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L’art

Quand nous parlons d’art nous pensons immédiatement aux Beaux-arts. Pourtant, le terme
d’art renvoie à un champ beaucoup plus large, comme le montrent les expressions telles que «
art culinaire », « art médical », « arts ménagers ». Avant de désigner les Beaux-arts, l’art
signifie généralement un ensemble de procédés permettant d’obtenir certains résultats et
d’obtenir certaines fins. La question de l’art ouvre une double réflexion : l’une sur l’art de
l’artisan et l’autre sur l’art de l’artiste. C’est donc tout d’abord en le distinguant de la science
que l’art doit être appréhendé. Mais s’entend dans le sens des beaux-arts, il semble nécessaire
de réfléchir sur les rapports entre l’art et le beau. Comment définir l’œuvre d’art ? Le beau
est-il un critère suffisant pour la définir ? L’œuvre d’art est-elle nécessairement une belle
œuvre ?

Sommaire

Citation n°1 : « Seul ce que l’on ne possède pas l’habileté de faire, même si on le
connaît de la manière la plus parfaite relève de l’art » Kant

Citation n°2 : « Le beau est ce qui plaît universellement sans concept » Kant

Citation n°3 : « L’art ou du moins sa destination suprême est pour nous une chose du
passé » Hegel

Citation n°4 : « L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible » Klee

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Citation n°1 : « Seul ce que l’on ne possède pas l’habileté de faire, même si on le
connaît de la manière la plus parfaite relève de l’art » Kant

Dans cette citation, Kant nous propose une définition générale de l’art. Il ne s’agit pas ici de
définir les beaux arts, mais l’art en général tel qu’on le rencontre dans des expressions comme
« art culinaire », « art médical » ou « art floral ». L’art n’est pas un savoir, mais désigne une
certaine habileté, un certain savoir-faire. Il ne suffit pas de connaître une chose parfaitement
pour en posséder l’art : l’art relève d’une habileté, mais il s’agit d’une habileté toute
particulière puisqu’elle ne naît pas de la connaissance, elle est un savoir-faire qui ne dérive
pas du savoir. Ainsi, un individu peut bien avoir suivi entièrement des études de médecine
sans être un bon médecin, sans posséder l’art médical. Toutes les études médicales ne font
nécessairement un bon médecin. Pour comprendre ce point, on peut simplement partir de la
distinction entre la science et l’art : la science qui est la connaissance des lois, c’est-à-dire des
rapports nécessaires et constants entre des phénomènes, constitue un savoir théorique alors
que l’art est une pratique dont le but est la réussite plutôt que la connaissance. Rousseau note
ainsi dans l’Emile que l’éducation est un art parce qu’aucun savoir théorique ne peut garantir
le succès de l’éducateur. En abordant ainsi la question générale de l’art, Kant nous propose
une définition négative puisqu’il est ce qui échappe à la connaissance. On peut penser ici à la
manière dont Aristote aborde également cette question en opposant deux mondes : le monde
céleste et le monde terrestre. Le monde céleste est le monde de la régularité et en observant le
mouvement des astres on constate que l’on a affaire à des mouvements réguliers et uniformes.
Par opposition, le monde terrestre est soumis au changement, il est celui de la naissance et de
la mort. C’est pourquoi Aristote notera que si on peut faire une science des astres,
l’astronomie, on ne peut pas construire de science (au sens d’une application des
mathématiques) de la nature. Le monde terrestre est le domaine de l’art ou encore de ce que
les Grecs appelaient la technè terme qui donnera le mot technique. Il faudra attendre Galilée
pour qu’advienne l’idée d’une science possible de la nature, d’une science physique (physis =
nature en grec). C’est ici que nous pouvons comprendre pourquoi nous parlons d’art médical :
le médecin qui a affaire à des corps doit sentir, saisir à quel moment il peut intervenir pour
soigner. Ceci ne relève pas d’un savoir théorique mais de l’art.

Exemple de sujets expliqués :

• Suffit-il de maîtriser une technique pour être artiste?


• Jusqu'où peut-on opposer l'artiste et l'artisan ?
• L'artiste sait-il ce qu'il fait?

 
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Citation n°2 : « Le beau est ce qui plaît universellement sans concept » Kant

Cette formule de Kant extraite de la Critique de la faculté de juger constitue le deuxième


moment de la définition du beau. Deux points sont essentiels ici : la notion d’universalité et
celle d’absence de concept. Pour parvenir à une telle définition, Kant commence par
distinguer le beau de l’agréable: l’agréable renvoie au principe « chacun son goût ». Je peux
être amené sans difficulté à reconnaître que ce qui m’est agréable ne l’est pas nécessairement
pour l’autre. Nous disons d’ailleurs « cela m’est agréable » ; le beau, au contraire ne renvoie
pas uniquement à moi-même, je ne dis pas « C’est beau pour moi », mais « C’est beau ». Dire
« c’est beau » consiste à attribuer aux autres la même satisfaction, à exiger l’adhésion des
autres. Affirmer que le beau est ce qui plaît universellement ne consiste pas à dire que tout le
monde trouve nécessairement les mêmes choses belles, mais que tout le monde devrait les
trouver belles. Face à une belle œuvre, j’ai le sentiment que tout le monde devrait la trouver
belle. Dire « C’est beau », c’est faire comme si la beauté était une qualité de l’objet, comme si
l’objet était objectivement beau. Or, le seul élément qui s’impose objectivement à moi est
mon état subjectif. Ainsi, s’il y a universalité du beau, cette universalité est sans concept,
contrairement au bien. En effet, je ne peux définir objectivement le beau. Si nous possédions
un concept du beau, nous aurions des critères objectifs de jugement, nous pourrions classer
objectivement les œuvres en belles et laides comme nous pouvons le faire avec ce qui est vrai
ou faux, bien ou mal. En résumé, face à une œuvre, je considère que tout le monde doit la
trouver belle, mais je ne possède aucun concept pour le déterminer objectivement. Kant
n’affirme pas pour autant ici que l’universalité du jugement existe dans les faits, tout le
monde ne dira pas nécessairement face à la même œuvre qu’elle est belle. Il nous dit
simplement que tout le monde devrait trouver ça beau. Est-ce à dire que la beauté est relative
? Non, même si les jugements esthétiques ne sont pas unanimes, ils revendiquent
l’universalité, au contraire du jugement de goût sur ce qui nous est agréable. Si la belle œuvre
n’est qu’affaire de goûts relatifs, alors tout objet peut être une œuvre et plus rien ne nous
permet de distinguer ce qui est une œuvre de ce qui n’en est pas. Refuser cette universalité,
c’est ruiner la question du beau. Si le beau est ce qui plaît universellement sans concept, nous
sommes renvoyés à l’impossibilité d’une définition conceptuelle du beau, nous sommes
renvoyés à son secret.

Exemple de sujets expliqués :

• Une oeuvre d'art est-elle utile ?


• Y a-t-il des règles de l'art ?
• La beauté suffit-elle a définir une oeuvre d'art ?
• Tout peut-il être artistique ? (Art)
• Peut-on prouver qu'une oeuvre d'art est belle ?

 
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Citation n°3 : « L’art ou du moins sa destination suprême est pour nous une chose
du passé » Hegel

Cette formule célèbre extraite de l’Esthétique est souvent résumée de la manière suivante : «
L’art est mort ». Cela signifie-t-il alors qu’il n’y a plus à notre époque d’œuvres d’art ? S’agit-
il de penser que l’art contemporain n’est pas de l’art ? Le risque de contresens est grand
lorsqu’on se limite à la formule résumée. Pour bien comprendre le sens ici, il faut s’attacher à
lire la phrase de Hegel dans le détail. En effet, il ne nous dit pas simplement que l’art est mort,
il nous dit que l’art est pour nous quelque chose du passé, « du moins dans sa destination
suprême ». Ceci ne signifie pas la fin empirique de l’inventivité artistique, mais l’achèvement
d’une époque particulière, celle d’une authentique sacralité des oeuvres. Nous ne vivons plus
au temps où les oeuvres d’art sollicitaient la vénération, parce qu’elles incarnaient d’une
manière ou d’une autre la présence du divin. Nous ne nous agenouillons plus nécessairement
avant de pénétrer dans un temple, et nous sommes éloignés des intentions et des sentiments
des hommes de Lascaux. Ce qui était Dieu dans un temple devient une statue dans un musée,
ce qui était portrait ou icône dans une église devient tableau dans une galerie... Les grandes
oeuvres appartenaient à des églises, elles avaient leur place dans des palais ou parfois jouaient
un rôle politique. Un portrait dans la maison était un tableau de famille, il était lié à la vie qui
entendait se servir d’elle. Hegel ne nous dit donc pas ici qu’il n’y a plus d’art, c’est dans sa
destination première et suprême que l’art est mort. « Il a perdu pour nous sa vérité et sa vie ».
Notre rapport à l’art a changé. Un Grec du Vème siècle avant JC qui entre dans un temple,
entre dans un lieu qui est à l’honneur d’un Dieu ou d’une déesse. Chaque temple a bien
souvent en son centre la statue de celui à qui il est dédié. La statue témoigne alors d’une
présence, mais elle n’est pas faite pour être regardée, elle n’est bien souvent visible que des
prêtres. Or nous ne voyons plus cette statue de Zeus ou d’Athéna, comme un Grec pouvait la
voir. De la même manière lorsque Giotto représente dans la Chapelle des Scrovegni la
crucifixion, c’est dans un lieu saint qu’il le fait, dans une représentation du chemin de croix.
Cette valeur de culte a disparu : nous ne voyons plus aucun Dieu, sinon dans la figure de
l’artiste. Qu’est-ce qui caractérise alors l’œuvre d’art ?

Exemple de sujets expliqués :

• L'artiste peut-il renoncer a tout idéal esthétique ?


• L'art est-il mort ?
• L'art est-il le langage de la religion ?

 
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Citation n°4 : « L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible » Klee

L'artiste n'est pas une sorte de copiste du réel, se contentant de représenter le monde. De ce
point de vue, nous pouvons jouer sur le verbe " représenter " qui signifie littéralement "
présenter deux fois ". Il ne s'agit pas en effet de se limiter à une imitation du monde. Si l’art
n’était qu’imitation de la nature, il serait alors une activité oiseuse et superflue comme le dit
Hegel dans l'Esthétique (il ajoute d'ailleurs que l'imitation parfaite de la nature est impossible
; l'artiste étant alors semblable à un " ver faisant des efforts pour égaler un éléphant "). Quelle
est alors la valeur du travail de l'artiste ? C'est une sorte de révélation de ce que nos yeux ne
voient pas, ne veulent pas voir ou ne voient plus. C'est un rapport au réel différent mais peut-
être plus authentique et plus parlant. C'est ce que veut dire " rendre visible " ou " créer le
visible ". Ainsi, l’art fait que nous ne sommes plus dans un rapport utilitaire au monde et aux
choses. Un rapport utilitaire aux choses qui nous entourent nous conduit à ne saisir le monde
que sous un certain aspect. L’art nous révèle le monde autrement, nous le dévoile autrement.
C’est dans une telle perspective que Heidegger, philosophe allemand du XXème siècle,
assimilera l’art à la vérité. Il ne faut pas alors entendre la notion de vérité dans son sens
logico-mathématique, le terme de vérité renvoie à son sens premier de dévoilement, alèthéia
en grec. Ce n’est donc pas ainsi à partir de la question du beau que le problème de l’art peut
être saisi : une œuvre d’art n’est pas nécessairement belle ; ce n’est pas non plus sa fidélité à
ce qu’elle représente ou sa perfection dans la représentation qui fait une œuvre d’art. L’œuvre
d’art serait ce qui dévoile, ce qui convertit et transforme notre regard sur le monde en nous le
donnant à voir autrement que dans notre rapport quotidien. Qui prendrait le temps de regarder
un fruit par exemple ? Notre préoccupation est de le manger et, comme tel, il est littéralement
invisible, il se dérobe à toute valeur esthétique. Or, dans la nature morte, nous prenons le
temps de contempler ces mêmes choses qui nous laissent indifférents hors de l’œuvre et
l’invisible se fait visible, il donne à voir ce que nos préoccupations immédiatement pratiques
nous masquent.

Exemple de sujets expliqués :

• L'art nous révèle-t-il quelque chose du réel ?


• Une oeuvre d'art nous invite-t-elle à nous évader du monde ou à mieux le regarder ?
• Le but de l'art est-il de représenter la réalité ?
• L'artiste est-il un menteur ?

 
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En s'interrogeant sur l'art, la réflexion rencontre...

• Le travail et la technique : si l’art s’oppose d’une manière générale ? la science, il ne


se confond pas pour autant avec la technique. Quels sont alors les procédés propres à
la technique qui la distinguent de l’art ?
• La religion : on parle communément de la dimension sacrée de l’œuvre d’art et de
nombreuses œuvres sont d’abord apparues dans un contexte religieux. Peut-on alors
assimiler le sentiment esthétique au sentiment religieux ?
• L’interprétation : face à une œuvre d’art, nous sommes souvent conduits ? nous poser
la question du sens ou des sens multiples qu’elle suscite. Ainsi, on interprète un texte,
on interprète une œuvre. En quoi peut-on distinguer l’interprétation de l’explication ?
• Le langage : on parle communément de langage musical, de langage pictural, de
langage cinématographique…on peut donc s’interroger sur la légitimité de telles
expressions. En effet, si l’œuvre d’art est un moyen d’expression, peut-on pour autant
l’assimiler ? un langage ? Il est alors nécessaire de se demander ce qui définit le
langage.

Lexique : Universel / général / particulier / singulier

Universel : qui s'applique à tout l'univers en tous temps et en tous lieux. Utilisé comme
substantif, ce terme désigne une idée ou une valeur considérées comme un type idéal pour
tous.

Général : qui sensé valoir pour tous les êtres appartenant à un même ensemble, à un même
genre. A la différence de l'universel, le général admet des exceptions.

Particulier : qui ne concerne qu'un individu ou quelques individus d'une même espèce. Le
particulier s'oppose à l'universel. Singulier : qui s'applique à un sujet unique.

Le singulier s'oppose au général. Le jugement esthétique tel que Kant nous le décrit est ainsi
un jugement qui a une prétention à l'universalité c'est-à-dire valant pour tous, alors que
l'agréable, par exemple, relève du particulier

 
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