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Communiqué de presse

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Département de la communication 1 esplanade du J4 CS 10351 13213 Marseille Cedex 02

Responsable département Julie BASQUIN

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Directrice Caroline SEGUIER Mob 06 98 26 97 89

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Chargée de communication Nina HUBINET Mob 06 03 83 33 80

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Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée

des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée Tables rondes JOURNéES BORIS CYRULNIK « SAUVE-TOI, LA

Tables rondes JOURNéES BORIS CYRULNIK

« SAUVE-TOI, LA VIE T’APPELLE »

> Jeudi 6 et vendredi 7 octobre de 10h à 18h

Auditorium Germaine Tillion J4 - Entrée libre dans la limite des places disponibles

J4 - Entrée libre dans la limite des places disponibles Boris Cyrulnik ® DRFP Boris Cyrulnik

Boris Cyrulnik ® DRFP

Boris Cyrulnik est l’une des figures de la pensée contemporaine. Les réflexions de ce psychiatre, connu pour avoir popularisé l’idée de « résilience », ont aujourd’hui largement dépassé la sphère scientifique, pour enrichir le débat public.

Le Mucem et l’association Planète Emergences proposent de questionner son œuvre singulière et son enseignement à travers quatre tables rondes, sur deux journées. Ecoutant et discutant, Boris Cyrulnik sera de tous les débats, en dialogue avec les intervenants, aussi bien qu’avec le public. Au cœur de ces journées, une question centrale : comment dépasser notre raison individuelle par une intelligence universelle ?

édito

« Les temps sont mauvais, les temps sont difficiles, voilà ce que disent les gens ? Vivons bien, et les temps seront bons ! C’est nous qui sommes les temps ! Tels nous sommes, tels sont les temps. » Augustin D’Hippone

Face à un monde en pleine mutation, où les haines, les peurs et la folie, parfois meurtrière, semblent se déchaîner, comment sortir de l’hébétude et retrouver le fil du sens ? Faire entendre, le plus largement possible, des penseurs qui réfléchissent aux transformations qui bousculent nos sociétés, faire circuler leur parole pour susciter la discussion, voilà deux préoccupations majeures de Planète Emergences depuis sa création en 2000.

En 2014, Planète Emergences vous invitait à examiner l’idée de « village planétaire » forgée par le théoricien des médias Marshall McLuhan, et à échanger sur les conséquences sociales de l’arrivée du numérique dans nos vies avec le philosophe Bernard Stiegler, au Théâtre du Merlan, scène nationale de Marseille. Depuis l’an dernier, nous cheminons avec Boris Cyrulnik :

nous l’avions invité en novembre 2015 à venir parler de la résilience culturelle à l’IRTS (Institut régional du travail social), au pôle des Flamants. La rencontre avait donné lieu à des échanges très riches entre les étudiants de l’IRTS et le célèbre psychiatre.

Cette année, c’est au Mucem, les 6 et 7 octobre prochains, que nous vous invitons à rencontrer Boris Cyrulnik et à découvrir sa pensée et les éclairages qu’elle peut apporter sur les bouleversements de notre époque. Cet événement, organisé en partenariat avec le Mucem, sera la première pierre du temps fort annuel de Planète Emergences, « Marseille retrouve le Nord ». Les paroles des 16 intervenants, psychiatres, philosophes, scientifiques ou artistes qui participeront à ces journées sont destinées à nous aider à comprendre notre époque et nos contemporains, et à imaginer le monde que l’on veut construire. C’est là que se situe, pour nous, l’une des missions de Planète Emergences.

S’il avait fait d’autres choix, Boris Cyrulnik aurait pu être conteur ou cinéaste.

Mais il a choisi la médecine, la psychiatrie et les neurosciences… Et depuis des décennies il arpente le monde. Il écoute le cri des goélands et la parole des humains, interroge les mémoires de singe ; inlassablement, sous le signe du lien, il va à la rencontre des enfants qui souffrent, abandonnés dans les rues de Bogota ou les mouroirs de Roumanie.

Il ne cesse de travailler avec d’autres chercheurs ou d’autres praticiens, partageant ses interrogations, son savoir et les leurs. Puis il revient chez lui au bord de la mer et il écrit, des livres, qui comme lui vont faire le tour du monde, car il a cette qualité rare d’exprimer simplement des choses complexes et de partager sa pensée comme on raconte une histoire.

De l’éthologie animale à l’éthologie humaine et la résilience, il a ainsi construit une oeuvre. C’est pourquoi j’ai souhaité lui consacrer ces journées au Mucem comme en d’autres temps et d’autres lieux, nous l’avions fait avec bonheur pour Fernand Braudel et Edgar Morin, en leur présence. Il y a d’ailleurs des liens entre ces trois hommes, ils n’ont cessé d’ouvrir les portes et fenêtres des connaissances pour les intégrer, pour l’un dans le temps long de l’histoire, pour l’autre afin d’essayer de comprendre la complexité du monde, et pour Boris pour faire rentrer sa connaissance de l’humain dans la complexité du monde et de son histoire, en un mot dans notre culture.

C’est pourquoi le choix du Mucem s’imposait et je suis heureux que Jean-François Chougnet ait accepté de nous accueillir et de devenir avec son équipe et Thierry Fabre un partenaire actif de ces journées.

Pendant deux jours, seize intervenants vont traiter de sujets qui traversent l’oeuvre de Boris Cyrulnik et la questionnent. Présent en permanence, il va leur répondre, dialoguer avec eux dans un premier temps puis ensuite avec le public.

Pendant ces journées nous allons à la rencontre d’un homme et de sa pensée et j’ai la conviction que ces moments partagés apporteront un peu de compréhension, de lumière et de rêves. Comme il écrit lui-même : « Tout rêve d’avenir métamorphose la manière dont on éprouve le présent ».

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Gérard Paquet Président de Planète Emergences

PROGRAMME

> Jeudi 6 octobre

Première journée : LA PERSONNE HUMAINE – NAISSANCE ET DéVELOPPEMENT SOUS LE SIGNE DU LIEN

Table ronde 1

DE L’éTHOLOGIE ANIMALE à L’éTHOLOGIE HUMAINE

ronde 1 DE L’éTHOLOGIE ANIMALE à L’éTHOLOGIE HUMAINE 10H-13H - Auditorium Germaine Tillion - Entrée libre

10H-13H - Auditorium Germaine Tillion - Entrée libre

Boris Cyrulnik dialogue avec Claude Béata (vétérinaire comportementaliste), Vinciane Despret (philosophe et éthologue), Marie Anaut (psychologue clinicienne) et Pierre Bustany (neurophysiologiste et neuropharmacologue) Animé par : Philippe Brenot (psychiatre et anthropologue) L’une des grandes originalités de la pensée de Boris Cyrulnik est d’avoir introduit l’éthologie animale dans l’étude du comportement humain : l’approche conjointe de l’homme et de l’animal est-elle indispensable à une compréhension globale de la dimension humaine ?

à une compréhension globale de la dimension humaine ? Paolo et Francesca ® Ingres, Angers Table

Paolo et Francesca ® Ingres, Angers

Table ronde 2 LA CONSTRUCTION DE LA PERSONNE

15H-18H - Auditorium Germaine Tillion - Entrée libreIngres, Angers Table ronde 2 LA CONSTRUCTION DE LA PERSONNE Boris Cyrulnik dialogue avec Gérard Ostermann

Boris Cyrulnik dialogue avec Gérard Ostermann (psychothérapeute), Daho Djerbal (historien), Somayeh Khajvandi (sociologue), Gérard Jorland (philosophe, historien des sciences) Animé par : Philippe Brenot (psychiatre et anthropologue) L’enfant se construit dans la confrontation à la société par une série de liens et d’interactions positives ou négatives, entre attachements, sentiments et agressions. Comment notre environnement affectif et social permet-il de dépasser les traumas et de se construire en tant que personne ?

> Vendredi 7 octobre

Deuxième journée : LA PERSONNE HUMAINE DANS SES MONDES

Table ronde 3 LE MONDE BOULEVERSé

HUMAINE DANS SES MONDES Table ronde 3 LE MONDE BOULEVERSé 10H-13H - Auditorium Germaine Tillion -

10H-13H - Auditorium Germaine Tillion - Entrée libre

Boris Cyrulnik dialogue avec Patrick Viveret (philosophe, essayiste), Jean-Paul Delevoye (ancien médiateur de la République et ancien président du Conseil économique et social), Youssef Courbage (démographe, sociologue), Philippe Brenot (psychiatre et anthropologue) Animé par : Gérard Paquet (président de l’association Planète Emergences) On dit généralement que le monde a changé, mais c’est beaucoup plus que ça : il est bouleversé ! Sous les effets cumulés de l’évolution des techniques et de la révolution de la mondialisation, c’est une véritable métamorphose qui est à l’œuvre. Un défi à notre humanité qui nous impose d’inventer de nouvelles manières d’être ensemble. Institutions, pensée, environnement, rapports hommes/femmes… Comment s’adapter à ce monde qui se transmorme ?

Comment s’adapter à ce monde qui se transmorme ? Les murs de la L2, Le Dire

Les murs de la L2, Le Dire et le Crew 132 ® Planète Emergences

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Table ronde 4 UN MONDE à éCRIRE POUR LE CONSTRUIRE

3 Table ronde 4 UN MONDE à éCRIRE POUR LE CONSTRUIRE 15H-18H - Auditorium Germaine Tillion

15H-18H - Auditorium Germaine Tillion - Entrée libre

Boris Cyrulnik dialogue avec Corinne Benestroff (psychologue), Jean Faucheur (plasticien), Plinio Prado (philosophe), Jean-Claude Carrière (auteur, scénariste) Animé par : Gérard Paquet (président de l’association Planète Emergences) Entre philosophie, arts plastiques et littérature, il s’agit ici d’aborder l’art comme objet de résistance tout autant qu’objet de partage ; d’évoquer l’art dans l’espace public comme dans l’espace intime. Enfin, parce que pour vivre ensemble, il faut pouvoir se raconter le monde, apparaît la nécessité d’écrire de nouveaux récits partagés, de nouveaux mythes ; ceux du temps

présent : où est notre Iliade ? Où est notre Odyssée ?

Boris Cyrulnik ® DRFP INTERVENANTS Intentions et biographies Né en 1937 à Bordeaux, Boris Cyrulnik

Boris Cyrulnik ® DRFP

INTERVENANTS

Intentions et biographies

Né en 1937 à Bordeaux, Boris Cyrulnik est neuropsychiatre et éthologue. Responsable d’un

groupe de recherche en éthologie clinique à l’hôpital de Toulon-la-Seyne (1972-1991), il publie son premier ouvrage Mémoire de singe et parole d’homme en 1983. Directeur d’enseignement

à l’université de Toulon, Boris Cyrulnik est connu pour avoir ouvert l’étude du comportement à

l’éthologie animale et pour avoir fait entrer le terme de « résilience » dans le langage commun, que l’on pourrait résumer par le fait de renaître après avoir subi un traumatisme. Il poursuit aujourd’hui les recherches sur le sujet avec des scientifiques du monde entier. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, notamment Sous le signe du lien (Hachette, 1989) Un merveilleux malheur (Odile Jacob, 1993), Dialogue sur la nature humaine (L’Aube, 2003 ; avec Edgar Morin), Sauve-toi, la vie t’appelle (Odile Jacob, 2012), Les âmes blessées (Odile Jacob, 2014), et plus récemment, Ivres

Paradis, bonheurs héroïques (Odile Jacob, 2016).

- TABLE RONDE 1- MARIE ANAUT

Vivre le lien parents-enfants Chez l’être humain, les liens affectifs s’établissent graduellement, dans l’interaction et dans la réciprocité relationnelle parents-enfants. Ils s’inscrivent dans une histoire dont les ramifications sont intergénérationnelles et peuvent présenter une grande diversité de formes et d’expressions. Lorsqu’ils sont structurants, ces liens constituent des forces sur lesquelles le sujet va se construire et trouver des ressources pour faire face aux aléas de la vie. Mais ces liens sont parfois altérés, inadéquats, voire pathogènes. Face à la complexité de la formation des liens parents-enfants, les contributions scientifiques de Boris Cyrulnik sont d’une grande finesse théorico-clinique. Ses apports nous invitent à croiser des approches conceptuelles complémentaires, en particulier celles de la psychanalyse et de la théorie de l’attachement (cf. « Sous le signe du lien » ; « Les nourritures affectives »), mais également les pistes ouvertes par l’approche des processus de résilience qui réinterrogent la construction des liens au cours de la vie.

Marie Anaut est psychologue clinicienne, professeur en psychologie et sciences de l’Education

à l’université Lumière Lyon 2. Thérapeute de familles et de couples, elle s’est spécialisée sur

les problématiques concernant les liens familiaux, les traumatismes et la résilience. Elle est l’auteur de Vivre le lien parents-enfants (Chronique sociale, 2014) et Résilience. De la recherche à la pratique (Odile Jacob, 2014 ; avec Boris Cyrulnik).

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CLAUDE BéATA

Sous le signe du lien : au risque d’aimer Rencontrer Boris Cyrulnik et ses ouvrages au début de ma carrière en a changé le cours. D’abord parce qu’il a été le premier qui a souligné pour moi l’importance de l’attachement dans les relations et qu’il m’a suffi d’ouvrir les yeux pour comprendre que ce qu’il disait ne concernait pas seulement les humains mais aussi tous les animaux qui nous entourent. Ensuite Boris Cyrulnik, en m’invitant dans ses groupes de travail, en me faisant partager sa pensée, en acceptant de préfacer mes deux livres a été l’ange gardien bienveillant dont je connais l’importance. Alors, tout en mesurant le côté sans doute présomptueux de l’alliance du titre d’un de ses premiers livres avec celui de mon ouvrage qui a été l’aboutissement de mon travail sur l’attachement, je voudrais éclairer d’un jour nouveau ce qui réunit autant d’être vivants. Tant d’études ont été faites sur la compétition, sur la loi du plus fort qu’il me semble primordial de rendre justice à l’autre versant de ce qui existe en nous et chez la plupart des animaux : la solidarité, l’amitié, le lien, l’empathie bref la capacité à aimer. Et même si cela représente parfois de la souffrance, même si cela parfois peut nous conduire à sacrifier notre vie au profit de cet autre qui a pris tant d’importance à nos yeux, qui, aujourd’hui, voudrait vivre sans prendre le risque d’aimer ?

Claude Béata est vétérinaire comportementaliste, diplômé des Ecoles nationales vétérinaires françaises et membre du Collège européen de médecine vétérinaire comportementale. Spécialiste de l’attachement, il a du se battre pour faire reconnaître la médecine vétérinaire

comportementale face à ceux qui y voient une dérive vers l’anthropomorphisme. Il a notamment publié La psychologie du chien (Odile Jacob, 2004) et Au risque d’aimer (Odile Jacob, 2013).

Vinciane Despret ® Daniel Renou VINCIANE DESPRET Cohabiter dans un monde d’animaux Depuis quelques années,

Vinciane Despret ® Daniel Renou

VINCIANE DESPRET

Cohabiter dans un monde d’animaux Depuis quelques années, on remarque un changement des observations et des théories au sujet de la façon dont les animaux habitent, créent un territoire, font un « chez soi », ou partagent l’espace matériel et sonore. Il semblerait que beaucoup d’idées relatives aux territoires et à la cohabitation se soient avérées trop limitées, mal informées, voire fausses. De nouvelles façons d’envisager les diverses manières dont les animaux s’organisent dans l’espace émergent à présent. Elles sembleraient à la fois suivre certains changements de nos conceptions quant à ce que signifie habiter ce monde, et en même temps inciter à d’autres formes de vivre ensemble.

Vinciane Despret est philosophe, chercheuse au département de philosophie de l’université de Liège. Elle est l’auteure de plusieurs livres sur la question animale qui font référence, notamment Bêtes et hommes (Gallimard, 2007) et Penser comme un rat (Quae, 2009). Elle a

également publié, avec Isabelle Stengers, Les Faiseuses d’histoires. Que font les femmes à la

pensée ? (La Découverte, 2011) et Que diraient les animaux

si on leur posait les bonnes questions

? (Les Empêcheurs de penser en rond / La Découverte, 2012, 2014).

PIERRE BUSTANY

De l’importance d’un lien avec le monde dans l’éducation des jeunes Si la place du lien affectif dans le développement de tout individu s’avère essentielle, indispensable et nécessaire pour la construction normale de son cerveau sous tous ses aspects, les travaux en neuroscience de cette dernière décennie ont bien permis de mettre en évidence les effets des carences et des excès. Il existe une tendance naturelle et génétique à communiquer dès les premières heures de sa vie, même in utero, chez le futur être humain. Mais la structuration fine cellulaire et des voies neuronales de son cerveau sont dépendantes des perceptions sensorielles et surtout affectives qui l’entoureront dès les premiers jours. Sur la base d’un attachement « sécure », l’exploration du monde sera tentante, facilitée et d’autant plus riche pendant le premier âge, avec des conséquences comportementales et affectives fixées pour toujours dans sa vie d’adulte. À l’inverse, dans la deuxième partie de sa maturation cérébrale qui s’étend jusqu’à 25 ans, trop de lien nuit indubitablement à l’affinement des possibilités cérébrales émotionnelles et décisionnelles du jeune adulte. L’importance d’une réflexion non-dirigée, autocentrée, non contrainte, en clair, l’occurrence de périodes de rêverie, d’ennui, de non-connexion au groupe d’identification - si rassurante pourtant – est fondamentale. Cela permet de bien se projeter dans l’avenir en se racontant son récit rêvé, d’abord à soi avec tous ses possibles intimes les plus désirés et les plus fous, puis aux autres, si un manque relatif de confiance en soi nécessite leur accord apparent. Dans tous les instants de notre vie cognitive et affective, c’est de lien dont il s’agit et l’on doit à Boris Cyrulnik et à sa formation originale et multiple, d’avoir ouvert la voie avec intuition à un chapitre nouveau et entier de la neuropsychologie du développement cérébral.

Pierre Bustany est neurophysiologiste et neuropharmacologue. Professeur de médecine au CHU de Caen, c’est un spécialiste des neurosciences, qui bouleversent actuellement notre conception de la conscience humaine, du libre arbitre et de l’affectivité. Pierre Bustany étudie en particulier les modifications du fonctionnement cérébral suite à des traumatismes psychiques, notamment dans la petite enfance, afin de cerner les causes de la résilience. Il fait partie du groupe de réflexion « Attachement, Résilience et Culture » qui réunit scientifiques et philosophes autour de Boris Cyrulnik pour penser ces questions.

- TABLE RONDE 2 -

GéRARD OSTERMANN

Il faut deux hommes pour en faire un ! Nous sommes tous des êtres qui fabriquons du sens à travers les histoires, mais il y a différentes histoires et certaines malheureusement nous dominent. Notre identité est une identité relationnelle. Un enfant sans attachement n’a aucune chance de se développer, il flotte, il erre, il n’a pas de valeurs dans sa vie, ça ou autre chose, debout ou assis, mort ou vivant, ça n’a pas d’importance. Il se sent un épouvantail pour reprendre l’expression de Boris Cyrulnik. N’est-ce pas ainsi que pourrait être comprise l’affirmation de Donald Winnicott : « un bébé ça n’existe pas tout seul ». Au commencement est la relation, cette vérité concerne aussi bien la relation interpersonnelle que l’histoire de l’humanité et de la société. Toute vie véritable est rencontre, mais celle-ci n’est pas le simple croisement de séries causales ou de hasard. Elle est un acte. L’acte simultané et réciproque de conscience qui, dans

des personnes et des buts. Créer un lien avec un but précis permet de développer des compétences

particulières, qui favorisent le développement de l’estime de soi. C’est ainsi que le sujet apprend à

« s’aimer », et développe un sentiment d’appartenance qui favorise l’intimité. On apprend alors à

« aimer et être aimé », et on devient capable d’être libre dans la relation avec l’autre. C’est ce que l’on appelle l’autonomie relationnelle. L’indépendance est une illusion idéologique : nous ne sommes jamais indépendants. Nous sommes tous interdépendants.

Gérard Ostermann est médecin interniste, professeur de thérapeutique et psychothérapeute - analyste. Il a participé à plusieurs ouvrages collectifs avec Boris Cyrulnik. Parmi eux : Et alors papa, question de résilience (Bastingage, 2004), Résiliences, réparations, élaboration ou création ? (Eres, 2007) et Etre heureux et créer du bonheur (Editions du Relié, 2008). Il a aussi travaillé sur la gestion de la douleur, et a publié Le Médecin, le malade et la douleur, en collaboration avec Patrice Queneau (Masson, 2000).

DAHO DJERBAL

De la difficile émergence du sujet citoyen en situation de violence récurrente. L’Algérie des années 1990. Dans les années 1990, un déchaînement de violence provoque, par effets successifs, un sentiment généralisé de peur et d’insécurité. Des individus et des groupes isolés, des hommes, des femmes, des enfants aussi, sont l’objet d’attaques plus ou moins ciblées, plus ou moins personnalisées. Le traumatisme vécu par les victimes de massacres collectifs fait revenir à la surface des souvenirs (réminiscences) plus anciens, ceux de l’époque coloniale et de la guerre de libération. La montée vers l’usage généralisé de la violence extrême met en exergue l’échec du tiers-arbitre (l’Etat) à assurer la sécurité des personnes. Un certain niveau de désorganisation institutionnelle de la société et un échec dans la construction de la personne (la formation de l’être et de sa conscience), participent fortement à l’éclosion de la violence massive et extrême. La violence devient ainsi la forme la plus adéquate du politique. Comment dans de telles circonstances, l’individu singulier peut-il se frayer la voie vers la condition de sujet citoyen ?

Daho Djerbal est maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université d’Alger. Depuis 1993, il est également directeur de la revue de critique sociale Naqd. Après avoir travaillé sur l’histoire économique et sociale de l’Algérie, il s’oriente vers le recueil de témoignages d’acteurs de la lutte de libération nationale. En 2012, il publie L’Organisation spéciale de la fédération de France du FLN – Histoire de la lutte armée du FLN en France 1956-1962 (Editions Chihab, 2012). Il travaille aussi sur la relation entre histoire et mémoire, comme sur les traumatismes provoqués par les événements historiques.

SOMAYEH KHAJVANDI

La résilience sociale des femmes iraniennes Avec la révolution islamique de 1979 en Iran s’est instauré un régime de terreur répressive totalitaire qui définit ses « ennemis » selon une grille idéologique. Celle-ci s’étend bien au-delà du champ proprement politique pour s’appliquer à l’ensemble de la vie quotidienne, intime, sensible et sensuelle d’une société. Autrement dit, tout plaisir lié à l’usage des sens devient l’objet d’une surveillance idéologique. Non seulement on ne peut plus penser librement mais on doit voir, écouter, toucher, goûter et sentir selon une stricte réglementation définie par les préceptes islamiques basés sur une misogynie dotée d’un arsenal d’interdictions venues d’un autre temps. Comment le projet totalitaire de l’islamisation de l’univers sensible et mental en Iran n’a-t-il pas pu se réaliser totalement ? Quelles formes de praxis résiliente, surtout de la part des femmes iraniennes, ont empêché ou perturbé ce projet ?

Somayeh Khajvandi a suivi des études de sociologie à Téhéran avant de s’installer en France, où elle est actuellement doctorante en sociologie clinique à l’Université de Paris Diderot. Elle travaille notamment sur la résilience sociale des femmes iraniennes.

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GéRARD JORLAND

Le temps de la résilience Après avoir expliqué comment l’éthologie animale pouvait être appliquée à l’homme, Boris Cyrulnik montre, depuis plus de dix ans, comment le comportement minéral peut lui aussi éclairer des comportements humains. On soulignera dans cette intervention que Boris Cyrulnik ne s’est pas contenté d’introduire en France le concept de résilience élaboré par les auteurs anglo-saxons, il en a donné, fort précisément grâce à sa réflexion antérieure sur l’éthologie humaine, les conditions à l’origine de la

résilience, et le développement qu’elle rend possible. En ces temps de catastrophes de toutes natures, le concept de résilience, tel que le construit Boris Cyrulnik, perce les ténèbres du traumatisme.

Philosophe et historien des sciences, Gérard Jorland est directeur de recherches émérite au CNRS et directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Il a reçu le prix des Rendez-vous de l’histoire de Blois en 2010 pour son livre Une société à soigner : hygiène et salubrité publiques en France au XIXe siècle (Gallimard, 2010). Il est également l’auteur de Les paradoxes du Capital (Odile Jacob, 1995) et de Résiliences. Connaissances de bases (Odile Jacob, 2012) avec Boris Cyrulnik.

- TABLE RONDE 3 -

PATRICK VIVERET

Les défis de la métamorphose Nous ne vivons pas une crise mais une très «grande transformation» pour reprendre le titre de l’ouvrage de référence de Karl Polanyi, puisque les défis sont aussi bien écologiques, sociaux, culturels et politiques que psychologiques et personnels. Le terme le mieux adapté pour décrire l’ampleur de cette mutation historique et ses défis est sans doute celui de «métamorphose» proposé par Edgar Morin à la suite du livre L’urgence de la métamorphose de Jacques Robin et Laurence Baranski. Or une métamorphose c’est aussi une catastrophe vue du point de vue de la chenille. Et c’est donc aussi la question de la résilience comme capacité à la surmonter qui se trouve posée. Comment articuler les enjeux de la métamorphose et ceux de la résilience ? Cette question sera au coeur de l’intervention de Patrick Viveret. «Traverser la vie le coeur fermé, c’est comme faire un voyage en mer au fond de la cale !» Alexander Lowen

Philosophe et essayiste, Patrick Viveret fut conseiller référendaire à la Cour des comptes. Penseur de l’alter-mondialisme et de la «sobiété heureuse», il a participé en 2001 au premier Forum social mondial, à Porto Allegre. Il est également l’un des fondateurs du Projet SOL, un système de monnaie complémentaire, et co-fondateur de l’initiative internationale « Dialogues en Humanité ». Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont Reconsidérer la richesse (Éditions de l’Aube, 2004) et Pourquoi ça ne va pas plus mal ? (Fayard, 2005). Il a participé à l’ouvrage Pour un nouvel imaginaire politique, avec Edgar Morin (Fayard, 2006).

imaginaire politique , avec Edgar Morin (Fayard, 2006). Philippe Brenot ® Pierre Hybre PHILIPPE BRENOT Hommes

Philippe Brenot ® Pierre Hybre

PHILIPPE BRENOT

Hommes / Femmes, la grande mutation L’une des plus grandes révolutions de l’histoire de l’humanité s’est produite, dans l’indifférence, en Occident dans les années 1970, le passage de la société traditionnelle à la société moderne avec un changement fondamental : l’évolution de la place accordée aux femmes. Dès lors, trois à quatre générations d’hommes et de femmes ont vu leurs rapports profondément changer, la nature des liens se modifier, la notion de couple – au sens moderne du terme – apparaître, les liens se distendre… L’augmentation récente et progressive de la longévité s’accompagnant paradoxalement d’une réduction de la durée des unions. La grande mutation est encore en devenir.

Philippe Brenot est psychiatre, anthropologue et thérapeute de couple. Il est également directeur des enseignements de sexologie et sexualité humaine à l’université Paris-Descartes et préside l’Observatoire International du Couple. Ses recherches concernent l’anthropologie de la sexualité et du couple. Il a récemment publié, avec Laetitia Coryn, Sex Story, première histoire de la sexualité en Bande dessinée (Ed. Les Arènes BD, 2016 ).

YOUSSEF COURBAGE

Rendez-vous des civilisations ou contre-révolution dans le monde arabe? Lorsque avec Emmanuel Todd, nous avons écrit le «rendez vous des civilisations», nous étions convaincus que la révolution démographique en cours dans le monde arabe était annonciatrice de bouleversements sociaux et politiques, une anticipation du printemps arabe. Aujourd’hui, pour de nombreux observateurs il y avait une forte dose d’optimisme à croire au printemps arabe et la révolution démographique, à laquelle semblerait succéder une contre-révolution. Mon but est de remettre en perspective démographie et politique dans le monde arabe et d’aller à l’encontre d’une observation superficielle des choses, qui ne met en exergue que des événements certes spectaculaires mais ponctuels.

Sociologue et démographe, Youssef Courbage travaille sur les effets des transitions démographiques, économiques et politiques sur les migrations entre les pays du sud de la Méditerranée et de l’Europe. Depuis plus de dix ans, il est chercheur à l’Ined (Institut national d’études démographiques). Egalement spécialiste du Moyen-Orient, il a notamment publié Chrétiens et juifs dans l’islam arabe et turc (Fayard, 1992 ; avec Philippe Fargues) et Le rendez- vous des civilisations (Le Seuil, 2007 ; avec Emmanuel Todd).

JEAN-PAUL DELEVOYE

Changer les élites pour rétablir la confiance L’homme a un impérieux besoin de croire, et on ne peut être ensemble que si on a en commun quelque chose qui nous dépasse. Nos institutions sont devenues simplement gestionnaires, au service d’un

pouvoir, quand les sociétés civiles ont besoin de vision pour espérer et de projets pour adhérer et se mobiliser. Les causes transcendent les peuples quand les intérêts les déchirent. Le déclin des croyances et des idéologies politiques fragilise la socialisation ; le développement dunombre d’humiliés (pauvres dans un pays riche, surdiplômés sous payés, réalité vécue contraire

et les espérances écrasées par les peurs nous ouvrent les chemins de la dictature et

libèrent les bas instincts populistes. Confucius indiquait que la force principale d’un Etat résidait dans la confiance du peuple dans les élites. La rétablir devient vital pour nos démocraties.

Ancien directeur de sociétés agroalimentaires, Jean-Paul Delevoye devient maire de Bapaume (Nord-Pas-de-Calais) en 1982. Il sera ensuite ministre de la Fonction publique dans le premier gouvernement Raffarin, puis médiateur de la République (2004 à 2011). Il a également présidé Conseil économique, social et environnemental de 2010 à 2015. Il est par ailleurs l’auteur de Le Guide du bon sens (Editions du Cherche Midi, 2005) et Reprenons-nous ! (Tallandier, 2012).

aux discours

)

- TABLE RONDE 4 -

CORINNE BENESTROFF

« L’imagination de l’inimaginable » ou l’écriture résiliente Le trauma, nous dit-on, relèverait de l’indicible. Comme la mort, il serait frappé au sceau de l’irreprésentable et les traces relevées dans les témoignages ne seraient que l’ombre portée du désastre. Sans doute, mais pas seulement. Car, une lecture attentive, oblique et traversière de la littérature testimoniale, laisse entrevoir au coeur des zones ombreuses de l’effroi, des clairières ensoleillées repoussant la nuit. Ainsi, certains revenants des expériences extrêmes – David Rousset, Jorge Semprun- ont choisi de chevaucher la chimère pour témoigner. « Ce livre est construit avec la technique du roman par méfiance des mots », écrit Rousset dans le prologue de son roman-reportage Les Jours de notre mort, roman mosaïque construit à partir de nombreux témoignages de déportés. Semprun opte pour une voie identique en affirmant que « seul l’artifice d’un récit maîtrisé parviendra à transmettre partiellement la vérité du témoignage. » dans L’écriture ou la vie. En utilisant la fiction, en installant dans leurs récits, les fragments et particules du traumatisme, tous deux transmettent la vérité essentielle de l’expérience, donnent accès à « l’imagination de l’inimaginable » et accompagnent le lecteur dans le tourbillon de la chute jusqu’au rebond de la métamorphose. De cette étreinte avec les ténèbres naît une écriture passe-frontières, chatoyante et bouleversante, trace, cicatrice et matrice de la re-création du sujet blessé et fruit insolite d’un nouveau genre. Cet art en résistance propose tous les métissages ; il témoigne de ce qui fut vécu dans la nuit concentrationnaire, quand, grâce au courage et à l’inventivité de groupes politiques structurés, fraternité et culture, ont « soufflé sur les braises de la résilience », comme le dit Boris Cyrulnik dans Le murmure des fantômes. Si on y apprend la douleur et la peine, l’horreur et l’infinie détresse, on y découvre aussi l’efflorescence de compétences inusitées – voir les yeux fermés, comprendre une langue non apprise, deviner l’avenir. Grâce à la fiction, qui seule autorise ces débordements, les revenants décrivent le temps présent du souvenir mais aussi le futur du passé. Ils nous apprennent à décrypter les signes étranges d’un monde synesthésique et poétique. Alors, dans ces écritures résilientes, on entend bien le murmure des fantômes nous dire : « sauve- toi, la vie t’appelle » ; « ose parler d’amour au bord du gouffre », « invente une philosophie de la relation », « regarde dans l’aurore de la nuit l’ensorcellement du monde ».

Corinne Benestroff est psychologue clinicienne. Elle a récemment consacré une thèse à l’étude de la résilience en situation extrême de déportation, pour laquelle elle a reçu en 2014 le Prix

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Fondation Auscwitz Jacques Rozenbert.

Les murs de la L2, L'outsider, Planète Emergences JEAN FAUCHEUR L’artiste dans l’espace public «

Les murs de la L2, L'outsider, Planète Emergences

JEAN FAUCHEUR

L’artiste dans l’espace public « Je ne sais ce que je vois qu’en travaillant. » Longtemps cette phrase d’ Alberto Giacometti m’a hantée. Elle m’a laissé dans un entre-deux, dans un espace-mystère, au bord du gouffre avec un goût à la bouche : cette saveur bouleversante des paradoxes. Elle nous « dit-quelque-chose », comme la réminiscence d’un lointain souvenir, et nous laisse en suspension, parfait état pour la création ! Parfait état de l’artiste ! Mais cet artiste qui est au bord du gouffre, tombé et ressuscité de multiples fois, oscillant d’une identité à l’autre, d’un égotisme à un transcendant, pourrait il sortir de cette « malédiction » ? Peut-il être un homme ou une femme dans le monde, comme tout le monde ? Notre culture occidentale privilégie une approche discriminante : je suis ceci, je suis cela, une approche où l’identification fait la fonction, qui vous donne de la « valeur », créée de la hiérarchie, une pyramide de pouvoirs - une pyramide d’illusions. Ainsi l’artiste dans cette pyramide est sommé de se situer. Mais où est l’artiste ? Et où est l’homme qui incarne (corps, ressenti, etc) l’artiste dans ce processus ? Les deux sont-ils conciliables ? Quelles sont les résistances (personnelles, culturelles, politiques) en jeu ? Et une fois qu’il a réalisé qu’il était ceci et cela, y a-t-il un au-delà à cette identification ? Puis, ce processus d’identification étant stabilisé, restera-t-il « quelqu’un » quand, répondant à ce profond murmure intérieur, il se sera dit maintes et maintes fois: « je ne suis pas ceci, je ne suis pas cela » ?

Peintre et sculpteur, Jean Faucheur est aussi un pionnier de l’art urbain. Il réalise dès 1983 des peintures sur papier kraft qu’il colle sur les panneaux publicitaires de Paris. Plus tard, après un séjour à New York, il crée le collectif des Frères Ripoulin avec six autres artistes qui travaillent dans l’espace urbain. En 2003, il est l’un des initiateurs du M.U.R., qui propose à des artistes d’investir successivement un mur de Paris, à l’angle des rues Saint-Maur et Oberkampf. Il fait partie des dix artistes représentatifs de l’art urbain sélectionnés pour l’exposition « Oxymores », organisée en 2015 au ministère de la Culture. Depuis 2014, à l’invitation de Planète Emergences, Jean Faucheur assure la direction artistique du projet « Les Murs de la L2 ».

PLíNIO PRADO

La résistance de l’art Il est une demande dans l’air du temps, adressée périodiquement aux artistes, aux écrivains, aux philosophes : qu’ils fournissent du sens, de l’unité ou de l’identité, un grand récit, dans un monde « mondialisé » qui en manque cruellement. Qu’ils guérissent la communauté des divisions dont elle souffre. Or, c’est présupposer par là qu’ils sont responsables devant la question : qui sommes-nous ? Comment riposter à la souffrance de l’absence de sens ? Cette présupposition ne va nullement de soi. On peut démontrer au contraire que la recherche en matière d’art ou d’écriture exige qu’on refuse de se prêter à quelque usage thérapeutique que ce soit et qu’on interroge plutôt les règles de l’art de peindre, de filmer ou de raconter. Un artiste, un écrivain, ne serait responsable donc que devant cette interrogation, où se joue le combat avec la chose obscure difficile à exprimer. Et à cette fin il est en droit, il a le devoir de cultiver son hystérie (Baudelaire), de préserver de toute « cicatrisation » le mal dont il souffre, d’aller jusqu’au bout de sa nuit. Sous peine d’échouer lorsqu’il réussit à s’en « délivrer », à s’en « guérir » ou à s’en rendre maître. Comme Sartre en a fait la démonstration dans son Saint Genet, comédien et martyre. En matière d’art et d’écriture, et aux antipodes de toute thérapeutique, qui perd gagne. Les questions que je voudrais proposer à notre discussion se situeront donc à la confluence de l’artistique et de la clinique, voire au coeur du différend qui habite leur frontière.

Plínio Prado est philosophe. Il enseigne la philosophie à l’université Paris-8, et travaille notamment sur le concept de résistance dans les sociétés contemporaines, particulièrement dans le domaine artistique. Il a publié, entre autres, Le principe d’université (Editions Lignes,

2009).

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JEAN-CLAUDE CARRIèRE

Des mythes pour le temps présent ? Un mythe est un récit toujours lié à un peuple. Mais ce récit peut-il résister à la mondialisation? En effet le récit répond toujours à trois questions : quelle est l’origine de ce peuple ? Quel est son droit d’être sur cette terre ? Comment doit-il s’y conduire ? En cela, il n’y a plus aujourd’hui de mythe universel.

Jean-Claude Carriere ® DRFP Nous - scénaristes, romanciers, cinéastes… - avions des êtres humains comme

Jean-Claude Carriere ® DRFP

Nous - scénaristes, romanciers, cinéastes… - avions des êtres humains comme personnages. Aujourd’hui nous avons aussi des clones puis des avatars - doubles informatiques - puis des robots… Puis des drones qui peuvent amener les robots ou les clones où l’on veut. On est alors en droit de se poser de nouvelles questions : Est-ce que ces « choses » seront capables d’inventer des mythes ? Quels mythes inventeront les robots ? Et surtout : est-ce que le mythe est réellement un besoin humain ?

Jean-Claude Carrière est écrivain, scénariste et dramaturge. Il publie en 1957 un premier roman Lézard, mais deviendra célèbre pour son œuvre de scénariste (pour Luis Buñuel, Milos Forman, Jean-Paul Rappeneau, Volker Schlöndorff…). Parallèlement, il poursuit une carrière de dramaturge et d’adaptateur, en particulier avec Jean-Louis Barrault et Peter Brook, avec lequel il adapte en 1989 Le Mahabhârata au théâtre. En 1998 il devient président de la Fémis (école Française de cinéma), poste qu’il occupe pendant dix ans. Par ailleurs essayiste, il a récemment publié Croyance (2015) et La Paix (2016) chez Odile Jacob.

- MODéRATEURS-

Philippe Brenot est psychiatre, anthropologue et thérapeute de couple. Il est également directeur des enseignements de sexologie et sexualité humaine à l’université Paris-Descartes et préside l’Observatoire International du Couple. Ses recherches concernent l’anthropologie de la sexualité et du couple. Il a récemment publié, avec Laetitia Coryn, Sex Story, première histoire de la sexualité en Bande dessinée (Ed. Les Arènes BD, 2016 ).

Après avoir fondé le Théâtre national de Châteauvallon et en avoir été le directeur de 1964 à 1997, Gérard Paquet crée en 2000 l’association Planète Emergences, à laquelle la mairie de Paris confie la transformation de la Maison des Métallos en lieu culturel, qu’il dirigera de 2007 à 2009. En 2010, Planète Emergences s’installe à Marseille pour développer un projet culturel innovant dans les quartiers nord de la cité phocéenne. Il est l’auteur de l’ouvrage Châteauvallon, le théâtre insoumis (Editions de l’Aube, 1997).

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