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Chapitre 7 : Le ruissellement

Plan
1. Définition
2. Constitution des débits de crues
3. Forme et caractéristiques de l'hydrogramme
4. L’hydrogramme unitaire
5. Méthodes d’estimation des volumes et des débits de pointe

Le rôle de l'ingénieur est d'une part d'identifier les processus hydrologiques et leur part
respective intervenant dans la réponse du bassin versant et, d'autre part, les modalités du
passage de l'impulsion pluviométrique à la réponse hydrologique. La question qui se pose
alors est de comprendre et interpréter les mécanismes de transformation de la pluie à
l'hydrogramme de crue.

1. Définition

Le ruissellement est la part des précipitations qui est drainée ou transite à travers l'exutoire du
bassin. Le ruissellement peut atteindre l'exutoire par différentes voies:
– Ruissellement direct
– Ecoulement hypodermique
– Ecoulement souterrain ou de base

La contribution de chaque type de ruissellement est déterminée par plusieurs facteurs :


– la nature du sol
– le type d'utilisation (forêt, pâturage ou agriculture)
– la topographie du bassin
– La nature géologique et la profondeur de la nappe

2. Constitution des débits de crues :

Les débits de crue sont générés par plusieurs processus simultanément ou


successivement, dans des combinaisons variables dans l’espace et dans le temps.

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Précipitation

Interception et
autres pertes

Excès Infiltration Evapotranspiration


de pluie

Ecoulement Percolation
hypodermique
Ruissellement
de surface

Ecoulement Ecoulement retardé Ecoulement


non retardé souterrain

Ecoulement
Ruissellement de base
direct
Débit
total
Figure 1 : Différentes composantes participant au ruissellement.

Le ruissellement direct : Il est composé essentiellement du ruissellement de surface dû à


l’excès de pluie, appelé pluie nette.

L’écoulement hypodermique : c’est la partie des précipitations infiltrée qui chemine


latéralement dans les couches supérieures du terrain pour réapparaître à l’air libre, à la
rencontre d’un cours d’eau. L’importance de cette fraction de débit total dépend de la
structure du sol à la surface.

Ecoulement de base : C’est le débit initial qui existe dans le cours d’eau avant le début de
l’averse. Il correspond à l’écoulement souterrain relatif à des précipitations antérieures.

Les précipitations directes sur les surfaces d’eau libres ne sont considérées dans les calculs
que lors du dimensionnement d’un évacuateur de crue annexé à un grand barrage. Autrement
elles sont négligées.

3. Forme et caractéristiques de l'hydrogramme

Un hydrogramme est la représentation graphique du débit à l’exutoire en fonction du temps. Il


est constitué des différentes fractions d’écoulements déjà cités. L'hydrogramme est composé
de trois parties :

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• La courbe de concentration qui dépend de l'intensité de l'averse et des caractéristiques du
bassin. Elle correspond à la montée de la crue.
• La pointe de l'hydrogramme qui correspond à la partie autour du débit maximal.
• La courbe de récession (décrue): c'est une caractéristique du bassin. Elle est indépendante
de l'intensité de l'averse

Courbe de Segment de
concentration crête
Courbe de décrue

Débit

Temps
Figure 2: Hydrogramme de crue

En général, la courbe de concentration est assimilée à une droite. La courbe de décrue


prend une forme exponentielle décroissante. En pratique on considère que la décrue est bien
représentée par l’équation:
Qt = Qo e − at

Qt : le débit à l’instant t
Qo : le débit pris comme origine de la décrue
a : Coefficient d’ajustement.

3.1. Définitions :

L'hydrogramme est caractérisé aussi par un certain nombre de paramètres de temps :

Temps de base (tb) : c'est la durée qui s'écoule entre le début de la phase de concentration et la
fin du ruissellement direct et hypodermique. Il correspond à la durée du ruissellement pur
excédentaire.

Temps de montée (tm) : c'est la durée qui s'écoule entre le début de la phase de concentration
et la pointe (débit maximal) de l'hydrogramme.

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Temps de réponse (tr) : (ou lag) c'est la durée qui sépare le centre de gravité de la pluie
efficace et la pointe de l'hydrogramme.

Durée de la pluie (ta) : durée totale de l'averse génératrice de l'hydrogramme.

Durée de la pluie efficace (te) : c'est la durée de l'averse qui a générée réellement le
ruissellement.

Temps de concentration(tc) : c’est le temps de parcours qu’effectue une particule d’eau entre
la partie du bassin la plus éloignée et son exutoire. Il est estimé comme étant la distance
comprise entre la fin de la pluie efficace et la fin du ruissellement pur :

tc = tb − te

Figure 3: Hydrogramme type ; représentation de la courbe de tarrissement (Mussy, 1998)

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3.2. Facteurs déterminant la forme de l'hydrogramme

Ils peuvent être groupés dans quatre catégories.

a. Facteurs liés aux précipitations :

Les précipitations influencent par :

- la nature des précipitations : liquides (pluie) /solide (neige) ;


- l'intensité et la durée de l'averse ;
• Pour une durée donnée, plus l'intensité est grande plus le volume
ruisselé et le débit maximal sont élevés.
• Pour une intensité donnée, plus la durée est longue plus le temps de
base de l'hydrogramme est long et le débit de point tend vers un débit
d'équilibre :
Qe = I * A
Qe : débit d'équilibre
I : Intensité
A : superficie du bassin

- la distribution spatiale et temporale des précipitations ;


- la direction de l'averse ;

b. Facteurs liés aux caractéristiques du bassin :

Le ruissellement représente l'effet intégré de toutes les caractéristiques du bassin :


– la surface du bassin
– la forme
– la pente
– le réseau hydrographique

c. Le sol

Il intervient par :
- Le couvert végétal (capacité d’infiltration plus élevée) ;
- La perméabilité ;
- La profondeur et le profil géologique du sol.

d. Le climat

Il intervient essentiellement par la température et les précipitations antérieures.

3.3. Séparation des différentes composantes d’un hydrogramme

L’analyse d’un hydrogramme de crue commence par la séparation des différentes


composantes notamment, l’écoulement de base, l’écoulement hypodermique et le
ruissellement pur.
Il n’existe pas de méthode analytique spécifique pour effectuer cette séparation. Les méthodes
utilisées sont approximatives et arbitraires.

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On se base sur la forme exponentielle de la courbe de décrue pour déduire les points
limitant un écoulement par rapport à l’autre. L’hypothèse de base est que les écoulements ont
des temps de réponse différent. Lorsque l’écoulement excédentaire cesse, l’écoulement de
base se prolonge plus après l’arrêt de l’écoulement hypodermique.

Si la décrue peut être représentée par la fonction :


Qt = Qo e − at
Nous pouvons déduire qu’en coordonnées semi logarithmiques, les courbes de décrue
de chacune des composantes (ruissellement direct, écoulement de base, écoulement retardé)
sont approximativement représentées par des droites de pentes différentes.

Ln(Qt)=f(t) = Ln(Qo)-a.t

On aura alors sur le tracé de la courbe autant de cassures que d’effets d’autres composantes.

Temps
tb

Ln Q Ruissellement
Hypodermique
Débit de base
Ruissellement direct

t1 t2 Temps

Figure 4 : identification des différents écoulements

La séparation des différentes composantes d’un hydrogramme se fait par le biais de trois
méthodes approximatives :
Hypothèse :
Soit le point C, point de cassure déterminé à partir du tracé Ln(Qt)=f(t).

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N (en jours)

Méthode ABC
Q

Méthode AC

A Méthode ADC
D

Temps
Figure 5 : Méthode de séparation de l’écoulement de base

Supposons que C représente le début du tarissement et la fin de l’écoulement de surface. Et


soit A le point de montée de l’hydrogramme. La figure illustre le mode d’application des trois
méthodes de séparation.

Méthode ABC :

Elle consiste à prolonger la courbe de tarissement de l’écoulement de base au dessous de la


pointe de l’hydrogramme (point B). la partie au dessus des lignes (ACB) représente le volume
de l’écoulement de surface.

Méthode AC :
Cette technique consiste à tracer une droite reliant les points A et C. l’aire au dessus de la
ligne AC et l’hydrogramme représente le volume de l’écoulement de surface. Celle en bas de
la ligne AC représente l’écoulement de base.

Méthode ADC

Elle consiste à prolonger la courbe de tarissement avant le début de la crue (avant le point A)
jusqu’au point D situé sous la pointe.

On peut procéder de la même manière pour séparer le ruissellement direct de l’écoulement


hypodermique, s’il existe.

Pour la détermination du ruissellement pur, généré par la pluie nette, il faudra soustraire à
chaque instant t, des coordonnées de l’hydrogramme total ceux des écoulements séparés
(écoulement de base et hypodermique, s’il existe).

L’hydrogramme de ruissellement pur est limité dans le temps et se termine par un débit nul.
Son volume correspond à la lame d’eau nette écoulée.

88
4. L’hydrogramme unitaire (HU) :

Cette méthode a été proposée par Sherman en 1932. Elle a pour objet la détermination de
l’hydrogramme du ruissellement superficiel à l’exutoire d’un bassin. L’hydrogramme unitaire
d’un bassin est défini comme l’hydrogramme de ruissellement pur résultant d’une pluie
nette de hauteur unité produite de façon homogène sur la totalité du bassin (averse unitaire)
en un temps donné. Cette méthode s’applique pour des bassins dont la superficie est comprise
entre 2 et 200 km2.
L’usage de la méthode tend à s’étendre pour le calcul des débits de crue. En outre elle donne
les éléments d’une sorte de « modèle schématique » de la transformation « intensité de pluie-
débit » qui permettra de mieux cerner les limites d’application de méthodes plus simples et
plus rapides de calcul de débit de crue.

Trois postulats sont à la base de cette théorie :


1. Temps de base : Pour un bassin versant donné, le temps de base du ruissellement
direct est constant pour n'importe quelle averse de durée (te) (tb=tc+te)
2. Proportionnalité : Une averse unitaire d'intensité double (2 I ) engendre un
hydrogramme unitaire dont les débits sont doubles par homothétie
3. Linéarité : Une averse d'intensité (I) de durée double (2 te) engendre un
hydrogramme non unitaire composé de deux hydrogrammes unitaires décalés te.

L'hydrogramme unitaire a donc une forme fixe pour un bassin versant. La forme de l'H.U. est
affectée par la durée. On aura donc des H.U. de 1, 2, 3, .... 6h etc. selon la durée de la pluie
efficace correspondante. Cette théorie permet ainsi la reconstitution de crues complexes.

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te = durée de l’excès

I
Intensité
Postulat 1 : Averse unitaire d’intensité I

Débit

te = durée de l’excès Temps

I
Intensité Postulat 2 : Averse unitaire d’intensité 2I

Débit

Temps

I1 I2
Intensité I1 + I2
Postulat 3 : Averse de durée double de
I2 l’averse unitaire
I1

Débit

Temps

Figure 6 : Hypothèses de linéarité de l’hydrogramme unitaire

4.1. Détermination de l’H.U normé du bassin

Dans la pratique on choisi des averses intenses, courtes et uniformément distribuées


sur le bassin versant. La durée de l'averse doit être à peu près de 10 à 30% du temps de
réponse (lag) du bassin.

L’hydrogramme est découpé pour séparer ses différentes composantes pour obtenir le
volume ruisselé. La pluie nette est alors égale à ce volume divisé par la surface du bassin
versant. Il est préférable d'obtenir un hydrogramme unitaire moyen pour plusieurs averses.
Les différentes étapes sont:
1. Séparation du ruissellement direct de l’écoulement de base.
2. Détermination de la hauteur équivalente en mm du ruissellement direct.
3. Pour l'averse choisie, on détermine l'hyétogramme correspondant ;
4. On estime l'indice φ. Ceci permet de connaître la durée de la pluie efficace (te)
5. extraire pour chaque pas de temps, les ordonnées de l’hydrogramme de ruissellement
direct et diviser par la lamme d’eau ruisselée. On peut déterminer ainsi les ordonnées de
l'hydrogramme unitaire correspondant à une pluie efficace de durée te

Souvent l'hydrogramme engendré par une averse résulte de plusieurs unités de pluie efficace.
Autrement dit l'intensité de l'averse (surtout l'excès) est variable. Dans ce cas la dérivation de
H.U. est différente :

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• Soit m le nombre d’excès de pluie et n le nombre des ordonnées du ruissellement
direct
L’averse sera décomposée en m averses élémentaires juxtaposées, chacune d’intensité
constante et de durée t. On admettra que l’hydrogramme global de ruissellement est la somme
des m hydrogramme relatifs aux averses élémentaires.
Dans ce cas, si on note Qi les ordonnées de l’hydrogramme de ruissellement et ui les
ordonnées de l’hydrogramme unitaire recherché.
Alors nous avons :

Q1 = p1 ⋅ u1
Q2 = p 2 ⋅ u1 + p1 ⋅ u 2
Q3 = p3 ⋅ u1 + p 2 ⋅ u 2 + p1u 3
......
Qn = p m −1u1 + p m − 2 u 2 + ...... + p1u n − m +1

On obtient ainsi un système d’équations linéaires simultanées qui permet de calculer les
ordonnées ui.

4.2. Convolution de la pluie nette avec l’HU

A partir d’un HU connu pour une averse unitaire de norme 1mm et de durée de référence τ
(HUN), on peut calculer l’hydrogramme résultant d’une averse longue et complexe. Le
hyétogramme de l’averse est décomposé en une succession d’événements simples de durée τ.

Pour chacun des événements simples, on peut déterminer l’hydrogramme de ruissellement qui
en résulte en appliquant le principe de linéarité. De plus, chaque hydrogramme obtenu est
décalé dans le temps d’une durée τ par rapport à l’hydrogramme résultant de l’événement
précédent.
L’hydrogramme résultant de l’événement pluviométrique complexe s’obtient finalement en
effectuant la somme des hydrogrammes obtenus.
La figure résume les différentes étapes de la convolution.

91
Figure 7: Convolution d’une pluie nette avec un HU (Musy, 1998)

Tableau 1 : Convolution d’une pluie nette avec un HUN


Temps τ 2. τ 3. τ 4. τ 5. τ 6. τ
p1*HUN p1· u1 p1· u2 p1· u3 p1· u4
p2· HUN p2· u1 p2· u2 p2· u3 p2· u4
p3· HUN p3· u1 p3· u2 p3· u3 p3· u4
Hydrogramme x1 x2 x3 x4 x5 x6

4.3. L’hydrogramme en S :

L’hydrogramme en S est l’hydrogramme de ruissellement d’une pluie continue et d’une durée


supérieure au temps de concentration tc. Cet hydrogramme prend la forme d’une courbe en S
qui devient constante. En fait, au-delà de tc, la contribution du bassin versant devient
maximale puisque toute la surface contribue à l’écoulement. Ceci n’est vrai que dans le cas
d’une averse uniforme.
La courbe en S permet de calculer un hydrogramme unitaire de norme 1 et de durée de
référence Tτ, à partir de l’HU correspondant à τ.

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Figure 8: Construction de la courbe en S

En effet, en décalant deux hydrogrammes en S d’intervalle de temps T, on obtient par


soustraction les ordonnées de l’HU correspondant à l’averse unitaire de durée T. L’H.U.
résultant doit encore être réduit à un volume ruisselé normé, en le divisant par le rapport T/τ.

Figure 9: Décalage d’une courbe en S et calcul d’un HU.

4.4. Hydrogramme unitaire de Synder

Il est parfois utile de connaître l’allure générale de l’hydrogramme en divers points du cours
d’eau sur lequel on ne dispose pas d’enregistrement de débits. A cet effet, de nombreuses
tentatives ont été faites pour déterminer les éléments principaux de l’hydrogramme unitaire
(temps de base, débit de pointe) à partir des caractéristiques physiques et géographiques du
bassin versant.
Synder a proposé un certain nombre de formules de ce genre pour les bassins de la région des
appalaches aux Etats-Unis. La méthode de Synder a été élaborée pour des bassins versants de
10 à 10000 (miles)². Quatre types de données sont nécessaires pour la détermination de
l’hydrogramme unitaire de Snyder :

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• La surface du bassin (A)
• La longueur du cours d’eau principal (L)
• La longueur séparant le centre de gravité et l’exutoire du bassin (Lg)
• Deux coefficients (Ct) et (Cp) (Ct varie entre 0.3 et 6 et Cp de 0.31 à 0.93)

Le paramètre de base choisi par cet auteur est le « temps de réponse » (tr) (temps qui sépare le
centre de l’excès de pluie et le temps de pointe de l’hydrogramme). Une estimation de ce
paramètre est donnée par la formule suivante :

t r = C t (L ⋅ L g )
0.3

tr en heures et Lg en Km.
Ct varie entre 0.3 et 6. Il est lié au gradient de la pente S :
0.6
Ct =
S

- La durée de la pluie efficace est déduite du temps de réponse par la formule :


t
te = r
5.5
te en heure; tr en heure

Si la durée (te’) de l’averse nette souhaité est différente de te , le temps de réponse doit être
ajusté selon :
(
t r' = t r + 0.25 t e' − t e )
Avec :
t’r : temps de réponse corrigé (hr)
tr : Temps de réponse initial (hr)
t’e : La durée souhaitée de l’hydrogralmme unitaire (excès de pluie)(hr)
te: la durée calculée de l’hydrogramme unitaire (hr)

- La valeur du débit de pointe (Qp) de l’hydrogramme unitaire pour une averse unitaire
donnant une hauteur de ruissellement de 1mm est donnée par la relation :
A
Q p = 2.78 ⋅ C p (m³/s)
tr
Cp varie de 0.31 à 0.93.

- L’estimation du temps de base (tb) de l’hydrogramme unitaire, qui correspond à la durée du


ruissellement direct est donnée par :
t
tb = 3 + r
8
tb en jours et tp en heures.

Le temps de monté (tm) en heure peut être calculé selon :


t
tm = e + tr
2

94
Des cordonnées supplémentaires de l’hydrogramme unitaire peuvent être calculées :
Le débit Q50 est défini comme étant 0.50*Qp. Il est relié aux temps :
W W
t1 = t r − 50 et t 2 = t r + 2 50
3 3
avec :
−1.08
 Qp 
W50 = 5.87 
 A 
Le débit Q75 est défini comme étant 0.75*Qp. Il est relié aux temps :
W W
t '1 = t r − 75 et t ' 2 = t r + 2 75
3 3

avec :
W50
W75 =
1.75
W75 et W50 (hrs), Qp (m3/s) et A (Km2)

Les intervalles définis par W75 et W50 doivent être placés de sorte que le 1/3 soit avant le
temps de montée (tm) et les 2/3 après.

7 Temps de montée
Qp
6

5
Q75 W75

Q50 3 W50

2 tb

0
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11

Figure 10 : Exemple d’hydrogramme unitaire de Synder

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4.5. Méthode du Service de conservation des sols: SCS (1957)

L’ hydrogramme unitaire peut être présenté sous une forme d'un triangle
– Durée de l’excès (te)
– Débit de pointe (Qp)
– Temps de récession (B)
– Temps de réponse (tr)
– Temps de monté (tm)

Durée excès

te Temps de réponse

tr

Pluie efficace

tm
B=1.67 tm

Figure 11: Triangle de l’Hydrogramme unitaire synthétique de SCS

Temps de réponse :

t r = 0.6 ⋅ t c
Temps de montée :

tr
tm = + te
2

Débit de pointe :

2.08 ⋅ A
Qp =
tm
Temps de récession

B = 1.67 ⋅ t m

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5. Méthodes de calcul du débit de crue :

Une crue est caractérisée par :


- son débit maximal ou pointe de la crue ;
- sa durée et la durée de ses différentes phases notamment le temps de base et le temps de
montée ;
- son volume ;
- son hydrogramme.

Les méthodes de calcul doivent être aux mesures et informations disponibles concernant la
crue. Elle doivent aussi prendre en considération l’importance des aménagements à mettre en
place et l’importance des valeurs socio-économiques des biens que l’on souhaite protéger.

De manière générale, les méthodes de calcul utilisées peuvent être classées en trois catégories
selon le niveau de disponibilité de données sur la zone d’étude :
Cas 1 : pas ou peu de données disponibles :
Des méthodes approximatives peuvent être appliquées. Elles ne fournissent que des ordres de
grandeur difficilement probabilisables (méthodes analogiques, régionales, empiriques ou
pseudo-empiriques).
Cas 2 : données concomitantes de pluies et de débits (au même pas de temps)
Application de méthodes déterministes.
Cas 3 : données existantes de pluies et/ou de débits :
Application de méthodes statistiques qui peuvent être couplées aux méthodes déterministes.

I. Les méthodes approximatives

I.1. Les méthodes analogiques

Lorsque l’on ne dispose pas de données hydro-météorologiques sur la zone d’étude, il


est possible de procéder à une étude hydrologique sur un ou plusieurs bassins analogues pour
lesquels les données sont disponibles. Les résultats obtenus peuvent être alors transposés sur
le bassin initial, moyennant des règles de transfert à établir.
L’analogie hydrologique doit respecter certaines règles et critères :
- la morphologie des bassins versants « analogues » : ce sont essentiellement les
paramètres de pente, orientation, densité de drainage, type de couverture végétale,
pédologie.
- La situation géographique : latitude, longitude et altitude.
- Les aménagements réalisés sur les basins versants « analogues »
- Les caractéristiques physiques : telles que la surface, la longueur, la largeur, la forme,
etc.

La qualité des résultats acquis de cette manière sur le bassin versant initial dépend fortement
de la qualité de l’analogie établie.

I.2. Les méthodes régionales

Elles consistent à réaliser le transfert d’un ou de plusieurs paramètres régionaux


estimés pour un bassin jaugé, au bassin concerné. Plusieurs méthodes peuvent être utilisées à
cet effet. La méthode la plus utilisée au Maroc est la formule empirique régionale de Francou
Rodier (elle sera détaillée plus loin) :

97
1− 0.1K
 A 
Qmax = 10  8 
6

 10 
K est le paramètre de Francou Rodier.
La première étape consiste à calculer le paramètre K, connaissant le débit Q pour une période
de retour T, dans un bassin jaugé de superficie A1.
Le débit Q peut être calculé par une étude statistique appliquée aux données observées dans le
bassin ou par une autre méthode telle que la méthode du Gradex ou la méthode rationnelle
décrites plus loin. Le choix de la méthode dépendra des données disponibles sur le bassin
jaugé.
Le calcul de K peut se faire en effectuant la transformation suivante sur la formule de Francou
Rodier:
 K (T ) 
log(Q(T )) = 6 + 1 − (log( A1 ) − 8)
 10 

La deuxième étape du calcul consiste à utiliser la même valeur du paramètre K pour calculer
le débit de crue dans le bassin analogue non jaugé de superficie A2. La formule de Francou
Rodier est donc utilisée à cet effet.
Il faut noter que cette méthode n’a de sens que si une étude de comparaison entre les deux
bassins versant a été effectuée et a permis de conclure qu’on peut les considérer
« homogènes ».

II. Les méthodes empiriques :

Il existe un grand nombre de formules empiriques, en général, mises au point pour une
région donnée ; leur utilisation doit être faite avec beaucoup de prudence. Les formules
empiriques sont de diverses nature, en fonction du type de données disponibles sur le bassin
versant. Il est possible de les classer selon leur degré de complexité :

a- formules empiriques utilisant uniquement les caractéristiques du bassin versant.

La formule générale est :


Qmax = f(c1, c2,……..,cn, A)
Ou encore
qmax = f(c’1,c’2,…………c’n, A)
Avec:
c1, c2,……..,cn: coefficients exprimant les caractéristiques géomorphologiques du bassin
versant ;
A : superficie du bassin versant ;
Qmax: débit maximal du bassin versant;
q max : débit spécifique maximal.

La plupart des formules empiriques donnant les débits maxima Q (m³/s) en fonction de la
superficie du bassin versant s’apparentent à la formule de Myer :
Q = C ⋅ Aα
Où :
C : coefficient appelé « cote Myer » déterminé en fonction des caractéristiques du bassin et en
particulier de sa pente moyenne ;
α : exposant généralement pris au Maroc égal à 0.5 (variant de 0.4 à 0.8 suivant les régions).

98
Formules de Hazan et Lazarevic

Appartiennent à ce groupe, les formules de M Hazan et Lazarevic déterminées


particulièrement dans différentes régions marocaines. Une méthodologie pour calculer les
débits maxima pour une fréquence millénaire a été établie. Les résultats sont présentés dans le
tableau suivant.

Tableau 2: Débit de pointe millénaire en fonction de la superficie du bassin (Formule de


Hazan et Lazarevic)
Zone géographique Débit (m3/s) Pluviométrie
(mm)
Rif central Q1000 = 15.55 ⋅ A 0.776 1000 - 1300

Rif occidental Q1000 = 9.78 ⋅ A 0.793 800 – 1000


Rif oriental Q1000 = 7.58 ⋅ A 0.808 600 – 800
Haut Atlas saharien Q1000 = 9.38 ⋅ A 0.742 200 – 400
Moyen Atlas Q1000 = 14.94 ⋅ A 0.636 700 – 900
Moyen Atlas Q1000 = 13.51 ⋅ A 0.613 500 – 700
Moyen Atlas (Karst) Q1000 = 13.47 ⋅ A 0.587 400 - 700

Parmi les formules applicables aux bassins de petite taille on peut citer:

Formule de Lauterburg
1120
Qmax = α ⋅ pour1 < A < 500km²
31 + A
Avec α : coefficient exprimant à la fois la pente du bassin versant, le type de sol et la
végétation.

Formule de Melli

18.5
Qmax = ϕ 6
pour 1<A<500 km²
A
Avec φ : coefficient dont la valeur moyenne est 0.4.

Formule de Francou et Rodier

Ces auteurs ont classé plusieurs centaines de crues dans le monde dans un diagramme
log (Q) = f(log (A)). Ils ont constaté que dans les régions relativement homogènes, les points
étaient plus au moins alignés. Ils en ont déduit une formule générale de la forme :
K
1−
Q  A 10
= 
Q0  A0 
Où Q0 est le débit maximal d’une crue observée dans un bassin de superficie A0.
K : paramètre régional, appelé aussi paramètre de Francou Rodier.

99
La formule de Francou Rodier, analysée dans les bassins marocains a permis d’aboutir à la
relation suivante, très utilisée au Maroc :

1− 0.1K
 A 
Qmax = 10 6  8 
 10 

Avec K coefficient qui varie de 4 à 5 pour les régions marocaines.

La méthode des courbes enveloppes :

C’est une méthode graphique qui consiste à grouper sur un même graphique, souvent
logarithmique, le nuage de points des crues maximales observées en fonction des superficies
pour un ensemble de bassins plus ou moins homogènes. Une courbe enveloppent représentant
une limite supérieure peut être tracée pour ce nuage de point. L’expression analytique de cette
courbe sera la formule empirique utilisée pour le calcul de Qmax dans le bassin de superficie
A. ceci permettra d’estimer un débit de crue qui ne pourra pas être dépassé quelque soient les
conditions morphologiques du bassin. Dans ce cas, l’estimation obtenue risque de fournir un
débit surestimé et donc loin de la solution économique. La méthode de Francou Rodier
semble être plus intéressante.

- Formules empiriques faisant intervenir le temps de retour :

Formule de Fuller :
Q(T ) = Q1 (1 + log(T ))
Avec :
Q(T) : débit moyen journalier de crue de temps de retour T ;
Q1 : valeur moyenne des débits maxima Qmax de chaque année ;
T : temps de retour considéré.

Pour passer de Q(T), débit moyen journalier, au débit de pointe Qp, il faut appliquer un
coefficient de pointe cp. Fuller propose :
2.66
c p = 1 + 0.3
A
A partir de cette formule, il a été proposé la formule suivante utilisée au Maroc (Sghir, 1996):

2.66
Q p = Q1 (1 + a ⋅ log(T ))(1 + )
A 0.3
Où : a varie de 0.8 à 1.2 pour les oueds rifains et de 3 à 3.5 pour les oueds sahariens.

Formule de Coutagne :
(
Qmax (T ) = Q0 1 + K log(T ) )
Avec :
Qmax(T) : débit de pointe de temps de retour T ;
Q0 : débit de pointe de temps de retour T=1an ;
T : temps de retour considéré.
Le coefficient K varie de 1.82 à 1.4.

100
b- formules empiriques utilisant les caractéristiques du bassin versant et les
précipitations :

La formulation générale est :


Qmax = f(c1, c2,…….,cn, A, p)

Avec p : paramètre tenant compte de la précipitation.


On peut citer dans cette catégorie :

Formule de Iskowski

Q(m³ / s) = λ ⋅ m ⋅ P ⋅ A
Avec :
λ : coefficient caractérisant la morphologie du bassin versant ( 0.017 ≤ λ ≤ 0.8 ) ;
m : coefficient reflétant la grandeur du bassin versant ;
P : module pluviométrique annuel moyen (en mm) ;
A : superficie du bassin versant (en km²)

Formule de Possenti

λ ⋅ P24  A 
Q(m³ / s ) =  Am + p 
L  3 

Avec :
λ : coefficient caractérisant la longueur du cours d’eau principal (compris entre 700 et 800) ;
P24 : pluie maximale (en m) d’une durée de 24h ;
L : longueur du cours d’eau principal (m)
Am : surface (en km²) de la partie montagneuse ;
Ap : surface (en km²) de la partie plate.

c- formules empiriques utilisant les caractéristiques du bassin versant, les précipitations,


le ruissellement et le temps de concentration :

La formulation générale est :

Qmax = f(c1, c2,…….,cn, A, p, tc),


Tc est le temps de concentration.

On peut citer :
Formule de Turazza

cr ⋅ H ⋅ A
Q=
3 .6 ⋅ t c
Où :
Cr : est le coefficient de ruissellement du bassin versant ;
H : la hauteur totale maximale (en mm) des précipitations pendant une durée égale à tc ;
A : superficie du bassin versant ;
tc : temps de concentration (en heures)

101
III. Méthodes pseudo-empiriques

Elles se distinguent des méthodes empiriques en raison d’un certain degré de


conceptualité et d’une mise en application faisant appel à de réels résultats de mesure. Par
contre, la nature de certains coefficients ou la manière dont ceux-ci on été déterminés peut
être empirique. Parmi ces méthodes la plus connue est la méthode rationnelle.

III.1. La formule rationnelle :

Q = 0.278 ⋅ c r ⋅ i ⋅ A

Avec :
Cr : coefficient de ruissellement ;
i : intensité de la pluie pour une durée t donnée ou choisie en fonction du temps de
concentration (mm/h) ;
A : superficie du bassin versant (km²) ;
Q : débit (m³/s).

Si la durée de la pluie est égale au temps de concentration, le débit obtenu est le débit
maximal. L’application de cette méthode nécessite l’identification des différents coefficients
qui la caractérisent. Notamment, le temps de concentration, le coefficient de ruissellement et
l’intensité.

a- le temps de concentration :

A défaut de mesure, le temps de concentration peut être estimé par des formules empiriques.

Formule de Ventura :
A
t c = 76.3.
I
t c : temps de concentration (min) ;
A : superficie u bassin versant (km²) ;
I : pente moyenne du bassin (%).

Formule de Kirpich :
L0.77
t c = 0.0195
S 0.385
L : longueur du cours d’eau principal (m);
S : pente du cours d’eau principal (%)
t c : temps de concentration (min)

Formule de Turazza
1/ 3
L
t c = 0.0529 ⋅ A ⋅  
S

A : surface du bassin (km²) ;


L : longueur du cours d’eau principal (km);
S : pente du cours d’eau principal (m/km) ;

102
t c : temps de concentration (heures).

Formule de Giandotti
4 ⋅ A 0.5 + 1.5 ⋅ L
tc =
0.8 ⋅ h 0.5

A : Surface du bassin versant (km2) ;


L : longueur du cours d’eau principal (km) ;
h : différence entre l’altitude moyenne du bassin et celle à l'exutoire (m) ;
t c : temps de concentration (heures).

b- coefficient de ruissellement

Il dépend essentiellement du type de sol, de sa couverture végétale et de la pente du bassin. Le


tableau 3 indique quelques valeurs de ce coefficient.

pluie(mm)
cr =
Ruissellement (mm)

Tableau 3 : Quelques valeurs du coefficient de ruissellement


Type de surface Pente Coefficient de ruissellement

Sols à texture sableuse <2% 0.05 - 0.10

2-7% 0.10 - 0.15

> 7% 0.15 - 0.20

Sols à texture lourde <2% 0.13 - 0.15

2-7% 0.18 - 0.22

> 7% 0.25 - 0.35

Le coefficient de ruissellement est considéré constant dans le temps et dans l’espace. Ceci
peut conduire à une sous estimation du volume ruisselé puisque la capacité d’infiltration est
supposée rester constante dans le temps tandis qu’en réalité, elle diminue.
Il est plus correct de considérer une valeur globale du coefficient de ruissellement calculée en
découpant le bassin versant en zones homogènes, chacune ayant un coefficient de
ruissellement ci et une superficie ai :

cr =
∑ ci ai
∑ ai
c- L’intensité i

La méthode rationnelle nécessite le calcul de la pluie de fréquence donnée et de durée égale


au temps de concentration. Pour cela il faudrait suivre les étapes suivantes :

103
- dépouiller les enregistrements pluviométriques et constituer un échantillon de pluie
maximale de durée égale au temps de concentration du bassin.
- Ajuster une loi de probabilité théorique à cet échantillon et en déduire la valeur de la
pluie moyenne maximale correspondant à la fréquence F choisie. La loi de Gumbel est
la plus utilisée.
Dans le cas où l’on ne dispose pas d’enregistrements pluviographiques à proximité du site
étudié, mais il existe un poste pluviométrique ayant fourni des relevés de pluies en 12h ou
24h, la procédure de calcul de l’intensité sera comme suit :
- constituer un échantillon de précipitations maximales journalières (ou de 12h)
- ajuster une loi théorique à cet échantillon et en déduire la valeur de la pluie journalière
(ou de 12h) maximale correspondant à la fréquence choisie Pjmax(F).
- A partir de Pjmax(F), effectuer le passage aux pluies maximales pour le temps de
concentration tc, selon les relations régionales liant Pjmax à la pluie en n heures :

Pt ( F )
= At B (T )
Pj max ( F )
ou
b (T )
Pt ( F ) t
=  
Pj max ( F )  j 

A, B, b sont des paramètres régionaux ;


j =12h ou 24h
T : temps en heures, pour lequel on cherche la pluie de fréquence F.

III.2. La méthode des isochrones

C’est une extension de la méthode rationnelle qui permet d’obtenir en plus du débit de
pointe, l’hydrogramme de crue. Son principe consiste à estimer les débits après avoir
préalablement subdivisé le bassin versant en un certain nombre de secteurs Ai limités par des
isochrones. Les lignes isochrones sont définies comme étant les lignes d’égale temps
d’écoulement. Avant d’évaluer l’hydrogramme de crue dû à une précipitation sur le bassin
versant (uniforme dans l’espace) on peut tout d’abord déterminer l’effet d’une précipitation de
durée ∆t qui tombe sur le secteur Ai. Le temps mis par l’eau pour parvenir à l’exutoire varie
entre (i-1) ∆t et i ∆t. Si le pas de temps est suffisamment petit, on admet que le temps de
parcours de l’eau est égal à (i-1) ∆t.
Ainsi, une intensité de précipitation Ii tombant sur le secteur Ai entre t et t + ∆t va provoquer
un débit Qi = cri Ii Ai entre t + (i-1) ∆t et t + i ∆t.
Le débit à l’exutoire peut être déterminé comme étant la somme des débits résultants de la
précipitation :
Sur le secteur A1 entre t et t + ∆t ;
Sur le secteur A2 entre t- ∆t et t ;
Sur le secteur A3 entre t – 2 ∆t et t – ∆t ;
Sur le secteur Ai entre t – (i-1) ∆t et t- (i-2) ∆t ;
Sur le secteur An entre t-(n-1) ∆t et t-(n-2) ∆t.

En procédant à la sommation de ces différents débits partiels, on obtient :

104
Q(t ) = ∑ c ri ⋅ I i [t − (i − 1) ⋅ ∆t ]Ai

Où Ii [t - (i-1) ∆t] désigne l’intensité de la précipitation sur le secteur Ai au temps [t - (i-1) ∆t].

IV. Les méthodes statistiques :

Elle s’applique lorsque de longues séries de données sont disponibles.

IV.1. L’analyse fréquentielle

Elle se base sur le principe de l’ajustement d’une série d’observations à une loi de distribution
statistique connue. Une foie l’adéquation de cette loi vérifiée, il est possible d’extraire des
résultats relatifs à des phénomènes rares et très rarement observés. Deux problèmes majeurs
se posent :
- l’ajustement : dans la plupart des cas, il est possible de trouver plusieurs lois de
probabilité s’ajustant correctement aux données disponibles ; on ne peut donc dire que
les débits obéissent à telle loi mais on doit dire que telle loi, dans tel domaine de
fréquence, décrit bien la distribution.
- L’extrapolation : a-t-on le droit d’extrapoler les ajustements réalisés à des fréquences
faibles ; deux difficultés se posent :
1- cela suppose que les crues de fréquence rare ne sont qu’un prolongement des crues
courantes.
2- selon la loi choisie, l’extrapolation peut donner des résultats différents de 50 à
100% pour des crues millénaires, par exemple.

L’ajustement et l’extrapolation des débits de crues doivent donc être maniés avec la plus
grande réserve.

La loi la plus utilisée est la loi de Gumbel :


−a( x− x 0 )
F ( x) = prob( X ≤ x) = e −e

On peut ajuster a et x0 par une méthode graphique de manière simple sur un papier gradué en
probabilité mais avec une échelle non linéaire (en –Log(-Log(F))). On peut aussi faire un
ajustement par la méthode des moments. Dans ce cas :

105
1
= 0.78σ
a
0.577
x0 = x −
a
Avec x et σ respectivement la moyenne et l’écart type de l’échantillon.

Exemple d’ajustement : MAULE à ARMERILLO (CHILI)

Bassin versant total 5000 km², dont 4000 km² de neige en hiver.

Tableau : Débits moyens journaliers maxima (m³/s)

Année Débit Année Débit


1951 1380 1960 540
1952 2000 1961 2700
1953 1500 1962 360
1954 600 1963 2800
1955 1200 1964 500
1956 830 1065 1900
1957 900 1966 1250
1958 1300 1967 300
1959 1400

On prend comme fonction de fréquence cumulée empirique :


m
F ( x) = n : nombre de données, m : rang de la donnée.
n +1

D’où le graphique ci-dessous :

106
Figure 13: Ajustement de la loi de Gumbel

IV.2. La méthode du Gradex

La méthode du GRADEX a été développée par l’équipe de recherche d’Electricité de


France (EDF) (Guillot et Duband, 1967). Cette méthode a pour but de rechercher les débits
maximaux de crues pour des fréquences d’apparition rares et très rares (temps de retour de
plus de 100 ans). Elle présente l’intérêt de tenir compte de l’information « pluie » pour
compléter l’information « débit ». Elle s’applique notamment lorsque l’on dispose d’une
longue série de pluie et d’une courte série de débits (environ 10 ans) sur le bassin.

Les hypothèses suivantes doivent être vérifiées pour l’application de cette méthode :
- les débits maximaux recherchés sont provoqués uniquement par des pluies maximales
uniformément réparties sur le bassin.

107
- Les pluies maximales et les débits correspondants suivent une même loi de
distribution statistique, dite des « extrêmes » en raison de la nature du phénomène
recherché. La loi de Gumbel est souvent utilisée dans ce but. Dans ce cas, et dans ce
cas uniquement ; le caractère exponentiel de cette distribution est décrit par la pente de
la droite d’ajustement des pluies observées, mesurée sur un diagramme de probabilité
adéquat. La pente de cette droite est le GRAdient de cette distribution Exponentielle,
d’où le nom de la méthode GRADEX.
- A partir d’une certaine valeur de pluie, correspondant à un état de saturation en eau du
bassin, tout excédent de pluie provoque le même excédent du débit ( tout ce qui tombe
ruisselle). On en déduit que l’on peut dans certains cas définir la loi des débits en se
servant de celle des pluies. En raisonnant sur une loi de Gumbel, la droite de
distribution des débits est alors parallèle à celle des pluies à partir de ce seuil. Il est
alors possible de déterminer la valeur des débits correspondant à des pluies maximales
par simple extrapolation statistique.

Selon les auteurs de cette méthode, le taux de saturation du bassin est atteint après un
événement pluviométrique qui provoque un débit décennal (T=10 ans).

Figure 14: Principe de la méthode du GRADEX basée sur une distribution de Gumbel
(Musy 1998)

L’application de la méthode du GRADEX implique que:


1- la durée des pluies considérées doit strictement correspondre à celle des débits (même ∆t
qui est de l’ordre de grandeur du temps de concetration du bassin)
2- les unités des pluies et des débits doivent être identiques, si l’on procède à l’application de
cette méthode en utilisant la loi de Gumbel et sa représentation sur un papier de
probabilité correspondant ;

108
3- les limites d’application de cette méthode sont conditionnées par des temps de
concentration tc variant entre 1 heure et 4 jours, ce qui limite la taille du bassin versant à
5000 km² au maximum.

Soit T0 la période de retour correspondant au débit pour lequel la saturation d’équilibre du sol
est atteinte. Q(T0) est appelé « charnière »
P(T0) est la pluie qui a généré l’écoulement Q(T0).
Selon l’hypothèse de la méthode, une pluie de période de retour T supérieure à T0 va générer
un écoulement Q(T) tel que :
Q(T) = dP = (P(T) – P(T0))
En supposant que les précipitations journalières maximales suivent une loi de Gumbel, la
représentation graphique des quantiles sur le papier de Gumbel sera linéaire en fonction de la
variable réduite de Gumbel u :
dP = G ⋅ u
Avec :
u = − Log (− Log ( F ))
G étant la pente de la droite des pluies. C’est ce qu’on appelle le Gradex des pluies.
Selon la méthode du GRADEX la fonction de répartition des débits extrêmes s’extrapole au-
delà du débit de crue charnière, parallèlement à celle des pluies extrêmes.
Ainsi, au changement d’unités près, le Gradex des pluies est égal au Gradex des débits.

En considérant l’homogénéité des unités, on abouti à :

A
Gradex des débits = Gradex des pluies
3.6t c

[m³ / s] = [mm] ⋅ [km²]


[heures]
Rappelons que les paramètres de la loi de Gumbel, calculés par la méthode des moments
sont :
1
P = u + x0
a
1
G = = 0.78σ
a
0.577
x0 = P −
a
Avec P etσ respectivement la moyenne et l’écart type de l’échantillon de pluies.
u = − Log (− Log ( F ))
F est la fréquence au non dépassement.
1
F = 1−
T

Le calcul par la méthode du Gradex passe par les étapes suivantes :


1- estimer le temps de concentration des hydrogrammes disponibles (h heures). On
retiendra une valeur arrondie ;
2- étudier la variable aléatoire « pluie reçue par le bassin en h heures ». Tracer sa
fonction de répartition suivant une loi de Gumbel. Calculer le Gradex des pluies (pente
de la droite) ;

109
3- étudier la variable aléatoire « débit ». le temps de retour préconisé par les auteurs de la
méthode est de 10 ans. On calculera le quantile Q(10), de fréquence 0.9.
4- extrapoler la fonction de répartition des débits pour T>10 ans par une droite parallèle à
celle des pluies. Il ne faut pas oublier d’effectuer le changement d’unité du Gradex de
pluie en Gradex de débit. Cette extrapolation permet de calculer le quantile Q(T)
recherché.

Il faut préciser que les résultats obtenus pour des débits maximaux résultent de pluies
maximales moyennes. Il faut donc multiplier les valeurs de débits obtenus par extrapolation
par le coefficient de pointe pour obtenir le débit maximum instantané.
Si des hydrogrammes de crues observées existent, le coefficient de pointe peut être estimé par
la moyenne de la variable :
débit de pointe
rp =
Q[T] en t c heures
La moyenne rp varie entre 1.2 et 1.7 pour les bassins versants français et entre 1.2 et 3 pour
les bassins versants marocains.
Si les hydrogrammes de crues ne sont pas disponibles pour le bassin étudié, on procédera par
estimation analogique avec d’autres bassins.

Exemple d’extrapolation par le Gradex :

P = 10 u + 21.83
Q10 = 150 m³/s
A = 1100 km²
Le Gradex de pluie en 24 h (Gradex journalier) = pente de la droite.
G = 10 mm/j
Le Gradex de débit est alors calculé comme suit :

10 ⋅ 1100
G (débit ) = = 127.3m³ / s
3.6 ⋅ 24h

- Graphiquement : On représente la droite des débits de pente 127.3 m³/s passant par le
point Q10 et on extrapole.
- Analytiquement : on pose
Q[T] = 127.3 u + x0

u = − Log (− Log ( F ))

Connaissant Q10, on déduit x0 :


T = 10 ans donc F = 0.9 et u = 2.25

x0 = Q10 − 127.3 ⋅ 2.25 = −136.425


Ainsi la droite de Gumbel pour les débits s’écrit :
Q[T] = 127.3 u – 136.425
Pour T = 100 ans, u = 4.6 et donc Q100 = 450 m³/s.

110
Tableau 4: Résumé des méthodes d’estimation des crues en fonction du type de données
disponibles
Variable de Données nécessaires enregistrées dans le bassin Pas de données
dimensionneme versant
nt Type de données Méthodes
Débit de pointe - Longue série de débits - Analyse fréquentielle - Formules empiriques
maximaux. - Gradex et méthodes - Méthodes régionales
- Longue série de dérivées - Méthodes analogiques
précipitations maximales - Méthodes rationnelles
- Courte série de débits et méthodes dérivées
maximaux (Qmax)
- Courbes IDF
Hydrogramme - Courtes séries concomitantes - Modèle hydrologique - Hydrogramme
de crue de précipitations et de simple (hydrogramme unitaire synthétique
débits, et courbe IDF unitaire, méthode du - Coefficient de
- Longue série de débits SCS-CN) ruissellement
- Hydrogramme
synthétique
monofréquence
- Analyse fréquentielle
Scénarios de - Courtes séries - Modèle de simulation
crues historiques concomitantes de continue. Calage sur la
ou probables précipitations et de débits et courte série de pluie-
longues séries de débits puis validation
précipitations sur une longue série de
débits à partir d’une
longue série de
précipitations.
- modèle stochastique
de précipitations pour
générer des chroniques
synthétiques de pluies.

111