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La logique, ou Les

premiers
développements de l'art
de penser : ouvrage
élémentaire... / par M.
l'abbé de Condillac
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Condillac, Étienne Bonnot de (1714-1780). La logique, ou Les premiers développements de l'art de penser : ouvrage élémentaire... / par M. l'abbé de Condillac. 1780.

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~r~r
+2.

L'ABBÉ DE CONDILLAC.COLLECTION CO MF LETTE DES ŒUVRES D E 1 M. .

L~RTISSE.l~l.~1 LE ~. . Les autres Ouvrages de l'Auteur commenceront à paroître cette année avec des changemens effentiels y mais fans augmentation.1~ Coa~rs d'cud~ fera la derniere partie de cette Colleaion.

LOGIQUE,
ou

LES PREMIERS DÉVELOPPEMENS

DE L'ART DE PENSER

Ouvrage élémentaire

que le Confeil
prépofé aux Ecoles Palatines avoit demandé, & qu'il a honoré de fon appro-,

bation.

Par M. l'Abbé DE

Chez

A
f L' £ s p R i t

(. D E B u R E

Condillac.

PARIS,
9

Libraire au Palais Royal.
l'ainé Libr air e Quai des Auguftins.;

.¡J

M.

Avec

D C

C.

Approbation,

ET

L X X

Priv

X.

i lege

DU

Roi,

TABLE
DES CHAPITRES CONTENUS DANS
CET- OUVRAGE.
%^P3JET
de cet Ouvrage
s

page

i

PREMIERE PARTIE.
Comment la nature même nous enfeigne Vanalyfc
i
& comment, d'après cette méthode on explique
l'origine & la génération foit des idées foit
des facultés de l'ame
5
CHAP. I. Comment la nature, nous donne les premieres leçons de l'art de penfer
ibid.
CHAP. II. Que Vanalyfe ejl l 'unique méthode pour
acquérir des connoijfances. Comment nous l'ap-

prenons de la nature même
14
CHAP. III. Que l'analyfe fait les efprits jujles 21I
CHAP. IV. Comment la nature nous fait obferver
les objets fenftbles pour nous donner des idées
de différentes efpeces
16
CHAP. V. Des idées des chofes qui ne tombent pas
fous lesfens
3 a
CHAP. VI. Continuation du même fujet
44
CHAP. VII. Analyfe des facultés de Came, 47

CHAP. VIII. Continuation du même fujet
54
CHAP. IX. Des caufes de la fenfibilité & de la

mémoire

«7

IX. I. V. VIII. dans fes moyens & dans fis raifonner réduit à une langue bien faite JJ 5 Chap. 10^5 ClIAP. Des différens degrés de certitude ou de l'évidence des conjectures & de l'analogie -• Fin de la Table. De l'influence des langues loiz CHAP. Confidérations fur les idées abjîraites & 9 générales ou comment l'art de raifonner fe réduit à une langue bien faite. 141 .SECONDE L'anatyfi effets confédérée ou l'art de P A'R T I E. Combien fe trompent ceux qui regar~ dent les définitions comme l'unique moyen de remédier aux abus du langage 1 r3 Chap. III. En quoi confzfie tout l'artifice du 136 raifonnement } CHAP. Il. VIL Combien le raifonnement efi filmple quand la langue efl fiimple -elle-même 122 Chap. VI. Comment le langage • d' action analyfe 88 la penfée CHAP. Imperfection de ces méthodes CHAP. Comment les connoijfances que nous devons à la nature forment un fyflême oit tout cjl parfaitementlié & comment nous nous égaibid. Comment les langues font des méthodes analytiques. rons lorfque nous oublions fes leçons CHAP. IV.

comment on penfe. O V LES PREMIERS DÉVELOPPEMENS DE L'ART DE PENSER. Il falloit même qu'il s'écoulât des fiecles pour faire foupçonner que la penfée peut être affujettie à des loix & aujourd'hui le plus grand nombre penfe encore fans former de pareils foupçons. C'eft ainfi qu'ils ont été logiciens ils ont penfé avant de chercher . Objet de CET Ouvrage* jj$ps&=:4~&5L étoit naturel aux hommes de fup* îf I 1|f pléer à la foibleffe de leurs bras par ir H 1^^ J |f les moyens que la nature avoit mis $^t=^M leur portée &c ils ont été méca- niciens avant de chercher à l'être.LA LOGIQUE. .

On crut donc bientôt avoir deviné les hommes de génie. tés de l'ame & dans les leviers dont notre . Or comme l'art de mouvoir de grandes maffes a fes loix dans les facultés du corps & dans lés leviers dont nos bras ont appris à fe i /• • i>1 art dei penfer r a les fiennes dans les faculfervir. Plus ils étonnoient plus on imagina qu'ils avoient des moyens extraordinaires & l'on chercha ces moyens extraordinaires quand on auroit du n'en chercher que de fimples. qu'on nommoit talent c'eft-à-dire. qu'il n'eft pas toujours en leur pouvoir de le révéler. Cependant un heureux inftinû. Mais en les cherchant ou elles ne font pas on nous a montré où elles font & nous pouvons nous flatter de les trouver fi nous fçavons mieux obferver qu'on n'a fait.Cefi une comparaifon de Bacon. fi nous avions à commencer cette recherche. Mais on ne les devine pas facilement leur fecret eft d'autant mieux gardé. On a donc cherché les loix de l'art de penfer où elles n'étoient pas & c'efl: la vraifemblablement que nous les chercherions nousmêmes. une maniere de voir plus fûre & mieux fentie. ils produifoient le plaifir & la lumiere. guidoit à leur inlçi* les meilleurs efprits. Leurs écrits devenoient des modèles & on chercha dans ces écrits par quel artifice inconnu même à eux.

efprit a également appris à fe fervir. & il fe fait bientôt un levier d'un bâton. C'eft ainfi que la nature nous force de commencer. des axiomes des principes nous com- . Il eft forcé de commencer par fe fervir de fes bras il lui eft naturel de s'en fervir. lorfque pour la premiere fois nous faifbns quelque ufage des facultés de notre efprit. Il faut donc obferver ces facultés & ces leviers. pas cette Logique par des définitions. ce n'eft qu'autant que nous continuons comme elle nous a fait commencer. s'il vouloit pour la premiere fois faire quelque ufage des facultés de fon corps. L'ufage augmente fes forces l'expérience qui lui fait remarquer pourquoi il a mal fait. Il lui efl également naturel de s'aider de tout ce qu'il fent pouvoir lui être de quelque fecours. Il ne le peut pas. & nous devons nos progrès aux premieres leçons qu'elle nous a données. comment il peut mieux faire développe peu à peu toutes les facultés de fon corps & il s'iriftruit. C'eft elle qui les regle feule comme elle a d'abord réglé feule les facultés du corps Se fi dans la fuite nous fommes capables de les conduire nous-mêmes. Nous ne commencerons donc. Certainement un homme n'imagineroit pas d'établir des définitions des axiomes des principes.

. Dans la premiere Partie nous verrons que l'analyfe eft une méthode que nous avons apprife de la nature même & nous expliquerons. Mais la maniere neuve dont elle eft traitée. ne doit pas être fon feul avantage il faut encore qu'elle foit la plus fimple la plus facile & la plus lumineufe. d'après cette méthode. Dans la féconde nous confidérerons l'analyfe dans fes moyens & dans fes effets & l'art de raifonner fera réduit à une langue bien faite.mencerons par obferver les leçons que 1a nature nous donne. foit des idées foit des facultés de l'ame. l'origine & la génération. Cette Logique ne reffemble à aucune de celles qu'on a faites jufqu'à préfent.

C'eft par eux feuls que les imprefp fions f des objets viennent jufqu l'ame. Comment la nature nous donne les premieres leçons de l'aT.de trions ni la lurfifere. • CHAPITRE PREMIER. pour connoître ces objets fuffit il d'avoir des fens ? Non fans doute. Mais. génération [oit des idées foit des facultés de l'ame. car les mêmes fens nous font communs à tous. on explique l'origine & la. i O fens font les-premieres facultés que nous ii-• remarquons. nous n'aurions aucune connoiflance des fons en un mot. ni les couleurs fi nous avions été privés de l'ouïe. & cependant facultés l'ame. fi nous n'avions jamais eu aucun fens nous ne connoîtrions aucun des objets de la nature.PREMIERE PARTIE Comment la nature même nous enfeigne l'analyfe & comritent ~'C7~P/ cette méthode.t de penfer. . Si nous avions été priv&î de la vue La faculté de feirir eft la première des nous ne connoî.

fi nous organes fur les objets que nous voulons étudier. Les fens ne font que la caufe occafionnelle des impreffions que les objets font fur nous. comme il y en a un pour conduire les facultés du corps. par le goût. Mais on n'apprend à conduire celles ci que parce qu'on les connoît il faut donc connoître celles là pour apprendre à les conduire.nous n'avons pas tous les mêmes connoiffances.ot. 1 apprenons notre à conduire avec règles nos âme. . l'ame qui fent c'eft à elle feule que les fenfations appartiennent & fentir eft la première faculté que nous remarquons en elle. qu'autant qu'on apprend à régler fes pas. Cette inégalité ne peut provenir que de ce que nous ne fçavons pas tous faire également de nos fëns l'ufage pour lequel ils nous ont été donnés. j'acquerrai moins de connoiffances qu'un autre par la même raison qu'on ne danfe bien.d egnous ~. Si je n'apprends pas à les régler. Cette faculté fe distingue en cinq efpeces. & principalement par le toucher. Tout s'apprend & il y a un art pour conduire les facultés de l'efprit. parce que Éfofations.conduire avec règles la faculté de fentir de qu"r. C'en. Dès que l'ame ne fent que par les organes du NousUfçau- corps il e^ évident que nous apprendrons à ~a ferons ré.s g!er nos fens. L'ame nous avons cinq efpeces de fent par la vue par l'ouïe par l'odorat.

i- Ja quefois au moins.J avons" condl1lts quelquefois. fens ? En faifant £ ce que nous avons fait lorfque ceux -"f tes avons len conduits. terminées par nos befoins car les befoins &les fc. Ils acquierent des connoiffances fans notre fccours ils en acquierent malgré les obftacles que nous mettons au développement de leurs facultés. C'efl la nature c'eft-à-dire nos facultés dé. Comme ils ont commencé feuls à développer leurs facultés.'¡: pronip- r' régler H IC~ bien 'J~L.GllltS. Ils ont donc un art pour en acquérir. ils fentiront qu'ils les peuvent developper encore s'ils font pour achever ce développement. C'eft une chofe fur laquelle les bbefoins & l."'arqué co-. quel. tement les enfans en font la preuve. inïlruifent il. parce que c'eft la nature qui corn* mençoit pour eux. ce qu'ils ont fait pour le commencer. Il n'y a perfonne quand nous avons bien nous les aurons reà qui il ne foit arrivé de les bien conduire. Ils <fe fentiront d'autant plus. S^^ef . Il ne faut donc que leur faire remarquer ce qu'ils font quelquefois pour leur apprendre à le faire toujours & il fe trouvera que nous ne leur apprendrons que ce qu'ils fçavoient faire.Mais comment apprendre à bien conduire fes Nous fçao.' « fJnt facultés font proprement ce que nous nommons déterminées la nature de chaque animal &c par-là nous ne Pa. COI.r nos be. Il eft vrai qu'ils en fuivent les règles à leur infçu mais ils les fuivent. qu'ayant commencé avant d'avoir rien appris ils ont bien commencé.C'eft la na. 1 l'expérience nous.

Il' falloit que chaque animal pût veiller de bonne heure à fa confervation il ne pouvoit donc s'iiifiruire trop promptement & tes leçons de la nature devoient être aufli promptes que fûres.' Il 1.à connoître fa nourrice.9 elle lui a tout donné pour bien commencer. Se elle commence toujours bien parce qu'elle com- mence feule.ib y quiert des befoin de s înitriure. ceux qui vivent dans les eaux font autant d'efpeees qui.commencent truîre!" truire. Mais parce que ces befoins' & ces facultés dépendent de l'organilàtion & varient comme elle c'efi une conféquence que par la nature nous entendions la conformation des organes & en effet c'eft là ce qu'elle eft dans fon principe. étant conformées différemment ont chacune des befoins & des facultés qui ne font qu'à elles. Il aa par exemple un intéceSnXiffa"' rê. Un enfant n'apprend que parce qu'il fent le Comment un enfant acun enfant ac. C'eft cette nature qui commence. ou. voulons dire autre chofe. L'Intelligence qui l'a créée l'a voulu. ce qui eft la même chofe ont chacune leur nature. Les animaux qui s'élevent dans les airs ceux qui ne vont que terre à terre. finon qu'un animal eu né avec te*s befoins Se telles facultés. nous n'acquérons des connoif- in d. . & il la connoît bientôt il la démêle entre plufieurs perfonnes il ne la confond avec aucune & connoître n'eft que cela. En effet.

fances qu'à proportion que nous démêlons une plus grande quantité de chofes & que nous remarquons mieux les qualités qui les diflinguent nos connoiffances commencentau premier objet que nous avons appris à démêler. Ces avertiffemens ne nous manquent jamais lorfque les chofes fur lefquelles 1 tit de Ces prifes. toute autre chofe ` “ Ainfi les fens détruifent fouvent eux-mêmes Comment Ta les erreurs ou ils nous ont fait tomber c'eft nature l'aver- que fi-une première obfervation ne répond pas au befoin pour lequel nous l'avons faite nous fommes avertis par-là que nous avons mal obfervé. parce qu'il apperçoit dans l'éloignement une perfonne qui lui reffemble ? Son erreur ne dure pas. & nous fentons la néceffité d'obferver de nouveau. Trompé dans fon attente il fent bientôt la néceffité de juger une feconde fois & il juge mieux l'expérience. Il ne les a donc acquifes que par la maniere dont il a conduit fes fens. parce qu'il le fait juger à la hâte mais l'erreur ne peut ê. Un befoin preffant peut lui faire porter un faux jugement. nourrice Celles qu'un enfarlt enfant aa ~de de fa nourrice ou de a ne font encore pour lui que des qualités fenfibles.™" m' . qui veille fur lui corrige fes méprifes. Croit-il voir fa nourrice. Si un premier coup d'œil l'a trompé un fecond le détrompe & il la cherche des yeux.re que momentanée.

parce que nous réglerions nos jugemens fur les avertiffemens de la nature. prenant un mot qui ne fignifie rien pour une réponfe & n'étant pas capable de recon- . Nous raifonnerions naturellement bien. 1 que nous portons déjà une multitude de jugei mens fur lefquels la nature ne nous avertit plus. Le plaifir & i maîtres la douleur voilà donc nos premiers ils nous éclairent parce qu'ils nous avertiffent fi nous jugeons bien. nous faifons fans fecours des progrès qui paroiffent aufli rapides qu'étonnans. Elle jouit de fes-erreurs avec une forte de plaifir elle s'y attache fouvent avec opiniâ- treté. Un art de raifonner nous feroit donc tout-àPourquoi ravertiP de fait inutile s'il ne nous falloit jamais juger que 1 avertir. dans l'enfance. ou fi nous jugeons mal & c'eft pourquoi. dans la jouiffance.nous nous trompons nous font abfolument neceffaires car. la douleur vient à la fuite d'un jugement faux comme le plaifir vient à la fuite d'un jugement vrai. Mais à peine nous commençons à fortir de l'enfance. Au contraire il femble que le plaifir accompagne les jugemens faux comme les jugemens vrais & nous nous trompons avec confiance c'eft que dans ces occafions la curiefité eft notre unique befoin &que la curiofité ignorantefe contente de tout. des chofes qui le rapportent aux befoins de preamiere néceiîlté.

on fait bien. Les erreurs commencent donc lorfque la nature ceffe de nous avertir de nos méprifes c'eftà-dire. C'eft ainfi qu'il faut apprendre l'art de raifonner. Alors nos erreurs font durables. en quelque forte. L. puifqu'il y a des chofes dont nous [a] Pour apprendre un art mécanique. 3. il en faut acquérirla pratique car la théorie n'eft que la connoiffance des regles & l'on n'eft pas mécanicien par cette feule connoiffance on ne l'eft que par l'habitude d'opérer. Cette habitude une fois acquife les regles deviennent inutiles on n'a plus befoin d'y penfer &. anc. ) [a]. 3 c.noître que cette réponfe n'eft qu'un mot. nous avons jugé des chofes qui ne font pas à notre portée. l'expérience ne fçauroit nous détromper & fi nous avons jugé des autres avec précipitation elle ne nous détrompe pas davantage parce que notre prévention ne nous permet pas de la confulter. il ne fuffit pas d'en concevoir la théorie. Si comme il n'efi que trop ordinaire. nous ne fçavons pas éprouver nos jugemens pour reconnoître s'ils font vrais ou s'ils font faux ( Cours d'Etudi Hifi. Il ne fuffiroitpas de concevoir cette Logique fi l'on ne fe fait pas une habitude de la méthode qu'elle enfeigne & H cette habitude n'eft pas telle qu'on puiffe raifonner bien fans avoir befoin de penfer aux regles on n'aura pas la . naturellement. Mais enfin. lorfque jugeant des chofes qui ont peu de rapport aux befoins de premiere néceffité.

devons nous conduire pour juger des autres. que lorfqu'on aura faifi l'efprit de cette Logique cequi demande qu'on la life au moins une fois. J'indique ici les leâures qu'il faudra faire à cet effet & je les indiquerai ailleurs de la même maniere. & de mettre nos jugemens à l'épreuve de l'obfervation & de Unique jugeons bien ° moyen d'acobferver l'expérience. il n'y a qu'à comment nous nous fommes conduits quérir des conuailianf' & nous içaurons pour en juger & comment nous ces. Alors chacun de nous faifoit des découvertes qu'il ne devoit qu'à fes obfervations & à pratique de l'art de raifonner on n'en aura que la théorie. . Il ftiffira de continuer comme la nature nous a fait commencer c'eft-à-dire. d'obferver. Il faut donc s'exercer fur beaucoupd'objets. Cette habitude comme toutes les autres. C'eft ce que nous avons tous fait dans notre premiere enfance & fi nous pouvions nous rappeller cet âge nos premieres études nous mettroiènt fur la voie pour en faire d'autres avec fruit. on fera bien de ne faire les leâures auxquelles je renvoie. J'ofe promettre à ceux qui l'étudieront ainfi qu'ils acquerront pour toutes leurs études une facilité dont ils feront étonnés j'en ai l'expérience.r même dès l'enfance.. Mais parce qu'on acquiert la pratique d'un art d'autant plus facilement qu'on en conçoit mieux la théorie. Quand on aura faifi l'efprit de cette Logique on la recommencera & à mefure qu'on avancera on fera les lectures que j'indique. ne peut fe contracter que par un long exercice.

. L'un & l'autre font difficiles. Nous ferions fouvent réduits à la nécefîité de faire des fuppofitions. & il ne nous refle qu'à obferver ce qu'elle nous apprend. Il ne s'agit donc pas d'imaginer nous -mêmes un fyjïême. que parce que n'obfervant que des chofes relatives aux befoins les plus urgens ils ne fe trompent pas ou que s'ils fe trompent ils font auffi-tôt avertis de leurs méprifes.Fôn expérience & nous en ferions encore aujourd'hui. fi nous fçavions cuivre le chemin que la nature nous avoit ouvert. il faudroit obferver dans les enfans les premiers développemens de nos facultés ou fe rappeller ce qui nous eu. Si nous pou- . Bornons nous à rechercher comment aujourd'hui nous nous conduifons nous mêmes lorfque nous acquérons des connoiffances. La nature a fait ce fyiftême elle même elle pouvoit feule le faire elle l'a bien fait. & d'autrefois d'exiger qu'on fe mît dans des fituations oit tout le monde ne fçauroit pas fe placer.. pour fçavoir comment nous devons acquérir des connoiffances gardons nous en bien. arrivé à nous-mêmes. Il fuffit d'avoir remarqué que les enfans n'acqueirent de vraies connoiffances. Il femble que pour étudier la nature. Mais des fuppofitions auroient l'inconvénient de paroître quelquefois gratuites.

Nous arrivons dans ce château pendant la nuit. Il en feroit de même dans un troifieme. CHAPITRE I I. Par conféquent fi l'on n'avoit pas refermé les fenêtres nous n'aurions continué de voir que ce que nous avions d'abord vu. fappofe un château qui domine fur une camcoupd'œiine pagne vafte abondante. & elles fe referment auffi-tôt." qu°" des fituations pour les varier & embellir encore. maniere dont nous les avons acquifes nous fcaurons comment nous en pouvons acquérir d'autres. Dans un fécond inftant nous n'aurions fait que recevoir les mêmes impreffions que les objets ont faites fur nous dans le premier.vons nous affurer des quelques unes & de h. Le lendemain les fenêtres s'ouvrent au moment où le foleil commence à dorer l'horizon. Un premier •? E 1 . où la nature s'eft plue donne point r ° à répandre la variété & 011 l'art a fcu profiter d'idée des voit. Comment nous l'apprenons de la nature même. Que Canalyfe ejl l'unique méthode pour acquérir des connoijfances. Quoique cette campagne ne fe foit montrée à nous qu'un inflant il eft certain que nous avons vu tout ce qu'elle renferme.

Si elle nous a donné la faculté de voir une multitude de chofes à-la-fois. mées Enfin les fenêtres fe rouvrent pour ne plus fe Pour s'en f°™" des refermer tant qque le foleil fera fur l'horizon.Mais ce premier inftant ne fuffit pas pour nous faire connoître cette campagne c'eft-à-dire pour nous faire démêler les objets qu'elle renferme c'efi pourquoi. & ne rien apprendre. Pour avoir une connoiffance de cette campagne.1 abord l'autre. fe font tout-à-coup refermées. il ne fuffit donc pas de la voir toute à-lafois il en faut voir chaque partie l'une après l'autre & au lieu de tout embraffer d'un coup d'œil il faut arrêter fes regards fucceffivement d'un objet fur un objet.. hommes en extafe nous continuons comme au premier inftant de voir à-la-fois cette multitude d'objets différens nous n'en fçaurons pas plus lorfque la nuit furviendra que nous n'en fçavions lorfque les fenêtres qui venoient de s'ouvrir. Mais fi femblables a des i i avons d. lorfque les fenêtres fe font refer- aucun de nous n'auroit pu rendre compte de ce qu'il a vu. Voilà ce que la nature nous apprend à tous. elle nous a donné aufli la faculté de n'en regarder qu'une c'eft-à-dire de diriger nos yeux fur une feule & c'eft à cette faculté qui eft 1 »?• 1 1 1 1 . Voilà comment on peut voir beaucoup de chofes.1 il les long-temps & nous revoyons tout ce que nous fautobferver ''une après apres vu.leeS.

°bjets. Cette faculté nous eft commune à tous. pour juger des rapports où ils font. Quelques-uns feront des tableaux plus ou moins vrais. Voila tlnf equ™ft d'abord & quand leur fituaq on a remarqué ~I tané qui elt 9 les autres fe mettent dans les entre elles. Et pour les concevoir telles qu'el- -1: Or quel eft cet ordre ? La nature l'indique 1f A ceft celui dans lequel elle offre les elle-même faut que l'or. On commence donc par les objets principaux 1 les obferve fucceffivement. ou l'on retrouvera beaucoup de chofes comme elles font en effet. chacun à leur placé. brouillant tout feront des tableaux ou il ne fera pas pôffible de rien reconnoître. Il y en a qui . Chacun de nous néanmoins a vu les mêmes objets mais les regards des uns étoient conduits comme au hafard & ceux des autres fe dirigeoient avec un certain. par ce moyen on a leur fituation refpeûive les raffemble dans ve < I I § g I I ( g S S I 1 I 1 .minent or"l . ils dodans lequel & tous les autres femblent s'arranger cniesobCer. on remarquera que nous ne la connoiffons pas tous également bien. fi dans la fuite nous voulons parler de cette campagne. tion refpeftive intervalles. tandis que d'autres. ordre. .appellent plus particulièrefaut que are ment les regards ils font plus frappans. Cependant.& on on les corn-* pare. Quand.une fuite de notre organifation que nous devons toutes les connoiffances que nous acquérons par la vue.1! ° TT '<\ ceux qu'on obferve autour d'eux pour eux.

quan·. Il en èft donc de l'efprit comme de l'œil it voit à'ia-fois une multitude de chofes & il ne faut pas s'en étonner. uniquement à i> i1 art avec lequel rigé nos regards» Nous ne les avons acquifes que l'une après l'autre mais une fois acquifes elles font toutes eh même temps préfentes àl'efprit.voit. n'eft donc plus fticcefff il eft fimultané.ton obferve fucceffivement tous ceux qui rem. & on ne fçauroit en quelque forte circonfcrire l'efpace qu'elles embraffent. dans.i puifque c'eft à l'ame qu'appartiennent toutes les fenfations de la vue. . Cette vue de l'efprit s'étend comme la vue du corps fi l'on eft bien organifé il ne faut à l'une & à l'autre que de l'exercice. C'eft celui-là même dans lequel ils exiftent. tité d'idées. plirent les intervalles on les compare chacun avec l'objet principal le plus prochain. un efprit exercé . Alors on démêle tous les objets dont on a faifi la forme & la Situation. & on les embraffe d'un feul regard-. comme les objets qu'elles nous retracent font tous préfens à l'oeil qui les voit. & nous les voyons fous à-la-fois d'une manière diftin&e» grande Ce font là des connoifrances que nous devons i i nous avons di-. Par ce moyen l'efprit peut emgrande "an. en détermine la pofition. un fujet qu'il médite une multitude. En effet. & ort. L'ordre qui eft entre eux dans notre efprit.

ou de donner la préférence.dont nous acquérons des eonnoifïances par la ainfi il dé- vue qu*un objet fort côm~nous remarquerons qn. Les principaux objets viennent d'abordée placet dans l'efprit les autres vieny enfuite & s'y arrangent fuivânt les rapnent ports où ils font avec les premiers. s?àrranger âv'ee avec ordre dans l'efprit. & nous les retracer comme la premiere. Alors il nous arrivera. ou de trouver qu'elles ont chacune leur agrément. & qui cependant nous échappent. Nous pouvons en nous tranfportant de château en château. Si maintenant nous réfléchiffons fur la manière Parce qu'en XifiTu^é. compke les vue chofes pour pôle c. l'à' .Ittl cOm1 i tel qu une vâlte campagne fè decompofe les recorapofait des' idée" & quelque forte j ptiifqtïe: ptiifqttè tîôtis eonnbifnous iie~ ne le connoiffait des idées tnfe!S&d'f fons que lo^%lé fe* parties font venues lune IIn"es. Mais nous n'en jugeons que parée que nous les comparons nous ne les comparons que parce que nous nous les retraçons toutes en même temps.de rapports que nous n'appercevons pas côimmîB îes yeux exercés d'un grand peintre démêlent en un moment dans un payfage une multitude de chofes que nous voyons avec lui. étudier de nouvelles campa- gnes. Nous avons vu dans quel ordre fe fait cette déeompofition.à quelqu'une. fefprit: après l'autre. L'efprit voit donc plus que l'oeil ne peut voir. Nous ne fai•^î^ cette dëcompofition que parce qu'un inftant ~h:!e~fepo~.

Quoique d'un coup d'oeil je démêle une mul. Ceft dans cet ordre fimtiltahé que con- ïifte la GOnnoiffance que nbiîs eh avons car fi nous ne pouvions nous les retracer enfemble nous ne pourrions jamais juger des rapports oit elles font entre elles & nous les connoîtrions ïnal. & lorfque lés conrioiflarices font acquifes !es chofes au lieu d'être fiicceffives ont dans l'efprit le même ordre fimuîtarié qu'elles ont au dehors.1 étu-^ 1 diée cependant la vue n'eft jamais plus diffihaë ™ objet.L'anaiyfbda la peniée fe fait^iTmê" titudé d'objets dans une campagne que j'ai . & que £es. C'èfl ce que la nature me "^aiy/c. que lorfqu'elle fe circonfcrit elle-même. nous fait ïkirë à tous.. L'ànalyfe qu'où croit n'être connue que des ph'ilbfbphes eu donc connue de tout le rnohdé > & je n'ai rien appris au léâëù'f je lui ai feulement fait remarquer ce qu'il fait continuellement. nous 1 ne regardons qu'un petit nombre d'objets â-la-fois nous eh difeernons toujours moins que nous n'en voyons. Mais nous ne décômpôfôhs que pour recompofer."“ ? | f | | j | j . afin de leur donner dans ftfpfiï l'ordre fîfnuîtané dans lequel elles' exiftérit. fendbles.tïè nous fuffit pas pour étudier tous ces objets. Analyfer n'eft donc autre chofe qu'ôbferver Cetre dé<v les îuccëmr -t a un objet compoMonL < <i qualités dans un ordre & recompo^Z e*ocJ. J'ai à- t- n<' . il en eft de même de la vue de l'efprit.

On décompofe de même on fe retrace les parties de fa penfée dans un ordre fucceffif pour les rétablir dans un ordre fimultané on fait cette compofition& cette dérompofitilon en fe conformant aux rapports qui font entre les chofes comme principales & comme fubordonnées & parce qu'on n'analyferoit. . Cette analyfe ne fe fait pas autrement que celle des objets extérieurs.. il faut que je décompofe comme j'ai décompofé ce qui s'o£ froit à mes yeux il faut que j'analyfe ma penfée.la-fois préfentes un grand nombre de connoï& fances qui me font devenues familieres je les vois toutes. mais je ne les démêle pas également. pas une campagne fi la vue ne l'embraflbit pas toute entiere on n'analyferoit pas fa penfée fi l'efprit ne l'embraffoit pas toute entiere également. Dans l'un & l'autre cas il faut tout voir à-la-fois autrement on ne pourroit pas s'affurer d'avoir vu l'une après l'autre toutes les parties. Pour voir d'une manière diftinâe tout ce qui s'offre à-la-fois dans mon efprit.

.c nomme idées*. 1 proprement t' que lorfqu'iîs font ce qu'on Si nous fommes affurés préfens.rées comme %^j H A ioi reprefentant qui' [esPobje"sfènfenfations f'. qUï fo les 1 1'.nous ne les voyons que dans les if ien. autant nous distinguons d'efpeces d'idées. nous ne'les voyons que dans le fouvenir des fenfations qu'ils ont faites. fations qu'ils font aâuellement fur nous. Les {e"&~ eu N de nous peut remarquer qu'il ne s confidéconnôît les objets fenfibles que par les ténia. Toutes les con-noiffances que nous pouvons avoir dés objets fenfibles ne font donc dans le principe & ne peuvent être que des fenfations.pas moins que lorfqu'ils font abfens. & ces idées font ou des fenfations aâuelîes ou elles ne font qu'un fouvenir des fenfations que ijous avons eues.CHAPITRE III. tions qu'il "1'"en reçoit ce font fibles font nous les repréfentent. nous ne le fommes. Les fenfations confidérées comme reprefentant les objets fenfibles fe nomment idées ex» prefîîon figurée qui au propre fignifie la même chofe c^jl images: Autant nous diffinguons de fenfations différentes. Que Canalyfe fait les efprits jufles.

Si au lieu de les acquérir par cette méthode nous les accumulons au hafard elles feront dans une grande confufion & elles y reftéront. elle efi même combattue. Je l'ai déja prouvé mais j'y reviens & j'y reviendrai encore car cette vérité n'eft pas affez connue. quoique fimple évidente & fondamentale.elles y confervent 1 ordre que nous leur avons ces. que je veuille connoître une maCefti'anadonneetsqui s | { t j j [ I . qui décompofe & recompofe chaque penfée.k |l &s P$ . donné & nous pouvons facilement nous les retracer avec la même netteté avec laquelle nous les avons acquifes. En effet. Cet ordre efl le feul qui puiffe leur donner toute la clarté & toute la précifion dont elles font fufceptibles & comme nous n'avons pas d'autre moyen pour nous inftruire nous mêmes nous n'en avons pas d'autre pour communiquer nos connoiffances.Quand nous les acquérons par la méthode analytique découverte dans le Chapitre précédonne des idées exaftes dent elles s'arrangent avec ordre dans l'efprit ou de vraies connoiffan. Cette confufion ne permettra plus à l'efprit de fe les rappeller d'une maniere diftinfte & fi nous voulons parler des connoiffances que nous croyons avoir acquifes on ne comprendra rien à nos difcours parce que nous n'y comprendrons rien nous-mêmes. Pour parler d'une maniere à fe faire entendre il faut concevoir & rendre fes idées dans l'ordre analytique.

mépar fa propre expérience il n'y a pas même tn1J°etIedee11" de tout jufqu'aux plus petites couturières qui n'en foient nue l le monde. Elles fçavent donc l'analyfe auflî-biea que les philofophes & elles en conuoiffent l'utilité beaucoup mieux que ceux qui s'obstinent h .. alors je concevrai parfaitement cette machine parce que je l'aurai décompofée & recompoiec Qu'êfl-ce donc que concevoir cette machine ? C'eft avoir une penfée qui eil compofée d'autant i | fl'idées qu'il y a de parties dans cette machinemême d'idées qui les repréfentent chacune exacI I tement & qui font difpofées dans le même u «rdre. {: Lorfque je l'ai. Quand j'aurai de chacune une idée exaâe & que je pourrai les remettre dans le même ordre ou elles étoient. foit que je veuille en rendre compte aux autres. •• convaincues car fi leur donnant pour modele une robe d'une forme Singulière vous leur propofez d'en faire une femblable elles imagineront naturellement de défaire & de refaire ce modèle pour apprendreà faire la robe que vous demandez.fc"hme je la décompoferai pour en étudier fépa- f rément chaque partie.étudiée avec cette méthode qui eft la feule alors ma penfée ne m'offre que des idées diftinâes èç elle s'analyfe d'elle mê| me foit que je veuille m'en rendre compte. ( Chacun peut fe convaincre de cette vérité cette.

C'eft elle qui leur a fait faire l'analyfe des chofes qu'ils étudioient j & le peu qu'ils fçavent s ils Iq . avec les philofophes en inventer d'autres. nous ne l'avons pas imaginée nous ne l'avons que trouvée. & ils les ont bien faites. Cette méthode. & moins on les entend. & ils ont eu le meilleur de tous la nature. Nous aurions pu. Il y a des efprits juftes qui paroiffent n'avoir C'en par el. & mettre un ordre quelconque entre nos idées mais cet ordre. Ils ne fçavent pas que l'analyfe peut feule nous inftruire vérité pratique connue des artifans les plus greffiers.ifoutenir qu'il y a une autre méthode pour s'iniP truire. me i des études. Croyons avec elles qu'aucune autre méthode ne peut fuppléer à l'analyfe. Aucune autre ne peut répandre la même lumiere nous en aurons la preuve toutes les fois que nous voudrons étudier un objet un peu compofé. parce qu'ils ne paroizent pas avoir le qeue?™efprits juftes fe méditépour s'inftruire ont fait laIt en ant ils 1 s pour s l1111rtllre cependant font formés. plus ils s'embarraffent. & nous ne devons pas craindre qu'elle nous égaré. Comme ils r les faifoient fans deffein prémédité ils ne fongeoient pas à prendre des leçons d'aucun maître.rien étudié. qui n'auroit pas été celui de l'analyfe auroit mis dans nos penfées la même confufion qu'il a mife dans leurs écrits car il femble que plus ils affichent l'ordre.

C'eft la voie la plus fimple parce qu'elle efi la plus naturelle & nous verrons qu'elle efl encore h plus courte. plus on s'égare. L'inftinâ ànotreinfçu. On prend pour principes des notions vagues. | 1 j S S I ? | { . qui ne font eux-mêmes que le goût. par l'analyfe & parl'analyfe feule. dl h d études.qui eft un guide fi fïir le goîit qui juge fi bien & qui cependant juge au moment même qu'il fent. on fe fait un jargon fcientifique dans lequel on croit voir l'évidence". îes talens. ni ce qu'on penfe. C'eft elle qui infpire l!bjamme^de_génie elle eft la Mufe qu'il invoque. des mots vuides de fens. Ils Il fe piquent de d beaucoup b & iis n'en raisonnent que plus mal c'eft que lorfqu'une méthode n'eft pas la bonne plus on la fuit. & cependant on ne fçait dans le vrai ni ce qu'on voit. ni ce qu'on dit. que nous devons nous inftruire. femble vouloir nous cacher tout ce que nous lui devons. Lesmauvaîfes méthodes font^ies"^ prits faux. Il y a des efprits faux qui ont fait de grandes fc. de méthode d. en nous faifant analyfer îçavent bien. C'eft elle qui a fait toutes les dé. On ne fera capable d'analyfer fes penfées qu'autant qu'elles feront elles mêmes l'ouvrage de l'analyfe. lorfqu'il ne fçaiit pas d'où lui viennent fes penfées. C'eft donc encore une fois. lorfqu'il produit ce dont il efi le juge toutes ces facultés font l'ouvrage de la nature qui..

z chap. Il n'en eft pas de même des fçavans. s ) CHAPITRE IV.couvertes. a ne que par les hommes qui n'ont point étudié. 4.il' On ne peut j b' ils prennent une comparaifon dans une autre que vous connoiffez & s'ils ne font pastoujoursheureux dans le choix des comparaifons ils font voir au moins qu'ils fentent ce qu'il faut» faire pour être entendus.VOUS ne pouvons aller que 'du àVin>connu Mftruire 1 ddans la 1 théoconnu > elt un principe bien trivial qu'encondiii. d'aller du connu à l'inconnu. Quoit[u'î. Cependant fi vous voulez me faire concevoir des idées que je n'ai pas il fout me prendre aux idées que j'ai. Quand ils veulent vous faire comprendre une chofe que vous ne connoiffez . Il femble qu'il foit fenti nu. ( Cours £ EtudeArt de penfer 3 part. C'eil pas .ls veuillent inftruire ils oublient volontiers. Comment la nature nous fait obferver les objets fenjibles pour nous donner des idées de différentes efpeces. & ce qu'on nomme méthode d'invention n'eft autre chofe que l'analyfe. J. c'eft par elle que nous retrouverons tout ce qui a été trouvé.connu murînconl rie & prefque ignoré dans la pratique.

de connoiffance en connoiffance ? En un mot é pourquoi ne trouveraisje pas ce que j'ignore dans des fenfations oit ils l'ont trouvé & qui nous font communes ? Sans doute ils me feroient facilement découvrir tout ce qu'ils ont découvert. Or.à ce que je fçais que commence tout ce que j'ignore. Mais ils l'ignorent. ou à laquelle la plupart n'ont pas même penfé. toutes nos connoiffances viennent des fens celles que je n'ai pas comme celles que j'ai & ceux qui font plus fçavans que moi ont été auffi ignorans que je le fuis aujourd'hui. à une connoiffance nouvelle pourquoi ne 1 pourrois-je pas aller par une fuite d'analyfes. parce que c'efl: une chofe qu'ils ont mal obfervée. Certainement ils ne fe font inftruits qu'autant qu'ils ont fait des analyfes & qu'ils les ont bien faites. pourquoi ne m'inftruirois-je pas en allant comme eux du connu à l'inconnu ? Et fi chaque connoiffance que j'acquiers me préparer. tout ce qu'il efl: pofllble d'apprendre & s'il y a une méthode pour me donner de nouvelles connoiffances elle ne peut être que la méthode même qui m'en a déjà donné. En effet. Mais ils ne le remarquoient pas la nature les feifoit en . s'ils fçavoient toujours eux mêmes comment ils fe font inftruits. s'ils fe font inibuits en allant du connu à l'inconnu.

n'aurions que'des connoiffances imparfainous tes. oii l'analyfe a mis l'ordre qui eft entre les chofes mêmes. faut les obferver. If vons recommencer continuer pour core. Quoi qu'il en foit. s'il eft poffible tout ce qu'elles renferment.quelque forte en eux fans eux & ils aîmoîenf à croire que l'avantage d'acquérir des connoifjfances eft un don. Il ne faut donc pas s'étonner fi nous avons de la peine à les entendre dès qu'on fe pique de talens privilégiés. C'eft donc à ces connoifrances que nous deacquerir en1 nosétudes. un talent qui ne fe communique pas facilement. nous avons acquis des connoifQuiconque conSan" fances par une fuite d'obfervations & d'analyconnotifances peut en fes. tout le monde eft forcé de reconnoître que nous ne pouvons aller que du connu à l'inconnu. qui même ne feroient pas proprement des connoiffances. Ces connoiffances font une collection d'idées & cette colleâion eft un fyftême =bien d lonné. Mais il n'y a perfonne qui n'air quelque fyftême d'idées exactes bien ordonnées fi ce n'eft pas fur des matieres de fpécuîation ce fera du moins fur des chofes d'ufage relatives £ . on n'eft pas fait pour fe mettre à la portée des autres. Si les idées étoient peu exactes & fans ordre 1. Voyons l'ufage que nous pouvons faire de cette vérité. Encore enfans. les analyfer & découvrir. c'eft-à-dire une fuite d'idées exaâes.

. Nous avons dit que les idées des objets fenfi. Pre™eresidées font bles ne font.d nous avons 1".les.En ciaiîant idées 011 distribuéles d.feulement d'fi 1 que individu forme des les individus dans différentes claffes. C'eft à ces idées qu'il faut prendre ceux qu'on veut inf- & il eft évident qu'il faut leur en faire remarquer l'origine & la génération fi de ces idées on veut les conduire à d'autres. dans leur origine. des idées de tel ou tel objet. que nous diftinguons par des noms particuliers '& ces claffes font ce.fi l » f | I j '`' | | | 1 . m "e' es' J". Nous avons par exemple. pour fe divifer en une multitude de branches & formèr de tous fes rameaux une pouffe plus ou moins grande. <'/i dans qui repréfentent MaisM. les plantes dont la tige s'élève à une certaine hauteur. nous en aurons bien fait Panalyfe.autres"" forme à la maniere dont nous les acquérons.1 il n'exifle ces objets. que les fenfations des idées md d¡v¡dLlc. mis dans la claffe d'arbre.Nos.JïOS befoins. Or. la nature que des individus donc nos premieres idées ne font que des idées individuelles.. & fi cette fucceffion eft con. Nous n'avons pas imaginé des noms pour cha. Il n'en faut pas davantage. qu'on nomme genres èc efpeces.. fi nous obfervons l'origine !& la génération truire rr Les idées naiffent fucceffivement A fucceffivement /• des idées. nous les verrons naître les unes des autres. L'ordré de l'analyfe eft donc ici l'ordre même de la génération des idées. Voilà une claffe gé- b'.

Rien n'efl donc plus raifonnisble que cette dif. Cepen-. dividùeifes"1". Lorfqu'enfuîte Ôfï| ©bfervé que les arbres différent par la grandeur. . ou même néceffairë. oii ferôit porté à croire que nous ravons faite à' deffeiri. Mais on fe tromperoit ce déffein appartient uniquement à la1 nature c'efï elïe'qui a commencé à notre infçu. & imaginons qu'oh eût donné à chaque individu tift no'riï différent nous fenîons aufli-tôt que la multitude des noms eût fatigué notre mémoire pour tout confondre & qu'il nous eût été impoffiblé d'étudier les objets qui fe multiplient fous riosr yeux & de nous en faire des idées difïiïicTies. on a diflingué d'autres claffes fubordonnées à la première qui les comprend toutes te ces claffes fuboi> données font ce qtt'on nomme éjpetësi. C'eft ainfi que nous diffribuons dans différen» tes claffes toutes les choies qui peuvent venir à notre connoiffance par ce moyen. &c. lele 'rnniexa arbre. arbre d'aprés nommera ^t-Tcoup premier arbre quenous lui montrerons. &cé tOllt-a-COl1p gtoscaiss. nom fera pour lui le nom d'un individu. tributrori & quand on confidere combien ellé nous eft utile. nous leur donnons à chacune une place marquée & nous fçavons toujours où les reprendre. Les idées inLes idées l erifamt nô Un enfant d'après nous. par la fîru&ure j par les fruits. Oublions ces claffes pour un moment.iiéraîë qu'on nomme genre.

v il faut que je . Cet enfant le fentira bientôt lui-même. dé* claffes fubordonnées comme il a formé fans deflein & fans le remarquer. C'eft ainfi qu'une idée individuelle devient tout-à-coup générale fouvent même elle le devient trop &c cela arrive foutes les fois que nous confondons des chofes qu'il eût été utile de diftinguer.-r dij-générales dira eu trop generatije fous-divifem fingue différentes efpeces d'arbres il fo* mera Z efant fi on lui montre un autre arbre • / fans deflein & fans le remarquer. Ce nom deviendra même fi général. une claffe générale. U ne Les idées fe v pas Jt» i. qu'il nommera arbre tout ce que nom nommonsplante. G'efl pourquoi je dis qu'il fera ces diftributions naturellement& à fon infçu. ïl ne fera qu'obéir à fes befoiris. Il le rendra de même commun à trois à quatre & enfin à toutes les plantes qui lui paroîtront avoir quelque reflemblancê avec les premiers arbres qu'il a vus. En effet fi on le mené dans un jardin & qu'on lui fafle cueillir & manger différentes fortes de j | j i? I s(a ) ï | . Il généralife donc fans avoir formé le deflein de généralifer.il n'imagiil le nommera nera pas d'en demander le nom arbre & il rendra ce nom commun à deux individus. Il eft naturellement porté à généralifer parce qu'il lui eft _plus commode de fe fervir d'un nom qu'il fçait que d'en apprendre un nouveau. & fans même remarquer qu'il généralife.

claffes têmTdenos qui fe r. ment donc un fyftême dont toutes les parties fe I lient naturellement. qui nous éclaire nous donne peu à peu le difcernement. Les fyftême con. Le befoin. Les philofophes ne l'ont donc pas imaginé ï ils l'ont trouvé en obfervant la nature &: s'ils avoient mieux obfervé. poirier. & fi nous étendons Ôç perfectionnons ce fyftême.t & qu'il diftinguera différentes efpeces d'arbres. conforme à l'ufage que nous voulons faire des chofes. pommier. plus 1 ou moins t for^efoms. Nos idées commencent donc par être individuelles. c'eft parce que nous continuons comme la nature nous a fait commencer. l. plus ou moins étendu eft. pour devenir tout-à^coup auffi générales qu'il eft poffible & nous ne les diftribuons enfuite dans différentes claffes qu'autant que ^îous fentons le. parce que tous nos befoins tiennent les uns aux autres & ce fyftême.J>eibiii de les diftinguer. Voilà l'ordre de leur génération. qui noiis fait voir dans un temps des différences oii peu auparavant nous n'en appercevions pas.tribution forme au f y[.elt pour eux qu elle fe fait. Mais ils ont cru qu'il étoit à eux ? & ils Font traité comme s'il 'fc . ils l'auroient expliqué beaucoup mieux qu'ils n'ont fait. Puifque nos befoins font le motif de cette difNos idées forment un c.fruits nous verrons qu'il apprendra bientôt ïei» noms de cerifier pêcher. multiplient 1 Ir l.

nous nous tromperionsgroffiérement. & quand de cette claffe nous formons deux. de l'abfurde & ils ont fait un étrange abus des idées générales» Malheureusement nous avons cru apprendre d'eux ce fyflême que nous avions appris d'un meilleur maître. C'eft uniquement par cet artifice que nous mettons de l'ordre dans nos idées mais cet artifice ne fait que cela & il faut bien remarquer qu'il ne peut rien faire de plus.me ce fyftê1 . en ou davantage nous ne faifons encore autre chofe que choifir de nouveaux noms pour diflinguer des objets que nous jugeons différens. D'après tout ce que nous avons dit former une claffe de certains objets ce n'eft autre chofe que donner un même a/ nom à tous ceux que nous jugeons femblabïes. Avec m! artifice fe foime. Nous avons donc confondu les leçons des philofophes avec ïes leçons de la nature & nous avons mal raifonné. Ils y ont mi6 de l'arbitraire. parce que la nature ne nous faifoit pas remarquer qu'elle nous l'enfeignoit.êtoit à eux en effet. fi nous imaginions qu'il y a dans la nature des efnous peces & des genres parce qu'il y a des efpeces 6c des genres dans notre maniere de concevoir. nous avons cru en devoir la connoiffance à ceux qui ne manquoient pas de nous faire remarquer qu'ils étoient nos maîtres. Mais. En effet.

Il n'y a point d'arbre en général de pommier en général de poirier en général il «n'y a que des individus. S 1 I . nous fommes frappés des reffemblances & nous 1 fommes comme un enfant qui prend toutes les I plantes pour des arbres.quelque endroit il eft évident qu'il y auroit autant de claies que d'individus fi à chaque dif. ghsfes. Ce n'eft pas d'après la nature des chofes que il ne ce fait pas ma il'après la inous diftinguons des claffes c'eft d'après notre J1atl1re des manière de concevoir. Donc il n'y a dans la nature ni genres ni efpeces. Dans la fuite le befoin I «Tobferver développe notre difcernement & I parce qu'alors nous remarquons des différences “ I nous faifons de nouvelles claffes. I I Plus notre difcernement fe perfeâionne plus les claffes peuvent fe multiplier & parce qu'il g n'y a pas deux individus qui ne different par . Cela eft fi fimple %u'on croiroit inutile de le remarquer mais fouvent les chofes les plus fimples échappent. Dans les commencemens. précifément parce qu'elles font fimples nous dédaignons de les obferver.Les noms -généraux ne font proprement les noflîâ d'aucune chofe exiflante ils n'expriment que les vues de l'efprit. & c'eft là une des principales caufes de nos mauvais raifonnemens & de nos erreurs. lorfque nous confidérons les «hofes fous des rapports de reffemblance ou de -différence.

s'il a des cho. Alors il n'y auroit plus d'ordre dans nos idées. pas trop d:vife:° nos Quand on n'en fait pas allez. & la confufion fuccéderoit à la lumiere qui fe fépandoit fur elles lorfque nous généralifions avec méthode* Il y a donc un terme après lequel il faut s'arqael rêter car s'il importe de faire des diminuions >jufqu. Demandera -t~ on jufqu'à quel point les genres &C > les efpeces peuvent fe multiplier ? Je réponds ou. plutôt la nature répond elle-même jufqu'à ce que nous ayons affez de claffes pour nous Xégler dans l'ufage des chofes relatives à nos befoijTs: & la jufteffe de cette réponfe efl fenfibïe puifque ce font nos befoins feuls qui nous déterminent à diflinguer des claffes puifque nous n'imaginons pas de donner des noms à des chofes dont nous ne voulons rien faire. il en refte au moins qu'on diftingue.j Poînt no.f ference on vouloit faire une claffe nouvelle. parce que l'efprit s'égare dans un grand nombre de diftinftions dont il ne fent pas la néceffité.E|r n0S y fes qu'on ne diftingue pas & qu'on devroit diftinguer. Il eft vrai que lorfqu'ils s'écartent de la nature pour devenir mauvais philofophes ils «roient qu'à force de diftinûions auffi fubtiles . Quand on en fait trop on brouille tout. devons c?iviil importe plus encore de n'en f^T fousfaire. Au moins eft-ce ainfi que les hommes fe conduifent naturellement.us.

& dans ces intervalles les claffes mitoyennes fe confondent. Pourquoi les efpeces doivent fe confondre. Un arbre. Mais un arbre peut être plus petit. ce eft pas dans le vrai. demander ce qu'elle eft c'eft feulement demander fi nous devons lui donner le nom d'arbre ou celui d'arbrifTeau. &l'on arrive à une plante qui n'eft ni arbre ni arbriffeau ou qui eft tout à-la-fois l'un & l'autre c'eft-à-dire qu'on ne fçait plus à quelle efpece la rapporter. un arbriffeau peut être plus grand. En vain nous analyfons.utile nous nous en fèrvirons & nous la nommerons plante. Pourquoieilesfeconfondent fans in- • Tout eft diftinâ dans la nature mais notre *• eit n trop borne i i voir en détail 1 i •<d» une «prit pour la • manière diftin&e. feau.qu'inutiles ils expliqueront tout & ils broiâl-» ïent tout. L'art de claffer. il refte toujours des chofes que nous ne pouvons analyfer. fi néceffaire pour fe faire des idées exa&es n'éclaire que les points principaux les intervalles relent dans l'obfcurité. Ce n'e^ pas là un inconvénient car demander fi cette plante eft un arbre ou un arbrif- cenvàiiêin. Or il importe peu qu'on lui donne l'un plutôt que l'autre fi elle eft . On à'agiteroit jamais de pareilles queftions fi l'on n . par exemple & un arbriffeau font deux efpeces bien diftinâes. & que par cette raifon nous ne voyons que confufément.

Quel ejl le fujet des qualités du corps? quelle ejlfa nature? quelle ejî fon ejfence? Nous ne voyons pas ces fujets ces natures ces effences en vain même on voudroit nous les montrer. plus. pn efl impatientée juger on croit tout fçavoir. Il nous refte à obferver jufqu'oiî s'étendent nos connoiffances lorfque nous cîaffons les chofes que nous étudions. qtie nous que ce qu'on y voit &.iue ce que avonS" tacue au commun des hommes. il faut nous accoutumer tint naffi~æ à ne voir que ce que nous voyons. Voilà l'abus qu'on fait des claffes le falloit connoître. Ce font là des mots dont nous n'avons point d'idées. mun dea philofophes. ce feroit entreprendre de faire voir des couleurs à des aveugles.. Dès que nos fenfations font les feules idées Noffif 71 rons leffeni des i objets fenfibles .he fuppofoit pas qu'il y" a dans la nature comme dans notre efprit des genres &c des efpeces.“ . il • . que nous ne connoitrons pas.. ils fignifient feulement qu'il y a fous les qualités quelque chofe. Plus on efl ignorant.-t i nous ne ce des corps. Il n'y a donc point de réponfe à faire à ceux qui demandent. L'analyse ne nous donne des idées exafles Nonsn'avons des idées exa-^ 5 ii ne /v i 1 i les choies qu 9autant qu'elle nous fait voir dans &es 4U'ail. Cela-n'eft pas.nous obferw. que nous ayons voyons en eux que ce qu'elles repréfentent au-delà nous n'appercevons rien & par confequent nous ne pouvons rien connoître.ni même au com.

nous nous occupons des objets fenfibles. Il faut fe fouvenir que cette méthode eft l'unique.avant d'avoir rien obfervé & l'on diroit que la connoiffance de la nature eft une efpece de divination qui fe fait avec des mots. Alors nous ne découvrons que quelques qualités &C nous ne pouvons connoitre qu'en partie.. lyfe. d idées 'd 1 complettes 1 ne rfont pas toujours des eST'0"1' elles ne peuvent même jamais l'être lorfque ¡Zl.Yttes. comme de eft 1 anaw tyfe. dans cette campagne. nous regarderons l'étendue & le mouvement comme les principales qualités des corps. 'Nous avons vu comment Panalyfe nous fait connoître les objets fenfibles & comment les idées qu'elle nous en donne font diftinftes ôc Conformes à l'ordre des chofes. & campagne quon voyoit des fenêtres ITlcTunZ château car il y a dans chaque objet. C'efldans cet ordre qu'il les faut faifir. Nous ferons l'étude de chaque objet de la Toutes nos éti des refont même manière que nous faifions celle de cette avec la même « de notre méthode. fi l'on veut fe faire des idées diftinfîes & bien ordonnées. Les idées exa&es que l'on acquiert par l'ana« tes idées. & qu'elle doit être absolument la même dans toutes nos r . pour être Ses^ne l. Par exemple tous les phénomenes de la nature fuppofent l'étendue & le mouvement toutes les fois donc que nous voudrons en étudier quelques-uns. des chofes principales auxquelles toutes les autres doivent fe rapporter.

8. Il ne nous études reftoit qu'à le remarquer c'efl: ce que nous avons. S. Voilà. grand point eft de le bien faire une fois. c'eft feulement appliquer la même méthode à des objets difS– rens c'efl: refaire ce qu'on a déja fait & le. Traité des Senfadons part. ( Cours d'Etude p. 4rt de penfer part. }fc –s CHAPITRE Des V. fait & nous pouvons déformais appliques cette méthode à de nouveaux objets. ckap.îeseff<nouse fonc ju5er d~ bent pas fous les fens parce que d'après les l'esiftence t_ cauCe· effets fI( qu'on voit. i. pour le fçavoir faire toujours. art. Dès notre enfance nous avons tous acquis des connoiffances nous avions. nous nous Comment élevons naturellement à des objets qui ne tom. 1 •J*e v mouvement d'un corps eft un effet il nousdonnciiC aucune jiés* . idées des chofes qui ne tombent pas fou& les fens. Leçons prélim. on juge des caufes qu'on ne d'une dont ils ne VOit pas. JC.N obfervant les objets fenfibres. 4. chap. dans le vrai y ou nous en étions lorfque nous avons commencé.car étudier des fciences différentes ce n'efi pas changer de méthode. donc fuivi à notre infçu une bonne méthode.

Si je mefure l'efpace.f . Le mouvement fe fait dans Pefpace & dans le temps. c'efl que les réfultats de mes indurés ne font que des rapports car chercher des rapports ou mefurer c'eft la même choie. Parce que nous donnons des noms à des chofes dont nous avons une idée on fiippofe que nous avons une idée de toutes celles auxquelles nous donnons des noms. j ej Mais j'en puis parler je la juge plus grande ou plus foible. Ce nom ne me la fait pas mieux connoître je ne fçais que ce que je fçavois auparavant.. le temps.donc une caufe.à . plus grand ou plus foible lui-même & je la mefure. ni dans le temps. & je la nomme force. Voilà une erreur dont il faut { j "î V 'i \î f"^ i* '. Les fens ne fçauroient me dévoiler ce que les chofes font en elles-mêmes ils ne me montrent que quelques-uns des rapports qu'elles ont entre elles & quelquesuns de ceux qu'elles ont à moi. Il efl hors de doute que c&ttii caufe exifle quoiqu'aucun de mes fens ne me la faffe appercevoir. & la force qui le produit. le mouvement. en quelque forte en mefurant le mouvement. fuivant que le mouvement eu. c'eft que le mouvement a une caufe que je ne connois pas. J'apperçois l'efpàce en voyant les objets fenfibles qui l'occupent & j'apperçois la durée dans la fucceffion de mes idées ou de mes fenfations mais je ne vois rien d'abfolu ni dans l'efpàce.

mod. devient une caufe à mes yeux. Art de raifonner. que j'ai confidéré comme un effet. parce qu'il un effet ^H sous jugerons que l'univers a égalçment une b .garantir. Alors je puis.¡¡uCe quà ne | | I I . former différens fyflêmes & nous nous faifons f [ | | des idées exaftes de quelques parties du grand tout. & quoique l'art vienne au fecours des fens ils font toujours trop fbibles. ) Mais comme nous avons jugé que le mou.. fi nous-obfervons bien. en obfervant les loix du mouvement. 11:' vement a une caufe. ( Cours d'Etude. Mais quoique dans l'univers tout foit fen- fible. Il fe peut qu'un nom ne foit donné à une chofe que parce que nous fommes affurés de fon exigence le mot force en eft la preuve. C'eft ainfi que les philofophes modernes ont fait des découvertes qu'on n'auroit pas jugé pofïibles quelques fiecles auparavant. dernier chap. 5 <S* fuivans.CommeotiiiIl ger l'exifJUnousdefont {' '"1 eft 11. & qui font préfumer qu'on en peut faire d'autres. Le mouvement. liv. Hijî. nous les nous découvrons des phénomènes voyons. comme une fuite de caufes & d'effets. nous ne voyons pas tout. ou concourt à produire tous les phénomenes de la nature. Cependant. étudier l'univers comme d'une fenêtre j'étudie une campagne la méthode eft la même. auflî-tôt que j'obferve qu'il eft par-tout & qu'il produit.

Je vois de l'ordre dans l'univers j'obferve fur-tout cet ordre dans les parties que je connois le mieux. lorsque je remarque que les phénomenes naiffent les uns des autres. néceffaire elle eft toujours. & elle embraffe dans fon immenfité & dans fon éternité tout ce qui exiftë. parce qu'il eft un effet lui-même & cette ft^co^ënt caufe nous la nommerons Dieu. & les fens nous élevent jufqu'à lui. Si j'ai de l'intelligence moi-même je ne l'ai acquife qu'autant que les idées dans9 mon efprit. je vois nécéffairement une premiere caufe & c'eft à l'idée de caufe première que commence l'idée que je me fais de Dieu. 8t comment iis nous en n'en eft pas de ce mot comme de celui de donnent une r force. idée. dont nous n'avons point d'idée. font conformes à l'ordre des chofes hors de moi.caufe. & une copie bien foible de l'intelligence avec laquelle ont été ordonnées les chofes que je conçois. comme une fuite d'effets & de caufes. En effet. & celles que je ne conçois pas. & mon intelligence xi'eft qu'une copie. Dieu. La première caufe eft donc intelligente elle a tout . il eft vrai ne tombe pas fous les fens mais il a imprimé fon caraâere dans les chofes fenfibles nous l'y voyons. Dès que cette caufe efl première elle eft intombe pas dépendante.

de fa providence. elle apprécie tout.par-tout & de tout temps. chap. Ainfi d'après les idées que nous nous fommes faites de fon intelligence & de fa liberté. Ç. art. ( Cours d'Etude Leçons prélim. de fa miféricorde. Elle ne vient & ne peut venir que des fens mais elle fe développera d'autant plus que nous approfondirons mieux l'ordre que Dieu a mis dans fes ouvrages. en un mot. S. ordonné embraffe tous les temps & tous les lieux. Traité de.~ Anim. & fon intelligence. & puisqu'elle eft innité telligente. de fa juftice. Voilà une idée imparfaite de la Divinité. comme fon immenfité & fon éter». nous nous formons une idée de fa bonté. comme libre elle agit en conféquence. elle veut avec connoiffance & par conféquent avec choix elle eft libre. . Comme intelligente. Puifque la premiere càufe eft indépendante i elle peut ce qu'elle veut.

agit fur l'air qu'il divife & fur les corps qu'il choque mais ce n'eft là que l'aftion d'un corps inanimé. il a différentes manieres d'agir & chaque efpece a dans fon aftion comme dans fon organifation. Pour contracter une habitude. Il n'eft pas plus difficile de remarquer comment le corps prend ou perd des habitudes car chacun fçait par fa propre expérience. Capable de différens mouvemens fuivant la différence des organes dont il a été doué. quelque chofe qui lui eu propre. obferver pour s'en faire une idée. L'aflioh d'un corps animé eft également dans le mouvement. il fuffit dç . Toutes ces aftions tombent fous les fens Se 11 fuffit de les. Un corps qui fe meut. Jt-rE mouvement confidéré comme caufe de quelque effet fe nomme action.CHAPITRE VI Continuation du même fujet. que ce qu'on a fouvent répété on le fait fans avoir befoin d'y penfer & qu'au contraire on ne fait plus avec la même facilité ce qu'on a cefle de faire pendant quelque temps. « AAîons & fcïbitudes. il fuffit donc de faire &c de refaire à plufieurs reprifes &: pour la perdre.

) z l'ame qui déterminent actions de Ce font les D'après les `~°i's du celles du corps. part. le plus expreffif. Or ces habitudes & ces actions font vifibles. ame. Je réponds que la vertu conMe dans l'habitude des bonnes aftions comme le vice confifte dans l'habitude des mauvaifes. Les idées morales paroiffent échapper aux ic^es fie j^ fens elles échappent du moins à ceux de vertu & du ces philofophes qui nient que nos connoiffances vice. Ils demanderoient volontiers de quelle couleur eft la vertu de quelle couleur eft le vice. viennent des fenfations. qu'on -ne voit pas. d'avoir remarque ce qu .moralité X«f deS qui tombe des b fous r. Oeil ainfi que les avions du corps repréfentent les a&ions de l'ame & dévoilent quelquefois jufqu'aux plus fecretes penfées.he pïus faire.' fait loriqu < on defire d fi de ou qu'on craint pour appercevoir dans les mouvemens des autres leurs defirs ou leurs craintes. les fens ? Pourquoi P ddonc n'y tomberoit-elle pas ? Cette moralité confifle uniquement dans la conformité de nos avions avec d r Ir . art. Traité des Anim. j. Il fuffit gedesaâioœs de l'ame. le plus vrai & nous verrons que c'eft d'après ce modèle que nous avons appris à faire des langues. Ce langage eft celui de la nature il eft le premier. Mais la moralité des avions eft-elle une chofe Idée de la . & d'après celles-ci. on juge de celles-là. chap.<on r. prélim. i. qu'on voit. ( Cours d'Etude Leç.

ne le font pas. les loix font données elles-mêmes. Si. qui nous a créés avec tels befoins & telles facultés. Elles font notre ouvrage. elle nous les dictoit. & voilà ce qui achevé la moralité des actions. & quoique nous les faŒons. dans le vrai. notre feul légiflateur. Il peut y en avoir d'arbitraires il n'y en a même que trop mais celles qui déterminent fi nos allons font bonnes ou mauvaifes. la conféquence îera jufle mais fi l'on juge qu'il n'y a jamais que de l'arbitraire. on fe trompera.les loix or ces avions font vifibles & les loix le font également puifqu'elles font des convenu tions que les hommes ont faites. de ce que l'homme eft libre. Comme il ne dépend pas de nous de ne pas avoir les befoins qui font une fuite de notre jconfbrmation~ il ne dépend pas de nous de n'être. . & ne peuvent pas l'être. on juge qu'il y a fouvent de l'arbitraire dans ce qu'il fait. eft. Dieu. Les befoins & les facultés de l'homme étant donnés. En fuivant ces loix conformes à notre nature c'eSt donc à lui que nous oLéiffons. elles font donc arbitraires. parce que ce font des conventions que nous avons faites cependant nous ne les avons pas faites feuls la nature les faifoit avec nous. Si les loix dira-t-on îont des conventions. & il n'étoit pas en notre pouvoir d'en faire d'autres.

Il s'agit donc de démêler toutes les facultés qui font enveloppées dans la faculté de penfer. analyfe 1 1". d objets 1". Mais il s'agit d'étendre la fphere de nos connoiffances. nous donne. des b. fibl fenfibles &:na!yfe à nous e~. x chap. des idées de toutes ~"°~ prit. ) CHAPITRE VII. Or fi pour Pétendre nous avons befoin de fçavoir conduire notre efprit. ( Traité des Anirr~ p~rt. ~Inal. Pour remplir cet objet. nous en fommes punis. comme on a fait jusqu'à préfent. par cette voie. on conçoit que pour apprendre à le conduire il le faut connoître parfaitement. fi nous fçavons l'employer.c'ea à faprendd à faire r. Nous ne pouvons donc pas douter que toutes nos connoiffances ne viennent des fens. C'eft l'ame feule qui connaîtparce que c'eft .bas portés à faire ce à quoi nous fommes déterminés par ces befoins & fi nous ne le faifons pas. & d'autres encore quels qu'ils puiffent être nous n'aurons pas à chercher.' 11.~fe des facultés de l'ame~ Nous avons vu comment la nature nous ap. une nouvelle méthode à chaque étude nouvelle l'analyfe doit fuffire à toutes. 7. ~X efpeces.

finon dans la faculté de fentir?a Certainement cette faculté enveloppe toutes celles qui peuvent venir à notre connoiffance. fi elle ignore tes facultés ? Il faut donc. Pour démêler différens ne objets & me faire une idée diftinae de leur forme & de ~ans la té de fentir. je vois tout d'un premier coup d'oeil & je difcerne rien encore.. pour décompofer la faculté de fentir. que nous connoiffons les objets qui font hors d'elle connoîtrons-nous ce qui fe paffe en elle autrement que parce qu'elle font ? Tout nous invite donc à faire l'analyfe de la faculté de fentir effayons. &«ia"S ^ame. Lorfqu'une campagne s'offre à ma vue. ne peut être qu'une répétition de ce qui s'y eft paffé pour en acquérir une feule. feule qui fent & il n'appartient qu'à elfc de taire l'analyfe de tout ce qui lui eft connu toutes les fafenfation. paffe lorfque nous acquérons une connoiffance quelconque.facul. Si ce n'eft que parce que l'ame fent. comme nous venons de le remarquer qu'elle s'étudie il faut que nous découvrions toutes les facultés dont elle eft capable. Mais où les découvrirons-nous. attention.par comment apprendrame' t-elle à fe conduire fi elle ne fe connoît pas ellemême. Une réflexion rendra cette analyfe bien facile c'efl que. Je dis une connoiffance quelconque parce que ce qui s'y paffe pour en acquérir plufieurs. il fuffit d'obferver fucceffivement tout ce qui s'y. Cependant cuites de l'a. .

Íèn1àtion qui devient en quelque forte excltifive. par rapport à moi comme fi je ne les voyois plus & parmi tant de fenfations qui fe font à-la-fois il femble que je n'en éprouve qu'une.1 a. celle de l'objet iur lequel je fixe mes regards.par laquelle mon œ'I tend à l'objet fur lequel il fe dirige par cette raifon je lui donne le nom d'~tte~ztior~ & il m'éft évident que cette diredion de l'organe eft toute la part que le corps peut avoir à l'attention.Ç. il taut que j'arrête mes regards fur chacun d'eux c'ell ce que nous avons déjà observé. Alors au lieu d'une feule {enfatiÕi1-exc!lIfive. L'attention que nous donnons à objet. l'ame que launîenfation que cet objet fait fur nous. Mais quand j'en regarde un les autres quoique je les voie encore. nous en éprouvons deux &: nous dirons que> . parce que nous ne les .un ""°"' OIS.tL<lli.leur htuation. nous pouvons la donner à el euxà. n'eff doncde la part de. r Comme nous donnons notre attention à compaobjet.nous les comparons. Ce regard eft une. & cette faculté eft la premiere que nous remarquons dans la acuité de ientir. Quelle eft donc la part de l'ame ? Une fenfation que nous éprouvons comme fi elle étoit feule parce que toutes les autres font comme fi nous ne les éprouvions pas. font cependant..sl.. f".

4. l'attention efl la fenfation qu'il fait aûuellement fur nous s'il eft abfent. i ch. Que je veuille par exemple fçavoir en quoi deux arbres différent . c'eft juger. part. appercevoir des reffemblances ou des différences. Nous traiterons bientôt de la mémoire. Nous ne pouvons comparer deux objets. ou' éprouver comme l'une à côté de l'autre les deux fenfations 'qu'ils font exclufivement fur nous. La comparaifon n'eft donc qu'une double at- tention elle confifte dans deux fenfations qu'on éprouve comme fi on les éprouvoit feules & le jugemej& La réfleXIon- qui excluent toutes les autres. Le jugement n'efl donc encore que fenfations. fans être diftraits par d'autres fenfations or c'eft proprement ce que fignifie le mot comparer. Un objet efl préfent ou abfent. ( Grammaire. Or.éprouvons exclufivement que pour les obferver l'une à côté de l'autre. je connois un rapport connoître pour en un autre j'ai be. ) Si.foin d'un fecond jugement. l'attention eft le fouvenir de la fenfation qu'il faite. C'eft à a fouvenir ce que nous devons le pouvoir d'exercer la faculté de comparer des objets abfens comme des objets préfens. S'il eft préfent. par un premier jugement. qu'auffi-tôt nous n'appercevions qu'ils fe reffeniblent ou qu'ils different.

par la mcme réflexion. pas. en quelque forte d'un objet fur un objet.t pas il tombera. les fruits &c. C'cft ainfi qu'un poëte fe fait.Le raifonne' mer implicitement un autre que je ne prononce ment.. jugement que je prononce peut en renfer. Si je dis qu'un corps eft pefant je dis implicitement que 1Î on ne le foutier. lorfqu'un fecond jugement efl ainfi renfermé dans un autre on le peut prononcer comme une fuite du premier & par cette raifon on dit qu'il en eft la conféquence. On dira. Un. les branches les feuilles. par exemple l'idée d'un héros qui n'a Alors les idées qu'on fe fait font des images qui n'ont de réalité que dans l'efprit & la réflexion qui fait ces images. 6e puifque dans les comparaifons & dans les jugemens il n'y a que des fenfations. La réflexion n'eft donc qu'une fuite de jugemens qui fe font par une fuite de comparaifons.' je dirai que je réfléchis. prend le nom d'M~'o/2. la tige. par les jamais . Or.j'en observerai tuccefïivement la forme. il n'y a donc aufiï que des fenfations dans la réflexion. raffembler dans un feul les qualités qui font féparees dans plufieurs. je comparerai fucceffivement toutes ces chofes je ferai une fuite de jugemens & parce qu'alors mon attention réfléchit. on peut. ~B'M" Lorfque par la réflexion on a remarqué qualités par eu les objets différent.

par une fuite de jugemens intermédiaires que le premier eft une conféquence 'du fecond. c'eft-à-dire qu'il faudroit en allant du connu à l'inronnu. par une fuite de jugemens intermédiaires. Nous avons déjà fait de pareils raifonnemens nous ferons en encore & quand nous aurons contrafté l'habitude d'en faire il ne nous fera pas difficile d'en démêler . Le fecond jugement du raiionnement que nous venons de faire eft fénfiblement renfermédans le premier & c'eft une conféquence qu'on n'a pas befoin de chercher. par exemple Le mercure fefoutientà une certaine hauteur dans le tube d'un barometre eft renfermé implicitement dans celui-ci L'air ejlpefant. du premier jufqu'au dernier. paffer. Il faudroit au contraire chercher fi le fecond jugement ne fe montroit pas dans le premier d'une maniere auffi fenfible. Ce jugement. Voilà ce qu'on entend par faire un raifonnement ce n'eft autre chofe que prononcer deux jugemens de cette efpece. en allant du connu à l'inconnu découvrir. Il n'y a donc que des fenfations dans nos raifonnemens comme dans nos jugemens.exemple Cette voûte ejl bien pefante donc Ji elle neft pas ajèç foutenue elle tombera. & les voir tous fucceffivement renfermés les uns dans les autres. Mais parce qu'on ne le voit pas tout-à-coup il faut.

Si l'idée A . art. la comparaifon. 2. le jugement.eft renfermée dans l'idée C & l'idée C dans l'idée B conclue^ que l'idée A ejl renfermée dans l'idée B. difoit-on fi l'idée A renferme ou exclut l'idée B prene^ une troifieme idée C. L'entendement comprend donc l'attention. 3. Traité des Anim. Si l'idée A efl renfermée dans l'idée C & que l'idée C exclue l'idée B conclue^ que l'idée A exclut l'idée B. Leçons prél. Vous voyez que toutes les facultés que nous venons d'observer. la réflexion.) [a] Je me fouviens qu'on enfeignoit au College que l'an raifonner conjtfle à comparer enfemble deux idées par le moyen d'une troifieme. Nous ne ferons aucun uiage de tout cela. On ne fçauroit s'en faire une idée plus exafte. tout l'artifice. z ch. ( Cours d'Etude. à laquelle vous les comparerez fuccejfivementl'une & l'autre.part. Pour juger.ment. On explique toujours les chofes qu'on fçait faire commençons donc par raifonner [a]. L'ame acquiert par elles toutes fes connoitfarices par elles elle entend les chofes [qu'elle étudie en quelque forte comme par l'oreille elle entend les fons c'eft pourquoi la réunion de toutes ces facultés fe nomme entendement. 'de L'entende- . l'imagination & le raifonnement. font renfermées dans la faculté de fentir.

on entende proprement éprouver une fenfâtiori désagréable il cil certain que la privation d'une fen-fation agréable eft une foüffranceplus ou moins grande. dans fon plus faible degré. Cette fouffrance. ou du moins d'imaginer le plaifirqüe la jouiuance peut promettre. EN Continuation dat MC/7.pas ~mai- choies dont nous fommes privés non-feulement nous les connoifions. Il en ell tout autrement des remarquer qtt'é'tr~ privé . Mais faut j l & manquer. Oii peut n'avoir jamais joui des choses dont on manque on peut même ne les pas connaître. ne iignila même cliofe. Or une pareille privation eft une fotieance qu'on nomme plus particulièrementyefoirz. mais encore nous hommes clàns l'habitade d'en jouir.CHAPITRE VIII. Quoique par fotiffrir. te befom. .!e~ éonfidérant nos Tentations comme repréfentativés nous en avons vit naître toutes nos idées & toutes les opérations de l'entendement il nous les confidérons COJl1!!le agréables ou déagt4éàble~ nous en verrons naître toutes les opérations qu'on rapporte à la volonté. Avoir befoin d'une chofe c'efl fbuffrir parce qu'on en efl privé.

ou nous ne fommes pas à notre aife je nomme cet état mal-aïfe. Nous nous retraçons le plaifir qu'ils nous ont fait la réflexion nous fait juger de celui qu'ils peuvent nous faire encore l'imagination l'exagere & pour jouir nous nous donnons tous les mouvemens dont nous fommes capables. fe nomment pa~ons. de. Nous ne pouvons donc pas refier dans un parfait repos & par cette raifon le mal-aife prend le nom d'inquiétude. De pareils defirs font en quelque forte permsnens ou du moins.la chofe dont nous avons befoin.Le delir. Le mal-aife nous porte à nous donner des mou. vemens pour nous procurer . s'ils fe iufpendent par mter- Les pâmons . duit l'inquiétude que parce qu'il détermine les facultés du corps & rie Famé fur les objets dont la privation nous fait fouffrir.L'mquieM. Le befoin ne trouble notre repos ou ne pro. & cet état peut devenir un tourment. Toutes nos facultés fe dirigent donc fur les objets dont nous fentons le befoin & cette direction eft proprement ce que nous entendons par Comme il eft naturel de fe faire une habitude des chofes agréables il efl naturel auffi de fe faire une habitude de les defirer & les < jouir defirs tournés en habitudes. Plus nous trouvons d'obflacles à jouir plus notre inquiétude croît.eft moins une douleur qu'un état ou nous ne nous trouvons pas bien.

& rien ne peut s'oppofer â tnon d fr. plus les payions font violentes. part. Un autre jugement produira la volonté c'eft celui que nous portons.' -Mais on eft dans l'usage de lui donner une fignification plus étendue & l'on entend par volonré :J une faculté qui comprend toutes les habitudes qui naiitent du befoin. nous jugeons que nous l'obtiendrons alors ce jugevalles 1. 2 clzap. imaginer. donner fon attention. Nous avons expliqué comment les facultés de . . dont il eft 6: cite de fe faire des idées. avoir des panions. efpérer. Telle eft au propre l'acception du mot volonce'." < c!onte. c'eft fentir. &c. comprend dans fon acception toutes les facultés de l'entendement& toutes celles de la volonté. raifonner.ils fe renouvellent à la plus légere occafion: Plus ils font vifs. <S' ro. Si lorfque nous defirons une chofe t'sfp<<rance. Autt-cacception (t.aité des ~lrzirn. lorfque l'expérience nous a fait une habitude de juger que nous ne devons trouver aucun obstacle à nos defirs. craindre. ~penfee. defirer. Car penfer. les defirs les paflions l'efpérance. comparer juger. Je veux ~gnifie je defire. totit y doit concourir. ment joint au defir. la crainte.Enfin le rncat penfée. 8. Je défefpoir. produit l'espérance.plus général encore. la cOW1ance Ufi a~ la préfomption. Ti. & plufieurs autres. réfléchir.

vibrations & ils croient avoir deviné la caufe des fenfations & de la mémoire.naiffent fucceffivement de la tentation & on voit qu'elles ne font que la fenfation qui fe transforme. pour devenir chacune d'elles. Mais. on pourroit confulter l'expérience & l'analogie. Dans la feconde Partie de cet Ouvrage nous 1"ame nous propofons de découvrir-tout l'artifice du raifonnement. IL n'eft pas poffible d'expliquer en détail toutes les caufes phyfiques de la fenfibilité & de la mémoire. Il s'agit donc de nous préparer à cette recherche & nous nous y préparerons en effayant de raifonner fur une matière qui efl fimple & facile quoiqu'on foit porté à en juger autrement quand on penfe aux efforts qu'on a faits jusqu'à préfent pour l'expliquer toujours fort mal. au lieu de raifonner d'après de fauffes hypothefes. Expliquons ce qu'on peut expliquer. Il eft évident . CHAPITRE I X. Ce fera le fujet du Chapitre fuivant. Des eai f s de lafenfibilité & de la mémoire. &: ne nous piquons pas de rendre raifon de tout. Les uns fe repréfentent les nerfs comme des Fames hy: cordes tendues capables d'ébranlemens & de pothefes.

I tinuelles. I C'eft en jugeant des nerfs par les cordes d'un | initrument. Ils n'ont pas fait attention que fi la fubftance du cerveau eft N affez molle pour recevoir des traces. qu'on a imaginé la première hypo.que cette fuppofition eft tout-à-fait imaginaire. elle n'aura pas affez de confiftance pour les conferver. une circulation con- ïi y a dans moiveien? mnuvement qui eft le prmcipedela végétation.1 préfentant les impreffions qui fe font dans le 1 cerveau par des empreintes fur une furface dont 1 toutes les parties font en repos. & ils n'ont pas conlidéré combien il eft impoffible qu'une infinité de traces fubfiftent dans une fubftance ou il y a une aftion. Certainement I ce n'eft pas là raifonner d'après l'obfervation I ni d'après l'analogie c'eft comparer des chofes I 1 qui n'ont point de rapport. J'ignore s'il y a des efprits animaux j'ignore même fi les nerfs font l'organe du fentiment. Je I ne connois ni le tiffu des fibres ni la nature I I .d m 11 '1 des d fluides je n ai en un I des ioiides ni ceile de tout ce mécanifme qu'une idée fort I mot imparfaite & fort vague.I thefe & l'on a imaginé la féconde en fe re. Ces traces fe confervent les efprits animaux paffent & repaffent l'animal eft doué de fentiment & de mémoire. Je fçais feulement qu'il 1 . D'autres difent que le cerveau eft une ftibf- tance molle dans laquelle les esprits animaux font des traces.

Mais quand l'animal fort de l'état de végé- Les détertation pour devenir fenfîble. exemple. Cependant ces loix exiftent. Tout ce que nous fçavôns c'e'ft que le fârig circule. lès déterminations qui le rendent férifible. ~1 tiôns. » . le mouvement obéit minations Î2eZ™T~ àa d'autres autres loix IUlt dee nouvelles OlX. par exëmple f"fcePtible 'Si l'œil. que les vifceres & les glandes font les fondions néceflarres pour entretenir & réparer les forces mais nous ignorons par quelles loix le mouvement opere tous ces effëts.vement e!1: . Je ne forme point de conjectures fur le mouvement qui fe fait alors en lui. f0é11.fufceptible. au mouvement qui ïe'fàifoit végéter.i1na. lès rayons qui le frappent.y a un mouvement qui elt le principe de la végétation & de la fenfibilité que l'animal vit tant que ce mouvement fubfifte qu'il meurt dès que ce mouvement cefle. il en eft de même des autres fens. r les caurmére. & fuit etè'rir.louve es déterminatidns.. 'Chaque éfpéce de fentiment a donc pour caufe une ëfpece particulière de détermination dans le mouvement qui eft le principe de la vie. font prendre font fesdeiafenfib¡hte. & elles font prendre ail mouvement lès déterminations qui font végéter l'animal. s'ouvre à la la lulu. L'expérience m'apprend que l'animal peut être réduit à un état de végétation il y eft naturellement par un fommeil profond il y èifi: accidentellement par une attaque d'apoplexie.

diminueroit ou fufpendroit le commerce du cerveau avec la main. il pourroit arriver que le cerveau eût peu. que le cerveau. Une obftruâion. ou une forte ligature au bras. expofé 1" à lacl' pas feulement feotdeîorga. & le f èntiment fe re.fait nes au cer. Le fentiment de la f main s'affoibliroit donc.I produit. comprimé par quelque caufe. Mais le mouvement qui rend fenfible. ou que même il n'eût point de communication avec quelque autre partie. par exemple. ne puiffe pas obéir aux impreffions envoyées par les organes auiïi-tôt l'animal devient infenfible. En effet. 1".On voit par-là que le mouvement qui rend l'animal fenfible ne peut être qu'une modification du mouvement qui le fait végéter modification occafionnée par l'aûion des objets fur les fens. La liberté eft-elle rendue à ce premier reffort ? alors les organes agiffent fur I lui il réagit fur eux. c'eft-à-dire jufqu'à l'organe que l'obfervation démontre être le premier & le principal reffort du fenti-ment. ° Quoique libre. Toutes ces propofitions font constatées par . ne fe Cesdétermînations paf.' 1 ddans l'organe l. La fenfibilité a donc pour caufe la communicationqui efl entre les organes & le cerveau.tion des objets extérieurs il fe tranfmet encore veau. ou cefferoit entièrement.r. jufqu'au cerveau.

les déterminations qui rendent fenfible. du cerveau la nature des rayons qui fe répandent f^lit . le principe de la variété des fenfations eu.chfntoufont fibilité il s'enfuit que nous ne fentons qu'au.tant que nos organes touque caufe phyfique & occafionnelle de la fen. fi d'autres corps d'une forme différente ne viennent frapper le tympan.Nous ne fça. de couleur ? On en pourroit peut-être £* rendre raifon fi l'on connoiifoit l'effence de tio"s.feiifal'ame le mécanifme de l'œil de l'oreille. fi des corps la vue & le d'une certaine forme ne viennent heurter contre l'oreille n'entendra pas. L'œil ne verra point.il les fenfations de fon de ment ce conlumière.Nousnefen< 1 tons qu'aunées au mouvement qui fait végéter. comme des extenfions du taft. Mais comment le contacl: de certains corpuf.les obfervations je n'ai fàitjque les' dégager de toute hypothefe arbitraire c'étoit le feul moyen de les mettre dans leur vrai jour. dans les différentes déterminations que les objets produifent dans le mouvement. font l'uni. En un mot.t?uchéstant que nos organes touchent ou font touchés & c'eft par le contaft que les objets en agiffant fur les organes communiquent au mouvement qui fait végéter. Ainfi l'on peut confidérer l'odo- rat. cules occafionnera-t. Dès que les différentes déterminations don. fuivant l'organifation des parties expofées à leur la rétine a&ion. l'ouïe goût.

Il feroit une fource de nouveaux plaifirs. quel qu'en foit le nombre. r a préfent. Si Dieu formoit dans notre corps un nouvel De nounesoXcc. C feroit découvrir dans les objets des propriétés dont aujourd'hui nous ne fçaurions nous faire I aucune idée. comme §j E les autres. d'après le toucher. de nouvelles peines. Il en faut dire autant d'un feptieme fens. d'un i huitième. Il efl certain I qu'un nouvel organe dans notre corps rendroit I le mouvement qui le fait végéter fufceptible I de bien des modifications que. Cet organe nous avons eues juiqu1". Mais les fens que nous avons fuffifent à notre I I . &c ils apprendrpient de lui à rapporter leurs fenfations fur Ef les objets. nous éprouverions nous de nou.fur la rétine. Ces fens feroient remués par des corpufcules I d'une certaine forme ils s'inftruiroient.°fifnI organe propre à faire prendre au mouvement mes occ~ifionneroient en de nouvelles déterminations.des fenfations différentes de celles que nous velles fenfalions. Se de tous ceux qu'on voudra fup-1 pofer. & de l'air qui frappe le tympan. Mais c'efl ce que nous ignorons & l'on peut abandonner l'explication de ces phénomenes à ceux qui aiment à faire des hypothefes fur les chofes ou l'expérience n'eu d'aucun fecours. nous ne fçaurions Oga tion$ I B imaginer. & par conféquent I I de nouveaux befoins.

Par conféquent lorfque ce principal reffort reçoit certaines déterminations de la part des fens s il en communique d'autres à quelques-unes des parties du corps & l'animal fe meut. enV capable.. voient pas eux-mêmes ? L'a£Hon des fens fur le cerveau rend donc Comment l'animal l'animal fenfible. n'eût été accompagné d'aucun fentiment. il faut encore que le cerveau agiffe fur tous les mufcles & fur tous les organes intérieurs deftinés à mouvoir chacun des mem- bres. ce qu'ils n'y Ceux que nous avons nous u fent. Mais cela ne fuffit pas pour prend à apfe donner au corps tous les mouvemens dont il "oTônté! volonté.Confervation ils font même un tréfôr de con- jnoiflances pour ceux qui fçavent en faire ufage. & du cerveau fur les membres. Or l'obfervation démontre cette aâion du cerveau. Mvi fans éprouver ni peine m plaifir il n'eût pris aucun intérêt aux mouvemens de fon corps il ne les eût donc pas obièrvés il n'eût donc pas appris à les régler îiâ-même. Mais dèsqu'il efl invité par la peine ou par . L'animal n'auroit que des mouvemens incertains. Comment imagineroient-ils qu'on voit dans des fenfations qui leur font communes. fi l'action des fens fur le cerveau. & fi les autres n'y puifent pas les mêmes richeffes ils ne fe doutent pas de leur indigence.

Ces habitudes font des mouvemens réglés r. D'abord ils obéiflent mes avec peine aux déterminations que je veux leur faire 1 II I 1 .r befoin vemens. actions mécaniques inftincl I 1 I I & qu'on fuppofe fauffement être nées nous. A certains mou. Il compare les fentimens qu'il éprouve il remarque les mouvemens qui les précédent.. fi l'on juge deavec ces habi- tudes par d'autres qui nous font devenues tout auffi naturelles. en un mot. par exemple.Comment fon corps le plaifir. C'eft alors qu'il a des mouvemens réglés. quoique nous nous fouvenions § 1 H de les avoir acquifes. La premier* fois.. 1 On évitera ce préjugé. ils ne peuvent avoir ff que des mouvemens incertains mais à mettre §j que j'apprends à jouer de cet infiniment je me fais infenfiblement habitude de une mouvoir doigts fur le clavier. font en nous fanS que r. & après bien des tâtonnemens il contracte enfin l'habitude de fe mouvoir à fa volonté. nous les faifons fans avo. à éviter ou à faire certains mouvemens.Ce font ces habitudes qu'on nomme fUbtafe de fCfi mouvemens naturels. parce qu'à force de les avoir répétés. Tel eft le principe de toutes les habitudes du corps. c'eft une conféquence qu'il fe fafle une étude de les éviter ou de les faire. & ceux qui les accompagnent il tâtonne. Æ nous P3roiffions icemîwmou! habitude de *es )o. que je porte les doigts fur un claveffin. d'ypenfer. difiger “]' nous-mêmes.

En jugeant donc font la coure du cerveau par les autres fens nous ferons en ~~1~. par leuf j . ils obéiuent. & ils exécutent un moiceau de mufique pendant que ma réflexion fe porte. 1 & d ou coutraé"c pircii4e5 liamême. & comme il n'efl point de touche par où un air nepuiffe commencer il n'eft point de détermination qui ne puiue être la première d'une certaine fuite.1(~net occahonneidroit de'concluire que toutes les habitudes du Je de la a~~ corps paffent jufqu'à lui & que par conséquent mOIre. tous paroiirént naître. comme d'eux-mêmes à une fuite prendre de mouvemens déterminés & ils y obéirent fans effort" fans qu'il foit néceffaire que j'y Me attention.enfin. ils la préviennent même.peu à peu ils furmontent les ôbflaèles enfin ils fe meuvent d'eux-mêmes à ma volonté. fur toute autre chofe~ Ils contradent donc l'habitude de fe mouvoir fuivant un certain nombre de déterminations. Mais le cerveau eft le premier organe c'e:G: Le Mr~~t aé tin centre commun ou tous fe reumffent. les fibres qui le compofent propres. ~e meuvent & d'eux-mêmes que l'ame 'n'a plus befoin de veiller continuellement fur eux pour en régler les mouvemens. C'efl ainfi que les organes des fens ayant contradé ~différentPs habitudes. L'exercice combine tous les jours différemment ces déterminations les doigts acquierent tous les jours plus de facilité :.

eft donc dans les déterminations dont le cerveau ce principal organe du fentiment.9 foit qu'on éprouve une légation foit qu'on fe fouvienne feulement de l'avoir éprouvée. La caufe phyfique & occafionnelîe qui con* ferve ou qui rappelle les idées. s'eft fait une habitude.n'eft qu'une maniere de fentin J'ai fouvent ouï demander Que deviennent les • it dont ldees i *w Je n eonfervent n on ceJje de s ioccuper r Ou que nous voyons. lorfqu'elles fè reprêfentent à nous ? EJi^ce dans l'ame qu'elles exijlent pendant ces longs intervalles où nous n'y penfons point ? Ejl-ce dans le corps ? . En un mot. comme les doigts. touchés fi le mouvement ne prenoit pas les mêmes déterminations que lors- touchons. & qui fubfiftent encore ou fe reproduifent. Se la mémoire. lors même que les: fens ceflfentd'y concourir. ne font nnlle Paf t.flexibilité à des mouvemens de toute eïpéce acquierent. Car nous à le ne nous retracerions pas les objets que nous avons vus. Pa&ion mécanique fuit les mêmes loix. l'habitude d'obéir* différentes fuites de mouvemens déterminés* Cela étant pouvoir qu'a mon cerveau de me rappeller un objet ne peut être que la facilité qu'il a acquife de fe mouvoir par lui-même de la même maniete -qu'il étoit mû lorfque cet objet frappoit mes fens. entendus. entendons tes idées auxquelles on ne penfe point. rr dks} &'°" tiennent-elles.

& aux réponfes que font les métaphyiiciens on croiroit que les idées font comme toutes les chôfes dont nous faifons des provifions & que là mémoire n'efi qu'un vafte magafin. Chercher dans l'âme' celles auxquelles je ne penfe point du tout c'efl les chercher ou elles ne fôht plus chercher dans le corps. c'eft les chercher ou elles n'ont jamais ëtë* Où font-elles donc ? Nulle part. Elles exigent tant qu'elles la modifient elles n'éxiftent plus dès qu'elles ceffent de la modifier. Ne feroit^il pas abfurde de demander ou font Comment eî< les fe repc9~ les fôhs d'un claveffin lorfque cet infirument duifent. Il feroit tout auffi raifônnable de donner de l'exiflence aux différentes figures qu'un corps a eues fucceflrvemënt & de demander t Que devitnt la rondéur de ce corps lorfqu'ilprend une autre figure ? Où fe cohferve-t-elle ? Et lorfque ce corps redevient rond.A ces queftions. Je répondrai dont que mes idée-8 ne font nulle part. d'où lui vient lâ rondeur a? Les idées font comme les fenfatîôns des nia* flieres d'être de l'âme. ceffe de réfonner? Et ne répondroit-on pas: Ils ne Johi nulle part mais Jî les doigts frappent le les clavier & fi meuvent comme ils fe font mus ils reproduiront les mêmes fohs. lorfque mon ame ceffe d'y penfer mais qu'elles fe retraceront à moi auffi-tôt quç .

les mouvemens propres à les reproduire fe re«s

nouvelleront.
Quoique je ne connoifie pas le mécanifine
du cerveau je puis donc juger que fes différentes parties ont acquis la facilité de fe mou-

voir d'elles-mêmes

de la même maniere dont

elles ont été mues par l'action des fens que les
habitudes de cet organe fe confervent
que
les
fois
qu'il leur obéit, il retrace les
toutes
mêmes idées parce que les mêmes
mouvemens
fe renouvellent en lui; qu'en
un mot, on a des
idées dans la mémoire comme on a dans les
doigts des pieces de claveffin c'eft-à-dire
que
le cerveau a comme tous les autres fens la
facilité de fe mouvoir fuivant les déterminations
dont il s'eft fait une habitude. Nous éprouvons
des fenfations, à peu près comme
un claveffin
rend des fons. Les organes extérieurs du
corps
humain font comme les touches, les objets qui
les frappent font comme les doigts fur le clavier, les organes intérieurs font comme le corps
du claveffin les fenfations ou les idées font
comme les fons & la mémoire a lieu lorfque
les idées qui ont été produites
par l'action des
objets fur les fens font reproduites
par les mouvemens dont le cerveau a contracté l'habitude.
Si la mémoire, lente ou rapide, retrace les choTc-s t«
phénomènes r
0"-1taïuot avec ordre,
deUmémoi- *es
*o_t..
nr. fi
tantôt avec
Ha,. confufion»

c'éft que la multitude des idées fuppofe dans le s'expli1
fi
grand
nombre,
des
&
hql1be~tt
Pdar les
mouvemens en g
cerveau
habitudes du
fi variés qu'il n'eft pas poffible qu'ils fe repro- cerveau.
duifent toujours avec la même facilité & la même
exactitude.
Tous les phénomenes de la mémoire dépendent des habitudes contractées par les parties
mobiles & flexibles du cerveau; & tous les mouvemens dont ces parties font Susceptibles, font
liés les uns aux autres comme toutes les idées
qu'ils rappellent font liées entre elles.
C'eft ainfi que les mouvemens des doigts fur
le clavier font liés entre eux, comme les fons
du chant qu'on fait entendre que le chant eSt
trop lent, fi les doigts fe meuvent trop lentement & qu'il eft confus fi les mouvemens des
doigts fe confondent. Or comme la multitude
des pièces qu'on apprend fur le c1aveffin, ne
permet pas toujours aux doigts de conferver les
habitudes propres à les exécuter avec facilité 6c
netteté de même la multitude des chofes dont

on veut

Se

relfouvenir, ne permet pas toujours

au cerveau de conferver les habitudes propres
à retracer les idées avec facilité & préeiuon.
Qu'un habile organifte porté fans deffein les
mains fur le clavier lès premiers fons qu'il fait
entendre déterminent fes doigts à continuer de fe
mouvoir, & à obéir aune fuite de mouvemens qui

produifent une fuite de fons dont la mélodie
& l'harmonie l'étonnent quelquefois lui-même.
Cependant il conduit fes doigts fans effort, fans
paroître y faire attention,
C'eû. de la forte qu'un premier mouvement
occafionné dans le cerveau par l'aâion d'un objet
fur nos fens, détermine une fuite de mouvemens
qui retracent une fuite d'idées & parce que
pendant tout le temps que nous veillons, nos
fens toujours expofés aux impreffions des objets, ne ceffent point d'agir fur le cerveau il
arrive que notre mémoire eu toujours en a£ripn.
Le cerveau, continuellementébranlé par les organes, n'obéit pas feulement à l'impreffion qu'il
en reçoit immédiatement il qbéit encore à tous
les mouvemens que cette premièreimpreffipn doit
reproduire. Il va par habitude de mouvement
en mouvement, il devance l'a&ion des fens il
retrace de longues fuites d'idées il fait plus encore; il réagit fur les fens avec vivacité, illeu»
renvoie, les fènfatipns qu'ils lui, ont auparavant
envoyées & il nous perfuade que nous voyons
ce. que nous ne voyons pas.
Ainfi donc que le.5. doigts confervent l'habitude d'une fuite, de mouvemens., & peuvent, à
la plus légère oçcafion, fe mouvoir comme ils
fe font mus., le cerveau, conferve également fes
habitudes ,j ayant vine. fois été .excité par l'ac«

& il rappelle. il paroît que le fouvenir de cette idée ne fera jamais plus diftinft.. Si même on faifoit ces queftions fur les habitudes que prennent les doigts je n'y pourrois pas répondre.. nos fenfations car lçs mettent nt les dl que nous idées. En effet nous ne nous repréfentons par . Or fi premiere fois une idée pour nous donner la il a fallu que les fens aient agi fur le cerveau. Je ne tenterai donc pas de me perdre à ce fujet en conjeftures. pour produire une fenfation actuelle. Il me fuffit de. Nous venons de voir que la mémoire a prindpalement fon fiege dans le cerveau il me patoit qu'elle l'a encore dams tous les organes de q- La mémoire dansée fiege dans e ezr~ ^efof °f g rfle doit l'avoir par-tout où tous les orga.d'approfondir. que lorfqu?à fon tour le cerveau agira fur les fens. Ce commerce d'aélion eft donc néceflaire pour fiifciter Fidée d'une fenfation paffée comme il eft néceffaire. des idées. occafionnelle Il des d idées eft 11. nesquitranf. Mais comment s'exécutent ces mouvemens ? Commentfuivent-ils différentes déterminations ?> C'efi ce qu'il eft impoffible.tion des fens il pafre de lui-même par les moiiy vemens qui lui font familiers. la caufe fc nous rappellons. juger par les habitudes de il faut fe contenter de connoître des habitudes du cerveau chaque fens que le même mécanifroe quel qu'il foit donne conferve 8c reproduit les idées.

oreilles pour l'entendre-.fait une habitude de paffer par les for mes qui répondent exaftement aux habitudes des doigts & à celles des oreilles. qui fe font fait une habitude d'une Milite de moudans l'oreille qui ne juge les doigts. a fon fiege dans les doigts. Pourroit-onfçavoir une langue. bouche pour la parler. La mémoire d'un air qu'on exécute fur un inflrument. vemens & qui. que lorfque nos mains reprennent la même forme que le tact leur avoit fait prendre. ne les dirige que parce qu'elle s'en: fait de fon côté une habitude d'une autre fuite de mouvemens & dans le cerveau. dans l'oreille & dans le cerveau dans les doigts. qui s'etl.9 la parole de la vue. à celles des yeux pour la lire Le fouvenir d'une langue n'eft donc pas uniquement dans les habitudes du cerveau il eft encore dans les habitudes des organes de l'ouïe. jamais mieux une figure.exemple. fi le cerveau ne prenoit pas des habitudes qui répondent à celles des. On remarque facilement les habitudes que les doigts ont contractées on ne peut pas également obferver celles des oreilles moins encore celles du cerveau mais l'analogie prouve qu'elles exigent. au befoin. d. . En pareil cas la mémoire nous parle en quelque forte un langage d'avion. à celles de la.

dans des momens de aller fes doigts comme au hafard. idées que nous avons dans le fommeil reffemblent affez à ce qu'exécute un organifte lorfdiftraâion il laifTe que. Jugeons donc par analogie de ce qui fe paffe dans le cerveau. dont l'aéion efl arrêtée par le fommeil. il conferve affez d'aâivité pour obéir à quelques-unes de fes habitudes. Mais. Certainement fes doigts ne font que . & auffi-tôt nous entendons & nous voyons c'efl ainfi qu'un manchot croit fentir la main qu'il n'a plus. dès faire qu'il fe meut comme il a été mû lorfque nous avions des fenfations.f l j . Explication il feroit facile d'expliquer les fonges car les des Conges.D'après les principes que je viens d'établir.ce qu'ils ont appris à mais Ils ne le font pas dans le même ordre ils coufent enfemble divers paffages tirés des différens morceaux qu'ils ont étudiés. d'après ce que nous obfervons dans les habitudes d'une main exercée fur un infiniment. Or. alors il agit fur les fens. • Puifque nous ayons expliqué comment fe I | I¡ 5 ' . interceptent un grand nombre d'idées. le cerveau retrace d'ordinaire les cîiofes avec beaucoup de défordre parce que les habitudes. & nous conclurons que les fonges font l'effet de l'aftion de ce principal organe fur les fens lorfqu'au milieu du repos de toutes les parties du corps. en pareil cas.

f. les or-» ganes produiroit le même effet les habitudes du cerveau ne m^nqueroient pas de fe perdre peu à. peu lorfquîelles. En fecond lieu. Auiïï nous échappe-t-il des connoif» fances à mefure que nous en acquérons. Alors il. cerveau affoibliroit ou troubleroit la mémoire fi elle étoit un obftacle à quelques-unsdes mouvemeni dont iL s'efl: fait une habitude. mémoire. En tcoifieme lieu une indifpofitioa dans le. fi elles fe multiplient à un çertain point car alors il y en aura que nous négligerons. ou du moins renouvellées fréquemment. # Enfin la vieilleffe porte coup à la. Alofs les parties du cerveau font comme des doigts qui ne font plus affez flexibles. cefferont de donner occafion. Em quatrième lieu. E~ïcisde3. une paralyfie dans. Ce fera le fort de toutes celles auxquelles les fens. Premièrement fi elles ne font pas continuel- lement entretenues. ne feraient plus entretenues par l'aâiondes fens. y auroit des chofes dont on ne conferveroit point de fouvenir il n'en refteroit même d'aueune fi l'indifpofîtionempêchoit toutes les habi* tudes du cerveau. pour fe Eievivoiri fwiyaftt toutes les déterminations. qui .«»<t*aot*e ~`~p~ ~~r° contra&ent les habitudes qui font la mémoire comprendre comment elles fe decomprendre facil~de il fera facile &ra $ eeffte vêwptfdfe perdent.

Je connois que ce mouvement efl capable de différentes dé- Condafiais. font de- venues autant d'habitudes. il fe pafle quelque chofe de fëmMable à ce que nous obfervons dans les autres.3. Le principe phyfique 8ç.nc uniquement dansr certaines déterminations dont le mouvement qui fait végéter l'animal efl fufceptible &ç celui. de 1. eft do.es. Par -là je n'ai fans doute qu'une idée trèsimparfaite des caufes phyfiques & occafionnelles de la fenfibilité & de la mémoire j'en ignore tout-â-fait les premiers principes.I leur ont été familières. exercice habitudes. niQuvernensimaJis je fçais qu'il y a en elle flexibilité mobilité. Je connois qu'il y a en nous un mouvement. & je ne puis comprendre par quelle force il efl produit. J'ignore par quel mécanifme ma main a affez de flexibilité & de mobilité pour cbn#ac)er l'habitude de certaines déterminations de. lorfqu'ell. Lés habitudes fe perdent S I peu à peu il ne refte que des fenfations foibles qui vont bientôt échapper le mouvement qui paroît les entretenir. C'eft 'l'analogie qui nous autorife à fuppofer que dans les organes que nous' ne pouvons pas obferver. de la feafibilité. . & je fuppofe que tout cela fe retrouve dans le cerveau & dans les organes qui font avec lui le fiege de la mémoire. occasionnel. mémoire ell dans ces déterminations. prêt à finir lui-même. eu.

je penfe à quoi les phyficiens doivent fe borner toutes les fois qu'ils veulent faire des fyftêmes fur des chofes dont il n'eft pas poffible d'obferver les premières caufes. C'eft. . Je n'ai donc que l'avantage d'avoir dégagé de toute hypothefe arbitraire ce peu de connoiffance que nous avons fur une matiere des plus obfcures.terminations & je ne puis découvrir le mécanifme qui les regle.

L'analyfe confédérée 'dans fes moyens & dans fes effets ou l'art de raifonner réduit à une langue bien faite» 131 o usconnoiflbns l'origine & la génération de toutes nos idées nAxs connoiffons également l'origine & la génération de toutes les facultés de l'ame. Elle eft proprement le levier de l'efprit. nous devons à la nature forment un fyjlême ou toutejl parfaitement lié. & comment nous nous égarons lorfaue nous oublions fis leçons.SECONDE PAETIE. en . Comment les connoiffances que. & nous fçavons que l'analyfe qui nous a conduits à ces connoiflances eft l'unique méthode qui peut nous conduire à d'autres. Il la faut étudier & nous allons la confidérer dans fes moyens & dans fes effets. CHAPITRE PREMIER. .Nous avons vu que par le mot dejir on ne peut entendre que la direction de nos facultés iur /• les chofes dont i î nous avons befoin. Nous n'a- ir Comment la nauire nous apprend à raifonner.

S'il y a en moi des befoins & des defirs il y a hors de moi des objets propres à les fatiffaire i5~ j'ai la faculté de les connaître & d'en jouir.tëstaat elle. Nos befoins. je les ignore proprement mais l'expérience m'apprend 1'ufage des chofes qui me font abfolument néceuan-ës j'en fuis inilruit par le plaifir ou par douleur jé le fuis promptemeht il me feroit inutile d'en fçavoir davantage. Par exemple. befoins defirs. ont léur raison dans h conformation de nos organes. Ainfi. 8e la nature borne la là fes leçons.vons donc des denrs que parce que nous avon~ âe no lt'ac ie des befoins à fatisfaire. e façui- tés. Nous voyons dans fes leçons un ~y~ême dont toutes les parties font parfaitement bien ordoirnées. Ce fyttê'me ré~"erre naturellement mes con~ nôiffâiicès dans la fphere d'un petit nombre dé besoins j 8t d'un petit nombre de chofes à mon . & les moyens d'y fatisfaire. détermine celles qui peuvent me fervit d'alimens. Je ne puis avoir de toiitës ces diœétentes con~ formations qu'une connoinanee bien imparfaite. la màtiiere dont je fuis conformé détermine ies efpeces d'alimens dont j'ai befoin 8Z la maniere dont lés ptodü8:ions font confdrthées elles-mêmes. & dans les rapports des chofes à cette conformation. voilà le mobile de toutes nos recherches.

Mes organes. que nous apprend-elle ? A éviter ce qui peut nous nuire. Se à rechercher ce qui . en un mot on :'rie < fçàutoit trop obferver ce que nous faifons Uniquement d'après elle. On ne fçauroit trop obfërvêf les facultés que notre conformation nous donne 1'ufàge qu'elle nous en fait faire. & dans celui des rapports où les chofes font à moi. il nous fçav'iorts en profiter. Mais fi mes connoittances ne font pas nom» breufes elles font bien Ordonnées parce que je les ai acquifes dans l'ordre même de mes befoins. Ses levons. & il femble que celui qui m*a fait. l'expérience qui les confirme ou qui les corrige forment l'un &t l'autre fyftême pour ma confervation.fifage. Voilà le fyftêttle qu'il fàudfdi* étudier" pour apprendre à raifonner. feroientla meilleure de toutes les logiques. n*ait tout difpof^ avec tant d'ordre. les fenfations que j'éprouve $ les jugemens que je porte. En effet. que pôitr veiller lui-même fur moi. Je vois donc dans la fphêré de mes doflnoiffances un fyftême qui correfpond à celui que l'Autetir de ma nature a fuivi en me formant î & cela n'eft pas étonnant car mes befoins & mes facultés étant donnés mes recherches tk mes connoiffances font données elles'-mêmeSé Tout eft lié également dans l'un & l'autre fyftême.

Comme nos recherches fe bornent aux moyens de fatisfaire au petit nombre de befoins qu'elle nous a donnés û nos premières obfervations ont été bien faites l'ufage que nous faifons des chofes les confirme auffi-tôt û elles ont été mal .pour -ceïâ . Autant nos fenfations peuvent s'étendre. & il eft unique.que nous jugions de l'effence des êtres ? L'Au- peut nous être utile.qu'elle nous indique de faire &. Nous avons un moyen pour^uger de ces rap«* ports. autant la fphere de nos connoiirances peut s'étendre elle-même au* . D'autant plus dociles à fes leçons que nos befoins font plus preffans nous faifons ce . Elle nous fait donc analyfer de bien bonne heure. que notre nature ou notre conformation met entre nos befoins & les chofes elle nous indique celui dans lequel nous devons tudier les rapports qu'il nous eft effentiel de tonnoître. & de ceux qu'elles ont entre elles lorfque la connoiffance de ces derniers peut nous être de quelque utilité. toute découverte nous eft interdite. Il fçait qu'il n'a pas mis ces effences à notre portée il veut feulement que nous jugions des rapports que les chofes ont à nous. nous obfervons avec ordre. Dans l'ordre.delà. c'eft d'obferver les fenfations que les objets font fur nous. Mais faudra-t-il teur de notre nature ne l'exige pas.

confirmer fes jugemens par de nouvelles obfervations ou les corriger en obfervant de nouveau voilà donc ce que la nature nous fait faire & nous ne faifons que le faire & le refaire à chaque nouvelle connoiffance que nous acquérons. . Il femble donc que nous connoiffions déjà cet Comment de le connoître.d'après" de feigne & qui peut feule l'enfeigner car alors SeSifeha" nous aurions continué comme elle nous a fait commencer. Mais nous avons fait cette remarque trop tard difons mieux nous la faifons aujourd'hui pour la premiere fois.faites. fi nous avions toujours été nature. parce qu'elles fe trouvent fur notre chemin mais ce chemin eit celui de la vérité & il nous y conduit. C'eft pour la premiere fois que nous voyons dans les leçons de la nature tout l'artifice de cette analyfe. la 1 nature qui l'en. Cela °"blii"" les art autant qu'il eft pofrible r leçons de la feroit vrai en effet. ce même ufage les détruit tout auffi promptement. nous raiformons capables bl de d remarquer que c'eft 11. qui a donné aux hommes de génie le pouvoir de créer les fciences 3 ou d'en reculer les bornes. Obferver des rapports. Tel eft l'art de raisonner il efl fimple comme la nature qui nous l'apprend. & nous indique d'autres obfervations à faire. Ainfi nous pouvons tomber dans des méprifes.

Alors nous n'avons fçu raifon. De fuippofitions fauffes en ftippofitions fauffes nous nous fommes égarés parmi une multitude d'erreurs & ces erreurs étant devenues des préjugés.Nous avons donc oublié ces leçons & c'eff pourquoi. & que pour la perdre il n'y a qu'à ceffer de faire. Nous les appellons une feconde nature. par cette raifon pour des principes nous nous hommes donc égarés de plus en plus.ner que d'après les mauvaifes habitudes que nous avions contractées. pour excufer notre foibleffe ou notre aveuglement mais c'efi une nature altérée & cor- rompue. Pour apprendre à raifonner. il s'agit donc de nous corriger de toutes ces mauvaifes habitudes & voilà ce qui rend aujourd'hui fi difficile cet art. qui feroit facile par lui-même. C'efi que. Car nous obéiffons à ces habitudes bien plus volontiers qu'à la nature. Nous avons remarqué que pour contracter une habitude. nous les avons prifes. L'art d'abufer des mots a été pour nous l'art de raifonner arbitraire. au lieu d'obferver les chofes que nous voulions connoître nous avons voulu les imaginer. il n'y a qu'à faire. lorfque nous . frivole ridicule abfurde il a eu tous les vices des imaginations déréglées. Il femble donc que l'un foit auffi facile que l'autre & cependant cela n'eft pas.

Les uns feroient honteux de ne pas penfer comme tout le monde les autres trouveroient trop de fatigue à ne penfer que d'après eux. En contradiction avec eux-mêmes ils ne voudront pas penfer . Malheureufement les habitudes de l'ame font également foumifes aux caprices de l'ufage qui femble ne permettre ni doute. & nous en jugeons d'après lui. ni examer. & elles font d'autant plus contagieufes. que l'efprit a autant de répugnance à voir fes défauts que de pareffe à réfléchir fur lui-même.voulons prendre une habitude nous penfons avant de faire & que lorfqtte nous la voulons perdre nous avons fait avant d'avoir penfé. -L'expérience fuffit pour nous apprendre fi elles font utiles ou nuifibles. ce fera fouvent pour penfer plus mal encore. Les découvertes de cette-efpece font les plus difficiles auffi échappent-elles au plus grand nombre. Je n'entends parler que des habitudes de l'efprit car lorfqu'il s'agit de celles du-corps. & fi quelques-uns ont l'ambition de fe fingularifer. tout le monde efl fait pour en juger. D'ailleurs. quand les habitudes font devenues ce que nous appelions une Seconde nature il nous efl prefque impoffible de remarquer qu'elles font mauvaifes. & lorfqu'elles ne font ni l'un ni l'autre “ l'ufage en fait ce qu'il veut.

En général. aux opinions qui fe tranfmettent d'âge en âge combien l'art de régler la penfée a été peu connu dans tous les fiecles & vous ferez furpris de l'ignorance où nous fommes encore à cet égard fi vous confidérez que nous venons après des hommes de génie qui ont reculé les bornes de nos connoiffances.i~t ces des nous font tomtcr. Confidérez les nations depuis leur commencement jufqu'à leur décadence. Si vous voulez connoître les mauvaifes nabitudes de l'efprit l'eiprit humain humain. obfervez obfcrvez les différentes opinions des peuples. & chez les peuples qui leur ont fuccédé vous verrez. Voyez les idées faufles contradictoires. comme les autres. chez les Romains. quelles législations quels gouvernemens quelle jurifprudence Combien peu de peuples ont eu de bonnes loix & combien peu les bonnes loix durent-elles 1 Enfin fi vous obfervez l'efprit philofophique chez les Grecs. abfurdes1 que la fuperftition a répandues de toutes parts & jugez de la force des habitudes. & vous verrez les préjugés fe multiplier avec les défordres vous ferez étonné du peu de lumière que vous trouverez dans les ficelés même qu'on nomme éclairés. Tel efl en général le cara&ere des feues . à la paflîon qui fait refpefter l'erreur bien plus que la vérité.Erreurs où J. & cependant ils ne toléreront pas qu'on penfe autrement qu'eux.

c'eft-à-dire par les fuperftitions. & fi par hafard il eft quelques hommes capables d'ouvrir les yeux ? ils font trop foibles pour rien corriger les puiffans veulent que les abtis & les préjugés durent. par les gouvernemens. Toutes ces erreurs paroiffent fuppofer en nous Unique autant de mauvaifes habitudes que de jugemens ™tuz mettre de . En vain on en combattrait quelques-unes: il faudroit les détruire toutes à-la-fois c'eft-à-dire qu'il faudroit tout-à-coup changer toutes les habitudes de l'efprit humain. Les erreurs trop liées les unes aux autres. elles obfervent peu. elles parlent des jargons inintelligibles. elles donnent leurs rêves pour des interprétations de 'la nature enfin occupées à fe nuire les unes aux autres & à fe faire chacune de nouveaux partifans elles emploient à cet effet toutes fortes de moyens & facrifient tout aux opinions qu'elles veulent répandre. qui font entretenus par les caufes qui les ont produits. Mais ces habitudes font trop invétérées les paflions qui nous aveu- glent. & par la manvaife philofophie. Elles agitent des queftions frivoles. 0 La vérité eft bien difficile à reconnoître parmi tant de fyftêmes monftrueux.ambitieuses de dominer exclusivement. fe défendent mutuellement. il eft rare qu'elles ne cherchent que4a vérité elles veulent fur-tout fe fingularifer. les entretiennent.

Parce que.faux reçus pour vrais. & les erreurs s'accumulent de générations en générations. plus l'esprit femble faire de progrès. parce que nous penfons d'après les préjugés qu'ils nous ont donnés. Ce moyen eft d'autant plus difficile à pratiquer. comme dit Bacon l'entendement humain. & de refaire. c'efl d'oublier tout ce que nous avons appris de reprendre nos idées à leur origine y d'en fuivre la génération. Nous n'obfer- vons rien nous ne fçavons pas combien il faut obferver nous jugeons à la hâte fans nous rendre compte des jugemens que nous portons Se nous croyons acquérir des connoiffances en apprenant des mots qui ne font que des mots. Quand les chofes font parvenues à ce point il n'y a qu'un moyen de remettre l'ordre dans la faculté de penfer. Alors. nous en adoptons tous les préjugés Se lorfque nous parvenons à un âge oit nous-croyons penfer d'après nous-mêmes. de même origine. plus il s'égare. Allai des ouvrages ou les fciences feroient traitées avec une . Cependant toutes ont la penfer. nous continuons de penfer encore d'après les autres. tude de nous fervir des mots avant d'en avoir déterminé la fignification & même fans avoir fenti le befoin de la déterminer. dans notre enfance nous penfons d'après les autres. & viennent également de l'habit'ordre rtans l'enfer. qu'on fé croit plus inÍ1:ruit.

Il feroit même prefque impoffible que ceux-ci luffent de pareils ouvrages comme ils demandent à être lus. & en attendant un âge de raifon. VÔilà donc les effets d'une mauvaife éducation ^jpèette éducation n'eft mauvaife que parce qu§ÉUe contrarie la nature. & le temps pourroit feul en faire connoître un jour l'utilité. & fur-tout que ceux qui ont beaucoup écrit fur les fciences. Nous fuppofons qu'ils ne raifonnent pas parce que nous ne fçavons pas raifonner avec eux. qui cominençoit fans nous & que nous retardons de tout notre pouvoir nous les condamnons à ne juger que d'après nos opinions. Mais auffi-tôt que nous commençons à les conduire nous-mêmes nous leur interdifons toute obfervation & toute analyfe. Il faut donc qu'ils foient fans efprit . une grande précifion.grande netteté. Les enfans font déterminés par leurs befoins à être obfervateurs & analyses & ils ont. un grand ordre ne fcroient-ils pas également à la portée de tout le monde. dans leurs facultés naiffantes. nos préjugés & nos erreurs. les entendroient bien mieux que ceux qui ont fait de grandes études. Une bonne Logique feroit dans les efprits une révolution bien lente. Ceux qui n'auroient rien étu- dié. de quoi être l'un & l'autre ils le font même en quelque forte forcément tant que la nature les conduit feule.

Comment le langage d'action anafyfe Upenfée. n CHAPITRE Il. Tout confirmera donc que nous penfons qu'avec le iène cours des mots.JP ne pouvons raifonrftr qu avec 1® moyens Nous POUV01" s aaane lefem^en ^ui nous font donnés ou indiqués par la nature. le moyen' d'un langage. les oMacles que nous avons mis au développement de leurs talens les autres font des plantes que nous avons mutilées jufques dans la racine &c qui meurent ftériles. C'en eft affez pour faire com- . Nous venons de voir que la caufe de nos erreurs eft dans l'habitude de juger d'après des mots dont nous n'avons pas déterminé le fens nous avons vu dans la première Partie que les mots nous font absolument néceflaires pour nous faire des idées de toutes efpeces & nous verrons bientôt que les idées abflraites Se générales ne font que des dénominations.ou qu'ils aient qu'un efprit faux. & tâcher A de découvrir comment ils font fûrs quelquefois. Il faut donc obferver ces moyens. Nous ne ™ ous PkT r . & pourquoi ils ne le font pas toujours. Si quelquesuns fe distinguent c'efl qu'ils ont dans leur conformation affez d'énergie pour vaincre tôt ou tard.

C'eft par où nous allons commencer. précédaient nos idées parce que fans des fignes de quelque efpece. l'Auteur de notre nature nous a donnés. Ainfi il y a un langage inné.prendre que l'art de raifonner a commencé avec les langues. r les fentimens que C Comme elle Il ne reprefente Ir' a. Le propre de l'adion n'eft pas d'analyfer.q d abord tOl1~ eft confus . Auffi notre conformation extérieure elt-elle devinée à fepréfenter tout ce qui fe paire dans l'ame elle eft l'expremon de nos fentimens & de nos jugemens & quand elle parle. c'eft-à-dire. Les élémetis élémens L élémens du font né8 ]< r*' font d adion du langage 1 Les nés avec du langage font l'homme. & ces élémens font les organes que d'aaion innés. il nous feroit impofrible d'analyfer nos penfées pour nous rendre compte de ce que nous penfons. rien ne peut être caché. pour le voir d'une maniere diftinde. qu'il n'a pu faire des progrès qu'autant qu'elles en ont fait elles-mêmes & que par conféquent elles doivent renfermer tous les analyfer moyens que nous pouvons avoir pour bien ou mal. Il faut donc obferver les langues il faut même. vance. fi nous voulons connoître ce qu'elles ont été à leur naiifance. En effet il falloit que les élémens d'un langage quelconque préparés d'a- '1' inné5. obferver le langage d'aûlon d'après lequel elles ont été faites.abor~âq~o~. quoiqu'il n'y ait point d'idées qui le foient.

. Tout alors efl donc confus pour eux dans leur tm. font naturellement litnultanées dans ce langage. C'eft à cette habitude que nous devons l'avantage de les démêler avec une promptitude & une facilité qui étonnent ceux qui n'ont pas contrafté la même habitude. un muficien difHngue-t-il dans l'harmonie toutes les parties qui fe fônt entendre à-lafois ? C'eft que fon oreille s'eft exercée à obferver les fons & à les apprécier. Pourquoi. Ils ne formeront le projet de le parler pour fe faire entendre que lorfqu'ils auront remarqué qu'on les a entendus mais dans les commencemens ils ne projettent rien encore parce qu'ils n'ont rien obfervé. par exemple.dans ce ga§e' elle repréfënte à-Iafois tous ceux que nous éprouvons au même infant. Mais une multitude d'idées fimultanées ne fçauroient être diftinftes qu'autant que nous nous fommes fait une habitude de les obferver les unes après les autres. & les idées fimultanées dans notre penfée. Les hommes commencent à parler le langage d'aâion aufli-tôt qu'ils fentent & ils le parlent alors fans avoir le projet de communiquer leurs penfées. parce qu'elle en eft l'effet langage & ils n'y démêleront rien tant qu'ils n'auront pas appris à faire l'analyfe de leurs penfées.

Cependant celui qui écoute des yeux n'entendra pas s'il ne décompofe pas cette aaion. ils difent à-la-fois tout ce qu'ils fentent. Il les d'autres obferve donc jtucceuivementj & l'analyfe en eft faite. 8e v:eMuneme- lui-même. des defirs. d'autres encore. il renferme cependant tout ce qu'ils fentent il renferme tout ce qu'ils y démêleront lorsqu'ilsfçauront faire l'analyfe de leurs penfées. Car. analy-. c'eft-à-dire. s'il en voit à-la-fois tous les mouvemens. chacun d'eux à befoin de fe faire entendre. Donc Comment enfuite il de. Voyons comment ces hommes apprendront de la nature à faire l'analyfe de toutes ces chofes. l'analyfe ne l'y fçauroit trouver. il ne regarde au premier coup d'œil que ceux qui le frappent davantage au fecond il en regarde troisième. par conféquent de s'entendre D'abord ils obéiffentà la nature & fans projet. en un mot. & par conféquent il la décompofe avant d'en avoir formé le projet. toutes les opérations dont l'ame eft capable. comme nous venons de le remarquer. parce qu'il eft naturel à leur action de le dire ainfi. des raifonnemens. des craintes. des jugemens. pour en obferver l'un après l'autre les mouvemens. Mais il lui eit naturel de la décompofer. . Car enfin fi tout cela n'y étoit pas. Ils ont befoin de fe donner des i'ecours.Mais quoique tout foit confus dans leur langage. au tique.

fon adion & fon caractère font déterminés. Je dis une méthode parce que la ficcelioli des mouvemens ne fe fera pas arbitrairement & fans regles car l'avion étant l'effet des befoins & des-circonftances ou l'on fe trouve. la place de chaque perfonnage. C'eft ainfi que.Chacun de ces hommes remarquera donc tôt ou tard qu'il n'entend jamais mieux les autres que lorsqu'il a décompofé leur adion. & il fe fait entendre. de décompoferla fienne. & par conféquent il pourra remarquer qu'il a befoin pour fe faire entendre. En décompofant fon a8:ion. Donc. Alors il fe fera peu à peu une habitude de répéter. parce qu'il s'entend lui-même. l'un après l'autre les mouvemens que la nature lui fait faire à-la-fois & le langage d'action deviendra naturellement pour lui une méthode analytique. lorfque le fujet eft donné avec toutes fes circonfiances. il l'analyfe. il eft naturel qu'elle fe décompofe dans l'ordre donné par les befoins & par les circonftances & quoique cet ordre puiffe varier & varie. dans un tableau. s'il . cet homme décompofe fa penfée pour lui comme pour les autres. Comme l'action totale eft le tableau de toute la penfée les aûions partielles font autant de tableaux des idées qui en font partie. il ne peut jamais être arbitraire.

Cette vérité. Ce moyen l'unique qu'il ait pour analyfer fa penfée pourra la développer jufques dans les moindres détails car les premiers fignes d'un langage étant donnés on n'a plus qu'à confulter l'analogie elle donnera tous les autres.décompofe encore ces a&ions partielles. n'étant pas analogues. claires St précifes à proportion que l'analogie s'y montre d'une maniere plus fenfible.inné. qui pourroit n'avoir pas été \faifie eft démontrée par les obfervations qui la fuivent & qui l'expliquent. il décompofera également les idées partielles dont elles font les fignes. quoiqu'il n'y ait point d'idées qui le Joient. Il n'y aura donc point d'idées que le langage d'aftion ne puiffe rendre & il les rendra avec d'autant plus de clarté & de précifion que l'analogie fe montrera plus fenfiblement dans la fuite des fignes qu'on aura choifis. Auffi eSt-ce l'analogie qui fait tout l'artifice des langues elles font faciles. Des fignes abfolument arbitrairesne feroient pas entendus parce que. l'acceptiond'un figne connu ne conduiroit pas à l'acception d'un figne inconnu. & . parce qu'il . Je viens de dire qu'il y a un langage . Le langage que je nomme inné efl un langage que nous n'avons point appris.il fe fera continuellement de nouvelles idées diftinâes.

fous ce point de vue. comme avec la même ignorance mais. pas Au contraire. il ne décompofe donc pas nos fenfations il ne fait donc pas remarquer ce qu'elles renferment. ils fe reffemblent par la maniere de fentir. Ils font nés tous deux avec les mêmes fenfations. l'un a plus analyfé que l'autre. aucune ne fçauroit être innée. lorfque nous n'avons pas fçu les obferver & voilà ce qui fait que le fçavant & l'ignorant ne fe reffemblent pas par les idées. Or.eft l'effet naturel & immédiat de notre conformation. il ne donne donc point d'idées. il n'eft p as inné. il s'apprend & par conféquent. S'il eft vrai qu'elles font toutes dans nos fenfations il n'efl pas moins vrai qu'elles n'y font pas pour nous encore. Il dit à-la-fois tout ce que nous fentons il n'eft donc pas une méthode analytique. fi c'eft l'analyfe qui donne les idées elles font acquifes puifque l'analyse s'apprend elle-même. Il n'y a donc point d'idées innées. raifonne donc mal quand on dit Cette idée eft dans nos fenfations. quoiqu'ayant la même organisation. fous quelque point de vue que l'on confidere les idées. . & il donne des idées mais comme méthode. donc nous avons cette inné. On.. Lorfqu'il eft devenu une méthode analytique alors il décompofe les fenfations'.

CHAPITRE III. fi gués font fi J"^$ l'on a conçu comment le langage d'aftion en eft une lui-même & fi l'on a compris que fans ce dernier langage. L'analyfe ne fe fait & ne peut fe faire qu'avec des fignes. d. on reconnoîtra qu'ayant ceffé de le parler ils ne les analyferoient pas. & l'on ignoroit que nous leur devons toutes nos connoifTances*. on ne remarquoit pas que nous n'analyfons que par elles. Imperfection de ces méthodes. .& cependant on ne fe laffe pas de répéter ce raifonnement. elle ne fe feroit jamais faite avec les fons Les langues font autant analytiques. les hommes auroient été dans l'impuiffance d'analyfer leurs penfées. s'ils n'y avoient fuppléé par le langage des fons articulés. Auffi la métaphyfique de bien des écrivains n'eftelle qu'un jargon inintelligible pour eux comme pour les autres. Comment les langues font des méthodes analytiques. Il faut même remarquer que fi elle ne s'étoit pas d'abord faite avec les fignes du langage d'action. V/ n concevra facilement comment les lanr autant de méthodes h d analytiques. 1. Parce que perfonne n'avoit en- 'idée core remarqué que nos langues font autant de méthodes analytiques.

& ils n'ont étudié pour l'être que iorfqu'ils ont eu obfervé ce que la nature I 1 . <ïue que l'expérience ne leur a pas fait remarquer ce e comme ton tiolT des6"" qu'ils font d'après la nature feule. s'il ne l'avoit pas fait obferver féparément de toute autre ?a Les hommes ignorent ce qu'ils peuvent.articulés de nos langues. De même ils n'auront penfé à parler avec des fons articulés qu'après avoir obfervé qu'ils avoient parlé avec de pareils fons & les langues ont commencé avant qu'on eût le projet d'en faire. tant Elles ont commencé. de les faire. Ils n'ont penfé à faire des analyfes qu'après avoir obfervé qu'ils en avoient fait ils n'ont penfé à parler le langage d'aûion pour fe faire entendre. on raifonneroit mieux .qu'on ne fait. En effet comment un mot feroit-il devenu le figne d'une idée fi cette idée n'avoit pas pu être montrée dans le langage d'aâion ? Et comment ce langage l'auroit-il montrée. tout ce qu'ils font devenus ils l'ont d'abord été par I la nature feule. qu'après avoir obfervé qu'on les avoit entendus. En un mot. Je crois que cette obfervation fe confirmera toujours & je crois encore que fi hommes elle n'avoit pas échappé. C'eft pourquoi tions des ils n'ont jamais fait avec deffein que des chofes avant qu'on qu ils avoient déja faites fans avoir eiue projet eût le projet d'eniaire. C'eft ainiî qu'ils ont été poëtes orateurs avant de fonger à l'être.

& on parloit mieux. en voulant les perfeftionner. de fuppofer dans une ânalyfe ce qui n'y devoit pas être l'expérience ne pouvoit manquer de le faire appercevoir. ils les devoient uniquement à l'analyfe. Car. mais parce qu'elles parlent avec clarté quoique d'un petit nombre. . on avoit pu bornées continuer comme on avoit commencé on n'auroit cherché de nouveaux mots dans l'analogie que lorfqu'une analyfe bien faite auroit en effet donné de nouvelles idées & les langues toujours exaftës auroient été plus étendues.fthodls m":ÍlOdes qu'on aux bere atlyes aux es chofes c oles relatives que des <lU on n'a par e que n a parlé foins de premiere néceffité.leur avoit fait faire. s'ils avoient des idées exactes. s'il arrivoit alors «aa«. & c'eft une vérité qu'on ne fçauroit Les langues ont été des méthodes exa&es tant Comment ^. A la vérité les langues étoient alors très-bornées mais il ne faut pas croire que. En effet. On corrigeôit donc fes erreurs.e^'deiT vetittes cles «Rhodes d«feélllCL¡Ce. pour être e- {l'èS elles en fuffent plus mal faites il fe pourroit que les nôtres le ftiffent moins bien. Si. Comme les hommes analyfoient fans le fçavoir ils ne remaremoient pas que. Elle a tout commencé toujours bien trop répéter. Ils ne Comment vëm. les langues ne font pas exaâes parce qu'elles parlent de beaucoup de chofes avec beaucoup de confufion.. Mais cela ne fe pouvoit pas.

Ce n'étoit plus le temps où les jugemens fe mettoient naturellement à l'épreuve de l'expérience. quand on fe fut affuré de fatisfaire aux befoins de première néceffité on s'en fit de moins néceffaires de ceux là on pafla à de moins néceflaires encore & l'on vint par degrés à fe faire des befoins de pure curiofité des befoins d'opinion enfin des befoins inutiles. Alors un premier jugement faux en fit porter un fecond & bientôt on en fit fans nombre: L'analogie conduifit d'erreurs en erreurs. & tous plus frivoles les uns que les autres. On aimoit à le croire fans examen & un jugement dont on s'étoit fait une habitude devenoit une opinion dont on ne doutoit plus. Or.connoiffoientdonc pas toute l'importance de cette méthode. On n'avoit pas le même intérêt à s'affurer fi les chofes dont on jugeoit. Alors on fentit tous les jours moins la néceffité d'analyfer bientôt on ne fentit plus que le defir de parler. étoient telles qu'on l'avoit fuppofé. parce qu'on étoit coriféquent. & on parla avant d'avoir des idées de ce qu'on vouloit dire. Ces méprifes devoient être fréquentes parce que les chofes dont on jugeoit. à mefure que le befoin d'analyfer fe faifoit moins fentir. n'avoient pas été obfervées & que fouvent elles ne pouvoient pas l'être. . & ils analyfoient moins.

ils pouvoient par hafard s'y retrouver encore quelquefois mais ils s'y retrouvoient fans le reconnoître parce qu'ils ne l'avoient ja* tnais étudié & ils s'égaroient de nouveau. Les langues étoient donc devenues des méthodes bien défeâueufes. fonner. L'art de raifonner parut donc ignoré on eût dit qu'il n'étoit plus poffible de l'apprendre.Voilà ce qui eu arrivé aux philofophes mêmes. Cependant. Au moins n'en connois-je pas qui aient fçu l'appliquer aux idées de toutes efpeces. leurs opinions & leurs préjugés comme les productions de leur fol & de leur induftrie. dans la phyfique & dans la chymie. pendant des jtiecles de vains Si 1>O1»avo't efforts ir 1 regles t i les de i 1 . Auffi aucun d'eux n'a-t-il imaginé de conlidérer les langues comme autant de méthodes ana- lytiques. Les langues fe confondoient & l'analogie ne pouvoit plus guider l'efprit dans l'acception des mots. Il n'y a pas bien long-temps qu'ils ont appris l'analyfe encore n'en fçavent-ils faire ufage que dans les mathématiques. r Igues On ne fçavoit ou les 1 prendre d au. Cependantle commerce rapprochoit les peuples qui échangeoienî en quelque forte.remarqué pour découvrir que les 1™. fi les hommes avoient d'abord été placés par leur nature dans le chemin des découvertes. Auffi a-t-on fait.»art de rai. Se on les tant fonr™££ Or' l t .

Gramm. mais qui ont été exaâes & qui pourroient l'être encore. parce que n'ayant pas remarqué combien les mots nous font néceffaires pour nous faire des idées de toutes efpeces. que des méthodes analytiques méthodes fort défeâueufes aujourd'hui. comme. D'ailleurs.r <ii£('k f langues. on a cru qu'ils n'avoient d'autre avantage que d'être un moyen de nous communiquer nos penregiesdci'art fées. les. dsraifojm&r. Il ne faut donc pas s'étonner fi jufqu'à préfent perfonne n'a foupçonné les langues d'être autant de méthodes analytiques. ) . ( Cours d'Etude. £j*uaver les o Pour les trouver il n'y avoit qu'un moyen. que fouvent elles n'en ont point. Il falloit remarquer que les langues ne font dans le vrai. à bien des égards les langues ont paru arbitraires aux grammairiens & aux philofophes. huit premiers Chapitres de la premiers Partie. il eft arrivé qu'on a fuppofé qu'elles n'ont pour règles que le caprice de l'ufage c'eft-à-dire.cherchoit dans le mécanifme du difcours mécanif rne qui laiffoit fubfifter tous les vices des thodes analy- ro!î Ç. Or toute méthode en a toujours & doit en avoir. c etoit d'obferver notre maniere de concevoir & de l'étudier dans les facultés dont notre nature nous a doués. On ne l'a pas vu.

. influence des langues. & l'on voit fouvent des hommes . nos préjugés en un mot. font des analytiques. elles font nos connoiffances nos opinions.d' a la fidé 1 formation fc des langues & on croit des ne' fonfp" qu'elles auroient été mieux faites. parce que ce font des méthodes imparfaites mais puifque ce font des méthodes. nospréjugés. ne foit capable de faire quelques bons raifonnemens. àmefure que f ddevenues autant de méthoh nous analyfons.CHAPITRE De Puisque F les Ir IV. Il faudroit donc ll\ mieuxfai- . nos préjugés.fans étude raifonner mieux que d'au-. on conçoit qu'il nous eft naturel de i penfer /• d'après u les i habitudes t qu'elles « ii nous ont fait prendre. langues formées d. river autrement. & la chofe ne pouvoit pas ar- il- Les langues l°£j£°l™n~ font nos connosopinions. Nous penfons par elles règles de nos jugemens. tres qui ont beaucoup étudié. avec le feul fecours des habitudes contractées dans fa langue. elles font en ce genre tout le bien & tout le mal. Il n'eft perfonne qui.Les tangues fciences r. C'eft même ainfi que nous avons tous commencé1. Elles nous égarent. Telle eft leur influence. elles ne font pas imparfaites à tous égards. & elles nous conduifent bien quelquefois. On defireroit que les philofophes euffent pré.

Il eft vrai encore que quelques parties de la phyfique & de la chymie ont été traitées avec la même précifion par un petit nombre d'excellens efprits faits pour bien obferver. Il eft vrai qu'en mathématiques on parle avec précifion parce que l'algèbre$ ouvrage du génie.que ce fuffent d'autres philofophes que ceux que nous connoiffons. Elles ont les mêmes défauts que les autres & de plus grands encore. qui préfidoit à leur formation propres au La génération avoit au moins bien commence. D'ailleurs je ne vois pas que les langues des ïciences aient aucun avantage. eft une langue qu'on ne pouvoit pas mal faire. Je eonjeâuf que les premières langues vulrês langues gaifes ont été les plus propres au raifonnement vulgairesont ° été les plus car la nature. On les parle tout auffi fouvent fans rien dire fouvent encore on ne les parle que pour dire des abfurdités & en général. On retrouvoit dans les noms des idées qui échappoient aux fens les noms même des idées fenfibles d'où elles viennent. il ne paroît pas qu'on les parle avec le deffein de fe faire entendre. des j^fes g^ des facultés de Pâme devoit être fenfible dans ces langues où la première acception d'un mot étoit connue. & où l'analogie donnoit toutes les autres. L' raifonnement. & au lieu de les voir comme des noms propres de ces idées on les voyoit comme des Les jjreitiie- .

ne permettoient pas de les faire.. La bonne métaphyfique a commencé avant les langues & c'eft à elle qu'elles doivent tout ce qu'elles ont de mieux. pefer l. J: cultivoit les 1 r iofophesPc|'iï arts && les fciences fans le dérien emprunter d.ns que font aujourd'hui les métaphyficiens les langues qui répondoient d'avance à toutes. En un mot. progrès des connoiflances & l'on n'auroit pas befoin d'en chercher l'hifloire ailleurs. Mais quand elles font des ramas de plufieurs langues étrangeres les unes aux autres. on n'imaginoit pas de faire les queftio. elles confondent tout l'analogie ne peut plus faire appercevoir dans les différentes acceptions des mots. Mais cette métaphyfique étoit alors moins une fcience qu'un inftinâr. Ce feroit là une langue vraiment fçavante & elle le feroit feule. d'aucun autre car l'analogie l. . comparer. °{"T. Alor s par exemple on ne demandoit pas fi le mot fubjlance fignifie autre chofe que ce qui ejl dejfous fi le mot penfée fignifie autre chofe que balancer.exprefïîons figurées qui en montroient l'origine. If' 1.™* ont mis l^f dans cette langue montreroit fenfiblement le lelangage. C'étoit la nature qui conduifoit les hommes à leur infçu & la métaphyfique n'eft devenue fcience que lorsqu'elle a ceffé d'être bonne. & l'on n'avoit point encore de mauvaife métaphyfique. Une langue feroit bien fupérieure fi le peuple Ce font furtout les phiqui la l fait.

& il n'y a point d'opinions extravagantes qui ne trouvent des partifans. parce que les philofophes ont mieux obfervé. Il a été banni. finguliers. Mais enfin les fciences ont fait des progrès. dis-je mais il ne s'eft pas banni luimême il y cherche toujours un afyle en fe déguifant fous de nouvellesformes. vifionttaires inintelligibles fouvent ils fembloient craindre de n'être pas affez obfcurs & ils affectoient de couvrir d'un voile leurs connoiffânces vraies ou prétendues. que lorfqu'il leur arrivoit de penfér comme tout le monde. Subtils. Enfin co jargon a été banni des fciences. Ils ont d'autant plus mal parlé qu'ils ont voulu parler de tout ils ont d'autant plus mal parlé. & les meilleurs efprits ont bien de la peine à lui fermer toute entrée. Auffi la langue de la phiclifcours lofophie n'a-t-elle été qu'un jargon pendant plufieurs fiecles.l'origine & la génération des connoiffànces nous ne fçavons plus mettre de la précifion dans nos nous n'y fongeons pas nous faifons des quefiions au hafard nous y répondons de même nous abufons continuellementdes mots. & qu'ils ont mis dans leur langage la préci- . Ce font les philofophes qui ont amené les chofes à ce point de défordre. chacun d'eux vouloit paroître avoir une façon de penfer qui ne fut qu''à lui.

enfin liv. font 111 r partie de 1 ». C'eft ahfi que l'art de raifonner a fuivi toutes les variations du langage & c'eft ce qui devoit arriver. Cette idée partielle n'a donc point de réalité hors de nous mais elle en a une dans notre efprit oit elle exifte féparément des idées totales ou individuelles dont elle fait partie. autant d'idées partielles. Ils ont donc corrigé la langue à bien des égards & l'on a mieux raifonné. Hift. dernier. 3 chap. arc. 8 ç> & fuiv. fait partie des idées totales de Pierre & de Paul puifque nous la trouvons également dans Pierre & dans Paul. Les idées JUE s idées générales dont nous avons expliqué abftraites & h' 1 rformation. • . 2(T. liv. comme tions. Il n'y a point d'homme en généraî. Hifi. Confdérations fur les idées abflraites & générales. ( Cours d'Etude. mod.Son & l'exaftitude qu'ils avoient mifes dans leurs ohfervations. ) CHAPITRE V. ridée 1 totale de chala générales ne cun des individus auxquels elles conviennent ^noiS-63 ÔC on les confidere par cette raifon. ou comment l'art de raifonner fe réduit à une langue bien faite. Celle d'homme par exemple. 8 & g chap. liv.

je puis ne confidérer dans ce mot qu'une dénomi- nation commune auquel cas il eft bien évident que mon idée eft en quelque forte circonfcrite dans ce nom qu'elle ne s'étend à rien au-delà & que par conféquent elle n'eft que ce nom même. dans mon efprit un homme comme dans la nature ne fçauroit être l'homme abftrait & général. je penfe à hornme. Quand. Mais qu'eft ce au fond que la réalité qu'une idée générale & abftraite a dans notre efprit ? Ce n'eft qu'un nom ou fi elle eft quelque autre chofe elle ceffe néceffairement d'être abftraite & générale.Si nous voulions abfolument y fup- . Si au contraire en penfant à homme je considère dans ce mot quelque autre chofe qu'une dénomination e*eft qu'en effet je me repréfente & un homme. Les idées abftraites ne font donc que des dénominations. par exemple.Elle n'a une réalité dans notre efprit que parce que nous la confidérons comme féparée de chaque idée individuelle & par cette raifon nous la nommons abfiraite car abjlra'u ne fignifie autre chofe que féparé. Toutes les idées générales font donc autant d'idées abflraites & vous voyez que nous ne les formons qu'en prenant dans chaque idée individuelle ce qui eft commun à toutes.

pôfer autre chofe
nous reffemblerions à un
peintre qui s'obfiineroit à vouloirpeindre l'homme en général, & qui cependant ne peindroit
jamais que des individus.
Cette obfervation fur les idées abftraites & Par conféquentl'artde
générales, démontre que leur
l
clarté &
1
pré1 SfoLef
& leur
de
cifion
réduit
à
une
dépendent
uniquement
CHIon epenc cnt umquement dee l'ordre
or re dans
ans le- langue bien
quel nous avons fait les dénominations des claf- faife-

'l'

fes

que par conféquent, pour déterminer ces
fortes d'idées, il n'y a qu'un moyen c'eft de
&

bien faire la langue.
Elle confirme ce que nous avons déja démontré, combien les mots nous font néceflaires
car fi nous n'avions point de dénominations,
nous n'aurions point d'idées abftraites fi nous
n'avions point d'idées abftraites nous n'aurions
ni genres ni efpeces & fi nous n'avîons ni
genni
efpeces
res
nous ne pourrions raifonner fur
rien. Or, fi nous ne raifonnons qu'avec le fecours de ces dénominations c'e:ft une nouvelle
preuve que nous ne raifonnons bien ou mal que
parce que notre langue eft bien ou mal faite.
L'analyfe ne nous apprendra donc à raifonner
qu'autant qu'en nous apprenant à déterminer les
idées abftraites & générales elle
nous apprendra à bien faire notre langue & tout l'art de
raifonner fe réduit à l'art de bien parler.

Parler raifonner, fe faire

des idées générales

ou abstraites c'eft donc au fond la même chofe
& cette vérité toute fimple qu'elle efl: pourroit pafîer pour une découverte. Certainement
on ne s'en eft pas douté il le paroît à la maniere dont on parle & dont on raifonne il le paroît à l'abus qu'on fait des idées générales il
leparoît enfin aux difficultés que croient trouver à concevoir des idées abftraites ceux qui en
trouvent fi peu à parler.
L'art de raifonner ne fe réduit à une langue
bien faite que parce que l'ordre dans nos idées
n'efl lui-même que la ftibordination qui efl: entre
les noms donnés aux genres & aux efpeces &
puifque nous n'avons de nouvelles idées que
parce que nous formons de nouvelles claies, il
efl évident que nous ne déterminerons les idées
qu'autant que nous déterminerons les claffes mêmes. Alors nous raifonnerons bien parce que
l'analogie nous conduira dans nos jugemens comme dans l'intelligence des mots.
Convaincus que les clafles ne font que des
Cette vérite bien conr
i iupdénominations nous n'imaginerons pas de
nue nous gabe"ucoude
pofer qu'il exifte dans la nature des genres &
beaucoup
des efpeces, & nous ne verrons dans ces mots,
d'erreurs.
genres & efpeces qu'une manière de clafler les
choies fuivant les rapports qu'elles ont à nous
& entre elles. Nous reconnoîtrons que nous ne
f
pouvons découvrir
que ces rapports, & nous

ne croirons pas pouvoir dire ce qu'elles font.
Nous éviterons par conféquent bien des erreurs.
Si nous remarquons que toutes ces claffes ne
nous font néceffaires que parce que nous avons
befoin pour nous faire des idées diftinftes de
décompofer les objets que nous voulons étudier
nous reconnoîtrons non-feulement la limitation
de notre efprit nous verrons encore oii en font
les bornes, & nous ne fongerons point à les franchir. Nous ne nous perdrons pas dans de vaines
queftions au lieu de chercher ce que nous ne
pouvons pas trouver nous trouverons ce qui
fera à notre portée. Il ne faudra pour cela que
fe faire des idées exaâes ce que nous fçaurons
toujours quand nous fçaurons nous fervir des
mots.
Or nous fçaurons nous fervir des mots, lorfqu'au lieu d'y chercher des effences que nous
n'avons pas pu.y mettre nous n'y chercherons
que ce que nous y avons mis les rapports des
chofes à nous & ceux qu'elles ont entre elles.
Nous fçaurons nous en fervir lorfque les confidérant relativement à la limitation de notre efprit, nous ne les regarderons que comme un
moyen dont nous avons befoin pour penfer.
Alors nous fentirions que la plus grande analogie en doit déterminer le choix qu'elle en doit
déterminer toutes les acceptions & nous bor-

^'eft à cette analyfe feule que nous devons fe^uffa^t lyfe qui fait le ouvoir d'abftraire d. En un mot c'eft par elle que nous devenons capables de créer les arts & les fciènces. L'imagina. énéralifer. Elle ne feroit rien Je me trompe elle feroit I une fource d'opinions de préjugés. Elle fait les langues ïe pouvoir & qui crée les arts & les fciences. En effet I les écrivains qui n'ont que de l'imagination I I font-ils autre chofe? La route que l'analyfe nous trace eft marquée I . bJ1 & de de généralifer. Difons mieux c'eft elle qui les a créés. Elle a fait toutes les découvertes j & nous n'avons eu qu'à la fuivre. d donc les langues elle nous donne donc des idées nous donne exaftes de toutes efpeces. mots au nombre dont nous aurions befoin. Nous ne nous égarerions plus parmi des diftindions frivoles des divifions des fous-divifions fans fin & des mots étrangers qui deviennent barbares dans notre langue.nerions neceffairement le nombre des. Enfin nous fçaurons nous fervir des mots lorfque l'analyfe nous aura fait contra&er l'habitude d'en chercher la premiere acception dans leur premier emploi & toutes les autres dans l'analogie. d'erreurs I & nous ne ferions que des rêves extravagans. fi I ï'analyfe ne la régloit pas quelquefois.I tion à laquelle on attribue tous les talens ne I I feroit rien fans l'analyfe.

D'ailleurs l'anaîyfe nous aide de tout ce qui peut nous être de quelque fecours. vérité. chercher la pasdïPtè"°". Mais pour bien juger de ce que nous lui de. .par une fuite d'obfervations bien faites & nous y marchons d'un pas affuré. parce que nous fçavons toujours oit nous fommes & que nous voyons toujours ou nous allons. tes ceffent de tomber fous les fens nous croirons qu'elles n'en viennent pas. Préoccupés de cette erreur.&non de ouvrage nous paraîtra celui Parce que les idées que nous nommons abftrai. nous nous aveuglerons fur leur origine & leur génération il nous fera impoffible de voir ce qu'elles font & cependant nous croirons le voir: nous n'aurons que des vifions. en quelque forte. avec la même facilité que s'il les régloit lui-même. trouve en elle des leviers de toutes efpeces & il obferve les phénomenes de la nature. fi foible par luimême.c<eftd>Près elle qu'u faut il la faut r i bien a fon “ connoitre autrement vons. & parce qu'alors. 1 d l'imagination. Notre efprit. nous ne verrons pas ce qu'elles peuvent avoir de commun avec nos fenfations nous nous imaginerons qu'elles font quelque autre chofe.magination. Tantôt les idées feront des êtres qui ont par eux mêmes une exiftence dans l'ame des êtres innés ou des êtres ajoutés fiio» ceffivement au fien d'autres fois ce feront des êtres qui n'exiftent qu'en Dieu & que nous ne f 'A •i A l.

mais qui étoit bien faite conduifoit aux découvertes les plus néceflaires. quin'étoit pas étendue. On diroit qu'ils ne font capables de bien faire que ce qu'ils font à leur infçu. & les circonstances où il les avoit placés. il ne nous eft plus poffible d'avoir une langue bien faite & nous fommes condamnés à raifonner prefque toujours mal. De pareils rêves nous écarteront néceffairement du chemin des découvertes. fe condttifoient au fortir des mains de l'Auteur de la nature.y fans s'appercevoir qu'ils avoient cherché. comme nous l'avons remarqué.voyons qu'en lui. & les philofophes. qui auroient dû chercher avec plus de lumiere ont cherché . Voilà cependant les fyftêmes que fait l'imagination quand une fois nous les avons adoptés. & nous n'irons plus que d'erreur en erreur. les forçoient à obferver. Ce n'eft pas ainfi que les hommes. parce que nous raifonnons mal fur les facultés de notre efprit. ils cherchoient bien & ils trou voient fouveht. & la langue. L'analyfe qui fâifoit la langue. la faifoit bien. & les avertiffoient fouvent de ne pas imaginer. parce qu'elle déterminoit toujours le fens des mots. Quoiqu'alors ils cherchaffent fans fçavoir ce qu'ils cherchoient. Malheureufement les hommes ne fçavoient pas obferver comment ils s'inftruifoient. C'eft que les befoins que l'Auteur de la nature leur avoit donnés.

. S. Nos fens nous montrent également les objets fenfibles &c nous les analyfons quoique nous ne piaffions pas les définir. & c'eft tout ce qu'elles font. il la faut analyfer. Voilà une définition. Y q l. 2. part. 1 les définitions . De pareilles définitions montrent donc les chofes qu'on fe propofe d'anaiyfer. & que pour l'analyfer il la faut voir.fonvent pour ne rien trouver. En conf< féquence. Si elle donne du triangle une idée fans laquelle il feroit impoffible d'en déterminer les propriétés c'eit que pour découvrir les propriétés d'une chofe. ) CHAPITRE VI. ch. Il les faut définir tous. remédier & P peut parce qu'il y a des mots qu'on q. ( Cours d'Etude.r ont été regardées comme la bafe de l'art de raifonner.&i'onr. ou qui n ont pas de fens. fur-tout c' dans les mots dont l'acception n'efl pas détermir On a voulu y nee. fe trompent ceux qui regardentles définitions comme l'unique moyen de remédier aux Combien abus du langage. définir.and on les donne pourdesprinC1"es' . ou pour s'égarer. La né-'1 ceffité de définir n'eft donc que la nécelïlté de Les df-n'1tions ta bor««« à mon- trer les chofeS. Art de penfer. Un triangle ejl une furface terminée par trois lignes. on a dit.e 'o/veut e du'on veut dire iu. jues vices des langues font fenfibles.

je n'ai qu'à l'analyfer.voir les chofes fur lefquelles on veut raifonner^ & fi l'on peut voir fans définir les définitions deviennent inutiles. & cette dé- finition ne fait que me montrer le triangle qui eft l'objet de mes recherches comme mes fens me montrent les objets fenfiblés. Lors donc que je découvre les propriétés d'une furface terminée par trois lignes. Il ne fignifie que cela. Principe eft fynonyme de commencement & c'eft dans cette fignification qu'on l'a d'abord employé mais enfuite. Sans doute que. & qu'il les faut voir telles qu'elles font. fans y attacher d'idées & l'on a eu des principes qui ne font le commencement de rien. on s'en eft fervi par habitude. & je dirai une chofe qui s'entend. & cependant on croit dire quelque chofe de plus. C'eft le cas le plus ordinaire. Que fignifie donc langage. pour étudier une chofe il faut que je la voie mais quand je la vois. ce- Je dirai que nos fens font le principe de nos connoiflances. à force d'en faire ufage. c'efl l'analyfe feule qui eft le principe de mes dé- couvertes. Les définitions font des principes ? Il fignifie qu'il faut commencer par voir les chofes pour les étudier. parce que c'eft aux fens qu'elles commencent. Il n'en fera pas de même fi je dis qu'une furface terminée par trois lignes eft le principe de toutes les . fi l'on veut des principes. machinalement.

propriétés du triangle, parce que toutes les propriétés du triangle
l commencent à une furface ter-*
minée par trois lignes. Car j'aimerois autant dire
que toutes les propriétés d'une furface terminée par
trois lignes, commencent à une furface terminée par
trois lignes. En un mot, cette définition ne m'apprend rien elle neiait que me montrer une chofe
que je connois, & dont l'analyfe peut feule me

découvrir les propriétés.
Les définitions fe bornent donc à montrer les
chofes mais elles ne les éclairent pas toujourss
d'une lumière égale. L'ame efl une fubjlance qui
fent, eft une définition qui montre l'ame bien
imparfaitement à tous ceux à qui l'analyse n'a
pas appris que toutes fes facultés ne font dans
le principe ou dans le commencement, que la
faculté de fentir. Ce n'eft donc pas par une pareille définition qu'il faudroit commencer à traiter
de l'ame car quoique toutes fes facultés ne
foient, dans le principe, que fentir cette vérité
n'eft pas un principe ou un commencement pour
nous fi, au lieu d'être une première connoiftance, elle eft une derniere. Or elle eft une dernière,
puifqu'elle efi un réfultat donné par l'analyfe.
Prévenus qu'il faut tout définir les géome- Il eft
rare
cherchent
de
efforts
&
tres font fouvent vains
faire des clédes définitions qu'ils ne trouvent pas. Telle eft, initions.

^jjj

par

exemple

celle de la ligne droite

car dire

avec eux qu'elle eft la plus courte d'un point à
un autre ce n'eft pas la faire connoître c'eft
fuppofer qu'on la connoît. Or, dans leur langage, une définition étant un principe, elle ne
doit pas ftippofer que la chofe foit connue. Voilà
un écueil ou échouent tous les faifeurs d'élémens, au grand fcandale de quelques géornetres,
qui fe plaignent qu'on n'ait pas encore donné une
bonne définition de la ligne droite, & qui femblent ignorer qu'on ne doit pas définir ce qui eft:
indéfiniffable. Mais fi les définitions fe bornent
à nous montrer les chofes, qu'importe que ce foit
avant que nous les connoiffions ou feulement
après ? Il me femble que le point effentiel

effc

de les connoître.

Or on feroit convaincu que l'unique moyen
de les connoître eft de les analyfer fi on avoit

remarqué que les meilleures définitions ne font
que des analyfes. Celle du triangle, par exemple,a
en eft une car certainement, pour dire qu'il eft
une furface terminée par trois lignes, il a fallu
obferver, l'un après l'autre les côtés de cette
figure, & les compter. Il eft vrai que cette analyfe fe fait en quelque forte du premier coup
t
parce que nous comptons promptement jufqu'à
trois. Mais un enfant ne compteroit pas auffi vîte,
& cependant il analyferoit le triangle auffi bien
que nous, Il l'analyferoit lentement, comme nous-

après avoir compté lentement, nous
ferions la définition ou l'analyse d'une figure d'un
grand nombre de côtés.
Ne difons pas qu'il faut, dans nos recherches;
avoir pour principes des définitions difons plus
fimplement qu'il faut bien commencer, c'eft-àdire, voir les chofes telles qu'elles font; & ajoutons que pour les voir ainfi, il faut toujours
commencer par des analyfes.
œemes

En nous exprimant de la forte, nous parlerons
avec plus de précilion, & nous n'aurons pas la
peine de chercher des définitions qu'on ne trouve
pas. Nous fçaurons par exemple que pour
connoître la ligne droite il n'eft point du tout
néceffaire de la définir à la manière des géometres, & qu'il fuffit d'obferver comment nous en
avons acquis l'idée.
Parce que la géométrie elt une fcience qu'on Vains efforts
ceux qlii
fi on a cru que, pour bien
b' traiter de ""manie
nomme exaâe
ont
toutes les autres fciences il n'y avoit qu'à con- d? tout d^'
trefaire les géomètres & la manie de définir à mr«
leur manière eft devenue la manie de tous les
philofophes ou de ceux qui fe donnent pour
tels. Ouvrez un dictionnaire de langue vous
verrez qu'à chaque article on veut faire des définitions, & qu'on y réuffit mal. Les meilleures fuppofent, comme celle de la ligne droite,
que la fignification des mots eft connue ou fi

Telle eft. Si elles font {impies. fans empêcher néanmoins que chacun n'entende qu'il veut. Mais. C'eft que les hommes n'ayant pu s'accorder à les éompofer chacun de là même maniere elles font nécessairement indéterminées. on ne les définira tîons font inutiles parun geometre le tenteroit inutilement il y ce que c'ett à pas de't^miner échouerait comme à la ligne droite. quelles que foient nos idées il n'appartient qu'à l'analyfe de les déterminer d'une maniere claire & précife. nous montrera toujours comment nous les avons acquifes parce qu'elle montrera d'où elles viennent. c'eft encore à l'analyfe feule à la faire connoître parce qu'elle peut feule. elle déterminera cependant tout ce qu'il eft poffible d'entendre par ce mot. quoidéterminer qu'elles ne puiffent pas être définies l'analyfe nos idées. Cependant il reflera toujours des idées qu'on ne déterminera point ou qu'au moins on ne pourra pas déterminer au gré de tout le monde. ou elles font comLes définipofées. ^u nos idées font fimples. Mais quoique l'analyfe ne puiffe pas déterminer ce que nous entendons par un mot que nous n'entendons pas tous de la même maniere. Ainfi.nous en montrer toutes les idées partielles. celle que nous défignons par le mot efprit. en la décomposant. par exemple. Si une idée eft compofée. & comment elles nous viennent.elles ne fuppoient rien on ne les entend pas. comme ce .

. on diroit qu'il y a bien du myftere à décompoferun tout en fes parties. Ils fe font d'autant plus égarés.. qu'elleprend tous les caracteres des efprits qui veulent l'employer. dans l'Encyclopédie le mot Analyfe. que de nous corriger nous- Cela arrive A mêmes. & fur- r"" tout ceux des efprits faux.c'eft-à-dire qu'il lui fera plus facile de corriger la langue. & que cependant on appelle méthode de doctrine. & à le recompofer cependant il fuffit d'obferver fucceffivement & avec ordre. Auffi les philofophes fe font-ils prodigieufementégarés. fynthefe h l' 11. Je n'en. foit parce qu'il n'eft pas poffible de la comprendre.donnerai pas une notion plus précife. foit parce que je ne la comprends pas. Voyez. C' Ceft l f. & qu'ils ont cru y fuppléer par des définitions. lorfqu'ils ont abandonné l'analyfe. Aux efforts qu'ils font pour expliquer cette méthode. Voici comment un écrivain célèbre s'explique à ce fujet. la qui a amené la l manie des ci définitions cette méthode ténébreufe qui commence toujours par où il faut finir. Elle échappe d'autant plus. Enfin 3 fc^Jffiy La [ynthe= ténébreufê. qu'ils n'ont pas fçu donner encore une bonne définition de l'analyfe même. Mais enfin c'efl: elle feule qui corrigera tout ce qui peut être corrigé parce que c'efï elle feule qui peut faire connoître la génération de toutes nos idées.

& que le propre de l'analyfe eft de les décompofer. Il rie peut donc pas y avoir deux chemins contraires pour y arriver. parce qu'une fuite de raifonnemens n'eft & [a] La Logique. ces deux méthodes (l'anaîyfe& la fynthefe J ne diffèrent que comme le chemin qu'on fait en montant d'une vallée en une montagne & celui qu'on fait en defcendant de lamgmagne dans la vallée [a]. ce ne fera pas en montant. i chap. il faut néceffairement que l'efprit monte & 'defeende tour à tour ou. Voilà pourquoi l'auteur de la Logique croit les faire connoître. & l'autre de la montagne dans la vallée. il lui eft effentiel de compofer. l'autre eft mauvaife. lorfqu'il dit que l'une conduit de la vallée fur la montagne. A ce langage je vois lifïïlernent que ce font là deux méthodes contraires & que fi l'une eft bonne. En effet. ou l'An de penfer. g. De pareilles opinions ne méritent pas une critique plus férieufe. pan. Cours d'Etude. part. ce ne fera pas en defcendant qu'on y arrivera & s'il eft dans la vallée. Or. ) On fuppofe que le propre de la fynthefe eft de compofer nos idées. 2. 4 chap. on ne peut aller que du connu à l'inconnu. Mais qu'on raifonne bien ou mal. comme de décompofer. .dit-il. fi l'inconnu eft fur la montagne. pour parler plus fimplement. Art de penfer.

En un mot. montre dans l'analogie la formation de la langue & dans la formation de la langue. Il feroit abfurde d'imaginer que ces deux chofes s'excluent. les progrès des fciences. & qu'on pourroit raifonner en s'interdifant à fon choix toute compofition ou toute décompofition. l'analyfe qui doit être préférée eft celle qui commençant par le commencement. Celle-là fans affeâer l'ordre. En quoi donc different ces deux méthodes ? En ce que l'analyfe commence toujours bien. parce qu'elle eft la méthode de la nature celle-ci qui ne connoît pas l'ordre naturel. en affeâe beaucoup. parce qu'elle eft la méthode des philofophes. . Il appartient donc à la fynthefe de décompofer comme de compofer & il appartient à l'analyfe de compofer comme de décompofer.lïe peut être qu'une fuite de compofitions & de décompofitions. pour fatiguer l'efprit fans l'éclairer. la vraie analyfe. en a naturellement. & que la fynthefe commence toujours mal.

& leurs écrits en font plus embarrafles & plus Frreur de ceux qui préfirent u fyn- <»• a longs [«]. Ils donnent la préférence à la fynthefe. Ils le croient fi bien. MM. Dans leurs écrits pleins d'invention cette méthode prend un nouvel effor & ils font grands mathématiciens parce qu'ils font grands analyftes. toujoursprêts lil a"a" donner paroiffentn'en faire ufage qu'autant qu'ils 13 S y font forcés. qu'ils ne veuCe reproche fondé en général n'eft pas fans exception. Comhien le raifonnement efîjïmpk quand la langue efl Jîmple elle-même.CHAPITRE VII. Euler & La Grange par exemple portés par leur génie à la plus grande clarté & à la plus grande élégance. [<*] . Nous venons. Elle nous met hors du chemin des découvertes & cependant le grand nombre des mathématicienss'imaginent que cette méthode eft la plus propre à î'inftruftion. de voir que cette fynthefe eft précifément le contraire de l'analyfe. crô V/uoique l'analyfe foit l'unique méthode: h les mathématiciens ê à l'abanmêmes. qu'ils croient plus fimple & plus courte. ont préféré l'analyfe qu'ils ont perfectionnée. Ils écrivent fupérieurement l'algebre de toutes les langues celle où les bons écrivains font plus rares parce qu'elle efl la mieux faite.

Il faut donc que les autres foient llnguiiéremenî prévenus en faveur de la fynthefe pour fe perfuader que l'analyse. . L'excellence de cet Ouvrage vient de la méthode analytique que ces deux grands géomètres connoiffent parfaitement.'ïent pas qu'on en fuive d'autre dans leurs livres élémentaires. Je ne fçais pas fi MM. Le fuffrage de ces mathématiciens peut être compté pour quelque chofe. Ceux qui ne la connoîtront pas. qui eft la méthode d'invention. Euler a dédaigné d'entrer dans des détails qui ont été tant rebattus par d'autres mais il laiffe des regrets au lefteur qui veut s'inftruire. Sans doute M. & qui comprend les additions de M. tenteront inutilement d'écrire fur les élémens des fciences. Seulement la théorie des équations eft quelquefois trop fommaire. Euler & La Grange ont tant contribué efl l'objet de la feconde Partie. Euler ne reffemblent aucun de qu'on ceux a faits avant lui. Euler & La Grange ont dit ce qu'ils penfent à ce fujet mais ils ont fait comme s'ils l'avoient dit car dans leurs Élémens d'Algèbre ils ne fuivent que la méthode analytique [a]. L'analyfe indéterminée qui eft fi peu connue en France §1 aux progrès de laquelle MM. n'eft pas encore la méthode de doârine & qu'il y ait pour [a] Les Élémens de M. Clairaut a penfé autrement. qui eft un chefd'œuvre. de la Grange. l'analyfe déterminée eft traitée avec une méthode fimple claire qui eft toute à l'auteur. Dans la premiere Partie.

afin d'en approcher dans toutes nos études autant qu'il fera poffible.le r iréduit j a une langue bien faite.reconnoîtra qu'elle doit répandre plus de lumière pttïôientMu. Il faut donc nous faire une idée de cette fimplicité & de cette précifion.à proportion qu'elle eft plus fimple & plus préparloienttoti& fi l'on fe rappelle que l'art de raifonner tes une Un.apprendre les découvertes des autres. on jugera que gie.cife gue fort fim. Si l'analyfe eft en général bannie des mathématiques toutes les fois qu'on y peut faire ufage de la fynthefe.1 la plus grande fimplicité & la plus grande précifion de l'analyfe ne peuvent être que l'effet de la plus grande fimplicité & de la plus grande précifion du langage. quand l'analyfe ne la montre pas & qu'au contraire la fynthefe l'enveloppe dans un ramas de notions vagues d'opinions.. il femble qu'on lui ait fermé tout accès dans les autres fciences & qu'elle ne s'y introduife qu'à l'infçu de ceux qui les traitent. & fe fait un jargon qu'on prend pour la langue des arts & des fciences. i. La vérité eft rarement reconnoiffable. un moyen1* préférable à celui qui nous les feroit faire. On nomme fciences exactes celles oit l'on dér . Pour peu qu'on réfléchiffe fur l'analyfe on Toutes les roTenTexac. Voilà pourquoi de tant d'ouvrages des philofophes anciens ou modernes il y en a fi peu qui foient faits pour inftruire. d'erreurs.

Je fçais bien qu'on diftingue différentes efpeces d'analyfe. analyfe logique analyfe mêtaphyjique analyfe mathématique mais il n'y en a qu'une & elle eft la même dans toutes les fciences parce que . à la rigueur. elle ne paroîtra pas ce qu'elle eft. montrent ?i' C'eft l'analyfe. Ainfi ce n'efl pas la faute des fciences fi elles ne démontrent pas rigoureufement c'eft la faute des fçavans qui parlent mal. comment y démontre-t-on ? Sçait-on bien ce qu'on veut dire.montre rigoureufement. feront-elles condamnées à ne pouvoir pas être affez fimples pour convaincre qu'elles démontrent ce qu'elles dé-. La langue des mathématiques. & elle y démontre rigoureufement toutes les fois qu'elle parle la langue qu'elle doit parler.démonstrations ? Une démonstration n'efl pas une démonstration. quand on fuppofe des démonstrations qui.Pourquoi donc toutes les fciences ne font-elles pas exades? Et s'ileneftou. Mais il faut convenir que fi elle ne parle pas la langue qu'elle doit parler. ne font pas des. l'algebre eft la plus fimple de toutes les langues. N'y aura-t-il donc des démonftrations qu'en mathématiques ? Et parce que les autres fciences ne peuvent pas atteindre à la même fimplicité. qui démontre dans toutes. ou elle en eft une rigoureufement. l'on ne démontre pas rigoureusement.

l'autre. Or vous voyez que s'il •eft poffible de trouver le nombre que je vous . Nous choifirons -un des plus faciles. j'en aurai le double dans celle-ci.j-al$ papr un de la main droite dans la gauche j'en aurai autant dans l'une que dans l'autre & fi j'en fais pajfer un de la gauche dans la droite. en allant du connu à l'inconnu par une fuite de jugemens. Nous nous ferons une idée du langage qu'elle doit tenir fi nous effayons de réfoudre un des problêmes qu'on ne réfout d'ordinaire qu'avec le fecours de l'algèbre. que fi je fais paffer un jeton de la gauche dans la droite j'en aurai le double dans celle-ci. parce qu'il fera plus à notre portée d'ailleurs il fuffira pour développer tout l'artifice du raisonnement. Je vous demande quel efl le nombre de jetons que j'ai dans chacune. -Ayant des jetons dans mes deux mains. j'en aurai le même nombre dans chacune. Il ne s'agit pas de deviner ce nombre en faifant des fuppofitions il le faut trouver en raifonnant. Il y a ici deux conditions données ou. que fi je fais paffer un jeton de la main droite dans la gauche.Jî j'en Problème qui le prou.dans toutes elle conduit du connu à Fmconmï par le raifonnement c'efl-à-dire par une fuite de jugemens qui font renfermés les uns dans les4 autres. pour parler comme les mathématiciens il v a deux données l'une.

Il nous refle donc à traiter la feconde donnée comme la premiere. Le nomeji égal vz celui de votre gauche plus une unité ou enfin plus briévement encore La droite moins un égale à la gauche plus un. Dites donc plus brièvement Le nombre de votre main droite diminué d'une unité ejl égal à celui de votre gauche augmenté d'une unité bre de votre droite moins une' unité ou. Si vous difiez Le nombre que vous avez dans la main droite. fi je . C'eft ainfi que de traduction en traduction nous arrivons à l'exprefîîon la plus fimple de la premiere donnée.-Sonne à chercher ce ne peut être qu'en obfervant les rapports où ces deux données font l'une à l'autre & vous concevez que ces rapports feront plus ou moins fenfibles Suivant que les données feront exprimées d'une maniere plus ou moins finiple. Par la feconde condition du problême. lorfqiion en retranche un jeton. plus vous abrégerez votre difcours plus vos idées fe rapprocheront &c plus elles feront rapprochées plus il vous fera facile de les faifir fous tous leurs rapports. il la faut traduire dans l'expreffion la plus fimple. Or. eji égal à celui que vous avez dans la main gauche lorfquà celui-ci on en ajoute un vous exprime- riez la premiere donnée avec beaucoup de mots.

Les connues font moins un plus un3 moins deux I j I I . Ces fortes d'exprefïïons fe nomment en thématiques équations. avec les quantités connues. Les quantités inconnuesfont mêlées dans chacun de ces membres. efi.fais pafrer un jeton de la gauche dans la droite j'en aurai le double dans celle-ci. Voici donc les expreffions dans lefquelles nous avons traduit les données La droite moins un égale à la gauche plus un La droite plus un égale à deux gauches moins deux. Donc le nom- bre de ma main gauche diminué d'une unité. eft la moitié de celui de ma main droite augmenté d'une unité. la plus fimple de toutes La droite plus un égale à deux gauches moins deux. Elles font compoféesmade deux membres égaux La droite moins un eft le premier membre de la premiere équation La gauchc plus un eft le fecond. efi égal à deux fois celui de votre gauche diminué d'une unité. & par conféquent vous exprimerez la féconde donnée en difant Le nombre de votre main droite augmentéd'une unité. égale à deux gauches diminuées chacune d'une unité & vous arriverez à cette expreffion. Vous traduirez cette expreffion en une autre plus fimple fi vous dites La droite augmentée d'une unité.

la droite vous voyez que vous connoîtrez cette quantité lorfque vous connoîtrez la valeur du fecond membre de l'une çu l'autre équation. la dégager des connues avec lefquelles elle eft mêlée. Mais il ne faut pas un grand effort de réflexion pour remarquer que s'il y a un moyen de tranfporter les quantités d'un membre dans l'autre fans altérer l'égalité qui eft entre eux. donc la droite feule fera égale à deux gauches moins trois. La droite égale à deux gaudies moins trois. Vous fubftituerez donc aux deux premieres équations les deux fui vantes.ïés inconnues font la droite & la gauche par oit vous exprimez les deux nombres que vous cherchez. la Le premier membre de ces deux équations eft même quantité. Mais le fécond membre de &c . Ce moyen s'offre de lui-même car fi la droite moins un efi égale à la gauche plus un donc la droite entiere fera égale à la gauche plus deux & fi la droite plus un eft égale à deux gauches moins deux. La droite égale à la gauche plus deux. nous pouvons. en ne laiffant dans un membre qu'une des deux inconnues. Tant que les connues & les inconnues font ainfi mêlées dans chaque membre des équations il n'eft pas poffible de réfoudre un problême.

vous trouverez que fept eft le nombre que j'ai dans la main droite. Dans les équations La droite égale à la gauche plus deux La droite égale à deux gauches moins trois. la gauche 6c vous en connoîtrez la valeur lorf- que vous l'aurez dégagée. égale à deux gauches moins trois. Vous pouvez par conféquentfaire cette troifieme équation: La gauche plus deux. égal à deux gauches moins une gauche. Le problême eft réfolu. c'efl-à-dire lorfque vous aurez fait paffer toutes les connues du même côtéi Vous direz donc Deux plus trois.la premiere efl égal au fecond membre de 1$ féconde puifqii'ils font égaux l'un & l'autre à la même quantité exprimée par la droite. Vous voyez fenfiblement dans cet exemple comment la fimplicité des expreffions facilite le raifonnement. cinq & fept. Alors il ne vous refle qu'une inconnue. Vous avez découvert que le nombre de jetons que j'ai dans la main gauche efl cinq. lorfqu'un problême . Or ces Solution de "ef dïfi! avec des fignes aigébw(lues. Cinq égal à une gauche. & vous comprenez que fi l'analyfe a befoin d'un pareil langage. fatisfont aux conditions du problême. deux nombres. Deux plus trois égal à une gauche.

. égal par On exprime plus par +. bre de jetons que j'ai dans la main droite & y celui que j'ai dans la main gauche. eft égal à celui que j'ai dans la main gauche augmenté d'une unité .ècx-{-i = zy – 2 fignifie que le nombre de ma main droite augmenté d'une unité efi égal à deux fois celui de ma main gauche diminué d'une unité. diminué d'une unité.que celui que nous venons de réfoudre elle en a plus befoin encore lorfque les problêmes fe compliquent. Les. moins par & on défigne les quantités par des lettres = & par des chiffres. Àinll x i ~y + 1 fignifie que le nombre de jetons que j'ai dans la main droite. ~==~-3. x–y+z. Auffi l'avantage de l'analyfe en mathématiques vient-il uniquement de ce qu'elle y parle la langue la plus fimple. Dans cette langue on n'a pas befoin de mots. fera le nom.deux données de notre problêmefont donc renfermées «eft auffi facile dans ces deux équations -|. x – 1 ==y qui deviennent mier membre en dégageant l'inconnue du pre~. x par exemple.1 x+izzzy – x. Une légere idée de l'algebre fuffira pour le faire comprendre.

Ce langage algébrique fàit appercevoir d'une manière fenfible comment les jugemens font o les les uns aux autres dans un raifonnement.+3=~ 2 + 3 =y.2 & de* = 2jK– ^=10–3 = 7. que > y-% parce que le dernier eft identique avec le pénultieme. &c. & il n'y a que fexpreffion qui change. qui deviennent fuccefîivement 2 = 1^ -. n renferme dans dentitéquife Un voit que le dernier neft jugeL'/à" le Pénultième le pénultieme dans celui qui le q Jugement à précède l'autre. .. & l'on reconnoît que cette identité fait toute l'évidence du raifonnement. nous tirons également 3. & ainfi de fuite en remontant.3.Des deux derniers membres de ces deux équa« tions nous faifons y + z = iy~. le pénultième avec celui qui le précede. 5=J- Enfin de x–y 4. effet. la fuite des jugemens eft la même.y. Il faut feuEn lement remarquer que l'identité s'apperçoit plus facilement lorsqu'on s'énonce avec des fignes al- gébriques. L'évidence d'un raifortnement confifte uniquement dans l'i- nous tirons x = 5 + 2=7.3 2. Lorsqu'un raifonnement fe développe avec des mots l'évidence confifte également dans l'identité qui eft fenfible d'un jugement à l'autre.

font auffi rigoureufement démontrés que pourroient l'être des raifonnemens faits avec des lettres. S'il y a donc des fciences peu exaétes ce n'eft pas parce qu'on n'y parle Ppas algèbre c'eft b parce que les langues en font mal faites qu'on ° ne s en apperçoit pas ou que fi 1 on s en doute.tceess £"[: tes font cet- les dont les langues font mal faites. . expliqué la génération des facultés de l'ame que parce que nous avons vu qu'elles font toutes identiques avec la faculté de fentir & nos raifonnemens faits avec des mots. Faut-il s'étonner qu'on ne fçache pas raifonner quand la langue des Sciences n'eft qu'un jargon compofé de beau-. on les refait plus mal encore. par exemple. Si quelques unes ne pax roiflent pas fufceptibles de démonftration c'eft qu'on jeft dans l'ufage de les parler avant d'en avoir fait la langue & fans fe douter même qu'il foit néceffaire de la faire car toutes auroient la même exa&itude fi on les parloit toutes avec des langues bien faites. Les fder. & qu'on n'y démontre à la rigueur que lorsqu'on y parle avec des des a & des b. Nous n'avons. C'eft ainfi que nous avons traité la métaphyfique dans la premiere Partie de cet Ouvrage. pour être affuré qu'un raifonnement efi une démonftration rigoureufe & il ne faut pas s'imaginer que les Sciences ne font exades.Mais que l'identité s'apperçoive plus ou moins facilement ilfuffit qu'elle fe montre.

réduit à fa plus grande fimplicité ne peut être qu'une langue bien faite. On feroit la même obfervation fur les problèmes les plus compliqués car toutes les foîu* tions algébriques offrent le même langage c'eftà-dire. Tout confirme donc ce que nous avons déjà prouvé. . fi nous fçavions parler la langue de chacune. & qu'elle ne peut pas être autre langue. fi les lettres & les mots expriment le même raifonnement il eft évident que. puifqu'avec les mots on ne fait que parler une langue. on ne fait auffi que parler une langue avec les lettres. que les langues font autant de méthodes analytiques que le raifonnement ne fe perfectionne qu'autant qu'elles fe perfectionnent ellesmêmes & que l'art de raifonner. lîalgebre eftune efoe« de langue: je dis qu'elle ment qu une eft une langue. chofe. dans laquelle nous avons traduit le raifonnement que nous avions fait avec des mots. des raifonnemens ou des jugemens fuccefïï vement identiques.coup trop de mots dont les uns font des mots vulgaires qui n'ont pas de fens déterminé Se les autres des mots étrangers ou barbares qu'on entend mal ? Toutes les fciences feroient exactes. Or. exprimés avec des lettres. Je ne dirai pas avec des mathématiciens. Vous voyez dans le problême que nous venons de réfoudre qu'elle eft une langue. que L'algebre mentPqX.

comme dans l'art de calculer. dis-je car. on s'eft imaginé qu'elle n'eft pas une langue à proprement parler qu'elle n'en eft une qu'à certains égards. ce qu'ellesfont en effet. fi toutes les langues iont elles-mêmes des méthodes ana- lytiques. & qu'elle doit être quelque autre chofe encore.Mais parce que l'algebre eft la plus méthodique des langues. . L'algebre eft en effet une méthode analytique mais elle n'en eft pas moins une langue. dans l'art de raifonner. tout fe réduit à des compofitions & à des décompofitions & il ne faut pas croire que ce foit là deux arts différens. Elles le pourroient. Mais l'algebre eft une preuve bien frappante que les progrès des fciences dépendent uniquement des progrès des langues & que des langues bien faites pourroient feules donner à l'analyfe le degré de fimplicité & de précifion dont elle eft fufceptible fuivant le genre de nos études. Or c'eft. & qu'elle développe des raifonne- mens qu'on ne pourroit traduire dans aucune autre. encore un coup.

CHAPITRE VII L Én quoi conjîjle tout l'artifice du raifonnement. ou les 1 taent connues iCe°rXne°-U & les inconnues font mêlées comme elles le le raifonnef font en effet dans les données du ta«nt« problème que nous avons réfolu. lorfqu'on tient un langage obfctir & confus qui ne conduit à rien. on fe douteroit qu'on ne les a pas toutes. Cette confidération éft la premiere qu'il faudroit faire & on ne la fait prefque jamais. On raifonne donc mal parce qu'on ne fçait pas qu'on n'a pas affez de connues pour bien raifonner. & l'on apprendroit cornchofes dans ime queftion WnciKé les . On chercherait à mieux parler. r des d ddonnées. 3 afin de mieux raifonner. qu'aurSfae'ia11 tant qu'elle fe trouve dans des vérités qui font l'état de la & que par conféquent toute queftion queftion &. connues le déùaùedes in à réfoudre ci fuppofe 1'. il y à deux V J^a 1. Si les données ne renfermerit pas toutes les connues néceffaires pour découvrir la vérité le problême eft infoluble. par un langage clair & précis. on eft conduit. Cependant fi l'on remarquoit que lorfqu'on a toutes les connues. méthode que nous avons fuivie dans le x Chapitre précédent t a pour règle qu'on ne peut l' noiicé des découvrir une vérité qu'on ne connoîtpas. à la folution qu'on cherche.

Il ne faudroit pas dire que la quefiion que nous nous fommes propofée. Dans les plus difficiles il faut. Rien n'eft plus fimple que le raifonnement lorsque les données renferment toutes les connues néceflaires à la découverte de la vérité nous venons de le voir. il ne refte plus qu'à énoncer ces données d'une maniere aflez fimple pour dégager les inconnues avec la plus grande facilité pofible. la queftion. Se il femble par conféquent que j'aie établi moi- . L'énoncé des données efl proprement ce qu'on entend par l'état de la queftion & le dégagement des inconnues eft le raifonnement qui la réfout. Il faut donc que les données renferment toutes les connues néceflaires à la folution & quand elles les renferment.bien ces deux chofes dépendent l'une de l'autre. Il y a donc deux chofes dans une queftion l'énoncé des données & le dégagement des inconnues. Lorfque je vous ai propofé de* découvrir le Ce qu'on nombre de jetons que j 'avois dans chaque main. & l'objet du raifonnement change feul à chaque nouvelle question qu'on fe propofe. comme dans les plus faciles aller du connu à l'inconnu. j'ai *™ \t%l énoncé toutes les données dont vous aviez befoin. étoit facile à réfoudre car la maniere de raifonner eft une elle ne change point elle ne peut changer.

En mathématiques. Etablir l'état d'une queftion. Mais. Mais mon langage ne préparoit pas la Solution du problême. c'eft donc proprement traduire les données dans l'expreffion la plus fimple. parce que c'eft l'expreffion la plus fimple qui facilite le raifonnement. Dans les autres fcienle prOllve. & que par conféquent on raifonne de la même manière dans toutes les fciences. propofîtions jugemens. On . font au fond la même chofe. jufqu'à ce que vous foyez arrivé à l'expreffion la plus fimple. ces. au contraire il femble qu'une queftion ne fe propofe jamais avec toutes fes données. C'eil pourquoi. vous l'avez fait paffer par différentes traductions. Alors le raifonnement s'eft fait en quelque forte tout feul. au lieu de vous en tenir à répéter mon énoncé mot pour mot.même l'état de la queftion. parce que les inconnues fe font dégagées comme d'elles-mêmes. dira-t-on. c'eft ainfi qu'on raifonne en mathématiques où le raifonnement fe fait avec des équations. que Ies fciences ïpîoPuvJu: de la traduire en algebre. celui qui propofe L'artifice du une raifonnement la propole r d'ordinaire n eft le même queition avec toutes fes Sciences données & il ne s'agit pour la réfoudre. En fera-t-il de même dans les autres fciences où le raifonnement fe fait avec des proportions ? Je réponds qu'équations. en facilitant le dégagement des in- connues.

Mais quoique nous ayons" à chercher les données. il faut traduire cette expreffion dans une autre ou toutes les données fe montrent d'une maniere explicite & diftinfte. la réflexion l'imagination & le raifonnement font avec les fen-» fations les connues du problême à réfoudre . Parconféquent les trouver. Il faut feulement remarquer qu'elles n'y font pas toujours d'une manière à être facilement reconnues.Vous demandera. c'eft les démêler dans une expreffion ou elles ne font qu'implicitement. Or. demander quelle eft l'origine & la génération des facultés de l'entendementhumain. & pour réfoudre la queftion. ne les connoît pas lui-même. Si elles n'y étoient pas nous ne les trouverions pas & cependant elles doivent fe trouver dans toute queftion qu'on peut réfoudre. parce que celui qui fait la quefïion. par exemple quelle eft l'origine & la génération des facultés de l'entende- ment humain & on vous laiffera les données à chercher. c'eft demander quelle efl l'origine & la génération des facultés par lefquelles l'homme capable de fenfations conçoit les chofes en s'en formant des idées & on voit aufîî-tôt que l'attention la comparaifon le jugement. il n'en faudroit pas conclure1 qu'elles ne font pas renfermées au moins implicitement dans la queftion qu'on propoiè.

qui font ici les inconnues ? Rien n'eft plus fimple. La fenfation eft donc l'inconnue que nous avons à dégager. Cette première qui m'eft connue comme faculté ne m'eft pas connue encore comme premiere. nous entendons la maniere dont toutes les connues viennent d'une premiere. Or la plus légere obfervation me fait remarquer que la faculté de fentir eft mêlée avec toutes les autres. en mathéma- . Mais comment dégager l'origine & la génération.y & qu'il s'agit de dégager. &c. Comme. dans lefquelles les connues font mêlées avec les inconnues. la fenfation paffe également par différentes transformations pour devenir l'en- –y tendement. Voilà les données. Par l'origine. Elle eft donc proprement l'inconnue qui eft mêlée avec toutes les connues. nous entendons la connue qui eft le principe ou le commencementde toutes les autres & par la génération. C'eft ce que nous avons fait & nous avons vu que comme les équations + 1 & xrf i = zy – x paflent x–i par différentes transformations pour devenir y~ 5 ? & x – y. L'artifice du raifonnement eft donc le même dans toutes les Sciences.èc que l'origine & la génération font les inconnues. pour découvrir comment elle devient fucceffivement attention comparaifon juge- ment.

qui eft proprement le développement de tout ce Chapitre. pour avoir échappé à tous les philofo. fa. L'évidence dont nous venons de parler. Des différens degrés de certitude ou de l'évidence des conjectures & de l'analogie. r • /••!• .^e"tdefen" tlment. JE ne ferai qu'indiquer les différens degrés de certitude.t & l'évifimple. le raifonnement qui la réfout n'eft encore lui-même qu'une fuite de traductions où une prbpofition qui traduit celle qui la précède eft traduite par celle qui la fuit. dans les autres fciences on l'établit en tiques la traduisant dans l'expreffion la plus fimple &C qtiand la queflion eft établie. CHAPITRE IX.on établit la queftion en la traduifant en algebre.de ce ralfon» 1iv identité t i i c eft n ce que nous avons nous avons quement dans de i riIl iaut que cette vérité foit bien l'évidence t démontre. quoiqu'ils euffent tant d'intérêt à s'aflurer de l'évidence dont ils avoient continuellement le mot dans la bouche. confifte uni. phes. & je renvois à l'Art de raifonner. C'eft ainfi que l'évidence pafle avec l'identité depuis l'énoncé de la queftion jufqu'à la conclufion du raifonnement. & Au défaut l'évidenque je nomme évidence de raifon.

Sa pefènteur fa ductilité fa malléabilité &c. Mais ce n'eil pas ainfi que je le connois. fi elle eft vraie. ne feroient que fon eifence même qui fe transformeroit. A la vérité chaque proportion que je fais fur ce métal. eft lamême chofe que triallgle. j'affirme donc dans chacune le même du même mais je n'apperçois point d'identité d'une proportion à l'autre. Quoique la pefanteur la dudilité la malléabilité ne . Or. Je verrois également toutes les propriétés de l'or dans fon effence.Je fçais qu'un triangle efi évidemment une furface terminée par trois lignes parce que pour quiconque entend la valeur des termes furface terminée par trois lignes. Lorfque je fais fur un corps plufieurs propofitions également vraies. & qui. dans fes transformations. eft identique. fi je la connoiffois. Telle eft celle-ci L'or ejl malléable car elle fignifie Un corps que je nomme or j'ai ejl obfervè être malléable & que malléable propofition où la même idée eft affirmée d'elle-même. m'offriroit différens phénomènes & j'en pourrois découvrir toutes les propriétés par un raifonne- ment qui ne feroit qu'une fuite de propofitions identiques. dès que je fçais évidemment ce que c'eft qu'un triangle j'en connois Peffence & je puis dans cette eifence découvrir toutes les propriétés de cette figure.

L'évidence de raifon nous apprend donc qu'il y a des qualités abfoîues. Puifque les qualités abfolues des corps font L'évidence de raifon der o hors t de la portée de nos fens. c'eft dire qu'ils font quelque choie les uns par rapport aux autres. Je ne fçaurois donc arriver à la connoiffance de ces phénomènes par l'évidence de raifon je ne &C les connois qu'après les avoir obfervés j'appelle évidence de fait la certitude que j'en ai. & dire qu'ils l'ont quelque chofe les uns par rapport aux autres c'eft dire qu'ils font chacun quelque chofe indépendamment de tout rapport. quelque choie d'abfolu. que . nous n s en montre i'exiQ pouvons connoître que des qualités relatives il corps. Je pourrois également appeller évidence de fait la connoigancecertaine des phénomenes que j'obferve en moi mais je la nomme évidence de fendaient parce que c'eft par le fentiment que ces fortes de faits me font connus. ob{-xpérUnuL ces loix font elles-mêmes autant de faits. L'objet 1 1 ¡. Par phénomènes..foient vraifemblablement qu'une même chofe qui fe transforme différemment je ne le vois pas. & par cooféquent des corps mais elle ne nous apprend que leur exiftenee. Cependant dire que les corps ont des qualités relatives.des s'enfuit que tout fait que nous découvrons n'eft autre chofe qu'un rapport connu. on entend proprement les Ce qu'on enr r tend par ~Léfaits c" qui font une fuite des loix de la nature & nomcms.

on leur donne encore le nom d'obfervations. Mais. II eft rare qu'on arrive tout à coup à l'évijence dans toutes les fciences & dans tous les arts on a commencé par une efpece de tâtonnement.de la phyfique eft de connoître ces phénomènes. ces loix & d'en iàifir s'il eft polîible le fyftême. Telle eft la différence qu'il faut mettre entre phénomènes obfervations expériences. on en foupçonne dont on ne s'aflure pas encore. Ces foupçons font fondés fur des circonftances qui indiquent moins le vrai que le vraifemblable mais ils nous mettent fouvent dans . C'eft là ce qu'on entend par con- jecturer. D'après des vérités connues. . on ne laiffe échapper aucune circonftance & lorfqu'on s'en eft affuré par des obfervations bien faites. on donne une attention particu- Viage des çonjeûures. A cet effet.. pour les découvrir.le chemin des découvertes parce qu'ils nous apprennent ce que nous avons à obferver. les dégager de tout ce qui les cache les rapprocher de nous & les mettre à la portée de notre vue c'eft ce qu'on nomme des expériences. il ne fuffit pas toujours d'obferyer il faut encore par différens moyens. liere aux phénomènes on les confidere dans tous leurs rapports.

qui n'eft fouvent elle-même qu'une foible differens g'résde" «rît conjecture. l. Il relie donc à faire des obfervations ou des expériences. 8. . ou fur des rapports des caufes aux effets & des effets aux caufes. ce ne doit être que comme des fuppofîtions qui ont befoin d'être confirmées. la nature doit avoir choifi ceux qu'ils imaginent les plus fimples. En conféquence les philofophes font portés à juger que. 1 ch. Les conjeâures font entre l'évidence & l'ana. de plufieurs moyens dont une chofe peut être produite. [a] Quant à l'ufage des conjectures dans l'étude de l'Hiftoire voyez Cours d'Etude Hift. Il faut donc diftinguer dans l'analogie tutie< difFérens degrés fuivant qu'elle eft fondée fur des rapports de reffemblance fur des rapports à la fin.Les conjectures font dans le plus foible degré lorsqu'on n'affure une chofe que parce qu'on ne voit pas pourquoi elle ne feroit pas. Si l'on peut s'en permettre de cette efpece. 3. Nous paroiffons fondés à croire que la nature agit parles voies les plus fimples. La terre eft habitée donc les planètes le font. Il eft évident qu'une pareille conjeâure n'aura de la force qu'autant que nous ferons capables de connoître tous les moyens & de juger de leur ïimplicité ce qui ne peut être que fort rare [a\.L'anaiogîea delogie. anc.

L'analogie qui eft fondée fur le rapport des effets à la cauie. elle ne prouve pas que toutes les planetes le foient car ce que l'Auteur de la nature répete dans plusieurs parties de l'univers pour une même fin il fe peut qu'il ne le permette quelquefois que comme une fuite du fyftême général il fe peut encore qu'une révolution faffe un défert d'une planete habitée. Cependant û elle prouve que la terre ri'eft pas feule habitée.Voilà la plus foible des analogies. & que par conféquent leurs parties font fuccefïîvement éclairées & échauffées ces précautions ne paroiffentelles pas avoir été prifes pour la confervation de quelques habitans ? Cette analogie qui eft fondée fur le rapport des moyens à la fin. . C'efl une évidence de fait qu'il y a fur la terre des révolutions diurnes & annuelles & c'eft une évidence de raifon que ces révolutions peuvent être produites par le mouvement de la terre. a donc plus de force que la premiere. par celui du foleil ou par tous les deux. Mais fi on remarque que les planetes ont des révolutions diurnes & annuelles. parce qu'elle) n'eft fondée que fur un rapport de reffemblance. ou de la caufe aux effets eft celle qui a le plus de force elle devient même une démonstration lorfqu'elle eft confirmée par le concours de toutes les circonftances.

le meilleur moyen eft d'étudier les découvertes qui ont été faites depuis Galilée jusqu'à Newton. y ch. des & des années années. S & Juivans. puisqu'elle a des jours des faifons. dernier. Avec cette méthode nous nous fommes étudiés nous-mêmes &C ayant découvert. Cette analogie fuppofe que les mêmes effets ont les mêmes caufes fuppofition qui étant confirmée par de nouvelles analogies. C'eft ainfi que les bons philofophes fe font conduits.. que nos idées 8fi nos facultés ne font que la fènfation qui prend diffé- . & par de nouvelles obfervations.Mais nous obfervons que les planetes décrivent des orbites autour du foleil. par une fuite de propofitions identiques. Hijloire moderne llv. ( Cours d'Etude Art de raifonner. & nous nous afllirons également par l'évidence de fait que quelques-unes ont un mouvement de rotation fur leur axe plus ou moins incliné. Nous avons ôbfervé la nature & nous avons appris d'elle l'anaîyfe. ) C'eft encore ainfi que nous avons effayé de raifonner dans cet Ouvrage. ne pourra plus être révoquée en doute. Si l'on veut apprendre à raifonner comme eux. Or il efl d'évidence de raifon que cette double révolution doit néceffairement produire des jours des faifons donc la terre a une double révolution.

. mais un inflinâ: donné par la nature. & cet Ouvrage en efl? devenu plus neuf. fi nous fçavions parler avec la même précifion mais nous verbiageons trop pour raifonner toujours bien. plus fimple & plus court. Nous ferions bien habiles.rentes formes nous nous fommes afurés de l'origine & de la génération des unes & des autres. Nous avons remarqué que le développement . La nature ne manjamais d'induire quiconque fçaura l'étuquera dier elle inftruit d'autant mieux. & ne fe feroit point fans eux que par conféquent notre maniere de raifonner ne peut fe corriger qu'en corrigeant le langage & que tout l'art fe réduit à bien faire la langue de chaque fcience. parce que la métaphyfique qui préfidoit à leur formation. Je crois devoir ajouter ici quelques avis aux jeunes perfonnes qui voudront étudier cette Logique. ont été bien faites. qu'elle parle toujours le langage le plus précis. C'eft donc de la nature que nous devons apprendre la vraie logique. Enfin nous avons prouvé que les premieres langues à leur origine. .de nos idées & de nos facultés ne fe fait que par le moyen des figr-es. Voilà quel été a mon objet. n'étoit pas une fcience comme aujourd'hui.

parler fur ce qu'on a lu. il leur fera bien difficile d'oublier ce qu'ils ont appris. . On ne doit paffer à un nouveau Chapitre qu'après s'être approprié & les idées & le langage de ceux qui le précedent. Mais apprendre une langue c'eft fe la rendre familière ce qui ne peut être que l'effet d'un long ufage. ou parce qu'ils ont fait une étude de ce qu'on nomme fouvent bien mal-à-propos philofophie. & quelquefois on n'entendra point du tout. un jargon inintelligible. Si l'on tient une autre conduite on n'entendra plus avec la même facilité. on croit pouvoir aller tout-à-coup à d'autres. pour n'ap- r jeuperfonnes nes qui voudront étudier Avis aux cette Logi-. on ira trop vîte. & du mien. & relire encore pour s'aflurer d'avoir bien parlé. que traltee fee réduit re Clence bien len traitée etu. parce qu'on fera de fon langage dont on confervera quelque chofe. évident 1 •j il m eit 11 chaque h • r faire la langue de fcience. On entendra facilement les premiers Chapitres de cette Logique mais fi parce qu'on les entend.Puifque tout l'art de raifonner fe réduit à bien n. Voilà fur-tout ce qui arrivera à ceux qui fe croient inflruits. ou parce qu'ils l'ont enfeigné. que. qu'on croira prendre. e d'une une fcience que l'étude à l'étude d'une langue bien faite. De quelque maniere qu'ils me lifent. à plufieurs reprifes. Un plus grand inconvénient c'efl qu'on entendra mal. Il faut donc lire avec réflexion.

on ne va que du connu à l'inconnu donc la difficulté d'entendre un Chapitre vient uniquement de ce que les Chapitres précéderis ne me font pas ajfe^ fami~ tiers. parce qu'ils l'entendront à leur maniere & qu'ils croiront n'avoir rien appris. de ne voir dans. Mais s'ils trouvent des endroits qui les arrêtent. Aufïï n'écris-je que pour les ignorans. qu'ils fe gardent bien d'interroger des fçavans tels que ceux dont je viens de parler ils feront mieux d'interroger d'autres ignorans qui m'auront lu avec intelligence. Il eft fort commun parmi ceux qui fe jugent fçavans. Comme ils ne parlent les langues d'aucune fcience il leur fera plus facile d'apprendre la mienne elle eft plus à leur portée qu'aucune autre parce que je l'ai apprife de la nature qui leur parlera comme à moi. Ils dédaigneront de recommenceravec moi ils feront peu de cas de mon Ouvrage s'ils s'apperçoivent qu'ils ne l'entendent pas & s'ils s'imaginent l'entendre> il en feront peu de cas encore.prendre que ce que j'enfeigne. les meilleurs livres que ce qu'ils fçavent & par conféquent de les lire fans rien apprendre ils ne voient rien de neuf dans un ouvrage où tout eft neuf pour eux. Alors ils jugeront qu'ils doivent revenir . Qu'ils fe difent Dans cet Ouvrage.

Cette Logique eu. on pourra lire avec moins de lenteur les livres ou les fciences font bien traitées & quelquefois on s'iriilriiira par des lectures rapides. On . courte. Mais je veux encore prévenir les jeunes gens contre un préjugé qui doit être naturel à ceux . Car. j'entends qu'on foit en état de la parler facilement & de pouvoir au befoin la refaire quand on la fçaura dis-je. on entendra facilement tous mes autres Ouvrages. La facilité que donnera cette Logique on l'acquerra également en étudiant les leçons préliminaires de mon Cours d'Etude fi l'on y joint la première partie de la Grammaire.fur leurs pas & s'ils ont la patience de le faire) > ils m'entendront fans avoir befoin de consulter perfonne. il fuffit de s'être approprié la méthode qui eu l'unique bonne. Quand une fois on la fçaura & par la fçavoir. Pour la lire avec la réflexion qu'elle demande il n'y faudra mettre que le temps qu'on perdroit à lire une autre Logique. pour aller rapidement de connoifîance en connoiffance. Ces études ayant été bien faites. & par conféquent elle n'efl pas effrayante.entend jamais mieux que lorfqu'on entend fans fecours étrangers. & qui par conséquent eft la même dans toutes les fciences.

quand vous voudrez penfer à autre chofe. Parce qu'une méthode pour raifonner doit nous apprendre à raifonner. elle obfervera vospenféesj qui iront feules. Méditez la méthode & méditez-la beaucoup mais n'y penfez plus. ce n'eft pas qu'elle foit difficile: elle ne fçauroit l'être. Les garde-fous ne fe mettent pas le long des précipices pour faire marcher le voyageur. dont les mauvaifes habitudes ont corrompu la nature. & elle veillera fur elles pour leur empêcher tout écart c'eft tout ce que vous devez attendre de la méthode. On ne parleroit pas. Si. avant de commencer chaque phrafe. Dé- . toujours avec vous. fi. c'eftà elles à nous conduire fans que nous y pensions. il falloit s'occuper de la grammaire. dans les commencemens. vous avez quelque peine à vous rendre familière la méthode que j'enfeigne. puifqu'elle eft naturelle. Ce n'efl pas à nous à penfer aux règles. Or l'art de raifonner. Mais elle l'elt devenue pour vous. nous fommes portés à croire qu'à chaque raifonnement. Quelque jour elle vous deviendra familiere alors. mais pour empêcher qu'il ne fe précipite. comme toutes les langues ne fe parle bien qu'autant qu'il fe parle naturellement. la première chofe devroit être de penfer aux règles d'après lefquelles il doit fe faire & nous nous trompons.qui commencent.

Il femble que j'aurois du donner Ces avis avant le commencement de cette Logique mais on ne les auroit pas entendus. qui en fentiront mieux le befoin qu'ils en ont. & vous raifonnerez naturellement bien. ils font auflî bien à la fin & ils y font bien auflî pour les autres.faites-vous donc de ces habitudes. D'ailleurs pour ceux qui l'auront fçu lire dès la premiere fois. .

débiter ni contrefaire ledit Ouvrage fous quelque prétexte que ce puiffe être fans la permif fîon expreffe & par écrit dudit Expofant ou de celui qui le repréTentera à peine de faifie & de coiifitcation des exemplaires contrefaits. DE S ANC Y. D Condillac il . de quelque qualité & condition qu'elles foient d'en introduire d'impreffion étrangère dans aucun lieu de notre obéiflance comme auffi d'imprimer ou faire imprimer vendre.APPROBATION. A Paris. voulant favorablement traiter l'Expofant Nous lui avons permis & permettons de faire imprimer ledit Ouvrage autant de fois que bon lui femblera. & de le vendre faire vendre par tout notre Royaume.1 Grand-Confeil Prévôt de Paris Baillis Sénéchaux leurs Lieuteuans Civils & autres nos Jufticiers qu'il appartiendra Notre amé le Sieur Abbé Nous a fait expoier qu'il defireroit faire imprimer &donner au Public fes Œuvres convîntes s'il Nous plaifoit lui accorder nos Lettres de Privilège pour ce néceflaires. XjOUIS Roi DE FRANCE ET PAR LA GRACE DE DIEU A nos amés & féaux Confeillers les Gens tenans i?E NAVARRE nos. Voulons qu'il jouiffe de l'effet du préfent Privilege pour lui & fes hoirs à perpétuité pourvu qu'il ne. A CES CAUSES. Maîtres des Requêtes ordinaires de notre Hôta. FAISONS défenfe. portant Règlementfut la durée des Privilèges en Librairie. faire vendre. ce 7 Décembre 1777. J 'ai lu par ordre de M%\ le Garde des Sceaux les Œuvres complettes dû M. Je n'y ai rien trouvé qui m'ait paru devoir en empêcher i'impreffion.Cours de Parlement. l' Abbé de CO ND i ll ac. à tous Imprimeurs Libraires & autres perfonnes. le rétrocède à perfonne & fi cependant jugeoit à propos d'en faire une ceffion I'afte qui la contiendra fera enregiftré en la Chambre Syndicale de Paris à peine de nullité tant du Privilège que de la ceffion & alors par le fait feul de la ceffion enregiftrée la durée du préfent Privilège fera réduite à celle de la vie de l'Expofant ou à celle de dix années à compter de ce jour fi l'Expofant décede avant l'expiration defdites dix années le tout conformément aux Articles IV & V de l'Arrêt du Confeil du 3o Août 1777. PRIVILEGE D U ROI. de fix mille livres d'amende qui ne pourra être modérée pour la première fpis. de pareille amende Se de déchéance d'état en Salut.

.cher & féal Chevalier Garde des Sceaux de France le fieur Hue E qu'il en fera enfufte remis deux exemplaires dans notre Bibliotheque publique un dans celle de notre Château 'du Louvre. foi foit ajourée comme à l'original. le fieur DE MAUPEOU. Par LE ROI EN SON Conseil Signé LE BEGUE. LOTTIN l'ainé. & un dans celle dudit fleur HUE DE Miroménil le tout à peine de nullité des préfentes du contenu defquelles vous mandons & enjoignons de faire jouir ledit Expofant & fes hoirs pleinement& paifiblement. N°. COMMANDONS au premier notre Huiffierou Sergent fur ce requis. Voulons que la copie des préfentes qui fera imprimée tout au long au commencement ou à la fin dudit Ouvrage foit tenue pour duement fignifîée & qu'aux copies collationnées par l'un de nos amés & féaux Confeillers -Secrétaires. concernant les Con- 3 trefaçons A la charge que ces préfentesferont enregistréestout au long fur le Regiftre de la Communauté des Imprimeurs & Libraires de Paris. dans le même état où l'Approbation y aura été donnée. ~––––––––~ A ORLEANS. fans fouffrir qu'il leur foit fait aucun trouble ou empêchement. Regifiré fur le Regiflrc XX de la Chambre Royale & Syndicale des Libraires & Imprimeurs de Paris. en beau papier Ec beaux caractères conformément aux Régl'emens de la Librairie.dix-huit & de notre notre regne le cinquième. dans trois mois de la date d'icelles que l'imprefllon dudit Ouvrage fera faite dans notre Royaume. de faire pour l'exécution d'icelles tous aftes requis & néceflaires fans demander autre permiflion & nonobftant clameur de Haro charte Normande & Lettres à ce contraires Car tel eft notre plaifir. un dans celle de notre très-cher & féal Chevalier. ce 16 Mai ijjS. Syndic. A Paris.«as de récidive. i-rzf. a ut. dommages & intérêts conformément à l'Arrêt du Confeil du Août 1777. de Miroménil. à peine de déchéance du préfent Privilege. de l'Imprimerie de la Veuve Rouze a u-Moht Imprimeur du Roi de l'Evêché & de la Ville. 1301 fol. Chancelier de France. Signé A. 541 conformément aux difpofuions énoncées dans le préfent Privilege & à la charge de remettre à ladite Chambre les huit Exemplaires preferits par l'Article CVÎ11 du Réglemcnt de. & non ailleurs. D o nnÉ à Paris le treizieme jour du mois de Mai l'an de grace mil fept cent foixajite. ès mains de notre très. M. qu'avant de l'expofer en vente le manufcrit qui aura fervi de copie à l'impreiïion dudit Ouvrage fera remis. & de tous dépens.