Vous êtes sur la page 1sur 28

Catégories de langue vs.

catégories de discours
2. Mode et modalité
3. Aspect et aspectualité
4. Diathèse (voix)
1. Mode et modalité
• Si le temps caractérise le procès par référence
au moment de l’énonciation, le mode le décrit
par référence aux protagonistes de celle-ci
(énonciateur/ locuteur; co-énonciateur/
allocutaire).
• Il tient à la manière dont le locuteur envisage
les rapports du procès à la réalité (le procès est
réel/ certain/ probable/ possible/ impossible).
• L’infinitif et le participe – temporalité virtuelle qui ne
s’actualise qu’en relation avec la temporalité d’un verbe
personnel, au niveau du discours.
• Ex:
– J’aime lire du Proust. (lire- à présent)
– J’aimais lire du Proust. (lire- dans le passé)
– J’aimerai lire du Proust. (lire- dans le futur)
• Ces formes n’ont pas non plus de valeur modale autonome,
sauf l’infinitif dans quelques cas:
• A) l’infinitif exclamatif – l’indignation: Moi dormir pendant les
cours!
• B) L’infinitif délibératif: Que faire maintenant?
• C) L’infinitif prescriptif/ injonctif- interdiction, injonction
(recommandation): Ne pas fumer! Ne pas marcher sur l’herbe!
Agiter avant l’emploi. Prendre deux cuillerée matin et soir.
• Le subjonctif vs. l’indicatif
- Le subjonctif est un mode essentiellement
subordonné (excepté dans les souhaits: Dieu
ait son âme!/ Qu’il repose en paix!/ Dieu soit
loué!/ Que Dieu lui pardonne!; Puisse-t-il
réussir!; Vive la France!, etc.).

- Par contre, l’indicatif apparaît aussi bien dans


les subordonnées que dans les principales.
- Le subjonctif possède une temporalité propre, mais dont
le degré d’actualisation est inférieur à celui de l’indicatif (il
oppose un passé à un présent-futur indifférencié, alors
que l’indicatif distingue clairement trois époques: passée,
présente et future).

- a un nombre réduit de formes temporelles: seulement 4:


subjonctif présent-futur, subjonctif passé, subjonctif
imparfait, subjonctif plus-que-parfait, alors que l’indicatif
en a 12: présent, passé récent, passé composé, imparfait,
passé simple, passé antérieur, passé récent dans le passé,
futur proche, futur simple, futur antérieur, futur proche
dans le passé, passé surcomposé, plus-que-parfait).
• Le subjonctif est une forme marquée (parce que
contrainte par le contexte); l’indicatif est une forme non
marquée dpdv modal.
• Le subjonctif s’associe aux valeurs subjectives-
appréciatives:
– l’affectif: J’ai peur qu’il ne revienne.
• un sentiment à propos d’un fait: réel, objectif (Je regrette qu’il soit venu
pour rien.) vs. irréel, potentiel (Cela me ferait plaisir qu’il vienne ce soir.)
– le volitif-désidératif: Je voudrais qu’il parte.
– le possible: Il se peut qu’il ait raison.
– l’incertain/ douteux: Je doute qu’il le sache.
– l’irréel: Il n’y a pas d’homme qui ait ce courage.
– le supposé: Mettons que vous ayez raison.
– le permissif-prohibitif: Je permets/j’interdis qu’on y fasse
allusion.
• L’indicatif peut exprimer toutes les valeurs:
– Le subjectif: Je crois qu’il viendra.
– L’objectif: Tenez, il est arrivé.
– L’éventuel: S’il vient, je lui parle.
– Le réel: Comme il n’est pas venu, je ne lui ai pas parlé.
– Le potentiel: S’il travaillait davantage, il réussirait.
– L’irréel: S’il avait travaillé davantage, il aurait réussi
– Le certain: Je suis certain qu’il viendra.
– L’incertain: Je ne sais pas s’il viendra.
– Le probable: Il semble qu’il réussira.
– L’improbable: Je ne crois pas qu’il viendra.
– Le sentiment: J’espère qu’il viendra.
– Le pressentiment: Je sens qu’il viendra.
• L’indicatif est un mode de base, car il fournit 2
types de phrase (sur les 4 qui existent): la
phrase déclarative (assertive) et la phrase
interrogative. Occasionnellement, il peut
exprimer aussi une injonction (ordre): Tu vas
te taire!
• Le subjonctif et l’impératif servent de support
à la phrase optative: Puisse-t-il guérir! Dieu
fasse qu’il vienne!, respectivement à la phrase
injonctive: Viens! Allez-vous-en! Qu’il s’en
aille! Qu’ils se taisent!
Pour l’impératif, la fonction injonctive est la
seule raison d’être – mode allocutif par
excellence.
• C’est un mode défectif: il n’a que 3 formes: Va!
Allons! Allez!
• C’est le seul mode personnel qui ne soit pas
précédé d’un SN sujet et qui fournit un énoncé
unifonctionnel verbal.
• Les modes sont inséparables des temps verbaux ,
dont ils constituent la dimension génétique.
• Ils correspondent aux principaux stades que le
procès de représentation du temps parcourt dans
la conscience du sujet parlant: début, milieu, fin.
• D’où trois séries de formes modales en français:
- les formes non personnelles (Infinitif et
Participe),
- les formes du Subjonctif et
- les formes de l’Indicatif.
• Le conditionnel est un temps plutôt qu’un
mode, un futur spécialisé dans l’expression de
l’hypothèse.

• L’impératif est un mode allocutif par excellence,


dont la valeur de base (injonctive) découle de
sa nature d’acte (ordre, invitation, prière). Son
rôle est de susciter en réponse une action
(verbale ou non verbale):
Dites-moi…
Fermez la porte!
Aspect et aspectualité
• L’aspect caractérise le procès par référence aux phases qu’il
traverse dans son déroulement physique, objectif.
• Ainsi le procès peut être envisagé comme se trouvant près de
sa limite initiale (aspect inchoatif/ ingressif), ou finale (a.
terminatif/ résultatif), comme ayant atteint cette limite (aspect
accompli) ou comme inachevé (a. inaccompli), comme un
procès en cours de développement (a. duratif) ou bloqué
globalement en un point (a. ponctuel), comme enregistrant une
certaine progression (a. progressif) ou une certaine fréquence
(a. fréquentatif).
• Il ne faut pas confondre: l’aspect grammatical, qui dispose de
marques spécifiques avec l’aspect lexical (inscrit dans le sens
même du V).
• Normalement, il devrait y avoir concordance
des deux (les V perfectifs se combiner avec
des formes d’accompli, les V imperfectifs +
formes d’inaccompli).
• En cas de non concordance, de nouvelles
valeurs apparaissent: le passé simple inchoatif
(Alors il parla. = il se mit à parler), l’imparfait
de narration (Un homme, qui voyageait à pied,
entrait dans le petite ville de Digne.)
• L’aspect – marques extérieures propres (affixes, auxiliaires ou
semiauxiliaires) ou marques intérieures aux autres catégories
verbales: le temps.

• Sur les 3 oppositions aspectuelles fondamentales (accompli vs.


inaccompli; ponctuel vs. duratif; inchoatif vs. terminatif), deux
relèvent à la fois du temps et de l’aspect, catégories rivales, mais
solidaires.
• Il suffit qu’une forme verbale soit mise en relation avec une autre,
pour que les notions de simultanéité/ non simultanéité prennent le
dessus:
Lorsqu’il eut débarrassé la table, il fit une pile des assiettes.
• Si les formes sont employées seules, dans des propositions
indépendantes, c’est leur valeur aspectuelle qui compte:
En un clin d’oeil, il eut débarrassé la table et fait une pile des
assiettes.
• L’opposition accompli/ non accompli se manifeste à
travers l’opposition formes composées / formes
simples. Comme la valeur d’accompli des formes
composées s’est affaiblie avec le temps, cédant le
pas à la valeur d’antériorité, le français parlé a créé
les formes surcomposées:
• Passé surcomposé:
Quand il a eu repris haleine, il a parlé.
• Plus-que-parfait surcomposé:
Il avait eu vite compris et s’était résigné.
• Futur surcomposé:
Quand il aura eu compris, il se sera résigné.
• L’opposition ponctuel/ duratif ou momentané/ non
momentané se manifeste par les formes
temporelles: Passé Simple vs. Imparfait.
Ex: Le lendemain matin Antoine quitta la maison alors que
son frère cadet dormait encore.
– Le ponctuel: une seule périphrase verbale: Il eut vite fait
de comprendre la situation.
– Le duratif: plusieurs périphrases à l’aide de être:
être + participe présent: Il est écoutant de la musique.
Être à + Infinitif: Ils sont là à jouer aux cartes.
Être en train de + Infinitif: Elle est en train de lire.
Être en voie de + Infinitif: Elle est en voie de faire fortune.
• Le progressif, variété du duratif, dispose de 2 périphrases:
 aller + participe présent: Son étonnement allait croissant.;
 aller + gérondif: Les prix vont en augmentant.
L’opposition entre procès envisagé à son début/ sa fin (aspect inchoatif
vs. aspect terminatif) s’exprime par les périphrases:
Commencer à/ se mettre à/ se prendre à + Inf vs.
Terminer/ cesser/ finir/ achever de + Inf
L’inchoatif aussi par quelques préfixes: en-/ a-/ é-: s’endormir, s’enfuir,
s’envoler, s’acheminer, s’élancer.

Cesser, en finir de (f. négative) + Inf – l’aspect itératif ou fréquentatif: Ils


ne cessent de se plaindre.
L’itératif – le préfixe re- (relire, refaire, reprendre)
Le fréquentatif – les infixes: -ill-, -ot-, -et-: crier/ criailler; mordre/
mordiller, tousser/ toussoter, voler/ voleter.
• L’aspectualité = un effet de sens issu de l’empli des formes dans le discours.
• Comme il n’a guère de marques spécifiques en français, où il interfère avec le
temps, l’aspect est plus une catégorie de discours qu’une catégorie de langue.
• D’une part, la valeur aspective de la forme temporelle et le caractère perfectif/
imperfectif du V s’influencent réciproquement, ce qui fait naître de nouvelles
nuances aspectives. D’autre part, une forme verbale peut, avec l’appoint des
moyens lexicaux ou syntagmatiques, exprimer toutes sortes de nuances
aspectives dérivant ou déviant de sa valeur aspective de base:
• Ex: Il but son verre, paya et sortit (ponctuel)
• Il but un verre chaque matin et soir. (itératif)
• Il but jusqu’au matin. (duratif)
• Il but chaque jour un peu plus. (progressif).
Les formes composées/ surcomposées – valeur aspective si employées seules;
valeur temporelle (antériorité) si employées avec des formes simples:
A 3 heures, il aura mangé (a. accompli)
Dès qu’il aura mangé, il fumera une cigarette.
La diathèse (la voix)
• - concerne les rapports du procès avec ses actants: agent et patient.
- n’a pas un système cohérent de marques.
- 4 valeurs de contenu (sens) en français: active, passive, réfléchie et
factitive.
- Ces valeurs – à définir à deux niveaux: schème actantiel de base et
structure syntaxique superficielle.
- Les rapports sémantiques profonds entre le procès et ses actants se
ramènent à deux schèmes actantiels de base:
- 1. agent – procès – patient
- 2. agent 1- initiative – agent 2 – action
- Le premier correspond aux phrases active, passive (agent ≠ patient)
et réfléchie (agent = patient). Le second correspond à la phrase
factitive.
• L’opposition actif vs. passif – surtout en surface:
l’actif – un sujet agissant, le passif – un sujet
subissant : Pierre bat Paul./ Paul est battu par Pierre.
• A la voix réfléchie, l’énoncé met en place:
 soit un seul actant qui agit sur lui-même (valeur
réfléchie): Pierre se lave.
 soit deux actants qui agissent l’un sur l’autre (valeur
réciproque): Jean et Marie s’aiment.
 Soit un seul actant qui subit l’action (valeur passive):
Ces produits se vendent bien.
A la voix factitive: deux agents: l’un l’initiateur, l’autre
l’exécutant: Pierre fait entrer Paul.
• Formants linguistiques:
• 1. La passivation= l’application à la phrase active d’une
transformation telle que le signifié étant invariant,
l’ordre et la fonction des deux SN (sujet, OD) soit
inversés. Le V – au participe passé et prend l’aux ETRE.
• La pluie obscurcit les vitres. – Les vitres sont
obscurcies par la pluie. ! Nouveau accord!
• La T passive concerne les V transitifs directs et
quelques transitifs indirects à objet [+animé] introduit
par à:
• Jean pardonne à Marie – Marie est pardonnée.
• Jean obéit à Pierre. – Pierre est obéi.
• Certains V transitifs directs se refusent à la
passivation: V dont l’OD [+possession
inaliénable] ou AVOIR + possession aliénable
ou non:
– Paul baisse les yeux. - *Les yeux sont baissés par
Paul.
– Paul a une voiture. - * La voiture est eue par Paul.
La présence d’un INF après le V peut bloquer la T
passive:
Marie voit les feuilles tomber - *Les feuilles sont
vues tomber par Marie.
• 2. La réflexivisation= l’application à une phrase
active contenant deux SN identiques (SN1=SN2)
d’une transformation telle que, le signifié étant
invariant, le SN2 soit remplacé par le pronom
réfléchi SE:
Pierre lave Pierre. – Pierre se lave.
Pierre nuit à Pierre. – Pierre se nuit.
Le pronominal réciproque: 2 séquences
coordonnées ayant le même SV et un SN1
identique au SN2 de l’autre.
Pierre bat Paul. + Paul bat Pierre. = Pierre et Paul se
battent.
- Superposition de l’actif et du passif !!!
- 2 séries de V:
a. V subjectifs: forme pronominale – valeur active, le pronom me/ te/ se…
n’est pas perçu comme un OD/OI mais comme un simple reflet du sujet.
b. V objectifs: forme pronominale - valeur passive, le pro = OD identique
au sujet, bien que distinct formellement.
Les pronominaux subjectifs: 2 types:
1. V essentiellement pronominaux: ne connaissent que la forme
pronominale: s’absenter, s’abstenir, s’écrier, s’écrouler, s’emparer,
s’évanouir, s’étonner, s’entêter, s’enorgueillir, se moquer, s’obstiner, se
parer, se pavaner, se repentir, se souvenir.
2. V accidentellement pronominaux: connaissent aussi une forme active,
mais dont le sens et l’emploi sont différents de ceux de la forme
pronominale: apercevoir qqn/ qqch- s’apercevoir de qqch; connaître
qqn/ qqch. – se connaître à qqch; douter de qqn/ qqch- se douter de
qqch; jouer à/ de qqch – se jouer de qqn/qqch; mourir- se mourir; etc.
• Les pronominaux à valeur passive – des V à sujet [-animé] : se
vendre, s’acheter, se dire, se faire.
• 3. La complémentation = porte sur deux séquences dont l’une
se trouve imbriquée dans l’autre sous la forme d’une
subordonnée complétive.
• Jean fait qqch. + Marie entre dans la pièce. = Jean fait QUE
Marie entre dans la pièce = Jean fait entrer Marie dans la pièce.
• - s’applique à:
 un schéma intransitif de phrase: Jean fait chanter Marie/ Jean la
fait chanter.
 Un schéma transitif direct: Jean fait chanter une chanson à/ par
Marie./ Jean lui fait chanter une chanson.
 Un schéma transitif indirect: Cette chanson faisait songer papa à
sa jeunesse. / Cette chanson le/ lui faisait songer à sa jeunesse.
• La construction factitive est soudée au point
que rien (excepté la négation pas/ plus/ point
ou un adv modalisateur: probablement/ sans
doute/ certainement…) ne peut séparer faire
de l’INF. Les noms devenus objets montés se
placent après l’INF. Les pronoms se placent
devant faire:
Jean (ne) fait (pas) nettoyer à Marie son bureau.
Jean (ne) le lui fait (sans doute pas) nettoyer.
• 4. La T impersonnelle= renverser l’ordre des SN/ SV.
• -s’applique à un schéma intransitif de phrase, car la présence
d’un OD après le V peut générer des confusions après
l’inversion du sujet: Il est arrivé trois trains à la fois.; Il
manque bien des choses à l’homme pour être parfait.
• -permet de faire du V le thème de l’énoncé et du sujet le
rhème (l’info nouvelle)
• -le V s’accorde avec IL impersonnel – 3e personne du singulier
quel que soit le sujet réel.
• - peut s’appliquer à deux conditions:
• 1. que le V soit employé intransitivement;
• 2. que le sujet de la phrase soit indéfini (i.e. qu’il ait un Pd
indéfini: Art Indef, Art Part, Adj Indef, Adj Num Card, Adv de
Qnt.: Il est arrivé un colis pour toi. Vs. Il y a le colis pour toi qui
est arrivé. (avec un sujet défini).
MERCI DE VOTRE ATTENTION!