La réforme du crowdfunding : nouveaux usages ou révolution financière ?

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La réforme du crowdfunding : Nouveaux usages ou
révolution financière ?

SYNTHESE

Le domaine du financement participatif (crowdfunding) est en pleine ébullition. La législation le
contraignait jusqu’alors fortement, mais elle vient d’être considérablement assouplie, ce qui va
permettre au secteur de se structurer et de se développer. C’est ce nouveau contexte qui a poussé
Lacaisse.org et Numa à organiser l’événement « La réforme du crowdfunding : nouveaux usages
ou révolution financière ? », qui s’est tenu lundi 10 mars 2014, dans les locaux du centre de
coworking parisien.

L’événement, coanimé par Jean-Christophe Capelli (@JCCapelli) de Lacaisse.org et Diana Filippova
(@dnafilippova) de la communauté et thinktank Ouishare, a rassemblé plus de 80 personnes, venues
écouter des intervenants au cœur du phénomène :

• Thibault Lanxade (@LanxadeT), fondateur de la société Aqoba et acteur de la promotion du
crowdfunding dans le cadre du MEDEF,

• Céline Lazorthes (@CelineLz), fondatrice des plates-formes Leetchi et Mangopay,

• Eric Huber, conseiller technique « financement, soutien à l'innovation » au cabinet de Fleur
Pellerin (Ministère du Redressement Productif),

• Olivier Ezratty, Conseil en Stratégies de l’Innovation, expert dans l’univers des startups et de
leur financement.

L’événement s’est déroulé en trois parties : une prise de parole d’Olivier Ezratty, une table ronde et
une séance de questions-réponses.
Olivier Ezratty : le crowdfunding vu du CES 2014

Le Consumer Electronic Show (CES) est le salon international de l’électronique grand public, qui se
tient chaque année à Las Vegas. Grandes entreprises et startups s’y bousculent pour présenter leurs
nouveautés. C’est un grand bazar de l’innovation, où l’on trouve tout et n’importe quoi : de « la brosse
à dent connectée » au « masque d’assistance au rêve lucide », en passant par les « lunettes de
réalité augmentée », pour ne citer que quelques uns des objets qui étaient présentés à l’édition 2014.
Cette grande diversité est à l’image de l’innovation, luxuriante et imprévisible : bien malin qui prédira
le produit qui fera « un carton ». Une catégorie, toutefois, surnage nettement : les imprimantes 3D.
Des dizaines de modèles étaient présentés.
Or beaucoup de ces produits innovants sont proposés par des startups, ayant besoin d’argent pour
fabriquer leurs prototypes, puis leurs premiers exemplaires. Pour se financer, la quasi-totalité a
recours au crowdfunding (au CES, 2/3 des startups présentes avaient déjà réalisé leur levée de fonds
par ce moyen, le 1/3 restant étant en train de le faire). Pour cela, elles ont principalement recours au
modèle du « don avec contrepartie » (parfois aussi appelé « pré-vente » ou « souscription »): les
internautes peuvent « donner » de l’argent à une entreprise pour l’aider à lancer son projet, en
échange d’une contrepartie, bien souvent un exemplaire du produit vendu à des conditions
préférentielles. Deux plates-formes se détachent en particulier sur ce modèle, aux Etats-Unis :
Kickstarter, leader incontesté, et Indiegogo, son challenger.
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Le principe de ces plates-formes est de permettre à des donateurs de financer le BFR nécessaire
pour que les entreprises puissent entamer la fabrication de leurs prototypes et préséries. Tout l’art
pour l’entrepreneur consiste à bien fixer le montant demandé : si ce montant est atteint, les dons sont
concrétisés et il reçoit l’argent (minoré de la commission prélevée par la plate-forme), dans le cas
contraire, l’opération est annulée. D’un point de vue communication, il est astucieux de fixer un seuil
dont on pense qu’il pourra non seulement être atteint, mais encore dépassé. Car ce type de
crowdfunding est aussi un formidable levier marketing. Il lance la promotion avant même que le
produit n’ait été fabriqué, il prouve qu’il y a un marché, et il permet, en un deuxième temps, de
convaincre des capitaux risqueurs. Au-delà des caractéristiques techniques de l’objet, il convient de
l’entourer d’un halo émotionnel, susceptible de créer le « buzz » sur le Web. Une fois la campagne de
levée de fonds réussie, l’enjeu devient de réussir la production de sa présérie, de manière à être prêt
pour l’édition suivante du CES.
Kickstarter et ses semblables permettent de financer tous types d’initiatives. La part des projets
industriels, quoi qu’encore faible, augmente à vitesse rapide. Déjà 240 projets technologiques ont
ainsi été financés au-delà de 100 000 dollars. En 2013, 22 millions de dollars ont été levés sur ce type
de projets, rien que sur Kickstarter.
Pour en savoir plus :
Le rapport d’Olivier Ezratty sur le CES 2014
Le 17
ème
guide des startups high-tech en France
Table ronde : crowdfunding, la réfore légi!lative et !e! i"act!

#e crowdfunding $ la fran%ai!e : une nai!!ance dan! la douleur
Jean-Christophe Capelli lance la table ronde en rappelant que le modèle de Kickstarter, le don avec
contrepartie (ou « pré-vente »), est très bien adapté pour certains projets, mais qu’il existe d’autres
modalités de crowdfunding, notamment l’investissement en capital et le prêt rémunéré. C’est sur ce
dernier qu’il a choisi de se lancer, dès 2006. Tout est parti d’un constat : à cette époque, de nombreux
secteurs économiques étaient dérégulés sous l’effet d’Internet, mais la banque restait sur son
fonctionnement classique. Jean-Christophe Capelli et son partenaire Nicolas Guillaume
(@NicolasMax) ont décidé de se lancer sur ce créneau avec Friendsclear, une plate-forme de prêt
familial et entre amis. Suite au succès rencontré, ils ont décidé d’élargir l’activité au prêt rémunéré
pour entrepreneurs. C’est là que les choses se sont corsées ! Après plusieurs mois d’activité, les
fondateurs ont en effet reçu un courrier de l’ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution),
organe de la Banque de France en charge de la supervision des secteurs de la banque et des
assurances. Ce courrier leur expliquait que Friendsclear encourageait les Français à se comporter
comme « banquiers à titre habituel », ce qui n’est permis qu’aux banques. Autrement dit, Friendsclear
pouvait être vue comme complice d’exercice illégal d’activité bancaire, ce qui est passible d’une
lourde amende et d’une peine de prison.
Friendsclear a donc revu son offre en profondeur, pour se plier aux exigences de la Banque de
France et échapper au reproche qui lui était fait. Problème : les contraintes étaient telles que seuls 22
projets ont pu finalement être financés avec cette nouvelle offre. Et comme si cela ne suffisait pas, un
contrôle fiscal particulièrement tatillon est venu encore compliquer la tâche de la start-up. Jean-
Christophe Capelli et Nicolas Guillaume ont donc décidé de mettre un terme à l’aventure
Friendsclear… mais pas à leur engagement en faveur du financement participatif. Constatant que la
loi ne permettait pas au secteur de se développer, ils se mirent en tête de faire changer la loi. Avec
Frédéric Baud (@FredericBaud), du mouvement des BarCampBanks et en fédérant l’ensemble des
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plates-formes de crowdfunding exerçant sur le territoire, ils créèrent l’association des professionnels
du crowdfunding français : Financement Participatif France (FPF). FPF rédigea un 1
er
Livre Blanc au
printemps 2012 pour interpeller les candidats à la Présidence de la République puis un 2
nd
Livre
Blanc, orienté vers la réforme du cadre légal et réglementaire, en septembre 2013
#a réfore du cadre légal
C’est en effet une action collective des acteurs du secteur qui a permis d’aboutir, comme le rappelle
Diana Filippova, à une réforme du cadre légal et réglementaire, promulguée en février 2014. Si
aujourd’hui, la France dispose d’une législation des plus en pointe dans le domaine, lui permettant
même de jouer un rôle de leader, cela ne s’est pas fait du jour au lendemain. A ce propos, Eric Huber
commence par mentionner les motivations qui ont poussé l’Etat à s’emparer du sujet. Dès 2013, les
autorités ont perçu l’intérêt du crowdfunding pour financer, en particulier, des projets originaux,
vecteurs d’innovation. Bien qu’embryonnaire, le financement participatif représentait déjà en France
un montant financé de 78 millions d’euros, en croissance de près de 200% par rapport à 2013.
Toutefois, c’était encore bien peu, en regard des 6 milliards d’euros financés dans le monde (hors
dons). Les contraintes réglementaires étaient telles, en France, que des entreprises allaient se faire
financer sur des plates-formes étrangères, acquittant au passage une dîme qui aurait bien mieux servi
les intérêts de l’économie française. Face à ce constat, l’Etat a décidé de réagir fortement : il n’était
pas question que la France laisse passer le train du financement participatif.
Eric Huber revient alors sur la chronologie de la réforme. C’est en avril 2013 que le Président
Hollande annonce l’assouplissement du cadre légal et réglementaire. Il demande en premier lieu à
l’AMF et à l’ACPR de dresser un état des lieux de la situation. Le guide produit à cette occasion a
servi de support au travail de réflexion conduit à l’été. Fin septembre 2013, le gouvernement met en
ligne, sous la houlette de Fleur Pellerin, un projet de loi, sur un site collaboratif permettant à
quiconque de faire ses commentaires (grande première en France). Les contributions ont été
nombreuses et ont permis de faire naître de nouvelles idées. Après un nouveau tour de travail, le
Président a pu finalement annoncer les grands principes de la réforme, lors de son déplacement dans
la Silicon Valley, le 12 février 2014.
Les détails de la réforme ont été présentés par Fleur Pellerin deux jours plus tard. La réforme a été
guidée par la recherche de trois exigences :
• Réduire le plus possible les barrières à l’entrée
Ainsi, les plates-formes proposant de l’investissement en capital n’auront pas de montant minimal de
fonds propres à avoir pour démarrer leur activité.
• Assurer la transparence
L’ensemble des plates-formes doivent proposer aux internautes une présentation équilibrée des
risques, et être transparentes quant aux frais qu’elles pratiquent. Pour aller plus loin, elles devront
impérativement mettre en ligne, d’ici l’été, un outil d’aide à la décision pour les utilisateurs.
• Etre inclusif
Le gouvernement a voulu faire en sorte que le crowdfunding s’adresse réellement à la foule, ce qui
n’est pas forcément le cas dans les autres pays. Par exemple, au Royaume-Uni, l’investissement en
capital en crowdfunding est réservé aux investisseurs dits « qualifiés », c’est-à-dire disposant de
l’équivalent de plusieurs centaines de milliers d’euros en capitaux liquides, immédiatement
mobilisables. Rien de tel dans l’approche française.
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Dans la pratique, les conditions du don participatif ont été encore assouplies, un statut de « conseil en
investissement participatif » a été créé pour les plates-formes proposant du financement en capital…
quant au prêt rémunéré, il est tout simplement passé d’ « interdit » à « autorisé » !


&n travail de conviction au"r'! de! ban(ue! et de! )*E
Aujourd’hui, l’environnement juridique et légal est favorable à l’essor du crowdfunding en France.
Encore faut-il convaincre les acteurs du système, en premier lieu les entrepreneurs, mais aussi les
banques, leurs interlocuteurs traditionnels.
C’est ce à quoi s’emploie Thibault Lanxade, qui commence par témoigner de sa propre expérience
d’un « financement participatif » qui ne disait pas encore son nom, pour sa société. Il y a quelques
années de cela, celle-ci a échoué dans sa levée de fonds. Thibault Lanxade a témoigné de cet échec
dans l’émission « 3 minutes pour convaincre » de BFM, suscitant un vaste élan de sympathie et
d’adhésion : suite à ce passage média, il a reçu quantité de chèques, totalisant un million d’euros !
Cet épisode l’a convaincu du potentiel du financement participatif auprès de personnes souhaitant
« vivre une expérience entrepreneuriale par procuration », selon ses termes.
Finalement, l’émission « 3 minutes pour convaincre » a été perpétuée. Alors qu’elle en est à sa
cinquième édition, elle a déjà permis de financer 70 projets, pour un montant total de 20 millions
d’euros.
Fort de cette expérience, Thibault Lanxade, qui a été candidat à la présidence du Medef et qui en est
toujours un membre particulièrement actif, s’emploie à populariser le financement participatif auprès
des entrepreneurs…mais aussi des banques. Force est de constater que ces dernières restent à
l’heure actuelle effrayées par un phénomène qu’elles ne maîtrisent pas. Cette réforme du financement
des entreprises va en effet à l’encontre de leur réflexe naturel, consistant bien souvent à reporter sur
leurs interlocuteurs, les entreprises, le poids de la réglementation qui pèse sur elles. Tout l’effort
consiste alors à convaincre les banquiers que le financement participatif n’est pas en concurrence
frontale avec leur métier, mais complémentaire, et qu’il est intéressant pour l’écosystème en général,
et donc pour les banques.
La tâche n’est pas forcément plus aisée avec les chefs d’entreprise. Le financement intermédié par
les banques, aussi difficile soit-il, est quelque chose qu’ils connaissent. Il convient donc de travailler
pour leur faire comprendre ce qu’est le crowdfunding, comment il fonctionne, et l’intérêt qu’ils peuvent
en tirer. Comme le soulignent Diana Filippova et Jean-Christophe Capelli, c’est donc une évolution
des mentalités qui est nécessaire, y compris auprès des industries traditionnelles. Si le financement
participatif est en effet déjà, peu ou prou, entré dans les mœurs de certains secteurs d’activité
(l’industrie du divertissement, notamment), il concerne en réalité tous les secteurs, y compris les
activités économiques plus traditionnelles. L’enjeu est de taille : l’emprunt bancaire est en train de
devenir de plus en plus compliqué avec Bâle III. Thibault Lanxade insiste donc sur la nécessité d’être
capable de ramener la part du financement intermédié sous les 50% pour éviter un assèchement du
financement des entreprises.
#e crowdfunding, ferent de nouvelle! activité! dan! le doaine du financeent
Nous avons déjà évoqué le nouveau métier de « conseil en investissement participatif » qui naît de la
réforme réglementaire, mais ce n’est pas le seul métier à apparaître sous l’effet du crowdfunding.
Dans la suite de la table ronde, Céline Lazorthes explique ainsi comment elle a inventé le travail
d’externalisation de l’activité d’établissement bancaire. Tout est parti de la création de Leetchi, un site
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Web permettant à des amis ou des parents de rassembler une cagnotte en vue d’un cadeau collectif.
Le site a commencé ses activités de manière empirique, et c’est petit à petit que Céline Lazorthes
s’est familiarisée avec son métier, l’encaissement pour compte de tiers. Leetchi accomplit en fait trois
tâches bien distinctes : l’encaissement de fonds de la part des donateurs, le cantonnement des fonds
sur un compte spécial, puis leur libération pour l’achat d’un cadeau chez un site partenaire ou l’envoi
d’un chèque au bénéficiaire. Or, pour pouvoir exercer cette mission tout à fait légalement, Leetchi a dû
obtenir le statut d’établissement bancaire, au prix de deux ans et demi de démarches longues et
compliquées.
Le résultat de toutes ces démarches, c’est que Leetchi a pu se développer, y compris à l’international,
puisqu’il est désormais présent dans 150 pays et a déjà servi 1,5 millions de clients. Mais l’histoire ne
s’arrête pas là. Céline Lazorthes a en effet compris que d’autres entrepreneurs avaient aussi besoin
d’exercer des activités d’établissement bancaire, mais n’avaient ni les ressources, ni le temps pour le
faire. C’est ainsi qu’est née la deuxième société de Céline Lazorthes, Mangopay, qui se propose de
réaliser toutes ces activités pour le compte d’autres entrepreneurs. Cette externalisation est réalisée
en marque blanche et de manière totalement intégrée : à aucun moment l’utilisateur d’une plate-forme
n’a besoin d’en sortir pour aller vers un tiers d’encaissement, contrairement à une solution de type
PayPal, par exemple. Aujourd’hui, Mangopay gère l’encaissement, le cantonnement et la libération de
fonds pour 150 plates-formes en ligne dans 15 pays. L’une des plates-formes les plus connues pour
lesquelles travaille Mangopay n’est autre qu’Ulule, site français de don avec contrepartie. Pour que
Mangopay puisse exercer son métier, il a fallu qu’elle soit capable de prouver au législateur qu’elle
était en mesure de lutter contre les dévoiements du système, notamment le blanchiment d’argent.
Toute une technologie de big data a donc dû être développée pour permettre à Mangopay de donner,
ou pas, le feu vert aux transactions effectuées sur les plates-formes pour lesquelles elle travaille.
+ue!tion!,ré"on!e!

C’est Diana Filippova qui a ouvert le bal des questions en demandant aux intervenants de préciser
quel allait être, selon eux, le rôle de ces nouveaux interlocuteurs financiers des entreprises. Un
nouveau type d’accompagnement est-il en train de voir le jour ? Pour Olivier Ezratty, on ne peut pas
parler de révolution en la matière. Les startups bénéficient déjà d’un accompagnement très riche,
sous la forme, entre autres, d’incubateurs, d’espaces de coworking, de sociétés de conseil
spécialisées… La véritable mutation, pour lui, est que nous sommes en train d’assister à un
considérable élargissement du love money, le mode de financement consistant à rassembler les
premiers fonds de son entreprise auprès de ses parents et amis. Les plates-formes d’investissement
en capital participatif ne font qu’étendre ce concept à l’échelle du Web. Ce qu’il sera intéressant
d’observer, dans les mois et les années qui viennent, ce sont les phénomènes de vases
communicants entre les différents modes de financements : plates-formes participatives, business
angels, VC, etc. Eric Huber se montre, lui aussi, prudent. Il estime qu’il est impossible aujourd’hui de
prédire les modèles économiques qui vont marcher.
La première question de la salle émane d’un chercheur en économie sociale et solidaire qui interpelle
le panel sur le thème des activités traditionnelles : financer des startups en mode participatif, c’est
bien, mais ce type de financement peut-il s’appliquer aussi à l’économie plus classique ? Diana
Filippova reconnaît que le financement participatif est encore trop souvent vu sous le prisme du
financement de « boîtes sexy créées par des cool guys ». Pourtant, aujourd’hui, différentes formes de
crowdfunding existent, dont certaines sont particulièrement bien adaptées aux industries
traditionnelles, comme le prêt participatif. Elle souligne aussi le potentiel du crowdfunding pour
redynamiser le tissu local, par exemple au travers d’initiatives comme Bulb in town, qui propose à tout
un chacun de financer ses commerces de proximité en l’échange d’avantages exclusifs. Eric Huber
abonde dans ce sens : selon lui, même le financement du BFR de plates-formes industrielles pourrait
à terme être concerné.
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Suite à cette question, un entrepreneur fait remarquer que le plus difficile pour les startups est d’aller
chercher le financement post amorçage, et que le crowdfunding n’apporte pas de solution à ce
problème. Eric Huber tempère ce propos, en faisant valoir que le nouveau cadre légal permettra à une
entreprise de se financer « en crowd » jusqu’à un million d’euros. Les autres intervenants font
remarquer, quant à eux, que le financement participatif n’est pas une panacée. Céline Lazorthes
rappelle, par exemple, que le financement post amorçage reste plutôt du ressort des VC (Venture
Capital = Fonds de Capital-Risque). Olivier Ezratty souligne, pour sa part, que le crowdfunding ne
dispense pas d’avoir un bon dossier. Que ce soit en crowdfunding ou en financement auprès de VC, il
faut convaincre, et répondre aux grilles de critères propres à chaque mode de financement. Diana
Filippova souscrit complètement à ce constat et rappelle la dure loi des startups : pour une startup qui
réussit brillamment, neuf échouent à un moment du parcours. Rien ne sert donc de raisonner en
termes de moyenne dans ce domaine, seul le raisonnement en écart-type est valable. Et c’est là que
le bât blesse, en France : la petite fraction des entreprises qui réussissent le mieux lève encore moins
d’argent que dans le monde anglo-saxon, ce qui pénalise leur développement.
Une troisième personne dans l’assistance prend alors la parole pour signaler que la fiscalité restait un
frein au développement du crowdfunding, notamment dans sa dimension « don participatif » puisque
les dons réalisés par les internautes sur des projets sont assujettis à une TVA au taux de 20% ! Si l’on
y ajoute la commission prélevée par la plate-forme, une part non négligeable des dons est ainsi
absorbée, sans que l’entrepreneur puisse en profiter. Qui plus est, la situation est encore plus
complexe si on se place à l’échelle européenne. Quelle fiscalité doit s’appliquer à un don pour un
projet allemand réalisée sur une plate-forme française, par exemple ? Malheureusement, comme le
fait remarquer Jean-Christophe Capelli, le problème de l’uniformisation de la fiscalité à l’échelle
européenne est un serpent de mer, pénalisant l’économie bien au-delà du seul financement
participatif.
Une quatrième personne conclut cette session de questions-réponses en évoquant les liens possibles
entre les sociétés existantes de conseil en innovation et les plates-formes de crowdfunding.
Effectivement, Jean-Christophe Capelli confirme que des coopérations sont possibles. Les plates-
formes de prêt rémunéré comme Lacaisse.org sont, par exemple, en pourparlers avec des acteurs
comme les experts comptables, les chambres de commerce et d’industrie, des managers de
transition… Le lien avec le tissu économique des entrepreneurs apparaît, en conclusion, comme l’un
des principaux leviers qui permettra au financement participatif d’atteindre tout son potentiel.






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