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COLLOQUE « DES FORMATIONS POUR QUELS EMPLOIS : REGARDS CROISES UNIVERSITESENTREPRISES »

UNIVERSITE MENTOURI CONSTANTINE : 02 et 03 juin 20 10

PROBLEMATIQUE DE L’INSERTION PROFESSIONELLE DES JEUNES ISSUS DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR EN ALGERIE : ETAT DES LIEUX ET PISTES DE REFLEXION.

LAOURARI HACENE

Membre du Conseil National Economique et Social

SOMMAIRE

I

INTRODUCTION

IIETAT DES LIEUX 1‐ Contexte économique et social : du plein emploi à une situation économique préoccupante

2Revue des dispositifs d’insertion professionnelle : une diversité pour quels impacts ?

3Des perspectives de relance économique intéressantes : l’espoir est permis

IIILES ACTEURS DE L’INSERTION PROFESSIONNELLE : LIENS ET DIVERGENCES.

1‐ L’université : entre sollicitude, incompréhension et mutation

2Les jeunes diplômés : le miroir déformant du diplôme et la réalité du marché

3L’entreprise économique : entre mythe et réalité

4La politique publique : entre insertion par le « social » et insertion par « l’économique »

5Les collectivités locales : maillon faible de la politique de l’emploi

IVPLAIDOYER POUR DE NOUVELLES PISTES DE REFLEXION

VCONCLUSION

I

INTRODUCTION

L’insertion professionnelle des jeunes, maintenant problème récurent de dimension nationale, est identifiée comme préoccupation fondamentale de l’action gouvernementale en Algérie. Ce problème, difficilement vécu par les jeunes, rencontre un écho profond dans la population.

Premiers signaux visibles : refuge au niveau de l’économie informelle, immigration clandestine (phénomène de ce qu’on a appelé « HARRAGAS »), déclassement des niveaux universitaires, mouvements de rues …etc.

Le traitement de cette question, exacerbé par la situation actuelle de crise de l’économie mondiale, renvoie immédiatement aux politiques publiques menées dans des domaines aussi divers que ceux de l’enseignement, du marché du travail ou encore des systèmes de formation.

Depuis les années 80, c'estàdire au sortir des années de plein emplois (période de l’économie administrée) et au moment de l’engagement d’un processus de libéralisation de l’économie nationale, ces politiques sont de manière permanente sous les feux des projecteurs ; tant l’enjeu de la rupture sociale est fort.

Force est de constater que, malgré l’injection massive de budgets publics sous différentes formes, l’insertion professionnelle des jeunes ; particulièrement ceux issus de l’enseignement supérieur, demeure préoccupante au regard de l’accession à l’emploi. Les efforts conjugués des pouvoirs publics et des partenaires sociaux ne donnent pas les résultats escomptés aux regards des attentes et espoirs des jeunes diplômés.

Notre contribution focalisera son attention sur le problème de l’insertion des milliers de diplômés universitaires qui sont déversés de manière cumulative depuis plusieurs années sur le marché du travail.

Un grand nombre de ces diplômés met en moyenne plus de trois années pour avoir accès à un emploi relativement stable.

Nous saisissons l’occasion de la tenue de ce colloque ; tout en saluant le courage de ses initiateurs, pour dresser un état des lieux, d’identifier autant que possible les freins et obstacles (conjoncturels et structurels) à l’insertion professionnelle des jeunes et tenter de proposer de nouvelles pistes de réflexion.

Cela va supposer de rapprocher le monde de l’éducation et celui du travail ; sans pour autant forcer à concevoir la formation initiale sous le seul angle des exigences du marché du travail.

II

ETAT DES LIEUX

1‐ Contexte économique et social : du plein emploi à une situation économique préoccupante.

La présentation du cadre global de l’économie algérienne est indispensable pour cerner, en temporalité et évolution prospective, les grandes questions à l’émergence d’une politique nationale de l’emploi. Nous porterons une attention particulière sur trois déterminants qui nous paraissent essentiels ; à savoir :

La transition économique

La situation politique et sociale

L’insertion dans l’économie mondiale

L’économie algérienne, après avoir connu une situation de plein emploi ; particulièrement durant les années 70, a commencé à émettre des signaux d’essoufflement et de stagnation à partir des années 80. Les années 90 sont marquées par une croissance économique négative liée essentiellement à une dette extérieure de plus de 34 milliards de dollars , une chute dramatique des prix du cours du pétrole, et une obligation de mise en œuvre des résultats des négociations de rééchelonnement du remboursement de la dette extérieure avec les institutions financières internationales.

Cette période, eu égard à l’environnement économique international du moment, va également correspondre à l’engagement par l’Algérie d’un processus de transition d’une économie administrée à une économie libérale. On parlera alors du PLAN d’AJUSTEMENT STRUCTUREL(P.A.S) ; imposé par le FMI, l’autonomisation des entreprises publiques économiques, l’amorce d’une politique de privatisation des entités dites non viables du secteur économique public …etc. Il faut souligner que ces réformes sont intervenues en même temps que sur le plan politique un mouvement terroriste a entrainé le pays vers un cycle de violences sans précédent pendant plus de dix années consécutives ; avec malheureusement un effroyable silence de la plus part des nations du monde.

L’Algérie connait ainsi une des situations les plus dramatiques post indépendance au double plan politique et économique avec des répercussions au plan social des plus dramatiques. Le chômage en Algérie a alors atteint un niveau plus important que celui enregistré aux premières années de l’indépendance.

Durant cette période, nous assistons à une suppression progressive du soutien des prix, au démantèlement du monopole de l’état sur le commerce extérieur, à une compression massive des effectifs des entreprises publiques, à un ralentissement marqué de la création d’emplois dans les secteurs de la production, l’effondrement du secteur de la construction et du bâtiment …etc.

Conséquences :

Amorce d’un phénomène de désindustrialisation du pays

Accroissement du chômage et de la pauvreté ; aggravé par des pertes d’emplois massives (plus de 400.000 dans le seul secteur public)

Cependant, les réformes engagées ont contribué à constituer les bases législatives et réglementaires nécessaires à l’instauration des règles de l’économie de marché et à rétablir les grands équilibres macroéconomiques.

Il faut souligner que le secteur informel ; dont l’émergence remonte au début des années 80 ; en réponse aux multiples rigidités du système d’organisation

économique et aux manques de ressources de l’état, contribuera à la dédramatisation du chômage ; mais œuvrera à contrario à développer de manière dangereuse « l’informalisation » des activités économiques.

Durant les années 2000, l’ensemble des indicateurs macroéconomiques commencent à émettre des signaux de sortie de la stagnation économique connue durant les années 90. L’Algérie renoue avec la croissance économique. Le taux de chômage global est en recul constant. En effet de plus de 30% en 2000, il baisse à 11,3% en 2008. En 2009, le taux de croissance annuel a été de 3,8% et les réserves de changes ont atteint prés de 146 milliards de dollars (fruit de l’importante augmentation des prix du pétrole enregistrée jusqu’à fin 2008).

Embellie certes ; mais malheureusement il nous faut relever les faits suivants :

1‐ Le taux de chômage atteint 25% chez les jeunes de moins de 20 ans (140.000 chômeurs) 2Les jeunes de moins de 35 ans représentent 80% des chômeurs 3La population d’âge actif a augmenté de prés de 30% entre 1997 et

2007

4Sur cette période, la population jeune a augmenté de 19% ; alors que le nombre de jeunes en emplois n’a crû que de 10% 5Le chômage des jeunes diplômés augmentent depuis une dizaine d’années. 6Chaque année plus de 100.000 jeunes sortis des universités restent sans emplois 7Selon une enquête de l’ONS menée en 2008, la part des chômeurs acceptant un emploi inférieur à leurs aptitudes professionnelles est de 89,4% pour les hommes et 80,8% pour les femmes. 8Le phénomène de déclassement pousse les jeunes diplômés vers l’emploi informel estimé à 15% de la population active (1,5 millions de personnes)

Ce que nous devons retenir et constater :

Les turbulences actuelles de la crise économique mondiale et la baisse importante des recettes de l’Algérie ; si elles devaient perdurer audelà des trois prochaines années, vont influer négativement sur le niveau du budget de soutien à l’emploi L’emploi des jeunes ; particulièrement les diplômés de l’université, est maintenant une grande priorité de l’action gouvernementale

D’importants budgets ont été mobilisés ; mais une perte de confiance jeunes est maintenant perceptible.

des

Inadéquation importante entre l’offre d’emplois et la demande due essentiellement à une forte désindustrialisation de l’économie nationale

Les plans de relance par la demande publique n’ont pas réussie à booster les capacités de production nationales et ont surtout renforcé la sphère mercantile, peut créatrice d’emplois durables et refuge idéal pour l’économie informelle.

Les réformes structurelles de l’économie algérienne

années 80/90 et la forte récession économique enregistrée durant cette période ont entrainé une profonde mutation, tant sur l’offre que sur la demande d’emploi.

engagées depuis les

On remarque en effet :

Rétrécissement de l’offre par un coup d’arrêt brutal du recrutement au niveau du secteur public qui engage dans le même temps une vaste opération de compression des effectifs (perte de 400.000 emplois)

Modification sensible de la structure de l’emploi en faveur des services et de l’administration

Venue en nombre croissant des femmes sur le marché du travail

Chômage croissant des jeunes diplômés

Retour des retraités sur le marché du travail

Importance sans cesse croissante de la part des jeunes dans la structure des demandeurs d’emploi

Compte tenu de l’effet de masse du chômage, les recruteurs ; particulièrement au niveau du secteur privé, privilégie les anciens cadres expérimentés au détriment des jeunes diplômés sans expérience

On remarque une quasi saturation du recrutement au niveau de l’administration après avoir été le plus grand absorbateur de jeunes diplômé durant les années 90/2000 .

Les éléments constitutifs de cet état des lieux nous permettrons de comprendre la logique des stratégies déployées par la politique publique en matière d’insertion professionnelle et par la même les faiblesses de leurs mises en œuvre ; eu égard aux particularités de la situation socioéconomique du pays.

2REVUE

DES

DISPOSITIFS

D’INSERTION

DIVERSITE POUR QUELS IMPACTS ?

PROFESSIONNELLE :

UNE

I l est évident que la politique publique en matière d’insertion professionnelle menée à ce jour ; tout en ayant comme objectif majeur la stabilité sociale, devait s’adapter de manière permanente aux contraintes subies par le pays au double plan politique(montée de l’intégrisme et de la violence) et économique ( importance de la dette extérieure, mutation structurelle de l’économie algérienne ,cours du pétrole, crise économique mondiale, intégration au système mondial d’économie globalisée …etc.).

Deux périodes clé à retenir en mémoire pour bien comprendre la structure et les limites du marché de l’emploi en Algérie :

Années 80/90 : processus de transition d’une économie administrée vers une économie de marché avec ; en toile de fond, d’une part une pression des institutions financières internationales pour engager des reformes

économiques drastiques et d’autre part une dramatique récession économique qui a duré plusieurs années consécutives

Années 2000 : amélioration des recettes de l’état, retour de la croissance économique à des niveaux acceptables et augmentation des budgets affectés au soutien de l’emploi

Dans ce cadre global, nous passerons en revue les dispositifs d’insertion professionnelle mis en œuvre de 1990 à 2009.

L’E.S.I.L (emplois saisonniers d’intérêt général) est le premier dispositif mis en place en 1990 pour l’embauche des jeunes de moins de 30 ans avec prise en charge par l’état de la rémunération mensuelle (2500 DA/mois)

Ce dispositif a permis d’occuper entre 1 990 et 2001 prés de 496.000 jeunes (durée moyenne / 06 mois

Le dispositif du CPE (contrat de préemploi) est mis en place en 1998 pour gérer le chômage des jeunes diplômés. L’objectif étant de favoriser l’insertion

des jeunes diplômés après une phase d’adaptation et d’essai soutenu par le

budget de l’état (80% du salaire pour une durée d’un an pour le secteur public

et six mois pour le secteur privé).

Dix années d’application ont permis de toucher plus de 40.000 jeunes et sur

lesquels seuls 12% ont eu accès à un recrutement définitif ; principalement

dans le secteur de l’administration.

Le gouvernement, après évaluation, relève que ces dispositifs n’ont pas réalisés les objectifs escomptés et décide ; courant second semestre 2008, la mise en œuvre d’un nouveau dispositif en remplacement de l’ESIL et du CPE.

Il s’agit du D.A.I.P (dispositif d’aide à l’insertion professionnelle) ; épine dorsale de la nouvelle politique d’emploi du gouvernement algérien. Ce nouveau dispositif ; favorisé par une relative aisance financière du pays, veut rompre avec les pratiques isolées des anciens dispositifs et veut s’intégrer

dans une dynamique globalisante s’appuyant sur une logique de traitement du chômage par une approche économique. Qu’est ce que le D.A.I.P ? Ce dispositif se veut un palliatif aux insuffisances constatées en ce qui concernent les bilans des dispositifs cités plus haut et à certaines contraintes de l’environnement socio économique. Nous pouvons évoquer essentiellement :

La prépondérance du traitement social du chômage

L’absence d’un réseau de collecte d’informations continu et fiable sur le marché du travail

La persistance de la rigidité de l’environnement administratif et financier qui constitue un obstacle à l’investissement

La prépondérance des activités mercantiles par rapport à l’investissement productif générateur d’emplois durables

L’ampleur sans cesse grandissante de l’économie informelle

La persistance du facteur socioculturel lié à la période de l’économie administrée et caractérisé par la tendance du recours au salariat comme seule possibilité d’emploi.

Le peu de développement ; a contrario, d’une culture entrepreneuriale en milieu de jeunes

La faiblesse des capacités d’adaptation des entreprises au nouveau contexte économique

La faible mobilité géographique et professionnelle de la main d’œuvre

Objectifs du dispositif :

Favoriser l’insertion professionnelle des primo demandeurs d’emplois

Encourager toutes formes d’action et de mesures tendant à promouvoir l’emploi des jeunes

Avantages du dispositif :

La rémunération mensuelle brute ainsi que les charges sociales des bénéficiaires du DAIP sont prises en charge par l’état

La prise en charge du coût des dépenses de formation à hauteur de 60% , en faveur des jeunes insérés dans le cadre des CFE(contrat formation en entreprise)

Avantages fiscaux et parafiscaux durant la période des contrats d’insertion et des contrats aidés

Contribution salariale dégressive de l’état dans le cadre des contrats de travail aidés pour le recrutement des jeunes insérés auprès des entreprises économiques

Catégories ciblées par le dispositif :

‐ 1ere catégorie : jeunes diplômés de l’enseignement supérieur et les techniciens supérieurs issus des établissements nationaux de formation professionnelle.

2éme catégorie : jeunes sortant de l’enseignement secondaire et des centres de formation professionnelle

3éme catégorie : jeunes sans formation ni qualification

La nouveauté du dispositif est la prévision de mise en place d’organes de coordination intersectorielle qui sont :

La commission nationale de l’Emploi (CNE) ; présidée par le premier ministre et composée des ministres des secteurs concernés

Le comité intersectoriel de l’emploi (CIPE), présidé par le ministre chargé de l’emploi

Le suivi, le contrôle et l’évaluation des mécanismes de gestion du marché du travail seront assurés par trois niveaux :

La CNE

Le CIPE

Le ministère de l’emploi

Le DAIP projette l’insertion de plus de 350.000 jeunes par an et l’amélioration du taux de recrutement à 33% du total des insérés au lieu de 12% réalisé par les deux dispositifs précédent sur 10 années d’existence.

En objectifs globaux et à horizon 2013, il est prévu ; par combinaison de l’ensemble des dispositifs mis en place, la création annuelle de plus de 450.000 emplois et une baisse du taux de chômage à moins de 9%.

Pour être exhaustif et complet nous devons souligner que dans le cadre de la lutte contre le chômage et la promotion de la petite entreprise privée, l’état algérien à mis en place ; de manière successive et cumulative, trois dispositifs d’appui : l’ANSEJ (agence nationale de soutien à l’emploi jeunes), la CNAC (caisse nationale allocation chômage) et l’ANGEM (agence nationale de gestion des microcrédits)

Ces trois dispositifs ; visant chacun une cible de population de chômeurs, procèdent du même type d’organisation :

Accompagnement de l’entrepreneur

Prêt à taux bonifié

Exonérations fiscales

Des mesures très récentes (mai 2010) ont mis à niveau le montant de soutien aux projets des jeunes (10.000.000 DA) pour les dispositifs ANSEJ/CNAC et ont réduit à un mois au lieu de six la durée d’inscription à l’ANEM pour accès au dispositif de la CNAC.

Le dispositif de l’ANSEJ, mis en place au second semestre 1997, qui a vu une amélioration du niveau de son budget d’intervention à partir de 2003, est arrivé de manière globale au bilan suivant :

financement de 150.000 projets par les banques au 3 1/10/2009

Création en moyenne de 03 emplois par projet

Mobilisation d’un investissement global de plus de 180 milliards de DA (+ de 1,6 milliards d’euros)

Notons que plus de 1 000 micro entreprises ont accédé au statut de PME

La CNAC, caisse nationale d’allocation chômage, créée en 1994 lors de la période de réajustement structurel, a pour mission le financement des projets des chômeurs de 35 à 50 ans inscrits au niveau de l’ANEM.

Au 31/10/2009, la CNAC a contribué à la création de 14. 133 emplois ; soit une récupération dans l’absolu de 3,5% seulement des 400.000 emplois perdus par la seule compression des effectifs du secteur public.

L’ANGEM (agence nationale de gestion de microcrédits), créée en 2003 en remplacement du dispositif ADS, a pour mission essentielle le financement d’activités à domicile. Au 31 octobre 2009, 131.365 projets ont été financés par ce dispositif.

En 2006, le gouvernement met en place une institution de régulation et d’intermédiation pour le marché de l’emploi : l’ANEM (agence nationale de l’emploi). Elle est chargée de l’organisation, de la gestion et de la régulation du marché de l’emploi et ce en rapport avec la politique de l’emploi décidée par le gouvernement. La loi obligeait, jusqu’à récemment, les entreprises économiques à recruter par le seul canal de l’ANEM. Actuellement, la réglementation permet l’agrément d’agences d’intermédiation privées.

La plus part des analystes du marché de l’emploi en Algérie soutiennent que les actuels intermédiaires pour l’emploi ont pour seul rôle de diffuser l’information et de gérer les dispositifs publics sans être sollicités ; ni formés pour identifier les qualifications des jeunes et les faire correspondre aux besoins de compétences des entreprises.

3Des perspectives de relance économique : l’espoir est permis

La crise financière internationale survenue à l’automne 2008 et qui s’est mue rapidement en crise économique mondiale a fait prendre conscience de la fragilité de l’économie algérienne basée essentiellement sur la rente des hydrocarbures. L’engagement de l’état algérien de sortir de cette dépendance par l’adoption d’une nouvelle stratégie de développement socioéconomique basée sur le

développement de la sphère productive en priorisant l’investissement productif. Pour ce faire, il a été mis en place un fonds d’investissement (Fonds NATIONAL d’INVESTISSEMENT) de 150 milliards de dollars destinés à l’investissement productif et ouvert aux investisseurs étrangers

Engagement d’un important programme public d’investissement pour la période 2010/2014 qui mobilisera un fonds de 286 milliards de dollars.

Mise

l’agriculture

en

place

d’un

fonds

de

modernisation

et

de

développement

de

Encouragement pour la mise en place de pôles de compétitivités industriels ( 13 champions)

Développement des NTIC

Achèvement de la modernisation du secteur bancaire algérien qui dispose d’importantes liquidités en mobilisation immédiate (plus de deux mille milliards de DA)

Annonce de la création de deux millions d’emplois à horizon 20 13

IIILES

ACTEURS

DE

L’INSERTION

PROFESSIONNELLE :

LIENS

ET

DIVERGENCES.

1‐ L’université : entre sollicitation, incompréhension et mutation.

Une des missions fondamentales dévolue à l’université est de transmettre le savoir à tous. Cette conception universaliste ; induisant une organisation cloisonné du savoir en disciplines et entre les filières générales ou fondamentales, le contenu est défini grâce à un référentiel scientifique sans confrontation avec les milieux professionnels.

La mise en place du dispositif LMD devrait cependant favoriser le passage d’une logique de « filière » à une logique de « parcours » en plaçant la formation et le projet professionnel de l’étudiant au centre du dispositif. Si les formations comportent des stages ; permettant à l’étudiant de mieux comprendre la réalité du terrain et surtout de réunir les premières conditions à un recrutement, le dispositif LMD se doit de commencer à réfléchir à l’introduction de la voie de l’alternance comme principe pédagogique. Nous soutenons, malgré tout, que la vocation de l’enseignement universitaire est de préparer à l’ensemble de la vie active et non au seul premier emploi, ce qui doit conduire à ne pas privilégier la seule prise en compte des besoins immédiats des entreprises ; sachant la rapidité d’évolution des métiers. Mais malheureusement, nous constatons que la définition des formations de l’université est principalement commandée par la seule offre éducative. Il n’existe pas d’instances nationales paritaires (parité enseignants/partenaires sociaux) définissant et autorisant la création des diplômes délivrés par l’université.

2Les jeunes diplômés : le miroir déformant du diplôme et la réalité du marché

La majorité des jeunes, surprotégés par la cellule familiale, ont une vision étriquée sur les attentes du marché de l’emploi et des recruteurs. Ils considèrent, pour la majorité, que la notoriété ou la nature du diplôme obtenu constitue un facteur déterminant du recrutement alors que tout indique que les employeurs sont surtout sensibles à la motivation, aux stages et expériences professionnelles, à la connaissance du secteur d’activité et à l’opérationnalité immédiate. En effet, les profils des jeunes tendent à une relative homogénéité ; situation qui pousse les recruteurs en situation d’emploi de masse à rechercher les atouts distinctifs des candidats.

Le diplôme voit ainsi son caractère de valeur absolue diminuer au profit de critères complémentaires relatifs au niveau de professionnalisation du candidat. Les jeunes sont également ignorant sur les techniques de mise en valeur de leur potentiel et sont totalement désarmés et non préparés à confronter la réalité d’un processus d’embauche, allant de la candidature à l’entretien de sélection. L’influence familiale sur le choix de certaines filières ; aggravé par l’absence d’information et d’orientation au niveau de l’université, pousse les étudiants à agir par mimétisme et souvent à se tromper de choix par défaut de vision d’ensemble de l’environnement socioéconomique et institutionnel. Face à certaines pratiques discriminatoires en phase d’embauche, les jeunes marquent de manière visible leur manque de confiance par rapport au discours officiel.

3L’entreprise économique : entre mythe et réalités

L’ouverture de l’économie algérienne à l’économie de marché dés les années 80 ; certes irréversible, tarde à donner les résultats escomptés. L’économie algérienne reste tributaire de la seule rente pétrolière et le secteur privé n’arrive pas à être le facteur déclencheur de la densification de la sphère productive ; vecteur fondamental pour un développement durable.

Les plans de relance économique qui ont mobilisé des fonds importants ; ont contribué certes à améliorer les infrastructures de base du pays, mais ont à contrario développé les activités mercantiles et constitué un terreau fertile pour l’économie informelle.

Les 376.000 PME algériennes (essentiellement dans le secteur tertiaire et du BTPH) sont des structures à gestion familiale sans adéquation, pour la majorité, aux standards de gestion moderne et donc inapte à comprendre la nécessité de recrutement de jeunes diplômés.

Les années de réajustement structurel de l’économie algérienne ont eu pour conséquence une désindustrialisation du pays du fait de la faiblesse des IDE attendus hors secteur hydrocarbures, du démembrement du secteur économique public et de l’absence de la relève souhaitée du secteur privé pour la satisfaction des besoins du marché intérieur.

L’échec de la politique de privatisation a aggravé cette situation.

Le secteur économique public, en grande partie démantelé et démobilisé, accusera un grand retard pour se remettre à niveau.

L’étroitesse actuelle du marché de l’emploi découle de cette situation et l’effet cumulatif de demandes d’emplois est sans cesse grandissant.

Le secteur privé, qui pense que sont développement est bridé par un environnement administratif sclérosant et un secteur bancaire peu encourageant, n’est pas prêt à notre sens pour relever le défi du développement économique sans s’appuyer sur une élite bien formée et apte à se mettre à niveau des exigences d’une économie mondiale globalisée.

L’espoir est peut être d’essaimer par tout moyen la culture entrepreneuriale en milieu de jeunes avant la fin de leurs cursus universitaires ; quelque soit la filière choisie, pour préparer le vrai entrepreneur de demain.

4La politique publique : entre insertion par le « social » et insertion par « l’économique ».

En réalité, la politique publique ; compte tenu des contraintes économiques et particulièrement des pressions des institutions financières internationales dans le cadre des conditionnalités de rééchelonnement du paiement de la dette extérieure, s’est vu contrainte de traiter le chômage par le social afin d’éviter l’implosion sociale ; et affronter dans le même temps un mouvement intégriste qui a plongé le

pays dans une spirale de violence inouïe pendant plus de dix années consécutives. Les velléités d’insertion par l’économique demeurent vaines. Les projets de grands travaux publics engagés par l’Etat ont boosté l’emploi d’intérim estimé à plus de 100.000 ; lequel nombre retournera à brèves échéances gonfler la part des demandeurs d’emplois.

Le niveau d’absorption par l’administration est arrivé à saturation.

5Les collectivités locales, maillon faible de la politique d’emploi

La commune ; pierre angulaire de l’organisation territoriale, ne possède pas de culture économique.

La commune n’est en fait qu’un espace administratif déconcentré ; fortement tributaire des budgets de l’Etat et souvent mal utilisés.

La commune semble être totalement déconnectée des enjeux économiques et de développement du pays. S’agissant de cela, les élus locaux soutiennent que c’est l’affaire de l’Etat.

La commune, de part la composante de ses ressources humaines, est incapable de penser un plan de développement de ses potentialités économiques ou d’intégrer une stratégie de complémentarité économique régionale.

Ce handicap, qui en fait n’est que le reflet d’un mode de gouvernance du « HAUT vers le BAS » sclérose l’initiative locale et freine la mutualisation d’atouts régionaux ; profitables à la valorisation des potentiels et donc d’amélioration des offres d’emplois.

VIPLAIDOYER POUR DE NOUVELLES PISTES DE REFLEXION

La question de l’insertion professionnelle doit être perçue comme un problème devant engager la responsabilité de toutes les strates de la société de manière générale et de tous les acteurs de l’insertion de manière particulière car l’entrée dans la vie active des jeunes générations doit être considérée comme facteur fondamental du développement économique et social du pays. Nous proposons au débat quelques points que nous pensons être de nouvelles pistes de réflexions pour pallier à certaines insuffisances en termes de cohérence globale et pour amorcer le débat sur l’amélioration de l’existant en matière d’insertion professionnelle.

Prospective et pôles de veille stratégique sur les métiers et l’emploi

Mise en place des organes de suivi du marché de l’emploi prévus par le DAIP

Rôle des collectivités locales : rompre avec l’inertie et la démobilisation

Pour un engagement responsable de l’université : mise en place de services d’orientation et d’accompagnement de l’étudiant

Développement de la pratique des stages

Développement de la culture entrepreneuriale en milieu de jeunes comme logique substitutive à la culture du salariat

Pour une meilleure synergie entre les différents acteurs de l’insertion professionnelle

Mise en réseau des jeunes et création de réseaux de mutualisation

Favoriser la mobilité géographique des jeunes par la multiplication des formes d’accueil et d’hébergement

IVCONCLUSION

Le thème de l’insertion professionnelle des jeunes ; maintenant problème social, ne peut être résolu par le seul empilement de dispositifs dont le nombre augmente ou diminue au gré des cours des hydrocarbures. Il doit être abordé dans sa globalité en tenant compte de l’ensemble de ses dimensions tant politiques, sociales, culturelles qu’économiques.

Il ne peut être considéré comme problème de l’Etat seul ; mais concerne l’implication de toutes les composantes de la société.

C’est un exercice complexe où l’équilibre des compromis est difficile à obtenir tant les contraintes sont maintenant beaucoup plus exogènes (mondialisation de l’économie) qu’endogènes. Sa prise en compte doit cependant être inscrite comme priorité de toute action gouvernementale au risque d’implosion sociale interne et d’aggravation du phénomène de migration forcée intercontinentale.

Le plaidoyer pour le concept de «

l’économie mondialisée que celle des nations est alors d’actualité.

Gouvernance Equitable », tant à l’échelle de

Nous soutenons enfin qu’il est illusoire de vouloir transposer directement des systèmes étrangers relatifs aux problèmes de l’insertion professionnelle ; car obéissant pour chacun d’eux à une cohérence interne, mais nous recommandons à tenir compte de l’historique des relations sociales dans notre pays. En effet à situation spécifique, des modes opératoires adaptés.

Il convient néanmoins de mettre à profit, dans le cadre d’une approche pragmatique, les mesures mobilisées par d’autres pays et ayant contribué à réduire le chômage des jeunes issus de l’enseignement supérieur.