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EuRom 5 /Fernando dos Santos

PULDVLa méthode
EUROM 5
Viser une certaine forme de connaissance "modeste" des langues romanes

1.1. L'objectif

Nous pensons que des adultes qui parlent une langue romane peuvent apprendre, en
un temps très court, à en comprendre une, deux et même trois autres, à condition de
bien limiter l'objectif : « Comprendre » ces langues, et non s'exprimer, par écrit ni par
oral.

Quand nous disons "comprendre", il ne s'agit pas de chercher à comprendre tout ce qui
se dit et s'écrit dans ces langues. Nous avons commencé par la compréhension de
l'écrit, et nous avons limité le type d'écrits.

Pour aborder dans cette perspective le portugais, l'espagnol, le catalan, l'italien ou le


français, il est bon d'avoir des textes dont la langue est assez standardisée et des
documents dont le contenu, fondé sur une sorte de « savoir partagé », n'exige pas une
initiation à la culture et à l'histoire des différents pays.

Dans les pays européens de langues romanes, les articles de journaux (quotidiens ou
hebdomadaires) suivent des règles de rédaction de type international, même lorsqu'ils
ont des habitudes rhétoriques un peu particulières. Le contenu des articles est souvent
très proche.

La méthode propose, pour chacune des langues, des articles de presse. Chaque langue
doit être étudiée pendant la séance. Pour chacune d’entre elles le travail dure environ
20 à 30 minutes, soit 1h30 au total. A la fin des séances, les participants doivent être
capables de lire seuls des articles équivalents, en s'aidant d’un dictionnaire pour
chercher les quelques mots qui leur manquent.

Ce travail ne permet pas de dire que l’on « connaît » les quatre langues autres. Dans un
temps aussi court, on ne peut donner qu'une connaissance approximative. Mais cette
forme de connaissance est suffisante pour faire disparaître les angoisses des débutants
- qui ont souvent gardé un mauvais souvenir de leurs études des langues vivantes.
Cela suffit pour leur montrer qu'ils peuvent continuer seuls.

L'expérience a été menée pendant des années, simultanément, dans plusieurs pays.
Nous avons observé le comportement des débutants adultes mis devant l'obligation de
commencer à « lire » dans une langue qu'ils pensent ne pas comprendre du tout. Ils
nous ont montré que l'objectif était raisonnable.

1.2 Le déroulement des séances

Chaque participant est placé devant un article à traduire dans une des quatre langues
qu'il ignore.

 On lui traduit le titre dans sa langue et on lui donne un bref résumé du contenu (en
français).
 Il écoute une lecture de l'article donnée par un natif de la langue (enregistrement).

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EuRom 5 /Fernando dos Santos

 On lui fixe la taille de ce qu'il devra traduire. Entre dix et vingt lignes dans les
premières séances, plus de soixante dans les dernières.
 On lui donne lecture de la première phrase assez lentement.
 On lui demande de traduire, en allant jusqu'au bout de la phrase. Pour chaque mot
inconnu il met machin ou machiner.
 S'il demande le sens d'un mot, on ne le lui donne pas immédiatement. On lui
demande de faire lui-même des hypothèses, en tenant compte du sujet de l'article
et du contexte de la phrase. Les collègues sont alors invités à l’aider.
 S'il pose une question sur la grammaire (dans les deuxième et troisième étapes), on
lui donne toujours une réponse sous forme d'un tableau quadrilingue.
 On lui propose de lui faire réécouter un passage ou toute une phrase s'il pense que
cela peut l'éclairer.
 Après avoir parcouru la première phrase, il a généralement résolu plusieurs
problèmes de « mots inconnus », et il peut remplacer les machins par du «lexique ».
 Si la phrase contient des difficultés (soit de simple lecture, soit de syntaxe), on lui
donne quelques aides en indiquant l'emplacement du sujet, du verbe et de l'objet.
S'il y a des parenthèses ou des morceaux entre tirets, on lui conseille de les sauter
dans la première traduction et de traduire ces passages dans une autre phase.
 On accepte les traductions maladroites ou approximatives. On pourra les améliorer
en revenant sur l'ensemble du texte.
 On passe à la deuxième phrase, et ainsi de suite.
 Quand on a terminé le passage, on lui demande de reprendre l'ensemble de la
traduction. Le résultat est en général bien meilleur que dans les premiers essais.
 S'il y a des questions sur la grammaire ou le vocabulaire, on fournit des réponses et
des documents quadrilingues.
 On fait écouter à nouveau une lecture du passage qui a été traduit.
 On arrête la séance au bout de 20 à 30 minutes.

1.3. Le type de "traduction" visée

La traduction n’est pas ici un objectif en soi, et nous n'avons pas cherché à obtenir de
« belles traductions ». C'est simplement un moyen de vérifier qu'on a pu trouver un
sens convenable dans le texte. Il ne s'agit pas d'être un bon traducteur mais d'être un
« bon lecteur ». On pourrait imaginer, au terme de ces expériences, que certains
participants puissent « comprendre » les articles de presse sans être capables d'en
donner une traduction parfaite.

L'exercice de lecture dans les langues voisines exploite au maximum les


ressemblances. Il fait parfois faire des traductions calques dont le lexique ou la
grammaire sont peu corrects. Par exemple, les lecteurs on calqué la tournure portugaise
« todas as pessoas » qui ne donne pas un résultat très joli dans les autres langues:

P Se todas as pessoas fossem cristãs.


E Si todas las personas fuesen cristianas.
I Se tutte le persone fossero cristiane (cf. tutti).
F Si toutes les personnes étaient chrétiennes (cf. tout le monde).

Pour mesurer la compréhension du texte, cette étape semble suffisante. Un vrai travail
de traduction demanderait une autre élaboration, ce qui est possible dans un travail
écrit.

- Dans une traduction correcte, le portugais « o seu efeito nas mulheres » serait traduit
par "son effet sur les femmes". Les participants français ont souvent gardé un
mot-à-mot « son effet dans les femmes », ce qui paraît maladroit. Mais la
compréhension y est. Il est admis que les participants doivent faire eux-mêmes
l'adaptation ultérieure, pas toujours possible dans la séance.