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Revue des études byzantines

La Vie de saint Euthyme le Jeune et la métropole de Thessalonique


à la fin du IXe et au début du Xe siècle
Denise Papachryssanthou

Résumé
REB 32 1974Francep. 225-245
Denise Papachryssanthou, La Vie de saint Euthyme le Jeune et la métropole de Thessalonique à la fin du IXe et au début du Xe
siècle. — Les conclusions tirées d'un nouvel examen de la Vie d' Euthyme le Jeune par Basile concernent le saint et l'auteur de
sa Vie. D'une part, Basile est à rayer de la liste episcopate de Thessalonique ; il fut peut-être suffragant de la métropole, mais il
ne semble pas être l'auteur de l'acolouthie éditée par L. Petit. D'autre part, la date de la mort du saint en 898 (non 883, comme
le veut Kirsopp Lake) s'accorde avec les événements antérieurs, dont certains, entre 875 et 898, sont précisés.

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Papachryssanthou Denise. La Vie de saint Euthyme le Jeune et la métropole de Thessalonique à la fin du IXe et au début du
Xe siècle. In: Revue des études byzantines, tome 32, 1974. pp. 225-245;

doi : https://doi.org/10.3406/rebyz.1974.1486

https://www.persee.fr/doc/rebyz_0766-5598_1974_num_32_1_1486

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LA VIE DE SAINT EUTHYME LE JEUNE
ET LA MÉTROPOLE DE THESSALONIQUE
A LA FIN DU IXe ET AU DÉBUT DU Xe SIÈCLE

Denise PAPACHRYSSANTHOU

1. L'auteur et son œuvre

Le texte et sa valeur. La Vie de saint Euthyme le Jeune, dit aussi Euthyme


de Thessalonique, est l'œuvre de son disciple Basile ; l'auteur connaissait
donc les faits de première main. Basile n'imite pas ces biographes dont
le seul but est de laisser de leur héros un portrait idéal, dépourvu de tout
élément de réalité. On s'étonne même du peu de place que tient dans son
œuvre l'élément merveilleux1. Il se montre également très discret en ce
qui concerne les miracles et prodiges du saint2. Il s'étend un peu plus sur
les prouesses ascétiques de son maître et sur son pouvoir de maîtriser les
démons3. A part cela, Basile relate les faits et gestes de son père spirituel
qui lui paraissent mériter d'échapper à l'oubli. Souvent, il situe les
événements dans leur cadre historique. L'historien qui cherchera dans la Vie

1. L. Petit, Vie et office de saint Euthyme le Jeune (édition parue d'abord dans la
Revue de l'Orient chrétien 8, 1903, p. 168-205), Bibliothèque hagiographique orientale
n° 5, Paris 1904 (édition citée dorénavant sous le titre Vie d'Euthyme), p. 35-36 : salut
miraculeux du saint qui échappe aux mains des Arabes ; p. 37 : myron qui coule du
tombeau de l'ascète Joseph ; p. 39-40 : chute sans conséquence d'Euthyme (?) du haut
de l'église en construction.
2. Don de prophétie : il prévoit l'avenir de son disciple Basile (Vie d'Euthyme, p. 46-
47) ; don de clairvoyance : il a connaissance du danger que courent ses disciples dans
le désert et sur la montagne, et de la décision de deux autres de quitter leur couvent
(ibidem, p. 47-48) ; don de guérison (ibidem, p. 3415, 4720"23).
3. Vie d'Euthyme, p. 29-32 et 39-41.
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d'Euthyme des détails sur la vie monastique au IXe siècle sera plutôt déçu,
car le biographe ne fait qu'énumérer les étapes essentielles de la vie
d'Euthyme et, à l'intérieur de chaque période, il s'arrête seulement aux événements
qui présentent à ses yeux une certaine importance. L'extrême concision
du récit nuit parfois à sa clarté et n'aide pas beaucoup à reconstituer les
circonstances qui ont provoqué telle ou telle décision d'Euthyme.
Néanmoins, par sa conception, l'écrit de Basile inspire la confiance. Nous
partageons sur ce point l'opinion de L. Petit, qui estime que «la biographie
de saint Euthyme est incontestablement l'une des meilleures de
l'hagiographie byzantine4 ».
Ce document précieux5 n'a connu qu'une seule édition du texte entier,
par L. Petit, au début du siècle6. L'édition se fonde sur un codex de Lavra,
du xne siècle (L), collationné avec un manuscrit de Vatopédi, du xve siècle
(V), et avec un autre de Pantéléimon, du xixe siècle7. Nous avons eu
l'avantage d'avoir à notre disposition le microfilm du plus ancien manuscrit
connu, conservé à Moscou (M)8. La collation a prouvé qu'il n'y a pas de
différences graves entre le texte publié et celui de Moscou9. L'intérêt de
ce dernier réside surtout dans le fait qu'il confirme certains points dont
la lecture a suscité des discussions. Nous aurons l'occasion d'en parler
plus bas10.
L'auteur : sa vie et sa carrière. Dans son œuvre, le biographe d'Euthyme

4. Vie d'Euthyme, p. 4 ; voir aussi p. 7-8.


5. L'honneur de la découverte revient à l'archéologue danois K. Kinch (cf. Έπετηρις
Παρνασσού 3, 1899, p. 142 η. 2 ; Vie d'Euthyme, p. 81 n. 30, 82 n. 33).
6. On y trouvera (p. 2-3) l'histoire du texte antérieurement à l'édition.
7. Athos Lavra Δ 78, f. 142M63V ; Athos Vatopédi 631 (et non 546, comme l'écrit
L. Petit), f. 131-169V : Petit le collationna jusqu'au f. 150v (cf. Vie d'Euthyme, p. 9 et 31
apparat ligne 28) ; Athos Pantéléimon 207, f. 1-32V.
8. Mosqu. 174 (Vladimir 387), du xie s., f. 143-175V (microfilm de l'Institut de
Recherche et d'Histoire des Textes). L. Petit connaissait ce manuscrit, mais il n'eut pas la
possibilité de le consulter. — II existe deux autres manuscrits : Athos Lavra Ε 160, de 1705,
f. 158-181 v, et Athos Kausokalybia 168, du XXe s. (copié sur Athos Lavra Δ 78), f. 42-62.
Un manuscrit des Météores {Métamorphosées 215, xixe s.) contient une paraphrase
moderne plutôt que le texte ancien ; cf. l 'incipit dans N. A. Bées et L. Branousès, Ta
χειρόγραφα των Μετεώρων, I, Athènes 1967, p. 237. Sur d'autres traductions du xixe s.,
voir Vie d'Euthyme, p. 9-10.
9. Dans les cas de divergence, les leçons de M concordent, sauf pour de rares
exceptions, avec celles de V contre celles de L.
10. Nous ne donnons pas dans ce travail un résumé de la Vie. On se reportera pour
cela : 1) à l'analyse en anglais de K. Lake, The Early Days of Monastidsm on Mount
Athos, Oxford 1909, p. 41-52 ; 2) au résumé français de B. Menthon, L'Olympe de
Bithynie, Paris 1935, p. 164-170 (quelques inexactitudes de détail) ; 3) au précis en français
publié dans les Vies des Saints par les RR.PP. Bénédictins de Paris, X, Paris 1952, p.
464-466.
LA VIE DE SAINT EUTHYME LE JEUNE 227

fournit quelques renseignements sur sa propre personne. Il s'appelle Basile1 1


et a été le propre disciple de saint Euthyme. Il a fait sa connaissance après
la fondation par celui-ci du couvent de Péristérai et il a été charmé par
son enseignement spirituel12. Basile avait sans doute atteint à ce moment
ses seize ou dix-sept ans, âge qui constituait en général la limite normale
pour l'admission au couvent ; autrement, il n'aurait pas manqué de faire
état de son entrée au couvent à un âge plus tendre13. Il a reçu la tonsure
des mains d'Euthyme vers l'année 875 14, dans l'église de Saint-Dèmètrios
sise à Hermilia. Pendant un temps assez court il a vécu en anachorète,
toujours sous la direction spirituelle d'Euthyme15. Bien que la phrase
concernant ses années d'ascèse s'enchaîne à celle concernant sa tonsure,
on ne doit pas conclure que le jeune moine a eu la permission de se retirer
dans un kellion anachorétique aussitôt l'habit monastique revêtu. Les
Vies des saints et les prescriptions canoniques nous apprennent que les
higoumènes octroyaient cette permission difficilement, après une sévère
épreuve du candidat, et certainement pas à un moine nouvellement
tonsuré16. Nous pensons donc que Basile resta dans le couvent quelques années,

11. Il cite son nom deux fois : Vie d'Euthyme, p. 4628 (εγώ, S> Βασίλειε) et p. 5010
(μέμνησο Βασιλείου τοϋ σοϋ).
12. Vie d'Euthyme, p. 468"4 : Έν ταύταις ούν ταΐς θεοπνεύστοις και μελιρρύτοις
διδασκαλίαις καΐ ημάς καταθέλξας, οΐά τις Όρφεύς, οπαδούς έπηγάγετο.
13. H faut faire une distinction entre l'âge d'entrée au couvent et l'âge de la tonsure,
qui était conférée, sauf dans les cas d'exception, après deux ou trois ans de noviciat (cf.
novelle 123 de Justinien, ch. 35 ; Grumel, Regestes, n° 468 ; D. Pétrakakos, 01
μοναχικοί θεσμοί εν τή... Εκκλησία, Leipzig 1907, p. 64 ; P. De Meester, De monachico
statu iuxta disciplinam byzantinam, Vatican 1942, p. 356-360 ; R. Janin, Le monachisme
byzantin au Moyen Age, REB 22, 1964, p. 23), et le plus souvent après l'âge de 16 ans.
Ainsi s. Basile ("Οροι κατά πλάτος, 15 : PG 31, 952^-957^) admet les enfants au couvent,
mais il précise qu'ils ne seront tonsurés qu'après avoir atteint l'âge de raison (ώστε του
λόγου προσγενομένου... μετά τήν τοϋ λόγου συμπλήρωσιν : 956s). Ailleurs, il fixe cet
âge à 16 ou 17 ans (PG 32, 720B). Le concile in Trullo (canon 40 : J. B. Pitra, Juris eccle-
siastici graecorum historia et monumenta, II, Rome 1868, p. 45) abaisse l'âge minimum
de la tonsure à 10 ans, mais il laisse à la discrétion de l'évêque de déterminer dans chaque
cas particulier l'âge effectif de la prise d'habit. La novelle 6 de Léon VI (PG 107, 440B
= P. Noailles et A. Dain, Les Novelles de Léon VI le Sage, Paris 1944, p. 33-35) cherche
à concilier les deux limites extrêmes (10 et 17 ans).
14. Vie d'Euthyme, p. 464~e : έτος ήδη έν τη θεοσυστάτφ μονή διαπεραιούμενος
τέταρτον, άποκείρας μέν ήμας έν τη Σερμυλία λεγομένη κώμη, έν τφ Δημητρίου ναφ...
Le couvent de Péristérai fut fondé en 871 (voir plus bas, p. 235-236). Pour une identification
de l'église de Saint-Dèmètrios, voir M. Chrysochoos, Σερμύλη, Έπετηρις Παρνασσού
4, 1900, p. 112.
15. Vie d'Euthyme, p. 467"8 : προς βραχύ τάξας έν τοις άναχωρητικοΐς αύτοΰ κελλίοις
Ιξω κατοικεϊν.
16. Le canon 41 du concile in Trullo ordonne un séjour de trois ans dans le couvent
avant que l'on ne se livre à la vie d'anachorète (cf. J. B. Pitra, op. cit., II, p. 46).

16
228 DENISE PAPACHRYSSANTHOU

avant que « l'amour de l'hèsychia » ne le conduisît à l'isolement. La même


conclusion découle d'un passage de la Vie, où Basile raconte deux épisodes
dont il fut le personnage principal et qui se déroulèrent manifestement
à un moment où il faisait partie des moines du couvent de Péristérai17.
Son « amour de l'hèsychia » ne dura pas longtemps. Vaincu par
l'ambition selon son propre aveu, par l'amour de la science selon Euthyme, il
abandonna la vie monastique ; il se rendit « en ville » où il suivit la carrière
ecclésiastique18. C'est là le renseignement le plus important que donne
Basile sur sa personne. Il ne révèle pas le nom de son propre siège
et, comme il emploie partout le mot archiéreus19 , nous nous trouvons
dans l'impossibilité de savoir s'il fut simple évêque, archevêque ou
métropolite.
Ce sont les Athonites qui s'intéressèrent au biographe d 'Euthyme et
qui cherchèrent à rattacher son nom à un siège, celui de la métropole de
Thessalonique. Basile et son œuvre sont complètement ignorés en dehors
de la Montagne, et pour cause. Ce récit avait été écrit, nous semble-t-il,
à l'intention des moines de Péristérai, et il a été lu devant une assemblée
de ces moines20. Par la suite, on continua sans doute de donner lecture,
selon la coutume, de la Vie du fondateur le jour anniversaire de sa mort.
De Péristérai, devenu annexe de Lavra en 964, le ou les manuscrits de la
Vie d 'Euthyme auraient passé à Lavra d'abord — les deux plus anciens
manuscrits appartenaient à sa bibliothèque21 — , aux autres couvents
athonites ensuite22. Les cinq manuscrits plus anciens de la Vie présentent, en ce
qui concerne le titre, deux traditions différentes : trois d'entre eux portent :
«Vie de notre bienheureux père Euthyme de Thessalonique23 », les deux
autres y ajoutent : « qui a lutté pour les saintes images24 ». Mais aucun

17. Vie d'Euthyme, p. 4710~19.


18. Vie d'Euthyme, p. 469""10 : κάν φιλοδοξία νικηθέντες... τας êv αστει διατριβάς μετά
ταΰτα προετιμήσαμεν ; ρ. 473~4 : μαθημάτων έρωτι τάχιον της μονής αναχωρείς.
19. Vie d'Euthyme, p. 474~5 : και άρχιερεύς γίνη δπου τό θείον προεθέσπισε βούλημα ;
p. 5025 : ώς αρχιερείς έξηρτήμεθα.
20. Vie d'Euthyme, p. 1524 : άκουόντων.
21. Mosqu. 174 (cf. notice au f. 4) et Athos Lavra Δ 78.
22. Actuellement un seul manuscrit datant de l'époque byzantine {Athos Vatopédi
631, de 1422) se trouve dans une bibliothèque athonite autre que celle de Lavra (voir
n. 7 et 8).
23. Βίος τοϋ οσίου πατρός ημών Ευθυμίου τοϋ έν Θεσσαλονίκη : le manuscrit de
Moscou et les deux manuscrits de Lavra (Athos Lavra Ε 160 omet les mots πατρός ημών).
24. τοΰ υπέρ τών αγίων εικόνων άγωνισαμένου (extrapolation tirée des allusions aux
luttes iconoclastes faites dans la Vie ?). Ce sont les manuscrits de Vatopédi et de Panté-
léimon.
LA VIE DE SAINT EUTHYME LE JEUNE 229

ne donne le nom de l'auteur, ni le titre d'archevêque de Thessalonique25.


Ce que nous avons dit de la Vie d'Euthyme est valable également pour
son office. Le culte d'Euthyme, né dans son propre couvent, a été
transplanté au Mont Athos à cause des liens qui unissaient le saint à la Montagne.
Ce culte n'alla jamais plus loin26, sauf beaucoup plus tard, quand il passa
de Γ Athos au calendrier russe27. Mgr Petit trouva avec beaucoup de
difficulté une copie de l'acolouthie du saint, qu'il publia à la suite de la Vie28.
Elle est d'une date récente et porte le titre «Acolouthie d'Euthyme le
Jeune composée par Basile archevêque de Thessalonique, son disciple29 ».
Nous nous trouvons donc devant une double identification : Basile, auteur
de la Vie, serait archevêque de Thessalonique et aurait composé un office
en l'honneur du même saint.
Examinons d'abord le second point. Il n'est pas impossible que l'auteur
d'une Vie compose aussi un office, mais on aimerait avoir un appui plus
solide que le titre d'un manuscrit aussi tardif que celui de l'édition. Nous
connaissons aujourd'hui un assez grand nombre de manuscrits contenant
tout ou partie de l'office d'Euthyme30. S. Eustratiadès en mentionne au
moins sept3 *. Dressant la liste de ces manuscrits, il cite Basile comme auteur

25. Il faut faire la distinction entre les titres des manuscrits et ceux des diverses
rubriques des catalogues. Ainsi des phrases comme celle-ci : Βίος... συγγραφείς υπό Βασιλείου
επισκόπου Θεσσαλονίκης (cf. S. Eustratiadès, Συμπλήρωμα αγιορείτικων καταλόγων
Βατοπεδίου και Λαύρας, Paris 1930, ρ. 19 ; Idem, Catalogue of the Greek Manuscripts
in the Library of the Monastery of Vatopedi, Cambridge [Mass.] 1924, p. 124), ne relèvent
que de l'autorité des éditeurs.
26. Aucun synaxaire, ménologe ou menée hors de l 'Athos ne connaît Euthyme. La
première mention se trouve dans Nicodème, Συναξαριστής των δώδεκα μηνών, au 14
octobre ; voir aussi n. 36.
27. Cf. Vie d'Euthyme, p. 1-2 et 12-13.
28. Vie d'Euthyme, p. 52-76 ; voir aussi p. 10-11.
29. Vie d'Euthyme, p. 52.
30. Il y a lieu de distinguer un office ancien, plus simple, composé d'un canon, de
stichèra et d'un kathisma (cf. Denise Papachryssanthou, L'office ancien de s. Pierre
l'Athonite, An. Boll. 88, 1970, p. 29 et n. 2), et un office plus récent, amplifié, tel qu'on
le trouve dans l'édition de L. Petit. Ce dernier office associe au culte le biographe
d'Euthyme, Basile (cf. Vie d'Euthyme, p. 11-12).
31. S. Eustratiadès, Ταμεΐον εκκλησιαστικής ποιήσεως, 'Εκκλησιαστικός Φάρος
37, 1938, ρ. 259-261 : cinq manuscrits à Lavra, allant du XIe au xve s. (nous supprimons
le codex Δ 37, qui est un menée de mars-avril ; introduit ici par erreur ?) ; un manuscrit
à Vatopédi, du xme s., et un manuscrit de Kausokalybia (le seul manuscrit de Kauso-
kalybia qui contienne l'office du saint est le codex 258 de 1858, compilé par le moine
de Néa Skètè, Jacques : cf. E. Kourilas, Κατάλογος των κωδίκων της ιεράς σκήτης
τών Καυσοκαλυβίων, 'Αγιορείτικη βιβλιοθήκη 5, Paris 1930, ρ. 129 ; le titre du morceau
est le même que celui de l'édition, malgré la faute Ευθυμίου pour Βασιλείου et l'omission
d'une ligne entière).
230 DENISE PAPACHRYSSANTHOU

non pas de l'office entier, mais du canon32. Le problème, pour nous, était
de savoir si ce titre du canon avec le nom de Basile se trouve dans les
manuscrits anciens de l'office, ou si Eustratiadès l'emprunte à un des manuscrits
récents comme Yapographon utilisé par L. Petit. Faute de pouvoir
consulter les manuscrits athonites, nous nous en sommes rapportée à deux autres
aussi anciens qui se trouvent hors de l'Athos, mais en proviennent : le
nom de Basile ne se rencontre ni dans l'un ni dans l'autre33. Nous pouvons
donc dire avec certitude que les copistes athonites byzantins de l'office
ignoraient la tradition qui attribue l'office à la plume de Basile le
biographe34. Et comme le nom de Basile n'est pas du tout cité dans leurs
copies, ce ne sont pas ces copistes-là — pas plus que ceux de la Vie — qui
répandirent l'assertion que Basile avait occupé le siège métropolitain de
Ttiessalonique.
Nous rencontrons pour la première fois la tradition qui faisait du
biographe d 'Euthyme un métropolite de Thessalonique dans le Synaxaristès
de Nicodème35 ; dans une note, Nicodème dit que la Vie ancienne d'Eu-
thyme se trouve dans le 1er Panègyrikon de Vatopédi (= Vatopédi 631)
et à Lavra, et qu'elle a été composée par Basile évêque de Thessalonique36.
A son tour, Théodoret, moine de Lavra et plus tard higoumène d'Esphig-
ménou, parle de la Vie d'Euthyme écrite par Basile de Thessalonique37,
comme le feront aussi les copistes des manuscrits qui contiennent la Vie
d'Euthyme paraphrasée en langue moderne38. Jusqu'ici, on a affaire à

32. Cf. S. Eustratiadès, art. cit., p. 261 : δ κανών οδ ή άκροστιχίς... Ποίημα Βασιλείου
αρχιεπισκόπου Θεσσαλονίκης. Même assignation dans l'édition (Vie d'Euthyme, p. 63).
S. Eustratiadès (art. cit., p. 260) attribue aussi à Basile un kathisma.
33. Mosqu. 446 (Vladimir 287), du XIIe s., f. 112V : Μηνί τφ αύτω ιε του οσίου πατρός
ημών Ευθυμίου τοϋ νέου ; f. 1 14 : ό κανών τοϋ οσίου φέρων ακροστιχίδα* Χαίροις τό θείον
των μοναζόντων κλέος (microfilm à l'Institut de Recherche et d'Histoire des Textes de
Paris). — Codex Leningrad., Collection A. Dmitrievskij, n° 28 = Grandstrëm, VV 23, 1963,
p. 202, n° 420, f. 6V : Μηνί Όκτωβρίω ιε' τοϋ οσίου πατρός ημών Ευθυμίου τοϋ έν τω
βρει του "Αθω (nous avons décrit ce manuscrit dans l'article cité plus haut, p. 28-29). Le
canon y porte un titre très proche de celui du Mosquensis.
34. Le nom de Basile doit donc être effacé de la liste des hymnographes byzantins
où il est entré ; cf. par exemple N. Tomadakès, Εισαγωγή εις τήν βυζαντινών φιλολογίαν,
Athènes 1952, p. 151.
35. Nicodème composa cette œuvre entre 1805 et 1807 ; cf. Théoklètos Dionysiatès,
"Αγιος Νικόδημος ο 'Αγιορείτης, Athènes 1959, p. 299-303.
36. Nicodème, Συναξαριστής, au 14 octobre. Un astérisque précède le nom du saint,
ce qui signifie que Nicodème ne l'a trouvé ni dans les menées ni dans le synaxaristès
publié avant lui. Le distique, précédé d'une croix, est son œuvre.
37. Cf. K. Simonidès, Σύμμιγα, Moscou 1853, p. κα' : έν τφ βίω τοϋ οσίου Ευθυμίου
ο Βασίλειος Θεσσαλονίκης...
38. Sur cette paraphrase et ses manuscrits, voir Vie d'Euthyme, p. 9-10.
LA VIE DE SAINT EUTHYME LE JEUNE 231

une première étape de la tradition : Basile archevêque de Thessalonique.


Ce n'est que plus tard que la légende s'amplifia : tandis que, pour les
copistes de l'office développé d'Euthyme, Basile en est l'auteur, dans une
compilation faussement attribuée à Théodoret et publiée sous son nom
par M. Gédéôn39, Basile devient archevêque de Thessalonique, saint de
l'Eglise orthodoxe et fondateur, avant son ordination, d'un couvent athonite,
celui de l'Ascension du Sauveur, sis près de la côte et étroitement associé
avec Esphigménou40.
Une fois lancée, l'idée s'enracina solidement ; tous les Athonites qui
parlent d'Euthyme donnent au sujet de son biographe ces renseignements
avec une telle insistance qu'ils finirent par persuader les savants de leur
bien-fondé. Ainsi Mgr Petit consacre à Basile une place dans la liste des
prélats de Thessalonique et le date de 905 environ41. Il l'identifie avec
Basile d'Athènes, archevêque de Thessalonique et confesseur, commémoré
le 1er février42. Après sa tonsure monacale « Basile alla achever à Athènes
son éducation intellectuelle,.. Avant son élévation au trône de
Thessalonique, il avait eu le temps de fonder au Mont Athos le monastère S. Basile
près d'Esphigménou. » Quelques années plus tard, publiant la Vie
d'Euthyme, L. Petit nuance davantage ces opinions. Ainsi, sans mettre en douté
que le biographe fut archevêque de Thessalonique, il se montre plus réserve
en ce qui concerne la construction du couvent athonite et l'identification
avec Basile d'Athènes, hypothèse qui « peut se réclamer de toute la tradition
gréco-slave43 ».
P. Uspenskij, entraîné lui aussi par la tradition athonite, croit voir une
allusion à Thessalonique dans l'expression έν άστει44, car, dit-il, Basile
appelle dans son récit Thessalonique άστυ45. C'est exactement le contraire.
Basile emploie une deuxième fois cette expression, qui nous paraît être

39. Cf. M. Gédéôn, Ό "Αθως. 'Αναμνήσεις, έγγραφα, σημειώσεις, Constantinople


1885, p. 307-317.
40. Ibidem, p. 314 : Βασίλειος, ό ύστερον μητροπολίτης Θεσσαλονίκης χρηματίσας,
ό και έν άγίοις κατειλεγμένος, ποθών ήσυχάσαι ήλθεν είς το βρος και έκτισε τήν έπώνυμον
αύτοϋ μονήν του αγίου Βασιλείου εις τιμήν της 'Αναλήψεως τοϋ Σωτηρος καΐ αυτήν είς
τήν παραλίαν καΐ ώς συγκοινοβιακώς σχεδόν ε*ζων ol πατέρες του Έσφιγμένου και του
αγίου Βασιλείου.
41. L. Petit, Les évêques de Thessalonique, EO 4, 1900-1901, p. 221, n° xxxvm.
42. Cf. Syn. CP, col. 438-439 ; AASS, février, I, p. 242-243.
43. Vie d'Euthyme, p. 5-7.
44. Voir le passage à la note 18.
45. P. Uspenskij, Istorija Afona, III, 1, Kiev 1877, p. 32 n. 3.
232 DENISE PAPACHRYSSANTHOU

un simple emploi littéraire46, dans un sens aussi vague que la première


fois47, mais jamais pour désigner Thessalonique, qualifiée de πόλις, μεγα-
λόπολις, μητρόπολις48.
Rien absolument dans l'écrit de Basile ne nous autorise à dire, d'abord,
qu'il était métropolite et non pas simple évêque, puisqu'il emploie le terme
général archiéreus, ensuite, qu'il fut métropolite de Thessalonique. Le
passage de la Vie invoqué par L. Petit ne fournit pas, en réalité, la moindre
indication dans ce sens. En effet, le saint ne demande pas à son disciple
de veiller sur le couvent, mais il l'exhorte à ne pas oublier ses frères et son
obédience49. Par cette phrase, Basile s'enorgueillit devant les moines de
Péristérai d'être resté fidèle à son père spirituel et à ses condisciples,
attachement qu'il proclame partout dans son œuvre50. Il n'y a, nous semble-t-il,
rien d'autre à en tirer. De plus il faut remarquer que les dates durant
lesquelles ce Basile aurait dû exercer son ministère rendent difficilement
acceptable une telle hypothèse. En effet, Basile a été ordonné avant la
mort d'Euthyme (en 898). Deux passages de la Vie permettent cette
conclusion : a) « Quand nous avons préféré le séjour en ville, déclare Basile dans
un passage qui se rapporte clairement à son ordination, nous avons détruit
par le feu le livre manichéen du moine hérétique Antoine de Kranéa, avec
la bénédiction du pasteur vénéré51. » II nous semble que Basile fait allusion
ici à une décision officielle (faire disparaître, en les brûlant, les exemplaires
du livre hérétique d'Antoine52), telle qu'un chef ecclésiastique, l'évêque
de la région, pouvait la prendre, et non pas à la destruction d'un livre
qui lui serait tombé entre les mains. Cette décision a été prise de concert

46. Il est probable que Basile imite en cet endroit son grand homonyme, qui écrit
dans une lettre à Grégoire de Nazianze (PG 32, 22AA) : κατέλιπον μέν γαρ τάς έν #στει
διατριβας ώς μυρίων κακών άφορμάς.
47. Le nombre des moines à l'Athos augmenta tellement, dit-il, que l'on se sentait
ώς έν ά"στει σύν άλλήλοις διατριβήν καΐ παρενόχληση/ (Vie d'Euthyme, p. 3424~25).
48. Vie d'Euthyme, p. 3314-21-33, 3410, 4924 . p. 391 . p. 382i.
49. Vie d'Euthyme, p. 475~7 : ... καΐ ημών ώς γεννητόρων μνημόνευε καί της μονής καΐ
των έν αύτη αδελφών μηδέποτε λήθην παρασκευάσης έπιγενέσθαι σοι.
50. Vie d'Euthyme, p. 15es·, 5025-26.
51. Vie d'Euthyme, p. 469"14 : καΐ τάς έν αστει διατριβας μετά ταΰτα προετιμήσαμεν, δτε
ζήλω θείω κινούμενοι καΐ τήν μανιχαϊκήν βίβλον 'Αντωνίου του έν Κρανέαις πεπλανημένου
μοναχού, εύχαΐς τοϋ Εερου ποιμένος πυρί καύσαντες ήφανίσαμεν, ή « Τα απόκρυφα μέν
τοϋ Ευαγγελίου » έπεγέγραπτο, πασαν δέ βλασφημίαν καΐ πασαν αίρέσεως άπαρχήν έν
έαυτη έπεφέρετο.
52. Il semble bien qu'Antoine doive être identifié avec l'auteur d'un livre hérétique
mentionné par Théodore Stoudite dans sa lettre adressée àThéoktistos (PG99, 1528Λ) :
περί βιβλίου του επιλεγομένου του 'Αντωνίου δτι λέγεις εύαπόδεκτον είναι, έν ώ πολλά
βλάσφημα, ώς ημείς αυτοί άναγνόντες ^γνωμεν. Une formule d'abjuration contre les
Pauliciens anathematise aussi Antoine (TM 4, 1970, p. 20386).
LA VIE DE SAINT EUTHYME LE JEUNE 233

avec Euthyme, qualifié de pasteur vénéré, b) Dans la péroraison, Basile


demande à Euthyme son intercession, afin que Dieu lui accorde la chose
pour laquelle de son vivant Euthyme priait constamment, c'est-à-dire
«que nous nous montrions digne de notre titre et de notre fonction53 ».
Par conséquent, l'ordination de Basile, postérieure de plusieurs années
à 875 (date de sa tonsure)54, est antérieure, au moins de quelques mois,
sinon de quelques années, à 898 (date de la mort d'Euthyme). Cependant
L. Petit se trouva obligé de placer Basile après 905, car «jusqu'à cette
dernière date, les métropolitains de Thessalonique au IXe siècle sont trop
exactement connus et la durée de leur épiscopat assez bien fixée pour que
l'on puisse songer à introduire Basile dans l'intervalle qui sépare 875 de
905 55. » En publiant quelques années plus tard le Synodikon de
Thessalonique, qui ignore Basile56, Petit maintint cependant le nom en cet endroit,
d'une part parce que le document classe par erreur Plotinen 15e position57
au lieu de le mettre après Jean (23e), d'autre part parce qu'on ne disposait
alors de repère chronologique que pour Nicétas de Maronée (n° 29, vers
1020). On sait maintenant que, vers 905, c'est Plotin qui occupe le siège ;
la date est assurée par un écrit de ce métropolite, l'éloge de saint Dèmè-
trios58 qui fait allusion à la prise récente de la ville par les Arabes (904),
et par deux lettres d'Aréthas de Césarée adressées à Plotin59. Les dates
de Grégoire (n° 26 du Synodikon) sont fournies par les actes de l'Athos60 :

53. Vie d'Euthyme, p. 5010~13 : εκείνο θεδν άντιδοΰνοα ήμΐν έξαιτούμενος, δ και εν τφ βίφ
περιών πολλάκις υπέρ ημών καθικέτευσας, άξίως ημάς της κλήσεως και του επαγγέλματος
πολιτεύεσθαι.
54. Saufen cas de dispense, l'âge canonique pour devenir évêque était de 30 ans révolus
(Novelle 137 de Justinien, ch. 2 ; Rhalli-Potli, Syntagma, I, p. 66). Vu que Basile devait
être un jeune homme en 875, cette ordination ne peut remonter plus haut que vers 890.
55. L. Petit, Les évêques de Thessalonique, EO 4, 1900-1901, p. 218-221 ; Vie
d'Euthyme, p. 6.
56. L. Petit, Le Synodicon de Thessalonique, EO 18, 1916, p. 236-254 ; voir p. 242 :
« Après le n° 23 notre document présente une lacune incontestable ; il a omis le nom
de Basile le biographe de S. Euthyme de Thessalonique. »
57. Ibidem, p. 240 ; cf. J. Gouillard, Le Synodikon de l'Orthodoxie. Edition et
commentaire, TM 2, 1967, p. 114e.
58. Edition Th. Iôannou, Μνημεία αγιολογικά, Venise 1884, p. 40-53.
59. Sur Plotin, voir Patricia Karlin-Hayter, Byz. 32, 1962, p. 129-131, 391, 465 ;
Eadem, Byz. 34, 1964, p. 55-56, 59-67 ; L. G. Westerink, Arethae archiepiscopi Caesa-
riensis scripta minora, I, Leipzig 1968, p. 192-196.
60. F. Dölger, Aus den Schatzkammern des heiligen Berges, Munich 1948, n° 107
de 942 (faussement attribué par P. Uspenskij et K. Lake aux années 881-882) ; Germaine
Rouillard et P. Collomp, Actes de Lavra, Paris 1937, n° 5 de 943. Une lettre du
métropolite de Nicée Alexandre s'adresse à lui ; cf. J. Darrouzès, Epistoliers byzantins du
Xe siècle, Paris 1960, p. 76 (vers 945) ; voir aussi p. 8145.
234 DENISE PAPACHRYSSANTHOU

il occupait le siège au moins en 942 et 943. Entre Plotin qu'il faut placer
en 905 et Grégoire (942), le Synodikon place deux autres archevêques,
Syméon et Euthyme, inconnus par ailleurs61. En conséquence, le nom de
Basile doit être rayé de la liste episcopate62, puisqu'il ne figure pas dans
le Synodikon de la ville et que Basile lui-même ne se déclare pas
archevêque de Thessalonique dans la biographie d 'Euthyme.
Nous ne sommes pas en mesure de dire de quelle ville notre biographe
était le prélat, ni le rang qu'il avait. Une chose est sûre : son siège faisait
partie de l'ancien Illyricum. En effet, il déclare qu'«il dépendait de l'Eglise
de s. Pierre, aussi longtemps que celle-ci restait dans l'orthodoxie63 ».
Etant donné que Basile est resté en liaison avec son couvent et avec la région
de la Chalcidique, il est permis de formuler l'hypothèse qu'il fut un évêque
suffira gant de la métropole de Thessalonique.

2. Chronologie des événements importants de la Vie

Le biographe d'Euthyme est un des rares hagiographes byzantins qui


ont pris la peine d'étayer leurs récits par des dates. Ainsi, chaque nouvelle
étape de la carrière du saint est indiquée par plusieurs précisions d'ordre
chronologique, de sorte que la datation est dans l'ensemble cohérente
et digne de confiance, bien que, une ou deux fois, les éléments
chronologiques qu'il accumule ne concordent pas. Ainsi le 15 septembre 841, date
du départ d'Euthyme de chez lui vers l'Olympe, tombe un jeudi et non
pas un dimanche1. Cependant, il faut bien se garder de voir une erreur
ou une interpolation postérieure dans l'élément de datation par l'ère
chrétienne2. C'est l'auteur qui par deux fois donne l'équivalence entre l'an du

61. L. Petit, Le Synodicon de Thessalonique, EO 18, 1916, p. 240, 253 ; J. Gouillard,


art. cit., p. 1149.
62. Si l'auteur de la Vie d'Euthyme ne fut jamais prélat de Thessalonique, son
identification avec l'archevêque Basile commémoré le 1er février tombe d'elle-même.
63. Vie d'Euthyme, p. 5024~25 : Πέτρον μέν ώς της εκκλησίας άρωγόν καΐ θεμέλιον,
ής όρθοδοξούσης ώς αρχιερείς έξηρτήμεθα. Etrange réminiscence de la dépendance de
rillyricum par rapport à Rome. Le sujet du verbe έξηρτήμεθα n'est pas Basile, postérieur
de presque deux siècles au rattachement de la province à Constantinople ; ce doit être
soit le siège de Basile, soit d'une manière générale l 'Illyricum.
1. Voir aussi L. Petit, Vie d'Euthyme, p. 78 n. 5.
2. Comme le pense L. Petit (loc. cit. et ibidem, p. 20 apparat de la ligne 1, p. 41 apparat
de la ligne 9). L. Petit aboutit à cette conclusion après l'affirmation de E. Kurtz que la
phrase της θείας σαρκώσεως ωοθ' n'existe pas dans le Mosquensis. D y a eu erreur, car
la phrase s'y trouve bien, écrite de la main du scribe sans surcharge ni rature.
LA VIE DE SAINT EUTHYME LE JEUNE 235

monde et l'an du Sauveur3 ; pour ses calculs, il se sert de l'ère de 5500,


dite souvent ère mystique4. De nombreux exemples dans la littérature
byzantine confirment l'usage assez courant de cette ère5. L'autre date qui
présente quelques difficultés est celle de l'achèvement du couvent de Péris-
térai. L'auteur apporte plusieurs éléments de datation : an du monde 6379,
an du Christ 879, indiction 5, 4e année du règne de Basile Ier et de son fils
Constantin6. L'an de la Création 879 + 5500 est l'an de l'ère mondiale
6379, c'est-à-dire l'an 870/1 de notre ère, tandis que la quatrième année du
règne de Basile7 va du 24 septembre 870 au 23 septembre 871. Mais l'année
byzantine 6379 (du 1er septembre 870 au 31 août 871) est une indiction 4
et non pas 5. On peut envisager de corriger soit l'indiction, soit l'année.
Dire que l'auteur se trompe sur l'indiction et admettre l'an 6379, indiction
4, an 4 du règne, équivaudrait à placer l'inauguration de l'église entre le
24 septembre 870 et le 31 août 871 ; mais on touche dans cette hypothèse
à l'élément principal de la datation chez les Byzantins, qui est l'indiction.

3. Vie d'Euthyme, p. 1931-201 : άπό δέ κτίσεως κόσμου έξακισχιλιοστόν τριακοσιοστόν


πεντηκοστόν, της σωτηρίου δέ προς ήμας οικονομίας όκτακοσιοστόν πεντηκοστόν;
ρ.418"10 : άπο μέν κτίσεως κόσμου ,ςτοθ'..., της θείας σαρκώσεως ωοθ' (voir n. 6).
4. Sur cette ère, voir V. Grumel, La chronologie, Paris 1958, p. 3, 21, 22-23, 60, 122,
123, 157, 223.
5. Voici quelques exemples : Vie de s. Etienne le Jeune (PG 100, 1084°) : s'adressant
à l'empereur Léon III, le patriarche Germain dit que de l'apparition du Christ jusqu'à
maintenant sont passés έτη επτακόσια τριάκοντα έ"ξ (736+5500= 6236= 727/8); la
date est exacte, car cela se passait dix ans après l'avènement de Léon III {ibidem, 1084β) ;
la date donnée à cet avertissement de Germain par V. Grumel {Regestes, n° 331) est
arbitraire. — Martyre des moines Sabaïtes {AASS, mars, III, p. 2, § 3) : le martyre a eu
lieu εν Ιτει άπο μέν κτίσεως κόσμου έξακισχιλιοστφ διακοσιοστφ ογδοηκοστφ ογδόω...,
άπό δέ της κατά σάρκα γεννήσεως τοϋ Κυρίου... έπτακοσιοστου όγδοηκοστοϋ ογδόου
(788+5500 = 6288) ; pour d'autres détails sur le calcul de cette date, voir V. Grumel,
REB 14, 1956, p. 207-208. — Pseudo-Syméon (Bonn, p. 647 : début du règne de Michel
III) : κόσμου έτους ,ςτλε', της θείας σαρκώσεως ωλε' (6335 — 5500 = 835) ; Idem (Bonn,
p. 686 : début du règne de Basile Ier) : κόσμου έτους ,ςτξβ', της θείας σαρκώσεως ωξβ'
(6362—5500 = 862). — MM, III, p. 94 : traité de 1277 entre Venise et Byzance établi
έτει άπο της καταστάσεως τοϋ κόσμου έξακισχιλιοστοΰ έπτακοσιοστοΰ όγδοηκοστοϋ
πέμπτω [sic], ήγουν άπο της ένσαρκώσεως τοΰ Κυρίου χιλιοστφ διακοσιοστφ όγδοηκο-
στφ πέμπτω κατά τήν παρά των Γραικών άπαρίθμησιν, κατά δέ τήν παρά των Λατίνων
άπό της ένσαρκώσεως τοΰ Κυρίου χιλιοστφ διακοσιοστφ έβδομηκοστφ έβδόμω. Voir
aussi P. RatkoS, L'ère d'Antioche et l'ère de Constantinople dans quelques ouvrages
vieux slaves, Byzantinoslavica 27, 1966, p. 350-357.
6. Vie d'Euthyme, p. 41e~10 : ... 6 τε ναός άποπληροΰται... έτος ήν τοΰτο άπό μέν
κτίσεως κόσμου ,ςτοθ', της δέ αυτοκρατορίας Βασιλείου καΐ Κωνσταντίνου τών αύγούστων
έτος τέταρτον, ίνδικτιώνος ε', της θείας σαρκώσεως ωοθ'.
7. Il s'agit du règne effectif de Basile (remarquer le terme αυτοκρατορία : note
précédente), qui commença après le meurtre de Michel III dans la nuit du 23 au 24
septembre 867. Que Péristérai soit inauguré en 870 ou en 871, il y manque le nom d'un
empereur. En effet, le deuxième fils de Basile Ier, Léon, fut couronné le 6 janvier 870.
236 DENISE PAPACHRYSSANTHOU

Si on adopte une correction de l'année8, on ne trouve de coïncidence entre


l'an 6380, l'indiction 5 et l'an 4 du règne de Basile que du 1er au 23 septembre
871. On se rallierait à cette deuxième hypothèse s'il n'y avait une autre
manière de concilier toutes les données de l'auteur. Des chronographes
du temps, de l'avis de V. Grumel9, faisaient encore commencer l'année
au 25 mars au lieu du 1er septembre. Selon ce système toute correction
deviendrait inutile : l'année 6379, du 25 mars 871 au 24 mars 872, coïncide
avec l'indiction 4 (25 mars-31 août 871) et avec l'indiction 5 (1er septembre
871-24 mars 872). Dans cette hypothèse, l'inauguration de Péristérai
tomberait entre le 1er et le 23 septembre 871, indiction 5, 4e année du règne.
Sans doute, notre auteur connaissait la pratique de son temps (début de
l'année coïncidant avec le début de l'indiction), mais ne montre-t-il pas
son attachement aux coutumes anciennes aussi dans un autre endroit,
quant il fait état, à son époque, d'une dépendance de l'Illyricum vis-à-vis
de Rome10?
Pour être en mesure de dater, avec une certaine précision, les événements
de la seconde moitié de la vie d'Euthyme, après son départ de l'Olympe
et son arrivée à l'Athos, nous devons nous assurer d'abord de la date de
sa mort. Le seul élément chronologique que donne son biographe est

8. C'est la correction que préfère L. Petit (Vie d'Euthyme, p. 81 n. 29) ; mais en fixant
la date au 30 novembre 871, L. Petit abandonne non seulement l'an mondial, mais aussi
l'année du règne.
9. Le regretté P. Grumel a beaucoup milité pour faire accepter son point de vue que
l'ancien début de l'année en mars trouvait encore des adeptes parmi les chronographes
byzantins (V. Grumel, L'année du monde dans la Chronographie de Théophane, EO 33,
1934, p. 396-408 ; L'année du monde dans l'ère byzantine, EO 34, 1935, p. 319-326 ;
La date de la promulgation de l'Ecloge de Léon III, EO 34, 1935, p. 327-331 ; L'ère
mondiale dans la date du martyre des vingt moines sabaïtes, REB 14, 1956, p. 207-208) ;
il résume ses opinions dans Im chronologie. Nous n'ignorons pas que ces opinions n'ont
pas trouvé toujours un écho favorable, mais il faut reconnaître que personne n'est arrivé
à donner une meilleure explication à des éléments troublants ; vu la complexité du sujet,
on doit se garder de rejeter catégoriquement une solution, tant que le problème n'est pas
vraiment résolu. Il ne nous semble pas dépourvu d'intérêt d'ajouter ici qu'un synaxaire
annuel (Paris, gr. 1585), aussi bien que le calendrier slavon, Scaliger 38b, s'ouvrent
sur le mois de mars (voir An. Boll. 88, 1970, p. 366). Sur d'autres manuscrits slaves qui
placent probablement le début de l'année en mars, voir V. MoSin, Svetogorski protat,
Starine 43, 1951, p. 89.
10. Si l'on accepte ce raisonnement, on doit réviser deux dates dans la Vie d'Euthyme :
le saint serait né en 824, après mars, et non pas vers la fin de 823 ; son départ pour l'Olympe
serait du 15 septembre 842 (et non pas de 841). Il n'y a aucune objection réelle à ces
changements ; ces deux dates s'accordent même mieux avec l'affirmation de l'auteur
qu'Euthyme avait 18 ans lors de son départ. Cependant, elles laissent quatre mois
d'intervalle entre l'arrivée d'Euthyme à l'Olympe et sa tonsure (vers janvier 843) ; la chose
n'est pas impossible, si l'on pense qu'Euthyme fut tonsuré non pas dans un couvent,
où l'on observait les coutumes et les règles établies, mais par un vieil anachorète.
LA VIE DE SAINT EUTHYME LE JEUNE 237

qu'Euthyme mourut le 15 octobre d'une deuxième indiction11. D'après


les autres données de la Vie, L. Petit déduisit qu'il ne peut s'agir que du
1 5 octobre 883 ou 898 1 2. Il opte pour la seconde date, car il trouve la première
prématurée, pour des raisons que nous serons amenée à discuter plus bas13.
Contrairement à L. Petit, K. Lake rejette la seconde date (898). Il croit
que ces quinze années supplémentaires n'ont laissé aucun écho dans la
Vie, où la suite des événements crée l'impression qu'Euthyme est mort
peu de temps après avoir abandonné la direction de Péristérai. Il avoue
cependant que, même en diminuant au minimum la durée des derniers
voyages d'Euthyme, l'intervalle entre son départ de Péristérai et sa mort
reste trop court14, si on la place en 883. Pour cette raison, il avance une
autre hypothèse : l'indiction 2 serait une erreur, Euthyme serait mort
dans une indiction 8 (confusion facile de ce chiffre, lettre êta, avec le chiffre
2, bêta couché), donc en 889.
Quels sont les événements que nous devons situer entre le départ de
Péristérai et la mort du saint ? Euthyme, dit le biographe, dirigeait le couvent
depuis 14 ans, quand, après une séparation de 42 ans, sa famille vint le
rejoindre. Alors, il acheta un terrain et y fit bâtir un couvent pour les
femmes15, tandis qu'il recevait les hommes dans Péristérai16. Il invita ensuite
l'archevêque de Thessalonique, Méthode, à consacrer les églises munies

11. Vie d'Euthyme, p.


12. Vie d'Euthyme, p. 83 n. 39. Notons pour l'histoire que P. Uspenskij, le premier
à s'occuper d'Euthyme (op. cit., p. 24-34), place sa mort en octobre 889, tout en disant
qu'il mourut dans une deuxième indiction, deux affirmations incompatibles (octobre
889 = indiction 8). De même, les indications de L. Petit sur la mort d'Euthyme (EO 4,
1900-1901, p. 220) sont caduques.
13. Notons seulement que l'argument de L. Petit (voir sa note 39), à savoir qu'en août
883 l'archevêque de Thessalonique était Grégoire, auquel succéda Méthode, n'est pas
à prendre en considération, car le fait de placer Grégoire en 883 ne résulte que de la
mauvaise datation d'un document athonite par P. Uspenskij (883 au lieu de 942). En 883,
le métropolite de Thessalonique s'appelle Paul (voir p. 239 et note 21 ci-dessous).
14. Cf. K. Lake, op. cit., p. 51-52. Il trouve l'intervalle court, bien que, ayant commis
la faute classique (octobre indiction 2 = octobre 884, au lieu de 883), il accorde un an
d'écart de plus.
15. Les femmes de la famille suffisaient à elles seules à peupler un petit couvent :
en admettant que la mère fût morte, restaient deux sœurs, la femme, la fille et les trois
petites-filles, sept en tout ; on ne sait pas si Marie, la sœur mariée, avait aussi des filles.
Quant aux hommes, on en connaît trois : le mari de la sœur, le mari de la fille et le petit-
fils. L'ancienne génération avait embrassé le monachisme déjà en 859-860 (Vie
d'Euthyme, p. 28).
16. Vie d'Euthyme, p. 48η~16. Nous interprétons la phrase τοις δ' άνδράσι τήν οίκείαν
εγχειρίζει διοίκησιν (ρ. 4815~1β) comme se référant à Péristérai : l'auteur anticipe sur le
fait que le petit-fils, Méthode, prit plus tard la direction de Péristérai. Voir aussi ci-
dessous p. 243 et note 39.
238 DENISE PAPACHRYSSANTHOU

des reliques17. Après quelque temps18, Euthyme abandonne la direction


du couvent d'hommes à son petit-fils Méthode, et celui des femmes à sa
petite-fille Euphémie. Libéré de ces obligations, il se retira sur une colonne
près de Thessalonique19 ; comme la foule vint à l'importuner, il partit
une nouvelle fois pour l'Athos. Ne trouvant pas le calme là non plus et
prévoyant sa mort prochaine, il s'embarqua pour l'île de Hiéra le 7 mai.
Il y tomba malade le 13 octobre d'une deuxième indiction et y mourut
le 15 du même mois20.
La première constatation qui ressort de ce tableau est que l'on doit
écarter définitivement la date du 15 octobre 883. Autrement, Euthyme
serait parti pour Hiéra le 7 mai 883. De quelque manière que l'on comprime
les événements, on doit calculer un intervalle de quelques mois au moins
entre la célébration présidée par l'archevêque Méthode et le 7 mai, pour
y faire entrer l'abandon de la direction des deux couvents par Euthyme,

17. Vie d"Euthyme, p. 4816-19 : καί δή Μεθόδιον τόν ίερόν της Θεσσαλονίκης άρχιε-
πίσκοπον άμφοτέραις ταΐς μοναΐς προσκαλεσάμενος, λείψανα τε αγίων καί θυσια-
στήριον ιερόν ίδρύσαι έν αύταΐς πεποιηκώς, αμφότερα Θεφ άφιεροΐ τα μοναστήρια.
Nous avouons que le sens de ce passage nous reste obscur. Péristérai fonctionnait depuis
plus de 14 ans, et la première chose qu 'Euthyme y a bâti a été l'église de s. André flanquée
de deux chapelles, du Prodrome et de s. Euthyme (p. 3926~27). On sait d'autre part que l'on
ne pouvait célébrer la messe dans une église qui n'abritait pas de relique et qui n'avait
pas été consacrée par un évêque (voir N. MilaS, Ta έκκλησιαστικόν δίκαιον της
ορθοδόξου ανατολικής 'Εκκλησίας, traduction M. Apostolopoulos, Athènes 1906, p. 809-
811, avec les références aux sources ; K. Rhallès, Περί της καθιερώσεως τών ναών κατά
τό δίκαιον της ορθοδόξου ανατολικής Εκκλησίας, Έπετηρις τοϋ Εθνικού και Καποδι-
στριακοϋ Πανεπιστημίου, 1913, ρ. 99-130). Est-ce que, malgré la mention de deux
couvents, la consécration ne concernait que la nouvelle église du couvent féminin ?
Néanmoins le passage nous suggère plus que cela. Peut-être devrions-nous déduire que la
phrase αμφότερα Θεώ" άφιεροΐ τά μοναστήρια (p. 4819) n'a pas la signification courante :
consacrer un emplacement au culte (dans ce sens, Péristérai, lieu de culte, avait été
consacré à Dieu depuis longtemps), mais qu 'Euthyme a assujetti à ce moment les deux
monastères au métropolite de Thessalonique. En effet, on se souviendra que, vers le milieu
du Xe siècle, l'empereur Constantin VII libéra par un chrysobulle le couvent de Péristérai,
qualifié d'impérial, de toute prétention de tutelle que le métropolite de Thessalonique
pût avoir sur lui. Voir les dispositions de cet acte insérées dans les Actes de Lavra, I
(édition P. Lemerle, N. Svoronos, A. Guillou et Denise Papachryssanthou, Paris
1970, citée dorénavant sous le titre Actes de Lavra2), n° 3327% surtout n° 3335~36 :
μή τόν μητροπολίτην Θεσσαλονίκης προνόμιόν τι κατά της τοιαύτης κτασθαι μονής
(Péristérai) ; n° 3337"38 : ή της περί αυτήν φροντίδος δήθεν άντέχεσθαι; η° 3340~41 :
άνίσχυρον δέ μάλλον καί άβέβαιον διαμένειν... ζϊ τι παλαιότερον μετά ταύτα καθυποδεϊξαι
βουληθεΐεν οί της μητροπόλεως σιγίλλιον πλέον τι τούτου διαγορευον, ce qui signifie que
la métropole avait assuré ses droits sur le couvent par un acte.
18. Vie d'Euthyme, p. 4819 : μετ' ου πολύ.
19. La colonne sur laquelle il avait déjà vécu auparavant pendant quelque temps (Vie
d'Euthyme, p. 4822"23, p. 349~13).
20. Vie d'Euthyme, p. 48-49.
LA VIE DE SAINT EUTHYME LE JEUNE 239

son séjour sur la colonne et à l'Athos. Donc, en estimant au plus juste la


durée des faits, cette célébration n'aurait pu avoir lieu qu'à la fin de 882.
Or, cette date est impossible, pour deux raisons. D'abord, à ce moment
Méthode n'était pas encore métropolite de Thessalonique ; son
prédécesseur Paul, en fonction au début de 880, occupe certainement le siège
en 883 et très probablement encore en 88521. D'autre part, l'inauguration
du couvent des femmes eut lieu quelque temps après que la famille d'Eu-
thyme fut arrivée en Chalcidique, peut-être un an entier après, si l'on prend
en considération la mise en chantier et l'achèvement du couvent. La famille
s'est réunie après 42 ans de séparation, donc entre septembre 883 et
septembre 884 (ou septembre 884 et septembre 885, si la séparation a eu lieu
en 842)22, et après 14 ans d'installation à Péristérai, cette installation
prenant très probablement son point de départ non pas avec l'inauguration
de l'église, en septembre 871, mais à .partir du moment où Euthyme,
accompagné de quelques moines, s'établit à cet endroit et entreprit les travaux23.
Deuxième constatation : la date du 15 octobre 889. qui est censée corriger
l'erreur d'indiction provenant de la confusion des chiffres, est également
à écarter. Une telle confusion serait admissible chez un copiste postérieur,
mais elle ne s'explique pas chez les copistes anciens. Tous les manuscrits
de la Vie, y compris le Mosquensis (xie s.), donnent l'indiction deux en
toutes lettres ; il faudrait supposer que l'indiction notée d'abord par un
chiffre fut mal interprétée déjà avant le XIe siècle et que ce chiffre fautif
fut ensuite écrit en toutes lettres. Ces opérations semblent trop hasardeuses
pour autoriser la correction d'une date donnée par les manuscrits, avec
la seule justification qu'autrement l'auteur aurait résumé un peu trop vite
les 14 dernières années de son héros. Mais nous avons déjà constaté la
tendance de Basile à couvrir d'une seule phrase toute une période de la vie de
son maître24. Au fond, son récit ne nous livre absolument aucun détail sur la
vie réelle et quotidienne d'Euthyme à Péristérai, qu'elle durât 14 ou 24 ans.

21. Il assiste à la sixième session (mars 880) du concile photien (Mansi 18a, 513).
Le patriarche Photius lui adresse une lettre qui peut être datée de 883 ou de 885, mais
ne saurait être antérieure au début de 8S3 (cf. Grumel, Regestes, n° 530). Une
inscription de Sainte-Sophie de Thessalonique, datée de novembre, indiction 4, et
mentionnant l'archevêque Paul, peut concerner ce Paul et être datée de novembre 885. Voir,
en dernier lieu, J.-M. Spieser, Inventaires en vue d'un recueil des inscriptions historiques
de Byzance. I : Les inscriptions de Thessalonique, TM 5, 1973, p. 160-161, n° 10.
22. Voir ci-dessus p. 236 et note 10.
23. Cela pouvait se passer un ou même deux ans avant septembre 871 (L. Petit, Vie
tTEuthyme, p. 82 n. 34). Remarquons de nouveau que les 14 ans d'Euthyme à Péristérai
s'accordent mieux avec un départ en 842 qu'en 841.
24. Voir ci-dessus p. 226 et ci-dessous p. 243.
240 DENISE PAPACHRYSSANTHOU

La seule date qui reste est celle d'octobre 898 et elle s'accorde avec les
autres données de la Vie : l'inauguration du couvent de femmes entre 885
(voir plus haut) et 889, date probable de la mort de l'archevêque Méthode25,
et l'abandon par Euthyme de la direction des deux couvents. A notre avis,
Euthyme laissa les couvents à ses petits-enfants beaucoup plus près de 889
(sinon après 890) que de 885, à cause de l'âge de ces derniers. La fille d'Eu-
thyme se maria vers 859-86026. Son premier enfant serait né au plus tôt
vers 860-861 ; il aurait, en 885, 25 ans (en supposant que ce soit Méthode
ou sa sœur Euphémie), et son cadet serait encore plus jeune. Autrement dit,
ni l'un ni l'autre n'auraient atteint l'âge canonique, 30 ans accomplis,
requis pour un higoumène27. Admettons que l'argument soit bien fragile
au vu des nombreuses entorses faites à la règle28 ; il resterait à expliquer
pourquoi, peu après 885, Euthyme, qui était alors dans la force de l'âge,
aurait violé la coutume et la règle canonique, d'autant plus que le
biographe précise que le saint ne se démunit de sa charge qu'après avoir préparé
ses successeurs à leur tâche29. L'higouménat de Méthode et d 'Euphémie
avant 890 se heurte aussi à un autre obstacle. La coutume voulait que le
futur higoumène eût reçu la tonsure depuis 8 ou 10 ans et, s'il était xéno-
kouritès, qu'il se trouvât dans le couvent depuis un certain temps30. Dans
l'un ou l'autre cas, peu après 885, ils ne remplissaient pas les conditions
d'ancienneté pour revêtir la charge d'higoumène31. Tout cela incite à croire
que le changement n'a eu lieu que vers 890, ou même après.

25. Voir L. Petit, Les évêques de Thessalonique, EO 4, 1900-1901, p. 220 ; Idem,


Le Synodicon de Thessalonique, EO 18, 1916, p. 242, 253.
26. Après le départ d'Euthyme de l'Olympe {Vie d'Euthyme, p. 2818~21).
27. Voir P. De Meester, De monachico statu iuxta disciplinant byzantinam, p. 17 (art.
32.2°), 212-213 ; H.-G. Beck, Kirche und theologische Literatur im byzantinischen Reich,
Munich 1959, p. 132. Le Pseudo-Basile (PG 31, 8764), sans fixer un âge, commande
de n'élever à l'higouménat que des personnes d'âge mûr qui inspirent le respect.
28. Par exemple Abraamios (vers 511), higoumène à l'âge de 27 ans (cf. E. Schwartz,
Kyrillos von Skythopolis, Leipzig 1939, p. 244) ; s. Etienne le Sabaïte (vers 750),
higoumène à l'âge d'environ 25 ans (cf. AASS, juillet, III, § 184, p. 610). Il faut signaler
cependant que la seule transgression que nous connaissions pour la région athonite tend à
prouver que la règle s'appliquait en général rigoureusement : en 1045, les vieillards
athonites se plaignirent à l'empereur Constantin Monomaque que certains higoumènes
couchaient sur leur testament de jeunes hommes comme leurs successeurs, par amitié
ou à cause de la parenté (cf. Ph. Meyer, Die Haupturkunden für die Geschichte der Athos-
klöster, Leipzig 1894, p. 161 14~16), souci compréhensible de la part d'un mourant de
léguer son propre couvent à un parent ou au disciple préféré.
29. Vie d'Euthyme, p. 4821 : και ήγουμενεύειν êv αύταϊς παρασκευάσας.
30. Balsamon, commentaire au canon 4 du concile de 861 :PG 137, 1024^ ; P. De
Meester, op. cit., p. 17 (art. 32), 213.
31. La Vie ne précise pas, mais il est bien probable que les petits-enfants d'Euthyme
reçurent la tonsure après leur installation à Péristérai, donc vers 884-885.
LA VIE DE SAINT EUTHYME LE JEUNE 241

Etant donné qu'Euthyme meurt en octobre 898, on peut se demander


si l'Euthyme moine et higoumène de Péristérai, qui achète en mars 897
les terres de la famille Tsagastès32, pour le compte du couvent, n'est pas
notre saint. Dans ce cas, il ne se serait retiré qu'après mars 897. Il lui restait
assez de temps pour faire un court séjour sur la colonne et ensuite à l'Athos,
avant de partir pour Hiéra, en mai 898. On peut supposer aussi qu'Euthyme,
tout en se retirant, vers 890, de ses fonctions quotidiennes d'higoumène,
garda son titre et ses droits de propriétaire sur les couvents qu'il avait
fondés. Les deux hypothèses nous paraissent séduisantes, d'autant plus
qu'elles aident à résoudre l'épineux problème de la succession des higou-
mènes : Euthyme (I), Méthode, Euthyme (II) en 897, ce qui suppose une
élimination rapide du petit-fils de son poste, et cela du vivant de son grand-
père. Or rien, dans la Vie, ne laisse présumer ni une mort prématurée du
jeune Méthode, ni une révolution dans le couvent. Malgré cela on accueillera
les hypothèses avec prudence, puisque nous ne sommes pas en mesure de
fixer avec certitude le moment du départ d 'Euthyme de Péristérai : cela a
dû se passer bien après 885 et au moins quelques mois avant mai 898.
Les événements datés de la vie d'Euthyme se résument donc ainsi :
Fin de 823 (ou 824) : naissance de Nicétas à Opsô, en Galatie ;
830 (ou 831) : mort d'Epiphane, père de Nicétas ;
Vers 840 : mariage de Nicétas avec Euphrosyne ; naissance d'une fille, Anastasô ;
841 (ou 842), le 15 septembre : départ de Nicétas pour l'Olympe ;
Vers janvier 843 : Nicétas prend l'habit et le nom monastique d'Euthyme ;
Début de 859 : Euthyme prend le grand habit et part pour l'Athos ;
Vers 859-860 : mariage d'Anastasô, fille d'Euthyme ; les autres membres de la
famille prennent l'habit ;
859-863 : premier séjour d'Euthyme à l'Athos ;
863 : Euthyme va au Mont Olympe chercher son ancien maître Théodore ;
863-864 : deuxième séjour à l'Athos, coupé probablement d'un court séjour à
Makrosina auprès de Théodore ;
Vers 864 : voyage d'Euthyme à Thessalonique pour visiter le tombeau de son
maître Théodore mort et inhumé là ; court séjour sur une colonne près de
Thessalonique ; retour à l'Athos après avoir été ordonné prêtre ;
Vers 865-866 : troisième séjour à l'Athos ; voyage à l'île de Néoi ;
Vers 867 : Euthyme avec ses disciples abandonne l'Athos pour s'établir à Brasta-
mou ; il effectue de fréquentes retraites à l'Athos ;
Vers 870 : après une vision, Euthyme dégage et reconstruit l'ancienne église de
Saint-André à Péristérai ; il y fonde un koinobion ;

32. Cf. Actes de Lavra2, n° 1. Signalons qu'un des vendeurs, Jean Tsagastès, moine
de son état, était membre de la communauté monastique de Péristérai (cf. Vie d'Euthyme,
p> 4712,15).
242 DENISE PAPACHRYSSANTHOU

871, ler-23 septembre : inauguration de l'église Saint-André de Péristérai ;


Vers 875 : Euthyme tonsure son disciple et futur biographe, Basile ;
Vers 884 : la famille d'Euthyme arrive à Péristérai ; il construit un nouveau
couvent pour les femmes ;
Entre 885 et 889 : inauguration de l'église du nouveau couvent par l'archevêque
Méthode ;
Vers 890 (ou peu après mars 897) : Euthyme laisse la direction de Péristérai à
son petit-fils Méthode et celle du couvent de femmes à sa petite-fille Euphé-
mie ; court séjour sur sa colonne ; retour à l'Athos ;
Avant mai 898 : dernier séjour à l'Athos ;
898, le 8 mai : de l'Athos il part avec un seul serviteur pour l'île de Hiéra ;
898, le 13 octobre : il y tombe malade ;
898, le 15 octobre : Euthyme meurt à Hiéra ;
898, le 22 décembre : deux moines de Péristérai vont à Hiéra pour transporter
le corps ;
899, le 13 janvier : arrivée du corps à Thessalonique, où les disciples d'Euthyme
l'attendent ; translation solennelle au couvent de Péristérai.

3. La translation de s. Euthyme

Le biographe relate en dernier lieu la translation de s. Euthyme. Voici


une traduction libre de ce passage : Un moine apporta la nouvelle de la
mort d'Euthyme ; alors les moines de son couvent, désireux de Γ avoir
comme gardien33 après sa mort comme avant, envoyèrent le moine Paul et
le prêtre Biaise qui transportèrent la dépouille chez eux (έαυτοΐς) dans un
sarcophage de bois. Le corps se conservait intact et entier, tel que l'on voit
le mort au jour de son trépas, et cela après être resté dans la grotte jusqu'au
22 décembre et n'avoir rejoint (έπιφοιτήσαντος) la communauté de ses
disciples dans la ville de Thessalonique riche en martyrs que le 13 janvier.
Et maintenant le grand Euthyme... est transporté chez nous (ήμΐν) de l'île
de Hiéra ; au son d'hymnes ininterrompues, porté sur les épaules des
moines, encensé par des évêques, acclamé par une foule d'ascètes..., il est
déposé dans un sarcophage sacré d'où, comme un vivant sous nos yeux,
il guérit nos maladies par (l'action miraculeuse de) son corps, tandis que
par son âme il intercède (auprès de Dieu) afin de nous rendre meilleurs34.
De ce passage, L. Petit déduit qu 'Euthyme fut inhumé dans la ville de

33. Nous soulignons les points importants.


34. Vie d'Euthyme, p. 49-50, § 38.
LA VIE DE SAINT EUTHYME LE JEUNE 243

Thessalonique35 ; en cela il se conforme à une tradition plus ancienne36,


et les savants qui se sont occupés ensuite d'Euthyme ont adopté la même
opinion37. La réalité paraît différente. Les moines de Péristérai et les
membres de la famille du saint encore vivants entendaient transférer le corps
au profit de leur couvent et non pour celui d'une église de la ville. Tel est
le sens évident de la phrase-clé du passage38. Basile a une manière de
s'exprimer bien à lui ; il résume d'abord dans une courte phrase l'essentiel
d'un événement et revient ensuite pour expliquer avec plus de détails les
diverses phases par lesquelles l'affaire a passé avant d'arriver à son
dénouement39. C'est de cette façon qu'ici, une fois l'essentiel dit (la translation
d'Euthyme dans son couvent), il continue en décrivant les trois étapes :
les deux premières, qui l'intéressent moins, tiennent en une phrase chacune ;
la troisième, la plus importante, est plus développée : 1) le 22 décembre,
les deux moines arrivent à Hiéra et trouvent le corps d'Euthyme dans la
grotte où il est mort40 ; 2) le 13 janvier, les deux moines transportent le
sarcophage avec la dépouille à Thessalonique, où tous les moines du couvent
sont venus les attendre41 ; 3) avec les mots καΐ νυν ήμΐν commence la
description de la procession formée par les moines, les laïcs et le clergé de la
ville, qui accompagnent le corps du saint jusqu'à son lieu de repos, dans
son couvent de Péristérai, où il continue à veiller sur son troupeau42.
Etant donné que Basile n'était, ni à ce moment ni à un autre, archevêque

35. Voir son tableau chronologique (Vie d'Euthyme, p. 84). Par une erreur manifeste,
les Vies des Saints (cf. note 10, p. 226), p. 465, écrivent qu'Euthyme est inhumé dans
l'église thessalonicienne de Saint-Sozon ; elle est le lieu de sépulture du maître d'Euthyme,
Théodore, et non pas d'Euthyme lui-même (Vie d'Euthyme, p. 3316).
36. Voir une note du moine athonite Jacques de Néa Skètè, mentionnée dans la
traduction russe de la Vie (Afonskif Paterik2, II, Moscou 1890, p. 286) et reprise dans la
compilation dite les Petits Bollandistes, 6e éd., XII, p. 273. P. Uspenskij (Istorija Afona,
III, 1, p. 33) répète à son tour cette affirmation.
37. Cf. B. Menthon, op. cit., p. 170 ; K. Lake, op. cit., p. 51.
38. Vie d'Euthyme, p. 4917~21 : Διαγνωσθείσης... της αύτοϋ έν Κυρίω κοιμήσεως, οΕ της
αύτοΰ μονής πόθω του και μετά θάνατον εχειν αύτον φρουρον και υπερασπίζοντα, δια
Παύλου μοναχού και Βλασίου πρεσβυτέρου, έν ξυλίνη λάρνακι τοϋτον έαυτοΐς άνακομί-
ζουσι.
39. Ainsi, p. 463~14, l'auteur nous donne l'essentiel de sa carrière de moine et de prélat,
avant de raconter (p. 46-47, § 35) quelques épisodes de celle-ci. P. 4811-16, l'arrivée de la
famille du saint est liée directement à l'abandon par Euthyme de la direction du couvent ;
c'est dans les lignes suivantes (16-22) qu'il mentionne les phases intermédiaires, avant
ce départ ; cf. ci-dessus note 16, p. 237.
40. Vie d'Euthyme, p. 4922~23 : ... μέχρι Δεκεμβρίου είκάδος δευτέρας έν τφ σπηλαίω
χρονίσαντος.
41. Vie d'Euthyme, p. 4923~25 : ... τη τρισκαιδεκάτη τοϋ Ίαννουαρίου μηνός έν τη
μαρτυροπλουτίστω των Θεσσαλονικέων πόλει τοις μαθηταϊς έπιφοιτήσαντος.
42. Vie d'Euthyme, p. 4925-506.

17
244 DENISE PAPACHRYSSANTHOU

de Thessalonique, comme on l'a cru longtemps, ήμΐν ne peut en aucun cas


s'appliquer à cette ville, mais tout simplement à Péristérai, dont l'auteur
se considère toujours membre. D'ailleurs, les mots «ce sarcophage-ci43 »
montrent que Basile tient son discours à l'endroit même où repose le corps :
or il ressort clairement de sa péroraison que cet endroit est le couvent de
Péristérai44.
Nous arrivons donc à la conclusion qu'en janvier 899 la dépouille
d'Euthyme reposait dans son couvent. Qu 'est-elle devenue ensuite ? Péristérai,
qui a eu son moment d'épanouissement dans la première moitié du xe
siècle45, périclita rapidement ; vers 964, l'empereur Nicéphore Phocas
l'annexa à Lavra46. Nous ne savons pas jusqu'à quand le couvent subsista
en tant que centre religieux, mais il est bien probable que, une fois devenu
simple métochion à la mort de son dernier higoumène Stephanos47, la
communauté monastique se réduisit au minimum nécessaire pour l'entretien
des terres. Dans ces conditions, il est également probable que l'on en retira
la dépouille d'Euthyme. Aurait-elle été déposée dans une église de Lavra
à Thessalonique, où se serait trouvé le siège de l'économe du métochion48 ?
Nous ne saurions le dire. Le seul indice serait le titre d'Euthyme, qui depuis
au moins le XIe siècle est appelé « saint Euthyme de Thessalonique49 ».
Cela pouvait signifier que la dépouille du saint se trouvait effectivement
à cette époque dans une église de la ville ; mais ce n'est pas du tout sûr,
car le couvent de Péristérai lui-même est connu depuis la fin du xe siècle
sous l'appellation το εν Θεσσαλονίκη μετόχιον (de Lavra), nom qui alterne
avec celui de το κατά την Θεσσαλονίκην μετόχιον50. Il se peut donc que,
même quand le corps reposait dans le couvent, le saint ait été désigné
comme ό άγιος Ευθύμιος 6 νέος ό εν Θεσσαλονίκη, pour le distinguer de
saint Euthyme le Jeune, ό εν Μωκίου, à Constantinople.

43. Vie d'Euthyme, p. 503"4 : καΐ τη Espqc ταύτη εναποτιθέμενος λάρνακι.


44. Vie d'Euthyme, p. 5025~26 : Άνδρέαν δ' αδθις ώς της ποίμνης έξάρχοντα.
45. Le couvent procède à des achats de biens fonciers, dont certains se trouvent dans
la région de Hiérissos (cf. Actes de Lavra2, nos 1, 2, 4 et introduction, p. 58-59) ; il est
surnommé μεγάλη μονή (cf. typikon de Tzimiskès : Ph. Meyer, Die Haupturkunden für
die Geschichte der Athosklöster, Leipzig 1894, p. 14832 ; Actes de Lavra2, n° 1, notes)
ou μέγα μοναστή ριον (cf. Vie d'Athanase de Lavra : I. Pomjalovskij, 2itie prepodobnago
Afanasija Afonskago, Saint-Pétersbourg 1895, p. 4425).
46. Cf. typikon d'Athanase : Ph. Meyer, op. cit., p. 11924"28 ; Vie d'Athanase de
Lavra : I. Pomjalovskij, op. cit., p. 4424~25.
47. Cf. typikon d'Athanase : Ph. Meyer, op. cit., p. 11931-1214 ; Actes de Lavra2,
introduction, p. 16-17, 58 n. 10.
48. Sur cette question, voir les Actes de Lavra2, n° 1, notes.
49. Voir le titre de la Vie d'Euthyme dans le Mosquensis.
50. Cf. Actes de Lavra2, n° 1, notes.
LA VIE DE SAINT EUTHYME LE JEUNE 245

Concluons. Basile, qui ne fut pas métropolite de Thessalonique, mais


probablement évêque sufFragant de cette métropole, écrivit à la fin du Xe
siècle la Vie de son maître spirituel, Euthyme le Jeune ; cette œuvre, l'une
des meilleures du genre à l'époque, permet de dater avec assez de précision
les principaux événements de la vie du saint qu'elle honore. Après avoir
mené successivement la vie d'ascète, de cénobite et à nouveau d'ascète,
Euthyme fonda, aux alentours de Thessalonique, le couvent de Péristérai,
qui fut inauguré probablement en septembre 871 et qui devint plus tard
une dépendance du couvent athonite de Lavra. Après la mort d'Euthyme,
le 15 octobre 898, son corps fut déposé dans l'église de son couvent, où un
culte fut instauré en son honneur.