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femme à l’ombrelle tournée vers la gauche, 1886.

MUSÉE D’ORSAY

Le
Claude Monet, Essai de figure en plein air :

Vincent Van Gogh, Autoportrait, 1889.


MUSÉE D’ORSAY, COLLECTION DU DOCTEUR GACHET
musée
idéal LES ŒUVRES
DES PLUS GRANDS
PEINTRES
DÉCRYPTÉES
UNE COLLECTION
Johannes Vermeer, La Jeune Fille à la perle, vers 1665. MARITSHUIS, LA HAYE
Paul Gauguin, Le Repas ou Les Bananes, 1891. MUSÉE D’ORSAY DE LIVRES
« LE MONDE »
EN KIOSQUE LE JEUDI,
TOUS LES QUINZE JOURS

c’est l’instant d’après qui change tout. qui réunit les chefs-d’œuvre des maîtres longues files en témoignent –, ils connaissent seconds le prolongent, en ouvrant d’autres
Quand, au musée, devant un chef-d’œuvre, de la peinture. Prolongeant les expositions- aujourd’hui une faveur sans précédent. portes, en invitant d’autres voix. Garants de
s’engage un discret tête-à-tête, l’œil s’éclaire, événements de la saison muséale, Symboles de vitalité culturelle et d’appétence savoir et de véracité, moyens de distanciation
la curiosité s’anime, la mémoire s’éveille. De Van Gogh, Gauguin, Monet, Vermeer, de publics très divers, les musées sont et de pondération par leur nature même,
cette rencontre silencieuse et contemplative, De Vinci inaugurent la série. Dans l’intimité au cœur de nos sociétés en mutation, que les uns comme les autres triomphent à l’ère
on emporte une sensation précieuse et vive, d’une visite privée et commentée, chaque l’évolution démographique, l’urbanisation, de l’instantané, parce qu’ils sont justement
sorte d’émotion dont on ne voudrait rien volume rassemble, au fil d’une rétrospective le numérique et la mondialisation sans rivaux pour arrêter le temps : celui de la
perdre ni oublier. Intime et unique, comme imaginaire, les œuvres maîtresses d’un transforment à un rythme effréné. A l’heure contemplation, de l’émotion, de la réflexion.
l’enthousiasme d’un amour naissant, elle grand peintre. Conservées par les plus où une accélération de l’information et Ainsi, en accompagnant le visiteur et
suscite l’envie d’aller plus loin, de mieux grandes institutions muséales à travers de l’image mélange de façon indiscernable le lecteur dans son commerce avec les
connaître l’artiste, d’en découvrir les le monde, elles ne sont que très rarement le vrai et le faux, l’essentiel et l’anecdotique, œuvres d’art, les musées et les beaux livres
œuvres majeures, d’explorer son temps, réunies au sein d’une même exposition. l’information et la communication, les pourront-ils préserver et faire longuement
ses contemporains. Afin de multiplier ces Ici, le livre s’impose, venant renforcer une musées, comme les livres d’art, conjuguent résonner cet « instant d’après », écho intime
moments privilégiés, Le Monde, associé au médiation que tous les musées placent leurs vertus pour combler un manque de de tout choc esthétique, qui forge savoirs,
magazine Geo Art, ouvre cette semaine son au cœur de leur mission et de leur vision repères. Les premiers permettent le dialogue curiosités et envies. p
« Musée idéal », une collection de livres d’art de l’avenir. Plus fréquentés que jamais – de direct avec les œuvres, irremplaçable. Les christophe averty

Cahier du « Monde » No 22616 daté Vendredi 29 septembre 2017 - Ne peut être vendu séparément
2 | collection « le musée idéal » 0123
VENDREDI 29 SEPTEMBRE 2017

Les musées se réinventent


Face aux défis contemporains, les institutions interrogées) et estime qu’elle doit s’adresser à
chacun, quels que soient son milieu, son ni-
sion d’un monde hyperconnecté. Il doit répon-
dre à un besoin sociologique. » Le tour d’hori-
du monde entier ont entamé une profonde veau de connaissances ou sa culture d’origine.
Mais l’aspiration, pour légitime qu’elle soit,
zon proposé par l’exposition suisse présente
projets spectaculaires et réalisations em-
métamorphose, replaçant la mission comporte un danger. En cherchant à briser
l’image élitiste qui leur reste encore attachée,
preintes d’humilité. L’ère des mégastructures
occidentales est en déclin, tandis qu’elle pour-
pédagogique au cœur de leur projet les musées pourraient être amenés à réduire la
diversité de leurs propositions en présumant
suit son essor en Asie et au Moyen-Orient.
Selon Bertrand Mazeirat, la crise des sub-
des attentes, des goûts et des choix des visi- primes de 2008 y aurait mis un frein.
teurs. La tâche tient du dilemme et appelle des
trésors d’inventivité pour transformer les
contraintes en liberté. A ce jour, aucune suite
« Autrefois, on considérait

E
n’a été donnée à ce rapport. Restera-t-il lettre
crins d’art et de savoir, outils d’apprentissage des connaissances ont eux morte ? Ainsi, depuis une trentaine d’années,
de connaissance et de cons- aussi connu de fortes mutations, creusant malgré l’engouement prononcé pour le
le monde comme fini,
cience, les musées sont des des fossés entre cultures et générations, mo- monde des expositions, l’approche de nou-
gardiens de mémoire, des difiant les comportements comme les habi- veaux publics reste une gageure.
les savoirs comme les arts
remparts contre l’oubli, tudes des publics. L’heure semble donc ve- En Suisse, l’exposition à vocation itinérante
l’ignorance, l’infondé. En re- nue, pour la plupart des institutions muséa- « Musées du XXIe siècle. Ambitions, visions,
étaient classifiés, hiérarchisés.
flet de la société qui les a fait les, au-delà des frontières, de se livrer à un défis » (présentée à Genève jusqu’au 8 octo-
naître, tous traduisent une vi- examen minutieux de leur mission, mais bre) égrène 16 projets emblématiques, en
Aujourd’hui, dans un
sion du monde, y compris celle que porte leur également de leur rôle et de leur identité, au cours ou récemment réalisés. Et offre un por-
époque. Or, aujourd’hui, des mutations de sein de sociétés qui semblent vivre toutes les trait partiel des nouveaux musées créés dans
mouvement constant, les
tout acabit leur font anticiper l’avenir. En écho adolescences à la fois. le monde. « Nous avons tenté d’identifier les
à l’inexorable et frénétique mouvement grandes tendances qui caractériseront les ins-
disciplines s’interpénètrent »
qu’elles engendrent, un grand nombre de pro- Le devoir de s’adresser à chacun titutions du futur », explique Bertrand Mazei- bertrand mazeirat
positions, souvent discrètes et engagées, fleu- Le musée du XXIe siècle sera « éthique et ci- rat, conservateur au Musée d’art et d’histoire conservateur au Musée d’art et d’histoire de Genève
rissent de Genève à Landerneau, de Montréal toyen, protéiforme, inclusif et collaboratif. Il de Genève, co-commissaire de l’exposition.
à Nantes, de Paris à Sète. Toutes conjuguent s’épanouira aussi dans un écosystème profes- Pour ce dernier, l’une des grandes orienta-
confiance et pragmatisme, stratégie et al- sionnel », affirme le récent rapport de la mis- tions dans l’architecture des musées contem- Pour retracer cette évolution, il faut revenir
truisme, innovation et impertinence. Ce flori- sion Musées du XXIe siècle, menée, sous le gou- porains exprime une volonté de reconnais- aux sources, au début du XXe siècle, quand la
lège révèle en pointillé ce à quoi pourrait res- vernement Hollande, par Jacqueline Eidelman, sance culturelle, politique ou populaire. « Un modernité, le progrès et leurs effets restaient,
sembler le musée du XXIe siècle. alors conservatrice générale du patrimoine. musée, comme une bibliothèque, légitime son peu ou prou, des concepts abstraits, sur les-
Le visage et l’esprit des musées ont profon- Livrée en mars à Audrey Azoulay, ancienne patrimoine, lui permettant d’être distingué de quels seuls quelques visionnaires se hasar-
dément changé. L’évolution démographique locataire du ministère de la culture, cette étude manière pérenne », commente le conserva- daient à extrapoler. C’était l’ère des machines.
des dernières décennies nourrit aujourd’hui réalisée en moins d’un an livre l’instantané teur. Telle est par exemple la finalité du Mu- On rêvait d’un développement exponentiel.
des flux de publics toujours plus divers et d’une situation plutôt encourageante ; mais sée national de l’histoire et de la culture afro- Le Corbusier imaginait, dès 1939, un économi-
segmentés. La densité urbaine contraint la son analyse et sa projection dans l’avenir ten- américaine, à Washington D.C., ou du Musée que Musée à croissance illimitée, une savante
construction, l’expansion et l’aménagement dent à confondre intentions, constats et certi- chinois de la bande dessinée et de l’anima- spirale carrée pouvant, tel un coquillage
des édifices. Les effets de la mondialisation et tudes. Si la mission révèle que, « pour 84 % de tion, à Hangzhou. « Autrefois, poursuit-il, on géant, déployer à l’infini ses cloisons amovi-
le regain massif de l’investissement privé ac- nos concitoyens, la visite d’un musée ou d’une considérait le monde comme fini, les savoirs bles, ses murs préfabriqués et prééquipés de
célèrent la transformation du paysage mu- exposition est devenue le standard d’une sortie comme les arts étaient classifiés, hiérarchisés. luminaires. Mais l’architecte n’aura guère
séal. Plus visiblement, la révolution numéri- culturelle », elle dévoile pourtant qu’une Aujourd’hui, dans un mouvement constant, les l’occasion de développer son concept. A l’in-
que et la dématérialisation changent radica- grande majorité d’entre eux juge encore l’insti- disciplines s’interpénètrent, le musée a pour verse, au cours des années 1980, une aspira-
lement le rapport du visiteur à l’image et tution trop intimidante, insuffisamment devoir de mettre en lumière ce qui importe, tion postmoderne sonne à la fois l’éveil des
donc à l’œuvre exposée. De même, les modes adaptée au jeune public (91 % des personnes d’amener une distanciation et une compréhen- institutions muséales et l’avènement d’une
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VENDREDI 29 SEPTEMBRE 2017 collection « le musée idéal » | 3

COMME UN LIVRE
OUVERT
« C’est bête de ne pas écrire
les sujets sur les cadres », se dit
Gervaise lors de la célèbre
visite au Louvre de la noce en
goguette, dans L’Assommoir.
Zola ne pourrait, de nos jours,
pointer aussi cruellement le
divorce entre le public et l’art.
Après des décennies d’efforts et
d’innovation, la muséographie
contemporaine excelle désor-
mais à éduquer le regard du
visiteur, à accompagner celui-ci
dans des parcours accordés
à ses curiosités, au temps dont La Galerie du temps,
il dispose, tout en lui frayant au Louvre-Lens, fait dialoguer
des chemins de découverte les époques grâce à un
parmi les œuvres, les écoles, parcours à travers l’histoire
les époques. Cette expérience de l’art. MUSÉE DU LOUVRE-LENS/
n’est-elle pas proche de celle du PHILIPPE CHANCEL.
lecteur qui s’arrête à une page
pour approfondir sa contem-
plation ou ses connaissances,
qui prend des raccourcis pour
comprendre et comparer, bref,
qui se promène à travers les
pages, librement et sans timi-
dité ? De même que le musée
moderne devient un livre
ouvert, les livres d’art
d’aujourd’hui sont ainsi des
musées imaginaires, dans
la tradition inaugurée par
André Malraux. Faire entrer
les œuvres dans l’intimité
du foyer, en leur offrant
la meilleure exposition et
le meilleur éclairage, telle est
l’ambition de notre collection,
réalisée avec GéoArts.

A gauche et en bas à droite,


le Musée d’arts de Nantes.
Fraîchement rénové, il mêle art
contemporain et œuvres plus
classiques afin de mettre en
valeur leurs points communs.
C. CLOS/MUSÉE D’ARTS DE NANTES

plus intimes et vivants


industrie de la culture et du tourisme. Le Cen- rapprochements, des fusions et de la multi- tre (présenté jusqu’au 1er octobre). En majesté, tant, il peut s’aventurer dans dix des plus bel-
tre Pompidou, transparent, accessible, ouvert disciplinarité. De son côté, dans le but de fa- serti dans une reconstitution en trompe-l’œil les et mythiques bibliothèques du monde.
sur la ville, voit le jour en 1977. Son parti pris voriser l’aide à l’insertion professionnelle, le du retable pour lequel il a été réalisé, le Alors s’ouvre l’univers savant des antiques
industriel, malgré les polémiques, fait du mu- Musée d’Orsay propose depuis 2016 un atelier chef-d’œuvre se laisse apprivoiser depuis une rouleaux d’Alexandrie, puis, à 360°, la biblio-
sée un lieu de vie, un point de repère et de ren- de pratique photographique destiné aux jeu- kyrielle de canapés. Plus loin, dans un dédale thèque du temple Hase-dera de Kamakura, au
contre. Des projets à l’architecture gestuelle et nes de deux zones de sécurité prioritaire, à de salles, sont expliqués le contexte de sa créa- Japon, qui étire le temps au son d’un gong
souvent dispendieuse fleurissent, exerçant Mantes-la-Jolie et Mantes-la-Ville. Deux ex- tion, la cour de Tolède, l’œuvre intégrale du lointain. Soudain, la guerre embrase la biblio-
sur le promeneur-visiteur, avec ostentation, positions clôturent la session dans les espa- Crétois… « Le temps d’une œuvre n’est pas celui thèque de Sarajevo… Traversant la planète, de
un pouvoir de séduction, d’invitation, voire ces du musée, accompagnées de rencontres d’un selfie. J’ai souhaité proposer au visiteur Copenhague à Mexico, et les âges, comme un
d’incitation. Véritables marqueurs dans la professionnelles, une première au musée, d’aller jusqu’au bout de son regard, dans une jeu de piste, ce voyage au pays de l’écrit et de
ville, ces nouveaux établissements, comme le pouvant déboucher sur des stages ou des em- observation sereine et posée que l’on s’accorde l’imaginaire s’achevait en apothéose, dans sa
Guggenheim de Bilbao, ouvert en 1997, se- plois. De même, en partenariat avec l’associa- peu dans une exposition traditionnelle », com- version canadienne, sur une vraie bibliothè-
raient alors capables de requalifier un terri- tion Singa, qui vient en aide aux réfugiés, le mente la directrice. Cette façon de voir autre- que rangée de livres d’exception. Aujourd’hui
toire, de le rendre attractif et de lui apporter Musée d’Orsay et l’Orangerie accueillent ceux ment une grande œuvre est appelée à se re- en escale à Nantes (au Lieu Unique jusqu’au
un développement tant économique qu’urba- qui n’ont jamais eu accès au musée, organi- nouveler en s’insérant ponctuellement dans 7 janvier 2018) après avoir passé l’été à Paris, à
nistique et touristique. Trente ans après, le sant d’octobre à juin des visites des collec- la programmation traditionnelle du musée. la BNF, l’exposition – pour des raisons logisti-
modèle n’est plus un gage de succès. C’est tions et des expositions temporaires. Ces visi- Ici, au rythme syncopé d’une histoire en cons- ques ou budgétaires ? – est hélas dépourvue
principalement par l’apport massif de fonds teurs, formés par les médiateurs et les mem- tant mouvement, le musée offre calme et dis- de ces trésors. Ici, la magie de cette réalisation
privés ou étrangers que semble perdurer ce bres de l’association, pourront par la suite tance, un temps de voir, à échelle humaine. de science et de fantaisie révèle un écueil in-
type d’architecture. Les fondations Louis- transmettre leur expérience au musée. hérent au virtuel : quand la réalité augmentée
Vuitton, à Paris, et Luma, bientôt à Arles, ou Aller au-devant des publics, c’est aussi orga- Ne pas tout dire ni tout montrer se coupe des œuvres réelles, la transmission
encore le Louvre d’Abou Dhabi (qui ouvre ses niser des expositions là où elles n’allaient pas. Au Musée d’arts de Nantes, rouvert en juin, n’est que partielle. Dans sa course, elle oublie
portes le 11 novembre) en offrent l’exemple. En transformant, à Landerneau, le site de la après six ans de travaux, Sophie Lévy, la cette nécessité d’un rapport des yeux et des
première épicerie Leclerc en espace muséal directrice, prône aussi la nouveauté avec sens, qui fait qu’une création en trois dimen-
« Un espace de partage » adapté aux accrochages d’envergure (Picasso, malice et légèreté. « En plaçant une œuvre sions, comme un être qui respire, ne peut pas
« Les hommes construisent trop de murs et jusqu’au 1er novembre), le Fonds Hélène et contemporaine dans une salle consacrée au être remplacée par une image.
pas assez de ponts. » L’image d’Isaac Newton, Edouard Leclerc pour la culture est non seule- XIXe siècle, en instaurant un certain décalage, Que seront les musées de demain ? Proba-
qui n’a hélas pas pris une ride, résume à elle ment entré en cinq ans dans le concert natio- nous apportons un ton ludique à une rencon- blement ce qu’ils sont déjà aujourd’hui, un
seule plusieurs enjeux majeurs du XXIe siè- nal des institutions de haut niveau, mais il a tre. Mais c’est aussi une forme de pédagogie incroyable patchwork dont chaque institu-
cle : l’ouverture et l’accès à la culture, la réu- aussi complété une offre culturelle entre Nan- pour saisir des parallèles ou des points de tion coud l’étoffe à sa mesure. Toutes les
nion et la mixité des communautés. Dans son tes, Rennes et Brest, amenant dans l’Ouest les jonction, la possible pérennité d’une techni- énergies déployées dans des projets et des
« manifeste pour un musée humaniste », hautes figures de la peinture qui n’y étaient que ou simplement le plaisir de formes qui dia- initiatives aux effets parfois peu visibles sont
Nathalie Bondil, directrice franco-canadienne jamais présentées. « Etre là où on ne vous at- loguent. » Pour Sophie Lévy, les musées créés autant d’appels, d’invitations et d’échos.
du Musée des beaux-arts de Montréal, fonde tend pas, c’est peut-être le sens des musées du après la révolution ont été conçus comme de Passé le temps éphémère des expositions, la
son action sur un engagement altruiste et futur, note Marie-Pierre Bathany, sa direc- mini-Louvre, dont ils ont d’ailleurs reçu cer- mémoire trouvera d’autres repères, dans les
solidaire, contre les discriminations, l’exclu- trice. Un espace de partage où s’amplifient taines œuvres. S’affranchir d’une promesse pages des livres d’art, pour y éterniser, en le
sion… Investi dans le progrès social, acteur de toutes les rencontres, un site ancré dans son universelle difficile à tenir, c’est accepter de ravivant, l’instant d’une visite et le souvenir
la paix, le musée unira les humanités à la territoire mais en lien avec tous les autres, qui ne pas tout dire ni tout montrer, pour provo- des œuvres rencontrées. L’exploration se
science, du soin à la recherche. Aussi, au mutualise les savoir-faire. » quer surprise et curiosité. poursuit sans fin, s’y nourrit et cultive l’envie
Pavillon pour la paix, inauguré en 2016, s’har- A Sète, Maïthé Vallès-Bled a pris un risque. Illustrant le nomadisme et la disponibilité de pousser à nouveau la porte des musées. Le
monisent au rythme de la vie urbaine consul- Sur le modèle d’un parcours intelligent, per- que confère la réalité augmentée, la poétique temps des austères temples de la culture,
tations médicales, ateliers d’art-thérapie, mettant d’explorer une œuvre dans ses moin- exposition virtuelle « La Bibliothèque, la coupés du reste du monde, est bel et bien
visites des collections et parcours cardio dres aspects, la directrice du musée Paul- nuit », inventée par le metteur en scène cana- révolu. Les musées vivent à notre image. S’ils
conçus par des professionnels de santé. Ne Valéry a « réduit » son exposition d’été à une dien Robert Lepage et sa compagnie Ex écrivent pas à pas leur avenir, c’est aussi du
s’enfermant plus entre des murs, l’expérience seule toile, L’Immaculée Conception de la cha- Machina, plonge le visiteur dans une forêt. nôtre qu’il est question. p
sensible goûte aux plaisirs du mélange, des pelle Oballe, du Greco, le dernier opus du maî- Lunettes 3D sur le nez, assis sur un siège pivo- christophe averty
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VENDREDI 29 SEPTEMBRE 2017

LA COLLECTION « MUSÉE IDÉAL »


Chaque beau livre de cette collection explore et dévoile
les œuvres majeures d’un maître de la peinture. Conçus
à la manière d’une exposition inédite, ces ouvrages sont écrits
par des guides de musée. Voici les premiers volumes.

1 – Vincent Van Gogh. 2 – Paul Gauguin. 3 - Claude Monet.


La Couleur à son zénith L’Alchimie de l’ailleurs Une impression de lumière
« Un soleil, une lumière (…). « La couleur pure ! Il faut tout « Il faut beaucoup travailler pour
Que c’est beau le jaune ! » lui sacrifier. » Paul Gauguin arriver à rendre ce que je cherche :
Vincent Van Gogh l’instantanéité. » Claude Monet
L’œuvre de Gauguin est un voyage.
Dans ce volume consacré à Van Gogh, De Pont-Aven à Tahiti, l’artiste nous Claude Monet n’eut de cesse de parve-
vous retrouverez plus de 65 œuvres offre toutes les facettes de son art. nir à capter l’instant présent dans la
représentatives de son parcours Des portraits singuliers, des paysages richesse de ses nuances, dans la magie
singulier et de son style unique. réalistes, des toiles empreintes de ses lumières et de ses couleurs,
Des portraits saisissants aux paysages d’exotisme, tout un univers que à toute heure et en toutes saisons.
transfigurés par sa touche tourbillon- nous vous proposons de découvrir Cette sélection de tableaux est le reflet
nante, découvrez comment cet artiste ou de redécouvrir. Laissez-vous trans- de son talent de précurseur et nous
à la trajectoire fulgurante est passé porter « loin de toute civilisation » emmène dans une promenade autour
de la noirceur des Mangeurs de par Arearea, Nave Nave Mahana de Paris, à Etretat, Vétheuil, Rouen,
pommes de terre à l’explosion de cou- ou bien encore Rupe Rupe. sur les bords de Seine et de la Manche,
leurs du Champ de blé aux corbeaux. 9,99 €, le jeudi 12 octobre. et enfin à Giverny, avec la plus belle
André Malraux chez lui, en train de choisir les œuvres qui vont 3,99 €, le jeudi 28 septembre. création de la série des Nymphéas.
constituer son musée imaginaire, en 1953. MAURICE JARNOUX/PARIS MATCH/SCOOP 12,99 €, le jeudi 26 octobre.

« La Métamorphose des dieux »,


un musée de papier
Dans sa trilogie, André Malraux fait se rencontrer 4 - Johannes Vermeer. 5 - Léonard de Vinci. 6 - Paul Cézanne.
Peintre de l’intime Les Secrets d’un génie Penser avec un pinceau
des œuvres de divers horizons, créant une galerie affranchie « Vermeer a peint jusqu’au silence « Les détails font la perfection, « Les tableaux faits à l’intérieur,
de toute lecture chronologique, propre à ouvrir le regard rayonnant qui émane des choses
amies, jusqu’à l’accueil qu’elles
et la perfection n’est pas un détail. »
Léonard de Vinci
dans l’atelier, ne vaudront jamais
les choses faites en plein air. »
vous font. » Elie Faure Paul Cézanne
Regrouper la richesse et la diversité
Johannes Vermeer nous plonge de l’œuvre de Léonard de Vinci dans Par l’emploi des lignes géométriques,

L’
image règne en maître. il y a quelque chose d’important, que le dans les scènes de la vie quotidienne un volume est une gageure, mais tant dans ses natures mortes et ses
André Malraux l’avait peintre part de quelque chose, il se et nous révèle leur beauté, par la cette sélection de dessins et de croquis paysages que dans ses portraits,
compris. La photogra- forme dans quelque chose qui est la précision des détails et le rendu représentatifs de l’esprit créatif et Paul Cézanne a révolutionné la
phie allait lui permet- peinture, et que… il naît de la destruc- de l’atmosphère. Pour un éclairage visionnaire de cet artiste s’y attelle. peinture. Les successions de lignes
tre de réunir pour la tion de son maître. Autrement dit, tout plus pertinent de son univers pictural, A la fois dessinateur, peintre, sculp- et de traits, les touches de couleur
première fois des grand peintre naît disciple, fait des des tableaux de peintres de son teur, ingénieur, architecte, il a marqué juxtaposées marquent ses toiles et
chefs-d’œuvre du génie de l’homme, œuvres influencées et les détruit en époque, comme Pieter de Hooch, de son empreinte la Renaissance ses séries. Redécouvrez avec bonheur
dispersés à travers le monde, dans un lui-même pour arriver à faire ses pro- Gérard Dou ou encore Gabriel Metsu, italienne. Si on ne peut ignorer ces dernières, comme L’Estaque,
musée imaginaire à portée de main. pres œuvres. Alors là, il y a tout de même sont mis en regard de son œuvre. La Joconde, on approfondira son La Montagne Sainte-Victoire,
Telle une mise en abyme, la série du une chronologie. » Collectionneur et 12,99 €, le jeudi 9 novembre. œuvre à travers l’étude d’autres Les Joueurs de cartes ou encore
photographe Maurice Jarnoux, réali- aventurier, en amateur et en connais- tableaux tels que La Belle Ferronnière, ses natures mortes de pommes.
sée en 1953, montre l’auteur de L’Espoir seur, il n’aura d’autre fin que d’éveiller, L’Adoration des mages ou bien encore 12,99 €, le jeudi 7 décembre.
chez lui, plongé dans la sélection de d’ouvrir le regard et de susciter des Saint Jean-Baptiste.
dizaines d’images, méthodiquement croisements suggestifs. Convaincu 12,99 €, le jeudi 23 novembre.
rangées sur le sol, formant un im- qu’une œuvre constitue une révélation
mense damier. A partir de ces clichés pour celui qui l’observe, André
prendra corps le premier volume de ce Malraux en traduit les effets dans sa
qui deviendra La Métamorphose des trilogie, où éclate la diversité des styles.
dieux, trois recueils intitulés Le Surna-
turel, L’Irréel et L’Intemporel. Comme un testament
UNE
La démarche et le propos d’André L’entreprise l’occupera tout au long CONFÉRENCE
Malraux n’y seront jamais ceux d’un
historien de l’art ni d’un spécialiste
d’esthétique, mais d’un écrivain. La
de sa vie. Le dernier volume sera publié
l’année de sa disparition, livrant un
étrange signe de cet explorateur du
SUR GAUGUIN
puissance de la création face à l’éter- destin, dont soudain La Métamorphose
nité sera son obsession. « Comme mes des dieux reste comme un testament. Le Monde organise
romans, comme mes Antimémoires, Toute son action, de son expédition le 5 octobre dans son
comme Les Voix du silence, La Méta- controversée au temple de Banteay auditorium, à partir
morphose des dieux traite essentielle- Srei, au Cambodge, en 1923, à ses de 19 heures, une conférence
ment de la relation de l’homme et du fonctions de 1958 à 1969 auprès du sur le thème « Gauguin
destin », écrit-il dans sa préface. D’un général de Gaulle, est marquée par la 7 - Edgar Degas. 8 - Pierre Paul Rubens. ou le rêve des origines »,
chapitre à l’autre, un jeu de rapproche- passion de l’art et sa transmission dans En compagnie des femmes Le Baroque à son apogée conçue et animée par
ments s’établit entre les œuvres, les yeux des autres. « Le dessin n’est pas la forme, « Aucune entreprise, pour vaste qu’elle Françoise Barbe-Gall,
tableaux, statuaires et architectures A ce titre, il sera le fondateur, en tant il est la manière de voir la forme. » soit dans son envergure et diversifiée historienne d’art, diplômée
provenant de tous horizons. Textes et que ministre de la culture, de l’Inven- Edgar Degas dans son sujet, n’a surpassé mon de l’Ecole du Louvre et
images invitent à une lecture des for- taire général du patrimoine culturel. A courage. » Pierre Paul Rubens de la Sorbonne et fondatrice
mes, alors peu pratiquée. Avec minu- sa manière, aurait-il, en franc-tireur et Passionné par le mouvement, de l’association CO.RE.TA
tie, André Malraux convie parfois des avec une approche très personnelle, Edgar Degas nous emmène dans Pierre Paul Rubens, érudit humaniste, (Comment regarder
dessins d’enfants et de patients psy- devancé le rôle joué aujourd’hui par des scènes de la vie moderne collectionneur d’art et diplomate, per- un tableau).
chiatriques, du temple de Borobudur les conservateurs de musée, qui ont qui mêlent la précision du dessin, sonnifie l’apogée de la peinture baro-
ou de la grotte de Lascaux, une Pieta de conscience, à la lumière d’incessantes la justesse du trait et l’intensité que. Ses toiles empreintes de couleur, De 19 heures à 20 h 30.
Van Gogh face à celle de Célestin Nan- recherches, que l’histoire de l’art se des couleurs. Comment rester de mouvement mais aussi de sensua- 80, bd Auguste-Blanqui,
teuil d’après Delacroix, traversant le réécrit en permanence ? Son legs est insensible au charme de ses lité, restent une source d’inspiration. Paris 13e.
labyrinthe de son musée imaginaire. dans ses livres. Ses fascinations et danseuses, à la série des femmes Rubens et son atelier auraient produit Inscription par courriel
Pour lui, la lecture chronologique de ses émerveillements dans tous les à la toilette, au travail des plus de 2 000 tableaux, des œuvres à l’adresse suivante :
l’histoire de l’art importe moins que la musées du monde. p repasseuses ? Autant de toiles monumentales aux thèmes religieux, sdl@lemonde.fr
succession des œuvres. « Je crois que, là, christophe averty à redécouvrir. mythologiques ou historiques.
12,99 €, le jeudi 21 décembre. 12,99 €, le jeudi 4 janvier 2018.