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Seul le prononcé fait foi

Seul le prononcé fait foi Laurent W AUQUIEZ Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

Laurent WAUQUIEZ Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Rencontres Université et Entreprises, Université d’été du MEDEF MESR, vendredi 2 septembre 2011

Mesdames, Messieurs,

Alors que prend fin votre université d’été, nous mesurons plus que jamais que l’heure n’est pas au pessimisme, mais à la confiance, comme Mme Parisot l’a rappelé avec force mercredi matin. Cette confiance, les relations entre le secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche et les entreprises en sont un signe fort. Vous et moi nous le savons bien : derrière l’image d’Epinal d’un pays immobiliste, il y a la réalité d’une France qui se réforme et innove. Cette France-là, nous avons beaucoup fait, ensemble, pour la construire et nous voulons continuer dans cette voie. « Université et entreprises » : l’union de ces deux mots, de ces deux mondes, était, il y a peu souvent mal perçue. Longtemps, l’Université et l’entreprise se sont regardées avec distance, voire avec réticence. Chacun évoluait dans son propre univers, avec ses références et ses codes spécifiques. Ce temps est révolu. Cela est vrai pour la recherche comme pour l’enseignement supérieur.

I.

DANS LA RECHERCHE

Ces cinq dernières années ont permis de construire un partenariat stimulant et solide autour de l’innovation. La recherche en a été le pilier. C’est un puissant levier pour les performances économiques et de la compétitivité de notre pays. Grâce à l’action du gouvernement, la recherche partenariale et l’innovation décollent en France depuis 2007.

1. Grâce au crédit impôt recherche, nous disposons d’un outil puissant pour renforcer l’effort de R&D privée et accroître l’attractivité du territoire français. Il a été multiplié par trois. Cela fait de la France le pays le plus attractif pour l'innovation en matière fiscale. Et ce sont les secteurs industriels qui bénéficient de près des deux tiers du CIR. Les décisions de Google, Microsoft, Glaxo Smith Kline et d’autres de maintenir ou d'ouvrir un centre de recherche en France en sont la preuve : le CIR est un levier d’incitation majeur pour la localisation de nouveaux centres de recherche dans notre pays, et donc le gage de la croissance et de nouveaux emplois. Il a joué ces dernières années, le rôle d’une véritable arme anti crise, et a été un catalyseur de recherche partenariale entre le privé et le public.

2. Et en effet, la coopération entre public et privé n’a jamais été aussi forte. Les exemples en ce sens sont à la fois nombreux et éloquents :

- C’est d’abord le cas des laboratoires de recherche public-privé. Leur nombre est en constante augmentation : on en recense 214, dont plus de la moitié ont été créés après 2005.

Par exemple, le 27 octobre 2010, PSA a annoncé deux nouveaux partenariats à Marseille et à Bordeaux et la création d’un réseau international « d’OpenLabs » pour animer toutes ses structures public-privé.

- Les fondations universitaires et partenariales sont plébiscitées par les entreprises : 39 fondations ont été créées. Le cap des 200 entreprises associées est largement franchi.

Autre exemple : grâce à la fondation du PRES de Bordeaux, une chaire « campus Biotech » a été créée par Sanofi-Aventis pour, notamment, former des ingénieurs chimistes de Sanofi aux savoirs des biomolécules

- Les CIFRE (conventions industrielles de formation par la recherche) atteignent elles aussi un volume record. De telles conventions représentent un signal fort de l’intérêt de nos entreprises pour la recherche académique. Elles ont décollé ces trois dernières années pour atteindre le nombre de 1.200 thèses.

- le travail remarquable de nos jeunes docteurs en faveur de l’innovation doit être valorisé : l’incitation baptisée « jeunes docteurs » du CIR a été utilisée de manière fructueuse par près de 700 entreprises en 2008, soit un doublement en deux ans.

Nos chercheurs sont de plus en plus décomplexés vis-à-vis de l’innovation. Les vocations de « chercheurs entrepreneurs » sont de plus en plus nombreuses. Nous pouvons en être fiers.

3. Enfin, avec 22 Mds€ dans l’enseignement supérieur et la recherche, les investissements d’avenir constituent un puissant outil pour développer les interactions entre le secteur public et le secteur privé. Cet effort massif favorisera la transformation des avancées scientifiques en croissance et en emplois pour toute l’économie française.

Nous sommes un grand, un très grand pays de science. Nous devons aujourd’hui devenir un grand pays d’innovation

C’est pourquoi la recherche partenariale et les passerelles entre public et privé tiennent une place de choix dans tous les appels à projet, et particulièrement dans les instituts de recherche technologique qui sont des instruments nouveaux de reconquête industrielle sur des marchés stratégiques, pour créer des emplois durables dans notre pays, comme dans les matériaux à Nantes, sur le Rail dans le Nord, l’aéronautique à Bordeaux ou les biotechnologies à Lyon

Je voudrais insister sur ce point, car il me parait essentiel : ces appels à projets ont très largement dérogé aux règles ordinaires de l’investissement public sous forme de subvention pour prendre la forme de dotations en capital, d’avances remboursables, ou de prêts. En procédant ainsi, l’Etat se comporte en véritable investisseur avisé et cherche à maximiser l’effort de levier sur l’économie.

Ces choix, nous les assumons parfaitement, et ils feront le succès des investissements d’avenir.

4. Ces réformes portent leurs fruits et les premiers résultats parlent d’eux-mêmes, avec des clignotants au vert.

Un signe particulièrement fort est la progression spectaculaire des publications de brevets. En 2010, le nombre de brevets internationaux déposés par le CNRS et le CEA a augmenté de 30% selon les données de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle. Cette même année, 16 580 brevets ont été déposés par la voie nationale. C’est une hausse de près de 3% par rapport à l’année 2009.

C’est un bilan dont nous pouvons être fiers collectivement. Nous pouvons en être fiers pour la recherche mais aussi pour l’enseignement supérieur.

II. Nous avons en effet agi pour que ce nouvel esprit de coopération avec le monde de l’entreprise se transmette dès les premières années d’études universitaires. C’est l’un des signes d’un rapprochement fructueux entre université et entreprise. Il y a bien un avant et un après. Un avant d’incompréhensions diverses. Un après symbolisé par la la loi du 10 août 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités. Cette loi a atteint son objectif : en 2012, la quasi totalité des établissements français seront autonomes. Cette autonomie nouvelle permet en particulier aux universités d’engager des partenariats de manière beaucoup plus souple avec les entreprises. Par exemple, l’université de Clermont 1, que je connais bien, fait participer à son conseil d’administration des personnalités importantes du monde économique local (le numéro 2 de Michelin, le directeur général des laboratoires Théa, un représentant du groupe La Montagne…). Leur présence constitue un accélérateur de projets, relayée par l’existence de la fondation universitaire. Une start-up sur l’antibiothérapie s’est ainsi montée en quelques mois avec le laboratoire Théa. De même, une pharmacie expérimentale financée par les laboratoires a été créée au sein de la faculté de pharmacie. Les étudiants y font des mises en situation avec de vrais clients.

C’est une nouvelle culture de l’université que le gouvernement a voulu promouvoir. Une culture fondée sur une internationalisation accrue face à une concurrence de plus en plus aguerrie. C’est ce que nous sommes en train de bâtir avec des pôles d’enseignement supérieur et de recherche visibles, notamment de Shanghai, mais également repérables par les grands centres de formations et de recherche à l’international qui sont nos compétiteurs. Une

culture nouvelle de l’université reposant aussi sur une image renouvelée. L’Université est et sera une véritable pépinière de talents variés. Une culture intégrant enfin, serait-on tenté de dire, la dimension de la professionnalisation. L’un des premiers dossiers dont j’ai eu à m’occuper en juillet a été la refonte de la licence. Le nouvel arrêté licence met davantage l’accent sur la professionnalisation : Dès la 2ème année, on apprendra aux étudiants à élaborer un CV, à rédiger une lettre de motivation, bref, à faire valoir leurs compétences. Nous avons voulu mettre en place des référentiels de formation pour rendre lisibles les compétences acquises par les étudiants aux yeux des employeurs (et auprès des étudiants eux-mêmes !). La nouvelle licence ne doit plus laisser aucun étudiant sur le bord de la route. Elle doit être un passeport pour l’insertion.

Mais surtout un grand effort est entrepris autour des stages dans les cursus de licence. Des stages pour un futur emploi !Les bureaux d’aide à l’insertion professionnelle, ouverts depuis 2007, aident les étudiants dans leurs recherches de stages et d’emplois. Les stages proposés doivent être utiles à tous et respectueux de toutes et de tous. Je refuse les stages photocopieuse qui n’ont rien à voir avec le cursus. Le stage doit être un moyen d’appliquer au monde professionnel les compétences acquises en cours. C’est l’objectif de la loi Cherpion votée cette année. En 2009-2010 environ 30% des étudiants de licence ont effectué un stage. Nous devons aller plus loin.

Être exigeant sur l’employabilité de nos étudiants, cela veut dire aussi revaloriser l’apprentissage.

Nos efforts ont porté leurs fruits : Le nombre d’apprentis dans le supérieur a doublé en 10 ans, pour atteindre aujourd’hui 110 000 apprentis. Il faut aller plus loin car l’apprentissage, c’est un sésame vers l’emploi. L’alternance est le meilleur levier d’ascenseur social pour tous les jeunes, et en particulier pour ceux des classes moyennes, parce qu’elle permet de financer ses études et de décrocher un emploi qualifié dès la sortie : 83% des apprentis trouvent un emploi moins de six mois après leur formation (plus de 85% des apprentis sont salariés à douze mois pour le CFA SUP 2000 et à trente mois pour le CFA EPURE). Les apprentis sont plus nombreux à être en CDI que les étudiants passés par une scolarité classique ; et ceux qui ont suivi une licence professionnelle ont un salaire moyen un peu plus élevé. L’apprentissage concerne toutes les entreprises : les entreprises partenaires sont autant de grandes entreprises que des PME–PMI (A titre d’exemple pour le CFA SUP 2000, ces PMI-PME représentent 75% des entreprises pour 42% des contrats). Notre objectif est clair : promouvoir l’apprentissage dans tous les secteurs, en continuant à sensibiliser les jeunes et les entreprises, à simplifier l’accès à ces formations et à améliorer les conditions d’études des apprentis.

***

Ces cinq dernières années, le monde universitaire a su trouver la voie d’une ouverture volontariste vers le monde socio-économique. Un nouveau contrat de confiance avec les entrepreneurs en est la clef de voûte. À vous aussi d’être à l’écoute d’universités profondément transformées, loin des clichés du passé.

Je veux que nous soyons collectivement fiers de nos universités, de nos chercheurs, de nos étudiants.

Notre coopération en est la preuve et notre volonté le garant. Personne ne pourra nous faire faire machine arrière.