Vous êtes sur la page 1sur 1041

MANUEL

DE
CINQUIÈME
– PAR YANN HOURY –

LE NOUVEAU MANUEL DE FRANÇAIS


QUE
L U I G I T. B E R R E T TA A U R A I T A I M É P U B L I E R
1

LE CHEVALIER
2
La bataille de Ronceveaux (15 août 778)

LA CHANSON DE ROLAND

Le neveu de Charlemagne, Roland, et son ami Olivier sont à la tête et ses deux bras et son bon cheval, de l'encolure jusqu'aux épaules.
de l’arrière-garde pendant que le reste de l’armée quitte l’Espagne Et Olivier n'est pas en reste, ni les douze pairs, ni les Français, qui
par les Pyrénées. C’est alors que les Sarrasins attaquent. frappent et redoublent. Les païens meurent, d'autres défaillent. L'ar-
chevêque dit : « Béni soit notre baronnage ! Montjoie ! » crie-t-il,
CV c'est le cri d'armes de Charles.

L
e comte Roland chevauche par le champ. Il tient Durendal, CVI
qui bien tranche et bien taille. Des Sarrasins il fait grand car-
nage. Si vous eussiez vu comme il jette le mort sur le mort, et Et Olivier chevauche à travers la mêlée. Sa hampe s'est brisée, il
le sang clair s'étaler par flaques ! Il en a son haubert ensanglanté, n'en a plus qu'un tronçon. Il va frapper un païen, Malon. Il lui brise

3
son écu, couvert d'or et de fleurons, hors de la tête fait sauter ses
QUESTIONS
deux yeux, et la cervelle coule jusqu'à ses pieds. Parmi les autres
qui gisent sans nombre, il l'abat mort. Puis il a tué Turgis et Estur- 1. Quels sont les personnages principaux de cet extrait ? À quoi le
goz. Mais la hampe se brise et se fend jusqu’à ses poings. Roland voyez-vous ?
lui dit : « Compagnon, que faites-vous ! En une telle bataille, je n'ai
cure d'un bâton. Il n'y a que le fer qui vaille, et l'acier. Où donc est 2. Relevez plusieurs termes montrant que ce sont des chevaliers.
votre épée, qui a nom Hauteclaire ? La garde en est d'or, le pom- Contre qui luttent-ils ? Citez deux termes qui désignent l’ennemi.
meau de cristal. - Je n'ai pu la tirer, » lui répond Olivier, « j'avais tant
de besogne ! » 3. Relevez les termes en rapport avec le combat.

CVII 4. Relevez, à présent, tous les termes qui montrent que ce combat
est un carnage.
Mon seigneur Olivier a tiré sa bonne épée, celle qu'a tant réclamée
son compagnon Roland, et il lui montre, en vrai chevalier, comme il 5. Trouvez quelques exemples qui révèlent que le récit est fait avec
s'en sert. Il frappe un païen, Justin de Val Ferrée. Il lui fend par le mi- quelque exagération.
lieu toute la tête et tranche le corps et la brogne safrée, et la bonne
selle, dont les gemmes sont serties d'or, et à son cheval il a fendu 6. À quel genre littéraire
VIDÉO 1.1 L’hyperbole
l'échine. Il abat le tout devant lui sur le pré. Roland dit : « Je vous re- étudié en sixième ce
connais, frère ! Si l'empereur nous aime, c'est pour de tels coups ! » texte vous fait-il penser ?
De toutes parts « Montjoie ! » retentit. Justifiez votre réponse.

La Chanson de Roland (traduction de Joseph Bédier) 7. Quel objectif vise ce


texte ? S’agit-il, par
exemple, de montrer les
horreurs de la guerre ?
Justifiez votre réponse. Explications en vidéo

4
EXERCICE f - Le comte Roland, très douloureusement, sonne son olifant. Par sa
bouche le sang jaillit. Sa tempe se rompt.
Soulignez les exagérations. 

g - Les fleurs sont rouges du sang des barons qui coule comme un
a - L’archevêque frappe plus de mille coups. ruisseau.

b - Mille Sarrasins mettent pied à terre ; à cheval, ils sont quarante
milliers. RÉDIGEZ

c - À pleines mains, le roi Charles arrache ses cheveux. Cent mille À votre tour, racontez un combat de chevaliers.
Français ont une douleur si grande qu’il n’en est aucun qui ne fonde
en larmes. Utilisez le vocabulaire utilisé dans le texte précédent, et ajoutez tou-

 tes sortes d’exagérations afin de créer un récit épique.
d - Il lui perce le cœur, le foie et le poumon, et l’abat mort.

e - Il lui brise le heaume, tranche la coiffe avec le cuir du crâne, la
face entre les yeux et tout le corps. À travers la selle, qui est incrus-
tée d’or, l’épée atteint le cheval et s’enfonce.

5
Le peintre Charles de Steuben représente ici la célèbre ba-
taille de Poitiers qui eut lieu en 732. Cette bataille symbolise
la victoire des chrétiens sur les musulmans.
En revanche, la bataille de Roncevaux, contrairement à ce
qu’a retenu la littérature, oppose les Carolingiens, non aux
musulmans, mais aux Basques.

6
7
L’ANCIEN FRANÇAIS

COMPAREZ

1. Lisez les cinq premiers vers du texte en ancien français (aidez-


vous de la traduction en français moderne).

2. Relevez les mots que vous reconnaissez, et dites quelles différen-


ces vous remarquez, quels mots de la même famille vous connais-
sez.

3. Ce texte est-il écrit en prose ou en vers ? Justifiez votre réponse.

En ancien français
8
TRADUISEZ

Lisez la laisse (LXXXIV) ci-dessous en ancien français, puis complétez le texte traduit en français moderne.

ANCIEN FRANÇAIS FRANÇAIS MODERNE

« Cumpainz Rollant, l’olifan car sunez :
 « Roland mon ... , sonnez l’olifant :

Si l’orrat Carles, ferat l’ost returner,
 Ainsi ... l’entendra, il ... revenir l’armée,

Succurrat nos li reis od tut sun barnet. »
 Il nous ... avec tous ses barons. »

Respont Rollant : « Ne placet Damnedeu
 Roland ... : « Ne plaise à Dieu

Que mi parent pur mei seient blasmet
 Que mes ... ... ... soient blâmés

Ne France dulce ja cheet en viltet !
 Et que ... France tombe dans le mépris !

Einz i ferrai de Durendal asez,
 Mais je frapperai de Durendal avec force,

Ma bone espee que ai ceint al costet :
 Ma ... ... que j’ai ceinte au ... :

Tut en verrez le brant ensanglentet.
 Vous en verrez la lame tout ... .

Felun paien mar i sunt asemblez :
 Les félons ... se ... ... pour leur malheur.

Jo vos plevis, tuz sunt a mort livrez. » Je vous le jure, ... ... livrés à la mort. »

9
LA CHANSON DE GESTE
(LEÇON I)

LE MOYEN ÂGE LA CHANSON DE GESTE

Le Moyen Âge est une période de mille ans qui commence avec la On appelle chanson de geste un long poème épique qui célèbre les
chute de l'Empire romain au Ve siècle (en 476) et se termine au XVe exploits guerriers de chevaliers français devenus des personnages
siècle avec la découverte de l’Amérique en 1492 ou la prise de légendaires. Elle apparaît vers la fin du XIe siècle avec la Chanson
Constantinople par les Turcs en 1453. Durant le Moyen Âge, on dis- de Roland.
tingue trois grandes périodes :
La chanson de geste est un récit chanté : un jongleur s’accompa-
• le haut Moyen Âge (une époque chaotique qui connaît deux dynas- gnant à la vielle raconte les exploits guerriers. Le mot geste signifie
ties de rois francs, les Mérovingiens et les Carolingiens) ; ce qui a été fait ; ce sont donc les actions, les exploits.
• une période plus stable, du XIe au XIII siècle, marquée cependant
par les Croisades ; Une chanson est composée de laisses numérotées en chiffres ro-
• le bas Moyen Âge (cette époque a connu les guerres et les épidé- mains. Une laisse est une série de vers, généralement des décasyl-
mies). labes.

10
Le thème principal de la Chanson de Roland est celui de la lutte des
représentants des forces du bien contre les forces du mal, c’est-à-
RÉVISION 1.1 Avez-vous retenu ?
dire les chevaliers chrétiens contre les païens.

Question 1 sur 9
Combien de temps dure le Moyen Âge ?
L’ÉPOPÉE
La Chanson de Roland est un poème épique, c’est-à-dire une épo-
pée.

On y célèbre des exploits guerriers en un style particulier : l’exagéra-


tion (par l’emploi des hyperboles) révèle l’incroyable valeur des com-
A. Cent ans
battants, les phrases courtes donnent du rythme au récit en accumu-
lant les actions guerrières.
B. Cinq cents ans

C. Mille ans

Répondre

La mort de Roland

11
RÉCITATION
CHARLEMAGNE, EMPEREUR À LA BARBE FLEURIE

Charlemagne, empereur à la barbe fleurie, 



Revient d'Espagne ; il a le cœur triste, il s'écrie : 

« Roncevaux ! Roncevaux ! ô traître Ganelon ! » 

Car son neveu Roland est mort dans ce vallon 

Avec les douze pairs et toute son armée. 

Le laboureur des monts qui vit sous la ramée 

Est rentré chez lui, grave et calme, avec son chien ; 

Il a baisé sa femme au front, et dit : C'est bien.

Il a lavé sa trompe et son arc aux fontaines ; 

Et les os des héros blanchissent dans les plaines.

Le bon roi Charle est plein de douleur et d'ennui ; 

Son cheval syrien est triste comme lui. 

Il pleure ; l'empereur pleure de la souffrance 

D'avoir perdu ses preux, ses douze pairs de France, 

Ses meilleurs chevaliers qui n'étaient jamais las, 

Et son neveu Roland, et la bataille, hélas ! 

Et surtout de songer, lui, vainqueur des Espagnes, 

Qu'on fera des chansons dans toutes ces montagnes 

Sur ses guerriers tombés devant des paysans, 

Et qu'on en parlera plus de quatre cents ans !

Portrait imaginaire de Charlemagne


Victor Hugo, La Légende des siècles

12
DICTÉES

DICTÉE 1 AUDIO 1.1


Écoutez le texte
ROLAND REFUSE D’APPELER

Les mots suivants vous sont donnés :

• Olivier, Charles, Roland


• renom
AUDIO 1.2
• Durendal Écrivez le texte
• félons

DICTÉE 2 AUDIO 1.3


Écoutez le texte
ROLAND APPELLE

Les mots suivants vous sont donnés :

• cor
• tempe AUDIO 1.4
• olifant Écrivez le texte

Roland à Roncevaux 13
« Je suis un chevalier qui cherche ce
que je ne puis trouver ; ma quête a
été longue et vaine. »

LE CHEVALIER ERRANT

A
rthur, le bon roi de Bretagne, qui, par sa vaillance, nous en- parle encore aujourd’hui. À ce sujet, je suis d’accord avec les Bre-
seigne à être preux et courtois, tenait sa magnifique cour tons : la renommée de ce roi sera éternelle et, grâce à lui, on se sou-
lors de cette fête qu’on appelle la Pentecôte. Le roi était à viendra du nom de nombreux vaillants chevaliers.
Carduel, au pays de Galle. Après le repas, dans toutes les salles du
château, les chevaliers se réunirent là où les dames ou les demoisel- Mais, ce jour-là, on s’étonna beaucoup de voir le roi se lever et quit-
les les appelaient. Les uns racontaient des histoires, les autres par- ter l’assemblée. Plusieurs exprimèrent leur mécontentement, car on
laient d’Amour et des douleurs ou des grandes joies qu’il procure. n’avait jamais vu le roi, lors d’une telle fête, se retirer dans sa cham-
bre pour dormir ou se reposer. Pourtant, c’est ce qui advint ce jour-
C’est pourquoi il me plaît de raconter une histoire digne d’être écou- là : la reine le retint auprès d’elle, si bien qu’il s’oublia et s’endormit.
tée, une histoire au sujet du roi dont la réputation est telle qu’on en

14
À la porte de la chambre, se trouvaient Dodinel, Sagremor, Keu, guës et jaunes, la barbe rousse, le menton soudé à la poitrine, et
mon seigneur Gauvain, ainsi que mon seigneur Yvain. Et avec eux, l’échine longue, torse et bossue. Appuyé sur sa massue, il était vêtu
Calogrenant, un chevalier fort avenant, lequel avait commencé un étrangement. À son cou étaient attachées deux peaux fraîchement
conte moins à son honneur qu’à sa honte. écorchées de deux taureaux ou de deux bœufs.

« Il y a près de six ans, j’allais seul en quête d’aventures, armé de Le paysan bondit quand il me vit m’approcher de lui. Je ne sais s’il
pied en cap, comme un chevalier doit l’être. Je trouvai un chemin à voulait me toucher ni ce qu’il voulait faire, mais je me mis en position
ma droite, dans une épaisse forêt. C’était un méchant sentier, plein de défense jusqu’au moment où je vis qu’il restait debout, immobile,
de ronces et d’épines. Avec quelles difficultés et peines, je le sui- monté sur un tronc. Il avait bien dix-sept pieds de haut. Il me regar-
vis ! Près d’un jour entier, j’allai chevauchant ainsi jusqu’à la sortie da sans mot dire comme le ferait une bête. Je pensais qu’il ne savait
de la forêt ; c’était celle de Brocéliande. J’entrai dans une lande et parler, et qu’il était dépourvu d’intelligence. Toutefois, je m’enhardis
vis une bretèche. Le fossé qui l’entourait était profond et large. De- assez pour lui dire :
bout sur le pont, se tenait le maître de cette forteresse, un autour
sur le poing : « Béni soit le chemin qui vous a mené ici », me dit-il. « Eh ! dis-moi donc si tu es ou non une bonne créature de Dieu !
- Je suis un homme, me répondit-il.
Cette nuit-là, je fus bien logé, et on sella mon cheval au point du - Quelle sorte d’homme ? dis-je.
jour. - Tel que tu vois ; je ne change jamais.
- Que fais-tu ici ?
Je n’étais guère éloigné du logis quand je trouvai dans un essart - Je garde les bêtes de ce bois.
des taureaux sauvages qui s’affrontaient et se démenaient avec un - Comment ? Par saint Pierre de Rome, elles n’obéissent pas à
tel bruit que je reculai de peur, car nulle bête n’est plus féroce qu’un l’homme ! Je ne pense pas qu’on puisse garder des bêtes sauva-
taureau. ges dans une plaine ou un bois.
- Je les garde pourtant. Jamais elles ne sortiront de cet enclos.
Un paysan qui ressemblait à un Maure, démesurément laid et hi- - Toi ? Et comment donc ? Dis-le-moi.
deux - nul ne pourrait décrire une telle laideur ! - était assis sur une - Aucune n’ose bouger quand elles me voient venir, car, quand je
souche, une grande massue dans la main. Je m’approchai du vilain, puis en tenir une, je l’empoigne fortement par les cornes ; alors tou-
et vis qu’il avait la tête plus grosse qu’un roncin ou tout autre bête, tes les autres tremblent de peur et s’assemblent autour de moi
les cheveux ébouriffés, le front pelé et large de deux empans, les comme pour crier grâce. Nul autre que moi ne pourrait éviter une
oreilles velues et aussi grandes que celles d’un éléphant, les sour- mort immédiate s’il se trouvait au milieu d’elles. Ainsi, je suis le sei-
cils énormes, la face plate, des yeux de chouette, un nez de chat, la gneur de mes bêtes. Mais dis-moi, à présent, quel homme tu es, et
bouche fendue comme celle d’un loup, des dents de sanglier ai- ce que tu cherches.
15
- Je suis un chevalier qui cherche ce que je ne puis trouver ; ma 6. Calogrenant a-t-il intérêt à raconter l’histoire qui est la sienne ?
quête a été longue et vaine. Pourquoi ?
- Et que voudrais-tu trouver ?
- Des aventures pour éprouver ma vaillance et mon courage. Je te 7. Quelle qualité révèle ainsi le comportement de Calogrenant ? Trou-
demande donc, je te prie, je t’implore de m’indiquer, si tu le peux, vez un autre exemple de cette qualité dans le texte, qui confirmera
quelque aventure ou merveille. » votre réponse.

8. À quoi voit-on que Calogrenant est un chevalier errant ?


D’après Yvain ou Le chevalier au lion de Chrétien de Troyes
9. Que recherche-t-il dans sa quête ?

QUESTIONS 10. Quelles difficultés rencontrent-ils sur sa route ?

I - LA NARRATION
III - LE PAYSAN
1. Qui le pronom « je » désigne-t-il dans le premier paragraphe ?
11. Qu’est-ce qui rend le paysan si effrayant ? Quels sont les pou-
2. À quel moment Calogrenant devient-il le narrateur du récit ? À voirs du paysan ?
quoi le remarquez-vous ?

3. Quel temps est essentiellement utilisé ? RÉDIGEZ


4. Quel autre temps trouve-t-on beaucoup également ? Pourquoi ? 1. Écrivez des phrases em-
ployant chacun des mots sui-
vants : preux, avenant, armé de
II - LE CHEVALIER CALOGRENANT pied en cap, s’enhardir.

5. Quelles sont les qualités d’un bon chevalier ? 2. Imaginez l’aventure


que propose le paysan à
Calogrenant.

16
LE ROMAN
(LEÇON 2)

LE ROMAN CHRÉTIEN DE TROYES (NÉ EN 1135)


À l’origine, le mot « roman » désigne la langue que l’on parlait au On ne sait pas grand-chose de cet écrivain sinon qu’il est l’auteur
XIIe siècle dans le nord de la France. Le mot roman est donc syno- de cinq romans dont Lancelot ou Le chevalier de la charrette, Perce-
nyme d’ancien français. val ou le Conte du Graal. Ce clerc originaire de la ville de Troyes a

 puisé son inspiration dans la matière de Bretagne.
Un roman désigne un ouvrage écrit en langue romane (et non en la-
tin). Yvain ou Le chevalier au lion de Chrétien de Troyes est donc un
roman puisqu'il est écrit en roman. À cette époque, le roman est LA MATIÈRE DE BRETAGNE
écrit en couplets d’octosyllabes à rimes plates (aa, bb, cc, etc.).

 La matière de Bretagne désigne les récits dont les héros sont Arthur,
Contrairement à la chanson de geste, le roman est un texte destiné Guenièvre, Merlin et de nombreux chevaliers (Yvain, Gauvain, Lance-
à être lu à voix haute, et non au chant. lot...).

À cette époque, seuls les clercs (hommes d’église) savent lire. Chrétien de Troyes invente le héros quittant la cour du roi Arthur et
ses chevaliers (regroupés autour de la Table ronde) pour partir à
l’aventure dans des lieux périlleux (forêts, châteaux merveilleux).

L'aventure permet au chevalier de prouver sa valeur et de conquérir


la femme qu'il aime.

17
RÉVISION 1.2 Avez-vous retenu ?

Question 1 sur 8
Que signifie le mot « roman » ?

A. C’est un livre.

B. C’est une langue parlée au XIIe siè-


cle.

C. C’est une histoire d’amour.

Répondre

18
L’ADOUBEMENT

Perceval est un jeune homme qui vit dans la forêt. Il est élevé par sa mère qui le maintient
dans l’ignorance du monde extérieur. Mais un jour, il voit des chevaliers et, émerveillé, dé-
cide de partir à l’aventure.

Le seigneur Gornemant de Goort le prend alors sous sa protection et fait de lui un chevalier.

P
erceval abandonna les vêtements donnés par sa mère.
Alors le seigneur se baissa, et lui chaussa l'éperon droit.
La coutume était en effet la suivante : celui qui faisait che-
valier devait lui chausser l'éperon. Il y avait beaucoup d’autres
serviteurs. Ceux qui purent l’approcher l’aidèrent à s’armer. Le no-
ble seigneur prit ensuite l'épée, la lui ceignit, lui donna l'acco-
lade, et lui déclara qu'avec cette épée il lui conférait l'ordre le
plus élevé que Dieu ait créé et établi, c’était l'ordre de chevalerie
qui n'admet aucune bassesse.

Puis il ajouta : « Mon ami, s’il arrive que vous deviez combattre
quelque chevalier, souvenez-vous des instructions que je vais
vous donner : si vous avez le dessus et que votre adversaire ne
peut plus se défendre ni résister et qu'il lui faille demander grâce,
ne le tuez pas délibérément.

19
Et gardez-vous d’être trop bavard ni médisant. Nul ne peut trop par-
QUESTIONS
ler sans qu’il ne dise quelque chose qu'on lui impute à bassesse.
L’homme sage dit et répète : « Qui parle trop commet un péché. » 1. Chercher dans le dictionnaire la définition du mot « adoube-
Voilà pourquoi, mon ami, je vous déconseille de trop parler. Et je ment ».
vous prie également, si vous rencontrez une jeune fille ou une
femme qui se trouve privée d'appui, secourez-la, si vous pouvez le 2. Que doit faire Perceval avant que l’adoubement commence ?
faire. Vous agirez honorablement.
J'ai encore une autre chose à vous apprendre (ne la négligez point, 3. Quelles sont les différentes étapes de l’adoubement ?
car elle n'est pas à dédaigner) : ne manquez pas de vous rendre à
l'église y prier le Créateur de toutes choses d'avoir pitié de votre 4. À quoi voyez-vous qu’un personnage parle dans cet extrait ?
âme. »
5. Quel est ce personnage qui parle ?

D’après Le Conte du Graal (Perceval) de Chrétien de Troyes 6. Relevez les formules employées par ce personnage pour donner
des conseils à Perceval. Quels sont les temps et les modes des ver-
bes ?
VIDÉO 1.2 L’anecdote
7. Quelles sont les qualités que l’on attend d’un chevalier ?

RÉDIGEZ
Comme Gornemant de Goort, donnez des conseils à une personne
en utilisant l’impératif présent.

Un chevalier vous parle Vous pouvez la conseiller sur le sujet de votre choix : la musique, le
sport, la lecture, etc.

20
LE DRAGON D'IRLANDE

Le roi Marc désire épouser celle à qui appartient le cheveu d’or que deux hirondelles lui ont apporté.

Pour lui plaire, son neveu Tristan part à la recherche de la jeune fille en Irlande, une terre ennemie. Pour ne pas être reconnu, il est déguisé
en marchand.

O
r, un matin, au point du jour, il ouït une voix si épouvantable Tristan quitte la femme et retourne vers sa nef. Il s’arme en secret, et
qu’on eût dit le cri d’un démon. Jamais il n’avait entendu il eût fait beau voir sortir de la nef de ces marchands si riche des-
bête glapir en telle guise, si horrible et si merveilleuse. Il ap- trier de guerre et si fier chevalier. Mais le port était désert, car
pela une femme qui passait sur le port : l’aube venait à peine de poindre, et nul ne vit le preux chevaucher

 jusqu’à la porte que la femme lui avait montrée. Soudain, sur la
« Dites-moi, fait-il, dame, d’où vient cette voix que j’ai ouïe ? ne me route, cinq hommes dévalèrent, qui éperonnaient leurs chevaux,
le cachez pas.
 les freins abandonnés, et fuyaient vers la ville. Tristan saisit au pas-
- Certes, sire, je vous le dirai sans mensonge. Elle vient d’une bête sage l’un d’entre eux par ses rouges cheveux tressés, si fortement
fière et la plus hideuse qui soit au monde. Chaque jour, elle des- qu’il le renversa sur la croupe de son cheval et le maintint arrêté :
cend de sa caverne et s’arrête à l’une des portes de la ville. Nul 

n’en peut sortir, nul n’y peut entrer, qu’on n’ait livré au dragon une « Dieu vous sauve, beau sire ! dit Tristan. Par quelle route vient le
jeune fille ; et, dès qu’il la tient entre ses griffes, il la dévore en moins dragon ? »
de temps qu’il n’en faut pour dire une patenôtre.
 

- Dame, dit Tristan, ne vous raillez pas de moi, mais dites-moi s’il se- Et quand le fuyard lui eut montré la route, Tristan le relâcha.
rait possible à un homme né de mère de l’occire en bataille.
 

- Certes, beau doux sire, je ne sais. Ce qui est assuré, c’est que Le monstre approchait. Il avait la tête d’une guivre, les yeux rouges
vingt chevaliers éprouvés ont déjà tenté l’aventure ; car le roi d’Ir- et tels que des charbons embrasés, deux cornes au front, les
lande a proclamé par voix de héraut qu’il donnerait sa fille Iseut la oreilles longues et velues, des griffes de lion, une queue de serpent,
Blonde à qui tuerait le monstre ; mais le monstre les a tous le corps écailleux d’un griffon.
dévorés. »

21
« Saint Georges terrassant le dragon »
de Paolo Uccello

22
Tristan lança contre lui son destrier d’une telle force que, tout héris-
QUESTIONS
sé de peur, il bondit pourtant contre le monstre. La lance de Tristan
heurta les écailles et vola en éclats. Aussitôt le preux tire son épée,
LE DRAGON
la lève et l’assène sur la tête du dragon, mais sans même entamer
le cuir. Le monstre a senti l’atteinte, pourtant ; il lance ses griffes con- 1. Relevez, dans le premier paragraphe, deux termes montrant l’ef-
tre l’écu, les y enfonce, et en fait voler les attaches. La poitrine dé- froi de ceux qui entendent le monstre.
couverte, Tristan le requiert encore de l’épée, et le frappe sur les
flancs d’un coup si violent que l’air en retentit. Vainement. Il ne peut 2. Quelle expression souligne que ce monstre est exceptionnel ?
le blesser. Alors, le dragon vomit par les naseaux un double jet de
flammes venimeuses : le haubert de Tristan noircit comme un char- 3. Dans le premier paragraphe, à quoi est-il comparé ?
bon éteint, son cheval s’abat et meurt. Mais, aussitôt relevé, Tristan
enfonce sa bonne épée dans la gueule du monstre : elle y pénètre 4. Pourquoi veut-on absolument le tuer ?
toute et lui fend le cœur en deux parts. Le dragon pousse une der-
nière fois son cri horrible et meurt.

L’APPARITION DU DRAGON
Tristan lui coupa la langue et la mit dans sa chausse. Puis, tout étour-
di par la fumée âcre, il marcha, pour y boire, vers une eau stag- 5. À partir de « Le monstre approchait » jusqu’à « un griffon », rele-
nante qu’il voyait briller à quelque distance. Mais le venin distillé vez tous les groupes nominaux qui décrivent le dragon. Soulignez
par la langue du dragon s’échauffa contre son corps, et, dans les les adjectifs qualificatifs épithètes et les compléments du nom.
hautes herbes qui bordaient le marécage, le héros tomba inanimé.
6. Dans quelles histoire avez-vous déjà rencontré un tel monstre ?
Citez les autres monstres évoqués dans ce texte.
Extrait de Tristan et Iseut adapté par Joseph Bédier

LE COMBAT
7. Quels termes montrent la violence du combat ?

8. Dans l’avant-dernier paragraphe, quel est le temps principale-


ment utilisé ? Quel effet produit l’utilisation de ce temps ?

23
LE DIALOGUE 13. Donnez le sens du mot « dragon » dans chacune de ces phra-
ses :
9. Qu’est-ce qu’un dialogue ? Quel est le contraire du mot « dialo-
gue » ? • En entrant dans la boutique, j’ai dû affronter le regard du dra-
gon derrière le comptoir.
10. Qui parle dans ce dialogue ? Relevez tous les termes qui l’indi- • En visitant l’île de Komodo, j’ai découvert de superbes dra-
quent. gons.
• Un dragon garde les pommes d’or du jardin des Hespérides.
11. Dites à quels éléments on reconnaît un dialogue (on peut en trou- • Saint Michel a terrassé le dragon.
ver au moins quatre). • Le 4e régiment de dragons se trouvait à la tête de l’armée.

14. Qu’est-ce qu’une « dragonne » ?


VOCABULAIRE
12. Rédigez des phrases contenant chacun des mots suivants :
« ouïr », « occire », « destrier », « requérir » et « vainement ».
INTERACTIF 1.2 Comment combattaient
les chevaliers ?
INTERACTIF 1.1 Mots croisés

Combat en armure au musée de


Cluny à Paris

Vérifiez que vous avez acquis le vocabulaire des séan-


ces précédentes.

24
DÉCOUVRIR LE MERVEILLEUX

Lisez ces extraits et relevez les passages merveilleux.

EXTRAIT 1 EXTRAIT 2
Poursuivant le chevalier gardien de la fontaine, Yvain pénètre dans L’empereur Charles décide de poursuivre les Sarrasins responsa-
le château de son ennemi. Malheureusement, la porte tombe au mo- bles de la mort de Roland et de toute l’arrière-garde. La nuit com-
ment où il passe et tranche son cheval en deux. Sain et sauf, Yvain mence à tomber.
est prisonnier du château. Une jeune fille, Laudine, propose de l’ai-

L
der. ’empereur fait sonner ses clairons ; puis il chevauche, le
preux, avec sa grande armée. Ils ont forcé ceux d’Espagne à

E
lle lui donna l’anneau, et lui dit que celui qui le porte est invisi- tourner le dos ; ils tiennent la poursuite d’un même cœur, tous
ble comme le bois sous l’écorce, mais à condition que la ensemble. Quand l’empereur voit décliner la vêprée, il descend de
pierre soit cachée dans le poing fermé. Ainsi, celui qui porte cheval sur l’herbe verte, dans un pré : il se prosterne contre terre et
l’anneau à son doigt n’a plus rien à craindre. Même en ayant les prie le Seigneur Dieu de faire que pour lui le soleil s’arrête, que la
yeux grands ouverts, on ne pourrait pas l’apercevoir, pas plus qu’on nuit tarde et que le jour dure. Alors vient à lui un ange, celui qui a
ne voit le bois recouvert par l’écorce. coutume de lui parler. Rapide, il lui donne ce commandement :
« Charles, chevauche ; la clarté ne te manque pas. C’est la fleur de
Cela plut beaucoup à mon seigneur Yvain. France que tu as perdue, Dieu le sait. Tu peux te venger de l’en-
geance criminelle ! » Il dit, et l’empereur remonte à cheval.
Le Chevalier au lion (Yvain) de Chrétien de Troyes

25
Pour Charlemagne Dieu fit un grand miracle, car le soleil s’arrête, im- comme la foule sortait de l’église, des cris d’étonnement retentirent :
mobile. Les païens fuient, Les Francs leur donnent fortement la une grande pierre taillée se trouvait au milieu de la place naguère
chasse. vide. Sur cette pierre, on voyait une enclume de fer, où une épée
était fichée jusqu’à la garde.
La Chanson de Roland (laisses CLXXIX et CLXXX, traduction de Jo-
seph Bédier) On avertit aussitôt l’archevêque qui vint avec de l’eau bénite. En se
baissant pour asperger la pierre, il déchiffra à haute voix cette
phrase gravée en lettres d’or :
EXTRAIT 3
« Celui qui sera capable de retirer cette
épée sera le roi élu par Jésus-Christ ».

U
ter Pendragon mourut seize ans plus tard, à la Saint-Martin.
Comme il ne laissait pas d’enfant, les barons s’assemblèrent Déjà les hommes les plus puissants et les plus
et prièrent Merlin de leur désigner l’homme qu’ils devaient riches se disputaient pour savoir qui tenterait
élire afin qu’il gouverne le royaume. Mais il se contenta de leur dire l’épreuve le premier. Mais l’archevêque
d’attendre le jour de la naissance de Notre Seigneur, et jus- leur dit :
que- là d’implorer Dieu pour qu’il les éclaire. « Sei-

La veille de Noël, donc, tous les


barons du royaume de Logres
vinrent à Londres. Par-
mi eux, étaient An-
tor et ses deux
enfants, Keu et Ar-
thur, dont il ne savait le-
quel il préférait. Cha-
cun assista à la messe
de minuit, puis à la
messe du jour. Et

26
gneurs, quelle manque de sagesse ! Ne savez-vous pas que Notre
Seigneur n’a souci de richesse, ni de noblesse, ni de force ? Seul,
celui qu’il a désigné réussira, et, s’il était encore à naître, l’épée ne
serait jamais ôtée avant qu’il vienne ».

Alors, il choisit lui-même deux cent cinquante prud’hommes pour


tenter l’aventure. Mais aucun ne parvint à faire bouger l’épée.
Après eux, et dans la semaine qui suivit, tous ceux qui le voulurent
s’y efforcèrent, mais vainement. Et l’on atteignit ainsi le Jour de l’An.

Ce jour-là, on donnait chaque année un grand tournoi aux portes de


la cité. Quand les chevaliers eurent assez jouté, il y eut une telle mê-
lée, que toute la ville accourut voir le spectacle. Keu, le fils d’Antor,
qui venait d’être fait chevalier à la Toussaint, appela son jeune frère,
et lui dit : « Va chercher mon épée à notre hôtel ». Arthur était un bel
et grand adolescent de seize ans, fort aimable et serviable. Aussitôt,
il piqua des deux vers leur logis, mais il ne put trouver l’épée de son
frère ni aucune autre. Il revenait, lorsqu’en passant devant l’église, il
pensa qu’il n’avait pas encore tenté l’épreuve : il s’approcha du per-
ron et, sans même descendre de cheval, prend l’épée par la poi-
gnée, la tire sans la moindre peine, et l’apporte à son frère, à qui il
dit : « Je n’ai pu trouver ton épée, mais je t’apporte celle de l’enclu-
me ».

D’après Merlin de Robert de Boron

Tournoi de chevaliers

27
LIRE UN CONTE ENTIER
Lisez La Légende de saint Julien l'Hospitalier de Gustave
Flaubert, et relevez au moins cinq exemples de merveilleux.

1 sur 11
28
LE MERVEILLEUX LES ÉLÉMENTS OU ÉVÉNEMENTS SURNATURELS

(LEÇON 3)
La forêt, aussi effrayante qu’attirante, cache nombre d’éléments
merveilleux, comme la fontaine de Barenton. C’est une fontaine
bouillonnante qui déchaîne la tempête si l’on accomplit certain
geste.

Charlemagne, voulant poursuivre ses ennemis, demande à Dieu


Le merveilleux est la manifestation du surnaturel dans la réalité. Ce d’arrêter le soleil afin que le nuit ne tombe pas et que le jour dure.
qui est inexplicable de façon naturelle suscite alors l’étonnement. Le Un ange survient pour l’assurer de sa victoire.
mot merveilleux vient du mot merveille, en latin mirabilia (signifiant
choses étonnantes, admirables).

Le merveilleux médiéval se caractérise par la présence d’éléments


ou événements surnaturels, d’objets magiques et de créatures en
tout genre.

29
LES OBJETS MAGIQUES LES CRÉATURES MERVEILLEUSES

Les romans de la table ronde abondent en objets magiques. Le plus La licorne, le griffon, le phénix ou le dragon sont quelques exemples
célèbre d’entre tous est l’épée Excalibur, fichée jusqu’à la garde de créatures merveilleuses.
dans une enclume, que seul le roi pourra retirer.
Parfois certains personnages tiennent à la fois de l’animal et de
Divers objets peuvent aider les chevaliers, tel l’anneau qu’une jeune l’homme, comme le paysan que rencontre Calogrenant, mais on
fille nommée Laudine prête à Yvain afin qu’il échappe à ses poursui- peut penser aussi à Mélusine, qui chaque samedi retrouve une
vants en le rendant invisible. queue de serpent.

30
DÉCRIRE

Relisez le portrait du paysan, et répondez aux questions.

1. À quoi voit-on que le paysan est décrit ? Justifiez votre ré-


ponse.

2. Sur quelle partie du corps Calogrenant insiste-t-il ?

3. Qu’est-ce qui, outre son aspect physique, révèle le caractère


sauvage du paysan ?

4. Relevez dans un tableau les comparaisons d’une part et les


métaphores d’autre part qui caractérisent le paysan. À quel
champ lexical appartiennent-elles ?

5. À votre avis, pourquoi Calogrenant utilise-t-il ces figures de


style pour décrire le paysan ?

6. Par quel terme Calogrenant signale-t-il la très grande laideur


du paysan ? Quelle est la nature de ce mot ?

7. a) Relevez trois groupes nominaux décrivant le paysan.



b) Soulignez le déterminant puis le nom.

c) Que trouve-t-on encore dans ces groupes nominaux ?

31
EXERCICE 1
Placez les mots au bon endroit.
L’équipement du chevalier

a - Faites l’exercice ci-contre.

Heaume
b - En quelques phrases, décrivez l’équipement du chevalier en
réutilisant chacun des mots ci-contre. Haubert
Baudrier

Épée
Éperon

Chausse

Heaume Baudrier Épée

Éperon Haubert Chausse

Répondre

32
EXERCICE 2
L’épée

Décrivez cette épée en commençant par « Une épée est composée


de... ».

N'utilisez pas tous les mots de la légende mais seulement quelques-
uns (pour cela, aidez-vous de Wikipédia) et expliquez à quoi ser-
vent les différentes parties de l'épée.

Évitez les auxiliaires « être » et « avoir ». Choisissez plutôt des ex-
pressions comme « Une épée possède », « Elle présente », « On
distingue », etc.

INTERACTIF 1.3 Rédigez et


envoyez votre travail

I. Poignée 1. Pommeau
2. Fusée
II. Lame 3. Garde
4. Chappe (Pro-
III. Fourreau
tège-pluie)
5. Fort
6. Gouttière
7. Tranchant
8. Faible
9. Arête centrale
10. Pointe

33
EXERCICE 3 EXERCICE 4
Le visage Décrire un personnage

Sa face maigre et allongée, semblait creusée par le coup de pouce L’âge de notre hidalgo frisait la cinquantaine. Il était de complexion
d’un sculpteur puissant ; le front montueux, les arcades sourcilières robuste, maigre de corps, sec de visage, fort matineux et grand ami
proéminentes, le nez en bec d’aigle, le menton fait d’un large mé- de la chasse. On a dit qu’il avait le surnom de Quixada ou Quesada,
plat, les joues accusant les pommettes et coupées de plans fuyants, car il y a sur ce point quelque divergence entre les auteurs qui en
donnaient à la tête un relief d’une vigueur singulière. Avec l’âge, ont écrit, bien que les conjectures les plus vraisemblables fassent
cette tête devait prendre un caractère osseux trop prononcé, une entendre qu’il s’appelait Quijana. Mais cela importe peu à notre his-
maigreur de chevalier errant. toire ; il suffit que, dans le récit des faits, on ne s’écarte pas d’un
atome de la vérité.
La Fortune des Rougon d’Émile Zola
Don Quichotte de Miguel de Cervantes

a - Relevez les verbes.


a - Cherchez dans un dictionnaire les mots que vous ne connaissez
b - Quelle partie du corps est-elle décrite ? Citez les termes qui pas (« complexion », « matineux », « divergence », « conjectu-
vous ont permis de le dire. res »...).

 

c - L’auteur ne fait-il que décrire le physique de son personnage ? b - Que signifie l’expression « frisait la cinquantaine » ?
Justifiez votre réponse. 


 c - Dans la deuxième phrase, relevez un complément du nom et un
d - Dans la première phrase, relevez les adjectifs qualificatifs. complément de l’adjectif.

 

e - Donnez une comparaison et une métaphore. d - Quelles informations cette description nous apporte-t-elle sur ce

 personnage ?
f - Relevez une phrase qui montre que l’auteur connaît l’avenir de 

son personnage. e - Sur quel détail cet extrait insiste-t-il ?

f - Quelle phrase montre que l’auteur se moque de son lecteur ?
34
EXERCICE 5 EXERCICE 6
Rédigez Rédigez

Décrivez ce visage en utilisant les adjectifs qualificatifs qui vous pa- Décrivez le visage de ce personnage en utilisant le vocabulaire de
raîtront adaptés. Vous pouvez en trouver d’autres. l’exercice précédent.

• Le visage : maigre, émacié, joufflu, poupin, allongé, carré, rond, Enrichissez votre description de comparaisons en utilisant les ver-
ridé, flétri, hâlé, pâle... bes paraître, sembler, ressembler à, avoir l’air, être pareil à, etc.
• Les cheveux : longs, courts, abondants, rares, épais, fins, soyeux,
blancs...
• Les yeux : petits, perçants, enfoncés (dans leur orbite), clairs, vai-
rons, globuleux...
• Le regard : éteint, brillant, malicieux, narquois, moqueur, matois,
froid, perçant...
• Le nez : gros, petit,
épaté, aquilin, ca-
mus, camard, bus-
qué, étroit...
• Les lèvres : char-
nues, épaisses, pro-
éminentes, lippues,
minces, fines...
• Les joues : creuses,
flasques, pendantes,
rondes, rebondies...
• La moustache : four-
nie, grosse, proémi-
nente, effilée, lon-
gue, petite... Ophélie Don Quichotte

35
EXERCICE 7
Rédaction

Décrivez le tableau ci-dessous.

1. Décrivez tout d’abord les lieux et l’atmosphère qui s’en dégage


(évoquez les rochers, la végétation, le château à l’arrière-plan, les
différents personnages).

2. Décrivez ensuite le chevalier (évoquez son allure, son équipe-


ment en utilisant le vocabulaire de la chevalerie, puis son visage).

3. Utilisez tous les outils de la description (adjectifs qualificatifs,


compléments du nom, comparaisons, métaphores, verbes variés).

Le Chevalier, la Mort et le Diable

36
RÉDACTION Barème

Rédigez le portrait d’un être merveilleux et monstrueux, tel le paysan • la copie est propre sans ratures ou taches (1 point)
du roman de Chrétien de Troyes, Yvain ou Le chevalier au lion. • l’écriture est lisible et correspond aux règles habituelles (1 point)

Vous devez d’abord raconter la traversée du chevalier errant dans • le texte est composé des 3 paragraphes demandés (alinéas et
la forêt. Dites ensuite sa stupeur face à la monstruosité de celui sauts de lignes) (3 points)
qu’il rencontre. Enfin faites le portrait de l’être rencontré. • le texte est convenablement ponctué (1 point)
• l’orthographe lexicale et l’orthographe grammaticale ont été soi-
gnées (4 points)
• les temps du récit (imparfait, plus-que-parfait, passé simple...)
Pour mieux bâtir votre texte, songez à faire des paragraphes sont correctement utilisés (2 points)

• premier paragraphe : la traversée du chevalier dans une épaisse • le vocabulaire demandé est utilisé (1 point)
forêt • la stupeur du chevalier est exprimée grâce à un vocabulaire varié
• deuxième paragraphe : la stupeur du chevalier face à l’individu (1 point)
qu’il rencontre • les groupes nominaux, les comparaisons
• troisième paragraphe : le portrait de l’individu monstrueux et les métaphores ainsi que le champ INTERACTIF 1.4 Rédi-
gez et envoyez vo-
lexical de l’animalité ont permis de com-
tre travail
poser le portrait du monstre (3 points)

Utilisez tout ce que vous avez appris en classe • la rédaction a été rédigée avec le souci
d’utiliser un vocabulaire riche, un style
• le vocabulaire (le haubert, la hampe, le fleuron, preux, courtois, ar- écrit correct, de l’originalité dans le traite-
mé de pied en cap, s'enhardir, seoir...) ment du sujet (3 points)
• l’imparfait et le passé simple
• les groupes nominaux et leurs expansions (les adjectifs qualifica-
tifs épithètes et les compléments du nom)
• les comparaisons et les métaphores
• le champ lexical de l’animalité

37
LE GROUPE NOMINAL

VIDÉO 1.3 Le groupe nominal I - SOULIGNEZ LES GROUPES NOMINAUX.

a - Roland refuse de sonner l’olifant.

b - Les Francs mettent pied à terre.

c - La princesse donne au chevalier un magnifique heaume.

d - Calogrenant s’est engagé dans une épaisse forêt.

e - La cour du roi Arthur est la plus belle de toutes.

f - L’écuyer suit son maître.

g -  Le géant amène les chevaliers prisonniers.

Révisons : qu’est-ce qu’un groupe nominal ?

II - COMMENT APPELLE-T-ON LES DÉTERMINANTS EN


GRAS ?

Exemple : Le destrier du comte ➝ Article défini

a - Un baron et son vassal.

38
b - Des châteaux forts. IV - REPÉREZ LES GROUPES NOMINAUX, ET TROUVEZ
LES ADJECTIFS QUALIFICATIFS ÉPITHÈTES AINSI QUE LES
c - Cette jeune suivante. COMPLÉMENTS DU NOM.

a - L’empereur garde la tête baissée.


d - Nos plus plus féroces ennemis.

b - Ganelon enlève son bliaut de soie.


e - Ces oriflammes et ces gonfanons.

c - C’est un bel homme à la poitrine large.


f - Sonner du cor.

d - Ses yeux vifs et fiers laissent deviner sa noire colère.


g - L’empereur des Francs.

e - La vaillance et le courage de Lancelot suscitent l’admiration de


la cour du roi Arthur.
III - SOULIGNEZ LES ADJECTIFS QUALIFICATIFS ÉPITHÈ-
TES OU LES COMPLÉMENTS DU NOM.

a - Les heaumes ornés d’or sont magnifiques. V - ENRICHISSEZ LES GROUPES NOMINAUX EN AJOU-
TANT UNE OU PLUSIEURS ÉPITHÈTES ET UN COMPLÉ-
b - Le château de Carduel est en Bretagne. MENT DU NOM.

Exemple : Le destrier galope. ➝ Le splendide destrier du roi galope.


c - Le palefroi de la reine est richement paré.

a - Cette armure lui convient.


d - Marsile est un souverain orgueilleux et farouche.

b - Les chevaliers approchent.


e - Les sages vassaux du roi Charles se sont avancés.

c - L’adversaire s’élance.
f - Le roi lui offre quatre cents mulets chargés d’or d’Arabie.

d - La lance vole en éclats.

e - L’écu est brisé.

39
VI - RÉÉCRIVEZ LES PHRASES CI-DESSOUS AU PLURIEL.
Le complément du nom ne doit pas être confondu avec
a - Un chevalier est un jeune noble qui a reçu l’adoubement. d’autres compléments comme le complément d’objet indi-
rect, le complément de l’adjectif ou le complément circonstan-
b - Le spectacle merveilleux de la tempête me plut. ciel.

Faites l’exercice suivant pour vérifier que vous savez identi-


c - Aussitôt armé, le combattant s’élance.
fier le complément du nom sans erreur.

d - Le chevalier qui le cherche veut venger son seigneur.

RÉVISION 1.3 Identifiez les compléments soulignés


INTERACTIF 1.5 Les prépositions INTERACTIF 1.6 Les prépositions
Question 1 sur 10
Sans armure, un chevalier n’est pas protégé.

A. Complément d’objet indirect

B. Complément du nom
Trouvez les bonnes préposi- Trouvez les bonnes préposi-
tions dans les compléments du tions dans les compléments du
nom nom C. Complément de l’adjectif

D. Complément circonstanciel

Répondre

40
ÉVALUATION III - DANS CHAQUE GROUPE NOMINAL SOULIGNÉ, RE-
LEVEZ LES ADJECTIFS QUALIFICATIFS ÉPITHÈTES OU LES
I - SOULIGNEZ LES GROUPES NOMINAUX. (4 POINTS) COMPLÉMENTS DU NOM. (4 POINTS)

a - Le champion de la reine est Lancelot. a - Le château d’Uter a été attaqué par les Saxons.

b - L’adversaire du roi Arthur est Mordret. b - Merlin a pris l’apparence d’un bûcheron hideux et difforme.

c - Arthur est un grand seigneur breton luttant contre l’envahisseur c - Ce bon et généreux souverain s’adresse à ses sujets.
saxon.
d - Le noble écuyer fait l’apprentissage de chevalier.

II - COMMENT APPELLE-T-ON LES DÉTERMINANTS EN


GRAS ? (4 POINTS) IV - REPÉREZ LES GROUPES NOMINAUX, ET TROUVEZ
LES ADJECTIFS QUALIFICATIFS ÉPITHÈTES AINSI QUE LES
a - Le jeune Perceval observe des chevaliers qui combattent. COMPLÉMENTS DU NOM. (4 POINTS)

a - Le royaume de Bretagne est envahi par les Saxons.


b - Cet homme est un enchanteur.

b - La belle jeune fille s’appelle Iseult.


c - Mon seigneur se nomme Gornemant de Goort.

c - Le venin du dragon a empoisonné Tristan.


d - Tous se rendent au château de Carduel.

e - Vos armes sont les plus belles que ces chevaliers aient jamais
vues. V - RÉÉCRIVEZ LES PHRASES CI-DESSOUS AU PLURIEL. (4
POINTS)

a - Le chevalier affronte un adversaire cruel.

b - Ce cheval est un magnifique destrier.

41
U

« Tous ceux qui s’y devront asseoir


n’y auront nulle préséance »

LA TABLE RONDE

M
erlin se mit debout, et dit à haute voix afin que tous l’entendi- Graal, et qu’il en adviendra de grands biens et de grandes mer-
rent dans la salle : veilles dans ce royaume. Cette table sera ronde pour signifier que
tous ceux qui s’y devront asseoir n’y auront nulle préséance, et à la
« Seigneurs, sachez que le très Saint Graal - ce vase sacré dans droite du roi demeurera toujours un siège vide en mémoire de Notre
lequel Joseph d’Arimathie a recueilli le précieux sang qui coulait Seigneur Jésus-Christ : personne ne s’y pourra placer sans risquer
des plaies de Jésus-Christ - a été transporté en Bretagne. Mais il le sort de Moïse qui fut englouti en terre, hormis le meilleur chevalier
ne sera trouvé que par le meilleur chevalier du monde. du monde qui conquerra le Saint Graal et en connaîtra le sens et la
vérité. »
Et il est dit qu’au nom de la très Sainte Trinité, le roi Arthur doit éta-
blir la table qui sera la troisième après celle de la Cène et celle du

42
Il n’avait pas achevé ces mots que parut soudain au milieu de la Le roi fit apporter les meilleures reliques qu’on put trouver et tous les
salle une table ronde autour de laquelle se trouvaient cent cinquante compagnons de la Table ronde jurèrent sur les saints de tenir le ser-
sièges de bois. Et sur beaucoup d’entre eux, on lisait, en lettres ment qu’avait fait en leur nom messire Gauvain. Et la reine dit à ce-
d’or : Ici doit s’asseoir Un Tel. Pourtant, sur celui qui se trouvait en lui-ci :
face du fauteuil du roi, nul nom n’était inscrit.
« Cher Gauvain, je veux avec la permission de mon seigneur le roi,
« Seigneurs, dit Merlin, voyez les noms de ceux que Dieu a choisis que quatre clercs demeurent ici, lesquels mettront par écrit toutes
pour siéger à la Table ronde et pour se mettre en quête du Graal vos aventures et celles de vos compagnons, afin qu’après notre
quand le temps sera venu. » mort on garde la mémoire de vos prouesses. »

Alors le roi et les chevaliers désignés vinrent prendre place, en


veillant à laisser libre le siège périlleux. D’après Merlin de Robert de Boron

« Seigneurs, reprit Merlin, lorsque vous entendrez parler d’un bon


chevalier, vous l’amènerez à cette cour où, s’il témoigne qu’il est
preux, vous le recevrez parmi vous, car il est dit que le nombre des
compagnons de la Table ronde s’élèvera à cent cinquante avant
que la quête du Saint Graal soit entreprise. Mais il vous faudra le LES CHEVALIERS
bien choisir : un seul mauvais homme honnirait toute la compagnie.
• Les chevaliers (2000 ans d’histoire)
Et veillez à ce que nul d'entre vous ne s’asseye sur le siège pé- • Les chevaliers de la table ronde (2000 ans d’histoire)
rilleux, car il lui en adviendrait grand mal. » • La légende du roi Arthur (2000 ans d’histoire)
• La légende du roi Arthur (Exposition BNF)
Messire Gauvain, après avoir consulté ses compagnons, parla ain- • Une scène d’adoubement (Excalibur)
si :

« Par les chevaliers de la Table ronde, dit-il, je fais le vœu que ja- LES TOURNOIS
mais demoiselle ou dame ne viendra en cette cour chercher se-
cours sans le trouver. Et jamais un homme ne viendra nous deman- • Joutes et tournois au Moyen Âge (2000 ans d’histoire)
der aide sans l’obtenir. Et s’il arrivait que l’un de nous disparaisse, • Joutes médiévales (château d’Harcourt)
tour à tour ses compagnons se mettraient à sa recherche ; et cha- • Tournoi du Moyen Âge
que quête durerait un an et un jour. » • Grand tournoi de chevalerie
• Combats à armes réelles 43
QUESTIONS VOCABULAIRE
11. Quels pouvoirs attribue-t-on généralement au Graal ? Faites des
LA TABLE RONDE
recherches et énumérez-en quelques-uns.
1. Combien de tables ont-elles été construites avant la table ronde
d’Arthur ? 12. Vous avez découvert le sens premier du mot « graal », mais
quelle peut être sa signification dans cette phrase : « Ce timbre ex-
2. Au nom de qui la nouvelle table doit-elle être construite ? trêmement rare est le Graal de tout collectionneur » ?

3. Relevez le champ lexical de la religion. 13. Que signifie l’expression « boire le calice jusqu’à la lie » ?

4. Pourquoi cette table doit-elle être ronde ?


RÉDIGEZ
5. Pour quelles raisons construit-on cette table ?
• Comme Robert de Boron, rédigez des phrases (au moins deux)
commençant par « Il n’avait pas achevé ces mots que... » suivi
LES CHEVALIERS d’un verbe au passé simple et d’une proposition sub-
ordonnée.
6. Qui pourra s’asseoir à cette table ? Sur quel
siège ne faut-il cependant pas s’asseoir ? Pour- Exemple : Il n’avait pas achevé ces mots que tomba
quoi ? une pluie abondante qui les trempa jusqu’aux os.

7. Selon Gauvain, quelles seront les qualités des • Imaginez les aventures et les exploits d’un chevalier
chevaliers siégeant à cette table ? parti à la recherche du Graal.

8. Que demande la reine ? Pourquoi ? Comme Calogrenant, Yvain ou Perceval, il affronte de


nombreux dangers, traverse des forêts impénétra-
9. Selon Merlin, que devront trouver les cheva- bles, parvient dans d’étonnants châteaux durant sa
liers ? Quel chevalier le trouvera ? quête, etc.

44
À LA DOUCEUR DU TEMPS NOUVEAU

À la douceur du temps nouveau, Maintenant, je me souviens d’un matin


Feuillissent les bois, et les oiseaux Où nous mîmes fin à la guerre,
Chantent, chacun en leur latin, Et elle me fit un don si grand :
Selon les vers du nouveau chant. Son amour et son anneau.
Il est donc temps de prendre Que Dieu me laisse vivre encore,
Ce dont l’homme a le plus envie. Tant que j’aurai mes mains sous son manteau.

De là où tout m’est bon et beau, Guillaume IX d’Aquitaine


Je ne vois ni messager ni lettre.
C’est pourquoi mon cœur ne dort ni ne rit plus.
Je n’ose m’avancer,
Ne sachant si la fin
QUESTIONS
Sera celle que je désire. 1. Quelle saison est évoquée dans ce poème ? Jus-
tifiez votre réponse.
Notre amour va ainsi
Que la branche de l’aubépine 2. Qu’est-ce qui montre que ce n’est que le début
Qui est sur l’arbre en craignant, de cette saison ?
Durant la nuit, la pluie et le gel ;
Mais qui, le lendemain, s’épanouit sous le soleil 3. À quoi est comparée la branche de l’aubépine ?
En feuilles vertes et rameaux. Pourquoi ?
45
4. Quels sont précisément les sentiments du poète ? LE POÈME EN OCCITAN
5. Lisez le poème en occitan et dites à quoi l’on voit que c’est un Ab la dolchor del temps novel

poème. Foillo li bosc e li aucel

Chanton chascus en lot lati

Segon lo vers del novel chan

Adonc esta ben c’om s’aisi

D’acho dont hom a plus talan

De lai don plus m’es bon e bel



No vei mesager ni sagel

LE PRINTEMPS Per que mos cors non dorm ni ri

Ni no m’aus traire adenan

C’est la première des quatre saisons. Tro qu’eu sacha ben de la fi

S’el’es aissi com eu deman
En latin, « printemps » signifie le « premier temps » (pri-
mus tempus). C’est une période d’environ trois mois La nostr’amor vai enaissi

s’étendant de l’équinoxe jusqu’au solstice. Com la brancha de l’albespi

Qu’esta sobre l’arbre’en creman

La nuoit ab la ploi’ez al gel

1. Cherchez dans le dictionnaire le sens des mots « équi-
Tro l’endeman que-l sols s’espan

noxe » et « solstice ».
2. Que signifie l’expression « le printemps de la vie » ? Per la fueilla vert el ramel
3. Trouvez le sens du proverbe « Une hirondelle ne fait
pas le printemps ». Enquer me membra d’un mati

Que nos fesem de guerra fi

E que-m donet un don tan gran

Sa drudari’e son anel

Enquer me fais Dieus viure tan

Qu’aia mas mans soz son mantel

46
LES TROUBADOURS Pour être digne de cet amour, il faut posséder les qualités de la
courtoisie : la mesure, la maîtrise du comportement et du langage,
(LEÇON 4) la générosité à la fois matérielle et morale, ainsi qu'une jeunesse sy-
nonyme d’ouverture d’esprit et de disponibilité.
La poésie des troubadours est la canso (chanson). La canso est
composée de strophes appelées des coblas.

CHEVALIER, POÈTE ET MUSICIEN

Les troubadours sont des poètes à la fois musiciens, qui écrivaient


en langue d’oc (la langue parlée dans le sud de la France) au XII et
XIIIe siècles. Le terme troubadour vient du verbe trobar qui signifie
trouver. Les troubadours sont donc ceux qui trouvent, inventent la
poésie et la musique.

Le premier troubadour est Guillaume IX, duc d’Aquitaine et comte


de Poitiers. Sa biographie précise qu’il « fut un des plus courtois du
monde et des plus grands tricheurs de dames et bon chevalier d’ar-
mes ».

LA POÉSIE DES TROUBADOURS

Le chant des troubadours est un chant d’amour exprimant l’attente,


le désir pour la dame (la domna). C’est l’amour de loin, qui célèbre
la fin’amor ou l’amour courtois.
Le chevalier et sa dame
47
LES ADJECTIFS DE COULEUR

I - L’ADJECTIF EMPLOYÉ SEUL II - L’ADJECTIF EMPLOYÉ AVEC UN AUTRE MOT


Employé seul, un adjectif de couleur s’accorde normalement avec le De manière générale, les adjectifs de couleur sont invariables.
nom auquel il se rapporte :

Une chemise blanche
 1. L’ADJECTIF MODIFIÉ PAR UN AUTRE ADJECTIF


Des voitures bleues

Les cheveux bruns Quand l’adjectif est suivi par un autre adjectif qui le modifie, ils sont
invariables :
Cependant, si l’adjectif de couleur provient d’un nom (noisette,
orange, marron, turquoise, etc. ), il est invariable : Des cheveux châtain clair

Des nappes rouge foncé
Des yeux noisette

Des chaussures marron

Des serviettes orange 2. LES ADJECTIFS RÉUNIS PAR DEUX

Ecarlate, mauve, pourpre ou rose font exception à la règle : Quand ils sont réunis par deux voire trois (soit par un trait d’union,
soit par une virgule, soit par une conjonction de coordination), les
Des robes roses
 adjectifs sont invariables :
Des tissus pourpres

48
Des pantalons bleu-noir

Des drapeaux bleu, blanc, rouge RÉVISION 1.4 Accordez les adjectifs de couleur
Des volets vert et jaune
Question 1 sur 8
La dame salue le chevalier aux cheveux...

ATTENTION !
Cela peut paraître étonnant, mais on dit des robes blanc et noir
(c’est-à-dire avec du blanc et du noir).

Si l’on écrivait des robes blanches et noires, cela voudrait dire


que certaines robes sont blanches et d’autres noires, ce qui
n’est pas la même chose.

A. blonds

B. blond

Répondre

49
LE RETOUR AU CHÂTEAU
RÉDACTION

C
e chevalier s’apprête à rentrer chez lui. Ne manquez pas d’utiliser le vocabulaire que vous avez appris dans
ce chapitre (« heaume », « haubert », « destrier », etc.).
Tout d’abord, décrivez-le (ses vêtements, ses armes, son
apparence physique…), puis racontez son entrée au châ-
Pensez également, pour décrire le château, à consulter les sites con-
teau. Enfin, ses allées et venues (faites passer le chevalier par diffé-
seillés (voir page suivante). Vous y apprendrez des termes comme
rents endroits de son château) seront l’occasion de décrire sa de-
« barbacane », « pont-levis », « herse », « remparts », « meurtriè-
meure.
re », « donjon », etc.

50
GALERIE 1.1 Besoin d’aide pour décrire le chevalier ?

INTERACTIF 1.7
Les châteaux forts

Émission « C’est pas sorcier »

SUR LES CHÂTEAUX

• Les châteaux au Moyen Âge


• Le château de Guédelon
• Châteaux forts sur Vikidia
• Châteaux forts sur Wikipédia
• Châteaux médiévaux
• Châteaux et Moyen Âge

51
LE CHÂTEAU DE CASTELNAUD

52
53
2

LE ROMAN DE RENART
55
LE PROLOGUE

Où l’on voit comment le Goupil et le Loup vinrent au monde, et pour- miers parents comme ils le méritaient, et dès qu’ils furent chassés
quoi le premier s’appellera Renart, le second Ysengrin. du Paradis, eut pitié de leur sort. Il mit une baguette entre les mains
d’Adam et lui dit que, pour obtenir ce qui lui conviendrait le mieux, il
suffisait d’en frapper la mer. Adam ne tarda pas à faire l’épreuve : il

S
eigneurs, vous avez assurément entendu conter bien des étendit la baguette sur la grande eau salée. Soudain, il en vit sortir
histoires : on vous a dit de Pâris comment il ravit Hélène, et une brebis. « Voilà, se dit-il, qui est bien ! La brebis restera près de
de Tristan comme il fit le lai du Chèvrefeuille ; vous savez le nous, nous en aurons de la
dit du Lin et de la Brebis, nombre de fables et chansons de laine, des fromages et du
geste : mais vous ne connaissez pas la grande guerre, qui ne finira lait. »
jamais, de Renart et de son compère Ysengrin. Si vous voulez, je 

vous dirai comment la querelle prit naissance et avant tout, com- Ève, à l’aspect de la brebis,
ment vinrent au monde les deux barons. souhaita quelque chose de

 mieux. « Deux brebis, pen-
Un jour, j’ouvris une armoire secrète, et j’eus le bonheur d’y trouver sa-t-elle, vaudront mieux
un livre qui traitait de la chasse. Une grande lettre vermeille arrêta qu’une. » Elle pria donc
mes yeux. C’était le commencement de la vie de Renart. Si je ne son époux de la laisser frap-
l’avais pas lue, j’aurais pris pour un homme ivre celui qui me l’eût per à son tour. Adam (nous
contée, mais on doit du respect à l’écriture et, vous le savez, celui le savons pour notre mal-
qui n’a pas confiance aux livres est en danger de mauvaise fin.
 heur) ne pouvait rien refu-
Le Livre nous dit donc que le bon Dieu, après avoir puni nos pre- ser à sa femme : Ève reçut

56
de lui la baguette et l’étendit sur les flots. Aussitôt parut un méchant parenté véritable entre le loup et le goupil. Seulement, quand ils se
animal, un loup, qui, s’élançant sur la brebis, l’emporta vers la forêt visitaient et qu’il y avait entre eux communauté d’intérêts et d’entre-
voisine. Aux cris douloureux d’Ève, Adam reprit la baguette. Il frap- prises, le loup traitait souvent le goupil de beau neveu ; l’autre le
pe ; un chien s’élance à la poursuite du loup, puis revient ramenant nommait son oncle et son compère. Quant à la femme de Renart,
la brebis déjà sanglante. dame Richeut, on peut dire qu’elle ne cède pas en fourbe à la gou-

 pille, et que si l’une est chatte, l’autre est mitte. Jamais on ne vit
Grande alors fut la joie de nos premiers parents. Chien et brebis, dit deux couples mieux assortis : même penchant à la ruse dans Re-
le Livre, ne peuvent vivre sans la compagnie de l’homme. Et toutes nart et dans le goupil ; même rapacité dans la goupille et dans Ri-
les fois qu’Adam et Ève firent usage de la baguette, de nouveaux cheut. Et maintenant, Seigneurs, que vous connaissez Ysengrin le
animaux sortirent de la mer, mais avec cette différence qu’Adam fai- loup et Renart le goupil, n’allez pas vous émerveiller de voir ici par-
sait naître les bêtes apprivoisées, Ève les animaux sauvages qui ler le goupil et le loup, comme pouvaient le faire Ysengrin et Renart.
tous, comme le loup, prenaient le chemin des bois. Au nombre des Les bons frères qui demeurent à notre porte, racontent que la même
derniers se trouva le goupil, au poil roux, au naturel malfaisant, à l’in- chose arriva jadis à l’ânesse d’un prophète que j’ai entendu nommer
telligence assez subtile pour décevoir toutes les bêtes du monde. Balaam. Le roi Balaac lui avait fait promettre de maudire les enfants
Le goupil ressemblait singulièrement à ce « maître » passé dans d’Israël. Notre Seigneur, qui ne le voulut souffrir, plaça devant
tous les genres de fourberies, qu’on appelait Renart, et qui donne l’ânesse son ange armé d’un glaive étincelant. Balaam eut beau
encore aujourd’hui son nom à tous ceux qui font leur étude de trom- frapper la pauvre bête, le fouet, le licou, les talons n’y faisaient rien.
per et mentir. Renart est aux hommes ce que le goupil est aux bê- Enfin, l’ânesse, avec la permission de Dieu, se mit à dire : « Laissez-
tes : ils sont de la même nature. Mêmes inclinations, mêmes habitu- moi, Balaam, ne me frappez pas ; ne voyez-vous pas Dieu qui m’em-
des ; ils peuvent donc prendre le nom l’un de l’autre. pêche d’avancer ? » Assurément Dieu peut, et vous n’en doutez

 pas, donner également la parole à toutes les autres bêtes. Il ferait
Or Renart avait pour oncle sire Ysengrin, homme de sang et de vio- même plus encore : il déciderait un usurier à ouvrir par charité son
lence, patron de tous ceux qui vivent de meurtre et de rapine. Voilà escarcelle. Cela bien entendu, écoutez tout ce que je sais de la vie
pourquoi, dans nos récits, le nom du loup va se confondre avec ce- de Renart et d’Ysengrin.
lui d’Ysengrin.

Dame Hersent, digne épouse du larron Ysengrin, cœur rempli de
félonie, visage rude et couperosé, sera, par une raison pareille, la
marraine de la louve. L’une fut insatiable autant que l’autre est glou-
tonne : mêmes dispositions, même caractère ; filles, par consé-
quent, de la même mère. Il faut pourtant l’avouer : il n’y a pas eu de
57
QUESTIONS
7. Pourquoi faire remonter la naissance des héros de cette histoire à
l’origine du monde racontée par la bible ?
LE PROLOGUE
1. Cherchez dans un dictionnaire ce qu’est un prologue, et notez la 8. Ce prologue est-il sérieux ? Justifiez votre réponse.
définition.

2. Quelle phrase révèle l’objectif de ce prologue ? Comment est-elle LA NAISSANCE DU GOUPIL ET DU LOUP
écrite ?
9. Qu’est-ce que « la grande eau salée » ? Quel est le nom de la fi-
3. Qu’est-ce qu’un clerc ? À quoi voit-on que l’auteur de gure de style utilisée ?
ce prologue en est un ?
10. Qui crée les animaux sauvages ? De quoi ce person-
4. De quelles manières l’auteur nous fait-il comprendre nage s’est-il déjà rendu coupable ?
que l’histoire qu’il va nous raconter est une grande his-
toire ? 11. Qu’est-ce qu’un goupil ? Comment dit-on aujour-
d’hui ?
5. « Une grande lettre vermeille arrêta mes yeux »
12. Comment appelle-t-on la figure de style consistant à
Comment appelle-t-on cette grande lettre qui commence faire parler un animal ou un objet ?
un texte ?

RÉDIGEZ
UNE ORIGINE BIBLIQUE
Choisissez un épisode biblique pour raconter la nais-
6. « Le Livre nous dit donc que le bon Dieu, après avoir sance d’un personnage (Superman, Tintin, Ulysse... qui
puni nos premiers parents comme ils le méritaient, et dès vous voulez).
qu’ils furent chassés du Paradis, eut pitié de leur sort. »

À quelle partie de la Bible le texte fait-il référence  ?

58
Adam et Ève dans le jar-
din d’Éden par Lucas Cra-
nach l’Ancien (1472-
1553)

59
LE ROMAN DE RENART
(LEÇON I)

ROMAN ET ROMAN
Le roman de Renart est une œuvre rédigée en langue romane,
c’est-à-dire en ancien français. Le roman de Renart n’est donc pas
un « roman » au sens moderne du terme, mais un ensemble de ré-
cits très variés écrits dans la langue parlée au Moyen Âge.

Les premiers récits ont été rédigés vers 1174 et sans cesse complé-
tés, modifiés, enrichis par divers trouvères ou copistes jusqu’au
XIIIe siècle. De nombreux auteurs - dont beaucoup de clercs - ont
donc participé à la création de ce roman, sans que l’on sache tout à
fait qui a écrit quoi.

Le Roman de Renart est composé d’une trentaine de récits que l’on


appelle des branches écrites en octosyllabes, ce qui représente
plus de 100 000 vers !

Le Roman de Renart (manuscrit du XIVe siècle)

1 sur 12

60
DES ANIMAUX ET DES HOMMES

Nombre d’entre ces branches content les aventures d’animaux personnifiés. Le principal ressort de ces histoires est la faim
et la recherche de nourriture, quelquefois la vengeance et toujours la ruse.

Les animaux parlent comme les hommes, et les hommes agissent parfois comme des bêtes.

Le Roman de Renart trouve son inspiration dans les fables du poète grec Ésope (qui inspirera Jean
de La Fontaine, au XVIIe siècle) ou encore dans une œuvre rédigée en latin par le moine Nivard de
Gand intitulée Ysengrimus.

Comme chez La Fontaine, les animaux nous parlent des hommes.

VIDÉO 2.1 L’anecdote

Renart vous parle

61
QU’EST-CE QU’UN MANUSCRIT ? Placez les mots au bon endroit.
Le mot manuscrit vient du latin « manus » (main) et « scribere »
(écrire). C'est donc un texte écrit à la main.
Miniature

Le manuscrit est écrit par un scribe. Au XIIe siècle, il est réalisé, la


plupart du temps, dans une abbaye. Lettrine

On écrit alors sur une peau de bête (veau, mouton ou chèvre) appe-
lée parchemin. Le parchemin est découpé en feuilles (ce sont les
folios) qui sont regroupées. Parfois, l’ensemble est relié, pour former Réglure

ce qu’on appelle une reliure.

Parcourez ces sites puis faites l’exercice ci-contre.

• Les manuscrits enluminés


• Le livre manuscrit au Moyen Âge
• Le livre médiéval
• Le livre au Moyen Âge
Parchemin
• L’enluminure

Miniature Réglure

Lettrine Parchemin

Répondre

62
RENART ET TIÉCELIN

Comment Tiécelin le corbeau prit un fromage à la vieille, et com-


ment Renart le prit à Tiécelin.

D
ans une plaine fleurie que bornaient deux montagnes et
qu’une eau limpide arrosait, Renart, un jour, aperçut de la
rive opposée, un fau solitaire planté loin de tout chemin
frayé, à la naissance de la montée. Il franchit le ruisseau, gagne
l’arbre, fait autour du tronc ses passes ordinaires, puis se vautre
délicieusement sur l’herbe fraîche, en soufflant pour se bien refroi-
dir. Tout dans ce lieu le charmait. Tout, je me trompe, car il sentait
un premier aiguillon de faim, et rien ne lui donnait l’espoir de
l’apaiser. Pendant qu’il hésitait sur ce qu’il avait à faire, damp Tié-
celin, le corbeau, sortait du bois voisin, planait dans la prairie et
allait s’abattre dans un plessis qui semblait lui promettre bonne
aventure.

Là se trouvait un millier de fromages qu’on avait exposés, pour
les sécher, à un tour de soleil. La gardienne était rentrée pour un
moment au logis, et Tiécelin saisissant l’occasion, s’arrêta sur un
des plus beaux et reprit son vol au moment où la vieille reparais-

63
sait. « Ah ! mon beau monsieur, c’est pour vous que séchaient mes « Est-ce bien, cela, damp Renart ?
fromages ! » - Oui, dit l’autre, cela n’est pas mal, mais si vous vouliez, vous monte-
riez encore plus haut.
Disant cela, la vieille jetait pierres et cailloux. - Écoutez-moi donc. »

« Tais-toi, tais-toi, la vieille, répond Tiécelin, quand on demandera Il fait alors un plus grand effort de gosier.
qui l’a pris, tu diras : c’est moi, c’est moi ! car la mauvaise garde
nourrit le loup. » « Votre voix est belle, dit Renart, mais elle serait plus belle encore si

 vous ne mangiez pas tant de noix. Continuez pourtant, je vous
Tiécelin s’éloigne et s’en vient percher sur le fau qui couvrait damp prie. »
Renart de son frais ombrage. Réunis par le même arbre, leur situa-
tion était loin d’être pareille. Tiécelin savourait ce qu’il aimait le L’autre, qui veut absolument emporter le prix du chant, s’oublie telle-
mieux ; Renart, également friand du fromage et de celui qui en était ment que, pour mieux filer le son, il ouvre peu à peu les ongles et
le maître, les regardait sans espoir de les atteindre. Le fromage à de- les doigts qui retenaient le fromage et le laisse tomber justement
mi-séché donnait une entrée facile aux coups de bec : Tiécelin en aux pieds de Renart. Le glouton frémit alors de plaisir ; mais il se
tire le plus jaune et le plus tendre ; puis il attaque la croûte dont une contient, dans l’espoir de réunir au fromage le vaniteux chanteur.
parcelle lui échappe et va tomber aux pieds de l’arbre. Renart lève
la tête et salue Tiécelin qu’il voit fièrement campé, le fromage dressé « Ah ! Dieu, dit-il en paraissant faire un effort pour se lever, que de
dans les pattes. « Oui, je ne me trompe pas ; oui, c’est damp Tiéce- maux le Seigneur m’a envoyés en ce monde ! Voilà que je ne puis
lin. Que le bon Dieu vous protège compère, vous et l’âme de votre changer de place, tant je souffre du genou ; et ce fromage qui vient
père, le fameux chanteur ! Personne autrefois, dit-on, ne chantait de tomber m’apporte une odeur infecte et insupportable. Rien de
mieux que lui en France. Vous-même, si je m’en souviens, vous fai- plus dangereux que cette odeur pour les blessures des jambes ; les
siez aussi de la musique : ai-je rêvé que vous avez longtemps ap- médecins me l’avaient bien dit, en me recommandant de ne jamais
pris à jouer de l’orgue ? Par ma foi, puisque j’ai le plaisir de vous ren- en goûter. Descendez, je vous prie, mon cher Tiécelin, venez m’ôter
contrer, vous consentirez bien, n’est-ce pas, à me dire une petite cette abomination. Je ne vous demanderais pas ce petit service, si
ritournelle. » je ne m’étais l’autre jour rompu la jambe dans un maudit piège ten-
du à quelques pas d’ici. Je suis condamné à demeurer à cette
Ces paroles furent pour Tiécelin d’une grande douceur, car il avait la place jusqu’à ce qu’une bonne emplâtre vienne commencer ma
prétention d’être le plus agréable musicien du monde. Il ouvre donc guérison. »
aussitôt la bouche et fait entendre un cri prolongé. 

Comment se méfier de telles paroles accompagnées de toutes sor-
64
tes de grimaces - Eh bien va-t-en, braillard de mauvais augure, dit Renart en repre-
nant son naturel, cela me consolera de n’avoir pu te clore le bec.
Par Dieu ! reprit-il ensuite, voilà vraiment un excellent fromage ; je
dou- n’en ai jamais mangé de meilleur. C’est juste le remède qu’il me fal-
loureuses ? lait pour le mal de jambes. »
Tiécelin, d’ailleurs,
était dans les meilleu- Et, le repas achevé, il reprit lestement le chemin des bois.
res dispositions pour celui qui venait enfin de
reconnaître l’agrément de sa voix. Il descendit
donc de l’arbre ; mais une fois à terre le voisinage
de Renart le fit réfléchir. Il avança pas à pas, l’œil au QUESTIONS
guet, et en se traînant sur le croupion.
DEUX PERSONNAGES, UNE MÊME PRÉOCCUPA-
« Mon Dieu ! disait Renart, hâtez-vous donc, avancez ;
TION
que pouvez-vous craindre de moi, pauvre impotent ? » 1. Dans le premier paragraphe, quel sentiment éprouve Renart dans
la « plaine fleurie » ? Relevez deux mots qui le montrent.
Tiécelin s’approcha davantage, mais Renart, trop impatient,
s’élance et le manque, ne retenant en gage que trois ou qua- 2. Qu’est-ce qui vient cependant déranger Renart ? Relevez l’expres-
tre plumes. sion qui le souligne.

« Ah ! traitre Renart ! dit alors Tiécelin, je devais bien savoir 3. Quel personnage trouve une solution au problème qui se pose
que vous me tromperiez ! J’en suis pour quatre de mes plus également à Renart ? De quelle façon ?
beaux tuyaux ; mais c’est là tout ce que vous aurez, méchant et
puant larron, que Dieu maudisse ! » 4. Comment se comporte-t-il avec la vieille ?

Renart, un peu confus, voulut se justifier. C’était une attaque 5. Dans le troisième paragraphe, montrez que la situation de Renart
de goutte qui l’avait fait malgré lui sauter. Tiécelin ne l’écouta et de Tiécelin est diamétralement opposée.
pas : « Garde le fromage, je te l’abandonne. Quant à ma
peau, tu ne l’auras pas. Pleure et gémis maintenant 6. Toujours dans le même paragraphe, que veut Renart ?
à ton aise, je ne viendrai pas à ton se-
cours.
65
LE CORBEAU ET LE RENARD ÉCRIRE
7. Quel défaut de Tiécelin Renart exploite-t-il pour obtenir ce qu’il Dans cette description, les verbes « être » et « avoir » sont sans
convoite ? Citez quelques passages du texte qui le prouvent. cesse répétés.

8. Renart mange-t-il immédiatement le fromage ? Pourquoi ? Réécrivez ce texte en trouvant d’autres verbes, plus variés. Vous
pouvez modifier la construction ou l’ordre des phrases.
9. Comment Renart réagit-il lorsque le corbeau s’aperçoit du mau-
vais tour qu’il s’apprêtait à lui jouer  ?
Un village était au milieu des bois. Dans ce village, il y avait des
10. D’où vient le comique de cette histoire ? coqs, des gelines, des jars, des oisons et des canards. Messire
Constant Desnois était un vilain fort à l’aise. Il était dans le plessis.
11. Quel fabuliste du XVIIe siècle raconte une histoire à peu près si- Il avait les meilleures provisions de viandes fraîches et salées. Des
milaire ? Quelles différences observez-vous entre les deux textes ? pommes et des poires étaient d’un côté ; de l’autre était le parc aux
bestiaux, formé d’une enceinte de pieux de chêne. Les pieux
étaient recouverts d’aubépines touffues.

INTERACTIF 2.1 Le roman de Renard


C’est là que Constant Desnois avait ses gelines à l’abri de toute sur-
prise.

Adapté par Ladislas et Irène Stare-


vitch

66
L’EMPLOI DES TEMPS
(LEÇON)

Dans les extraits que nous avons lus, nous avons rencontré essen- bles à la compréhension de l’histoire : « Au bout de la plaine était
tiellement de l’imparfait, du plus-que-parfait, du passé simple et une haie. » On parle alors d’imparfait de description.
même parfois du présent.

Dans un récit au passé, il est normal de trouver l’imparfait ou le pas- 2. LE PASSÉ SIMPLE
sé simple, mais l’on verra que l’on peut aussi utiliser le présent par-
mi ces temps. Le passé simple est le temps du premier plan. Il est utilisé pour évo-

 quer tous les éléments, les actions importants d’une histoire : « il
Enfin, on étudiera tous les emplois du présent. était à la fin de ses ressources [...] Il se résigna donc à quitter cette
retraite. »

Le passé simple apporte généralement une information nouvelle qui
I - LES TEMPS DU PASSÉ
construit le récit, nous mène de péripéties en péripéties.
1. L’IMPARFAIT

Ce temps, par opposition au passé simple, est le temps de l’arrière- 3. LE PLUS-QUE-PARFAIT


plan. Est à l’arrière-plan tout ce que le narrateur considère comme
peu important pour la compréhension de l’histoire (« C’était le mois Ce temps est utilisé pour évoquer une action antérieure à une autre
de mai »). (souvent à l’imparfait). Pour cette raison, le plus-que-parfait marque

 l’antériorité : « Au bout de la plaine était une haie : le prêtre en la tra-
La description fait partie des passages qui ne sont pas indispensa- versant avait laissé tomber la boîte aux oublies. »
67
4 LE PRÉSENT DE NARRATION En voici d’autres exemples :

C’est un présent qui est utilisé parmi les temps du passé (imparfait, « Qui va à la chasse perd sa place »

plus-que-parfait, passé simple, etc.). « La raison du plus fort est toujours la meilleure »

« Le chien aboie », « le chat miaule », etc.
Son emploi permet de rendre le récit plus vivant en donnant l’impres-
sion que les événements se déroulent au moment de la lecture. Il ac-
centue l’effet dramatique : « Constant Desnois lâche Mauvoisin, son 3. LE PRÉSENT DE NARRATION
gros dogue. On retrouve la piste, on l’approche, on va l’atteindre. Le
goupil ! le goupil ! Renart n’en courait que plus vite. » On l’a vu, c’est un faux présent, un présent qui se trouve parmi d’au-
tres temps du passé afin de donner l’illusion du présent et ainsi ac-
centuer l’effet dramatique :
II - LES EMPLOIS DU PRÉSENT
« Mais Chantecler, dès qu’il ne sent plus l’étreinte des dents, fait un
On distinguera principalement trois emplois du présent : le présent effort, échappe, bat des ailes, et le voilà sur les hautes branches
d’actualité, le présent de narration et, on l’a vu, le présent de véri- d’un pommier voisin.

té générale. Dépité et surpris, Renart revint sur ses pas. Il comprit la sottise irré-
parable qu’il avait faite. »
1 LE PRÉSENT D’ACTUALITÉ
Ce présent est toujours précédé ou suivi de verbes au passé
C’est le présent que l’on utilise quand on parle, quand on produit un (« Il comprit la sottise irréparable qu’il avait faite. »).
énoncé (une phrase à l’écrit ou à l’oral) : « Il prit plaisir à lui répon-
dre : « Oui, vilains, je prends votre coq, et malgré vous ». »

2. LE PRÉSENT DE VÉRITÉ GÉNÉRALE

On l’emploie pour dire une chose qui a toujours été vraie et qui le se-
ra toujours. C’est le présent des proverbes, des moralités : « On l’a
dit bien souvent ; il n’est sage qui parfois ne fait folie. »

68
EXERCICES TEXTE 3

Le vilain, en voyant Renart traîner les reins et tomber ainsi dans le


chemin, le crut mortellement blessé, et pensa qu’il serait aisé de le
I - LES VERBES ET LEUR EMPLOI
prendre. Il avança donc, et sans quitter son fardeau, il se baissa
Chaque texte ci-dessous utilise un temps particulier. Lisez ces comme pour lever Renart de terre. Celui-ci fit un petit saut de côté.
textes, soulignez les verbes et expliquez quand on utilise l’im- Le vilain ne se découragea pas. Il laissa tomber le bâton sur son
parfait, le plus-que-parfait ou le passé simple. échine, et Renart dont les douleurs se renouvelèrent fit un cri, et
s’éloigna.

TEXTE 1

[...] il se trouvait en présence d’un de ces demi-vilains, demi-valets


qui, par charité ou pour quelque redevance, obtenaient la faveur de II - IMPARFAIT, PLUS-QUE-PARFAIT, PASSÉ SIMPLE,
vivre de la vie des moines, qu’ils servaient ou dont ils gardaient les PRÉSENT
terres et les courtils. On les désignait sous le nom de Frères convers
ou convertis à la vie monacale ; gens peu considérés, et qui méri- TEXTE 1
taient rarement de l’être davantage.
Relevez les verbes et expliquez leur emploi.

C’était au mois de mai, temps où monte la fleur sur l’aubépine, où


TEXTE 2
les bois, les prés reverdissent, où les oiseaux disent, nuit et jour,
Certain prêtre, un jour, traversait la plaine, portant devant lui sur sa chansons nouvelles. Renart seul n’avait pas toutes ses joies, même
poitrine une boîte remplie de ces gâteaux légers connus sous le dans son château de Maupertuis. Il était à la fin de ses ressour-
nom d’oublies, que l’on découpait plus tard pour en faire des pains ces ; déjà sa famille, n’ayant plus rien à mettre sous la dent, pous-
à chanter. Au bout de la plaine était une haie : le prêtre en la traver- sait des cris lamentables, et sa chère Hermeline, nouvellement rele-
sant avait laissé tomber la boîte aux oublies, et ne s’en était pas vée, était surtout épuisée de besoin. Il se résigna donc à quitter
aperçu. cette retraite ; il partit, en jurant sur les saintes reliques de ne pas re-
venir sans rapporter au logis d’abondantes provisions.

69
TEXTE 2

Expliquez l’emploi du temps des verbes soulignés.

Renart franchissait alors les haies ; mais les vilains l’entendirent tom-
ber de l’autre côté et tout le monde se mit à sa poursuite. Constant
Desnois lâche Mauvoisin, son gros dogue. On retrouve la piste, on
l’approche, on va l’atteindre. Le goupil ! le goupil ! Renart n’en cou-
rait que plus vite. « Sire Renart, dit alors le pauvre Chantecler d’une
voix entrecoupée, laisserez-vous ainsi maugréer ces vilains ? À vo-
tre place, je m’en vengerais, et je les gaberais à mon tour. Quand
Constant Desnois dira à ses valets : Renart l’emporte ; répondez :
Oui, à votre nez, et malgré vous. Cela seul les fera taire. »

On l’a dit bien souvent ; il n’est sage qui parfois ne fait folie. Renart,
le trompeur universel, fut ici trompé lui-même, et quand il entendit la
voix de Constant Desnois, il prit plaisir à lui répondre : Oui, vilains, je
prends votre coq, et malgré vous. Mais Chantecler, dès qu’il ne sent
plus l’étreinte des dents, fait un effort, échappe, bat des ailes, et le
voilà sur les hautes branches d’un pommier voisin.

Dépité et surpris, Renart revint sur ses pas. Il comprit la sottise irré-
parable qu’il avait faite.

70
LA PÊCHE AUX ANGUILLES

Comment Renart fit rencontre des Marchands de poisson, et com- entend un mouvement de roues. C’était des marchands qui reve-
ment il eut sa part des harengs et des anguilles. naient des bords de la mer, ramenant des harengs frais, dont, grâce
au vent de bise qui avait soufflé toute la semaine, on avait fait pêche
abondante. Leurs paniers crevaient sous le poids des anguilles et

U
n de ces tristes jours de profonde disette, Renart sortit de des lamproies qu’ils avaient encore achetées, chemin faisant.
Maupertuis, déterminé à n’y rentrer que les poches gon- 

flées. D’abord il se glisse entre la rivière et le bois dans une À la distance d’une portée d’arc, Renart reconnut aisément les lam-
jonchère, et quand il est las de ses vaines recherches, il approche proies et les anguilles. Son plan est bientôt fait : il rampe sans être
du chemin ferré, s’accroupit dans l’ornière, tendant le cou d’un et aperçu jusqu’au milieu du chemin. Il s’étend et se vautre, jambes
d’autre côté. Rien encore ne se présente. écartées, dents rechignées, la langue pantelante, sans mouvement
Dans l’espoir de quelque chance et sans haleine. La voiture avance ; un des marchands regarde, voit
meilleure, il va se placer devant un corps immobile, et appelant son compagnon :
une haie, sur le versant
du chemin. Enfin, il « Je ne me trompe pas, c’est un goupil ou un blaireau.
- C’est un goupil, dit l’autre, descendons emparons-nous-en, et sur-
tout qu’il ne nous échappe. »

Alors ils arrêtent le cheval, vont à Renart, le poussent du pied, le pin-


cent et le tirent ; et comme ils le voient immobile, ils ne doutent pas
qu’il ne soit mort.

71
« Nous n’avions pas besoin d’user de grande adresse, mais que peut valoir sa pelis-
se ?
- Quatre livres, dit l’un.
- Dites cinq, reprend l’autre, et pour le moins : voyez sa gorge, comme elle est blan-
che et fournie ! C’est la bonne saison. Jetons-le sur la charrette. »

Ainsi dit, ainsi fait. On le saisit par les pieds, on le lance entre les paniers, et la voiture
se remet en mouvement. Pendant qu’ils se félicitent de l’aventure et qu’ils se promet-
tent de découdre, en arrivant, la robe de Renart, celui-ci ne s’en inquiète guère. Il sait
qu’entre faire et dire, il y a souvent un long trajet. Sans perdre de temps, il étend la
patte sur le bord d’un panier, se dresse doucement, dérange la couverture, et tire à lui
deux douzaines des plus beaux harengs. Ce fut pour aviser avant tout à la grosse faim
qui le travaillait. D’ailleurs il ne se pressa pas, peut-être même eut-il le loisir de regret-
ter l’absence de sel ; mais il n’avait pas intention de se contenter de si peu. Dans le pa-
nier voisin frétillaient les anguilles : il en attira vers lui cinq à six des plus belles. La diffi-
culté était de les emporter, car il n’avait plus faim. Que fait-il ? Il aperçoit dans la char-
rette une botte de ces ardillons d’osier qui servent à embrocher les poissons. Il en
prend deux ou trois, les passe dans la tête des anguilles, puis se roule de façon à for-
mer de ces ardillons une triple ceinture, dont il rapproche les extrémités en tresse. Il
s’agissait maintenant de quitter la voiture. Ce fut un jeu pour lui, seulement il attendit
que l’ornière vînt trancher sur le vert gazon, pour se couler sans bruit et sans risque
de laisser après lui les anguilles.

Et cela fait, il aurait eu regret d’épargner un brocard aux voituriers.

« Dieu vous maintienne en joie, beaux vendeurs de poisson ! leur cria-t-il. J’ai fait avec
vous un partage de frère : j’ai mangé vos plus gros harengs et j’emporte vos meilleu-
res anguilles, mais je laisse le plus grand nombre. »

72

QUESTIONS
Quelle ne fut pas alors la surprise des marchands ! Ils crient :

UN DE CES TRISTES JOURS DE PROFONDE DI-


« Au Goupil, au Goupil ! »
SETTE
Mais le goupil ne les redoutait guère : il avait les meilleures jambes. 1. Qu’est-ce qui pousse Renart à sortir de son repaire ?

« Fâcheux contre-temps ! disent-ils, et quelle perte pour nous, au 2. Dans le premier paragraphe, quels temps dominent ? Expliquez
lieu du profit que nous pensions tirer de ce maudit animal ! Voyez leur emploi.
comme il a dégagé nos paniers. Puisse-t-il en crever au moins d’indi- 

gestion ! » 3. Toujours dans le premier paragraphe, quel verbe montre que les

 pêcheurs ont pêché énormément de poissons ?

« Tant qu’il vous plaira, dit Renart, je ne crains ni vous ni vos
souhaits. » Le mot doit-il être compris au sens propre ? Quel est le temps du
verbe ?
Puis il reprit tranquillement le chemin de Maupertuis. Hermeline, la
bonne et sage dame, l’attendait à l’entrée. Ses deux fils, Malebran-
che et Percehaye, le reçurent avec tout le respect qui lui était dû, et
LA RUSE DE RENART
quand on vit ce qu’il rapportait, ce fut une joie et des embrasse-
ments sans fin. 4. Dans le deuxième paragraphe, relevez un passage décrivant Re-
nart. Soulignez les adjectifs.

« À table ! s’écria-t-il, que l’on ait soin de bien fermer les portes, et
que personne ne s’avise de nous déranger. » Que pensez-vous de ce bref portrait ?

5. Pourquoi Renart fait-il le mort ?

6. Pourquoi ne craint-il pas que les pêcheurs le dépècent ?



7. Trouvez deux façons de désigner la fourrure du goupil.

73
8. Relevez une phrase qui révèle l’humour de l’auteur dans le texte.

9. Renart se contente-t-il de dévorer les poissons des pêcheurs ?

VOCABULAIRE
Rédigez des phrases contenant les mots « disette », « las » et
« vain ».

RÉÉCRITURE
Le dialogue du second paragraphe est disposé selon des règles qui
n’ont plus vraiment cours. Réécrivez-le selon les règles actuelles.

Renart, un matin, entra chez son oncle, les yeux troubles, la pelisse
hérissée. « Qu’est-ce, beau neveu ? Tu parais en mauvais point, dit
le maître du logis, serais-tu malade ? - Oui, je ne me sens pas bien.
- Tu n’as pas déjeuné ? - Non, et même je n’en ai pas envie. - Allons
donc ! Çà, dame Hersent, levez-vous tout de suite, préparez à ce
cher neveu une brochette de rognons et de rate ; il ne la refusera
pas. »

74
EXERCICES SUR LE DIALOGUE toute ma vie. — Laissez-moi faire, et vous allez être content, je le
promets sur ma tête. Marchez devant, je suivrai. »

EXERCICE 1
Réécrivez le texte ci-dessous en respectant les règles de construc-
tion du dialogue. Pensez, si c’est nécessaire, à ajouter des verbes INTERACTIF 2.2 Construire un dialogue
de paroles afin d’indiquer quel personnage parle.

Il n’eut pas fait vingt pas qu’il aperçut damp Primaut venant à lui
d’un pas rapide, comme s’il le reconnaissait. « Renart, dit-il, sois le
bienvenu  ! — Et vous, damp Primaut, Dieu vous garde et vous
donne bon jour ! Peut-on savoir d’où votre seigneurie accourt si vi-
te ? — Je viens du bois où j’ai chassé longtemps sans rien trouver.
Mais que portes-tu donc là ?

RENART. De bons et beaux gâteaux d’église : des oublies.

PRIMAUT. Des gâteaux ! où les as-tu découverts ?

RENART. Mais apparemment où ils étaient ; ils m’y attendaient, je
suppose.

PRIMAUT. Ah ! cher ami, partageons, je te prie.

RENART. Je vous les donne, et je vous les donnerais quand même
ils vaudraient cinq cents livres. »

Révisez les règles de construction du dialogue
Primaut ayant mangé les oublies de grand cœur : « Renart, sais-tu
que ces gâteaux sont fort bons ? En as-tu d’autres ? — Non, pour le
moment. — Eh bien, j’en ai regret ; car, par saint Germain et l’âme
de mon père, je sens une faim horrible. Je n’avais rien mangé d’au-
jourd’hui, et malgré tes oublies, je me sens prêt à défaillir. — Prenez,
dit Renart, un peu de courage. Vous voyez là-bas ce moutier ? Al-
lons-y, nous y trouverons autant d’oublies que nous voudrons. —
Ah ! cher ami Renart, s’il en était ainsi, j’en serais reconnaissant

75
EXERCICE 2 EXERCICE 3
Recopiez le dialogue ci-dessous en ajoutant les verbes de paroles Recopiez le dialogue ci-dessous en trouvant les verbes de paroles
qui manquent. qui manquent.

Aidez-vous de cette liste : « rétorquer », « dire », « saluer », « de- Cependant l’oiseau avait garni sa patte d’un petit flocon de mousse
mander », « suggérer », « consentir », « s’écrier », « répondre », qu’il vint déposer sur les barbes de Renart. À peine celui-ci a-t-il sen-
« répliquer ». ti l’attouchement qu’il fait un bond pour saisir la Mésange, mais ce
n’était pas elle, il en fut pour sa honte.
Renart ... la Mésange :
 

« J’arrive bien à propos, commère ; descendez, je vous prie ; j’at- « Ah ! Voilà donc votre paix, votre baiser ! Il ne tient pas à vous que
tends de vous le baiser de paix, et j’ai promis que vous ne le refuse- le traité ne soit déjà rompu, ... la Mésange.

riez pas.
 - Eh ! ... Renart, ne voyez-vous pas que je plaisante ? Je voulais voir
- À vous, Renart ? ... la Mésange. Bon, si vous n’étiez pas ce que si vous étiez peureuse. Allons ! recommençons ; tenez, me voici les
vous êtes, si l’on ne connaissait vos tours et vos malices !
 yeux fermés. »

- Que vous êtes peu charitable ! ... Renart. Écoutez-bien : sire No- La Mésange, que le jeu commençait à amuser, vole et sautille, mais
ble, notre roi, vient de proclamer la paix générale ; plaise à Dieu avec précaution. Renart montrant une seconde fois les dents :

qu’elle soit de longue durée ! Le temps est passé des disputes, des « Voyez-vous,  lui ...-elle, vous n’y réussirez pas. Je me jetterais plu-
procès et des meurtres ; chacun aimera son voisin, et chacun pour- tôt dans le feu que dans vos bras.

ra dormir tranquille.
 - Mon Dieu ! ... Renart, pouvez-vous ainsi trembler au moindre mou-
- Savez-vous, damp Renart, ... la Mésange, que vous dites là de bel- vement ! Vous supposez toujours un piège caché : c’était bon avant
les choses ? Je veux bien les croire à demi ; mais cherchez ailleurs la paix jurée. Allons ! une troisième fois, c’est le vrai compte, en
qui vous baise, ce n’est pas moi qui donnerai l’exemple.
 l’honneur de Sainte Trinité. »
- En vérité, commère, vous poussez la défiance un peu loin. Tenez,
je fermerai les yeux pendant que vous descendrez m’embrasser, ...
Renart.

- S’il est ainsi, je le veux bien, ... la Mésange.

- Voyons vos yeux. Sont-ils bien fermés ?... Renart.

- Oui, ... Renart.

- J’arrive. », ... la Mésange.

76
DE LA PHRASE SIMPLE À LA PHRASE COMPLEXE
(LEÇON)

Une phrase complexe contient plusieurs verbes conjugués. Chaque LES PROPOSITIONS COORDONNÉES
verbe est le noyau d'une partie de la phrase appelée proposition.
Elles sont reliées par une conjonction de coordination (mais, ou, et,
« Le coq fait un rêve ; il demande à Pinte sa signification. »
 donc, or, ni, car) :
Première proposition Deuxième proposition
« Il passait pour riche, mais il était pauvre en réalité. »
Quand deux propositions sont reliées par un signe de ponctuation,
elles sont juxtaposées. Quand elles sont reliées par un mot coordon- On peut également relier ces deux propositions par un adverbe (un
nant, elles sont coordonnées. mot invariable) :

« Il passait pour riche, pourtant il était pauvre en réalité. »


LES PROPOSITIONS JUXTAPOSÉES

Elles sont reliées par un signe de ponctuation (une virgule, un point-


virgule, deux points) :

« Il passait pour riche, il était pauvre en réalité. »

77
EXERCICES 2. LES PHRASES CI-DESSOUS SONT-ELLES VERBALES OU
NON VERBALES ? JUSTIFIEZ VOS RÉPONSES.
LA PHRASE ET LES VERBES
a - Toutes ces poules ! Quelle tentation !

1. RELEVEZ LES VERBES DES PHRASES CI-DESSOUS. PRÉ- b - Or se glisser dedans, sauter par-dessus semble impossible.
CISEZ LEUR TEMPS ET LEUR MODE.
c - L’échine basse, sans bruit, Renart s’élance.
a - Renart, le trompeur aux mille tours, prit un beau jour le chemin
d’un village. d - Impossible de renoncer aux poules !

b - On y trouvait en abondance poules et coqs, canes et canards, e - Il se dit qu’il se fera prendre avant d’avoir pris quoi que ce soit.
jars et oies.
f - Cruelle incertitude !
c - Constant, un paysan qui avait du foin dans ses bottes, habitait
tout contre la palissade qui entourait le village. g - Mais Renart découvre un pieu brisé par lequel il se faufile.

d - Des pieux de chêne bien pointus avaient été dressés pour en dé- h - Quelle joie !
fendre l’accès.
i - Ah ! ce festin qui s’annonce !
e - Maître Constant avait construit ce fort pour abriter ses poules.

f - Il pouvait être content de ses vergers, qui portaient d’excellents


fruits.

g - Renart se promet bien du plaisir à lui rendre visite.

78
LA PHRASE SIMPLE ET LA PHRASE COMPLEXE 2. DITES SI LES PROPOSITIONS SONT JUXTAPOSÉES OU
COORDONNÉES. JUSTIFIEZ VOS RÉPONSES.

1. LES PHRASES SUIVANTES SONT-ELLES SIMPLES OU a - Le coq fait un rêve ; il demande à Pinte sa signification.
COMPLEXES ? JUSTIFIEZ VOS RÉPONSES.
b - Le coq retourne à son fumier, et se remet à somnoler.
a - Les poules ne sont pas dupes, car elles voient Renart.
c - Renart s’élance mais, dans sa précipitation, manque sa proie.
b - Chantecler le coq vient vers les poules et leur demande pour-
quoi elles s’enfuient. d - Chantecler aperçoit Renart ; il va se percher sur le fumier.

c - Pinte, qui pond de gros œufs, lui répond qu’elles ont peur. e - Le goupil réfléchit au moyen de berner le coq, car il veut assou-
vir sa faim.
d - Chantecler les rassure aussitôt.
f - L’oiseau est méfiant, or Renart va lui jouer un tour de sa façon.
e - « Restez ici bien tranquilles ».
g - Chantecler pousse un cocorico, cependant il garde un œil ou-
f - Le coq revient à son fumier ; il ne craint pas Renart. vert, car il se méfie de Renart, et ne cesse de le surveiller.

g - L’imbécile ne redoute rien, ne sait pas ce qui lui pend au nez.

h - Sur son fumier, Chantecler s’endort.

79
3. TRANSFORMEZ CES PROPOSITIONS JUXTAPOSÉES LA PROPOSITION SUBORDONNÉE
EN PROPOSITIONS COORDONNÉES. UTILISEZ DES
CONJONCTIONS DE COORDINATION OU DES ADVER-
BES VARIÉS.
VIDÉO 2.2 Comprendre la proposition subordonnée
a - Renart se décide à sortir de Maupertuis, il a faim.

b - Il traverse les bois, il approche d’un chemin.

c - Renart tend le cou d’un côté et de l’autre, rien ne se présente.

d - Le goupil va se placer sur le chemin, il entend un mouvement de


roues.

e - C’étaient des marchands emportant plein de poissons ; Renart


va pouvoir se régaler.

f - Celui-ci va-t-il dévorer les anguilles, va-t-il dévorer les lamproies ?

g - Il a extrêmement faim, il doit trouver un moyen d’attraper les pois-


sons sans éveiller l’attention des marchands.

UN PROBLÈME DE RÉPÉTITION

En lisant ces deux phrases, impossible de ne pas remarquer la répé-


tition :

« Le renard avance vers le poulailler. Le poulailler est rempli


de poules. »

80
Afin d'éviter cette répétition, on peut remplacer le groupe nominal bordination (si, quand, comme, que, parce que, puisque, alors que,
« Le poulailler » par un pronom personnel : pour que…). Pour cette raison, on les appelle propositions subordon-
nées conjonctives.
« Le renard avance vers le poulailler. Il est rempli de poules. »

On peut également remplacer « Le poulailler » par un pronom rela- PROPOSITION SUBORDONNÉE RELATIVE OU CON-
tif. Cela présente un double avantage (on n’a plus de répétition, on JONCTIVE ?
a une seule phrase au lieu de deux) :
Problème ! « que » est à la fois pronom relatif et conjonction de su-
« Le renard avance vers le poulailler qui est rempli de bordination. Comment, en ce cas, faire la différence ?
poules. »
• S'il est pronom relatif, « que » remplace un nom : La vache que j'ai
perdue est chez le prévôt.

« que » remplace « la vache ».
UNE PHRASE COMPLEXE
• S'il est conjonction de subordination, « que » se trouve le plus sou-
On obtient une phrase complexe constituée de deux propositions : vent après un verbe : Je pense que la vache est chez le prévôt.

Première proposition : Le renard avance vers le poulailler
 VIDÉO 2.3 Comprendre le pronom relatif
Deuxième proposition : qui est rempli de poules.

La première proposition est appelée proposition principale (elle peut


exister seule, comme une proposition indépendante), la seconde
proposition dépend de la première (elle ne peut pas exister toute
seule). On l'appelle proposition subordonnée. Comme elle com-
mence par un pronom relatif (« qui »), on dit que c'est une proposi-
tion subordonnée relative.

Toutes les propositions subordonnées ne sont pas relatives, c'est-à-


dire qu'elles ne commencent pas toutes par un pronom relatif (qui,
que, quoi, dont, où, lequel, laquelle, lesquels…). En effet, certaines
propositions subordonnées commencent par une conjonction de su-
81
EXERCICES 1. DITES SI LES PROPOSITIONS SONT JUXTAPOSÉES,
COORDONNÉES OU SUBORDONNÉES.

a - Chantecler pense que Renart dit vrai.


RÉVISION 2.1 Donnez la nature des mots soulignés.
b - Le coq est convaincu, alors, les yeux fermés, il entame une mélo-
Question 1 sur 12 die.
Le chat Tybert se promenait au soleil et paraissait fort satis-
fait. c - Renart saisit le coq par le cou, et se sauve tout joyeux de cette
aubaine.

d - Pinte, qui a été témoin de la scène, se lamente.

e - La fermière voit Renart qui emporte son coq.


A. Conjonction de coordination
f - Elle se met à crier. Les paysans accourent.
B. Conjonction de subordination
g - Tous assurent qu’elle aurait dû arrêter Renart.
C. Adverbe

D. Pronom relatif 2. COMPLÉTEZ CES PHRASES AVEC UNE PROPOSITION


SUBORDONNÉE RELATIVE. UTILISEZ AU MOINS UNE
FOIS CHAQUE PRONOM RELATIF (QUI, QUE, QUOI,
DONT, OÙ, LEQUEL...)

a - Chantecler monte sur un tas de fumier.

Répondre b - Le coq repense aux paroles de Pinte.

c - Il monte sur la pointe d’un toit.

82
d - Il observe et regarde.
INTERACTIF 2.3 Pour s’y retrouver

e - Mais l’animal se laisse aller au sommeil.

3. RÉÉCRIVEZ CES PHRASES COMPLEXES DE FAÇON À


OBTENIR DEUX PHRASES SIMPLES. POUR CELA, REMPLA-
CEZ LE PRONOM RELATIF PAR SON ANTÉCÉDENT.

Exemple : L’oiseau dont je te parle s’appelle Tiecelin. → L’oiseau


s’appelle Tiecelin. Je te parle de Tiecelin.

a - Renart qui court vite arrive près de sa proie.

b - Le vilain dont le sommeil est très profond dort tranquillement.

c - Renart, qui cherche un moyen de se débarrasser du vilain,


monte sur l’arbre. Juxtaposées, coordonnées ou subordonnées ?

d - Le vilain sent alors une grasse humidité dont la puanteur est in-
supportable.

e - La grasse humidité que sent le vilain est la fiente de Renart.

83
ÉVALUATION " c - Là se trouvait un millier de fromages ; on les avait exposés
pour les sécher au soleil.

" d - Tiecelin s’arrêta sur un des plus beaux, car la gardienne
I - PHRASE SIMPLE OU PHRASE COMPLEXE
était rentrée pour un moment au logis.
1. Relevez les verbes et dites si les phrases sont simples ou com- 

plexes. (3 points) " e - La vieille vit le corbeau puis jeta pierres et cailloux sur l’ani-
mal.
" a - Renart aperçut un hêtre solitaire planté loin de tout chemin.

"
" b - Il franchit le ruisseau, gagne l’arbre, fait autour du tronc ses III - PROPOSITIONS SUBORDONNÉES
passes ordinaires.

" 4. Citez au moins cinq pronoms relatifs. (2 points)
" c - Il se vautre délicieusement sur l’herbe fraîche.
5. Citez au moins six conjonctions de subordination. (3 points)

6. Relevez les propositions subordonnées et dites si elles sont relati-


II - PROPOSITIONS JUXTAPOSÉES ET COORDON-
NÉES ves ou conjonctives. (5 points)

2. Citez les conjonctions de coordination. (2 points) " a - Le prêtre dit que donner au bon Dieu est un acte raisonna-
ble.
3. Dites si les propositions sont juxtaposées ou coordonnées. Justi- 

fiez vos réponses. (5 points) " b - Le vilain, qui sort de son étable, prend la vache par le licou.

" a - Tiecelin sentait un premier aiguillon de faim, rien ne lui don- " c - Cette vache que personne ne voudrait acheter ne produit
nait l’espoir de l’apaiser.
 plus de lait.

" "
" b - Le corbeau sortit du bois voisin, et alla s’abattre dans un " d - Le vilain dont la bêtise est connue de tous croit qu’il aura
plessis. deux vaches.

84
RENART CHEZ DAME HERSENT

De l'arrivée de Renart chez dame Hersent durant l'absence d'Ysen- « Ah ! dit-elle en riant, c'est donc ainsi, damp Renart, que vous ve-
grin, et comment la guerre prit commencement entre les deux ba- nez épier les gens ? »
rons.
L'autre se tait et ne fait pas un geste. Sans doute il comptait sur
l'obscurité de la salle pour donner le change à la dame. Hersent
quelque temps de là, Renart se trouva devant un amas de l'appelle une seconde fois par son nom et lui fait même du petit

À branches entrelacées qui formaient une haie et dissimu-


laient l'entrée d'un souterrain. Il franchit la haie, découvrit
l'ouverture et, soit par un mouvement de curiosité soit dans
doigt signe d'approcher.

« J'aurais bien des reproches à vous adresser, damp Renart ; mais


l'espoir d'y trouver à prendre, il descendit et n'eut pas de peine à re- je vois que vous ne voulez rien faire pour m'être agréable. En vérité,
connaître la demeure de son bel oncle Ysengrin. Le maître était sor- jamais on n'a traité sa commère aussi mal que vous faites. »
ti, dame Hersent, nouvellement relevée de couches, allaitait et lé-
chait ses louveteaux. Comme elle avait déposé son chaperon, le so- Ces paroles dites d'un ton caressant rendirent confiance à Renart.
leil vint la frapper au visage quand Renart ouvrit la porte. Cela lui fit
regarder qui venait ainsi lui rendre visite. « Madame, dit-il, j'en prends Dieu à témoin, ce n'est pas de mon gré

 que j'ai cru devoir éviter de vous rendre visite pendant vos couches.
Pour Renart, la crainte d'un mauvais accueil le décidait à demeurer Bien au contraire, mais Ysengrin, vous le savez, me cherche noise
immobile derrière la porte ; mais Hersent l'avait reconnu tout de et m'épie constamment par monts et par vaux. Pourquoi m'a-t-il ainsi
suite à sa robe rousse. pris en haine ? je l'ignore, ne lui en ayant jamais donné la moindre
occasion. Ne prétend-il pas que je vous aime et que je cherche à

85
prendre sa place ici ? Il n'est pas un de vos voisins qui ne lui ait en- « Mes enfants, leur dit-elle, au moins ne direz-vous pas au père que
tendu raconter que vous aviez de l'amour pour moi, et qu'il s'en ven- Renart soit venu et qu'il vous ait maltraités.
gerait un jour ou l'autre. Et pourtant, vous savez si je vous ai jamais - Comment ! répondent-ils, ne pas nous plaindre du méchant roux
dit un seul mot qui ne fût pas convenable. À quoi pourrait-il servir de que vous avez accueilli et qui honnit notre cher père ? À Dieu ne
prier d'amour une grande dame qui ne manquerait pas d'en rire à plaise ! il faut que justice en soit prise. »
nos dépens ? »
Renart, à la porte, entendit quelque chose de la querelle, mais il ne
Ces paroles, Hersent les écoute avec une colère mêlée de dépit : s’en inquiéta pas et se remit à la voie.

« Vraiment, on parle de moi chez nos voisins ! Le vilain dit : Tel ap-
pelle sa honte qui pense à la venger. Je puis le dire hautement : jus-
QUESTIONS
qu'à présent, je n'ai pas eu de pensée mauvaise, mais puisque
Ysengrin m'accuse, je veux lui donner raison, et dès aujourd'hui, Re-
UNE SCÈNE DE GALANTERIE
nart, j'entends que vous soyez mon ami. Comptez toujours sur mon
bon accueil, j'engage ma foi d'être entièrement à vous. » 1. « Ces paroles dites d'un ton caressant rendirent confiance à Re-
nart »

Renart, charmé de si bonnes paroles, ne se les fit pas répéter. Il Cherchez dans ce passage tout ce qui révèle (gestes, paroles,
s'approcha de dame Hersent, la pressa dans ses bras, et les nou- attitude... ) ce ton caressant dont fait preuve dame Hersent.
veaux amants firent échange des promesses les plus tendres. Mais
les longs propos d'amour n'étaient pas au goût de damp Renart. Il 2. Quel effet cette attitude et ces paroles ont-elles sur Renart ?
parla bientôt de séparation et de la nécessité de prévenir le retour
d'Ysengrin. 3. Quelle raison Renart donne-t-il à Hersent pour n’être pas venu la
voir plus tôt ?
Avant de sortir de la maison, il a soin de passer sur les louveteaux
et de les souiller de ses ordures. Toutes les provisions qu’il rencon- 4. Quel est le vrai sujet du discours de Renart ? Trouvez la réponse
tre il s'en empare, puis il revient une seconde fois aux louveteaux en cherchant un mot qu’il répète à deux reprises.
qu'il bat comme s’il eût voulu les faire taire, mais en réalité pour
mieux les obliger à parler. Il les traite d’enfants trouvés, sans crain- 5. Chercher quelques sens du mot « galanterie ». Dans quel genre
dre la honte qui devait en retomber sur Hersent. La dame, dès qu'il littéraire du Moyen Âge trouverait-on cette galanterie ?
est parti, prend les louveteaux, essuie leurs larmes, les flatte et les
caresse.
86
LA RUSE UNE AUTRE FOURBERIE DE RENART
6. De quelle façon réagit dame Hersent après avoir écouté Renart ?
Renart rencontre Noble le Roi et Ysengrin. Ils vont alors chercher en-
7. Quel proverbe cite-t-elle qui annonce ses intentions ? Quel est semble de quoi déjeuner convenablement.
l’emploi du présent utilisé ?

8. Quelle phrase raconte brièvement les amours de Renart et d’Her-

A
rrivés dans la prairie, Ysengrin aperçoit le premier, vers l'au-
sent ? tre extrémité, une proie superbe. Alors tout joyeux :

9. Que fait Renart avant de quitter dame Hersent ? « Nous sommes en bonne voie, sire, dit-il, je distingue là-bas un tau-
reau, une vache et son veau. Il ne faut pas qu'ils nous échappent.
10. Que signifie cette phrase : « il bat [les louveteaux] comme s’il Mais il serait bon d'envoyer Renart en avant, pour éprouver s'il n'y
eût voulu les faire taire, mais en réalité pour mieux les obliger à par- aurait pas de mâtin ou de vilain à craindre : on ne saurait prendre
ler » ? trop de précautions.
- Vous parlez bien, dit le Roi, Renart est fin et rusé, il reconnaîtra
11. D’où vient le comique de cette scène ? mieux que personne les lieux. Allez donc en avant, Renart, et quand
vous aurez vu, vous reviendrez nous avertir.
- Volontiers, sire. »
RÉÉCRITURE
Réécrivez ces lignes en remplaçant Renart par « ils » et en conju-
guant les verbes au passé composé.

À quelque temps de là, Renart se trouva devant un amas de bran-


ches entrelacées qui formaient une haie et dissimulaient l'entrée
d'un souterrain. Il franchit la haie, découvrit l'ouverture et, soit par un
mouvement de curiosité soit dans l'espoir d'y trouver à prendre, il
descendit et n'eut pas de peine à reconnaître la demeure de son bel
oncle Ysengrin.

87
Aussitôt de courir à travers champs. Il arrive à portée de la proie. Le Comme il arrivait au fossé et qu'il commençait à se pencher accrou-
vilain, gardien du bétail, dormait tranquillement sous un orme. Re- pi pour se laver, Renart, qui ne l'avait pas perdu de vue, s'était lais-
nart se coule tout auprès de lui, cherchant dans sa tête un moyen sé glisser à terre et l'avait rejoint. Quand il l'avait vu dos courbé, tête
de s'en défaire. Sans le réveiller, il saisit une branche de l'arbre et penchée sur l'eau, il avait sauté vivement sur son échine, et de son
saute rapidement plus haut. Il va de branche en branche, et s'arrête poids avait décidé la chute du vilain au fond du fossé. Pour Renart,
enfin précisément au-dessus de la tête du berger. Me sera-t-il per- il n'avait pas même touché la surface de l'eau. Le pauvre homme,
mis de continuer ? Renart, comme un vrai salaud, se tourne, pousse transi d'effroi, étendait les bras et jouait des pieds pour échapper au
et laisse tomber sur le vilain une large écuelle de fiente infecte. Le danger ; mais Renart est là, qui avise à quelque distance une large
berger, sentant couler sur lui un pareil brouet, s'éveille en sursaut, pierre plate et carrée. Il la pousse, la soulève, la fait tomber enfin de
porte la main à son visage humide, et ne devine pas comment pa- telle force sur le dos du vilain que celui-ci descend avec elle dans la
reille chose a pu tomber de l'arbre. Il lève les yeux et ne voit que bourbe du fossé.
des rameaux du plus beau vert du monde, car Renart s'était dérobé
sous le plus épais du feuillage. La surprise du vilain est extrême ; il
se croit le jouet d'un fantôme, il touche de sa main, il sent une
grasse humidité dont la puanteur est insupportable ; puis il se lève INTERACTIF 2.4 Le Roman de Renart
et court droit au fossé qui fermait la prairie et qui portait une profon-
deur de vingt pieds d'eau.

Les jambons d’Ysengrin (1974)

« Lavons-nous d'abord, se dit-il, puis je tâcherai de découvrir à qui


je dois cette male aventure. »

88
Renart convainc son compère Ysen-
grin d’attacher un seau à sa queue et
de la plonger dans la glace.

DICTÉES
DICTÉE 1 DICTÉE 2

LA PÊCHE AUX ANGUILLES YSENGRIN CHASSÉ

Mots qui vous


AUDIO 2.1 AUDIO 2.2 AUDIO 2.3 AUDIO 2.4
sont donnés :
Écoutez le texte Écrivez le texte Écoutez le texte Écrivez le texte
• Constant
• Maupertuis
• Lévriers

89
LE PUITS

Affamé, Renart pénètre dans l’abbaye des moines aux Blancs


manteaux, et y trouve des poules à dévorer. Avant de partir, il sou-
haite se désaltérer.

L
a campagne avait été heureuse ; Renart quitta sans en-
combre cette bienheureuse grange de moines. Mais la soif
venait succéder à la faim, et comment l'apaiser ? Devant la
maison se trouvait un puits auquel il ne manqua pas de courir.
L'eau par malheur n'était pas à sa portée. Il frémit d'impatience,
lèche ses barbes desséchées et n'imaginait pas d'expédient
quand, au-dessus de sa tête, il voit un treuil ou cylindre auquel
tenait une double corde. L'une descendait dans le puits, l'autre
soutenait un seau vide à fleur de terre. Renart devine l'usage
qu’on peut en faire, et déposant la geline qu'il avait rapportée de
la grange, il se rapproche de l'ouverture du puits, s'attache à la
corde et la tire de toutes ses forces dans l'espoir de ramener le
seau qui reposait au fond. Mais soit que le vaisseau ne fût pas
rempli, soit que la corde tournée sur le treuil eût échappé à la
cheville qui la retenait, Renart fut quand il s'y attendait le moins
entraîné lui-même dans le gouffre.

90
Il a maintenant toute liberté de boire ; il aurait même le temps de pê- « Que vois-je là ! dit tout à coup Ysengrin, au fond de ce puits damp
cher à son aise. Mais je doute qu'il s'en soit avisé ; la soif ne le Renart ! Est-il possible ? »
tourmentait plus, elle avait fait place à la crainte, à la terreur. Le voilà
donc attrapé, le grand attrapeur des autres ! Que va-t-il devenir, ô Il regarde encore, et cette fois son image reproduite à côté du corps
mon Dieu ! il faudrait des ailes pour sortir d’ici. À quoi lui sert une sa- de Renart lui donne les idées les plus étranges. Il croit voir de ses
gesse prétendue ? Il restera dans ce lieu jusqu'au jour du Juge- propres yeux Renart en compagnie de dame Hersent, il suppose en-
ment, à moins qu'un autre ne vienne l'en tirer. Et dans ce cas-là tre eux un rendez-vous convenu.
même que n'aura-t-il pas à craindre de ces moines, ennemis de sa
race et si convoiteux du collier blanc de sa fourrure ? « C'est bien lui ! c'est bien elle ! Ah ! traîtresse, diras-tu maintenant

 que tu n'as pas été surprise avec le méchant Renart ? »
Tout en faisant ces douloureuses réflexions, il se tenait d'une patte à
la corde du puits, de l'autre à l'anse du seau qui flottait au-dessus Le puits sonore répond Renart ! Il répète ses injures et l'écho lui ap-
de l'eau. Or le hasard voulut qu’Ysengrin fût sor- porte la confirmation de sa honte et de son mal-
ti du bois à peu près en même temps que lui et heur.
que dans une intention pareille, il arrivât dans 

ces parages, souffrant de la faim et de la soif. Renart avait aisément reconnu son compère, il
Trop maladroit pour découvrir le défaut du gui- le laissait maugréer et crier. Cependant au
chet : bout de quelques minutes :

« Voilà, disait-il en revenant sur ses pas, une « Qui va là-haut ? dit-il, et qui se permet de par-
terre du démon, non du Dieu vivant. On n'y ler ?
trouve rien à manger, rien à boire ; je vois bien - Va ! dit Ysengrin, je te reconnais.
là ce qu'ils appellent un puits, mais le moyen - Je vous reconnais aussi ; oui, je fus autrefois
d'en tirer une seule goutte d’eau ? » votre bon voisin, votre compère, et je vous ai-

 mais comme votre neveu ; mais aujourd'hui je
Ysengrin s'en était pourtant approché ; il avait suis feu Renart ; j'étais assez sage durant ma
mis ses pieds sur la pierre circulaire et mesuré vie, aujourd'hui je suis, Dieu merci, trépassé, et
des yeux la profondeur. Damp Renart, tranquille comme une ombre, je me trouve dans un lieu de délices.
conservait à l'eau dans laquelle il était à demi plongé toute sa trans- - S'il est vrai que tu sois mort, répond Ysengrin, je n'en suis pas au-
parence. trement fâché ; mais depuis quand ?

91
- Depuis deux jours. Ne vous en étonnez pas, sire Ysengrin : tous cette ouverture doit s'en trouver une que j'ai jetée comme superflue,
ceux-là mourront qui sont encore en vie ; tous passeront le guichet en sortant de notre dernier festin. Regardez, vous la trouverez. »
de la mort. Notre Seigneur, dans sa bonté, m'a tiré de la vallée de 

misère, du siècle puant dans lequel j'étais embourbé, puisse-t-il aus- Ysengrin détourne un peu la tête et trouve en effet la geline dont Re-
si vous visiter, Ysengrin, à l'heure de la mort ! Mais d'abord, je vous nart lui parlait.
engage, et dans votre intérêt seul, à changer de dispositions envers
moi. « Il dit ma foi vrai, pensa-t-il, mais quel bon Paradis que celui où l’on
- Je le veux bien, répond Ysengrin, puisque te voilà mort, je prends a telle viande à foison ! Je n'en voudrais jamais d’autre. »
Dieu à témoin que je n'ai plus de haine : je commence même à re-
gretter que tu ne sois plus du monde. En même temps, il jetait les dents sur la geline et la dévorait sans y
- Et moi j'en ai grande joie. rien laisser que les plumes. Puis revenant au puits :
- Comment ? Tu parles sérieusement ?
- En pure vérité. « Feu Renart, dit-il, aie compassion de ton compère ; apprends-
- Mais explique-toi. moi, par la grâce de Dieu, comment à ton exemple je pourrai ga-
- Volontiers. D'un côté mon corps repose dans la maison de ma gner Paradis.
chère Hermeline, de l'autre mon âme est en Paradis, placée devant - Ah ! répond Renart, vous demandez là quelque chose de bien diffi-
les pieds de Notre Seigneur. Comprenez-vous maintenant que j'aie cile. Voyez-vous, le Paradis, c'est la maison du ciel, on n'y entre pas
sujet d'être joyeux et satisfait ? J'ai tout ce que je puis désirer. Ah ! quand et comme on veut. Vous conviendrez que vous avez toujours
sire Ysengrin, je ne veux pas faire mon éloge, mais vous auriez dû été violent, larron et déloyal. Vous m'avez toujours poursuivi d'injus-
me tenir plus cher que vous ne faisiez, car je ne vous ai jamais vou- tes soupçons, quand vous aviez une femme remplie de vertus, un
lu de mal et je vous ai souvent procuré du bien. Non pas que je vrai modèle de pudicité.
m'en repente, mes vertus sont aujourd'hui trop bien - Oui, oui, j'en conviens, dit Ysengrin, mais à cette heure je suis re-
récompensées ; et si vous êtes un des grands de la terre, je suis en- pentant.
core mieux placé dans l'autre monde. Je ne vois ici que riches cam- - Eh bien ! si vous êtes dans les bonnes dispositions que vous dites,
pagnes, belles prairies, plaines riantes, forêts toujours vertes. Ici, les regardez les deux vaisseaux qui sont l'un près de vous, l'autre près
grasses brebis, des chèvres, des agneaux comme on n'en voit pas de moi. Ils servent à peser le bien et le mal des âmes. Quand on se
chez vous. Ici, vingt fois plus de lapins, de lièvres et d'oisons que croit en état d'espérer les joies de Paradis, on entre dans la cor-
vous n'en pourriez compter. En un mot, j'ai tout ce que je désire, beille supérieure, et si l'on est en effet repentant, on descend facile-
comme tous ceux qui vivent à peu de distance de moi. Autant de ge- ment ; mais on reste en haut si la confession n'a pas été bonne et
lines que nous voulons. En voulez-vous la preuve ? Sur le bord de complète.
- Confession ? dit Ysengrin, est-ce que tu as confessé tes péchés ?
92
- Assurément ! Avant de mourir j'ai vu passer un vieux lièvre et une tenir à la corde avec les pieds de devant, en posant
chèvre barbue, je les ai priés de m'écouter et j'en ai reçu l'absolu- les deux autres dans le seau. La corde alors se dé-
tion. Il faut donc, si vous voulez descendre près de moi, commen- vide et cède au nouveau contrepoids de son
cer par vous confesser et vous repentir de vos méfaits. corps. Il descend, Renart beaucoup plus
- Oh ! s'il ne faut que cela, dit Ysengrin fort joyeux, je suis en bon léger s'élève dans la même mesure.
point : hier justement j'ai rencontré sur mon chemin damp Hubert Voilà pour Ysengrin un nouveau sujet
l'épervier, je l'ai appelé, l'ai prié d'entendre ma confession générale de surprise : au milieu de la route il se sent
et de m'absoudre, ce qu'il a fait sans hésiter. heurté par Renart.
- S'il en est ainsi, dit Renart, je veux bien prier le roi des cieux de
vous ménager une place auprès de moi. « Où vas-tu, cher compain, dis-moi ? Suis-je
- Je t'en prie, compère, et je prends à témoin sainte Appetite que j'ai dans la bonne voie ?
dit la vérité. - Oui, vous y êtes et je vous la quitte entière. La cou-
- Mettez-vous donc à genoux et demandez à Dieu qu'il vous ac- tume est telle ici : quand vient l'un s'en va l'au-
corde l'entrée de son paradis. » tre. À ton tour, beau compain, à demeurer dans

 la compagnie des moines aux Blancs man-
Ysengrin tourna vers l'Orient son postérieur, et sa tête vers le soleil teaux. Belle occasion pour toi d'apprendre à
couchant. Il marmotta, il hurla à rompre les oreilles. mieux chanter. »

« Renart, dit-il ensuite, j’ai fini ma prière. En prononçant ces derniers mots, il touchait au bord
- Et moi j'ai obtenu votre grâce. Entrez dans la corbeille, je pense du puits ; il saute à pieds joints, sans demander son
que vous descendrez facilement. » reste et ne cesse de courir jusqu'à ce qu'il ait perdu de

 vue l'abbaye des Blancs-moines.
On était alors en pleine nuit : le ciel était inondé d'étoiles dont le 

puits renvoyait la lumière. La surprise, la honte et la rage ne permi-
rent pas au pauvre Ysengrin d'essayer une réponse. Il eût été de
« Voyez le miracle, Ysengrin, dit alors Renart, mille chandelles sont ceux qui furent pris devant la cité d'Alep qu'il n'eût pas été plus con-
allumées autour de moi, signe assuré que Jésus vous a fait fus et plus désespéré. Vainement essaie-t-il de remonter, la corde
pardon. » glisse entre ses bras, et tout ce qu'il peut faire c'est, grâce au seau

 qui l'a descendu, de conserver la tête au-dessus de l’eau glacée
Ysengrin rempli de confiance et d'espoir essaie longtemps sans suc- dans laquelle le reste de son corps est plongé.
cès ; mais enfin, aidé des conseils de son compère, il parvient à se
93
QUESTIONS 9. Relevez quatre façons de dire que Renart est mort.

10. Par quel moyen Renart parvient-il à donner envie à son compère
L’ATTRAPEUR ATTRAPÉ
d’être mort ?
1. Comment Renart assouvit-il sa soif ?

2. Que lui arrive-t-il au moment où il pense ramener de l’eau ? QUAND VIENT L'UN S'EN VA L'AUTRE

3. Quelle phrase du narrateur révèle de la moquerie à l’égard de Re- 11. De quelle façon le loup doit-il rejoindre Renart au paradis ? Com-
nart ? ment Renart le convainc-t-il de le faire ?

 

4. Qu’y a-t-il de drôle dans la situation de Renart ? 12. Que doit-il faire avant de monter dans un seau ?

13. Pourquoi la prière du loup est-elle ridicule ?

UNE ARRIVÉE INESPÉRÉE
14. Que se passe-t-il quand le loup descend ? Citez deux phrases
5. Quel personnage arrive à ce moment ? Citez la phrase qui vous a qui le montrent. Pourquoi est-ce comique ?
permis de répondre à cette question.

6. Par quel mot cette phrase commence-t-elle ? Donnez sa classe RÉDIGEZ
grammaticale, et dites ce qu’il signifie.

 Comme Renart, essayez de convaincre quelqu’un d’une chose com-
7. Pourquoi le nouveau venu croit-il voir Renart et Dame Hersent au plètement absurde voire idiote.
fond du puits ?
Pour cela, faites un dialogue commençant par « apprends-moi com-
ment à ton exemple je pourrai ».
LA RUSE DE RENART
8. Que fait croire Renart à ce personnage ?

94
LE RENARD ET LE BOUC
Capitaine Renard allait de compagnie

Avec son ami Bouc des plus haut encornés.

Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez ;

L'autre était passé maître en fait de tromperie.

La soif les obligea de descendre en un puits.

Là, chacun d'eux se désaltère.

Après qu'abondamment tous deux en eurent pris,

Le Renard dit au Bouc : « Que ferons-nous, Compère ?

Ce n'est pas tout de boire ; il faut sortir d'ici.

Lève tes pieds en haut et tes cornes aussi ;

Mets-les contre le mur : le long de ton échine

Je grimperai premièrement ;

Puis sur tes cornes m'élevant,

À l'aide de cette machine,

De ce lieu-ci je sortirai,

Après quoi je t'en tirerai.

- Par ma barbe, dit l'autre, il est bon ; et je loue

Les gens bien sensés comme toi.

Je n'aurais jamais, quant à moi,

Trouvé ce secret, je l'avoue. »

Le Renard sort du puits, laisse son Compagnon,

Et vous lui fait un beau sermon

Pour l'exhorter à patience.

« Si le ciel t'eût, dit-il, donné par excellence,

Autant de jugement que de barbe au menton,

Tu n'aurais pas à la légère

Descendu dans ce puits. Or adieu, j'en suis hors ;

Tâche de t'en tirer, et fais tous tes efforts ;

Car, pour moi, j'ai certaine affaire

Qui ne me permet pas d'arrêter en chemin. »
En toute chose il faut considérer la fin.

(Jean de La Fontaine, Livre troisième, fable V)


95
LE COMBAT DE RENART ET D'YSENGRIN

Du grand et mémorable combat de damp Renart et de messire - Faites mieux, sire Ysengrin ; prenez l'amende que je vous offre.
Ysengrin ; et comment le jugement de Dieu donna gain de cause à Les chevaliers de ma parenté vous feront hommage, je quitterai le
qui avait le meilleur droit. pays, j'irai outre mer.
- Il s'agit bien de ce que tu feras en sortant de mes mains ! Va ! tu
ne seras pas alors en état de voyager.

R
enart ne se vit pas en face d'Ysengrin sans inquiétude. Il - Rien n'est moins prouvé. On verra qui demain sera le mieux en
avait bien été mis aux lettres, il savait même assez de ni- point.
gromancie ; mais au moment de dire les mots qui servent - J'aurai vécu plus d'un jour, si tu vois la fin de celui-ci.
pour les combats singuliers, il les avait oubliés. Cependant, persua- - Mon Dieu, moins de menaces et plus d'effets ! »
dé que l’escrime avait une vertu suffisante, il empoigne son bâton, 

le fait deux ou trois fois brandir, tourne la courroie sur son avant- Ysengrin se précipite ; l'autre l’attend l'écu sur le front, le pied avan-
bras, embrasse son écu et paraît aussi ferme qu'un château défen- cé, la tête bien couverte. Ysengrin pousse, Renart résiste et d'un
du par de hautes murailles. Voyons maintenant ce qu'il saura faire.
 coup de bâton adroitement lancé près de l'oreille, il étourdit son ad-
Ysengrin attaque le premier : c'était le droit de l'offensé. Renart s'in- versaire et le fait chanceler. Le sang jaillit de la tête, Ysengrin se si-
cline et le reçoit, l'écu sur la tête. Ysengrin frappait et injuriait en gne en priant le Dieu qui ne ment de le protéger. Est-ce que,
même temps : d'aventure, sa femme épousée serait complice de Renart ? Il voyait
cependant trouble : à qui lui eût demandé s'il était tierce ou none et
« Méchant nain ! que je sois pendu si je ne venge ici ma femme quel temps il faisait, il aurait eu grand peine à répondre. Renart le
épousée ! suivait des yeux, et s'il hésitait à prendre l'offensive, au moins se pré-
parait-il à bien soutenir une deuxième attaque.

96
Excédé par les forfaits de Renart, Ysengrin
réclame justice au roi Noble.
Les deux compères s’en remettent au juge-
ment de Dieu.

97
« Eh ! que tardez-vous, Ysengrin ? pensez-vous la bataille finie ? » folie de vous être soucié de si peu de chose, et comment peut-on
mettre confiance dans une femme ! Il n'en est pas une qui le méri-
Ces mots réveillent l'époux d’Hersent ; il avance, de nouveau ; le te ; d'elles sortent toutes les querelles, par elles la haine entre les pa-
pied tendu, il brandit son bâton et le lance d'une main sûre. Renart rents et les vieux amis ; par elles les compères en viennent aux
l'esquive à temps et le coup ne frappe que l'air. mains ; c'est la source empoisonnée de tous désordres. On me di-
rait d'Hermeline tout ce qu'on voudrait, je n'en croirais pas un mot,
« Vous le voyez, sire Ysengrin, Dieu est pour mon droit, vous aviez et je ne mettrais pas assurément ma vie en danger pour elle. »
jeté juste et pourtant vous avez donné à faux. Croyez-moi, faisons 

la paix, si toutefois vous tenez à votre honneur. Ainsi raillait le faux Renart, tout en faisant pleuvoir les coups sur les
- Je tiens à t'arracher le cœur, et je veux être moine si je n'y par- yeux, le visage d'Ysengrin, tout en lui arrachant le cuir avec le poil.
viens. » Mais par un faux mouvement, le bâton dont il joue si bien sur le

 corps de son ennemi lui échappe ; Ysengrin met le moment à profit,
Ysengrin retourne à la charge le bâton dissimulé sous l'écu, puis il allait se relever, son bras cassé l'en empêche. Renart conservait
tout à coup il le dresse et va frapper Renart à la tête. L’autre avait donc l'avantage, quand, pour son malheur, il avance les doigts dans
amorti le coup en se baissant ; et profitant du moment où l'ennemi la mâchoire d'Ysengrin qui les serre avec ses dents de reste, et pen-
se découvre, il l'atteint de son bâton assez fortement pour lui casser dant que la douleur fait jeter un cri à Renart, l'autre débarrasse son
le bras gauche. On les voit alors jeter leurs écus de concert, se pren- bras droit, le passe au dos de son adversaire, le fait descendre, et
dre corps à corps, se déchirer à qui mieux mieux, faire jaillir le sang lui monte à son tour sur le ventre. Voilà les rôles changés : Renart,
de leur poitrine, de leur gorge, de leurs flancs. Le combat redevient entre les genoux d'Ysengrin, implore non pas son ennemi, mais tous
égal par la perte qu'Ysengrin a faite de son bras. Combien de pas- les saints de Rome, pour éviter le salaire du faux serment qu'il a prê-
ses et de tours l'un sur l'autre, avant qu'on puisse deviner qui l'em- té. Et comme Ysengrin ne lui épargne pas les coups, il s'évanouit,
portera ! Ysengrin a pourtant les dents les plus aiguës ; les ouvertu- devient froid comme glace, en déclarant vouloir mourir avant de se
res qu'il pratique dans la pelisse de son ennemi sont plus larges et démentir et se reconnaître vaincu. Après l’avoir battu, frappé, laissé
plus profondes. Renart a recours au tour anglais : il serre Ysengrin pour mort, Ysengrin se relève ; il est proclamé vainqueur. Les ba-
en lui donnant le jambet ou croc-en-jambe qui le renverse à terre. rons accourent de tous côtés pour le féliciter et lui faire cortège. Ja-
Sautant alors sur lui, il lui brise les dents, lui crache entre les lèvres, dis les Troyens n'eurent pas autant de joie quand ils firent entrer Hé-
lui arrache les grenons avec ses ongles et lui poche les yeux de lène dans leur ville, que n'en témoignent Brun l'ours, Tiécelin le cor-
son bâton. C'en était fait d'Ysengrin : beau, Tybert le chat, Chantecler le coq et Rooniaus le mâtin quand
ils virent la défaite de Renart. Vainement les parents du vaincu s’in-
« Compère, lui dit Renart, nous allons voir qui de nous deux a droit. terposent près du Roi ; Noble ne veut rien entendre, il ordonne que
Vous m'avez cherché querelle à propos de dame Hersent : quelle le traître soit pendu sur le champ. Tybert se met en mesure de lui
98
bander les yeux ; Rooniaus lui liait les poings, quand le malheureux 7. Relevez des termes ou des phrases montrant la violence du com-
Renart exhala un soupir annonçant qu'il vivait encore, et ses pre- bat.
miers regards se portèrent sur les apprêts de son supplice. 

8. Relevez deux exagérations.


QUESTIONS 9. De quel genre littéraire, ce combat, ces hyperboles, etc. sont-ils


caractéristiques ?

I - LE JUGEMENT DE DIEU
1. Qu’est-ce que le jugement de Dieu ? Pour répondre à cette ques- III - UN COMBAT POUR RIRE
tion, vous pouvez faire des recherches ou simplement lire ce texte.

10. Quels éléments soulignent l’aspect comique de ce texte ?

2. Qu’arrive-t-il au perdant d’un tel jugement ? Répondez en relisant
le dernier paragraphe.
 11. Cherchez dans un dictionnaire ce qu’est une parodie, et expli-
quez pourquoi ce texte est une parodie.
3. Relisez le texte s’il le faut, et dites ce qu’est, dans le deuxième pa-
ragraphe, « le droit de l’offensé » ?
INTERACTIF 2.5 Un combat parodique

II - LE COMBAT D’YSENGRIN ET RENART


4. Dans le premier paragraphe, relevez une comparaison. Que ré-
vèle-t-elle des intentions de Renart ?

5. Quels passages montrent que Renart pense que le combat
tourne à son avantage puis à son désavantage ?

6. Les combattants ne font-ils que combattre ? Que font-ils d’autre ? Monty Python : Sacré Graal ! (1975)

99
RÉDACTION POUR MIEUX BÂTIR VOTRE TEXTE, SONGEZ À
FAIRE DES PARTIES
CONSIGNES
• Première partie : rencontre et dialogue des combattants
Racontez un combat épique de façon parodique. • Deuxième partie : combat des chevaliers
• Troisième partie : victoire de l’un des chevaliers

UTILISEZ TOUT CE QUE VOUS AVEZ APPRIS EN


CLASSE

• utilisez le vocabulaire du Moyen Âge (l’écuyer, le gonfanon, l’ori-


flamme, le destrier, le haubert, la hampe, l’épieu, l’écu, le fleuron,
preux, courtois, armé de pied en cap...).
• donnez du rythme en faisant des phrases courtes pour que les ac-
tions s’enchaînent.
• utilisez des verbes d’action en rapport avec le combat (asséner,
À la façon du combat de Renart et d’Ysengrin ou encore de Sacré frapper, abattre, riposter, traverser, s’enfoncer, pénétrer, (se) briser,
Graal, racontez un combat entre deux chevaliers qui s’affrontent en voler en éclats, heurter, trancher, se ruer à bride abattue, s’élan-
duel. Avant de faire le récit de ce combat, dites comment se rencon- cer, piquer des deux, défier, éperonner, parer...).
trent les deux adversaires et rédigez leur dialogue. • rédigez votre texte en utilisant les temps étudiés en classe (temps
du premier plan, de l’arrière-plan, présent de narration, présent
Utilisez les temps du récit (imparfait, plus-que-parfait, passé sim- d’actualité... ).
ple... ), le présent d’actualité pour le dialogue et le présent de nar- • placez quelques hyperboles (exagérations) montrant l’incroyable
ration pour le combat. force des chevaliers.
• révisez les règles de construction du dialogue.
N’oubliez pas qu’il s’agit d’écrire une parodie, c’est-à-dire d’imiter
les combats de chevaliers pour s’en moquer. Faites donc preuve
d’humour. Ce n’est pas un texte sérieux.

100
BARÈME • les phrases sont courtes (1 point)
• des hyperboles sont utilisées (1 point)
• les temps demandés sont utilisés et
• la copie est propre, sans ratures ou ta- correctement conjugués (2 points)
ches (1 point) • le texte est une parodie et révèle un hu-
• l’écriture est lisible et correspond aux mour en rapport avec le sujet (3
règles habituelles (1 point) points)

• le texte est composé des 3 paragra- • la rédaction a été rédigée avec le sou-
phes demandés (alinéas et saut de li- ci d’utiliser un vocabulaire riche, un
gnes) (1,5 point) style écrit correct, de l’originalité dans
• le dialogue est construit selon les rè- le traitement du sujet (1 point)
gles (1,5 point)
• le texte est convenablement ponc-
tué (1 point)
INTERACTIF 2.6 Rédi-
• l’orthographe lexicale et l’orthographe
gez et envoyez vo-
grammaticale ont été soignées (4
tre travail
points)

• le vocabulaire du Moyen Âge est utilisé


(1 point)
• le vocabulaire du combat est utilisé (1
point)

101
LES FIGURES DE STYLE

VIDÉO 2.4 Qu’est-ce qu’une figure de style ?


Une figure de style est une façon de jouer sur les mots, de les utili-
ser afin d’exprimer une idée ou une réalité pour que celles-ci nous
paraissent plus évidentes, plus compréhensibles voire plus belles.

Ainsi, par exemple, l’hyperbole (figure de l’exagération) impose
avec force l’idée d’un travail long et pénible : « J’ai mis 50 ans à
faire mon travail. »

Dans le Roman de Renart, nous avons relevé différentes figures de


style telles que l’hyperbole, l’euphémisme, la comparaison, la mé-
taphore, la périphrase, la personnification, l’énumération et l’anti-
thèse.

Introduction à la notion de figure

102
1. L’HYPERBOLE 4. LA MÉTAPHORE
C’est une exagération. C’est une comparaison dans laquelle l’outil de comparaison aurait
disparu.
Exemples :
Exemple : Les poissons qui « crèvent » les paniers ; « la robe de
• Une « grande guerre, qui ne finira jamais » Renart » (le mot robe ne désigne pas ici un vêtement féminin, mais
• « Jadis les Troyens n'eurent pas autant de joie quand ils firent en- la fourrure de l’animal).
trer Hélène dans leur ville, que n'en témoignent Brun l'ours, Tiéce-
lin le corbeau, Tybert le chat, Chantecler le coq et Rooniaus le mâ-
tin quand ils virent la défaite de Renart. » 5. LA PÉRIPHRASE
Cette figure consiste à désigner en plusieurs mots ce qu’on pourrait
2. L’EUPHÉMISME dire en un mot.

Cette figure consiste à retirer d’une idée ce qu’elle peut avoir de cho- « la grande eau salée » est un groupe nominal qui désigne la mer.
quant. Ainsi on dira « Il est parti » ou « Il nous a quittés » pour « Il C’est donc une périphrase.

est mort ».

Exemple : Renart « la pressa dans ses bras » (l’expression désigne 6. LA PERSONNIFICATION


en fait un adultère).

Ce procédé consiste à attribuer aux animaux ou aux choses un com-
portement, des pensées ou des sentiments humains.
3. LA COMPARAISON
Exemple : « L’autre [le corbeau], qui veut absolument emporter le
C’est un rapprochement entre deux choses effectué par un mot de prix du chant, s’oublie tellement que, pour mieux filer le son, il ouvre
comparaison (« comme », « pareil à », « tel que », etc.). peu à peu les ongles et les doigts qui retenaient le fromage et le
laisse tomber justement aux pieds de Renart.»
Exemple : Renart « paraît aussi ferme qu'un château défendu par
de hautes murailles »

103
7. L’ÉNUMÉRATION EXERCICES
Cette figure consiste à énumérer des mots ou des groupes de mots. Retrouvez dans chacun des exercices les figures de style
On parle également d’accumulation. suivantes : l’hyperbole, l’euphémisme, la comparaison, la méta-
phore, la périphrase, la personnification, l’énumération ou l’anti-
Exemple : « Je ne vois ici que riches campagnes, belles prairies, thèse.
plaines riantes, forêts toujours vertes ; ici, les grasses brebis, des
chèvres, des agneaux comme on n'en voit pas chez vous ; ici, vingt
fois plus de lapins, de lièvres et d'oisons que vous n'en pourriez
EXERCICE 1
compter. »
a - De sa chambre sortit alors Hélène, semblable à Artémis aux-flè-
ches-d’or. (L’Odyssée d’Homère)

8. L’ANTITHÈSE
b - Quel dieu, quel moissonneur de l’éternel été,
Cette figure rapproche deux termes opposés. Avait, en s’en allant, négligemment jeté
Cette faucille d’or dans le champ des étoiles. (« Booz endormi » de
Exemples : Victor Hugo)


• « Il descend, Renart beaucoup plus léger s'élève dans la même c - Le crapaud, sans effroi, sans honte, sans colère,
mesure », Doux, regardait la grande auréole solaire ; (« Le crapaud » de Victor
• « quand vient l'un s'en va l'autre ». Hugo)


d - L’envie, la jalousie, le dépit, la rage, me préparent les châtiments


les plus cruels auxquels puisse être soumis un être de mon espèce.
(Le Diable amoureux de Jacques Cazotte)


e - À force de frapper à toute volée, nombre de leurs épieux se bri-


sent ; alors ils dégainent plus de cent mille épées. (La Chanson de
Roland)


104
f - Le loup lui cria en adoucissant un peu sa voix : « Tire la che- f - Devant les cafés, un peuple d’hommes buvait des boissons
villette et la bobinette cherra. » (« Le Petit Chaperon rouge » de brillantes et colorées qu’on aurait prises pour des pierres précieu-
Charles Perrault )
 ses fondues dans le cristal. (« Tombouctou », Les Contes du jour et
de la nuit de Guy de Maupassant)
g - C’étaient des poulpes effroyables entrelaçant leur tentacules 

comme une broussaille vivante de serpents. (Vingt mille lieues sous g - Entre les pattes d’un Lion,
les mers de Jules Verne) Un Rat sortit de terre assez à l’étourdie :
Le Roi des Animaux, en cette occasion,
Montra ce qu’il était, et lui donna la vie.
(« Le Lion et le Rat » de Jean de La Fontaine)
EXERCICE 2
a - Le ciel est dans ses yeux, l’enfer est dans son cœur. (Henriade
de Voltaire) EXERCICE 3

b - Un crapaud regardait le ciel, bête éblouie ; a - Être éloquent en son absence et muet en sa présence (Melmoth
Grave, il songeait ; l'horreur contemplait la splendeur. (« Le cra- de Charles Robert Maturin)
paud » de Victor Hugo) 


 b - Elle ne put résister au torrent de bonheur qui inondait son âme
c - Si je sortais, tout le monde se mettait aux fenêtres ; si j’étais aux après tant de jours de désespoir. (Le Rouge et le Noir de Stendhal)
Tuileries, je voyais aussitôt un cercle se former autour de moi : les 

femmes mêmes faisaient un arc-en-ciel, nuancé de mille couleurs c - Le taudis où son regard plongeait en ce moment était abject,
qui m’entourait. (Lettres persanes de Montesquieu) sale, fétide, infect, ténébreux, sordide (Les Misérables de Victor Hu-

 go)
d - La perte de son fils unique a plongé ce cher homme dans un 

chagrin qui reparaît quelque fois. (L’Auberge rouge de Balzac) d - Elle a vécu, Myrto, la jeune tarentine. (« La jeune Tarantine »

 d’André Chénier)
e - Il récite des historiettes qui y sont arrivées ; il les trouve plaisan- 

tes, et il en rit le premier jusqu’à en éclater (Les Caractères de La e - Il dégaine Almace, son épée d’acier brun ; au plus fort de la
Bruyère) presse, il frappe mille coups et plus. (La Chanson de Roland)

105
f - L’océan semblait une immense chaîne de montagnes mouvantes, RÉVISION 2.2 Les figures de style
aux sommets confondus avec les nuages, et aux vallées profondes
comme des abîmes [...] (Pauline d’Alexandre Dumas) Question 1 sur 14

 Je suis deux jours sans la voir, qui sont pour moi des siècles
g - Le vent redouble ses efforts, effroyables. (Le Bourgeois gentilhomme de Molière)
Et fait si bien qu'il déracine
Celui de qui la tête au Ciel était voisine
Et dont les pieds touchaient à l'Empire des Morts.
(« Le Chêne et le Roseau » de Jean de La Fontaine)

A. Euphémisme

B. Hyperbole

C. Périphrase

D. Comparaison

Répondre

106
VIDÉO 2.5 Les figures dans les expressions quotidiennes

107
3

LES FABLIAUX
109
BRUNAIN ET BLÉRAIN

J
e vais vous raconter l’histoire d’un vilain et de sa femme. lui-ci était fin et madré :

 

Pour la fête de Notre-Dame, ils allèrent prier à l’église. Avant « Cher sire, dit l’autre les mains jointes, en jurant qu’il n’a pas d’au-
de commencer l’office, le curé vint faire son sermon. Il dit qu’il était tres biens. Pour l’amour de Dieu, je vous donne Blérain. »

bon de donner au Bon Dieu et que celui-ci rendait le double à qui
donnait de bon cœur. Il lui a mis la corde au poing, et jure qu’elle n’est plus sienne.


 « Entends-tu, ma chère, ce qu’a dit le curé ?
fait le vilain à sa femme. Qui pour Dieu « Ami, tu viens d’agir sagement, répond le curé dom Constant qui
donne de bon cœur recevra de Dieu deux toujours est d’humeur à prendre. Retourne en paix, tu as bien fait
fois plus. Nous ne pourrions pas mieux em- ton devoir. Si tous mes paroissiens étaient aussi sages que toi, j’au-
ployer notre vache, si bon te semble, que rais du bétail en abondance. »
de la donner au curé. Elle a d’ailleurs
bien peu de lait.
 Le vilain quitte le prêtre qui commande aussitôt qu’on fasse, pour
- Oui, à cette condition, je veux l’apprivoiser, lier Blérain avec Brunain, sa propre vache.

bien qu’il l’ait, dit-elle. »
 

Le curé les mène en son jardin, trouve sa vache, puis les attache
Ils regagnent donc leur maison, sans l’une à l’autre. La vache du prêtre se baisse, car elle voulait paître.
en dire davantage. Le vilain va dans Mais Blérain ne le veut pas, et tire la corde si fort qu’elle entraîne
son étable, et prend la vache par la l’autre dehors, et la mène à travers maisons, champs et prés si bien
corde. Il la présente à son curé. Ce- qu’elle revient enfin chez elle, avec la vache du curé qu’elle avait

110
bien de la peine à tirer.
 le cache et l’enfouit. Nul ne doublera son avoir sans grande chance.
C’est par chance que le vilain eut deux vaches, et le prêtre aucune.
Le vilain regarde, la voit, et en a grande joie au cœur. Tel croit avancer qui recule.

« Ah ! dit-il alors, ma chère, il est vrai que Dieu donne au double.
Blérain revient avec une autre. C’est une belle vache brune. Nous
en avons donc deux au lieu d’une. Notre étable sera petite ! »


Par cet exemple, ce fabliau nous montre que fou est celui qui ne se
résigne pas. Le bien est à celui qui Dieu le donne et non à celui qui

« Entends-tu, ma chère, ce
qu’a dit le curé ? fait le vilain
à sa femme. Qui pour Dieu
donne de bon cœur recevra
de Dieu deux fois plus. »

111
QUESTIONS VOCABULAIRE
LE VILAIN DONNE SA VACHE 1. Donnez le sens que les mots « vilain », « bourgeois » et « clerc »
avaient au Moyen Âge.
1. Qu’est-ce qu’un « vilain » ?
2. Donnez le sens actuel de ces mots.
2. Pour quelle raison le vilain veut-il donner sa vache au prêtre ? Est-
ce vraiment par générosité ? 3. Faites deux phrases contenant chacun des sens (médiéval et ac-
tuel) des mots « vilain », « bourgeois » et « clerc ».
3. Pourquoi la vache revient-elle ?

4. Que croit alors le vilain ?

DE QUI SE MOQUE-T-ON ?
5. De quel défaut le vilain fait-il preuve ?

6. Est-il le seul personnage ayant ce défaut ? Justifiez précisément


votre réponse en vous appuyant sur le texte.

7. Quel objectif vise ce texte ? À nouveau, justifiez votre réponse en


citant le texte.

8. À quel genre littéraire le dernier paragraphe fait-il penser ? Pour-


quoi ?
Au Moyen Âge, la société est répartie en trois or-
dres  : ceux qui prient (les ecclésiastiques), ceux qui
combattent (les chevaliers) et ceux qui travaillent (les
paysans).

112
LA VIEILLE QUI OINT LA PAUME AU CHEVALIER

P
our vous réjouir, je veux vous conter l’histoire d’une vieille. « Bonne femme, que fais-tu ?

Celle-ci avait deux vaches, dont elle tirait sa subsistance. Un - Seigneur, pour l’amour de Dieu, pitié ! On m’a dit de venir à vous,
jour, les vaches s’échappèrent. Le prévôt, les ayant trouvées, de vous graisser la patte, et qu’ainsi je serais quitte et récupérerais
les fait mener en sa maison. Quand la femme l’apprend, elle y va mes vaches.

sans plus attendre, prie le prévôt de les lui rendre. Mais elle a beau - Celle qui t’a dit de le faire entendait la chose autrement, mais tu
le prier, le prévôt félon n’a cure de ce que dit la vieille : n’es pas venue pour rien. Je te ferai rendre tes vaches, et tu auras
et l’herbe et le pré. »
« Ma foi, chère vieille, payez d’abord l’écot de vos beaux deniers
moisis. » Cette histoire vise les hommes riches, déloyaux et menteurs : ils
n’ont aucune honnêteté. Ils ne pensent qu’à prendre. On n’accorde
La bonne femme s’en retourne, triste et marrie. Elle rencontre Her- le droit au pauvre que s’il donne.
sant sa voisine, et lui conte sa mésaventure. Hersant lui conseille
d’aller trouver un chevalier, et de lui parler de ses ennuis. Si elle lui
graisse la patte, il lui fera retrouver ses vaches.
QUESTIONS


La bonne femme, qui n’y comprend rien, est allée chercher du lard,
va tout droit chez le chevalier, qui se tenait devant sa maison, et
UNE HISTOIRE DE VACHES (ENCORE)
avait disposé ses mains sur ses reins. La femme arrive par-derrière, 1. Comment la vieille perd-elle ses vaches ?

lui frotte la paume avec le lard. Quand il sent sa paume graissée, il
regarde la vieille : 2. Qui les retrouve ? Comment ce personnage se comporte-t-il avec
la vieille ? Appuyez-vous sur le texte pour répondre.


113
3. De quelle façon la vieille peut-elle récupérer ses vaches ? Qui
lui donne ce conseil ?

4. Que signifie l’expression « graisser la patte » ? Que comprend


la vieille ? Quelle confusion commet-elle ? Expliquez précisément
en vous appuyant sur le texte.

LE COMIQUE
5. Faites des recherches et dites qui, au Moyen Âge, racontait
des fabliaux. Citez deux passages, dans ce texte, où le narrateur
intervient directement dans l’histoire.

6. Par quelle partie se termine un fabliau ? À quoi le voyez-vous ?


7. De quels personnages rit-on dans ce fabliau ? Pour quelles rai-


sons précisément ?


8. Qu’est-ce qu’une satire ? Quelles phrases, à la fin du texte,


montrent que le fabliau est satirique ? Justifiez votre réponse.

9. En somme, pour quelles raisons racontait-on des fabliaux ?


Justifiez votre réponse en vous appuyant sur vos réponses précé-
dentes.

Illustration du codex Manesse (un ma-


nuscrit de poésie lyrique richement
illustré).
114
« La Parabole des aveugles » de Pie-
ter Brueghel l'Ancien (1568)

LES DÉBUTS DE FABLIAUX

Lisez ces extraits et remplissez le tableau (page suivante). Enfin rédi- 2. Ce fabliau - c’est la vérité - raconte l’histoire d’un prêtre qui avait
gez une définition du fabliau. une vieille mère, très hypocrite et très grincheuse, bossue, laide et
hideuse, contrariante en toutes choses.

(Le Prêtre qui eut mère par force)


1. J’ai ouï conter qu’un vilain, accompagné de deux bourgeois, s’en
allait en pèlerinage. Ils faisaient dépense commune.

 3. Il m’est venu l’idée de conter l’histoire d’un riche vilain qui n’était
(Les Deux Bourgeois et le vilain) pas très malin et qui fréquentait les marchés d’Arras et d’Abbeville.
Voulez-vous l’ouïr ? La voici. Mais je veux qu’on m’écoute bien.


(Brifaut)
115
4. Je voudrais vous conter l’histoire d’une vieille pour vous réjouir. 9. Je conterai à celui qui veut m’écouter une jolie aventure arrivée
Elle avait deux vaches.
 dernièrement à Compiègne, et que j’ai entrepris de mettre en rime.

(La Vieille qui oint la paume au chevalier) (Auberée)

5. Je dirai ici la matière d’un fabliau que je vais vous conter. On tient
le ménestrel pour sage s’il s’ingénie à composer de beaux récits et
de belles histoires qu’on dit devant ducs, devant comtes. Les fa- Personnages
bliaux sont bons à écouter : ils font oublier mainte douleur, maint mal-
heur et maint ennui. Narrateur

(Les Trois Aveugles de Compiègne)


Lieux
6. Au lieu d’un récit inventé, je vous dirai l’histoire vraie - que j’ai en-
tendu raconter - d’un prêtre habitant près d’Anvers. Histoire

(La Vessie au prêtre)


Objectif de l’histoire

7. Seigneur, si vous voulez prêter l’oreille et m’écouter un petit peu,


je ne mentirai pas d’un mot, et vous conterai une histoire mise en Genre littéraire
vers dans ce fabliau.

(Les Trois bossus ménestrels)

8. Jadis, Colin, Hauvis, Jetrut et Hersent avaient l’habitude de conter LIRE D’AUTRES FABLIAUX
de belles histoires durant les fêtes et les veillées. Aujourd’hui, par-
tout dans Paris, les maisons et les rues sont pleines des aventures
advenues il n’y a pas longtemps à trois femmes. Je les dirai en quel- • Fabliaux ou contes, fables et romans du XIIe et du XIIIe
ques mots, si vous voulez bien m’écouter. Je ne ferai pas de men- siècle. Tome 1
songe : cette histoire est la pure vérité. Jamais en nul pays n’arriva
• Fabliaux ou contes, fables et romans du XIIe et du XIIIe
pareille aventure.

 siècle. Tome 2
(Les Trois dames de Paris)
• Fabliaux ou contes, fables et romans du XIIe et du XIIIe
116
LES FABLIAUX, DES « CONTES À RIRE EN VERS »

L’APPARITION DU FABLIAU

On compte environ cent soixante fabliaux, composés de la fin du


XIIe au milieu du XIVe siècle. Beaucoup de ces textes se situent
dans la France du Nord (la Picardie), mais aussi le Centre (Champa-
gne, Orléanais) et la Normandie.


Les fabliaux apparaissent à un moment où les villes se dévelop-
pent. La population y est très variée (artisans, marchands, bour-
geois, paysans... ). C’est une période de paix et de prospérité.


La multiplication des foires favorise la diffusion de ces récits racon-
tés en public par des jongleurs qui allaient de foire en foire ou de
château en château.


Le jongleur a pour objectif de divertir. Le mot « jongleur » est issu
du latin joculator, de jocus signifiant « plaisanterie ». Foire de Champagne au XIIIe siècle

117
DÉFINITION DU FABLIAU LE COMIQUE DU FABLIAU

Le fabliau est un diminutif picard du mot fable (du latin fabula « ré- On trouve dans le fabliau un comique satirique.
cit », « histoire »).

Malgré la grande diversité des textes, on peut ainsi définir le fa- Comique parce que le texte provoque le rire, satirique parce que le
bliau : fabliau dénonce par le ridicule les travers, les défauts attribués à
des types sociaux (les gens d'Église ou
• Le récit a généralement pour cadre un quotidien représenté de ma- Usages est en Normandie

les bourgeois accusés de cupidité, les
nière réaliste. C'est la vie de tous les jours - celle du Moyen Âge - Que qui herbergiez est, qu’il die

paysans accusés de bêtise ou de naïve- Fablel, ou chançon die à l’oste
qui est mise en récit.
té, etc.).
• Les personnages sont des ty-

pes rapidement esquissés et Brunain et Blérain en ancien
Le fabliau provoque un rire libérateur, qui évoque les difficultés de la
peu caractérisés. Ils représen- français
vie quotidienne (l’argent, la relation homme-femme ou vilain-bour-
tent un statut social (le bour-
D’un vilain conte et de sa fame,
 geois...). On peut alors librement, dans une société très inégalitaire,
geois, le vilain, la femme, le
C’un jor de feste Nostre Dame
 se moquer des prêtres, des seigneurs, des chevaliers... Enfin, tous
prêtre, le riche commerçant...). Aloient ourer à l’yglise.
 les sujets sont abordés, sans retenue aucune.
Li prestres, devant le servise,

• Le fabliau se termine par une Vint à son proisne sermoner,

moralité, ce qui le rapproche Et dist qu’il fesoit bon doner

d'un autre genre voisin, la fa- Por Dieu, qui reson entendoit ;

Que Diex au double li rendoit

ble.
Celui qui le fesoit de cuer.

« Os, fet li vilains, bele suer,

• Enfin, le fabliau est en vers (oc- Que noz prestres a en couvent :

tosyllabes à rimes plates). Qui por Dieu done à escient,

Que Diex li fet mouteploier ;


118
RÉVISION 3.1 Avez-vous bien retenu ?

Question 1 sur 12
Combien compte-t-on de fabliaux environ ?

A. 160

B. 260

C. 360

Répondre

119
LA FONCTION DU PRONOM RELATIF

Un pronom relatif (qui, que, quoi, dont, où, etc.) a une fonction, VIDÉO 3.1 Trouver la fonction du pronom relatif
c’est-à-dire qu’il peut être sujet, COD, COI, complément du nom,
etc.

Quelle que soit sa fonction, le pronom relatif est toujours placé au
début de la proposition. Qu’il soit sujet ou COD, il se trouve donc au
début de la proposition subordonnée, ce qui ne rend pas facile
l’identification de cette fonction.

Voici comment trouver la fonction des pronoms qui et que. La mé-


thode est évidemment la même pour les autres pronoms relatifs.

120
LA FONCTION DU PRONOM RELATIF QUI les perdrix j’ai mangées

« qui » employé seul est toujours sujet : d - Procéder à quelques petits changements :
La proposition obtenue ne veut évidemment rien dire ! Il va alors fal-
Le vilain, qui est parti chercher le prêtre, a laissé sa femme seule.
 loir faire subir à notre proposition une petite transformation. En effet,
sujet on ne dit pas :

Cette fonction est assez facile à trouver. En effet, « qui » se trouve les perdrix j’ai mangées
devant le verbe « est parti », il est donc sujet de ce verbe. Bien sûr,
c’est « Le vilain » qui est parti, mais le pronom relatif « qui » rem- mais
place le groupe nominal « Le vilain ». j’ai mangé(es) les perdrix.

e - Trouver la fonction de « les perdrix »


LA FONCTION DU PRONOM RELATIF QUE Dans « j’ai mangé(es) les perdrix », « les perdrix » est COD (vous
pouvez vous poser la question « quoi ? » : « j’ai mangé(es)
Pour chercher la fonction du pronom « que », les choses sont un quoi ? » = « j’ai mangé(es) les perdrix »).
peu plus compliquées. Prenons une phrase qui nous servira d’exem-
ple : f - Trouver la fonction de « que ».
Si « les perdrix » est COD, alors le pronom « que » également.
Les perdrix que j’ai mangées étaient excellentes.

Résumons :
Voici comment trouver la fonction du pronom relatif :
• On trouve la proposition subordonnée.
a - Trouver la proposition subordonnée relative : • On recherche le pronom et on donne son antécédent.
Les perdrix que j’ai mangées étaient excellentes. • On extrait cette proposition de la phrase principale.
• Dans cette proposition, on remplace le pronom par son antécé-
dent.
b - Extraire cette proposition :
• On modifie la proposition obtenue pour que cela veuille dire
que j’ai mangées
quelque chose.
• On donne la fonction de «l'antécédent» mis à la place du pro-
c - Retirer le pronom relatif « que » et le remplacer par son antécé- nom.
dent :
121
LES PROPOSITIONS SUBORDONNÉES RELATIVES
(EXERCICES)

I - RELEVEZ LES PROPOSITIONS SUBORDONNÉES. II - RELEVEZ LE PRONOM RELATIF ET DONNEZ SON AN-
TÉCÉDENT.
a - Une bourgeoise dont le mari était d’Amiens était née à Orléans.
a - Il y avait chez lui une nièce qu’il hébergeait depuis longtemps.
b - Le bourgeois qui était très riche connaissait de nombreux tours
et ruses. b - La jeune fille qui doit épier les deux amants recevra un cotillon
en récompense.
c - Un jour, quatre clercs qui portaient leurs livres et leur linge dans
un gros sac arrivèrent à la ville. c - Elle comprend rapidement le plan qu’ils ont imaginé : la dame
avertira le clerc si le mari part en voyage.
d - Ils étaient bien vus dans la rue où ils avaient trouvé un gîte.
d - Le clerc ira alors la rejoindre là où elle le lui indiquera.
e - L’un d’eux allait souvent chez ces bourgeois, lesquels l’appré-
ciaient pour ses bonnes manières. e - Le bourgeois dont le piège fonctionne fait mine de partir pour
son commerce.
f - Le mari, dont la bourgeoise se plaisait en la compagnie de ce
clerc, décida de donner une leçon au jeune homme. f - À la nuit tombée, le mari, qui veut duper les amants, passe par la
porte que lui ouvre sa femme !

122
III - RELEVEZ LES PROPOSITIONS SUBORDONNÉES. b - Et les gens saisissent le bonhomme qu’on roue aussitôt de
DONNEZ LE PRONOM RELATIF PUIS SON ANTÉCÉDENT. coups.

a - La bourgeoise qui regarde sous le chaperon découvre la fourbe- c - Le pauvre homme qu’on prend à la gorge peine à crier merci.
rie de son mari.
d - Enfin, on le jette sur un fumier où il reste comme un chien crevé.
b - Elle lui propose de lui donner de sa bourse s’il tait cette affaire,
et lui offre une cachette dans un grenier dont elle a la clef. e - Les gens sont traités comme des rois à qui on donne les
meilleurs vins qui fussent en cave.
c - La femme enferme son mari et retrouve le clerc qui l’accueille à
bras ouverts. f - Les gâteaux, le vin, la nappe de lin et la chandelle dont la femme
s’empare réjouissent les deux amants qui se sont retrouvés.
d - Ils ont traversé le courtil et sont arrivés à la chambre où les
draps sont prêts dans le lit.

V - RÉÉCRIVEZ ENTIÈREMENT LES PHRASES AU PLURIEL.


e - Longtemps ils se sont amusés, et la bourgeoise, qui prétend aller
faire manger ses gens, laisse son amant. a - Le mari qui est rentré chez lui se fait préparer un bain par sa
femme.
f - Dans la salle où ses gens mangent, la bourgeoise explique : « Un
clerc qui me courtise et ne peut me laisser en paix m’attend au gre- b - Elle lui raconte comment on a traité le clerc qu’elle avait livré.
nier là-haut. »
c - Le bourgeois, qui croit tout ce qu’on lui dit, n’ose plus la soupçon-
ner.
IV - RELEVEZ LES PROPOSITIONS SUBORDONNÉES.
DONNEZ LE PRONOM RELATIF, SON ANTÉCÉDENT, d - Mais la bourgeoise qui aimait tant le clerc continua de le voir.
PUIS SA FONCTION.
e - La dame qui fit battre son mari s’en tira comme une femme hon-
a - Elle ajoute : « Rouez de coups cet homme que je ne veux plus
nête et sage.
voir. Je vous donnerai un gallon de vin qui sera votre récompense. »

123
ÉVALUATION b - Le goupil dont la fourrure est très belle doit valoir une belle
somme.
I - RELEVEZ LES PROPOSITIONS SUBORDONNÉES RELATI-
VES. (6 POINTS) c - Renart que les marchands prennent par les pattes est jeté dans
la charrette avec les poissons.
a - Des marchands, qui revenaient du bord de mer, ramenaient tou-
tes sortes de poissons.
III - RELEVEZ LES PRONOMS RELATIFS ET LEUR ANTÉCÉ-
b - Grâce au vent qui avait soufflé toute la semaine, ils avaient fait DENT PUIS DONNEZ LEUR FONCTION. (4,5 POINTS)
une pêche abondante dont ils espéraient tirer un large profit.
a - Pour satisfaire la grosse faim qui le tiraillait, Renart saisit deux
c - Les paniers qu’ils avaient achetés pour cette occasion crevaient douzaines des plus beaux harengs.
sous le poids des anguilles et des lamproies.
b - Ce gourmand que vous connaissez regrette même qu’il n’y ait
d - En cette époque froide où la nourriture était rare, Renart comptait pas de sel.
bien ne pas rentrer les poches vides, lesquelles étaient pour le mo-
ment, hélas ! bien vides. c - Les poissons dont Renart se goinfre sont délicieux.

II - POUR CHAQUE PHRASE CI-DESSOUS, FAITES DEUX IV - METTEZ CETTE PHRASE AU PLURIEL. (4 POINTS)
PHRASES SIMPLES. (6 POINTS)
L’animal qui apprécie ce plat inespéré est rassasié.
Exemple : Renart qui aperçoit les marchands s’étend sur le chemin
et fait le mort.

Renart aperçoit les marchands. Il s’étend sur le chemin et fait le
mort.

a - L’un des marchands qui espère vendre sa fourrure s’arrête aussi-


tôt.

124
LES PROPOSITIONS SUBORDONNÉES (RELATIVES ET CONJONCTIVES)

I - SOULIGNEZ LES PROPOSITIONS SUBORDONNÉES. II - SOULIGNEZ LES PROPOSITIONS SUBORDONNÉES.


RELEVEZ LE MOT SUBORDONNANT ET DONNEZ SA NA-
a - Les deux frères dont je vous parle partageaient le même logis. TURE (PRONOM RELATIF OU CONJONCTION DE SU-
BORDINATION).
b - Un homme qu’on disait très riche habitait près de leur maison.
a - Je dirai ici la matière d’un fabliau que je veux conter.

c - C’est chez lui qu’iront les deux frères.


b - Courtebarbe a fait ce fabliau ; je crois qu’il s’en souvient encore.

d - On entendit le bruit de la porte que les deux frères avaient ou-


c - Il advint que près de Compiègne suivaient leur chemin trois aveu-
verte.
gles.

e - Le chien, qui avait pour nom Estula, est appelé par le fils du bour-
d - Un clerc qui venait de Paris était suivi d’un écuyer à cheval.
geois.

e - Le clerc, qui montait un beau palefroi, s’aperçoit que nul ne


f - Le voleur dont l’intelligence était limitée répondit qu’il était là.
guide les aveugles.

g - Le fils fut convaincu que c’était le chien qui parlait.


f - Il leur dit qu’il va leur donner un besant pour tous les trois.

h - Il revient droit à la maison où il arrive tout tremblant.

125
III - RELEVEZ LES PROPOSITIONS SUBORDONNÉES RELA- d - L’autre répond qu’en voulant le sauver, il l’avait frappé d’un usten-
TIVES ; ENTOUREZ LE PRONOM RELATIF, SOULIGNEZ sile qu’on appelle un grappin.
SON ANTÉCÉDENT.
e - Les juges, dont l’intelligence était pourtant vive, demeuraient per-
a - Je vais vous raconter l’histoire d’une vieille qui avait deux va-
plexes.
ches.

f - Un bouffon passant par là leur dit : « Celui qui parla le premier,


b - Un jour, les deux vaches s’échappèrent, et le prévôt, qui les avait
qu’on le remette à la mer, là où le grappin l’a frappé et s’il arrive à
trouvées, les fait mener sans son étable.
s’en tirer, l’autre devra l’indemniser. »

c - Ce prévôt, dont la méchanceté était connue de tous, refusa de


les rendre à la vieille.
V - RELEVEZ LES PROPOSITIONS SUBORDONNÉES CON-
JONCTIVES UNIQUEMENT.
d - La vieille femme, que cette histoire navrait, rencontre Hersant, la-
quelle lui conseille d’aller voir un chevalier. a - Jean le Galois nous raconte que dans le comté de Nevers de-
meurait un riche bourgeois.
e - L’histoire que j’ai racontée vise les riches haut placés qui sont
menteurs et déloyaux. b - Ce bourgeois, un marchand qui était très chanceux, pensait que
sa femme était la plus belle de tout le pays.

IV - RELEVEZ LES PROPOSITIONS SUBORDONNÉES RELA- c - La dame aimait fort son mari, mais il advint que le bourgeois prit
TIVES ; ENTOUREZ LE PRONOM RELATIF, DONNEZ SON une amie qu’il chérit et combla de robes.
ANTÉCÉDENT PUIS LA FONCTION DU PRONOM RELA-
TIF.
d - La dame s’en aperçut et dit à son mari que c’était un grand dés-
a - Un homme qu’un pêcheur avait sauvé de la noyade va se plain- honneur pour eux, qu’il entretenait une garce.
dre au maire qui lui fixe un jour pour l’affaire.

b - Cet homme, qui avait perdu un œil par la faute du pêcheur, vou-
lait obtenir réparation.

c - Le jour venu, celui qu’on avait éborgné, parla le premier.


126
LE PET DU VILAIN

L
e paradis est grand ouvert aux gens charitables, mais ceux prise, ils ont perdu l’accès à cette prison.
qui n’ont en eux ni charité, ni bonté, ni foi, ni loyauté n’auront
pas la joie d’y aller. Et je ne pense pas que personne ne Jadis, un vilain était malade. L’enfer, je puis bien vous l’affirmer, était
puisse l’avoir, s’il n’éprouve quelque pitié pour l’humanité. Je dis ça tout prêt à recevoir son âme. Un diable, préservant les droits de l’en-
à propos des vilains que les prêtres et les clercs détestent depuis fer, est descendu. Parvenu chez le vilain, il lui suspend au cul un
toujours ; et je ne pense pas sac de cuir, persuadé que l’âme sort par le cul. Mais le vilain, pour
que Dieu leur offre de place se soigner, avait pris ce soir une potion. Il avait tant mangé de bon
au paradis. Que jamais Jé- bœuf à l’ail et de bouillon gras bien chaud que sa panse n’était pas
sus-Christ n’accepte qu’un molle, mais tendue comme une corde de cithare. Il ne redoute plus
vilain soit logé avec le fils de de périr : s’il peut péter, il est guéri. À cet effort, fortement, il s’ef-
la Vierge Marie, car, nous di- force ; à cet effort, il met toute sa force. Il s’efforce tant, il s’évertue
sent les Écritures, ce n’est ni tant, se retourne tant, et se remue tant, qu’un pet jaillit de sa raie et
juste ni bon. Les vilains ne emplit le sac. Le diable l’attache, car, pour sa pénitence, il lui avait
peuvent accéder au para- piétiné la panse. Le proverbe dit bien que trop compresser fait chier.
dis, ni contre de l’argent ni Le diable s’en va et parvient jusqu’à la porte avec le pet qu’il em-
quoi que ce soit d’autre ; et porte dans son sac. En enfer, il jette le tout : le sac, et le pet qui en
l’enfer leur échappe égale- jaillit d’un coup. Et tous les diables, bouillants de colère, de maudire
ment, pour le grand mal- l’âme du vilain ! Ils tiennent conseil le lendemain, et tombent d’ac-
heur des diables. Vous al- cord pour que jamais plus on apporte l’âme sortie d’un vilain : elle
lez entendre par quelle mé- pue, cela ne peut être autrement.

127
Ainsi, ils s’accordèrent jadis sur ce point : un vilain ne peut entrer ni
QUESTIONS
en enfer, ni au paradis. Vous en avez entendu la raison.

UN VILAIN MORIBOND
Rutebeuf ne sait où l’on peut mettre l’âme d’un vilain, qui s’est fermé
ces deux royaumes. Qu’elle aille chanter avec les grenouilles ! C’est 1. Pourquoi le vilain est-il sur le point de mourir ?
le mieux qu’elle puisse faire à ce qui lui semble. Ou qu’elle aille tout
droit, pour alléger sa pénitence, sur les terres du père Audigier, 2. Qui vient chercher son âme ? Pourquoi lui ?
c’est-à-dire le pays de Cocuce où Audigier chie dans son chapeau.
3. Selon ce personnage, par où sort l’âme du vilain ? D’où peut bien
Rutebeuf venir une telle méprise ?

4. Relevez le champ lexical du corps.

5. Relevez, dans ce passage, la répétition d’une consonne. Com-


ment appelle-t-on ce procédé ? Pourquoi est-il utilisé dans ce tex-
te ?

6. Qu’est-ce qui provoque le comique de ce passage ?

LE REJET DIABOLIQUE
7. Comment réagissent les autres diables lorsque le diable revient
en enfer ? Pourquoi ? Quelle décision prennent-ils ?

8. Quelle conséquence cette décision a-t-elle pour les vilains ?

9. En fin de compte, ce texte est-il vraiment comique ? Justifiez votre


réponse.

128
« Le triomphe de la mort »
de Pieter Brueghel l'An-
cien (détail), 1562

129
Pierre Pathelin veut acquérir de
UN EXTRAIT DE LA FARCE DE MAÎTRE PATHELIN
l’étoffe pour se faire des vêtements à 

lui et à sa femme Guillemette. Or cet Pathelin feint d’être à l’agonie lorsque le drapier vient réclamer l’argent pour les draps dont il
avocat désormais sans emploi est sans lui a fait crédit.
le sou. Pour obtenir ce qu’il désire, il
va tromper Guillaume Joceaulme le
Guillemette : Hélas ! Venez le voir, cher monsieur : il est si souffrant !

drapier. L’extrait ci-contre montre com-
Le drapier : Est-il malade pour de bon, depuis tout à l’heure qu’il est revenu de la foire ?

ment Pathelin accueille le drapier venu
réclamer son argent. Guillemette : De la foire ?


 Le drapier : Par saint Jean, oui. Je crois qu’il y est allé. Il me faut l’argent du drap dont je vous
Plus tard, le drapier assigne en justice ai fait crédit, maître Pierre.

son berger Thibault l’Agnelet. Celui-ci Pathelin : Ah ! Maître Jean, j’ai chié deux petites crottes plus dures que la pierre, noires, et
sera défendu par Maître Pathelin qui a rondes comme des pelotes. Prendrai-je un autre clystère ?

bien l’intention, une fois encore, de se Le drapier : Et qu’est-ce que j’en sais ? Qu’est-ce que j’en ai à faire ? Il me faut neuf francs ou
moquer du drapier. six écus.

Pathelin : Ces trois morceaux noirs et pointus, les appelez-vous des pilules ? Ils m’ont abîmé
les mâchoires ! De grâce, ne m’en faites plus prendre, maître Jean ! Ils m’ont fait tout rendre.
Ah ! Il n’y a pas de chose plus amère.

Le drapier : Non point, par l’âme de mon père : mes neuf francs ne me sont point rendus.

Guillemette : Par le cou soient pendus de tels gens si pénibles ! Allez-vous-en, par tous les
diables, puisque ce n’est par Dieu !

Le drapier : Par le Dieu qui me fit naître, j’aurai mon drap avant de finir ou mes neuf francs !

Pathelin : Et mon urine, ne vous dit-elle point que je meurs ? Hélas ! Par Dieu, faites que quoi
qu’il arrive je ne trépasse pas !

Guillemette : Allez-vous-en ! Et n’est-ce pas honteux de lui casser la tête ?

Le drapier : Dame ! Dieu en soit fâché ! Six aunes de drap... maintenant ! Dites, est-ce conce-
vable, sur votre foi, que je les perde ?

Pathelin : Si vous pouviez amollir ma merde, maître Jean ! Elle est si dure que je ne sais com-
ment je résiste quand elle me sort du fondement.

Le drapier : Il me faut neuf francs tout ronds, car, par saint Pierre de Rome...

Guillemette : Hélas ! Vous tourmentez tellement cet homme ! Comment êtes-vous si dur ?

130
Vous voyez clairement qu’il pense que vous êtes médecin. Hélas ! ORIGINE DE LA FARCE
Le pauvre chrétien a assez de malheur : onze semaines sans relâ-
che, il est resté là, le pauvre homme ! À l’origine, la farce est une petite pièce incorporée à un spectacle
édifiant (un mystère) pour détendre un public amassé autour de
planches disposées sur des tréteaux. En effet, il n’existe pas à cette
PETITE HISTOIRE DU THÉÂTRE époque de bâtiment qu’on appellera plus tard un théâtre. Plus tard,
la farce sera jouée de façon autonome dans les foires et les mar-
Au Moyen Âge, le théâtre est religieux. On y représente l’histoire chés.
sainte, on en « joue » les passages célèbres. D’abord joué dans
une église (le drame liturgique ou le jeu), puis sur le parvis d’une
église (le miracle), le théâtre apparaît sur la place publique (le mys- DÉFINITION DE LA FARCE
tère).
Constituée de 300 à 400 vers environ, la farce met en scène trois ou
Progressivement, le quatre personnages, essentiellement des « types » de la vie quoti-
théâtre quitte donc dienne. Il s’agit du mari trompé, de la femme rusée, du prêtre... Défi-
l’église pour se dérouler lent également toutes les professions du Moyen Âge : le chaudron-
dans les villes, les foi- nier, le meunier, le pâtissier, le savetier, le juge, le sergent, le ber-
res, les campagnes, ger...
etc. Un personnage important apparaît : le badin. Ce faux niais, ce vrai
naïf, cet innocent plaisant fait éclater le rire.

Les thèmes essentiels de la farce sont la ruse et l’autorité : qui du


mari ou de la femme, du maître ou du valet aura l’autorité, le droit de
commander l’autre, par quelle ruse ?

Très proche du fabliau, la farce est l’ancêtre de la comédie, genre


Représentation d’un mystère
théâtral qui se développera avec succès au XVIIe siècle avec Mo-
lière.

131
« Perdrix peintes » par Archibald
Thorburn

DICTÉES
DICTÉE 1 DICTÉE 2
Mots qui vous sont donnés : Mots qui vous sont donnés :

• fût • chère
• eussiez

AUDIO 3.1 AUDIO 3.2 AUDIO 3.3 AUDIO 3.4


Écoutez le texte Écrivez le texte Écoutez le texte Écrivez le texte

132
LE VILAIN QUI GAGNA LE PARADIS
EN PLAIDANT

U
n vilain mourut et, ce qui peut-être jamais n’arriva qu’à lui
seul, personne au ciel ni aux enfers n’en fut averti. Vous
dire comment cela se fit, je ne le saurais. Ce que je sais,
c’est que par un hasard singulier, ni anges ni diables, au moment
qu’il rendit son âme, ne se trouvèrent là pour la réclamer. Seul
donc et tout tremblant, le villageois partit sans guide ; et, puisque
personne ne s’y opposait, il prit son chemin vers le paradis. Ce-
pendant, comme il n’en connaissait pas trop bien la route, il crai-
gnait de s’égarer ; mais heureusement, ayant aperçu l’archange
Michel qui y conduisait un élu, il le suivit de loin sans rien dire, et
le suivit si bien qu’il arriva en même temps que lui à la porte.

Saint Pierre, dès qu’il entendit frapper, ouvrit au bel ange et à son
compagnon, mais quand il vit le manant tout seul :

« Passez, passez, lui dit-il, on n’entre point ici sans conducteur,


et l’on n’y veut pas de vilains.
- Vilain vous-même, répondit le paysan. Il vous convient bien à
vous qui avez renié par trois fois notre Seigneur de vouloir chas-
ser d’un lieu où vous ne devriez pas être, d’honnêtes gens qui
peut-être y ont droit. Vraiment, voilà une belle conduite pour un
apôtre, et Dieu s’est fait un grand honneur en lui confiant les
clefs de son paradis. »

133
Pierre, peu accoutumé à de pareils discours, fut tellement étourdi tant était votre chef. Vieux chauve, rentrez, croyez-moi ; et quoique
de celui-ci qu’il se retira sans pouvoir répondre. Il rencontra saint je ne sois parent ni de ce bon saint Étienne ni de tous ces honnêtes
Thomas auquel il conta naïvement la honte qu’il venait d’essuyer. gens que vous avez si vilainement fait massacrer, sachez que je
vous connais bien. »
« Laissez-moi faire, dit Thomas, je vais trouver le manant et saurai
bien le faire déguerpir. »

Il y alla, en effet, traita assez rudement le malheureux, et lui deman- GALERIE 3.1 Trois tableaux de Caravage
da de quel droit il osait se présenter au séjour des élus où n’entrè-
rent jamais que des martyrs et des confesseurs.

« Eh ! pourquoi donc y êtes-vous, repartit le vilain, vous qui avez


manqué de foi, vous n’avez pas voulu croire à la résurrection,
qu’on vous avait pourtant bien annoncée, et auquel il a fallu faire tou-
cher au doigt les plaies du ressuscité ? Puisque les mécréants en-
trent ici, je puis bien y entrer, moi, qui ai toujours cru comme un bon
fidèle. »

Thomas baissa la tête à ce reproche, et sans attendre davantage, il


alla tout honteux retrouver Pierre.

Saint Paul, venu là par hasard, ayant entendu leurs plaintes, se mo-
qua d’eux. « Vous ne savez point parler », leur dit-il. Et, jurant par
son chef qu’il allait les venger et les débarrasser du vilain, il
s’avance d’un air fier et le prend par le bras pour le chasser.

« Ces façons-là ne me surprennent point, répond le villageois. Per-


Le reniement de saint Pierre
sécuteur ou espion des chrétiens, vous avez toujours été un tyran.
Pour vous changer, il a fallu que Dieu ait déployé tout ce qu’il sait en
fait de miracles. Encore n’a-t-il pas pu vous guérir d’être un
brouillon, ni vous empêcher de vous quereller avec Pierre, qui pour-
134
Malgré toute l’assurance qu’il avait promise, Paul fut déconcerté. Il trer vous-même en m’appelant pour vous répondre, m’y voilà, j’y res-
retourna auprès des deux apôtres qui, le voyant aussi mécontent terai, car vous avez dit dans votre Évangile, souvenez-vous en : il
qu’eux, prirent le parti d’aller se plaindre à Dieu. est entré, qu’on l’y laisse ; et vous n’êtes pas capable de manquer à
votre parole.
Pierre, comme chef, porta la parole. Il demanda justice, et finit par - Tu l’as gagné par ta plaidoirie, dit Dieu, restes-y, puisque tu as si
dire que l’insolence du vilain lui avait fait tant de honte qu’il n’ose- bien su parler. Voilà ce que c’est d’avoir été à bonne école. »
rait plus retourner à son poste, s’il croyait l’y retrouver encore.

« Eh bien ! je veux aller moi-même lui parler », dit Dieu.

Il se rend aussitôt avec eux à la porte ; il appelle le manant qui atten-


PIERRE, THOMAS ET PAUL
dait toujours, et lui demande comme il est venu là sans conducteur,
et comment il a l’assurance d’y rester après avoir insulté ses apô- Pierre a renié Jésus trois fois :
tres.
Une servante le [Pierre] vit assis près de la flambée et, fixant
« Sire, ils ont voulu me chasser, et j’ai cru avoir droit d’entrer aussi les yeux sur lui, elle dit : « Celui-là aussi était avec lui [Jé-
bien qu’eux, car enfin je ne vous ai pas renié, je n’ai pas manqué de sus] ! » Mais lui nia en disant : « Femme, je ne le connais
foi envers votre sainte parole, et n’ai fait emprisonner ni lapider per- pas. » Peu après, un autre, l’ayant vu, déclara : « Toi aussi,
sonne. On n’est pas reçu ici sans jugement, je le sais. Eh bien ! je tu en es ! » Mais Pierre déclara : « Homme, je n’en suis
pas. » Environ, une heure plus tard, un autre soutenait avec
m’y soumets. Sire Dieu, jugez-moi. Vous m’avez fait naître dans la
insistance : « Sûrement, celui-là aussi était avec lui et
misère, j’ai supporté mes peines sans me plaindre et travaillé toute
d’ailleurs il est Galiléen ! » Mais Pierre dit : « Homme, je ne
ma vie. On m’a dit de croire à votre Évangile, j’y ai cru. On m’a prê-
sais ce que tu dis. » Et à l’instant même, comme il parlait en-
ché je ne sais combien de choses, je les ai faites. Bref, tant que core, un coq chanta, et le Seigneur, se retournant, fixa son
vous m’avez laissé des jours, j’ai tâché de bien vivre et n’ai rien à regard sur Pierre. Et Pierre se ressouvint de la parole du Sei-
me reprocher. Venait-il chez moi des pauvres ? je les logeais, je les gneur, qui lui avait dit : « Avant que le coq ait chanté aujour-
faisais asseoir au coin de mon feu, et je partageais avec eux le pain d’hui, tu m’auras renié trois fois. » (L’Évangile selon saint
gagné à la sueur de mon front. Vous savez, Sire, si je vous ment en Luc)
la moindre chose. Dès que je me suis vu malade, je me suis confes-
sé et j’ai reçu les sacrements. Notre pasteur nous a toujours annon-
cé que, qui vivrait et mourrait ainsi, paradis lui serait donné. Je viens
en conséquence vous le demander. Au reste, vous m’y avez fait en-
135
QUESTIONS RÉDIGEZ
UN VILAIN AU PARADIS Vous aussi, plaidez votre cause afin d’accéder à un lieu qui vous est
interdit ou pour faire une chose qui vous est défendue.
1. Comment le vilain parvient-il au paradis ? Un vilain a-t-il le droit
d’y accéder ? Pourquoi ? Donnez, au moins, trois arguments à votre interlocuteur afin de con-
vaincre celui qui vous écoute d’accepter ce que vous lui demandez.
2. Quels sont les personnages rencontrés par le vilain ? Quelle réac-
tion ces personnages ont-ils en voyant le vilain ?

VOCABULAIRE
3. Dans quel ordre apparaissent-ils ? Pourquoi ?
a - Donnez au moins quatre mots de la même famille que « ange ».
4. Que signifie le verbe « plaider » ? Que plaide le vilain ?
b - Que signifie le mot « ange » dans les expressions :
5. Relevez chaque argument donné par le vilain à chacun de ces
personnages. « ange déchu », « ange exterminateur », « ange gardien », « saut
de l’ange », « sourire aux anges », « un ange passe », « être aux an-
6. Que répondent ces personnages ? ges », « une faiseuse d’ange ».

UN FABLIAU MERVEILLEUX CONJUGAISON


7. Ce fabliau correspond-il à la définition que nous en avons don-
« je les faisais asseoir au coin de mon feu »
née ? Pourquoi ?
a - Relevez les deux verbes que contient cette phrase.
8. Le vilain présente-t-il les caractéristiques habituelles du vilain, tel
que nous l’avons rencontré dans les précédents fabliaux ?
b - Qu’est-ce qui peut vous surprendre dans leur prononciation ?

9. Formulez, avec vos propres mots, la moralité de cette histoire.

136
LES VERBES IRRÉGULIERS

Les verbes « aller », « asseoir », « dire », « faire », « savoir », « vou-


LE VERBE « ALLER »
loir », « voir », etc. sont des verbes irréguliers, c’est-à-dire que leur
radical subit de nombreuses transformations.

Ainsi, le verbe « aller » a quatre formes différentes, ce qui justifie, Présent


Présent Imparfait Futur simple
d’ailleurs, son classement parmi les verbes du 3e groupe : (subjonctif)

je vais j’allais j’irai que j’aille


• je vais (présent de l’indicatif)
• nous allons (présent de l’indicatif) tu vas tu allais tu iras que tu ailles
• nous irons (futur simple de l’indicatif)
il va il allait il ira qu’il aille
• qu’il aille (présent du subjonctif)
nous allons nous allions nous irons que nous allions

vous allez vous alliez vous irez que vous alliez


Voici la conjugaison (les formes simples) de quelques verbes fré-
quents dont l’irrégularité peut vous faire commettre quelques fautes. ils vont ils allaient ils iront qu’ils aillent

137
LE VERBE « ASSEOIR »
Ce verbe possède une double conjugaison, l’une ancienne (plutôt soutenue), l’autre refaite et simplifiée.

Choisissez celle que vous voulez, mais ne mélangez pas les deux.

Remarquez que le verbe « asseoir » s’emploie généralement à la forme pronominale (« s’asseoir »).

Présent Imparfait Futur simple Présent (subjonctif)

j’assieds / j’assois j’asseyais / j’assoyais j’assiérai / j’assoirai que j’asseye / que j’assoie

que tu asseyes / que tu


tu assieds / tu assois tu asseyais / tu assoyais tu assiéras / tu assoiras
assoies

il assied / il assoit il asseyait / il assoyait il assiéra / il assoira qu’il asseye / qu’il assoie

nous asseyons / nous nous asseyions / nous nous assiérons / nous que nous asseyions / que
assoyons assoyions assoirons nous assoyions

vous asseyiez / vous que vous asseyiez / que


vous asseyez / vous assoyez vous assiérez / vous assoirez
assoyiez vous assoyiez

qu’ils asseyent / qu’ils


ils asseyent / ils assoient ils asseyaient / ils assoyaient ils assiéront / ils assoiront
assoient

138
LE VERBE « DIRE »

Présent Imparfait Futur simple Présent (subjonctif)

je dis je disais je dirai que je dise

tu dis tu disais tu diras que tu dises

il dit il disait il dira qu’il dise

nous disons nous disions nous dirons que nous disions

vous dites vous disiez vous direz que vous disiez

ils disent ils disaient ils diront qu’ils disent

139
LE VERBE « FAIRE »

Présent Imparfait Futur simple Présent (subjonctif)

je fais je faisais je ferai que je fasse

tu fais tu faisais tu feras que tu fasses

il fait il faisait il fera qu’il fasse

nous faisons nous faisions nous ferons que nous fassions

vous faites vous faisiez vous ferez que vous fassiez

ils font ils faisaient ils feront qu’ils fassent

140
LE VERBE « SAVOIR »

Présent Imparfait Futur simple Présent (subjonctif)

je sais je savais je saurai que je sache

tu sais tu savais tu sauras que tu saches

il sait il savait il saura qu’il sache

nous savons nous savions nous saurons que nous sachions

vous savez vous saviez vous saurez que vous sachiez

ils savent ils savaient ils sauront qu’ils sachent

141
LE VERBE « VOULOIR »

Présent Imparfait Futur simple Présent (subjonctif)

je veux je voulais je voudrai que je veuille

tu veux tu voulais tu voudras que tu veuilles

il veut il voulait il voudra qu’il veuille

nous voulons nous voulions nous voudrons que nous voulions

vous voulez vous vouliez vous voudrez que vous vouliez

ils veulent ils voulaient ils voudront qu’ils veuillent

142
LE VERBE « VOIR »

Présent Imparfait Futur simple Présent (subjonctif)

je vois je voyais je verrai que je voie

tu vois tu voyais tu verras que tu voies

il voit il voyait il verra qu’il voie

nous voyons nous voyions nous verrons que nous voyions

vous voyez vous voyiez vous verrez que vous voyiez

ils voient ils voyaient ils verront qu’ils voient

143
EXERCICES

INTERACTIF 3.1 Conjuguez les INTERACTIF 3.3 Conjuguez les INTERACTIF 3.5 Conjuguez les
verbes au présent de l’indica- verbes au futur simple de l’in- verbes au temps et au mode
tif dicatif demandés

INTERACTIF 3.2 Conjuguez les INTERACTIF 3.4 Conjuguez les


verbes à l’imparfait de l’indi- verbes au présent du subjonc-
catif tif

144
LE VILAIN ET L’OISEAU

U
n vilain avait pris un des oiseaux les plus petits (on l’appelle doucement. Puis, sa chanson finie, voulant savoir si l’homme avait
un rossignol), et il allait le tuer avec son couteau, mais l’oi- compris la valeur de ses préceptes et en avait retiré quelque utilité,
seau reçut la faculté de parler et lui dit : il lui dit :

« À quoi te servira-t-il de m’ôter la vie ? Tu ne pourras apaiser ta « Que tu as été déraisonnable ! tu as perdu par ta faute un grand
faim avec mon corps ; mais si tu voulais me relâcher, je te donnerais trésor : j’ai dans mes entrailles une perle plus grosse qu’un œuf
trois conseils qui, si tu les suis bien, pourront t’être d’un grand d’autruche. »
avantage. »
L’homme, en entendant ces mots, fut plein de douleur. Il tendit son
Le vilain, surpris d’entendre l’oiseau parler, promit de le relâcher s’il filet et s’efforça de reprendre l’oiseau. Il lui disait : « Viens dans ma
lui communiquait ces trois utiles préceptes. maison, j’aurai tous les soins de toi, je te nourrirai de mes mains et
je te laisserai voler à ton aise. »
« Écoute donc, dit l’oiseau. Voici le premier : N’essaie jamais d’attein-
dre une chose qui ne peut être atteinte. Voici le second : Ne te cha- Mais le rossignol lui répondit : « Maintenant, je vois que tu es vrai-
grine pas pour une chose perdue et impossible à recouvrer. Voici le ment déraisonnable. Tu n’as retiré aucun fruit des préceptes que je
troisième : Ne crois jamais à une parole incroyable. Observe ces t’ai donnés : tu te chagrines de m’avoir perdu quand tu ne peux me
trois recommandations, et tu t’en trouveras bien. » recouvrer ; tu as essayé de me prendre quand il t’est impossible de
m’atteindre ; et tu crois qu’il y a dans mes entrailles une perle plus
Le vilain laissa donc l’oiseau s’envoler, comme il le lui avait promis. grosse qu’un œuf d’autruche, quand mon corps tout entier n’atteint
Et le rossignol, en voltigeant au-dessus de sa tête, se mit à chanter pas cette grosseur. »

145
QUESTIONS 9. Que signifie le mot « absurde » ? Pourquoi peut-on dire que cette
histoire est absurde ?

UN FABLIAU MERVEILLEUX
1. Quelle figure de style a-t-on lorsqu’un animal parle ? RÉDIGEZ
2. À quel genre littéraire peut-on penser lorsqu’un animal parle ? Ci- Formulez, comme l’oiseau, quelques conseils (sur le sujet de votre
tez-en au moins deux. choix : pour pratiquer un sport, pour bien commencer au collège,
etc.).
3. Trouve-t-on habituellement ce genre de personnage dans le fa-
bliau ? Utilisez le même mode, et classez vos conseils par ordre en utili-
sant des déterminants numéraux ordinaux (le premier, le
deuxième, etc.).
L’HOMME BÊTE, LA BÊTE INTELLIGENTE
4. Encore une fois, à quoi sert-il de savoir (bien) par-
ler ?
VOCABULAIRE
Expliquez la formation du mot « déraisonnable ».
5. Quels sont les conseils donnés par l’oiseau ?
• Quelle partie du mot faut-il retirer pour obtenir son
6. Quel temps et quel mode est utilisé pour formu- contraire ? Comment appelle-t-on cette partie ?
ler un conseil ? Relevez des exemples. • Quel est le radical de ce mot ?
• Quelle partie trouve-t-on à la fin de ce mot ? Com-
7. Que signifie l’expression « avoir une cervelle ment l’appelle-t-on ? Connaissez-vous d’autres mots se
d’oiseau » ? terminant par cette partie ? Lesquels ?

8. Que penser du vilain : a-t-il raison ou a-t-il tort de


croire à ces conseils ? Justifiez votre réponse.

146
RÉDACTION

SUJET II - UN FABLIAU (5 POINTS)

Racontez un fabliau. • Le texte est un fabliau relativement court d'une page ou deux, pro-
prement écrit (lisible et sans ratures) (1 point)
BARÈME • L'histoire se passe au Moyen Âge (sans anachronismes) et les
personnages sont typiques de cette époque (vilain, curé, cheva-
I - LE TEXTE (11 POINTS) lier, etc.) (2 points)
• L'histoire se déroule dans un cadre réaliste (c'est la vie quoti-
• Le texte est composé de plusieurs parties ou paragraphes claire- dienne du Moyen Âge qui est racontée) (1 point)
ment distincts (2 points) • Le texte s'achève par une moralité (1 point)
• Le texte ne contient pas plus de cinq fautes d'orthographe (4
points)
INTERACTIF 3.6 Rédigez et
• La ponctuation (notamment celle du dialogue s'il y en a un) est III - LE COMIQUE (4 POINTS)
correcte (2 points) envoyez votre travail
• La rédaction est bien écrite : les phrases sont bien construites, le • Le fabliau est comique. L'intention
vocabulaire est recherché, etc. (3 points) de divertir apparaît donc claire-
ment (2 points)
• Le fabliau est satirique. C'est
donc une moquerie de quelqu'un
ou de quelque chose (2 points)

147
4

LES GÉANTS GARGANTUA ET


PANTAGRUEL
149
PETITE BIOGRAPHIE DE FRANÇOIS RABELAIS

En 1532 paraissent Les Horribles et Épouvantables Faits et proues-


ses du très renommé Pantagruel, Roi des Dipsodes, fils du grand
géant Gargantua. Son auteur est un certain Alcofribas Nasier, ana-
gramme de François Rabelais.

C’est l’œuvre d’un homme entre quarante et cinquante ans qui, s’il
ne veut pas périr sur le bûcher (tel l’humaniste Étienne Dolet), ne
peut pas révéler son vrai nom.

Nous ne savons pas précisément en quelle année Rabelais est né
(en 1483 ? Peut-être en 1494 ?) ni en quel lieu (à la métairie de la De-
vinière non loin de Chinon ?). En revanche, on peut avoir le senti-
ment qu’il a mené plusieurs vies : tour à tour, moine, médecin et
écrivain, il voyage aux quatre coins de la France et de l'Italie.

Il meurt en 1553, après avoir été jeté en prison, suite à une condam-
nation de la Sorbonne.

150
Rabelais sera mêlé de
près aux relations diploma-
tiques. Il assiste même à
l’entrevue d’Aigues-Mor-
tes entre Charles Quint et
François 1er en 1538 !

151
INTERACTIF 4.1 Des chefs-d’œuvre

Découvrez une famille de géants

152
MOINE
À 26 ans, Rabelais est un moine franciscain qui se prend de pas-
sion pour les textes de l’Antiquité et notamment pour le grec.
Quand la faculté de théologie de Paris interdit l’étude du grec en
France, les Franciscains s’emparent de ses livres. Il rejoint alors
les Bénédictins, ordre créé par saint Benoît, plus favorables à
l’étude des auteurs de l’Antiquité.

MÉDECIN
Rabelais renonce finalement à la vie de moine. En 1530, il étudie
à la Faculté de médecine de Montpellier. À cette époque, on étu-
die la médecine non pas en pratiquant mais en lisant les livres
(Hippocrate, Galien...). Un humaniste comme Rabelais va pou-
voir travailler directement sur les textes en grec, et non sur des
traductions latines pleines d’erreurs.

En 1537, il pratiquera même cette méthode nouvelle d’observa-
tion directe du corps, la dissection du cadavre d’un pendu. Cette
pratique est évidemment vue d’un mauvais œil par l’Église.

Illustration montrant les connais-


sances en anatomie au XVIe siè-
cle

153
En 1535, le cardinal Jean du Bellay le prend sous sa protection. Il se
L’ANAGRAMME
rend à Rome en qualité de médecin du cardinal.
1. Alcofribas Nasier et François Rabelais désignent la même per-
sonne.

ÉCRIVAIN Observez chacune des lettres qui composent ces noms. Que remar-
quez-vous ?
Son premier livre raconte l’histoire du géant Pantagruel. Devant le
succès de cette œuvre inspirée des Grandes Chroniques, Rabelais 2. Cherchez dans un dictionnaire la définition du mot anagramme et
publie en 1534 La Vie très horrifique du grand Gargantua, père de notez-la.
Pantagruel, puis Le Tiers Livre (1546), Le Quart Livre (1548 puis
1552) et enfin Le Cinquième Livre (publié neuf ans après la mort de 3. Le mot « chien » peut former deux anagrammes. Lesquelles ?
l’auteur, en 1564).

 4. Avida dollars est l’anagramme d’un célèbre peintre du XXe siècle.
Son œuvre est complexe : elle tient de la fable, de la farce, du fa- Qui est-il ? Pourquoi, à votre avis, l’appeler ainsi ?
bliau, du roman de chevalerie, de l’Antiquité grecque et latine, etc.
Mêlant combats, explorations, découvertes, obscénités et idéaux hu-
manistes, c’est une œuvre au croisement du Moyen Âge et de la Re-
naissance. INTERACTIF 4.2 Les anagrammes

Trouvez les anagrammes des


mots proposés.

154
LA NAISSANCE DE GARGANTUA

P
eu de temps après, elle commença à soupirer, à se lamenter
et à crier. Soudain, une foule de sages-femmes vinrent de
tous côtés. En la tâtant par le bas, elles trouvèrent quelques
morceaux de peau d’assez mauvais goût, et pensèrent que c’était
l’enfant. Mais c’était le fondement qui lui échappait, à cause du relâ-
chement du gros intestin (lequel vous appelez le boyau du cul), car
elle avait trop mangé de tripes, comme nous avons déclaré ci-des-
sus.

Alors une repoussante vieille de la compagnie, qui était venue de


Brisepaille près de Saint-Genou il y a plus de soixante ans et qui
avait la réputation d’être un grand médecin, lui fit un astringent si
horrible que tous ses sphincters en furent tellement obstrués et res-
serrés que vous les eussiez élargis à grande peine avec les dents,
ce qui est une chose bien horrible à penser. C’est de la même façon
que le diable, à la messe de Saint-Martin écrivant le caquetage de
deux commères, allongea à belles dents son parchemin.

Suite à cet inconvénient, les cotylédons se relâchèrent, et l’enfant
sauta, entra dans la veine cave, et, montant par le diaphragme jus-

155
qu’au-dessus des épaules (où ladite veine se partage en deux), il Bacchus ne fut-il pas engendré par la cuisse de Jupiter ?

prit son chemin à gauche, et sortit par l’oreille gauche. Roquetaillade ne naquit-il pas du talon de sa mère ?


 Croquemouche de la pantoufle de sa nourrice ?

Dès qu’il fut né, il ne cria pas comme les autres enfants : « Mies ! Minerve ne naquit-elle pas du cerveau par l’oreille de Jupiter ?

mies », mais il s’écriait à haute voix : « À boire ! à boire ! à boire ! », Adonis par l’écorce d’un arbre à myrrhe ?

comme s’il invitait tout le monde à boire, si bien qu’il fut entendu de Castor et Pollux de la coque d’un œuf pondu et couvé par Léda ?

tout le pays de Busse et de Bibarois. Mais vous seriez bien davantage ébahis et étonnés si je vous expo-

 sais à présent tout le
Je me doute que vous ne croyez sûrement pas cette étrange nativi- chapitre de Pline où il VIDÉO 4.1 L’anecdote
té. Si vous n’y croyez pas, je ne m’en soucie guère, mais un homme parle des enfantements
de bien, un homme de bon sens croit toujours ce qu’on lui dit et qu’il étranges et contre na-
trouve dans les livres. Est-ce contraire à notre loi, à notre foi, à la rai- ture ; et toutefois je ne
son, aux Saintes Écritures ? Pour ma part, je ne trouve rien écrit suis point un menteur
dans la Sainte Bible qui soit contre cela. Mais, si telle eût été la vo- aussi effronté qu’il l’a
lonté de Dieu, diriez-vous qu’il ne l’eût pu faire ? Ah ! de grâce, ne été. Lisez le septième
vous encombrez jamais l’esprit de ces vaines pensées, car je vous livre de son Histoire natu-
dis qu’à Dieu rien n’est impossible, et, s’il le voulait, les femmes au- relle, chap. III, et ne me
raient dorénavant ainsi leurs enfants par l’oreille. tarabustez plus l’esprit
avec ça.

Gargantua, Chapitre VI
Comment Gargantua na-
quit de façon bien Rabelais vous parle
étrange

156
QUESTIONS QUELQUES NAISSANCES FABULEUSES
UNE NAISSANCE BIEN ÉTRANGE LES NAISSANCES BIBLIQUES
1. Quel est l’infinitif du verbe « naquit » ? Quel est son temps ? Trou- La naissance d’Adam et Ève ou même de Jésus ne sont pas moins
vez, dans le 5e paragraphe, un mot de la même famille. étonnantes que celle de Gargantua.

2. Comment Grangousier accouche-t-elle de Gargantua ? Le premier homme est né d’un mélange de terre et d’eau au-
Est-ce une naissance vraisemblable ? Pourquoi ? quel Dieu a insufflé la vie. Se sentant seul, Adam lui de-
mande une compagne qui serait née d’une côte
3. En quoi le comportement de l’enfant à la nais- surnuméraire. On a souvent dit que cette histoire
sance est-il tout aussi invraisemblable ? provenait d’une mauvaise traduction et qu’en
fait Ève serait née pendant le sommeil
d’Adam, à ses côtés. Ce qui faisait dire à
UNE PLAISANTERIE HUMANISTE Gaston Bachelard : « Adam a trouvé Ève en
sortant d’un rêve : c’est pourquoi la femme
4. Quelles preuves l’auteur utilise-t-il pour est si belle » (L’Eau et les rêves, p.25).
nous convaincre de la possibilité de cette
naissance ? La naissance de Jésus est tout aussi étrange,
puisqu’il est né (comme Dark Vador) d’une
5. À quoi voit-on que ce texte est l’œuvre d’un vierge. La première scène de L’évangile selon
homme érudit ? Citez des passages précis. saint Mathieu du réalisateur italien Pier Paolo Pasoli-
ni montre la sidération de Joseph lorsqu’il découvre Ma-
6. Cet homme savant se prend-il au sérieux ? Justifiez votre rie enceinte.
réponse.
Puis Rabelais évoque, entre autres, la naissance de Bacchus, de Mi-
7. À quel texte étudié, lors d’un chapitre précédent, cette phrase nerve, d’Adonis et des jumeaux Castor et Pollux.
fait-elle penser : « un homme de bon sens croit toujours ce qu’on lui
dit et qu’il trouve dans les livres » ?
Que peut-on en conclure des intentions de l’auteur ?

157
LES NAISSANCES MYTHOLOGIQUES

BACCHUS

Bacchus est né de la cuisse de Jupiter.



Sur les conseils perfides d’Héra, Sémélé demande à voir Jupiter
dans toute sa splendeur divine. Celui-ci, obligé de s’exécuter
après avoir prêté serment, foudroie immédiatement la pauvre
jeune fille, consumée par la splendeur divine. Comme elle était
enceinte, Jupiter a juste le temps de se saisir de l’enfant qui finira
sa gestation dans la cuisse de Jupiter, et sera né deux fois.

MINERVE

Minerve est née de la tête de Jupiter.



Craignant que Métis, la déesse de la ruse, ne lui donne un fils qui
le détrônerait, le roi des dieux imagine un étrange stratagème. Il
lui propose un concours qui met chacun d’eux au défi de se mé-
tamorphoser mieux que ne le ferait l’autre. À la fin, Métis se trans-
formant en mouche puis en goutte d’eau, Jupiter l’engloutit. Le
roi des dieux est aussitôt pris d’un mal de tête qu'Héphaïstos sou-
lage d’un grand coup de massue. De son crâne fracassé sortit
l’enfant que portait Métis, une fille armée et portant un casque :
Minerve.

Léda et le cygne copie par Gio-


vanni Francesco Melzi d'après
l'original perdu de Léonard de
Vinci.
158
ADONIS LES NAISSANCES DANS L'HISTOIRE DE PLINE

Adonis naquit des amours incestueuses d’un père et de sa fille. Myr- L’auteur de Gargantua évoque enfin l’auteur romain Pline l’ancien et
rha prétendait être si belle qu’elle refusait le culte de Vénus. Pour se son Histoire naturelle, dont l’autorité est ou a été incontestable. Pline
venger, la déesse de l’amour lui inspira pour son père une passion rapporte qu’« une femme accoucha quatre fois de deux jumeaux »
dévorante. Une nuit, Myrrha entra dans le lit de son père sans que ou encore qu’« il y a des accouchements de sept enfants à la fois »,
celui-ci la reconnût. Quand son père s’aperçut de ce qui s’était pas- « Il naît aussi des enfants qui ont les deux sexes : nous les appelons
sé, il voulut tuer sa fille puis se suicider afin d’épargner à sa maison Hermaphrodites » (Wikipédia). Mieux encore, il prétend qu’« une es-
un déshonneur inévitable. Affolée, Myrrha s’enfuit dans la forêt. Mais clave mit au monde un serpent » ; il cite même le cas « d’un enfant
sachant que son père la retrouverait et se sentant perdue, elle de- qui rentra aussitôt dans l’utérus » (Wikipédia) ! Comment s’en éton-
manda aux dieux de lui épargner d’être égorgée par son propre ner puisque quelques pages auparavant, Pline évoque Mégasthène
père qu’elle aimait tant. Émus, les dieux la changèrent en un arbre, qui « mentionne une nation d’entre les Nomades de l’Inde qui n’a
mais ils ne purent cacher ses larmes si abondantes. Aujourd’hui en- que des trous pour narine, et des pieds flexibles comme le corps
core coulent ces gouttes chaudes devenues précieuses, la myrrhe.
 des serpents ; on la nomme les Scyrites » (Wikipédia).
Neuf mois plus tard, l’arbre se fendit en deux et un enfant splendide
en sortit, Adonis.
VIDÉO 4.2 Un autre géant

CASTOR ET POLLUX

Enfin, Castor et Pollux sont les enfants de Léda séduite par Zeus qui
lui était apparue sous la forme d’un splendide cygne. Les jumeaux
naissent alors dans des œufs.

Extrait des Voyages de Gulliver (1939) adapté


du roman de Jonathan Swift (1726)

159
LA RENAISSANCE

LA FIN DU MOYEN ÂGE


Il n’y a pas de coupure nette entre le Moyen Âge et la Renaissance.
Cependant, à partir du XVe siècle, de nombreux événements sont la
manifestation de changements profonds :

• l’invention de l’imprimerie vers 1450 qui permet une large diffu-


sion des idées ;
• la prise de Constantinople par les Turcs en 1453 qui marque la
fin de l’empire byzantin ;
• le début des guerres d’Italie en 1494, où on découvre le raffine-
ment et la culture italiens ;
• les grandes expéditions maritimes (Christophe Colomb, Vasco
de Gama, Magellan) qui élargissent le monde en ouvrant de nou-
veaux horizons ;
• la découverte de Copernic (1473-1543) qui démontre que la terre
tourne autour du soleil et non l’inverse (l’homme n’est plus au cen-
Christophe Colomb, croyant arriver en Inde, découvre l’Améri-
que tre de l’univers).

160
LA RENAISSANCE En outre, l’humanisme appelle de ses vœux une société hautement
civilisée : « Je vois les brigands, les bourreaux, les soldats, les pale-
Le XVIe siècle français est le siècle de la Renaissance. freniers de maintenant plus savants que les docteurs et les prê-
cheurs de mon temps », écrit Rabelais - non sans humour - dans
C’est une période qui voit renaître le goût des textes antiques Pantagruel (chapitre 8)
grecs ou latins. Les savants souhaitant ce retour aux grands auteurs
oubliés de l’Antiquité sont les humanistes (humanitas désignant en En 1530, François Ier fonde le Collège des lecteurs royaux (l’ac-
latin la culture). Ils veulent une renaissance de la culture et rompre tuel Collège de France). Des professeurs payés et protégés par le
avec un enseignement dominé par la religion dans les universités.
 roi échappent au pouvoir de la Sorbonne (la Faculté de théologie de
Les humanistes leur reprochent d’avoir réduit le savoir à une érudi- Paris) et y enseignent le latin, le grec et l’hébreu...
tion inutile, d’encombrer les mémoires sans vraiment développer l’in-
telligence et la réflexion, de lire les commentaires des textes et non
de lire les textes, etc.

161
La cour de France gagne en prestige tant les chefs-d’œuvre abon- Toutefois, gardons à l’esprit que la Renaissance est aussi l’époque
dent en cette période. François Ier fait venir en France de grands où l’on allume des bûchers pour tous ceux qui contrediraient la Sor-
peintres italiens (Léonard de Vinci, Le Titien, Le Primatice... ). À bonne (Étienne Dolet est torturé et brûlé avec ses livres), que la
l’exemple italien, on fait construire de somptueux châteaux (Cham- France est ensanglantée par les guerres de religion (les catholi-
bord, Chenonceaux... ). ques s’opposent aux protestants), et que toute l’Europe est en
guerre (L’empereur Charles Quint possède l’Espagne, l’Allemagne
et une grande partie de l’Italie).

Le massacre de la Saint-Barthé-
lemy est le massacre de protes-
tants déclenché à Paris, le
24 août 1572, jour de la
Saint-Barthélemy.

162
RÉVISION 4.1 Avez-vous bien retenu ?

Question 1 sur 5
À quel siècle, le Moyen-Âge s’arrête-t-il ?

A. XIVe

B. XVe

C. XVIe

Répondre
LE TORCHECUL

S
us la fin de la quinte année, Grandgousier, retournant de
la défaicte des Canarriens, visita son filz Gargantua. Là
fut resjouy comme un tel père povoit estre voyant un sien
tel enfant, et, le baisant et accollant, l’interrogeoyt de petitz pro-
pos puériles en diverses sortes. Et beut d’autant avecques luy et
ses gouvernantes, èsquelles par grand soing demandoit, entre
aultres cas, si elles l’avoyent tenu blanc et nect. A ce Gargantua
feist response qu’il y avoit donné tel ordre qu’en tout le pays n’es-
toit guarson plus nect que luy.

« Comment cela ? dist Grandgousier.

- J’ay (respondit Gargantua) par longue et curieuse expérience
inventé un moyen de me torcher le cul, le plus seigneurial, le plus
excellent, le plus expédient que jamais feut veu.

- Quel ? dict Grandgousier.

- Comme vous le raconteray (dist Gargantua) présentement.

« Je me torchay une foys d’un cachelet de velours de une damoi-
selle, et le trouvay bon, car la mollice de sa soye me causoit au
fondement une volupté bien grande ; une autre foys d’un cha-
pron d’ycelles, et feut de mesmes. [...]

Puis, fiantant derriere un buisson, trouvay un chat de
Mars ; d’iceluy me torchay, mais ses gryphes me exul-
cérèrent tout le perinée.

164
De ce me gueryz au lendemain, me torchant des guands de ma
QUESTIONS
mère [...]. »
1. « Sus la fin de la quinte année »

Que signifie le mot « quinte » ? Donnez deux mots de la même fa-
Gargantua, Chapitre XIII Comment Grandgousier cogneut l’esperit mille.
merveilleux de Gargantua à l’invention d’un torchecul.
2. Le verbe « estre » s’écrit aujourd’hui « être ».

Trouvez des mots de la même famille que « forêt », « hôpital » et
« bête » qui contiennent encore un « s » à la place de l’accent cir-
conflexe.

3. « baisant et accollant »

Quel est le premier sens du mot « baiser » ? Donnez un synonyme.

Le participe présent « accollant » s’écrit aujourd’hui un peu différem-
ment. Cherchez son orthographe actuelle, et donnez sa significa-
tion.

4. « de une damoiselle »

Réécrivez ces mots en français moderne. Que remarquez-vous ?

5. Comment écrit-on actuellement les mots « gryphe » et le mot


« guand » ?

6. Réécrivez la première phrase en français moderne.

165
UNE ÉDITION DE 1542
1. Qu’est-ce qui rend, selon vous, le texte difficile à lire ?

2. Quels signes, fréquemment utilisés quand on écrit, sont absents


de ce texte ?

3. Comparez la reproduction ci-contre avec le texte reproduit page


164. Quelle faute trouve-t-on à la première ligne ?

4. Lisez la dernière ligne. Comment fait-on la lettre « s » ?

166
VOCABULAIRE DES PRÉFIXES LATINS ET GRECS
On trouve de nombreux mots contenant un préfixe grec ou latin. En
voici quelques exemples. Complétez chaque liste de deux mots que
Au XVIe siècle, on ne lisait pas Rabelais plus facilement vous aurez trouvés (dans un dictionnaire par exemple).
que nous ne le lisons aujourd’hui.
• anti- : antidote, antibruit… (contraire, opposé)
En effet, on n’était pas habitué à des mots déjà vieillis, aux
• auto- : automobile, autodidacte… (soi-même)
régionalismes, aux emprunts à l’italien, aux nouveaux mots
• co- (con-, com-, col-, cor-, co-) : cohabiter, confrère, colocataire…
latins et grecs (dont beaucoup sont restés).
(avec)
De plus, il n’y avait pas encore de dictionnaire ! • dys- : dysfonctionnement, dysorthographie… (idée de difficulté,
de manque)
• hyper- : hyperactif, hypersensible… (au-dessus)
• in- (im-, il-, ir-…) inacceptable, impossible, illisible… (dans, con-
François Rabelais, comme nombre d’écrivains de la Renaissance tre)
(Du Bellay, par exemple), a contribué à enrichir la langue française. • inter- : interchangeable, interclasse… (entre)
En forgeant ou empruntant des mots nouveaux (qu’on appelle des • mono- : monosyllabe, monoplace… (seul)
néologismes), il a apporté ou popularisé des termes comme « auto- • ortho- : orthophonie, orthodontie… (droit)
mate », « célèbre », « gymnaste », « génie ». • pan- : pandémie, panthéon… (tout)
• para- : parachute, paratonnerre… (protection contre)
On utilise, d’ailleurs, beaucoup de mots formés à partir du grec : • péri- : périphérie, périmètre… (autour)
« lycée », « pharmacie », « hémorragie », « hippopotame », etc. • post- : postdater, post mortem… (après)
• pro- : pronom, proaméricain… (pour)
TROUVEZ LE PRÉFIXE • sym- syn- : sympathie, synonyme… (avec)

À votre avis, quel animal tous ces mots ont-ils en commun ? Les-
quels sont formés d’un préfixe ?

cavalier, hippodrome, équitation, hippique, chevalier, équestre

167
DES PRÉFIXES LATINS ET GRECS (DE MÊME SENS) DES FIGURES
Parfois, on utilise soit un préfixe latin, soit un préfixe grec pour for- En mathématiques, vous utilisez de nombreux mots désignant des
mer des mots, mais dans tous les cas, ces préfixes ont le même figures géométriques à plusieurs angles (ou côtés). Ce sont des po-
sens. lygones. « poly » signifie « plusieurs », et « -gone » (du grec « gô-
nia ») signifie « angle ».
Complétez chaque liste de deux mots que vous aurez trouvés (dans
un dictionnaire par exemple).
RÉVISION 4.2 Les polygones
• anté- : antéposer, antécédent… (avant)
• pré- : préhistoire, préchauffer… (avant) Retrouver les figures et leur nombre d’angles.
• hémi- : hémicycle, hémiplégique… (moitié)
• mi- : mi-temps… (moitié, du latin « medius » = qui est au milieu)
• hydra- : hydrater, hydraulique… (eau)
• aqua- : aquarium, aqueduc…
• hypo- : hypoderme, hypothermie… (au-dessous)
• sub- : subaquatique, subordonné…
Pentagone Heptagone Décagone

DES PRÉFIXES LATINS ET GRECS (DE SENS DIFFÉ- Hexagone Tétragone Octogone
RENT)
Certains préfixes ont un sens différent selon qu’ils viennent du latin
ou du grec. C’est le cas de « a » qui, en grec, est une négation,
mais qui, en latin, signifie « vers » (le but à atteindre) :

• a- : anormal, asymétrique… Pentagone Heptagone Décagone

• a- : atterrir, adoucir…
Hexagone Tétragone Octogone
Trouvez d’autres mots formés à partir du préfixe grec et du préfixe
latin.
Répondre
168
LA SUITE DU TORCHECUL Le feu de saint-Antoine te brûle !

Si tous

[...] Tes trous

Béants

- D’accord, dit Grandgousier, mais quel torche-cul as-tu trouvé le Tu ne torches avant ton départ !
meilleur ?

- J’y arrivais, dit Gargantua, et bientôt vous le saurez vous aussi. Je [...]
me torchai avec du foin, de la paille, de l’étoupe, de la bourre, de
la laine, du papier. Mais - Revenons, dit Grandgousier, à notre propos.

- Lequel ? dit Gargantua. Chier ?

Toujours laisse aux couillons l’esmorche
 - Non, dit Grandgousier, mais torcher le cul.

Qui son hord cul de papier torche. - Mais, dit Gargantua, voulez-vous me payer un tonnelet de vin Bre-
ton si je vous réduis à quia à ce
- Quoi ? dit Grandgousier, mon petit couillon, as-tu bu au pot, vu propos ?

LE SYLLOGISME
que tu rimes déjà ?
 - Oui, bien sûr, dit Grandgousier.

- Oui, absolument, mon roi, répondit Gargantua, je rime tant et plus, - Il n’est, dit Gargantua, pas be- Gargantua se livre à de cu-
et en rimant souvent je m’enrime. Écoutez ce que disent aux fien- soin de se torcher le cul s’il n’y a rieux raisonnements :
teurs nos lieux d’aisance : pas de saleté. Or la saleté n’y
peut être si on n’a pas chié. Il « Il n’est, dit Gargantua, pas
Chieur,
 nous faut donc chier avant de se besoin de se torcher le cul
torcher le cul.
 s’il n’y a pas de saleté. Or
Foireux,

la saleté n’y peut être si on
Péteur,
 - Oh ! dit Grandgousier, que tu
n’a pas chié. Il nous faut
Breneux,
 as de bon sens, mon garçon-
donc chier avant de se tor-
Ton lard
 net ! Un de ces jours, je te ferai
cher le cul. »
Qui s’échappe
 passer docteur en gai savoir, par
Se répand
 Dieu ! car tu as plus de raison Ce raisonnement, constitué
Sur nous.
 que d’années. Poursuis donc ce de trois phrases, est un syllo-
Sale,
 propos torcheculatif, je t’en prie. gisme. En voici un autre
Merdeux,
 exemple, peut-être plus fa-
S’égoûtant,
 cile à comprendre :

169
L’ÉDUCATION DE GARGANTUA SELON LES PRÉCEPTEURS SOPHISTES

Après l’épisode du torchecul, Grandgousier, convaincu de la merveilleuse intelligence de son fils, décide de lui donner une éduca-
tion à la hauteur de ses capacités. On lui indique alors « un grand docteur sophiste nommé maître Tubal Holoferne », bientôt rem-
placé par Ponocrates.

Ce dernier observe les fruits de cette éducation.

I
l employait donc son temps de telle façon qu’ordinairement il au sortir du lit sans avoir premièrement fait quelque exercice. Gar-
s’éveillait entre huit et neuf heures, qu’il fît jour ou non. Ainsi gantua répondit :
l’avaient ordonné ses anciens régents, alléguant ce que dit Da- 

vid : Vanum est vobis ante lucem surgere. « Quoi ! n’ai-je pas fait suffisamment d’exercice ? Je me suis vautré

 six ou sept fois dans le lit avant de me lever. N’est-ce pas assez ?
Puis il gambadait, sautait et se vautrait dans le lit quelque temps Le pape Alexandre faisait ainsi, sur le conseil de son médecin juif,
pour mieux réveiller ses esprits animaux. Il s’habillait selon la sai- et il vécut jusqu’à la mort en dépit des envieux. Mes premiers maî-
son, mais portait volontiers une grande et longue robe de grosse tres m’y ont accoutumé, en disant que le déjeuner donnait bonne
étoffe frisée fourrée de renards. Après, il se peignait du peigne d’Al- mémoire : c’est pourquoi ils buvaient les premiers. Je m’en trouve
main, c’est-à-dire des quatre doigts et du pouce, car ses précep- fort bien et n’en dîne que mieux. Et Maître Tubal (qui fut le premier
teurs disaient que se peigner autrement, se laver et se nettoyer était de sa licence à Paris) me disait que ce n’est pas tout de courir bien
perdre du temps en ce monde. vite, mais qu’il faut partir de bonne heure. Aussi la pleine santé de

 notre humanité n’est pas de boire des tas, des tas, des tas, comme
Puis il fientait, pissait, se raclait la gorge, rotait, pétait, bâillait, cra- des canes, mais bien de boire le matin, d’où la formule :
chait, toussait, sanglotait, éternuait et morvait comme un archidia-
cre et, pour abattre la rosée et le mauvais air, déjeunait de belles tri- Lever matin n’est point bonheur ;

pes frites, de belles grillades, de beaux jambons, de belles côtelet- Boire matin est le meilleur. »
tes de chevreau et force soupes de prime.

 Après avoir bien déjeuné comme il faut, il allait à l’église, et on lui
Ponocrates lui faisait observer qu’il ne devait pas tant se repaître portait dans un grand panier un gros bréviaire emmitouflé, pesant,

170
tant en graisse qu’en fermoirs et parchemins, onze quintaux et
six livres à peu près. Là, il entendait vingt-six ou trente messes.
Dans le même temps venait son diseur d’heures, encapuchonné
comme une huppe, et qui avait très bien dissimulé son haleine
avec force sirop de vigne. Avec celui-ci, Gargantua marmonnait
toutes ces kyrielles, et il les épluchait si soigneusement qu’il
n’en tombait pas un seul grain en terre.

Au sortir de l’église, on lui amenait sur un char à bœufs un tas de
chapelets de Saint-Claude, dont chaque grain était aussi gros
qu’est la coiffe d’un bonnet ; et, se promenant par les cloîtres, ga-
leries ou jardin, il en disait plus que seize ermites.

Puis il étudiait quelque méchante demi-heure, les yeux posés sur
son livre mais, comme dit le poète comique, son âme était dans
la cuisine.

Pissant donc un plein urinoir, il s’asseyait à table, et, parce qu’il
était naturellement flegmatique, il commençait son repas par quel-
ques douzaines de jambons, de langues de bœuf fumées, de
boutargues, d’andouilles, et d’autres avant-coureurs de vin.
Pendant ce temps, quatre de ses gens lui jetaient en la bouche,
l’un après l’autre, continûment, de la moutarde à pleines pelle-
tées. Puis il buvait un horrifique trait de vin blanc pour se soula-

Son âme était dans la cuisine.

171
ger les reins. Après, il mangeait selon la saison, des viandes selon 3. Comment fait-il sa toilette ?
son appétit, et cessait quand le ventre lui tirait.

 5. Cette phrase révèle-t-elle une bonne éducation ? Quelle figure de
Pour boire, il n’avait ni fin ni règle, car il disait que les bornes et les style a-t-on ?
limites étaient quand, la personne buvant, le liège des pantoufles en-
flait en hauteur d’un demi-pied.
UNE CURIEUSE ÉDUCATION
Gargantua, Chapitre XXI L’étude de Gargantua selon la discipline 5. Comment Gargantua étudie-t-il ? Pendant combien de temps ?
de ses précepteurs sophistes
6. Auparavant, où était-il et qu’y faisait-il ?

7. À quoi Gargantua consacre-t-il essentiellement son temps ?


Au Moyen Âge, l’école est essentiellement faite par les reli-
gieux (moines, curés, clercs...).
8. Citez au moins
On n’y étudie pas vraiment les livres, mais plutôt les com- deux hommes
mentaires des livres ; on exerce sa mémoire plutôt qu’on ne ayant servi de mo-
s’exerce à réfléchir. dèle à l’éducation
de Gargantua.
On y apprend les arts libéraux :
9. Selon vous, de
• Le trivium (la grammaire, l’art de parler et d’écrire, et quel modèle édu-
QUESTIONS catif Rabelais se
• Le quadrivium (l’arithmétique, la géométrie, l’astronomie moque-t-il ? Trou-
AU LEVER vez, dans le texte,
des indices prou-
1. À quelle heure Gargantua se lève-t-il ? Pourquoi ? Est-ce une rai- vant votre ré-
son valable ? ponse.

2. Se lève-t-il immédiatement ?

172
L’éducation dispensée par maître Tubal ne fait pas
progresser Gargantua qui devient « idiot, niais et
ignorant ». Grandgousier décide donc de confier
son fils à un nouveau précepteur, Ponocrates.

L'ÉDUCATION DE GARGANTUA SELON PONOCRATES

Q
uand Ponocrates découvrit la fâcheuse manière de vivre de toya le cerveau de tout vice et de toute mauvaise habitude. Par ce
Gargantua, il décida de le former aux belles-lettres d’une moyen, Ponocrates lui fit aussi oublier tout ce qu’il avait appris avec
autre manière. Mais, pour les premiers jours, il la toléra, con- ses anciens précepteurs, comme le faisait Timothée avec ses disci-
sidérant que la nature ne subit pas de mutations soudaines sans ples qui avaient été formés par d’autres musiciens.

grande violence.

Pour mieux y parvenir, il l’introduisait dans les cercles de gens sa-
Pour mieux commencer sa tâche, il pria un savant médecin de ce vants qui se trouvaient là. Par émulation, son esprit se développa,
temps-là, nommé Maître Théodore, de remettre s’il était possible Gar- le désir d’étudier autrement et de se montrer à son avantage lui vin-
gantua en meilleure voie. Le médecin le purgea selon les règles rent.

avec de l’ellébore d’Anticyre et grâce à ce médicament il lui net-
173
Puis il le soumit à un tel rythme de travail qu’il ne perdait pas une Tous leurs jeux se faisaient librement, car ils abandonnaient la partie
heure de la journée. Au contraire, il consacrait tout son temps aux quand cela leur plaisait, et ils cessaient d’ordinaire lorsque la sueur
lettres et au noble savoir. Gargantua s’éveillait donc vers quatre heu- leur coulait par le corps ou qu’ils étaient las. Ils étaient alors très
res du matin. Pendant qu’on le frictionnait, on lui lisait quelque bien essuyés et frottés. Ils changeaient de chemise et, en se prome-
page des Saintes Écritures à voix haute et claire, avec la pronon- nant doucement, allaient voir si le dîner était prêt. Là, en attendant,
ciation requise. Cette tâche était confiée à un jeune page, natif de ils récitaient clairement et éloquemment quelques sentences rete-
Basché, nommé Anagnostes. Selon le thème et le sujet du pas- nues de la leçon.
sage, il se mettait à révérer, adorer, prier et supplier le bon Dieu, 

dont la lecture prouvait la majesté et les merveilleux jugements.
 Cependant, Monsieur l’Appétit venait, et ils s’asseyaient à table au
bon moment.

Puis il allait aux lieux secrets excréter le produit des digestions natu-
relles. Là, son précepteur répétait ce qui avait été lu, lui exposant Au début du repas, on lisait quelque histoire plaisante des ancien-
les points les plus obscurs et les plus difficiles.
 nes prouesses, jusqu’à ce qu’il eût pris son vin.

En revenant, ils considéraient l’état du ciel, observant s’il était Alors, si on le jugeait bon, on continuait la lecture ou ils commen-
comme ils l’avaient remarqué le soir précédent, et en quels signes çaient à deviser joyeusement ensemble, parlant, pendant les pre-
entrait le soleil et la lune, pour ce jour-là. miers mois, de la vertu, de la propriété, de l’efficacité et de la nature

 de tout ce qui leur était servi à table : du pain, du vin, de l’eau, du
Cela fait, il était habillé, peigné, coiffé, apprêté et parfumé. Pendant sel, des viandes, des poissons, des fruits, des herbes, des racines
ce temps, on lui répétait les leçons du jour précédent. Lui-même les et de leur préparation. Ce faisant, Gargantua apprit en peu de
récitait par cœur, et y mêlait quelques cas pratiques concernant la temps tous les passages relatifs à ce sujet dans Pline, Athénée, Dio-
vie des hommes. Ils discutaient quelque fois pendant deux ou trois scorides, Julius Pollux, Galien, Porphyre, Oppien, Polybe, Héliodore,
heures, mais cessaient habituellement lorsqu’il était complètement Aristote, Ælian et d’autres. Sur les propos tenus, ils faisaient sou-
habillé.
 vent, pour être certains, apporter à table les livres cités. Et Gargan-
tua retint en sa mémoire si bien si et entièrement les choses dites,
Ensuite, pendant trois bonnes heures, la lecture lui était faite.
 qu’il n’y avait alors pas un médecin qui sût la moitié de ce qu’il sa-
vait.

Cela fait, ils sortaient, toujours en discutant du sujet de la lecture, et
allaient se divertir au Grand Braque ou dans les prés, et jouaient à Après, ils parlaient des leçons lues le matin, et, achevant leur repas
la balle, à la paume, à la pile en triangle, s’exerçant élégamment le par quelque confiture de coings, Gargantua se curait les dents avec
corps comme ils s’étaient auparavant exercé l’esprit. un tronc de lentisque, se lavait les mains et les yeux de belle eau
174
fraîche, et tous rendaient grâce à Dieu par quelques beaux canti- amplement écrit sur le sujet, confessa que vraiment, en comparai-
ques la louange de la munificence et de la bonté divines. Sur ce, son de Gargantua, il n’y entendait que le haut-allemand.

on apportait des cartes, non pour jouer, mais pour y apprendre mille
petits amusements et inventions nouvelles, lesquels découlaient Et non seulement il prit goût à cette science, mais aussi aux autres
tous de l’arithmétique.
 sciences mathématiques, comme la géométrie, l’astronomie et la
musique ; car, en attendant la digestion de son repas, ils faisaient
Par ce moyen, il prit goût à cette science des nombres, et tous les mille joyeux instruments et figures géométriques et, de même, ils
jours, après le dîner et le souper, il y passait son temps avec autant pratiquaient les lois de l’astronomie.

de plaisir qu’il en prenait d’habitude aux dés ou aux cartes. Il en con-
nut si bien la théorie et la pratique, que Tunstal l’Anglais, qui avait

Ils commençaient à deviser


joyeusement ensemble.

175
Après, ils s’amusaient à chanter sur une musique à quatre et cinq une selle d’armes, un haubert, un gantelet. Tout cela, il le faisait ar-
parties ou à faire des variations vocales sur un thème.
 mé de pied en cap.

Pour ce qui est des instruments de musique, il apprit à jouer du En ce qui concerne les fanfares et faire les petits claquements de
luth, de l’épinette, de la harpe, de la flûte traversière et de la flûte à langue, sur un cheval, nul ne le faisait mieux que lui. Le voltigeur de
neuf trous, de la viole et du trombone.
 Ferrare n’était qu’un singe en comparaison. En particulier, on lui ap-
prenait à sauter rapidement d’un cheval sur l’autre sans mettre pied
Cette heure ainsi employée, la digestion achevée, il se purgeait de à terre (ces chevaux étaient dits de voltige), à monter de chaque cô-
ses excréments naturels, puis se remettait à son principal objet té, sans étriers, la lance au poing, et à guider selon sa volonté le
d’étude pour trois heures ou davantage, tant pour répéter la lecture cheval sans bride, car de telles choses servent à la discipline mili-
du matin que pour poursuivre le livre entrepris, mais aussi écrire, taire.

bien tracer et former les anciennes lettres romaines.

Un autre jour, il s’exerçait à la hache, laquelle coulait si bien, multi-
Cela fait, ils sortaient de leur demeure, accompagnés d’un jeune pliait tant les coups de pointe, portait tant de coups en taille ronde,
gentilhomme de Touraine, écuyer nommé Gymnaste, lequel ensei- qu’il aurait pu passer chevalier d’armes en campagne et en toutes
gnait à Gargantua l’art de chevalerie.
 épreuves.

Changeant alors de vêtements, il montait un cheval de bataille, un


roussin, un genet, un cheval barbe, cheval léger, et lui faisait faire
cent tours de manège, le faisait sauter en l’air, franchir le fossé, sau-
ter la palissade, tourner court en un cercle, tant à droite qu’à gau-
che.


Là, il ne rompait pas la lance, car c’est la plus grande sottise du


monde que de dire : « J’ai rompu dix lances dans un tournoi ou une
bataille » Un charpentier en ferait autant ! En revanche, c’est une
louable gloire d’avoir rompu dix de ses ennemis d’une seule lance.
De sa lance acérée, solide et rigide donc, il rompait une porte, en-
fonçait une armure, renversait un arbre, enfilait un anneau, enlevait

176
Puis il brandissait la pique, assenait de l’épée à deux mains, de telle façon que ses membres ne souffraient aucunement de la chute.

l’épée bâtarde, de la rapière, de la dague et du poignard, avec ar-
mure, sans armure, au bouclier, à la cape, à la rondache. Il lançait le dard, la barre, la pierre, la javeline, l’épieu, la halle-
Il courait le cerf, le chevreuil, l’ours, le daim, le sanglier, le lièvre, la barde, bandait l’arc, tendait à coups de reins les fortes arbalètes de
perdrix, le faisan, l’outarde. Il jouait au ballon et le faisait rebondir siège, visait de l’arquebuse à l’œil, affûtait le canon, tirait à la
en l’air, autant du pied que du poing. Il luttait, courait, sautait non butte, au perroquet, de bas en haut, de haut en bas, devant, de cô-
avec trois pas d’élan, non à cloche-pied, non à l’Allemande car, di- té, en arrière comme les Parthes. On lui attachait à quelque haute
sait Gymnaste, de tels sauts sont inutiles et ne servent à rien à la tour un câble pendant à terre. Il y montait avec deux mains, puis dé-
guerre, mais d’un saut, il franchissait un fossé, volait par-dessus valait si rapidement et avec tant d’assurance que vous ne feriez pas
d’une haie, montait six pas contre une muraille et parvenait de cette mieux dans un
façon à une fenêtre de la hauteur d’une lance.
 pré bien plat.


Il nageait en eau profonde, à l’endroit, à l’envers, sur le côté, de tout On lui mettait
le corps, des seuls pieds, une main en l’air, laquelle tenant un livre, une grosse per-
traversait toute la Seine sans le mouiller, et tirant son manteau par che soutenue
les dents, comme faisait Jules César. Puis, à la seule force du poi- par deux ar-
gnet, il montait dans un bateau. De celui-ci, il se jetait derechef à bres ; il s’y pen-
l’eau, la tête la première, sondait le fond, creusait les rochers, plon- dait par les
geait dans les abîmes et les gouffres. Puis il manœuvrait le bateau, mains, allait et
le dirigeait, le menait rapidement, lentement, au fil de l’eau, à contre- venait sans rien
courant, le retenait en pleine écluse, le guidait d’une main, de l’autre toucher des
s’escrimant avec un grand aviron, hissait la voile, montait au mât pieds, si bien
par les cordages, courait sur les vergues, ajustait la boussole, ten- qu’à grande vi-
dait l’écoute, tenait ferme le gouvernail.
 tesse, on n’eût
pu l’attraper.
Sortant de l’eau, il gravissait la montagne et la dévalait aussitôt. Il 

grimpait aux arbres comme un chat, sautait de l’un à l’autre comme Et, pour s’exer-
un écureuil, abattait les grosses branches comme un autre Milon. cer le thorax et
Avec deux poignards acérés et deux poinçons à toute épreuve, il les poumons, il
montait en haut d’une maison comme un rat, puis en descendait de criait comme
tous les diables.
177
Une fois, je l’ai entendu appelant Eudémon, depuis la porte Saint- et abondant, car il prenait autant qu’il lui était nécessaire pour s’en-
Victor jusqu’à Montmartre. Stentor n’eut jamais une telle voix à la ba- tretenir et se nourrir. Voilà ce qu’est la vraie diète prescrite par l’art
taille de Troie.
 de la bonne et sûre médecine, bien qu’un tas de médicastres, abê-
tis dans l’officine des sophistes, conseillent le contraire.
Et, pour fortifier ses nerfs, on lui avait fait deux gros saumons de 

plomb, pesant chacun huit mille sept cents quintaux, lesquels il ap- Durant ce repas, la leçon du dîner était continuée autant que bon
pelait haltères. Il les soulevait de chaque main, les élevait en l’air au- semblait ; le reste se poursuivait en bons propos, tous instructifs et
dessus de la tête, et les tenait ainsi, sans bouger trois quarts utiles.
d’heure et davantage, ce qui révélait une force sans pareille.

Après que les grâces étaient rendues, ils s’adonnaient au chant,
Il jouait aux barres avec les plus forts, et, quand le point arrivait, il se jouaient d’instruments harmonieux ou se livraient à ces petits passe-
tenait sur les pieds si solidement qu’il s’abandonnait aux plus aven- temps qu’on fait avec les cartes, les dés et les gobelets. Ils demeu-
tureux parvenant à le faire bouger de sa place, comme faisait jadis raient là, faisant grande chère et s’amusant parfois jusqu’à l’heure
Milon, à l’imitation duquel il tenait aussi une pomme de grenade
dans sa main et la donnait à qui pourrait la lui ôter.


Le temps ayant été ainsi employé, Garagantua - frotté, nettoyé, les


vêtements changés - revenait tout doucement. En passant par quel-
ques prés ou autres lieux herbeux, ils examinaient les arbres, les
plantes, et les commentaient à l’aide des livres des anciens qui ont
écrit à leur sujet, comme Théophraste, Discorides, Marinus, Pline,
Nicandre, Macer et Galien. Ils en emportaient à pleines mains au lo-
gis. Un jeune page, nommé Rhizotome, en avait la charge, ainsi
que des binettes, des pioches, des serfouettes, des bêches, des
sarcloirs et d’autres instruments requis pour bien herboriser.
Arrivés au logis, pendant qu’on préparait le souper, ils répétaient
quelques passages de ce qui avait été lu et s’asseyaient à table.


Notez que son dîner était sobre et frugal, car il mangeait seulement
pour réfréner les abois de son estomac. Mais le souper était copieux

178
de dormir. Quelquefois ils allaient trouver la compagnie de gens sa-
QUESTIONS
vants ou de gens qui avaient vu des pays étranges.


ON RECOMMENCE TOUT
En pleine nuit, avant de se retirer, ils allaient à l’endroit de leur logis
le plus découvert voir la face du ciel, et là ils observaient les comè- 1. Pourquoi Ponocrates tolère-t-il, au début, les mauvaises manières
tes (s’il y en avait), les figures, les situations, les positions, les oppo- de Gargantua ?
sitions et les conjonctions des astres.

 2. Relisez la séance précédente, et dites quelles sont ces mauvai-
Puis avec son précepteur, il récapitulait brièvement, à la mode des ses manières.
Pythagoriciens, tout ce qu’il avait lu, vu, su, fait et entendu au
cours de toute la journée.
 3. Comment Ponocrates parvient-il à lui faire oublier ses anciennes
habitudes ? Que pensez-vous de ce procédé ?
Ils priaient Dieu le créateur, l’adorant et confirmant leur foi envers lui,
le glorifiant de sa bonté immense et lui rendant grâce de tout le
temps passé. Ils se recommandaient à sa divine clémence pour tout
UN PROGRAMME DE GÉANT
l’avenir.

4. Faites la liste des activités de Gargantua dans la nouvelle éduca-
Cela fait, ils allaient se reposer. tion dispensée par Ponocrates.

5. L’enseignement de Ponocrates s’appuie-t-il seulement sur les li-


Gargantua, Chapitre XXIII Comment Gargantua fut éduqué par Pono- vres ? Justifiez votre réponse en donnant quelques exemples des
crates de telle façon qu’il ne perdait pas une heure de la journée méthodes utilisées par le nouveau précepteur de Gargantua.

6. Quelle place occupe l’éducation physique ? Justifiez votre ré-


ponse.

7. Citez quelques termes montrant que le plaisir fait partie intégrante


du programme éducatif.

179
8. Trouvez au moins trois exemples qui montrent que cette nouvelle quise. Cette tâche était confiée à un jeune page, natif de Basché,
éducation s’oppose à celle que donnait Tubal Holoferne. nommé Anagnostes. Selon le thème et le sujet du passage, il se met-
tait à révérer, adorer, prier et supplier le bon Dieu, dont la lecture
9. Une telle éducation est-elle réalisable ? Pourquoi ? Par qui pour- prouvait la majesté et les merveilleux jugements.
rait-elle l’être cependant ?
II - RELEVEZ LES COMPLÉMENTS CIRCONSTANCIELS DE
10. Cherchez le sens de l’adjectif « gargantuesque ». TEMPS.

Durant ce repas, la leçon du dîner était continuée autant que bon


semblait ; le reste se poursuivait en bons propos, tous instructifs et
« Un esprit sain dans un corps sain »
utiles.

Cette citation du poète latin Juvénal (« Mens sana in corpore


sano ») illustre l’idée qu’on ne peut séparer le corps et l’esprit, Après que les grâces étaient rendues, ils s’adonnaient au chant,
qu’une bonne éducation s’occupe et du moral et du physique à jouaient d’instruments harmonieux ou se livraient à ces petits passe-
la fois par l’étude et le sport. temps qu’on fait avec les cartes, les dés et les gobelets. Ils demeu-
raient là, faisant grande chère et s’amusant parfois jusqu’à l’heure
Elle reflète l’idéal humaniste qui place l’homme au centre de ses de dormir. Quelquefois ils allaient trouver la compagnie de gens sa-
préoccupations. vants ou de gens qui avaient vu des pays étranges.

En pleine nuit, avant de se retirer, ils allaient à l’endroit de leur logis


le plus découvert voir la face du ciel, et là ils observaient les comè-
tes (s’il y en avait), les figures, les situations, les positions, les oppo-
EXPRIMER DES HABITUDES
sitions et les conjonctions des astres.
I - RELEVEZ LES VERBES ET DITES QUELS SONT LES
TEMPS EMPLOYÉS.
III - RÉDIGEZ
Puis il le soumit à un tel rythme de travail qu’il ne perdait pas une
heure de la journée. Au contraire, il consacrait tout son temps aux Faites le récit de certaines de vos habitudes en utilisant l’imparfait
lettres et au noble savoir. Gargantua s’éveillait donc vers quatre heu- de l’indicatif et des compléments circonstanciels de temps.
res du matin. Pendant qu’on le frictionnait, on lui lisait quelque page
des Saintes Écritures à voix haute et claire, avec la prononciation re-

180
GALERIE 4.1 Nature morte avec une tarte à la dinde (de Pieter Claesz)

Comme dans Gargantua, énumérez ce qui se trouve sur la table. Commencez votre phrase par « On trouvait sur cette table... ».

181
LA PROPOSITION SUBORDONNÉE CONJONCTIVE
(LEÇON)

UNE PROPOSITION INTRODUITE PAR « QUE » UNE PROPOSITION ÉQUIVALANT À UN GROUPE


NOMINAL COMPLÉMENT
Une proposition subordonnée conjonctive est généralement intro-
duite par la conjonction de subordination « que » : Dans la plupart des cas, la proposition subordonnée conjonctive
remplace un groupe nominal :
Je sentis que le cheval soufflait sur ma nuque.
Je sentis que le cheval soufflait sur ma nuque. → Je sentis le souf-
La conjonction « que » est un mot qui n’a aucune fonction dans la fle du cheval sur ma nuque.
subordonnée. C’est juste un « outil » qui rattache la proposition sub-
ordonnée à la phrase principale : Beaucoup de verbes ont la propriété de se construire avec une pro-
position subordonnée conjonctive : dire, raconter, déclarer, craindre,
Je sentis que le cheval soufflait sur ma nuque. vouloir, etc.
phrase principale proposition subordonnée

En ce cas, la proposition subordonnée conjonctive joue le rôle d’un


COD :

Il pense que l’ennemi va attaquer (Il pense quoi ? → Que l’ennemi


va attaquer).

182
UNE PROPOSITION APRÈS LE VERBE ? EXERCICES
Certaines propositions subordonnées conjonctives dépendent de
1. SOULIGNEZ EN VERT LES PROPOSITIONS PRINCIPA-
verbes impersonnels comme il arrive, il semble, il faut... LES ET EN ROUGE LES PROPOSITIONS SUBORDONNÉES
CONJONCTIVES.
Il faut que notre rencontre reste un secret pour tout le monde.
a - Rabelais raconte que Gargantua est né par l’oreille de sa mère.

D’autres ont un fonctionnement plus complexe. On distingue les pro- b - Les sages-femmes pensèrent que c’était l’enfant.
positions subordonnées conjonctives :
c - Loup Garou croit qu’il va occire Pantagruel.
• dépendant d’une construction verbale attributive (Il est vrai que, Il
est dommage que, Il est probable que...) : Il est vrai que c’était la d - Les géants voient que Pantagruel est désarmé.
nuit.
e - Le marchand souhaite que Panurge lui paye au prix fort son mou-
• dépendant d’un présentatif : C’est que Max est un véritable ban-
ton.
dit.
• placées en tête de phrase : Qu’il vienne m’étonnerait beaucoup (=
f - Aristote affirme que le mouton est l’animal le plus sot du monde.
cela m’étonnerait qu’il vienne).

g - Qu’il ait tort serait surprenant !

183
2. RELEVEZ LES PROPOSITIONS SUBORDONNÉES CON- 3. REMPLACEZ LE COMPLÉMENT D’OBJET DIRECT PAR
JONCTIVES. UNE PROPOSITION SUBORDONNÉE CONJONCTIVE.

a - Le fils de Gargantua se doutait, sans en être sûr, qu’il gagnerait Exemple : Je vois ton étonnement → Je vois que tu es étonné.
le combat.

b - Panurge prétend qu’il lui achètera son plus beau mouton. a - J’attends l’arrivée du médecin.


c - Il arrive qu’on ait besoin du conseil d’un fou. b - Je veux le meilleur médecin pour toi.


d - Il est possible que son jugement soit le meilleur que l’on puisse c - J’ai remarqué le temps pluvieux.

trouver.
d - Le médecin redoute l’affaiblissement de son patient.

e - Que Panurge ne l’écoute pas m’étonnerait beaucoup.
e - Trois cents spectateurs attendent le début du spectacle.

f - Je garde l’espoir qu’il trouve une épouse qui ne le fasse pas co-
cu. f - Je vois Gargantua marcher vers nous.


g - Il ne s’attendait pas à ce que tout le monde lui déconseille le ma- g - Grandgousier souhaite sa réussite.
riage.

184
4. CONJUGUEZ LES VERBES DES PROPOSITIONS SUBOR- 5. EN UN TABLEAU À DEUX COLONNES, PLACEZ D’UN
DONNÉES CONJONCTIVES À UN TEMPS DE L'INDICATIF CÔTÉ LES PROPOSITIONS SUBORDONNÉES RELATIVES,
OU DU SUBJONCTIF. ET D’UN AUTRE LES PROPOSITIONS SUBORDONNÉES
CONJONCTIVES.
a - Il se peut que la bataille (être) perdue.
a - À la naissance, il cria qu’il voulait boire.
b - Il espère qu’il (remporter) la victoire.
b - Je me doute que vous ne croyez pas cette étrange nativité.
c - Pour gagner l’estime de tous, il faut qu’il (faire) de grands ex-
ploits. c - Castor et Pollux sont nés d’un œuf que Léda a couvé.

d - Le chevalier souhaite que (venir) les renforts. d - Le livre que Pline a écrit est plein d’histoires que l’on a peine à
croire.
e - Je crois qu’ils (venir) à temps.
e - Voilà la preuve que cette naissance n’est pas impossible.
f - Sans cela, il est à craindre qu’il (mourir).
f - Que cet enfant est exceptionnel, nous le savons désormais tous.

185
DICTÉES

DICTÉE 1 DICTÉE 2

DE LA NATIVITÉ DU TRÈS REDOUTÉ PANTAGRUEL DU DEUIL QUE MENA GARGANTUA À LA MORT DE SA


FEMME BADEBEC
Mots qui vous sont donnés :

• Pantagruel
AUDIO 4.3 AUDIO 4.4
• Badebec
Écoutez le texte Écrivez le texte
• Amaurotes
• Utopie
• Maures
• Altéré

AUDIO 4.1 AUDIO 4.2


Écoutez le texte Écrivez le texte

186
L’enfance de Pantagruel
LES 300 GÉANTS

Peu après la mort de son père Gargantua, Pantagruel apprend que les Dipsodes ont envahi le royaume d’Utopie. Accompagné, entre autres,
de Panurge, d’Épisthémon et d’Eustènes, il part en guerre contre les envahisseurs dont un grand nombre périssent noyés dans un flot d’urine.

Après ce « déluge urinaire » provoqué par le géant Pantagruel, la bataille reprend avec les survivants.

L
es géants, voyant que tout leur camp était submergé, empor- sens au cul que n’en eut jamais Hercule dans tout son corps et son
tèrent hors du fort leur roi Anarche sur leurs épaules du mieux âme. L'homme vaut autant qu’il s'estime. »
qu'ils purent, comme le fit Énée avec son père Anchise lors
de l’incendie de Troie. Quand Panurge les aperçut, il dit à Panta- Pendant qu’ils disaient ces paroles, voici qu’arrive Loup Garou avec
gruel : tous ses géants. Voyant Pantagruel seul, il fut pris de témérité et
d’outrecuidance, dans espoir qu'il avait de tuer le pauvre petit bon-
« Seigneur, voilà les géants qui sont sortis : frappez-les avec votre homme. Il dit donc à ses compagnons géants :
mât, vigoureusement selon la vieille escrime, car c'est à cette heure
qu'il faut se montrer homme de bien. Et de notre côté, nous ne vous « Paillards de campagne, par Mahomet, si l’un de vous entreprend
abandonnerons pas. Et hardiment que je vous en tuerai beaucoup ! de combattre contre ceux-ci, je vous ferai mourir cruellement. Je
Car quoi ? David tua bien Goliath facilement. Et puis ce gros paillard veux que vous me laissiez combattre seul. Pendant ce temps, vous
d’Eusthènes, qui est fort comme quatre bœufs, ne s’épargnera pas. vous amuserez à nous regarder. »
Prenez courage, frappez-les d'estoc et de taille. »
[…]
Or Pantagruel dit :
Loup Garou se dirigea donc vers Pantagruel avec une massue toute
« Du courage, j’en ai à revendre. Mais quoi ! Hercule n’osa jamais d'acier pesant neuf mille sept cents quintaux et deux quarterons
s’en prendre à deux à la fois. d'acier de Chalybes, au bout de laquelle étaient treize pointes de
- C'est, dit Panurge, bien chié dans mon nez. Vous comparez-vous à diamants, dont la moindre était aussi grosse que la plus grande clo-
Hercule ? Vous avez, par Dieu, plus de force aux dents et plus de che de Notre-Dame de Paris. […] Elle était fée, de manière que ja-

188
mais elle ne pouvait se briser, mais, au contraire, tout ce qui la tou- méthode des Lacédémoniens, par son hor-
chait rompait aussitôt. rible cri. Puis il lui jeta plus de dix-huit ca-
ques et une mine de sel du baril qu'il portait à sa
Ainsi donc, comme il approchait avec une grande férocité, Panta- ceinture, et lui remplit la gorge et le gosier, le nez
gruel, levant les yeux au ciel, se recommanda à Dieu de tout son et les yeux.
cœur, en faisant le vœu qui s'ensuit :
De colère, voulant lui rompre la cer-
« Seigneur Dieu, qui toujours as été mon protecteur velle, Loup Garou lui lança un coup de
et mon sauveur, tu vois la détresse dans sa massue. Mais Pantagruel fut habile,
laquelle je suis maintenant. Rien ne et eut toujours bon pied bon œil. Il recula
m’amène ici, sinon le zèle naturel, puisque du pied gauche d’un pas en arrière, mais
tu as octroyé aux hommes de se proté- il ne sut si bien faire que le coup ne tom-
ger et de se défendre, eux, leurs bât sur le baril, lequel se rompit en quatre
femmes, leurs enfants, leur pays et mille quatre-vingt six pièces, et renversa le
leur famille [...] Donc, s'il te plaît à reste du sel par terre.
cette heure de me venir en aide,
comme en toi seul sont ma totale con- Voyant cela, Pantagruel déplie énergique-
fiance et mon espoir, je te fais le ment les bras et, selon l'art de la hache, le
vœu que, par toutes les contrées frappa du gros bout de son mât, d’es-
de ce pays d’Utopie et d'ailleurs toc, au dessus de la poitrine, et retirant
où j’aurai puissance et autorité, je le coup à gauche, le frappa en taillade
ferai prêcher ton saint Évangile pure- entre le cou et le col. Puis avançant le
ment, simplement et entièrement [...]. » pied droit, il lui donna sur les couillons
un coup de pointe du haut bout de
Alors fut ouïe une voix du ciel, disant : son mât. La hune se brisa et versa
« Hoc fac et vinces », c’est-à-dire : Fais trois ou quatre tonneaux de vin
ainsi, et tu auras victoire. qui étaient de reste. Loup Garou
pensa qu'il lui avait incisé la vessie, et
Puis, Pantagruel voyant que Loup Garou ap- que le vin était son urine qui en sortait.
prochait la gueule ouverte, s’élança contre lui hardiment et s'écria
tant qu'il put : « À mort ribaud ! À mort ! » pour lui faire peur, selon la Non content de cela, Pantagruel voulait redou-
189
bler de coups, mais Loup Garou, levant sa masse, avança sur lui, et constipé, et ne peux guère bien caguer, sinon à force de grincer
de toutes ses forces voulait l’enfoncer sur Pantagruel. De fait, il en des dents. »
donna si vertement que, si Dieu n'eut secouru le bon Pantagruel, il
l'eut fendu depuis le sommet de la tête jusqu’au fond de la rate ; Puis Pantagruel, ainsi privé d’arme, reprit le bout de son mât, en
mais le coup dévia à droite par la brusque célérité de Pantagruel, et frappant à tort et à travers sur le géant, mais il ne lui faisait pas plus
la masse entra plus de soixante et treize pieds en terre à travers un mal que vous n’en feriez en donnant une chiquenaude sur une en-
gros rocher dont elle fit sortir une flamme plus grosse que neuf mille clume de forgeron.
six tonneaux.
Cependant, Loup Garou tirait de terre sa masse, et l'avait déjà tirée,
Pantagruel, voyant que Loup Garou était occupé à tirer ladite masse et s’apprêtait à en frapper Pantagruel, qui soudain se déplaça et es-
qui tenait en terre entre le roc, court sur lui, et voulait lui trancher la quiva tous ses coups, jusqu’à ce qu’au moment où, voyant que
tête tout net ; mais son mât, par malchance, toucha un peu le bois Loup Garou le menaçait, il dit :
de la masse de Loup Garou qui était fée (comme nous l’avons dit au-
paravant). Ainsi, son mât se rompit à trois doigts de la poignée, ce « Misérable, à cette heure je te hacherai comme chair à pâté. Ja-
dont il fut plus étonné qu'un fondeur de cloches. Il s’écria : mais tu n’altéreras les pauvres gens ! »

« Ah ! Panurge, où es-tu ? » Pantagruel le frappa du pied un si grand coup sur le ventre qu'il le
projeta en arrière les jambes en l’air. Il vous le traînait ainsi à l’écor-
Entendant cela, Panurge dit au roi et aux géants : che-cul sur plus d’une portée de flèche d'arc.

« Par dieu ! ils se feront mal, si on ne les sépare. » Et Loup Garou s'écriait, rendant le sang par la gorge : « Mahomet !
Mahomet ! Mahomet ! »
Mais les géants en étaient bien aises, comme s'ils étaient à des no-
ces. À ce cri, tous les géants se levèrent pour le secourir, mais Panurge
leur dit :
Alors, Carpalim voulut se lever de là pour secourir son maître, mais
un géant lui dit : « Messieurs, n'y allez pas si vous m'en croyez, car notre maître est
fou, frappe à tort et à travers, et ne regarde point. Il vous donnera un
« Par Golfarin, neveu de Mahomet, si tu bouges d'ici, je te mettrai au mauvais coup. »
fond de mes chausses comme on fait d'un suppositoire ! Car je suis

190
Mais les géants, voyant que Pantagruel était sans bâton, n'en tin-
rent pas compte.

Lorsque il les vit approcher, Pantagruel prit Loup Garou par les
deux pieds, leva son corps en l’air comme une pique et, s’en ser-
vant comme d’une d’enclume, frappait parmi ces géants armés
de pierres de taille. Il les abattait comme un maçon fait des
éclats de pierre, si bien que nul ne s’arrêtait devant lui sans qu'il
ne soit projeté à terre. [...]

Panurge, avec Carpalim et Eusthènes, pendant ce temps, égor-


getaient ceux qui étaient à terre.

Faites vos comptes : il n'en échappa pas un seul et, à voir Panta-
gruel, il ressemblait à un faucheur, qui de sa faux (c'était Loup
Garou), abattait l'herbe d'un pré (c’étaient les géants). Mais à
cette escrime, Loup Garou perdit la tête. Ce fut quand Pantagruel
en abattit un qui se nommait Riflandouille, qui était grandement
armé de pierres de grès, dont un éclat coupa la gorge tout en-
tière d’Épistémon [...].

Pantagruel prit Loup Garou par les deux


pieds, leva son corps en l’air comme une
pique et, s’en servant comme d’une d’en-
clume, frappait parmi ces géants armés
de pierres de taille.
191
Finalement, voyant que tous étaient morts, il jeta le corps de Loup 3. À quoi voit-on que ce texte reprend de nombreux motifs de l’épo-
Garou tant qu'il put contre la ville. Celui-ci tomba comme une gre- pée ? Trouvez, au moins, deux exemples.
nouille sur le ventre au milieu de la grand-place de ladite ville, et en
tombant, du coup, tua un chat brûlé, une chatte mouillée, une cane- 4. En vous appuyant sur le comportement de Pantagruel, faites le
petière et un oison bridé. portrait du parfait chevalier.

5. Quels éléments transforment le texte en histoire comique ? Inver-


Pantagruel, Chapitre XXIX Comment Pantagruel défit les trois cents sement, quels sont ceux qui inspirent la terreur ?
géants armés de pierres de taille et Loup Garou leur capitaine

RÉDIGEZ
Le burlesque (de l'italien burlesco, venant de burla, « farce,
Racontez, dans un style burlesque, une situation sérieuse (une expli-
plaisanterie ») est caractérisé par l'emploi de mots comiques,
familiers voire vulgaires pour évoquer et rabaisser des choses cation avec vos parents, le récit d’un incident à un policier, une dé-
nobles et sérieuses. claration d’amour...).

Quels exemples en pourriez-vous trouver dans le combat de Pan- Évitez, tout de même, une trop grande vulgarité. Un simple mot peut
tagruel contre Loup Garou ? donner à un texte un style burlesque.

RÉÉCRITURE
QUESTIONS
Remplacez « il » par « ils ».
1. Quels sont les adversaires de Pantagruel ? À quel peuple peut-on
les identifier ? Justifiez votre réponse. Ainsi donc, comme il approchait avec une grande férocité, Panta-
gruel, levant les yeux au ciel, se recommanda à Dieu de tout son
2. Dans les deux premiers paragraphes, quels grands combats de cœur, en faisant le vœu qui s'ensuit
l’Antiquité et de la Bible sont-ils évoqués ?

192
LE PARTICIPE PRÉSENT

Le participe, comme l’infinitif, est un mode impersonnel, c’est-à-dire ADJECTIF QUALIFICATIF


que le verbe au participe n’a pas de pronom personnel.
On peut l’employer comme un adjectif qualificatif (on l’appelle alors
Ce mode possède deux temps : le présent (aimant) et le passé (ai- l’adjectif verbal) : J’ai rencontré le prince charmant.
mé).
En tant qu’adjectif, il s’accorde : J’ai rencontré la princesse char-
Le participe présent se termine par -ant. mante.

• charmer → charmant,
• intéresser → intéressant, VERBE
• manger → mangeant,
• tenir → tenant On peut l’employer comme un verbe. On l’appelle alors tout simple-
ment le participe présent :
Le participe présent « participe » à la fois de l’adjectif et du verbe.
Le prince, tenant la princesse dans ses bras, s’apprête à lui deman-
Il peut donc s'employer soit comme un adjectif qualificatif (intéres- der sa main.
sant) soit comme un verbe (mangeant). Employé comme un verbe, il
peut être précédé de « en » et devenir gérondif (en mangeant). En tant que verbe, il peut avoir un complément d’objet (tenant la
princesse).

193
Contrairement à l’adjectif verbal, il est toujours invariable :
RÉVISION 4.3 Adjectif verbal, participe présent ou gérondif ?
Les princes, tenant la princesse dans leurs bras, s’apprêtent à lui
demander sa main. Question 1 sur 5
Il travaille en chantant.

Comment distinguer l’adjectif verbal du participe présent ?

• Seul l’adjectif verbal peut être attribut du sujet : « Ce prince


est charmant ».
• « tenant » ne peut pas être pris pour un adjectif verbal, car on
ne peut dire « Ce prince est tenant ». Donc « tenant » est bien
un participe présent (et donc un verbe). A. Adjectif verbal

B. Participe présent

GÉRONDIF C. Gérondif
Si le participe présent est précédé de la préposition « en », on dit
que c’est un gérondif : Le prince, en charmant la princesse, a ravi
son cœur.

Comme le participe présent, le gérondif est invariable, et peut rece-


voir un complément d’objet (en charmant la princesse).

Répondre

194
PARTICIPE PRÉSENT ET ADJECTIF VERBAL EXERCICES
Le participe présent des verbes en -quer et -guer a une orthogra- I - DITES SI CES PARTICIPES PRÉSENTS SONT EMPLOYÉS
phe différente de celle de l’adjectif verbal. COMME ADJECTIF OU COMME VERBE.

Le participe présent conserve la même orthographe (fatiguer → fati- a - Mon café était brûlant.
guant) ; l’adjectif verbal a une orthographe différente (fatiguer → fati-
gant). b - La tempête, rompant les amarres, a emporté la barque.

De plus, le participe présent se termine toujours par -ant (adhérer → c - Refusant toute nourriture, le malade s’est affaibli.
adhérant). Cependant quelques adjectifs se terminent par -ent
(adhérer → adhérent). d - Voilà une histoire amusante !

e - Le conducteur, voyant un tel embouteillage, rebroussa chemin.

Participe présent Adjectif verbal


II - QUELS PARTICIPES PRÉSENTS SONT EMPLOYÉS
provoquant provocant COMME ADJECTIF OU COMME VERBE ? RÉPONDEZ EN
CLASSANT CES MOTS DANS UN TABLEAU EN DEUX PAR-
communiquant communicant TIES.

intriguant intrigant convaincant - convainquant - fabricant - fabriquant - fatiguant - fati-


gant - naviguant - navigant - précédent - précédant.
différant différent

équivalant équivalent

excellant excellent

négligeant négligent

195
PRENDRE CONSEIL D’UN FOU

Panurge, le compagnon de Pantagruel, se demande s’il doit se marier. Il le voudrait bien, mais il a peur d’être cocu. Il consulte donc di-
verses personnes qui toutes lui répondent la même chose : s’il se marie, il sera cocu, battu et volé. Panurge ne peut les croire, si bien que
Pantagruel lui propose de prendre l’avis d’un fou. À cet effet, il lui raconte comment Joan le fou a résolu un problème épineux entre un
rôtisseur et un portefaix.

« À Paris, à la devanture de la boutique d'un rôtisseur du Petit Châte- Alors Sire Joan, après avoir entendu leur désaccord, demanda au
let, un portefaix mangeait son pain à la fumée du rôt et le trouvait, portefaix qu'il lui tirât de son baudrier quelque pièce d'argent. Le
ainsi parfumé, grandement savoureux. Le rôtisseur le laissait faire. portefaix lui mit dans la main un tournois-de-Philippe. Sire Joan le
Enfin, quand tout le pain fut avalé, le rôtisseur saisit le portefaix au prit, et le mit sur son épaule gauche, comme pour vérifier s'il faisait
collet, et voulait qu'il lui payât la fumée de son rôt. Le portefaix disait le poids ; puis le fit sonner sur la paume de sa main gauche, comme
n'avoir en rien endommagé ses victuailles, n’avoir rien pris qui lui ap- pour entendre s'il était de bon aloi. Il le posa sur la prunelle de son
partienne, ne lui être en rien débiteur. La fumée dont il était question œil droit, comme pour voir s'il était bien frappé. Tout cela fut fait
s’échappait au dehors, et que d’une façon ou d’une autre elle se per- dans le grand silence de tout le peuple badaud, dans l’attente
dait. On n'avait jamais entendu dire que, dans Paris, on eût vendu ferme du rôtisseur, et au désespoir du portefaix. Il le fit sonner sur le
de la fumée de rôt dans la rue. Le rôtisseur répliquait qu’il n'était pas comptoir à plusieurs reprises. Enfin, avec une majesté présiden-
tenu de nourrir les portefaix de la fumée de son rôt, et jurait que, tielle, tenant sa marotte au poing, comme si ce fut un sceptre, et
dans le cas où il ne le payât pas, il lui ôterait ses crochets. ajustant sur sa tête son chaperon de martres de singe à oreilles

 de papier fraisé à points d'orgue, toussant préalablement deux ou
Le portefaix tire son gourdin, et se mettait en défense. L'altercation trois bonnes fois, il dit à haute voix :
prit de l’importance. Le badaud peuple de Paris accourut de toutes
parts à la dispute. Là se trouva à propos Sire Joan le fou, citoyen de « La Cour vous dit que le portefaix qui a mangé son pain à la fumée
Paris. L'ayant aperçu, le rôtisseur demanda au portefaix : « Veux-tu, du rôt a payé civilement le rôtisseur au son de son argent. Ladite
à propos de notre différend, croire ce noble Sire Joan ? - Oui palsam- Cour ordonne que chacun se retire en sa chacunière, sans dépens,
bleu », répondit le portefaix. et pour cause. »

196
Cette sentence du fou parisien a semblé si équitable, voire admi-
rable aux docteurs susdits qu'ils doutent, au cas où la matière
eût été discutée au Parlement dudit lieu ou à la Rotta de Rome,
voire tranchée par les Aréopagites, que la sentence eût été
mieux prononcée par eux. Voyez donc si vous voulez prendre
conseil d'un fou. »

Le Tiers livre, Chapitre XXXVII Comment Pantagruel persuade


Panurge de prendre conseil d'un fou

QUESTIONS
UNE ALTERCATION
1. Où le portefaix mange-t-il son pain ?

2. Que lui réclame le rôtisseur ? Pour quelle raison ?

3. Quelles raisons le portefaix donne-t-il pour justifier son refus  ?

4. Qui, du portefaix ou du rôtisseur, vous semble avoir raison ?

Le portefaix tire son gourdin, et se mettait


en défense. L'altercation prit de l’impor-
tance. Le badaud peuple de Paris accourut
de toutes parts à la dispute.

197
LA FOLIE À LA RESCOUSSE
8. Quelle décision prend-il ? À qui donne-t-il raison, au portefaix ou
5. Qu’est-ce qu’un « différend » ? Avec quel mot ne faut-il pas le au rôtisseur ?
confondre ? Quel synonyme trouve-t-on dans le paragraphe sui-
vant ? 9. Faites des recherches, et dites quel juge célèbre de l’Ancien Tes-
tament prononce un jugement juste dans une situation difficile ?
6. Qui intervient pour mettre d’accord les deux adversaires ?
10. Qui, au XVIe siècle, possède un fou ? Pourquoi ?
7. Quel mot, répété à plusieurs reprises dans le quatrième paragra-
phe, montre que ce personnage fait semblant, joue un rôle ?

Le fou facilement identifiable


à son capuchon orné de gre-
lots, à ses couleurs (jaune,
rouge et vert) ainsi qu’à sa
marotte.

198
LES MOUTONS DE PANURGE

Dans le Quart livre, Pantagruel et ses compagnons sont partis à la recherche de la dive bouteille. Au cinquième jour de leur périple, ils
croisent un navire marchand. La rencontre se passe bien, mais Panurge se dispute avec un marchand nommé Dindonnault.

Ils se réconcilient, et Panurge - malgré les moqueries du marchand - lui achète un mouton, qu’il paye excessivement cher.

S
oudain, je ne sais comment la chose arriva si vite, je n’eus le toujours suivre le premier, en quelque endroit qu'il aille. Aristote le
loisir de le considérer, Panurge, sans dire autre chose, jette dit aussi au livre 9 de L’Histoire des animaux, c’est l’animal le plus
en pleine mer son mouton criant et bêlant. Tous les autres sot et inepte du monde.
moutons, criant et bêlant avec la même intonation, commencèrent à 

se jeter et sauter en mer à sa suite, à la file. C’était à qui sauterait le Le marchand, tout effrayé de ce que devant ses yeux il voyait périr
premier après leur compagnon. Il n’était pas possible de les en em- et noyer ses moutons, s'efforçait de les en empêcher et de les rete-
pêcher, comme vous connaissez le naturel du mouton, qui est de nir autant qu’il le pouvait. Mais c'était en vain. Tous à la file sautaient
dans la mer, et périssaient. Finalement, il en prit un grand et fort par
la toison sur le tillac du navire, pensant ainsi le retenir, et consé-
quemment sauver le reste aussi. Le mouton fut si puissant qu'il em-
porta dans la mer avec lui le marchand qui se noya, de la même fa-
çon que les moutons de Polyphème le Cyclope borgne emportèrent
Ulysse et ses compagnons hors de la caverne. Les autres bergers
et gardiens en firent autant, les prenant les uns par les cornes, les
autres par les pattes, les derniers par la toison. Tous furent pareille-
ment emportés et noyés misérablement en mer.

Panurge, à côté de la cuisine, tenant un aviron en main, non pour
aider les bergers, mais pour les empêcher de grimper sur le navire
et échapper au naufrage, les exhortait avec éloquence, comme s’il

199
était un petit frère d’Olivier Maillard ou un second frère Jean
Bourgeois, leur démontrant par lieux de rhétorique les misères
de ce monde, le bien et le bonheur de l'autre vie, affirmant que
les trépassés sont plus heureux que les vivants dans cette vallée
de misère, et promettant à chacun d'eux d’ériger un beau cénota-
phe et sépulcre en leur honneur au plus haut du Mont-Cenis, à
son retour du Lanternois. Il leur souhaitait néanmoins, au cas où
vivre encore parmi les humains ne leur déplût pas et où il ne leur
vînt pas à l’idée de se noyer, bonne aventure et rencontre de quel-
que baleine, laquelle au troisième jour les rendrait sains et saufs
en quelque doux pays, à l'exemple de Jonas.

Le Quart livre, Chapitre VIII Comment Panurge fit noyer en mer le


marchand et les moutons

QUESTIONS
MOUTONS PAR-DESSUS BORD
1. Quel terme, dans cette phrase, montre que le mouton appar-
tient à Panurge ? Donnez sa classe grammaticale.

Tous les autres moutons, criant et


bêlant avec la même intonation,
commencèrent à se jeter et sauter
en mer à sa suite, à la file.

200
2. Relevez, toujours dans la même phrase, deux participes pré- 10. À quel personnage de la mythologie grecque (cité dans le texte)
sents. Sont-ils employés comme verbes ou comme adjectifs ? Justi- Panurge fait-il penser ?
fiez votre réponse.

3. Que fait Panurge de son mouton ? Que font alors les autres mou-
LA LITTÉRATURE PASSÉE DANS LE LAN-
tons ?
GAGE COURANT
4. Quels mots et quelles expressions employés par Rabelais mon- Les moutons de Panurge sont passés dans le langage courant et dé-
trent et prouvent que le mouton est un animal vraiment stupide ? signent une ou plusieurs personnes suivant les autres, les imitant
sans se poser aucune question.

VENGEANCE... Voici d’autres allusions à la littérature. Lesquelles connaissez-vous ?


Cherchez celles que vous ne connaissez pas, puis rédigez une
phrase employant ces expressions.
5. Pourquoi Panurge a-t-il jeté à l’eau le mouton qu’il a acheté ? Justi-
fiez votre réponse en vous appuyant sur le texte. Un cheval de Troie

• Le talon d’Achille
6. Comment réagissent les marchands ? Que leur arrive-t-il ? Un sésame

• Un pour tous, tous pour un
7. Panurge les aide-t-il ? Que fait-il ?

ET SARCASMES
RÉÉCRITURE
Remplacez « Le marchand » par « Les marchands ».
8. Relevez, dans le dernier paragraphe, les termes qui montrent que
Panurge parle aux bergers.
Le marchand, tout effrayé de ce que devant ses yeux il voyait périr
et noyer ses moutons, s'efforçait de les en empêcher et de les rete-
9. À quoi voit-on, toujours dans le même paragraphe, qu’il se mo-
nir autant qu’il le pouvait.
que d’eux ?

201
5

RIRE AVEC MOLIÈRE


203
LES THÉÂTRES DE PARIS

Pendant très longtemps, il n’y eut à Paris qu’un seul théâtre et


qu’une seule troupe : par décision du roi Charles VI, seuls les
Confrères de la Passion avaient le droit de se produire dans la ca-
pitale. Cependant, les troupes venant de l’extérieur pouvaient ob-
tenir des Confrères une autorisation, à condition de payer une re-
devance.

Un seul théâtre permettait ainsi le contrôle des spectacles qui


étaient, depuis le XVe siècle, religieux : c’est l’Écriture sainte qui
y était représentée.

Mais, au XVIIe siècle, Richelieu et Louis XIV vont permettre l’ou-


verture de nouveaux théâtres. Puis ces théâtres fusionneront, et
ce sera la naissance de la Comédie-Française.

204
Les théâtres de Paris
(tapotez les noms ci-dessous)

205
INTERACTIF 5.1 Intérieur de la salle de la Comédie-Française (projet non réalisé)

L’éclairage Salle à l’italienne

Les loges
La scène

L’orchestre

Le parterre

1 2 3 4 5 6
Le spectacle, quand il n’est pas religieux, est dans la rue, à l’occasion d’une foire par exemple. De simples planches sur des
tréteaux suffisent à construire une scène.
LE MALADE IMAGINAIRE

Argan, qui est malade, essaie de faire venir sa servante. Il ap-


pelle, il crie, mais rien n’y fait. Celle-ci arrive au bout d’un long
moment.

TOINETTE, ARGAN.

TOINETTE, en entrant dans la chambre :


On y va.

ARGAN :
Ah ! chienne ! ah ! carogne !

TOINETTE, faisant semblant de s'être cogné la tête :


Diantre soit fait de votre impatience ! Vous pressez si fort les per-
sonnes, que je me suis donné un grand coup de la tête contre la
carne d'un volet.

ARGAN, en colère :
Ah ! traîtresse !…

TOINETTE, pour l'interrompre et l'empêcher de crier, se plaint tou-


jours, en disant :
Ah !

208
ARGAN : ARGAN :
Il y a… Quoi ! coquine…

TOINETTE : TOINETTE :
Ah ! Si vous querellez, je pleurerai.

ARGAN : ARGAN :
Il y a une heure… Me laisser, traîtresse…

TOINETTE :  TOINETTE, toujours pour interrompre :


Ah ! Ah !

ARGAN : ARGAN :
Tu m'as laissé… Chienne ! tu veux…

TOINETTE : TOINETTE :
Ah ! Ah !

ARGAN : ARGAN :
Tais-toi donc, coquine, que je te querelle ! Quoi ! il faudra encore que je n'aie pas le plaisir de quereller !

TOINETTE : TOINETTE :
Çamon, ma foi, j'en suis d'avis, après ce que je me suis fait ! Querellez tout votre soûl : je le veux bien.

ARGAN : ARGAN :
Tu m'as fait égosiller, carogne ! Tu m'en empêches, chienne, en m'interrompant à tous coups !

TOINETTE : TOINETTE :
Et vous m'avez fait, vous, casser la tête : l'un vaut bien l'autre. Si vous avez le plaisir de quereller, il faut bien que, de mon côté,
Quitte à quitte, si vous voulez. j'aie le plaisir de pleurer : chacun le sien, ce n'est pas trop. Ah !

209
ARGAN : ARGAN :
Allons, il faut en passer par là. Ôte-moi Taisez-vous, ignorante ! ce n'est pas à
ceci, coquine, ôte-moi ceci. Argan se vous à contrôler les ordonnances de la
lève de sa chaise. Mon lavement d'au- médecine. Qu'on me fasse venir ma fille
jourd'hui a-t-il bien opéré ? Angélique : j'ai à lui dire quelque chose.

TOINETTE : TOINETTE :
Votre lavement ? La voici qui vient d'elle-même : elle a de-
viné votre pensée.
ARGAN :
Oui. Ai-je bien fait de la bile ?
Le Malade imaginaire, acte I, scène 2
TOINETTE :
Ma foi ! je ne me mêle point de ces affai-
res-là ; c'est à monsieur Fleurant à y met-
tre le nez, puisqu'il en a le profit. Jouée pour la première fois le
10 février 1673 au Palais-
ARGAN : Royal, cette pièce est une co-
Qu'on ait soin de me tenir un bouillon médie-ballet « mêlée de musi-
prêt, pour l'autre que je dois tantôt pren- que et de danses ».
dre.
La pièce tourne essentielle-
ment autour d'Argan, qui est
TOINETTE :
le « malade imaginaire ». Ce
Ce monsieur Fleurant-là et ce monsieur
veuf s'est remarié avec Béline
Purgon s'égayent sur votre corps ; ils
ont en vous une bonne vache à lait, et je
voudrais bien leur demander quel mal
vous avez, pour faire tant de remèdes.

210
QUESTIONS ARGAN & TOINETTE
4. Quels sont les premiers mots prononcés par Argan ?
UNE PIÈCE DE THÉÂTRE
1. Comment sont écrits les noms des personnages ? 5. Pourquoi est-il en colère ? Que reproche-t-il à sa servante ?

2. À quoi servent les passages écrits en italique ? 6. Que répond Toinette ? A-t-elle vraiment mal ? Pourquoi répète-
t-elle toujours la même chose ?
3. À quoi reconnaît-on que ce texte est une pièce de théâtre ?

Le malade imaginaire (Henri


Daumier)

211
7. Toinette fait-elle ce qu’on attend d’elle ? Que ne veut-elle pas fai-
RÉDIGEZ
re ? Pourquoi ?
a - Remplacez les points de suspension par des didascalies indi-
8. Qui de Toinette ou d’Argan paraît dominer l’autre ? Était-ce ce à quant ce que fait Argan ainsi que la manière dont il parle.
quoi l’on s’attendait ?
...
Il n'y a personne. J'ai beau dire : on me laisse toujours seul : il n'y a
UNE COMÉDIE SATIRIQUE pas moyen de les arrêter ici.

9. Cet extrait est-il destiné à faire rire ou à émouvoir ? Justifiez votre ...
réponse. Ils n'entendent point, et ma sonnette ne fait pas assez de bruit. Dre-
lin, drelin, drelin. Point d'affaire. Drelin, drelin, drelin. Ils sont
10. Qu’est-ce qu’une « vache à lait » ? Quels reproches Toinette sourds… Toinette ! Drelin, drelin, drelin. Tout comme si je ne sonnais
fait-elle aux médecins ? point. Chienne, coquine ! Drelin, drelin, drelin. J'enrage !
...
Drelin, drelin, drelin. Carogne, à tous les diables ! Est-il possible
Le Malade imaginaire est la trentième et dernière pièce qu'on laisse comme cela un pauvre malade tout seul ? Drelin drelin,
jouée par Molière, qui interprétait Argan. drelin. Voilà qui est pitoyable ! Drelin, drelin, drelin. Ah ! mon Dieu !
Ils me laisseront ici mourir. Drelin, drelin, drelin.
Lors de la quatrième représentation, Molière a tenu à jouer ...
la pièce, malgré son épuisement. À la fin du dernier acte,
Molière crache du sang. La pièce est terminée. Les comé-
diens ferment les rideaux et Molière s'évanouit...
b - Vous avez oublié vos clefs et vous sonnez donc à votre porte
pour que l’on vous ouvre. Malheureusement, personne ne vient.
Comme Argan, vous vous fâchez en entendant une voix qui, comme
Toinette, tarde à venir.

Imaginez le dialogue.

212
Le malade imaginaire représenté dans
le Jardin de Versailles

213
L’AVARICE

HARPAGON, LA FLÈCHE. LA FLÈCHE :


Qu’est-ce que je vous ai fait ?

HARPAGON : HARPAGON :
Hors d’ici tout à l’heure, et qu’on ne réplique pas. Allons, que l’on Tu m’as fait, que je veux que tu sortes.
détale de chez moi, maître juré filou ; vrai gibier de potence.
LA FLÈCHE :
LA FLÈCHE à part : Mon maître, votre fils, m’a donné ordre de l’attendre.
Je n’ai jamais rien vu de si méchant que ce maudit vieillard ; et je
pense, sauf correction, qu’il a le diable au corps. HARPAGON :
Va-t’en l’attendre dans la rue, et ne sois point dans ma maison plan-
HARPAGON : té tout droit comme un piquet, à ob-
Tu murmures entre tes dents. server ce qui se passe, et faire ton
Ce que dit le poète Char-
profit de tout. Je ne veux point avoir les Robinet de L’Avare :
LA FLÈCHE : sans cesse devant moi un espion de
Pourquoi me chassez-vous ? mes affaires, un traître, dont les yeux « J'avertis que le sieur Molière

[...]

maudits assiègent toutes mes ac- Donne à présent sur son théâtre,

HARPAGON : tions, dévorent ce que je possède, Où son génie est idolâtre,

Un Avare qui divertit,

C’est bien à toi, pendard, à me demander des raisons : sors vite, et furettent de tous côtés pour voir Non pas certes pour un petit,

que je ne t’assomme. s’il n’y a rien à voler. Mais au-delà ce qu'on peut dire ;


214
LA FLÈCHE : chose de mon argent. (Haut) Ne serais-tu point homme à aller faire
Comment diantre voulez-vous qu’on fasse pour vous voler ? Êtes- courir le bruit que j’ai chez moi de l’argent caché ?
vous un homme volable, quand vous renfermez toutes choses, et fai-
tes sentinelle jour et nuit ? LA FLÈCHE :
Vous avez de l’argent caché ?
HARPAGON :
Je veux renfermer ce que bon me semble, et faire sentinelle comme HARPAGON :
il me plaît. Ne voilà pas de mes mouchards, qui prennent garde à Non, coquin, je ne dis pas cela. (À part) J’enrage. (Haut) Je de-
ce qu’on fait ? (À part) Je tremble qu’il n’ait soupçonné quelque mande si malicieusement tu n’irais point faire courir le bruit que j’en
ai.

L'Avare (mise en scène de Ro-


ger Planchon) est une comé-
die en prose qui a été repré-
sentée pour la première fois
au théâtre du Palais-Royal
le 9 septembre 1668.

Molière y joue Harpagon, un


vieillard riche et avare qui sou-
haite se remarier.

215
LA FLÈCHE : HARPAGON :
Hé ! que nous importe que vous en ayez, ou que vous n’en ayez Oui.
pas, si c’est pour nous la même chose ?
LA FLÈCHE :
HARPAGON : Les voilà.
Tu fais le raisonneur ; je te baillerai de ce raisonnement-ci par les
oreilles. (Il lève la main pour lui donner un soufflet) Sors d’ici encore HARPAGON, désignant les chausses :
une fois. N’as-tu rien mis ici dedans ?

LA FLÈCHE : LA FLÈCHE :
Hé bien ! je sors. Voyez vous-même.

HARPAGON : HARPAGON, Il tâte le bas de ses chausses :


Attends. Ne m’emportes-tu rien ? Ces grands hauts-de-chausses sont propres à devenir les rece-
leurs des choses qu’on dérobe ; et je voudrais qu’on en eût fait pen-
LA FLÈCHE : dre quelqu’un.
Que vous emporterais-je ?
LA FLÈCHE, à part :
HARPAGON : Ah ! qu’un homme comme cela, mériterait bien ce qu’il craint ! et
Viens çà, que je voie. Montre-moi tes mains. que j’aurais de joie à le voler !

LA FLÈCHE : HARPAGON :
Les voilà. Euh ?

HARPAGON : LA FLÈCHE :
Les autres. Quoi ?

LA FLÈCHE : HARPAGON :
Les autres ? Qu’est-ce que tu parles de voler ?

216
LA FLÈCHE :
QUESTIONS
Je dis que vous fouilliez bien partout, pour voir si je vous ai volé.

DEUX CARACTÈRES
HARPAGON :
C’est ce que je veux faire. 1. Dans sa première réplique, quel mode emploie Harpagon pour
donner ses ordres ? Qu’est-ce qui, dans le vocabulaire qu’il em-
Il fouille dans les poches de la Flèche. ploie, montre qu’il est le maître ?

LA FLÈCHE, à part : 2. À votre avis, qui est La Flèche ? Que vous inspire son nom ?
La peste soit de l’avarice, et des avaricieux.
3. Celui-ci répond-il tout de suite ? Quels mots montrent qu’il se
parle d’abord à lui même ?
L’Avare, Acte I, scène 3
4. Quels sentiments lui inspirent les propos de son maître ? Justifiez
votre réponse.

INTERACTIF 5.2 L'Avare acte I scène 3

LA PEUR DU VOL
5. Qu’est-ce qu’un avare ? Trouvez deux mots de la même famille
dans cette scène.

6. Qu’appelle-t-on, aujourd’hui, un harpagon ?

7. Quand La Flèche se décide à obéir à Harpagon, que fait celui-


ci ?

8. Pourquoi Harpagon fouille-t-il La Flèche ? Où Harpagon le fouille-


Avec Michel Serrault et Nicolas Vaude
t-il ?

217
9. Au début de l’extrait, qui pose les questions ? Ensuite, qui les po-
GRAMMAIRE
se ? Comment sont les répliques à ce moment ? Quel est l’effet pro-
duit ? « Ah ! qu’un homme comme cela, mériterait bien ce qu’il craint ! et
que j’aurais de joie à le voler ! »

MAÎTRE ET VALET À quel temps sont les verbes en gras ? Conju-


guez-les à toutes les personnes.
10. Qui du maître ou du valet vous semble le
plus malin ? Pour quelles raisons ? Qu’expriment ces verbes :

11. Quelle phrase semble annoncer la suite de • une action qui ne se réalisera jamais ?
la pièce ? • une action qui se réalisera dans l’avenir ?
• une action qui se réalisera peut-être ?
12. En somme, qui vous paraît diriger le jeu ?
Le maître ou le valet ?

INTERACTIF 5.3 Conjuguez

RÉÉCRITURE
Réécrivez cette phrase en conjuguant les ver-
bes à l’impératif de la deuxième personne du
pluriel.

218
LE SUBJONCTIF

CONJUGAISON LE SUBJONCTIF
« Comment diantre voulez-vous qu’on fasse pour vous voler ? » 1. L’UNIVERS DES POSSIBLES
a - Relevez le verbe. Le subjonctif présent s’emploie pour dire une action que l’on veut
réaliser dans un futur proche.
b - Quel est l’infinitif de ce verbe ? 

Exemple : Il faut que je fasse mes devoirs.
c - À quel temps et à quel mode est-il ?
Il ne faut cependant pas confondre le présent du subjonctif (ci-des-
sus) avec le futur simple de l’indicatif dans Demain, je ferai mes de-
voirs.
RÉVISION 5.1 Choisissez la

bonne conjugaison
En effet, le futur simple sert ici à exprimer une certitude (Je suis sûr
Question 1 sur 5

et certain de faire mes devoirs demain), alors que, dans mon pre-
mier exemple (Il faut que je fasse mes devoirs), le verbe au subjonc-
A. Il faut que je fasse mes devoirs
tif n’exprime pas une certitude, au contraire : Je dois faire mes de-
B. Il faut que je fais mes devoirs

voirs. Je les ferai ou ... peut-être pas !



Ainsi le subjonctif permet de dire ce qui arrivera... ou n’arrivera pas.

219
C’est ce qu’on appelle l’éventualité. On parle également du potentiel Ainsi le subjonctif sert à exprimer l’éventualité, le possible, le souhait
(ce qui peut arriver ou ne pas arriver) ou du virtuel (c’est le contraire ou encore l’ordre.
de la réalité). On est alors dans l’univers des possibles.

2. ATTACHÉ À LA PRINCIPALE
L’ÉVENTUALITÉ

 Le plus souvent, le subjonctif s’emploie après que (mais attention !
Voyons un autre exemple : Qu’il pleuve ou qu’il neige, j’irai au col- pas toujours...) C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on le conjugue
lège demain. précédé du mot que :
Dans cet exemple, on imagine le temps qu’il fera ou qu’il ne fera
pas le lendemain mais qui ne m’empêchera pas de me rendre à Que j’aille

mon travail. Qu’il pleuve ou qu’il neige traduit une éventualité ; il ne Que tu ailles

pleuvra ou ne neigera peut-être pas. Il n’y a aucune certitude. Qu’il aille

etc.
Le subjonctif permet d’exprimer aussi le souhait ou encore l’ordre.
Cela parce que le subjonctif s’emploie, en général, dans une propo-
Dans tous les cas, on est dans le virtuel, dans l’univers des possi- sition subordonnée conplétive : Je souhaite qu’il vienne (La proposi-
bles : les choses souhaitées ou ordonnées arriveront ou n’arriveront tion est ici soulignée).
pas. 

On peut dire que que le mot que annonce très souvent le subjonctif.
(Il permet même de distinguer l’indicatif du subjonctif quand le
LE SOUHAIT verbe est identique au présent des deux modes : Je redoute qu’elle

 chante / Hélas, elle chante !)
Dans cet exemple, le subjonctif exprime une souhait : J’aimerais 

qu’il réussisse son contrôle. On peut aussi le trouver dans d’autres types de propositions subor-
données : relatives (On cherche un livre qui lui plaise) ou, plus rare-
ment, indépendantes (Qu’il entre !).
L’ORDRE 

Subjonctif signifie « attaché sous » en d’autres termes « subordon-
Ici, le subjonctif exprime un ordre, comme à l’impératif : Qu’il sorte !
né ». Littéralement, le subjonctif est subordonné à une phrase princi-
220
pale. Pour cette raison, on le trouve le plus souvent dans une propo- LE PREMIER GROUPE
sition subordonnée conjonctive, relative voire indépendante.

jouer crier
3. CONJUGAISON
que je joue que je crie
LES AUXILIAIRES que tu joues que tu cries

qu’il joue qu’il crie


être avoir
que nous jouions que nous criions
que je sois que j’aie
que vous jouiez que vous criiez
que tu sois que tu aies
qu’ils jouent qu’ils crient
qu’il soit qu’il ait

que nous soyons que nous ayons LE DEUXIÈME GROUPE


que vous soyez que vous ayez

qu’ils soient qu’ils aient finir grandir

que je finisse que je grandisse

que tu finisses que tu grandisses

qu’il finisse qu’il grandisse

que nous finissions que nous grandissions

que vous finissiez que vous grandissiez

qu’ils finissent qu’ils grandissent

221
LE TROISIÈME GROUPE EXERCICES

INTERACTIF 5.4 Indicatif ou sub- INTERACTIF 5.5 Le subjonctif pré-


faire pouvoir jonctif ? sent

que je fasse que je puisse

que tu fasses que tu puisses

qu’il fasse qu’il puisse

que nous fassions que nous puissions

que vous fassiez que vous puissiez Dites si les verbes sont conju-
gués au subjonctif ou à l’indica- Conjuguez les verbes au sub-
qu’ils fassent qu’ils puissent
tif jonctif présent

INDICATIF OU SUBJONCTIF ?

Dans chacune de ces phrases, le même verbe apparaît deux fois.


Une fois au présent de l'indicatif et une fois au présent du subjonctif.
Tâchez de trouver la bonne orthographe !

AUDIO 5.1 Écrivez les phrases dictées

222
QUE DIABLE ALLAIT-IL FAIRE DANS CETTE GALÈRE ?

Pour jouer un mauvais tour à Géronte dont il cherche à se venger, Scapin prétend que son fils Léandre a été capturé par des Turcs qui lui de-
mandent une rançon en échange de sa libération. Si Géronte veut revoir son fils, il doit donner cinq cents écus aux ravisseurs.

GÉRONTE, SCAPIN. SCAPIN, même jeu : En vain je cours de tous côtés pour le pouvoir
trouver.

SCAPIN, feignant de ne pas voir Géronte : Ô Ciel ! Ô disgrâce im- GÉRONTE : Me voici.
prévue ! Ô misérable père ! Pauvre Géronte, que feras-tu ?
SCAPIN, même jeu : Il faut qu'il soit caché en quelque endroit qu'on
GÉRONTE, à part : Que dit-il là de moi, avec ce visage affligé ? ne puisse point deviner.

SCAPIN, même jeu : N'y a-t-il personne qui puisse me dire où est le GÉRONTE, arrêtant Scapin : Holà ! es-tu aveugle, que tu ne me vois
seigneur Géronte ? pas ?

GÉRONTE : Qu'y a-t-il, Scapin ? SCAPIN : Ah! Monsieur, il n'y a pas moyen de vous rencontrer.

SCAPIN, courant sur le théâtre, sans vouloir entendre ni voir GÉRONTE : Il y a une heure que je suis devant toi. Qu'est-ce que
c'est donc qu'il y a ?
GÉRONTE : Où pourrai-je le rencontrer, pour lui dire cette infortu-
ne ? SCAPIN : Monsieur.

GÉRONTE, courant après Scapin : Qu'est-ce que c'est donc ? GÉRONTE : Quoi ?

223
SCAPIN : Monsieur, votre fils. à divertir cette tristesse, nous nous sommes allés promener sur le
port. Là, entre autres plusieurs choses, nous avons arrêté nos yeux
GÉRONTE : Hé bien! mon fils. sur une galère turque assez bien équipée. Un jeune Turc de bonne
mine nous a invités d'y entrer, et nous a présenté la main. Nous y
SCAPIN : Est tombé dans une disgrâce la plus étrange du monde. avons passé ; il nous a fait mille civilités, nous a donné la collation,
où nous avons mangé des fruits les plus excellents qui se puissent
GÉRONTE : Et quelle ? voir, et bu du vin que nous avons trouvé le meilleur du monde.

SCAPIN : Je l'ai trouvé tantôt tout triste, de je ne sais quoi que vous GÉRONTE : Qu'y a-t-il de si affligeant en tout cela ?
lui avez dit, où vous m'avez mêlé assez mal à propos ; et, cherchant

Géronte et Scapin

224
SCAPIN : Attendez, Monsieur, nous y voici. Pendant que nous man- GÉRONTE : Il faut, Scapin, il faut que tu fasses ici l'action d'un servi-
gions, il a fait mettre la galère en mer, et, se voyant éloigné du port, teur fidèle.
il m'a fait mettre dans un esquif, et m'envoie vous dire que si vous
ne lui envoyez par moi tout à l'heure cinq cents écus, il va vous em- SCAPIN : Quoi, Monsieur ?
mener votre fils en Alger.
GÉRONTE : Que tu ailles dire à ce Turc qu'il me renvoie mon fils, et
GÉRONTE : Comment, diantre ! cinq cents écus ? que tu te mettes à sa place jusqu'à ce que j'aie amassé la somme
qu'il demande.
SCAPIN : Oui, Monsieur ; et de plus, il ne m'a donné pour cela que
deux heures. SCAPIN : Eh ! Monsieur, songez-vous à ce que vous dites ? et vous
figurez-vous que ce Turc ait si peu de sens, que d'aller recevoir un
GÉRONTE : Ah le pendard de Turc, m'assassiner de la façon ! misérable comme moi à la place de votre fils ?

SCAPIN : C'est à vous, Monsieur, d'aviser promptement aux moyens GÉRONTE : Que diable allait-il faire dans cette galère ?
de sauver des fers un fils que vous aimez avec tant de tendresse.
SCAPIN : Il ne devinait pas ce malheur. Songez, Monsieur, qu'il ne
GÉRONTE : Que diable allait-il faire dans cette galère ? m'a donné que deux heures.

SCAPIN : Il ne songeait pas à ce qui est arrivé. GÉRONTE : Tu dis qu'il demande...

GÉRONTE : Va-t'en, Scapin, va-t'en vite dire à ce Turc que je vais en- SCAPIN : Cinq cents écus.
voyer la justice après lui.
GÉRONTE : Cinq cents écus ! N'a-t-il point de conscience ?
SCAPIN : La justice en pleine mer !
Vous moquez-vous des gens ? SCAPIN : Vraiment oui, de la conscience à un Turc.
Les moqueries à l’égard
des Turcs s’expliquent
GÉRONTE : Que diable allait-il faire GÉRONTE : Sait-il bien ce que c'est que cinq cents écus ?
par le mauvais effet
dans cette galère ?
qu’avait produit l’ambas-
sadeur turc à la cour du SCAPIN : Oui, Monsieur, il sait que c'est mille cinq cents livres.
SCAPIN : Une méchante destinée roi.
conduit quelquefois les personnes.
225
GÉRONTE : Croit-il, le traître, que mille cinq cents livres se trouvent SCAPIN, en lui rendant la clef : Eh ! Monsieur, rêvez-vous ? Je n'au-
dans le pas d'un cheval ? rais pas cent francs de tout ce que vous dites ; et de plus, vous sa-
vez le peu de temps qu'on m'a donné.
SCAPIN : Ce sont des gens qui n'entendent point de raison.
GÉRONTE : Mais que diable allait-il faire dans cette
GÉRONTE : Mais que diable allait-il faire à galère ?
cette galère ?
SCAPIN : Oh ! que de paroles perdues ! Laissez là
SCAPIN : Il est vrai. Mais quoi ? on ne pré- cette galère, et songez que le temps presse, et que
voyait pas les choses. De grâce, Monsieur, vous courez risque de perdre votre fils. Hélas ! mon
dépêchez. pauvre maître, peut-être que je ne te verrai de ma
vie, et qu'à l'heure que je parle, on t'emmène es-
GÉRONTE : Tiens, voilà la clef de mon ar- clave en Alger. Mais le Ciel me sera témoin que j'ai
moire. fait pour toi tout ce que j'ai pu ; et que si tu man-
ques à être racheté, il n'en faut accuser que le peu
SCAPIN : Bon. d'amitié d'un père.

GÉRONTE : Tu l'ouvriras. GÉRONTE : Attends, Scapin, je m'en vais quérir


cette somme.
SCAPIN : Fort bien.
SCAPIN : Dépêchez donc vite, Monsieur, je tremble
GÉRONTE : Tu trouveras une grosse clef du que l'heure ne sonne.
côté gauche, qui est celle de mon grenier.
GÉRONTE : N'est-ce pas quatre cents écus que tu
SCAPIN : Oui. dis ?

GÉRONTE : Tu iras prendre toutes les hardes qui sont dans cette SCAPIN : Non : cinq cents écus.
grande manne, et tu les vendras aux fripiers, pour aller racheter
mon fils. GÉRONTE : Cinq cents écus ?

226
SCAPIN : Oui. SCAPIN : Oui.

GÉRONTE : Que diable allait-il faire à cette galère ? GÉRONTE, même jeu : Un homme sans foi, un voleur.

SCAPIN : Vous avez raison, mais hâtez-vous. SCAPIN : Laissez-moi faire.

GÉRONTE : N'y avait-il point d'autre promenade ?

SCAPIN : Cela est vrai. Mais faites promptement.

GÉRONTE : Ah ! maudite galère !

SCAPIN, à part : Cette galère lui tient au cœur.

GÉRONTE : Tiens, Scapin, je ne me souvenais pas que je viens


justement de recevoir cette somme en or, et je ne croyais pas
qu'elle dût m'être si tôt ravie. (Il lui présente sa bourse, qu'il ne
laisse pourtant pas aller ; et, dans ses transports, il fait aller son
bras de côté et d'autre, et Scapin le sien pour avoir la bourse)
Tiens. Va-t'en racheter mon fils.

SCAPIN, tendant la main : Oui, Monsieur.

GÉRONTE, retenant la bourse qu’il fait semblant de vouloir


donner à Scapin : Mais dis à ce Turc que c'est un scélé-
rat.

SCAPIN, tendant toujours la main : Oui.

GÉRONTE, même jeu : Un infâme.

227
GÉRONTE, même jeu : Qu'il me tire cinq cents écus contre toute GÉRONTE, même jeu : Que je ne les lui donne ni à la mort, ni à la
sorte de droit. vie.

SCAPIN : Oui. SCAPIN : Fort bien.

GÉRONTE : Et que si jamais je l'attrape, je saurai me


venger de lui.

SCAPIN : Oui.

GÉRONTE, remet la bourse dans sa poche, et s'en va :


Va, va vite requérir mon fils.

SCAPIN, allant après lui : Holà ! Monsieur.

GÉRONTE : Quoi ?

SCAPIN : Où est donc cet argent ?

GÉRONTE : Ne te l'ai-je pas donné ?

SCAPIN : Non vraiment, vous l'avez remis dans votre


poche.

GÉRONTE : Ah ! c'est la douleur qui me trouble l'esprit.

La peine des galères était une condamnation pénale surtout SCAPIN : Je le vois bien.
pratiquée en France sous l'Ancien Régime et qui consistait à
envoyer les forçats comme rameurs sur les galères. GÉRONTE : Que diable allait-il faire dans cette galère ?
Ah ! maudite galère ! traître de Turc à tous les diables !
(source)

228
SCAPIN : Il ne peut digérer les cinq cents écus que je lui arra- COMIQUE MULTIPLE
che ; mais il n'est pas quitte envers moi, et je veux qu'il me paye en
une autre monnaie l'imposture qu'il m'a faite auprès de son fils. 4. Au début de la scène, de quelle manière Scapin attire-t-il l’atten-
tion de son maître ?

Les Fourberies de Scapin, Acte II, scène 7 5. Une fois que Géronte et Scapin ont commencé à se parler, ce der-
nier lui dit-il tout de suite la raison pour laquelle il le cherchait ? Pour-
quoi ?

Les Fourberies de Scapin est une comédie en trois actes


6. Comment Géronte réagit-il lorsqu’il apprend que son fils a été en-
créée au Théâtre du Palais-Royal le 24 mai 1671.
levé ?
Molière y joue le rôle de Scapin, personnage qui lui ressem-
ble étonnamment : acteur, metteur en scène, farceur, ancien 7. Quelles sont les solutions trouvées par Géronte ? Sont-elles réali-
prisonnier... sables ?

8. Quelle phrase Géronte répète-t-il ? Quel sentiment cette phrase


révèle-t-elle ? Quel effet produit cette phrase ?

QUESTIONS 9. À quel moment le rythme s’accélère-t-il ? Comment sont alors les


répliques ?

LES FOURBERIES DE SCAPIN


10. De quel défaut Géronte est-il le parfait exemple ? Trouvez trois
1. Qu’est-ce qu’une « fourberie » ? Comment appelle-t-on celui qui exemples de ce défaut qui provoque le rire.
en commet ?

2. En plus de vouloir extorquer de l’argent à son maître, quelle


phrase annonce une autre fourberie ?

3. Que nous apprend cette phrase au sujet du caractère de Sca-


pin ? Justifiez votre réponse.

229
RÉÉCRITURE GALERIE 5.1 Les Fourberies de Scapin (édi-
tion de 1671)
Réécrivez cette phrase à la forme affirmative :

« N'y a-t-il personne qui puisse me dire où est le seigneur


Géronte ? »

RÉDIGEZ
Un ami vous demande de lui prêter un peu d’argent. Comme vous
n’avez pas envie de le faire, mais que vous ne voulez pas non plus
avoir l’air de refuser, inventez (comme Géronte) toutes sortes d’excu-
ses.

Rédigez donc un dialogue en respectant les règles de construction


du dialogue théâtral (nom des personnages, didascalies, etc.).

LE VOCABULAIRE DU THÉÂTRE
Complétez avec les mots suivants : « répliques », «didascalies»,
« scènes », « pièce », « aparté », « actes ».

Une ... de théâtre est divisée en ... , qui sont eux-mêmes divisés en
... . Les ... sont dites par les personnages. Des phrases indiquent
comment ils parlent ou ce qu’ils font : ce sont des ... . Parfois, un per-
sonnage se parle à lui-même : c’est un ... .

230
GRAMMAIRE

POUR RÉVISER LA PHRASE INTERROGATIVE


Formez un groupe de quatre élèves, et lisez l’extrait ci-contre. En-  ACTE I, SCÈNE PREMIÈRE
suite, deux élèves posent des questions sur l’extrait, deux autres y
répondent. SGANARELLE, AMINTE, LUCRÈCE, M. GUILLAUME,
M. JOSSE.

SGANARELLE. - Ah, l’étrange chose que la vie ! et


L’exercice permet :
que je puis bien dire avec ce grand philosophe de
l’antiquité, que qui terre a, guerre a (1), et qu’un
• de vérifier que l’extrait a été correctement lu et compris. malheur ne vient jamais sans l’autre. Je n’avais
• que le groupe qui pose les questions sait construire des phrases qu’une seule femme qui est morte.
interrogatives.
• que le groupe qui répond aux questions sait rédiger et répondre M. GUILLAUME. - Et combien donc en voulez-vous
avec pertinence. avoir ?

SGANARELLE. - Elle est morte, Monsieur mon ami,


Afin que tout le monde travaille en cette perte m’est très sensible (2), et je ne puis m’en
ressouvenir sans pleurer. Je n’étais pas fort satisfait
même temps et pour permettre aux élè-
de sa conduite (3), et nous avions le plus souvent dis-
ves de s’entraider, utilisez Framapad,
pute ensemble ; mais enfin, la mort rajuste (4) toutes
un éditeur de texte collaboratif en li-
choses. Elle est morte : je la pleure. Si elle était en
gne. vie, nous nous querellerions (5). De tous les enfants
que le Ciel m’avait donnés, il ne m’a laissé qu’une
231
LEÇON Une phrase interrogative est composée d’une proposition principale
(« Je me demande ») et d’une proposition subordonnée (« qui tu as
appelé »).
VIDÉO 5.1 Interrogation directe et indirecte
Cette proposition subordonnée pose une question, une demande
d’information qui dépend toujours d’un verbe à sens interrogatif : se
demander, savoir, ignorer, chercher…

Pour cette raison, elle est appelée proposition subordonnée interro-


gative indirecte, puisqu’elle dépend d’un verbe dont elle est complé-
ment.

Il n’y a pas l’inversion du sujet ni le point d’interrogation que l’on


trouve dans l’interrogation directe : « Qui as-tu appelé ? »

Une proposition subordonnée peut être introduite par :

• une conjonction de subordination (« Il se demande si Marc


viendra. »),
• un adverbe interrogatif (« Il a demandé quand tu es passé », « On
se demande comment il est entré. », « J’ai oublié pourquoi il est
venu. », « Je ne sais combien tu en veux. »…),
• un déterminant interrogatif (« Dis-moi quelle couleur tu
préfères. »),
• un pronom interrogatif (« Je me demande qui est venu. », « Je ne
sais où aller. », « J’ignore lequel choisir », « Il cherche ce que tu
veux. » …).

232
EXERCICES RÉVISION 5.2 Choisissez les phrase interrogatives correctement
formulées.
RÉÉCRIVEZ CES PHRASES INTERROGATIVES EN COM-
MENÇANT PAR « JE ME DEMANDE... ».
Question 1 sur 5
a - Que feras-tu ?

b - N'y a-t-il personne qui puisse me dire où est le seigneur Géron-


te ?

c - Où pourrai-je le rencontrer, pour lui dire cette infortune ?

d - Qu'est-ce que c'est ? A. Je me demande se qu’il veut.

e - Que diable allait-il faire dans cette galère ? B. Je me demande ce qu’il veut.

f - Sait-il bien ce que c'est que cinq cents écus ? C. Je me demande qu’est-ce qu’il veut.

g - Vous moquez-vous des gens ?

Répondre

233
DICTÉES

DICTÉE 1
Les mots suivants vous sont donnés :

• ladre

AUDIO 5.2 AUDIO 5.4


Écoutez le texte Écrivez le texte

DICTÉE 2
Les mots suivants vous sont donnés :

• entrailles
• l’impertinence

AUDIO 5.3 AUDIO 5.5


Écoutez le texte Écrivez le texte

234
APPRENEZ-MOI L’ORTHOGRAPHE

Maître de philosophie, Monsieur Jour- bien suivre votre pensée et traiter cette matière en philosophe, il faut
dain commencer selon l’ordre des choses, par une exacte connaissance
de la nature des lettres, et de la différente manière de les prononcer
[...] toutes. Et là-dessus j’ai à vous dire que les lettres sont divisées en
voyelles, ainsi dites voyelles parce qu’elles expriment les voix ; et en
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Que vou- consonnes, ainsi appelées consonnes parce qu’elles sonnent avec
lez-vous donc que je vous apprenne ? les voyelles, et ne font que marquer les diverses articulations des
voix. Il y a cinq voyelles ou voix : A, E, I, O, U.
MONSIEUR JOURDAIN : Apprenez-moi
l’orthographe. MONSIEUR JOURDAIN : J’entends tout cela.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Très volon-


tiers.
UNE ŒUVRE VERBALE ET MUSICALE

MONSIEUR JOURDAIN : Après vous Le Bourgeois gentilhomme est une comédie-bal-


let, c’est-à-dire une pièce de théâtre mêlant mu- AUDIO 5.6 L’ouver-
m’apprendrez l’almanach, pour savoir sique et danse. ture de la comédie-
quand il y a de la lune et quand il n’y ballet
L’expression « comédie-ballet » a été inventée
en a point. par Molière et Jean-Baptiste Lully (qui a com-
posé la musique du Bourgeois gentilhomme)
en 1661.
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Soit. Pour

235
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : La voix A se forme en ouvrant fort la MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : La voix U se forme en rapprochant les
bouche : A. dents sans les joindre entièrement, et allongeant les deux lèvres en
dehors, les approchant aussi l’une de l’autre sans les rejoindre tout
MONSIEUR JOURDAIN : A, A. Oui. à fait : U.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : La voix E se forme en rapprochant la MONSIEUR JOURDAIN : U, U. Il n’y a rien de plus véritable : U.
mâchoire d’en bas de celle d’en haut : A, E.
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Vos deux lèvres s’allongent comme si
MONSIEUR JOURDAIN : A, E, A, E. Ma foi ! oui. Ah ! que cela est vous faisiez la moue : d’où vient que si vous la voulez faire à quel-
beau ! qu’un, et vous moquer de lui, vous ne sauriez lui dire que : U.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Et la voix I en rapprochant encore da- MONSIEUR JOURDAIN : U, U. Cela est vrai. Ah ! que n’ai-je étudié
vantage les mâchoires l’une de l’autre, et écartant les deux coins de plus tôt, pour savoir tout cela ?
la bouche vers les oreilles : A, E, I.
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Demain, nous verrons les autres lettres,
MONSIEUR JOURDAIN : A, E, I, I, I, I. Cela est vrai. Vive la science ! qui sont les consonnes.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : La voix O se forme en rouvrant les mâ- MONSIEUR JOURDAIN : Est-ce qu’il y a des choses aussi curieuses
choires, et rapprochant les lèvres par les deux coins, le haut et le qu’à celles-ci ?
bas : O.
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Sans doute. La consonne D, par exem-
MONSIEUR JOURDAIN : O, O. Il n’y a rien de plus juste. A, E, I, O, I, ple, se prononce en donnant du bout de la langue au-dessus des
O. Cela est admirable ! I, O, I, O. dents d’en haut ! Da.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : L’ouverture de la bouche fait justement MONSIEUR JOURDAIN : Da, da. Oui. Ah ! les belles choses ! les
comme un petit rond qui représente un O. belles choses !

MONSIEUR JOURDAIN : O, O, O. Vous avez raison, O. Ah ! la belle MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : L’F en appuyant les dents d’en haut sur
chose, que de savoir quelque chose ! la lèvre de dessous : Fa.

236
MONSIEUR JOURDAIN : Fa, fa. C’est la vérité. Ah ! mon père et ma MONSIEUR JOURDAIN : R, r, ra,  R, r, r, r, r, ra. Cela est vrai. Ah !
mère, que je vous veux de mal ! l’habile homme que vous êtes ! et que j’ai perdu de temps ! R, r, r,
ra.
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Et l’R, en portant le bout de la langue
jusqu’au haut du palais, de sorte qu’étant frôlée par l’air qui sort MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Je vous expliquerai à fond toutes ces
avec force, elle lui cède, et revient toujours au même endroit, faisant curiosités.
une manière de tremblement : Rra.
MONSIEUR JOURDAIN : Je vous en prie. Au reste, il faut que je
vous fasse une confidence. Je suis amoureux d’une personne de
grande qualité, et je souhaiterais que vous m’aidassiez à lui écrire

Le bourgeois gentilhomme
(mise en scène de Jean-Louis
Martin-Barbaz, 1981)

237
quelque chose dans un petit billet que je veux laisser tomber à ses MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : De la prose.
pieds.
MONSIEUR JOURDAIN : Quoi ? quand je dis : « Nicole, apportez-
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Fort bien. moi mes pantoufles, et me donnez mon bonnet de nuit », c’est de la
prose ?
MONSIEUR JOURDAIN : Cela sera galant, oui ?
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Oui, Monsieur.
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Sans doute. Sont-ce des vers que vous
lui voulez écrire ? MONSIEUR JOURDAIN : Par ma foi ! il y a plus de quarante ans que
je dis de la prose sans que j’en susse rien, et je vous suis le plus
MONSIEUR JOURDAIN : Non, non, point de vers. obligé du monde de m’avoir appris cela. Je voudrais donc lui mettre
dans un billet : Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Vous ne voulez que de la prose ? d’amour  ; mais je voudrais que cela fût mis d’une manière galante,
que cela fût tourné gentiment.
MONSIEUR JOURDAIN : Non, je ne veux ni prose ni vers.
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Mettre que les feux de ses yeux rédui-
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Il faut bien que ce soit l’un ou l’autre. sent votre cœur en cendres ; que vous souffrez nuit et jour pour elle
les violences d’un…
MONSIEUR JOURDAIN : Pourquoi ?
MONSIEUR JOURDAIN : Non, non, non, je ne veux point tout cela ;
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Par la raison, Monsieur, qu’il n’y a pour je ne veux que ce que je vous ai dit : Belle Marquise, vos beaux
s’exprimer que la prose ou les vers. yeux me font mourir d’amour.

MONSIEUR JOURDAIN : Il n’y a que la prose ou les vers ? MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Il faut bien étendre un peu la chose.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Non, Monsieur : tout ce qui n’est point MONSIEUR JOURDAIN : Non, vous dis-je, je ne veux que ces seu-
prose est vers ; et tout ce qui n’est point vers est prose. les paroles-là dans le billet ; mais tournées à la mode ; bien arran-
gées comme il faut. Je vous prie de me dire un peu, pour voir, les
MONSIEUR JOURDAIN : Et comme l’on parle, qu’est-ce que c’est diverses manières dont on les peut mettre.
donc que cela ?

238
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : On les peut mettre premièrement
QUESTIONS
comme vous avez dit. Belle Marquise, vos beaux yeux me font mou-
rir d’amour. Ou bien : D’amour mourir me font, belle Marquise, vos
LE TEXTE MIS EN SCÈNE
beaux yeux. Ou bien : Vos yeux beaux d’amour me font, belle Mar-
quise, mourir. Ou bien : Mourir vos beaux yeux, belle Marquise, 1. Lisez tout d’abord le texte, puis regardez la vidéo. Lequel préfé-
d’amour me font. Ou bien : Me font vos yeux beaux mourir, belle Mar- rez-vous ? Expliquez votre préférence.
quise, d’amour.
2. L’extrait que vous avez regardé met en scène le texte de Molière
MONSIEUR JOURDAIN : Mais de toutes ces façons-là, laquelle est selon les règles du grand siècle. Pouvez-vous en énumérer quel-
la meilleure ? ques-unes (sur la mise en scène,
l’éclairage, le jeu des acteurs, la INTERACTIF 5.6 Le Bourgeois gen-
MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Celle que vous avez dite : Belle Mar- tilhomme, Acte II scène 4
prononciation…) ?
quise, vos beaux yeux me font mourir d’amour.
3. À quoi tient le comique de
MONSIEUR JOURDAIN : Cependant je n’ai point étudié, et j’ai fait cette scène ? Donnez des exem-
cela tout du premier coup. Je vous remercie de tout mon cœur, et ples.
vous prie de ve-
nir demain de
Le mot « bourgeois » désigne tout d’abord
bonne heure.
l’habitant d’un bourg (un gros village où se
tiennent les marchés) et plus généralement
MAÎTRE DE PHI- d’une ville.
LOSOPHIE : Je L’habitant de villes commerçantes devient vite Mise en scène de Benjamin Lazar
n’y manquerai synonyme d’aisance et de possession de
pas. droits et de biens immobiliers.
Plus tard, le bourgeois se définit par son ap-
partenance à un groupe social aisé, la bour-
Le Bourgeois geoisie.
gentilhomme, Déjà, à l’époque de Molière, le bourgeois a
Acte II, scène 4 des rêves de noblesse.

239
LES BELLES CHOSES ! RÉDIGEZ
4. Quelles sont les deux choses que monsieur Jourdain apprend 1. Suivez les conseils du maître de philosophie et développez un
avec le maître de philosophie ? peu cette déclaration d’amour : « Belle Marquise, vos beaux yeux
me font mourir d’amour. »
5. Depuis combien de temps savez-vous de telles choses ?
2. Imaginez un petit dialo-
6. Quelle est la réaction de monsieur Jourdain lorsqu’il apprend à gue dans lequel, comme
prononcer les voyelles ? Citez au moins deux exemples. maître de philosophie,
vous expliquez comment
7. Quels mots, quels signes de ponctuation sont utilisés quand mon- prononcer certaines con-
sieur Jourdain exprime sa joie ? sonnes.

8. Monsieur Jourdain vous semble-t-il être un personnage intelli- Ne manquez pas de faire
gent ? Justifiez votre réponse. s’exclamer de joie la per-
sonne à laquelle vous ex-
9. Pour quelle raison souhaite-t-il apprendre ? Trouvez des indices pliquez ces merveilles.
dans le texte.

10. Monsieur Jourdain veut apprendre l’al-


phabet ; il veut aussi apprendre à manier les
armes, à danser ; il veut changer de vête-
ments.
Quel personnage de La Fontaine souhaite,
comme lui, changer totalement ? Pourquoi ?

Louis XIV à la mandoline

240
LE COMIQUE

INTERACTIF 5.7 Les procédés comiques chez Molière

Le comique de mots, de geste, de situation et de caractère

241
À QUEL TYPE DE COMIQUE AVEZ-VOUS AFFAIRE ? JUSTI- MAÎTRE JACQUES : Eh ! oui, elle est petite, si on le veut prendre
FIEZ VOTRE RÉPONSE POUR CHAQUE EXTRAIT. par là, mais je l’appelle grande pour ce qu’elle contient.

LE COMMISSAIRE : Et de quelle couleur est-elle ?


EXTRAIT 1
MAÎTRE JACQUES : De quelle couleur ?
MAÎTRE JACQUES : [...] Et dans quoi est-ce que cet argent était ?
LE COMMISSAIRE : Oui.
HARPAGON : Dans une cassette.
MAÎTRE JACQUES : Elle est de couleur... Là, d’une certaine cou-
MAÎTRE JACQUES : Voilà l’affaire. Je lui ai vu une cassette. leur... Ne sauriez-vous m’aider à dire ?

HARPAGON : Et cette cassette comment est-elle fai- HARPAGON : Euh ?


te ? Je verrai bien si c’est la mienne.
MAÎTRE JACQUES : N’est-elle pas rouge ?
MAÎTRE JACQUES : Comment elle est faite ?
HARPAGON : Non, grise.
HARPAGON : Oui.
MAÎTRE JACQUES : Eh, oui, gris-rouge ; c’est ce
MAÎTRE JACQUES : Elle est faite... Elle est que je voulais dire.
faite comme une cassette.

LE COMMISSAIRE : Cela s’entend. L’Avare, acte V, scène 2


Mais dépeignez-la un peu pour voir.

MAÎTRE JACQUES : C’est une


grande cassette.

HARPAGON : Celle qu’on m’a vo-


lée est petite.

242
EXTRAIT 2 ARNOLPHE : Belle cérémonie,
Pour me laisser dehors. Holà ho ! je vous prie.
Arnolphe rentre chez lui, et frappe à la porte afin que l’un de ses do-
mestiques (Alain ou Georgette) lui ouvre. GEORGETTE : Qui frappe ?

ARNOLPHE : Votre maître.
ALAIN : Qui heurte ?
GEORGETTE : Alain ?
ARNOLPHE : Ouvrez. On aura, que je pense,
Grande joie à me voir, après dix jours d’absence. ALAIN : Quoi ?

ALAIN : Qui va là ? GEORGETTE : C’est Monsieur,


Ouvre vite.
ARNOLPHE : Moi.
ALAIN : Ouvre, toi.
ALAIN : Georgette ?
GEORGETTE : Je souffle notre feu.
GEORGETTE : Hé bien ?
ALAIN : J’empêche, peur du chat, que mon
ALAIN : Ouvre là-bas. moineau ne sorte.

GEORGETTE : Vas-y, toi. ARNOLPHE : Quiconque de vous


deux n’ouvrira pas la porte,
ALAIN : Vas-y, toi. N’aura point à manger de plus de
quatre jours.
GEORGETTE : Ma foi, je Ha !
n’irai pas.
GEORGETTE : Par quelle raison y
ALAIN : Je n’irai pas venir quand j’y cours.
aussi.

243
ALAIN : Pourquoi plutôt que moi ? Le plaisant strodagème  ! EXTRAIT 3
GEORGETTE : Ôte-toi donc de là. MARTINE : Et que veux-tu pendant ce temps, que je fasse avec ma
famille ?
ALAIN : Non, ôte-toi, toi-même.
SGANARELLE : Tout ce qu’il te plaira.
GEORGETTE : Je veux ouvrir la porte.
MARTINE : J’ai quatre pauvres petits enfants sur les bras.
ALAIN : Et je veux l’ouvrir, moi.
SGANARELLE : Mets-les à terre.

L’École des femmes, acte I, scène 2 MARTINE : Qui me demandent à toute heure, du pain.

SGANARELLE : Donne-leur le fouet. Quand j’ai bien bu, et bien man-


gé, je veux que tout le monde soit saoul dans ma maison.

MARTINE : Et tu prétends ivrogne, que les choses aillent toujours de


même ?

SGANARELLE : Ma femme, allons tout doucement, s’il vous plaît.

MARTINE : Que j’endure éternellement, tes insolences, et tes débau-


ches ?

SGANARELLE : Ne nous emportons point ma femme.

MARTINE : Et que je ne sache pas trouver le moyen de te ranger à


ton devoir ?

SGANARELLE : Ma femme, vous savez que je n’ai pas l’âme endu-


rante, et que j’ai le bras assez bon.
244
MARTINE : Je me moque de tes menaces. MARTINE : Crois-tu que je m’épouvante de tes paroles ?

SGANARELLE : Ma petite femme, ma mie, votre peau vous dé- SGANARELLE : Doux objet de mes vœux, je vous frotterai les
mange, à votre ordinaire. oreilles.

MARTINE : Je te montrerai bien que je ne te crains nullement. MARTINE : Ivrogne que tu es.

SGANARELLE : Ma chère moitié, vous avez envie de me dérober SGANARELLE : Je vous battrai.
quelque chose.
MARTINE : Sac à vin.

Sganarelle dans Le Médecin


malgré lui (mise en scène de
Dario Fo)

245
SGANARELLE : Je vous rosserai. EXTRAIT 4
MARTINE : Infâme. Valère parle d’Élise, tandis que Harpagon pense qu’il lui parle de sa
cassette contenant tout son argent et qui lui a été volé.
SGANARELLE : Je vous étrillerai.

MARTINE : Traître, insolent, trompeur, lâche, coquin, pendard, VALÈRE : De grâce, ne vous mettez point en colère. Quand vous
gueux, bélître, fripon, maraud, voleur... ! m’aurez ouï, vous verrez que le mal n’est pas si grand que vous le
faites.
SGANARELLE : Il prend un bâton, et lui en donne. - Ah ! vous en
voulez, donc. HARPAGON : Le mal n’est pas si grand que je le fais ! Quoi mon
sang, mes entrailles, pendard ?
MARTINE : Ah, ah, ah, ah.
VALÈRE : Votre sang, Monsieur, n’est pas tombé dans de mauvai-
SGANARELLE : Voilà le vrai moyen de vous apaiser. ses mains. Je suis d’une condition à ne lui point faire de tort, et il n’y
a rien en tout ceci que je ne puisse bien réparer.

Le Médecin malgré lui, acte I, scène 1 HARPAGON : C’est bien mon intention ; et que tu me restitues ce
que tu m’as ravi.

VALÈRE : Votre honneur, Monsieur, sera pleinement satisfait.

HARPAGON : Il n’est pas question d’honneur là-dedans. Mais, dis-


moi, qui t’a porté à cette action ?

VALÈRE : Hélas ! me le demandez-vous ?

HARPAGON : Oui, vraiment, je te le demande.

VALÈRE : Un dieu qui porte les excuses de tout ce qu’il fait


faire : l’Amour.
246
HARPAGON : L’amour ?

VALÈRE : Oui.

HARPAGON : Bel amour, bel amour, ma foi ! L’amour de mes


louis d’or.

VALÈRE : Non, Monsieur, ce ne sont point vos richesses qui


m’ont tenté, ce n’est pas cela qui m’a ébloui, et je proteste de ne
prétendre rien à tous vos biens, pourvu que vous me laissiez ce-
lui que j’ai.

HARPAGON : Non ferai, de par tous les diables, je ne te le laisse-


rai pas. Mais voyez quelle insolence, de vouloir retenir le vol qu’il
m’a fait !

VALÈRE : Appelez-vous cela un vol ?

HARPAGON : Si je l’appelle un vol ? Un trésor comme celui-là !

VALÈRE : C’est un trésor, il est vrai, et le plus précieux que vous


ayez sans doute  ; mais ce ne sera pas le perdre, que de me le
laisser. Je vous le demande à genoux, ce trésor plein de char-
mes ; et pour bien faire, il faut que vous me l’accordiez.

L'Avare (mis en scène de Pierre


Franck)

247
EXTRAIT 5
HARPAGON : Je n’en ferai rien. Qu’est-ce à dire cela ?
DOM JUAN, apercevant Charlotte : Ah, ah ! d’où sort cette autre pay-
VALÈRE : Nous nous sommes promis une foi mutuelle, et avons fait sanne, Sganarelle ? As-tu rien vu de plus joli ? Et ne trouves-tu pas,
serment de ne nous point abandonner. dis-moi, que celle-ci vaut bien l’autre ?

HARPAGON : Le serment est admirable, et la promesse plaisante ! SGANARELLE : Assurément. Autre pièce nouvelle.

VALÈRE : Oui, nous nous sommes engagés d’être l’un à l’autre à ja- DOM JUAN : D’où me vient, la belle, une rencontre si agréable ?
mais. Quoi, dans ces lieux champêtres, parmi ces arbres et ces rochers,
on trouve des personnes faites comme vous êtes ?
HARPAGON : Je vous en empêcherai bien, je vous assure.
CHARLOTTE : Vous voyez, Monsieur.
VALÈRE : Rien que la mort ne nous peut séparer.
DOM JUAN : Êtes-vous de ce village ?
HARPAGON : C’est être bien endiablé après mon argent.
CHARLOTTE : Oui, Monsieur.

L’Avare, acte V, scène 3 DOM JUAN : Et vous y demeurez ?

CHARLOTTE : Oui, Monsieur.

DOM JUAN : Vous vous appelez ?

CHARLOTTE : Charlotte, pour vous servir.

DOM JUAN : Ah ! la belle personne, et que ses yeux sont péné-
trants ?

CHARLOTTE : Monsieur, vous me rendez toute honteuse.

248
DOM JUAN : Ah, n’ayez point de honte d’entendre dire vos véri-
tés. Sganarelle, qu’en dis-tu ? Peut-on rien voir de plus agréa-
ble ? Tournez-vous un peu, s’il vous plaît, ah que cette taille est
jolie ! Haussez un peu la tête, de grâce, ah que ce visage est mi-
gnon ! Ouvrez vos yeux entièrement, ah qu’ils sont beaux ! Que
je voie un peu vos dents, je vous prie, ah qu’elles sont amoureu-
ses ! et ces lèvres appétissantes. Pour moi, je suis ravi, et je n’ai
jamais vu une si charmante personne.

CHARLOTTE : Monsieur, cela vous plaît à dire, et je ne sais pas


si c’est pour vous railler de moi.

DOM JUAN : Moi, me railler de vous ? Dieu m’en garde, je vous


aime trop pour cela, et c’est du fond du cœur que je vous parle.

CHARLOTTE : Je vous suis bien obligée, si ça est.

DOM JUAN : Point du tout, vous ne m’êtes point obligée de tout


ce que je dis, et ce n’est qu’à votre beauté que vous en êtes rede-
vable.

CHARLOTTE : Monsieur, tout ça est trop bien dit pour moi, et je


n’ai pas d’esprit pour vous répondre.

Dom Juan

249
DOM JUAN : Sganarelle, regarde un peu ses mains. vies du monde de vous croire, mais on m’a toujou dit, qu’il ne faut
jamais croire les Monsieux, et que vous autres courtisans êtes des
CHARLOTTE : Fi, Monsieur, elles sont noires comme je ne sais quoi. enjoleus, qui ne songez qu’à abuser les filles.

DOM JUAN : Ha que dites-vous là, elles sont les plus belles du
monde, souffrez que je les baise, je vous prie. Dom Juan, acte II, scène 2

CHARLOTTE : Monsieur, c’est trop d’honneur que vous me faites, et


si j’avais su ça tantôt, je n’aurais pas manqué de les laver avec du
son.
VIDÉO 5.2 L’anecdote
DOM JUAN : Et dites-moi un peu, belle Charlotte, vous n’êtes pas
mariée sans doute ?

CHARLOTTE : Non, Monsieur, mais je dois bientôt l’être avec Piarrot,


le fils de la voisine Simonette.

DOM JUAN : Quoi ? une personne comme vous serait la femme


d’un simple paysan ? Non, non, c’est profaner tant de beautés, et
vous n’êtes pas née pour demeurer dans un village, vous méritez
sans doute une meilleure fortune, et le Ciel qui le connaît bien, m’a
conduit ici tout exprès pour empêcher ce mariage, et rendre justice
à vos charmes : car enfin, belle Charlotte, je vous aime de tout mon Molière vous parle
cœur, et il ne tiendra qu’à vous que je vous arrache de ce misérable
lieu, et ne vous mette dans l’état où vous méritez d’être, cet amour
est bien prompt sans doute ; mais quoi, c’est un effet, Charlotte, de
votre grande beauté, et l’on vous aime autant en un quart d’heure,
qu’on ferait une autre en six mois.

CHARLOTTE : Aussi vrai, Monsieur, je ne sais comment faire quand


vous parlez, ce que vous dites me fait aise, et j’aurais toutes les en-
250
EXTRAIT 6 SCAPIN : Monsieur, que vous ai-je fait ?

Léandre est furieux : il croit que Scapin, son valet, a révélé son se- LÉANDRE, voulant le frapper : Ce que tu m’as fait, traître ?
cret à son père.
OCTAVE, le retenant : Eh doucement.

LÉANDRE : Ah, ah, vous voilà. Je suis ravi de vous trouver, Monsieur LÉANDRE : Non, Octave, je veux qu’il me confesse lui-même tout à
le coquin. l’heure la perfidie qu’il m’a faite. Oui, coquin, je sais le trait que tu
m’as joué, on vient de me l’apprendre ; et tu ne croyais pas peut-
SCAPIN : Monsieur, votre serviteur. C’est trop d’honneur que vous être que l’on me dût révéler ce secret : mais je veux en avoir la con-
me faites. fession de ta propre bouche, ou je vais te passer cette épée au tra-
vers du corps.
LÉANDRE, en mettant l’épée à la main : Vous faites le méchant plai-
sant. Ah ! je vous apprendrai... SCAPIN : Ah ! Monsieur, auriez-vous bien ce cœur-là ?

SCAPIN, se mettant à genoux : Monsieur. LÉANDRE : Parle donc.

OCTAVE, se mettant entre-deux, pour empêcher Léandre de le frap- SCAPIN : Je vous ai fait quelque chose, Monsieur ?
per : Ah, Léandre.
LÉANDRE : Oui, coquin ; et ta conscience ne te dit que trop ce que
LÉANDRE : Non, Octave, ne me retenez point, je vous prie. c’est.

SCAPIN : Eh, Monsieur. SCAPIN : Je vous assure que je l’ignore.

OCTAVE, le retenant : De grâce. LÉANDRE, s’avançant pour le frapper : Tu l’ignores !

LÉANDRE, voulant frapper Scapin : Laissez-moi contenter mon res- OCTAVE, le retenant : Léandre.
sentiment.

OCTAVE : Au nom de l’amitié, Léandre, ne le maltraitez point.

251
Léandre voulant frapper
Scapin

252
SCAPIN : Hé bien Monsieur, puisque vous le voulez, je vous con- boue, et le visage plein de sang, et vous dis que j’avais trouvé des
fesse que j’ai bu avec mes amis ce petit quartaut de vin d’Espagne voleurs qui m’avaient bien battu, et m’avaient dérobé la montre.
dont on vous fit présent il y a quelques jours ; et que c’est moi qui fis C’était moi, Monsieur, qui l’avais retenue.
une fente au tonneau, et répandis de l’eau autour, pour faire croire
que le vin s’était échappé. LÉANDRE : C’est toi qui as retenu ma montre ?

LÉANDRE : C’est toi, pendard, qui m’as bu mon vin d’Espagne, et SCAPIN : Oui, Monsieur, afin de voir quelle heure il est.
qui as été cause que j’ai tant querellé la servante, croyant que
c’était elle qui m’avait fait le tour ? LÉANDRE : Ah, ah, j’apprends ici de jolies choses, et j’ai un servi-
teur fort fidèle vraiment. Mais ce n’est pas encore cela que je de-
SCAPIN : Oui, Monsieur, je vous en demande pardon. mande.

LÉANDRE : Je suis bien aise d’apprendre cela ; mais ce n’est pas SCAPIN : Ce n’est pas cela ?
l’affaire dont il est question maintenant.
LÉANDRE : Non, infâme, c’est autre chose encore que je veux que
SCAPIN : Ce n’est pas cela, Monsieur ? tu me confesses.

LÉANDRE : Non, c’est une autre affaire qui me touche bien plus, et SCAPIN : Peste !
je veux que tu me la dises.
LÉANDRE : Parle vite, j’ai hâte.
SCAPIN : Monsieur, je ne me souviens pas d’avoir fait autre chose.
SCAPIN : Monsieur, voilà tout ce que j’ai fait.
LÉANDRE, le voulant frapper : Tu ne veux pas parler ?
LÉANDRE, voulant frapper Scapin : Voilà tout ?
SCAPIN : Eh.
OCTAVE, se mettant au-devant : Eh.
OCTAVE, le retenant : Tout doux.
SCAPIN : Hé bien oui, Monsieur, vous vous souvenez de ce loup-ga-
SCAPIN : Oui, Monsieur, il est vrai qu’il y a trois semaines que vous rou il y a six mois qui vous donna tant de coups de bâton la nuit, et
m’envoyâtes porter le soir, une petite montre à la jeune Égyptienne vous pensa faire rompre le cou dans une cave où vous tombâtes en
que vous aimez. Je revins au logis mes habits tout couverts de fuyant.
253
LÉANDRE : Hé bien ?
POUR ALLER PLUS LOIN
SCAPIN : C’était moi, Monsieur, qui faisais le loup-garou. • Rire (une activité condamnée)
• Dictionnaire du théâtre
LÉANDRE : C’était toi, traître, qui faisais le loup-garou ? • L’envers du théâtre
SCAPIN : Oui, Monsieur, seulement pour vous faire peur, et vous • La comédie
ôter l’envie de nous faire courir toutes les nuits comme vous aviez • Différence entre la comédie et la tragédie (et le drame)
de coutume. • Les règles du théâtre classique
• Histoire de la Comédie-française
LÉANDRE : Je saurai me souvenir en
temps et lieu de tout ce que je viens d’ap-
prendre. Mais je veux venir au fait, et que
tu me confesses ce que tu as dit à mon
père.

SCAPIN : À votre père ?

LÉANDRE : Oui, fripon, à mon père.

SCAPIN : Je ne l’ai pas seulement vu de-


puis son retour.

LÉANDRE : Tu ne l’as pas vu ?

SCAPIN : Non, Monsieur.

Les Fourberies de Scapin, acte II, scène 3


Castigat ridendo mores

254
À VOUS DE JOUER • Précisez où doivent se trouver les personnages, sur quel ton ils
doivent s’exprimer, à quel rythme, en faisant quels gestes, etc.
Choisissez l’un de ces six extraits, et mettez-le en scène. • Justifiez vos choix (pourquoi c’est mieux de faire de telle ou telle
manière).
Avant de distribuer les rôles, dites comment vous allez jouer la • Si vous avez un téléphone ou une tablette, filmez-vous pour vous
scène : entraîner avant de présenter votre travail à la classe.

• Précisez de quels costumes, accessoires ou éléments de décor


vous allez avoir besoin.

Le metteur en scène Dario Fo

255
DIRE LE TEXTE AUDIO 5.10 AUDIO 5.11
Petit pot Garde-chasse
Faire du théâtre, c’est bien évidemment apprendre son rôle et mémo-
riser son texte, mais il est aussi très important de bien faire enten-
dre sa voix et donc de bien prononcer les mots.

Les exercices ci-dessous vont vous permettre d’apprendre à articu-


ler.
b - Entraînez-vous à prononcer ces phrases de plus en plus vite,
Par exemple, vous pouvez vous entraîner à prononcer ce texte : sans erreur et en articulant du mieux que vous pouvez.

« Bonjour, madame Sans-Souci, combien sont ces six cent six sau- • Dinon dîna, dit-on, du dos d'un dodu din-
AUDIO 5.12
cissons-ci ? Ces six cent six saucissons-ci don. Didon dîna, dit-on, de dix dos dodus
Dinon
sont six sous. AUDIO 5.9 de dix dodus dindons.
- Six sous, ces six cent six saucissons-ci ! Si 606 saucissons • C'est l'histoire de l'évadé du Nevada qui
ces six cent six saucissons-ci sont six sous, s'évada dans la vallée, dans la vallée du
ces six cent six saucissons-ci sont trop Nevada qu'il dévala pour s'évader sur un
chers. » vilain vélo volé qu'il a volé dans la villa. Et
l'évadé du Névada fut délavé dans la vallée
par toute l'eau qui tombait là, et l'on vit l'éva- AUDIO 5.13
a - Devinez ce qui est dit, écrivez les phrases dictées puis lisez-les dé vanné s'avouer que la vie d'évadé ne va- L’évadé
à voix haute. lait pas la vie d'avant, car en vélo quand il y
a du vent on est vidé. C'est évident !

AUDIO 5.7 AUDIO 5.8


Ton thé Mon tonton

256
PARLEZ-MOI, JE VOUS PRIE, AVEC SINCÉRITÉ

Dans la scène 1, Alceste prétend qu’il faut être franc et dire ce que l’on pense ; Philinte affirme qu’il est parfois préférable de cacher ce que
l’on a dans le cœur. La scène suivante débute avec la venue d’Oronte qui veut se nouer d’amitié avec Alceste.

ORONTE : Si, m’exposant à vous pour me parler sans feinte,



[...] Vous alliez me trahir et me déguiser rien.
Je viens, pour commencer entre nous ce beau nœud,

Vous montrer un sonnet que j’ai fait depuis peu,
 ALCESTE :
Et savoir s’il est bon qu’au public je l’expose. Puisqu’il vous plaît ainsi, monsieur, je le veux bien.

ALCESTE : ORONTE :
Monsieur, je suis mal propre à décider la chose. Sonnet. C’est un sonnet… L’Espoir… C’est une dame
Veuillez m’en dispenser. Qui de quelque espérance avait flatté ma flamme.

L’Espoir… Ce ne sont point de ces grands vers pompeux,

ORONTE : Mais de petits vers doux, tendres, et langoureux.

Pourquoi ? (À toutes ces interruptions il regarde Alceste.)

ALCESTE : ALCESTE :
J’ai le défaut Nous verrons bien.
D’être un peu plus sincère en cela qu’il ne faut.
ORONTE :
ORONTE : L’Espoir… Je ne sais si le style
C’est ce que je demande ; et j’aurais lieu de plainte, Pourra vous en paraître assez net et facile,

Et si du choix des mots vous vous contenterez.

257
PHILINTE :
ALCESTE : Ah ! qu’en termes galants ces choses-là sont mises !
Nous allons voir, monsieur.
ALCESTE, bas, à Philinte :
ORONTE : Hé quoi ! vil complaisant, vous louez des sottises ?
Au reste, vous saurez
Que je n’ai demeuré qu’un quart d’heure à le faire.
 ORONTE :
S’il faut qu’une attente éternelle

ALCESTE : Pousse à bout l’ardeur de mon zèle,

Voyons, monsieur ; le temps ne fait rien à l’affaire. Le trépas sera mon recours.

ORONTE : Vos soins ne m’en peuvent distraire :



L’espoir, il est vrai, nous soulage,
 Belle Philis, on désespère,

Et nous berce un temps, notre ennui ;
 Alors qu’on espère toujours.
Mais, Philis, le triste avantage,

Lorsque rien ne marche après lui ! PHILINTE :
La chute en est jolie, amoureuse, admirable.
PHILINTE :
Je suis déjà charmé de ce petit morceau. ALCESTE, bas, à part :
La peste de ta chute, empoisonneur, au diable,
ALCESTE, bas, à Philinte : En eusses-tu fait une à te casser le nez !
Quoi ! vous avez le front de trouver cela beau ?
PHILINTE :
ORONTE : Je n’ai jamais ouï de vers si bien tournés.
Vous eûtes de la complaisance ;

Mais vous en deviez moins avoir,
 ALCESTE, bas, à part :
Et ne vous pas mettre en dépense
 Morbleu !
Pour ne me donner que l’espoir.

ORONTE :
Vous me flattez, et vous croyez peut-être…

258
Jacques Weber joue le PHILINTE : ALCESTE :
misanthrope (1990) Non, je ne flatte point. Monsieur, cette matière est toujours délicate,
Et sur le bel esprit nous aimons qu’on nous flatte.

ALCESTE, bas, à part : Mais un jour, à quelqu’un dont je tairai le nom,

Et que fais-tu donc, traître ? Je disais, en voyant des vers de sa façon,
Qu’il faut qu’un galant homme ait toujours grand empire

ORONTE : Sur les démangeaisons qui nous prennent d’écrire ;
Mais pour vous, vous savez quel est notre traité.
Parlez-moi, je vous prie, avec sincérité.

259
Qu’il doit tenir la bride aux grands empressements

QUESTIONS
Qu’on a de faire éclat de tels amusements ;

Et que, par la chaleur de montrer ses ouvrages,
UNE COMÉDIE POÉTIQUE
On s’expose à jouer de mauvais personnages.
1. Est-ce une comédie en prose ? À quoi le voyez-vous ?
ORONTE :
Est-ce que vous voulez me déclarer par là 2. Combien les vers ont-ils de syllabes ?
Que j’ai tort de vouloir…
3. Mais pourquoi certaines répliques ne comptent-elles qu’un seul
mot ?
Le Misanthrope, Acte I, scène 2

UN MÉCHANT POÈME

Le Misanthrope ou l’Atrabilaire amoureux 4. Que veut Oronte lorsqu’il arrive ? Comment appelle-t-on le type
est une comédie en cinq actes et en vers de poème qu’il a écrit ?
(1808 alexandrins).
5. Qu’en pense Alceste ? Relevez quelques répliques qui montrent
Elle est jouée pour la première fois le 4 juin qu’il le trouve affreux.
1666 au Théâtre du Palais-Royal.
6. Et qu’en pense Philinte ? Relevez également quelques répliques
qui montrent ce qu’il pense.

7. À quel moment Alceste parle-t-il le plus ? Pourquoi ? En deux


mots, qu’est-il en train de dire à Oronte ?

8. Auparavant, qui d’Alceste ou d’Oronte parlait le plus ?

9. Sur quel ton, à votre avis, Alceste s’adresse à Oronte ? Ose-t-il


vraiment lui dire que son poème est mauvais ?

260
RÉDIGEZ M’accable derechef la haine du cagot,

Plus méchant mille fois que n’est un vieux magot,

• À votre avis, quelle va être la réaction d’Oronte ? Va-t-il se réjouir Plutôt qu’un bout-rimé me fasse entrer en danse.
qu’on ait eu l’honnêteté de dire la vérité sur son poème ? Va-t-il, au
contraire, être déçu et fâché qu’on ne lui fasse pas des compli- Je vous le chante clair, comme un chardonneret ;

ments ? Justifiez votre réponse. Au bout de l’univers je fuis dans une manse.

Adieu, grand Prince, adieu ; tenez-vous guilleret
• Qu’en pensez-vous : faut-il cacher la vérité pour ne pas vexer une
personne ou faut-il la lui dire ? Justifiez votre réponse. À VOTRE TOUR
Écrivez vos bouts-rimés.

LES BOUTS-RIMÉS Pour cela, demandez à quelqu’un de vous donner des rimes (des
Le bout-rimé est un poème composé à partir de rimes choisies à mots que la personne choisira), et composez votre poème en utili-
l'avance. Ainsi, pour le poème ci-dessous écrit par Molière, les ri- sant ces rimes.
mes « grenouille », « hypocras », « fatras », « quenouille », etc. ont
été imposées. Il reste ensuite à écrire le poème : ÉVALUATION DES BOUTS-RIMÉS

• Les rimes choisies à l'avance ont été utilisées = 2 points


Que vous m’embrassez avec votre grenouille
 • Les rimes sont correctes = 2 points
• La disposition des rimes est correcte (abba, abba, etc.) = 2 points
Qui traîne à ses talons le doux mot d’Hypocras !

• Le poème est un sonnet = 2 points
Je hais des bouts-rimés le puéril fatras,

• Les vers sont des alexandrins = 2
Et tiens qu’il vaudrait mieux filer une quenouille. INTERACTIF 5.8 Rédigez et
points envoyez votre travail
• Le texte est correctement ponctué
La gloire du bel air n’a rien qui me chatouille ;

= 2 points
Vous m’assommez l’esprit avec un gros plâtras ;

Et je tiens heureux ceux qui sont morts à Coutras,
 • Il n'y a pas de fautes d'orthogra-
phe = 4 points
Voyant tout le papier qu’en sonnets on barbouille.
• L'histoire est aussi cohérente que
le permettent les rimes = 4 points

261
LA LANGUE DU XVIIE SIÈCLE

VOCABULAIRE QUELQUES VERBES


Vous avez découvert, dans ce chapitre, de nombreux mots. a - Le verbe « entendre » possède deux significations. Lesquelles ?
Retrouvez leur signification en associant les mots avec leur défini- Rédigez deux phrases contenant ces deux sens.
tion.
b - « souffrir » possède également une double signification. Donnez
ses différents sens, et rédigez deux phrases.
presser chercher
quereller cacher c - Les verbes « ouïr », « quereller » et « railler » sont devenus plu-
égosiller malchance tôt rares. En revanche, on emploie certains mots de la même famille
s’égayer faire des compliments (ce sont souvent des noms). Trouvez-les !
tout à l’heure politesse
bailler disputer
infortune forcer à aller vite RÉÉCRIVEZ CES PHRASES DANS UN FRANÇAIS
civilité se faire mal à la gorge PLUS MODERNE.
quérir immédiatement
déguiser donner Exemple : Crois-tu que je m’épouvante de tes paroles ? → Crois-tu
louer s’amuser que tu me fais peur ?

a - En vain je cours de tous côtés pour le pouvoir trouver. (223)

262
b - Nous nous sommes allés promener sur le port. (224)

c - Dépêchez donc vite, Monsieur, je tremble que l'heure ne sonne.


(226)

d - Ah ! que n’ai-je étudié plus tôt, pour savoir tout cela ? (236)

e - « Nicole, apportez-moi mes pantoufles, et me donnez mon bon-


net de nuit ». (238)

f - On aura grande joie à me voir, après dix jours d’absence. (243)

g - De grâce, ne vous mettez point en colère. (246)

h - Qui t’a porté à cette action ? (246)

LES INSULTES
On trouve de nombreuses insultes chez Molière. Ce sont d’ailleurs
les premiers mots que nous avons lus.

Retrouvez au moins cinq exemples de ces insultes, et utilisez-les


dans un petit dialogue.

263
264
6

LE DÉPART
266
LE VOYAGE

À Maxime Du Camp Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir ; cœurs légers, semblables aux ballons,
I De leur fatalité jamais ils ne s'écartent,
Et sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !
Pour l'enfant, amoureux de cartes et d’estampes,
L'univers est égal à son vaste appétit. […]
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !
Aux yeux du souvenir que le monde est petit ! Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal

Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,


Le cœur gros de rancune et de désirs amers,
QUESTIONS
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers :
L’ENFANT ET LE VOYAGE
Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ; 1. Dans la première strophe, qu’est-ce qui
D'autres, l'horreur de leurs berceaux, et quelques-uns, donne envie à l’enfant de voyager ?
Astrologues noyés dans les yeux d'une femme,
La Circé tyrannique aux dangereux parfums. 2. Toujours dans la première strophe, quel adjectif
qualifie « appétit » ? Et quel mot rime avec « appé-
Pour n'être pas changés en bêtes, ils s’enivrent tit » ? Que signifie cette opposition ?
D'espace et de lumière et de cieux embrasés ;
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent, 3. Quel sont les sentiments du poète au sujet de l’enfance ? Quels
Effacent lentement la marque des baisers. mots ou signe de ponctuation le prouvent ?

267
PARTIR 10. Où s’achève la proposition subordonnée relative « qui par-
tent » ? Quels mots sont ainsi mis en valeur ?
4. Dans la seconde strophe, relever un complément circonstanciel
annonçant le départ. Combien ce complément a-t-il de syllabes ? 11. Quelle voyelle est très souvent répétée ?
Relevez les trois autres parties du vers. Combien y en a-t-il
en tout ?

RÉDIGEZ
5. Quel terme, toujours dans la seconde stro-
phe, désigne les voyageurs ? Qu’est-ce qui Et selon vous, quelles sont les raisons pour lesquelles on a envie de
les pousse à partir ? partir ? Pour voyager ? Pour échapper à quelque chose ? Répondez
à cette question en essayant d’apporter plusieurs réponses, puis ra-
6. Comment voyagent-ils ? Relevez les contez l’un de vos voyages. Quel souvenir en gardez-vous à pré-
mots qui le montrent. sent ?

7. Dans la strophe suivante, en com-


bien de catégories le poète classe-
t-il ces voyageurs ? Relevez les LE VOYAGE
mots qui le montrent. Quelles rai-
Le mot « voyage » vient du latin « viaticum » (= ce qui sert à faire la
sons les poussent à voyager ? route), qui a donné, en français, « viatique ». « viaticum » vient lui-
même de « via » (= la voie, le chemin).

Le voyage, dans son sens actuel, désigne le déplacement d’une per-


LES VRAIS VOYAGEURS sonne qui se rend dans un lieu plus ou moins éloigné.

8. Par quel mot commence la dernière Le XIXe siècle (qui invente le mot « tourisme ») voit les moyens de trans-
strophe ? Donnez sa nature. À quoi sert ce port se développer fortement (par bateau puis par train notamment). Les
grands écrivains aiment raconter leurs voyages : le Voyage en Orient de
mot ? Lamartine en 1835, celui de Nerval en 1851, mais aussi de Gustave
Flaubert accompagné de Maxime du Camp (le dédicataire du poème)
9. Qui sont « les vrais voyageurs » ? Quelle est la rai- qui se réalise entre 1849 et 1852.
son de leur départ ?

268
« Les âges de la vie »
(1834) par Caspar David
Friedrich

269
HEUREUX QUI COMME ULYSSE

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,


QUESTIONS
Ou comme celui-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
LA FORME DU POÈME
Vivre entre ses parents le reste de son âge !
1. Comment bien ce poème compte-t-il
Quand reverrai-je, hélas ! de mon petit village de strophes ?
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison, 2. Combien y a-t-il de vers dans chaque
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ? strophe ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux, 3. Combien y a-t-il de syllabes dans cha-
Que des palais romains le front audacieux, que vers ?
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine,
4. Pour chaque rime, mettez une lettre.
Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin, Exemple :
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la douceur angevine. • voyage A
• toison B
• raison B
Joachim Du Bellay, Les Regrets •…

270
5. Quelles rimes se terminent par « e » ? 8. Par quels mots est désigné Jason ? Comment appelle-t-on cette
figure de style ?

LE VOYAGE INACCOMPLI 9. Dans les deux premiers vers, à quels temps sont les verbes ?

6. Dans la première strophe, où se termine la première phrase ? Jus- 10. Qu’apportent les voyages selon le poète ? Est-ce le voyage qui
tifiez votre réponse. [Parler d’enjambements] est le plus important ? Appuyez-vous sur la première strophe pour
répondre.
7. Pourquoi Ulysse ou Jason sont-ils heureux ?

« Paysage avec les ruines du


mont Palatin à Rome » de
Pierre Paul Rubens

271
11. Quel type de phrase trouve-t-on essentiellement dans les deux
RÉDIGEZ
premières strophes ? Quel sentiment du poète cela exprime-t-il ?
Comme Joachim Du Bellay, comparez deux lieux, l’un que vous pré-
12. Cherchez dans un dictionnaire la nature du mot « hélas ». Qu’ex- férez à l’autre. Utilisez la formule « Plus me plaît ... que ... » au
prime ce mot ? Où est-il placé dans le vers ? Pourquoi à votre avis ? moins quatre fois.

LE REGRET LE SONNET
13. Dans les deux dernières strophes, relevez les déterminants pos- Le sonnet est une forme poétique qui nous vient très probablement
sessifs. À quel lieu marquent-ils l’attachement ? d’Italie (par le poète Pétrarque), et a été popularisé au XVIe siècle.

14. Inversement, relevez les articles définis. À quels lieux sont-ils as- Il est composé de quatorze vers répartis en quatre strophes : deux
sociés ? quatrains (ce sont des strophes de quatre vers) et deux tercets (ce
sont des strophes de trois vers).
15. Toujours dans les deux dernières strophes, quels mots sont répé-
tés ? Les deux quatrains ont des rimes qui suivent la combinaison abba,
abba. Les deux tercets ont la combinaison ccd, eed, mais il existe
16. Où ces mots sont-ils pla-
cés ? Qu’est-ce que ces mots
UN POÈTE HUMA- en réalité une grande variété de possibilités.

opposent ?
NISTE
L’alexandrin est généralement utilisé, mais certains sont écrits en dé-
Joachim du Bellay a reçu une casyllabes.
17. Comment expliquez-vous la éducation humaniste au col-
préférence du poète ? lège de Coqueret où il a été
l’élève du poète Dorat en
18. Comment appelle-t-on ce même temps que son ami Ron-
sentiment de de tristesse, de re- sard. Grâce à Dorat, les jeu-
gret d’une chose qui appartient nes poètes du collège Coque-
désormais au passé ? ret découvrent la poésie anti-
que.

272
LE DEGRÉ DE L’ADJECTIF

Prenons l'énoncé Ce garçon est sympathique. Ce sont les degrés d'intensité et de comparaison :

On y affirme que le garçon a une qualité, la sympathie. Ce garçon, • L’adjectif qualificatif exprime une qualité à des degrés d’intensité
comme le montrent les exemples ci-dessous, peut être sympathique plus ou moins forts. Ainsi, un individu peut être peu, assez, très ou
à des degrés divers : trop sympathique.
• Le degré de la qualité peut être comparé avec d'autres éléments :
• Ce garçon est peu sympathique. Notre individu est plus, moins ou aussi sympathique que son frère.
• Ce garçon est assez sympathique.
• Ce garçon est extrêmement sympathique.
• Ce garçon est plus sympathique que son frère.
• Ce garçon est le plus sympathique. VIDÉO 6.1 Le degré de l’adjectif

Ainsi, quand on qualifie quelqu'un ou quelque chose, on peut expri-


mer certaines nuances variables en degrés.

273
I – LES DEGRÉS D'INTENSITÉ 3. L'INTENSITÉ ÉLEVÉE

L'expression de l'intensité varie selon une échelle qui va du plus fai- Les adverbes « très », « tout », « fort », « bien », « tout à fait » et les
ble au plus fort. Ce sont généralement les adverbes qui servent à adverbes en « -ment » « entièrement », « absolument », etc. expri-
exprimer cette intensité, mais on peut utiliser également des pré- ment le plus haut degré d'intensité :
fixes ou des suffixes. Il est fort petit.

1. L'INTENSITÉ FAIBLE Les adverbes suivants expriment une intensité dépassant la norme :
« trop », « excessivement », « si », etc. :
L'adverbe « peu » et les adverbes en « -ment » comme « faible-
ment », « légèrement », etc. permettent d'exprimer une qualité d'in- Ce plat est trop chaud.
tensité faible :
Enfin, on pourra utiliser les préfixes « extra- », « super- », « hyper- »,
Il est peu courageux. « ultra- »... pour marquer une forte intensité :

Les préfixes « sous- » , « hypo » peuvent également être utilisés : C'est archifaux ! ; C'est hyper-intéressant !

Il est sous-alimenté ; Il est hypotendu. Plus rare, on utilisera le suffixe « -issime »  :

Cet acteur est richissime.


2. L'INTENSITÉ MOYENNE

Les adverbes « assez », « moyennement », « quasi » (ou « quasi-


ment »), « presque », « plutôt » expriment une qualité d'intensité
moyenne :

Elle est plutôt jolie ; Sa rédaction était presque réussie.

274
II – LES DEGRÉS DE COMPARAISON L'adjectif est alors précédé de « le plus » (superlatif de supériorité)
ou de « le moins » (superlatif d’infériorité).
On distingue deux types de degré de comparaison : le comparatif et
le superlatif. • la supériorité : Ce tableau est le plus beau de tous.
• l’infériorité : Il est le moins gentil de tous.
1. LE COMPARATIF
On le voit l’adjectif est généralement suivi, dans ce cas, d’un com-
Suivant l’adverbe qu’on met devant l’adjectif, on donne une intensité plément, généralement un groupe nominal introduit par une préposi-
• de supériorité : plus + adj : Il est plus grand que toi. tion : Alexandre est le plus grand des conquérants ; Il était le
• d’égalité : aussi + adj : Il est aussi grand que toi. meilleur d'entre nous.
• d’infériorité : moins + adj : Il est moins grand que toi.

L’adjectif est généralement suivi d’un complément de comparaison


introduit par « que » et qui peut être :
EXERCICES
• un groupe nominal : Il est plus petit que sa femme.
1. LE DEGRÉ D’INTENSITÉ
• un adjectif qualificatif : Il est aussi obstiné que rusé.
• un adverbe : Ce vin est moins bon qu’autrefois. Pour chaque adjectif, écrivez une phrase dans laquelle vous utilise-
• une proposition subordonnée : Ce professeur est plus aimé qu’on rez trois degrés d’intensité (faible, moyenne et élevée) à l’aide d’un
ne le croit. adverbe.

Attention ! Certains comparatifs issus du latin ont été conservés. Exemple : réussi → ce film est peu réussi. / ce film est assez
Ainsi, on ne dit pas « plus bon », mais « meilleur » ; « plus mau- réussi. / ce film est très réussi.
vais », mais « pire ».
Pensez à varier les adverbes !

2. LE SUPERLATIF intéressant - ennuyeux - joli - rare - vite - habile.

Le superlatif exprime le plus haut ou le plus bas degré d’une qualité


par rapport à un ensemble.

275
2. SUFFIXE OU PRÉFIXE D’INTENSITÉ 4. ADJECTIF ET COMPARATIF

Rédigez une phrase à partir de ces adjectifs en leur ajoutant un suf- Employez les adjectifs avec un comparatif dans une phrase com-
fixe ou un préfixe d’intensité. mençant par « elle ».

Exemple : génial → Ce cours est génialissime ! Exemple : Elle est grande. → Elle est plus grande que toi.

Pensez à varier les suffixes et les préfixes ! Pensez à accorder les adjectifs !

rare - simple - nul - violent - courageux - important. rapide - bon - vieux - attentif - mauvais - léger - naïf.

3. COMPARATIF OU SUPERLATIF RÉVISION 6.1 Quel est le degré de comparaison


utilisé ? Comparatif ou superlatif ?
Relevez tous les adjectifs qualificatifs. Sont-ils au comparatif ou au
superlatif ? Justifiez votre réponse. Question 1 sur 7
Gargantua est le plus grand de tous.
Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surpre-
nante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante,
la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extra-
ordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la
plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus
secrète jusqu’à aujourd’hui, la plus brillante, la plus digne d’envie A. Comparatif
[…].
B. Superlatif

Répondre

276
QUAND JE ME METTRAI À VOLER

Quand je me mettrai à voler,


Et sur elles me sentirai,
En si grande aise je serai,
Que j’ai peur de m’essorer.

Beau crier aura le lévrier,


Chemin de plaisant vent prendrai,
Quand je me mettrai à voler,
Et sur elles me sentirai.

La cage il m'a fallu garder


Longtemps. Plus ne le ferai,
Puisque doux temps et clair verrai.
On me le devra pardonner,
Quand je me mettrai à voler.

Charles d’Orléans, Poésies

277
QUESTIONS 10. Pourquoi le poète veut-il partir ? Appuyez votre réponse en ci-
tant les vers qui le montrent. Par
quel moyen la durée de son em-
UNE FORME POÉTIQUE DU MOYEN ÂGE UN PRISONNIER
prisonnement est-elle mise en va-
1. Combien ce poème compte-t-il de strophes ? Et combien ces stro- leur ?
En 1415, à la bataille d’Azin-
phes ont-elles de vers ? court (lors de la guerre de
Cent Ans), Charles d’Orléans
2. Combien y a-t-il de syllabes par vers ? est fait prisonnier.
LE RONDEAU
3. Comment sont disposées les rimes ?
Le rondeau est un court poème
4. Quel vers est répété ? Comment appelle-t-on, un peu comme du Moyen Âge qui doit son nom
dans une chanson, une telle répétition ? à la ronde (que l’on dansait et
chantait à l’origine).
5. À quels emplacements ce vers est-il répété ? Que remarquez-
vous concernant la construction du poème ? Il est apparu au XIIIe siècle, et est généralement composé de trois
strophes en octosyllabes (ou en décasyllabes) sur deux rimes seule-
ment.
L’ENVOL
Le rondeau est rythmé par un refrain. La figure du rond est donnée
6. À votre avis, qui dit « je » ? par la forme, puisque le poème s’achève sur les vers qui l’ont com-
mencé.
7. Que désire-t-il ? Relever le champ lexical de l’envol.

8. À quel temps les verbes sont-ils principalement conjugués ?


Qu’est-ce que cela indique ?
RÉDIGEZ
À votre tour, rédigez un rondeau. Choisissez pour cela un thème très
9. Quels seront les sentiments du poète quand il prendra son en- simple : votre amour, le temps qu’il fait...
vol ? Justifiez votre réponse en citant le texte.

278
DICTÉES

Un môle permet l'accostage et la protec-


DICTÉE 1
tion contre les vagues.
LE PORT

Les mots suivants vous sont donnés :

• belvédère
• môle

AUDIO 6.1 AUDIO 6.2


Écoutez le texte Écrivez le texte

279
DICTÉE 2

CETTE VIE

Les mots suivants vous sont donnés :

• Lisbonne

AUDIO 6.3
Écoutez le texte

AUDIO 6.4
Écrivez le texte

280
Le mot « comète » vient du grec « komêtês » signi-
fiant « chevelu ». La comète, avec sa traînée lumi-
neuse apparaît, en effet, comme un astre chevelu.

BEL ASTRE VOYAGEUR

Bel astre voyageur, hôte qui nous arrives Ah ! quand tu reviendras, peut-être de la terre
Des profondeurs du ciel et qu’on n’attendait pas, L’homme aura disparu. Du fond de ce séjour
Où vas-tu ? Quel dessein pousse vers nous tes pas ? Si son œil ne doit pas contempler ton retour,
Toi qui vogues au large en cette mer sans rives, Si ce globe épuisé s’est éteint solitaire,
Sur ta route, aussi loin que ton regard atteint, Dans l’espace infini poursuivant ton chemin,
N’as-tu vu comme ici que douleurs et misères ? Du moins jette au passage, astre errant et rapide,
Dans ces mondes épars, dis ! avons-nous des frères ? Un regard de pitié sur le théâtre vide
T’ont-ils chargé pour nous de leur salut lointain ? De tant de maux soufferts et du labeur humain.

Louise Ackermann, Poésies Philosophiques

281
Sans plus apporter de pré-
cisions, Louise Ackermann
(1813-1890) dédie son
poème « À la comète de
1861 ».

Les comètes avaient déjà


inspiré les poètes comme
Victor Hugo.

Depuis Halley, on savait


que celles-ci faisaient plu-
sieurs passages :

« En 1705, Edmond Hal-


ley publia un livre avan-
çant que les comètes qui
étaient apparues dans le
ciel en 1531, 1607 et
1682 étaient en fait une
seule et même comète. Ex-
pliquant que la comète
voyage sur une orbite ellip-
tique, elle prend 76 ans
pour faire une révolution
complète autour du Soleil.
Halley prédit qu'elle re-
viendrait en 1758. »
(source)

282
QUESTIONS 8. Qu’est-ce qui rend l’homme si mal- VIDÉO 6.2 La comète de
heureux ? Justifiez votre réponse en Halley
vous appuyant sur le texte et votre pro-
S’ADRESSER AUX ASTRES
pre expérience.
1. À qui s’adresse la poétesse ? Relevez, dans la première strophe,
tous les mots qui le désignent, et donnez leur nature. 9. Selon la poétesse, qu’est-ce que le
« théâtre » ? Pourquoi l’appelle-t-elle
2. Comment appelle-t-on la figure de style qui consiste à donner vie ainsi ? La comète voyage sur une
à un objet ? Relevez un ou deux exemples de l’emploi de cette fi- orbite elliptique.
gure.
RÉDIGEZ
3. Quelle voyelle est répété dans ce vers ? Quel sentiment la répéti-
tion de ce son semble-t-elle traduire ? En cinq ou six lignes (en prose, si vous le préférez), adressez-vous
à un astre (le soleil, la lune, une étoile...) et interrogez-le sur le sens
4. Qu’est-ce que la « mer sans rives » ? Comment appelle-t-on cette de la vie, la joie ou la souffrance que vous éprouvez en ce monde.
figure de style ?

5. Dans la première strophe, quel type de phrase domine ? Que


VOCABULAIRE
veut savoir la poétesse ?
Un dessein est un projet, une inten- LES MÉTÉORES
tion, un but que l’on s’est fixé.
En grec, « meteôros » si-
UN POÈME PHILOSOPHIQUE
gnifie « ce qui est élevé
Avec quel mot ne faut-il pas le con-
6. « L’homme aura disparu » dans les airs ». Le mot dési-
fondre ? Comment appelle-t-on des
Est-ce sûr ? Est-ce possible ? Justifiez votre réponse. gne donc tout phénomène
mots qui ont la même prononciation,
se produisant dans l’atmo-
mais pas la même orthographe ?
sphère : le vent, la pluie,
7. Relevez, dans l’ensemble du poème, le champ lexical de la tris-
l’arc-en-ciel, la foudre, etc.
tesse.
sont des météores.

283
LES HOMOPHONES 2. ÇA ET ÇÀ

• ça est un pronom démonstratif (ceci, cela, ce, celui-ci, celui-là…).


1. OU ET OÙ
Pour le reconnaître facilement, remplacez-le par cela : Il ne man-
• ou est une conjonction de coordination (mais, ou, et, donc, or, ni, quait plus que ça (cela), Ça (cela) serait bien.
car) permettant de lier deux mots, deux groupes de mots voire
deux phrases (Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée). Elle ex- • çà est un adverbe de lieu signifiant ici, cet endroit. On ne le trouve
prime le plus souvent un choix, une alternative (une chose ou bien plus guère que dans l’expression çà et là. On l’emploie parfois
une autre). On peut donc, en ce cas, dire ou bien (Il préfère le cho- comme une interjection (comme oh ! hélas ! hein !, etc.), mais
colat ou la fraise ?). c’est très rare (Çà, allez-vous vous taire !).

• où est un pronom relatif (qui, que, quoi, dont, où, etc.). Il est placé On retiendra donc que ça s’écrit généralement sans accent.
en tête d’une proposition relative. Il exprime le lieu (C’est la ville où
je suis né) ou le temps (L’hiver où il a fait si froid). Où est adverbe
dans une phrase interrogative (Où est ton frère ?). INTERACTIF 6.2 Les homophones

INTERACTIF 6.1 Les homophones

Complétez par « ça » ou « çà »

Complétez par « ou » ou « où »

284
3. SANS, S’EN OU SENT 4. DANS ET D’EN

• sans est une préposition (à, dans, par, pour, en, vers, avec, de, • dans est une simple préposition qui possède cependant de nom-
sans…). Cette préposition est le contraire de avec. Elle exprime le breuses significations : le lieu (Il est dans sa chambre), le temps
manque, l’absence. Une préposition s’emploie le plus souvent de- (Le train arrive dans cinq minutes) ou la manière (Une maison
vant un nom (C’est sans espoir) ou un groupe nominal (Il est venu construite dans le style baroque).
sans ses affaires) ou un verbe à l’infinitif (Il s’est levé sans savoir
qu’il n’y avait pas cours). • d’en est composé de la préposition de et du pronom en. Ainsi
quand on écrit Ce labyrinthe est immense, il est difficile d’en sortir,
• s’en est constitué de deux pronoms (se et en). On retrouve cette on veut dire qu’il est difficile de sortir du labyrinthe (le pronom en
forme dans quelques constructions verbales (s’en aller, s’en pren- reprend ce labyrinthe, ce qui évite une répétition).

dre à quelqu’un, s’en mordre les doigts, ne pas s’en faire… ) à la La préposition en se trouve parfois devant un nom (en haut, en
troisième personne du singulier : il s’en va, il ne peut s’en prendre bas, en face…).
qu’à lui-même... Pour cette raison, on trouve s’en entre le sujet (il)
et le verbe (va, prendre).

• Il ne faut pas confondre ces deux formes avec le verbe sentir con- INTERACTIF 6.4 Les homophones
jugué au présent de l’indicatif (je sens, tu sens, il sent).

INTERACTIF 6.3 Les homophones

Complétez par « dans » ou


« d’en »

Complétez par « sans », « sent »


ou « s’en »

285
5. PEU ET PEUT 6. NI ET N’Y

• peu est un adverbe. C’est le contraire de beaucoup : Cela a peu • ni est une conjonction de coordination. Parfois utilisée seule (Pa-
d’importance. tience et longueur de temps font plus que force ni que rage), on la
trouve aussi avec une autre négation (Il ne sait pas parler ni racon-
• peut est le verbe pouvoir à la troisième personne du singulier du ter ce qu’il vient de voir).
présent de l’indicatif (Il peut arriver à tout instant).
• n’y est composé d’une négation (ne élidé c’est-à-dire sans le e,
mais avec une apostrophe) et du pronom personnel y : Je cherche
cette clé, mais elle n’y est pas (y désigne le lieu où l’on cherche la
INTERACTIF 6.5 Les homophones clé).

INTERACTIF 6.6 Les homophones

Complétez par « peu » ou


« peut »

Complétez par « ni » ou « n’y »

286
7. SI, S’Y ET CI RÉVISION 6.2 Les homophones

• si a de très nombreux emplois. Il peut exprimer la condition (Vas-y, Question 1 sur 5


si tu en as envie). Il peut marquer l’intensité (Ce gâteau est si
« où » est...
bon). Dans ce dernier cas, il peut être remplacé par aussi, telle-
ment.

• Il ne doit pas être confondu avec s’y. Il s’agit de deux pronoms (se
et y). On trouvera donc s’y dans les verbes pronominaux (se ren-
dre par exemple) employé avec le pronom y désignant dans notre
exemple un lieu : Il aime Paris, il s’y rend dès que possible. A. Une conjonction de coordination

• ci est un adverbe. C’est l’abréviation d’ici (ci-joint, Les témoins ci- B. Un pronom relatif
présents, ci-gît…).

Parfois précédé d’un trait d’union, ci s’ajoute à un pronom (celui- C. Un adverbe
ci, celle-ci) ou à un nom (cette personne-ci).
D. Une préposition

INTERACTIF 6.7 Les homophones

Répondre

Complétez par « si », « s’y » ou


« ci »

287
MA BOHÈME

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;



QUESTIONS
Mon paletot aussi devenait idéal ;

J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;

S’EN ALLER
Oh ! Là ! Là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !
1. Relevez, dans le premier vers, les pronoms personnels désignant
Mon unique culotte avait un large trou.
 le poète.
- Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course

Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
 2. Dans le premier vers toujours, dites dans quel état d’esprit sem-
- Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou. ble se trouver le poète. À quel mot le voyez-vous ?

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
 3. Comment sont ses vêtements ? Relevez deux exemples.
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes

De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ; 4. Relevez le champ lexical de l’errance.

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
 5. Quels sont les sentiments du poète une fois qu’il est parti ? Justi-
Comme des lyres, je tirais les élastiques
 fiez votre réponse en relevant, dans l’ensemble du poème, les mots
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur ! qui le montrent, mais aussi en examinant la ponctuation.

6. Le poète a-t-il une destination ? Justifiez votre réponse.


Arthur Rimbaud, Poésies

288
7. Que signifie la phrase « Mon auberge était à la Grande-Ourse » ?
RÉDIGEZ
Quelle figure de style a-t-on ? Pourquoi employer ici cette figure ?
À la façon d’Arthur Rimbaud, exprimez votre joie en utilisant cette
8. Qu’est-ce que la bohème ? Cherchez tournure : « Oh ! Là ! Là ! que d'amours
dans le dictionnaire un mot de la même fa- splendides j'ai rêvées ! »
mille.
Exemple : J’ai reçu de splendides ca-
deaux. → Oh ! Là ! Là ! que de splendides
UN VOYAGE POÉTIQUE cadeaux j’ai reçus !

9. Qu’est-ce que le poète Petit-Poucet sè- a - J’ai visité de nombreux pays.


me ?
b - Nous avons dégusté des plats déli-
10. Comment appelle-t-on, dans la cieux.
deuxième strophe, des mots appartenant
à la phrase précédente, mais rejetés dans c - Nous avons rencontré des gens fantasti-
le vers suivant ? ques.

11. Relevez, dans l’ensemble du texte, le d - Il a lu des livres passionnants.



champ lexical de la poésie.

12. Combien y a-t-il de phrases dans les


deux tercets ? RÉÉCRITURE
Réécrivez ces vers en remplaçant « je »
13. Qu’est-ce qu’une lyre ? Comment le
par « nous ».
poète la fabrique-t-il ?

289
BALLADE DES ENFANTS SANS SOUCI

Ils vont pieds nus le plus souvent. L’hiver Les cœurs pour eux se cuirassent de fer.
Met à leurs doigts des mitaines d’onglée. Le trépas vient. Ils vont sans mausolée
Le soir, hélas ! ils soupent du grand air, Pourrir au coin d’un champ ou d’une allée,
Et sur leur front la bise échevelée Et les corbeaux mangent leur corps transi
Gronde, pareille au bruit d’une mêlée. Que lavera la froide giboulée.
À peine un peu leur sort est adouci Ayez pitié des Enfants sans souci.
Quand avril fait la terre consolée.
Ayez pitié des Enfants sans souci.
ENVOI
Ils n’ont sur eux que le manteau du ver,
Quand les frissons de la voûte étoilée Pour cette vie effroyable, filée
Font tressaillir et briller leur œil clair. De mal, de peine, ils te disent : Merci !
Par la montagne abrupte et la vallée, Muse, comme eux, avec eux exilée,
Ils vont, ils vont ! À leur troupe affolée Ayez pitié des Enfants sans souci !
Chacun répond : « Vous n’êtes pas d’ici,
Prenez ailleurs, oiseaux, votre volée. »
Ayez pitié des Enfants sans souci. Albert Glatigny, Le Parnasse contemporain

Un froid de mort fait dans leur pauvre chair


Glacer le sang, et leur veine est gelée.

290
QUESTIONS
LA FORME DU POÈME
1. Combien y a-t-il de strophes dans ce poème ?

2. Qu’est-ce qui distingue la dernière strophe des autres ?

3. Qu’ont pourtant en commun chaque strophe ?

4. Combien les vers comptent-ils de syllabes ? Comment les ap-


pelle-t-on ?

5. Examinez la première strophe, combien y a-t-il de rimes ? Com-


ment sont-elles disposées ?

L’ERRANCE MISÉREUSE
6. Relevez les différentes utilisations du verbe « aller » dans l’en-
semble du poème.

7. Comment sont accueillis les enfants sans souci ? Trouvez quel-


ques exemples.

8. Relevez tous les mots et expressions qui montrent la grande


pauvreté des enfants sans souci.

291
9. Relevez le champ lexical de l’hiver.
LA BALLADE
10. Avec quel mot rime « filée » ? Combien de sons ces deux mots La ballade désigne un poème du Moyen Âge dans lequel le poète
ont-ils en commun ? évoque - le plus souvent - ses sentiments amoureux.

11. Qu’est-ce qu’un « exil » ? Trouvez, dans le poème, un mot de la Comme le rondeau, la ballade est une forme poétique associée à la
même famille. Quel autre personnage connaît également l’exil ? danse. Ballade vient du verbe baller qui voulait dire « danser » (il a
la même origine que notre mot « bal »).

RÉÉCRITURE Une ballade est composée de trois strophes (des huitains) de huit
(des octosyllabes) ou dix syllabes (des décasyllabes). Chaque stro-
Réécrivez ces vers en conjuguant les verbes à l’imparfait. phe s’achève sur un refrain. Ces strophes comportent trois rimes (a,
b, c).

VOCABULAIRE Le poème se termine par une strophe de quatre ou cinq vers que
l’on appelle l’envoi (possédant deux rimes), qui nomme le destina-
a - Qu’est-ce qu’un « souci » ? taire du poème (souvent, au Moyen Âge, un prince ou une prin-
b - Donner un verbe de la même famille que « souci ». cesse).
c - À quelle classe grammaticale appartiennent les mots « insoucian-
ce », « soucieusement » et « soucieux » ?
d - Que signifie l’expression « C’est le moindre de mes soucis » ? 

LES ENFANTS SANS-SOUCI


Les Enfants sans-souci (également appelés les Sots) étaient
une confrérie joyeuse de Paris. Ces « anciens célébrants de la
Fête des Fous » étaient habillés, comme les fous de cour, de
jaune et de vert, portant un chapeau garni de grelots et sur-
monté d'oreilles d’âne. À la main, une marotte.

292
L'HIRONDELLE ET LES PETITS OISEAUX

Une Hirondelle en ses voyages Gare la cage ou le chaudron.


Avait beaucoup appris. Quiconque a beaucoup vu C'est pourquoi, leur dit l'Hirondelle,
Peut avoir beaucoup retenu. Mangez ce grain et croyez-moi. »
Celle-ci prévoyait jusqu'aux moindres orages, Les Oiseaux se moquèrent d'elle,
Et devant qu’ils fussent éclos, Ils trouvaient aux champs trop de quoi.
Les annonçait aux Matelots. Quand la chènevière fut verte,
L'Hirondelle leur dit : « Arrachez brin à brin
Il arriva qu'au temps que la chanvre se sème, Ce qu'a produit ce mauvais grain,
Elle vit un Manant en couvrir maints sillons. Ou soyez sûrs de votre perte.
« Ceci ne me plaît pas, dit-elle aux Oisillons. - Prophète de malheur, babillarde, dit-on,
Je vous plains : car pour moi, dans ce péril extrême, Le bel emploi que tu nous donnes !
Je saurai m'éloigner, ou vivre en quelque coin. Il nous faudrait mille personnes
Voyez-vous cette main qui par les airs chemine ? Pour éplucher tout ce canton. »
Un jour viendra, qui n'est pas loin, La chanvre étant tout à fait crue,
Que ce qu'elle répand sera votre ruine. L'Hirondelle ajouta : « Ceci ne va pas bien ;
De là naîtront engins à vous envelopper, Mauvaise graine est tôt venue ;
Et lacets pour vous attraper ; Mais puisque jusqu'ici l'on ne m'a crue en rien,
Enfin mainte et mainte machine Dès que vous verrez que la terre
Qui causera dans la saison Sera couverte, et qu'à leurs blés
Votre mort ou votre prison ; Les gens n'étant plus occupés

293
Une Hirondelle en ses voyages
Avait beaucoup appris. Quiconque a beau-
coup vu
Peut avoir beaucoup retenu.

294
Feront aux Oisillons la guerre ;
QUESTIONS
Quand reginglettes et réseaux
Attraperont petits Oiseaux,
UNE FABLE
Ne volez plus de place en place ;
Demeurez au logis, ou changez de climat : 1. Quels sont les personnages de ce poème ? Quelle figure de style
Imitez le Canard, la Grue et la Bécasse. consiste à faire parler des animaux ?
Mais vous n'êtes pas en état
De passer comme nous les déserts et les ondes, 2. Comptez le nombre de syllabes utilisées dans ces vers. Quel est
Ni d'aller chercher d'autres mondes. le mètre utilisé ? A-t-on l’impression de lire un poème ? Justifiez vo-
C'est pourquoi vous n'avez qu'un parti qui soit sûr : tre réponse.
C'est de vous enfermer aux trous de quelque mur. »
Les Oisillons, las de l'entendre, 3. Trouvez, dans le poème, un mot qui soit synonyme de « petit oi-
Se mirent à jaser aussi confusément seau ».
Que faisaient les Troyens quand la pauvre Cassandre
Ouvrait la bouche seulement. 4. Pourquoi l’hirondelle est-elle plus sage que les autres oiseaux ?
Il en prit aux uns comme aux autres : Quel personnage de la mythologie a, comme elle, acquis une telle
Maint Oisillon se vit esclave retenu. sagesse ?

Nous n'écoutons d'instincts que ceux qui sont les nôtres, 5. De quel « péril extrême » parle l’hirondelle ?
Et ne croyons le mal que quand il est venu.

L’IMPOSSIBLE DIALOGUE
Jean de La Fontaine, Fables (livre premier, fable 8)
6. À quel personnage de la mythologie est-elle comparée ? Pour
quelle raison ?

7. Quel signe de ponctuation est utilisé lorsque l’hirondelle parle ?

8. Quels mots indiquent qu’elle parle ?

295
9. Quels sont les trois conseils que l’hirondelle donne aux oiseaux ?
LA FABLE
10. Quel temps et quel mode sont alors employés ? Le mot « fable » vient du latin « fabula » et signifie « propos, récit
imaginaire ».
11. Quelles sont les réactions successives des oiseaux ? Citez le
texte. La fable est un genre essentiellement narratif. On y raconte toutes
sortes d’histoires dont les personnages sont très souvent des ani-
12. Que conclut le poète Jean de La Fontaine ? Comment appelle- maux ou des insectes, parfois des végétaux ou des objets, et quel-
t-on ce passage ? À quel genre poétique appartient ce texte ? que fois des hommes.
On peut diviser la fable en deux parties : l’histoire et la moralité.
L’une ne va pas sans l’autre : l’histoire permet de comprendre la mo-
RÉÉCRITURE ralité, et la moralité éclaire la fable.

Réécrivez ces vers en remplaçant « je » par « nous ». Une fable est écrite en vers mêlés, c’est-à-dire qu’elle mélange des
vers de différentes mesures (3, 6, 7, 8, 10, 12). Il en va de même
des rimes puisqu’elles mêlent des rimes croisées, embrassées ou

RÉDIGEZ suivies.

Vous aussi, jouez les prophètes de malheur et annoncez un triste


avenir à ceux qui ne suivraient pas vos conseils.

Formulez tout d’abord votre prévision au futur de l’indicatif en com-


mençant par « Voyez-vous ce ou cette... » puis utilisez le présent de
l’indicatif afin d’indiquer ce qui doit être fait.

296
DEMAIN, DÈS L'AUBE

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne



QUESTIONS
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.

J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.

JE PARTIRAI
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
1. Relevez, dans le premier vers, les compléments circonstanciels.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,

Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
 2. Où se termine la phrase commencée dans le premier vers ? Com-
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
 ment appelle-t-on ce procédé ? À quoi sert-il ?
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
3. À quel temps les verbes sont-ils essentiellement conjugués ? Pour-
Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
 quoi selon vous ?
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,

Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
 4. Où le poète veut-il aller ? À quel moment le comprenez-vous ?
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
5. Au vers 9, avec quel autre mot rime le mot « tombe » ? Est-ce le
même mot ? Expliquez.
Victor Hugo, 3 septembre 1847

297
LE DEUIL
6. Relevez, dans la première strophe, les pronoms personnels.

7. Dans les strophes suivantes, quels pronoms personnels trou-


ve-t-on ? Relevez quelques exemples.

8. Hormis l’emploi du mot « triste », à quoi voit-on la douleur du


poète ?

9. Pourquoi le poète choisit-il de déposer du houx et de la bruyè-


re ?

Houx vert ? Ouvert ?

298
RÉÉCRITURE
Réécrivez ces vers en remplaçant « je » par « il ».

RÉDIGEZ
Comme Victor Hugo, utilisez la négation « ni » : « Je ne regarderai
ni l'or du soir qui tombe, / Ni les voiles au loin descendant vers Har-
fleur ».

Exemple : Je ne prendrai pas le train, et je ne prendrai pas la voi-


ture. → Je ne prendrai ni le train, ni la voiture.

a - Je ne veux pas aller dans cette maison, et je ne veux pas aller


dans cette masure.

b - Je ne regarderai pas le match, et je ne regarderai pas le film.

c - Je n’aime pas les légumes, et je n’aime pas les fruits.

d - Je ne choisirai pas celui-ci, je ne choisirai pas celui-là.

299
LA VEILLÉE DU NÈGRE

Le soleil de la nuit éclaire la montagne ;


Sur le sable désert faut-il encore rester ?
Doucement dans mes bras laisse-moi t’emporter ;
Bon maître, éveille-toi ! marchons vers la campagne.
Tes yeux sont clos depuis trois jours :
Maître ! dormiras-tu toujours ?

L’orage dans son vol a brisé les platanes ;


Le navire sans voile a disparu dans l’eau :
De ton front tout sanglant, j’ai lavé le bandeau ;
Marchons, les pauvres noirs t’ouvriront leurs cabanes.
Tes yeux sont clos depuis trois jours :
Maître ! dormiras-tu toujours ?

Je voudrais deviner ton rêve que j’ignore.


Oh ! que ce rêve est long ! finira-t-il demain ?
Demain, en t’éveillant, presseras-tu ma main ?
Oui, je t’appellerai quand j’aurai vu l’aurore.
Tes yeux sont clos depuis trois jours :
Maître ! dormiras-tu toujours ?

300
Mais la lueur du jour s’étend sur le rivage,
QUESTIONS
Le flot porte sans bruit la barque du pêcheur ;
Viens ! … que ton front est froid ! quelle triste blancheur !
UN POÈME EXOTIQUE
Oh ! maître ! que ta voix me rendrait de courage !
Tes yeux sont clos depuis trois jours : 1. Combien ce poème compte-t-il de strophes ?
Maître ! dormiras-tu toujours ?
2. Comment sont composées ces strophes (donnez le mètre et la
disposition des rimes) ?
Marceline Desbordes-Valmore, Romances

En France, il a fallu attendre


le décret de 1848 pour que
soit aboli l’esclavage.

301
3. Relevez les indices vous permettant de deviner où se déroule l’ac- 10. Selon vous, était-ce vraiment un « bon maître » ? Quels indices
tion. vous ont permis de répondre ?

4. Qu’est-ce que le « soleil de la nuit » ? Est-ce une simple périphra-


se ?
RÉDIGEZ
5. Trouvez, dans le poème, une autre périphrase ou une autre ex- Comme le personnage de ce poème, inventez des périphrases pour
pression du même genre. nommer des objets dont vous ignorez le nom.

6. Qui emploie ces termes ? Justifiez votre réponse. Exemple : le téléphone → la boîte qui porte la voix.

7. À qui parle-t-il ? Relevez les termes qui le désignent. a - L’avion. b - Le train. c - Le soleil. d - L’ordinateur. e - Le nuage.

Le mot « nègre » a été emprunté à l’espagnol « negro »


(= de race noire), qui provient du latin « niger » (= noir).
Au XVIIe siècle, le mot « nègre » a pris le sens d’ « esclave
noir ».

Aujourd’hui, ce mot est évité à cause de sa valeur péjora-


tive et raciste.

UNE COMPLAINTE
8. Quels types de phrase sont employés par ce personnage ?
Quels sont ses sentiments ? Citez le texte pour répondre.

9. Qu’est-il arrivé à son maître ? Appuyez-vous sur le texte pour ré-


pondre. À quel moment le comprend-on ?

302
LA PETITE AUTO

Le 31 du mois d’Août 1914 Artères ferroviaires où ceux qui s’en allaient mourir
Je partis de Deauville un peu avant minuit Saluaient encore une fois la vie colorée
Dans la petite auto de Rouveyre Océans profonds où remuaient les monstres
Dans les vieilles carcasses naufragées
Avec son chauffeur nous étions trois Hauteurs inimaginables où l’homme combat
Plus haut que l’aigle ne plane
Nous dîmes adieu à toute une époque L’homme y combat contre l’homme
Des géants furieux se dressaient sur l’Europe Et descend tout à coup comme une étoile filante
Les aigles quittaient leur aire attendant le soleil Je sentais en moi des êtres neufs pleins de dextérité
Les poissons voraces montaient des abîmes Bâtir et aussi agencer un univers nouveau
Les peuples accouraient pour se connaître à fond Un marchand d’une opulence inouïe et d’une taille prodigieuse
Les morts tremblaient de peur dans leurs sombres demeures Disposait un étalage extraordinaire
Et des bergers gigantesques menaient
Les chiens aboyaient vers là-bas où étaient les frontières De grands troupeaux muets qui broutaient les paroles
Je m’en allais portant en moi toutes ces armées qui se battaient Et contre lesquels aboyaient tous les chiens sur la route
Je les sentais monter en moi et s’étaler les contrées où elles serpen-
taient
Avec les forêts les villages heureux de la Belgique
Francorchamps avec l’Eau Rouge et les pouhons
Région par où se font toujours les invasions

303
QUESTIONS
CE VOYAGE NOCTURNE
1. À quel temps ce poème est-il essentiellement rédigé ? Pourquoi ?

2. « Je n’oublierai jamais ce voyage nocturne »


À quelle personne le récit est-il mené ? Que veut faire le poète ?

3. Où ce vers est-il placé ? BESOIN D’AIDE POUR


LA QUESTION 5 ?
4. Comment est réalisé ce dessin
• Y a-t-il des vers ? Sont-ils
qui se trouve à la fin du poème ?
Et quand après avoir passé l’après-midi réguliers ?
Par Fontainebleau • Relevez, dans cette stro-
5. Par rapport à tous les autres poè- phe, la place des princi-
Nous arrivâmes à Paris
Au moment où l’on affichait la mobilisation
mes que vous avez lus, que remar- paux personnages. Que
Nous comprîmes mon camarade et moi
quez-vous ? Ce poème ressemble- remarquez-vous ?
t-il aux autre poèmes ? Pourquoi ? • Relevez cependant des
Que la petite auto nous avait conduits dans une époque
exemples d’alexandrins.
Nouvelle
• Y a-t-il des rimes ? Quels
Et bien qu’étant déjà tous deux des hommes mûrs
Nous venions cependant de naître LA GUERRE
• Pourquoi
6. Relevez les verbes de mouvement. Qu’est-ce le mot
qu’ils « nouvel-
indiquent au
sujet de cette époque ?
Guillaume Apollinaire, Calligrammes
• Observez la ponctua-
7. Quel événement historique a eu lieu en 1914 ?

8. Relevez le champ lexical de la guerre.

304
9. Guillaume Apollinaire nomme-t-il les belligérants ? Par quels ter-
RÉDIGEZ
mes les désigne-t-il ? Pourquoi ce choix ?
« Je n’oublierai jamais ce voyage nocturne où nul de nous ne dit un
10. Quel animal désigne le peuple ? De quels personnages est-il vic- mot »
time ?
Comme Guillaume Apollinaire, évoquez des souvenirs importants en
11. Quel sentiment éprouve-t-on à la lecture de ce poème ? Justifiez rédigeant des phrase commençant par « Je n’oublierai jamais
votre réponse en citant le texte. ce... » (au moins trois).

UNE ÉPOQUE NOUVELLE


12. Quels lieux sont traversés par la petite auto ?

13. Où les mène la petite auto ? Est-ce un simple trajet en voiture ?


Justifiez votre réponse en citant le texte.

14. À quelle heure les voyageurs étaient-ils partis ? Pourquoi ce mo-


ment précis selon vous ?

15. « Nous venions cependant de naître »


Que signifie cette phrase ?

305
LES CALLIGRAMMES UN MOT DE POÈTE
Le mot « calligramme » a été inventé par le poète Guillaume Apolli-
QU’EST-CE QU’UN CALLIGRAMME ?
naire au début du XXe siècle. Il a été forgé à l’aide des mots idéo-
Un calligramme est un poème dont les vers sont disposés de façon gramme et calligraphie.
à former un dessin.
L’idéogramme est un symbole graphique (un dessin en somme) re-
présentant un mot ou une idée (c’est le sens de idéo- tandis que
-gramme signifie « écriture, lettre »), tel qu’on en trouve aujourd’hui
au Japon ou, auparavant, dans l’Égypte antique.

Naturellement, le texte et le dessin traitent tous deux du même sujet.


Un texte en forme de cœur parle de cœur, un texte en forme de
pluie parle de la pluie, etc.

306
La calligraphie est l’art de bien former les caractères d’écriture.
Le mot est composé de calli- qui veut dire « beauté » (comme
dans callipyge) et du suffixe -graphie signifiant « écrire ». La calli-
graphie est donc la belle écriture.

Le mot « calligramme » évoque ainsi la beauté de l’écriture à la


fois écriture poétique et dessin. D’autres écrivains, comme Fran-
çois Rabelais, avaient déjà imaginé remplir un dessin par un
poème, mais le poème ne dessine pas l’objet.

Au début, Guillaume Apollinaire avait d’abord appelé le calli-


gramme « idéogramme lyrique ».

UN POÈME LYRIQUE
Avec ses calligrammes, Guillaume Apollinaire crée un « lyrisme
visuel ». Sa poésie mêle la musique, la peinture et la littérature.
Elle est le fruit d’une époque très riche qui invente de nouvelles
formes d’art (le futurisme, le cubisme… ). Elle se fait aussi l’écho
des découvertes scientifiques. Le poète s’étonne :

« Quoi ! on a radiographié ma tête. J’ai vu, moi vivant, mon


crâne, et cela ne serait en rien de la nouveauté ? »

Cette période, qui est aussi celle de la guerre, met fin à une épo-
que et en annonce une autre. C’est, entre autres, l’époque des
surréalistes qui découvrent une autre réalité :

307
« Quand l’homme a voulu imiter la marche, il a créé la roue qui ne lui BARÈME
ressemble pas à une jambe. Il a fait ainsi du surréalisme sans le
savoir. » • La copie est propre et soignée (pas de traits au crayon, de blanc,
de ratures… ) : 2 points
• L’objet dessiné est aisément reconnaissable : 2 points

RÉDIGEZ • Il y a un rapport entre le texte et le dessin (ils ont le même


sujet) : 2 points
Comme le poète Guillaume Apollinaire, faites un calligramme. • Le texte est lisible (les lettres sont bien formées, bien disposées
Vous devez donc écrire un poème qui dessine un objet ou une per- et écrites au stylo) : 2 points
sonne. • On trouve facilement le début du texte dans le dessin : 2 points
• L’orthographe grammaticale et lexicale est correcte : 4 points
• L’écriture est poétique (présence de comparaisons, de métapho-
res, de répétitions, d’allitérations ou d’assonances, de
rimes…) : 4 points
• Le texte est bien écrit (vocabulaire recherché), intéressant ou ori-
ginal : 2 points

308
7

LES AVENTURES DE JULES VERNE


310
JULES VERNE EN SON TEMPS

NAISSANCE D’UN ÉCRIVAIN La lecture a dû également jouer un rôle déterminant. Grand lecteur,
Jules Verne n’aurait pas mangé pendant trois jours pour pouvoir
Jules Verne est né à Nantes le 8 février 1828 dans un quartier appe- s’acheter les œuvres de William Shakespeare…
lé l’île Feydeau. Un tel lieu, par son activité portuaire, a pu avoir une
grande influence sur le futur auteur des Voyages extraordinaires. En 1848, Jules Verne quitte Nantes pour Paris (qui sent encore la
En effet, la mer et les navires, l’appel du large sont des thèmes qui poudre), et commence sa carrière littéraire.
seront largement développés dans son œuvre.
En 1862, son premier ro-
man Cinq semaines en VIDÉO 7.1 L’anecdote
ballon remporte un
grand succès.

Il s’installe à Amiens en
1872 et s’achète un hôtel
et son propre yacht de
28 mètres. Il y meurt le
24 mars 1905.

Jules Verne vous parle

311
VOYAGE, GÉOGRAPHIE ET SCIENCE dustrielle. Née en Grande-Bretagne au siècle précédent, elle gagne
le continent européen et les États-Unis, et se manifeste par une acti-
vité économique intense, des bouleversements sociaux, techniques,
VOYAGE
scientifiques, industriels intenses.
Les héros de Jules Verne voyagent. Ils se rendent au pôle Nord (Un C’est aussi à cette époque que les puissances ayant exploré la pla-
Hivernage dans les glaces), sous terre (Voyage au centre de la nète se la partagent en territoire.
terre), sous la mer (Vingt mille lieues sous les mers), sur la lune (De
la terre à la lune) et font le tour du monde (dans Le Tour du monde Jules Verne met en scène dans ses romans ces bouleversements. Il
en quatre-vingts jours, par exemple). se documente pour les écrire, lit les magazines, se rend à la biblio-
thèque de la Société industrielle d’Amiens,
fréquente de nombreux scientifiques.
GÉOGRAPHIE
Ces romans sont, pour les lecteurs, l’occasion
de découvrir des terres inconnues et d’accroître ÉDITER
leurs connaissances en géographie. Ils sont
aussi l’occasion de découvrir des thèmes aux- Un grand nombre d’œuvres de Jules Verne
quels la science seule ne serait pas parvenue à sont tout d’abord publiées en feuilleton dans
les intéresser. la revue le Magasin d’Éducation et de ré-
création (de l’éditeur Hetzel). Cette revue
SCIENCE est destinée aux enfants. Elles font ensuite
l’objet d’une publication en livre, notamment
L’œuvre de Jules Verne s’inscrit dans un siècle un très beau et grand format cartonné
où les techniques connaissent un développe- rouge (in-8).
ment extraordinaire : le XIXe est le siècle de la
science. La physique, la chimie font de grands Regroupés sous le titre des Voyages extraor-
progrès. De nouvelles sciences apparaissent : dinaires, ce sont 62 romans et 18 nouvelles
la médecine scientifique, la biologie, la géolo- soit 22 000 pages !
gie, la préhistoire, l’ethnologie…

C’est, en outre, le triomphe de la révolution in-

312
L’ÎLE MYSTÉRIEUSE

« Remontons-nous ?

- Non ! Au contraire ! Nous descendons !

- Pis que cela, monsieur Cyrus ! Nous tombons !

- Pour Dieu ! Jetez du lest !

- Voilà le dernier sac vidé !

- Le ballon se relève-t-il ?

- Non !

- J’entends comme un clapotement de vagues !

- La mer est sous la nacelle !

- Elle ne doit pas être à cinq cents pieds de nous ! »

Alors une voix puissante déchira l’air, et ces mots retentirent :


« Dehors tout ce qui pèse !… tout ! et à la grâce de Dieu ! »



Telles sont les paroles qui éclataient en l’air, au-dessus de ce
vaste désert d’eau du Pacifique, vers quatre heures du soir, dans
la journée du 23 mars 1865.

Personne n’a sans doute oublié le terrible coup de vent de nord-
est qui se déchaîna au milieu de l’équinoxe de cette année, et

313
pendant lequel le baromètre tomba à sept cent dix millimètres. Ce D’où venait cet aérostat, véritable jouet de l’effroyable tempête ? De
fut un ouragan, sans intermittence, qui dura du 18 au 26 mars. Les quel point du monde s’était-il élancé ? Il n’avait évidemment pas pu
ravages qu’il produisit furent immenses en Amérique, en Europe, en partir pendant l’ouragan. Or, l’ouragan durait depuis cinq jours déjà,
Asie, sur une zone large de dix-huit cents milles, qui se dessinait et ses premiers symptômes s’étaient manifestés le 18. On eût donc
obliquement à l’équateur, depuis le trente-cinquième parallèle nord été fondé à croire que ce ballon venait de très loin, car il n’avait pas
jusqu’au quarantième parallèle sud ! Villes renversées, forêts déraci- dû franchir moins de deux mille milles par vingt-quatre heures ?
nées, rivages dévastés par des montagnes d’eau qui se précipi-
taient comme des mascarets, navires jetés à la côte, que les rele-
vés du Bureau-Veritas chiffrèrent par centaines, territoires entiers ni- L’Île mystérieuse, Première partie, chapitre I
velés par des trombes qui broyaient tout sur leur passage, plusieurs
milliers de personnes écrasées sur terre ou englouties en mer : tels
furent les témoignages de sa fureur, qui furent laissés après lui par
ce formidable ouragan. Il dépassait en désastres ceux qui ravagè-
La première page d'un roman est appelée un incipit. C'est
rent si épouvantablement la Havane et la Guadeloupe, l’un le 25 oc- le début du livre.
tobre 1810, l’autre le 26 juillet 1825.

 En principe, un incipit apporte les informations nécessaires
Or, au moment même où tant de catastrophes s’accomplissaient sur pour comprendre l'histoire. Il répond aux questions Qui ?
terre et sur mer, un drame, non moins saisissant, se jouait dans les Où ? Quand ? Comment ? Pourquoi ? Quoi ?
airs bouleversés.

 Afin de créer le suspense, on peut ne pas commencer l’his-
En effet, un ballon, porté comme une boule au sommet d’une toire par le commencement, mais par le milieu. C’est ce
qu’on appelle un début in medias res (au milieu des choses).
trombe, et pris dans le mouvement giratoire de la colonne d’air, par-
courait l’espace avec une vitesse de quatre-vingt-dix milles à
l’heure, en tournant sur lui-même, comme s’il eût été saisi par quel-
que maelström aérien.

Au-dessous de l’appendice inférieur de ce ballon oscillait une na-
celle, qui contenait cinq passagers, à peine visibles au milieu de
ces épaisses vapeurs, mêlées d’eau pulvérisée, qui traînaient jus-
qu’à la surface de l’Océan.

314
QUESTIONS ce ?

7. Observez la ponctua-
NOUS TOMBONS
tion dans le dernier para-
1. Examinez la ponctuation du graphe. Quel rôle jouent
début. Par quoi commence ce ces phrases concernant
texte ? Sait-on qui parle ? la suite du texte ?

2. Quel type de phrase est utili- 8. Faites des


sé par ces personnages ? Que hypothèses : que va-t-il
peut-on penser des sentiments arriver aux personna-
qu’ils éprouvent ? ges ? Justifiez vos répon-
ses.
3. Que leur arrive-t-il précisé-
ment ? Sait-on pourquoi ils se
trouvent dans cette situation ? RÉDIGEZ
Comme Jules Verne, rédi-
gez un court dialogue re-
L’INCIPIT MYSTÉRIEUX
latant un incident (en
4. La suite du texte nous avion, en voiture, en ba-
donne-t-elle la réponse ? Pour- teau, etc.) afin de plon-
quoi ? De quoi parle le narra- ger immédiatement le lec-
teur ? teur dans l’accident.

5. Relevez une énumération indi-


quant la violence de la tempête. Un ballon est un aérostat non motorisé qui
s’élève dans l’air en raison de sa légèreté.
6. Quels autres termes permet-
tent de souligner cette violen-

315
Les débuts de l’aérostation

316
ENRICHIR LA NARRATION

On ne raconte pas nécessairement une histoire en suivant l’ordre chronologique des événements EXTRAIT 2
(le début, le milieu, la fin). Ainsi, par exemple, L’Île mystérieuse ne commence pas par le
début, mais par le milieu. Cent fois, leur ballon déchiré aurait dû les précipiter dans l’abîme !
Mais le ciel les réservait à une étrange destinée, et le 24 mars,
Quand on raconte une histoire, on peut revenir en arrière ou au contraire raconter à l’avance un après avoir fui Richmond, assiégée par les troupes du général
événement (c’est ce qu’on appelle l’anticipation) et même ne rien en dire (c’est ce qu’on appelle Ulysse Grant, ils se trouvaient à sept mille milles de cette capitale
l’ellipse). de la Virginie, la principale place forte des séparatistes, pendant la
terrible guerre de Sécession. Leur navigation aérienne avait duré
cinq jours.

Retrouvez, dans les extraits ci-dessous, les anticipations, les retours en arrière et les ellipses Voici, d’ailleurs, dans quelles circonstances curieuses s’était pro-
duite l’évasion des prisonniers, — évasion qui devait aboutir à la ca-
tastrophe que l’on connaît. Cette année même, au mois de février
EXTRAIT 1 1865, dans un de ces coups de main que tenta, mais inutilement, le
général Grant pour s’emparer de Richmond, plusieurs de ses offi-
Souvent aussi il s’arrêtait, ramassait quelques débris de rocs, les dis- ciers tombèrent au pouvoir de l’ennemi et furent internés dans la
posait d’une façon reconnaissable et formait des amers destinés à ville. L’un des plus distingués de ceux qui furent pris appartenait à
indiquer la route du retour. Précaution bonne en soi, mais que les l’état-major fédéral, et se nommait Cyrus Smith.
événements futurs rendirent inutile. 


 L’Île mystérieuse
Voyage au centre de la terre

317
EXTRAIT 3 reste d’existence. À mon premier soupir il me prit la main ; à mon
premier regard il poussa un cri de joie.

Bientôt la vitesse de ma descente s’accrut dans une effrayante pro- « Il vit ! il vit ! s’écria-t-il.
portion, et menaçait de ressembler à une chute. Je n’avais plus la 

force de m’arrêter. Tout à coup le terrain manqua sous mes pieds. Voyage au centre de la terre
Je me sentis rouler en rebondissant sur les aspérités d’une galerie
verticale, un véritable puits. Ma tête porta sur un roc aigu, et je per-
dis connaissance.
Lorsque je revins à moi, j’étais dans une demi-obscurité, étendu sur
d’épaisses couvertures. Mon oncle veillait, épiant sur mon visage un

À votre avis, pour quelle rai-


son un écrivain peut-il choisir
de ne pas raconter un épiso-
de ?

318
EXTRAIT 4 foncé jusqu’aux oreilles, M. Cascabel ne s’inquiétait guère de la tem-
pérature, et marchait d’un pas joyeux. Un coffre-fort, être posses-
J’oubliais qui j’étais, où j’étais, pour vivre de la vie des elfes ou des seur d’un coffre-fort, avait été le rêve de toute sa vie : ce rêve allait
sylphes, imaginaires habitants de la mythologie scandinave. Je se réaliser enfin !

m’enivrais de la volupté des hauteurs, sans songer aux abîmes On était au début de l’année 1867.

dans lesquels ma destinée allait me plonger avant peu. Mais je fus Dix-neuf ans avant cette époque, le territoire actuellement occupé
ramené au sentiment de la réalité par l’arrivée du professeur et de par la ville de Sacramento n’était qu’une vaste et déserte plaine. Au
Hans, qui me rejoignirent au sommet du pic. centre s’élevait un fortin, une sorte de blockhaus, bâti par les set-

 tlers, les premiers trafiquants, dans le but de protéger leurs campe-
Voyage au centre de la terre ments contre les attaques des Indiens de l’Ouest-Amérique. Mais
depuis cette époque, après que les Américains eurent enlevé la Cali-
fornie aux Mexicains, qui furent incapables de la défendre, l’aspect
EXTRAIT 5 du pays s’était singulièrement modifié. Le fortin avait fait place à une
ville — maintenant l’une des plus importantes des États-Unis, bien
Je voulus résister au sommeil. Ce fut impossible. Ma respiration s’af- que l’incendie et les inondations eussent, à plusieurs reprises, dé-
faiblit. Je sentis un froid mortel glacer mes membres alourdis et truit la cité naissante.

comme paralysés. Mes paupières, véritables calottes de plomb, tom- Donc, en cette année 1867, M. Cascabel n’avait plus à redouter les
bèrent sur mes yeux. Je ne pus les soulever. Un sommeil morbide, incursions des tribus indiennes, ni même les agressions de ce ra-
plein d’hallucinations, s’empara de tout mon être. Puis, les visions massis de bandits cosmopolites, qui envahirent la province en 1849,
disparurent, et me laissèrent dans un complet anéantissement. quand furent découvertes les mines d’or, situées un peu plus au
Le lendemain, je me réveillai la tête singulièrement dégagée. A ma nord-est sur le plateau de Grass-Valley, et le célèbre gisement de
grande surprise, j’étais dans ma chambre. Allison-Ranch, dont le quartz produisait par kilogramme un franc du

 précieux métal.
Vingt mille lieues sous les mers 

César Cascabel

EXTRAIT 6
Au mois de février, il fait froid en Californie, quoique cet État soit si-
tué à la même latitude que l’Espagne. Mais, serré dans sa bonne
houppelande doublée de fausse martre, son bonnet de fourrure en-
319
GALERIE 7.1 Les voyages extraordinaires
RÉDACTION

SUJET
Choisissez une illustration dans les œuvres de Jules Verne, et imagi-
nez le début de l’histoire d’après cette illustration en procurant les
informations nécessaires à sa compréhension (Qui ? Quoi ? Pour-
quoi ? Où ? Quand ? Comment ?).

Votre texte devra piquer la curiosité du lecteur en créant le sus-


pense et le mystère.

BARÈME :
Le texte

• La copie est propre et bien présentée : 1 point


• L'écriture est lisible, appliquée : 1 point
• La ponctuation est respectée : 1 point
• Le texte est composé de paragraphes : 2 points
• Le texte est correctement orthographié : 4 points
• Les temps sont cohérents (emploi du passé ou du présent) : 2 points

Le sujet

• Une histoire est imaginée d'après l'illustration : 2 points


• L'image est bien exploitée, les détails réutilisés dans le texte : 2 points
• L'histoire apporte les informations nécessaires à sa compréhension
(Qui ? Pourquoi ? Quand ? Où ?...) : 2 points
• La rédaction fait au moins trente lignes : 2 points
320
VINGT MILLE LIEUES SOUS LES MERS

Depuis quelque temps, plusieurs navires sont détruits par ce que l’on pense être une baleine
énorme d’une puissance et d’une vitesse surprenantes. Ne pouvant croire en l’existence d’un
sous-marin (encore très rare pour l’époque), le professeur d’histoire naturelle Pierre Aron-
nax formule l’hypothèse d’un narval géant.

Une grande chasse est alors organisée. À bord de l’Abraham Lincoln, se trouvent le narrateur
de l’histoire (Pierre Aronnax), son domestique Conseil et un harponneur canadien Ned Land.

Tous seront faits prisonniers par le capitaine Nemo à bord du Nautilus. Ils deviennent les hô-
tes captifs de ce mystérieux personnage. Durant leur périple, ils découvrent une dizaine de
poulpes de dimensions colossales. L’un d’eux empêche la progression du Nautilus. Nemo dé-
cide d’exterminer ces animaux.

ussitôt un de ces longs bras se glissa comme un serpent

A par l’ouverture, et vingt autres s’agitèrent au-dessus.


D’un coup de hache, le capitaine Nemo coupa ce formi-
dable tentacule, qui glissa sur les échelons en se tordant.
Au moment où nous nous pressions les uns sur les autres pour
atteindre la plate-forme, deux autres bras, cinglant l’air, s’abatti-

321
rent sur le marin placé devant le capitaine Nemo et l’enlevèrent avec Quelle rage nous poussa alors contre ces monstres ! On ne se pos-
une violence irrésistible. sédait plus. Dix ou douze poulpes avaient envahi la plate-forme et

 les flancs du Nautilus. Nous roulions pêle-mêle au milieu de ces tron-
Le capitaine Nemo poussa un cri et s’élança au-dehors. Nous nous çons de serpents qui tressautaient sur la plate-forme dans des flots
étions précipités à sa suite. de sang et d’encre noire. Il semblait que ces visqueux tentacules re-

 naissaient comme les têtes de l’hydre. Le harpon de Ned Land, à
Quelle scène ! Le malheureux, saisi par le tentacule et collé à ses chaque coup, se plongeait dans les yeux glauques des calmars et
ventouses, était balancé dans l’air au caprice de cette énorme les crevait. Mais mon audacieux compagnon fut soudain renversé
trompe. Il râlait, il étouffait, il criait : « À moi ! à moi ! » Ces mots, pro- par les tentacules d’un monstre qu’il n’avait pu éviter.
noncés en français, me causèrent une profonde stupeur ! J’avais 

donc un compatriote à bord, plusieurs, peut-être ! Cet appel déchi- Ah ! comment mon cœur ne s’est-il pas brisé d’émotion et d’hor-
rant, je l’entendrai toute ma vie ! reur ! Le formidable bec du calmar s’était ouvert sur Ned Land. Ce

 malheureux allait être coupé en deux. Je me précipitai à son se-
L’infortuné était perdu. Qui pouvait l’arracher à cette puissante étrein- cours. Mais le capitaine Nemo m’avait devancé. Sa hache disparut
te ? Cependant le capitaine Nemo s’était précipité sur le poulpe, et, entre les deux énormes mandibules, et miraculeusement sauvé, le
d’un coup de hache, il lui avait encore abattu un bras. Son second Canadien, se relevant, plongea son harpon tout entier jusqu’au triple
luttait avec rage contre d’autres monstres qui rampaient sur les cœur du poulpe.
flancs du Nautilus. L’équipage se battait à coups de hache. Le Cana-
dien, Conseil et moi, nous enfoncions nos armes dans ces masses « Je me devais cette revanche ! » dit le capitaine Nemo au Cana-
charnues. Une violente odeur de musc pénétrait l’atmosphère. dien.
C’était horrible. 


 Ned s’inclina sans lui répondre.
Un instant, je crus que le malheureux, enlacé par le poulpe, serait 

arraché à sa puissante succion. Sept bras sur huit avaient été cou- Ce combat avait duré un quart d’heure. Les monstres vaincus, muti-
pés. Un seul, brandissant la victime comme une plume, se tordait lés, frappés à mort, nous laissèrent enfin la place et disparurent
dans l’air. Mais au moment où le capitaine Nemo et son second se sous les flots. Le capitaine Nemo, rouge de sang, immobile près du
précipitaient sur lui, l’animal lança une colonne d’un liquide noirâtre, fanal, regardait la mer qui avait englouti l’un de ses compagnons, et
sécrété par une bourse située dans son abdomen. Nous en fûmes de grosses larmes coulaient de ses yeux.
aveuglés. Quand ce nuage se fut dissipé, le calmar avait disparu, et
avec lui mon infortuné compatriote !
Vingt milles lieues sous les mers, Deuxième partie, chapitre XVIII
322
QUESTIONS
LE COMBAT
1. Combien de fois est répété le mot « monstre » ?

2. Quels sont ces monstres ?

3. Trouvez une comparaison qui fait le rapprochement avec les


monstres de la mythologie.

4. Relevez les termes qui montrent la puissance de ces mons-


tres.

5. Quels sont les sentiments du narrateur face à ces monstres ?


Citez le texte.

6. Combien de temps dure le combat ?

7. À quel temps sont conjugués les verbes ? Justifiez leur emploi.

UN ROMAN QUI INSTRUIT


8. Quelles sont les informations apportées par le roman sur ces
animaux ? Donnez au moins trois exemples.

323
APPRENDRE EN LISANT JULES VERNE divisée en prismes d’égale grandeur. Un ouvrier exercé peut confec-
tionner, sans machine, jusqu’à dix mille briques par douze heures ;
En lisant L’Île mystérieuse, le lecteur apprend comment les resca- mais dans leurs deux journées de travail, les cinq briquetiers de l’île
pés, avec l’aide du génial ingénieur Cyrus Smith, réalisent toutes sor- Lincoln n’en fabriquèrent pas plus de trois mille, qui furent rangées
tes de choses : des briques, du verre et même un ascenseur... les unes près des autres, jusqu’au moment où leur complète dessi-
cation permettrait d’en opérer la cuisson, c’est-à-dire dans trois ou
quatre jours.
DES BRIQUES
Première partie, chapitre 13
Les colons étaient arrivés sur le terrain reconnu la veille. Il se compo-
sait de cette argile figuline qui sert à confectionner les briques et les
tuiles, argile, par conséquent, très convenable pour l’opération qu’il LE VERRE
s’agissait de mener à bien.
La main-d’œuvre ne présen- Vers cette époque aussi, Cyrus Smith essaya de fabriquer du verre,
tait aucune difficulté. Il suffi- et il dut d’abord approprier l’ancien four à poteries à cette nouvelle
sait de dégraisser cette figu- destination. Cela présentait d’assez grandes difficultés ; mais après
line avec du sable, de mou- plusieurs essais infructueux, il finit par réussir à monter un atelier de
ler les briques et de les verrerie, que Gédéon Spilett et Harbert, les aides naturels de l’ingé-
cuire à la chaleur d’un feu nieur, ne quittèrent pas pendant quelques jours.
de bois.
Ordinairement, les briques Quant aux substances qui entrent dans la composition du verre, ce
sont tassées dans des mou- sont uniquement du sable, de la craie et de la soude (carbonate ou
les, mais l’ingénieur se con- sulfate). Or, le rivage fournissait le sable, la chaux fournissait la
tenta de les fabriquer à la craie, les plantes marines fournissaient la soude, les pyrites fournis-
main. Toute la journée et la saient l’acide sulfurique, et le sol fournissait la houille pour chauffer
suivante furent employées à le four à la température voulue. Cyrus Smith se trouvait donc dans
ce travail. L’argile, imbibée les conditions nécessaires pour opérer.
d’eau, corroyée ensuite
avec les pieds et les poi- L’outil dont la fabrication offrit le plus de difficulté fut la « canne » du
gnets des manipulateurs, fut verrier, tube de fer, long de cinq à six pieds, qui sert à recueillir par
un de ses bouts la matière que l’on maintient à l’état de fusion. Mais
324
au moyen d’une bande de fer, longue et mince, qui fut roulée L’opération du soufflage avait donc donné un cylindre de verre termi-
comme un canon de fusil, Pencroff réussit à fabriquer cette canne, né par deux calottes hémisphériques, qui furent facilement déta-
et elle fut bientôt en état de fonctionner. chées au moyen d’un fer tranchant mouillé d’eau froide ; puis, par le
même procédé, ce cylindre fut fendu dans sa longueur, et, après
Le 28 mars, le four fut chauffé vivement. Cent parties de sable, avoir été rendu malléable par une seconde chauffe, il fut étendu sur
trente-cinq de craie, quarante de sulfate de soude, mêlées à deux une plaque et plané au moyen d’un rouleau de bois.
ou trois parties de charbon en poudre, composèrent la substance, La première vitre était donc fabriquée, et il suffisait de recommencer
qui fut déposée dans les creusets en terre réfractaire. Lorsque la cinquante fois l’opération pour avoir cinquante vitres. Aussi les fenê-
température élevée du four l’eut réduite à l’état liquide ou plutôt à tres de Granite-house furent-elles bientôt garnies de plaques diapha-
l’état pâteux, Cyrus Smith « cueillit » nes, pas très-blanches peut-être, mais
avec la canne une certaine quantité suffisamment transparentes.
de cette pâte ; il la tourna et la retour- Ce qu’on promet si souvent, ce qu’on donne si rare-
ment, l’instruction qui amuse, l’amusement qui instruit,
na sur une plaque de métal préalable- Deuxième partie, chapitre 9
M. Verne le prodigue sans compter dans chacune des
ment disposée, de manière à lui don-
pages de ses émouvants récits.
ner la forme convenable pour le souffla-
ge ; puis il passa la canne à Harbert [...]
en lui disant de souffler par l’autre ex-
Le mérite de M. Jules Verne, c’est d’avoir le premier, et L’ASCENSEUR
trémité.
en maître, mis le pied sur cette terre nouvelle, c’est
Un jour de ce mois de mars, Pencroff,
d’avoir mérité qu’un illustre savant, parlant des livres
« Comme pour faire des bulles de sa- causant avec l’ingénieur, rappela à Cy-
que nous publions, en ait pu dire sans flatterie : « Ces
von ? demanda le jeune garçon. romans, qui vous amuseront comme les meilleurs rus Smith une promesse que celui-ci
- Exactement, » répondit l’ingénieur. d’Alexandre Dumas, vous instruiront comme les livres n’avait pas encore eu le temps de rem-
de François Arago. » plir.
Et Harbert, gonflant ses joues, souffla
tant et si bien dans la canne, en ayant Petits et grands, riches et pauvres, savants et ignorants, « Vous aviez parlé d’un appareil qui
soin de la tourner sans cesse, que son souffle dilata la masse vi- supprimerait les longues échelles de Granite-house, monsieur Cy-
treuse. D’autres quantités de substance en fusion furent ajoutées à rus, lui dit-il. Est-ce que vous ne l’établirez pas quelque jour ?
la première, et il en résulta bientôt une bulle qui mesurait un pied de - Vous voulez parler d’une sorte d’ascenseur ! répondit Cyrus Smith.
diamètre. Alors Cyrus Smith reprit la canne des mains d’Harbert, et, - Appelons cela un ascenseur, si vous voulez, répondit le marin. Le
lui imprimant un mouvement de pendule, il finit par allonger la bulle nom n’y fait rien, pourvu que cela nous monte sans fatigue jusqu’à
malléable, de manière à lui donner une forme cylindro-conique. notre demeure.
325
- Rien ne sera plus facile, Pencroff, mais est-ce bien utile ? versoir, fut donc accru, ce qui produisit au fond du couloir une forte
- Certes, monsieur Cyrus. Après nous être donné le nécessaire, pen- chute, dont le trop-plein se déversa par le puits intérieur. Au-des-
sons un peu au confortable. Pour les personnes, ce sera du luxe, si sous de cette chute, l’ingénieur installa un cylindre à palettes qui se
vous voulez ; mais pour les choses, c’est indispensable ! Ce n’est raccordait à l’extérieur avec une roue enroulée d’un fort câble sup-
pas déjà si commode de grimper à une longue échelle, quand on portant une banne. De cette façon, au moyen d’une longue corde
est lourdement chargé ! qui tombait jusqu’au sol et qui permettait d’embrayer ou de désem-
- Eh bien, Pencroff, nous allons essayer de vous contenter, répondit brayer le moteur hydraulique, on pouvait s’élever dans la banne jus-
Cyrus Smith. qu’à la porte de Granite-house.
- Mais vous n’avez pas de machine à votre disposition.
- Nous en ferons. Ce fut le 17 mars que l’ascenseur fonctionna pour la première fois
- Une machine à vapeur ? [...].
- Non, une machine à
eau. » Deuxième partie, chapitre 9

Et, en effet, pour ma-


nœuvrer son appareil,
une force naturelle était
là à la disposition de l’in-
génieur, et que celui-ci
pouvait utiliser sans
grande difficulté.

Pour cela, il suffisait


d’augmenter le débit de
la petite dérivation faite
au lac qui fournissait
l’eau à l’intérieur de Gra-
nite-house. L’orifice mé-
nagé entre les pierres
et les herbes, à l’extré-
mité supérieure du dé-
326
RÉDIGEZ
Lisez cet extrait de Vingt mille lieues sous les mers :

En deux minutes, nous étions sur la grève. Charger le canot des pro-
visions et des armes, le pousser à la mer, armer les deux avirons, ce
fut l’affaire d’un instant. Nous n’avions pas gagné deux encablures,
que cent sauvages, hurlant et gesticulant, entrèrent dans l’eau jus-
qu’à la ceinture.

CONSIGNES
Réécrivez un paragraphe du même type exprimant l'urgence de la
fuite :

• en commençant par un complément circonstanciel (En deux mi-


nutes) suivi d’une proposition contenant un verbe à l’imparfait
(étions) ;
• en rédigeant ensuite trois propositions débutant par un infinitif
(charger, pousser, armer) s’achevant par une phrase contenant
un verbe au passé simple (fut) ;
• en terminant enfin par une phrase de conclusion construit sur le
modèle Nous n’avions pas… que…. Le dernier verbe sera conju-
gué au passé simple (entrèrent) et précédé de deux participes
présents (hurlant et gesticulant).

327
LA VOIX PASSIVE

OBSERVER VOIX ACTIVE ET VOIX PASSIVE


« Mais mon audacieux compagnon fut soudain renversé par les ten- La voix passive s’oppose à la voix active.
tacules d’un monstre. »
• Exemple de phrase à la voix active :
• Quel est le sujet de la phrase ?
• Relevez le verbe. La pieuvre attrape le marin.

• Qui effectue l’action ? Sujet Verbe COD

• Réécrivez cette phrase en commençant par « Les tentacules d’un


monstre... ».

• Exemple de phrase à la voix passive :

Le marin est attrapé par la pieuvre.



Sujet Verbe Complément d’agent

328
LA VOIX ACTIVE COMPARÉE À LA VOIX PASSIVE Le sujet « La pieuvre » est devenu le complément d’agent (« par la
pieuvre »).
• Dans la phrase active, le sujet (« La pieuvre ») accomplit l’action 

(« attrape ») tandis que le COD (« le marin ») la subit. Le COD « le marin » est devenu le sujet de la forme passive.


• Dans la phrase passive, le sujet (« Le marin ») subit l’action et le Le verbe (« attrape ») est mis à la forme passive (« est attrapé »),
complément d’agent (« par la pieuvre ») accomplit l’action (« est mais il reste conjugué au même temps et au même mode.
attrapé »).
Le complément d’agent indique qui fait l’action exprimée par le
verbe conjugué à la forme passive. Il est placé après le verbe. Il est
PASSER DE LA FORME ACTIVE À LA FORME PAS- introduit par la préposition « par » ou « de ».
SIVE
La phrase active, en devenant passive, subit quelques transforma-
tions : ce qui est au début est mis à la fin, et ce qui est à la fin est
VIDÉO 7.2 Voix active et voix passive
mis au début :

La pieuvre attrape le marin.

sujet verbe (actif) COD

Explications en vidéo
sujet verbe (passif) complément d’agent

Le marin est attrapé par la pieuvre.

329
CONJUGAISON DE LA FORME PASSIVE Le présent à la voix passive est donc composé de l’auxiliaire « ê-
tre » au présent et du participe passé « mangé » : « il est mangé ».
Seuls les verbes transitifs (c’est-à-dire ceux qui acceptent un COD)
peuvent se conjuguer à la voix passive. Ainsi, pour obtenir le futur, il suffit de conjuguer l’auxiliaire au futur :
« il sera mangé ». Pour obtenir le passé simple, on conjugue l'auxi-
C’est bien le cas du verbe « manger » qui est transitif puisqu’on dit liaire au passé simple : « il fut mangé ». Pour obtenir l’imparfait,
« manger quelque chose » (on peut poser la question « manger l'auxiliaire est à l'imparfait : « il était mangé », etc.
quoi ? »).

Le verbe « manger » à la voix passive


Manger à la forme active Manger à la forme passive
je mange je suis mangé
Formes simples Formes composées
tu manges tu es mangé

il mange il est mangé Présent : je suis mangé / nous Passé composé : j'ai été mangé /
sommes mangés nous avons été mangés
nous mangeons nous sommes mangés
Imparfait : j'étais mangé / nous Plus-que-parfait : j'avais été
vous mangez vous êtes mangés
étions mangés mangé / nous avions été mangés
ils mangent ils sont mangés
Passé simple : je fus mangé / Passé antérieur : j'eus été
nous fûmes mangés mangés / nous eûmes été mangés

« Je mange » et « je suis mangé » sont tous les deux conjugués au Futur simple : je serai mangé / Futur antérieur : j'aurai été
présent de l’indicatif. nous serons mangés mangé / nous aurons été mangés

À la voix passive, c’est le verbe « être » qui porte les marques de Conditionnel présent : je serais Conditionnel passé : j'aurai été
mode et de temps. mangé / nous serions mangés mangé / nous aurions été mangés

La voix passive d’un verbe est composée de l’auxiliaire « être » suivi


du participe passé du verbe que l’on veut conjuguer (« manger »,
par exemple).
330
EXERCICES RECOPIEZ LES VERBES ET DITES S'ILS SONT À LA VOIX
PASSIVE OU À LA VOIX ACTIVE
TRANSFORMEZ CES PHRASES À LA VOIX PASSIVE
1 - Sylvain a retrouvé mon classeur.

1 - Le professeur lit la copie de l'élève.

2 - Ce château n'a pas été entretenu durant des années.

2 - Les policiers ont retrouvé des indices qui permettront de faire
avancer l'enquête.
 3 - Si le film avait été diffusé plus tôt, il aurait été regardé par des mil-
lions de téléspectateurs.
3 - Demain, le maire inaugurera un nouveau centre culturel.

CONJUGUEZ LES VERBES À LA VOIX PASSIVE


TRANSFORMEZ CES PHRASES À LA VOIX ACTIVE
1 - « voir » à la troisième personne du pluriel du plus-que-parfait.

1 - Ces disques ont été achetés par des millions de fans.

2 - « inviter » à la deuxième personne du pluriel du futur antérieur.

2 - Les lieux avaient été minutieusement explorés par les enquê-
teurs.
 3 - « écrire » à la troisième personne du singulier du passé compo-
sé.

3 - L'enfant avait été envoyé par le professeur qui commençait à
être inquiet.
 4 - « comprendre » à la deuxième personne du singulier du présent.

4 - Sa fuite était encore ignorée de tous.

331
DITES SI LE COMPLÉMENT SOULIGNÉ EST UN COMPLÉ-
MENT D'AGENT OU UN COMPLÉMENT CIRCONSTAN- RÉVISION 7.1 Ces phrases sont-elles à la voix active ou à la voix
CIEL passive ?

1 - Le valeureux soldat a été récompensé par les autorités.



Question 1 sur 5
Il est descendu dans son jardin.
2 - Ils sont venus par politesse.


3 - Les plats sont très appréciés des invités.


4 - Nous ne parviendrons jamais à notre but par cette route.

A. Voix active

B. Voix passive

Répondre

332
ROMAN & ENCYCLOPÉDIE

LISEZ ET COMPAREZ CES DEUX EXTRAITS quante ventouses disposées sur la face interne des tentacules sous
forme de capsules semi-sphériques. Parfois ces ventouses s’appli-
• Quels points communs et quelles différences remarquez-vous en- quaient sur la vitre du salon en y faisant le vide. La bouche de ce
tre ces deux textes ? monstre - un bec de corne fait comme le bec d’un perroquet - s’ou-
• Parlent-ils de la même chose ? Comment en parlent-ils ? Par exem- vrait et se refermait verticalement. Sa langue, substance cornée, ar-
ple, observez les temps : que remarquez-vous ? Observez égale- mée elle-même de plusieurs rangées de dents aiguës, sortait en fré-
ment la ponctuation, etc. missant de cette véritable cisaille. Quelle fantaisie de la nature ! Un
bec d’oiseau à un mollusque ! Son corps, fusiforme et renflé dans
sa partie moyenne, formait une masse charnue qui devait peser
EXTRAIT 1 vingt à vingt-cinq mille kilogrammes. Sa couleur inconstante, chan-
geant avec une extrême rapidité suivant l’irritation de l’animal, pas-
Je regardai à mon tour, et je ne pus réprimer un mouvement de ré- sait successivement du gris livide au brun rougeâtre.
pulsion. Devant mes yeux s’agitait un monstre horrible, digne de figu- 

rer dans les légendes tératologiques. De quoi s’irritait ce mollusque ? Sans doute de la présence de ce

 Nautilus, plus formidable que lui, et sur lequel ses bras suceurs ou
C’était un calmar de dimensions colossales, ayant huit mètres de lon- ses mandibules n’avaient aucune prise. Et cependant, quels mons-
gueur. Il marchait à reculons avec une extrême vélocité dans la di- tres que ces poulpes, quelle vitalité le Créateur leur a départie,
rection du Nautilus. Il regardait de ses énormes yeux fixes à teintes quelle vigueur dans leurs mouvements, puisqu’ils possèdent trois
glauques. Ses huit bras, ou plutôt ses huit pieds, implantés sur sa cœurs !
tête, qui ont valu à ces animaux le nom de céphalopodes, avaient
un développement double de son corps et se tordaient comme la Vingt milles lieues sous les mers, Deuxième partie, chapitre XVIII
chevelure des Furies. On voyait distinctement les deux cent-cin-
333
EXTRAIT 2 RÉDACTION
Pieuvre et poulpe sont des noms vernaculaires ambigus désignant Comme dans Vingt mille lieues sous les mers, décrivez un monstre.
en français certains céphalopodes benthiques du super-ordre Incirri-
na. Ces animaux se caractérisent par leurs huit bras — pouvant Votre description, introduite par un court passage narratif, doit à la
comporter chacun jusqu'à plus de 200 ventouses — et leur relative fois divertir (comme dans un roman d'aventures) et instruire (des
intelligence. Le corps est entièrement mou hormis un bec compara- recherches dans une encyclopédie doivent donc être faites).
ble à celui des perroquets. 

Contrairement à une encyclopédie, donnez
Étymologies et appellations
vos impressions face au monstre (vos senti-
Le mot « poulpe » vient du grec polypous, ments), faites des comparaisons, évoquez
qui signifie « plusieurs pieds ».
 la mythologie, utilisez des phrases exclama-
tives.
Le mot pieuvre est d'origine plus récente et
est introduit en 1865 dans la langue française
par Victor Hugo dans son roman Les Tra-
vailleurs de la mer. Le mot est emprunté du BARÈME
vocabulaire guernesiais de pêcheurs entendu
lors de son séjour sur l'île anglo-normande. Il • Une phrase ou deux de narration introdui-
sent la description : 2 points
supplante rapidement le mot poulpe dans
l'usage courant. Son succès est tel, qu'il est • L'essentiel du texte est descriptif : 2 points
repris en italien avec le mot piovra. • Des recherches ont été faites, la descrip-

 tion permet d'apprendre des choses sur l'ani-
Ces deux appellations ne concernent pas mal : 2 points
tous les octopodes. En effet, il s'agit d'abord • Le personnage principal donne ses impres-
d'une appellation commerciale et gastronomique, représentée no- sions : 2 points
tamment par le poulpe commun qui abonde sur les côtes atlanti- • Des phrases exclamatives suggèrent l'étonnement : 2 points
ques et méditerranéennes. Ainsi, on désigne par ce terme les espè- • On trouve des comparaisons : 2 points
ces de la famille des octopodidés, soit la plus grande famille d'octo- • Des monstres mythologiques sont évoqués : 2 points
podes, rassemblant plus de 200 espèces. • Le texte est correctement ponctué : 2 points
• L'imparfait et le passé simple sont correctement utilisés : 2 points
Wikipédia • L'orthographe est respectée : 2 points
334
POUR PRÉPARER LA RÉDACTION c - Trouvez un exemple d’emploi du présent de l’indicatif. Pour
quelle raison emploie-t-on, ici, ce temps ?

EXTRAIT 1
d - « Quelle fantaisie de la nature ! Un bec d’oiseau à un mollus-
a - Relevez les verbes dans le premier paragraphe. À quel temps que ! »
sont-ils ? Conjuguez-les au temps où ils sont. Comment appelle-t-on de telles phrases ? Quel sentiment est expri-
mé ?
b - À quel temps sont les verbes quand la pieuvre est décrite ? Don-
nez quatre exemples. e - Cherchez des monstres de la mythologie. Notez pour chacun
d’eux une phrase de description.

Manuscrit de Vingt mille lieues


sous les mers

335
DICTÉES

DICTÉE 1 AUDIO 7.1


Écoutez le texte
LE CERF-VOLANT

Mots qui vous sont donnés :

• Baxter
• Family-lake
AUDIO 7.2
• Briant Écrivez le texte

DICTÉE 2 AUDIO 7.3


Écoutez le texte
LES HIRONDELLES

Mots qui vous sont donnés :

• Briant
• Store-room AUDIO 7.4
• Chairman Écrivez le texte

336
DICTÉE 3 AUDIO 7.5
Écoutez le texte
LE TRAIN

Mots qui vous sont donnés :

• Un mille
• hennissement
AUDIO 7.6
• convoi Écrivez le texte
• Medicine-Bow

DICTÉE 4
AUDIO 7.7
LA DESCENTE Écoutez le texte

Mots qui vous sont donnés :

• Ruhmkorff

AUDIO 7.8
Écrivez le texte

337
VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE

Un parchemin glissé dans un ancien manuscrit révèle au professeur Lidenbrock comment accéder main ne les a vus vivants. Ils apparurent sur la terre mille siècles
au centre de la terre. Aussitôt, il entreprend un voyage en Islande afin de s’y rendre, accompa- avant l’homme, mais leurs ossements fossiles, retrouvés dans ce cal-
gné de son neveu Axel (le narrateur de cette histoire) et du guide Hans. caire argileux que les Anglais nomment le lias, ont permis de les re-
construire anatomiquement et de connaître leur colossale conforma-
Parvenus au centre de la Terre en y entrant par un volcan éteint, ils découvrent un univers tion.
étrange peuplé de créatures non moins étranges. 

J’ai vu au Muséum de Hambourg le squelette de l’un de ces sau-
riens qui mesurait trente pieds de longueur. Suis-je donc destiné,
Lundi 17 août. - Je cherche à me rappeler les instincts particuliers à moi, habitant de la terre, à me trouver face à face avec ces représen-
ces animaux antédiluviens de l’époque secondaire, qui, succédant tants d’une famille antédiluvienne ? Non !
aux mollusques, aux crustacés et aux poissons, précédèrent l’appa- c’est impossible. Cependant la marque des AUDIO 7.9
rition des mammifères sur le globe. Le monde appartenait alors aux dents puissantes est gravée sur la barre de Écoutez le pre-
reptiles. Ces monstres régnaient en maîtres dans les mers jurassi- fer, et à leur empreinte, je reconnais qu’elles mier chapitre
ques. La nature leur avait accordé la plus complète organisation. sont coniques comme celles du crocodile.
Quelle gigantesque structure ! quelle force prodigieuse ! Les sau- 

riens actuels, alligators ou crocodiles, les plus gros et les plus redou- Mes yeux se fixent avec effroi sur la mer. Je
tables, ne sont que des réductions affaiblies de leurs pères des pre- crains de voir s’élancer l’un de ces habitants
miers âges ! des cavernes sous-marines. Source

 

Je frissonne à l’évocation que je fais de ces monstres. Nul œil hu- Je suppose que le professeur Lidenbrock partage mes idées, sinon

338
mes craintes, car, après avoir examiné le pic, il parcourt l’Océan du radeau a été soulevé hors des flots avec une indescriptible puis-
regard. sance et rejeté à vingt toises de là.

« Au diable, dis-je en moi-même, cette idée qu’il a eue de sonder ! Il « Qu’y a-t-il ? s’écria mon oncle. Avons-nous touché ? »
a troublé quelque animal marin dans sa retraite, et si nous ne som- Hans montre du doigt, à une distance de deux cents toises, une
mes pas attaqués en route !… » masse noirâtre qui s’élève et s’abaisse tour à tour. Je regarde et je

 m’écrie :
Je jette un coup d’œil sur les armes, et je m’assure qu’elles sont en 

bon état. Mon oncle me voit faire et m’approuve du geste.
 « C’est un marsouin colossal !

Déjà de larges agitations produites à la surface des flots indiquent - Oui, réplique mon oncle, et voilà maintenant un lézard de mer
le trouble des couches reculées. Le danger est proche. Il faut veiller. d’une grosseur peu commune.

- Et plus loin un crocodile monstrueux ! Voyez sa large mâchoire et
Mardi 18 août. - Le soir arrive, ou plutôt le moment où le sommeil les rangées de dents dont elle est armée. Ah ! il disparaît !

alourdit nos paupières, car la nuit manque à cet océan, et l’im- - Une baleine ! une baleine ! s’écrie alors le professeur. J’aperçois
placable lumière fatigue obstinément nos yeux, ses nageoires énormes ! Vois l’air et l’eau qu’elle chasse par
comme si nous naviguions sous le soleil des mers ses évents ! »
arctiques. Hans est à la barre. Pendant son 

quart je m’endors. En effet, deux colonnes liquides s’élèvent à

 une hauteur considérable au-dessus
Deux heures après, une se- de la mer. Nous restons surpris,
cousse épouvantable stupéfaits, épouvantés, en
me réveille. Le présence de ce trou-
peau de monstres
marins. Ils
ont des
di-

Le Sneffels est l’un des volcans islandais


les plus connus puisque c’est là que Jules
Verne situe l’entrée du centre de la terre.
339
mensions surnaturelles, et le moindre d’entre eux briserait le radeau pas quitté les yeux.

d’un coup de dent. Hans veut mettre la barre au vent, afin de fuir ce - Par exemple !

voisinage dangereux ; mais il aperçoit sur l’autre bord d’autres enne- - Oui ! le premier de ces monstres a le museau d’un marsouin, la
mis non moins redoutables : une tortue large de quarante pieds, et tête d’un lézard, les dents d’un crocodile, et voilà ce qui nous a trom-
un serpent long de trente, qui darde sa tête énorme au-dessus des pés. C’est le plus redoutable des reptiles antédiluviens, l’ichthyo-
flots. saurus !


 - Et l’autre ?

Impossible de fuir. Ces reptiles s’approchent ; ils tournent autour du - L’autre, c’est un serpent caché dans la carapace d’une tortue, le
radeau avec une rapidité que des convois lancés à grande vitesse terrible ennemi du premier, le plesiosaurus ! »
ne sauraient égaler ; ils tracent autour de lui des cercles concentri- 

ques. J’ai pris ma carabine. Mais quel effet peut produire une balle Hans a dit vrai. Deux monstres seulement troublent ainsi la surface
sur les écailles dont le corps de ces animaux est recouvert ? de la mer, et j’ai devant les yeux deux reptiles des océans primitifs.
Nous sommes muets d’effroi. Les voici qui s’approchent ! D’un côté
le crocodile, de l’autre le serpent. Le reste du troupeau marin a dis-
paru. Je vais faire feu. Hans m’arrête d’un signe. Les deux monstres Voyage au centre de la terre (chapitre XXXIII)
passent à cinquante toises du radeau, se précipitent l’un sur l’autre,
et leur fureur les empêche de nous apercevoir.

Le combat s’engage à cent toises du radeau. Nous voyons distincte-
QUESTIONS
ment les deux monstres aux prises.
UN VOYAGE EXTRAORDINAIRE

Mais il me semble que maintenant les autres animaux viennent pren- 1. Quel terme désigne le narrateur ?
dre part à la lutte, le marsouin, la baleine, le lézard, la tortue. À cha-
que instant je les entrevois. Je les montre à l’Islandais. Celui-ci re- 2. À quels termes voit-on que ce texte prend la forme d’un journal
mue la tête négativement. intime ?
« Tva », fait-il.

- Quoi ! deux ! il prétend Ironie de Jules Verne : alors que les 3. Pour quelles raisons tient-on, en général, un journal ? Est-ce bien
que deux animaux seule- personnages descendent sous terre, le cas du narrateur du Voyage au centre de la terre ? Justifiez votre
ment…
 ils remontent le temps. réponse.
- Il a raison, s’écrie mon
oncle, dont la lunette n’a
340
4. Décrivez le lieu où se trouvent les personnages en prélevant
des indices dans le texte.

5. À quel moment a lieu le combat ? Que se passe-t-il aupara-


vant ?

6. Quels sont les sentiments qui précèdent l’instant du combat ?


Relevez le champ lexi-
cal de ces sentiments. Il est évidemment tout à fait impossi-
ble de pénétrer au centre de la
7. Qu’est-ce qui a provo- terre. Pourtant ce voyage imaginaire
qué ce sentiment ? s’appuie sur des théories aujourd’hui
considérées comme fausses.

LE COMBAT
8. Combien croit-on qu’il y a de monstres, au début ? Quelle ex-
pression est utilisée pour indiquer qu’il y en a une grande quanti-
té ?

9. Dans cette phrase, quels termes montrent pourtant que ce


n’est pas sûr ?

10. Sur quel sentiment s’achève cet extrait ? Justifiez votre ré-
ponse.

341
LE MONDE PERDU - Professeur Challenger, fit-il, d’une voix grave et qui trem-
blait d’émotion, je vous dois
Les héros de Jules Verne ne sont pas les seuls à explorer des terres inconnues. des excuses. J’ai eu bien
des torts envers vous : je
Conan Doyle, l’auteur qui a inventé le célèbre détective Sherlock Holmes, raconte comment le vous demande d’oublier le pas-
professeur Challenger organise une expédition au cœur de l’Amazonie. sé.

Accompagné du journaliste Edward Malone, du professeur Summerlee et de Lord John Roxton, Il dit cela le plus galamment du
chasseur réputé, Challenger les emmène sur une terre perdue qui abrite des monstres préhistori- monde, et pour la première fois les deux
ques. hommes se serrèrent les mains : ce fut au
moins ce que nous gagnâmes, contre le prix
d’un dîner, à l’apparition de notre premier pté-
Lord John Roxton ayant tué un de ces petits animaux qu’on appelle rodactyle !
ajoutis, et qui ressemblent assez à des cochons domestiques, en
avait fait deux parts, dont il avait donné l’une à nos Indiens, et nous Si la vie préhistorique existait sur le plateau, elle
avions mis l’autre sur le feu. La température fraîchissant avec le soir, n’y devait pas être surabondante ; car trois jours se
nous nous serrions autour de la flamme. Il faisait une nuit sans lune, passèrent ensuite sans que nous en eussions le plus
mais quelques étoiles brillaient au ciel, et nous pouvions voir à une faible aperçu. Nous traversâmes, durant ces trois
petite distance devant nous dans la plaine. Du plus obscur des ténè- jours, dans la direction du nord, puis de l’est, une con-
bres fondit brusquement sur nous quelque chose qui agitait une trée stérile et rebutante, où alternaient le désert pier-
queue comme un aéroplane : un instant, deux ailes de cuir se tendi- reux et le marais hanté par les oiseaux sauvages. Du
rent comme un dais par-dessus notre groupe ; nous discernâmes côté de l’est, la région est véritablement inaccessible,
un long cou de serpent, des yeux féroces, rouges, avides, un grand et, sans une sorte de piste relativement praticable à
bec cassé, net, et garni, à ma profonde stupeur, de petites dents lui- la base même de la falaise, nous n’aurions eu qu’à
santes ; la minute d’après, la vision avait fui avec notre dîner. Une revenir sur nos pas : il nous arriva
ombre énorme, large de vingt pieds, flotta dans le ciel ; les ailes plus d’une fois d’enfoncer jus-
monstrueuses nous voilèrent une seconde les étoiles ; puis elles qu’à la ceinture dans le li-
s’évanouirent par-dessus le plateau. Nous demeurions cois de sur- mon gras d’un ancien marais
prise autour de notre feu, tels ces héros de Virgile recevant la visite à demi tropical. Joignez que le
des Harpies, quand Summerlee rompit le silence : pays est infesté de serpents
Jararacas, les plus veni-
342
VIDÉO 7.3 Le Monde perdu
meux et les plus agres-
EXERCICES DE RÉÉCRITURE
sifs de tout le Sud-
Amérique. À chaque
EXERCICE 1
instant, nous voyions
de ces horribles bêtes Réécrivez cet extrait en conjuguant les verbes au présent de l’indica-
se tordre ou se dres- tif.
ser sur la vase pu-
tride, et nous ne Le soir, vers huit heures, il donna le signal d’arrêt. Hans aussitôt s’assit. Les
nous en préser- lampes furent accrochées à une saillie de lave. Nous étions dans une sorte de
vions qu’en caverne où l’air ne manquait pas. Au contraire. Certains souffles arrivaient jus-
Film américain de 1925 d’après le roman de qu’à nous. Quelle cause les produisait ? À quelle agitation atmosphérique attri-
tenant nos
Conan Doyle et réalisé par Harry Hoyt buer leur origine ? C’est une question que je ne cherchai pas à résoudre en ce
fusils tou-
moment. La faim et la fatigue me rendaient incapable de raisonner. Une des-
jours prêts. Je me rappellerai, ma vie entière, comme
cente de sept heures consécutives ne se fait pas sans une grande dépense
un cauchemar, la place où ils semblaient spécialement de forces. J’étais épuisé. Le mot « halte » me fit donc plaisir à entendre. Hans
avoir fait leur nid : c’était une dépression en forme étala quelques provisions sur un bloc de lave, et chacun mangea avec appétit.
d’entonnoir, et le lichen en décomposition donnait au ma- Cependant une chose m’inquiétait ; notre réserve d’eau était à demi consom-
rais une couleur livide. Ils y grouillaient, ils s’en élan- mée.
çaient dans toutes les directions, car les Jararacas offrent
cette particularité qu’à première vue ils attaquent l’hom- EXERCICE 2
me ; et comme ils étaient plus que nous n’en pouvions
tuer, nous prîmes nos jambes à notre cou et ne nous arrêtâ- Réécrivez cet extrait en conjuguant les verbes au passé simple de
mes qu’à bout de forces. Quand nous nous retournions, et l’indicatif.
c’est encore un souvenir qui ne me quittera jamais, nous
Mon oncle sonde à plusieurs reprises ; il attache un des plus lourds pics à l’ex-
pouvions voir se lever et s’abaisser entre les roseaux leurs in-
trémité d’une corde qu’il laisse filer de deux cents brasses. Pas de fond. Nous
fâmes têtes. Sur la carte que nous préparons, nous avons nom-
avons beaucoup de peine à ramener notre sonde.

mé ce lieu : « Le marais des Jararacas ».
Quand le pic est remonté à bord, Hans me fait remarquer à sa surface des em-
preintes fortement accusées. On dirait que ce morceau de fer a été vigoureuse-
ment serré entre deux corps durs.

Je regarde le chasseur.

« Tänder ! » fait-il.

Le Monde perdu de Conan Doyle Je ne comprends pas.

343
CHIFFRER UN TEXTE Enfin, il aurait disposé ces mots sur une ligne horizontale :

JmneGe ee, trn t'bmia ! aiatü iepeb


EXERCICE 1
Faites la même chose avec une phrase de votre invention, puis sou-
mettez-la à votre voisin.

EXERCICE 2
Comme dans le parchemin de Saknussemm, écrivez des phrases à
l’envers.

Exemple : ovarb ! suov zeva érffihcéd el edoc ! → Bravo ! Vous


Pour trouver le chemin menant au centre de la terre, le professeur avez déchiffré le code !
Lidenbrock a dû traduire puis déchiffrer le message de Saknussem
qui aurait écrit cette phrase :
EXERCICE 3
Je t'aime bien, ma petite Graüben !
Imaginez d’autres codes possibles comme, par exemple, changer
Mais au lieu de disposer les lettres à la suite les unes des autres, il chaque lettre par la suivante :
les aurait mises successivement par colonnes verticales, de ma-
nière à les grouper en nombre de cinq ou six : Aqzun ! Untr zudy dmbnqd cdbgheeqd kf bncd ! → Bravo ! Vous
avez encore déchiffré le code !
J m n e G e
e e , t r n
t’ b m i a !
a i a t ü
i e p e b

344
LE TOUR DU MONDE EN 80 JOURS

Phileas Fogg a fait le pari qu’il réussirait le tour du monde en 80 jours. apparut une statue hideuse, traînée par deux couples de zébus ri-

 chement caparaçonnés. Cette statue avait quatre bras, le corps co-
Avec son domestique Passepartout et le brigadier Sir Francis Cromarty, il a déjà atteint l’Inde et, lorié d’un rouge sombre, les yeux hagards, les cheveux emmêlés, la
après avoir quitté Bombay, se dirige vers Calcutta quand soudain le train s’arrête. Il n’y a plus de langue pendante, les lèvres teintes de henné et de bétel. À son cou
chemin de fer. Les voyageurs poursuivent à dos d’éléphant, guidés par un jeune Parsi. Ils sur- s’enroulait un collier de têtes de mort, à ses flancs une ceinture de
prennent alors une procession de brahmanes. mains coupées. Elle se tenait debout sur un géant terrassé auquel
le chef manquait.

L
e bruit discordant des voix et des instruments se rapprochait. Sir Francis Cromarty reconnut cette statue.
Des chants monotones se mêlaient au son des tambours et 

des cymbales. Bientôt la tête de la procession apparut sous « La déesse Kâli, murmura-t-il, la déesse de l’amour et de la mort.

les arbres, à une cinquantaine de pas du poste occupé par Mr. - De la mort, j’y consens, mais de l’amour, jamais ! dit Passepartout.
Fogg et ses compagnons. Ils distinguaient aisément à travers les La vilaine bonne femme ! »
branches le curieux personnel de cette cérémonie religieuse. 

AUDIO 7.10

 Le Parsi lui fit signe de se taire.
Écoutez le pre-
En première ligne s’avançaient des prêtres, coiffés de mitres et vê- 
 mier chapitre
tus de longues robes chamarrées. Ils étaient entourés d’hommes, Autour de la statue s’agitait, se démenait, se
de femmes, d’enfants, qui faisaient entendre une sorte de psalmo- convulsionnait un groupe de vieux fakirs,
die funèbre, interrompue à intervalles égaux par des coups de tam- zébrés de bandes d’ocre, couverts d’inci-
tams et de cymbales. Derrière eux, sur un char aux larges roues sions cruciales qui laissaient échapper leur
dont les rayons et la jante figuraient un entrelacement de serpents, Source
345
sang goutte à goutte, énergumènes stupides qui, dans les grandes Une tunique lamée d’or, recouverte d’une mousseline légère, dessi-
cérémonies indoues, se précipitent encore sous les roues du char nait les contours de sa taille.
de Jaggernaut.

 Derrière cette jeune femme, - contraste violent pour les yeux - , des
Derrière eux, quelques brahmanes, dans toute la somptuosité de gardes, armés de sabres nus passés à leur ceinture et de longs pis-
leur costume oriental, traînaient une femme qui se soutenait à peine.
 tolets damasquinés, portaient un cadavre sur un palanquin.

Cette femme était jeune, blanche comme une Européenne. Sa tête, C’était le corps d’un vieillard, revêtu de ses opulents habits de ra-
son cou, ses épaules, ses oreilles, ses bras, ses mains, ses orteils jah, ayant, comme en sa vie, le turban brodé de perles, la robe tis-
étaient surchargés de bijoux, colliers, bracelets, boucles et bagues. sue de soie et d’or, la ceinture de cachemire diamanté, et ses magni-
fiques armes de prince indien.

Au XIXe siècle, l’Inde faisait partie de


l’empire colonial britannique.

346
Puis des musiciens et une arrière-garde de fanatiques, dont les cris émotion, ces barbares coutumes subsistent encore dans l’Inde, et
couvraient parfois l’assourdissant fracas des instruments, fermaient les Anglais n’ont pu les détruire ?

le cortège. - Dans la plus grande partie de l’Inde, répondit sir Francis Cromarty,

 ces sacrifices ne s’accomplissent plus, mais nous n’avons aucune
Sir Francis Cromarty regardait toute cette pompe d’un air singulière- influence sur ces contrées sauvages, et principalement sur ce terri-
ment attristé, et se tournant vers le guide : toire du Bundelkund. Tout le revers septentrional des Vindhias est

 le théâtre de meurtres et de pillages incessants.

« Un sutty ! » dit-il. - La malheureuse ! murmurait Passepartout, brûlée vive !


 - Oui, reprit le brigadier général, brûlée, et si elle ne l’était pas, vous
Le Parsi fit un signe affirmatif et mit un doigt sur ses lèvres. La lon- ne sauriez croire à quelle misérable condition elle se verrait réduite
gue procession se déroula lentement sous les arbres, et bientôt ses par ses proches. On lui raserait les cheveux, on la nourrirait à peine
derniers rangs disparurent dans la profondeur de la forêt. de quelques poignées de riz, on la repousserait, elle serait considé-

 rée comme une créature immonde et mourrait dans quelque coin
Peu à peu, les chants s’éteignirent. Il y eut encore quelques éclats comme un chien galeux. Aussi la perspective de cette affreuse exis-
de cris lointains, et enfin à tout ce tumulte succéda un profond si- tence pousse-t-elle souvent ces malheureuses au supplice, bien
lence. plus que l’amour ou le fanatisme religieux. Quelquefois, cependant,

 le sacrifice est réellement volontaire, et il faut l’intervention énergi-
Phileas Fogg avait entendu ce mot, prononcé par sir Francis Cromar- que du gouvernement pour l’empêcher. Ainsi, il y a quelques an-
ty, et aussitôt que la procession eut disparu : nées, je résidais à Bom-

 bay, quand une jeune
« Qu’est-ce qu’un sutty ? demanda-t-il.
 veuve vint demander au Dans un roman d’aventures, une
- Un sutty, monsieur Fogg, répondit le brigadier général, c’est un sa- gouverneur l’autorisa- grande place est accordée à l’action :
crifice humain, mais un sacrifice volontaire. Cette femme que vous tion de se brûler avec le les personnages vont de danger en dan-
ger. C’est ce qu’on appelle des péripé-
venez de voir sera brûlée demain aux premières heures du jour.
 corps de son mari.
ties : un accident (le ballon tombe dans
- Ah ! les gueux ! s’écria Passepartout, qui ne put retenir ce cri d’in- Comme vous le pensez
la mer, des pieuvres attaquent), un inci-
dignation.
 bien, le gouverneur refu-
dent (le train tombe en panne) interrom-
- Et ce cadavre ? demanda Mr. Fogg.
 sa. Alors la veuve quitta pent momentanément l’aventure... jus-
- C’est celui du prince, son mari, répondit le guide, un rajah indépen- la ville, se réfugia chez qu’à ce qu’une autre aventure sur-
dant du Bundelkund.
 un rajah indépendant, vienne.
- Comment, reprit Phileas Fogg, sans que sa voix trahît la moindre et là elle consomma

347
son sacrifice. » ty.


 - Quelquefois, répondit simplement Phileas Fogg. Quand j’ai le
Pendant le récit du brigadier général, le guide secouait la tête, et, temps. »
quand le récit fut achevé :

« Le sacrifice qui aura lieu demain au lever du jour n’est pas volon- Le Tour du monde en 80 jours (chapitre XII)
taire, dit-il.

- Comment le savez-vous ?

- C’est une histoire que tout le monde connaît dans le Bundelkund,
répondit le guide.

- Cependant cette infortunée ne paraissait faire aucune résistance, LA RÉVOLUTION INDUSTRIELLE
fit observer sir Francis Cromarty.

Le voyage de Phileas Fogg est rendu possible grâce à
- Cela tient à ce qu’on l’a enivrée de la fumée du chanvre et de
l'apparition de nouveaux modes de transport (le che-
l’opium.

min de fer, la machine à vapeur) et l'ouverture du ca-
- Mais où la conduit-on ?
 nal de Suez en 1869 qui raccourcissent les distances,
- À la pagode de Pillaji, à deux milles d’ici. Là, elle passera la nuit ou du moins le temps nécessaire pour les parcourir.
en attendant l’heure du sacrifice.

- Et ce sacrifice aura lieu ?…
 Ainsi Passepartout peut dire : « nous allons si vite
- Demain, dès la première apparition du jour. » qu’il me semble que je voyage en rêve. »

Après cette réponse, le guide fit sortir l’éléphant de l’épais fourré et
se hissa sur le cou de l’animal. Mais au moment où il allait l’exciter
par un sifflement particulier, Mr. Fogg l’arrêta, et, s’adressant à sir
Francis Cromarty :

« Si nous sauvions cette femme ? dit-il.

- Sauver cette femme, monsieur Fogg !… s’écria le brigadier géné-
ral.

- J’ai encore douze heures d’avance. Je puis les consacrer à cela.

- Tiens ! Mais vous êtes un homme de cœur ! dit sir Francis Cromar-

348
Le Tour du monde en 80 jours
(Le trajet commence à Londres : touchez les noms pour en
savoir plus)

349
QUESTIONS AVENTURES ET GÉOGRAPHIE
9. Pourquoi peut-on dire que cet extrait appartient au genre du ro-
EXOTISME LITTÉRAIRE
man d’aventures ? Répondez en citant le texte.
1. Qu’est-ce qu’un « bruit discordant » ? Quelle est la nature du
mot « discordant » ? Le mot est-il ici employé dans un sens plutôt 10. D’après votre lecture de cet extrait, quel autre objectif vise un tel
positif ou négatif ? Justifiez votre réponse. roman d’aventures ? Justifiez votre réponse.

2. Qui fait un tel bruit ? Citez, dans le premier paragraphe, un terme


le désignant. GRAMMAIRE
3. Qui sont les principaux personnages de ce texte ? En première ligne s’avançaient des prêtres, coiffés de mitres et vê-
tus de longues robes chamarrées. Ils étaient entourés d’hommes,
4. Toujours dans le premier paragraphe, quel verbe annonce ce que de femmes, d’enfants, qui faisaient entendre une sorte de psalmo-
voient les héros du texte ? die funèbre, interrompue à intervalles égaux par des coups de tam-
tams et de cymbales. Derrière eux, sur un char aux larges roues
5. Relevez, dans l’ensemble du texte, les termes qui montrent l’éton- dont les rayons et la jante figuraient un entrelacement de serpents,
nement et l’admiration qu’ils éprouvent. Relevez, ensuite, les mots apparut une statue hideuse, traînée par deux couples de zébus ri-
qui révèlent l’horreur de ce qu’ils voient. chement caparaçonnés.

INDIGNATION EUROPÉENNE a - Relevez les compléments circonstanciels.

6. Qu’est-ce qui suscite précisément leur indignation ? Comment ap- b - Relevez les verbes et donnez leur sujet.
pelle-t-on, dans le texte, une telle cérémonie ?
c - À la façon de Jules Verne, décrivez un groupe d’individus que
7. Comment est présentée la victime ? Citez le texte pour répondre. vous surprenez.

8. Inversement, comment sont décrits ses bourreaux ?

350
EXPOSÉ

SUJET
L'AUDITOIRE
Réalisez un exposé sur Jules Verne.
• Ne lisez pas votre exposé. Regardez ceux à qui vous vous adres-
SUPPORT sez.
• Posez-leur des questions, faites-les participer.
Faites votre exposé sur papier ou utilisez un logiciel de présentation • Demandez-leur, à la fin, s'ils ont des questions. Soyez capable de
sur l'ordinateur ou la tablette. leur répondre.
• Donnez-leur un petit questionnaire afin de vérifier ce qu'ils ont rete-
CONSEILS nu.

• Faites de nombreuses recherches (ne vous contentez pas de visi- BARÈME


ter un seul site).
• Ne faites pas de copier coller. Dites les choses avec vos propres • Les parties demandées ont été faites : 4 points
mots. • Exposé riche en informations : 3 points
• Recherchez des illustrations de bonne qualité, et citez les sites où • Les informations sont exprimées clairement en un style
vous les avez trouvées. personnel : 3 points
• L'exposé n'est pas simplement
MÉTHODE lu. Les élèves s'adressent aux QUELQUES SITES À NE
PAS MANQUER
autres : 3 points
• Faites une rapide biographie de Jules Verne (dates de vie et de • Des illustrations bien choisies • Wikipédia
mort, événements marquants dans sa vie, etc.). agrémentent l'exposé : 3 points
• Centre International Jules
• Dites pourquoi il est célèbre, ce qu'il a écrit, etc. • Les élèves savent répondre aux Verne
• Racontez deux ou trois histoires dont il est l'inventeur. questions : 2 points
• Le musée Jules Verne de
• Précisez pour quelles raisons il est célèbre (à son époque, mais • Un petit questionnaire a été distri- Nantes
encore aujourd'hui). bué : 2 points
• Le voyage dans l'univers

351
DE LA TERRE À LA LUNE

Le Gun-club est une association de fabricants d’armes concevant les canons les plus puissants
qui soient. La guerre ayant pris fin, ces « Anges Exterminateurs » regrettent leur inactivité
quand leur président, Impey Barbicane, leur annonce qu’il a une communication de la plus
haute importance à leur faire.

«P
ermettez-moi, reprit-il, de vous rappeler en quelques
mots comment certains esprits ardents, embarqués
pour des voyages imaginaires, prétendirent avoir pé-
nétré les secrets de notre satellite. Au dix-septième siècle, un cer-
tain David Fabricius se vanta d’avoir vu de ses yeux des habi-
tants de la Lune. En 1649, un Français, Jean Baudoin, publia le
Voyage fait au monde de la Lune par Dominique Gonzalès, aven-
turier espagnol. À la même époque, Cyrano de Bergerac fit pa-
raître cette expédition célèbre qui eut tant de succès en France.
Plus tard, un autre Français, - ces gens-là s’occupent beaucoup
de la Lune, - le nommé Fontenelle, écrivit la Pluralité des Mon-
des, un chef-d’œuvre en son temps ; mais la science, en mar-
chant, écrase même les chefs-d’œuvre ! Vers 1835, un opuscule
traduit du New York American raconta que Sir John Herschell, en-
voyé au cap de Bonne-Espérance pour y faire des études astro-
nomiques, avait, au moyen d’un télescope perfectionné par un
éclairage intérieur, ramené la Lune à une distance de quatre-
vingts yards. Alors il aurait aperçu distinctement des cavernes
dans lesquelles vivaient des hippopotames, de vertes monta-
gnes frangées de dentelles d’or, des moutons aux cornes
352
d’ivoire, des chevreuils blancs, des habitants avec des ailes mem- Lorsque l’agitation fut calmée, Barbicane reprit d’une voix plus
braneuses comme celles de la chauve-souris. Cette brochure, œu- grave son discours interrompu :
vre d’un Américain nommé Locke, eut un très-grand succès. Mais
bientôt on reconnut que c’était une mystification scientifique, et les « Vous savez, dit-il, quels progrès la balistique a faits depuis quel-
Français furent les premiers à en rire. ques années et à quel degré de perfection les armes à feu seraient
parvenues, si la guerre eût continué. Vous n’ignorez pas non plus
- Rire d’un Américain ! s’écria J.-T. Maston, mais voilà un casus bel- que, d’une façon générale, la force de résistance des canons et la
li !… puissance expansive de la poudre sont illimitées. Eh bien ! partant
- Rassurez-vous, mon digne ami. Les Français, avant d’en rire, de ce principe, je me suis demandé si, au moyen d’un appareil suffi-
avaient été parfaitement dupes de notre compatriote. Pour terminer sant, établi dans des conditions de résistance déterminées, il ne se-
ce rapide historique, j’ajouterai qu’un certain Hans Pfaal de Rotter- rait pas possible d’envoyer un boulet dans la Lune ! »
dam, s’élançant dans un ballon rempli d’un gaz tiré de l’azote, et
trente-sept fois plus léger que l’hydrogène, atteignit la Lune après
dix-neuf jours de traversée. Ce voyage, comme les tentatives précé- De la terre à la lune, trajet direct en 97 heures 20 minutes, chapitre II
dentes, était simplement imaginaire, mais ce fut l’œuvre d’un écri-
vain populaire en Amérique, d’un génie étrange et contemplatif. J’ai
nommé Poe !
- Hurrah pour Edgar Poe ! s’écria l’assemblée, électrisée par les pa-
roles de son président.
- J’en ai fini, reprit Barbicane, avec ces tentatives que j’appellerai pu-
rement littéraires, et parfaitement insuffisantes pour établir des rela-
tions sérieuses avec l’astre des nuits. [...] Mais il est réservé au gé-
nie pratique des Américains de se mettre en rapport avec le monde
sidéral. Le moyen d’y parvenir est simple, facile, certain, immanqua-
ble, et il va faire l’objet de ma proposition. »

Un brouhaha, une tempête d’exclamations accueillit ces paroles. Il


n’était pas un seul des assistants qui ne fût dominé, entraîné, enlevé
par les paroles de l’orateur.

« Écoutez ! écoutez ! Silence donc ! » s’écria-t-on de toutes parts.


353
QUESTIONS RÉDIGEZ
OBJECTIF LUNE Vous aussi, proposez un voyage d’un type nouveau et extraordi-
naire.
1. En vous aidant éventuellement d’un dictionnaire, cherchez quel Vous devez convaincre votre auditoire en construisant votre texte
mot évoque le nom de Barbicane. comme Impey Barbicane et en complétant les points de suspen-
sion :
2. Relevez toutes les expressions désignant la lune.
« Vous savez, dit-il, quels progrès... Vous n’ignorez pas non plus
3. Quel moyen Impey Barbicane envisage-t-il d’utiliser pour attein- que... Eh bien ! partant de ce principe, je me suis demandé si... »
dre la lune ?

4. Comment est accueillie sa proposition ? Appuyez-vous sur le VIDÉO 7.4 Le voyage dans la lune de Georges Méliès
texte pour répondre.

5. Et à vous, cela vous semble-t-il possible ? Justifiez votre réponse.

HÉRITAGE LITTÉRAIRE
6. Citez les voyages imaginaires évoqués par Barbicane.

7. Pour quelle raison Barbicane évoque-t-il toutes ces histoires pure-


ment littéraires ?
Version colorisée à la main (1902)
8. En vous aidant du glossaire, dites qui sont ces esprits ardents
évoqués par Barbicane.
CONJUGAISON
9. Selon vous, que signifie la phrase « la science, en marchant,
Pour quelle raison le verbe « rappeler » prend-il un seul « l » alors
écrase même les chefs-d’œuvre » ?
qu’il en prend deux dans « j’appellerai » ?

354
CONJUGAISON

Des verbes du premier groupe présentent des particularités ortho- LES VERBES EN « -CER »
graphiques.
Des verbes comme « lancer », « balancer », « remplacer », etc.
Par exemple, certains prennent un accent supplémentaire, quel- prennent une cédille devant les voyelles « o » ou « a ».
ques-uns prennent une cédille, d’autres redoublent leur consonne,
etc.
Présent Imparfait Passé simple
C’est le cas des verbes en « -cer », « -ger », « -eler », « -eter » et
« -yer » comme « lancer », « manger », « geler », « acheter » ou
nous balançons je balançais vous balançâtes
« essayer ».

355
LES VERBES EN « -GER » Attention ! Le verbe « geler » ne redouble pas la consonne « l »,
mais prend un accent.
Les verbes « manger », « bouger », « ranger », etc. prennent un
« e » toujours devant les voyelles « o » ou « a ».

Présent Imparfait futur simple

Présent Imparfait Passé simple je gèle je gelais je gèlerai

nous gelons nous gelions tu gèleras


nous mangeons je mangeais je mangeai

LES VERBES EN « - ELER » LES VERBES EN « - ETER »


Les verbes « appeler », « épeler », etc. ont un seul « l » quand on Comme « geler », le verbe « acheter » prend un accent à certaines
entend le son « eu » et deux « l » quand on entend le son « è ». personnes.

Présent Futur simple Passé simple Imparfait Présent Futur simple Imparfait

j’appelle j’appellerai tu appelas il appelait


j’achète j’achèterai j’achetais
nous
nous appelons ils appelèrent nous appelions nous achetons nous achèterons nous achetions
appellerons

356
Cependant, le verbe « jeter » redouble le « t », un peu comme les LES VERBES EN « - YER »
verbes « appeler » ou « épeler »
Les verbes « essayer », « balayer », « essuyer », etc. voient parfois
leur « y » se transformer en « i » sauf à la première et deuxième per-
Présent Imparfait futur simple sonne du pluriel.

je jette je jetais je jetterai Au futur, il est possible d’employer l’un ou l’autre : « je balaierai » ou
« je balayerai ».
nous jetons nous jetions tu jetteras

Présent Imparfait Futur simple

je balaie je balayais je balaierai

nous balayons nous balayions nous balaierons

357
EXERCICES

INTERACTIF 7.1 Les verbes en INTERACTIF 7.3 Les verbes en INTERACTIF 7.5 Les verbes en
« -cer » « -cer » « - yer »

INTERACTIF 7.2 Les verbes en INTERACTIF 7.4 Les verbes en


« - eler » « - eter »

358
8

L’ÎLE AU TRÉSOR
360
À L’ACHETEUR HÉSITANT

Si des marins
Les contes et refrains,
Tempêtes, aventures,
Par chaleurs ou par froidures,
Goélettes, îles, et marins abandonnés,
Corsaires et trésors cachés ;

Si tout ancien roman, redit


Dans le style d’autrefois,
Peut plaire encore
Aux jeunes gens instruits de nos jours,
Comme il me plaisait jadis,

Eh bien, soit ! Écoutez. Sinon,


Si la jeunesse studieuse
Oublie ses goûts d’autrefois :
Kingston, Ballantyne le brave,

Cooper des flots et des bois,


Ainsi soit-il ! Et s’il le faut
Mes pirates et moi bientôt
Nous partagerons leur tombeau.

R. L. Stevenson
361
QUESTIONS VOCABULAIRE
1. Relevez le champ lexical de la piraterie. Il existe de nombreux mots désignant les pirates. Cependant, tous
ne sont pas synonymes.
2. Les histoires de pirates sont-elles, à l’époque de Robert Louis Ste-
venson, à la mode ? Appuyez-vous sur le texte pour répondre. À l’aide d’un dictionnaire et d’une encyclopédie, cherchez le sens et
l’origine des mots « pirate », « corsaire », « boucanier », « flibus-
3. Par quel mot commencent les deux premières strophes ? Que si- tier », « forban » et « gentilhomme de fortune ».
gnifie ce mot ?

4. Où commence et où se termine la première phrase ?

QUELQUES DATES
5. Quelle est la conclusion de cette longue première phrase ? Que
demande l’auteur à ses lecteurs ? Touchez les cercles ci-dessous pour obtenir des informations sur les
romans et films ayant traité du thème de la piraterie.)
6. Que se passera-t-il sinon ?

VIDÉO 8.1 L’anecdote


1830 1879 1883 1898 1935 1941 1943 1950 1986 2003 2005 2006 2007

Robert Louis Stevenson vous parle


362
Le bateau utilisé pour le film Pirates de Roman Polanski (à Gènes, Italie)

363
L’INCIPIT

C
’est sur les instances de M. Trelawney, du docteur Livesey na cette vieille chanson de matelot qu’il devait nous chanter si sou-
et de tous ces messieurs en général, que je me suis décidé vent par la suite :
à mettre par écrit tout ce que je sais concernant l’île au tré-
sor, depuis A jusqu’à Z, sans rien omettre sauf la position de l’île, et Nous étions quinze sur le coffre du mort…
cela uniquement parce qu’il s’y trouve toujours une partie du trésor. Yo-ho-ho ! et une bouteille de rhum !
Je prends donc la plume en cet an de grâce 17…, et commence
mon récit à l’époque où mon père tenait l’auberge de l’Amiral Ben- Après quoi, de son bâton, une sorte d’anspect, il heurta contre la
bow, en ce jour où le vieux marin, au visage basané et balafré d’un porte et, à mon père qui s’empressait, commanda brutalement un
coup de sabre, vint prendre gîte sous notre toit. verre de rhum. Aussitôt servi, il le but lentement et le dégusta en con-
naisseur, sans cesser d’examiner tour à tour les falaises et notre en-
Je me le rappelle, comme si c’était d’hier. Il arriva d’un pas lourd à seigne.
la porte de l’auberge, suivi de son coffre porté sur une brouette.
C’était un grand gaillard solide, aux cheveux très bruns tordus en – Voilà une crique commode, dit-il à la fin, et un cabaret agréable-
une queue poisseuse qui retombait sur le collet d’un habit bleu mal- ment situé. Beaucoup de clientèle, camarade ?
propre ; il avait les mains couturées de cicatrices, les ongles noirs et
déchiquetés, et la balafre du coup de sabre, d’un blanc sale et li- Mon père lui répondit négativement : très peu de clientèle ; si peu
vide, s’étalait en travers de sa joue. Tout en sifflotant, il parcourut la que c’en était désolant.
crique du regard, puis de sa vieille voix stridente et chevrotante
qu’avaient rythmée et cassée les manœuvres du cabestan, il enton- – Eh bien ! alors, reprit-il, je n’ai plus qu’à jeter l’ancre… Hé ! l’ami,
cria-t-il à l’homme qui poussait la brouette, accostez ici et aidez à

364
Le vieux loup de mer de
l’Amiral Benbow

365
monter mon coffre… Je resterai ici quelque temps, continua-t-il. Je deau de la porte avant de pénétrer dans la salle et, tant que le ma-
ne suis pas difficile : du rhum et des œufs au lard, il ne m’en faut rin était là, il ne manquait jamais de rester muet comme une carpe.
pas plus, et cette pointe là-haut pour regarder passer les bateaux. Mais pour moi il n’y avait pas de mystère dans cette conduite, car
Comment vous pourriez m’appeler ? Vous pourriez m’appeler capi- je participais en quelque sorte à ses craintes. Un jour, me prenant à
taine… Ah ! je vois ce qui vous inquiète… Tenez ! (Et il jeta sur le part, il m’avait promis une pièce de dix sous à chaque premier de
comptoir trois ou quatre pièces d’or.) Vous me direz quand j’aurai mois, si je voulais « veiller au grain » et le prévenir dès l’instant où
tout dépensé, fit-il, l’air hautain comme un capitaine de vaisseau. paraîtrait « un homme de mer à une jambe ». Le plus souvent, lors-
que venait le premier du mois et que je réclamais mon salaire au ca-
Et à la vérité, en dépit de ses piètres vêtements et de son rude lan- pitaine, il se contentait de souffler par le nez et de me foudroyer du
gage, il n’avait pas du tout l’air d’un homme qui a navigué à regard ; mais la semaine n’était pas écoulée qu’il se ravisait et me
l’avant : on l’eût pris plutôt pour un second ou pour un capitaine ha- remettait mes dix sous, en me réitérant l’ordre de veiller à « l’homme
bitué à être obéi. L’homme à la brouette nous raconta que la malle- de mer à une jambe ».
poste l’avait déposé la veille au Royal George, et qu’il s’était informé
des auberges qu’on trouvait le long de la côte. On lui avait dit du Si ce personnage hantait mes songes, il est inutile de le dire. Par les
bien de la nôtre, je suppose, et pour son isolement il l’avait choisie nuits de tempête où le vent secouait la maison par les quatre coins
comme gîte. Et ce fut là tout ce que nous apprîmes de notre hôte. tandis que le ressac mugissait dans la crique et contre les falaises,
il m’apparaissait sous mille formes diverses et avec mille physiono-
Il était ordinairement très taciturne. Tout le jour, il rôdait alentour de mies diaboliques. Tantôt la jambe lui manquait depuis le genou, tan-
la baie, ou sur les falaises, muni d’une longue-vue en cuivre ; toute tôt dès la hanche ; d’autres fois c’était un monstre qui n’avait jamais
la soirée il restait dans un coin de la salle, auprès du feu, à boire possédé qu’une seule jambe, située au milieu de son corps. Le pire
des grogs au rhum très forts. La plupart du temps, il ne répondait de mes cauchemars était de le voir s’élancer par bonds et me pour-
pas quand on s’adressait à lui, mais vous regardait brusquement suivre à travers champs. Et, somme toute, ces abominables imagina-
d’un air féroce, en soufflant par le nez telle une corne de brume ; ain- tions me faisaient payer bien cher mes dix sous mensuels.
si, tout comme ceux qui fréquentaient notre maison, nous apprîmes
vite à le laisser tranquille. Chaque jour, quand il rentrait de sa prome-
nade, il s’informait s’il était passé des gens de mer quelconques sur Chapitre 1, Le vieux loup de mer de l’Amiral Benbow (d’après la tra-
la route. Au début, nous crûmes qu’il nous posait cette question duction de Théo Varlet)
parce que la compagnie de ses pareils lui manquait ; mais à la lon-
gue, nous nous aperçûmes qu’il préférait les éviter. Quand un marin
s’arrêtait à l’Amiral Benbow – comme faisaient parfois ceux qui ga-
gnaient Bristol par la route de la côte – il l’examinait à travers le ri-
366
QUESTIONS LE PIRATE
8. Quels éléments nous invitent à deviner que le nouveau venu est
JIM HAWKINS
un pirate ? Relevez-les tous.
1. Quel mot désigne le personnage qui raconte cette histoire ? Pour-
quoi est-ce mieux ainsi plutôt qu’à la 3e personne ? 9. Que savons-nous du passé de ce personnage ? Quel est l’effet
produit ?
2. Quel âge semble-t-il avoir (à peu près)  ? Justifiez votre réponse
en puisant au moins deux exemples dans le texte. 10. Que signifie l’expression « veiller au grain » ? Qu’attend le pirate
de la part du narrateur ?
3. Pour quelle raison raconte-t-il cette histoire ? Pourquoi mentionner
dès le paragraphe cette raison ? 11. Dans le dernier paragraphe, quel sentiment éprouve le narra-
teur ?
4. Pourquoi ne donne-t-il pas la position de l’île ? Pourquoi ne
donne-t-il pas la date complète non plus ? 12. Dans ce même paragraphe, relevez le champ lexical du cauche-
mar.

13. Faites des hypothèses : que va-t-il se passer ensuite ? Justifiez


AUBERGE, LIEU LITTÉRAIRE
votre réponse en vous appuyant sur l’extrait que vous avez lu.
5. D’après votre lecture de cet extrait, dites ce que vous savez de
l’auberge.

6. Pourquoi ce « grand gaillard » a-t-il précisément choisi cette au-


berge ?

7. À votre avis, pourquoi une auberge est-elle le lieu idéal pour com-
mencer une histoire ?

367
VOCABULAIRE LIRE
1. Cherchez la définition du mot « commode ». Vous pouvez lire L’Île au trésor soit dans la traduction d’André Lau-
rie, soit dans la traduction de Théo Valet.
2. Combien de définitions avez-vous trouvées ?

3. Ces mots ont-ils la même nature ? Donnez-la.

4. Donnez, à l’aide d’un dictionnaire, des mots de la même famille RÉVISION 8.1 Lisez le chapitre 2 et répondez aux
que « commode ». questions

Question 1 sur 9
RÉDIGEZ L’histoire se passe en hiver.

1. Racontez un souvenir en commençant par « Je me le rappelle,


comme si c’était d’hier ».

Décrivez la personne dont vous évoquez le souvenir en utilisant l’im-


A. Vrai
parfait.

B. Faux
2. Décrivez un personnage inquiétant en insistant sur les détails
(ses yeux, sa peau, ses ongles...).

Vous pouvez utiliser le vocabulaire appris durant cette séance.

Répondre

368
LA CARTE

Après que des pirates sont venus attaquer l’auberge, après que Billy Bones est mort d’une crise Au verso, la même main avait tracé ces instructions supplémentai-
cardiaque, Jim Hawkins trouve dans le coffre du vieux loup de mer une lettre qu’il apporte à Tre- res :
lawney, le châtelain du village, chez lequel se trouve le docteur Livesey.

« Grand arbre, contrefort de la Longue-Vue ; point de direction

L
e papier avait été scellé en divers endroits avec un dé à cou- N.-N.-E. quart N.
dre en guise de cachet ; peut-être le même dé que j’avais Île du Squelette, E.-S.-E. quart E.
trouvé dans la poche du capitaine. Le docteur brisa avec pré- Dix pieds.
caution le sceau de l’enveloppe, et il s’en échappa la carte d’une Les lingots d’argent sont dans la cache nord. Elle se trouve dans la
île, où figuraient latitude et longitude, profondeurs, noms des colli- direction de la butte est, à dix brasses au sud du rocher noir qui lui
nes, baies et passes, bref, tous les détails nécessaires à un naviga- fait face.
teur pour trouver sur ses côtes un mouillage sûr. D’environ neuf mil- On trouvera sans peine les armes, dans la dune de sable, à l’extré-
les de long sur cinq de large, et ressemblant à peu près à un gros mité N. du cap de la baie nord, direction E. quart N.
dragon debout, elle offrait deux havres bien abrités, et, vers son J. F. »
centre, une colline dénommée « La Longue-Vue ». Il y avait quel-
ques annotations d’une date postérieure, en particulier trois croix à
l’encre rouge, dont deux sur la partie nord de l’île, et une au sud- C’était tout ; mais tout laconique qu’il était, et pour moi incompréhen-
ouest, plus, à côté de cette dernière, de la même encre rouge et sible, ce document remplit de joie M. Trelawney et le docteur Live-
d’une petite écriture soignée, très différente des lettres tremblantes sey.
du capitaine, ces mots : « Le gros du trésor ici. »

369
- Livesey, dit le châtelain, vous allez nous lâcher tout de suite vo-
tre fichue clientèle. Demain, je pars pour Bristol. En trois semai-
nes… que dis-je, trois semaines ! quinze jours, huit jours… nous
aurons, monsieur, le meilleur bateau d’Angleterre et la fine fleur
des équipages. Hawkins nous accompagnera comme garçon de
cabine. Vous ferez un excellent garçon de cabine, Hawkins.
Vous, Livesey, vous êtes le médecin du bord. Moi, je suis l’amiral.
Nous emmènerons Redruth, Joyce et Hunter. Nous aurons de
bons vents, une traversée rapide, pas la moindre difficulté à trou-
ver l’endroit, et ensuite de l’argent à gogo… à remuer à la pelle…
à faire des ricochets avec, pour le restant de nos jours.

- Trelawney, répliqua le docteur, j’irai avec vous, et je vous garan-


tis que Jim en fera autant et ne rechignera pas à la besogne. Il
n’y a qu’un seul homme qui m’inspire des craintes.

- Qui donc, monsieur ? Nommez-moi ce coquin.

- C’est vous, riposta le docteur, car vous ne savez pas vous taire.
Nous ne sommes pas les seuls à connaître l’existence de ce do-
cument. Ces individus qui ont attaqué l’auberge cette nuit, des
gredins audacieux et sans scrupules, et leurs compagnons res-
tés à bord du chasse-marée, et d’autres encore, je suppose, pas
bien loin d’ici, du premier au dernier sont décidés à tout pour ob-
tenir cet argent. Aucun de nous ne doit demeurer seul jusqu’au
moment de l’appareillage. En attendant, Jim et moi nous restons
ensemble, et vous emmenez Joyce et Hunter pour aller à Bristol.
Mais avant et par-dessus tout, pas un mot ne doit transpirer de
notre découverte.

370
- Livesey, vous êtes la raison même. Je serai muet comme la tombe. 6. Selon le châtelain comment les choses vont-elles se dérouler ?
Comment appelle-t-on quelqu’un qui pense que tout est bien ? Quel-
qu’un, au contraire, qui pense que tout va mal ?
Chapitre 6, Les papiers du capitaine (d’après la traduction de Théo
Varlet) 7. Quel homme inspire cependant des craintes au docteur Livesey ?
De qui s’agit-il ? Pourquoi ?

QUESTIONS 8. Pourquoi une carte est-elle un élément essentiel du roman d’aven-


tures ?

LA CARTE
1. Que sont des latitudes et des longitudes ? Aidez-vous d’un dic- VOCABULAIRE
tionnaire pour répondre.
1. Cherchez dans le dictionnaire ce qu’est un « sceau ».
2. Que signifie les initiales N.-N.-E. quart N. ?
2. Quel point commun y a-t-il entre « saut », « seau » et « sot » ?
3. Quel sentiment vous inspire cette carte ? Justifiez votre réponse Comment appelle-t-on cela ?
en vous appuyant sur le texte.
3. Complétez les phrases ci-dessous avec l’un de ces
mots : « saut », « seau », « sot » et « sceau ».
JOIE ET INQUIÉTUDE
• Mais qu’il est ... !
4. Quel sentiment le châtelain et le docteur éprouvent-ils à la décou- • L’animal s’est élancé d’un grand ... .
verte de cette île ? • La petite fille a du mal à porter ce lourd ... .
• C’était une lettre frappée du ... royal.
5. Quel temps le châtelain emploie-t-il essentiellement ? Relevez plu-
sieurs exemples.

371
RÉDIGEZ
RÉVISION 8.2 Lisez les chapitres 7 à 10 et répondez
LE PROJET par Vrai ou Faux

Comme le châtelain, exprimez votre joie à l’idée de réaliser un projet


Question 1 sur 12
(de départ, de construction, de rencontre, etc.).
Le port où embarquent Jim et les autres se trouve
à Bristol.
• Utilisez le futur simple pour évoquer les événements à venir.
• Faites des phrases courtes pour commencer.
• Puis faites des phrases plus longues en utilisant des points de sus-
pension et modifiez ce que vous venez de dire.
• Utilisez des phrases exclamatives.
• Faites des énumérations. A. Vrai

B. Faux
LA CARTE
Dessinez votre propre carte au trésor (vous pouvez vous inspirer de
ce site).
Répondre
Les personnages expliquent, à l’aide de la carte, comment trouver
le trésor. Aidez-vous du vocabulaire appris dans la séance (longi-
tude, lattitude, etc.)

372
LE TONNEAU DE POMMES

Trelawney a engagé un marin unijambiste nommé John Silver qui recrute ses propres hom-
mes. John Silver est le cuisinier et sympathise avec le jeune Jim.

La traversée à bord de l’Hispaniola se passe plutôt bien, mais un soir...

Le voyage

[...]

Le soleil venait de se coucher. J’avais terminé ma besogne, et je


regagnais mon hamac, lorsque je m’avisai de manger une
pomme. Je courus sur le pont. Les gens de quart étaient tous à
l’avant, à guetter l’apparition de l’île. L’homme de barre surveillait
le lof de la voilure et sifflait tranquillement un air. À part ce son,
on n’entendait que le bruissement des flots contre l’étrave et les
flancs du navire.

J’entrai tout entier dans le tonneau de pommes, qui était presque


vide, et m’y accroupis dans le noir. Le bruit des vagues et le ber-

373
cement du navire étaient sur le point de m’assoupir, lorsqu’un - Ah ! s’écria une autre voix (celle du plus jeune marin du bord, évi-
homme s’assit bruyamment tout contre. Le tonneau oscilla sous le demment plein d’admiration), c’était la fine fleur du troupeau, que
choc de son dos, et je m’apprêtais à sauter dehors, quand l’homme Flint !
se mit à parler. Je reconnus la voix de Silver, et il n’avait pas pronon-
cé dix mots, que je ne me serais plus montré pour tout au monde. - Davis aussi était un gaillard, sous tous rapports, reprit Silver. Mais
Je restai là, tremblant et aux écoutes, dévoré de peur et de curiosi- j’ai jamais navigué avec lui : d’abord avec England, puis avec Flint,
té : par ces dix mots je devenais désormais responsable de l’exis- voilà mon histoire ; et maintenant ici pour mon propre compte, en
tence de tous les honnêtes gens du bord. quelque sorte. Du temps d’England, j’ai mis neuf cents livres de cô-
té, et deux mille après Flint. C’est pas mal pour un homme de
l’avant. Le tout bien à l’abri en banque. Gagner, c’est rien ; c’est con-
XI server qu’importe, vous pouvez me croire. Que sont devenus tous
les hommes d’England, à présent ? Je sais pas. Et ceux de Flint ?
Ce que j’entendis dans le tonneau de pommes Hé ! hé ! la plupart ici à bord, et contents d’avoir de la tarte… ils
mendiaient avant ça, certains. Le vieux Pew, après avoir perdu la
- Non, pas moi, dit Silver. Flint était cap’taine ; moi, quartier-maître, vue, n’a pas eu honte de dépenser douze cents livres en un an,
à cause de ma jambe de bois. J’ai perdu ma jambe dans la même comme un grand seigneur. Où
bordée qu’a coûté ses hublots à ce vieux Pew. C’était un maître chi- est-il maintenant ? Eh bien, il est
L’Île au trésor a d’abord pa-
rurgien, çui qui m’a amputé… sorti du collège et tout… du latin plein mort maintenant, et à fond de ca-
ru dans le magazine Young
le seau et je ne sais pu quoi encore ; mais n’empêche qu’il a été le ; mais les deux années précé-
Folks du 1er octobre 1881
pendu comme un chien et qu’il a séché au soleil avec les autres, à dentes, mille sabords ! il crevait
au 28 janvier 1882 sous for-
Corso Castle. C’étaient les hommes à Roberts, ceux-là, et tout leur la faim. Il mendiait, et il volait, et il mes d’épisodes, puis en ro-
malheur est venu parce ce qu’ils avaient changé les noms de leurs égorgeait, et avec ça il crevait la man en 1883.
bateaux… le Royal Fortune, etc. Quand un navire est baptisé d’une faim, par tous les diables !
façon, je dis qu’il doit rester pareil. C’est comme ça qu’on a fait avec
le Cassandra, qui nous a tous ramenés sains et saufs de Malabar,
après qu’England a pris le Vice-roi des Indes ; de même pour le Chapitres 10 et 11 (d’après la traduction de Théo Varlet)
vieux Walrus, le vieux navire de Flint, que j’ai vu ruisselant de sang
et chargé d’or à couler.

374
QUESTIONS 9. De quoi parle-t-il ?

10. Qu’est-ce que Jim comprend en l’entendant parler ?


CHAPITRE 10
1. Au moment où Jim rentre dans le tonneau, que se passe-t-il sur le
bateau ? Relevez les termes qui montrent que c’est le calme plat. RÉDIGEZ
2. Pour quelle raison entre-t-il dans le tonneau ? Pour quelle raison y Faites parler un pirate.
reste-t-il ?
Comme Long John Silver, utilisez
3. Relevez, dans ces lignes, les mots en rapport avec l’ouïe et la pa- un langage argotique emprunté au
role. vocabulaire de la marine, transfor-
mez certains mots, enlevez d’au-
4. Citez la dernière phrase du chapitre. Pourquoi le chapitre s’arrête- tres mots (comme les négations),
t-il à ce moment précis ? faites des fautes dans la construc-
tion de vos phrases, etc.

CHAPITRE 11
5. Quel est le titre du chapitre ?
VOCABULAIRE
a - Quelle est la nature du mot « île » ?
6. Qui parle ? Comment Jim le re- Il n’y a pas que dans la co-
connaît-il ? médie que le motif du per- b - Qu’est-ce qu’un « îlot » ? une « presqu’île » ?
sonnage caché est fréquent.
7. Quel sentiment Jim éprouve-t- Dans le roman d’aventures,
c - Comment appelle-t-on l’habitant d’une île ?
il ? Pourquoi ? un personnage dissimulé (et
qui ne voit donc pas) décou-
vre (et craint d’être décou- d - Citez au moins deux livres et deux films dont l’histoire se déroule
8. Le personnage qui parle utilise- sur une île.
vert) un danger. Cela crée le
t-il un langage soutenu ou fami-
suspense.
lier ? Justifiez votre réponse.

375
Jim Hawkins a révélé ce
qu’il a entendu alors qu’il
était dans le tonneau de
pomme.

Nos héros s’apprêtent à


affronter la mutinerie qui
s’annonce.

376
LECTURE CHAPITRE 19

Lisez les chapitres 16 à 19 puis répondez aux questions. 9. Que garde le docteur dans sa tabatière ?

10. Que vient faire Long John Silver ?


CHAPITRE 16
1. À votre avis, pourquoi le docteur devient-il le narrateur de l'his-
toire ?

2. Qu'est-ce qu'un fortin ? À qui et à quoi sert-il ?

3. Qui est Abraham Gray ?

CHAPITRE 17
4. Quels dangers menacent le châtelain, le docteur et les autres ?
Donnez au moins deux exemples.

5. Qu'arrive-t-il au canot utilisé par le châtelain, le docteur et les au-


tres ?

CHAPITRE 18
6. Quel personnage meurt ?

7. Quels dégâts font les boulets tirés sur le fortin ?

8. Qui arrive au fortin à la fin du chapitre ?

377
L’Hispaniola arrive enfin sur l'île. Au chapitre 6
de la première partie, les personnages expri-
maient leur joie à l'idée d'atteindre cette île...

L’ÎLE

Q
uand je montai sur le pont, le lendemain matin, l’île se pré- nes dressaient par-dessus cette végétation leurs flèches de roc dé-
sentait sous un aspect tout nouveau. La brise était complè- nudé. Toutes étaient de forme bizarre, et la Longue-Vue, de trois ou
tement tombée, mais nous avions fait beaucoup de chemin quatre cents pieds la plus haute de l’île, offrait également l’aspect le
durant la nuit, et à cette heure le calme plat nous retenait à un demi- plus bizarre, s’élançant à pic de tous côtés, et coupée net au som-
mille environ dans le sud-est de la basse côte orientale. Sur presque met comme un piédestal qui attend sa statue.
toute sa superficie s’étendaient des bois aux tons grisâtres. Cette
teinte uniforme était interrompue par des bandes de sable jaune gar- L’Hispaniola roulait bord sur bord dans la houle de l’océan. Les pou-
nissant les creux du terrain, et par quantité d’arbres élevés, de la fa- lies grinçaient, le gouvernail battait, et le navire entier craquait, gron-
mille des pins, qui dominaient les autres, soit isolément soit par bou- dait et frémissait comme une manufacture. Je devais me tenir
quets ; mais le coloris général était terne et mélancolique. Les colli- ferme au galhauban, et tout tournait vertigineusement sous mes

378
yeux, car, si j’étais assez bon marin lorsqu’on faisait route, rester ain- Durant tout le trajet, Long John se tint près de la barre et pilota le na-
si à danser sur place comme une bouteille vide, est une chose que vire. Il connaissait la passe comme sa poche, et bien que le timo-
je n’ai jamais pu supporter sans quelque nausée, en particulier le nier, en sondant, trouvât partout plus d’eau que n’en indiquait la
matin, et à jeun. carte, John n’hésita pas une seule fois.

Cela en fut-il cause, ou bien l’aspect mélancolique de l’île, avec ses - Le reflux a tout nettoyé, dit-il, et c’est comme si cette passe avait
bois grisâtres, ses farouches arêtes de pierre, et le ressac qui de- été creusée à la bêche.
vant nous rejaillissait avec un bruit de tonnerre contre le rivage
abrupt ? En tout cas, malgré le soleil éclatant et chaud, malgré les Nous mouillâmes juste à l’endroit indiqué sur la carte, à environ un
cris des oiseaux de mer qui pêchaient alentour de nous, et bien tiers de mille de chaque rive, la terre d’un côté et l’îlot du Squelette
qu’on dût être fort aise d’aller à terre après une aussi longue naviga- de l’autre. Le fond était de sable fin. Le plongeon de notre ancre fit
tion, j’avais, comme on dit, le cœur retourné, et dès ce premier coup s’élever du bois une nuée tourbillonnante d’oiseaux criards ; mais en
d’œil je détestai à tout jamais l’idée même de l’Île au Trésor. moins d’une minute ils se posèrent de nouveau et tout redevint silen-
cieux.
Nous avions en perspective une matinée de travail ardu, car il n’y
avait pas trace de vent, il fallait mettre à la mer les canots et remor-
quer le navire l’espace de trois ou quatre milles, pour doubler la Chapitre 13, Où commence mon aventure à terre (d’après la traduc-
pointe de l’île et l’amener par un étroit chenal au mouillage situé tion de Théo Varlet)
derrière l’îlot du Squelette. Je montai dans l’une des embarcations,
où je n’avais d’ailleurs rien à faire. La chaleur était étouffante et les
hommes pestaient furieusement contre leur besogne. Anderson com-
mandait mon canot, et au lieu de rappeler à l’ordre son équipage, il
protestait plus fort que les autres.

- Bah ! lança-t-il avec un juron, ce n’est pas pour toujours.

Je vis là un très mauvais signe ; jusqu’à ce jour, les hommes avaient


accompli leur travail avec entrain et bonne humeur, mais il avait suffi
de la vue de l’île pour relâcher les liens de la discipline.

379
QUESTIONS VOCABULAIRE
LA DESCRIPTION DE L’ÎLE LES COULEURS
1. Quel adjectif qualificatif synonyme de tristesse est utilisé deux 1. Donnez le radical de « grisâtre ». Comment appelle-t-on cette par-
fois dans le texte pour qualifier l’île ? tie que l’on ajoute à la fin du mot ?

2. Citez les adjectifs de couleur qualifiant l’île. 2. Ajoutez « -âtre » aux adjectifs « jaune » et « blanc ».

3. Quel adjectif qualifie la forme de l’île ? 3. Quel nuance de sens apporte cet ajout ?

ÎLE DE MAUVAIS AUGURE LE VOCABULAIRE DE LA MARINE


4. Quels sont les bruits évoqués dans cette description ? Quelle im- Celui qui tient le gouvernail gouverne le bateau.
pression se dégage ?
a - Cherchez ce que signifie le mot « gouverner » et donnez plu-
5. Quel sentiment Jim éprouve-t-il à la vue de l’île ? sieurs mots de la même famille. Employez-les ensuite dans une
phrase.
6. Cette île annonce-t-elle, comme chez Jules Verne, de belles aven-
tures ? Justifiez votre réponse. b - De nombreux mots appartenant au vocabulaire de la marine sont
utilisés couramment. Cherchez la signification de ces mots ou ex-
7. Qu’est-ce qui provoque le changement de comportement des ma- pressions :
rins ?
« saborder », « avoir le vent en poupe », « figure de proue », « affa-
8. Qu’est-ce que cette phrase laisse deviner de la suite de l’histoi- ler », « branle-bas de combat », « ancrer ».
re ?

380
RÉDACTION
Imaginez la chanson dont ces paroles seront le refrain :

Nous étions quinze sur le coffre du mort…


Yo-ho-ho ! et une bouteille de rhum !

Rédigez au moins dix strophes de deux lignes chacune. Chaque stro-


phe sera suivie du refrain.

Pour cela, inspirez-vous de votre lecture de L'Île au trésor (des aventu-


res des pirates, de leur violence, de leurs règles...). Citez les diffé-
rents personnages (Flint, Silver, Billy Bones, Israel Hands...). Utilisez
le vocabulaire de la marine appris au cours des séances.

BARÈME
• Le texte est lisible, sans ratures : 2 points
• Le texte est correctement ponctué : 2 points
• L'orthographe lexicale est correcte : 2 points
• L'orthographe grammaticale est correcte : 2 points
• Le texte est composé de 10 strophes entrecoupées du refrain : 2 points
• Le texte est cohérent avec le refrain
(temps des verbes, emploi du pronom
INTERACTIF 8.1 Rédigez
personnel « nous »...) : 2 points
Le texte s'appuie sur la vie des pirates
et envoyez votre travail

dans L'Île au trésor : 2 points
• On retrouve de nombreux personna-
ges de L'Île au trésor : 2 points
• Le vocabulaire de la marine est exploi-
té : 2 points
• La copie fait preuve d'originalité, d'un
effort de recherche... : 2 points
381
L’ACCORD DU PARTICIPE PASSÉ

« La brise était complètement tombée, mais nous avions fait beau- 1. LE PARTICIPE PASSÉ EMPLOYÉ AVEC « ÊTRE »
coup de chemin durant la nuit »
Lorsqu’il est employé avec l’auxiliaire « être », le participe passé
a - Relevez les verbes. s’accorde en genre et en nombre avec le sujet :

b - Pourquoi y a-t-il un « e » à « tombée »? Ils sont parvenus en territoire ennemi.

c - Pourquoi n’y a-t-il pas de « s » à « fait » ?


Le participe passé employé sans l’auxiliaire « être » suit les règles
d’accord du participe passé employé avec « être ».

Dévoués, les soldats se sont battus jusqu’à la fin.

À la forme passive, le participe passé s’accorde également avec le


sujet :

Une grande victoire a été emportée par la cavalerie.

382
2. LE PARTICIPE PASSÉ EMPLOYÉ AVEC « AVOIR » 3. CAS PARTICULIERS

A - AVEC LE SUJET A - LES PARTICIPES PASSÉS INVARIABLES

Lorsqu’il est employé avec l’auxiliaire « avoir », le participe passé Le participe passé ne s’accorde pas avec le pronom personnel
ne s’accorde pas avec le sujet : « en » même si celui-ci est COD :

Ils ont combattu dans de terribles conditions. Il en a remporté, des victoires !

Le participe passé des verbes « laisser » et « faire » suivi d’un infini-


B - AVEC LE COD tif ne s’accorde jamais :

Lorsqu’il est employé avec l’auxiliaire « avoir », le participe passé Les prisonniers que le geôlier a fait évader ont été rattrapés.
s’accorde avec le COD si celui-ci est placé avant le verbe :
Tous ces prisonniers, il les a laissé filer !
Ils l’ont méritée, cette victoire.

Dans l’exemple ci-dessus, le participe passé « méritée » s’accorde B - LES PARTICIPES PASSÉS SUIVIS D’UN INFINITIF AUTRE
avec le pronom personnel « l’ » (mis pour la). Ce pronom est placé QUE « LAISSER » ET « FAIRE »
avant le verbe, sa fonction est COD (Ils ont mérité la victoire), le par-
ticipe passé s’accorde donc avec le pronom. Ils s’accordent avec le sujet de l’infinitif si ce sujet est placé avant le
verbe :
Le COD placé avant le verbe peut être :
Le geôlier a libéré les prisonniers. Il les a regardés s’enfuir.
• Un pronom personnel (voir l’exemple ci-dessus)
• Un pronom relatif : L’évasion qu’ils ont tentée ne pouvait réussir. Ils ne s’accordent pas dans tous les autres cas :
(Demandez-vous : « Ils ont tenté quoi ? ». Il s’agit de l’évasion repris
par le pronom relatif « que » dont la fonction est COD) Si le sujet du verbe à l’infinitif n’est pas exprimé, le participe passé
• Un nom précédé d’un déterminant interrogatif : « vu » ne s’accorde pas :
Quelles armes avez-vous prises ? Combien de balles ont-ils tirées ?
Les prisonniers qu’il a vu capturer étaient jeunes.

383
En effet, l’infinitif « capturer » n’a pas de sujet. De plus, « les prison- INTERACTIF 8.6 Trouvez le par-
niers » est COD de « capturer » et non de « vu ». ticipe passé correctement ac-
cordé

EXERCICES

INTERACTIF 8.2 Trouvez le par- INTERACTIF 8.4 Trouvez le par-


ticipe passé des verbes ticipe passé des verbes

(Révision) (Révision)

INTERACTIF 8.3 Trouvez et ac- INTERACTIF 8.5 Trouvez le par-


cordez le participe passé ticipe passé correctement ac-
cordé

384
INTERACTIF 8.7 Réviser l’accord du participe passé

Choisissez la règle que vous voulez réviser.

385
EXPOSÉ

SUJET tes les choses avec vos propres mots.


• Recherchez des illustrations de bonne qualité, et citez les
Réalisez un exposé sur les pirates. sites où vous les avez trouvées.

SUPPORT MÉTHODE
Utilisez un logiciel de pré- Répondez à ces questions :
sentation (Open Office Im-
press, PowerPoint, Keynote...). • Qu'est-ce qu'un pirate ? Quelles
différences y a-t-il entre un bouca-
nier ou un corsaire ?
CONSEILS • Y a-t-il encore des pirates aujour-
d'hui ? Expliquez.
• Faites de nombreuses recher- • Comparez les portraits de Billy Bo-
ches (ne vous contentez nes, Chien Noir, l'aveugle Pew et
pas de visiter un Long John Silver. Quels sont leurs
seul site). points communs ? Quelles sont
• Ne faites pas leurs différences ?
de copier • À quoi ressemble un
coller. Di-
386
pirate ? QUELQUES SITES À VISITER
• Pourquoi sont-ils effrayants ?
• Relevez dans L'Île au trésor des éléments sur la vie des pirates, et • Wikipédia
racontez leur quotidien. • Pirates & corsaires
• Existe-t-il des règles dans le monde de la piraterie ? Lesquelles ? • Pirates
• Les pirates
• Dodo pirate
L'AUDITOIRE • Flibuste
• Les corsaires
• Ne lisez pas votre exposé. Regardez ceux à qui vous vous adres-
sez.
• Présentez-leur des images illustrant votre propos.
• Posez-leur des questions, faites-les participer.
• Demandez-leur, à la fin, s'ils ont des questions. Soyez capable de VIDÉO 8.2 Les pirates de L’Île au trésor
leur répondre.
• Donnez-leur un petit questionnaire afin de vérifier ce qu'ils ont rete-
nu.

BARÈME

• Les parties demandées ont été faites : 5 points


• Exposé riche en informations : 3 points
• Les informations sont exprimées clairement en un style personnel :
2 points
• L'exposé n'est pas simplement lu. Les élèves s'adressent aux au-
tres : 2 points
• Des illustrations bien choisies agrémentent l'exposé : 2 points
• Un logiciel de présentation est utilisé : 2 points
• Les élèves savent répondre aux questions : 2 points
• Un petit questionnaire a été distribué : 2 points
387
QUESTIONNAIRE DE LECTURE

Lisez les chapitres 20 à 34, et répondez aux questions suivantes. 7. Pourquoi Jim ne se rend-il pas compte que les pirates sont désor-
mais installés dans le fortin ?

8. Qui le protège contre les pirates qui veulent le tuer ?


CHAPITRES 20 À 29
1. Lors de l'attaque du fortin par les pirates, qu'arrive-t-il au capi-
taine ? CHAPITRES 29 À 34
2. Après l'attaque, que fait Jim Hawkins ? 1. Quel livre les pirates ont-ils utilisé pour faire la tache noire ?

3. Qui est tué par Jim ? 2. Quel personnage vient rendre visite aux pirates dans le fortin ?
Pourquoi ?
4. De quelle façon ?
3. Pourquoi Jim ne s’enfuit-il pas en sautant par-dessus la palissade
5. Où Jim est-il blessé ? du fortin ?

6. Que devient L'Hispaniola ? 4. Que craignent les pirates lorsqu’ils entendent chanter « Quinze
hommes sur le coffre de l’Homme mort… » ?

388
5. Qui chante en réalité ? 10. Que devient Long John Silver ?

6. Qu’est-ce que les pirates s’apprêtent à faire lorsqu’ils constatent


que le trésor n’est plus là ? Vous vous perdez dans cette histoire ? Jetez un œil sur cette carte
mentale.
7. Où se trouve le trésor ?

8. À la fin, combien reste-t-il de pirates ?

9. Qu’advient-il d’eux ? Pourquoi ?

L’attaque du fortin

389
DICTÉES

DICTÉE 1
UNE MAUVAISE PASSE

Mots qui vous sont donnés :

• Goélette
• Potence

AUDIO 8.1 AUDIO 8.3


Écoutez le texte Écrivez le texte

DICTÉE 2

LE CORACLE

AUDIO 8.2 AUDIO 8.4


Écoutez le texte Écrivez le texte

390
ISRAËL HANDS

Jim a pris le canot de Ben Gunn. Après bien des difficultés, il parvient à embarquer sur l’Hispa-
niola. À son bord, le cadavre de l’un des pirates et Isarël Hands, blessé.

Malgré tout ce qui les oppose, Jim et Israël s’entendent pour tenter de ramener la goélette lais-
sée à l’abandon à l’abri dans la baie du Nord.

J
e mis la barre au vent toute, et l’Hispaniola vira rapidement et
courut l’étrave haute vers le rivage bas et boisé.

L’excitation de ces dernières manœuvres avait un peu relâché la vi-


gilance que j’exerçais jusque-là, avec assez d’attention, sur le quar-
tier-maître. Tout absorbé dans l’attente que le navire touchât, j’en
avais complètement oublié le péril suspendu sur ma tête, et demeu-
rais penché sur le bastingage de tribord, regardant les ondulations
qui s’élargissaient devant le taille-mer. Je serais tombé sans lutter
pour défendre ma vie, n’eût été la soudaine inquiétude qui s’empara
de moi et me fit tourner la tête. Peut-être avais-je entendu un craque-
ment ou aperçu du coin de l’œil son ombre se mouvoir ; peut-être

391
fut-ce un instinct semblable à celui des chats ; en tout cas, lorsque traient fin à mes aventures de ce côté-ci de l’éternité. J’appliquai
je me retournai, je vis Hands, le poignard à la main, déjà presque mes paumes contre le grand mât, qui était de bonne grosseur, et at-
sur moi. tendis, tous les nerfs en suspens.

Quand nos yeux se rencontrèrent, nous poussâmes tous deux un Voyant que je m’apprêtais à me dérober, il s’arrêta lui aussi, et une
grand cri ; mais tandis que le mien était le cri aigu de la terreur, le minute ou deux se passèrent en feintes de sa part, et en mouve-
sien fut le beuglement de furie d’un taureau qui charge. À la même ments correspondants de la mienne. C’était là un jeu de cache-ca-
seconde il s’élança, et je fis un bond de côté vers l’avant. Dans ce che auquel je m’étais maintes fois amusé durant mon enfance, par-
geste, je lâchai la barre, qui se rabattit violemment sur bâbord ; et mi les rochers de la crique du Mont-Noir ; mais je n’y avais encore
ce fut sans doute ce qui me sauva la vie, car elle frappa Hands en jamais joué, on peut le croire, d’une façon aussi âprement palpitante
pleine poitrine et l’arrêta, pour un moment, tout étourdi. que cette fois-ci. Pourtant, je le répète, c’était un jeu d’enfant, et je
me croyais capable de surpasser en agilité un marin d’un certain
Il ne s’était pas remis du choc que je me trouvais en sûreté, hors du âge, et blessé à la cuisse. En somme, mon courage s’accrut telle-
coin où il m’avait acculé, avec tout le pont devant moi. Juste au ment que je me permis quelques rapides réflexions sur l’issue de l’af-
pied du grand mât, je m’arrêtai, tirai un pistolet de ma poche, et vi- faire. Mais tout en constatant que je pouvais la retarder longtemps,
sai avec sang-froid, bien que l’ennemi eût déjà fait volte-face et re- je ne voyais nul espoir de salut définitif.
vînt encore une fois sur moi. Je pressai la détente. Le chien s’abat-
tit, mais il n’y eut ni éclair ni détonation. L’eau de mer avait gâté la Les choses en étaient là, quand soudain l’Hispaniola toucha, hésita,
poudre. Je maudis ma négligence. Pourquoi n’avoir pas depuis long- racla un instant le sable de sa quille, puis, prompte comme un coup
temps renouvelé l’amorce et rechargé mes seules armes ? Je n’au- de poing, chavira sur bâbord, de telle sorte que le pont resta incliné
rais pas été comme à présent un mouton en fuite devant le boucher. sous un angle de quarante-cinq degrés, et que la valeur d’une de-
mi-tonne d’eau jaillit par les ouvertures des dalots et s’étala en une
Malgré sa blessure, c’était merveille comme il allait vite, avec ses flaque entre le pont et le bastingage.
cheveux grisonnants lui voltigeant sur la figure, et son visage lui-
même aussi rouge de précipitation, et de furie, que le rouge d’un pa- Nous fûmes tous deux renversés en même temps, et roulâmes pres-
villon. Je n’avais pas le temps d’essayer mon autre pistolet, et que ensemble dans les dalots, où le cadavre raide de Bonnet-
guère l’envie non plus, car j’étais sûr que ce serait en vain. Je voyais Rouge, les bras toujours en croix, vint s’affaler après nous. Nous
clairement une chose : il ne me fallait pas simplement reculer devant étions si proches, en vérité, que ma tête donna contre le pied du
mon adversaire, car il m’aurait bientôt acculé contre l’avant, comme quartier-maître, avec un heurt qui fit s’entrechoquer mes dents. En
il venait, un instant plus tôt, de m’acculer presque à la poupe. Une dépit du coup, je fus le premier relevé, car Hands s’était empêtré
fois pris ainsi, neuf ou dix pouces du poignard teinté de sang met- dans le cadavre. La soudaine inclinaison du navire avait rendu le
392
pont impropre à la course : il me fallait trouver un nouveau moyen
d’échapper à mon ennemi, et cela sur-le-champ, car il allait m’at-
teindre. Prompt comme la pensée, je bondis dans les haubans
d’artimon, escaladai les enfléchures l’une après l’autre, et ne
repris haleine qu’une fois établi sur les barres de perroquet.

Ma promptitude m’avait sauvé : le poignard frappa moins d’un


demi-pied au-dessous de moi, tandis que je poursuivais ma fuite
vers les hauteurs. Israël Hands resta là, la bouche ouverte et le
visage renversé vers moi : on eût dit en vérité la statue de la sur-
prise et de la déception.

Profitant de ce répit, je rechargeai sans plus attendre l’amorce de


mon pistolet qui avait raté, et lorsque celui-ci fut en état, pour
plus de sécurité je me mis à vider l’autre et à le recharger entière-
ment.

En présence de ma nouvelle occupation, Hands demeura tout


étonné : il commençait à s’apercevoir que la chance tournait con-
tre lui ; et après une hésitation visible, lui aussi se hissa pesam-
ment dans les haubans et, le poignard entre les dents, se mit à
monter avec lenteur et maladresse. Cela lui coûta un temps infini
et maints grognements de tirer après lui sa jambe blessée ; et
j’avais achevé en paix mes préparatifs, qu’il n’avait pas encore

Un pas de plus, maître Hands, et


je vous fais sauter la cervelle !

393
dépassé le tiers du trajet. À ce moment, un pistolet dans chaque fut de mon plein gré, et je suis en tout cas certain que je ne visai
main, je l’interpellai : pas - mes pistolets partirent tous les deux à la fois, et tous les deux
m’échappèrent des mains. Ils ne tombèrent pas seuls : avec un cri
- Un pas de plus, maître Hands, et je vous fais sauter la cervelle !… étouffé, le quartier-maître lâcha les haubans et plongea dans l’eau
Les morts ne mordent pas, vous savez bien, ajoutai-je avec un rica- la tête la première.
nement.

Il s’arrêta aussitôt. Je vis au jeu de sa physionomie qu’il essayait de Chapitre 26, Israël Hands (d’après la traduction de Théo Varlet)
réfléchir, mais l’opération était si lente et laborieuse que, dans ma
sécurité retrouvée, je poussai un éclat de rire. Enfin, et non sans ra-
valer préalablement sa salive, il parla, le visage encore empreint
QUESTIONS
d’une extrême perplexité. Il dut, pour parler, ôter le poignard de sa
bouche, mais il ne fit pas d’autre mouvement.
QUAND NOS YEUX SE RENCONTRÈRENT
- Jim, dit-il, je vois que nous sommes mal partis, toi et moi, et que 1. Quel sentiment éprouve Jim avant qu’Israël Hands ne tente de le
nous devons conclure la paix. Je t’aurais eu, sans ce coup de rou- tuer ? Qu’est-ce qui lui procure ce sentiment ? Lisez la page 391
lis ; mais moi je n’ai pas de chance, et je vois qu’il me faut mettre pour répondre.
les pouces, ce qui est dur, vois-tu, pour un maître marinier, à l’égard
d’un blanc-bec comme toi, Jim. 2. Qu’est-ce qui montre, dans cette phrase, que le combat qui s’an-
nonce est fortement inégal ? Pour quelles raisons ce combat est-il
Je buvais ses paroles en souriant, aussi fier qu’un coq sur un mur, inégal ?
quand, tout d’une haleine, il
ramena sa main droite par- 3. « Je serais tombé sans lutter pour défendre ma vie »
dessus son épaule. Quelque Le héros du roman d’aventu-
Que signifie le verbe « tomber » ?
chose siffla en l’air comme res est un jeune enfant que ses
aventures mettent à l’épreuve
une flèche ; je sentis un choc 4. Qu’est-ce qui a empêché Jim de « tomber » ?
du monde des adultes.
suivi d’une douleur aiguë, et
Ses aventures sont un véritable
me trouvai cloué au mât par 5. Quel geste sauve ensuite Jim ? Finalement, à quoi doit-il sa sur-
apprentissage de la vie. On
l’épaule. Dans l’excès de ma parle alors de récit initiatique. vie ?
douleur et dans la surprise du
moment - je ne puis dire si ce
394
LE COMBAT c - Que signifie pourtant le mot « gâter » dans la phrase « Cet en-
fant a été gâté pour Noël » ?
6. Quelles sont les différentes étapes du combat ?

7. Par rapport à Hands, quels qualités et avantages possède Jim ? LES VERBES DE MOUVEMENT
8. À quel moment le combat ressemble-t-il à un jeu ? Répondez en On trouve de nombreux verbes de mouvement lors de ce combat
citant le texte. (« se mouvoir », «se retourner», « s’élancer »...).

9. Jim se comporte-t-il comme un enfant ? Pourquoi ? Quel rôle cet Trouvez tous les autres.
épisode joue-t-il dans l’évolution de Jim ?

10. À quel moment le combat devient-il drôle ? Justifiez votre ré-


RÉDIGEZ
ponse en vous appuyant sur le texte.
Racontez un combat se situant sur le mât.
11. Relevez les nombreux détails qui montrent pourtant que la situa-
tion n’a vraiment rien de drôle. Pour cela, utilisez le vocabulaire que vous avez découvert (poulie,
hauban, perroquet, etc.). Utilisez également des verbes de mouve-
12. De quelle façon le combat se termine-t-il ? ment que vous avez relevés dans l’exercice précédent.

VOCABULAIRE
GÂTER
a - Cherchez dans un dictionnaire l’origine du mot « gâter ». Rappe-
lez sa définition.

b - Quel est le sens du verbe pronominal « se gâter » ?

395
« PIÈCES DE HUIT ! »

Débarrassé de Hands, la goélette en sécurité, Jim parvient à gagner la terre ferme. Il est impa- Je fis le tour par l’extrémité est de la palissade, en me tenant tout
tient de rejoindre le fortin et ses compagnons afin de leur conter ses incroyables aventures. contre, dans l’ombre, et, à un endroit propice, où les ténèbres
étaient plus épaisses, je franchis la clôture.
C’est la nuit.
Pour plus de sûreté, je me tins à quatre pattes et rampai sans bruit
vers l’angle de la maison. En approchant j’éprouvai un soudain et

J
’arrivai enfin aux limites de la clairière. Son extrémité ouest grand soulagement. Le bruit n’a rien d’agréable en soi, et je m’en
était déjà baignée de clair de lune ; le reste, et le fortin même, suis souvent plaint, à d’autres moments ; mais en cette minute-là ce
reposait encore dans une ombre noire que rayaient de lon- me fut une musique céleste que d’entendre mes amis ronfler ensem-
gues rainures de lumière argentée. De l’autre côté du fortin, un ble, d’un sommeil si profond et paisible. Le cri maritime de la vigie,
énorme feu s’était réduit en braises vives dont l’immobile et rouge ce beau : « Tout va bien ! » ne parut jamais plus rassurant à mes
réverbération formait un vigoureux contraste avec la blanche clarté oreilles.
de la lune. Pas un bruit humain, nul autre son que les frémissements
de la brise. Néanmoins, une chose n’était pas douteuse : ils se gardaient de fa-
çon exécrable. Que Silver et ses amis fussent survenus maintenant
Je m’arrêtai avec beaucoup d’étonnement, et peut-être aussi un peu au lieu de moi, pas une âme n’aurait vu lever le jour. « Voilà ce que
d’effroi. Ce n’était pas notre habitude de faire de grands feux : nous c’est, pensai-je, d’avoir un capitaine blessé. » Et, une fois de plus, je
étions, en effet, par ordre du capitaine, assez regardants sur le bois me reprochai vivement de les avoir abandonnés dans ce danger
à brûler, et je commençais à craindre que les choses n’eussent mal avec si peu d’hommes pour monter la garde.
tourné en mon absence.

396
Cependant j’étais arrivé à la porte. Je m’arrêtai. Il faisait tout noir à Je tentai de fuir, me jetai violemment contre quelqu’un, reculai, et
l’intérieur, et mes yeux n’y pouvaient rien distinguer. Par l’ouïe, je per- courus droit entre les bras d’un second individu, qui les referma et
cevais le tranquille bourdon des ronfleurs, et par intervalles un petit me retint solidement.
bruit, un trémoussement et un becquètement dont je ne pouvais dé-
terminer l’origine. - Apporte une torche, Dick, ordonna Silver, lorsque ma capture fut
ainsi assurée.
Les bras tendus devant moi, je pénétrai sans bruit. J’irais me cou-
cher à ma place (pensais-je avec un petit rire muet) et m’amuserais Et l’un des hommes sortit de la maison, pour rentrer presque aussi-
à voir leurs têtes quand ils me découvriraient au matin. tôt porteur d’un brandon enflammé.

Mon pied heurta quelque chose de mou : c’était la jambe d’un dor-
meur, qui se retourna en grognant, mais sans se réveiller. Chapitre 27, « Pièces de huit ! » (d’après la traduction de Théo Var-
let)
Et alors, tout d’un coup, une voix stridente éclata dans les ténèbres :
« Pièces de huit ! pièces de huit ! pièces de huit ! pièces de huit !
pièces de huit ! » et ainsi de suite, sans arrêt ni changement,
QUESTIONS
comme un cliquet de moulin.

À L’APPROCHE DU FORTIN
Le perroquet vert de Silver, Capitaine Flint ! C’était lui que j’avais en-
tendu becqueter un morceau d’écorce ; c’était lui, qui, faisant 1. Quelle est l’atmosphère de ce début de texte ?
meilleure veille que nul être humain, annonçait ainsi mon arrivée par
sa fastidieuse rengaine ! 2. Par quels sentiments passe alors le narrateur en approchant du
fortin ? Répondez en vous appuyant sur le texte.
Je n’eus pas le temps de me ressaisir. Aux cris aigus et assourdis-
sants du perroquet, les dormeurs s’éveillèrent et bondirent. Avec un
énorme juron, la voix de Silver cria :
DANS LE FORTIN
- Qui vive ? 3. Une fois arrivé à la porte du fortin, que voit-il ?

4. Quels sens lui permettent de se repérer à l’intérieur du fortin ?

397
Jim est désormais « prison-
nier » des pirates.

398
5. Jim se doute-t-il de quelque chose ? Quels indices auraient ce-
RÉDIGEZ
pendant dû l’alerter ?
Vous êtes dans le noir. Racontez votre arrivée dans une pièce où
6. À quel moment comprend-on que Jim s’est jeté dans la gueule du vous attend un personnage que vous n’attendez pas.
loup ? Quels mots l’annoncent ?
Utilisez de nombreux verbes de mouvement. Par l’ouïe, l’odorat ou
7. Une voix stridente éclata dans les ténèbres : « Pièces de huit ! le toucher, dites ce que vous perce-
pièces de huit ! pièces de huit ! pièces de huit ! pièces de huit ! » vez. Ne révélez la présence d’un au-
tre personnage qu’au dernier mo- INTERACTIF 8.8 Rédigez
• À quel temps est le verbe ? ment de votre texte. et envoyez votre travail
• Relevez le complément circons- Afin de préserver le sus-
tanciel. pense, le narrateur choisit
de raconter l’histoire selon
• Comment sont rapportées les
le point de vue du person-
paroles ? Qui parle ? Quel rôle
nage : il ne raconte que ce
joue celui qui parle ?
voit et pense le personnage.
S’il ne voit rien, le lecteur
8. À quel moment la lumière appa- non plus.
raît-elle ? Pourquoi est-ce à ce C’est le point de vue interne.
moment précis ?

399
RÉDACTION

SUJET
Après avoir trouvé le trésor, tous sont repartis, sauf trois des pirates.
Racontez la première journée de ces trois pirates abandonnés sur
l'île.

Imaginez comment se passe la journée de ces pirates. Ils viennent de


se réveiller, ils ont probablement bu beaucoup de rhum, etc. Que pen-
sent-ils ? Que font-ils ?

Utilisez l'imparfait, le plus-que-parfait, le passé simple pour raconter


votre histoire.

BARÈME
• Le texte est lisible, sans ratures : 2 points
• Le texte est composé de paragraphes : 2 points
• Le texte est correctement ponctué : 2 points
• L'orthographe lexicale est correcte : 2 points
• L'orthographe grammaticale est correcte : 2 points
• L'imparfait, le plus-que-parfait et le passé simple sont utilisés et cor-
rectement conjugués : 2 points
• La rédaction fait le récit de cette première journée : 3 points
• L'élève utilise ses connaissances du roman pour enrichir son his-
toire : 3 points
• Le vocabulaire est varié, riche ; le style, agréable à lire : 2 points

400
REMERCIEMENTS

Je voudrais chaleureusement remercier toutes les personnes sans lesquelles je n’aurais eu ni le courage, ni trouvé les moyens de faire ce
manuel.

Ce manuel - issu du crowdfunding - leur est dédié.

Depuis que j’écris des manuels, je rencontre de ces individus qui œuvrent sans en tirer aucune reconnaissance, et qui ont parfois souhaité
garder l’anonymat. Que tous soient chaleureusement remerciés.

Christophe Herlory, Anne Andrist, Claire Marotine, Lionel Maurel, Stéphane Pouyaud, Anne Pénicaud, Tony P., David Hébert, Pierrick An-
dré, Gabriel Scherer, Antoine Diamant-Berger, Patrick Berthault, Céline Fédou, Catherine Herlory, Jean-Marie Chassany, Josiane Bicrel,
Estelle Mayet, Jean-Frédéric Bachy, Ticeman, Didier Villers, Jean-Marc Roosz, Solen Lahaye Sibiril, Jean-Philippe Douet, Nicolas Mey, Élo-
die A., Alan Crevon, Nathalie Becoulet, Marie Volta, Mikaël Guerriero, Bastien Schmitt, Romain Sertelon, Geoffrey Galinaud, Nolwenn
Houry, Jacques Houry, Sophie de Abreu, Céline Rondreux, Jérôme Dumont, Laura Klein, Philippe Minzière, Geneviève Royer, François La-
moureux, Denise Pierrot, Enora Burlot, Thomas Fourmeux, Erwann Houry, Chourmette, Sarah Herlory, David Eble, Framasoft, Stéphanie
de Vanssay, Christine Fiasson, Emmanuel Dewaele, Stéphanie Houry, Jérôme Choain, Cyrille Largillier, Christian Ducass, Jean-Max Rey-
mond, Véronique Favre, Éric Vigo, Valérie Felder, Coralie Ulysse, Fred Sauzeau, Emmanuel Quatrefages, Matthieu Marc, Laurent Gruber,
Maxime Folschette, Brice Rothschild, Gwenvred Latimier, Emmanuelle Helly, Gwenvred, Eric Parthuisot, Évelyne Viret, Lyclic, Virpeen, Ju-
lien Couland, Steven Leroux, Yves Clavier, Nicolas Koch, Christophe Le Guelvouit, Sylvie Barrat, Suzy Sergent-Fleury, Jean-Marc Poulard,
Jacques-Olivier Martin, Anne Coupannec, Daniel Bourrion, Pierre-Yves Gosset, Jean-Francois Chaumont, Jean-Michel Crosnier, Xian Xana-
kis, Anne-Marie Patenotte, Cynthia Bertrand, Marie Joncquez, C. Brisset, Sylvie Barrat, Petit prof, Frédéric Abadie, Stéphanie Pleyer, Isa-
belle Bougault, Sandra Dupuis

cdi
LIRE LE MANUEL

Tapotez sur certaines images pour afficher des Tapotez sur un mot pour faire apparaître diffé-
informations supplémentaires. rentes possibilités.

Touchez les mots en gras pour faire apparaître Prenez des notes pour répondre directement
le glossaire. dans le manuel.

cdii
LICENCE

Ce manuel est sous licence CC BY-SA. Cela signifie que vous pouvez partager, reproduire et communiquer cette œuvre,
pour toute utilisation, y compris commerciale.

Selon les conditions suivantes :

Attribution — Vous devez créditer l'Œuvre, intégrer un lien vers la licence et indiquer si des modifications ont été effectuées à l'Œu-
vre. Vous devez indiquer ces informations par tous les moyens possibles, mais vous ne pouvez pas suggérer que l'Offrant vous sou-
tient ou soutient la façon dont vous avez utilisé son Œuvre.

Partage dans les Mêmes Conditions — Dans le cas où vous transformez, ou créez à partir du matériel composant l'Œuvre originale,
vous devez diffuser l'Œuvre modifiée dans les mêmes conditions, c'est-à-dire avec la même licence avec laquelle l'Œuvre originale a
été diffusée.

Contact
cdiii
DU MÊME AUTEUR

Téléchargez le manuel de Téléchargez le manuel de


sixième quatrième