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Résumé de l’arrêt n° 02 /2001 du 10 octobre 2001, de la Chambre de Discipline financière concernant l’Arrêté n° 2/2001 relative au Projet MASENS

I- LE MASENS

Le projet MASENS ( Méthode d’analyse du système énergétique du Sénégal) est né d’un accord entre l’ancien ministère du Développement industriel et de l’Artisanat (MDIA) devenu ministère des Mines, de l’Energie et de l’Hydraulique et l’école polytechnique fédérale de Lausanne (EPEL) signé le 23 août

1987.

Ce projet avait comme objectif principal de doter l’administration du Sénégal de programmes de calcul à l’ordinateur permettant d’effectuer, dans les conditions propres au Sénégal, des analyses et simulations de la demande d’énergie et du système d’offre énergétique.

Le projet ne disposait pas de locaux propres ; il était rattaché à la Direction de l’Energie. Pour ce qui est de la gestion financière et comptable, il faut signaler que le financement comportait deux volets :

1°) les dépenses prises en charge par la partie suisse (direction de la coopération au développement et de l’aide humanitaire).

2°) la contrepartie fournie par le Sénégal. La subvention suisse était estimée à 540 000 F suisses soit 220 millions de F CFA environ et était directement gérée par la partie suisse. Quant à la contrepartie sénégalaise, l’annexe n° 3 de l’accord initial l’avait fixée à 223 200 000 F CFA.

Il faut préciser que cette contribution sénégalaise devait être prélevée sur le Fonds national de l’Energie (FNE) qui était d’abord un compte spécial du trésor ( n°30- 40 ) dont l’administrateur des crédits était le Directeur de l’Energie. Le FNE a par la suite être intégré dans le budget d’investissement (chapitre 2837,article 8005 – 1) et c’est le chef du SAGE qui en est devenu finalement l’administrateur des crédits. Ces ressources de contrepartie étaient mobilisées par le biais d’une caisse d’avances qui a été créée par l’arrêté n° 06490 /MEF /DGT /TG du 20 juin 1988 et qui a connu plusieurs modifications.

II- LA PROCEDURE

La vérification de la gestion du projet, MASENS effectuée en 1997 sur la période de 1991 à 1996, par l’Inspection générale d’Etat, a abouti à un ordre de poursuites adressé par le Président de la République au Commissaire du Gouvernement près la Cour de Discipline budgétaire (CDB).

Cet ordre de poursuites concernait quatre personnes ayant toutes participé, à un titre ou à un autre, à cette gestion.

C’était toutefois pendant une période de dysfonctionnement de la CDB, dû à la vacance des postes du commissaire du gouvernement et de son substitut. Par la suite, la CDB a été remplacée par la Cour de Discipline financière (CDB) créée par la loi n° 98-20 du 26 mars 1998, mais cette juridiction n’a pas eu le temps de fonctionner.

Les affaires relevant de sa compétence ont été dévolues à la Cour des Comptes par l’article 45 du décret n° 99-499 du 8 juin 1999 fixant les modalités d’application de la loi organique n° 99-70 du 17 février 1999 sur la Cour des Comptes.

L’ordre de poursuites ayant été enregistré au secrétariat du Commissaire du Droit, ministère public près la Cour des Comptes, le 30 janvier 2001, les faits antérieurs au 30 janvier 1996 ont dû être écartés pour cause de prescription en application de l’article 10 de la loi n° 76-91 du 2 juillet 1976 relative à la Cour de Discipline budgétaire. De ce fait, deux des quatre personnes initialement poursuivies ont été mises hors de cause, la procédure ne concernant plus dès lors que MM. Djbril SAMB et Mamadou DIA, et pour la partie de leur gestion postérieure au 29 janvier 1996.

III- LES IRREGULARITES

Suivant la décision n° 13 du Commissaire du Droit, portant ses conclusions, MM. Djibril SAMB et Mamadou DIA ont été renvoyés devant la Chambre de Discipline financière pour deux séries de fautes de gestion relatives à la violation des règles d’exécution des dépenses et de la réglementation en vigueur concernant les marchés.

31- LA VIOLATION DES REGLES D’EX ECUTION DES DEPENSES DU PROJET.

Il est principalement fait grief à Messieurs Samb et Dia d’avoir fait des commandes excessives de fournitures et de petit matériel de bureau, d’ avoir fait réparer et entretenir des véhicules n’appartenant pas au Projet .

311- LES COMMANDES EXCESSIVES DE FOURNITURES ET DE PETIT MATERIEL DE BUREAU

L’inspecteur-vérificateur a relevé qu’en 1996, année non couverte par la prescription, ces dépenses s’ élevaient à 20 680 503 F. Or, l’arrêté initial n° 6940 /DGT/TG du 20 juin 1988 créant une caisse d’avances pour l’exécution des dépenses sur les ressources de contrepartie ne prévoyait en son article 2 que « l’achat de menues fournitures de bureau » parmi les dépenses effectuées sur cette caisse , dont le plafond était fixé à 11 millions de francs par l’article 1° . Les arrêtés successifs jusqu’au dernier en date, à savoir celui n° 9984 du 2 novembre 1993 abrogeant l’arrêté n° 5224, font état quant à eux d’ « achat de petits matériels et de fournitures de bureau ».

Les prévenus ont voulu justifier l’importance de ces commandes de fournitures par l’informatisation qui était en cours dans le ministère. Il y avait selon eux un besoin important de consommables pour venir en appoint au département car le projet était logé à la Direction de l’Energie et n’avait pas d’autonomie. Ils soutiennent en outre que c’est sous cette seule rubrique qu’on pouvait imputer des dépenses comme l’acquisition de micro- ordinateurs et autres machines à calculer et que les services du Trésor ne leur ont jamais opposé le caractère excessif des commandes sous cette rubrique.

Eu égard aux qualificatifs employés, « menues » ou « petits », par les arrêtés précités, concernant les dépenses à payer sur les crédits de la caisse d’avances, la somme de 20 680 503 F dépensée au titre de cette rubrique pour la seule année 1996 ne peut qu’être considérée comme excessive. En réalité, le montant élevé des dépenses s’explique par le fait qu’on y a imputé des dépenses qui n’étaient pas celles du projet, mais bien celles du département ministériel qui l’abritait pour ses besoins importants en micro- ordinateurs notamment. Il y a eu donc de la part de MM. Djibril SAMB et Mamadou DIA une imputation irrégulière de dépenses au sens de l’article 5A 2° de la loi n° 76-91 du 2 juillet 1976 relative à la Cour de Discipline budgétaire.

312- LES REPARATIONS ET L’ENTRETIEN DE VEHICULES N’APPARTENANT PAS AU PROJET

Le projet MASENS ne disposait que d’un seul véhicule, la R 21 n° 5800 TTB1. Or, en 1996, 6 262 758 F ont servi à réparer plus d’une dizaine de véhicules. L’ article 2 de l’ arrêté du 2 novembre précité et relatif aux dépenses autorisées sur la régie parle sur ce point de « frais d’entretien et réparation de véhicules, machines et autres matériels informatiques du projet ».

Les prévenus, pour justifier ces dépenses, ont fait valoir que le projet n’avait pas d’autonomie, qu’à ce titre, son véhicule était confondu dans la masse des véhicules du département qui étaient gérés en pool par le chef du SAGE. Selon eux, les missions étant fréquentes et nombreuses, les responsables du projet utilisaient tout véhicule du ministère qui leur tombait sous la main et parce que la plupart des véhicules étaient d’un âge assez avancé, il leur arrivait très souvent de procéder à des réparations pour pouvoir les utiliser.

Cette réponse n’a pas été jugée convaincante, le sens des dispositions de l’article 2 ne souffrant d’aucune ambiguïté, et visant exclusivement la réparation des véhicules du projet MASENS. Le fait de réparer d’ autres véhicules sur les crédits du projet constitue une fausse imputation de dépenses, au sens de l’ article 5A 2° et de façon générale une infraction aux règles régissant l’exécution des dépenses au sens de l’ article 5A 8° de la loi 76-91 précitée .

32- LA VIOLATION DE LA REGLEMENTATION EN VIGUEUR CONCERNANT LES MARCHES

PUBLICS

Il est reproché aux prévenus d’avoir passé en 1996 des commandes excessives de fournitures et petits matériels de bureau qui se sont chiffrés à 20 680 503 F en 1996 en violation de la réglementation sur les marchés publics. Le projet MASENS étant un projet de l’Etat du Sénégal, les marchés passés dans ce cadre sont régis par les dispositions du décret n° 82-690 du 7 septembre 1982 portant réglementation sur les marchés publics, modifié. En effet l’article 2, alinéa 1°, dudit décret stipule : « Il est obligatoirement passé un marché pour les achats de fournitures livrables immédiatement ou au fur et à mesure des commandes lorsque les besoins annuels prévisibles justifient l’acquisition d’ une quantité dont la valeur égale ou excède 10 000 000 F, de même s’ il est fait appel à plusieurs fournisseurs pour la réalisation d’ une fourniture et la livraison effectuée par chacun d’ eux est inférieur à 10 000 000 F».

D’ après les prévenus, le montant en cause n’a pu être obtenu que par le cumul de petites commandes successives, ce qui explique l’absence de marchés. Cependant, l’article 2 du décret 82- 690 fait référence « aux besoins annuels prévisibles » qui imposent la passation d’un marché quand ils atteignent 10 millions de francs. Même si on admet qu’une partie des dépenses pouvait consister en achats successifs effectués au fur et à mesure des besoins, chez divers fournisseurs, un stock de base pouvait être déterminé à l’avance et faire l’objet d’un ou plusieurs marchés, ce qui aurait permis de faire jouer la concurrence. S’agissant comme en l’espèce de commandes successives, il y a donc eu fractionnement afin de s’affranchir des prescriptions du décret n° 82-690 sur les marchés publics de la part des sieurs Samb et Dia qui se sont rendus ainsi coupables de violation de la réglementation en vigueur concernant les marchés, infraction prévue par l’ article 5-6° de la loi n° 76-91 sur la CDB.

IV- LES RESPONSABILTES

La responsabilité de Monsieur Djibril Samb est engagée au premier chef , en tant qu’ administrateur des crédits du Projet MASENS qu’il avait l’obligation de gérer « en bon père de famille » conformément aux règles relatives à l’exécution des dépenses du projet et à celles relatives aux marchées publics.

La responsabilité de Monsieur Mamadou DIA est également engagée, conformément à l’article 49 du décret du 17 juin 1966 portant réglementation sur la comptabilité publique de l’ Etat, qui prévoit la responsabilité personnelle et pécuniaire des régisseurs, et à l’instruction générale n°4/MFAE du 14 janvier 1976 sur les régies, qui dispose que le régisseur d’avances « ne peut payer que les dépenses entrant dans le cadre des dépenses autorisées dans l’acte constitutif de sa régie » .

Même si les prévenus ont tous les deux tenté de justifier les irrégularités commises en invoquant le contexte d’urgence résultant de demandes pressantes de la partie suisse, cet argument ne saurait prospérer chez le juge financier.

V- LA DECISION

MM. Djibril SAMB et Mamadou DIA sont déclarés tous les deux coupables de fautes de gestion et condamnés chacun à 100 000 F d’amende en application des dispositions des articles 5 A (2°, 6° et 8°) et 7 de la loi n° 76-91 du 2 juillet 1976 relative à la Cour de Discipline budgétaire.

Ils sont été en outre condamnés solidairement aux dépens.

Arrêt rendu par la Chambre de Discipline financière de la Cour des Comptes, statuant contradictoirement, en audience non publique, en premier et dernier ressort, le 10 octobre 2002.

Le Rapporteur

Résumé effectué par M. Hamidou AGNE, Conseiller référendaire et revu par M. Moustapha GUEYE Président de chambre

Hamidou AGNE

Le contre rapporteur

Moustapha GUEYE