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> Des mondes en quête de développement Séquence 2-HG00 43

> Des mondes en quête de développement

Séquence 2-HG00

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> Unité et diversité des Sud Cette séquence est destinée uniquement aux séries L et

> Unité et diversité des Sud

Cette séquence est destinée uniquement aux séries L et ES

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I n t r o d u c t i o n 49 Chapitre 1

Introduction

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Chapitre 1

> Les Sud : des pays liés avant tout par le sous-développement

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A
A

Comment définir les Sud ?

B
B

Les Sud connaissent une contrainte démographique forte

C
C

Les différents types de politique de développement

Chapitre 2

> Les Sud sont caractérisés par une certaine hétérogénéité

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A
A

La mise en place d’indicateurs de comparaison :

 

du PNB à des indicateurs de plus en plus complexes

 
B
B

Des écarts de développement qui ont tendance à se creuser

C
C

Des espaces qui ont tendance à se hiérarchiser

Chapitre 3

> Le Brésil : un pays toujours en quête de développement

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A
A

Le Brésil : une puissance paradoxale

B
B

Des déséquilibres régionaux de grande ampleur

C
C

Le nouveau défi d’un développement inégalitaire

Conclusion

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Se reporter aux cartes n°1, 2, 3 et 4 de l’annexe.

 

Sommaire séquence 2-HG00

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ntroduction
ntroduction

L’espace mondial est aujourd’hui concerné par des processus majeurs, le principal étant la mon- dialisation et les flux que cela induit (flux de personnes, de biens, d’argent…). Cependant, ces flux sont concentrés entre certains acteurs privilégiés de la mondialisation et entraînent une ségrégation de certains territoires débouchant sur des inégalités de développement. Ces inégalités sont visibles à plusieurs échelles et dans toutes les régions du monde.

À l’échelle planétaire, cette distinction est essentiellement socio-économique et différencie les pays du Nord des pays du Sud, souvent par le biais des différences nationales du produit intérieur brut basé sur la parité de pouvoir d’achat (PPA - sur la base du dollar international actuel).

Produit intérieur brut (PIB) ppa par habitant en 2007 (en milliers de dollars). 0 3,4
Produit intérieur brut (PIB) ppa par
habitant en 2007 (en milliers de dollars).
0
3,4
9
19
33
80
Absence d'informations
Limite Nord / Sud
Réalisation : Johan Oszwald

Figure 1 : Pays du Nord / pays du Sud – le fossé de la répartition des richesses dans le monde.

Les pays du Sud, c’est-à-dire la majeure partie de la planète et de ses habitants, regroupent des pays pauvres et/ou confrontés à des difficultés de développement. Ce sont des pays qui n’ont pas la capacité de satisfaire les besoins essentiels de leur population et de lui permettre d’ac- quérir un mieux-être nécessaire à son épanouissement (S. Brunel). Cependant, alors que pendant les décennies 1950, 1960 ou 1970 les experts et les observateurs proposaient une vision globale des pays en développement sous le terme de tiers-monde, il est apparu depuis que cette notion dissimulait en fait une très grande diversité des situations de chacun des pays. D’ailleurs, cette diversité n’a fait que s’accentuer, notamment par le biais des processus induits par la montée de la mondialisation.

En quoi le groupe constitué par les pays du Sud est-il traversé par des processus de diversi- fication, et ce malgré des traits communs indiscutables liés au sous-développement ?

Vous vous reporterez à la carte : « La pluralité des pays du Sud » dans l’annexe.

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Les Sud : des pays liés avant tout par le sous-développement
Les Sud : des pays liés avant
tout par le sous-développement
A
A

Comment définir les Sud ?

Après les décolonisations massives du XX e siècle, les pays nouvellement décolonisés se sont vus regrou- pés par les experts du développement sous le terme de « pays du tiers-monde ». Il faut attendre les années 1970-1980 pour voir apparaître de nouvelles dénominations à cet agrégat de pays en dévelop- pement. Mais quelle réalité géographique et/ou socio-économique représentent ces Sud ?

Un glissement conceptuel : du tiers-monde au Sud

L’expression « tiers-monde » est employée pour la première fois par le démographe Alfred Sauvy en 1954 dans un article intitulé « Trois mondes, une planète » paru dans le France Observateur. Il y postule

que « L’ensemble de ceux que l’on appelle, en style des Nations unies, les pays sous-développés, ce tiers-monde ignoré, exploité, méprisé, comme le tiers état, veut lui aussi être quelque chose ». Cette

expression souligne d’emblée dans le débat mondial, focalisé sur les deux blocs américain et soviétique, l’enjeu politique du développement. En effet, la conférence de Bandung (Indonésie), en avril 1955, est la première occasion pour 29 États d’Afrique, d’Asie ou du Moyen-Orient, dit du « tiers-monde », de faire entendre leur voix sur la scène internationale. Les initiateurs de la conférence de Bandung sont très vite rejoints par les pays accédant à l’indépendance au cours des années 1950-1960.Cette expression recouvre aussi, à partir de 1961, le mouvement des pays non alignés. Cette augmentation des effectifs permet de défendre, au cours des années 1960, le principe d’un nouvel ordre économique international (NOEI).

En 1964, 77 États se sont regroupés autour du mouvement des pays non alignés et forment un groupe autonome au sein des Nations unies. Ce mouvement fonde également la conférence des nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED). Toutefois, ces pays continuent de subir une image internationale négative, souvent appelé « pays sous-développés ». Ce n’est qu’à partir des années 1970 que les pays du « tiers-monde » sont qualifiés de « pays en développement » (PED). Dans les années 1980, l’expression « pays du Sud » apparaît dans la littérature pour faciliter la distinction entre les pays en cours de développement au Sud et les pays développés et industrialisés au Nord.

Les Sud sont constitués par des pays caractérisés par un certain retard économique

Dès la création du mouvement des pays non alignés, les pays sous-développés présentent une forte unité face aux deux grandes puissances de l’époque, le bloc américain et le bloc soviétique. Soumis à des contraintes socio-économiques souvent très proches, comme leur forte crois- sance démographique, ces pays restent majoritairement ruraux. De ce fait, ils sont incapables de répondre aux dynamiques globales de l’époque, incapables d’assurer leur autosuffisance. De plus, loin des flux internationaux, ces pays présentent en grande majorité des nombreux retards en matière d’infrastructures, d’accès aux soins ou à l’éducation. Ces retards sont aggravés par des systèmes pro- ductifs souvent peu diversifiés, amenant une forte dépendance des pays non alignés à l’exportation des matières premières.

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Euromégalopole Mégalopolis Mégalopole de Tokaido Les phases de transition démographique en 2007. Régime
Euromégalopole
Mégalopolis
Mégalopole
de Tokaido
Les phases de transition
démographique en 2007.
Régime démographique moderne
Deuxième phase en cours
Premiére phase en cours
Centres mondiaux de décision
Métropoles
Figure 2 : La transition démographique dans le monde en 2005
et les principales aires de puissance de la mondialisation.
Réalisation : Johan Oszwald

Les Sud : de la solidarité socio-économique aux premiers tiraillements

Les décennies 1970-1980 ont été marquées par de nombreuses recompositions au sein de ce groupe jusque-là solidaire. Il faut remarquer que cette solidarité est essentiellement due à des contraintes socio-économiques similaires et partagées. Certains pays non alignés vont connaître, aux cours de ces décennies, de profonds bouleversements visant à les conduire vers le développement, comme pour les Dragons asiatiques (Corée du Sud, Hong-Kong, Singapour et Taiwan). De même, la hausse du prix du pétrole va permettre aux grands États producteurs du Sud de financer et d’encourager un développement rapide. En revanche, de nombreux États restent en dehors de ces nouvelles dynamiques, connaissant des sorts divers. En effet, les pays d’Amérique latine, peu ouverts aux échanges, ont dû gérer une insertion difficile dans la mondialisation. Les pays d’Afrique subsaharienne ou d’Afrique centrale se sont enfoncés dans des crises, parfois successives, dans les décennies 1980-1990. De plus, la situation politique internationale évoluant, certains pays du Sud ont été privés du soutien de l’URSS avec la fin du communisme. En trois décennies, le Sud solidaire s’est progressivement mué en un Sud dispersé et divisé. Cependant, les 133 pays membres que compte désormais le « groupe des 77 » fondateur de la CNUCED, font ressurgir parfois des solidarités face à l’hégémonie économique et institutionnelle des pays du Nord. Ces 133 pays membres connaissent toujours des contraintes communes même s’ils possèdent différents types de politique de développement : prise de position commune à l’organisation mondiale du commerce (OMC) ou au sommet de Copenhague (décembre 2009), par exemple.

B
B

Les Sud connaissent une contrainte démographique forte

Les Sud connaissent toujours une contrainte démographique forte, alors que les pays du Nord sont caractérisés par un renouvellement générationnel en sursis ou non assuré, et sont souvent présentés comme vieillissants (cf. figure 2).

Depuis ces cinquante dernières années, la population a triplé

Les pays du Sud regroupaient en 1950 près de 65 % de la population mondiale avec 1,6 milliard d’habitants. Aujourd’hui, ce chiffre a triplé pour représenter près de 85 % de la

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population mondiale. Et les pays du Sud représentent désormais 98 % de l’accroissement de population mondiale par an !

Même si les taux de croissance ont reculé, les pays du Sud doivent gérer une explosion démographique qui dure depuis les années 1950, ce qui est souvent présenté comme un énorme handicap pour leur développement économique.

Groupe d'âges 1950 90-94 80-84 70-74 Homme Femme 60-64 50-54 40-44 30-34 20-24 10-14 0-4
Groupe d'âges
1950
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Homme
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60-64
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2000 Homme Femme 100 50 0 50 100
2000
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Figure 3 : Pyramides des âges de la Chine en 1950 et en 2000

Certaines caractéristiques démographiques des pays du Sud par rapport aux pays du Nord sont indispensables à connaître :

- 33 % des habitants des Sud ont moins de 15 ans contre 18 % dans les pays du Nord ;

- l’âge médian est de 25 ans dans les Sud (40 ans dans le Nord) ;

- le taux de natalité est de 25 ‰ en moyenne avec une fécondité encore forte ;

- la mortalité infantile est maintenant assez faible.

Ces chiffres montrent à quel point les pays du Nord et les pays du Sud sont antagonistes en termes de développement démographique. Cette situation constitue un frein très important au développement socio-économique des Sud.

La « surchauffe » démographique : un frein au développement

Les pays du Sud ont dépassé les 5 milliards d’habitants en 2003 et devraient dépasser les 7 milliards entre 2025 et 2030.

Cette situation s’explique notamment par le fait que les pays du Sud ont majoritairement opté, au départ de leur développement, pour un non-interventionnisme de l’État dans les affaires familiales. De ce fait, les plannings familiaux ont totalement été rejetés. Ce choix s’explique par la volonté de renforcer la puissance économique du pays par la croissance de la population. Cependant, une trop forte croissance démographique entraîne, à long terme, des effets inverses. En effet, au-delà d’un accroissement annuel de la population de 2 à 3 %, la croissance économique est insuffisante pour répondre à ses besoins : scolarisation et éducation des jeunes, assurer aux personnes actives un emploi, donc fort taux de chômage… De ce fait, la pression démographique engendre un accroissement important des pressions humaines sur l’environnement et les ressources naturelles : la faible scolarité et des perspectives économiques pessimistes entraînent un essor des conversions agricoles non encadrées, ce qui peut amener une augmentation de la déforestation, du surpâturage, de l’érosion des sols… Face à ces difficultés, des politiques de contrôle des naissances ont été adoptées dans la plupart des pays du Sud. Certaines politiques de gestion des naissances ont été précoces et efficaces, comme en Chine au cours des années 1990 ; néanmoins, beaucoup ont été tardives et limitées, comme en Afrique subsaharienne.

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Le nouveau défi de l’urbanisation galopante

Les villes du Sud sont les réceptacles de la croissance démographique de ces dernières décennies. En effet, plus de deux milliards de citadins vivent aujourd’hui dans les villes des Sud. D’après les projections démographiques, sur les cinq milliards de citadins que comptera la planète en 2025, quatre milliards seront dans les pays du Sud. Cette très nette augmentation de la population citadine pose de nombreux problèmes, tant au niveau de la gestion urbaine qu’environnementale, surtout dans un contexte mondial de développement durable et de promotion de la protection de l’environnement. La gestion des processus d’urbanisation pose déjà de très lourds handicaps, notamment au regard du milliard de citadins qui vit dans les bidonvilles. Ce chiffre ne prend pourtant pas en compte ceux qui accèdent à des logements dans des conditions médiocres (pas d’accès à l’électricité, à l’eau potable…). L’urbanisation a longtemps représenté un progrès et une étape décisive pour le développe- ment économique. Cependant, elle apparaît aujourd’hui comme un transfert de la pauvreté des espaces ruraux vers les espaces urbains.

Les défis posés par une contrainte démographique généralement très forte sont nombreux et variés. Néanmoins, ils sont aussi influencés par les politiques mises en œuvre par les États du Sud pour accéder au développement.

C
C

Les différents types de politique de développement

Les pays du Sud se caractérisent, malgré leurs ressemblances, par des trajectoires de développement variées. Nous présentons ici les différents types de politique mis en œuvre pour favoriser le dévelop- pement économique et l’insertion des États du Sud dans la mondialisation.

Le poids des héritages géopolitiques : des choix sociopolitiques déterminants

Les pays du Sud ont vécu depuis le XIX e siècle sous la dépendance des pays du Nord, et cela, jusqu’à la moitié du XX e siècle. Cette période, souvent désignée comme la « première mondialisation des échanges », est majoritairement sous la domination des grandes puissances coloniales. Les flux de marchandises sont structurés par les centres dominants du système monde, qui organisent à leur profit l’exploitation et la mise en valeur des espaces qu’ils contrôlent, essentiellement au Sud. Cette situation entraîne des rapports de force de dominants à dominés, et a contribué à priver les pays du Sud de capacité de développement propre, souvent réduits au rôle de fournisseurs de matières premiè- res pour les acteurs de la première révolution industrielle. Les pays du Nord se réservaient ainsi les activités innovantes, la plupart des industries, maintenant un monopole des échanges avec leurs colonies. Lors des indépendances, les pays du Sud vont donc hériter d’une économie faiblement déve- loppée et diversifiée, autant dans les infrastructures que dans les capacités d’innovation. De plus, majoritairement tournée vers l’extraction ou la production de matières premières, la main-d’œuvre est très peu qualifiée et l’encadrement quasi inexistant.

Pays et part des produits de base dans les exportations totales (2005)

De 30 à 50 %

De 50 à 75 %

De 75 à 100 %

Tchad

Burkina Faso

Burundi

Egypte

Guinée Equatoriale

Cap-Vert

Guinée-Bissau

Ethiopie

Somalie

Madagascar

Gambie

Zambie

Mauritanie

Ghana

Ouganda

Rwanda

Libéria

Guinée

Soudan

Malawi

 

Togo

Mali

 

Tanzanie

   

Zaïre

   

Figure 4 : Dépendance des pays africains aux exportations spécifiques de produits de base non pétroliers.

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Toutefois, la colonisation a assuré l’essor des dynamiques urbaines par le développement d’infrastructures adaptées. Ces dynamiques sont primordiales puisque la ville est le pôle nécessaire au développement et au maillage territorial. De plus, certaines infrastructures indispensables ont aussi été léguées, comme le réseau ferroviaire ou les infrastructures portuaires, ce qui permet de sou- tenir l’insertion dans la mondialisation en facilitant les échanges entre le monde et l’arrière-pays. Cet arrière-pays est également rendu plus viable par les activités exportatrices qui y ont été développées durant la colonisation, majoritairement les mines et les plantations.

Ces aménagements, mêmes s’ils permettent de faciliter les politiques de développement, ou du moins de les initier, sont généralement limités aux espaces riches en matières premières et/ou aux régions côtières, lieu d’échanges privilégiés avec les centres dominants. Cette situation a donc été la cause de déséquilibres territoriaux durables, malgré son rôle indéniable dans l’insertion de certains pays du Sud dans les échanges mondiaux.

Les principales stratégies de développement

Les diverses voies de développement empruntées par les pays du Sud ont placé l’industrialisation moderne au centre de leurs objectifs. Trois principales stratégies d’industrialisation ont été pri- vilégiées par les pays du Sud :

L’industrialisation par substitution aux importations est la plus ancienne.

Ce modèle fut initié par des pays d’Amérique du Sud tels que l’Argentine ou le Brésil. Il s’est diffusé dès les années 1950 dans d’autres pays (Egypte, Côte d’Ivoire ou Tunisie). Il s’appuie sur une forte intervention étatique couplée à une politique protectionniste élevée. De ce fait, le pays est isolé du marché mondial, mais facilite le développement d’un nombre d’actifs ayant un emploi important et d’un marché intérieur structuré. Ainsi, le pays se dote de moyens économiques lui per- mettant de développer des assises solides pour préparer son insertion dans la mondialisation, dans un second temps.

L’industrialisation axée vers l’exportation constitue le modèle asiatique de développement.

Initié par le Japon, puis diffusé aux quatre Dragons asiatiques(Corée du Sud, Hong-Kong, Singapour et Taiwan), dans les années 1960, ce modèle, couramment appelé « vol d’oies sauvage », est fortement ouvert aux échanges internationaux afin de s’appuyer sur la demande des pays du Nord pour assurer son insertion dans la mondialisation. Ce modèle est celui qui a donné les meilleurs résultats, avec des pays qui sont considérés aujourd’hui comme développés (Corée du Sud, Hong-Kong, Singapour et Taiwan).

Enfin, la voie autocentrée s’est inspirée du modèle soviétique de développement, c’est-à- dire celui des « industries industrialisantes ».

La plupart des pays du monde arabe (Algérie), l’Iran, la Corée du Nord, la Chine ou l’Inde ont opté pour ce modèle. Cette stratégie de développement a donné naissance à de puissants pôles d’activités, mais souvent peu diversifiés. En effet, ce modèle s’appuie sur une idéologie caractérisée par la mise en place de la propriété d’État comme moyen d’accéder à une « transition au socialisme ». Cependant, ce système de développement est un échec, dû principalement à la faillite du système soviétique dont il s’inspirait.

Certains pays ont préféré d’autres modèles de développement, permettant d’assurer au final l’industrialisation du pays, comme les politiques de révolution agricole ou de promotion touristique.

Les politiques de développement agricole visent à réduire la dépendance alimentaire tout en intégrant le monde rural à la dynamique de développement économique du pays.

La modernisation agricole concerne particulièrement les pays d’Asie avec la transformation de la riziculture.La mise en œuvre des révolutions vertes s’est attachée à transformer les tech- niques de culture à partir des années 1960. La révolution verte est une politique de transformation et de refonte des agricultures des PED, fondée sur l’intensification et l’utilisation de variétés agricoles à hauts rendements, comme le riz, le blé ou le maïs. L’utilisation d’engrais, de pesticides et de l’irrigation

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permet un fort accroissement de la production agricole. Cependant, cela entraîne un fort accroissement des inégalités sociales dans les milieux ruraux. En effet, ce sont les paysans les plus riches qui peuvent faire face aux coûts de mise en œuvre de ces avancées technologiques, les paysans les plus pauvres étant écartés de cette dynamique, l’exode rural s’en trouve donc généralement renforcé (cas du Brésil avec la montée des paysans sans terre dans les années 1980-1990). La promotion du tourisme, notamment du tourisme de masse, vise à profiter de l’héliotro- pisme et de l’internationalisation des flux de touristes pour entraîner l’apport de capitaux étrangers. Cette politique de développement a fait du Mexique, de la Thaïlande, du Maroc ou du Kenya de grandes destinations de voyage pour les touristes du Nord. Ainsi, la part de capitaux fournie par le tourisme favorise le développement de certaines régions du pays.

Finalement, ce sont les modèles de développement qui associent politiques de dévelop- pement industriel et politiques de développement agricole, qui présentent les meilleures chances de réussite.

La Corée du Sud est un exemple de la cohérence et de la réussite de ce type de modèle de dévelop- pement. De 1961 à 1979, elle a multiplié son PNB par 30 et la valeur des exportations par 300. Cette croissance spectaculaire s’est effectuée sous la direction de l’État qui a mis en place une planification quinquennale souple, basée sur une politique d’industrialisation par étapes, avec comme objectif la croissance des exportations. Ces politiques ont été menées tout en s’appuyant sur une agriculture assurant l’autosuffisance alimentaire, sur un appareil d’éducation cohérent et sur un appareil idéolo- gique fédérateur.

Conclusion : Ainsi, malgré des voies de développement qui ont toutes placé l’indus- Conclusion :
Conclusion : Ainsi, malgré des voies de développement qui ont toutes placé l’indus-
Conclusion : Ainsi, malgré des voies de développement qui ont toutes placé l’indus-
trialisation moderne au centre de leurs objectifs, les pays du Sud sont marqués par une
trialisation moderne au centre de leurs objectifs, les pays du Sud sont marqués par une
certaine hétérogénéité qui tend à s’accentuer.
certaine hétérogénéité qui tend à s’accentuer.

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Les Sud sont caractérisés par une certaine hétérogénéité
Les Sud sont caractérisés
par une certaine hétérogénéité

Les pays du Sud sont donc caractérisés par des trajectoires de développement propres qui tendent à les différencier les uns des autres. De ce fait, les instances internationales ont mis en place des indicateurs permettant de comparer leur état de développement, spécialement à partir de critères socio-économi- ques. Ces indicateurs doivent aider à dresser une forme de bilan des écarts de développement entre les pays du Sud et à constater que les espaces ont de plus en plus tendance à se hiérarchiser.

A
A

La mise en place d’indicateurs de comparaison : du PNB à des indicateurs de plus en plus complexes

Le PNB, premier indicateur de développement

Le PNB ou le RNB (revenu national brut) correspond à la somme des valeurs ajoutées produite par les entreprises et les administrations de la nationalité du pays concerné. Jusqu’aux années 1990, le PNB a été utilisé pour essayer d’évaluer le niveau de développement des pays. La Banque mondiale fait cependant la distinction entre les pays à faible revenu, les pays à revenu intermédiaire et les pays à revenu élevé (cf. rapport mondial sur le développement humain – figure 1).

La répartition de ces pays met en évidence une logique d’organisation à l’échelle mondiale, en permettant d’établir des profils économiques continentaux.

L’Afrique ne compte que huit pays à revenu intermédiaire, tous les autres étant à faible revenu.

L’Amérique latine compte quatre pays à faible revenu et 31 pays aux revenus intermédiaires. La situation de l’Asie et de l’Océanie est un peu plus contrastée avec quelques pays à revenu élevé (Japon, Hong-Kong, Singapour, Australie, Taiwan et Nouvelle-Zélande) ; le reste étant dominé par des pays aux revenus intermédiaires et quelques pays aux faibles revenus.

Enfin, l’Amérique du Nord et l’Europe (hormis l’Europe de l’Est) sont essentiellement composées de pays à revenu élevé.

Pourtant, cet indicateur amène rapidement de nombreuses interrogations et pose certaines limites, notamment parce qu’il correspond uniquement à un indicateur monétaire.

L’IDH (indice de développement humain)

Depuis 1990, l’Organisation des Nations unies a mis au point cet indicateur qui n’est pas seulement monétaire. Ce nouvel indicateur vise à répondre aux nombreuses critiques dont fait l’objet le PNB :

- il s’agit d’une moyenne nationale qui peut masquer de très fortes inégalités aux échelles régionales ou locales ;

- il ne prend pas en compte l’économie informelle, traditionnellement importante dans les pays du Sud (70 % des activités économiques des pays africains ne sont ainsi pas prises en compte) ;

- il néglige des indicateurs qui mesurent la qualité de la vie comme l’espérance de vie, les taux d’al- phabétisation des adultes et le taux de scolarisation.

Ces données ont donc été, sous l’influence du prix Nobel de l’économie indien Amartya Sen, combinées avec un indicateur monétaire le PIB/ppa/hab/an. Ainsi, peut-on évaluer la position des différents pays du monde et établir un tableau plus nuancé que le tableau précédent .

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Espérance de vie à la naissance

   

Indice

Indice du

IDH

Taux de sco- larisation

PIB ppa

en USD

d’espérance

de vie

niveau

d’instruction

Afrique subsaharienne

0,514

51,5

51,5

2031

0,441

0,597

Amérique latine et Caraïbes

0,821

73,4

83,4

10077

0,806

0,886

Asie orientale et Pacifique

0,770

72,2

69,3

5733

0,786

0,849

Asie du Sud

0,612

64,1

58

2905

0,651

0,621

États arabes

0,719

68,5

66,2

8202

0,726

0,695

Union européenne (27)

0,937

79

91

29956

0,899

0,99

OCDE

0,932

79

89,1

32647

0,900

0,99

Figure 5 : Profils socio-économiques continentaux en 2007 (indice de développement humain et ses composants).

La moyenne mondiale est de 0,753 (IDH moyen, compris entre 0,799 et 0,500). L’IDH moyen des pays en développement est de 0,675 avec des fortes disparités internes entre l’Afrique subsaha- rienne à l’IDH très faible (0,514), l’Amérique latine (0,821), l’Asie de l’Est et le Pacifique (0,770), les pays Arabes (0,719) et l’Asie du Sud (0,612). De leur côté, les pays de l’OCDE ont un IDH élevé (0,932) tandis que celui des ex-pays soviétiques est juste supérieur à celui de l’Amérique latine, avec 0,822.

Ainsi, en croisant le PNB et l’IDH , nous pouvons établir une cartographie des pays du Sud. Dans ce cas, les pays du Sud regroupent l’Amérique latine, l’Afrique, l’Asie et l’Océanie (excepté le Japon, les quatre Dragons asiatiques, Israël, l’Australie et la Nouvelle-Zélande). Le cas des ex-pays soviétiques apparaît plus intermédiaire (cf. figure 1).

L’enjeuL’enjeu dede lala faimfaim

L’enjeu

L’enjeu

démographique

démographique

L’enjeuL’enjeu dede lala santésanté

Des indicateurs qui peuvent se révéler cruciaux

Ces chiffres ne doivent pas masquer les difficultés de certains pays du Sud parmi les plus pauvres, dont une partie plus ou moins importante de la population peut être en état de pauvreté relative (habitant qui dispose de moins de deux dollars par jour) ou de pauvreté absolue (moins de un dollar par jour). Ainsi, les chiffres et les indicateurs ont tendance à masquer certains enjeux socio- économiques bien réels :

est encore un enjeu central pour certains pays du Sud. Près de 850 millions de personnes en souffrent, dont près de 60 % en Asie. En terme de pourcentage de population, l’Afrique est caractérisée par le taux le plus élevé avec 33 % de la population totale qui souffre de la faim.

notamment en termes de phase de transition démographique.

avec des situations qui peuvent être très graves dans les pays du Sud. Le taux de mortalité infantile (décès d’enfants de moins de un an par rapport à mille naissances vivantes dans l’année) est parti- culièrement élevé dans les pays du Sud. Un pays qui est caractérisé par un taux supérieur à 50 ‰ est considéré comme un signe de retard sanitaire. Selon ce seuil, l’Afrique est particulièrement marquée, avec un taux moyen de 88 ‰, dont 21 pays dépassent des taux de 100 ‰. Les taux en Asie orientale ou centrale atteignent 54 ‰, mais avec de fortes disparités internes.

Le SIDA est l’un des fléaux qui touche principalement les pays du Sud. En effet, plus de 97 % des per- sonnes atteintes du SIDA appartiennent aux pays en développement. L’Afrique subsaharienne compte à elle seule plus de 15 millions de personnes atteintes du VIH, soit près de 81 % du nombre total de personnes atteintes dans le monde.

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Réalisation : Johan Oszwald

Nord Prévalence du VIH (%) en 2006 par rapport à la population totale du pays.
Nord
Prévalence du VIH (%) en 2006
par rapport à la population
totale du pays.
0,6
2,8
7,15
13,7
22,4
32,8
Absence d'informations
Limite de l'Afrique subsaharienne

0 2000 km

Figure 6 : Pourcentage d’adultes porteurs du VIH en Afrique subsaharienne en 2006 (15-49 ans).

L’enjeu de l’éducation reste un enjeu majeur du développement, notamment par le biais de l’al- phabétisation de la population. Or, pour beaucoup de pays du Sud, l’éducation n’est pas suffisante, en partie à cause de difficultés de développement, cette insuffisance aggrave les difficultés de déve- loppement. Les chiffres de 2009 montrent que 97 % des personnes illettrées dans le monde vivent dans les pays du Sud, dont 47 % en Asie du Sud, 21 % dans l’Asie de l’Est et l’Asie Pacifique, et 15 % en Afrique subsaharienne.

Indice d'éducation en 2007 (indice basé sur le pourcentage d'adultes alphabétisés et du taux d'enfants
Indice d'éducation en 2007
(indice basé sur le pourcentage
d'adultes alphabétisés et du taux
d'enfants scolarisés).
0,28
0,6
0,8
0,9
0,95
1
Absence d'informations
Limite Nord / Sud
Figure 7 : L’éducation, un enjeu majeur du développement humain.
Réalisation : Johan Oszwald
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Séquence 2-HG00

L’ensemble de ces indicateurs permet de relever des écarts de développement qui ont tendance à s’accroître et à favoriser l’éclatement des solidarités entre les pays du Sud.

La plupart des indicateurs proposés par les programmes de suivi de développement humain ne répondent plus aujourd’hui à l’ensemble des problématiques se posant sur la hiérarchi- sation des pays du Sud.

De ce fait, le programme des Nations unies pour le développement humain à introduit de nouveaux indicateurs depuis ces dernières années. Deux indicateurs composites semblent intéressants pour mettre en évidence des facteurs révélateurs de certaines réalités socio-économiques des pays du Sud.

L’ISDHL’ISDH

Indice sexospécifique de développement humain) est un indicateur composite mesurant le dévelop- pement humain selon le même principe que l’IDH, en ajustant toutefois ce dernier à l’inégalité des sexes.

L’IPFL’IPF

(Indice de participation de la femme) est un indicateur exprimant l’inégalité des sexes dans trois domai- nes clés : le degré de participation des femmes à la vie et à la prise de décision politiques, leur degré de participation économique et de pouvoir décisionnel, ainsi que le pouvoir exercé par les femmes sur les ressources économiques.

B
B

Des écarts de développement qui ont tendance à se creuser

Les indicateurs créés permettent de suivre la situation des pays du Sud et de constater que la crise des années 1980 et l’accélération des phénomènes de mondialisation et de densification des flux interna- tionaux renforcent une certaine division des Sud.

La remise en cause des modèles de développement

La plupart des pays du Sud ont tenté des expériences successives de développement, démon- trant qu’il n’y avait pas de recette miracle en termes de développement comme le souligne Sylvie Brunel

dans Le Sud dans la nouvelle économie mondiale .

Les pays d’Amérique latine, le Brésil en tête, ont ainsi progressivement assoupli leur politique pro- tectionniste, s’ouvrant aux investissements étrangers et encourageant les exportations dans les années 1960. Certains États du monde arabe ont choisi de suivre une voix plus libérale, comme l’Egypte ou la Tunisie, tout en prenant leur distance avec l’URSS. De même, la Chine s’est éloignée du modèle soviétique en promouvant, dès les années 1960, les progrès agricoles et les aménagements des espaces ruraux.

Dans la majorité de ces modèles et de leurs évolutions, l’État a tendance à amoindrir son rôle dans les affaires économiques. Paradoxalement, plus libérale, la voie asiatique développée par les quatre Dragons n’a pu se maintenir qu’au prix d’un interventionnisme de l’Etat de plus en plus important.

Le rapport mondial sur le développement humain de 2003 insiste sur la « crise du dévelop- pement » : il révèle que 21 pays ont vu leur situation socio-économique se dégrader au cours des années 1990, contre quatre au cours de la décennie précédente. Ce phénomène touche, de manière diverse, le groupe des pays du Sud. A peu près la moitié des pays d’Amérique latine et des Caraïbes ont vu leur revenu reculer ou stagner. L’IDH a reculé en Asie centrale, mais aussi dans beau- coup de pays ex-soviétiques. C’est l’Afrique sub-saharienne qui apparaît la plus touchée avec un plongeon de l’IDH à cause de la diminution de l’espérance de vie.

Séquence 2-HG00

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Indice de développement humain (IDH) en 2007 0,34 0,65 0,76 0,83 0,92 0,97 Absence d'informations
Indice de développement humain
(IDH) en 2007
0,34
0,65
0,76
0,83 0,92
0,97
Absence d'informations
Limite Nord / Sud
Figure 8 : L’indice de développement humain (IDH) révèle une forte disparité des situations dans les pays du Sud.
Réalisation : Johan Oszwald

Les obstacles au développement

Les obstacles au développement sont nombreux et de nature différente. Outre les problèmes déjà men- tionnés, beaucoup de PED (pays en développement) sont confrontés à des problèmes de fonc- tionnement de l’Etat, qui empêchent en particulier de mettre en œuvre des politiques de redistribution. Ces problèmes de fonctionnement peuvent avoir des origines et des aspects divers : accaparement du pouvoir par un ou des clans, troubles politiques voire guerres civiles (cf. le cas de la Côte d’Ivoire).

Beaucoup de PED doivent aussi faire face à une importante dette extérieure. Pour l’ensemble des PED, la dette dépasse 2000 milliards de dollars, soit 43 % du PNB. Cette dette correspond en grande partie à des emprunts contractés pour divers investissements. Aujourd’hui, rembourser la dette est devenu un véritable obstacle au développement de certains pays. Depuis les années 1970, le FMI les a contraints à mettre en œuvre des « politiques d’ajustement structurel » consistant principalement à freiner les dépenses et les investissements publics. Cela s’est traduit aussi par la mise en œuvre de politiques d’austérité qui ont frappé d’abord les habitants les plus pauvres. Cependant, devant la montée d’un mouvement de protestation contre le poids trop lourd des dettes, certaines ont été annulées ou allégées. Mais le problème est cependant toujours aussi aigu et constitue un sérieux frein aux initiatives publiques.

L’aggravation des inégalités

Les pays du Sud sont en train de changer en profondeur et l’entrée rapide dans la mondia- lisation entraîne de profondes recompositions. Une faible ou une insuffisante insertion dans ce processus peut aussi être un facteur de déséquilibre supplémentaire. Il apparaît que ce sont les pays qui sont le mieux insérés dans les processus de mondialisation qui s’en sortent le plus aisément. L’émergence de l’Asie orientale, qui a associé politique de développement et accueil des IDE, est un exemple de l’ouverture des pays du Sud à la mondialisation. En effet, cette partie du monde a connu une nette croissance de sa part dans le commerce mondial, l’Asie de l’Est et Pacifique représentant aujourd’hui près de 30 % du commerce mondial. De plus, l’insertion dans la mondia- lisation suppose également de pouvoir lutter à armes égales dans le domaine commercial. Or, il apparaît que c’est loin d’être le cas dans le domaine de la vente des produits agricoles. Des pays comme les États-Unis, le Japon ou un ensemble régional comme l’Union européenne ne respectent pas le libre-échange, par des pratiques économiques déloyales (subventionnement des agriculteurs…).

Si l’on prend le cas du pays le plus développé du Sud dans les années 1990, l’Argentine, il ne s’est pas remis de la crise de la dette qui a plongé 60 % de sa population dans le besoin. La Chine, au contraire, fermée sur l’extérieur jusque dans les années 1980, s’impose désormais comme la future puissance dominante. Les États pétroliers ont également connu des reclassements avec des crises successives qui ont touché les plus gros pays pétroliers : le Nigeria, le Venezuela ou l’Arabie Saoudite.

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Séquence 2-HG00

A l’échelle régionale, les inégalités se sont aussi creusées au sein de chaque pays, marginali- sant les régions déshéritées et les catégories sociales les plus pauvres au profit des régions dominantes et moteurs de la croissance. Ces difficultés économiques régionales ravivent des conflits régionaux que les décennies de croissance avaient apaisés, comme ce fut le cas en Côte d’Ivoire.

Néanmoins, malgré ces constats, des progrès peuvent aussi être enregistrés et doivent être mis en avant. En Afrique, des pays comme le Bénin, le Ghana, Maurice, l’Ouganda, le Rwanda et le Sénégal ont progressé de manière significative. Même chose pour des pays d’Asie comme le Bangladesh, la Chine, le Laos, la Malaisie, le Népal ou la Thaïlande. En Amérique latine, le Brésil a enregistré une amélioration spectaculaire de son IDH grâce à ses efforts pour promouvoir l’éducation. La Bolivie et le Pérou ont vu leur classement progresser sous l’effet des réformes sociales. Ainsi, les pays du Sud, sous l’effet de l’ensemble de ces dynamiques, ont tendance à se hiérarchiser depuis les vingt dernières années.

C
C

Des espaces qui ont tendance à se hiérarchiser

Ces politiques de développement inégales dans l’espace et dans le temps vont avoir tendance à hié- rarchiser les territoires des pays du Sud, et cela à différentes échelles.

LesLes payspays émergentsémergents ::

Les pays

Les pays

en développement :

en développement :

LesLes PMAPMA ::

LesLes payspays pétrolierspétroliers ::

DeuxDeux ÉtatsÉtats géantsgéants ::

Des typologies variées

Les typologies identifiées portant sur les pays du Sud sont généralement conçues en fonction du thème qui l’organise.

En fonction du niveau de développement, nous pouvons distinguer :

aussi qualifiés pendant un temps de nouveaux pays industrialisés, ont mis en œuvre et réussi plus ou moins efficacement leur politique industrielle : Brésil, Afrique du Sud, Indonésie…

sont dans une situation intermédiaire, mais peuvent s’appuyer sur des points forts : Pérou, Bolivie, Algérie, Vietnam…

(pays les moins avancés) regroupent des pays moins avancés (PIB inférieur à 500 dollars/hab./ an, part de l’industrie dans le PIB inférieure à 10 % et taux d’alphabétisation inférieur à 20 %). Ces pays sont au nombre de 49 (34 en Afrique, 3 dans les pays arabes, 13 en Asie et Pacifique, et 1 en Amérique latine).

à hauts revenus, considérés comme développés mais à fortes inégalités internes : Arabie Saoudite, Libye…

la Chine et l’Inde, à revenu global très important, mais avec de très fortes inégalités
la Chine et l’Inde, à revenu global très important, mais avec de très fortes inégalités internes.
Pays peuplés en cours
d'industrialisation
Les pays pétroliers
Les pays émergents (NPI)
Les pays en situation intermédiaire
Les pays les moins avancés
Les Nord
Limite Nord / Sud
Réalisation : Johan Oszwald

Figure 9 : Une typologie des pays du Sud basée sur le degré d’industrialisation et sur les avancées socio-économiques.

Séquence 2-HG00

61
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L’ancien directeur de la Banque mondiale, P. Moussa, propose de distinguer quatre groupes en fonction des différents niveaux d’émergence des pays du Sud :

LeLe SudSud opulentopulent ::

riche en matières premières et surtout en énergie (États du golfe Persique).

LeLe SudSud émergentémergent ::

celui des NPI avec le Mexique, l’Argentine ou la Corée du Sud.

LeLe SudSud stationnairestationnaire ::

celui des pays qui n’en finissent pas d’être sur le point de décoller comme le Brésil ou l’Inde.

LeLe SudSud régressantrégressant ::

celui des pays qui se paupérisent comme l’Ethiopie, la Somalie ou le Cambodge.

Une autre hiérarchie possible est celle des pays en fonction des différents niveaux d’industriali- sation, notamment en fonction d’équipements et de nouvelles technologies (W. Cadet) :

LesLes PPIPPI ::

pays préindustrialisés (Ouganda, Tchad…).

LesLes PEVIPEVI ::

pays en voie d’industrialisation (Indonésie, Nigéria…).

LesLes PSIPSI ::

pays semi-industrialisés (Chili, Chine…).

LesLes NPINPI ouou PIRPIR ::

les nouveaux pays industriels ou pays industrialisés récemment (Corée du Sud, Singapour…). Ces pays sont d’ailleurs passés dans les pays du Nord.

Malgré ces typologies et les essais de regroupement des pays du Sud au sein de groupes hiérar- chisés, un trait commun les caractérise : les déséquilibres nationaux ont tendance à s’accroître avec le développement.

Des territoires nationaux déséquilibrés

Les disparités de développement, avant de se marquer aux échelles globales, s’inscrivent avant tout aux échelles nationales.

En effet, les disparités régionales sont plus marquées dans les pays du Sud qu’au Nord. Dans les pays du Nord, les phénomènes de décentralisation et de déconcentration ont nivelé les écarts de revenus entre les espaces périphériques et les espaces centraux. Ainsi, en France, les habitants de la région la plus riche, l’Île-de-France, n’enregistrent pas d’écart de revenu très important avec les autres régions, au contraire des pays en voie de développement, comme le Brésil.

Les centres de pouvoir, comme les capitales ou les régions clés, tirent en général parti de leur position privilégiée (littorale, frontalière, centrale…) pour concentrer le développement au détriment des périphéries. Au Mexique, par exemple, les écarts de richesse entre régions restent considérables. Ainsi, l’IDH dans le District Fédéral de Mexico ou dans les États du Nord (0,8 et plus) est nettement supérieur à celui des régions les moins développées comme les Chiapas ou l’Oaxaca (environ 0,75).

Nord Indice de développement humain en 2009 (la moyenne nationale est de 0,825). 0,74 0,8
Nord
Indice de développement humain en 2009
(la moyenne nationale est de 0,825).
0,74
0,8
0,84
0,87
0,89
0
300
600 km
RÈalisation : Johan Oszwald
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Séquence 2-HG00

Figure 10 : Carte de l’IDH par région au Mexique en 2009.

Cette situation de déséquilibre régional très important semble être une étape incontournable au cours du processus de développement. Les centres de pouvoir vont ainsi servir de centres d’impulsion pour stimuler le développement de l’ensemble du pays.

Les pays du Sud peuvent finalement être partagés en trois ensembles continentaux

Cette analyse à plusieurs échelles spatiales peut se poursuivre en essayant de hiérarchiser les pays du Sud en fonction de grands ensembles continentaux. Ainsi, nous constatons que l’Amérique latine, l’Asie et l’Afrique présentent également des disparités accusées.

L’AmériqueL’Amérique latinelatine

apparaît comme l’ensemble régional le plus avancé, à la fois parce que la plupart des pays de cette zone géographique ont achevé leur transition démographique, mais aussi leur processus d’urbanisation.

L’AsieL’Asie

se trouve dans une situation intermédiaire. Cette région a amorcé son développement plus tardive- ment, mais est beaucoup plus dynamique. Elle compte le plus grand nombre d’habitants vivant en ville au monde, ainsi que de nombreuses métropoles à la croissance très rapide (Shanghai, Beijing…). Cependant, cette croissance rapide reste très difficile à gérer et entraîne des pressions énormes sur les ressources et l’environnement, ce qui représente un défi de poids pour les prochaines années.

L’AfriqueL’Afrique

correspond à l’ensemble continental qui cumule les plus nombreux handicaps. La concentration d’élé- ments néfastes au développement fait de cet espace continental le seul au monde qui regroupe encore les caractères du sous-développement tels qu’ils étaient présentés lors de la définition du « tiers- monde » (cf. chapitre 1).

Au sein de chacun de ces ensembles régionaux, d’importantes disparités peuvent être observées. Ainsi, en Afrique, les disparités entre les pays d’Afrique du Sud ou d’Afrique du Nord engendrent de forts écarts de développement.

Conclusion : Finalement l’hétérogénéité des pays du Sud est la conséquence de pro- Conclusion :
Conclusion : Finalement l’hétérogénéité des pays du Sud est la conséquence de pro-
Conclusion : Finalement l’hétérogénéité des pays du Sud est la conséquence de pro-
cessus de diversification qui s’inscrivent dans les politiques mises en œuvre dans la
cessus de diversification qui s’inscrivent dans les politiques mises en œuvre dans la
deuxième moitié du XX
deuxième moitié du XX e siècle. Néanmoins, la généralisation des phénomènes de mon-
e
siècle. Néanmoins, la généralisation des phénomènes de mon-
dialisation a joué aussi un rôle majeur. Elle a permis à l’Asie orientale de faire une percée
dialisation a joué aussi un rôle majeur. Elle a permis à l’Asie orientale de faire une percée
spectaculaire, alors que les autres régions du Sud ont connu, dans leur ensemble, régression,
spectaculaire, alors que les autres régions du Sud ont connu, dans leur ensemble, régression,
stagnation, voire diminution dans leur dynamique de croissance, comme le Brésil
stagnation, voire diminution dans leur dynamique de croissance, comme le Brésil

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Le Brésil : un pays toujours en quête de développement
Le Brésil : un pays toujours
en quête de développement

Le Brésil est un exemple caractéristique des pays en voie de développement. Il apparaît sur la scène internationale comme un pays en pleine croissance, dont le PIB est au onzième rang mondial en 2008, sans prendre en compte le commerce informel (source : FMI). Il apparaît également comme un pays bien inséré dans la mondialisation et dans la circulation des flux mondiaux. Il est l’un des leaders mondiaux de l’agriculture moderne. Pourtant, ces atouts ont du mal à cacher un certain mal-développement socio spatial, avec des contrastes régionaux de grande ampleur.

A
A

Le Brésil : une puissance paradoxale

Le 11 e PIB mondial d’une des plus grandes puissances agricoles

Le Brésil représente aujourd’hui 2,59 % du PIB mondial (FMI, 2008).Avec 180 millions d’habitants environ, le Brésil est le cinquième pays le plus peuplé du monde. Cependant, ce pays-continent dont la superficie est de 8,5 millions de km² reste caractérisé par des densités de popula- tion assez faibles. En effet, le Brésil possède une densité démographique de 22 hab./km², contre 94 hab./km² pour la France, par exemple. Une large majorité de la population est urbaine (81 % de la population). Au regard de ces chiffres, il apparaît que le Brésil est une puissance mondiale en devenir. Cependant, le revenu par habitant classe le Brésil dans les pays à revenu intermédiaire avec 7 516 dollars/ppa/hab./an. De plus, si l’on s’attarde sur la répartition régionale des revenus par habitant, les écarts sont très importants entre le sud du Brésil, plus particulièrement les centres d’impulsion représentés par les métropoles du sud brésilien, et les Etats du nord amazonien.

Le classement et la part du Brésil dans le palmarès productif mondial sont assez révéla- teurs. Le Brésil est le premier producteur mondial de sucre, de canne à sucre, d’agrumes, de café (avec le tiers de la production mondiale), le deuxième pour le soja, le troisième pour le maïs… De même, le Brésil s’illustre dans le domaine industriel. Il est le huitième producteur d’acier, le neuvième de caoutchouc synthétique, le douzième de la production automobile, avec un marché intérieur florissant. Au final, les produits manufacturés représentent près de 60 % des valeurs des exportations. Cependant, ces chiffres ne doivent pas faire oublier les profondes inégalités qui marquent le pays.

Le règne des inégalités

Avec 0,6, l’indice de Gini (mesure du degré d’inégalité de la distribution totale des revenus dans une société donnée) pour le Brésil est l’un des plus élevés du monde. Ce coefficient varie de 0 à 1 :

0 signifiant une égalité parfaite dans une société donnée (tous les habitants possèdent le même revenu) et 1 une inégalité totale (une personne possède tous le revenus, les autres ne possèdent rien).

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Séquence 2-HG00

Indice de Gini en 2007 (mesure du degré d'inégalité de la distribution totale des revenus
Indice de Gini en 2007 (mesure du degré
d'inégalité de la distribution totale des
revenus dans une société donnée).
0,25
0,3
0,37
0,42
0,5
0,74
Absence d'informations
Limite Nord / Sud
Réalisation : Johan Oszwald

Figure 11 : L’inégalité de la distribution totale des revenus par pays dans le monde en 2007 (indice de Gini).

Au Brésil, près de la moitié de la population vit dans une situation de pauvreté ou d’ex- trême pauvreté.

Cette pauvreté est nettement marquée sociologiquement : les pauvres sont surreprésentés dans le secteur agricole et dans le secteur informel (avec respectivement 40 % et 50 % de la population) ou dans les familles comptant beaucoup d’inactifs, c’est-à-dire d’enfants en bas âge. Les pauvres sont généralement jeunes (37 % des moins de 16 ans sont en situation de pauvreté) et noirs (46 % de la population est noire et 65 % des noirs sont considérés en situation de pauvreté – Rapport du PNUD, Brésil).

La pauvreté est également marquée par des logiques spatiales structurantes. En effet, le Nordeste concentre près de 46 % des pauvres du Brésil et 63 % des indigents alors que cette région ne regroupe que 30 % de la population totale. La pauvreté est généralement très forte en milieu rural et a tendance à diminuer corrélativement avec la taille de l’agglomération de résidence. Le niveau le plus bas de pauvreté est atteint au centre des grandes métropoles du pays.

Cette situation socio-spatiale est aussi entretenue dans les zones rurales par la répartition de la pro- priété de la terre. En effet, près de 3 % des propriétaires détiennent 60 % des surfaces rurales. Dans le même temps, 4 millions de familles vivant de l’agriculture sont dépourvues de terres, alors que 120 millions d’hectares des surfaces agricoles sont en jachère et que le front pionnier continue d’avancer au nord du pays, en Amazonie.

Une justice sociale inexistante

Depuis ces dernières années, le Brésil développe des politiques sociales actives, représentant en termes d’investissement près de 15 % du PIB total. Ces politiques ont permis une nette amélioration du clas- sement du Brésil au niveau international, notamment en termes d’IDH, depuis les années 1980.

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65
65

0,85

0,80

0,75

0,70

0,65

0,60

1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005
1975
1980
1985
1990
1995
2000
2005

Figure 12 : Evolution de l’indice de développement humain au Brésil entre 1975 et 2005 (moyenne mondiale de 0,753 en 2007).

Cependant, le Brésil souffre d’un problème distributif de la répartition de la richesse créée, expli- quant notamment les nets écarts régionaux antre le Nordeste et le Sudeste. Dans les pays à PIB/hab. équivalents, la proportion de pauvres dans la population totale n’est en moyenne que de 10 % !

Ce phénomène est l’un des défis les plus importants que doit relever le Brésil dans les prochaines années. En effet, le niveau des inégalités est un frein sérieux au retour et à l’augmentation de la croissance au Brésil.

B
B

Des déséquilibres régionaux de grande ampleur

Vous vous reporterez à la carte « Le Brésil, un pays en développement », dans l’annexe.

À l’échelle nationale : « de la Suisse au Pakistan »

Cette expression (Hervé Théry) met en évidence les contrastes de l’organisation spatiale du pays.

Le cœur économique, véritable centre d’impulsion du développement économique brésilien, correspond aux régions du Sudeste. Ce poumon économique représente près de 15 % du terri- toire, mais 54 % de la population. Cette distribution caractéristique des richesses se retrouve dans la carte de répartition de l’IDHM (indice de développement humain municipal).par états brésiliens

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Nord Belem Belem Manaus Manaus Brasilia Brasilia Belo Belo Horizonte Horizonte Rio de Janeiro Sao
Nord Belem Belem Manaus Manaus Brasilia Brasilia Belo Belo Horizonte Horizonte Rio de Janeiro Sao
Nord
Belem
Belem
Manaus Manaus
Brasilia Brasilia
Belo Belo Horizonte Horizonte
Rio de Janeiro
Sao Paulo
Indice de développement humain municipal en 2003
(la moyenne nationale est de 0,766.
0 400
800 km
0,63
0,68
0,72
0,76
0,8
0,85
Figure 13 : Carte de la répartition de l’IDHM au Brésil en 2003.
Réalisation : Johan Oszwald

Cette région pèse pour près de 80 % du PIB et pour 70 % de la valeur ajoutée industrielle. Ces activités industrielles sont organisées au sein d’un « triangle métropolitain » dont les extrémités correspondent aux agglomérations de Belo Horizonte, de Rio de Janeiro et de Sao Paulo. Les deux plus grandes métropoles, Rio de Janeiro et Sao Paulo font office de centres de commandement nationaux. Ces deux métropoles dominent largement le réseau urbain national avec respectivement 11 millions et 18 millions d’habitants. Elles concentrent également les centres de décision, par exemple 65 % des activités bancaires totales et les sièges sociaux affiliés. De ce fait, ce cœur éco- nomique a une forte tendance à polariser les IDE et les principaux complexes portuaires qui ouvrent le pays au monde.

Face à une telle concentration spatiale des lieux de pouvoirs, le reste du pays est composé de périphéries plus ou moins intégrées :

- La périphérie intégrée au cœur est située à l’ouest du Brésil, au contact immédiat des espaces pola-

risants. Il s’agit des Etats du Mato Grosso, de Brasilia et de Goias. Cet espace dépend donc largement des décisions politiques et économiques du triangle métropolitain. Cette situation met en exergue l’échec du recentrage de la capitale administrative du pays à Brasilia pour rééquilibrer les dynamiques territoriales.

- La région du Nordeste correspond à l’ancien centre du Brésil. Cette région traverse actuellement

une très grave crise initiée par l’obsolescence des activités agricoles et industrielles traditionnelles.

- La région des fronts pionniers agricoles et miniers correspond au nord du Mato Grosso et au

quadrant oriental de l’Amazonie (Para notamment). L’ouverture de grands axes de communication, notamment de la Transamazonienne, a été une condition indispensable à la colonisation agricole de ces immenses réserves d’espace.

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- Enfin, la majeure partie du nord du Brésil correspond à un espace rejeté des dynamiques actuelles. En effet, l’économie de prélèvement de produits secondaires domine. Néanmoins, les routes issues de la Transamazonienne tendent à désenclaver cette région, remettant de plus en plus en question les équilibres humains et écologiques.

À l’échelle locale : des agglomérations marquées par la ségrégation socio-spatiale

Les métropoles des pays du Sud se caractérisent par de fortes inégalités socio spatiales, rejetant même certains quartiers des dynamiques urbaines « officielles ». Les métropoles brésiliennes sont marquées par cette spécificité. Elles peuvent même être présentées comme un exemple emblématique de ce phénomène, caractère que l’on retrouve dans certains films brésiliens.

Les villes brésiliennes sont des villes ségrégées, c’est-à-dire que certains quartiers subissent une forte mise à l’écart du reste de la ville. Ainsi, les indices d’inégalité socio spatiale (pourcentage de la population qui devrait quitter son quartier pour que la population totale soit distribuée de manière homogène) et d’isolement (nombre de voisins de la même couleur de peau par rapport à la moyenne afro- brésilienne) sont très élevés. L’indice d’inégalité varie de 37 pour Sao Paulo, Rio de Janeiro, Porto Alegre et Bélem, à 48 pour Salvador de Bahia. L’indice d’isolement dépasse le plus fréquemment la valeur de 50, démontrant une exclusion de certaines populations dans des quartiers ségrégés.

De plus, la ségrégation spatiale peut aussi être verticale. En effet, les quartiers centraux des métropoles brésiliennes attirent toujours une population pour qui habiter dans ces quartiers est une des références de la réussite socio-économique (contrairement aux métropoles du Nord). Ainsi, la verticalisation des centres villes symbolise la modernité et l’essor économique du pays. Les classes moyennes et supérieures recherchent donc ce type d’habitat. Le développement de ces quartiers centraux par les pouvoirs publics a contribué au délaissement des quartiers périphéri- ques. Ceux-ci sont caractérisés par une population majoritairement populaire ; les infrastructures y sont insuffisantes, voire absentes, et la majorité de l’habitat y est informelle (favelas).

Sur cette structure générale de base, l’espace urbain s’organise en mosaïque sans cohérence spatiale clairement définie.

C
C

Le nouveau défi d’un développement inégalitaire

Les choix de développement du Brésil posent la question du futur. Quels sont les défis qui attendent le pays pour lui permettre de se développer ?

De l’ouverture asymétrique à la libéralisation

Le Brésil a été l’un des premiers pays à mettre en œuvre, dès les années 1930, une politique de substitution aux importations. Cela a permis d’ériger une industrie nationale, mais le Brésil est obligé de recourir aux exportations pour soutenir son développement économique et industriel. A partir des années 1960, une junte militaire prend le pouvoir et favorise nettement les exportations agricoles et industrielles, encourageant l’apport d’IDE. Parallèlement à cette ouverture, l’Etat brésilien contrôle près de 500 entreprises totalement ou partiellement publiques. Cet engagement étatique fort a eu tendance à accroître la dette du Brésil auprès du Fonds monétaire international (FMI). Cette forte dépendance économique est à l’origine de la crise de l’endettement du milieu des années 1980 et du départ de la junte militaire du pouvoir. En 1990, le pays renonce au protectionnisme industriel. Il s’insère alors dans l’extension et la généralisation de flux inhérents à la mondialisation. Cette ouverture à une économie mondialisée entraîne une forte affluence de capitaux étrangers (Volkswagen, Nestlé, Renault, Michelin…). Ces flux de capitaux ouvrent la brèche de la privatisation et introduisent la dépendance aux puissances industrielles étrangères et aux fluctuations du marché mondial.

De même, l’agriculture accomplit sa « modernisation conservatrice » en se consacrant de plus en plus aux exportations. Cette ouverture consacre la mise en place d’une agriculture privatisée,

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destinée aux marchés internationaux. Cependant, dans le même temps, la crise se développe dans les espaces ruraux, comme l’illustre la montée en puissance depuis les années 1990 du Mouvement des Sans Terre qui milite pour une véritable réforme agraire et une redistribution de la pro- priété foncière. Cette crise est également à l’origine des migrations de population des campagnes vers les villes, accentuant les problèmes de ségrégation socio spatiale.

Ces dynamiques nationales ne doivent pas faire oublier une ouverture régionale du Brésil à ses voisins, notamment via une forte volonté politique de promotion de l’intégration régionale.

Une intégration régionale accomplie

En 1995, les pays du cône sud de l’Amérique du Sud (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) mettent en place le Mercosur, créé en 1991. Le Brésil assure le leadership de ce regroupement régional qui vise à développer et à promouvoir l’intégration économique régionale.

Cette initiative permet au Brésil d’accomplir des performances économiques qui l’installent dans les premières places des puissances économiques mondiales. Cependant, cela ne profite finalement qu’à une minorité de la population, ce qui renforce encore les inégalités régionales ou socio spatiales (cf. figure 13).

Venezuela Nord Pérou Brésil Bolivie Paraguay Chili Uruguay Pays du Mercosur (marché commun du Sud)
Venezuela
Nord
Pérou
Brésil
Bolivie
Paraguay
Chili
Uruguay
Pays du Mercosur
(marché commun du Sud)
Argentine
États membres
États associés
0
500
1000 km
États non membres
Réalisation : Johan Oszwald

Figure 14 : Le Mercosur, une intégration régionale accomplie en Amérique du Sud.

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Le Brésil : entre espoir et attente

A la fin de 2002, l’élection de Lula à la présidence de la république illustre la volonté de changement des Brésiliens.

Lula a choisi de respecter les engagements internationaux qui lient le Brésil aux organismes tels que le FMI, la dette du Brésil représentant près de 60 % du PIB. Pour ce qui est de la question de la réforme agraire, Lula s’engage à attribuer des nouvelles terres à 400 000 familles d’ici à 2006. Pour P. Léna, l’accession au pouvoir de Lula est un facteur favorable à une réforme agraire et à la mise en place d’une nouvelle politique agricole, notamment sur les fronts de déforestation. Cependant, une vaste réforme de l’agriculture n’a toujours pas été mise en place, même si quelques actes politiques font croire à une future réforme agraire.

A l’échelle internationale, Lula développe une politique visant à permettre au Brésil de jouer un rôle de leader pour les pays du Sud, au même titre que la Chine.

D’ailleurs, les prises de position de Lula sur le thème du développement durable, notamment au sommet de Copenhague en 2009, sont révélatrices de cette tendance. Ses prises de position à l’OMC ou lors du G20 à Londres poursuivent les mêmes objectifs.

Ainsi, le développement inégalitaire du Brésil se traduit sur plusieurs plans. Il se traduit aussi bien au cœur de la société que dans l’espace, et représente le défi majeur de ces prochaines années. La réso- lution de ce défi, ou du moins des avancées notables dans ce domaine, paraissent indispensables pour mettre à profit les potentialités de développement de ce pays.

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Les différences se creusent à l’intérieur d’un groupe de pays qui, de toute façon, n’a jamais été homogène, contrairement à ce que la dénomination « tiers monde » peut donner à croire. A l’échelle nationale, le Brésil est une bonne illustration de ce phénomène et de ces processus de diversification. De plus, l’importance du groupe des pays du Sud démontre l’ampleur et, le plus souvent, la gravité des défis que doivent affronter les sociétés des pays qui le composent. L’Afrique -et surtout l’Afrique subsaharienne- est le continent du groupe des pays du Sud où les problèmes prennent une dimension vitale.

L’hétérogénéité des pays du Sud est la conséquence de processus de diversification qui s’inscrivent dans les politiques mises en œuvre dans la deuxième moitié du XX e siècle. Cependant, la généralisation du phénomène de mondialisation a aussi joué un rôle indéniable. En effet, elle a permis à l’Asie orientale de faire une percée spectaculaire, alors que les autres régions du Sud ont connu, dans leur ensemble, régression, stagnation, voire diminution dans leur dynamique de croissance.

Au Brésil, le développement inégalitaire atteint des dimensions considérables. Il se tra- duit aussi bien dans la société que dans l’espace et représente un défi majeur dont la résolution, ou du moins des avancées dans ce domaine, devrait permettre au pays de mettre à profit ses indénia- bles potentialités de développement. Les initiatives que le Brésil prend dans le domaine de la défense des intérêts des « grands » pays du Sud face à ceux du Nord ouvrent peut-être une perspective pour participer à une organisation moins inégalitaire de l’espace mondial.

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