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Cliniques 18

de leur famille livrées à elles-mêmes. Quiconque a déjà accueilli un


jeune schizophrène en phase de décompensation, terrorisé par des
hallucinations et une pensée qui ne lui appartient plus, sait bien la
valeur incontournable d’un lieu contenant et sécurisant, d’un asile au
sens propre du terme, c’est-à‑dire un lieu inviolable pour se réfugier,
un lieu où trouver le calme et la paix.
Pour autant, ces craintes à l’égard des institutions ne sont pas sans
fondement, bien évidemment : même si l’on n’y est plus enfermé,
en tout cas pas sans contrôle réglementaire dans les cas extrêmes,
« l’asile » que représente l’institution d’accueil ou de soin psychique
peut s’avérer un refuge qu’on a du mal à quitter, ou au contraire
qu’on quitte trop vite, fuyant une répétition qui n’a pu être élaborée,
ce qui prive de tout véritable bénéfice psychique. Dans les deux cas,
en apparence fort différents, des peurs communes aux patients et aux
soignants entretiennent des défenses qui font le lit d’une entropie
délétère (Enriquez, 1987), c’est-à‑dire que l’institution ne travaille
plus qu’à sa perpétuation, à travers la répétition de conduites qui ont
perdu leur sens. L’institution devient un abri au service de l’évitement
de la peur : peur de l’anéantissement, peur de la perte des repères et
des limites, peur de rencontrer l’autre.
À la suite du précédent numéro de la revue Cliniques qui explorait les
différentes figures de la peur en institution, ce numéro 18 analyse la
© ERES | Téléchargé le 13/12/2020 sur www.cairn.info (IP: 129.0.205.34)

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peur principalement sous l’angle du contre-transfert soignant, c’est-
à‑dire des effets plus ou moins conscients que l’angoisse et la patho-
logie des personnes accueillies produisent sur les équipes soignantes,
qui en retour entretiennent involontairement ces angoisses et les
clivages afférents. Les auteurs de ce numéro détaillent les ramifica-
tions de ce jeu de miroirs qui n’a en fait rien d’un jeu, qu’on le nomme
isomorphie (Kaës, 1993) ou homologie fonctionnelle (Pinel, 1989). Il
recèle quand on l’observe de près des mouvements d’identification
projective ou narcissique ou, au contraire, le rejet de toute identifica-
tion pour sauver sa propre subjectivité. Sauve qui peut, chacun pour
sa peau, la fonction soignante n’est jamais acquise, la maltraitance, le
turnover, le burn out menacent.
Certes, tous les dysfonctionnements institutionnels ne sont pas réduc-
tibles au contre-transfert. Paul Denis nous rappelle par exemple dans
cet ouvrage à quel point l’institution peut par elle-même être dévorante

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