux larves, autant acheter des granulés directement pour les poissons. L’avantage du
vermicompostage par rapport au compostage classique est qu’il est bien plus rapide.
Pour ce qui est de la composition du matériau produit, elle est essentiellement de la
même qualité.

Il est intéressant de noter que les Black Soldier Flies ne sont pas les seuls
insectes à pouvoir être utilisés dans la valorisation des déchets solides d’une
exploitation s’apparentant à un système aquaponique. En effet, de simples vers de terre
peuvent également être utilisés, avec de très bons résultats.

Nous avons pu noter que les granulés disponibles dans le commerce comportent
déjà une partie de protéines, bien souvent issues de farines de poissons de pêche. Afin
d’éviter de participer à la surexploitation des fonds marins, nous avons pensé qu’il
pourrait être intéressant de produire nous même des granulés pour nos poissons. Nous
serions alors sûrs de ce qu’ils contiennent. Cette pratique est déjà connue dans certains
pays d’Afrique. Cette piste n’a pas été développée par manque de temps, mais elle
mérite d’être approfondie. Les déchets de l’exploitation seront-ils suffisants pour nourrir
tous nos poissons ? Acheter des ingrédients spécialement pour ces granulés serait-il
rentable ? Serait-ce compatible avec l’élevage de Black Soldier Flies ?

Un autre axe d’amélioration qui doit être étudié concerne la nourriture à donner
aux poissons, aux différents stades de leur développement. Cette nourriture doit
contenir des nutriments différents et dans des proportions différentes, et il faut
également qu’elle soit présentée sous une forme différente (taille des granulés, etc).
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Projet B2Fish – Aquaponie – Rapport final

III. J / Organisation dans l’espace


Comme nous l’avons déjà évoqué, il semble judicieux d’organiser les différents
composants du système de manière à faire des économies de place et d’énergie. Pour
cela, il est intéressant de superposer plusieurs éléments. Nous pensons disposer des
bacs hydroponiques au dessus des bassins d’aquaculture, et disposer les bacs
hydroponiques restant sur deux étages.
Ensuite, il faut prendre différentes règles en compte. Par exemple, il faut placer
le filtre avant les bacs hydroponiques, pour éliminer les déchets de gros calibre. Cela
évite que des zones d’anoxie se forment, ce qui aurait pour conséquence leur
dégradation anaérobie et les constantes de l’eau seraient mauvaises pour les plantes.
Ensuite, il faut prévoir le minimum de pompes possible, il serait même mieux de n’en
avoir qu’une seule. Il faut la placer entre le point le plus bas et le point le plus haut, et
laisser l’eau circuler par gravité dans le reste du système.
Enfin, il faut penser à l’utilisation du montage. Tous les bassins et bacs doivent
être accessibles pour les récoltes, la maintenance, etc. Il faut donc prévoir de l’espace
pour circuler, et un accès à tous les composants du système.
De plus, il faut considérer le fait que les tuyaux ne doivent pas être coudés à 90°
ou davantage, ce qui limite les possibilités de disposition des composants du système.
De la même façon, il faut essayer d’avoir un flux entrant d’eau dans les bassins qui soit
perpendiculaire au rayon du bassin, afin d’avoir des propriétés autonettoyantes. Pour
avoir ces propriétés dans les conditions décrites, il faut que le système soit muni de
bassins avec une évacuation dans le bas du bassin, au centre. Ce genre de bassin ne
va pas forcément nous intéresser pour notre système, car il ne permet pas vraiment
d’avoir un écoulement par gravité.
En illustration, voilà l’organisation spatiale que nous obtenons en essayant de
respecter les conditions décrites dans cette partie. La disposition se fait sur deux
niveaux. Les composants sont numérotés par ordre croissant d’« altitude ». Les flèches
représentent la circulation de l’eau. Nous avons pris un espace de 6 m sur 7 m, ce qui
correspondrait à une serre de Yannick Le Guiner. Pour ces serres, il faudra bien
prendre en compte la courbure des murs, si les bassins et les bacs hydroponiques sont
superposés, la hauteur de la serre importe.

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Niveau le plus bas :

Deuxième niveau, pus élevé :

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Projet B2Fish – Aquaponie – Rapport final

Remarques
Nous avons contacté plusieurs personnes expérimentées dans le domaine de
l’aquaponie, et nous avons eu des réponses qui concordaient sur plusieurs points. Nous
avons en effet été mis en garde sur le fait que le concept fonctionne, mais qu’il est
difficilement transférable d’un contexte à un autre. Le fonctionnement d’un système est
extrêmement dépendant des paramètres choisis ou de ceux imposés par
l’environnement. Il est alors très compliqué de dimensionner une structure sur la simple
base des données d’autres montages en fonctionnement, et d’avoir un montage
fonctionnel du premier coup. Des connaissances et compétences en agronomie,
maraîchage et aquaculture sont plus que souhaitable pour se lancer dans un projet
d’aquaponie à moyenne ou grande échelle. Aquaponics UK va proposer des formations
pour donner des bases d’agronomie, afin de se lancer dans l’aquaponie. Ces
formations ne débuteront pas avant septembre ou octobre 2013. De plus, il semblerait
que l’aquaponie à grande échelle, telle qu’elle est pratiquée en Chine, nécessite des
intrants chimiques pour avoir de bons résultats, ce qui ne correspond pas à notre
objectif. C’est pourquoi il nous semble approprié de nous concentrer sur des
installations à dimensions réduites.

Le CIRAD a conseillé à l’Institut INSPIRE de jouer un rôle de catalyseur de


projets, existants et à venir dans le domaine de l’aquaponie, et d’interface entre acteurs
pour favoriser le partage d’expérience et l’acquisition de données techniques et
scientifiques. Cela permettrait de centraliser les données obtenues par l’expérience de
chacun. Cette approche s’inscrirait en collaboration avec le LEGTPA de La Canourgue,
le CIRAD, l’INRA, l’ITAVI, entre autres. Ces organismes ont initié un projet sur trois ans,
qui vise à fournir des normes, et à quantifier le fonctionnement d’un système
aquaponique. Pour cela, des mesures seront prises sur un certain nombre de pilotes,
situés chez les partenaires du projet. Cette étude permettra la comparaison de
données, selon différents paramètres, grâce au regroupement des données de chacun

Charge de travail nécessaire pour l’exploitation


Suite aux remarques des différentes personnes que nous avons rencontrées,
nous pensons qu’il est souhaitable de recruter une personne ayant des connaissances
en maraichage, aquaculture et agronomie, ou encore d’acquérir les compétences par
formation. La première chose à prévoir est la mise en route du système, l’ajustement du
circuit et des différents paramètres. Il faudra notamment régler le débit d’eau dans le
circuit, stabiliser les taux des différents nutriments et oxygène dissouts, ainsi que la
température de l’eau aux différents endroits du système. Ensuite, il faudra gérer les
opérations de maintenance du système tout au long de l’exploitation, nourrir les
poissons, surveiller les constantes de l’eau, nettoyer le filtre, s’occuper des récoltes de
plantes et de Tilapias, ainsi que du remplacement des produits récoltés par de
nouveaux alevins et de nouvelles boutures. Dans le cas où le choix de reproduire les
poissons et de préparer les boutures par semi, ces deux tâches, hors circuit principal,
sont à intégrer à la charge d’exploitation.

Dans le cadre de recherches scientifiques, une structure de 25 m2 de culture


hydroponique et pouvant produire 20 tonnes de poissons nécessite l’équivalent d’une
personne pour le maintenir en route et pour faire toutes les mesures nécessaires. Avec
une structure de 400 m2 de surface dédiée à l’hydroponie, ce chiffre monte à 1,5 voire 2
personnes. Le but de la structure étant scientifique, il est nécessaire de passer plus de
temps, pour prendre toutes sortes de mesures à intervalles réguliers.
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Nous avons le témoignage de bénévoles travaillant sur un système de 2 bassin


avec chacun 40 poissons, et 6 bacs hydroponiques avec chacun 18 plantes, qui
pensent que ce système pourrait être maîtrisé par une seule personne.

Le Dr Wilson Lennard nous a affirmé que tous les systèmes qu’il conçoit sont
pensés pour être gérés par une seule personne, et pas nécessairement à temps plein. Il
nous a appris qu’un système de 100 m 2 devait pouvoir être géré par une seule
personne à hauteur de 20 heures par semaine.

Réglementation
Actuellement il n’existe pas d’élevage industriel de Tilapias en France. Un tel
élevage serait soumis à la réglementation ICPE (Installation Classée pour la Protection
de l’Environnement). D’après le Livre V, Titre I, art. L 511-1 du Code de
l’environnement, une installation classée pour la protection de l’environnement est une
installation fixe dont l’exploitation présente des risques pour l’environnement.
Le texte précise : « Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines,
ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou
détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent
présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit
pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la
protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation
rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que
des éléments du patrimoine archéologique. »
Cette réglementation comporte des seuils, qui mènent à une obligation de
déclaration ou d’autorisation, selon le type d’installation.
Le CIRAD possède une expertise en matière de mise en conformité des
exploitations aquacoles avec divers référentiels sanitaires ou de qualité normatifs ou
légaux. Nous avons donc contacté M. Patrick Bisson dans le but d’obtenir davantage
d’informations à ce sujet, sans réponse.
On nous a conseillé d’aller sur le site de France Agrimer pour obtenir des
informations à ce sujet. France Agrimer est l’établissement national des produits de
l’agriculture et de la mer. Ce site a une section Réglementation contenant de nombreux
documents à propos de la réglementation européenne et française relative à
l’agriculture.
D’après la « NOTE DE SERVICE DGAL/SDSSA/N2012-8135 » du ministère de
l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt du 28 juin 2012, les activités de
production primaire ne nécessitent pas d'agrément.
Dans les fermes aquacoles, seuls le transport et le stockage de produits vivants
sont autorisés après la récolte. Un produit d'aquaculture primaire est obligatoirement
vivant. L'abattage des produits d'aquaculture sort notamment du cadre strict de la
production primaire et doit être couvert par un agrément, sauf dans le cas d'une activité
de remise directe par le producteur sur le site de production pour sa propre production.
L'activité de production primaire comprend également le transport (livraison) des
produits primaires depuis le lieu de production (navires de pêche ou fermes aquacoles)
jusqu'à un établissement de destination.

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Pour ce qui est de la réglementation sanitaire, les règlements (CE) n° 852/2004


et n° 853/2004 prévoient que leurs dispositions ne s'appliquent pas (car hors champ),
notamment, à « l'approvisionnement direct, par le producteur, du consommateur final
ou du commerce de détail local fournissant directement le consommateur final, en
petites quantités de produits primaires »
Ces deux textes nationaux définissent la notion de petites quantités de produits
primaires à 100 kg par jour pour les produits d'aquaculture ; une distance depuis le lieu
de production vers un commerce de détail à 50 km. Il n'y a pas de distance prévue pour
l'approvisionnement du consommateur. Pour la qualité, les produits doivent rester
primaires et provenir uniquement de la production. Le transport doit être réalisé par le
producteur uniquement.
Si l’activité du producteur correspond à celle des petites quantités, seules les
règles sanitaires nationales s'appliquent.
S’il est intéressant pour notre projet d’obtenir un agrément, le détail de la liste
des pièces à joindre à la demande est disponible dans ce document :
http://ext-jur.franceagrimer.fr/Juridique/arr12-06-04-agrement-sanitaire-ets.pdf
Dans les grandes lignes, il faut :
- une note de présentation de l’exploitation,
- la description des activités de l’exploitation aquacole,
- le plan de maitrise des risques zoo-sanitaires.

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Fournisseurs recensés
Alevins
Bien que le marché des Tilapias soit à ce jour quasi inexistant en France, nous
pourrions nous fournir en alevins de Tilapias auprès du CIRAD, en quantités limitées
toutefois, ce qui reste pertinent dans le cadre d’un pilote scientifique. Nous sommes
également en contact avec Tom Bowers, qui effectue une Analyse du Cycle de Vie
d’une installation au Royaume-Uni. Ce système a été fourni en alevins par l’université
de Sterling.
La société « Til-Aqua », entreprise hollandaise, a mis au point une technique par
laquelle ils produisent des « super mâles », qui sont leurs reproducteurs. Cette
technique ne fait pas appel à une manipulation génétique, mais simplement à un
contrôle de la température des bassins à un moment précis du développement
embryonnaire des alevins, ce qui permet de déterminer leur sexe. Grâce à ces
poissons, ils peuvent fournir des alevins en quasi totalité mâles, destinés au
grossissement. Leur utilisation pour produire de la nourriture destinée aux humains est
autorisée en Europe. Pour importer des alevins, il suffit d’avoir un document TRACES,
que la société nous fournit. Le système TRACES est un outil de gestion des
mouvements d’animaux et de produits d’origine animale tant en provenance de
l’extérieur de l’Union européenne que sur son territoire.
Les poissons reproducteurs utilisés par l’entreprise sont des « super-mâles ».
Contrairement à leurs congénères, ils ont deux chromosomes Y. Les femelles ont deux
chromosomes X, et les mâles « normaux » ont un chromosome X et un chromosome Y.
Ainsi, la reproduction d’une femelle et d’un « super-mâle » mène forcément à une
portée d’alevins exclusivement mâles (XY). Produire uniquement des mâles permet
d’optimiser le rendement du système. En effet, cela évite les comportements de
reproduction naturelle non contrôlée. De plus, les mâles peuvent atteindre une taille
plus importante que les femelles dans le même temps et dans les mêmes conditions. Ils
ont une croissance plus homogène que les femelles : ils sont tous à peu près de la
même taille. La commande minimale (négociable) est d’une boîte de 10 000 alevins, au
stade de développement de « swim-up fry » (négociable aussi). Le prix d’une boîte est
de 630 euros. Il est éventuellement possible de livrer ces alevins par la voie aérienne.

Nourriture pour poissons


Les Tilapias sont des poissons omnivores, qui n’ont pas de gros besoins en
protéines. Ils se développent très bien avec seulement 30% de protéines dans leur
alimentation. L’un des problèmes que nous cherchons à résoudre est l’utilisation de
farines de poissons issus de la pêche pour l’alimentation des poissons d’aquaculture.
Nous avons donc pensé substituer les farines de poissons par des farines d’insectes
pour subvenir aux besoins des poissons de notre système. Pour ce faire, nous avons
pensé utiliser des larves de Black Soldier Fly, et ce en partenariat avec l’entreprise Zoe
Biotech.
Pour ce qui est de la partie végétale de l’alimentation des Tilapias, nous pensons
les nourrir en partie avec les déchets végétaux de l’exploitation hydroponique. Ensuite,
nous avons identifié une entreprise française, AquaBioMass, qui conduit des
recherches pour produire des farines de micro-algues, cyanobactéries, et micro-
crustacés afin d’être utilisées en tant qu’aliment dans l’aquaculture.

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Projet B2Fish – Aquaponie – Rapport final

L’UMR INTREPID travaille également à développer une alimentation pour les


poissons. Ils testent différentes compositions de pâte alimentaire, avec plus ou moins
d’algues de type « ulve » (les algues vertes tristement connue pour leur prolifération
dans les eaux eutrophisées). Ces algues ont une capacité d’épuration remarquable, et
peuvent avoir des teneurs en protéines élevées (30% de la matière sèche). Avec une
telle base pour l’alimentation des poissons, nous n’aurions même plus besoin de Black
Soldier Flies pour apporter les protéines.

Composants du système
Différents fournisseurs peuvent être cpnsultés pour les nombreux composants du
montage. Par exemple, l’entreprise Aquaponics UK a prouvé qu’elle avait été
fournisseur pour de nombreux projets d’aquaponie. L’entreprise a notamment fourni
une grande partie du matériel de départ du montage pour lequel Tom Bowers a réalisé
une analyse de cycle de vie. Nous pouvons de même citer Backyard Aquaponics
(Australie), qui est également un fournisseur de premier plan dans ce domaine.
Cependant, les frais de livraison pourraient s’avérer rédhibitoires dans notre cas. Nous
avons cherché à estimer le coût d’une installation, en se basant sur les prix du marché.
Ces prix sont ceux appliqués aux utilisateurs finaux, mais en cas d’acquisition en
nombre, une négociation est possible. Par ailleurs certains éléments pourront être
obtenus dans le cadre de partenariats scientifiques, ce qui permettra de réduire les
coûts initiaux. Pour rester dans une optique d’éco-conception, nous essayerons
d’utiliser du matériel de récupération, ou recyclé.
Nous avons contacté de nombreuses personnes pour obtenir des informations
concernant leurs fournisseurs, avec hélas des réponses souvent inexistantes ou peu
précises. Nous avons tout de même eu une réponse nous conseillant d’aller sur les
sites de COFA (Coopérative Française de l’Aquaculture) et AQUALOR. Ces sites sont
très complets, et proposent une gamme large de composants pour l’aquaculture. Pour
le matériel proposé par la COFA, les prix sont relativement élevés. Pour AQUALOR, il
faut demander un devis pour avoir les prix des articles, ce que nous avons fait. Par
rapport à nos besoins, nous pensons qu’il peut être intéressant d’acheter des bassins
pour poissons, circulaires, de 2,6 m3 (1212,80 euros HT à l’unité).

Références de composants :
Bassin pour poissons : Aqualor
Propagateur, Substrat pour propagation, Bacs pour les plantes, Substrat pour les
plantes, Monitoring de l’eau, Aérateurs : Aquaponics UK
Laitues : http://www.fermedesaintemarthe.com/A-1426-laitue-batavia-la-brillante-ab.aspx
Nourriture pour poissons : http://aquaallotments.com/#/fish-food-for-aquaponics/4546171154
Préparation des poissons : http://www.agk-kronawitter.de/shop/en/Fish-processing/
Chauffe-eau : http://www.theaquaponicstore.com/SearchResults.asp?Search=heater
Pompe : http://www.leroymerlin.fr/v3/p/produits/pompe-d-evacuation-eaux-claires-vc350ecl-sterwins-
8000-l-h-e37764 ou http://aquaponics.myshopify.com/collections/water-pumps/products/haileaimmersible-
external-waterpumps
Bassin de nivellage de l’eau : http://www.cofa.fr/produit.php?pro_id=291
Thermomètres :
http://www.zooplus.fr/shop/poissons/materiel_technique_aquarium/thermometre_aquarium/16294
Récupération d’eau de pluie : http://www.oogarden.com/prod-11963-Recuperateur-a-eau-
BELLIJARDIN-rond-vert-500-litres.html
Filtre : http://www.leroymerlin.fr/v3/p/produits/kit-filtre-filtramax-plus-set-12500-e136981

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Business plan
En 2005, le filet frais de Tilapia se vendait à 7,70 USD le kilogramme, soit 15%
de moins qu’en 2004.

Nous avons appris grâce à une « breaking news » de CNN, datant de mars 2011
que le Tilapia commence à se vendre dans les grandes surfaces au Royaume-Uni. Ils
sont vendus entiers, une fois qu’ils ont atteint le poids d’environ 450 grammes. Dans
l’exemple de la vidéo, le poisson est vendu à 10 pounds le kilogramme, soit environ
12,60 euros.

Pour ce qui est des salades, le 26 juillet 2012, la douzaine se vend en moyenne
5,5 euros au marché de Rungis. Ce prix est hors taxe, au stade grossiste détaillant.

Cette partie sera développée plus complètement par Jeroen Bogers, bénévole
pour INSPIRE et spécialiste en gestion financière.

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Dépenses sur un an
Scénario industriel, et matériel accessible en Europe

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Scénario de pilote démontrateur, et matériel accessible en Europe

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Conclusion

Alphonse Allais voulait « mettre les villes à la campagne ». Aujourd’hui, la FAO nous
suggère le plus sérieusement du monde que nous aurions tout intérêt à développer
l’agriculture urbaine, autrement dit, à mettre un peu de campagne dans nos villes.

Cet intéressant retournement de perspective est révélateur à bien des égards. Le


monde a bien changé depuis l’époque où les citadins, encore largement minoritaires
dans la population mondiale au XIXème siècle, se plaignaient des nuisances que la
concentration urbaine commençait à peine à engendrer. Aujourd’hui, les enjeux ne sont
plus locaux, mais globaux. Il s’agit de nourrir les habitant des villes, aujourd’hui
largement majoritaires, tout en économisant les sols, l’eau, les ressources halieutiques,
et en évitant des rejets de gaz à effet de serre, le tout pour augmenter la résilience des
territoires. Il s’agit aussi de créer des emplois, et de restaurer le lien avec la nourriture,
élément essentiel pour la santé, le bien-être et la convivialité. Les besoins sont là, et ici
ou ailleurs, l’aquaponie, comme d’autres techniques d’agriculture urbaine, devrait
rapidement émerger et prendre son essor. Certes, les difficultés sont réelles : il y a des
risques à ne pas négliger, des freins psychologiques à dépasser, une réglementation
non stabilisée, un marché inexistant à créer. Mais les premiers qui sauront relever ces
défis seront en bonne position pour aborder ce marché émergeant.

Si vous êtes intéressé, notre première recommandation serait la suivante : ne partez


pas seul, entourez-vous des meilleures compétences disponibles, organisez-vous en
réseau et coopérez avec le monde scientifique. Bien que de nombreuses initiatives
locales existent, la plupart sont à des échelles très réduites, et peu sont regroupées en
collectifs. Les techniques de l’aquaponie n’étant pas à ce jour stabilisées, en tant
qu’opérateur commercial ou associatif de l’aquaponie, vous serez aussi un producteur
et un collecteur de données susceptibles d’enrichir la recherche et de faire progresser
la connaissance et l’intérêt général.

Les vertus de la coopération, illustrées dans l’aquaponie par les synergies entre plantes
(producteurs primaires), poissons (consommateurs) et bactéries (recycleurs)
s’appliquent aussi pour les entrepreneurs et les pionniers de l’aquaponie. Elles seront,
dans ce contexte d’émergence, mais aussi d’incertitude, votre meilleur atout pour
réussir.

Agathe Colmant, Emmanuel Delannoy – pour l’institut INSPIRE Page 33 sur 43

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Projet B2Fish – Aquaponie – Rapport final

Sources

Bibliographie
« Le Tilapia » de Jérôme Lazard
« Recirculating Aquaculture Tank Production Systems: Aquaponics—Integrating Fish
andPlant Culture » de James E. Rakocy, Michael P. Masser and Thomas M. Losordo
“Tank Culture of Tilapia” de James E. Rakocy
“Barrel ponics” de Travis W. Hughey
“Possible uses for Aquaculture Sludge from an Indoor Intensive Recirculating Tilapia
Production Facility” Lori Marsh, Greg Evanylo, Greg Eaton, Greg Boardman, Zach Gay,
Scott Subblers
“Ten guidelines for aquaponic systems”, Aquaponics Journal, Dr James Rakocy
« Une alimentation saine pour les poissons », VarMag’ n°182, p.25

Webographie
http://www.aquaponics.org.uk/
http://www.aquaponics.org.uk/#http://www.aquaponics.org.uk/learn/info-at-the-foundation/
http://www.zoebiotech.com/
http://gardenaquaponics.wordpress.com/what-is-aquaponics/
http://www.aquaticcommunity.com/tilapia/tankculture.php
http://en.wikipedia.org/wiki/Tilapia#Nutrition
http://fr.wikipedia.org/wiki/Tilapia
http://www.fao.org/
http://www.til-aqua.com/images/stories/Til-Aqua_Breeding_Program_-_YY_Technology.pdf
http://www.poleecodesign.com/files/atelierdansmaserrelight.pdf
http://edition.cnn.com/video/?/video/international/2011/03/24/ef.genetic.modification.bk.b.cnn
http://www.arcat-sante.org/actus/1509/Rapport_de_l_Academie_de_medecine_sur_la_Vitamine_D
http://www.statistiques-mondiales.com/population_urbaine.htm
http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/tend/FRA/fr/SP.URB.TOTL.IN.ZS.html
http://www.actualites-news-environnement.com/17951-manque-eau.html
http://www.lefigaro.fr/sciences/2012/01/20/01008-20120120ARTFIG00755-l-humanite-va-t-elle-manquer-
d-eau.php
http://europa.eu/legislation_summaries/food_safety/veterinary_checks_and_food_hygiene/f84009_fr.htm
http://www.cirad.fr/var/cirad/storage/original/application/3d22ec06191c91d29b161590cb1d1cc1.pdf
http://www.actu-
environnement.com/ae/dictionnaire_environnement/definition/installations_classees_pour_la_protection_
de_l_environnement_icpe.php4
http://ext-jur.franceagrimer.fr/Juridique/note-dgal-2012-8135-commercialisation.pdf
http://www.goodplanet.info/Societe/Villes/L-empreinte-ecologique-des-villes/(theme)/1407
http://www.fao.org/docrep/field/003/AC424F/AC424F00.htm#ch2.2.3
http://aquatrop.cirad.fr/encyclopedie/especes_d_interet_aquacole/tilapia/l_alimentation_du_tilapia_du_nil
http://www.cultures-aquaponiques.com/index_fr.htm

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Personne contactées pour cette étude


Yannick Le Guiner, designer. Il propose une serre qui pourrait contenir le montage.
Axel Tarrisse, manager de Zoe Biotech, entreprise qui élève et vend des larves de
Black Soldier Fly.
Jean-François Baroiller, directeur de l’UMR Intrepid, chercheur au CIRAD, notamment
dans des domaines comme l’aquaculture ou l’aquaponie.
Catherine Lejolivet, enseignante en aquaculture au lycée technique de La Canourgue,
responsable expérimentation en aquaculture
Louis Elbel, Communication et Marketing Solaire 2G, Ecole Centrale Marseille
Augustin Doury, Relation clients Solaire 2G, propose un panneau solaire thermique et
photovoltaïque.
Tom Bowers, réalise un LCA d’un système aquaponique au Royaume-Uni
Simon Delvaux, Aquaponics UK
Joel Malcolm, Backyard Aquaponics
Dr Wilson Lennard, Aquaponic Solutions, n°2 mondial en théorisation de l’aquaponie
Eric Bink, directeur de la société Til-Aqua qui propose des alevins « super-mâles »
Patrice Labrousse, directeur du développement chez Enerimmo, propose des serres
photovoltaïques pour accueillir une activité aquaponique vers Saint Martin de Crau.
Jeroen Bogers, bénévole chez INSPIRE, spécialiste en gestion financière, s’occupera
du business plan du projet.

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Sommaire des annexes

Annexe 1 : Résumé des entretiens et mails échangés

Annexe 2 : Commercialisation par les agriculteurs


Document tiré du site de France Agrimer

Annexe 3 : Récoltes, pontes et générations sur 3 ans, système industriel


Nous avons considéré que les reproducteurs étaient récoltés une fois
qu’ils avaient atteint la taille requise par le marché. Nous pouvons cependant
imaginer garder les mêmes reproducteurs jusqu’à la fin de leur vie, puis les
remplacer par d’autres que nous aurons sélectionnés parmi les poissons
produits. Il n’est pas nécessaire d’avoir un nombre de reproducteurs
proportionnel au nombre de bassins, car les récoltes se feront toutes les 4
semaines, et les pontes également. Tout devrait donc bien se synchroniser.
Nous avons là un système où nous récoltons toutes les 4 semaines des
poissons âgés de 36 semaines. Les générations reproductrices atteignent la
maturité au bout de 16 semaines.

Annexe 4 : Récoltes, pontes et générations sur 3 ans, pilote démonstrateur


Dans ce système, les récoltes se font toutes les 13 semaines, avec des
poissons que nous laissons se développer 52 semaines, et qui sont matures au
bout de 16 semaines.

Annexe 5 : Scénarios, calculs pour dimensionnement


Dans la première colonne se trouvent les paramètres. Ceux qui sont en
rouge sont ceux que nous faisons varier, et les autres sont soit des constantes,
soit résultats de calculs.
Dans la 2eme colonne, il y a un scénario type, qui nous sert de base : On
veut produire 100kg de poissons à récolter toutes les 4 semaines, etc.
Dans les autres colonnes on fait varier un paramètre rouge tour à tour
pour voir comment le scénario varie. En noir il y a les résultats différents du
scénario type, et en gris les éléments identiques à ce scénario de référence.

Agathe Colmant, Emmanuel Delannoy – pour l’institut INSPIRE Page 36 sur 43

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Projet B2Fish – Aquaponie – Rapport final

Annexe 1 : Résumé des entretiens et mails échangés

Entretiens
Yannick Le Guiner : Proposition d’un local pour reconnecter des activités, par exemple
avec une partie bureau et une partie serre aquaponique. Il s’agit d’une structure de type serre,
modulable en taille, et qui nécessite moins de démarches qu’un bâtiment pour obtenir un
permis de construire.

Axel Tarrisse : Idée d’intégrer à notre projet le concept de lombricompost / vermiponie pour
traiter nos déchets et éviter un arrêt complet de la production si un problème survient dans une
partie du système. Discussion concernant la possibilité d’une collaboration : peut-être dans le
cadre d’un projet d’écosystème agricole, basé dans des serres photovoltaïques à St Martin de
Crau ; possibilité de tester les larves de Black Soldier Fly de ZOE BIOTECH sur les poissons
d’un montage aquaponique, sur leur site.

Jean-François Baroiller : Le CIRAD est dans un projet d’aquaponie avec le lycée


technique de La Canourgue. Il nous conseille de ne pas nous lancer dans un gros projet
industriel, mais de jouer un rôle de catalyseur entre différents projets d’aquaponie. Remarque
sur la finalité du montage : les produits issus de l’aquaponie ne doivent pas forcément être
destinés à l’industrie agro-alimentaire.

Catherine Lejolivet : Mise en garde sur le fait que l’aquaponie est difficilement transférable,
donc que copier un système existant ne donnera probablement pas de bons résultats. Elle fait
partie du projet d’aquaponie au lycée technique de La Canourgue. Leur pilote, qui fonctionne
depuis un an et demi ne donne pas de bons résultats pour l’instant. Ils sont ouverts à toute
collaboration mais dans la réciprocité. Ils pourront nous accompagner dans la mise en œuvre
de notre projet, et nous deviendrions un pilote supplémentaire pour leur étude.

Jean-Noël Consales : connaît toutes les friches de Marseille, et pourrait nous trouver un
endroit où mettre les bureaux d’Inspire dans la serre de Yannick Le Guiner

Patrice Labrousse : Il travaille chez Enerimmo, en tant que directeur du développement. Il


fournit des serres photovoltaïques qui accueillent tous types d’activités agricoles. Il est très
intéressé par l’aquaponie, et pense notamment faire pousser des plantes médicinales ou
aromatiques, pour les valoriser dans l’industrie cosmétique. Les serres de M. Labrousse sont
soumises à la réglementation ICPE. Il a plusieurs projets. Il est notamment sur un projet de
revalorisation des déchets à St Martin de Crau. A cet endroit, un écosystème agricole pourrait
se développer. Le terrain est propice car il est situé à proximité d’une ancienne décharge, de
pipelines, et d’une zone militaire, donc cela n’utilise pas d’espace agricole.
Sa serre parfaite pour l’aquaponie fait 938m2, avec une hauteur de 4,60m au plus haut
et de 3,20m au plus bas. Les faces est et ouest son vitrées, la serre est orientée sud, et la
circulation se fait dans la serre sur un chemin situé au nord.
Il attend le 13 septembre car le gouvernement va prendre de nouvelles dispositions pour
le rachat du photovolatïque, dans le but de le relancer.

E-mails
Louis Elbel : L'énergie électrique produite à partir du photovltaïque n'est pas rentable
économiquement, il y a un intérêt parce qu'un particulier peut vendre l'électricité à EDF quatre
fois le prix auquel il l'achète. Le panneau photovaltaïque est monté sur un échangeur thermique
dans lequel circule un fluide avec un débit adapté pour avoir un différence de 10°C entre
l’entrée et la sortie. La version du panneau qui sera commercialisée en janvier est encore en
phase de test. Le prix d'un panneau dépend beaucoup du prix de l'installation (fixation sur un
toit, etc..), mais en gros, pour l'investissement de départ (sans compter les coûts de
Agathe Colmant, Emmanuel Delannoy – pour l’institut INSPIRE Page 37 sur 43

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Projet B2Fish – Aquaponie – Rapport final

maintenance), il faut compter entre 1,50€/W et 2€/W. La puissance prise en compte étant la
puissance de l'installation. Classiquement, pour un projet sur une maison (12 panneaux), ça fait
8kW.

Augustin Doury : Un panneau à vide pèse 25kg et se fixe sur une surface plane
uniquement. Ce n’est pas l’eau du circuit aquaponique qui circule dans l’échangeur thermique
du panneau. L’échangeur présent dans le panneau solaire contient un liquide antigel, qui circule
ensuite dans le ballon d’eau chaude d’une maison par exemple, pour réchauffer l’eau qui s’y
trouve. Sur Marseille, l’eau chauffée est à une température entre 30 et 40°C selon les périodes.
Le débit d’antigel dans l’échangeur de chaleur est aux alentours de 200L/h, et il serait
intéressant d’avoir un débit similaire pour le circuit aquaponique pour avoir une meilleure
transmission de chaleur. Ce débit peut être ajusté en fonction des conditions
environnementales pour avoir la température voulue. Les panneaux sont disposés en
« strings » de 6/7 panneaux en série. Il est possible d’avoir plusieurs strings en parallèle, mais
mettre davantage de panneaux en série ne sert à rien car l’antigel atteint une température
maximale avec cette organisation, puis sature.

Tom Bowers : Il effectue un ACV d’un système qui fonctionne depuis 2 ans au Royaume-
Uni. Ils ont été fournis en matériel de départ par Aquaponics UK, et en alevins par l’université
de Sterling. Ils n’ont pas encore d’autorisation pour vendre le poisson qu’ils produisent, mais ils
ont l’intention de le cuisiner sur place, ou de le vendre entier à des marchés locaux. Ils visent
une production de poissons de 500g, qu’ils pensent élever en 6 mois. Ils n’ont pas atteint cette
performance pour l’instant notamment à cause de la température de l’eau dans laquelle ils les
élèvent. Ils envisagent de varier d’espèce de poissons élevés selon les saisons : tilapias en été
et truites en hiver, afin de faire des économies d’énergie. Cette structure comporte deux
bassins contenant chacun 40 poissons, et 6 bacs hydroponiques, avec chacun 18 plantes. Elle
est gérable par une seule personne. Ils ont de l’éclairage artificiel, destiné aux plantes
uniquement.

Joel Malcolm : Fondateur et directeur de Backyard Aquaponics, basé en Australie. Nous a


renvoyé vers son site (forum + exemples de systèmes).

Agnès Joly : Elle est sur un projet de pilote en région parisienne, qui a pris du retard à cause
du financement. Le proejt devrait aboutir fin 2012. Il y a plusieurs mois d’équilibrage avant de
pouvoir produire à pleine capacité. Voir « Cultivons nos toits » qui va lancer une ferme
pédagogique avec un système d’aquaponie.

Florent Aubourg : De Cultivons nos toits. Projet à Vif (Isère) de serre aquaponique de
40m2. La construction est prévue pour Juillet 2012.

Marc Laberge : De M.L. Aquaponics Inc., au Canada. Trop débordé pour répondre à nos
questions.

Simon Delvaux : De Aquaponics UK. Attention, l’aquaponie n’est pas simple à maitriser
sans des connaissances dans le domaine agro-alimentaire. Renvoie vers leur site et les
documents qui s’y trouvent, et ajoute qu’ils vont proposer des formations, mais pas avant
septembre ou octobre 2012. Il faut utiliser le moins de pompes possible, et renouveler l’eau du
système une fois par heure. On peut élever des tilapias à des concentrations de l’ordre de 20 à
50g / L selon le stade de croissance. La reproduction est compliquée et demande un module
supplémentaire souvent hors circuit. Pour le ratio plantes/poissons, une technique est de faire
la relation directe entre l’azote apporté par la nourriture des poissons et l’azote transformé par
ceux-ci et les bactéries.

Jean-François Baroiller : Tous les paramètres varient en fonction du type de poissons et


de l’importance de la composition du compartiment végétal. Le CIRAD se fournit en bassins à
poissons chez les fournisseurs de bacs classiques sur le marché. Il faut une pompe pour tout le
système. En aquaponie, on fait plutôt du grossissement que de la reproduction. Pour un Tilapia
de 500g, il faut compter 10 à 12 mois.
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Ashley Berrysmith : Directeur de Berrysmith Foundation, basée en Nouvelle-Zélande.


Nous a renvoyé vers Wilson Lennard, qui a conçu et construit son système aquaponique.

Wilson Lennard : PhD en Biologie appliquée, spécialisé en optimisation de l’aquaponie,


considéré comme le deuxième mondial dans le domaine de l’aquaponie. En général, il conçoit
et construit ses systèmes avec des bassins trouvés chez des fournisseurs locaux. Il fabrique lui-
même ses filtres et ses bacs hydroponiques, en respectant le modèle qu’il a conçu pour
calculer le ratio plantes/poissons. Il utilise une seule pompe en général. Il n’utilise pas de
lumière artificielle pour les plantes. Tous les systèmes qu’il a conçu peuvent être gérés par une
seule personne. Il estime la charge de travail d’un système de 100m2 à 20h par semaine, avec
une seule personne.

Eric Bink : Les alevins « super-mâles » proposés par la société Til-Aqua ne sont pas vendus
en Europe. Cependant, ils fournissent des alevins de Tilapias mâles qui servent à la production
de nourriture pour la consommation humaine en Europe. Le Tilapia se vend en France à Rungis
depuis plusieurs années. Pour importer des alevins, il faut seulement un document TRACES
que la société nous fournit. Le système TRACES est un outil de gestion des mouvements
d’animaux et de produits d’origine animale tant en provenance de l’extérieur de l’Union
européenne que sur son territoire.
http://europa.eu/legislation_summaries/food_safety/veterinary_checks_and_food_hygiene/f840
09_fr.htm
La commande minimale (négociable) est d’une boîte de 10 000 alevins, au stade de
développement de « swim-up fry » (négociable). Le prix d’une boîte est de 630 euros. Il est
éventuellement possible de livrer ces alevins par la voie aérienne.

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Annexe 2 : Commercialisation par les agriculteurs


Tiré de : http://ext-jur.franceagrimer.fr/Juridique/note-dgal-2012-8135-commercialisation.pdf

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Annexe 3 : Récoltes, pontes et générations sur 3 ans, système industriel

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Annexe 4 : Récoltes, pontes et générations sur 3 ans, pilote démonstrateur

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Annexe 5 : Scénarios, calculs pour dimensionnement

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