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Hydro

Québec

Guide de conception
des aménagements hydroélectriques

Aménagement de Bryson

Direction Ingénierie, Groupe Ingénierie, Approvisionnement et Construction


Direction Expertise et support technique de production, Groupe Production

Janvier 2000
r
Émis par :
Denis Bergeroiyfpgr
Chef ^"^
Conception des installations

Approuvé par :
Octave Caron, ing.
Directeur
Ingénierie

aeau, ing.

Expertise et support technique de production

\
Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Avant-propos
Le Guide de conception des aménagements hydroélectriques constitue une étape importante
du processus de refonte du document Critères de conception émis en 1994 par l'ancienne di-
rection Aménagements de centrales. Cette refonte découle de l'exercice de réingénierie de la
filière hydroélectrique qu'Hydro-Québec a entrepris en 1997 dans le but d'augmenter la compé-
titivité de cette filière par rapport aux autres filières énergétiques.
Plusieurs recommandations ont été formulées à la suite des travaux commencés en 1997 sur
les critères de conception. Le présent guide intègre celles dont les éléments pouvaient contri-
buer à une réduction significative des coûts.

Avant-propos page i
Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Contribution
Les personnes suivantes ont contribué à l'élaboration du présent document dans le cadre de
divers groupes de travail.

Membres Groupes de travail


Michel Gagné Alternateurs
Ngoc Duc Nguyen (responsable)
Rémi Tremblay
Jacques Bellemare (responsable) Appareillage électrique auxiliaire et systèmes d'excitation
Jean-Marc Bernard
Maurice Loranger
Serge Ouellette
Marc Soullière
Serge Barceloux Automatismes de production
Jacques Ostiguy
Bernard Poulin
Yves Talbot
Pierre L. Martin (responsable)
Raymond Ares (RSW) Géotechnique, géologie et accès
Oscar Dascal
Yousef Hammamji
Hani Keira (Agra-Monenco)
Bachir Touileb (responsable)
Pierre Villemure
Pierre Bruneau Hydraulique
Jean Joannette (responsable)
Tung Quach
Sylvain Robert
Gervais Dufour Mécanique auxilaire
Jocelyn Marcotte
Daniel Marquis (Tecsult)
Tu Dang Ngo (responsable)
Phat V. Nguyen
Jules Robert
Buu Long Tran
Pierre Léger Ouvrages civils en béton
Marc Longpré
Richard Larivière
Grégoire Lavoie
Roger Lupien
Martin Roberge
Mario Veilleux (responsable)
Gervais Dufour Turbines
Nathalie Laberge
Michel D. Roy
François Théorêt (responsable)

Contribution page ni
Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Membres Groupes de travail


Pierre Chevalier (responsable) Vannes et appareils de levage
André Chouinard
Stéphane Meunier
Ngoc Duc Nguyen Coordination des groupes de travail
Harry Barton Intégration des textes
Ngoc Duc Nguyen

page iv Contribution
Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Table des matières

Avant-propos . i

Contribution iii

1 Introduction 1.1
1.1 Objectifs du guide 1.1
1.2 Utilisation du guide 1.1
1.3 Démarche de conception 1.2
1.3.1 Généralités 1.2
1.3.2 Arbre fonctionnel du processus de conception 1.2
1.3.3 Cahier de charges fonctionnel. 1.3
1.4 Structure du guide 1.3

2 Hydrologie 2.1
2.1 Généralités ! 2.1
2.2 Détermination des caractéristiques des bassins versants 2.1
2.2.1 Caractéristiques physiographiques 2.1
2.2.2 Caractéristiques hydrométéorologiques 2.2
2.3 Débits mensuels aux sites aménagés 2.3
2.4 Analyse des crues 2.3
2.4.1 Analyse des crues par la méthode statistique ...; 2.4
2.4.1.1 Analyse de fréquence 2.4
2.4.1.2 Analyse régionale 2.5
2.4.2 Analyse des crues par la méthode stochastique 2.7
2.4.3 Analyse des crues par la méthode déterministe-statistique 2.7
2.4.3.1 Modélisation du bassin versant 2.8
2.4.3.1.1 Étalonnage du bassin versant 2.10
2.4.3.1.2 Validation de l'étalonnage 2.11
2.4.3.2 Conditions météorologiques des crues maximales probables 2.11
2.4.3.3 Simulation de la crue maximale probable 2.13
2.4.3.3.1 Crue maximale probable de printemps 2.13
2.4.3.3.2 Crue maximale probable d'été-automne..; ; 2.15
2.4.3.3.3 Comparaison des résultats : 2.15
2.4.3.4 Faiblesses des approches méthodologiques et recommandations
pour les atténuer 2.16
2.4.3.4.1 Méthode statistique 2.16
2.4.3.4.2 Méthode stochastique 2.16
2.4.3.4.3 Méthode par simulation déterministe 2.16
2.5 Laminage des crues 2.17
2.5.1 Modèles de laminage 2.17
2.5.2 Données de simulation 2.18
2.5.3 Hypothèses de laminage des crues déterminées par la méthode
statistique 2.18

Table des matières page v


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

2.5.4 Hypothèses de laminage des crues déterminées par la méthode


déterministe-statistique '. 2.19
2.6 Analyse des conditions d'étiage 2.19
2.7 Débit réservé 2.20
2.7.1 Contexte : .2.20
2.7.2 Réglementation fédérale 2.20
2.7.3 Réglementation provinciale 2.20
2.7.4 Modalités d'application 2.21
2.7.4.1 Étude préliminaire 2.21
2.7.4.2 Étude de faisabilité 2.22
2.8 Références 2.22

3 Géologie et géotechnique ,3.1


3.1 Généralités 3.1
3.2 Définition des conditions de fondation 3.1
3.3 Vérification des matériaux d'emprunt 3.2
3.3.1 Règles générales 3.2
3.3.2 Choix d'un site 3.3
3.3.3 Distances à respecter 3.3
3.3.4 Sondages 3.4
3.3.5 Accès 3.4
3.4 Évaluation de la sismicité 3.4
3.4.1 Sélection des paramètres 3.4
3.4.2 Détermination de l'accélération de pointe au rocher 3.6
3.4.3 Définition du coefficient sismique 3.6
3.5 Excavations 3.6
3.5.1 Excavations dans le mort-terrain 3.10
3.5.1.1 Décapage 3.10
3.5.1.2 Excavations permanentes 3.10
3.5.1.3 Excavations temporaires 3.11
3.5.1.4 Contrôle de l'eau d'infiltration 3.11
3.5.2 Excavations dans le roc 3.12
3.5.2.1 Généralités 3.12
3.5.2.2 Méthode d'excavation 3.12
3.5.2.3 Contrôle du dynamitage 3.13
3.5.2.3.1 Dynamitage sur terre 3.13
3.5.2.3.2 Sautage sous l'eau ..3.14
3.5.2.3.3 Méthodes de remplacement 3.14
3.5.2.4 Géométrie 3.15
3.5.3 Protection, consolidation, injection et drainage 3.16
3.5.3.1 Généralités 3.16
3.5.3.2 Protection et consolidation 3.16
3.5.3.2.1 Treillis métallique 3.16
3.5.3.2.2 Boulons de consolidation... 3.17
3.5.3.2.3 Goujons de consolidation 3.18
3.5.3.2.4 Béton projeté 3.18
3.5.3.3 Drainage et injection .....3.19

pagevi . Table des matières


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

4 Géomatique et bathymétrie 4.1


4.1 Généralités 4.1
4.2 Établissement de la référence kilométrique 4.1
4.3 Topographie 4.2
4.4 Arpentage 4.2
4.5 Géodésie 4.3
4.6 Relevés topographiques 4.3
4.7 Bathymétrie 4.4
4.7.1 Bathymétrie des sites 4.4
4.7.2 Bathymétrie des rivières 4.4
4.7.3 Bathymétrie des milieux marins ou des grandes surfaces 4.5
4.7.4 Bathymétrie des eaux turbulentes 4.5

5 Conception des ouvrages 5.1


5.1 Généralités 5.1
5.2 Revenus et coûts 5.1
5.3 Demande, apports, réserve et facteur d'utilisation 5.2
5.4 Principes de dimensionnement 5.2
5.5 Conséquences de la présence des ouvrages 5.3
5.6 Outils de conception 5.3
5.6.1 Modèles ATHENA et MINERVE 5.4
5.6.2 Modèle OPTIMEAU 5.5
5.6.3 Modèle SIMHYDE 5.6
5.6.4 Modèle ÉNERGIE 5.6
5.7 Détermination des données de base 5.7
5.7.1 Sites ...5.7
5.7.2 Série d'apports naturels 5.7
5.7.3 Volume d'emmagasinement 5.7
5.7.4 Facteur d'utilisation 5.8
5.7.5 Patron de la demande 5.8
5.7.6 Facteur de puissance de pointe 5.8
5.7.7 Taux d'indisponibilité 5.9
5.7.8 Rendement 5.9
5.7.9 Pertes de charge 5.9
5.7.10 Niveau de restitution 5.10
5.7.11 Contraintes environnementales 5.10
5.7.12 Contraintes économiques.... 5.11
5.8 Références 5.1

6 Réservoirs 6.1
6.1 Généralités 6.1
6.2 Réservoirs à buts multiples 6.1
6.3 Réserve 6.1
6.3.1 Réserve du sédiment : 6.1
6.3.2 Réserve pour hauteur de chute 6.2
6.3.3 Réserve d'inondation 6.2
6.4 Gestion des crues 6.2
6.5 Effets des glaces sur la taille des réservoirs 6.2

Table des matières page vii


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

6.6 Remplissage 6.3


6.6.1 Généralités 6.3
6.6.2 Durée de remplissage 6.3
6.6.3 Taux de remplissage 6.4
6.7 Stabilité et étanchéité 6.5
6.8 Vidange 6.6
6.9 Rupture de barrage 6.7
6.10 Foresterie 6.9
6.10.1 Législation..... 6.9
6.10.2 Impact et autorisations 6.9
6.10.3 Nature des études 6.10
6.10.3.1 Étude sommaire 6.10
6.10.3.2 Étude préliminaire 6.11
6.10.3.3 Étude de faisabilité 6.12
6.11 Références 6.13

7 Ouvrages de retenue en béton 7.1


7.1 Généralités... 7.1
7.1.1 Origine des barrages-poids en béton 7.2
7.1.2 Contexte de construction des ouvrages en béton 7.2
7.1.3 Cadre réglementaire 7.11
7.1.4 Gestion du risque 7.12
7.1.5 Contenu et organisation des rubriques 7.12
7.2 Structures en béton .7.13
7.2.1 Types de barrages en béton 7.13
7.2.1.1 Profil 7.15
7.2.1.2 Drains 7.15
7.2.1.3 Galeries .-... 7.15
7.2.1.4 Dimensions des blocs et joints de construction 7.16
7.2.2 Barrage-poids en BCR 7.17
7.2.3 Barrage mixte 7.18
7.3 Objectifs de performance , 7.18
7.3.1 Cycle de vie et durabilité 7.18
7.3.2 Usage fonctionnel 7.18
7.4 Considérations économiques 7.19
7.5 Spécifications techniques et préparation des plans et devis 7.19
7.5.1 Archivage des documents 7.20
7.5.2 Dessins « tel que construits » 7.20
7.6 Méthodologie d'analyse et de conception structurale 7.20
7.6.1 Analyse par la méthode de gravité 7.21
7.6.2 Analyse par la méthode des éléments finis 7.21
7.7 Analyse de risques 7.22
7.7.1 Terminologie et définitions 7.24
7.7.2 Principes 7.26
7.7.2.1 Méthodes FMEA et FMECA 7.29
7.7.2.2 Méthode ETA 7.30
7.7.2.3 Méthode FTA 7.30

page viii Table des matières


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.8 Propriétés des matériaux 7.31


7.8.1 Béton : 7.31
7.8.1.1 Béton de masse 7.31
7.8.1.1.1 Béton frais 7.31
7.8.1.1.2 Béton durci 7.36
7.8.1.2 Béton structural 7.43
7.8.1.3 Béton compacté au rouleau 7.44
7.8.1.4 Durabilitédu béton 7.44
7.8.1.5 Problèmes particuliers 7.45
7.8.1.5.1 Réactions alcalis-granulats 7.45
7.8.1.5.2 Attaque des sulfates 7.45
7.8.1.5.3 Chaleur d'hydratation 7.46
7.8.1.5.4 Retrait ! 7.46
7.8.1.6 Essais relatifs au béton 7.46
7.8.2 Roc de la fondation 7.47
7.8.3 Acier 7.48
7.8.3.1 Acier d'armature et câbles de post-contrainte 7.48
7.8.3.2 Acier structural 7.48
7.9 Définition des charges à considérer 7.49
7.9.1 Classification des charges 7.49
7.9.2 Application du Code national du bâtiment 7.52
7.9.3 Description des charges 7.52
7.10 Charges permanentes 7.53
7.10.1 Vannes 7.53
7.10.2 Treuils des vannes 7.53
7.10.3 Turbines .7.54
7.10.4 Équipements mobiles 7.54
7.11 . Vent 7.54
7.12 Vagues 7.54
7.13 Poussées hydrostatiques amont et aval 7.55
7.13.1 Niveau de la retenue et poids volumique 7.55
7.13.2 Effets stabilisateurs-déstabilisateurs 7.55
7.13.3 Poussées verticales 7.55
7.13.4 Poussées horizontales 7.56
7.13.4.1 Amont.... 7.56
7.13.4.2 Aval - section non déversante 7.56
7.13.4.3 Aval - section déversante 7.56
7.13.4.4 Évacuateurs avec vannes 7.57
7.13.5 Passages hydrauliques 7.57
7.14 Poussée subatmosphérique 7.58
7.15 Sous-pressions 7.58
7.15.1 Pressions interstitielles et sous-pressions 7.58
7.15.2 Pressions interstitielles dans le béton de masse 7.60'
7.15.3 Sous-pressions - conditions normales d'exploitation et de crues 7.60
7.15.3.1 Joints de reprise de bétonnage et contact-béton rocher - sans
drainage, ni fissure 7.61
7.15.3.2 Incidence des drains 7.61
7.15.3.3 Sélection de l'efficacité du système de drainage 7.62
7.15.3.3.1 Méthode empirique 7.62
7.15.3.3.2 Méthodes analytique-numérique 7.63

Table des matières page ix


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.15.3.3.3 Incidence de la fissuration sur les sous-pressions 7.63


7.15.3.3.4 Sous-pressions en aval des sections déversantes 7.64
7.15.3.3.5 Sous-pressions dans les fondations 7.64
7.15.4 Conception du système de drainage 7.64
7.15.4.1 Drainage du corps de l'ouvrage et des fondations 7.65
7.15.4.2 Mise en place d'une galerie de drainage 7.65
7.15.4.3 Contrôle des sous-pressions à partir du pied aval 7.67
7.15.4.4 Colmatage des drains 7.67
7.15.4.5 Obstruction par le gel des drains 7.67
7.15.4.6 Submersion des galeries de drainage 7.67
7.15.4.7 Érosion des joints 7.68
7.15.5 Conditions de crues 7.68
7.15.6 Conditions sismiques 7.68
7.15.7 Conditions post-sismiques 7.68
7.15.8 Considérations particulières pour les évacuateurs de crues et les
centrales 7.69
7.15.9 Dispositions constructives pour atténuer l'incidence dès sous-pressions 7.72
7.15.9.1 Membranes amont 7.73
7.15.9.2 Tapis amont 7.74
7.16 Poussées des terres et des sédiments 7.75
7.16.1 Poussées statiques des terres et des sédiments 7.75
7.16.1.1 Sédiments - fluide équivalent 7.75
7.16.1.2 Sédiments - poussée au repos par rapport à poussée active 7.75
7.16.1.3 Poussée des terres 7.76
7.16.2 Poussées sismiques des terres et des sédiments 7.76
7.17 Poussées des glaces 7.76
7.18 Post-tension 7.78
7.19 Effets thermiques 7.79
7.19.1 Température et comportement structural 7.79
7.19.2 Chaleur d'hydratation du béton lors de la construction '. 7.80
7.19.2.1 Contrôle de la chaleur d'hydratation 7.83
7.19.2.1.1 Matériaux cimentaires 7.83
7.19.2.1.2 Refroidissement des ingrédients 7.83
7.19.2.1.3 Actions sur le béton durci 7.84
7.19.3 Variations saisonnières de la température du béton durci 7.84
7.19.3.1 Méthodologie d'analyse thermique 7.85
7.19.3.1.1 Méthode des éléments finis 7.85
7.19.3.1.2 Transfert de chaleur en régime transitoire ....7.85
7.19.3.1.3 Transfert de chaleur en régime permanent 7.85
7.19.3.2 Dispositions constructives pour réduire l'incidence des variations de
température 7.87
7.19.3.2.1 Isolation 7.87
7.19.3.2.2 Béton de qualité supérieure 7.87
7.20 Retrait et fluage 7.87
7.20.1 Retrait 7.88
7.20.1.1 Évaluation du retrait 7.88
7.20.1.2 Contrôle du retrait 7.89
7.20.1.3 Dispositions constructives 7.89

page x Table des matières


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.20.2 Fluage 7.90


7.20.2.1 Évaluation du fluage : 7.91
7.20.2.1.1 Méthodes empiriques..... 7.91
7.20.2.1.2 Module élastique soutenu 7.91
7.20.2.2 Contrôle du fluage 7.91
7.21 Charges sismiques 7.92
7.21.1 Intensité des secousses sismiques 7.92
7.21.2 Forces d'inertie des ouvrages et poussées dynamiques du réservoir 7.93
7.22 Débris 7.94
7.22.1 Généralités 7.94
7.22.2 Méthodologie de conception pour prévenir l'obstruction causée par les
débris 7.94
7.22.3 Méthodes d'évaluation des forces générées par les débris 7.95
7.22.4 Poussée du vent et des vagues 7.98
7.23 Autres charges 7.99
7.23.1 Effets du dynamitage 7.99
7.23.2 Pressions d'injection 7.99
7.24 Combinaisons de charges 7.100
7.24.1 Principes 7.100
7.24.2 Catégories 7.100
7.24.3 Combinaisons normales 7.101
7.24.4 Combinaisons inhabituelles 7.102
7.24.5 Combinaisons extrêmes 7.103
7.24.6 Barrages-poids 7.104
7.24.7 Évacuateurs et ouvrages régulateurs 7.105
7.24.8 Prises d'eau 7.109
7.24.9 Centrales 7.110
7.25 Critères de stabilité 7.112
7.25.1 Exigences générales de performance des ouvrages 7.112
7.25.2 Mécanismes de défaillance 7.113
7.25.3 Analyse de contraintes et analyse de stabilité 7.114
7.25.4 Plans de ruptures potentielles 7.114
7.25.5 Indicateurs de performance 7.116
7.25.5.1 Méthodes de calcul des indicateurs de performance 7.116
7.25.5.1.1 Méthode de gravité 7.116
7.25.5.1.2 Méthode des éléments finis 7.117
7.25.5.2 Facteurs de sécurité et critères de stabilité 7.118
7.25.5.2.1 Calcul des contraintes 7.119
7.25.5.2.2 Calcul de la position de la résultante 7.120
7.25.5.2.3 Calcul du facteur de sécurité contre le glissement 7.120
7.25.5.2.4 Stabilité au soulèvement 7.123
7.25.5.2.5 Déplacements admissibles 7.123
7.26 Conception des ouvrages en béton pour les crues 7.124
7.26.1 Généralités 7.124
7.26.2 Sécurité hydrologique et analyse de risques 7.124
7.26.3 Crue de projet 7.124
7.26.4 - Crue de vérification ou de sécurité 7.125
7.26.5 Méthodologie d'analyse structurale 7.125
7.26.5.1 Généralités 7.125
7.26.5.2 Submersion des ouvrages lors des crues 7.125

Table des matières page xi


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.26.5.2.1 Mécanisme de défaillance 7.125


7.26.5.2.2 Dispositions constructives pour atténuer les effets de la
submersion 7.126
7.26.5.2.3 Analyse de stabilité et submersion 7.126
7.26.6 Optimisation des ouvrages pour les crues 7.128
7.27 Conception parasismique des ouvrages en béton 7.129
7.27.1 Sélection du site 7.130
7.27.2 Principes de la conception parasismique des ouvrages de retenue ..7.130
7.27.2.1 Séisme de base d'exploitation (SBE) 7.130
7.27.2.2 Séisme maximum de dimensionnement (SMD) 7.130
7.27.2.3 Stabilité en condition post-sismique 7.131
7.27.3 Mécanismes de défaillance 7.131
7.27'A Paramètres sismiques et caractéristiques des secousses sismiques 7.132
7.27.5 Méthodologie générale de conception sismique 7.133
7.27.6 Détermination de la réponse sismique 7.134
7.27.7 Conception des barrages-poids 7.136
7.27.8 Propriétés dynamiques des matériaux .7.136
7.27.9 Modélisation des cas de charges élémentaires 7.136
7.27.10 Combinaisons de charges pour la conception parasismique 7.137
7.27.10.1 Considération des charges statiques 7.137
7.27.10.2 Considération de la poussée des glaces 7.137
7.27.10.3 Considération de l'excitation verticale 7.137
7.27.10.4 Analyse 2D 7.137
7.27.10.5 Analyses 3D 7.138
7.27.10.6 Conditions post-sismiques 7.139
7.27.11 Sélection de la méthode d'analyse 7.139
7.27.12 Critères de stabilité 7.140
7.27.13 Méthode pseudo-statique 7.140
7.27.14 Méthode pseudo-dynamique 7.140
7.27.15 Méthode dynamique 7.142
7.27.16 Considérations particulières aux évacuateurs de crues 7.143
7.27.16.1 Mécanismes de défaillance 7.143
7.27.16.2 Contreventement latéral des piliers ...7.143
7.27.16.3 Poussée hydrodynamique sur les vannes 7.144
7.27.17 Considérations particulières aux prises d'eau 7.144
7.27.17.1 Excitations sismiques longitudinales 7.144
7.27.17.2 Combinaisons de charges - vannes ouvertes ou fermées 7.144
7.27.17.3 Poussée hydrodynamique dans les passages hydrauliques 7.144
7.27.18 Conception parasismique des équipements mécaniques et électriques 7.145
7.27.18.1 Structures connexes de faibles masses 7.145
7.27.18.2 Qualification sismique des équipements 7.145
7.27.19 Dispositions constructives visant à optimiser la performance sismique 7.145
7.28 Traitement des fondations 7.149
7.28.1 Injection de la fondation 7.150
7.28.1.1 Injection de consolidation 7.150
7.28.1.2 Rideau d'injection 7.151
7.28.2 Drainage 7.151

page xii • Table des matières


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.29 Considérations géométriques 7.152


7.29.1 Tracé longitudinal du barrage 7.152
7.29.1.1 Forme de la vallée et choix du barrage 7.152
7.29.1.2 Estimation préliminaire du volume du barrage 7.154
7.29.1.3 Mécanisme 3D de reprise des charges hydrostatiques 7.155
7.29.1.4 Tracés à angles prononcés 7.155
7.29.2 Optimisation des sections non déversantes 7.156
7.29.2.1 Recherche de la section optimale et critères de performance 7.156
7.29.2.2 Fruit global pour le dimensionnement préliminaire des sections 7.156
7.29.2.3 Facteurs de sécurité au glissement et dimensionnement préliminaire
des sections 7.157
7.29.2.4 Inclinaison du parement amont 7.158
7.29.2.5 Chanfreinage du pied aval 7.159
7.29.2.6 Recherche du volume minimal de béton 7.159
7.29.2.7 Réduction des coûts de construction 7.160
7.29.3 Utilisation de sections symétriques 7.162
7.29.4 Réduction du niveau des plus hautes eaux envisageables 7.165
7.30 Béton compacté au rouleau 7.166
7.30.1 Généralités 7.166
7.30.2 Dosage du béton 7.166
7.30.3 Mise en place 7.167
7.30.4 Conception des barrages en BCR 7.168
7.30.5 Comportement thermomécanique du barrage 7.170
7.30.6 Considérations économiques 7.171
7.31 Barrages mixtes 7.172
7.31.1 Généralités 7.172
7.31.2 Barrage mixte en BCR-remblai 7.172
7.31.3 Barrage mixte en BCR-enrochement 7.173
7.31.4 Barrage mixte en enrochement-remblai dur 7.174
7.31.5 Barrage-poids en remblai dur 7.174
7.32 Auscultation des ouvrages 7.176
7.32.1 Objectifs de l'auscultation 7.176
7.32.2 Inspection visuelle 7.176
7.32.3 Choix des instruments et paramètres mesurés 7.176
7.32:4 Instruments de détection des mécanismes de défaillance 7.178
7.32.5 Instruments de contrôle du comportement global 7.178
7.32.6 Automatisation 7.178
7.32.7 Optimisation de l'instrumentation 7.179
7.32.8 Dispositions constructives pour l'installation des instruments 7.180
7.33 Références 7.180

8 Ouvrages de retenue en remblai 8.1


8.1 Généralités 8.1
8.2 Sections types 8.2
8.3 Dimensions 8.3
8.3.1 Hauteur 8.3
8.3.2 Digue de revanche 8.4
8.3.3 Largeur en crête 8.4
8.3.4 Cambrure 8.4
8.3.5 Courbure 8.15

Table des matières page xiii


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

8.3.6 Inclinaison des pentes 8.15


8.3.7 Revanche -..8.15
8.4 Formation des zones intérieures 8.20
8.4.1 Noyau 8.20
8.4.2 Filtres et transitions 8.22
8.4.3 Drains internes 8.24
8.4.4 Recharges 8.24
8.5 Protection des talus 8.24
8.6 Mise en place des matériaux 8.28
8.7 Traitement des fondations 8.29
8.7.1 Mort-terrain 8.29
8.7.1.1 Généralités 8.29
8.7.1.2 Traitement des fondations 8.30
8.7.1.3 Contrôle des infiltrations 8.37
8.7.1.4 Traitement spécifique des sols 8.39
8.7.1.4.1 Sol morainique 8.39
8.7.1.4.2 Sol granulaire 8.40
8.7.1.4.3 Sol granulaire 8.46
8.7.1.4.4 Matériau argileux 8.46
8.7.2 Roc 8.47
8.7.2.1 Généralités 8.47
8.7.2.2 Remodelage 8.49
8.7.2.3 Injection et drainage 8.61
8.7.2.4 Traitement de surface 8.68
8.8 Instrumentation 8.72
8.8.1 Raison d'être 8.72
8.8.2 Installation et disposition 8.72
8.8.2.1 Barrages homogènes 8.73
8.8.2.2 Barrages zones à noyau sur fondation rocheuse 8.74
8.8.2.3 Barrages zones à noyau sur fondation meuble 8.74
8.8.2.4 Barrages avec masque étanche amont 8.74
8.8.3 Fonctions et types d'instruments 8.74
8.8.3.1 Déplacements et déformations en X, Y et Z 8.74
8.8.3.1.1 Repère d'arpentage (ou borne d'observation) 8.75
8.8.3.1.2 Inclinomètre..... 8.75
8.8.3.1.3 Indicateur de tassement 8.76
8.8.3.1.4 Extensomètre 8.76
8.8.3.2 Pressions interstitielles et totales 8.77
8.8.3.2.1 Piézomètre 8.77
8.8.3.2.2 Cellule de pression totale 8.79
8.8.3.3 Infiltrations 8.79
8.8.3.3.1 Déversoir de jaugeage 8.80
8.8.3.3.2 Canal de jaugeage : 8.80
8.8.3.3.3 Mesure du débit 8.81
8.8.3.3.4 Mesures volumétriques ; 8.81
8.8.3.4 Température et gel 8.81
8.8.3.4.1 Thermomètre 8.81
8.8.3.4.2 Indicateur de gel 8.82
8.8.3.5 Sismicité 8.82
8.8.3.6 Paramètres externes 8.82

page xiv Table des matières


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

8.9 Analyse de stabilité statique et dynamique 8.82


8.9.1 Généralités 8.82
8.9.2 Stabilité des barrages 8.83
8.9.3 Stabilité en vidange rapide 8.83
8.9.4 Stabilité pseudo-statique 8.84
8.9.5 Stabilité sismique 8.84
8.10 Éléments de calcul numérique des barrages 8.88
8.10.1 Contraintes et déformations à l'état statique 8.88
8.10.2 Réponse dynamique des barrages 8.89
8.10.3 Période propre de vibration 8.90
8.10.4 Cycles représentatifs d'une sollicitation sismique 8.91
8.10.5 Déplacements permanents associés aux séismes 8.92
8.10.5.1 Généralités 8.92
8.10.5.2 Méthode de Makdisi et Seed 8.92
8.10.5.3 Méthode de Herzog 8.93
8.10.5.4 Méthode de Jansen 8.93
8.10.5.5 Méthode de Newmark 8.93
8.10.6 Séismes induits par les réservoirs 8.94
8.11 Normes et paramètres 8.94
8.11.1 Normes ; 8.95
8.11.2 Paramètres 8.96
8.12 Références 8.96

9 Évacuateurs de crue et ouvrages régulateurs 9.1


9.1 Généralités 9.1
9.2 Choix du débit de conception 9.2
9.3 Critères hydrauliques 9.3
9.3.1 Géométrie d'approche 9.4
9.3.2 Caractéristiques des piliers 9.4
9.3.3 Coursier ". 9.4
9.3.4 Dissipation d'énergie 9.5
9.4 Critères structuraux 9.6
9.4.1 Généralités 9.6
9.4.2 Dimensionnement global 9.7
9.4.3 Charges et combinaisons de charges 9.7
9.4.4 Béton exposé aux écoulements 9.7
9.4.5 Piliers 9.8
9.4.6 Pont de service 9.8
9.5 Critères mécaniques 9.8
9.5.1 Évacuateur à vannes droites 9.8
9.5.1.1 Utilisation. : 9.8
9.5.1.2 Construction 9.9
9.5.1.3 Chauffage et drainage 9.9
9.5.1.4 Étanchéité 9.9
9.5.1.5 Système de levage 9.10
9.5.1.6 Poutrelles 9.10
9.5.1.7 Pièces encastrées 9.10
9.5.2 Évacuateur à vannes segments 9.11
9.5.2.1 Utilisation 9.11
9.5.2.2 Historique 9.11

Table des matières page xv


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

9.5.2.3 Construction 9.11


9.5.2.4 Chauffage, éclairage et drainage 9.12
9.5.2.5 Accessibilité 9.12
9.5.2.6 Étanchéité 9.12
9.5.2.7 Système de levage 9.12
9.5.2.8 Poutrelles 9.13
9.5.2.9 Pièces encastrées 9.13
9.5.3 Évacuateur à autre type de vanne 9.14
9.5.4 Normes et critères 9.14
9.5.4.1 Normes 9.14
9.5.4.2 Calculs 9.14
9.5.4.3 Épaisseur minimale des matériaux 9.16
9.5.4.4 Roues 9.17
9.5.4.5 Tolérances 9.17
9.5.4.6 Coefficients de frottement 9.19
9.5.4.7 Débit des fuites 9.19
9.5.4.8 Fléchissement 9.19
9.5.4.9 Treuils 9.19
9.5.4.10 Contribution de la plaque écran 9.19
9.5.4.11 Pression d'appui au béton 9.20
9.5.4.12 Températures de conception 9.20
9.5.4.13 Préparation de surfaces et peinture 9.20
9.5.4.14 Accessibilité et entretien 9.20
9.5.5 Conditions de chargement 9.21
9.5.5.1 Vannes 9.21
9.5.5.2 Treuils de vanne ou de poutrelle 9.21
9.5.5.3 Poutrelles de révision 9.21
9.5.5.4 Palonniers .9.22
9.6 Critères électriques 9.22
9.7 Commande, automatismes et protection 9.23
9.8 Références 9.23

10 Canaux d'amenée et de fuite 10.1


10.1 Généralités 10.1
10.2 Critères hydrauliques 10.1

11 Prises d'eau 11.1


11.1 Généralités 11.1
11.2 Critères hydrauliques 11.1
11.3 Critères structuraux 11.2
11.3.1 Généralités 11.2
11.3.2 Charges et combinaisons de charges 11.3
11.3.3 Méthode de calculs 11.4
11.3.4 Autres structures similaires 11.4
11.4 Critères mécaniques 11.4
11.4.1 Généralités 11.4
11.4.2 Vannes et treuils .^ 11.5
11.4.2.1 Utilisation 11.5
11.4.2.2 Construction 11.5
11.4.2.3 Chauffage 11.5

pagexvi Table des matières


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

11.4.2.4 Étanchéité 11.6


11.4.2.5 Système de levage 11.6
11.4.2.6 Commande 11.6
11.4.3 Poutrelles et palonniers 11.7
11.4.4 Grilles à débris et palonniers 11.7
11.4.5 Manutention et entreposage 11.8
11.4.6 Rainures et pièces encastrées 11.8
11.4.7 Normes et critères 11.9
11.4.7.1 Normes 11.9
11.4.7.2 Calculs 11.9
11.4.7.3 Épaisseur minimale des matériaux 11.9
11.4.7.4 Roues 11.9
11.4.7.5 Tolérances 11.9
11.4.7.6 Coefficients de frottement 11.9
11.4.7.7 Débit des fuites 11.9
11.4.7.8 Fléchissement 11.10
11.4.7.9 Treuils 11.10
11.4.7.10 Contribution de la plaque écran 11.10
11.4.7.11 Pression d'appui au béton 11.10
11.4.7.12 Températures de conception 11.10
11.4.7.13 Préparation de surfaces et peinture 11.10
11.4.7.14 Accessibilité et entretien 11.11
11.4.8 Conditions de chargement 11.11
11.4.8.1 Vannes 11.11
11.4.8.2 Treuils de vanne 11.11
11.4.8.3 Poutrelles de révision 11.11
11.4.8.4 Grilles à débris 11.12
11.4.8.5 Palonniers 11.12
11.5 Portails 11.12
11.6 Critères électriques 11.13
11.7 Commande, automatismes et protection 11.14

12 Galeries d'amenée 12.1


12.1 Généralités.... 12.1
12.2 Critères hydrauliques 12.1
12.2.1 Méthode des coûts marginaux 12.1
12.2.2 Méthode du coût de revient minimal 12.2
12.2.3 Méthode simplifiée en étude préliminaire 12.3
12.3 Géométrie 12.3
12.4 Revêtement en béton 12.3

13 Chambres d'équilibre 13.1


13.1 Généralités 13.1
13.2 Concept.. 13.1
13.3 Critères hydrauliques 13.2

14 Conduites forcées 14.1


14.1 Généralités 14.1
14.2 Critères hydrauliques 14.1
14.3 Calcul des pressions 14.1

Table des matières page xvii


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

14.4 Répartiteur 14.2


14.5 Références 14.2

15 Centrales 15.1
15.1 Généralités 15.1
15.2 Critères hydrauliques 15.3
15.2.1 Pertes de charge par frottement 15.3
15.2.2 Pertes de charge singulières 15.3
15.2.3 Protection aval de la centrale contre les crues 15.4
15.2.4 Références 15.4
15.3 Critères structuraux 15.5
15.3.1 Généralités 15.5
15.3.2 Superstructure de la centrale et des aires de service et d'administration 15.6
15.3.3 Infrastructure de la centrale 15.7
15.3.3.1 Plancher des alternateurs 15.7
15.3.3.2 Plancher des turbines 15.8
15.3.3.3 Encastrement de la bâche spirale 15.8
15.3.3.4 Aspirateur 15.8
15.3.3.5 Tablier des vannes d'aspirateur 15.8
15.3.4 Aires de service de la centrale 15.9
15.3.5 Charges de service 15.9
15.3.6 Voies de roulement des ponts roulants 15.10
15.4 Turbines 15.11
15.4.1 Généralités 15.11
15.4.2 Contraintes et déformations admissibles 15.12
15.4.2.1 Contraintes permises 15.12
15.4.2.2 Déformations permises 15.13
15.4.2.3 Compatibilité entre la conduite forcée et la bâche 15.14
15.4.3 Matériaux 15.14
15.4.4 Régulation 15.15
15.4.4.1 Généralités 15.15
15.4.4.2 Besoins d'exploitation 15.15
15.4.4.2.1 Exigences de maintenance 15.15
15.4.4.2.2 Exigences d'investigation 15.16
15.4.4.2.3 Exigences dô fiabilité 15.16
15.4.4.2.4 Exigences de sécurité 15.17
15.4.4.3 Description du système : 15.18
15.4.4.4 Critères de conception 15.18
15.4.4.4.1 Classement des centrales 15.18
15.4.4.4.2 Appareillage mécanique .....15.18
15.4.4.5 Références 15.27
15.4.5 Vannes de garde 15.28
15.5 Alternateurs 15.29
15.5.1 Généralités 15.29
15.5.1.1 Domaine d'application 15.29
15.5.1.2 Normes et guides pour la conception, la fabrication et les essais 15.29

page xviii Table des matières


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

15.5.2 Considérations spécifiques 15.31


15.5.2.1 Essais en atelier des barres et des bobines stator 15.31
15.5.2.1.1 Généralités 15.31
15.5.2.1.2 Facteur de dissipation et variation du facteur de dissipation 15.31
15.5.2.1.3 Vieillissement accéléré des barres et des bobines 15.32
15.5.2.2 Montage en chantier 15.33
15.5.2.2.1 Tolérances et garanties 15.33
15.5.2.2.2 Stators 15.33
15.5.2.2.3 Rotors 15.33
15.5.2.2.4 Procédures 15.33
15.5.2.3 Essais au chantier 15.34
15.5.2.3.1 Sériel Essais en cours de montage avant la rotation 15.34
15.5.2.3.2 Série 2 Essais de mise en marche 15.35
15.5.2.3.3 SérieS Essais préparatoires à la mise en exploitation 15.35
15.5.2.3.4 Série 4 Essais de réception 15.36
15.5.3 Caractéristiques assignées 15.38
15.5.3.1 Type 15.38
15.5.3.2 Caractéristiques de fonctionnement , 15.38
15.5.3.3 Exigences de fonctionnement 15.39
15.5.3.3.1 Puissance apparente nominale et rendement 15.39
15.5.3.3.2 Limites de températures et d'échauffements 15.39
15.5.3.3.3 Tension nominale 15.40
15.5.3.3.4 Facteur de puissance 15.41
15.5.3.3.5 Fréquence 15.41
15.5.3.3.6 Nombre de phases 15.41
15.5.3.3.7 Type de connexion 15.41
15.5.3.3.8 Vitesse synchrone 15.41
15.5.3.3.9 Survitesse 15.42
15.5.3.3.10 Réactances 15.42
15.5.3.3.11 Conditions anormales de fonctionnement 15.44
15.5.3.3.12 Vitesse d'emballement 15.44
15.5.3.3.13 Constante d'inertie 15.45
15.5.4 Conception et construction 15.46
15.5.4.1 Généralités 15.46
15.5.4.2 Stators 15.47
15.5.4.2.1 Circuit magnétique 15.47
15.5.4.2.2 Enroulement ; 15.48
15.5.4.2.3 Carcasse 15.49
15.5.4.2.4 Instrumentation 15.51
15.5.4.2.5 Bornes 15.51
15.5.4.3 Rotors 15.52
15.5.4.3.1 - Croisillon : 15.52
15.5.4.3.2 Jante 15.52
15.5.4.3.3 Pôles 15.53
15.5.4.3.4 Enroulement 15.54
15.5.4.3.5 Levage 15.54
15.5.4.4 Paliers-guides 15.54
15.5.4.4.1 Description .15.54
15.5.4.4.2 Instrumentation 15.55

Table des matières page xix


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

15.5.4.5 Paliers de butée 15.55


15.5.4.5.1 Description 15.55
15.5.4.5.2 .' Instrumentation 15.56
15.5.4.6 Refroidissement 15.56
15.5.4.6.1 Description ...15.56
15.5.4.6.2 Instrumentation 15.57
15.5.4.7 Collecteur à bagues 15.57
15.5.4.7.1 Description 15.57
15.5.4.7.2 Instrumentation 15.57
15.5.4.7.3 Ventilation.. ...15.57
15.5.4.8 Protection contre incendie 15.58
15.5.4.9 Couvercles, passerelles et échelles 15.58
15.5.4.10 Pièces de rechange 15.58
15.5.4.11 Auxiliaires et accessoires .". 15.59
15.5.4.11.1 Boîtes de jonction et boîtes de tirage 15.59
15.5.4.11.2 Boîte de jonction principale 15.59
15.5.4.11.3 Boîtes de jonction du système hydraulique et de régulation 15.59
15.5.4.11.4 Boîtes de jonction pour signaux analogiques 15.60
15.5.4.11.5 Boîtes de jonction intermédiaires 15.60
15.5.4.11.6 Boîtes de raccordement 15.60
15.5.4.11.7 Misée la terre de l'appareillage 15.60
15.5.4.11.8 Armoire d'instrumentation 15.60
15.5.4.12 Dessins 15.61
15.5.5 Références 15.61
15.6 Critères électriques 15.63
15.6.1 Schémas unifilaires 15.63
15.6.2 Systèmes d'excitation 15.63
15.6.3 Sorties de puissance ....: 15.65
15.6.3.1 Circuit à moyenne tension 15.65
15.6.3.2 Circuit à haute tension 15.65
15.6.4 Détection et protection contre incendie 15.66
15.6.4.1 Transformateurs de puissance 15.66
15.6.4.2 Alternateurs 15.66
15.6.5 Court-circuit et régulation de tension 15.66
15.6.6 Réseau de mise à la terre 15.67
15.6.7 Appareillage a moyenne tension 15.67
15.6.7.1 Barres blindées et appareillage connexe 15.67
15.6.7.2 Disjoncteur d'alternateur 15.68
15.6.7.3 Appareillage de distribution à moyenne tension 15.68
15.6.8 Transformateurs de services auxiliaires 15.68
15.6.9 Appareillage à basse tension 15.69
15.6.9.1 Centres de distribution principaux 15.69
15.6.9.2 Centres de distribution secondaires 15.69
15.6.9.3 Panneaux et équipements de distribution à 600 V et moins 15.70
15.6.9.4 Câbles de puissance 15.70
15.6.10 Système d'alimentation à courant continu 15.70
15.6.11 Système d'éclairage 15.70
15.6.11.1 Réseau d'éclairage intérieur normal 15.71
15.6.11.2 Réseau d'éclairage intérieur d'urgence 15.71
15.6.11.3 Réseau d'éclairage extérieur 15.71

page xx Table des matières


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

15.6.12 Agencement des équipements 15.72


15.6.13 Références 15.72
15.7 Commande, automatismes et protection 15.73
15.7.1 Critères de conception 15.73
15.7.1.1 Circuits de protection 15.74
15.7.1.1.1 Critères de base 15.74
15.7.1.1.2 Applicabilité 15.75
15.7.1.1.3 Principes généraux 15.76
15.7.1.1.4 Protection de l'appareillage mécanique 15.76
15.7.1.1.5 Protection reliée aux services auxiliaires 15.77
15.7.1.2 Circuits de commande 15.78
15.7.1.2.1 Critères de base 15.78
15.7.1.2.2 Principes généraux 15.79
15.7.1.2.3 Exigences de l'instrumentation pour l'appareillage mécanique 15.79
15.7.1.2.4 Circuits de commande reliés aux services auxiliaires 15.80
15.7.1.3 Alimentation auxiliaire à 125 Vc.c 15.82.
15.7.1.3.1 Critères de base 15.82
15.7.1.3.2 Applicabilité 15.83
15.7.1.4 Alimentation auxiliaire à 120 V c.a , 15.84
15.7.1.5 Système de protection contre incendie 15.84
15.7.1.6 Fonctions de conduite 15.84
15.7.1.6.1 Conduite locale 15.85
15.7.1.6.2 Conduite centralisée 15.85
15.7.1.6.3 Interface de téléconduite 15.87
15.7.1.6.4 Automatismes locaux 15.87
15.7.1.6.5 Interface personne-machine 15.88
15.7.1.7 Analyse du comportement et diagnostic des installations 15.88
15.7.1.7.1 Transmission des données d'ECE 15.89
15.7.1.7.2 Oscilloperturbographie 15.89
15.7.1.7.3 Transmission des données d'oscilloperturbographie , 15.89
15.7.2 Équipements 15.89
15.7.2.1 Système de conduite d'installation 15.90
15.7.2.1.1 Critères de base 15.90
15.7.2.1.2 Description du système de conduite d'installation 15.90
15.7.2.1.3 Critères de configuration du système de conduite d'installation 15.91
15.7.2.2 Tableau d'alternateur 15.92
15.7.2.3 Armoire d'instrumentation 15.92
15.7.2.4 Cabinet du système contre-incendie de l'alternateur 15.93
15.7.2.5 Chargeurs et batteries d'accumulateurs à 125 Vc.c 15.93
15.7.2.5.1 Systèmes redondants pour la commande et la protection 15.94
15.7.2.5.2 Système pour l'amorçage des groupes turbines-alternateurs 15.95
15.7.2.5.3 Système simple 15.96
15.7.2.5.4 Types d'accumulateurs 15.96
15.7.2.6 Onduleur 15.96
15.7.2.7 Limnimètres 15.96
15.7.3 Agencement des salles 15.97
15.7.3.1 Salle de commande 15.98
15.7.3.2 Salle des ordinateurs 15.98
15.7.3.3 Salle des accumulateurs 15.98
15.7.4 Références 15.98

Table des matières page xxi


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

15.8 Vannes et appareils de levage 15.99


15.8.1 Ponts roulants principaux 15.99
15.8.1.1 Utilisation 15.99
15.8.1.2 Chariot 15.100
15.8.1.3 Normes 15.100
15.8.2 Ascenseurs monte-charge 15.100
15.8.3 Vannes d'aspirateur 15.101
15.8.3.1 Utilisation 15.101
15.8.3.2 Construction 15.101
15.8.3.3 Équipement de levage et de manutention 15.101
15.8.3.4 Normes et critères de calcul, de conception et de fabrication 15.102
15.8.3.5 Conditions de chargement 15.102
15.8.4 Références 15.102
15.9 Systèmes auxiliaires mécaniques 15.103
15.9.1 Eau de refroidissement des groupes 15.104
15.9.1.1 Problématique reliée à la moule zébrée 15.104
15.9.1.2 Impacts de la moule zébrée 15.104
15.9.1.2.1 Effet sur les barrages 15.104
15.9.1.2.2 Effet sur les équipements des centrales 15.104
15.9.1.3 Alimentation en eau 15.105
15.9.1.4 Pompes 15.105
15.9.1.5 Débits d'eau de refroidissement 15.106
15.9.2 Protection contre incendie 15.106
15.9.2.1 Alimentation en eau 15.106
15.9.2.2 Capacité du système 15.106
15.9.2.3 Densité d'application 15.107
15.9.2.4 Réseau de canalisations et de robinets armés d'incendie 15.107
15.9.2.5 Extincteurs portatifs 15.107
15.9.3 Eau de service, eau filtrée et eau potable 15.107
15.9.3.1 Alimentation en eau 15.108
15.9.3.2 Qualité de l'eau 15.108
15.9.3.3 Filtres : 15.108
15.9.3.4 Eau potable 15.108
15.9.3.4.1 Obligations légales et réglementaires 15.108
15.9.3.4.2 Règles générales 15.109
15.9.3.5 Capacité du système 15.109
15.9.4 Vidange et remplissage des groupes 15.110
15.9.4.1 Vidange de la galerie d'amenée 15.110
15.9.4.2 Vidange partielle de la turbine 15.110
15.9.4.3 Vidange de l'aspirateur 15.111
15.9.4.4 Évacuation des eaux de fuite et d'infiltration 15.111
15.9.5 Drainage des eaux claires 15.111
15.9.5.1 . Évacuation par gravité 15.111
15.9.5.2 Évacuation par pompage 15.111
15.9.5.3 Pompes de drainage et hydro-éjecteurs 15.112
15.9.5.4 Récupérateur d'huile 15.112
15.9.6 Drainage des eaux huileuses 15.112
15.9.6.1 Séparateur eau-huile 15.112
15.9.6.2 Drainage des bassins de retenue d'huile des transformateurs 15.113
15.9.6.3 Drainage de la salle des huiles 15.113

page xxii Table des matières


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

15.9.6.4 Drainage des aires des régulateurs de vitesse 15.113


15.9.6.5 Drainage de l'atelier mécanique 15.113
15.9.7 Drainage des eaux usées ; 15.113
15.9.7.1 Bassin de neutralisation 15.114
15.9.7.2 Fosse septique 15.114
15.9.8 Manutention d'huile lubrifiante et hydraulique 15.114
15.9.8.1 Réservoir d'huile 15.114
15.9.8.2 Pompe fixe et pompe mobile 15.115
15.9.8.3 Purificateur d'huile 15.115
15.9.9 Air comprimé à haute pression 15.115
15.9.9.1 Réserve générale d'air 15.115
15.9.9.2 Compresseurs d'air 15.116
15.9.9.3 Air de freinage 15.116
15.9.9.4 Tuyauterie 15.116
15.9.10 Air comprimé à basse pression 15.116
15.9.10.1 Compresseurs d'air 15.116
15.9.10.2 Réservoir d'air 15.117
15.9.10.3 Réseau de distribution 15.117
15.9.11 Chauffage, ventilation et climatisation 15.117
15.9.11.1 Unités de traitement d'air 15.117
15.9.11.2 Débit d'air neuf 15.117
15.9.11.3 Températures de conception 15.118
15.9.11.4 Ventilation de la salle des accumulateurs 15.118
15.9.11.5 Évacuation 15.119
15.9.11.6 Récupération de chaleur 15.119
15.9.11.7 Circuits d'urgence 15.119
15.9.11.8 Circuits de climatisation du bloc de commande 15.119
15.9.12 Système de surveillance permanente des équipements 15.120
15.9.13 Références 15.120

16 Ouvrages de restitution 16.1


16.1 Généralités 16.1
16.2 Collecteur 16.1
16.3 Galerie de fuite 16.1
16.4 Autres considérations 16.2
16.5 Références 16.2

17 Dérivations provisoires 17.1


17.1 Généralités 17.1
17.2 Débit de dimensionnement 17.1
17.3 Critères d'optimisation 17.2
17.4 Conditions d'exploitation 17.2
17.5 Galeries 17.3
17.6 Portails 17.3
17.7 Batardeaux '. 17.4
17.8 Critères mécaniques 17.4
17.9 Débit réservé 17.5

Table des matières page xxiii


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

18 Infrastructures 18-1
18.1 Routes permanentes et réglementées 18-1
18.2 Chemins d'accès non réglementés 18-1
18.2.1 Trouées de déblayage „ 18-2
18.2.2 Proximité des lacs et des cours d'eau 18-2
18.3 Accès aux centrales 18-3
18.4 Accès ferroviaires 18-3
18.5 Accès aériens 18-3
,18.6 Accès maritimes 18-3
18.7 Conception des ponts 18-4

page xxiv Table des matières


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Liste des illustrations

Figures
Figure 1.1 : Arbre fonctionnel des activités de conception relatives à un ouvrage ou à
un équipement 1.4
Figure 3.1 : Iso-accélérations de pointe au roc 3.7
Figure 3.2 : Coefficients sismiques d'Hydro-Québec 3.9
Figure 7.1 : Aménagement La Gabelle - Plan et coupes des éléments 7.3
Figure 7.2 : Manicouagan-2 - Sections-poids, déversoir et prises d'eau 7.5
Figure 7.3 : Centrale Grand-Mère - Prise d'eau et centrale 7.7
Figure 7.4 : Centrale Grand-Mère - Évacuateur de crues principal 7.9
Figure 7.5 : Solutions inhabituelles pour l'étude de futurs projets 7.11
Figure 7.6 : Section typique d'un barrage-poids avec galeries 7.16
Figure 7.7 : Détail d'une galerie de drainage 7.16
Figure 7.8 : Détail d'un joint de dilatation 7.17
Figure 7.9 : Relation entre les différentes définitions utilisées dans la gestion des
risques 7.27
Figure 7.10 : Procédure pour la gestion des risques des barrages 7.28
Figure 7.11 : Forces et sollicitations agissant sur un barrage-poids 7.50
Figure 7.12 : Charges et déformations à considérer pour les ouvrages de retenue en
béton 7.51
Figure 7.13 : Poussée hydrostatique et sous-pression pour les sections déversantes 7.57
Figure 7.14 : Pressions interstitielles et sous-pressions 7.59
Figure 7.15 : Paramètres affectant les sous-pressions 7.60
Figure 7.16 : Conditions de sous-pressions à considérer pour les ouvrages poids 7.61
Figure 7.17: Solution analytique pour le calcul de la réduction des sous-pressions
occasionnée par les drains 7.63
Figure 7.18 : Implantation de l'écran d'injection (i) et du rideau de drainage (d) avec
galerie (a) et sans galerie(b) 7.66
Figure 7.19 : Coupe typique du barrage d'EL Koreima 7.66
Figure 7.20 : Distribution de la sous-pression : centrale au fil de l'eau - critères de
conception pour le projet NBR 7.69
Figure 7.21 : Étude de stabilité de la centrale Grand-Mère : centrale opérationnelle 7.70
Figure 7.22 : Distribution de la sous-pression : centrale séparée de la prise d'eau -
critères de conception pour le projet NBR 7.70
Figure 7.23 : Étude de stabilité de la centrale Grand-Mère : évacuateur de crues
principal 7.71
Figure 7.24 : Exemples de sous-pressions pour les piliers d'évacuateurs 7.72
Figure 7.25 : Coupe typique du barrage de Villaumur 7.73
Figure 7.26 : Tapis amont 7.74
Figure 7.27 : Évolution de la température du béton de masse avec le temps 7.81
Figure 7.28 : Réponse structurale à la suite du dégagement de chaleur par hydratation
de la pâte de ciment 7.82
Figure 7.29 : Élévation de température d'un béton de masse selon le type de ciment
utilisé 7.83

Liste des illustrations page xxv


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 7.30 : Évaluation des températures saisonnières et des contraintes thermiques


dans les barrages en béton 7.86
Figure 7.31 : Relation entre le retrait et le temps pour le béton selon différentes
conditions d'humidité relative 7.89
Figure 7.32 : Courbe de la déformation cumulative élastique et de fluage du béton,
incluant le recouvrement 7.90
Figure 7.33 : Cas de charges élémentaires - méthode pseudo-statique 7.93
Figure 7.34 : Forces exercées par les débris flottants 7.97
Figure 7.35 : Exemple typique de la combinaison de charges normales (N1) pour les
barrages-poids 7.107
Figure 7.36 : Exemple typique de la combinaison de charges normales (N2) pour les
évacuateurs 7.109
Figure 7.37 : Exemple typique de la combinaison de charges normales (N3) pour les
centrales 7.112
Figure 7.38 : Plans de ruptures à l'interface béton-rocher et dans la fondation 7.115
Figure 7.39 : Sécurité réduite des monolithes latéraux 7.115
Figure 7.40 : Paramètres pour le calcul du facteur de sécurité au glissement 7.121
Figure 7.41 : Définition de la cohésion à partir de la courbe enveloppe de rupture 7.122
Figure 7.42 : Enveloppe de rupture bilinéaire pour les joints non liés 7.122
Figure 7.43 : Charges concernées par la submersion 7.127
Figure 7.44 : Fissuration sismique des barrages-poids 7.132
Figure 7.45 : Combinaisons des sollicitations sismiques horizontales et verticales 7.138
Figure 7.46 : Exemples de dispositions constructives parasismiques 7.146
Figure 7.47 : Effets sismiques sur la crête d'un barrage-poids 7.148
Figure 7.48 : Glissement dans la fondation 7.149
Figure 7.49 : Flambement d'une strate de la fondation rocheuse 7.150
Figure 7.50 : Géométrie simplifiée d'un site de barrage 7.152
Figure 7.51 : Barrages-poids à sections classiques 7.153
Figure 7.52 : Exemples de sections de barrages-poids conventionnels 7.154
Figure 7.53 : Évaluation préliminaire du fruit aval requis pour satisfaire au facteur de
sécurité contre le glissement (cohésion nulle) 7.157
Figure 7.54 : Optimisation de la section d'un barrage-poids pour les critères de
contraintes 7.158
Figure 7.55 : Optimisation de la section d'un barrage-poids selon les critères de
conception du complexe NBR.... 7.160
Figure 7.56 : Sections typiques de barrages-poids en BCR 7.161
Figure 7.57 : Comparaison de la réponse structurale d'un barrage-poids classique et
d'un barrage symétrique 7.162
Figure 7.58 : Sections de barrages-poids submergés 7.163
Figure 7.59 : Optimisation de la section d'une crête déversante 7.165
Figure 7.60 : Barrage mixte en BCR-remblai 7.173
Figure 7.61 : Barrage mixte en BCR-enrochement 7.173
Figure 7.62 : Barrage mixte en enrochement-remblai dur 7.174
Figure 7.63 : Coupe typique du barrage de Mykonos 1, à profil symétrique 7.175
Figure 8.1 : Coupes types - Barrages et digues homogènes 8.5
Figure 8.2 : Coupes types - Barrages et digues en enrochement 8.7
Figure 8.3 : Coupes types - Barrages et digues en sable et gravier 8.9
Figure 8.4 : Coupes types - Barrages et digues sur argile - Digues de revanche et
batardeaux 8.11
Figure 8.5 : Autres coupes types 8.13

page xxvi . Liste des illustrations


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 8.6 : Définitions relatives aux vagues 8.17


Figure 8.7 : Spécifications granulométriques générales :.... 8.21
Figure 8.8 : Traitement du rocher (généralités) 8.48
Figure 8.9 : Divergence des appuis rocheux 8.50
Figure 8.10 : Pente vers l'aval 8.51
Figure 8.11 : Cas d'inclinaison excessive (noyau) 8.52
Figure 8.12 : Cas d'inclinaison excessive (noyau) 8.53
Figure 8.13 : Cas d'inclinaison excessive (épaulement) 8.54
Figure 8.14 : Profil longitudinal trop abrupt 8.56
Figure 8.15 : Profil longitudinal trop abrupt 8.57
Figure 8.16 : Variations locales 8.58
Figure 8.17 : Dépressions profondes (H > 2 X) 8.59
Figure 8.18 : Dépressions peu profondes (H <= 2 X) 8.60
Figure 8.19 : Patrons d'injection du rocher 8.62
Figure 8.20 : Injection du rocher - Noyau vertical 8.64
Figure 8.21 : Injection du rocher - Noyau incliné 8.65
Figure 8.22 : Injection du rocher - Noyau vertical 8.66
Figure 8.23 : Injection du rocher - Noyau incliné 8.67
Figure 8.24 : Traitement type des appuis 8.71
Figure 8.25 : Méthodologie progressive d'évaluation de la sécurité sismique des
barrages en remblai 8.86
Figure 8.26 : Méthodologie progressive d'évaluation de la sécurité sismique des
barrages en remblai : niveau 0 - évaluation préliminaire 8.87
Figure 15.1 : Prises de pression '. 15.16
Figure 15.2 : Circuit hydraulique système basse pression - centrale à démarrage
autonome 15.19
Figure 15.3: Circuit hydraulique système haute pression - centrale à démarrage
autonome 15.20
Figure 15.4 : Architecture typique d'un système de conduite d'installation 15.91
Figure 15.5 : Schéma d'alimentation auxiliaire à 125 V c.c 15.94
Figure 15.6 : Schéma d'alimentation auxiliaire à 125 V c.c. avec batterie et chargeur
unique 15.97

Liste des illustrations page xxvii


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Tableaux
Tableau 2.1 Lois d'extrapolation des crues 2.5
Tableau 2.2 Récurrences des crues 2.7
Tableau 3.1 Pentes proposées pour des excavations permanentes 3.11
Tableau 5.1 Échelle des cartes requises au calcul du volume d'emmagasinement .5.7
Tableau 7.1 Propriétés statiques du béton selon différentes sources 7.38
Tableau 7.2 Propriétés dynamiques du béton comparativement aux propriétés stati-
ques 7.40
Tableau 7.3 Propriétés thermiques du béton 7.41
Tableau 7.4 Propriétés en cisaillement du béton et du roc : 7.42
Tableau 7.5 Valeurs des paramètres de résistance au cisaillement au contact béton-
roc selon le type de roc : résistance en pointe 7.42
Tableau 7.6 Valeurs des paramètres de résistance au cisaillement au contact béton-
roc selon le type de roc : résistance en glissement résiduel 7.43
Tableau 7.7 Propriétés statiques et thermiques de barrages en BCR 7.44
Tableau 7.8 Programmation des essais sur le béton 7.47
Tableau 7.9 Forces transmises par les vagues 7.99
Tableau 7.10 : Vitesse particulaire en fonction de l'âge du béton 7.99
Tableau 7.11 : Probabilités associées aux combinaisons de charges 7.101
Tableau 7.12 : Combinaisons de charges pour les barrages-poids 7.106
Tableau 7,13 : Combinaisons de charges pour les évacuateurs 7.Ï08
Tableau 7.14 : Combinaisons pour centrales et prises d'eau 7.111
Tableau 7.15 : Facteurs de sécurité et critères de stabilité 7.118
Tableau 7.16 : Méthodes d'évaluation delà réponse sismique 7.134
Tableau 7.17 : Valeurs de tan<t>....... 7.164
Tableau 7.18 : Efficacité des sections par rapport au total des efforts verticaux et au
poids du béton 7.164
Tableau 7.19 : Comparaison des coûts des BCR et des barrages en béton convention-
nel vibré 7.171
Tableau 8.1 Conception du perré pour un vent sur l'eau de 100 km/h 8.27
Tableau 8.2 Compactage des matériaux 8.28
Tableau 8.3 Caractéristiques et particularités des méthodes d'amélioration des fonda-
tions pour les barrage en remblai sur mort-terrain 8.33
Tableau 8.4 Comparaison des méthodes de contrôle de l'infiltration à travers les fon-
dations perméables 8.41
Tableau 8.5 Paramètres et critères d'injection 8.69
Tableau 8.6 Coefficients de sécurité requis pour les pentes des ouvrages de retenue
en remblai 8.83
Tableau 8.7 Niveaux d'évaluation de la sécurité des grands barrages (H >15 m) 8.88
Tableau 8.8 Valeurs du nombre de cycles équivalents Néq. pour l'Est du Canada 8.92
Tableau 9.1 Cas de chargement 9.16
Tableau 9.2 Tolérances 9.18
Tableau 15.1 : Exemples d'équipements et appareillages associés aux ouvrages hy-
drauliques d'Hydro-Québec .15.2
Tableau 15.2 :Valeurs des coefficients K 15.4
Tableau 15.3 : Charges de service pour la conception des composantes structurales des
centrales : 15.9
Tableau 15.4 : Types de turbine et classes de chute 15.11

page xxviii Liste des illustrations


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Tableau 15.5 : Contraintes permises sous charges maximales et conditions les plus sé-
vères d'exploitation 15.13
Tableau 15.6 '.Types de vanne et classes de chute 15.28

Liste des illustrations page xxix


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

1 Introduction

1.1 Objectifs du guide


Le Guide de conception des aménagements hydroélectriques vise principalement à :

• influer sur les décisions techniques prises l^r les concepteurs, de façon à ce que les pro-
jets puissent se réaliser au plus bas coût possible tout en maximisant le rendement des in-
vestissements, et ce, sur tout le cycle de vie des ouvrages et des équipements ;

• assurer la cohérence interdisciplinaire, de manière à ce que le même niveau de qualité ré-


gisse les ouvrages et les équipements de tout type ;

• informer dès le début des études tant les fournisseurs de produits et de services que les
entrepreneurs de construction traitant avec Hydro-Québec des attentes ultimes de
l'entreprise par rapport à ses ouvrages et ses équipements ;

• fournir un point de départ à l'élaboration des documents relatifs à l'ingénierie et des devis
normalisés.

1.2 Utilisation du guide


Le Guide de conception des aménagements hydroélectriques n'a pas la prétention de sup-
planter le jugement dont tout concepteur doit faire preuve tout au cours du processus de
conception et de construction d'un aménagement hydroélectrique. Les encadrements et les
orientations que ce guide procure se doivent donc d'être judicieusement adaptés de manière à
prendre en compte les particularités des sites et les caractéristiques des ouvrages et des équi-
pements.
Le processus de conception et de construction d'un aménagement hydroélectrique se subdivise
normalement en trois grandes étapes qui se déroulent successivement. Chaque étape sert
d'intrant à l'étape suivante, ce qui permet des calculs de plus en plus élaborés et précis. Pour
chaque projet, ces étapes sont les suivantes :

• étude préliminaire ;
Durant la première étape, il est déterminé s'il y a suffisamment d'intérêt à poursuivre le pro-
cessus et les variantes à examiner sont choisies.

• étude de faisabilité ;
Au cours de la deuxième étape, après que le premier décret et les directives gouverne-
mentales aient été obtenus, une variante est retenue et optimisée globalement pour rendre
le projet acceptable sur les plans technique, économique et environnemental.

Introduction page 1.1


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

• réalisation du projet.
Pendant la troisième étape, après que le deuxième décret ait été obtenu, les activités
d'ingénierie, d'approvisionnement et de construction sont accomplies et le projet se réalise
en fonction de l'échéancier prévu, au moindre coût et dans le respect de l'environnement.

Le Guide de conception des aménagements hydroélectriques doit trouver sa pleine utilité au


cours des deux premières étapes du processus de conception et de construction, à savoir
l'étude préliminaire et l'étude de faisabilité. Pour certains domaines techniques, il pourrait servir
de référence pendant l'élaboration de documents d'ingénierie comme les devis techniques, ac-
tivité qui a lieu durant la troisième étape du processus. De plus, il permet d'intégrer dès le début
du processus les principaux critères environnementaux susceptibles de contribuer à
l'acceptation des projets par le milieu hôte.
Bien que ce guide mette l'accent sur la conception d'ouvrages et d'équipements dans le cadre
de projets de construction d'aménagements hydroélectriques, il pourra quand même être utile
dans un contexte de réfection des ouvrages et des équipements de tels aménagements,
moyennant certaines adaptations.

1.3 Démarche de conception

1.3.1 Généralités
Les principaux critères de conception et de performance qui ont été élaborés dans le Guide des
aménagements hydroélectriques ont été examinés au cours de l'exercice de réingénierie entre-
pris en 1997. À ce moment, seulement quelques domaines techniques avaient eu l'occasion
d'expérimenter la technique d'analyse fonctionnelle servant à décrire et à hiérarchiser, sous
forme d'arbre fonctionnel, les activités du processus de conception. Les résultats obtenus de-
vaient servir de base à une argumentation objective et utile tant aux spécialistes techniques
qu'aux gestionnaires de projet.
Or, de tels arbres fonctionnels ne sont que des outils sectoriels destinés à orienter la concep-
tion spécifique d'un ouvrage ou d'un produit. Ils sont nettement insuffisants pour qu'un gestion-
naire puisse imposer une orientation claire et précise par rapport aux objectifs d'une étude. Une
telle lacune peut cependant être comblée par l'élaboration de cahiers de charges fonctionnels.

1.3.2 Arbre fonctionnel du processus de conception


Les fonctions relatives à la conception d'ouvrages et d'équipements comportent un ensemble
de liens entre les critères de conception et les finalités de cette conception ; par exemple, l'une
des finalités de la conception d'un ouvrage consiste à en garantir la sécurité. Ces liens pren-
nent la forme d'approches analytiques, de méthodes de calcul ou de méthodes d'analyse.

page 1.2 Introduction


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Dans le cas des équipements qu'Hydro-Québec doit acquérir, les fonctions comportent un en-
semble de liens entre les exigences de fonctionnement et les finalités d'une spécification
d'achat. Par exemple, l'une des finalités d'une spécification d'achat consiste à assurer la sûreté
de fonctionnement de l'équipement ; cette finalité se veut la résultante de quatre composantes :
fiabilité, maintenabilité, investigabilité et sécurité. Une autre finalité non moins importante d'une
spécification d'achat est l'exploitabilité de l'équipement. Les liens se présentent alors habituel-
lement sous forme de composantes propres à la sûreté de fonctionnement et à l'exploitabilité.
La figure 1.1 illustre un arbre fonctionnel simplifié des activités de conception relatives à un ou-
vrage ou à un équipement.

1.3.3 Cahier de charges fonctionnel


Dans la mesure où la conception d'un aménagement hydroélectrique s'apparente à celle d'un
produit industriel, il est nécessaire que, dès le début de la première étape du processus, les
objectifs et les besoins soient d'abord discutés et définis en termes de qualité et de quantité,
puis consignés dans un document appelé cahier de charges fonctionnel selon le lexique relatif
à l'analyse de la valeur.

1.4 Structure du guide v


Dans le but d'assurer le maximum de cohérence, le Guide de conception des aménagements
hydroélectriques a été structuré de façon à regrouper tout ce qui se rapporte à un ouvrage
donné et aux équipements qui le constituent. En vue d'éviter des répétitions qui alourdiraient
inutilement le texte, ce qui est commun à toutes les disciplines est toutefois présenté au début
du guide.

Introduction page 1.3


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 1.1 : Arbre fonctionnel des activités de conception relatives à un ouvrage ou à


un équipement
Autres sous-
processus Interface avec
d'autres disciplines
techniques Types de Critères de
dimensionnement dimensionnement

Types de charge et Critères de cas de


cas de chargement charges normaux et
extrêmes

Critères de
Finalité de la Calcul de stabilité
conception
conception d'un
ouvrage
Autres méthodes de Critères de
calcul et d'analyse conception

- Garantir la sécurité
• Exigences de
Composantes de la
fonctionnement
constructibilité, de la
• Exigences de
fonctionnalité et de
Finalité de l'ouvrage ou performance
l'exploitabilité
de l'équipement dans le • Exigences relatives
Garantir la constructibilité
processus d'affaires à l'exploitabilité
• Garantir la fonctionnalité
« Produire »
(maintenabilité,
investigabilité)
Garantir l'exploitabilité
Barrage-poids en béton :
Assurer par son poids
propre la retenue ou la
dérivation d'un cours d'eau

Turbine : Finalité de la Composantes de la - Exigences de


Transformer l'énergie spécification de sûreté de fonctionnement
hydraulique en énergie fourniture d'un fonctionnement et de - Exigences de
mécanique équipement l'exploitabilité performance
- Exigences relatives
Alternateur : à l'exploitabilité
Transformer l'énergie
mécanique en énergie
électrique
- Garantir la sûreté de
Vannes : I fonctionnement (fiabilité,
Contrôler l'eau -< maintenabilité, investigabilité,
1 sécurité)
- Garantir l'exploitabilité
II-
Approvisionnement

Construction

Maintenance et entretien

Exploitation

page 1.4 Introduction


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

2 Hydrologie

2.1 Généralités
Les études hydrologiques couvrent les deux principaux champs d'activités suivants :

• les séries chronologiques, c'est-à-dire l'évolution dans le temps de plusieurs paramètres


dont les plus importants sont les débits (détermination des apports à long terme et des sé-
quences de forte et faible hydraulicité, analyse et extrapolation des crues et des étiages),
mais aussi d'autres paramètres connexes (niveaux de l'eau, marées, vents, précipitations,
températures, humidité relative, rayonnement solaire, etc.) qui serviront d'intrants à des
études de conception spécialisée telles la revanche des ouvrages de retenue, les études
sur les glaces, les bilans thermiques et les évaluations environnementales ;

• la gestion hydroénergétique, c'est-à-dire la détermination des principaux paramètres relatifs


à la conception des complexes hydroélectriques, tels le nombre de centrales, de réservoirs
et de dérivations de rivière, la puissance installée à chaque site, la cote de retenue et de
restitution des réservoirs, l'énergie annuelle garantie et moyenne, la durée de remplissage
initial, la gestion de l'eau par bassin versant, le contrôle des crues, le régime des eaux
après aménagement.

2.2 Détermination des caractéristiques des bassins


versants
L'aménagement optimal d'un cours d'eau pour fins de production hydroélectrique requiert la
connaissance des caractéristiques physiographiques et hydrométéorologiques du bassin ver-
sant à l'étude. Toutes les données utilisées doivent être des données validées de qualité fiable.

2.2.1 Caractéristiques physiographiques


Les caractéristiques physiographiques, à savoir l'emplacement de la ligne de partage des eaux,
la superficie des sous-bassins, le profil des cours d'eau et la description du réseau hydrogra-
phique, incluant l'emplacement et les dimensions des lacs et des marais, sont prélevées sur
des cartes topographiques à l'échelle de 1 :50 000 pour l'ensemble du bassin versant à
l'étude. Le recours à des échelles plus précises n'est justifié que pour des cas présentant une
complexité inaccoutumée.

Hydrologie page 2.1


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

2.2.2 Caractéristiques hydrométéorologiques


Les caractéristiques hydrométéorologiques doivent être analysées sous un angle tant spatial
que temporel. Ceci signifie que les données doivent être suffisamment nombreuses et simulta-
nées pour permettre une comparaison entre des régimes hydrologiques observés à diverses
stations de mesure et sur une période assez longue pour représenter d'une manière vraisem-
blable les aléas climatiques qui surviendront durant la vie utile de l'aménagement projeté.
Un postulat est sous-jacent à ce type d'étude : les séries chronologiques du passé permettent
la meilleure estimation du comportement climatique à venir, sans considération toutefois pour
une tendance particulière (comme un réchauffement progressif du climat ou une augmentation
graduelle des précipitations).
«
Pour que les données hydrométéorologiques soient utiles, il est nécessaire qu'elles aient été
recueillies pendant une période suffisamment longue, d'où les deux exigences suivantes :

• il faut utiliser le plus possible les données disponibles auprès d'organismes qui ont la res-
ponsabilité de ces mesures prises à titre d'inventaire (le ministère de l'Environnement du
Québec en général, mais aussi Environnement Canada et Hydro-Québec elle-même pour
les aménagements déjà en exploitation) ;

• il faut qu'Hydro-Québec se dote d'un programme de relevé de mesures pour les cas évi-
dents où aucun organisme n'en recueille actuellement.
Ce programme aurait pour but d'évaluer le potentiel hydroélectrique global indépendam-
ment des relevés propres à une étude de faisabilité particulière, puisque ces derniers ne
peuvent être entrepris que dans le cadre d'un processus administratif qui les rend trop tar-
divement disponibles.

Pour prolonger les séries historiques et augmenter la fiabilité des échantillons, les observations
hydrométéorologiques doivent se poursuivre au-delà de la période d'étude, voire durant
l'exploitation des aménagements ; en effet, en plus de permettre la prévision des apports, la
prévention des inondations et une gestion optimale des réserves, elles servent périodiquement
aux revues d'adéquation des ouvrages d'évacuation.
Les résultats obtenus pour le bassin versant à l'étude sont d'autant plus fiables que le réseau
des stations de mesure est dense et bien géré et que la période d'observation est longue. Il
n'existe pas de critère absolu en ce domaine. La plus récente norme d'Hydro-Québec recom-
mande que les séries hydrologiques utilisées dans les études s'étalent sur une période de
50 ans. En pratique, les exigences des spécialistes varient selon le degré d'avancement de
l'étude en cours, l'importance des pertes encourues en cas de mauvaise évaluation et les
conditions particulières du bassin versant à l'étude. Ainsi, la détermination préliminaire du po-
tentiel hydroélectrique d'un bassin peut se faire avec des mesures s'étalant sur une dizaine
d'années. Cependant, la conception finale des ouvrages requiert une période d'observation mi-
nimale de 30 ans.

page 2.2 Hydrologie


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Les techniques de l'hydrologie, telles que la génération de données stochastiques, la transpo-


sition par corrélation des données des bassins voisins ou la modélisation de l'écoulement des
précipitations, peuvent pallier certaines carences des observations. Toutefois, l'usage de ces
techniques risque d'augmenter la marge d'erreur des résultats.

2.3 Débits mensuels aux sites aménagés


Pour simuler des équipements dans un bassin versant, il faut disposer d'une longue série de
débits intermédiaires au site projeté pour une centrale ou un réservoir, à un pas de temps en
rapport avec l'usage prévu pour ces aménagements. En règle générale, le pas de temps men-
suel est suffisant dans le cas des grands aménagements. Le pas de temps plus petit, hebdo-
madaire ou journalier, est nécessaire s'il existe des contraintes d'ordre environnemental à res-
pecter quant au niveau et au débit, pour les études sur le suréquipement d'une centrale ou pour
la construction d'une centrale au fil de l'eau, surtout si ces centrales sont appelées à fonction-
ner pour satisfaire la demande en période de pointe. Les critères fournis ci-dessous
s'appliquent à un pas de temps mensuel (ceux qui s'appliquent à un pas de temps hebdoma-
daire sont semblables).
Pour obtenir les séries d'apport intermédiaire à un site donné, des séries chronologiques de
'débits moyens mensuels de longueur uniforme doivent d'abord être établies aux stations
d'observation du bassin versant à l'étude. À partir des débits journaliers, les valeurs mensuelles
sont calculées en tant que moyenne arithmétique du mois ; cependant, lorsqu'il manque plus
de quatre valeurs dans un mois, la moyenne mensuelle est déclarée manquante. Ces valeurs
manquantes sont généralement reconstituées par corrélation avec les stations avoisinantes les
mieux corrélées, qu'elles se trouvent ou non dans le même bassin versant. Dans le cas de sta-
tions très proches, les valeurs manquantes peuvent être comblées par proportionnalité des
bassins versants pondérée avec les précipitations moyennes correspondantes (isohyètes) ou,
au mieux, par ratio des modules de débit correspondants.
Le recours à un modèle déterministe, représentant l'écoulement à partir des données physio-
graphiques et hydrométéorologiques, n'est requis que lorsque les séries de débits observés
sont trop courtes et que des séries météorologiques de plus longue durée sont disponibles.
L'étalonnage de ce type de modèle requiert un minimum de trois années de débits observés
sans interruption à chaque station considérée.
Quand les séries de débit mensuel sont reconstituées adéquatement à toutes les stations
d'observation du bassin à l'étude, il est possible d'en déduire les débits intermédiaires au site
projeté en appliquant le débit spécifique approprié aux parties de bassin que les stations ne
contrôlent pas.

2.4 Analyse des crues


Pour les ouvrages d'évacuation temporaires et permanents, le choix de la crue de conception
s'appuie sur plusieurs méthodes, soit des études de crue statistique (analyse stochastique et
analyse statistique classique) ou déterministe (crue maximale probable)'11.

111
Le choix de la crue de conception est traité à la rubrique 9.2.

Hydrologie page 2.3


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Dans le cadre d'une étude sommaire, l'étude des crues n'est qu'esquissée à partir des résultats
d'une autre étude sur un bassin versant comparable (ces résultats sont ajustés par simple pro-
portionnalité de la superficie de chaque sous-bassin versant, à moins qu'il s'y trouve un lac ou
un réservoir particulièrement important).
Pour une étude préliminaire et une étude de faisabilité, il existe deux façons d'aborder les étu-
des de crue :

• par la méthode statistique, de réalisation rapide, qui sert à l'analyse du risque lors du choix
de la crue de conception des évacuateurs de crue ainsi qu'aux études relatives aux ouvra-
ges de dérivation provisoires et à l'environnement ;

• par la méthode stochastique, très laborieuse, qui sert à l'analyse du risque lors du choix de
la crue de conception des évacuateurs de crue pour les systèmes hydriques d'envergure en
raison de leur taille, du nombre des réservoirs, des aspects juridiques, etc. ;

• par la méthode mixte déterministe-statistique de la crue maximale probable (CMP), beau-


coup plus délicate et laborieuse, qui sert à l'analyse du risque lors du choix de la crue de
conception des évacuateurs de crue.

Peu importe la méthode adoptée, les études de crue doivent être faites à l'échelle du bassin
versant à l'étude, étant donné que tous les ouvrages en amont ont des impacts sur la concep-
tion de ceux en aval.

2.4.1 Analyse des crues par la méthode statistique

2.4.1.1 Analyse de fréquence


L'analyse de fréquence a pour objet d'établir les paramètres de distribution des débits de pointe
et des volumes de crue aux stations d'observation et d'en déduire des relations permettant
d'estimer ces variables pour différentes périodes de récurrence au site projeté.
La crue de printemps et la crue d'été-automne sont traitées séparément. La crue de printemps
est la plus importante à cause de la fonte des neiges, mais elle s'accumule en partie ou en to-
talité dans les grands réservoirs dont le niveau est le plus bas de l'année à ce moment. Moins
importante en termes de volume, la crue d'été-automne survient alors que les réservoirs sont
pleins. A priori, le type de crue qui déterminera la dimension d'un évacuateur ou d'un ouvrage
de dérivation est inconnu. Trois analyses de fréquence indépendantes doivent donc être faites
par rapport aux éléments suivants :

• le débit de pointe du printemps, dans le cas d'une centrale au fil de l'eau ou d'un réservoir
dont le volume disponible est peu important ;

• le volume de la crue de printemps, en vue de simuler la capacité de laminage d'un grand


réservoir ;

• le débit de pointe d'automne.

page 2.4 Hydrologie


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

À titre d'exemple, le tableau 2.1 énumère quelques lois utilisées au Québec pour extrapoler les
crues observées à une station. La liste qui y est présentée n'est pas exhaustive puisque des
recherches portant sur de nouvelles lois sont toujours en cours. Il existent des logiciels conçus
spécifiquement pour effectuer les analyses de fréquence, tel HYFRAN, et des programmes
préparés en vue d'applications statistiques générales, comme SAS et MATLAB.

Tableau 2.1 : Lois d'extrapolation des crues


Loi d'extrapolation Applicabilité aux volumes Applicabilité aux pointes
Normale Très rarement Jamais
Log-normale Parfois Rarement
Pearson III Donne parfois un bon résultat Donne parfois un bon résultat

Peu fréquemment Souvent choisie pour les séries


Gùmbel
de moins de 25 années

Souvent Souvent la meilleure, surtout si


Log-Pearson
les séries ont plus de 25 années

2.4.1.2 Analyse régionale

La détermination d'une crue de récurrence donnée doit être confirmée par une analyse régio-
nale qui vise à augmenter la fiabilité des lois d'extrapolation déduites des séries de mesures
disponibles à un site particulier. Ainsi, non seulement les crues observées dans le bassin ver-
sant à l'étude sont considérées, mais aussi celles des bassins voisins lorsque leurs caractéris-
tiques hydrologiques sont semblables à celles du bassin étudié. Cette méthode permet quel-
quefois d'allonger les séries observées dans un bassin. Elle est également utile pour réduire les
erreurs d'échantillonnage quand des mesures existent au site même.

À chaque station, les débits de pointe et les volumes de crue sont extraits des séries observées
en conservant leur ordre chronologique. Les valeurs manquantes sont reconstituées par
corrélation entre les stations de façon à former des séries de même longueur pour toutes les
stations. En plus de faciliter le traitement des données, cela permet de conserver toutes les
informations obtenues par observation.

Un examen visuel de chacune des stations permet de choisir la loi qui s'applique le mieux à
l'ensemble du bassin. Cette loi est ensuite appliquée aux données de chaque station pour cal-
culer les courbes de fréquence adimensionnelles qui expriment le rapport entre l'intensité des
valeurs obtenues pour différentes périodes de récurrence et l'intensité d'une valeur de réfé-
rence.

Hydrologie page 2.5


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Quand la loi extrémale de type 1 de Gùmbel est retenue, la courbe de fréquence régionale est
définie comme la médiane de chacune des droites représentant la loi de chaque station sur un
papier à échelle fonctionnelle de Gùmbel. Dans le cas d'autres types de lois, l'intensité de la
courbe régionale est calculée à chaque point correspondant à un intervalle de récurrence ;
cette intensité est la médiane obtenue en ajustant selon la même loi les valeurs adimension-
nelles de toutes les stations. Une telle valeur de référence doit pouvoir être estimée d'une façon
précise et correspondre à un intervalle de récurrence fixe. Pour y arriver, il est possible d'utiliser
la valeur moyenne T = 2 ans avec les lois normales et T = 2,33 ans avec la loi de Gùmbel ;
avec les autres lois toutefois, c'est la médiane T = 2 ans qui est utilisée puisque leur moyenne
ne correspond pas à un intervalle de récurrence fixe.
Avant d'utiliser les courbes de fréquence obtenues aux stations dans le but d'en déduire une loi
régionale, il importe de s'assurer que les échantillons des observations faites à chaque station
sont homogènes d'une part et d'éliminer les séries qui montrent des écarts importants à cause
des particularités du bassin ou d'une carence systématique des mesures d'autre part. Le test
d'homogénéité de Langbein permet de distinguer les séries qui appartiennent à une même po-
pulation selon un taux de fiabilité variant entre 95 et 99 %.
Pour obtenir le résultat final, c'est-à-dire le débit (ou le volume en un point déterminé), il faut
connaître le débit (ou le volume) médian ou moyen par lequel le rapport sera multiplié pour ob-
tenir une valeur dimensionnelle.
Le débit qui s'écoule en un point d'un cours d'eau résulte d'une combinaison de facteurs tels
que les précipitations, la superficie du bassin de drainage, la régularisation naturelle effectuée
par les lacs et les marécages, le type et la répartition de la végétation, la pente du bassin, le
taux d'infiltration et le taux d'évaporation. Il est possible d'estimer tous ces facteurs sous forme
de quantités mesurables pour établir une équation régionale. Cependant, la plupart d'entre eux
varient trop peu d'une station à l'autre pour expliquer une partie appréciable de la différence
entre les débits observés aux stations.
/

La superficie du bassin versant à l'étude est le facteur qui influence le plus la valeur moyenne
ou médiane. Pour la plupart des bassins versants du Québec, ce facteur explique plus de 90 %
de la variabilité des crues, de sorte que les autres facteurs sont généralement négligés à
l'exception du taux de régularisation naturelle des lacs et des marécages qui varie parfois suffi-
samment d'un bassin à l'autre pour influencer la pointe de la crue.
Une fois l'équation régionale déterminée, il faut s'assurer qu'elle s'applique raisonnablement
bien à chaque station ; en cas d'écart notable, il faut en rechercher la cause qui peut être un
facteur négligé, un facteur mal estimé ou une erreur systématique dans les observations.
Le tableau 2.2 donne la liste des récurrences des pointes et des volumes de crue les plus cou-
ramment utilisées.

page 2.6 Hydrologie


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Tableau 2.2 : Récurrences des crues


Récurrence (ans) Utilisation
Conception d'un ouvrage de dérivation temporaire servant pour un an
20
au maximum *
Conception d'un ouvrage de dérivation temporaire servant pour deux
40
ans au maximum
Conception d'un ouvrage de dérivation temporaire servant pour trois
60
ans au maximum
Conception d'un ouvrage d'évacuation permanent selon une étude de
100
risque
200
500 Intrant à une étude de risque faite au cours d'une étude de faisabilité
1 000
Conception d'un ouvrage d'évacuation permanent fait au cours d'une
10000 étude préliminaire
Intrant à une étude de risque faite au cours d'une étude de faisabilité

2.4.2 Analyse des crues par la méthode stochastique


La méthode stochastique consiste à générer de longues séries synthétiques d'apports à un
certain nombre de sites propres à un système hydrique qui tiennent compte de la corrélation
spatiale entre les sous-bassins, et ce, afin d'obtenir des propriétés statistiques semblables à
celles des apports historiques. Cette multitude des combinaisons des apports naturels est utili-
sée comme intrant à un modèle de laminage capable de simuler les règles de gestion de ma-
nière à obtenir une longue série de niveaux de retenue et des soutirages à chaque sous-site.
En utilisant une relation qui permet de calculer une fréquence empirique, il est possible de trou-
ver les valeurs correspondantes à une période de récurrence donnée.

2.4.3 Analyse des crues par la méthode déterministe-statistique


La crue maximale probable (CMP) est l'écoulement résultant de la combinaison des conditions
climatiques et hydrologiques extrêmes, neige maximisée ou pluie maximale probable (PMP),
qui peuvent raisonnablement survenir dans une région.

Hydrologie page 2.7


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

La détermination de la CMP s'appuie sur la description sommaire des caractéristiques physi-


ques du bassin versant à l'étude et des ouvrages en cause, existants ou prévus. Elle comporte
les trois volets suivants :
1. la modélisation du bassin versant à l'aide d'un modèle numérique ;
Ce volet comporte deux étapes :
1. l'étalonnage du bassin versant ;
2. la validation de l'étalonnage.
2. la détermination des conditions météorologiques des crues maximales probables (PMP) ;
3. la simulation de la CMP.
La méthodologie de calcul de la CMP est en constante évolution et se précise au fur et à
mesure que les connaissances hydrologiques et météorologiques augmentent. Les recher-
ches et l'ajout continuel de données font évoluer les méthodes d'évaluation de la CMP et
ces dernières doivent donc être constamment réévaluées. La référence 2.11 et la
référence 2.12 fournissent des détails sur les critères à respecter dans le choix d'une mé-
thode.

2.4.3.1 Modélisation du bassin versant


Pour déterminer la CMP, il faut disposer d'un modèle numérique qui permette de simuler le
comportement hydrologique du bassin à l'étude pour diverses conditions météorologiques. Les
modèles hydrologiques les plus couramment utilisés à Hydro-Québec sont les suivants :

• le modèle conceptuel HSAMI d'Hydro-Québec ;


Ce modèle est utilisé quotidiennement pour prévoir les apports naturels sur plus de
90 bassins versants. Il est également utilisé pour reproduire les apports naturels historiques
à partir des données climatologiques (référence 2.6). Ce modèle permet de reconstituer les
débits d'un système hydrique à partir des données relatives aux précipitations (pluie et
neige) et à la température de l'air, au pas de temps journalier ou moins (6 heures).

• le modèle HYDROTEL ;
II s'agit d'un modèle distribué de dernière génération, pouvant bénéficier des données four-
nies par la télédétection, par les radars météo et les systèmes d'information géographique.
Il a été développé à I'INRS_EAU et il est capable de simuler d'une façon plus fine et plus
physique les processus hydrologiques puisqu'il prend en compte le type de sol, le type de
végétation et l'occupation des sols (référence 2.5). Ce modèle permet :
• de reconstituer les débits d'un système hydrique à partir des données relatives aux pré-
cipitations (pluie et neige) et à la température de l'air au pas de temps journalier ou
moins (horaire) ;
• de simuler la propagation des débits dans les tronçons des cours d'eau en fonction d'un
modèle donné ;

page 2.8 Hydrologie


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

• d'afficher, en cours de simulation, des cartes présentant la distribution spatiale de varia-


bles (neige au sol, humidité des couches, débit des tronçons, précipitation, etc.) et de
faire le suivi de ces variables ;
• d'obtenir les débits entrants, sortants et latéraux de chaque bief ;
• de simuler la régularisation dès retenues, des réservoirs et des lacs selon les règles de
gestion préétablies (niveaux visés ou débits fixés) ;
• de tester diverses variantes d'ouvrages hydrauliques en fonction de leurs caractéristi-
ques ;
• d'utiliser les PMP distribuées sur le bassin.

• le modèle SSARR.
Ce modèle vient de la U.S. Army Corps of Engineers et il est très utilisé (référence 2.1,
référence 2.14 et référence 2.18). Ce modèle permet de :
• reconstituer les débits d'un système hydrique à partir des données relatives aux préci-
pitations (pluie et neige) et à la température de l'air, au pas de temps journalier ou
moins (horaire) ;
• simuler la propagation des débits dans les tronçons des cours d'eau ;
• simuler la régularisation des retenues, des réservoirs et des lacs selon les règles de
gestion préétablies.

Pour fonctionner, ces modèles requièrent donc des données journalières ou horaires propres
aux débits, aux niveaux, aux précipitations et aux températures. L'étalonnage des modèles né-
cessite normalement trois années de mesures concomitantes recueillies là où se trouvent des
ouvrages majeurs. Une telle durée présuppose qu'un étalonnage basé sur une longue série de
données hydrométriques existe pour une rivière analogue à celle qui est à l'étude. Si les sta-
tions hydrométriques ou météorologiques requises ne sont pas encore en service au moment
où débute l'étude préliminaire, il importe d'en planifier l'installation dès ce moment afin de dis-
poser de données suffisantes pour l'étude de faisabilité. Le choix du modèle à utiliser peut-être
influencé par le type de bassin à étudier.
À la limite, il est possible de déterminer la CMP à partir de mesures prises au cours d'une seule
année ; dans ce cas toutefois, l'étalonnage des modèles ne peut être validé à partir d'un cycle
hydrologique conservé comme témoin et les résultats obtenus sont grandement incertains. La
difficulté de disposer de toutes les données requises à temps explique fondamentalement
pourquoi il faut que les calculs effectués soient revus quand l'aménagement est en exploitation.
La modélisation d'un bassin versant comprend les deux étapes suivantes :
1. l'étalonnage du bassin versant ;
2. la validation de l'étalonnage.

Hydrologie page 2.9


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

2.4.3.1.1 Etalonnage du bassin versant

L'étape d'étalonnage du bassin versant consiste à en fixer les éléments et les caractéristiques
de façon à simuler le plus fidèlement possible les conditions naturelles observées pour un ou
plusieurs événements hydrologiques.
Cinq critères quantitatifs sont utilisés pour juger de la fiabilité de l'étalonnage réalisé, soit :

• l'écart entre les volumes de crue observés et simulés ;

• l'écart entre les pointes journalières maximales de crue observées et simulées ;

• le décalage entre les pointes de crue observées et simulées ;

• des coefficients d'ajustement des hydrogrammes produits (coefficient de Nash par exem-
ple) ;

• le bilan hydrologique mensuel.

De plus, la présentation globale des hydrogrammes doit être fidèle et les exigences liées aux
quatre aspects suivants doivent être respectées (référence 2.13) :

Établissement des valeurs Les écarts maximaux permis entre les volumes et les pointes journalières
maximales des crues observées et simulées sont fixés à 15 % tandis que
le décalage maximal autorisé entre l'apparition des pointes de crues
maximales est de deux jours.
Le coefficient de Nash peut prendre des valeurs entre moins l'infini et 1 .
Des valeurs supérieures à 0,7 sont acceptables et des valeurs supérieu-
res à 0,9 sont très bonnes.
Le bilan mensuel ne doit pas montrer d'écart substantiel par rapport aux
écarts de volume déjà enregistrés ni présenter de tendance constante à
sous-estimer ou surestimer les débits mensuels.
Les valeurs fixées pour l'acceptation des résultats doivent assurer un
étalonnage représentatif du bassin versant à l'étude. Étant donné la faible
quantité de données généralement disponibles et les marges d'erreur in-
hérentes à ces données, il importe de porter une attention particulière
aux événements choisis pour, l'étalonnage, de façon à ce qu'ils repré-
sentent des conditions homogènes et non pas des phénomènes ponc-
tuels (comme un orage au-dessus d'une station météorologique).
Période d'étalonnage À partir d'hydrogrammes observés et concomitants avec les données
météorologiques, l'intervalle choisi pour réaliser l'étalonnage doit com-
porter des crues d'été-automne et de printemps importantes afin que
l'extrapolation à la CMP soit plausible.
Crues d'origine pluviale Le modèle pluie-ruissellement choisie doit être calibré pour l'année com-
plète afin de représenter les crues d'origine pluviale et nivale.
Fonte des neiges Au Québec, les crues les plus fortes sont habituellement liées à la fonte
des neiges. Les années présentant les crues les plus tardives et les plus
fortes servent par conséquent à l'étalonnage du modèle.

page 2.10 Hydrologie


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

2.4.3.1.2 Validation de l'étalonnage

L'étape de validation de l'étalonnage permet de s'assurer que les paramètres fixés lors de
l'étalonnage proprement dit reproduisent correctement d'autres événements hydrologiques ob-
servés. Elle consiste à évaluer la performance du modèle étalonné en effectuant des simula-
tions des événements hydrologiques survenus à des années différentes de celles utilisées pour
les simulations de calage. Pour ce faire, il faut :

• choisir des périodes jugées suffisantes relativement à celles des simulations d'étalonnage ;

'• simuler le comportement hydrologique du bassin versant à l'étude ;

• présenter les paramètres d'évaluation et les résultats de l'étalonnage et analyser ces résul-
tats ;

• ajuster les paramètres du modèle étalonné, s'il y a lieu, jusqu'à ce que la qualité désirée ait
été obtenue pour ces résultats, particulièrement en ce qui concerne la reproduction des
grandes crues historiques observées.

Les résultats obtenus ne sont jugés acceptables que si les écarts observés, dans le cas où ils
sont supérieurs à la tranche des 15 % permis, sont sécuritaires, c'est-à-dire que les valeurs si-
mulées sont supérieures aux valeurs observées.
Il arrive souvent que les écarts entre les volumes d'eau simulés et observés et entre les pointes
maximales simulées et observées soient importants. Ces différences s'expliquent par la diffi-
culté d'avoir pour l'ensemble des bassins versants des données représentatives sur les pluies ;
en effet, il y a fréquemment dissemblance entre la forme des hydrogrammes produits pour di-
verses stations, ce qui reflète l'hétérogénéité spatiale des pluies reçues et des températures.

2.4.3.2 Conditions météorologiques des crues maximales probables


Les précipitations maximales probables (PMP) pour une région donnée sont définies comme
étant celles dont l'importance serait voisine de la limite supérieure que l'atmosphère peut géné-
rer. Pour établir les PMP, il faut suivre la méthode décrite à la référence 2.16 et être conforme
aux recommandations de l'Organisation mondiale de météorologie (référence 2.20). Le travail
consiste à déterminer :

• le couvert de neige ayant une période de récurrence de 100 ans ;


L'analyse de fréquence est effectuée en trois étapes, en commençant par la validation des
données de neige au sol aux stations nivométriques situées sur ou près des bassins ver-
sants à l'étude. Par la suite, l'analyse statistique des données validées aux stations nivo-
métriques retenues permet d'évaluer le couvert de neige ayant une période de récurrence
de 100 ans. Finalement, les résultats obtenus aux stations sont interpolés aux bassins ver-
sants à l'étude à l'aide de la méthode des polygones de Thiessen.

Hydrologie page 2.11


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

la neige maximale probable ; •


L'évaluation de la neige maximale probable est effectuée en trois étapes. Dans un premier
temps, les hivers les plus forts aux bassins versants à l'étude sont déterminés à partir de la
quantité de neige totale tombée aux stations climatologiques avoisinantes au cours des an-
nées passées ; un hiver commence le 1er octobre et il se termine le 15 mai suivant. Par la
suite, une étude de maximisation des événements individuels de neige permet d'évaluer la
neige maximale probable aux stations climatologiques pour chacun des hivers forts retenus.
Cette étude est effectuée selon la méthode de maximisation développée par Jones en 1992
(référence 2.4). Finalement, les résultats obtenus aux stations sont interpolés aux bassins
versants à l'étude à l'aide de la méthode des polygones de Thiessen.

la pluie printanière ayant une période de récurrence de 100 ans ;


L'analyse de fréquence de la pluie printanière est essentiellement effectuée en quatre éta-
pes d'après la méthodologie développée par Doray en 1994. Dans un premier temps, à
partir de la quantité de pluie quotidienne tombée aux stations climatologiques, les événe-
ments de pluie les plus importants sont retenus durant les mois d'avril et de mai de chaque
année. Les résultats obtenus aux stations sont ensuite interpolés aux bassins versants à
l'étude à l'aide de la méthode des polygones de Thiessen. Un échantillon constitué des va-
leurs d'accumulation de pluie obtenues à chaque bassin versant pour les dépressions prin-
tanières les plus fortes de chaque année est ainsi créé. L'analyse statistique de ces échan-
tillons permet d'évaluer la pluie printanière ayant une période de récurrence de 100 ans. Fi-
nalement, une distribution temporelle des résultats est effectuée afin de distribuer la pluie
printanière de 1 :100 ans dans le temps.

la pluie maximale probable printanière ;


L'évaluation de la pluie maximale probable printanière consiste à maximiser un grand nom-
bre de tempêtes qui ont laissé d'importantes quantités de pluie sur les bassins versants
étudiés aux mois d'avril et de mai. La méthodologie à suivre pour ce faire est décrite en
détail dans un document publié par l'Organisation météorologique mondiale
(référence 2.19).
La majorité des tempêtes importantes qui ont laissé au moins 5 cm de pluie en 24 heures
sont analysées par le Service de l'environnement atmosphérique (SEA) qui les présentent
sous forme de graphiques HDS (hauteur-durée-superficie) dans une série de publications
intitulée Pluies de tempêtes au Canada (1912-1988). Toutefois, parmi la dizaine de tempê-
tes printanières importantes qui se sont produites au Québec et qui ont été analysées par le
SEA, peu sont tombées sur les bassins versants potentiellement à l'étude.
Il est donc souvent nécessaire de spatialement transposer les tempêtes printanières im-
portantes qui se produisent hors du bassin versant à l'étude. En effet, la transposition spa-
tiale permet de déplacer théoriquement une tempête au bassin d'intérêt, d'une région cli-
matologiquement similaire à celle du bassin, en faisant des ajustements pour l'humidité at-
mosphérique disponible, les effets de barrière et les effets orographiques. Ainsi, pour être
transposables, les tempêtes doivent tout de même présenter des caractéristiques sembla-
bles à celles du bassin d'intérêt tant sur les plans météorologique que climatologique, oro-
graphique et géographique.

page 2.12 Hydrologie


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Les résultats de la maximisation servent d'intrants au logiciel HMR52 (référence 2.2). Ce


logiciel est utilisé pour distribuer la PMP de printemps spatialement et dans le temps à des
intervalles de six heures. Les résultats ainsi obtenus doivent être utilisés avec précaution,
car leur résolution temporelle est plus fine que celle des données de base. Dans le cas de
la PMP de printemps, les centres de précipitation sont localisés au point central des bassins
versants à étudier.

le scénario optimal printanier des températures ;


Le scénario optimal de températures se compose d'étapes de nature différente et qui se
suivent chronologiquement, du 1er mars au 30 juin. Ce scénario a été développé de façon à
produire une fonte maximale du couvert de neige et se subdivise de la façon suivante : hi-
ver froid, période de maturation du couvert de neige, période de fonte associée à l'anticy-
clone, période de pluie et période après le passage de la dépression. Chaque partie du
scénario a été développée à partir des observations climatologiques (températures maxi-
males et minimales) aux stations climatologiques disponibles.
Ce scénario est conforme aux recommandations d'un comité d'experts (référence 2.17) et à
la méthodologie développée en partie par Doray en 1994.

la pluie maximale d'été-automne.


Tel qu'expliqué précédemment, l'évaluation de la pluie maximale probable d'été-automne
est effectuée à partir des tempêtes de pluie importantes qui tombent sur les bassins ver-
sants et de celles qui présentent les mêmes caractéristiques météorologiques et qui peu-
vent être transposées. La méthodologie suivie est celle de l'Organisation météorologique
mondiale (référence 2.19).
Comme pour la PMP de printemps, les résultats de la maximisation servent d'intrants au lo-
giciel HMR52 (référence 2.2). Ce logiciel est utilisé pour distribuer la PMP d'été-automne
spatialement et dans le temps à des intervalles de six heures. Comme pour la PMP de
printemps, les centres de précipitation sont localisés au point central des bassins versants à
étudier.

2.4.3.3 Simulation de la crue maximale probable


La crue maximale probable (CMP) est définie comme la plus forte crue susceptible de se pro-
duire à un endroit d'un cours d'eau, générée par la combinaison des conditions météorologi-
ques et hydrologiques les plus critiques qui peuvent survenir raisonnablement sur un bassin
versant à un instant donné.

2.4.3.3.1 Crue maximale probable de printemps

Méthodologie
Pour tenir compte des recommandations du comité d'experts sur l'étude de la crue maximale
probable sur le Saint-Maurice qui suggérait de ne pas coupler deux événements maximaux
probables (référence 2.17), on a donc analysé, dans l'étude de la CMP du printemps, les cou-
ples d'événements météorologiques suivants :

Hydrologie page 2.13


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

• cas A : neige maximale probable couplée à une pluie printanière centennale ;

• cas B : pluie maximale probable de printemps couplée avec la neige centennale.

La CMPP retenue est celle qui est la plus forte des deux cas, après laminage.

Conditions initiales
Pour arriver aux conditions de saturation du sol au passage des CMP, une des conditions mé-
téorologiques et hydrologiques initiales suivantes sont à considérer : conditions historiques ob-
servées les plus critiques ou conditions avec la moitié des pluies maximales probables (PMP).

Scénarios de température
Les scénarios optimaux de température à utiliser sont ceux déterminés dans l'étude des para-
mètres météorologiques nécessaires au calcul des crues maximales probables de printemps.
Il faut s'assurer que la série de température est bien synchronisée avec la période de fonte de
neige et de pluies maximales probables, quitte à la retarder ou à l'avancer de quelques jours
pour autant que tous ces trois événements météorologiques soient cohérents entre eux.

Paramètres météorologiques
Les données nécessaires au calcul de la CMP du printemps sont :

• la neige maximisée ;

• la neige de 1 : 100 ans ;

• la pluie maximale probable (PMP) du printemps ;

• la pluie de 1 :100 ans du printemps.

Ces valeurs sont déterminées dans l'étude des paramètres météorologiques nécessaires au
calcul des crues maximales probables de printemps.

Résultats
Le résultat des simulations forme un ensemble d'hydrogrammes intermédiaires qui servent lors
du laminage de la CMP. Plusieurs de ces ensembles peuvent être requis pour les simulations
de laminage.

page 2.14 Hydrologie


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

2.4.3.3.2 Crue maximale probable d'été-automne

Méthodologie
La crue maximale probable d'été-automne (CMPEA) est par définition une crue d'origine plu-
viale uniquement. Les conditions météorologiques extrêmes causant les pluies maximales pro-
bables (PMP) d'été-automne qui génèrent la CMP sont donc à déterminer. L'approche métho-
dologique proposée par l'Organisation mondiale de météorologie (référence 2.19) est adoptée
pour déterminer les PMP d'été-àutomne. En résumé, cette méthode consiste à déterminer,
pour chaque tempête passée et répertoriée, un facteur de maximisation à appliquer aux quan-
tités de pluies observées.

Conditions initiales
Pour arriver aux conditions de saturation du sol au passage des CMP, une des conditions mé-
téorologiques et hydrologiques initiales suivantes sont à considérer : conditions historiques ob-
servées les plus critiques ou conditions avec la moitié des pluies maximales probables (PMP).

Paramètres météorologiques

Les données utilisées pour le calcul de la CMP de l'été-automne (la PMP et la pluie de
1 :100 ans) proviennent de l'étude de la pluie maximale probable.

Résultats
L'ensemble des hydrogrammes obtenus constitue le résultat avant laminage. Comme les ca-
ractéristiques des aménagements sur une rivière peuvent influencer d'une façon importante les
résultats des simulations de laminage, il est parfois requis de simuler plusieurs ensembles de
données correspondant à divers scénarios de centres des pluies maximales probables (sur tout
le bassin versant par exemple ou encore sur le bassin versant intermédiaire ou un sous-
ensemble de bassins versants intermédiaires). Le résultat retenu à chaque site du projet est
celui qui correspond aux conditions les plus critiques après simulation de laminage des CMP
générés par ces différents scénarios de centres de pluies maximales probables.

2.4.3.3.3 Comparaison des résultats

II est utile de situer les résultats de la simulation de la CMP par rapport aux résultats obtenus
pour d'autres bassins. Un tableau montrant les hauteurs de précipitation totale de la neige et de
la pluie, le débit spécifique à la pointe ainsi que la taille du bassin versant permettra d'établir
une comparaison.

Hydrologie . page 2.15


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

2.4.3.4 Faiblesses des approches méthodologiques et recommandations


pour les atténuer

II n'existe pas de critère unique utilisé pour déterminer la crue maximale à un site ; cependant,
selon le degré de risque, c'est-à-dire le niveau de dommages accepté par la société, deux ty-
pes de crues sont définis :

• la crue de projet, qui est utilisée pour le dimensionnement des ouvrages d'évacuation et qui
peut être déterminée par l'analyse statistique ou stochastique ou par la CMP ;

• la crue de sécurité, qui est celle que le barrage peut supporter dans les conditions excep-
tionnelles, sans rupture (en général, il s'agit de la CMP).

2.4.3.4.1 Méthode statistique

Dans l'approche statistique, il faut s'assurer que :

• l'hydrogramme de crues hypothéthiques a des caractéristiques fréquentielles de volume et


de débit de pointe cohérente ;

• dans le cas de plusieurs sites, les hydrogrammes hypothéthiques des bassins versants in-
termédiaires ont des probabilités conjointes réalistes d'une part et que les délais de propa-
gation d'un hydrogramme du site en amont au site en aval sont respectés d'autre part.

2.4.3.4.2 Méthode stochastique

La qualité des résultats obtenus avec cette méthode dépend du degré de respect des hypothè-
ses et des critères de base, lors du calage du modèle stochastique. La longueur de la série
historique est très importante pour le choix des paramètres dans les étapes de transformation
et de détermination de l'ordre du modèle.

2.4.3.4.3 Méthode par simulation déterministe

Trois point importants sont à analyser :

• la maximisation raisonnable des paramètres météorologiques extrêmes ;

• la détermination des conditions initiales d'écoulement, pour obtenir une crue extrême ré-
aliste ;

• l'étalonnage du modèle hydrologique à utiliser (SSARR ou HSAMI).

Des études antérieures réalisées à Hydro-Québec doivent servir de guide pour des choix des
paramètres raisonnables.

page 2.16 Hydrologie


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

2.5 Laminage des crues


La simulation du laminage des crues a pour but de vérifier la sécurité des ouvrages permanents
(évacuateurs, canaux de dérivation, etc.) au passage des crues extrêmes, sous les conditions
qui prévaudront après la réalisation du projet, et aussi d'évaluer le degré de réduction des
crues naturelles de l'environnement du projet. Au cours d'une étude préliminaire, les ouvrages
associés au passage des crues sont généralement conçus à partir de la crue décamillennale
calculée par analyse statistique ; il est cependant pratique courante d'effectuer, habituellement
pendant une étude de faisabilité, une étude de laminage de la CMP étant donné qu'elle peut se
produire et qu'il faut la prévoir.

2.5.1 Modèles de laminage


Plusieurs modèles peuvent servir à la simulation du laminage. Deux de ces modèles, LAMI-
NAGE et LAMI, sont basés sur l'équation de la continuité et prennent en compte les apports, le
stockage et la débitance des ouvrages de dérivation et d'évacuation permanents. Le modèle
LAMINAGE est le plus couramment utilisé pour simuler les évacuateurs projetés puisqu'il est
capable d'en effectuer automatiquement une conception sommaire. Le modèle LAMI permet
d'étudier l'effet de laminage d'un ouvrage quelconque pour lequel la fonction de débitance est
connue ; plus complexe que LAMINAGE mais sans pour autant apporter plus de précision la
plupart du temps, il n'est utilisé que pour traiter quelques cas particuliers (un seuil noyé par
exemple).
Le modèle SSARR, qui sert à modéliser les bassins versants, comporte également une fonction
de simulation du laminage qui est aussi utilisée pour traiter des cas particuliers d'un système
hydrique composé de plusieurs aménagements, ou ceux nécessitant des pas de temps de si-
mulation horaire.
Le modèle HYDROTEL, qui sert à modéliser les bassins versants, comporte les mêmes fonc-
tions de laminage que les modèles LAMINAGE et LAMI. Il est capable d'étudier l'effet du lami-
nage en fonction d'une débitance connue et de règles de gestion connues. De plus on peut
obtenir les débits laminés en rivière sur n'importe quels tronçons des cours d'eau du bassin
versant.
Dans le cadre de systèmes complexes, il y a des logiciels disponibles (TRAJECT) pour trouver
le niveaux maximum à respecter chaque jour pour chaque réservoir de façon à ce que la pro-
babilité de violer le niveau maximal d'exploitation soit inférieure à une valeur donnée.

Hydrologie page 2.17


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

2.5.2 Données de simulation


Pour simuler le laminage des crues, les caractéristiques suivantes doivent être disponibles pour
chacun des ouvrages prévus :

Réservoirs niveaux maximal et minimal d'exploitation


revanche
niveau moyen au début d'une crue (fourni par les simulations énergétiques)
volume utile
superficie du bassin versant avant et après aménagement
Canaux niveau maximal
revanche
niveau minimal
niveau moyen au début d'une crue (fourni par les simulations énergétiques)
superficie du bassin versant avant et après aménagement
niveau du radier
Centrales débit turbinable sans charge

Les données suivantes sont également requises :

• la courbe d'emmagasinement ;

• l'hydrogramme de la crue à laminer ;

• le niveau de départ du réservoir ;

• la courbe de débitance de l'évacuateur.

Certains modèles permettent l'incorporation de règles de gestion particulières.

2.5.3 Hypothèses de laminage des crues déterminées par la


méthode statistique
Au cours d'une étude préliminaire, il est supposé que, pour le laminage d'une crue décamillen-
nale et en vue de la conception d'un ouvrage permanent, la centrale ne laisse passer aucun
débit et que le niveau de l'eau ne dépasse pas le niveau maximal d'exploitation (aucune sur-
charge n'est permise). Plusieurs niveaux de départ doivent être simulés afin de trouver celui
qui, suivant l'hypothèse précédemment mentionnée (centrale fermée), fait en sorte que le ni-
veau maximal d'exploitation ne soit jamais dépassé.

page 2.18 Hydrologie


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Selon les modes de gestion fournis par l'exploitation, lorsque la valeur de la CMP est connue et
que les ouvrages sont conçus pour la laisser passer sans que le barrage ne se rompe, les
contraintes relatives au dépassement du niveau maximal d'exploitation au passage de la crue
décamillennale peuvent être allégées. Dans un contexte d'analyse du risque, le risque de perte
de production associé à la nécessité de déversements préventifs visant à ne pas excéder ce ni-
veau doivent être pris en compte.
Seules les crues de printemps font l'objet d'une simulation de laminage. Les débits de pointe
d'été-automne doivent pouvoir être complètement évacués sans que le niveau maximal
d'exploitation ne soit excédé, même si la centrale ne fonctionne pas. Ces contraintes peuvent
aussi être allégées lorsque la valeur de la CMP est connue et que les ouvrages sont conçus
pour la laisser passer sans que le barrage ne se rompe.

2.5.4 Hypothèses de laminage des crues déterminées par la


méthode déterministe-statistique
Dans le cas du laminage de la CMPEA, il est considéré, lorsque cela est mécaniquement pos-
sible, que les turbines ne laissent passer que le débit de turbinage sans charge et qu'elles sont
complètement fermées dès que le niveau aval de l'eau atteint le niveau du plancher de la cen-
trale (référence 2.11). De plus, il est supposé que le réservoir est plein au début de la crue et
que la gestion du réservoir est effectuée de façon à ne pas en dépasser le niveau maximal
d'exploitation. Une surcharge temporaire du niveau du réservoir peut être néanmoins admise
(référence 2.14) dans la mesure où les ouvrages de retenue sont conçus en conséquence et
que la hauteur maximale des vagues permettent une telle surcharge.
Dans le cas du laminage de la CMPP, les hypothèses sur les turbines sont les mêmes que pour
la CMPEA. Une surcharge est également acceptée. Le niveau de départ du réservoir doit suivre
les modes de gestion lors de crues extrêmes préparés par l'exploitation.

2.6 Analyse des conditions d'étiage


L'analyse des conditions d'étiage permet de calculer les débits extrêmes pour des sécheresses
à récurrence variable. Tout comme les études de crue, une analyse régionale est effectuée afin
d'augmenter la fiabilité des résultats.
La méthodologie à utiliser est semblable à celle qui se rapporte aux crues ; cependant, les étu-
des sur l'étiage présentent trois différences marquées. En premier lieu, puisque la durée de
l'étiage est un facteur important, une gamme de durées est donc considérée pour un même site
en plus de l'intensité de l'étiage. En deuxième lieu, étant donné que les données journalières se
trouvent sur la courbe de tarissement des hydrogrammes, celles qui sont manquantes peuvent
être déduites en appliquant une loi exponentielle décroissante à cette portion des hydrogram-
mes. En troisième lieu, la loi de Weibull est souvent retenue pour ajuster l'étiage, car il s'agit
d'une loi appropriée aux extrêmes de faible intensité bornés par une valeur nulle.

Hydrologie page 2.19


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Le débit d'étiage relatif à une période de récurrence donnée et d'une durée arbitraire peut donc
être établi à partir des caractéristiques hydrologiques du bassin versant, d'une loi régionale
adimensionnelle de fréquence et d'une relation régionale s'appliquant aux débits moyens
d'étiage.

2.7 Débit réservé


Les activités assujetties incorporent les nouveaux projets d'aménagement hydroélectrique, le
suréquipement de centrales existantes, la réfection de barrages désaffectés de même que les
révisions de plans de gestion des eaux retenues présentées au ministère de l'Environnement
du Québec. Elles incluent également les projets de prélèvement d'eau et de dérivation de cours
d'eau.

2.7.1 Contexte
La protection de l'habitat du poisson est généralement l'enjeu le plus fréquent pour la détermi-
nation du débit réservé, mais d'autres considérations de nature environnementale (navigabilité,
prises d'eau, activités récréatives, etc.) pourraient entraîner des contraintes supplémentaires de
débit réservé. De plus, les contraintes de débit réservé pourraient entrer en conflit avec des
contraintes de. niveau d'eau en amont ou en aval du tronçon visé par le débit réservé. La dé-
termination de la valeur de débit réservé doit donc tenir compte de ces autres contraintes.

2.7.2 Réglementation fédérale


La Loi sur les pêches confère au ministre des Pêches et des Océans le pouvoir de prendre des
décisions relatives à la conservation et à la protection du poisson et de son habitat à l'appui des
pêches canadiennes.
Le maintien de la capacité de production des habitats du poisson entraîne presque nécessai-
rement la détermination d'un débit réservé. Il est de la responsabilité du promoteur d'un projet
de démontrer que les mesures d'atténuation proposées, incluant, le cas échéant, le débit réser-
vé, sont suffisantes pour préserver les habitats du poisson.

2.7.3 Réglementation provinciale


Le gouvernement du Québec s'est récemment doté d'une politique de débits réservés écologi-
ques pour la protection du poisson et de ses habitats. Cette politique s'appuie sur les trois prin-
cipes directeurs suivants :

• aucune perte nette d'habitat du poisson ou de productivité des milieux récepteurs ;

• maintien de la libre circulation des poissons dans les cours d'eau ;

• contribution à la protection de la biodiversité des écosystèmes aquatiques.

page 2.20 Hydrologie


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

La politique permet au promoteur d'envisager deux avenues. La première, privilégiée par la so-
ciété de la Faune et des parcs du Québec et par le ministère de l'Environnement du Québec,
consiste à laisser un débit réservé écologique dans le ou les tronçons où le régime hydrologi-
que sera modifié. La seconde exige de compenser intégralement, par l'aménagement
d'habitats à poissons, plus de la totalité des habitats perdus en raison de la modification du ré-
gime hydrologique ou d'autres interventions.
Les débits réservés ne sont pas fixés a priori dans la politique, mais le promoteur d'un projet
doit démontrer que le débit proposé respecte les principes directeurs mentionnés ci-dessus. Le
débit réservé doit être évalué à l'aide de méthodes fiables et scientifiquement reconnues qui
doivent être approuvées par la Société de la Faune et des Parcs du Québec. Lorsqu'il est dé-
montré que le maintien d'un débit réservé écologique empêche la faisabilité d'un projet de dé-
veloppement hydroélectrique, l'aménagement d'habitats (compensation) combiné au maintien
d'un débit inférieur au débit réservé écologique, peut également être considéré pour atteindre
l'objectif d'un gain net d'habitats ou de productivité du milieu. Toutefois, la valeur de débit infé-
rieur au débit réservé écologique ne peut être nulle et doit être déterminée selon les besoins
des espèces dont les habitats ne peuvent être remplacés. Avant de s'engager dans la voie de
la compensation par l'aménagement d'habitats, le promoteur doit d'abord avoir réalisé
l'ensemble des démarches nécessaires à la détermination d'un débit réservé écologique ainsi
que les pertes d'habitat encourues par le maintien d'un débit inférieur au débit réservé écologi-
que.
Quelle que soit l'avenue de conservation et de mise en valeur retenue par le promoteur, un
programme de suivi biologique d'une durée minimale de cinq ans doit être élaboré par ce der-
nier et approuvé par la Société de la Faune et des Parcs du Québec ou par le ministère de
l'Environnement du Québec avant le début des travaux. De plus, le programme impose une
obligation de résultats par rapport aux mesures de conservation et de mise en valeur adoptées.

2.7.4 Modalités d'application

2.7.4.1 Étude préliminaire


Les analyses techniques et économiques de tous les projets devraient tenir compte d'un débit
réservé allant jusqu'à 30 % du débit moyen annuel : 0, 5, 10, 20 et 30 %.
Hydro-Québec doit envisager des études minimales de terrain afin de déterminer l'ordre de
grandeur des débits réservés écologiques pour la protection du poisson et de ses habitats. Les
types de relevés minimaux consistent en :

• un inventaire des espèces de poissons ;

• la réalisation d'un vidéo vertical aéroporté, accompagné d'un jaugeage, en étiage estival (ce
vidéo permet de déterminer la surface mouillée) ;

• un rapport photographique.

Hydrologie page 2.21


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Ces études permettent d'évaluer de façon préliminaire l'ordre de grandeur du débit réservé
écologique, son impact sur la rentabilité du projet, de même que l'ampleur des aménagements
d'habitats du poisson nécessaires si on vise un débit réservé inférieur au débit réservé écologi-
que. À la fin de l'étude préliminaire, on devrait retenir au moins deux patrons de débits réservés
pour l'étude de faisabilité.

2.7.4.2 Étude de faisabilité


Dans le cadre de l'étude de faisabilité, les études à réaliser pour évaluer le débit réservé écolo-
gique peuvent être de deux types, selon l'importance de la ressource halieutique :

• présence de poissons très valorisés ou activités de pêche importantes ;


Dans les rivières où on note la présence d'espèces très valorisées (le saumon par exem-
ple), des activités de pêche sportive ou commerciale et des activités de subsistance impor-
tantes, des études de modélisation des microhabitats sont requises (telle l'« Instream Flow
Incrémental Methodology »). Ces études nécessitent généralement des relevés sur le ter-
rain pour une période d'au moins deux saisons estivales. Le débit réservé écologique
correspond au débit nécessaire pour conserver la quantité d'habitats présente en conditions
naturelles pour les espèces visées.
Si le débit réservé écologique compromet la rentabilité du projet; un débit réservé moindre
peut être fixé. Les études de modélisation permettent alors d'évaluer la quantité d'habitats
perdus et les aménagements écologiques nécessaires au maintien de la productivité ha-
lieutique.

• autres situations.
Dans les rivières où il n'y a pas d'espèce très valorisée ni d'activité de pêche importante, la
détermination du débit réservé par la méthode des périmètres ou surfaces mouillés (mé-
thode hydraulique) est suffisante. Ces périmètres ou surfaces mouillés doivent être déter-
minés pour différents débits. Ces études nécessitent des relevés sur le terrain pour une pé-
riode d'un an. Le débit réservé écologique correspond au débit nécessaire pour maintenir le
périmètre ou surface mouillé. Ce débit peut toutefois être modulé selon le jugement
d'experts.
Si le débit réservé écologique compromet la rentabilité du projet, un débit réservé moindre
peut être fixé. Les études environnementales doivent alors mener à une évaluation de la
quantité d'habitats perdus et des aménagements écologiques nécessaires au maintien de
la productivité halieutique.

2.8 Références
Référence 2.1 Application of Probable Maximum Précipitation Estimâtes - U.S. East of thé
103h Meridian. 1982. N.W.S., National Weather Service, NOM, U.S. Dept.
Commerce. Silver Springs Md, Hydrometeorogical Report N° 52,167 p.
Référence 2.2 BOSS Corporation. 1988. BOSS HMR52. Proprietary Software, Version 1.1.

page 2.22 Hydrologie


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Référence 2.3 C.D.Z. Environnement inc. 1997. Étude des paramètres météorologiques
nécessaires au calcul des crues maximales probables de printemps et d'été-
automne au bassin versant du lac Kénogami. Rapport préparé pour Hydro-
Québec (unité Prévisions et Ressources hydriques, direction Plans et pro-
grammes d'équipement de production). Contrat 05690-97-ENV-001-00.
Référence 2.4 Chow, K.C.A. & Jones, S.B. 1994. Probable Maximum Floods in Boréal Ré-
gions. Final Report and Appendices. Canadian Electrical Association, Re-
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Hydraulics Inc. -
Référence 2.5 Fortin J.P., Turcotte R. et al. 1999. Simulations de crues maximales proba-
bles et prévisions des apports sur le bassin de la rivière Mitis par le modèle
HYDROTEL INRS-Eau, Rapport de recherche N° R 551A
Référence 2.6 Hydro-Québec. 1999. Le modèle météo-apport HSAMI: historique, théorie et
application. IREQ.
Référence 2.7 Hydro-Québec. 1998. Adéquation des capacités d'évacuation des aména-
gements existants. Norme SB-50-11-00. Groupe Production, direction Sécu-
rité des barrages.
Référence 2.8 Hydro-Québec. 1998. Étude des paramètres météorologiques nécessaires
au calcul des crues maximales probables de printemps et d'été-automne
pour le bassin versant du lac Mékinac. Unité Prévisions.
Référence 2.9 Hydro-Québec. 1996. Étude globale des crues de la rivière des Outaouais.
Référence 2.10 Hydro-Québec. 1994. Étude des paramètres météorologiques nécessaires
au calcul des crues maximales probables de printemps et d'été-automne
pour les bassins versants de la rivière Gatineau. Unité Prévisions.
Référence 2.11 Hydro-Québec. 1992. Critères de conception et de vérification de la capacité
des ouvrages d'évacuation. Service Hydraulique.
Référence 2.12 Hydro-Québec. 1989. Proposition de critères de sécurité des barrages face
à des crues extrêmes. Service Hydraulique. Correspondance interne SH-89-
810.
Référence 2.13 Hydro-Québec. 1989. Ste-Marguerite - Site SM-3 incluant la dérivation P2-C
- Simulation et laminage des crues maximales probables. Service Hydrauli-
que. Rapport 07441-RA-89/12.
Référence 2.14 Lavalin. 1982. Centrale de pompage Delaney - Dérivation provisoire et éva-
cuateur de crues.
Référence 2.15 Noble, J.R.H. 1972. Storm Rainfall in Canada. Environnement Canada, ser-
vice de l'Environnement atmosphérique.
Référence 2.16 Pugsley, W.l. 1981. Guide de crue au Canada; techniques hydrométéorolo-
giques, crue de projet. Environnement Canada, service de l'Environnement
atmosphérique.

Hydrologie page 2.23


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Référence 2.17 SNC-Shawinigan. 1992. Recommendations of thé Expert Committee on thé


Détermination of a Realistic Scénario for Probable Maximum Flood on thé
St.Maurice River Basin. Rapport préparé pour Hydro-Québec (unité Hydrau-
lique, direction Aménagements de centrales).
Référence 2.18 U.S. Geological Survey. Flood-Frequency Analyses - Tate Dalrymple-
Manual ofHydrology. Part 3 - Flood-Flow techniques. Paper 1543 A.
Référence 2.19 World Meteorological Organization. 1986. Manual of Estimation of Probable
Maximum Précipitation. Operational Hydrology Report N° 1. WMO N° 332.
269 pp.
Référence 2.20 World Meteorogical Organization. 1969. Estimation of Maximum Floods.
Technical note n° 98. N° 233 TP. 126.

page 2.24 Hydrologie


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Géologie et géotechnique

3.1 Généralités
Au cours d'une étude préliminaire, les études géologiques visent à déterminer les conditions
probables du terrain, en effectuant au droit du site à aménager une analyse géomorphologique
régionale et locale. Les principaux traits structuraux du rocher et les formes de dépôts meubles
sont ainsi identifiés à l'aide de photos aériennes, puis une visite du terrain permet de vérifier
quelques éléments des interprétations faites. Finalement, des hypothèses raisonnables sur la
structure et le niveau du rocher ainsi que sur la nature des sols de fondation sont émises pour
permettre une première évaluation du site.
Pour une étude de faisabilité, il faut préciser pour les variantes les plus prometteuses le niveau
réel du socle rocheux de façon à bien positionner les principales composantes de l'aménage-
ment projeté. À ce stade, les informations géologiques et géotechniques disponibles servent à
fixer correctement l'axe des ouvrages et à évaluer chaque variante d'une manière assez pré-
cise. Pour ce faire, l'exécution d'un premier programme d'exploration comprenant une carto-
graphie géologique, des forages, des puits et des levés sismiques est requise ; les résultats
obtenus permettent de définir un concept d'aménagement valable et de privilégier une variante.
En outre, une investigation générale est menée pour repérer les principales sources d'emprunt.
Une fois qu'une variante est retenue, il s'agit de définir précisément les conditions de fondation.
Un autre programme d'exploration est mis en œuvre non seulement pour établir la position du
roc et la stratigraphie des dépôts meubles, mais aussi pour définir la nature exacte de ces ma-
tériaux de façon à optimiser le concept des ouvrages prévus. Les sources d'emprunt font aussi
l'objet d'investigations détaillées qui tiennent compte de la position de la nappe d'eau dans les
dépôts et des autres contraintes d'exploitation. Les propriétés physiques et mécaniques des
matériaux composant les fondations et le remblai sont établies à l'aide d'essais exécutés sur
place et en laboratoire.
Dans le cas d'ouvrages dont le taux de risque est très élevé, il est possible de recourir à une
étude régionale des caractéristiques et des paramètres sismiques.

3.2 Définition des conditions de fondation


Dès le début d'une étude de faisabilité, il est requis de procéder à des levés sismiques le long
des axes des principaux ouvrages prévus ainsi que sur des axes alternatifs ; ces relevés per-
mettent de définir le profil du roc souterrain et la nature approximative des sols entre autres afin
de détecter la présence d'un sillon, élément particulièrement indésirable dans le profil rocheux,
et de vérifier la couverture rocheuse pour les ouvrages souterrains. Des forages faits en nom-
bre suffisant servent à vérifier ce profil, à repérer les couches de sol qui comblent le sillon et à
établir les conditions hydrogéologiques du terrain à l'aide de piézomètres.

Géologie et géotechnique page 3.1


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Les méthodes d'investigations employées, le type d'échantillonnage et le type d'essais in situ


dépendent et sont ajustés en fonction de la nature du terrain rencontré. Pour chacun des fora-
ges exécutés, il faut procéder à des essais in situ, tel l'essai de pénétration standard
(« Standard Pénétration Test » ou SPT), accompagnés de prélèvements d'échantillons du sol.
Dans certains cas, la présence de dépôts granulaires lâches peut exiger des investigations
particulières, telles que des mesures d'ondes de cisaillement prises au moyen de levés géo-
physiques utilisant deux trous de forage (diagraphie trou-à-trou ou « cross-hole test »), ainsi
que des essais de pénétration à la foreuse Becker effectués avec calibrage de l'énergie de
battage en relation avec l'essai standard SPT. Le roc sous-jacent est carotté afin de bien en
déterminer la nature ; sa conductivité hydraulique est évaluée à l'aide d'essais d'eau sous pres-
sion.

3.3 Vérification des matériaux d'emprunt


Même si l'analyse des caractéristiques du terrain indique avec assez de justesse l'origine et la
nature des matériaux d'emprunt, il y a lieu d'en vérifier les propriétés au cours de l'étude de fai-
sabilité. Un certain nombre de puits d'exploration est donc requis dans chaque dépôt sélection-
né pour vérifier les caractéristiques du matériau et les contraintes d'exploitation du dépôt telles
que la présence et la profondeur de la nappe d'eau, la proportion de cailloux et de blocs, etc.
De plus, une recherche de sites de carrière, avec description et échantillonnage du roc, doit
être effectuée.
Une carence locale de matériaux exige normalement davantage de recherche à cause de son
incidence sur le coût du projet. Il existe cependant plusieurs façons de pallier cette carence.
Ainsi, de l'enrochement peut être utilisé dans les épaulements des ouvrages au lieu de maté-
riaux naturels (sable, sable et gravier, till). S'il y a carence locale de till pour la confection.du
noyau, un mélange de sable et d'argile peut être employé ou encore un mélange bitumineux ;
un masque amont en béton peut aussi être considéré dans ce cas.
À cause de ses exigences granulométriques, le sable nécessaire à la confection du béton est
rarement disponible dans les environs immédiats du site à aménager. Il faut donc déployer un
peu plus d'efforts pour trouver ce matériau et étendre le rayon d'exploration en conséquence.
Une partie du granulat à béton peut toujours être produite par concassage de la roche de car-
rière.

3.3.1 Règles générales


II ne faut pas exploiter une aire d'extraction sans avoir obtenu un certificat d'autorisation de la
direction régionale du ministère de l'Environnement du Québec.

En vertu de la Loi sur la qualité de l'environnement, toute carrière ou sablière dont l'aire
d'exploitation couvre trois hectares ou plus et qui est située dans la région de la baie James et
du Nord québécois est assujettie à la procédure d'évaluation et d'examen des impacts sur
l'environnement et le milieu social.

page 3.2 Géologie et géotechnique


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

En vertu du Règlement sur les carrières et sablières, il est interdit d'établir une nouvelle aire
d'extraction dans un territoire zone par une municipalité à des fins résidentielles, commerciales
ou mixtes.

3.3.2 Choix d'un site


II faut utiliser dans la mesure du possible les carrières et sablières existantes et s'assurer qu'il
ne s'agit pas d'un site archéologique.
Si on prévoit la création d'un réservoir, il faut choisir de préférence les carrières et les sablières
à l'intérieur de la zone qui sera inondée et les aménager au besoin pour la faune aquatique.
Il faut choisir les endroits où les travaux d'extraction ont le moins d'impact sur l'environnement.
Il est requis de n'entreprendre aucun travail préparatoire (déboisement, décapage, etc.) avant
que la qualité et les quantités de matériaux de l'aire d'extraction n'aient été confirmées par
sondage ou autrement. Dans le cas d'exploitation de grande étendue, il faut exécuter ces tra-
vaux par tranches afin d'éviter de perturber plus de terrain qu'il n'est nécessaire.
Il faut aussi réduire le nombre d'exploitations en choisissant des carrières ou des sablières qui
peuvent fournir le plus fort volume de matériaux. Ces emplacements doivent, dans la mesure
du possible, être situés de façon à s'intégrer au paysage une fois l'exploitation et la restauration
terminées.

3.3.3 Distances à respecter


L'aire d'exploitation choisie doit être située à une distance minimale de :

• 1 km des puits, sources ou autres prises d'eau servant à l'alimentation d'un réseau de dis-
tribution d'eau ;

• 600 m d'une zone résidentielle, commerciale ou mixte dans le cas d'une nouvelle carrière et
150 m dans le cas d'une nouvelle sablière ;

• 600 m de toute habitation pour une carrière où se fait du concassage et 150 m pour une
nouvelle sablière ;
Cette règle s'applique également aux institutions d'enseignement, aux temples, aux terrains
de camping et à tout établissement au sens de la Loi sur les services de santé et les servi-
ces sociaux.

• 100 m de toute réserve écologique créée en vertu de la Loi sur les réserves écologiques ;

• 75 m d'un cours d'eau, d'un lac, d'un marécage ou d'une batture ;

• 70 m d'une voie publique dans le cas d'une carrière et 35 m dans le cas d'une sablière ;

• 10 m de la limite de propriétés appartenant à un propriétaire autre que celui qui possède le


lot où se trouve la carrière.

Géologie et géotechnique page 3.3


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Afin de mieux masquer les lieux et d'éviter tout empiétement en cours d'exploitation, il est re-
commandé d'augmenter ces distances dans le cas des voies publiques ou privées et des limi-
tes de propriétés.
S'il est nécessaire de réduire les distances prescrites, il faut suivre la procédure prévue au Rè-
glement sur l'évaluation et l'examen des impacts sur l'environnement.

3.3.4 Sondages
Pour la sécurité des travailleurs et de la faune, il est requis de remblayer au fur et à mesure les
tranchées et les puits de sondage ou d'installer des dispositifs de protection.

3.3.5 Accès
Dans la mesure du possible, il ne faut aménager qu'un seul accès par aire d'exploitation. La
largeur de l'accès ne doit pas excéder 2,5 fois celle du plus gros véhicule servant au transport
des matériaux. Son tracé (en courbe, en diagonale, etc.) doit permettre, autant que possible, de
masquer la présence de l'exploitation et il doit être situé à une distance minimale de 25 m des
habitations, des établissements, des institutions d'enseignement et des terrains de camping.

3.4 Évaluation de la sismicité

3.4.1 Sélection des paramètres


La sismicité du Québec qui est essentiellement de nature intraplaque peut être qualifiée de
moyenne. La période d'observation des séismes qui ont été répertoriés dans l'histoire récente
de la Province (350 ans) est relativement courte en comparaison avec son histoire géologique.
Quant à la période d'observation par instruments, elle ne remonte qu'à quelques dizaines d'an-
nées tout au plus, particulièrement près des grands centres. La connaissance des causes et
des paramètres de sismicité est donc limitée et l'évaluation du péril sismique des sites à amé-
nager nécessite des efforts supplémentaires.
Le Québec est le foyer des activités sismiques les plus fréquentes et les plus intenses de l'Est
du Canada. Des manifestations d'une magnitude atteignant 7,0 sur l'échelle de Richter ont été
enregistrées pendant les 350 dernières années.
Bien que les causes d'événements particuliers soient difficiles à établir, un certain nombre de
séismes importants ont été observés ou enregistrés au Québec, notamment dans les régions
de Charlevoix (séisme de Charlevoix du 5 février 1663 à l'échelle de 7,0 et séisme du Sague-
nay du 26 novembre 1988 à l'échelle de 6,3), du Bas-Saint-Laurent (séisme de Godbout du
23 juin 1944 à l'échelle de 5,1) et de l'Outaouais (séisme du Timiskaming du
1er novembre 1935 à l'échelle de 6,2).

page 3.4 Géologie et géotechnique


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Chargée d'évaluer le danger régional en ce qui a trait à la conception et à la vérification des


structures, la Commission géologique du Canada dresse la carte des zones sismiques qui défi-
nit les paramètres relatifs aux mouvements du terrain à considérer dans les calculs. Cette carte
fait partie du Code national du bâtiment et elle est établie à partir d'une analyse des données
statistiques disponibles. Ainsi, chaque zone sismique y est définie par une relation spécifique
reliant chaque magnitude à sa fréquence d'occurrence et comporte une loi d'atténuation des
séismes.
Produite en 1953, la première carte reposait sur l'activité historique des séismes enregistrés,
tandis que la carte de 1970 a été développée en se basant sur l'approche probabiliste ; les ac-
célérations de pointe y étaient alors considérées avec une probabilité de dépassement de 1 %
par année. La dernière carte encore en vigueur a été mise à jour en 1985 et elle est basée sur
une probabilité de dépassement des accélérations de 10 % en 50 ans.
Dans la version révisée du Code national du bâtiment mise en circulation pour commentaires
en 1995 et devant être publiée en 2003, la Commission géologique du Canada a maintenu
cette probabilité de dépassement (10 % en 50 ans), mais elle a introduit des changements très
importants en ce qui concerne le développement de la nouvelle carte destinée à l'évaluation
des paramètres sismiques :

• le modèle Robuste sera utilisé au lieu du modèle Historique ;

• Le modèle Robuste consiste à utiliser le paramètre sismique maximal obtenu par l'un ou
l'autre du modèle H (historique) et du modèle R (séismo-tectonique ou « rift ») :
• Le modèle H est basé sur la concentration des séismes historiques, chacun étant défini
par une date, un épicentre et une magnitude.
• Le modèle R est basé sur considérations de nature séismo-tectonique comprenant la
réactivation probable d'une faille située le long du fleuve Saint-Laurent.

• les lois d'atténuation des ondes sismiques de Hasegawa utilisées en 1985 sont actuelle-
ment remplacées par celles de Atkinson et Boore (1995) ;

• les valeurs de pointe des accélérations et des vitesses sont calculées à la surface du sol en
considérant un dépôt de mort-terrain type de classe B caractérisé par une épaisseur de
30 m et une vitesse de propagation des ondes de cisaillement Vs de l'ordre de 750 m/s.

Les conditions du modèle Robuste retenues pour le Code national du bâtiment de l'an 2003 ne
sont pas nécessairement suffisantes pour la conception des ouvrages d'Hydro-Québèc. En ou-
tre, le Code national du bâtiment n'a pas de juridiction sur les ouvrages de retenue, les barra-
ges étant en général des structures plus importantes et leur durée de vie est plus longue que
celle des bâtiments. Par conséquent, des périodes de récurrence plus élevées, c'est-à-dire des
probabilités plus faibles, doivent plutôt être envisagées. C'est donc le Guide pour la sélection
des paramètres sismiques produit par Hydro-Québec en 1998 qui s'applique. En résumé, ce
guide stipule que :

• l'accélération de pointe au rocher est déterminée sous les conditions équivalentes suivan-
tes :
• une période de récurrence de 2 500 ans,

Géologie et géotechnique page 3.5


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

• une probabilité de dépassement de 2 % tous les 50 ans,


• une probabilité de dépassement annuelle de 5 x 10-4 ;

• le coefficient sismique destiné au calcul pseudo-statique est déterminé comme étant 50 %


de l'accélération de pointe au rocher.

3.4.2 Détermination de l'accélération de pointe au rocher


L'accélération de pointe au rocher est déterminée au moyen du modèle H. La période de récur-
rence retenue pour le calcul des accélérations de pointe est de 2 500 ans, ce qui correspond à
une probabilité de dépassement de 2 % tous les 50 ans. Ces accélérations sont habituellement
utilisées pour le calcul dynamique.
À la demande d'Hydro-Québec, la Commission géologique du Canada a préparé la carte des
iso-accélérations de pointe au rocher (valeur médiane sans considération pour l'écart type)
pour une probabilité de dépassement de 2 % tous les 50 ans (figure 3.1 ).

3.4.3 Définition du coefficient sismique


Le coefficient pseudo-statique nécessaire aux calculs de stabilité des ouvrages est défini
comme étant la moitié de l'accélération de pointe au rocher correspondant à une période de ré-
currence de 2 500 ans. Ce coefficient est habituellement utilisé pour le calcul de la stabilité en
équilibre limite de la pente des barrages en remblai.
La figure 3.2 illustre le zonage des coefficients sismiques pour le Québec. Ceux-ci s'appliquent
aux barrages d'Hydro-Québec.

3.5 Excavations
Divers types d'excavations sont effectués lors de la réalisation d'un aménagement hydroélectri-
que. Un décapage de la partie superficielle du sol est d'abord exécuté dans l'emprise prévue
pour les ouvrages, puis des excavations plus ou moins profondes sont pratiquées, soit pour dé-
couvrir le roc de fondation, soit pour réaliser une clé d'étanchéité sous le noyau de l'ouvrage de
retenue projeté ou un point de drainage à son pied aval. Sous les futures structures, le roc est
excavé plus ou moins profondément. Chaque fois qu'un aménagement doit comporter des ou-
vrages souterrains, la stabilité des parois excavées doit être assurée en choisissant les pentes
appropriées.

page 3.6 Géologie et géotechnique


Figure 3.1

km

509
Peak Accélération
2%/50 year probability Figure 2.2
Iso-accélérations de pointe au rocher dans l'est canadien pour une
probabilité de dépassement de 2% en 50 ans (période de récurrence
1*1 Naturai Resources
Canada
1 Onervatoy Cnœcant
Ressources naturelles
Canada
.
H mode) hard rock values de 1 / 2 500 ans). ' OttvaOïtaric
K1A OV3
OUMKktanol
Kl* OY3
Zone -Coefficient
sismique (k)

0,05

0,10

0,15

0.25

0,30

Figure 3.2
Coefficients sismiques
d'Hydro-Québec, 1998
Guide de conception des aménagements hydroélectriques

3.5.1 Excavations dans le mort-terrain

3.5.1.1 Décapage
Le décapage consiste à enlever et évacuer tous les matériaux organiques, y compris les sou-
ches, l'humus et le sol contaminé recouvrant le mort-terrain ou le socle rocheux. Cette activité
est considérée comme une excavation de mort-terrain effectuée pour prendre une mesure.
Lorsque le matériau des couches sous-jacentes ne peut servir de fondation ou pour la mise en
place du remblai, le décapage et l'excavation du mort-terrain peuvent être effectués en une
seule opération. La profondeur minimale de ce type d'excavation est de 0,5 m. L'excavation
d'un dépôt de tourbe de plus de 1 m d'épaisseur doit être évaluée séparément du décapage. Le
décapage doit être effectué de façon à réduire au minimum les pertes de matériau sous-jacent
conformément aux exigences relatives aux matériaux de remblai et de fondation.
Pour le décapage de la couche de sol arable ou végétale, il faut respecter rigoureusement les
plans établis. Quand un réaménagement est prévu, il est requis de conserver la terre végétale
et de l'utiliser à cette fin.
En zone agricole, il faut éviter de créer des ornières et de mélanger le sous-sol à la couche
arable. Il est particulièrement important de séparer la terre arable et la terre du sous-sol, en vue
de la remise en état du terrain.
La terre végétale provenant des aires de travail situées sous le niveau d'exploitation d'un réser-
voir hydroélectrique peut être transportée à l'extérieur du futur réservoir et servir aux travaux de
réaménagement.

3.5.1.2 Excavations permanentes


Lorsque des excavations à caractère permanent sont effectuées, il y a lieu de s'assurer que les
pentes de talus au pourtour de l'enceinte excavée demeurent stables à long terme. Le degré de
stabilité de ce talus peut être évalué par calcul si les propriétés du matériau qui le compose
(angle de frottement interne, cohésion et masse volumique) et les valeurs des pressions inters-
titielles dans le massif sont bien connues. Ces dernières doivent le plus souvent être déduites
et choisies à partir d'un réseau d'écoulement pessimiste. Une attention particulière doit être
portée aux talus de plus de 5 m de hauteur situés à proximité des structures prévues et en bor-
dure des canaux d'amenée et de fuite projetés en amont et en aval d'une centrale. La stabilité
des talus argileux est en général plus préoccupante que la stabilité des talus constitués de tout
autre matériau.
À défaut d'informations précises sur les propriétés géomécaniques du sol à excaver, les pentes
d'excavation suivantes sont proposées pour différents types de sols (tableau 3.1).

page 3.10 Géologie et géotechnique


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Tableau 3.1 : Pentes proposées pour des excavations permanentes


Pente d'excavation
Type de sol
Horizontale Verticale
Sable et gravier 1,5' 1f
Sable 2f 1'
f
Sol morainique grossier 2 1*
Sol morainique fin 2,5* 1*
Silt (sans argile) 3 1
Argile molle et sensible 5 1
Sans nappe phréatique

Durant les travaux, la stabilité d'un talus peut être améliorée en installant des puits de drainage
aux points critiques sur celui-ci ou aux environs. Des pointes filtrantes (« well points ») sont
souvent prescrites pour stabiliser les excavations. Cette méthode est cependant inefficace dans
les argiles à cause de leur nature imperméable.

3.5.1.3 Excavations temporaires


Les excavations temporaires peuvent être réalisées selon des pentes un peu plus raides que
celles suggérées dans le tableau 3.1 pour les excavations permanentes, mais les risques
d'instabilité et les conséquences d'une rupture de talus doivent être préalablement évalués. Les
coefficients de sécurité requis dans ce cas sont 1,3 (sans activité sismique) et ± 1,0 (avec
l'application d'un coefficient sismique). En cas de doute et en l'absence d'informations sur les
propriétés du sol à excaver, il est suggéré d'utiliser les pentes proposées pour les excavations
permanentes pour calculer les métrés. La pente de 5H : 1V suggérée pour l'argile est valable
pour un grand nombre de cas rencontrés. Cependant, si l'excavation est peu profonde (moins
de 2 m) ou si l'argile locale est surconsolidée, les pentes requises peuvent être raidies ; si elle
est profonde (plus de 10 m), elles peuvent être adoucies.

Il est souvent économique de rechercher des moyens simples pour stabiliser les excavations
(rabattement de nappes, drainage des eaux de surface, bernes, etc.).

3.5.1.4 Contrôle de l'eau d'infiltration


L'eau d'infiltration qui se concentre au fond de l'enceinte d'excavation doit être évacuée par
pompage. Dans le cas des sols perméables, il est souvent requis de contrôler cette eau à l'aide
de puits de pompage installés soit au pied du talus d'excavation (à l'intérieur), soit derrière le
sommet de ce talus.

Géologie et géotechnique page 3.11


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

3.5.2 Excavations dans le roc

3.5.2.1 Généralités
Dans le cadre d'une étude de faisabilité, les critères relatifs aux excavations dans le roc
s'appuient essentiellement sur les expériences et sur les pratiques connues et éprouvées dans
un terrain comparable sur le plan géologique. Puisqu'à ce stade les connaissances sur le site à
aménager sont relativement limitées, il n'est pas question de procéder aux analyses sophisti-
quées de conception ou de stabilité, car celles-ci seraient fondées sur des données indisponi-
bles telles que des paramètres géotechniques bien précis ou encore des structures et des dis-
continuités géologiques particulières au site.
Depuis les 30 dernières années, les expériences et les pratiques relatives aux excavations
dans le roc portent principalement sur la roche précambrienne du bouclier canadien ; il est pro-
bable que celles-ci répondront en grande partie aux besoins d'Hydro-Québec pour encore un
bon nombre d'années. En conséquence, les critères formulés ci-dessous sont applicables à
des formations géologiques similaires. Pour les sites se trouvant dans les basses terres du
Saint-Laurent, des mesures et des ajustements qui tiennent compte de leurs particularités
géologiques et géotechniques s'imposent.

3.5.2.2 Méthode d'excavation

II est généralement admis que la méthode d'excavation utilisée tant en surface que sous terre
est le forage et le dynamitage.
En surface, les excavations se font en banquettes successives. Sous terre, selon la grandeur
des galeries et des cavernes, la percée frontale, l'abattage et les banquettes constituent la
méthode couramment utilisée. À l'occasion, une galerie, ou un puits-pilote, peut être excavée
sur une longueur variable devançant le front de taille, en fonction des conditions géologiques
ou des facteurs de sécurité. Quoi qu'il en soit, la hauteur d'une banquette est généralement li-
mitée à 10 m et la profondeur d'une volée en percée frontale, à 5 m.
Dans le but de préserver l'intégrité et la stabilité des faces d'excavation finales ainsi que de mi-
nimiser l'extension de la fissuration et des bris au-delà des lignes d'excavation, des procédés
de forage et de dynamitage périphériques contrôlés, seuls ou combinés avec d'autres métho-
des, sont utilisés pour toutes les excavations, en surface ou sous terre. Le diamètre des fora-
ges périphériques varie entre 5 et 8 cm et leur espacement initial est généralement fixé en-
tre 45 et 60 cm pour fin d'estimation. Ces critères peuvent être révisés à la hausse comme à la
baisse en fonction des besoins locaux, des données géologiques et des résultats obtenus.

Pour de longues galeries ou conduites hydrauliques, il peut être financièrement avantageux


d'envisager des excavations par tunnelier pour autant que la taille de celles-ci ne soit pas trop
importante. D'après la réalisation récente d'un tunnel sous-fluvial, cette méthode semble tout
aussi indiquée pour des ouvrages qui seraient situés dans les basses terres du Saint-Laurent.
Des critères spécifiques doivent alors être émis dans le cadre des projets où l'emploi d'un tun-
nelier est envisagé.

page 3.12 Géologie et géotechnique


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

3.5.2.3 Contrôle du dynamitage


Le contrôle du dynamitage a pour but principal de préserver l'intégrité, la sécurité et la stabilité
des surfaces rocheuses finales et des ouvrages avoisinants. Il permet aussi de respecter l'envi-
ronnement en diminuant les bruits et les ondes de choc dans l'eau et dans l'air ainsi que
d'assurer le bon fonctionnement des équipements de production en tout temps. En général, le
contrôle du dynamitage se fait en termes de valeurs limites du facteur de charge, du poids
maximum d'explosifs par délai (ou période d'amorce) et de vitesse de vibration des particules
mesurée à l'aide des séismographes.
Il est admis que la vitesse limite des particules est de 5 cm/s au droit des travaux de bétonnage
et d'injection et à l'intérieur d'un rayon de 30 m des ouvrages existants en béton ainsi que de
15 cm/s à tout autre endroit. Ces critères généraux sont énoncés comme guides pendant une
étude de faisabilité. Des mesures spécifiques de planification, de conception et de contrôle du
dynamitage sont élaborées et adaptées ultérieurement en fonction des paramètres du terrain,
du type et de la séquence de sautage, du genre de travaux à exécuter ou des ouvrages à pro-
téger.

3.5.2.3.1 Dynamitage sur terre

À proximité d'un lieu de travaux de sautage, il faut inspecter les bâtiments, les structures et les
ouvrages de génie civil avant le début des travaux.
Il est requis d'établir le patron de sautage en tenant compte de la vulnérabilité du milieu. Dans
la mesure du possible, il faut donc réduire les charges, utiliser des détonateurs de haute préci-
sion, se servir d'un exploseur à synchronisation séquentielle pour obtenir des explosions à
micro-retards et procéder au sautage par pré-cisaillement.
Après avoir évalué si certains des impacts suivants risquent de se produire, il faut en faire le
suivi :

• lézardes ou fissures dans les ouvrages de génie civil, dans les conduites souterraines et
dans les fondations des bâtiments ;

• fissuration du tubage d'un puits ou modification du réseau d'écoulement de l'eau souter-


raine, ce qui peut réduire le débit du puits, voire le tarir, ou permettre à des polluants de s'y
introduire ;

'• projection de pierres ou de débris dans les zones voisines ;

• bruits gênants pour les résidants, pour la faune ou pour certains types d'exploitation comme
les élevages ;

• accumulation de débris.

Le cas échéant, des mesures de protection nécessaires doivent être prises : limite de charge,
pare-éclats, élimination des débris dans un endroit approprié, etc.

Géologie et géotechnique page 3.13


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

II faut également s'assurer que la vitesse au sol des ondes sismiques impulsives ou disconti-
nues émises lors du sautage est inférieure à 4 cm/s à moins de 30 m d'un bâtiment, d'un ou-
vrage, d'une habitation ou d'un puits.

3.5.2.3.2 Sautage sous l'eau

II est requis de prendre les précautions nécessaires pour protéger l'écosystème aquatique, soit
notamment :

• déterminer la période d'exécution des travaux de sautage ou de relevés sismiques en fonc-


tion de la période de frai des poissons, des migrations et de la présence d'œufs ;
L'usage d'explosifs doit se faire en période d'activité biologique faible.

• éviter toute explosion produisant un déplacement de particules supérieur à 1,3 cm/s à


proximité d'un site de reproduction ou en présence de jeunes stades larvaires ;

• éviter, s'il y a présence de mammifères marins, toute explosion dans un rayon de moins de
500 m (un observateur accrédité par Pêches et Océans Canada doit être présent sur les
lieux au moment de l'explosion) ;

• élaborer, s'il y a risque de présence de bélugas à proximité du site des travaux, un plan de
surveillance en collaboration avec Pêches et Océans Canada ;

• choisir des explosifs à faible vitesse de détonation, employer de petites charges, effectuer
des explosions à micro-retards et utiliser des charges-écrans ;

• protéger la faune aquatique de l'onde de choc en plaçant un rideau de bulles d'air le plus
large possible très près de la surface des matériaux à faire sauter ;

• limiter la pression de l'onde de choc dans l'eau à 100 kPa à une distance de 10 m de la
source ;

• éloigner les poissons du lieu de sautage par des procédés mécaniques ou électroniques ;

• procéder au sautage le plus rapidement possible après la mise en place d'explosifs de fa-
çon à ce que les poissons n'aient pas le temps de revenir sur les lieux.

3.5.2.3.3 Méthodes de remplacement

Lorsqu'il est possible de réaliser les travaux projetés sans utiliser d'explosifs, cette solution doit
être privilégiée.
Dans les zones à faible profondeur d'eau, il est souvent possible de réaliser les travaux à sec.
Si la nature des matériaux à extraire le permet, il est conseillé d'utiliser des dragues ou des ex-
cavatrices pour réaliser les travaux.

page 3.14 Géologie et géotechnique


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Lorsque les contraintes de fragmentation et de déplacement le permettent, on peut utiliser au


lieu d'explosifs, des agents de démolition non-explosifs, comme des substances sous forme de
poudre qui, mélangées à l'eau, prennent suffisamment d'expansion pour fragmenter le roc ou le
béton à l'intérieur desquelles on les a confinées.

3.5.2.4 Géométrie
Les parois des excavations profondes à ciel ouvert, telles que celles des canaux d'amenée, de
fuite ou de dérivation, exigent une pente moyenne de l'ordre de 1H : 20V. Entre chaque ban-
quette est laissé un décrochement ou une petite risberme d'environ 30 à 50 cm pour fins d'ali-
gnement et de forage périmétrique.
Selon la topographie du socle et lorsque plusieurs paliers d'excavation sont nécessaires pour
atteindre les cotes finales, une berme de 3 à 5 m de largeur est généralement conservée à
chaque série de trois banquettes consécutives pour fins de stabilité, de sécurité, d'accès ou
d'entretien. En tête de l'excavation rocheuse, une risberme de 3 à 5 m de largeur est aussi dé-
gagée au point de contact du roc et du mort-terrain pour assurer la stabilité des excavations.
Pour des raisons structurales évidentes, les galeries, les puits et les cavernes exigent, dans un
contexte normal, une section transversale circulaire (ou passablement circulaire) ; l'orientation
longitudinale de ces ouvrages doit tenir compte de l'orientation des traits structuraux prédomi-
nants ainsi que des discontinuités du rocher de manière à assurer la stabilité des parois et à
minimiser les bris hors profil.
Pour des raisons pratiques et financières, une section de galerie en forme de D renversé, ayant
un rapport hauteur-largeur d'environ 1,0 à 1,3 et une flèche de voûte égale à 25 % de sa lar-
geur, est généralement adoptée. Dans le cas des cavernes et des chambres d'équilibre dont la
largeur dépasse 20,25 m et d'après les conditions géologiques prévalant au site à aménager, la
flèche de la voûte peut être plus prononcée, soit 30 % ou plus. La section bien connue en
forme de fer à cheval n'est généralement pas requise dans le rocher du bouclier canadien. Il
est cependant entendu que, dans un roc compétent, les petites chambres d'équipement ou les
petites galeries de service (de 3 à 5 m) peuvent prendre une géométrie différente pour répon-
dre spécifiquement à ce besoin.
La couverture rocheuse au-dessus des galeries, de même que le pilier rocheux séparant deux
chambres ou deux galeries souterraines, exige généralement une dimension qui représente
de 1 à 1,5 fois la largeur des ouvertures adjacentes. Cette dimension doit être parfois majorée
de quelques mètres pour tenir compte de l'affaiblissement local du roc de surface ou du roc
adjacent causé par des dynamitages souterrains. Elle doit en outre être revue dans le cas spé-
cifique des galeries et des conduites hydrauliques en charge pour tenir compte des conditions
d'exploitation de ces ouvrages.

Géologie et géotechnique page 3.15


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

3.5.3 Protection, consolidation, injection et drainage

3.5.3.1 Généralités
La protection, la consolidation, l'injection et le drainage du roc sont des mesures préventives ou
correctives qui visent à assurer la sécurité et la stabilité des ouvrages tout au cours de leur vie
utile.
En effet, le roc donne lieu à un milieu discontinu, entrecoupé de contacts et de structures géo-
logiques telles des failles, des diaclases, des fractures. Dans le bouclier canadien, l'excavation
d'une ouverture ou d'une galerie crée un effet de voûte généralement autoportante. Cependant,
des instabilités locales telles que des chutes de blocs ou des effondrements et des éclatements
de paroi peuvent survenir à tout moment, ce qui exige un traitement, ou une combinaison de
traitements des parois, qui suit de près l'avancement des fronts d'excavation.

3.5.3.2 Protection et consolidation


Les traitements les plus couramment appliqués pour protéger et consolider le roc sont les sui-
vants :

• le treillis métallique ;

• les boulons de consolidation ;

• les goujons de consolidation ;

• le béton projeté.

Les cintres et les ligatures métalliques sont habituellement utilisés en combinaison avec d'au-
tres moyens (boulons, béton ou béton projeté). Selon l'expérience acquise au cours des derniè-
res décennies, les cintres métalliques sont très peu requis alors que des ligatures métalliques
sont appliqués avec des boulons ici et là, sur une base locale.

3.5.3.2.1 Treillis métallique

Fait d'acier galvanisé, le treillis à mailles flexibles est une protection superficielle habituellement
installée sur toutes les voûtes et sur le haut des murs de plus de 5 m de hauteur.
Puisque l'usage de ce traitement est dicté par la sécurité, il est donc utilisé systématiquement
dans le cas des voies d'accès, des passages, des portails et des aires d'équipement ou de sta-
tionnement. Selon les circonstances, il peut être également employé sur les falaises et les
pentes naturelles lorsque celles-ci surplombent directement les ouvrages prévus et représen-
tent un risque potentiel pour ces derniers.

page 3.16 Géologie et géotechnique


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

La pose de treillis métallique est moins justifiée pour certains murs des canaux d'amenée, de
fuite, de dérivation et d'évacuation, particulièrement lorsqu'ils sont bien coupés dans du roc
compétent et qu'ils sont loin de toute circulation ou de tout passage du personnel.
L'enlèvement de treillis métallique peut être requis pour certains passages hydrauliques ou
pour la mise en place de béton. Dans de telles circonstances, il peut s'avérer plus avantageux
d'utiliser du béton projeté.

3.5.3.2.2 Boulons de consolidation

Pour la majorité des ouvrages du Québec, les boulons de consolidation constituent le principal
outil de stabilisation et de sécurisation des murs et des parois rocheux.
Les boulons tensionnés et injectés sont utilisés dans tous les ouvrages permanents alors que
les boulons tensionnés mais non-injectés ne sont acceptés que temporairement.
Les ancrages mécaniques des boulons, tels que la coquille expansive, sont utilisables pour
toutes les formations rocheuses, sauf les zones de faille plus ou moins importante du bouclier
canadien, les schistes et quelques conglomérats ou autres roches moins compétentes. Dans
ces cas, les ancrages à base de résine synthétique à prise lente ou rapide sont une solution de
rechange acceptable.
L'injection des boulons par coulis de ciment est le moyen le plus couramment utilisé. Celui-ci
présente l'avantage de sceller aussi, dans une certaine mesure, les fissures avoisinantes dans
le roc. Dans un roc très fracturé à fissures ouvertes et communicantes toutefois, ce moyen ne
réussit que si les fissures sont préalablement colmatées avec du béton projeté ou par d'autres
moyens adéquats. Dans un rocher très fissuré et quasiment friable, l'efficacité des boulons peut
être grandement améliorée grâce à un usage combiné et harmonieux des éléments métalliques
(cintres ou ligatures) et du béton projeté. À moins de devoir répondre à un besoin bien précis,
les câbles d'acier, injectés ou non, ne sont pas utilisés de manière courante.
Les boulons les plus courants mesurent 25 et 35 mm de diamètre et ils offrent une capacité
utile de l'ordre de 160 et de 330 kN respectivement. Pour répondre à des besoins structuraux
spécifiques, des boulons réguliers de 35 mm de diamètre ou des tirants d'ancrage (de type
Dywidag) fabriqués à partir d'aciers à haute performance et pouvant offrir jusqu'à 630 kN par
unité sont généralement appropriés.
Les boulons de 3 à 6 m de longueur sont les plus couramment utilisés pour obtenir un boulon-
nage systématique et planifié. Des boulons ou des tirants d'ancrage de 4 à 8 m de longueur,
voire parfois 10 ou 12m, sont aussi recommandés pour répondre à des besoins structuraux
spécifiques.
L'espacement entre les boulons doit être adapté à la géologie locale (par exemple l'état du roc,
l'orientation et l'espacement des discontinuités, la présence des traits structuraux), de même
qu'à la géométrie et aux dimensions des excavations. L'espacement initialement prévu varie
habituellement entre 1,5 et 2,5 m, ce qui peut être modifié par la suite en fonction des condi-
tions locales. Il arrive aussi qu'un boulonnage planifié comme primaire doive être renforcé par
un patron secondaire de boulons placés en quinconce pour répondre à un besoin spécifique et
local. En présence de faiblesses particulières, il est recommandé d'utiliser un boulonnage spé-
cialement conçu et adapté à la configuration de ces faiblesses à la place des patrons prééta-
blis.

Géologie et géotechnique page 3.17


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Normalement, le boulonnage suit de très près les travaux d'excavation pour en maximiser
l'efficacité et pour minimiser les déplacements (ceux-ci sont défavorables à la stabilité des pa-
rois rocheuses). Il arrive assez souvent que des boulons de consolidation soient mis en place et
injectés à la périphérie des ouvertures ou des coupes de roc avant les sautages des excava-
tions adjacentes. Dans ce cas, ces boulons jouent un rôle de pré-stabilisation comparable à
celui des goujons de consolidation.

3.5.3.2.3 Goujons de consolidation

En termes de stabilisation des parois, les goujons de consolidation jouent un rôle relativement
moins actif que les boulons puisqu'ils n'appliquent pas de précontrainte initiale à la surface ro-
cheuse. Dans une roche massive et relativement peu fracturée comme celle qui se trouve sou-
vent dans les régions québécoises, leur effet contre le déplacement et la dislocation des blocs
et contre l'ouverture ultérieure des diaclases et des fractures est toutefois aussi valable et bé-
néfique.
Dans cette optique, les goujons sont installés au besoin dans le périmètre des ouvertures pré-
alablement aux excavations pour pré-stabiliser et préserver les coins rocheux. Dans le cas
d'excavations dentaires, les goujons sont assez souvent utilisés au même titre que les boulons
pré-installés pour minimiser les surexcavations et le remplissage subséquent par du béton.
Pour assurer une consolidation générale des voûtes et des parois d'ouvrages permanents, les
patrons planifiés de goujons sont jusqu'à présent moins utilisés que ceux des boulons.
Les goujons les plus courants sont des barres d'armature de 25 mm de diamètre injectées dans
un coulis de ciment. Leur longueur, leur espacement et leur orientation sont déterminés en
fonction des besoins et des conditions géologiques locales. Les goujons mesurant de 3 à 5 m
de longueur et espacés d'environ 1,5 à 2 m c/c sont les plus employés.
À l'occasion, les goujons périmétriques peuvent présenter un inconvénient lorsqu'il faut abattre,
après un dynamitage adjacent, des blocs instables ou potentiellement instables, mais encore
retenus les uns aux autres ou à la masse rocheuse par des goujons pré-installés.

3.5.3.2.4 Béton projeté

Le béton a de multiples usages dans la consolidation, la stabilisation et le colmatage des parois


rocheuses.
Dans un terrain très déformable où les voûtes et les parois rocheuses sont exposées immé-
diatement après les excavations à des risques d'éboulis et d'effondrements, un usage combiné
et harmonieux de boulonnage et de béton projeté appliqué systématiquement, le plus rapide-
ment et le plus près possible du front de taille, est un moyen efficace pour assurer la consolida-
tion et la stabilisation de ces parois. Dans de telles situations, le béton projeté est appliqué en
plusieurs couches successives pour finalement devenir un revêtement massif et permanent.
L'usage de cintres ou de ligatures métalliques entièrement enrobés dans ce béton projeté n'y
est donc pas exclus.

page 3.18 Géologie et géotechnique


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Dans le bouclier canadien, la situation est généralement moins cruciale en termes de besoin
urgent de soutènement, car le roc conserve toujours une certaine capacité de résistance après
les excavations. Le béton projeté est alors utilisé sur une base locale et en combinaison avec
des boulons (dans les zones de fracture, de cisaillement ou de faille par exemple). Attaché aux
parois rocheuses, un treillis métallique à mailles soudées de 10 cm sur 10 cm fait partie inté-
grante de ce béton projeté. Des épaisseurs finales de béton projeté de 5, 1.0 ou 20 cm sont les
plus courantes ; elles répondent généralement bien aux objectifs visés, compte tenu des condi-
tions locales prévalant sur les sites à aménager. Du fait que ce béton peut présenter des fissu-
res, il est souvent préférable qu'il soit muni de drains supplémentaires pour prendre en compte
les conditions d'exploitation variables des ouvrages hydrauliques.
Le béton projeté sert aussi de matériau de colmatage et de remplissage utilisé après le cure-
tage et le nettoyage des matériaux meubles sujets à l'érosion qui se trouvent dans les failles ou
dans les zones de cisaillement. Son application est recommandée pour traiter la fondation des
ouvrages de. retenue et aussi pour protéger les murs et les parois rocheuses à court ou à long
terme de l'érosion et de la déstabilisation. Dans cette optique, le béton projeté est souvent ap-
pliqué sur les faces fraîchement excavées dans certains schistes argileux propres aux basses
terres du Saint-Laurent pour empêcher que ceux-ci, exposés aux intempéries et aux cycles ré-
pétitifs de mouillage-séchage et de gel-dégel, ne se désagrègent et tombent en ruine.
Dans un massif fracturé, une couche de béton projeté de 5 cm d'épaisseur constitue une me-
sure de protection superficielle, aussi valable que celle offerte par un treillis métallique à mailles
flexibles. De plus, cette couche a un effet bénéfique sur le scellement des joints et des fractu-
res ouvertes dans le roc, ce qui facilite les injections effectuées ultérieurement (l'injection des
boulons et l'injection d'étanchement par exemple).
Dans les endroits qui requièrent l'enlèvement du treillis métallique à mailles flexibles (comme la
zone de bétonnage), il peut être préférable de considérer l'usage du béton projeté à la place de
celui du treillis métallique.
Le mélange de mortier (gunite) n'est pas recommandé sur les chantiers d'Hydro-Québec.

3.5.3.3 Drainage et injection


En règle générale, toutes les infiltrations doivent être captées, contrôlées et canalisées, qu'elles
soient naturelles (ruissellement) ou induites (mise en service d'ouvrages). Un massif rocheux
soumis à une charge hydrostatique constante ainsi que les joints et les fractures exposés aux
cycles de gel-dégel répétitifs ont un potentiel déstabilisateur qui finit par se concrétiser à court
ou à long terme. Les voûtes et les parois rocheuses exposées momentanément ou en perma-
nence aux hautes pressions doivent par conséquent être drainées. Tel est le cas entre autres
du massif autour des conduites forcées, du mur amont et de la voûte de la salle des machines
ainsi que des parois verticales de la plupart des puits et des portails de galerie.

Géologie et géotechnique page 3.19


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Les conditions géologiques locales, la configuration des ouvrages prévus et le mode d'exploita-
tion de ces derniers sont parmi les facteurs déterminants du patron et de la longueur des
drains. Une attention particulière doit être portée aux murs et aux falaises adjacents à un réser-
voir et à des conduites de haute pression. En effet, les joints de décompression sont souvent
porteurs d'eau d'infiltration et de ruissellement en provenance d'une montagne. Les failles et les
plans de cisaillement remplis de roc désagrégé ou de matériaux meubles plus ou moins im-
perméables constituent des écrans naturels favorisant la formation à court ou à long terme de
forces hydrostatiques destructives.
Les drains les plus courants mesurent 75 mm de diamètre et de 5 à 10 m de longueur ; ils pos-
sèdent un espacement de 4 à 6 m c/c. Dans des endroits spécifiques ou pour répondre à un
objectif précis, ils peuvent mesurer de 20 à 30 m, voire davantage. La formation potentielle de
dépôts solides qui bloqueraient la sortie des drains au contact de l'air explique que ceux-ci doi-
vent être munis d'une tête en siphon comme mesure de protection (du moins ceux qui débi-
tent). Dans l'optique d'en réduire l'entretien, les drains forés ne sont généralement pas placés
au niveau du plancher ou au fond d'un caniveau à cause du risque élevé de saletés et d'ensa-
blage que cela représente, mais préférablement à un niveau supérieur.
Contrairement à un usage plus ou moins généralisé des drains, les injections de consolidation,
d'étanchement ou de contrôle des infiltrations s'appliquent plutôt aux ouvrages courants (par
exemple autour des conduites forcées, des aspirateurs, des bouchons de roc et de béton et de
certains puits verticaux ou inclinés) ou à des situations particulières.
Pour les ouvrages courants, les forages d'injection sont habituellement de 50 mm de diamètre,
de 4 à 6 m de profondeur dans le roc et espacés d'environ 3 à 5 m c/c. Les situations particuliè-
res exigent bien entendu leurs propres critères. Les injections de surface pour le contrôle des
infiltrations commandent parfois des forages de 20 m ou plus pour intercepter les joints de dé-
compression de la roche.
t
Seul un mélange de ciment est recommandé. Dans une roche relativement étanche présentant
des joints souvent fermés, il faut toujours commencer avec un mélange léger, avec un rapport
du volume eau-ciment de 5 : 1. La pression, qui est de 70 kPa à la tête du forage, est majorée
de 25 kPa par mètre de couverture rocheuse additionnelle pour les ouvrages de retenue. Dans
le cas des conduites forcées, elle est de 350 kPa pour les injections de collage et de 550 kPa
pour les injections de consolidation du massif rocheux.

page 3.20 Géologie et géotechnique


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Géomatique et bathymétrie

4.1 Généralités
La connaissance du territoire à l'étude constitue l'une des données de base essentielles à
considérer durant une étude préliminaire et une étude de faisabilité. Cette connaissance se tra-
duit par des cartes topographiques et bathymétriques, des levés d'arpentage et des inventaires
des droits et biens immobiliers qui seront utilisés tout au cours d'un projet.
Ces données doivent être localisées géographiquement afin de faciliter l'intégration, la conser-
vation, la mise à jour et la mise en relation des divers types de données.
Puisque les relevés sur le terrain sont effectués en collaboration avec des représentants du mi-
lieu hôte, il importe de les aviser des travaux et de prendre des ententes au besoin.

4.2 Établissement de la référence kilométrique


L'une des premières activités d'une étude préliminaire consiste à établir la référence kilométri-
que de la rivière à l'étude. Les points kilométriques sont établis en mesurant le parcours de la
rivière d'aval en amont, l'origine se situant à l'embouchure. Un profil longitudinal (ligne d'eau)
qui définit les pentes, l'emplacement des rapides et, le cas échéant, les réservoirs, complète les
informations requises.
Ces informations existent déjà pour plusieurs rivières du Québec. À cet effet, des plans et des
profils ont été publiés par le ministère des Ressources naturelles. Dans le système de réfé-
rence géodésique, les distances sont généralement exprimées en milles et les niveaux, en
pieds. Bien que le maintien de ces unités soit recommandé, il faut cependant procéder à la
conversion des données en unités internationales.
La référence kilométrique établie est susceptible d'être utilisée par plusieurs personnes ; c'est
pourquoi il faut éviter d'implanter des systèmes de référence temporaires qui ne sont qu'une
source de désordre.
La référence kilométrique s'avère très utile pour situer les différents sites des projets entre eux.
Elle peut également servir à l'identification des variantes de point de coupure pour un site à
l'étude. Pour plus de précision, il est parfois utile d'adjoindre à la référence kilométrique d'un
site la superficie du bassin versant contrôlé par ce site.

Géomatique et bathymétrie page 4.1


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

4.3 Topographie
Pendant une étude préliminaire, les scénarios d'agencement des ouvrages sont élaborés à
partir des cartes topographiques existantes à l'échelle de 1 :50 000 (courbes de niveau aux
50 pi ou aux 10 m selon le cas) ou de 1 : 20 000 (courbes de niveau aux 20 pi ou aux 10 m se-
lon le cas), selon leur disponibilité. À cette étape, seul un inventaire des informations cartogra-
phiques existantes est réalisé.
La qualité de ces cartes varie grandement en fonction des dates d'édition, des méthodes de
production, des réseaux géodésiques existants lors des travaux de cartographie ou tout sim-
plement des buts poursuivis lors de leur fabrication. Dans ce contexte, l'inventaire des informa-
tions cartographiques a pour but de dresser un portrait le plus complet possible de l'état de la
cartographie existante et de la valeur de celle-ci en termes de précision et de contenu. Cet in-
ventaire est accompagné d'index illustrant la couverture cartographique du territoire à l'étude.
Dans le cadre d'une étude de faisabilité, des cartes topographiques à l'échelle de 1 : 20 000
couvrant l'ensemble des territoires affectés par le projet doivent être disponibles. Une cartogra-
phie à plus grande échelle est nécessaire dans le cas où ces cartes ne donneraient pas suffi-
samment d'information sur la zone de marnage d'un réservoir, soit une définition altimétrique
d'au moins trois courbes de niveau.
En ce qui concerne les sites à aménager, des cartes topographiques à l'échelle de 1 :5 000
avec courbes de niveau aux deux mètres doivent être disponibles. Pour les .sites très peu acci-
dentés, une cartographie à l'échelle de 1 : 2 000 avec courbes de niveau au mètre est préférée.
Dans le cas d'un projet de réfection d'un aménagement situé en territoire urbanisé, des cartes
topographiques à l'échelle de 1 : 2 000 ou de 1 : 1 000 (courbes au mètre) appuyées par des
levés d'arpentage effectués aux endroits critiques sont requises.
Quant aux .accès routiers à mettre en place, des cartes à l'échelle de 1 : 5 000 sont nécessai-
res. En territoire non boisé, la disponibilité d'une cartographie à l'échelle de 1 :1 000 permet
d'éviter la réalisation d'un levé des sections et des profils.

4.4 Arpentage
Pendant une étude de faisabilité, une requête en soustraction au jalonnement accompagnée de
plans d'arpentage foncier, est présentée au ministère des Ressources naturelles dans le but de
protéger les ouvrages et les infrastructures projetés de toute exploitation minière nuisible.
De plus, un inventaire des droits fonciers est dressé afin de repérer les propriétés privées et
publiques qui sont susceptibles d'être affectées par le projet. Cet inventaire est accompagné
d'une carte d'occupation du territoire montrant le statut juridique des propriétés.
Par suite de cet inventaire, une étude d'évaluation foncière des propriétés affectées est réalisée
pour estimer les coûts d'acquisition et de dédommagement s'il y a lieu.

page 4.2 Géomatique et bathymétrie


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Des plans d'arpentage foncier sont ensuite élaborés après une ronde de consultations avec les
spécialistes techniques et la région exploitante concernée. Ces plans représentent les territoi-
res sur lesquels Hydro-Québec doit obtenir les pleins droits fonciers temporaires ou perma-
nents pour exploiter ses ouvrages, ses infrastructures et ses réservoirs.

4.5 Géodésie
Au cours d'une étude de faisabilité, des réseaux géodésiques (altimétriques et planimétriques)
de troisième ordre sont établis dans la zone à l'étude pour rattacher toutes les données prove-
nant d'investigations géologiques, hydrométriques et topographiques ainsi que d'autres relevés
techniques effectués sur le terrain.
Un réseau géodésique est une référence permanente et stable qui facilite l'intégration, la
conservation, la mise à jour et la mise en relation des différents types de données.
Un inventaire des points géodésiques est dressé et les points existants sont montrés sur une
carte.
Pour faire suite à cet inventaire, une analyse du réseau géodésique existant doit déterminer la
qualité des données en planimétrie et en altimétrie.
Une densification du réseau est réalisée selon la méthodologie appropriée afin d'établir des
nouveaux repères dans la zone d'étude .
Toutes les données requises par le projet, telles que les données d'investigation géologiques,
hydrométriques, topographiques et autres relevés techniques sur le terrain sont rattachées à
ces points géodésiques.
Le degré de précision de ces réseaux est comme suit :

• sur le plan altimétrique, l'écart tolérable entre les nivellements exécutés indépendamment
entre deux repères est égal à ±24 mm multiplié par la racine carrée de la distance (en km)
le long du cheminement entre les repères ;

• sur le plan planimétrique, la précision relative des coordonnées d'un point par rapport aux
stations voisines du réseau géodésique doit être meilleure que la valeur (en cm) corres-
pondant à 12 fois la distance (en km) plus 0,2 (cette valeur produit un degré de confiance
de 95 %).

4.6 Relevés topographiques


Des relevés topographiques au terrain sont nécessaires lorsque certaines données ne sont pas
disponibles sur les cartes ou lorsqu'une plus grande précision est requise.
Ainsi, certains détails physiques naturels ou artificiels dans les environs des futurs ouvrages
sont relevés au terrain selon la méthodologie appropriée.

Géomatique et bathymétrie page 4.3


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

4.7 Bathymétrie
Aucune bathymétrie n'est effectuée pour une étude préliminaire, ce qui suppose qu'il faut se
servir des données existantes.
Quand un programme de relevés bathymétriques est requis, il faut le prévoir au tout début
d'une étude de faisabilité pour que les données recueillies soient disponibles le plus tôt possi-
ble.
Les relevés bathymétriques appartiennent à quatre grandes catégories :

• la bathymétrie des sites ;

• la bathymétrie des rivières ;

• la bathymétrie des milieux marins ou des grandes surfaces ;

• la bathymétrie des eaux turbulentes.

4.7.1 Bathymétrie des sites


La bathymétrie des sites sert surtout à la conception des ouvrages et au calcul des volumes
d'excavation. Elle se présente sous forme de cartes à l'échelle de 1 : 5 000 et de 1 : 2 000 avec
isocontours aux deux mètres ainsi qu'à l'échelle de 1 :1 000 avec isocontours au mètre.
La densité des lignes de sondage dépend de deux facteurs : l'espacement désiré entre les iso-
contours et l'échelle de la carte produite.
Les profondeurs de l'eau sont fournies par un écho-sondeur et positionnées à l'aide d'une sta-
tion totale implantée en rive à un point connu. La station totale, ou théodolite électronique à
distancemètre, permet de déterminer les coordonnées cartésiennes d'un point observé en pro-
curant les angles et les distances des visées à l'aide d'un rayon optique infrarouge.
Le rattachement des résultats obtenus aux mesures altimétriques et planimétriques est prati-
quement toujours requis. En effet, la bathymétrie et la topométrie définissent d'une façon com-
plémentaire la morphologie d'un secteur. Il s'avère donc pertinent d'arrimer ces deux sources
d'information sur un même support afin de favoriser une implantation adéquate des ouvrages.

4.7.2 Bathymétrie des rivières


La connaissance de la géométrie de la rivière à l'étude est essentielle au calcul des courbes de
remous. Des mesures de ligne d'eau accompagnées des débits correspondants complètent
habituellement les relevés bathymétriques des sections d'une rivière, ce qui permet ainsi l'éta-
lonnage des modèles d'écoulement.

page 4.4 Géomatique et bathymétrie


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Un espacement entre les sections de l'ordre de 1 km satisfait aux critères de précision du cal-
cul. Toutefois, toute discontinuité de la géométrie doit faire l'objet d'un resserrement de cet es-
pacement. La plupart du temps, les profondeurs de l'eau se mesurent à l'aide d'un écho-
sondeur ; en présence de faibles profondeurs, les sondages sont réalisés avec une tige gra-
duée. Les résultats obtenus sont rattachés aux mesures altimétriques et positionnés sur une
carte topométrique à l'échelle de 1. : 20 000 ou de 1 : 50 000. Dans des cas particuliers (comme
une étude sur le saumon), des sections transversales plus rapprochées peuvent être requises
dans des zones bien précises.
Les courbes de remous sont calculées pour diverses conditions, incluant des conditions hy-
drauliques extrêmes. À fort débit, les bandes riveraines deviennent ainsi des sections dont la
contribution à l'écoulement peut être importante. Il importe donc d'inclure des informations sur
les berges, telles la cote en rive, la pente, le type de végétation et le substrat.
L'emplacement des seuils de contrôle est également primordial et seules des observations sur
le terrain en condition d'écoulement critique permettent de le fixer adéquatement. La géométrie
de ces seuils doit être bien définie puisqu'il s'agit souvent du seul élément disponible au début
du processus d'étude.

4.7.3 Bathymétrie des milieux marins ou des grandes surfaces


Des relevés bathymétriques de grandes surfaces sont souvent demandés pour caractériser les
milieux humain et naturel. En milieu marin, les données recueillies sont surtout intégrées aux
modèles hydrodynamiques tandis qu'en lac, elles servent plutôt à caractériser le milieu physi-
que.
Les applications très spécifiques de ce genre de relevés supposent une densité de sondage qui
varie selon les besoins. Le principal outil employé se compose d'un bathymètre couplé à un
système de localisation appelé « Global Positioning System » (GPS). Cependant, la précision
de GPS fluctue en fonction du nombre de satellites disponibles et visibles dans la zone où les
travaux sont prévus ; par contre, elle s'améliore constamment puisque le nombre de satellites
augmente régulièrement et que ce type de système est continuellement perfectionné. De plus,
comme ces relevés s'effectuent habituellement de concert avec d'autres types de relevés hy-
drométriques, le rattachement des résultats obtenus aux mesures altimétriques peut aussi se
vérifier à l'aide d'une borne conventionnelle (en milieu fluvial) ou de marégraphes (en milieu
marin).

4.7.4 Bathymétrie des eaux turbulentes


La configuration des contrôles hydrauliques naturels représente un renseignement très utile, les
aménagement hydroélectriques se trouvant fréquemment à proximité de chutes ou de rapides
importants.
La turbulence de l'écoulement entraîne des inconvénients majeurs, car en plus de rendre la na-
vigation hasardeuse, voire impossible, elle génère des bulles d'air qui masquent le signal de
l'écho-sondeur.

Géomatique et bathymétrie page 4.5


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Le géoradar permet de mesurer les profondeurs de l'eau à partir d'un hélicoptère. Son posi-
tionnement s'effectue d'une façon similaire à la bathymétrie d'un site, c'est-à-dire par le biais
d'une station totale implantée à proximité d'un repère geodesique. À cause de son imprécision
et de son coût important, cette façon de faire ne doit être utilisée qu'en dernier recours.

page 4.6 Géomatique et bathymétrie


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Conception des ouvrages

5.1 Généralités
La conception des ouvrages vise principalement à répondre aux critères de rentabilité
qu'imposé le contexte économique des années 2000 tout en respectant les exigences fonction-
nelles reliées aux installations hydroélectriques.
Comme pour tout projet d'ordre économique, la faisabilité d'un projet se détermine par une
analyse des coûts et des bénéfices basée sur les flux monétaires positifs et négatifs
s'appliquant à une période donnée. Par conséquent, la conception des ouvrages doit avoir
comme objectif primaire la maximisation de la productibilité, donc celle des revenus aussi, et la
minimisation des coûts d'investissement.

5.2 Revenus et coûts


Le calcul de la productibilité, ou production énergétique moyenne à long terme, est le paramè-
tre clé dans l'analyse de la faisabilité d'un projet. Dans le contexte énergétique actuel, il est dif-
ficile de trouver des sites à rentabilité élevée, ce qui pousse la conception des ouvrages vers
des processus d'optimisation de plus en plus élaborés. L'énergie garantie est un concept beau-
coup moins important qu'il ne l'était dans le passé, notamment parce que :

• le coût environnemental et sociétal pour bâtir de grands réservoirs est élevé ;

• des moyens de support thermiques sont disponibles à des coûts concurrentiels.

L'énergie moyenne est donc devenu le paramètre sur lequel s'appuie le calcul de la productibi-
lité.
Les coûts considérés dans la conception des ouvrages sont constitués des coûts directs aux-
quels sont appliqués des facteurs d'intérêt et d'inflation. Les facteurs qui affectent l'échéancier
de réalisation ont aussi une influence directe sur les coûts.

Conception des ouvrages page 5.1


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

5.3 Demande, apports, réserve et facteur d'utilisation


Le concept de base propre à la conception des ouvrages est la série hydrologique des apports
naturels au site du réservoir ; cette série est un événement météorologique naturel qui com-
porte généralement un haut degré de variabilité annuelle et interannuelle. L'aspect interannuel
d'une série est caractérisé par la moyenne, c'est-à-dire le débit module, en m3/s, et l'écart type
correspondant qui définit la variabilité de la série ou l'éloignement de la moyenne d'une année à
l'autre. La variabilité annuelle est caractérisée par la distribution mensuelle des apports avec
les périodes de crue de printemps et d'été-automne ainsi que l'étiage d'hiver ou la sécheresse
d'été ; en général, les apports sont maximaux au printemps et minimaux en hiver.
Le concepteur d'un aménagement hydroélectrique doit composer avec le fait qu'il y a un dé-
phasage entre les apports et la demande énergétique qui se produit en général en hiver, quand
les apports sont minimaux. Il donc faut emmagasiner l'excédent de crue de printemps pour être
en mesure de le turbiner l'hiver suivant. Pour ce faire, on a besoin d'un réservoir dont la capa-
cité doit être suffisante pour réaliser le transfert été-hiver (réserve saisonnière).
Si la capacité du réservoir est suffisante pour un usage pluriannuel, il s'agit alors d'une réserve
interannuelle. Selon sa position dans le réservoir, la réserve peut être utile, active ou morte.
Un autre aspect important quant à la rentabilité d'un aménagement est son facteur d'utilisation,
c'est-à-dire le rapport entre sa production annuelle moyenne et la production annuelle produite
par la puissance installée durant 8 760 heures par année. Le choix d'un facteur d'utilisation est
donc un compromis entre les besoins en puissance et la capacité de produire de l'énergie au
moindre coût.

5.4 Principes de dimensionnement


En vue de déterminer la productibilité de l'aménagement à l'étude, la conception des ouvrages
de production comporte le calcul de la valeur optimale des cotes de retenue et de restitution, du
débit d'équipement des centrales et de la réserve utile des réservoirs. Ces calculs sont réalisés
selon les principes suivants :

• les méthodes utilisées sont celle des coûts marginaux et celle du coût de revient minimal,
actuellement en usage'21 ;

• l'étude est menée à l'échelle du bassin versant à l'étude (ou d'un ensemble de bassins ver-
sants s'il y a dérivation de rivière) sur une série chronologique longue d'au moins 30 ans
(durant cette période, le réservoir doit être vidangé une fois complètement) et elle prend en
compte les aménagements existants ;

• l'aménagement est conçu pour produire le maximum d'énergie selon une répartition men-
suelle assignée d'avance qui est fixe d'une année à l'autre (patron de la demande) ;

121
Ces sujets sont traités à la rubrique 12.2.

page 5.2 Conception des ouvrages


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

• la gestion des cours d'eau et des plans d'eau est conçue pour respecter les contraintes
physiques des ouvrages existants et projetés, les règles de gestion existantes ou propo-
sées (laminage des crues, soutien des minimaux, débits réservés, etc.) et les exigences
environnementales ;

• l'énergie annuelle garantie en tout temps est calculée comme le minimum interannuel de la
valeur de l'énergie annuelle correspondant à la série chronologique des données utilisées ;

• une étude de sensibilité est réalisée pour déterminer s'il ne serait pas avantageux de ré-
duire le pourcentage du temps pour l'énergie garantie ;
On évaluera au moins le cas avec pourcentage de 95 % du temps.

• la conception est généralement faite à l'échelle d'un aménagement hydroélectrique, sans


permettre de contribution du parc ni d'autres moyens ;

• l'énergie moyenne annuelle n'est pas nécessairement adaptée au patron de la demande


(elle est le chiffre qui définit la productibilité du projet dans le contexte actuel).

L'application des principes décrits ci-dessus suppose une interaction poussée entre les ges-
tionnaires et les spécialistes qui œuvrent dans toutes les disciplines liées à la conception des
ouvrages. Sans cette interaction, le processus de conception peut difficilement se réaliser d'une
manière optimale.

5.5 Conséquences de la présence des ouvrages


L'exercice de conception des ouvrages doit prendre en compte les conséquences négatives
inacceptables que la présence ou la destruction d'un ouvrage peut provoquer. Ces conséquen-
ces ont notamment trait aux débordements dus à une crue ou aux ruptures causées par un
trembjement de terre. Pour pallier ces conséquences, on commence d'abord par essayer des
mesures non structurelles (systèmes d'alarme et modification du mode de gestion par exem-
ple) ; si ces mesures ne suffisent pas, on modifie la conception tant que cela reste économique.
Si le degré de risque acceptable ne peut être atteint, on abandonne le site et on envisage alors
une autre solution.

5.6 Outils de conception


Le processus de conception commence avec le planimétrage du bassin versant et l'obtention
de la série d'apports correspondante après avoir constaté sur des cartes la présence de sites
possédant une chute naturelle et la capacité de mise en place d'une réserve. Une fois que l'aire
du bassin est définie, on choisit les sites jugés intéressants et c'est sur ces sites que les outils
de conception vont être appliqués.

Conception des ouvrages page 5.3


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Une fois les sites choisis, il faut définir les réservoirs, selon une courbe capacité-niveau, ainsi
que les centrales, par la hauteur de chute et le débit d'équipement. Après que cette structure
préliminaire est en place, il faut obtenir la distribution de la demande énergétique annuelle
qu'on prévoit imposer à l'aménagement. Le décalage entre la distribution annuelle d'apport et la
demande définit en partie les besoins en réserve pour le complexe.
La hauteur de chute brute est la différence de niveau entre le bief amont et le bief aval au point
de restitution, le niveau de restitution étant fourni comme une courbe de tarage (le débit par
rapport au niveau) tandis que le niveau du bief amont est normalement le niveau du réservoir,
tel que déterminé par le mode de gestion. Les pertes par frottement et les pertes singulières
viennent diminuer la hauteur de chute brute, ce qui donne lieu à la hauteur de chute nette ;
dans le cas où les galeries d'amenée sont longues, ces pertes peuvent être très importantes
comme pour Sainte-Marguerite et Toulnustouc.
ATHENA, MINERVE, ÉNERGIE et SIMHYDE sont les outils de conception (référence 5.1 à
référence 5.4). Basés sur le concept d'énergie garantie, ces outils essaient de maximiser la
production minimale pendant la période historique de référence de simulation. Pour ces outils,
le transfert interannuel des apports servant à maximiser la production du complexe durant les
années de sécheresse extrême est fondamental. Les simulations réalisées avec ces outils peu-
vent être au pas de temps mensuel ou hebdomadaire.
Un autre outil plus récent, OPTIMEAU, incorpore la gestion à un pas de temps journalier. Il ne
peut distribuer la demande comme le font les autres outils, mais il compense cette lacune par
une contrainte, soit une cote prédéfinie au 1er novembre (il s'agit de l'équivalent d'essayer
d'avoir le réservoir plein pour en turbiner l'eau en hiver). Le modèle OPTIMEAU est développé
pour vérifier la conception et répondre aux questions de type « what if » ; il fait un transfert inte-
rannuel minime et il est approprié pour simuler les aménagements au fil de l'eau ou pour analy-
ser l'exploitation des aménagements existants.
La classification des outils selon le principe d'énergie garantie ou de l'énergie moyenne produit
deux groupes d'outils classés selon le critère optimisation-simulation : ATHENA, MINERVE et
OPTIMEAU sont des outils d'optimisation tandis que ÉNERGIE et SIMHYDE sont des outils de
simulation.
Les outils de simulation font une optimisation grossière par tâtonnements ; par contre, les outils
d'optimisation utilisent des procédures mathématiques élaborées pour définir des configura-
tions optimales. Les avantages et les inconvénients des outils d'optimisation par rapport aux
outils de simulation ne sont pas bien définis, mais, en général, les outils de simulation compen-
sent leur faiblesse mathématique par une description très réaliste de l'ouvrage, chose que les
outils d'optimisation ne peuvent faire. Grâce aux coûts de traitement informatique qui sont
maintenant devenus négligeables, cet écart est en train de disparaître (OPTIMEAU incorpore
déjà ces avantages).

5.6.1 Modèles ATHENA et MINERVE


Les modèles ATHENA et MINERVE font la conception des aménagements pour un intervalle
des énergies garanties fixées à la volonté de l'opérateur du modèle. Le modèle ATHENA
(référence 5.1) est basé sur la programmation linéaire et le modèle MINERVE (référence 5.2),
sur la programmation non linéaire en variables mixtes.

page 5.4 Conception des ouvrages


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Ces modèles peuvent être employés dans la conception préliminaire ou dans l'analyse détaillée
des projets déjà avancés ou des aménagements existants. Comme pour les simulateurs
ÉNERGIE et SIMHYDE, le résultat est contrôlé par la sécheresse critique. Dans le contexte
actuel des projets marginalement rentables, ce sont des outils puissants et incontournables
pour la conception optimal des aménagements. Leur méthode de programmation linéaire dé-
terministe égalise le coût marginal de toutes les variables dans la solution optimale proposée.
Leur caractère déterministe est une limitation certaine, mais, par la gestion répétée de toutes
les années de la série historique, ces modèles sont capables de définir des patrons de gestion
qu'aucun des simulateurs disponibles ne peuvent le faire.
À part l'aspect déterministe, il n'y a pas d'autres limitations ; les pertes et le rendement peuvent
être linéarisés et la fonction « objective » peut inclure la puissance.
Le modèle a été mis en place pour le projet Grande-Baleine et les coûts les plus significatifs
proviennent du barrage : un vecteur, une cote en crête par rapport au coût et, pour la centrale,
une matrice de 2 sur 2, un débit d'équipement et une hauteur de chute par rapport au coût. Le
modèle peut accepter un coût pour le tarage, un coût pour la restitution et un coût pour la gale-
rie d'amenée ; il fait même ressortir le niveau optimal de la restitution d'un aménagement en
amont d'un réservoir dont la restitution est affectée par le niveau du réservoir situé immédiate-
ment en aval. Les résultats obtenus avec ATHENA ou MINERVE doivent être vérifiés avec OP-
TIMEAU ou SIMHYDE pour confirmer la validité de la conception fournie par ATHENA et pro-
céder à des ajustements minimes. La conception d'ATHENA ou de MINERVE est toujours op-
timale.
Le résultat du modèle est un graphique d'énergie garantie par rapport au coût de l'aménage-
ment. À cause des coûts fixes, le point optimal se trouve souvent à des niveaux d'énergie ga-
rantie élevés ; pour chaque niveau d'énergie garantie produite correspond un aménagement
qui peut comprendre ou pas tous les sites du modèle selon le niveau d'énergie garantie requis.
Il peut être employé pour analyser des modifications ou des ajouts à des aménagements exis-
tants. Il fournit le maximum d'informations sur la série historique tant du point de vue gestion
que conception dans une perspective déterministe, gestion optimisée selon la série hydrologi-
que historique.
Le modèle a besoin d'être davantage développé pour le débarrasser de sa dépendance envers
le sous-programme MPSX de l'ordinateur central et le rendre capable de linéariser quelques
variables.

5.6.2 Modèle OPTIMEAU


Le modèle OPTIMEAU est le plus récent de tous les modèles. Programmé en C++, il incorpore
la prolongation dynamique, un peu comme le modèle PEREX, le modèle d'analyse multi-
annuelle du parc de production.
C'est un outil d'optimisation qui prend des décisions d'après une grille et selon l'état de la ré-
serve. Son objectif est la maximisation de la production moyenne. Il n'est pas multi-annuel
comme les autres, mais la grande flexibilité qu'il a pour établir des contraintes permet la mise
en place des scénarios où l'aspect multi-annuel est important.

Conception des ouvrages page 5.5


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Le fait d'avoir le pas journalier ainsi que d'accepter les caractéristiques de chaque groupe de la
centrale permet d'éviter le nivellement que la moyenne mensuelle peut donner dans les autres
modèles.
Le niveau de détail dans le rendement des groupes permet de calculer facilement l'écart de
rendement, de manière à optimiser le nombre de groupes requis.
Les données sont similaires à celles d'ÉNERGIE ou SIMHYDE, mais au lieu d'une présentation
des relations en tableau, celles-ci sont polynomiales, typiques de l'exploitation.
Le calage de ce modèle face à la production historique donne des résultats plus élevés, ce qui
est normal si on considère qu'il s'agit d'un outil d'optimisation.

5.6.3 Modèle SIMHYDE


Le modèle SIMHYDE (référence 5.4) est une évolution du modèle ÉNERGIE qui permet une
représentation plus fidèle des aménagements que son prédécesseur. Il est un outil de simula-
tion basé sur le principe de l'énergie garantie, mais avec la possibilité de jouer sur
200 paramètres permet de simuler en détail des scénarios complexes. Il fonctionne également
par tâtonnements, ce qui l'empêche d'être flexible. Sa performance s'améliore de beaucoup s'il
se sert des trajectoires des réservoirs calculées par OPTIMEAU. Il permet de reproduire des
situations telles que des centrales en parallèle, des dérivations doubles ou des écoulements bi-
directionnels.

5.6.4 Modèle ÉNERGIE


Le modèle ÉNERGIE est l'ancêtre du modèle SIMHYDE (référence 5.3). C'est un simulateur de
même structure que SIMHYDE, mais il est plus simple à utiliser (seulement 12 paramètres au
lieu de 200). Le concept utilisé et les résultats obtenus sont similaires à ceux de SIMHYDE.
Ce modèle simule l'exploitation d'un aménagement et il détermine la puissance et l'énergie
mensuelles, l'énergie moyenne et l'énergie garantie annuelle de la centrale à l'étude. Ce mo-
dèle tient compte de tous les paramètres qui influencent la production, mais il n'optimise pas
les caractéristiques des ouvrages en fonction des coûts de construction et de la valeur de la
production. De nombreux essais doivent donc être faits en modifiant les caractéristiques à op-
timiser, de même qu'une analyse des coûts marginaux. Le modèle ÉNERGIE est particulière-
ment utilisé dans le cadre d'une étude préliminaire.
L'avantage d'utiliser ÉNERGIE pour des modifications ou des analyses économiques des com-
plexes existants est qu'il fonctionne pour tous les complexes d'Hydro-Québec grâce à une mise
à jour des contraintes ou d'autres paramètres d'exploitation.

page 5.6 . Conception des ouvrages


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

5.7 Détermination des données de base


Les données de base qui sont utilisées au cours des simulations effectuées avec les modèles
ATHENA, MINERVE, OPTIMEAU, ÉNERGIE et SYMHIDE portent sur la représentation physi-
que des sites pouvant être aménagés, les apports naturels, les caractéristiques prévues pour
les équipements, les contraintes d'exploitation et la représentation de la demande énergétique.

5.7.1 Sites
Tous les sites qui permettraient d'aménager une centrale ou un réservoir préliminairement
d'une façon rentable sont décrits dans le modèle ATHENA ou MINERVE. Les sites considérés
dans les modèles OPTIMEAU, ÉNERGIE ou SYMHYDE sont ceux qui correspondent aux va-
riantes les plus prometteuses établies avec le modèle ATHENA ou MINERVE.

5.7.2 Série d'apports naturels


Le pas de temps relatif à la série de débits intermédiaires dont il faut disposer aux sites à
l'étude pour une centrale ou un réservoir est de un ou trois mois avec le modèle ATHENA ou
MINERVE ; toutefois, si la configuration des sites le requiert, il peut être d'une semaine avec
les modèles ÉNERGIE et SIMHYDE. Le modèle OPTIMEAU a besoin des apports au pas de
temps journalier.

5.7.3 Volume d'emmagasinement


La courbe d'emmagasinement d'un réservoir est déduite des superficies planimétrées figurant
sur des cartes topographiques. Ces courbes doivent refléter fidèlement les variations du vo-
lume en fonction du niveau de l'eau dans la zone de marnage. L'échelle des cartes topographi-
ques utilisées varie selon le type de l'étude effectuée, tel que le montre le tableau 5.1

Tableau 5.1 : Échelle des cartes requises au calcul du volume d'emmagasinement


Type d'étude Échelle minimale acceptable1
Étude sommaire 1 : 250 000
Étude préliminaire 1 : 50 000
1 : 20 000 (zone inondée)
Étude de faisabilité
1 : 50 000 (zone non inondée)
Des vérifications peuvent être faites localement à des échelles plus précises s'il en existe.

Conception des ouvrages page 5.7


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

5.7.4 Facteur d'utilisation


Le facteur d'utilisation servant à qualifier les caractéristiques d'un aménagement est exprimé
par le rapport entre l'énergie moyenne annuelle et l'énergie annuelle maximale produite par la
puissance installée, c'est-à-dire entre l'utilisation moyenne des équipements et leur capacité
installée.
Ce rapport peut être calculé pour une centrale et pour l'ensemble des centrales d'un complexe.
L'intervalle de variation actuellement envisagé se situe entre 0,40 et 0,80.
Le facteur d'utilisation visé en fonction de la prévision de la demande à long terme est norma-
lement fourni pour l'ensemble d'un complexe. Si ce complexe comporte plusieurs centrales
dont le bassin intermédiaire est assez important, il est peu probable toutefois que la variante la
plus économique comporte un facteur d'utilisation uniforme pour toutes les centrales. Le facteur
d'utilisation le plus approprié est déterminé au cours de la période d'optimisation de la variante
retenue afin de respecter l'objectif global. Le facteur d'utilisation est une conséquence du pa-
tron de la demande et de l'équipement en puissance souhaité par le concepteur. Jusqu'à
maintenant la conception et l'optimisation par le modèle se fait en fonction de l'énergie, mais il
est possible d'ajouter la puissance.

5.7.5 Patron de la demande


Le patron de la demande d'énergie mensuelle prescrit le rapport entre l'énergie moyenne re-
quise chaque mois et l'énergie annuelle garantie. Essentiel à tous les modèles de conception,
sauf à OPTIMEAU, ce patron permet donc de moduler la production mensuelle en fonction des
besoins. Pour éviter des déversements, toute production supplémentaire constitue de l'énergie
excédentaire. L'impact du patron est majeur lorsqu'une centrale (ou un complexe) est optimisée
en fonction de l'énergie garantie ; il est beaucoup moindre si l'objectif visé consiste plutôt à en
maximiser l'énergie moyenne. Le choix du critère dépend du type de la centrale (ou du com-
plexe) et il est fait par l'unité responsable de planifier le parc de production. Le patron force la
conception des ouvrages à créer la réserve pour transposer les apports au moment où la de-
mande se manifeste. OPTIMEAU module des contraintes pour produire selon le patron voulu.

5.7.6 Facteur de puissance de pointe


Le facteur de puissance de pointe est le rapport entre la puissance moyenne du mois pour le-
quel la demande est la plus forte (généralement en janvier) et la puissance de pointe pour le
même mois. Ce rapport est établi en fonction de l'usage prévu pour la centrale ou le complexe
à l'étude. S'il s'agit d'un complexe, le facteur de puissance de pointe ne s'applique pas néces-
sairement à chaque centrale. De plus, puisqu'il ne s'agit pas d'un critère, il peut être modifié par
suite des résultats des simulations en fonction de la rentabilité désirée.

page 5.8 Conception des ouvrages


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

5.7.7 Taux d'indisponibilité


L'indisponibilité se compose du taux de panne (aléatoire) et des retraits programmés pour en-
tretien. Les taux annuels moyens d'indisponibilité des équipements permettent d'évaluer, pour
l'ensemble du parc d'équipements, quelle est la réserve de puissance nécessaire pour com-
penser l'arrêt de certaines turbines dû à des pannes ou à des travaux d'entretien.
L'application de taux d'indisponibilité due aux pannes et aux périodes d'entretien hivernales a
pour effet d'augmenter la puissance installée requise pour les équipements. Le calcul de ces
taux est effectué par l'unité responsable de planifier le parc de production.

5.7.8 Rendement
Les collines de rendement de la centrale à l'étude sont déduites des courbes de rendement
unitaires pour les hauteurs de chute qui lui sont appropriées. Le rendement d'une centrale est
calculé en supposant que celle-ci est gérée de façon à ce que les turbines utilisées fournissent
un rendement optimal.
Le rendement d'une centrale est calculé par approximation à partir du rendement de chaque
groupe. Le modèle OPTIMEAU, qui considère chaque groupe individuellement, représente
beaucoup plus fidèlement le rendement que les autres modèles.
Au cours d'une étude préliminaire, le rendement des groupes s'obtient à partir d'une conception
sommaire de ceux-ci fournie par le programme ECOP.

5.7.9 Pertes de charge


Le calcul des pertes de charge permet d'établir la hauteur de chute nette aux groupes en sous-
trayant ces pertes de la hauteur de chute brute. Les pertes de charge comprennent les pertes
par frottement et les pertes singulières dans les systèmes d'adduction et de fuite, incluant les
éléments à surface libre (galerie et canaux).
Les pertes dans le système en charge peuvent s'exprimer par la loi des pertes de charge sui-
vante :


AH = pertes de charge (m)
a = te qui est fonction du système consi-
constante
déré
Q = débit (m3/s)

Conception des ouvrages page 5.9


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Dans les tronçons à surface libre, les pertes s'expriment différemment et elles sont souvent
fonction du niveau des biefs. Il s'agit donc d'évaluer le niveau de l'eau en amont et en aval de
manière à établir la relation la plus appropriée.
Lorsqu'il s'agit d'un système ramifié, il faut distinguer les pertes dans le tronçon commun (la
galerie et la prise d'eau, par exemple) de celles dans les tronçons propres à chacun des grou-
pes. Dans ce dernier cas, les pertes peuvent être considérées comme constantes si
l'hypothèse que les groupes ne seront exploités qu'à leur rendement optimal est émise. Dans le
tronçon commun, la loi des pertes de charge peut être utilisée ; bien que cette approche
conduit à une légère surestimation de la production, elle offre cependant l'avantage d'être sim-
ple.
Cette surestimation tient au fait que les modèles de simulation mensuels fournissent des va-
leurs de débit turbiné moyennes. Un examen plus détaillé permet de définir les combinaisons
de débits optimaux (selon le nombre de groupes en fonction) conduisant à l'exploitation du
même volume. Il ne faut donc pas considérer que les groupes seront exploités à leur rende-
ment optimal en même temps que les pertes sont évaluées pour des débits moyens. Les diffé-
rences se manifestent d'autant plus que les débits moyens mensuels turbines sont faibles (ces
remarques ne s'appliquent pas à OPTIMEAU qui a des débits journaliers).

5.7.10 Niveau de restitution


Si la hauteur de chute est influencée par l'écoulement en aval, des relevés doivent être faits
lors de l'étude de faisabilité pour déterminer la courbe de tarage. Dans le cas d'une restitution
en mer ou dans un estuaire, le niveau de restitution est déterminé au moyen d'une étude de
marée : le niveau de restitution utilisé pour calculer la production moyenne mensuelle est alors
le niveau moyen du bief aval, avec et sans marée. La contribution (à la pointe) doit être calcu-
lée pour le niveau moyen amont et aval, avec ou sans marée. Si le débit s'écoulant de
l'évacuateur influence le niveau du bief aval de la centrale, il faut en tenir compte dans la
courbe de tarage.

5.7.11 Contraintes environnementales


Le choix des caractéristiques de l'aménagement à l'étude doit se faire en tenant compte des
contraintes environnementales qui lui sont associées. Ainsi, le marnage, qui a un impact im-
portant sur le milieu, doit souvent être limité à une valeur inférieure à celle qui serait requise
pour transférer les apports de l'été à l'hiver pour satisfaire le patron de la demande.
Le débit réservé, qui doit être turbiné ou déversé afin d'alimenter le bief aval d'un ouvrage pour
des raisons diverses (environnement, niveau de l'eau, prise d'eau, etc.), doit être pris en
compte dès l'étude préliminaire, lors de l'évaluation de la production énergétique et de la renta-
bilité du projet. Les outils d'optimisation gèrent mieux les contraintes environnementales que
les outils de simulation.

page 5.10 Conception des ouvrages


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

5.7.12 Contraintes économiques


Les données économiques nécessaires à la conception des ouvrages se divisent en six catégo-
ries, chacune d'entre elles comprenant tous les coûts directs et indirects qui lui sont associés.
Chaque catégorie de coût est calculée séparément, comme suit :

• les coûts fixes ;


Ces coûts ne varient qu'en fonction de l'existence d'un ouvrage. Ce sont les sommes asso-
ciées aux routes, aux aéroports, aux quais, etc. La partie de ces sommes qui n'est dépen-
sée que pour l'aménagement d'un site est attribuée à ce site. Le coût de construction d'une
route reliant deux sites intermédiaires est assumé par le plus éloigné des deux. Le coût as-
socié à l'ensemble d'un complexe est ajouté au coût total des équipements, sans les répar-
tir entre les sites aménagés.
Les coûts fixes influencent le choix du site à aménager, mais après que ce choix est fait, ils
n'ont pas d'influence sur la conception des ouvrages puisqu'ils sont invariables.

• les coûts relatifs à la cote des ouvrages ;


Ces coûts comprennent les sommes associées uniquement à la cote maximale de retenue
des réservoirs (par exemple le coût des digues, de Pévacuateur, du déboisement, des déri-
vations et des voies locales).

• les coûts relatifs au débit d'équipement et à la hauteur de chute ;


Ces coûts comprennent les sommes qui varient normalement en fonction du débit
d'équipement et de la hauteur de chute (par exemple le coût des turbines, des alternateurs,
du canal d'amenée, de la prise d'eau, des conduites forcées, du canal de fuite, de la struc-
ture de la centrale et du poste de départ). La hauteur de chute élevée produit des turbines
légères à grande puissance, ce qui n'arrive pas pour les faibles chutes ou les turbines sont
massives pour la même puissance.

• les coûts relatifs au marnage ;


Ces coûts comprennent les sommes associées à d'importants travaux destinés à abaisser
la prise d'eau dans le but d'augmenter le marnage (ces coûts font normalement partie de la
catégorie précédente, sauf quand des excavations coûteuses sont prévues).

• les coûts relatifs à la restitution ;


Ces coûts comprennent les sommes associées à la restitution lorsque la hauteur de chute
peut être augmentée en allongeant le canal ou la galerie de fuite et que la rentabilité de
cette configuration n'est pas évidente (ces coûts font normalement partie de la catégorie
des coûts relatifs à la cote des ouvrages).

• les coûts relatifs à l'environnement.


Ces coûts comprennent les sommes associées au programme de mise eh valeur, aux me-
sures d'atténuation, au suivi environnemental pendant et après les travaux (ils sont géné-
ralement considérés dans la première catégorie).

Conception des ouvrages page 5.11


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

5.8 Références
Référence 5.1 Hydro-Québec. 1992. Modèle ATHÉNA. Troisième édition. Projet n° 16410-
572-54459. Vice-présidence Technologie et IREQ.
Référence 5.2 Hydro-Québec. 1 997. Modèle MINERVE 0.96 (Version déterministe) - Ma-
nuel d'utilisation . IREQ.
Référence 5.3 RSW pour Hydro-Québec. 1982. Programme de simulation de complexes
hydroélectriques ÉNERGIE III.
Référence 5.4 Technik-Eaucan Inc pour Hydro-Québec. 1996. Modèle SIMHYDE 2.71 -
Manuel de référence - Simulation hydroénergétique.

page 5.12 Conception des ouvrages


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Réservoirs

6.1 Généralités
Le réservoir constitue l'une des composantes majeures d'un aménagement hydroélectrique. Sa
dimension et ses caractéristiques ont un rôle déterminant sur la productibilité et le mode de
gestion de la centrale.
Ses fonctions sont définies par sa capacité de régulation et d'augmentation de la hauteur de
chute.
Selon sa dimension, le réservoir provoque très souvent une modification importante du milieu
où il est localisé.

6.2 Réservoirs à buts multiples


Bien que généralement conçus pour des fins énergétiques, les réservoirs affectent les habitats
humains avoisinants et des usages non énergétiques, tels que les activités récréotouristiques,
la navigation et la pêche, peuvent s'y développer avec le temps.
Puisque ces usages peuvent parfois entrer en conflit avec le rôle original des réservoirs et leur
mode d'exploitation, toute augmentation de capacité doit se concevoir en en tenant compte.
Des contraintes environnementales, particulièrement les marnages qui produisent des impacts
importants sur le milieu, doivent aussi être considérées. L'ensemble des contraintes qui affec-
tent la conception des ouvrages est introduit dans un modèle d'optimisation.
Par sa seule présence, un réservoir important peut changer le patron pluviométrique de la ré-
gion où il est situé.

6.3 Réserve

6.3.1 Réserve du sédiment


À cause des eaux froides du Québec, la capacité des eaux à charrier des sédiments est ré-
duite ; une réserve pour fins de sédiments est donc très rarement considérée dans l'analyse.
Sur le plan international, le problème des sédiments peut représenter une considération ma-
jeure dans la conception et le fonctionnement du réservoir, car cela peut affecter la rentabilité
de l'aménagement à long terme. La réserve du sédiment constitue une réserve morte dans
l'analyse de l'exploitation.

Réservoirs page 6.1


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

6.3.2 Réserve pour hauteur de chute


La réserve pour hauteur de chute est aussi de la réserve morte et elle se situe en bas du ni-
veau minimal d'exploitation. Cette réserve est une conséquence du processus d'optimisation de
la conception selon la fonction objective choisie. Indirectement, elle garantit la puissance mini-
male du site.

6.3.3 Réserve d'inondation


La réserve d'inondation est employée pour minimiser les impacts négatifs au moment du pas-
sage de la crue. Par exemple, ce type de réserve existe sur la rivière des Outaouais pour ré-
duire les inondations dans la région de Montréal.

6.4 Gestion des crues


Un des effets favorables d'un réservoir est la diminution de la pointe des crues et de ses effets
en aval du site. Ceci constitue un impact positif que peut contrebalancer les autres impacts né-
gatifs.
La gestion des crues est orientée vers des événements à forte récurrence dont la période de
retour est inférieure à 50 ans, étant donné que ces crues ont impact plus prononcé sur le milieu
humain affecté.

6.5 Effets des glaces sur la taille des réservoirs


L'effet du gel se fait sentir de deux manières dans l'exploitation d'un réservoir :

• une partie de la glace s'échoue sur les rives du réservoir au fur et à mesure que son niveau
baisse ;

• l'autre partie de la glace flotte sur l'eau, mais elle n'est pas disponible pour le soutirage.

Les glaces échouées sur les rives d'un grand réservoir peuvent réduire considérablement le
volume d'eau disponible à la fin de l'hiver, au moment où le niveau de l'eau est le plus bas.
Pour conserver l'énergie garantie calculée sans tenir compte de la glace, il faut rehausser le ni-
veau maximal d'exploitation du réservoir à l'étude de façon à compenser le volume perdu au
cours d'années critiques.
Cependant, il n'est cependant pas toujours nécessaire de tenir compte de la glace ; cela l'est
surtout pour un réservoir peu profond, car l'effet des glaces est négligeable quand la prise
d'eau est calée suffisamment bas et qu'elle se trouve dans une vallée relativement encaissée.

page 6.2 Réservoirs


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Contrairement au modèle ÉNERGIE qui ne peut tenir compte de la glace, le modèle SIMHYDE
peut accepter des épaisseurs moyennes et des coefficients de sévérité du froid pour chaque
période. Les hypothèses suivantes sont généralement adoptées.

• Seule la glace se formant à la surface de l'eau est considérée (les volumes de glace accro-
chés aux rives du réservoir sont négligés).

• L'épaisseur de la glace est calculée pour chaque mois d'une année dont la température est
moyenne (le cas extrême où l'hiver le plus rigoureux surviendrait simultanément à la pé-
riode d'étiage la plus critique n'est pas considéré).

• Le niveau du réservoir est le niveau mensuel simulé par le modèle SIMHYDE sans tenir
compte de la glace.

• Le volume mensuel de la glace échouée est égal à l'épaisseur moyenne de la glace durant
le mois multipliée par le changement de superficie du plan supérieur de l'eau liquide.

• L'accroissement mensuel du volume de la glace flottante est égal à l'accroissement moyen


de l'épaisseur multiplié par la superficie moyenne du plan supérieur de l'eau liquide (le vo-
lume de la glace échouée est déduit chaque mois du volume de la glace flottante).

6.6 Remplissage

6.6.1 Généralités
Le remplissage du réservoir à l'étude doit être examiné sous plusieurs aspects. Bien entendu,
l'objectif visé sur le plan strictement économique est de parvenir à un remplissage aussi rapide
que possible en vue de produire de l'énergie dans les meilleurs délais et ceci, pour autant que
les ouvrages et les équipements le permettent. Cependant, le taux et la durée du remplissage
sont essentiellement conditionnés par deux facteurs, à savoir les apports hydriques et la courbe
d'emmagasinement du réservoir. Puisque les apports hydriques sont de nature aléatoire de par
leur quantité et leur répartition dans le temps, ils sont étudiés selon une approche probabiliste.
Il est également possible d'ajouter une contrainte sur la vitesse de montée, en rapport avec les
contraintes environnementales ainsi que le comportement des berges et des ouvrages en rem-
blai.

6.6.2 Durée de remplissage


Le modèle REMPLIR peut être utilisé dans les cas simples. Ce programme prévoit la durée de
remplissage selon diverses probabilités ainsi qu'une courbe de montée du plan d'eau pendant
le remplissage selon des probabilités de 5, 50 et 95 %. La création d'un réservoir doit être pla-
nifiée de manière à tenir compte du risque et du coût associés à chaque paire du-
rée-probabilité. On doit faire un suivi au plan environnemental avant et pendant le remplissage.

Réservoirs page 6.3


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

La plupart du temps, une précision acceptable est obtenue en ne considérant que les éléments
suivants :

• courbe d'emmagasinement ;

• niveau initial ;

• niveau final ;

• débits mensuels (ou hebdomadaires).

Toutefois, si l'augmentation de superficie du réservoir créé est importante par rapport à la su-
perficie du bassin versant qui l'alimente, il est nécessaire de tenir compte des éléments sup-
plémentaires suivants :

• courbe de superficie ;

• évaporation moyenne de chaque période ;

• précipitation totale de chaque période.

Le modèle REMPLIR est utilisé quand un seul réservoir est simulé à la fois, c'est-à-dire où n'y a
pas d'optimisation de la gestion commune de plusieurs sites à faire et où il n'est pas nécessaire
d'évaluer la production énergétique pendant la période transitoire de mise en service de certai-
nes centrales correspondant au premier remplissage d'un ou plusieurs réservoirs. Dans les cas
plus complexes, le modèle GESTREMP peut servir à cette évaluation en tenant compte des
besoins de production durant le remplissage ; en plus des intrants mentionnés ci-dessus pour
REMPLIR, ce modèle doit représenter les caractéristiques des centrales à l'étude.

6.6.3 Taux de remplissage


Le remplissage d'un réservoir doit se faire à un taux qui ne met pas en danger la stabilité des
ouvrages de retenue ni celle des talus situés en périphérie du plan d'eau. Le début du remplis-
sage peut se faire à un taux accéléré, tant que le niveau de l'eau n'atteint que le pied du talus
des ouvrages ou des berges du réservoir. L'influence réelle du taux de remplissage sur chaque
ouvrage de retenue important et sur les talus les plus abrupts situés sur .le pourtour du réservoir
doit être évaluée (un taux limite de remplissage de 0,6 m/jour, soit le taux de remplissage des
réservoirs Manie 3 et aux Outardes 2 en phase finale, est suggéré).
En phase finale, le taux de remplissage des grands réservoirs est relativement lent, moins de
0,15 m/jour ; celui du réservoir d'une centrale au fil de l'eau, qui peut être aussi rapide que
2 m/jour, peut être généralement contrôlé par l'ouverture des vannes de l'évacuateur dont le
seuil est surbaissé.
Si cela présente un avantage économique, il est possible d'envisager le remplissage du réser-
voir en même temps que la construction des ouvrages de retenue, à condition d'assurer une
revanche suffisante en tout temps contre la crue millennale d'une part et de prévenir les débor-
dements dus à la crue décamillennale d'autre part. Le taux de remplissage doit être suivi au
plan environnemental avant et pendant le remplissage.

page 6.4 Réservoirs


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

6.7 Stabilité et étanchéîté


Les zones de talus potentiellement instables situées sur le pourtour du réservoir à l'étude sont
déterminées dès l'étude de faisabilité. L'influence de l'érosion du pied des talus est présumée à
cette étape ; elle est vérifiée au moyen de sondages et de relevés à exécuter par la suite, dans
le cadre des activités d'ingénierie. Une attention particulière doit être portée aux talus abrupts
avoisinant les principales structures. Au Québec, les talus argileux en équilibre précaire peu-
vent être le siège de glissements simples dont certains, affectent le sommet de ces talus et
peuvent causer des mouvements de grande ampleur communément appelés coulées. De tels
mouvements peuvent gêner l'exploitation d'une centrale, générer des vagues qui pourraient
déborder de la crête des ouvrages et avoir un impact sur la qualité de l'eau.
Les traits qui caractérisent les zones sujettes aux glissements de terrain incluent entre autres :

• les masses de terre dont le pied est érodé par des ruisseaux ou par le réservoir ;

• les pentes raides comportant de grandes masses de sol et roc dans un état lâche ;

• les fissures de tension au sommet des terrasses ou une démarcation abrupte des escar-
pements ;

• des surfaces bombées constituées de masses de glissement se trouvant en bas des escar-
pements ;

• une topographie inhabituelle, telles que des dépressions en forme de cuillère dans le ter-
rain ;

• les zones d'infiltration ;

• les dépressions linéaires ou allongées ;

• les canaux de drainage rapprochés ;

• l'accumulation de débris dans les vallées ou les canaux de drainage ;

• une coloration pâle sur les photographies aériennes aux endroits où la végétation et le drai-
nage ne sont pas rétablis ;

• les zones présentant une coloration variant de pâle à foncé sur les photographies aérien-
nes, les tons foncés indiquant une humidité élevée ;

• les changements dans la végétation indiquant des variations de l'humidité ;

• les arbres inclinés et les routes, les murs ou les clôtures déplacés à cause du fluage.

Réservoirs page 6.5


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Le repérage des zones potentiellement instables doit englober le pourtour du réservoir et les
vallées tributaires. Des glissements peuvent être déclenchés par plusieurs facteurs tels131 :

• les séismes ;

• une nappe phréatique élevée à cause de précipitations ou de la fonte de la neige ;

• la vidange rapide du réservoir ;

• des niveaux exceptionnellement élevés du réservoir ;

• l'érosion du pied des talus.

Les terrains situés en bordure du réservoir à l'étude doivent être examinés afin d'y détecter les
zones perméables où pourraient s'échapper les eaux du plan d'eau. La condition la plus critique
est celle d'une terrasse constituée de matériaux granulaires dont la cote de terrain est près de
celle du réservoir. Durant une étude de faisabilité, il ne faut pas présumer du degré de perméa-
bilité de ces terrasses, ni de la résistance à l'érosion interne des matériaux qui la composent.
Les passages potentiellement perméables détectés en bordure du réservoir doivent donc être
sondés afin d'y apporter les correctifs requis si la situation est précaire.

6.8 Vidange
Le rabattement rapide d'un réservoir qui s'appuie sur un talus de sol naturel ou de remblai a
pour effet de laisser une nappe d'eau élevée dans le massif de terre sous le talus. Plus le sol
est imperméable, plus l'abaissement de cette nappe est long ; celle-ci devient alors un élément
de déséquilibre dont il faut tenir compte dans l'évaluation de la stabilité des talus naturels situés
en bordure du réservoir à l'étude et des talus amont des ouvrages de retenue en remblai pré-
vus.
Un taux de vidange de l'ordre de 0,15 m/jour est tolérable pour la plupart des ouvrages de rete-
nue. Un taux plus rapide demande la réévaluation de la stabilité du talus amont de ces ouvra-
ges. Quant aux talus naturels potentiellement instables, l'influence d'une vidange rapide doit
être évaluée cas par cas ; pour ce faire, le niveau de la nappe phréatique et l'évolution des
pressions interstitielles dans le sol aux endroits jugés critiques sont suivis à l'aide de piézomè-
tres installés à différents niveaux sous la pente de talus. Normalement, une évaluation environ-
nementale est réalisée avant la vidange d'un réservoir.
Les talus de berge constitués de sol granulaire ou même de sol morainique (till) sont en géné-
ral sensibles à un rabattement soudain d'un réservoir. Il en va de même pour les talus argileux
du fait que la baisse de niveau élimine la pression de stabilisation exercée par l'eau sur les ver-
sants des talus. Selon les observations faites jusqu'à maintenant, un important rabattement est
requis pour provoquer un glissement dans un talus d'argile en équilibre précaire (de 5 à 10 m).

131
Les glissements de terrain majeurs sont souvent le résultat de la combinaison de ces facteurs.

page 6.6 Réservoirs


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

6.9 Rupture de barrage


Les phénomènes de formation et de propagation de l'onde de submersion qui résulterait de la
rupture d'un barrage dépendent principalement du mode de rupture du barrage, de la diffé-
rence entre les niveaux de l'eau en amont et en aval de l'ouvrage, du volume d'eau dans le ré-
servoir ainsi que de la géométrie et de la rugosité de la vallée en aval.
Au cours d'une étude préliminaire, un avis technique sur la problématique associée à la rupture
d'un barrage peut être parfois utile. Les analyses de comportement de l'onde sont toutefois
réalisées dans le cadre d'une étude de faisabilité afin d'établir un programme de protection de
la population vivant en aval du réservoir et d'évaluer les risques associés aux installations
riveraines et aux autres éléments d'intérêt du milieu.
Ces analyses sont généralement effectuées au moyen d'un modèle unidimensionnel ou bidi-
mensionnel ; un modèle physique est parfois requis pour les topographies complexes (sur un
court tronçon de la vallée). La zone couverte par le modèle doit inclure le réservoir, le barrage
ainsi que la vallée en aval du barrage jusqu'à l'endroit où une condition limite peut être impo-
sée. Les débordements dans les vallées secondaires doivent aussi être considérés. Les résul-
tats obtenus permettent de déterminer les paramètres suivants :

• Phydrogramme du débit à la brèche ;

• la durée de la vidange du réservoir en amont ;

• le temps d'arrivée du front d'onde en tout point de la vallée ;

• le niveau maximal de l'eau et son temps d'obtention le long de la vallée.

Ces paramètres sont utilisés pour tracer des cartes d'inondation de la vallée à l'échelle de
1 : 50 000 ou à une échelle plus grande si possible.
Les données de base requises pour analyser l'onde de submersion sont les suivantes :

• les données topographiques et bathymétriques représentatives ;

• la courbe d'emmagasinement ou les sections transversales de la partie amont du réservoir ;

• les caractéristiques d'exploitation de l'aménagement ;

• le niveau de l'eau dans la vallée et les débits de crue.

Les coefficients de rugosité peuvent être estimés à partir de photos aériennes ou terrestres ; la
forme et les dimensions de la brèche sont déterminées à partir des caractéristiques des ouvra-
ges de retenue, de leurs fondations ainsi que de la topographie et de la nature des appuis du
barrage.

Réservoirs page 6.7


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Les calculs effectués s'appuient sur les hypothèses suivantes :

• la géométrie de la vallée est invariable, c'est-à-dire sans érosion ni dépôt durant


l'événement et libre de glace et de débris ;

• les conditions normales d'exploitation s'appliquent en temps sec, avec le niveau maximal
d'exploitation du réservoir (au débit module) et avec les ouvrages d'évacuation fermés ;

• les ponts traversant les cours d'eau ne résistent pas à l'onde de rupture ;

• le temps requis pour que la rupture du barrage soit complète dépend du type de l'ouvrage ;
Dans le cas d'un barrage en béton, une nappe d'eau peut soit déferler librement sur sa
crête, soit entraîner sa rupture lorsque la hauteur de la nappe dépasse la crête de l'ouvrage
de 1,5 m. La brèche est de forme rectangulaire et elle est considérée comme étant com-
plète après un intervalle de temps de 0,2 h. La largeur d'une brèche dans un barrage-poids
est généralement de 3 à 4 fois la hauteur de l'ouvrage ; elle peut atteindre la moitié de la
longueur d'un barrage-poids et jusqu'à 80 % de la longueur d'un barrage-voûte ou à
contreforts. La hauteur de la brèche est limitée par la fondation du barrage qui est norma-
lement en roc.
Dans le cas d'un barrage en remblai, il y a rupture progressive par érosion dès que le ni-
veau du réservoir atteint la crête de l'ouvrage. La brèche est de forme trapézoïdale et elle
est considérée comme complète après un intervalle de temps variant entre 0,2 et 5 h. La
pente des côtés de la brèche peut varier entre 1V : 1H et 5V : 1H ; elle est généralement de
2V : 1H pour un barrage en enrochement. La largeur moyenne de la brèche peut atteindre
de 0,5 à 4 fois la hauteur maximale de l'ouvrage. Sa hauteur n'est pas limitée à la hauteur
du barrage si celui-ci n'est pas érigé sur le roc. La profondeur de la brèche peut alors être
estimée à partir du profil du lit de la rivière en amont et en aval de l'ouvrage.

• sauf pour les barrages-voûte, la rupture est généralement partielle et n'entraîne pas la perte
de tout l'ouvrage.

D'autres conditions hydrauliques peuvent être considérées en temps mouillé, notamment les
suivantes :

• le niveau maximal d'exploitation du réservoir atteint lors de la crue de conception et les ou-
vrages d'évacuation ouverts à 50 et à 100 % ;

• le niveau maximal critique, où la crue maximale probable (CMP) est retenue, et les ouvra-
ges d'évacuation ouverts à 50 et à 100 %.

Si l'ouvrage n'est pas conçu pour retenir la CMP comme crue de sécurité, il y a lieu d'étudier le
cas avec le niveau du réservoir et le type de crue qui provoqueraient la rupture avec les ouvra-
ges d'évacuation ouverts à 50 et à 100 %.
Les études de rupture répondent à des demandes de la protection civile dans une perspective
de sécurité globale à long terme, ce type d'étude est réactivé très souvent suite à une catastro-
phe où devis ponctuel, en général ce sont des événements à faible probabilité d'occurrence.

page 6.8 Réservoirs


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

6.10 Foresterie

6.10.1 Législation
Les objectifs de la Loi sur les forêts (L.R.Q., chap. F-4.1) adoptée en 1986 sont d'assurer la pé-
rennité des ressources et le respect de la polyvalence du milieu forestier du domaine public lors
d'un aménagement forestier. Au sens de cette loi, le mot « aménagement » comprend
« l'abattage et la récolte de bois, l'implantation et l'entretien d'infrastructures, l'exécution de
traitements sylvicoles, y compris le reboisement et l'usage du feu, la répression des épidémies
d'insectes, des maladies des arbres et de la végétation concurrente de même que toute autre
activité ayant un effet sur la productivité d'une aire forestière ».
Les Normes d'intervention dans les forêts du domaine public (décret 1627-88) précisent les
pratiques sylvicoles autorisées dans chaque unité territoriale ainsi que les règles à suivre dans
le cadre des activités d'aménagement forestier. Ces normes visent à maintenir ou à reconsti-
tuer le couvert forestier, à protéger l'ensemble des ressources du milieu forestier et à assurer
que les travaux d'aménagement forestier réalisés dans une aire donnée sont compatibles avec
l'affectation de cette aire.

La loi définit le mode de gestion et d'attribution des bois : le contrat d'approvisionnement et


d'aménagement forestier (CAAF). Ce contrat lie un industriel exploitant une usine de transfor-
mation du bois et le ministère responsable de la gestion des forêts. Il comporte à la fois des
droits et des obligations. Le détenteur d'un CAAF acquiert notamment le droit de récolter an-
nuellement un volume de bois donné sur un territoire forestier déterminé ; en retour, il s'engage
à réaliser, à ses frais, les travaux sylvicoles requis pour assurer le rendement soutenu du terri-
toire forestier où il approvisionne son usine. Le volume attribué ne peut en aucun cas dépasser
la possibilité annuelle de coupe à rendement soutenu de l'aire visée, c'est-à-dire le volume
maximal de bois qu'on peut y prélever à perpétuité sans en diminuer la capacité de production.
Le CAAF est un contrat de 25 ans, prolongé tous les cinq ans si le bénéficiaire respecte ses
obligations.
Les aires forestières sur lesquelles ne s'exerce aucun contrat d'approvisionnement et d'aména-
gement forestier sont constituées en réserves forestières. Dans ces réserves, le ministre peut
réaliser des activités d'aménagement forestier en respectant la possibilité annuelle de coupe à
rendement soutenu.

6.10.2 Impact et autorisations


Les activités de projet finissent par avoir pour effet la création de réservoirs, ce qui entraîne
une réduction de la productivité de cette aire forestière. Ces activités sur le terrain sont donc
assujetties à la Loi sur les forêts et aux normes d'intervention en milieu forestier. Pour les ter-
rains privés, les activités sont soumises au Code civil.

Réservoirs page 6.9


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Les effets des activités de projet sur la ressource forestière, sur les activités des bénéficiaires
de CAAF et sur les autres ressources et utilisateurs du territoire doivent être évalués à chaque
étape des études. Des mesures d'atténuation doivent aussi être élaborées pour minimiser les
effets de ses interventions sur la ressource forestière.
Des autorisations et des permis sont requis à toutes les étapes d'un projet pour respecter la Loi
sur les forêts, la Loi sur les terres du domaine public et le Code civil. Plusieurs de ces autorisa-
tions et permis, n'ayant qu'une durée de douze mois, doivent être renouvelés annuellement.

6.10.3 Nature des études


Les études forestières doivent être incluses à chacune des étapes d'étude d'un projet pour ré-
pondre aux attentes du public et du gouvernement. Les objectifs, le contenu et les critères
d'exécution de ces études forestières doivent être adaptés à chaque étape d'étude d'un projet.

6.10.3.1 Etude sommaire


Une revue des études forestières existantes est requise dans certains cas, particulièrement en
territoire déjà exploité commercialement, lorsque cet élément risque d'avoir un impact sur la
faisabilité du projet.
L'étude du milieu forestier à cette phase vise à préciser de façon succincte les contraintes de
réalisation ainsi que les incidences sur la forêt et sur ses utilisateurs. Les objectifs de l'étude
sont alors de fournir des informations générales sur le contexte forestier :

• vocations et utilisations ;

• définition écologique, composition botanique ;

• tenures ;

• superficies forestières affectées (par type de peuplement) ;

• volumes de bois affectés et récupérables ;

• obligations d1 Hydro-Québec envers la ressource forestière et les autres ressources ;

• estimation des échéanciers et des coûts reliés à la forêt, en fonction de trois scénarios :
• pas de récupération,
• récupération totale,
• récupération partielle ;

• objectifs et coûts des études ultérieures.

page 6.10 Réservoirs


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Les données de base sont obtenues des cartes forestières existantes, des images prises par
satellites ou par photo-mosaïques et des statistiques disponibles auprès du MFO.
Le rapport d'étude forestière comprend, en plus des mesures, des calculs et des conclusions
des analyses, une partie cartographique pour illustrer le territoire affecté sur les cartes appro-
priées.

6.10.3.2 Étude préliminaire


À cette étape, l'étude forestière permet d'analyser et de préciser les contraintes de réalisation
et la portée des incidences du projet dans le contexte économique régional et provincial.
Les objectifs de l'étude forestière sont donc :

• de dresser le portrait forestier de la région (tenures, activités, politiques de gestion, etc.) ;

• de préciser les volumes et les superficies des terrains forestiers affectés et d'en faire la re-
lation avec le contexte régional (perte de possibilité, perturbation du réseau routier forestier,
etc.);

• de recommander des mesures d'atténuation et de préciser les obligations d'Hydro-Québec


en la matière ;

• de définir les objectifs et les coûts des études ultérieures.

La collecte des données s'effectue sur une base régionale et locale. Elle a pour but d'obtenir
pour les terrains inondés et le territoire affecté, des inventaires physiques, administratifs (liste
des bénéficiaires de CAAF, réglementations) et techniques (cotes de retenue, marnages) ainsi
que des données forestières.
Le traitement des données permet d'obtenir des résultats tels :

• rétablissement des volumes récupérables de bois affecté ;

• rétablissement de la perte de possibilité annuelle de coupe à rendement soutenu.

L'analyse des résultats permet d'établir les effets et les conséquences du projet sur le milieu fo-
restier, de même que les contraintes de réalisation sur les éléments du milieu et sur le projet
lui-même, tels que :

• les bénéficiaires de CAAF affectés ;

• l'échéancier de réalisation du projet, compte tenu de la récupération des volumes de bois et


des attributions à chaque bénéficiaires de CAAF ;

• l'ampleur des travaux sylvicoles à réaliser pour compenser la perte de possibilité.

Réservoirs page 6.11


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Le rapport de foresterie que l'on nomme « portrait forestier » doit aussi :

• proposer des mesures d'atténuation pour compenser la perte de possibilité forestière de la


région affectée par le projet ;

• présenter une carte synthèse illustrant la tenure, la subdivision administrative du MFO, les
aires communes, le réseau routier principal et les territoires ennoyés ;

• comprendre des cartes forestières à l'échelle de 1:20 000 illustrant en détail la tenure, tout
le réseau routier, les peuplements forestiers et la zone inondée.

De plus, un rapport sectoriel dresse une synthèse des résultats, analyse les incidences du
projet sur la forêt et détermine les obligations d'Hydro-Québec. Il contient en outre des analy-
ses économiques ainsi que des prévisions et des recommandations quant aux études de la
phase suivante, incluant les besoins financiers.

6.10.3.3 Étude de faisabilité


Les activités de l'étude de faisabilité comprennent les études servant à préciser les données
obtenues durant l'étude préliminaire ainsi que les démarches ayant pour but de préciser les
obligations d'Hydro-Québec et coûts en découlant.
Elles comprennent les éléments suivants :

• révision du « portrait forestier » ;

• inventaire d'intervention de chaque réservoir, en collaboration avec le MFO, pour préciser le


volume des bois marchands des terrains affectés à récupérer ;

• plan d'intervention de chaque réservoir en vue de déterminer, par bloc, le volume récupéra-
ble et le coût de récupération des bois marchands affectés
À cette fin, les critères d'identification des strates potentiellement récupérables sont les sui-
vantes :
• volume supérieur à 50 m3/ha ;
• pente inférieure à 40 %.

• incidence économique du projet sur l'activité forestière (récolte des bois, camionnage, flot-
tage, transformation, etc.) ;

• analyse des mesures visant à corriger ou atténuer les effets du projet sur la forêt ;

• négociation d'un protocole d'entente avec le MFO ;

• négociation d'ententes avec chaque bénéficiaire de CAAF pour la récupération des bois
marchands affectés ;

• évaluation des propriétés privées ;

page 6.12 Réservoirs


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

• évaluation du coût de déblaiement des terrains ennoyés ;

• participation aux études de la vice-présidence Environnement qui ont un contenu forestier.

Le rapport sectoriel fait une synthèse des données forestières, met en évidence les points sen-
sibles de la problématique et présente les échéanciers et les coûts forestiers du projet.

6.11 Références
Référence 6.1 Department of Energy, Fédéral Energy Regulatory Commission. 1991. En-
gineering Guidelines for thé Evaluation of Hydropower Projects. (FERC
0119-2).
Référence 6.2 Margolis, M.H. et Yung, K.Y.C. 1991. Dam Breach Inundation Studies on
B.C. Hydro Dams, International Conférence - Dam Break Flood Wave Si-
mulation.

Réservoirs page 6.13


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Ouvrages de retenue en béton

7.1 Généralités
L'objectif de la rubrique 7 est de présenter les critères pour la conception des barrages-poids
en béton pour les nouveaux aménagements hydroélectriques. Ceux-ci sont des structures
conçues de manière à ce que leur poids propre assure la stabilité sous l'effet des efforts impo-
sés. Par cette définition, on peut considérer, nonobstant certaines exigences spécifiques, les
prises d'eau avec ou sans centrale incorporée dans le corps de l'ouvrage, les évacuateurs de
crues, les ouvrages régulateurs, les barrages-poids évidés et les barrages à contreforts comme
faisant partie de la grande famille des barrages-poids. Des exemples de conception typique
sont illustrés aux figures 7A à 7.4. La figure 7.1 montre une vue en plan et les différentes cou-
pes des ouvrages pour l'aménagement La Gabelle construit en 1924. On peut voir à la
figure 7.2, des profils longitudinaux ainsi que différentes coupes de l'aménagement Manic-2
construit en 1965 et dont la particularité est la présence d'évidements vis-à-vis les joints trans-
versaux. À la figure 7.3 et à la figure 7.4, on peut voir des coupes de la nouvelle prise d'eau in-
tégrée à la centrale ainsi que du nouvel évacuateur de l'aménagement Grand-Mère dont la
construction est projetée pour l'an 2000.
Contrairement aux barrages-poids conventionnels qui n'utilisent que leur poids propre, les bar-
rages à contreforts utilisent le poids de l'eau au-dessus de la face amont pour assurer leur sta-
bilité. Ces barrages sont constitués généralement de dalles inclinées du côté amont s'appuyant
sur une série de contreforts du côté aval perpendiculaires à l'axe du barrage. Pour un barrage
de faible hauteur, les dalles peuvent parfois être conçues comme des éléments en béton armé.
Pour un barrage de hauteur plus importante, les dalles sont constituées par des voûtes en bé-
ton. C'est alors un barrage à voûtes multiples. Un barrage à contreforts ou à voûtes multiples
utilise moins de béton qu'un barrage-poids conventionnel. Cependant, les économies en béton
peuvent facilement être dépassées par le coût additionnel requis en main-d'œuvre et pour les
coffrages.
Actuellement au Québec, on peut affirmer que le rapport entre les coûts de la main d'œuvre et
les coûts des matériaux n'est pas favorable à la construction de barrages à contreforts.
D'ailleurs, selon Jansen (référence 7.92), cette solution ne serait viable que dans les pays où
les coûts de la main d'œuvre sont faibles. Pour cette raison, la présente rubrique ne traite pas
de la conception des barrages à contreforts ou à voûtes multiples et se limite à la conception
des barrages-poids. Généralement, ce type de barrage suit un alignement rectiligne en plan,
mais dans certains cas, l'alignement peut être curviligne ou avec des angles de façon à optimi-
ser l'utilisation du profil topographique du site. La conception d'un aménagement hydroélectri-
que inclut non seulement la détermination des proportions les plus efficaces et économiques
des structures de retenue, mais également la détermination de l'ouvrage de contrôle et
d'évacuation des eaux la plus appropriée pour la fonction de l'aménagement.
Dans cette rubrique, on retrouve la définition des critères de conception qui sont communs à
ces ouvrages. D'autres précisions ou spécificités se retrouvent dans les rubriques respectives
qui leur sont consacrées.

Ouvrages de retenue en béton page 7.1


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.1.1 Origine des barrages-poids en béton


À travers les époques, le recours aux barrages-poids en béton s'est répandu en raison de la
stabilité inhérente à ce type d'ouvrage et de son étanchéité améliorée par rapport aux anciens
barrages en terre et en maçonnerie non liée, permettant ainsi de réduire considérablement le
volume des ouvrages. Cette pratique a entraîné, à son tour, de nombreux progrès dans la
technologie du béton, tant sur la composition, la fabrication, la mise en œuvre que sur les trai-
tements pour la conservation, d'où une utilisation toujours plus efficiente de ce matériau, met-
tant à profit ses propriétés particulières.
Ainsi, d'une part, on évite de solliciter le béton en cisaillement ou en traction, qui sont des do-
maines de faiblesse pour ce matériau, ou alors on y pallie par des armatures d'acier. Certes,
depuis la fin du siècle dernier, les barrages-poids en béton massif conventionnel ont connu une
grande vogue et un grand développement. Pour diverses raisons, ils ont peu à peu cédé la
place aux autres types de barrage. Mais aujourd'hui, la technique du béton compacté au rou-
leau (BCR) se développe rapidement et ses avantages, entre autres la rapidité de réalisation,
tendront à maintenir les barrages-poids en béton comme alternative pour les futurs projets
d'ouvrage de retenue.

7.1.2 Contexte de construction des ouvrages en béton


II est important de prendre en considération l'évolution du contexte de construction des ouvra-
ges en béton à Hydro-Québec. Depuis la fin des travaux de la baie James, on peut dire que
l'ère des grands travaux reliés à la construction de grands barrages est révolue. La réalité ac-
tuelle fait en sorte que la majorité des prochains ouvrages de retenue seront des ouvrages de
faible et de moyenne hauteur. De plus, le coût des barrages en béton conventionnels est géné-
ralement plus élevé que les barrages en enrochement. Par conséquent, il est impératif
d'adapter notre façon de concevoir les prochains ouvrages à ce nouveau contexte. Bien que les
mêmes critères de conception puissent être utilisés, il est indéniable que la méthodologie de
gestion pour la construction de petits barrages doit être revue et allégée. Le processus
d'optimisation des nouveaux projets devrait permettre d'envisager des conceptions d'ouvrages
innovateurs ou non conventionnels qui pourraient permettre des économies substantielles par
rapport à des ouvrages traditionnels. Quelques exemples de ces ouvrages, tirés du bulletin 83
de la Commission Internationale des Grands Barrages (référence 7.45), sont donnés à la
figure 7.5.

page 7.2 6 : Ouvrages en béton


NOTE: On doit ajouter 0,8 pied a toutes les cotes
•5ûT~ce plan pour obtenir la cote géodéaique
réelle.
Ex.: cote 115' = cote 115,8' ou 35,30 m
(cote géodésique réelle)

COUPE A-A (CLOISON)


COUPE D-D (DÉVERSOIR) tCH.: l'-2e'-0'
tCH. •.!'• ZO'-O"

PLAN!
fr I-MM'.Q-

COUPE C-C.(EVACUATEUR) COUPE B-Q (CENTRALE)


CCH :l'-;o'-0' ECU.: I" • 20'- 0"

Figure 7.1
COUPE E-E
teu.: i' » ao'-e'

0039
1
eu OR.G£N.PROOUCTtON ET TRANSPORT
OlRICTIONAPmRtlllAU [TINTRCTICN
ouvKMn K a Hydro - Québec
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AMENAGEMENT LA GABELLE
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« (Mf(t«»MM«U«4 HIKfWmM

-•~ PT-5-484. .,
17 — SPIU.WAT-BLOCUS O-tt PKST O'EAU
CENTRE BUUOCAO - BLOCKS I1-2E
M-X-9-D-892, «7 B 038
SALLE_ DES HUILER ET
181-9-0-
M89-M»)
IRE Pg L* ÉQlgP ft* RI I r*

ÎLERÏ'SuSÉBEURE- Viïlfi..:i.--V.:SîvK

COUPE A' TRAVERS LES GALERIES


SECTION THROUGH GALLERIES

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HUXE - BLOCUS 27-34

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COUPE A1 TRAVERS LES GALERIES


SECTION THROUGH GALLERIES

SECTION SECTION SECTION

^ RÉFÉRENCE
HVDRO-QUÉBEC
SECTIONS -POOS. DEVERSOO» ET CRISE D'EAU
ACDtCEKEMT CEMEBAL - 6ALERIES
BULKHEADS. SPIU.WAY AND «TAXE
28-1-9-0-IMJ MANICOUAGAN
GENERAL ARRANGEMENT - 6AU.CRIB
SECTIONS-POIDS,DÉVERSOIR a PRISE D'EAU
AGENCEMENT GÉNÉRAL- GALERIES
BULKHEADS-SPILLWAY AND INTAKE
GENERAL ARRANGEMENT - GALLERIES
H. o. «CRES a coumuiT UMTEO I
Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 7.5 : Solutions inhabituelles pour l'étude de futurs projets


MIERIAU ETANCHE-

(a) (b) (c)

- REMBLAI DUR
MASQUE EN ACIER

(d) (e) (f)

ENROCHEMENT
ETANCHEITE AMONT

(9) (h)

7.1.3 Cadre réglementaire


La conception des nouveaux ouvrages doit respecter la réglementation en vigueur et doit pren-
dre en considération les modifications aux règlements à venir. Ceci est particulièrement impor-
tant maintenant puisqu'à la suite des événements reliés aux inondations dans la région du Sa-
guenay en 1996, le gouvernement du Québec décidait de légiférer pour assurer la sécurité des
barrages au Québec.
Bien qu'à l'heure actuelle, la loi n'ait pas encore été adoptée, les indications contenues dans
l'avant-projet de loi de 1998 sont assez claires sur l'orientation et le contenu de celle-ci. De
plus, il y a de fortes chances que certains critères contenus dans le guide de vérification de la
sécurité des barrages émis par l'Association Canadienne des Barrages (ACB/CDA) en jan-
vier 1999 soient adoptés comme tel ou en partie dans le cadre législatif établi. C'est d'ailleurs
une des raisons pour lesquelles certains des critères de CDA (référence 7.16) ont été intégrés
à l'intérieur de nos critères de manière à assurer la sécurité et la pérennité des nouveaux bar-
rages-poids en béton ainsi que leur conformité aux lois et règlements gouvernementaux aux-
quels ils sont ou seront assujettis.

Ouvrages de retenue en béton page 7.11


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.1.4 Gestion du risque


Lors de la conception des nouveaux ouvrages en béton, il est essentiel que l'optimisation des
coûts de construction soit réalisée à l'intérieur d'un cadre permettant d'assurer un niveau de
sécurité acceptable. Pour ce faire, il est nécessaire que les concepteurs aient une connais-
sance approfondie des mécanismes de défaillance pouvant amener une rupture de l'ouvrage
ou une perte de fonctionnalité ainsi que la capacité de définir et de quantifier les différents ris-
ques propres aux aménagements hydroélectriques. Ici, on doit considérer la définition de rup-
ture comme étant celle utilisée en analyse de risques, c'est-à-dire l'incapacité d'une compo-
sante à remplir la fonction pour laquelle elle a été conçue. Par conséquent, selon cette défini-
tion du terme, on peut considérer, par exemple, que la défaillance d'un moteur actionnant le
système de levage des vannes d'un évacuateur amène la rupture fonctionnelle de l'évacuateur.
Les conséquences de cette rupture pouvant être peu importante ou déterminante quant au
maintient de la production et de l'intégrité structurale assurant la retenue du réservoir.
D'autre part, il est important de reconnaître que la sécurité absolue d'un ouvrage ne peut être
garantie même si l'objectif de réduire les risques à zéro est visé. Par conséquent, le rôle du
propriétaire doit être tel que les risques doivent être analysés d'une façon intelligente et ration-
nelle de manière à allouer les ressources nécessaires, mais non illimitées, permettant de ré-
duire ces risques au niveau le plus faible possible.
Pour ce faire, il est nécessaire de définir une nouvelle approche de conception basée sur la
gestion du risque. Bien qu'il soit reconnu que l'application des concepts d'analyse de risques à
la sécurité des barrages pose certaines difficultés (référence 7.69), il est essentiel d'introduire
graduellement ces concepts dans les critères de conception d'une manière efficace et écono-
mique.
C'est donc notre objectif de réviser dans les prochaines années les critères de conception de
manière à intégrer la gestion du risque faisant appel à l'étude systématique de scénarios
d'événements pouvant entraîner des dommages économiques et mettre en danger des per-
sonnes. Ces scénarios de défaillance font appel à des notions probabilistes et semi-
probabilistes afin de quantifier les risques encourus. Entre-temps, pour familiariser le concep-
teur à cette nouvelle approche, nous avons introduit la rubrique 7.7 portant sur certaines no-
tions sommaires de l'analyse de risques.

7.1.5 Contenu et organisation des rubriques


Outre les généralités contenues dans la rubrique 7.1 incluant des indications sur le contexte de
construction, les nouvelles orientations et le cadre réglementaire dans lequel Hydro-Québec
doit concevoir ses ouvrages, la rubrique 7 contient les sections utiles au concepteur pour la
conception des ouvrages de retenue en béton. Ceci est une modification importante par rapport
à l'ancien document de la DAC (référence 7.82) où les critères structuraux étaient répartis dans
plusieurs chapitres. Nous croyons que la façon de faire actuelle, en regroupant les charges et
combinaisons de charges ainsi que les critères de vérification dans le même chapitre, facilitera
le travail du concepteur.

page 7.12 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Les rubriques 7.2 à 7.7 fournissent des renseignements généraux utiles aux concepteurs. La
rubrique 7.2 définit le type de structure pour lequel les critères établis sont applicables. Ces
structures incluent les barrages-poids en BCR ainsi que certains types de barrage mixte. La ru-
brique 7.3 présente le cycle de vie, la durabilite et l'usage fonctionnel attendus des ouvrages de
retenue en béton. La rubrique 7.4 donne l'objectif de conception et d'optimisation des nouveaux
ouvrages. Celui-ci doit viser à réduire le coût global de l'aménagement pour un niveau de sécu-
rité acceptable. Des recommandations sont fournies à la rubrique 7.5 pour les dessins, les épu-
res de stabilité et l'archivage des documents. La rubrique 7.6 présente brièvement les deux
méthodes d'analyse les plus couramment utilisées, soit la méthode de gravité et la méthode
des éléments finis. L'analyse de risques est sommairement abordée à la rubrique 7.7.
La rubrique 7.8 donne des indications sur les propriétés des matériaux, principalement pour le
béton de masse et les joints de reprise de bétonnage niais également pour le roc de fondation
et l'acier.
Les rubriques 7.9 à 7.23 présentent les différentes charges qui doivent être considérées pour
l'analyse des ouvrages de retenue en béton. La rubrique 7.9 définit sommairement ces diffé-
rentes charges. Les rubriques 7.10 à 7.23 présentent en détails d'autres types de charges.
Les rubriques 7.24 et 7.25 représentent le cœur de la rubrique 7 où se retrouve la définition des
combinaisons de charges et des critères de vérification de la stabilité des ouvrages.
Les rubriques 7.26 à 7.32 fournissent des informations complémentaires. Compte tenu de la
particularité des évacuateurs de crues, la rubrique 7.26 présente certaines notions utiles pour
les concepteurs. La rubrique 7.27 présente les principes et la méthodologie préconisée pour la
conception parasismique des ouvrages en béton. La rubrique 7.28 rappelle au concepteur
l'importance de vérifier la stabilité de la fondation. Plusieurs informations sont fournies à la ru-
brique 7.29 pour aider le concepteur à optimiser les sections des ouvrages. Compte tenu de
ses particularités, la rubrique 7.30 présente plusieurs informations utiles sur l'utilisation du BCR
pour les ouvrages de retenue. La rubrique 7.31 présente certains concepts de barrage mixte
qui pourraient permettre des économies par rapport à des solutions traditionnelles.
L'auscultation des barrages en béton est traitée à la rubrique 7.32. Finalement, la rubrique 7.33
fournit une liste exhaustive des références mentionnées et utilisées dans la préparation des ru-
briques.

7.2 Structures en béton

7.2.1 Types de barrages en béton


On distingue trois catégories principales de barrages en béton : les barrages-poids (PG), les
barrages-voûte (VA) et les barrages à contreforts (CB). En raison du faible nombre de barra-
ges-voûte et de barrages à contreforts existants ou prévus dans les aménagements futurs, et
comme mentionné précédemment, la rubrique 7 ne porte que sur les barrages-poids et aucun
critère n'y est présenté pour les autres catégories de barrages.

Ouvrages de retenue en béton page 7.13


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Les principaux avantages du béton pour la construction de barrages sont les suivants :

• rigidité et stabilité globale de l'ouvrage lui conférant la capacité de subir sans dommage dés
débordements importants en cas de crues exceptionnelles et de résister à la submersion
durant la construction ;

• volume réduit, permettant des économies substantielles en territoire développé et aux sites
où les matériaux de construction ne sont pas disponibles ;

• facilité d'intégration des ouvrages hydrauliques tels que prise d'eau, conduites, évacuateur,
ouvrage régulateur, pertuis de fond, passes à poisson, écluse, etc., d'où économies possi-
bles résultant d'une dispersion moins grande des chantiers ;

• exigences relativement faibles et bien connues quant aux caractéristiques des granulats re-
quis et possibilité de recourir aux bancs d'emprunt et carrières proches du chantier ;

• adaptabilité du béton aux exigences spécifiques, par le choix du type de ciment et par son
dosage ;

• construction facilitée par la maniabilité du matériau lors de la mise en place, la disponibilité


d'équipements de bétonnage de haut rendement et la possibilité de réaliser avec précision
des formes géométriques complexes ;

• durée de vie relativement longue, généralement supérieure à 50 ans ;

• possibilité de mise en eau avant la fin de la construction.

À noter que les deux premiers avantages mentionnés ci-dessus permettent de réduire l'enver-
gure des ouvrages de dérivation.
Les barrages en béton requièrent certaines conditions de site et présentent aussi certains in-
convénients spécifiques qui pourront être réduits appréciablement par le soin apporté à leur
conception, mais qui obligent à des précautions dont certaines sont coûteuses :

• la fondation de l'ouvrage en béton doit avoir une bonne capacité portante, à défaut de quoi
les excavations exigées pour atteindre le roc sain peuvent devenir prohibitives ;

• les granulats utilisés pour la fabrication du béton ne doivent pas être réactifs ;

• la nécessité de contrôler le retrait thermique du béton par l'ajout de joints de retrait (d'autres
mesures spéciales peuvent être requises, telles que le réchauffement ou le calorifugeage
des surfaces exposées en saison froide, l'incorporation de glace dans le béton en saison
chaude ou l'utilisation de produits pouzzolaniques) ;

• le retrait hygrométrique résultant d'un béton surgâché pour faciliter la mise en place doit
être limité (par contre, l'utilisation d'un béton plastique peu gâché exige plus de travail de
vibration) ;

• la drainage des eaux d'infiltration rend nécessaire la construction de galeries de drainage


dans les grands ouvrages.

page 7.14 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.2.1.1 Profil

La face amont des barrages-poids est généralement verticale ou légèrement inclinée. La crête,
qui sert généralement de voie de service, a une largeur variant de 5 à 10 m.

7.2.1.2 Drains

La décision de drainer les fondations et le parement amont d'un ouvrage doit être prise après
l'étude, notamment, des points suivants :

• la hauteur de l'ouvrage ;

• les conditions géologiques ;

• la méthode de drainage de la galerie (par gravité, par pompage) ;

• les coûts d'éclairage et de ventilation de la galerie ;

• la construction d'accès et d'issues de secours ;

• l'efficacité prévue du drainage et les moyens alternatifs de drainer ;

• les économies résultant de la diminution du volume de béton.

7.2.1.3 Galeries

Les barrages-poids d'une certaine importance ont habituellement des galeries internes dont le
rôle est de permettre l'inspection du béton, l'entretien du réseau de drainage et l'installation
d'instruments d'auscultation si requis. Les dimensions typiques d'une galerie sont de 2 m de
largeur sur 3 m de hauteur. La figure 7.6 et la figure 7.7 illustrent la géométrie des galeries
dans le corps d'un barrage-poids typique.

Ouvrages de retenue en béton page 7.15


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 7.6 : Section typique d'un barrage-poids avec galeries

A. Joints de dilatation transversaux


B. Galeries longitudinales
C. Tunnels pour le drainage et l'injection
de la fondation
D. Joints de construction
E. Galeries transversales
F. Rideau d'injection
G. Drains de la fondation
H. Drains dans la structure

Adaptation de EPRI (1986)

Figure 7.7 : Détail d'une galerie de drainage

A. Galerie longitudinale E. Drain de la fondation


B. Fondation F. Drain dans le barrage
C. Caniveau G. Amont
D. Rideau d'injection H. Aqulsition des données
d'instrumentation

Adaptation de EPRI (1986)

7.2.1.4 Dimensions des blocs et joints de construction

Un barrage-poids est constitué de blocs de béton superposés que l'on vient par la suite injecter
au besoin pour assurer le monolithisme. La dimension des blocs est déterminée par la réaction
thermique du béton.

page 7.16 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

L'expérience et les calculs ont démontré que, sans refroidissement, les dimensions des blocs
ne doivent pas dépasser 15m de largeur sur 2m d'épaisseur. Il est également nécessaire
d'introduire des joints de contraction ou de dilatation dans les barrages-poids. La figure 7.8 il-
lustre un détail d'un joint de dilatation. À noter que la pratique d'Hydro-Québec est d'omettre le
drain du joint (c) au profit des drains de parement (e).

Figure 7.8 : Détail d'un joint de dilatation

a - Joint de dilatation transversal


b - Cfés
c - Drain du joint
d - Lame d'étanchéité
e - Drain dans le corps de l'ouvrage
Adaptation de EPRI (1986)

Pour bétonner des blocs plus gros, il faut refroidir le béton soit en ajoutant de la glace, sort en
contrôlant la température des matériaux par un autre moyen approprié141. Par exemple, on peut
utiliser des circuits de refroidissement, mais il s'agit d'un dispositif coûteux que l'on évite habi-
tuellement.

7.2.2 Barrage-poids en BCR


Tout comme le béton conventionnel, le BCR est un mélange de granulats inertes, de liants et
d'eau. Cependant, son faible dosage en eau et en liants rend possible sa mise en place à l'aide
de la machinerie utilisée habituellement pour les terrassements (camion à benne, bouteur et
rouleau compacteur) et permet l'installation rapide de grandes quantités de béton. Ceci en fait
un matériau destiné à constituer de gros massifs tels les barrages-poids. De plus, la possibilité
de mettre en place rapidement de grandes quantités de béton permet de réduire les coûts des
barrages. Tout comme les barrages en béton conventionnel, les barrages-poids en BCR tolè-
rent les débordements ce qui permet d'adopter une-revanche plus faible que pour les barrages
en enrochement et permettent l'intégration des ouvrages de contrôle au barrage même.

Ce sujet est traité à la rubrique 7.19.2.1.

Ouvrages de retenue en béton page 7.17


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.2.3 Barrage mixte


Les barrages mixtes sont des ouvrages utilisant deux matériaux très différents. Ces nouveaux
types de barrages constituent en fait des modifications apportées aux barrages-poids en BCR
et sont optimisés de manière à réduire les quantités de BCR, simplifier la réalisation de l'étan-
chéité (en éliminant le surdosage en amont ou le masque amont), supprimer certains coffrages
et améliorer la facilité d'accès à l'ouvrage en construction. Les économies proviennent de la ré-
duction des quantités et de l'utilisation d'un BCR peu dispendieux, ne comportant pas de spéci-
fication coûteuse liée à l'étanchéité : ceci est rendu possible grâce à une bonne étanchéité
amont.
Selon les études conceptuelles réalisées par la CIGB (référence 7.45), ces nouveaux types de
barrages permettraient de réaliser des économies de l'ordre de 20 % par rapport aux barrages
classiques. De plus, ils nécessitent des volumes réduits pour les emprunts et les carrières en
raison du volume réduit des barrages et permettent souvent le déversement sur le corps du
barrage. Quelques types sont présentés plus loin.

7.3 Objectifs de performance

7.3.1 Cycle de vie et durabilité


Les structures de béton doivent résister de manière sécuritaire aux charges qui les sollicitent
durant leur construction, leur première mise en eau et leur exploitation, sans exposer à un ris-
que inacceptable les personnes, les propriétés situées en aval et l'environnement. Leur
conception doit être optimisée de manière à garantir économiquement leur durabilité et leur pé-
rennité en tenant compte des réparations périodiques. La durée de vie économique des ouvra-
ges est de 50 ans. Cependant, l'expérience acquise avec les ouvrages existants permet d'envi-
sager une durée de vie de l'ordre de 100 ans. D'autre part, la qualité des matériaux utilisés pour
les surfaces exposées aux intempéries devrait permettre une durée de vie supérieure à 25 ans
pour ces surfaces. La conception doit en outre prévoir les moyens d'entretenir les ouvrages tout
en minimisant les inconvénients durant leur exploitation : cette exigence est de première im-
portance pour les ouvrages associés à la production d'énergie. Par exemple, la largeur de crête
des ouvrages doit être suffisante pour permettre l'accès de la machinerie nécessaire à l'entre-
tien ; les rainures pour l'installation de poutrelles doivent être ajoutées afin de pouvoir assécher
les parties d'ouvrage en vue de leur inspection, de leur entretien ou de leur réfection.

7.3.2 Usage fonctionnel


La conception des ouvrages doit définir les exigences nécessaires pour que ceux-ci remplis-
sent leurs fonctions pour le site considéré ; elle ne doit pas simplement réutiliser systémati-
quement les exigences les plus contraignantes utilisées pour la construction des ouvrages an-
térieurs.

page 7.18 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.4 Considérations économiques


La conception et l'optimisation de chaque ouvrage considéré individuellement doivent viser à
réduire le coût global de l'aménagement et non pas nécessairement le coût individuel de cha-
que composante.
La réduction des coûts de l'aménagement ne doit pas se faire au détriment de la sécurité des
ouvrages. Elle doit plutôt englober la réduction des volumes de roc à excaver et de matériaux à
mettre en place, à réduire la teneur en ciment dans les ouvrages aux endroits non exposés aux
intempéries ou peu sollicités. Elle s'obtient également en choisissant des solutions qui permet-
tent de réduire les coûts de main d'œuvre et la durée de la construction ou en éliminant des
éléments non essentiels ou dispendieux. Par exemple, pour les petits ouvrages de moins de
30 m de hauteur, la conception pourrait considérer l'élimination du drainage des fondations
lorsque la qualité du rocher le permet.
L'optimisation des ouvrages doit vérifier la possibilité de permettre le déversement sur les bar-
rages-poids en béton dans les cas de la crue de vérification qui est habituellement la crue
maximale probable (CMP). L'optimisation des sections de barrages sur la base des cas de
chargements extrêmes (c'est-à-dire des déversements) conduit à l'utilisation de sections de
barrages non traditionnelles plus économiques tout en offrant une meilleure sécurité en cas de
déversement'51.

7.5 Spécifications techniques et préparation des plans


et devis
Les dessins de réalisation doivent indiquer les charges et les cas de chargement utilisés pour la
conception des ouvrages. Pour les ouvrages de retenue, des épures de stabilité précisant les
charges, les cas de chargement étudiés, les hypothèses de sous-pressions considérées, les
paramètres de résistance utilisés et les facteurs de sécurité obtenus doivent être préparées sur
desdessins.
Les dessins de structure d'acier doivent être complétés de manière à satisfaire aux exigences
de la norme CAN/CSA-S16.1 (chapitre 4).
Les clauses techniques doivent être adaptées aux travaux à réaliser de manière à éliminer les
clauses ne s'appliquant pas.

151
Ce sujet est traité à la rubrique 7.29.

Ouvrages de retenue en béton page 7.19


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.5.1 Archivage des documents


Les documents techniques (spécifications, calculs, rapports) doivent être conservés durant la
vie de l'aménagement. Les documents de nature administrative doivent être conservés durant
une période de 10 ans après la mise en service de l'aménagement. La conservation des des-
sins est assurée par l'unité Gestion des originaux qui conserve à vie les dessins de réalisation
et les dessins des fabricants.
La collecte des critères de conception et des caractéristiques des ouvrages existants repré-
sente un travail long et souvent difficile à compléter pour les vieux ouvrages. Afin de faciliter ce
travail, une fiche typique des caractéristiques d'un ouvrage est définie et remplie par le
concepteur à la fin de la période d'ingénierie détaillée.

7.5.2 Dessins « tel que construits »


Les dessins de béton doivent être mis à jour après la construction afin de montrer l'état réel des
ouvrages. Les dessins de mise en œuvre des autres matériaux, pour lesquels des dessins de
fabricants à jour ont été préparés (par exemple les dessins de structure d'acier), n'ont pas à
être mis à jour.
i

Les manuels d'exploitation et d'entretien doivent être préparés à partir d'une mise à jour des
documents d'énoncés d'envergure.

7.6 Méthodologie d'analyse et de conception structu-


rale
Les ouvrages en béton sont analysés généralement par l'une ou l'autre des méthodes suivan-
tes : la méthode de gravité, la méthode « Trial load twist » et la méthode par éléments finis
MEF. Le choix d'une méthode est fait selon la configuration de l'ouvrage, les conditions de
continuité entre les monolithes et le degré de raffinement désiré. La méthode de gravité est la
méthode la plus utilisée pour les barrages-poids, et ce, peu importe si les joints sont pourvus de
clés de cisaillement et injectés. Toutefois, dans ce dernier cas, il est recommandé de vérifier
l'ouvrage soit par la méthode « Trial load twist », soit par la méthode des éléments finis, de
manière à tenir compte de l'effet sur les déplacements et les contraintes occasionné par
l'interaction des monolithes.
Compte tenu de l'évolution importante du matériel informatique et des logiciels de calcul au
cours des deux dernières décennies, la MEF est de plus en plus utilisée au détriment des mé-
thodes manuelles ou semi-manuelles comme la méthode « Trial load twist ». C'est d'ailleurs
pourquoi cette dernière méthode n'est pas présentée ici. On réfère plutôt le lecteur aux réfé-
rences et en particulier au document publié par le United States Bureau of Réclamation
(référence 7.133). Finalement, il est bon de noter que la méthode par éléments finis est la mé-
thode à privilégier pour des analyses dynamiques avancées ou lorsqu'il est important de modé-
liser des géométries complexes ou des variations dans les propriétés mécaniques des maté-
riaux.

page 7.20 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.6.1 Analyse par la méthode de gravité


L'analyse de stabilité globale utilisant la méthode de gravité est généralement suffisante pour
les barrages-poids dont les monolithes sont indépendants. En général, l'analyse de stabilité est
effectuée pour une section unitaire d'un mètre de largeur selon les critères établis à la rubri-
que 7.25. Chacune des sections du barrage doit être stable par elle-même et à toute élévation.
La méthode de gravité est basée sur l'hypothèse que les contraintes verticales sur n'importe
quel plan horizontal varient uniformément selon une ligne droite, donnant ainsi une distribution
trapézoïdale des contraintes. La précision de cette méthode est moins grande près de la base
de l'ouvrage où des concentrations de contraintes se produisent aux pieds aval et amont. Pour
les grands barrages, ces concentrations de contraintes sont significatives mais sont souvent
réduites par un comportement non linéaire localisé. On considère toutefois que la méthode de
gravité est appropriée dans la plupart des cas pour la conception structurale finale.

7.6.2 Analyse par la méthode des éléments finis


Dans les situations où les barrages ne peuvent être assimilés à un état bidimensionnel, on doit
procéder à une analyse par éléments finis. Cette condition se produit, par exemple, lorsque le
barrage est courbé, lorsqu'il est soumis à une poussée latérale ou lorsque les joints sont injec-
tés, introduisant ainsi une interaction latérale.

Généralement, la vérification de l'ouvrage consiste à s'assurer du respect des contraintes ad-


missibles en compression, en traction et en cisaillement dans la structure ainsi que dans les
fondations.
La méthode des éléments finis considère un barrage comme un assemblage d'éléments dis-
tincts connectés à leurs extrémités (nœuds). Les déplacements de ces nœuds sont les para-
mètres inconnus de base du problème, et un ensemble de fonctions est choisi pour définir
d'une manière unique l'état de déplacement à l'intérieur de chaque élément en termes de ses
déplacements aux nœuds. Ceux-ci définissent l'état des déformations et indirectement l'état
des contraintes à l'intérieur de chaque élément. La solution des équations est obtenue d'une
manière pratique grâce à la puissance de calcul des ordinateurs modernes qui permettent
d'obtenir une approximation proche pour la géométrie du barrage et pour la variation dans les
propriétés des matériaux. La formulation et la théorie de la MEF sont données dans plusieurs
publications (référence 7.50 et référence 7.147).
Contrairement aux autres méthodes d'analyse, l'utilisation de la MEF facilite la considération de
charges complexes comme le chargement thermique, les sous-pressions internes ou le char-
gement séismique. Ainsi, il est possible en réalisant des analyses couplées thermique-
mécanique ou hydraulique-mécanique de prendre en compte d'une manière approximative
mais réaliste des phénomènes de chargement qui seraient difficiles à considérer par les appro-
ches traditionnelles. Toutefois, il est important de noter que la modélisation tant au niveau de la
géométrie et des propriétés mécaniques d'un ouvrage que des différents chargements néces-
site une compréhension approfondie des mécanismes structuraux impliqués. Par exemple, le
choix de la modélisation des sous-pressions doit tenir compte de l'objectif visé par les calculs
puisque celles-ci peuvent être introduites dans le modèle de plusieurs façon.

Ouvrages de retenue en béton page 7.21


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

On doit se rappeler que la méthode par éléments finis est une méthode approximative et que
les résultats dépendent du choix des éléments et du maillage. Une analyse en deux dimensions
est utilisée pour des conditions de contraintes planaires ou de déformations planaires dans le
cas général des problèmes associés à l'analyse des barrages-poids. Lorsque la structure ou le
chargement est tel que ces conditions ne puissent s'appliquer, une analyse en trois dimensions
peut être requise. Dans certains cas, des effets tridimensionnels peuvent faire l'objet d'une ap-
proximation en réalisant des analyses bidimensionnelles dans plusieurs plans.
Finalement, il est bon de mentionner que dans tous les cas d'utilisation de logiciel de calculs
par la méthode des éléments finis, il est nécessaire de définir un processus de validation de fa-
çon à s'assurer de la justesse et de l'exactitude des résultats fournis par le logiciel de calculs. À
cet effet, le bulletin 94 de la CIGB (référence 7.43) peut être d'une certaine utilité.

7.7 Analyse de risques


Plusieurs propriétaires de barrages envisagent, ou ont déjà intégré, certains des concepts as-
sociés à l'analyse de risques (« risk analysis ») dans leur processus d'évaluation de la sécurité
de leurs aménagements. Bien qu'en pratique l'application globale de l'analyse de risques au
domaine de la sécurité des barrages comporte plusieurs difficultés, le nombre de documents
publiés ces dernières années montre l'intérêt qu'il y a à développer une approche systématique
pour l'étude de différents scénarios d'accidents faisant intervenir des concepts probabiliste ou
semi-probabiliste.
D'ailleurs, une revue de la documentation confirme l'effort consacré par plusieurs pays et orga-
nismes au développement et à l'intégration des notions de gestion de risques dans leur prati-
que de gestion de la sécurité des barrages. Parmi ceux-ci, on peut mentionner les travaux de la
CIGB avec la publication récente d'un document préliminaire traitant de la prise en compte des
risques comme une aide à la gestion de la sécurité des barrages (référence 7.87). Une bonne
partie de ce document est basée sur les travaux déjà réalisés par un comité formé par
l'Association Canadienne de l'Électricité CEA/ACE et ayant pour objectif le développement d'un
guide de gestion des risques associés aux barrages (référence 7.18). Actuellement, seuls les
principes de base du guide ont été émis en version préliminaire. Ultérieurement, des commen-
taires, des études de cas et le développement théorique viendront s'ajouter au guide.
On doit également mentionner les travaux de BC Hydro (référence 7.130), qui ont intégré à leur
pratique actuelle une approche basée sur la gestion du risque. Les Britanniques ont également
incorporé dans certains aspects de leur gestion, et en particulier pour leurs vannes
d'évacuateur, des notions associées à la gestion des risques (référence 7.11, référence 7.103
et référence 7.129). De leur côté, les Australiens ont publié un guide sur l'évaluation des ris-
ques comprenant une revue de l'état de la pratique (référence 7.3). Finalement, mentionnons
les efforts réalisés par USAGE (référence 7.69) qui a adapté certains concepts de l'analyse de
risques dans le développement d'outils permettant d'établir les priorités en fonction des risques
associés à chacun de leur barrage.
Comme on peut le constater, et bien que relativement récente, l'approche préconisant
l'intégration de l'analyse de risques à la gestion de la sécurité des barrages constitue une ten-
dance mondiale irréversible. Toutefois, plusieurs sont d'avis que le niveau d'intégration et le
choix des méthodes d'évaluation de risques doivent correspondre au besoin particulier de cha-
que pays ou organisme.

page 7.22 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Actuellement, si on fait abstraction de la procédure de sélection des crues basée sur une ap-
proche où intervient des analyses de risques telle que définie par la norme SB-50-11-00
(référence 7.79), l'approche générale utilisée par Hydro-Québec pour assurer la sécurité de ses
barrages peut être décrite comme une approche déterministe traditionnelle. Cette approche
applique des facteurs de sécurité spécifiés pour différents scénarios de chargements et repose
en grande partie sur l'hypothèse (généralement raisonnable mais potentiellement dangereuse)
que l'expérience passée peut être extrapolée dans le futur (référence 7.108).
En fait, les concepteurs savent que s'ils suivent les procédures de vérification traditionnelles, le
nouveau barrage aura un niveau de sécurité acceptable. Cependant, cette approche ne permet
pas aux concepteurs de connaître les probabilités associées à la rupture du barrage ou aux
mécanismes de défaillance pouvant mettre en cause la fonctionnalité de l'aménagement. Dans
ce sens, l'approche déterministe favorise le maintien dans l'esprit de plusieurs d'une notion non
réaliste de la sécurité absolue. D'ailleurs, les efforts réalisés par certains propriétaires pour ap-
pliquer l'analyse de risques ont permis de montrer que les phénomènes de rupture ou de dé-
faillance de barrages étaient encore très mal compris. En fait, plusieurs se sont rendus compte
que l'introduction des notions probabilistes pour les charges et les conditions pour lesquelles
une rupture s'initie, telles que requises par l'analyse de risques, est beaucoup plus difficile que
de majorer un facteur de sécurité dans la méthode déterministe (référence 7.87). Une autre dif-
ficulté associée à l'utilisation de l'analyse de risques réside dans les politiques d'acceptation
des risques, particulièrement quant au risque de perte de vies. Malheureusement, et contraire-
ment à ce que certains propriétaires peuvent penser, le fait de nier l'existence d'un tel risque
n'élimine pas celui-ci.
Bien que certains aspects de l'analyse de risques puissent être difficilement applicables, il y a
un intérêt évident à définir cette méthodologie permettant de mieux évaluer la véritable sécurité
associée à la construction de barrages. On peut croire également, qu'une meilleure connais-
sance de cette sécurité permettra éventuellement des économies substantielles en disposant
les matériaux et en spécifiant les dispositions constructives de manière à permettre une réduc-
tion des risques. Comme l'indique Melchers (référence 7.108), les codes et leurs critères de
conception ne constituent qu'une forme particulière d'une analyse de risques-bénéfices. Parmi
les différentes approches, l'analyse de risques constitue un outil précieux permettant d'évaluer
les différents scénarios de défaillance dans de telles analyses de risques-bénéfices.
Dans une première étape, l'application pratique de l'analyse de risques pour la gestion de la
sécurité des barrages peut prendre plusieurs formes. Parmi celles-ci, on peut mentionner la
sélection des périodes de récurrence pour les charges autres que celles associées aux crues,
l'identification des points de défaillance mécanique et électrique .(par exemple, l'alimentation
électrique des vannes) ainsi que le choix de la revanche et des sections d'évacuation en fonc-
tion des probabilités d'occurrence d'un déversement.
Les rubriques qui suivent présentent une description sommaire de l'analyse'de risques appli-
quée à la gestion de la sécurité des barrages. Celles-ci devront être revues et bonifiées ulté-
rieurement, car elles constituent la base nécessaire à une meilleure évaluation des facteurs de
sécurité qui permettra une optimisation réelle des coûts de conception des nouveaux aména-
gements.

Ouvrages de retenue en béton page 7.23


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.7.1 Terminologie et définitions


L'application des concepts reliés à l'analyse de risques n'est sans doute pas facilitée par le fait
que différentes terminologies ou définitions sont utilisées par l'industrie en général, par les spé-
cialistes en gestion du risque et par les gens du domaine des barrages. Heureusement, cer-
tains documents publiés récemment tentent d'uniformiser une terminologie propre à la sécurité
des barrages (référence 7.18 et référence 7.87). Une autre difficulté réside dans la terminologie
française puisque l'ensemble des références est de terminologie essentiellement anglaise. Par
exemple, les termes anglais « risk assessment » et « risk évaluation » ont une signification très
différente. Dans ce cas précis, le choix des termes équivalents français n'est pas évident.
Toutefois,, nous avons tenté, dans la présente section, de donner tant bien que mal une traduc-
tion et une définition françaises aux termes principaux utilisés dans les documents de langue
anglaise (référence 7.18 et référence 7.87). Pour les termes non définis, nous recommandons
fortement au lecteur de se référer à ces documents.
Aménagement (« dam System »)
L'aménagement est l'entité physique circonscrite à l'intérieur de limites définies. Il comprend les
ouvrages de retenue et le réservoir, la zone aval ainsi que toutes les entités impliquées direc-
tement ou indirectement par la rupture d'un des ouvrages de retenue.

Analyse de risques (« risk analysis »)


L'analyse de risques est l'utilisation pratique des informations disponibles pour estimer les ris-
ques associés aux dangers pour les individus et les populations, la propriété ou
l'environnement. Cette analyse comprend les étapes suivantes : définition de l'étendue, identifi-
cation des dangers et estimation des risques.

Confiance (<< confidence »)


La confiance est le degré auquel on peut être certain.

Conséquence (« conséquence »)
La conséquence réfère aux pertes totales subies résultant d'une rupture, d'une rupture partielle
ou d'autres événements défavorables aux opérations. '

Contrôle des risques (« risk control »)


Le contrôle des risques est la mise en application d'encadrements permettant de contrôler les
risques ainsi que la réévaluation périodique de l'efficacité de ceux-ci.

page 7.24 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Danger (« hazard »)

Un danger est une condition ayant le potentiel de causer une conséquence indésirable. Les
crues, les tremblements de terre et le terrorisme sont des exemples de danger externe pour un
aménagement.

Estimation des risques (« risk estimation »)

L'estimation des risques est l'étape dans l'analyse des risques permettant d'établir une mesure
de l'importance des risques pour la santé (et la vie), la propriété ou l'environnement.
L'estimation des risques comprend les étapes suivantes : l'analyse des probabilités de rupture,
l'analyse des conséquences ainsi que l'intégration du produit des probabilités et des consé-
quences.

Évaluation des risques (« risk évaluation »)


L'évaluation des risques est la procédure d'examen et d'appréciation des risques significatifs.
Celle-ci constitue l'étape où les valeurs (de la société, réglementaires, légales et des propriétai-
res) et les jugements entrent dans le processus de prise de décision, de façon explicite ou im-
plicite, en considérant l'importance des risques estimés et des conséquences résultantes pour
la société, l'environnement et l'économie, de manière à identifier différentes alternatives pour
gérer les risques.

Gestion des risques (« risk management »)

La gestion des risques est le processus complet de connaissance des risques incluant l'analyse
des risques, l'évaluation des risques et le contrôle des risques.

Incertain (« uncertain »)
Incertain veut dire non déterminé ou fixé dans le temps, en occurrence ou en quantité, en nom-
bre ou en étendue.

Incertitude (« uncertainty »)
L'incertitude est la qualité d'être incertain par rapport à la durée, la continuité, l'occurrence, etc.

Mode de rupture et mécanisme de défaillance (« failure mode »)

Un mode de rupture ou un mécanisme de défaillance est la manière selon laquelle une rupture
ou une défaillance se produit.

Ouvrages de retenue en béton page 7.25


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Prise en compte des risques (« risk assessment »)


La prise en compte des risques est la procédure permettant de décider si les risques existants
sont acceptables et si les mesures actuelles de contrôle des risques sont adéquates ou sinon
de définir quelles sont les mesures de contrôle alternatives requises. La prise en compte des
risques utilise l'information obtenue de l'analyse des risques et de l'évaluation des risques.

Probabilité (« probability »)
La probabilité est une mesure du degré de confiance dans la prédiction concernant la nature
d'une quantité incertaine ou l'occurrence d'un événement incertain.

Réponse du barrage (« dam response »)


La manière selon laquelle le barrage répond aux conditions de chargement considérées.

Risque (« risk »)
Le risque est une mesure de la probabilité et de la sévérité d'un effet indésirable pour la santé,
la propriété ou l'environnement. Le risque correspond donc au produit de la probabilité d'un
événement et de ses conséquences (R = P x C).

Rupture (« failure »)
V '

La rupture est définie comme l'incapacité d'une composante à remplir la fonction pour laquelle
elle a été conçue. Elle inclut tout mode de rupture ainsi que tout mécanisme de défaillance
pouvant mettre en cause la fonctionnalité d'un aménagement.

7.7.2 Principes
La figure 7.9 illustre les liens qui existent entre les différentes définitions utilisées dans la ges-
tion des risques, tels que présentés dans la norme canadienne CAN/CSA-Q634-M91.

page 7.26 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 7.9 : Relation entre les différentes définitions utilisées dans la gestion des ris-
ques
Gestion des risques

1
Prise en compte des risques Contrôle des risques

1
Analyse de risques Évaluation des risques Prise de décisions Auscultation

Identification Estimation Acceptation Analyse des


des dangers des risques des risques options
Adaptation de CSA (référence 7.23)

La prise en compte des risques a pour objectif de permettre de prendre une décision en rapport
avec l'acceptabilité des mesures de contrôle des risques existants. Dans ce processus, il est
important de considérer la somme de tous les risques et non pas seulement le risque associé à
chaque danger individuellement car le risque total doit être plus faible que le risque acceptable.
Un des principes fondamentaux de la gestion de risques pour les barrages est basé sur la phi-
losophie que les risques devraient être réduits à un niveau aussi faible que possible considé-
rant l'état raisonnable de la pratique. En anglais, on réfère à l'acronyme ALARP (« as low as is
reasonable practicable »).

Dans le document préliminaire préparé par la CEA (référence 7.18), on mentionne que le pro-
cessus de gestion de la sécurité des barrages basé sur la gestion des risques doit être consi-
déré comme une extension de la procédure traditionnelle de vérification de la sécurité des bar-
rages. Ceci est appuyé par le fait que comme pour l'approche traditionnelle, la gestion des ris-
ques nécessite cinq processus fondamentaux :
1. la génération et l'analyse des informations concernant chaque sous-système de
l'aménagement ;

2. l'établissement de critères avec lesquels chaque sous-système peut être évalué ;


3. une procédure de prise de décision ,qui doit mener à l'action la plus appropriée ;
4. un processus de contrôle ;
5. un audit périodique permettant de suivre l'étendue et la pertinence des mesures de contrôle
des risques.

Cette procédure est illustrée à la figure 7.10.

Ouvrages de retenue en béton page 7.27


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Pour bien gérer les risques, ceux-ci doivent être bien compris. Cette compréhension est obte-
nue grâce à l'analyse de risques. Cette analyse appliquée à la sécurité des barrages est un
processus structuré permettant d'identifier non seulement la probabilité de rupture d'un barrage
ou de ses composantes, mais également l'étendue des conséquences d'une telle rupture.

Figure 7.10 : Procédure pour la gestion des risques des barrages

Evaluation continue des


risques et de la sécurité

ÉVALUATION

Principes de
Surveillance |
gestion de la
Révision de la
Évaluation détaillés des
performance risques et de la sécurité

I-1ISU
RISQUES El
ET ÉVALU/
Est-ce ANALYSE DE
le barrage Non ou SÉCU
rencontre les incertain
objectifs de • I
performance?

Est-ce
le barrage
rencontre les
objectifs de
performance?

Non ou non démontré


Contrôle des risques

Procédures Si requis, actions


d'opération et de Plans d'urgence pour réduire les
maintenance risques

L'analyse de risques permet d'obtenir les caractéristiques fondamentales de performance d'un


barrage et de ses composantes. Elle permet de générer les informations concernant les risques
dans le système ainsi que les composantes qui contribuent à ces risques. L'analyse de risques
peut être qualitative ou quantitative et avoir plusieurs niveaux de détails, c'est-à-dire avoir un
nombre de sous-systèmes selon les exigences requises. Par conséquent, l'analyse de risques
peut prendre plusieurs formes selon l'étendue et les fins auxquelles elle est utilisée.

page 7.28 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

L'analyse de risques appliquée à la sécurité des barrages nécessite une approche multidiscipli-
naire puisqu'elle couvre plusieurs domaines des sciences, de l'ingénierie et des sciences so-
ciales.
Les principales étapes de l'analyse de risques sont les suivantes (référence 7.18) :
1. définition de l'étendue et sélection des méthodes d'analyse ;
2. .identification et définition des dangers ;
3. estimation des probabilités de rupture ;
4. estimation des conséquences de rupture ; .
5. estimation des risques ;
6. documentation ;
7. vérification ;
8. mise à jour des analyses.

Trois principales méthodes sont utilisées pour réaliser une analyse de risques (référence 7.18
et référence 7.87). Ces méthodes sont :
• méthode d'analyse des effets et modes de rupture FMEA (« failure modes and effects ana-
lysis ») ;
La méthode d'analyse des états critiques et des effets et modes de rupture FMECA
(« failure modes, effects and criticality analysis ») est une extension de la FMEA.

• méthode de l'arbre des événements ETA (« event tree analysis ») ;


• méthode de l'arbre des défauts FTA (« fault tree analysis »).

7.7.2.1 Méthodes FMEA et FMECA

La méthode FMEA est une méthode d'analyse où les effets et conséquences des modes de
rupture individuels des composantes sont systématiquement identifiés et analysés. Lorsque
l'approche d'analyse est inductive, c'est-à-dire basée sur la question « Qu'est qui arrive si une
composante ou un élément subit une rupture ? », il est nécessaire de procéder dans un premier
temps à une étape de décomposition de l'aménagement en composantes ou éléments. Des
diagrammes logiques similaires à ceux utilisés en analyse de la valeur peuvent être d'une
grande utilité pour réaliser cette tâche.

Ouvrages de retenue en béton . page 7.29


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Lorsque le système a été décomposé, les modes de rupture de chaque élément fondamental
peuvent alors être identifiés. Par la suite, les effets de chaque mode de rupture sur les autres
composantes des sous-systèmes et du système dans son entier sont systématiquement-identi-
fiés. Habituellement, l'analyse est descriptive et les informations sont présentées sous forme de
tableaux. La méthode FMEA relie clairement les modes de rupture des composantes et leurs
différentes causes aux effets prévus sur l'aménagement tout en les présentant dans un format
facilement lisible. Bien entendu, une compréhension approfondie des systèmes sous-tendant
un aménagement est requis avant d'entreprendre une analyse de risques à l'aide de la mé-
thode FMEA. La norme CAN/CSA Q634-M91 (référence 7.23) fournit un guide d'utilisation de
cette méthode.
La méthode FMECA est une extension de la méthode FMEA. Elle ajoute à cette dernière
l'objectif additionnel d'identifier et d'évaluer, généralement en termes qualitatifs, les risques
potentiels vis-à-vis les performances du système en déterminant les états critiques des compo-
santes du système. Pour l'application aux barrages, ceci nécessite une évaluation des consé-
quences et des effets d'une rupture ou d'une défaillance d'une des composantes constituant
l'aménagement sur-la performance de celui-ci. Cette performance est définie en termes de sé-
curité pour la vie des gens, de pertes économiques relatives à la propriété, des dommages à
l'environnement ainsi que de pertes vis-à-vis les performances de fonctionnement attendues de
l'aménagement (référence 7.130).

7.7.2.2 Méthode ETA

La méthode ETA est une technique qualitative ou quantitative qui est utilisée pour identifier les
résultats possibles, et au besoin, leurs probabilités si un événement initial se produit. Cette
méthode est inductive puisque la question qui est posée est « Qu'est qui arrive si...? ».
L'application de cette méthode à la sécurité des barrages permet d'établir les relations entre le
fonctionnement ou la rupture de sous-systèmes variés. Elle est très utile pour identifier les évé-
nements qui demandent une analyse plus poussée à l'aide de la méthode FTA. Dans ce cas,
chaque embranchement obtenu de la méthode ETA peut devenir l'événement de départ pour la
méthode FTA. Des exemples de cette méthode sont illustrés dans la référence 7.18) pour un
danger correspondant à un tremblement de terre de magnitude M6,25-6,50 et dans la
référence 7.87 pour des précipitations extrêmes.

7.7.2.3 Méthode FTA

La méthode FTA est une technique qualitative ou quantitative par laquelle les conditions et les
facteurs qui peuvent contribuer à un événement indésirable spécifié sont identifiés par déduc-
tion, organisés d'une manière logique et représentés sous forme graphique. Les défauts identi-
fiés dans l'arbre peuvent être des événements qui sont associés avec les ruptures des compo-
santes matérielles, les erreurs humaines ou n'importe quel autre événement pertinent qui mène
à un résultat indésirable. En commençant par l'événement de départ, les causes possibles ou
les modes de rupture pour le niveau suivant des systèmes de fonctionnalité sont identifiés. En
suivant étape par étape l'identification des opérations indésirables des systèmes jusqu'au ni-
veau inférieur, il est possible de déterminer le mode de rupture d'une composante ou d'un élé-
ment.

page 7.30 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Des exemples de cette méthode sont illustrés dans la référence 7.18 pour un bris de moteur
d'urgence d'un évacuateur et dans la référence 7.87 pour un système de pompage dans une
galerie de drainage. Ballard et Lewin (référence 7.11) présentent l'application des méthodes
ETA et FTA pour l'étude de la fonctionnalité post-sismique d'un évacuateur de crues vanné
(possibilité ou non d'ouvrir les vannes après un séisme).
L'expérience a montré que la méthode FMEA peut être utilisée efficacement pour l'analyse des
éléments qui causent la rupture du système global. Elle est particulièrement adaptée lorsque la
connaissance détaillée des caractéristiques de défaillance est requise. Toutefois, cette mé-
thode n'est pas appropriée pour tous les risques. Dans certains cas, les méthodes ETA et FTA
sont préférables.

7.8 Propriétés des matériaux

7.8.1 Béton

7.8.1.1 Béton de masse


Le béton de masse est tout volume important de béton (généralement coulé en place) dont les
dimensions sont suffisamment imposantes pour exiger que des mesures soient prises pour
faire face à la génération de chaleur due à l'hydratation du ciment et minimiser la formation de
fissures lors du changement de volume. Le béton de masse est généralement non armé, sauf
sur les faces soumises aux intempéries.

7.8.1.1.1 Béton frais

Le béton frais doit être plastique ou semi-liquide et pouvoir être façonné à la main. Le mélange
doit être résistant et doit demeurer homogène lors de la manipulation et la mise en place.
Pour obtenir les caractéristiques désirées du béton, des mesures peuvent être prises sur les
différents constituants du mélange.

Type de ciment
L'obtention d'un béton de barrage de bonne qualité dépend, pour une grande part, des caracté-
ristiques du ciment. Le ciment doit être stable, ne pas contenir de chaux libre, présenter une
résistance mécanique à long terme suffisante, ne pas réagir avec les granulats et, en particu-
lier, dégager une faible quantité de chaleur d'hydratation.

Ouvrages de retenue en béton page 7.31


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Pour répondre à ces besoins précis, on fabrique plusieurs types de ciment Portland possédant
différentes caractéristiques physiques et chimiques. L'association canadienne de normalisation
(CSA) définit cinq types de ciment Portland différents dans sa norme A5, soit :
Type 10 : ciment Portland normal ;
Type 20 : ciment Portland modéré ;
Type 30 : ciment Portland à haute résistance initiale ;
Type 40 : ciment Portland à faible chaleur d'hydratation ;
Type 50 : ciment Portland résistant aux sulfates.

Pour la construction d'ouvrage massif comme les barrages, le choix du type de ciment repose
presque essentiellement sur l'objectif de réduire la chaleur d'hydratation. Pour ce faire, l'utilisa-
tion d'un ciment de type 40 est la plus appropriée. Cependant, ce type de ciment est peu utilisé
en pratique puisqu'il peut ne pas être disponible de façon économique partout au Canada. De
plus, l'expérience passée démontre que l'utilisation du ciment type 20 combinée avec d'autres
moyens, tel l'ajout de pouzzolanes au mélange, permet de contrôler efficacement le dégage-
ment de chaleur.
La possibilité d'une réaction alcalis-granulats doit également être examinée lors du choix du
type de ciment. En effet, le choix d'un ciment à faible teneur en alcalis, c'est-à-dire avec une
teneur en Na2O et K2O inférieure à 0,6 % par poids, permet de réduire cette réaction et d'amé-
liorer la durabilité du béton.
Finalement, le concepteur doit se souvenir que la réduction à son minimum de la quantité totale
de ciment utilisée dans le mélange de béton permet de faire des économies et de diminuer le
dégagement de chaleur lors de l'hydratation.

Granulats
Les granulats utilisés dans les bétons de masse sont généralement constitués de sable naturel,
de gravier et de pierres concassées.
Les granulats fins sont généralement constitués de sable naturel ou de pierres concassées
dont la plupart des particules sont plus petites que 4,76 mm (passant le tamis n° 4). Ils doivent
être durs, denses et durables. Les granulats fins ne doivent pas contenir de grandes quantités
d'argile, de silt, de poussières, de mica, de matières organiques ou d'impuretés.
Les gros granulats se composent soit de gravier, soit de granulats concassés ou d'un mélange
des deux où prédominent les particules de plus de 5 mm. La pratique récente est d'utiliser des
granulats variant de 75 à 150 mm de diamètre (référence 7.92). Cependant, au Québec, des
granulats de plus de 40 mm sont très difficiles à obtenir. La disponibilité de granulats aussi gros
ne peut généralement se justifier que si le volume de l'ouvrage est important. Par exemple, des
granulats de 150 mm ont été utilisés lors de la construction de Manie 5. La pratique courante à
Hydro-Québec est donc d'utiliser des granulats de l'ordre de 38 mm de diamètre.

page 7.32 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Les granulats doivent être durs, denses, durables et exempts d'impuretés. Les granulats fria-
bles ou qui ont tendance à se dégrader dans le mélange, au cours du transport ou lors de l'en-
treposage doivent être évités. L'utilisation de granulats dont le taux d'absorption est supérieur à
3 % ou qui ont un poids spécifique inférieur à 2,5 est à proscrire.
La forme et la texture d'un granulat influent davantage sur les propriétés du béton fraîchement
malaxé que sur celles du béton durci. Les particules rugueuses, anguleuses et allongées né-
cessitent plus d'eau que celles qui sont lisses, arrondies et compactes. Les particules anguleu-
ses nécessitent donc plus de liants pour maintenir le même rapport eau/liants. En général, plus
les particules d'un granulat donné sont rugueuses et anguleuses plutôt que lisses et arrondies,
plus elles adhèrent à la pâte de ciment. Il s'agit d'une caractéristique importante à prendre en
compte pour obtenir un béton qui possède une bonne résistance mécanique.
Il est essentiel de s'assurer que les granulats ne contiennent pas de substances susceptibles
de réagir avec le ciment et de conduire à des produits expansifs désintégrant le béton à plus ou
moins longue échéance. Pour ce faire, on doit déterminer les caractéristiques et la qualité des
granulats par des essais appropriés en laboratoire et des études pétrographiques. Par exem-
ple, la teneur en sulfates, évaluée par la quantité de SO3, ne devrait pas excéder 0,5 % du
poids des gros granulats. On doit également éviter les granulats qui contiennent une trop
grande quantité de silice qui pourraient réagir avec les alcalis du ciment et contribuer à la dété-
rioration du béton.

Eau de gâchage
L'eau utilisée dans le mélange de béton ne doit pas contenir d'éléments susceptibles d'affecter
la réaction d'hydratation du ciment. De façon générale, toute eau naturelle potable n'ayant pas
une odeur ou un goût prononcé peut être employée. Certaines eaux non potables peuvent
également convenir à la fabrication du béton.
Pour les eaux de qualité incertaine, des essais de teneur en chlorure doivent être effectués,
principalement si des aciers sont insérés dans la masse de béton (aciers d'armature ou câbles
de précontrainte).
À titre indicatif, on peut considérer comme satisfaisante une eau contenant moins de
5 000 parties/million d'impuretés. Au-delà de cette valeur, l'eau doit faire l'objet d'essais portant
sur son effet sur la résistance, sur la durabilité et sur le temps de prise du béton. L'eau conte-
nant des sucres ou des dérivés de sucre, même en faible quantité, ne doit pas être utilisée
puisque le sucre influe sur le temps de prise et sur la résistance du béton.
L'eau de mer peut être utilisée comme eau de gâchage pour le béton non armé si sa quantité
de sels dissous est inférieure à 35 000 parties/million. Cependant, l'eau de mer ne convient pas
à la fabrication du béton armé et ne doit pas être utilisée dans le béton précontraint en raison
du risque de corrosion de l'armature.

Ouvrages de retenue en béton page 7.33


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Pouzzolanes
Pouzzolane est le nom donné aux matériaux siliceux ou alumino-siliceux qui n'ont pas de pro-
/ priétés (ou ont de faibles propriétés) propres de liant, mais qui, finement divisés et en présence
d'eau, se combinent avec l'hydrate de calcium, aux températures ordinaires, pour donner des
composés stables. Le groupe des pouzzolanes comprend trois types :
Type N : pouzzolanes naturelles brutes ou calcinées (Plusieurs existent à l'état naturel
dans les matériaux vitreux volcaniques, terres à diatomées, cherts opalins,
schistes, tufs et pierres ponces. D'autres peuvent être produites à partir d'argiles
ou de schistes calcinés.)
Type F : cendres volantes normalement produites à partir d'anthracite ou de charbon bi-
tumineux (Elles sont recueillies sous forme de résidu particulaire fin par des col-
lecteurs mécaniques ou des précipitateurs électrostatiques dans les gaz de
combustion avant leur émission dans l'atmosphère.)
Type C : cendres volantes normalement produites par la combustion de lignite pulvérisée
ou de charbon sub-bitumineux (Recueillies d'une façon semblable à celle qui est
décrite pour le type F, les particules ont quelques propriétés liantes.)

Les conditions fondamentales pour que des matériaux pouzzolaniques soient utilement em-
ployés dans le béton sont les suivantes :

• ils'doivent être finement divisés ;

• ils doivent avoir une activité pouzzolanique importante ;

• ils doivent maintenir des caractéristiques constantes ;

• ils ne doivent pas contenir de matières nuisibles en quantité susceptible d'affecter le béton ;

• ils ne doivent pas être incompatibles avec le ciment de base utilisé.

Les pouzzolanes peuvent être utilisées de deux façons :

• broyées en même temps que le ciment Portland (à l'usine) ;

• introduites dans la bétonnière, au moment du malaxage, comme tout autre constituant du


béton.

Les deux procédés ont été utilisés dans la construction des barrages et ont tous deux des
avantages et des inconvénients. Cependant, sauf dans le cas où la distance de transport est
très longue, il est en général souhaitable de fabriquer le ciment aux pouzzolanes dans l'usine
de ciment plutôt que. d'introduire directement les matériaux pouzzolaniques dans la bétonnière.

page 7.34 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

L'utilisation des pouzzolanes dans les bétons de masse est maintenant pratique courante. Elles
sont utilisées pour réduire la quantité de ciment dans le mélange, pour réduire le dégagement
de chaleur lors de l'hydratation, pour augmenter la maniabilité du béton frais, pour augmenter la
résistance à long terme, pour augmenter la résistance du béton aux attaques par les sulfates et
autres agents destructeurs et pour réduire les dommages potentiels dus à la réaction alcalis-
granulats. La quantité de pouzzolane généralement utilisée dans le béton de masse varie en-
tre 15 et 50 % de la quantité de ciment (référence 7.141). Cependant, pour le béton compacté
au. rouleau, la quantité de pouzzolane utilisée peut atteindre 75 % (référence 7.92) et même
plus.
L'utilisation de pouzzolanes naturelles et de cendres volantes allonge généralement le délai de
prise du béton. Le degré de retard de la prise dépend de facteurs tels que la quantité de ciment
et d'eau, le type de pouzzolane et la température du béton. Le retard dans la prise du béton est
un point important à considérer lors de la planification des contrôles de qualité du béton durci.
Avant que des pouzzolanes soient utilisées, des essais doivent être effectués avec le type de
ciment et les granulats retenus pour le projet, de manière à s'assurer que les pouzzolanes aient
une contribution bénéfique sur le mélange, tant au point de vue qualité du béton qu'au point de
vue économique.

Adjuvants
Un adjuvant est défini comme le produit qui est incorporé soit au ciment dans le processus final
de production, soit, plus fréquemment, directement lors du malaxage du béton, afin d'améliorer
ou de modifier certaines propriétés du béton.
Les adjuvants utilisés dans la construction des barrages sont classés comme suit :

• les entraîneurs d'air ;

• les réducteurs d'eau ;

• les entraîneurs d'air avec maîtrise de la prise ;

• les accélérateurs et retardateurs de prise ;

• les adjuvants hydrophobes et autres produits.

On utilise les entraîneurs d'air pour entraîner volontairement des bulles d'air microscopiques
dans le béton. L'air entraîné améliore de façon spectaculaire la durabilité des bétons exposés à
l'humidité durant les cycles de gel-dégel. Les entraîneurs d'air peuvent être considérés comme
obligatoires pour les bétons soumis à des conditions climatiques rigoureuses avec basses tem-
pératures. L'air entraîné améliore également la maniabilité du béton frais et élimine pratique-
ment ou réduit tout au moins considérablement les risques de ségrégation et de ressuage. Cet
adjuvant est ajouté directement au mélange, avant ou pendant le malaxage. Une teneur en air
entraîné de 4 à 8 % est généralement recherchée.
Les produits réducteurs d'eau sont utilisés pour diminuer le rapport eau-ciment du mélange,
pour améliorer la maniabilité du béton frais et pour augmenter la résistance et la pérennité du
béton durci. Tout comme les entraîneurs d'air, les produits réducteurs d'eau peuvent être
considérés indispensables à tous les bétons de barrage.

Ouvrages de retenue en béton page 7.35


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Les produits accélérateurs de prise ne sont généralement pas utilisés dans le béton des barra-
ges puisque ce type de construction ne requiert pas de résistance importante en bas âge ; de
plus, ces adjuvants contribuent à un dégagement de chaleur indésirable. On emploie parfois
des retardateurs de prise pour le bétonnage par temps très chaud.
Les adjuvants hydrophobes et les autres produits disponibles sur le marché ne sont générale-
ment pas vraiment nécessaires au béton de barrage.

Dosage des bétons


Le calcul des mélanges de béton de masse vise à déterminer la combinaison des matériaux
disponibles la plus économique possédant la résistance, la durabilité et l'imperméabilité dési-
rées tout en conservant une maniabilité suffisante pour la mise en place et en minimisant le dé-
gagement de chaleur.
Le dosage du béton doit être effectué selon les spécifications de la norme CSA-A23.1.

7.8.1.1.2 Béton durci

Pour assurer la sécurité de l'ouvrage tout au long de sa vie utile, les qualités recherchées du
béton durci sont : la résistance mécanique, la déformabilité, la densité, l'étanchéité, la résis-
tance à la fissuration et la pérennité.

Les propriétés du béton qui doivent être évaluées se divisent en trois classes :

• les propriétés statiques ;

• les propriétés dynamiques ;

• les propriétés thermiques.

Les différentes valeurs mentionnées dans cette rubrique le sont à titre indicatif seulement et
doivent être confirmées par des essais au laboratoire et durant les campagnes d'investigation.

Propriétés statiques

Les principales propriétés statiques du béton durci qui doivent être déterminées sont les sui-
vantes :

• la résistance à la compression (fc1) ;

La résistance à la compression du béton doit être évaluée à différentes périodes, les essais
pouvant se dérouler jusqu'à un an suivant la mise en place. La résistance à la compression
recherchée pour le béton est déterminée selon les critères de contraintes admissibles'61.

161
Ce sujet est traité à la rubrique 7.25.

page 7.36 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

la résistance à la traction (ft) ;

Plus un béton est résistant en compression, plus il l'est en tension. Cependant, la relation
n'est pas linéaire. L'AGI (référence 7.1 ) propose la relation suivante pour déterminer la ré-
sistance à la traction (en MPa) en fonction de la résistance en compression (en MPa) :

f t =0,32f' c (2/3)

Par ailleurs, il est de pratique courante de considérer la résistance à la traction du béton


comme étant égale à 10 % de la résistance à la compression.

La résistance à la traction du béton peut être déterminée par l'essai dit « brésilien » qui est
un essai d'écrasement latéral d'éprouvettes cylindriques ou par le module de rupture qui est
un essai de flexion (norme CSA-A23.2). USAGE mentionne que la résistance à la traction
évaluée à partir de l'essai Brésilien peut être majorée de 1,33 fois pour être comparée à la
valeur obtenue du module de rupture (référence 7.138). Toujours selon cet organisme, la
valeur obtenue par le module de rupture devrait être utilisée dans les analyses linéaires par
éléments finis pour évaluer l'initiation de fissures dans la masse de béton.

le module d'élasticité (E) ;

Lorsque qu'une charge est appliquée au béton, ce dernier subit une déformation. Cette
dernière est fonction de l'amplitude de la charge, du taux de chargement et du temps total
d'application de la charge. Deux types de module d'élasticité statique peuvent être considé-
rés : le module d'élasticité instantané et le module d'élasticité soutenu.

Le module d'élasticité instantané pour un béton est considéré le même en compression et


en tension. Les valeurs typiques pour le béton de masse, évaluées sur différents barrages
(référence 7.1 ), sont de 1,9 à 3,8 x 104 MPa à 28 jours et de 2,6 à 4,7 x 104 MPa à un an.

Le module d'élasticité soutenu prend en compte les effets du fluage et doit être obtenu par
des essais appropriés. Des essais ont démontré (référence 7.1) que le module d'élasticité
soutenu est approximativement égal à la moitié du module instantané (Einst.) qui lui est éva-
lué immédiatement après l'application de la charge (Esout=0,5 Einst.). USAGE
(référence 7.141) mentionne plutôt que Esout= 2/3 Einst[7)

le coefficient de Poisson (v) ;

Le coefficient de Poisson est le rapport des déformations transversales à la déformation


longitudinale. Les valeurs du coefficient de Poisson pour le béton de masse varient géné-
ralement entre 0,16 et 0,20.

la masse volumique (p) ;

La masse volumique est le rapport de la masse d'un béton sur son volume. La masse vo-
lumique du béton des barrages est généralement voisine de 2 400 kg/m3.

Ce sujet est traité à la rubrique 7.20.

Ouvrages de retenue en béton page 7.37


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

• la résistance au cisaillement.
La résistance au cisaillement du béton provient de la friction interne (qui varie selon la
contrainte normale de compression) et de la force de cohésion (c) qui se développe (résis-
tance avec une contrainte normale nulle). La friction interne est évaluée à partir de l'angle
de friction interne du béton (<]>). La valeur de ces paramètres doit généralement être déter-
minée par des essais. Cependant, certaines références mentionnent des valeurs. Par
exemple, CDA (référence 7.16) indique d'utiliser <)>' = 55B pour évaluer la résistance de
pointe et <\>" = 45- pour la résistance résiduelle au cisaillement181. Quant à la cohésion, CDA
(référence 7.16) utilise les formules suivantes :

c = 0,170>/f'7 (Mpa) pour le béton de masse

c ^O. (Mpa) pour les joints de reprise

Le tableau 7.1 présente des valeurs pour ces propriétés selon différentes références.

Tableau 7.1 : Propriétés statiques du béton selon différentes sources


fc ft E c <t>
Référence V
(MPa) (MPa) (MPa) (kg/m3) (MPa) (degré)
Hydro-Québec 20 à 35 0,10fc' 25000 0,18 2400 2,7 55°
(référence 7.82)
ACIT 15 à 45 0,32fc(2/3) 19 000 à 0,16 à 2500 si aucun essai = 43°
(référence 7.1) 38000 0,20 0,10f'c
(28 jours)

26 000 à
47000
(1an)
Valeurs moyennes évaluées à partir de différentes valeurs mesurées in situ

[8]
Ce sujet est traité à la rubrique 7.25.

page 7.38 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Tableau 7.1 : Propriétés statiques du béton selon différentes sources (suite)


f'c ft E P , c <t>
Référence V
(MPa) (MPa) (MPa) (kg/m3) (MPa) (degré)
CDA béton de Résistance en Résistan-
(référence 7.16) masse : pointe : ce en
0,1 fé pointe :
55°
béton de
masse i
joints de Glisse-
reprise : 0,17^"
ment rési-
0,05 fc duel :
joints de re- 45°
prise :
0,085^

Glissement ré-
siduel :
0 ou max. de
100 kPa si es-
sais
CSA Béton monoli- Béton
0,6A^f,T 4500^
(référence 7.25) thique : monolithi-
1 ,00 MPa que : 55°
X = 1 ,0 pour pour 20 < fc <
le béton de 40 MPa Joints ru- Joints ru-
densité gueux : gueux :
normale 0,5 MPa 45°
Joints non ru- Joints non
gueux : rugueux :
0,25 MPa 31°
ANCOLD 2350 Résistance en Résis-
(référence 7.4) 0,2-y/fT pointe : tance en
pointe :
0,14 fé
45°
USAGE 2,3f'c(2/3) 10 350 à 2400
(référence 7. 138) (psi) 41 400
USAGE >27,6 0,1 Of c ' 31 050 0,20 2400 0,10 f'c 45°
(référence 7. 141)
USBR 20,7 à 4 à 6% de 34500 0,20 2400 0,10 f'c 45°
(référence 7. 135) 34,5 fc

Propriétés dynamiques
Les propriétés dynamiques du béton qui doivent être prises en compte sont : la résistance à la
compression, la résistance à la traction, la résistance au cisaillement et le module élastique. On
retrouve au tableau 7.2 les principales variations des propriétés dynamiques du béton compa-
rativement aux propriétés statiques.

Ouvrages de retenue en béton page 7.39


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Les contraintes de compression sont généralement très faibles pour une structure hydraulique
de type poids. Elles ne sont généralement pas critiques pour assurer la stabilité structurale
même sous sollicitations sismiques. On utilise donc habituellement la valeur de la résistance
uniaxiale à la compression (f'c) pour déterminer les contraintes admissibles en compression.
Cependant, NRC (référence 7.113) note qu'une augmentation de 25 % de f'c peut-être considé-
rée pour tenir compte de l'augmentation de résistance occasionnée par le taux rapide de char-
gement sismique lors de l'interprétation des contraintes dynamiques de compression.
En l'absence d'essais de laboratoire, les valeurs préliminaires de la résistance dynamique à la
traction du béton peuvent être prises égales à 1,5 fois les valeurs statiques pour le béton de
masse et les joints de reprise afin de tenir compte de l'effet rapide du chargement sismique
(référence 7.4, référence 7.17 et référence 7.138).
Les paramètres de résistance au cisaillement (cohésion et angle de friction interne) ne sont pas
majorés pour prendre en compte le taux rapide de chargement lors des séismes.
Le module d'élasticité à court terme est majoré de 25 % pour tenir compte du taux rapide d'ap-
plication des charges (référence 7.26 et référence 7.134).

Tableau 7.2 : Propriétés dynamiques du béton comparativement aux propriétés stati-


ques
Propriétés Valeurs Référence
f'c (MPa) f'c (dyn) = 1 ,25 f'c (Stat) NRC (référence 7. 11 3)
f,(MPa) ft(dyn) = 0,15 f'c (stat) CDSA (référence 7. 17)
USAGE (référence 7. 140)
ANCOLD (référence 7.4)
E (MPa) E(dyn) = 1 ,25 E(Stat) NRC (référence 7.1 13)
USBR (référence 7. 134)
V V(dyn) = V(stat) -
3
P (kg/m ) P(dyn) = P(stat) -
c (MPa) C(dyn) = C(Stat) -
<|> (degré) fydyn) = <t>(stat) -

Propriétés thermiques
Dans les bétons de masse, l'étude du comportement thermique est de première importance.
Les propriétés thermiques à évaluer sont : le coefficient d'expansion thermique, la chaleur spé-
cifique, la conductivité thermique et le coefficient de diffusion. Le tableau 7.3 présente les va-
leurs typiques des propriétés thermiques du béton.

Le coefficient d'expansion thermique (a) se définit comme étant la variation d'unité de longueur
causée par une variation de température de un degré. La valeur du coefficient d'expansion
thermique dépend principalement de la composition des granulats. Par exemple, les bétons fa-
briqués avec des granulats à haute teneur en quartz ont des valeurs a élevées.

page 7.40 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

La chaleur spécifique du béton est la quantité de chaleur nécessaire pour accroître la tempé-
rature d'une unité de masse du matériau de 1e. La chaleur spécifique du béton augmente avec
un accroissement de l'humidité et diminue avec une réduction de la température.
La conductivité thermique quantifie la facilité qu'a un matériau à transmettre la chaleur. Elle se
définit comme étant le flux de chaleur transmis à travers une unité d'aire de matériau pour un
gradient thermique unitaire. Plus un béton est saturé, plus sa conductivité est grande. Par
exemple, une augmentation de 10 % du degré de saturation du béton peut augmenter la valeur
de la conductivité de 50 %.
Le coefficient de diffusion de la matière est une mesure de la vitesse à laquelle la température
se propage à l'intérieur d'une masse. Il s'agit d'un indice de la facilité avec laquelle le béton
peut subir un changement de température. Le coefficient de diffusion (À exprimé en m2/s) est
fonction de la conductivité (k), de la chaleur spécifique (cs) et de la masse volumique (p) du
béton selon la relation X = k / pcs.

Tableau 7.3 : Propriétés thermiques du béton


a cs k
Référence
(xlO^'C'1) (J / kg °C) (W/m°C)
Acr 7,2 à 12,5 870 à 1080 1,87 à 3,86
(référence 7.1)
USACEt 5,4 à 14,4 920 à 1050 2,08 à 3,98
(référence 7. 138)
Mindess et Young 7,4 à 13,0 840 à 1170 1,50 à 3,50
(1981)
Neville 1 1 ,0 à 20,0 840 à 1170 1,40 à 3,60
(référence 7. 11 4)
Béton de masse

Joints et fissures
Les joints sont des surfaces de discontinuité dans les ouvrages en béton. Certains joints sont
prévus lors du projet pour empêcher la fissuration du béton d'origine mécanique ou thermique ;
d'autres joints sont rendus nécessaires pour des considérations pratiques d'exécution des tra-
vaux, tandis que d'autres sont des discontinuités accidentelles qui se produisent lors d'arrêts
non programmés dans le bétonnage d'un élément particulier de l'ouvrage.
L'interface béton-rocher est également considérée comme une discontinuité où peut être locali-
sé un plan de rupture. Finalement, le massif de fondation peut comporter diverses failles ou fis-
sures qui peuvent représenter des plans de rupture.
On évalue la stabilité au glissement de la structure le long de ces discontinuités à partir de la
résistance au cisaillement. Pour ce faire, on doit déterminer les valeurs de la cohésion (c) et de
l'angle de friction interne (<J>) de ces joints ou fissures. Bien que ces valeurs doivent être confir-
mées par des essais en laboratoire, le tableau 7.4 donne, à titre indicatif, quelques valeurs ty-
piques. Pour bien comprendre comment ont été obtenues ces valeurs et à quels cas elles s'ap-
pliquent, il est important de consulter les références mentionnées.

Ouvrages de retenue en béton page 7.41


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Tableau 7.4 : Propriétés en cisaillement du béton et du roc


Béton-béton Béton-béton Roc-roc Roc-roc
Béton-roc
(masse) (joints) (sain) (fissuré)
Référence
c «t> c <fr c <> c 4> c <t>
(MPa) (degré) (MPa) (degré) (MPa) (degré) (MPa) (degré) (MPa) (degré)
Hydro-Québec 2,7 55 2,5 37 2,5 37 0,7 37
(référence 7.82)
ANCOLD 0,14 fc 45 0,14 ft 45
(référence 7.4) <1,4
CDA Pointe Pointe Pointe Pointe
(référence 7.16) 0,17^ 55 0,OBsfi 55

Rési- Rési- Rési- Rési-


duelle duelle duelle duelle
<100 45 <100 45
kPa kPa1
CEA 0,1 Ofc 45 <0,48 35 à = 1,5 57 39
(référence 7. 19) 48
Si cela est justifié par des essais

Les valeurs de la cohésion et de l'angle de friction au contact béton-roc dépendent de la com-


position et du type de roc. Le tableau 7.5 et le tableau 7.6 présentent les valeurs expérimenta-
les obtenues par des essais en laboratoire selon EPRI pour la résistance en pointe et pour la
résistance en glissement résiduel (référence 7.59).

Tableau 7.5 : Valeurs des paramètres de résistance au cisaillement au contact béton-roc


selon le type de roc : résistance en pointe
Valeurs moyennes Limite inférieure
Type de roc au
contact c 4> ft c ft
(MPa) (degré) (MPa) (MPa) (degré)
* (MPa)
granité 1,26 54 0,97 0,65 53 0,55
granité/gneiss 1,30 57 0,83 0,48 57 0,31
calcaire ou dolomie 1,92 68 - 1,14 68 -
phyllite 1,66 62 0,89 0,48 62 0,28
grès 1,79 65 0,80 0,35 65 0,17
schiste argileux 0,12 60 - 0,00 48 0,00

page 7.42 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Tableau 7.6 : Valeurs des paramètres de résistance au cisaillement au contact béton-roc


selon le type de roc : résistance en glissement résiduel
Valeurs moyennes Limite inférieure
Type de roc au
contact ^apparente ^apparente <t>
(MPa) (degré)
* (MPa) (degré)
granité 0,076 35 0,000 32
granité/gneiss 0,028 34 0,000 31
calcaire ou dolomie 0,117 37 0,000 23
phyllite 0,000 35 0,000
grès 0,173 39 0,000 27
schiste argileux 0,000 29 0,000 13
grès fin 0,103 34 0,000 22

La résistance à la traction au contact béton-rocher est initialement négligée à moins d'avoir ef-
fectué des essais sur échantillons représentatifs de l'état in situ du contact béton-rocher
(référence 7.16 et référence 7.67). Il s'agit là d'une hypothèse conservatrice. Des essais de
traction effectués sur des spécimens de contacts béton-rocher extraits de plusieurs barrages
en béton aux USA (référence 7.59 et tableau 7.5) et au Canada (Lo et Grass, 1994) ont indiqué
la présence de résistance significative à la traction. Cependant, il est mentionné que bien que
les contacts béton-rocher soient souvent intacts in situ, ils ne devraient pas être présumés liés
sans investigation par forage. De plus, l'intensité des contraintes de traction à laquelle peut ré-
sister la fondation dépend des caractéristiques du réseau de joints (fissures) dans le massif ro-
cheux. Dans le contexte de la conception d'un nouvel ouvrage, il est donc approprié de négliger
la résistance au contact béton-rocher.

7.8.1.2 Béton structural

De façon générale, les indications mentionnées précédemment concernant le béton de masse


s'appliquent également au béton structural. Cependant, pour la conception d'éléments structu-
raux particuliers (béton armé, poutres, dalles, etc.) le concepteur doit se référer et suivre les in-
dications de la norme CSA-A23.3.

Ouvrages de retenue en béton page 7.43


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.8.1.3 Béton compacté au rouleau


Le regain d'intérêt pour les profils poids est venu de l'invention du béton compacté au rouleau
(BCR) qui est une innovation majeure dans la technologie des barrages. Depuis les années 80,
de nombreux barrages en BCR ont été construits à travers le monde. Avec ce type de barra-
ges, on constate cependant des variations appréciables, tant dans la composition des mélan-
ges utilisés (teneur en ciment, pouzzolanes, constituants) que dans la conception'9'.
Les propriétés importantes à évaluer pour lé béton conventionnel (statiques, dynamiques et
thermiques) le sont tout autant pour le béton compacté au rouleau ; celles-ci sont traitées à la
rubrique 7.8.1.1.2. Les écarts entre les propriétés du béton conventionnel et du BCR sont prin-
cipalement dus aux différences dans les proportions des ingrédients du mélange. En effet, un
BCR contient généralement 40 % moins d'eau et 30 % moins de pâte qu'un béton convention-
nel. Le tableau 7.7 présente les valeurs de quelques propriétés de BCR évaluées sur des bar-
rages existants selon des valeurs moyennes provenant des données de Hansen et Reinhardt
(référence 7.76).

Tableau 7.7 : Propriétés statiques et thermiques de barrages en BCR


f'c ft E V c a Cs k
(MPa) (MPa) (MPa) (kg/m3) (MPa) (degré) (J/kg°C) (W/m °C)

15 à 40 = 0,1 3 fc' 9000 à 0,17 à 2400 ou <0,6 34 à 52 6à11 750 à 970 1,81 à 2,05
22450 0,22 plus

7.8.1.4 Durabilité du béton


La durabilité est l'aptitude du béton à résister à la détérioration provenant de son environne-
ment ou de son utilisation. Un béton conçu convenablement doit se comporter sans détériora-
tion sensible pour sa vie utile. Il n'est généralement pas possible de prévoir la durabilité en ser-
vice d'un béton par des essais en laboratoire.
La dégradation du béton résultant des facteurs environnementaux est principalement due aux
variations saisonnières de la température ambiante ainsi qu'aux cycles de gel-dégel. Tel que
mentionné à la rubrique 7.8.1.1.1, l'utilisation d'agents entraîneurs d'air améliore la durabilité du
béton aux cycles de gel-dégel'101.
Le béton peut également se dégrader suite à diverses réactions chimiques comme par exemple
la réaction alcalis-granulats entre le ciment et les granulats. Il convient donc de vérifier le ca-
ractère non réactif des granulats vis-à-vis ces différentes réactions et d'utiliser un ciment avec
une faible teneur en alcalis'111.

191
La rubrique 7.30 traite en détails des barrages en BCR en abordant, entre autres, le dosage et la mise en place
du BCR, la conception de ce type d'ouvrage et les principales propriétés inhérentes à ce type de béton.
1101
La rubrique 7.19.3 traite de l'effet des variations saisonnières de la température sur le béton durci.
'11) Ce sujet est traité à la rubrique 7.8.1.1.1.

page 7.44 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Le béton peut être attaqué par les sulfates présents dans le sol ou dans l'eau qui peuvent pro-
voquer la fissuration et la désintégration de la masse. Cependant, diverses mesures peuvent
être prises pour protéger le béton de ces attaques'121.

7.8.1.5 Problèmes particuliers

7.8.1.5.1 Réactions alcalis-granulats

La réaction alcalis-granulats (RAG) est une forme de détérioration du béton qui se produit lors-
que des minéraux actifs de certains granulats réagissent avec les alcalis du sodium et du po-
tassium provenant du ciment. Quatre conditions essentielles doivent être satisfaites pour que
les signes de la RAG, tel que le gonflement du béton, se manifestent :
1. le granulat doit réagir aux alcalis ;
2. le béton qui contient ces granulats doit contenir suffisamment d'alcalis ; .
3. le niveau d'humidité au sein du béton doit être supérieur à 75 % ;
4. le degré de confinement triaxial du béton ne doit pas être trop élevé.

Les mesures à prendre pour réduire la RAG sont, tel discuté à la rubrique 7.8.1.1.1, l'utilisation
d'un ciment à faible teneur en alcalis et le choix de granulats peu réactifs.

7.8.1.5.2 Attaque des sulfates

Les sulfates représentent un risque majeur d'agression chimique pour le béton. Les sulfates
peuvent être d'origine naturelle, biologique ou provenir de pollutions domestiques et industriel-
les. Des quantités excessives de sulfates dans le sol ou dans l'eau (eaux de pluies, eaux sou-
terraines) peuvent attaquer et détruire le béton qui n'a pas été correctement conçu.
La source des sulfates peut également être interne au béton dans le cas d'une pollution acci-
dentelle des granulats (déchets de plâtre, par exemple), d'une utilisation de granulats gypseux
ou d'une surdose du ciment en gypse.
Les sulfates attaquent le béton en réagissant avec les composants hydratés de la pâte de ci-
ment pour former un sufoaluminate de calcium (ettringite). A cause de la croissance des cris-
taux, cette réaction expansive peut provoquer suffisamment de pression pour briser la pâte de
ciment, ce qui provoque la fissuration et la désintégration du béton. Pour éviter cette réaction,
diverses mesures peuvent être prises comme : utilisation d'un ciment résistant aux sulfates
(type 50), ajout de pouzzolanes au mélange, eau de gâchage avec une faible teneur en sulfa-
tes et utilisation d'agents entraîneurs d'air. Selon Skalny (référence 7.132), les bétons avec une
perméabilité et un rapport E/C faibles constituent une aussi bonne protection que les béton uti-
lisant le ciment de type 50.

1121
Ce sujet est traité plus en détails à la rubrique 7.8.1.5.

Ouvrages de retenue en béton page 7.45


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.8.1.5.3 Chaleur d'hydratation

Dans les ouvrages massifs, comme les barrages, il est primordial de contrôler le dégagement
de chaleur qui se produit par suite de la réaction d'hydratation par laquelle le ciment réagit avec
l'eau, puisque cette élévation de température s'accompagne d'un phénomène d'expansion
thermique, créant par le fait même des fissures indésirables lors du refroidissement'131.

7.8.1.5.4 Retrait

Lors de la construction d'un ouvrage, le béton de surface sèche et rétrécit plus rapidement que
celui à l'intérieur ce qui provoque des efforts de tension et, lorsque le joint est déficient et/ou
que l'on empêche le béton de se rétrécir, des fissures14.

7.8.1.6 Essais relatifs au béton


Les essais relatifs au béton doivent être faits selon les recommandations de la norme
CSA-A23.2 qui traite des principales méthodes d'essai du béton durci et plastique et des cons-
tituants.
Pour s'assurer que l'ouvrage en béton offre satisfaction et performance, il est indispensable
d'effectuer des essais de qualité et d'acceptation des matériaux pour s'assurer qu'ils convien-
nent pour faire le béton.
Des essais doivent également être effectués sur le béton frais (affaissement, teneur en air,
etc.) pour établir les proportions du mélange et contrôler la qualité sur le chantier.
Il est également nécessaire de prévoir des essais sur le béton durci pour déterminer ses pro-
priétés statiques, dynamiques et thermiques ainsi que pour assurer un contrôle de la qualité
tout au cours du processus de construction.
La fréquence des essais est un facteur important si l'on veut avoir un contrôle de qualité effi-
cace. USAGE (référence 7.141) propose un programme d'essais sur le béton (tableau 7.8).

1131
La rubrique 7.19 traite en détail des effets thermiques qui affectent les ouvrages en béton et indiquent les mesu-
res à prendre pour contrôler le dégagement de la chaleur d'hydratation.
[14)
L'évaluation et le contrôle du retrait du béton sont traités à la rubrique 7.20.

page 7.46 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Tableau 7.8 : Programmation des essais sur le béton


Âge du béton en jours
Essai
1 3 7 28 90 180 365
Essai de compression V V V V V V V
Module de rupture V V V V V V V
Essai Brésilien V V
Essai de cisaillement V V
Module d'élasticité V V V V V V V
Coefficient de Poisson V V V V V V V
Essais dynamiques V
Fluage V V V V V V V
Essai de déformation V V v- V
Coefficient d'expansion thermique V . v V V V
Chaleur spécifique V V V V V
Coefficient de diffusion V V V V V

Cependant, selon le type de béton (BCR, par exemple) la programmation des essais peut être
bien différente et se poursuivre sur une période supérieure à 365 jours. La programmation doit
également prévoir que les essais se déroulent sur un nombre suffisant d'échantillons pour dé-
terminer de façon précise les propriétés du béton.

7.8.2 Roc de la fondation


Le module de déformation de la fondation doit être déterminé pour évaluer le tassement que
subira l'ouvrage de béton construit sur cette dernière. L'évaluation de la compressibilité de la
fondation doit considérer les déformations élastiques et inélastiques. Bien que différentes mé-
thodes permettent d'évaluer le module de déformation, les essais in situ demeurent la méthode
la plus précise pour prendre en compte les discontinuités naturelles du roc. La valeur du mo-
dule de déformation est inférieure à celle du module élastique du roc intact. Il est très important
de ne pas confondre ces deux valeurs.

Ouvrages de retenue en béton page 7.47


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Les propriétés de résistance les plus importantes pour la fondation rocheuse, sont les résistan-
ces à la compression et au cisaillement. Pour prendre en compte les failles et les plans de fai-
blesse existants in situ, la résistance en compression de la fondation est généralement consi-
dérée comme étant une fraction de la résistance moyenne en compression du roc. La résis-
tance au cisaillement est évaluée à partir de la cohésion et de l'angle de friction interne qui doi-
vent être déterminés à partir d'essais en laboratoire. Il est particulièrement important de déter-
miner les propriétés associées aux failles ainsi qu'aux zones de faiblesses (matériaux peu ré-
sistants, défauts, etc.) puisque ces dernières contrôlent souvent le comportement structural de
la fondation1151.
Il est possible d'améliorer le module de déformation ainsi que la résistance mécanique du mas-
sif rocheux en effectuant une injection de consolidation'161.
Lorsque le massif de la fondation est inclus dans les analyses sismiques, les effets du taux ra-
pide de chargement sur le module de déformation et la résistance sont considérés comme né-
gligeables par rapport aux incertitudes reliées à la détermination des propriétés mécaniques.
Pour tenir compte de ces incertitudes, une borne inférieure et une borne supérieure doivent
être considérées pour le module de déformation de la fondation rocheuse.

7.8.3 Acier

7.8.3.1 Acier d'armature et câbles de post-contrainte


Le renforcement du béton par des aciers n'est généralement pas requis dans les zones com-
primées. Cependant, dans certaines zones où les contraintes principales de compression sont
supérieures aux deux-tiers de la résistance ultime, l'ajout d'acier peut être justifié.
Dans les zones tendues, l'ajout de barres d'acier doit être considéré si les contraintes de trac-
tion sont supérieures à la résistance du béton (jonts). De plus, près des ouvertures et des gale-
ries par exemple, l'utilisation d'armatures d'acier est d'Usage courant. Des barres d'armature
peuvent également être utilisées pour contrôler la fissuration sur les parois de l'ouvrage.
Les propriétés de l'acier d'armature et des câbles de post-contrainte doivent répondre aux spé-
cifications des normes CSA-A23.1 et CSA-A23.3[17!.

7.8.3.2 Acier structural


L'évaluation des propriétés ainsi que la conception d'éléments structuraux en acier (poutres,
colonnes, etc.) doit se faire selon les recommandations de la norme CSA-S16.1.

1151
Ce sujet est traité aux rubriques 7.25.4 et 7.28.
1161
Ce sujet est traité à la rubrique 7.28.1.1.
1171
La rubrique 7.18 traite de la post-contrainte et mentionne diverses références concernant la conception des câ-
bles de post-contrainte.

page 7.48 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Les pièces en acier exposées aux conditions extérieures doivent être protégées par galvanisa-
tion, si la taille des pièces le permet, ou par application d'une peinture à base d'époxy.
Dans les régions nordiques, la conception de pièces en acier doit prendre en compte la varia-
tion de ductilité de ce matériau à basse température. Le choix du type d'acier doit être fait en
fonction d'assurer un comportement ductile du matériau dans la plage de température à la-
quelle il sera soumis. Les essais et le choix du type d'acier doivent être faits selon les indica-
tions de la norme CSA-G40.20.

7.9 Définition des charges à considérer

7.9.1 Classification des charges


Les principales charges, les variations volumétriques des matériaux (dilations et contractions)
et les déplacements imposés pouvant affecter la durabilité, l'usage fonctionnel et la sécurité
des ouvrages de retenue en béton sont illustrés à la figure 7.11 et à la figure 7.12 pour les bar-
rages-poids. Ces actions (co-actions) peuvent être catégorisées de différentes façons selon :

• leurs variations dans le temps ;

• le niveau d'incertitude relié à leur quantification ;

• leurs actions de résistances (forces stabilisatrices) et de sollicitations (forces déstabilisatri-


ces).

La classification des charges, selon leurs variations dans le temps, considère :

• les charges (phases) de construction ;

• les charges permanentes (ex. poids-propre) ;

• les surcharges dues à l'usage (ex. surcharge des voies de roulement sur la crête) ;

• les sollicitations de longue durée (pseudo-statiques, cycliques - ex. température) ;

• les sollicitations dynamiques (ex. séismes).

Ouvrages de retenue en béton page 7.49


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 7.11 : Forces et sollicitations agissant sur un barrage-poids

changements votumétriques internes


(Iluage, retrait, chaleur d'hydratation,
gonflement hydrique, réaction alcalis-
granulats, etc.)

En conditions normales d'opération, les principales forces stabilisatrices sont le poids-propre de


l'ouvrage (ouvrage-poids) et le poids de l'eau contribuant à la stabilité. Les principales forces
déstabilisatrices sont :

• les poussées hydrostatiques et les sous-pressions contribuant à l'instabilité ;

• les surcharges et poussées des sédiments contribuant à l'instabilité ;

• la poussée des glaces.

page 7.50 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 7.12 : Charges et déformations à considérer pour les ouvrages de retenue en bé-
ton

CHARGES ET DÉFORMATIONS À CONSIDÉRER POUR LES OUVRAGES EN BÉTON

ÉVALUATION U.
DU RISQUE 13
1
-rupture en DISTRIBUTION SPATIALE ÉVOLUTION TEMPORELLE
conditions normales
-rupture causée
par les crues t -STATIQUE Là.
-PSEUDO-STATIQUE
DURÉE ^
-CYCLIQUE
-COURTE DURÉE
ANALYSE[3 1
DE RISQUE
-risque acceptable
-considérations -VALEURS NORMALES El
probabilistes -VALEURS INHABITUELLES
-VALEURS EXTRÊMES

1
|Ï2a |Ï3a
CHARGES APPLIQUÉES CHANGEMENTS VOLUMÉTRIQUES DÉPLACEMENTS IMPOSÉS
-poids propre (phases de construction) -retrait -tassements de la fondation et
-densité de Peau (teneur en sédiments) -séchage / mouDIage mouvements de la vallée
-niveau d'eau amont -humidité -poids du barrage et du réservoir
-niveau d'eau aval -gonflement hydrique -drainage de la fondation (tunnels,
-sous-pressions, pressions interstitielles -température minage)
-glace (statique, dynamique) -chaleur d'hydratation -mécanisme de transfert de charge
-sédiments et remblais -variations saisonnières -infiltration de sédiments dans les
-trafic sur la crête -cycle de gel-dégel fissures
-fluage, relaxation
-contraintes résiduelles |l3b
-séismes
-poids propre de l'équipement 12b -composantes horizontales/verticales
-pression hydrostatique et dynamique -effets chimiques -séisme d'opération de base (QBE)
-débordement -réactions alcalis-granulats -séisme maximal de
-évacuateurs (vannes ouvertes/fermées) -sulfatation dimensionnement (SMD)
-poutrelles de révision (en place ou non) -carbon atation -séisme maximal probable (SMP)
-prise d'eau -dissolution chimique -inertie, amortissement
•coup de bélier -cristallisation des sels -pressions hydrodynamiques
-mouvement de l'eau -niveau eau amont/aval
•coincement/frottement des vannes 12c -sous-pressions
-vibration de réquipement mécanique -érosion -pressions hydrodynamiques sur
-vibrations induites aux grilles à débris -lessivage le long des joints/fissures les vannes
par le courant -rideau d'injection -poussées dynamiques des terres
-fondation -montée du réservoir due aux mouve-
ments de terrain (glissement,
-vent |l2d éboulis.etc.)
-vagues -contraintes in situ dans la fondation -déformation du rocher causée par le
-excavation de la fondation mouvement des failles
(décompression du roc) -excitation multiple (effet des vagues)
-débris flottants -coupure dans le barrage -martellement des composantes
-glissements de terrain, adjacentes
-avalanches

hle
-post-tension •—
-poussée des terres (active, passive)
-injection des joints et des fissures
-minage et charges de construction

-champ gravitaliorme) •—
-sabotage, bombes, actions militaires
-autres (éclairs, volcans, écrasement
d'avion, etc.)

Ouvrages de retenue en béton page 7.51


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.9.2 Application du Code national du bâtiment


Afin de déterminer si les charges définies par le Code national du bâtiment du Canada (par
exemple les charges sismiques) sont applicables, on doit identifier les structures essentielles et
non essentielles à la retenue des eaux.
Une structure est dite essentielle lorsque l'endommagement ou la ruine de celle-ci peut entraî-
ner la ruine ou l'endommagement du barrage principal ou des structures connexes, ou lorsqu'il
est absolument nécessaire qu'elle continue à remplir son rôle après un séisme. La ruine peut
entraîner une perte de réservoir ou occasionner des risques inacceptables en aval. La ruine
peut aussi rendre une structure inopérable, c'est-à-dire incapable de protéger les ouvrages de
retenue contre une rupture.
Une structure non essentielle est une structure pour laquelle l'endommagement ou la ruine :

• n'entraîne pas l'endommagement ou la ruine du barrage principal (structures connexes) ;

• n'empêche pas le contrôle du réservoir pour protéger les ouvrages de retenue.

Les structures essentielles ou de protection civile doivent généralement résister à des sollicita-
tions (ex. crues, séismes) ayant une période de récurrence plus grande que celle utilisée dans
le Code national du bâtiment pour les bâtiments. Les structures non essentielles peuvent être
dimensionnées pour résister aux sollicitations définies par ce code lorsqu'elles sont applicables.

7.9.3 Description des charges


On retrouve aux rubriques suivantes une description des sollicitations à prendre en considéra-
tion lors de la conception des ouvrages de retenue en béton (barrages-poids, ouvrages régu-
lateurs, évacuateurs de crue, prises d'eau et centrales) :

• charges permanentes ;

• surcharge d'utilisation ;

• vent ;

• vagues ;

• poussées hydrostatiques ;

• poussée subatmosphériques ;

• sous-pressions ;

• poussées des terres et des sédiments ;

• poussées des glaces ;

page 7.52 ' Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

• post-tension ;

• température, retrait, fluage ;


v
• sollicitations sismiques ;

• débris ;

• autres (dynamitage, injections, etc.).

7.10 Charges permanentes


Les charges permanentes comprennent le poids-propre des ouvrages, le poids des remblais
ainsi que le poids des équipements fixes et permanents.
Le poids-propre des ouvrages comprend je poids du béton du barrage et celui des superstruc-
tures telles que les ponts d'évacuateurs et les piliers. Le poids volumique du béton à utiliser
dans les calculs dépend de la densité des granulats, de leur taille maximale et des détails du
mélange utilisé. Pour les calculs préliminaires, lorsqu'on ne connaît pas le type de granulats, on
utilise généralement un poids volumique de 23,5 kN/m3. Lors de la conception finale cette va-
leur doit être révisée en fonction des résultats d'essais sur le mélange qui sera utilisé lors de la
construction.
V

Dans le cas où le remblai est considéré comme charge permanente, son poids volumique pour
l'analyse initiale est supposé égal à 19,6 kN/m3. Lors de la conception finale, cette valeur doit
être révisée en fonction des résultats d'essais sur les matériaux utilisés et les conditions de te-
neur en eau appropriées (humides ou saturées).
Le poids de l'équipement permanent doit être révisé si les caractéristiques de ces équipements
sont modifiées lors des différentes étapes de la conception. CDSA (référence 7.17) mentionne
que si le poids d'un équipement permanent est inférieur à 1 % du poids du béton, celui-ci ne
devrait pas être pris en compte dans le calcul des charges permanentes.

7.10.1 Vannes
Le poids des vannes d'évacuateur doit normalement être inclus pour les analyses où
l'évacuateur est en opération. Les circonstances spéciales où l'on doit tenir compte des condi-
tions de maintenance ou de l'enlèvement des vannes devraient être considérées cas par cas.

7.10.2 Treuils des vannes


Les treuils des vannes d'évacuateur ne sont généralement pas pris en compte dans le calcul
des poids, à moins qu'ils ne soient en place pour chaque vanne et que leurs poids puisse être
déterminé approximativement.

Ouvrages de retenue en béton page 7.53


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.10.3 Turbines
Les sections de centrales sont habituellement analysées pour les conditions normales
d'exploitation (avec et sans glace), de même que pour l'excitation sismique de base
d'exploitation (SBE) avec les poutrelles de révision en place; au moins un groupe avec les pas-
sages hydrauliques vides et l'équipement de génération électrique enlevé. Toutes les autres
combinaisons sont généralement analysées avec l'équipement de génération d'électricité en
place et les passages hydrauliques remplis d'eau.

7.10.4 Equipements mobiles


Le poids des équipements mobiles tels que les grues et les camions ne doit être considéré que
lorsqu'ils diminuent le facteur de sécurité contre le renversement.

7.11 Vent
La sollicitation du vent est déterminée selon le Code national du bâtiment du Canada pour
l'endroit où l'ouvrage sera construit. Les pressions de vent horaires utilisées correspondent à
une probabilité annuelle de dépassement de 1 :100 pour les structures essentielles et de 1 : 30
pour les autres structures. Les pressions de vent peuvent agir dans n'importe quelle direction et
devraient notamment être utilisées dans les calculs de stabilité des superstructures supportant
les vannes.

7.12 Vagues
La surélévation du plan d'eau à la face amont des ouvrages et la hauteur des vagues sont in-
fluencées par l'action du vent sur le réservoir. La hauteur des vagues et l'effet de clapotis lors-
qu'elles heurtent une paroi fixe sont à considérer pour déterminer la revanche nécessaire. La
hauteur des vagues dépend principalement de la vitesse du vent, de sa durée et de la longueur
continue de la surface du plan d'eau du réservoir soumise à son action. En plus de l'information
présentée à la rubrique 8.3.7, des informations pertinentes aux calculs de l'action des vagues
sur les ouvrages sont données à la référence 7.51, à la référence 7.53, à la référence 7.118 et
à la référence 7.142.
Les surpressions hydrodynamiques induites par l'action des vagues sont généralement faibles
et de nature transitoire. Elles sont souvent ignorées dans les calculs de stabilité globale des
barrages-poids. Cependant, elles peuvent avoir un effet plus important pour le calcul de la sta-
bilité des vannes et des structures connexes, ou encore de la structure de crête des barrages.
Les surpressions hydrodynamiques dues à l'action des vagues peuvent être calculées selon
USAGE (référence 7.142).

page 7.54 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.13 Poussées hydrostatiques amont et aval

7.13.1 Niveau de la retenue et poids volumique


Les poussées hydrostatiques amont et aval sont évaluées selon les niveaux des plans d'eau
amont et aval correspondant :

• au niveau normal d'exploitation ;

• à la crue de projet ;

• à la crue de sûreté.

La pression hydrostatique s'exerce perpendiculairement sur toutes les surfaces immergées.


Elle est calculée en utilisant un poids volumique de 9,81 kN/m3, bien que celui-ci varie légère-
ment en fonction de la température et des solides (sédiments) en suspension qui peuvent se
retrouver en quantité importante lors des crues estivales (ex. crue du Saguenay de 1996). La
densité relative d'une eau chargée de sédiments peut facilement atteindre des valeurs variant
de1,05à1,10(FRCOLD, 1991).

7.13.2 Effets stabilisateurs-déstabilisateurs


La présence de colonnes verticales d'eau au-dessus de surfaces horizontales et inclinées, ou à
l'intérieur de passages hydrauliques, génère habituellement des forces stabilisatrices. La pous-
sée hydrostatique horizontale agissant en aval de l'ouvrage génère également un effet stabili-
sateur.

7.13.3 Poussées verticales


On retrouve principalement l'eau :

• au-dessus des parois inclinées amont et aval ;

• au-dessus de la portion amont du coursier des évacuateurs ;

• dans les passages hydrauliques (prises d'eau et centrales).

Ouvrages de retenue en béton page 7.55


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

L'élaboration des combinaisons de charges considère la vidange des passages hydrauliques


lors de l'exploitation et la maintenance des équipements. Par exemple, en conditions normales
d'exploitation (avec ou sans glace), on ne considère pas l'effet stabilisateur de l'eau dans les
passages hydrauliques pour certaines combinaisons de charges'181.
Dans certains cas, le jet d'eau passant au-dessus d'une section déversante exerce une pres-
sion sur celle-ci. Les forces correspondantes doivent habituellement être négligées dans les
calculs de stabilité, à l'exception des pressions subatmosphériques telles que.décrites ci-
dessous.

7.13.4 Poussées horizontales

7.13.4.1 Amont

Une distribution triangulaire de la pression statique exercée par l'eau agissant dans la direction
normale à la face amont est généralement utilisée pour la conception des sections non déver-
santes. Pour les sections déversantes, l'effet de la vitesse d'approche de l'eau doit être consi-
déré.

7.13.4.2 Aval - section non déversante

Pour les sections non déversantes, la pression hydrostatique aval est calculée en considérant
la pleine profondeur du plan d'eau aval.

7.13.4.3 Aval - section déversante

La poussée hydrostatique aval doit être ajustée pour la rétrogression lorsqu'il se produit un res-
saut hydraulique dans le canal aval. Dans ces conditions, les poussées peuvent présenter
d'importantes fluctuations et doivent être estimées d'une façon conservatrice. Lorsque les ré-
sultats d'études hydrauliques ne sont pas disponibles, on utilise communément une profondeur
effective du plan d'eau aval correspondant à 60 % de la pleine profondeur pour le calcul des
pressions et des forces correspondantes (référence 7.140). Ceci est illustré à la figure 7.13.
Brand (1999) présente une méthode de calcul pour évaluer la profondeur effective du plan
d'eau aval.
Pour les sections déversantes où il n'y a pas de ressaut hydraulique dans le bassin
d'évacuation, la pleine profondeur du plan d'eau peut être utilisée pour le calcul des forces in-
duites par le plan d'eau aval.
La pleine profondeur du plan d'eau aval doit être utilisée pour le calcul des sous-pressions
agissant au pied aval de l'ouvrage, sans égard aux conditions de l'écoulement à l'aval de
l'ouvrage.

t181
Ce sujet est traité à la rubrique 7.24.

page 7.56 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 7.13 : Poussée hydrostatique et sous-pression pour les sections déversantes


NIVEAU D'EAU

PRESSION
HYDROSTATIQUE

SÉDIMENTS

PRESSION
SÉDIMENTS
HYDROSTATIQUE
SOUS-PRESSION

Adaptation de ANCOLD (référence 7.4)

7.13.4.4 Évacuateurs avec vannes

Lors de l'analyse d'un évacuateur avec vannes pour la stabilité globale, la poussée hydrostati-
que horizontale sur l'évacuateur doit être ajustée afin d'enlever la poussée pertinente à
l'ouverture des vannes pour une condition de crue particulière (crue de projet ou crue de sûre-
té). Le nombre de vannes qui seront ouvertes doit être évalué en fonction de l'adéquation de la
capacité d'évacuation lors de l'ouverture d'une (ou plusieurs) vanne avec le débit à évacuer.
Même si la vanne est ouverte, il peut subsister une force horizontale si celle-ci ne peut être
soulevée au-dessus du niveau du plan d'eau lors de la crue. Pour la stabilité locale, on doit
considérer la possibilité qu'une vanne demeure fermée ou non fonctionnelle. Par conséquent,
en situation de crue, il faut utiliser la pleine pression sur la vanne.

7.13.5 Passages hydrauliques


Une surpression équivalente de 10 à 25 % de la pression hydrostatique est considérée au ni-
veau des passages hydrauliques de la prise d'eau et des bâches spirales de la centrale lors
des études structurales. La valeur de surpression associée au coup de bélier dépend de la vi-
tesse de fermeture des vannes, de la configuration de la conduite et de la présence ou non
d'une cheminée d'équilibre.

Ouvrages de retenue en béton page 7.57


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.14 Poussée subatmosphérique


À la charge hydraulique totale pour laquelle le profil d'une section déversante a été déterminé,
la pression au contact du jet d'eau et du profil est voisine de la pression atmosphérique. Pour
un profil donné, une nappe d'eau d'une hauteur égale à la charge totale qui a servi à tracer le
profil n'induit donc aucune pression. Par ailleurs, une nappe d'eau de plus grande hauteur que
la charge totale crée une pression subatmosphérique (succion) de nature déstabilisatrice sur le
profil. Lorsque le profil a été déterminé pour une charge hydraulique passablement moindre
que le maximum qui pourrait survenir, l'intensité des efforts de succion devrait être déterminée
et ceux-ci inclus dans les calculs de stabilité (référence 7.140).

7.15 Sous-pressions

7.15.1 Pressions interstitielles et sous-pressions


Le béton est un matériau poreux de sorte qu'une pression d'eau peut se développer par per-
colation dans les espaces interstitiels présents dans le corps des ouvrages (figure 7.14, a). Les
pressions interstitielles résultantes génèrent des forces internes auto-équilibrées qui induisent
des contraintes de traction dans le béton (figure 7.14, b). Les contraintes totales de compres-
sion dans le béton sont réduites à une valeur dite « effective » en présence de pressions in-
terstitielles et les contraintes de traction (si présentes) sont augmentées. Par ailleurs, l'intrusion
de l'eau sous pression dans une fissure ouverte ou un joint agit comme une charge externe ac-
tive de « sous-pression » qui doit être incluse dans les calculs de contrainte et de stabilité pour
assurer l'intégrité structurale de l'ouvrage (figure 7.14, c).
Les sous-pressions, qui résultent de la présence d'eau en amont et en aval d'un système bar-
rage-fondation existent dans les sections du barrage, au contact béton-rocher et dans la fonda-
tion rocheuse. Les sous-pressions varient dans le temps selon les cycles d'ouverture-fermeture
(décompression-compression) des joints et des fissures et selon la cote du réservoir. Les sous-
pressions dépendent des conditions frontières (drainage, écrans d'injection), de la perméabilité
des matériaux et de la conductivité hydraulique des joints et des fissures (figure 7.14, d) et
figure 7.15).
L'intensité et la distribution des sous-pressions susceptibles de se développer dans un barrage-
poids et dans sa fondation ont un effet marqué sur la stabilité de l'ouvrage et la conception
structurale de celui-ci. Il y a quatre principaux éléments qui peuvent être conçus de façon à ré-
duire l'intensité et la distribution des sous-pressions :

• l'écran d'injection qui augmente la longueur du chemin d'écoulement de l'eau, dans la fon-
dation ;

• le tapis amont qui augmente également la longueur du chemin d'écoulement de l'eau dans
la fondation ;

• le rideau de drainage qui relâche les sous-pressions ;

page 7.58 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

• l'utilisation d'une membrane (revêtement) imperméable sur la face amont.

Figure 7.14 : Pressions interstitielles et sous-pressions

a) Barrage - réservoir

' Béton intact

Joint de reprise
Écoulement de
l'eau
V

\
b) Béton de masse (intact et saturé) c) Joint de reprise (cheminement de
conductivité hydraulique uniforme)

= YH p =0

distribution linéaire des


sous-pressions
pressions interstitielles

d) Joint de reprise (fissuré non


drainé)
fissure ligament

- perméabilité (conductivité
hydraulique) «1 » l<2
p= Y H n =o
p
" P'e'ne pression hydrostatique
~ amont dans la fissure

Ouvrages de retenue en béton page 7.59


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 7.15 : Paramètres affectant les sous-pressions


température

temps

niveau amont •=• porosité et perméabilité


du béton

\
caractéristiques
du roc

traitement de
drain de la fondation
rideau / fondation
d'injection

7.15.2 Pressions interstitielles dans le béton de masse


Le béton de masse intact est très imperméable et les mesures in situ ont confirmé que les
pressions interstitielles ne se développent que près de la paroi amont (référence 7.55). Les cal-
culs ont démontré qu'il peut s'écouler plusieurs centaines d'années pour que l'eau sature les
vides en se déplaçant d'amont en aval d'un barrage typique en béton (référence 7.12). USAGE
(référence 7.140) reconnaît que l'imperméabilité du béton intact préviendra le développement
de grandes pressions interstitielles. La distribution de pressions internes est présumée varier
de 50 % de la pression maximale à la paroi amont, à zéro en aval (pas d'eau en aval). Cepen-
dant, la présence de fissures et des joints de reprise de bétonnage dans le corps de l'ouvrage
modifie cette hypothèse. On doit alors considérer l'intensité et la distribution des sous-pressions
telles que décrites ci-dessous.

7.15.3 Sous-pressions - conditions normales d'exploitation et de


crues
Les sous-pressions sont considérées comme agissant sur 100 % de là section considérée pour
les calculs de contraintes et de stabilité.

page 7.60 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.15.3.1 Joints de reprise de bétonnage et contact-béton rocher - sans


drainage, ni fissure

La distribution des sous-pressions pour une section non-drainée ni fissurée de l'ouvrage varie
linéairement de la pleine charge à la face amont à la pleine charge à la face aval
(figure 7.16, a).

Figure 7.16 : Conditions de sous-pressions à considérer pour les ouvrages poids


(a)
K(H,-H4)+ H)

ai H, <
H3=K(H,-H2)+H2

E = anicaclti dsa drains


Kol -E

T= longueur de la fissure (T < x) (e) T= longueur de la fissure (T >x)


»IH 4 >H 2 NOTE: l'efficacité des drains (E). est supposée varier entre
Ha= <(HrHgl (L-Kl ^ H2 - H4) (1^) +«4 25% et 50%. Cependant, à partir de mesures in situ
(L-T) Justificatives, refficacité peut être augmentée jusqu'à
«H 4 <H 2 un maMmum de 67%.
Hqs {(H* 44^^1.^11) (1 -E) +H2
(L.T)

H '

YH
E = efficacité doa draina

Adaptation de USAGE, référence 7.140

7.15.3.2 Incidence des drains

Lorsqu'un système de drainage est présent, on considère généralement que celui-ci peut ré-
duire l'intensité des sous-pressions le long de sa ligne d'action. En l'absence de fissure, on
présume habituellement une distribution linéaire des sous-pressions des faces amont et aval
jusqu'à la ligne des drains (figure 7.16, b). L'influence du rideau de drainage sur les forces de
sous-pressions à considérer lors de la conception structurale dépend (figure 7.16, de b à e) :

• de l'efficacité du drain (E) ;

• de sa position le long du chemin d'écoulement (X) ;

• de l'élévation de sa décharge (H4) (galerie de drainage, drain collecteur) par rapport à


l'élévation du plan d'eau aval (H2) ;

• de la présence d'une fissure produisant une zone de décompression de longueur (T) pou-
vant intercepter ou non les drains.

Ouvrages de retenue en béton page 7.61


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.15.3.3 Sélection de l'efficacité du système de drainage

L'efficacité des drains pour réduire les sous-pressions en deçà de la valeur sans drainage est
exprimée sous la forme d'une décimale E. Ce facteur indique la proportion de l'écoulement qui
peut être capturée par le système de drainage afin de réduire la charge hydraulique. La valeur
de E dépend de l'espacement des drains par rapport à la longueur du chemin d'écoulement et
de la capacité des drains pour évacuer le débit collecté. Le diamètre effectif du drain (après
colmatage partiel ou total par dépôt de calcite) et la présence de fissures interceptant les drains
influencent l'efficacité du système de drainage.

7.15.3.3.1 Méthode empirique

Pour la conception préliminaire de barrages d'une hauteur modérée reposant sur une fondation
ne présentant pas de condition géologique défavorable, on utilise souvent E = 0,67. Les trous
de drainage, quand ils sont opérationnels, ont donc pour effet d'amener les sous-pressions à
cet endroit à la valeur de la pression hydrostatique aval, augmentée du tiers de la différence
entre les pressions amont et aval. Cette approche peut être utilisée seulement si les conditions
suivantes sont satisfaites (référence 7.4) :

• la ligne des drains doit être localisée à une distance de la face amont prise entre 5 et 15 %
de la hauteur maximale du réservoir amont ;

• l'espacement latéral des drains ne doit pas excéder 10 % de la hauteur maximale du réser-
voir amont ;

• les drains dans le corps du barrage doivent être forés ou formés avec un diamètre d'au
moins 150 mm;

• les drains forés dans la fondation à partir d'une galerie localisée dans le bas de l'ouvrage
doivent avoir un diamètre minimum de 75 mm (de préférence 100 mm) et l'espacement ne
doit pas excéder 3 m (l'espacement des drains est souvent plus rapproché pour les fonda-
tions relativement imperméables par rapport aux fondations plus perméables) ;

• des dispositions doivent être prises pour permettre l'entretien du système de drainage (le
reforage des drains à partir d'une galerie de fondation par exemple).

À noter que USAGE (référence 7.140) considère que la valeur de E = 0,67 pour les drains de
fondation comme une borne supérieure qui doit être supportée par des essais d'écoulement et
de perméabilité in situ. Autrement, une valeur de E variant entre 0,25 et 0,50 doit être retenue
et justifiée en fonction des hypothèses adoptées.

page 7.62 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.15.3.3.2 Méthodes analytique-numérique

L'effet d'un système de drainage sur les sous-pressions peut être calculé par la méthode ana-
lytique (figure 7.17) présentée par Ransford (référence 7.126) et Casagrande (référence 7.31 )
ou par réseaux d'écoulement en milieux poreux (et fissurés le cas échéant ). Novak et al.
(référence 7.118) présentent un abaque pour estimer l'efficacité d'un système de drainage en
fonction de la géométrie des drains (diamètre, espacement, distance de la face amont).
_z
sinh 27i—
s 1 s_
P= où D = — In
271 . .n d
sinh
s T 2 s

Figure 7.17 : Solution analytique pour le calcul de la réduction des sous-pressions oc-
casionnée par les drains

Adaptation de ANCOLD (référence 7.4)

7.15.3.3.3 Incidence de la fissuration sur les sous-pressions

Lorsqu'une fissure en contact avec le réservoir existe, les sous-pressions sont généralement
considérées constantes et égales à la pleine charge amont sur toute la longueur de la fissure
jusqu'au point où la section devient comprimée (figure 7.16, d et e) (sauf pour le cas où la fis-
sure est induite par un séisme). Toutefois, selon USAGE (référence 7.140), les mesures indi-
quent que cette approche serait conservatrice.

Ouvrages de retenue en béton page 7.63


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.15.3.3.4 Sous-pressions en aval des sections déversantes

La pleine hauteur d'eau à l'aval après stabilisation de l'écoulement est utilisée pour le calcul
des sous-pressions sans égard aux conditions particulières pouvant résulter de la présence
d'un ressaut hydraulique (référence 7.140).

7.15.3.3.5 Sous-pressions dans les fondations

La stabilité contre le glissement du système barrage-fondation doit être vérifiée pour des plans
de rupture susceptibles de se développer dans les fondations le long des failles ou le long de
joints importants1 '. On doit porter une attention particulière à la définition des sous-pressions à
prendre en considération dans ces calculs en fonction de la présence de matériaux de perméa-
bilités différentes, de même qu'à l'efficacité du système de drainage pour réduire ces sous-
pressions. USAGE (référence 7.140) et Casagrande (référence 7.31) présentent des exemples
de diagrammes de sous-pressions pour le calcul de la stabilité des fondations.

7.15.4 Conception du système de drainage


La décision de drainer les fondations d'un ouvrage doit être prise après l'étude des points sui-
vants :

• les conditions géologiques ;

• la méthode de drainage de la galerie (par gravité ou par pompage) ;

• les coûts de construction, d'éclairage et de ventilation de la galerie ;

• la construction d'accès ou d'issues de secours ;

• l'efficacité prévue du système de drainage et les moyens alternatifs de drainer.

Une fois prise la décision de drainer, la conception du système de drainage demande :


1. la définition des caractéristiques de l'écran d'injection (profondeur, inclinaison, diamètres
des trous et patron de forages, qualité des coulis, séquence d'injection, etc.) ;
2. la spécification du diamètre des drains, de leur localisation, espacement, profondeur, incli-
naison et des procédures d'entretien ;

3. la définition des caractéristiques des galeries ;


4. la planification du réseau de collecte et de mesure des débits provenant des drains ;
5. la planification du système de mesure des sous-pressions.

M 91
Ce sujet est traité à la rubrique 7.25.4.

page 7.64 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Le rôle du système de drainage est :

• de contrôler le développement des pressions interstitielles et des sous-pressions dans les


fondations et le corps de l'ouvrage, tout particulièrement le long des joints de reprise de
bétonnage ;

• de limiter les circulations d'eau susceptibles de déboucher en aval et d'entraîner une dégra-
dation accélérée du béton sous l'action des cycles de gel-dégel ;

• les drains sont également utiles comme indicateur du développement de la fissuration lors-
qu'on mesure une augmentation de débit sous des conditions constantes de la cote du plan
d'eau.

7.15.4.1 Drainage du corps de l'ouvrage et des fondations


Afin d'intercepter les infiltrations et diminuer les sous-pressions, les grands barrages-poids
possèdent habituellement un système de drainage qui consiste en une ligne de trous (forés ou
formés) verticaux localisés à environ 4 m du parement amont sur toute la hauteur de l'ouvrage.
Les drains ont un diamètre d'au moins 150 mm et sont espacés généralement de 3 m. Les
drains débouchent habituellement dans des galeries de drainage implantées près du pied
amont et aussi parfois plus haut dans l'ouvrage. Le corps des petits barrages-poids n'est géné-
ralement pas drainé.

On trouve également dans la fondation un réseau de drainage constitué de trous de forage es-
pacés généralement de 3 m et dont la profondeur varie habituellement entre 20 et 50 % de la
hauteur du barrage. Les drains de fondation sont localisés en aval de l'écran d'injection. Pour
des conditions géologiques usuelles, la profondeur de l'écran d'injection varie entre environ 60
et 75 % de la hauteur de l'ouvrage. Lorsque les conditions géologiques sont favorables et pour
les ouvrages de 15 m de hauteur ou moins, le drainage des fondations peut être omis.

7.15.4.2 Mise en place d'une galerie de drainage


Les sous-pressions agissant à l'interface béton-rocher d'un barrage-poids ont un effet important
sur sa stabilité et sur le volume de béton à mettre en œuvre. On considère donc souvent le
drainage des fondations. Cependant, pour que ce drainage soit efficace et réduise le volume de
béton du barrage, on doit localiser les drains relativement près de l'amont. Ceci nécessite ha-
bituellement la présence d'une galerie de drainage dans le corps de l'ouvrage près des fonda-
tions (figure 7.18).
La construction d'une galerie de drainage, de ses accès et la mise en place des équipements
(éclairage, ventilation) sont souvent très coûteux. Pour les petits barrages, on préfère souvent
l'augmentation du fruit global de l'ouvrage et du volume de béton à la réalisation d'une galerie.
À titre indicatif, FRCOLD (référence 7.40) mentionne que les barrages-poids en béton conven-
tionnel de moins de 15 m ne seront généralement pas munis d'une galerie lorsque les condi-
tions géologiques sont favorables, celle-ci étant mise en place pour les ouvrages plus élevés.
Pour les barrages en BCR, on évite l'utilisation d'une galerie pour les ouvrages atteignant 20 à
25 m à cause des inconvénients de chantier qu'elle entraîne nuisant ainsi à l'application effi-
cace de la technique du BCR.

Ouvrages de retenue en béton page 7.65


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 7.18 : Implantation de l'écran d'injection (i) et du rideau de drainage (d) avec ga-
lerie (a) et sans galerie(b)

Adaptation de FRCOLD (référence 7.40)

La figure 7.19 présente la section du barrage d'EI Koreima au Maroc (26 m de hauteur). Une
tranchée parafouille, prolongée par un masque amont en béton conventionnel vibré (BCV), as-
sure l'étancheite. Des drains verticaux et horizontaux débouchant en aval drainent la fondation
et le barrage sans l'utilisation d'une galerie (référence 7.40).

Figure 7.19 : Coupe typique du barrage d'EL Koreima

Béton coffré

Parafouille d'étanchéité

page 7.66 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.15.4.3 Contrôle des sous-pressions à partir du pied aval


Pour les petits barrages, sans galerie, d'une hauteur inférieure à 15 m, on peut implanter un
système de drainage à partir de forages localisés sur la face aval et inclinés vers l'amont. Ces
drains permettent de réduire les sous-pressions sous le coin aval du barrage.
En l'absence de drainage près de l'amont, il est possible que le diagramme de sous-pressions
soit plus défavorable que le diagramme trapézoïdal (figure 7.15, a) si les fissures dans le ro-
cher ont tendance à se refermer au pied aval (référence 7.40) ou si on a mis en place un tapis
de béton pour protéger la fondation près du pied aval en cas de submersion. Si les études
géologiques ou la présence d'un tapis aval indiquent qu'un diagramme défavorable de sous-
pressions est susceptible de se produire, il est important de mettre en place des drains au pied
aval.

7.15.4.4 Colmatage des drains


Le risque de colmatage des drains de fondation et des drains localisés dans le corps des ou-
vrages est à considérer dans les calculs de stabilité. Lorsque les drains sont accessibles et font
l'objet d'une maintenance régulière, on considère une combinaison de charge inhabituelle avec
les drains non opérationnels. Dans le cas où les drains ne sont pas accessibles pour le contrôle
de leur efficacité et pour les travaux de maintenance, ceux-ci doivent être ignorés lors de la
conception de l'ouvrage. Il est évidemment illogique de mettre en place un système de drai-
nage qui ne peut pas être contrôlé et entretenu. Le colmatage des drains se produit principale-
ment par la formation d'un dépôt de calcite au contact de l'air. La circulation d'air dans les
drains doit donc être évitée dans la mesure du possible. Différents dispositifs peuvent être mis
en œuvre dans ce but, notamment les siphons.

7.15.4.5 Obstruction par le gel des drains


La possibilité d'obstruction des drains à cause du gel de leur sortie devrait être considérée lors-
que ceux-ci sont susceptibles d'être exposés à de basses températures en conditions hiverna-
les (drains au pied aval par exemple).

7.15.4.6 Submersion des galeries de drainage


*
Lorsqu'on présume que le système de drainage est efficace en cas de crue, on doit s'assurer
que les galeries où débouchent les drains ne seront pas noyées. Dans le cas où des pompes
seraient nécessaires pour drainer la galerie, celles-ci doivent demeurer fonctionnelles pour pré-
server l'efficacité du réseau de drainage.

Ouvrages de retenue en béton page 7.67


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.15.4.7 Érosion des joints

On doit également reconnaître que la quantité d'eau s'écoulant dans l'ouvrage vers les drains
aura tendance à augmenter si on accroît l'efficacité du système de drainage. Des gradients hy-
drauliques importants peuvent alors se développer sur de courtes distances entre la face amont
et les drains, favorisant l'érosion du béton le long des joints particulièrement en présence d'eau
agressive.

7.15.5 Conditions de crues


Lors de l'évaluation de la stabilité d'un ouvrage-poids en cas de crues, certaines études font
l'hypothèse que les sous-pressions n'auront pas le temps d'augmenter d'une façon substan-
tielle avant que la crue ne se résorbe. Ce délai d'augmentation des sous-pressions en réponse
à la cote du niveau de l'eau amont est connu sous le vocable de « temps de délai »
(référence 7.74). Ce temps de délai dépend de la perméabilité du champ d'écoulement souter-
rain reliant le réservoir et les joints du rocher de fondation, de même que de l'ouverture de
ceux-ci. Des mesures de sous-pressions de huit barrages-poids ont montré que le temps de
délai entre l'augmentation du niveau de l'eau amont et l'augmentation des sous-pressions était
minime par rapport à la durée de la plupart des crues (référence 7.74). Il est donc recommandé
de n'utiliser aucune réduction des sous-pressions à cause du temps de délai lors des calculs de
stabilité. De plus, on doit considérer qu'il est possible que l'efficacité du système de drainage
soit diminuée lors d'une crue importante (apport d'eau important, turbulence de l'écoulement,
etc.).

7.15.6 Conditions sismiques


La distribution et l'intensité initiales des sous-pressions au contact béton-rocher, dans les joints
et les fissures (pré-sismiques et sismiques), sont supposées inchangées pendant un séisme
(référence 7.67 et référence 7.140).

7.15.7 Conditions post-sismiques


Après le séisme maximum de dimensionnement (SMD), le barrage doit être capable de conte-
nir le réservoir pour une période de temps suffisante pour permettre son renforcement si né-
cessaire. Pour les conditions normales d'exploitation, la stabilité sera habituellement vérifiée le
long de la base en supposant la distribution des sous-pressions initiales (pré-sismiques) si les
fissures sismiques se sont refermées (comprimées) et s'il n'y a pas d'endommagement anticipé
du système de drainage, de l'écran d'injection et de la fondation (référence 7.67). Une combi-
naison de charges présumant les drains inopérants peut être pertinente pour l'évaluation post-
sismique si on anticipe l'endommagement du système de drainage.

page 7.68 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

CDA (référence 7.16) mentionne également qu'une hypothèse conservatrice en condition post-
sismique est d'appliquer la pleine sous-pression dans les fissures induites par le séisme. Cette
hypothèse est sans doute plus juste s'il y a eu glissement et dilatance de la fissure ou du joint ou
si la fissure est partielle et s'est produite dans un matériau initialement sain. On doit néanmoins
considérer que si la fissure (ou le joint fissuré) est traversante avec une ouverture hydraulique
non nulle, la conductivité hydraulique et les conditions frontières (pression) en aval influenceront
la distribution des sous-pressions le long de la fissure (joint).

7.15.8 Considérations particulières pour les évacuateurs de crues


et les centrales
Des exemples de la distribution des sous-pressions à considérer pour la conception structurale
des centrales et des évacuateurs de crues sont présentés de la figure 7.20 à la figure 7.24. La
sous-pression entre les joints horizontaux des piliers d'évacuateur est égale à la pleine charge
hydrostatique amont jusqu'au joint d'étanchéité de la vanne ou des poutrelles, et cette charge
agit sur 100% de la surface. Par la suite, la sous-pression diminue linéairement jusqu'à la
pression correspondante à la pleine charge hydrostatique aval, et ce, sur une longueur égale à
la largeur du pilier, et demeure constante jusqu'à la fin du pilier. Sur la longueur égale à la lar-
geur du pilier, la sous-pression agit sur les deux tiers de cette surface et agit sur 100 % de la
surface lorsque la pression demeure constante.

Figure 7.20 : Distribution de la sous-pression : centrale au fil de l'eau - critères de


conception pour le projet NBR

(a) Drains en opération (b) Drains bloqués

Ouvrages de retenue en béton page 7.69


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 7.21 : Étude de stabilité de la centrale Grand-Mère : centrale opérationnelle

CAS No. 1.1 ;


-CHARGES MOTTES
-NIVEAU AMONT UAX EXPLOITATION (ia&56m)
-NIVEAU AVAL UAX. NORMAL (TBjem)
-VANNES OUVERTES (AMONT ET AVAL)
-PRISES D'EAU. BÂCHE ET ASPIRATEUR PLEINS
-POUSSEE STATIQUE DE LA GLACE
-SOUS-PRESSION NORMALE (ORAINS EN OPERATION)

Figure 7.22 : Distribution de la sous-pression : centrale séparée de la prise d'eau - critè-


res de conception pour le projet NBR

Trous de drainage

(a) Drains en opération (b) Drains bloqués

page 7.70 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 7.23 : Étude de stabilité de la centrale Grand-Mère : évacuateur de crues princi-


pal

CAS No.1.1 :
102.56m -CHARGES MORTES
-NIVEAU AMONT MAX. EXPLOITATION (102.56m)
-NIVEAU AVAL MAX. NORMAL (7848m)
-VANNES FERMEES
-POUSSÉE STATIQUE OE LA GLACE
PILIER : 150 kN/m
VANNE : 75 kN/m
-SOUS-PRESSION SANS DRAINS

Ouvrages de retenue en béton page 7.71


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 7.24 : Exemples de sous-pressions pour les piliers d'évacuateurs

•50750

46.e
41280
B

i t-40.840
' 19 930

fL^VATIDN PLAN

Coup» A-A

440

B-B
23.9t.Po

P«65.7l«Po-v P>32.9kPi
P«56.8KPo

C-C

152 40—
P«32.9kPo

P»65.7kPo

Adaptation de Miron (référence 7.111)

7.15.9 Dispositions constructives pour atténuer l'incidence des


sous-pressions
En plus de la mise en place d'un écran d'injection et d'un rideau de drainage, l'utilisation de
membranes (masques) amont et de tapis amont peut atténuer l'incidence des sous-pressions,
sur la stabilité des ouvrages.

page 7.72 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.15.9.1 Membranes amont

Le béton conventionnel remplit deux fonctions de base pour les barrages en béton. Il assure
tout d'abord la résistance mécanique de l'ouvrage puis par sa faible perméabilité, il assure son
étanchéité. La résistance mécanique est généralement limitée par les joints de reprise de bé-
tonnage. Cependant, elle est adéquate pour les ouvrages en béton conventionnel ou en BCR.
Pour les ouvrages en BCR, l'étanchéité est beaucoup moins certaine à cause des joints de re-
prise. Par exemple, pour améliorer l'étanchéité des ouvrages en BCR, on a construit pour le
barrage Villaumur un mur amont de béton armé conventionnel de 1 m d'épaisseur, possédant
une perméabilité réduite, sur lequel vient reposer la masse de béton en BCR formant le corps
de l'ouvrage. Le masque amont est drainé par un géotextile relié à une série d'exutoires en
PVC (figure 7.25).

Figure 7.25 : Coupe typique du barrage de Villaumur

61.50

Adaptation de FRCOLD (référence 7.40)

Ouvrages de retenue en béton page 7.73


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Divers types d'écrans ou de membranes en acier, en PVC, en asphalte ou en résine époxy ont
été appliqués sur la paroi amont de barrages en béton conventionnel ou en BCR pour en amé-
liorer l'étanchéité, diminuer les sous-pressions et contrôler les circulations d'eau
(référence 7.40 et référence 7.109). Cependant l'utilisation de membranes est généralement
considérée comme une solution temporaire, celles-ci devant être remplacées tous les vingt ans
par exemple. De plus, un endommagement mineur de la membrane est susceptible de permet-
tre le développement de pressions à l'interface béton-membrane et leur propagation à l'intérieur
des joints de l'ouvrage. L'utilisation de matériaux vieillissants sur une grande échelle lors de la
construction d'un nouvel ouvrage doit donc être examinée avec soin dans le contexte des coûts
associés à la gestion à long terme de celui-ci.

7.15.9.2 Tapis amont

L'utilisation d'un tapis de béton imperméable disposé horizontalement sur la fondation et


connecté de façon étanche et permanente au pied amont peut réduire l'intensité des sous-
pressions se développant au contact béton-rocher en augmentant la longueur de cheminement
du réseau d'écoulement (figure 7.26). Des tapis amont ont été installés comme mesure de ré-
habilitation aux barrages de La Girotte et Bort en France. Des tapis amont ont également été
intégrés à la construction de nouveaux ouvrages, notamment en Russie (référence 7.109).

Figure 7.26 : Tapis amont

H4 = HW-TW x (L/L1 + TW
Adaptation de FERC (référence 7.67)

page 7.74 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.16 Poussées des terres et des sédiments


Les poussées statiques et sismiques générées par la présence de sédiments qui se dépose-
ront contre la paroi amont des ouvrages et la présence de remblais reposant sur les structures
en béton doivent être considérées dans les analyses structurales. On doit tout d'abord détermi-
ner le profil de déposition des sédiments susceptible de survenir en amont de l'ouvrage consi-
déré pendant la vie de l'aménagement. À noter que la déposition de sédiments en amont et en
aval des évacuateurs de crue est également susceptible d'influencer les conditions
d'écoulement et la gestion des plans d'eau.
La poussée des terres sur les ouvrages est déterminée en fonction de la composition et de la
géométrie des remblais selon les dessins de construction.

7.16.1 Poussées statiques des terres et des sédiments

7.16.1.1 Sédiments - fluide équivalent


Lors des calculs préliminaires, la poussée des sédiments est généralement assimilée à celle
d'un fluide dont le poids unitaire définissant les composantes horizontales et verticales est
augmenté par rapport à celui de l'eau. Pour la poussée horizontale, on utilise un fluide avec un
poids volumique de 13,4 kN/m3 (liquide de gravité spécifique de 1,36) ; la poussée verticale est
calculée pour un fluide de poids volumique égal à 18,9 kN/m3 (liquide de gravité spécifique de
1,92) (référence 7.134). L'augmentation des poussées est donc de 0,36 et de 0,92 respective-
ment, dans la direction horizontale et verticale par rapport aux poussées normalement considé-
rées pour l'eau. Puisque la poussée de l'eau s'applique sur toute la hauteur du barrage, il est
pratique d'effectuer les calculs de la poussée additionnelle due aux sédiments en utilisant leur
poids volumique déjaugé.

7.16.1.2 Sédiments - poussée au repos par rapport à poussée active


La poussée des sédiments peut également être calculée en considérant un silt submergé de
poids volumique égal à 18,9 kN/m3 et un angle de friction interne de l'ordre de cp = 20B à cp = 30e
avec cohésion nulle. La poussée des sédiments-en contact avec la paroi amont d'un ouvrage
est influencée par les mouvements de celle-ci. Les déplacements des ouvrages-poids sur fon-
dations rocheuses sous conditions normales d'exploitation sont généralement très petits de
sorte que le coefficient de poussée au repos est approprié (Ko= 1-sincp). Le coefficient de
poussée au repos est adéquat pour les calculs de stabilité basés sur la résistance de pointe au
cisaillement où aucun glissement n'est susceptible de survenir.

Ouvrages de retenue en béton page 7.75


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Pour les calculs de stabilité basés sur la résistance résiduelle au cisaillement, l'utilisation du
coefficient caractérisant la poussée active des sédiments est plus approprié (KA = (1 -
sincp) / (1 + sincp)). Par ailleurs, puisque la poussée de.l'eau est considérée sur toute la hauteur
du barrage, il est pratique d'effectuer les calculs en contraintes effectives, c'est-à-dire en utili-
sant le poids volumique déjaugé pour les sédiments.

7.16.1.3 Poussée des terres


En général, les coefficients de poussée au repos sont appropriés pour calculer la poussée laté-
rale exercée par les remblais déposés en aval des ouvrages-poids sur fondations rocheuses. Si
le remblai est submergé, le poids unitaire du sol doit être réduit du poids unitaire de l'eau afin
de déterminer la poussée additionnelle à la poussée hydrostatique. La poussée passive n'est
généralement pas appropriée pour assurer la stabilité des ouvrages-poids. La pleine poussée
passive ne peut se développer que si l'ouvrage présente de grands déplacements vers le rem-
blai. Puisque l'ouvrage s'est déplacé, on considère alors qu'il s'est produit une « rupture » par-
tielle de l'ouvrage, une situation inacceptable à tout le moins pour les conditions normales
d'exploitation et les conditions inhabituelles (crue de projet). Par ailleurs, si on considère l'effet
stabilisateur d'un remblai aval lors d'une crue, on doit s'assurer que celui-ci ne sera pas érodé
par l'action de l'eau lors d'un déversement sur la crête des ouvrages en béton.

7.16.2 Poussées sismiques des terres et des sédiments


Les poussées dynamiques des remblais et des sédiments devront être ajoutées aux poussées
statiques. La possibilité de liquéfaction des remblais et sédiments doit être considérée. Pour les
remblais non submergés, on fera appel aux principes de la dynamique des sols. Pour les sédi-
ments, on pourra utiliser comme première approximation le modèle de Westergaard pour le
calcul des forces hydrodynamiques des sédiments considérés comme un liquide dont le poids
unitaire est égal au poids volumique déjaugé (référence 7.67). Des méthodes de calcul plus
détaillées, telle que la solution de Mononobe-Okabe pour la poussée dynamique d'un sol sub-
mergé sur un mur de soutènement, peuvent aussi être considérées (référence 7.6,
référence 7.68, référence 7.71 et référence 7.107).

7.17 Poussées des glaces


Les poussées des glaces sur les ouvrages en béton sont traitées dans un document séparé in-
titulé Guide pratique pour le calcul des forces exercées par les glaces. Ce document présente
aussi d'autres sujets importants du génie des glaces rencontrés dans la conception des amé-
nagements hydroélectriques.

Le guide fait, dans la première partie, un rappel de certaines propriétés fondamentales de la


glace qui sont essentielles pour bien comprendre son comportement. Ensuite, il traite des for-
ces horizontales que la glace peut exercer sur les structures rigides, les talus en enrochement
et les estacades. Dans la troisième partie, il analyse le comportement des glaces sous des
changements verticaux. Une attention spéciale est accordée à la conception des ponts de
glace. Les différents sujets abordés sont traités selon le plan ci-dessous :

page 7.76 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Caractéristiques de la glace d'eau douce


Réseau cristallin de la glace
Types de glace polycristalline
Glace primaire
Glace secondaire
Glace surimposée
Glace agglomérée
Formation et croissance de la glace
Épaisseur de la glace sur une nappe d'eau calme
Apparition et évolution du frasil en rivière
Comportement rhéologique de la glace
Comportement ductile de la glace
Propriétés mécaniques dans le domaine fragile

Forces horizontales exercées par les glaces


Poussées statiques des glaces
Cas particuliers de poussées statiques
Structure longue
Pilier en saillie
Vanne en retrait
Forces dynamiques des glaces
Pilier circulaire vertical
Pilier avec nez angulaire incliné
Pilier rectangulaire vertical
Conception des estacades à glace
Équations de base
Forces sur une estacade
Choix des câbles
Exemple de calcul
Action de la glace sur les enrochements
Effet « bélier »
Arrachement
Cisaillement
Formules

Forces verticales sur les champs de glace


Mécanismes de rupture
Capacité portante des champs de glace
Chargement de courte durée
Charge mobile
Chargement de longue durée
Forces verticales exercées par la glace sur les structures
Force verticale sur un pieu isolé
Force verticale sur un barrage long
Composante verticale de l'impact d'un glaçon sur un pilier incliné

Ouvrages de retenue en béton page 7.77


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Ponts de glace
Généralités et hypothèses de calcul
Détermination de l'épaisseur requise
Largeur du pont de glace
Espacement entre les véhicules
Vitesse admissible
Choix du site
Méthodes de construction
Entretien et opération

Le concepteur pourra trouver, dans ce document, une synthèse des connaissances actuelles
en mécanique des glaces et surtout, des méthodes simples pour évaluer, d'une part, les forces
exercées par les glaces sur les ouvrages hydrauliques et, d'autre part, la capacité portante des
champs de glace. Une abondante bibliographie présentée à la fin du document permettra au
lecteur d'approfondir certains sujets traités.

7.18 Post-tension
Les câbles de post-tension ne sont utilisés habituellement que pour l'amélioration de la stabilité
des ouvrages existants (référence 7.140). En ce qui concerne les nouveaux ouvrages, les câ-
bles de post-tension sont employés occasionnellement pour augmenter la stabilité pendant la
période de construction (LG-1). Ils sont efficaces pour améliorer la résistance au glissement, la
position de la résultante et pour réduire la traction au pied amont de l'ouvrage. Toutefois, mal-
gré les progrès techniques effectués ces dernières années, la post-tension n'est pas considé-
rée dans la conception de nouveaux ouvrages.
Si la post-tension est utilisée, les pratiques suivantes sont recommandées :

• pour minimiser le risque de corrosion, il est recommandé d'utiliser des câbles à double ou à
triple protection ;

• il est également recommandé de rendre possible la mesure de la tension résiduelle dans


les câbles ;

• il est préférable de permettre le retensionnement des câbles au besoin ;

• l'assise de l'ancrage doit être conçue pour transmettre la charge sans poinçonnement et de
l'acier d'armature doit être ajouté au besoin ;

• la longueur des ancrages dans le roc doit être déterminée en fonction de la qualité du roc et
de l'adhérence au contact entre le coulis de ciment et le roc.

Les guides suivants sont recommandés pour la conception des câbles de post-contraintes :

• G round anchorages : British Standard code ofpractice (1989) ;

• Recommandations for Prestressed Rock and soil Anchors : Post-Tensionning Institute


(1985).

page 7.78 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Bien que limité habituellement à la réhabilitation, plusieurs nouveaux barrages ou plusieurs re-
haussements ont été réalisés avec des câbles de post-tension. Mgalobelov et Landau
(référence 7.109) citent plusieurs exemples de barrage de 23,3 à 59 m de hauteur qui ont été
construits avec câbles de post-tension aux États-Unis, en Australie, en Angleterre et en Russie.
On peut réduire appréciablement le volume de béton en utilisant la post-contrainte (à évaluer
selon le cas), mais l'élancement de l'ouvrage rend ces ouvrages plus sensibles aux effets sis-
miques, thermiques, etc. Dans le cas du barrage Ôl-en Lerige (GB), la force de post-contrainte
compte pour 50 % du poids de la structure. La principale appréhension envers ce type de
conception demeure le comportement à long terme où la corrosion et le fluage peuvent dimi-
nuer la capacité des ancrages. Toutefois, avec l'amélioration des techniques de protection
contre la corrosion, avec la possibilité technique d'exercer un contrôle étroit de la tension effec-
tive et avec la possibilité de retensionner les câbles au besoin, la post-contrainte constitue une
avenue intéressante pour réduire le coût de certains ouvrages.

7.19 Effets thermiques

7.19.1 Température et comportement structural


Les charges thermiques ne sont généralement pas considérées dans les analyses de stabilité
des barrages poids en béton. Le contrôle de la température dans la masse de béton est plutôt
un moyen d'améliorer la durabilité et la pérennité de l'ouvrage en évitant la formation de fissu-
res. Cependant, des analyses thermiques (par éléments finis ou autres) peuvent être faites
pour évaluer les effets de différents mélanges de béton et pour établir une séquence de cons-
truction (hauteur des levées, position des joints, méthodes de refroidissement).
Pour les barrages en béton compacté au rouleau, où il n'y a pas de joint de dilatation (ou très
peu), il est essentiel d'évaluer a priori la température de la masse de béton pendant et après la
construction pour évaluer le degré de fissuration.
Les effets thermiques qui affectent les barrages sont principalement de deux natures :

• l'augmentation de la température du béton à la suite de la réaction chimique d'hydratation


du ciment ;

• les variations saisonnières de la température du béton durci avec la température ambiante.

Ouvrages de retenue en béton page 7.79


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.19.2 Chaleur d'hydratation du béton lors de la construction


Le chargement thermique le plus sévère qui affecte les barrages en béton se produit lors de la
construction. En effet, le béton génère de la chaleur durant son durcissement par suite du dé-
veloppement de la réaction d'hydratation par laquelle le ciment réagit avec l'eau pour former
une pâte dure et stable. Dans les ouvrages massifs, comme les barrages, la quantité de cha-
leur dégagée et la vitesse à laquelle s'effectue ce dégagement sont importantes. Si cette cha-
leur ne se dissipe pas rapidement, la température du béton risque de s'élever considérable-
ment. Or, il n'est pas souhaitable que l'élévation de température se fasse trop vite, car elle ris-
que de s'accompagner d'un phénomène d'expansion thermique. Le refroidissement inégal du
béton durci jusqu'à une température ambiante risque d'engendrer des contraintes indésirables.
Bien que ceci soit très difficile à obtenir en pratique, la température interne du béton pour les
barrages non armés de résistance à la compression relativement faible ne devrait pas aug-
menter de plus de 10 à 15 QC au-dessus de la température annuelle moyenne ambiante pour
éviter la fissuration (référence 7.22). USAGE (référence 7.138) mentionne plutôt que la tempé-
rature maximale admise au centre de la masse de béton pour éviter la fissuration en surface se
détermine de la manière suivante :

Mr
Tmax ~ 'amb-moy
E-a
ou
Tmax = température maximale admise au centre de la
masse de béton
Tamb-moy= température ambiante annuelle moyenne
Mr = module de rupture
E = module élastique
a = coefficient de dilatation thermique (BF1)

L'application de cette formule pour des valeurs moyennes, indique que la température du béton
ne doit pas augmenter plus de 9 5C au-dessus de la température ambiante annuelle moyenne.
La figure 7.27 illustre schématiquement l'évolution de la température du béton de masse avec
le temps.

page 7.80 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 7.27 : Évolution de la température du béton de masse avec le temps


refroidissement initial ' période variant de 1 à 2 mois périodes de période variant entre 2 à 3 cycle de température
jusqu'à 1 an refroidissement • „, slia} ,e ^ annuel
intermédiaire et fmale refroidissement

M) La température lors de la mise en place varie généralement entre


^^ 4"C et 27°C .
/7\ L'évolution de la température varie en fonction de l'épaisseur de la
\éJ section, de la diffusivrté du béton, du type et de la quantité de
ciment, etc.
(s) Température finale : variation cyclique annuelle

La figure 7.28 présente les principaux points à considérer pour évaluer la réponse structurale
d'un barrage en béton suite au dégagement de chaleur par hydratation de la pâte de ciment.

Ouvrages de retenue en béton page 7.81


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 7.28 : Réponse structurale à la suite du dégagement de chaleur par hydratation


de la pâte de ciment
CHALEUR D'HYDRATATION DU BÉTON LORS
DE LA CONSTRUCTION

Li. DISPOSITIONS CONSTRUCTIVES ' CONDITIONS FRONTIÈRES Li.


PROPRIÉTÉS DU BÉTON -température de l'air
-température à la mise en place -radiation solaire
-thermiques (a, e, k, c) -refroidissement des ingrédients
-mécaniques (E,p,v) -vent
-actions sur le béton durci -humidité
-résistance à la traction -hauteur et volume des levées -pluie, neige
-fluage -espacement des joints
-retrait -volume de la structure
-coffrage (isolation)
-cure du béton

PROCESSUS D'HYDRATATION . LL
-élévation de la température pour atteindre un maximum, refroidissement jusqu'à
une température stable
-changement volumétrique
-évolution des propriétés du béton avec la température (rigidité, résistance,
fissuration, etc.)

ï
ENTRAVES AUX VARIATIONS DE VOLUME UL
-différence de température entre la surface et l'intérieur
-refroidissement inégal de la masse
-rigidité et résistance de la fondation
-présence d'autres structures qui agissent comme butée

ï
MODÈLES D'ÉCHANGE DE CHALEUR ET
D'ANALYSES STRUCTURALES
-analyses couplées ou non, modèles de fissuration, fluage, retrait
-modèles linéaires et non linéaires
-simulation des séquences de construction
-développement de la résistance avec l'âge, vitesse de chargement

I
RÉPONSE STRUCTURALE Li
-fissuration (ouverture, espacement, profondeur)
-résistance, perméabilité,

page 7.82 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.19.2.1 Contrôle de la chaleur d'hydratation

7.19.2.1.1 Matériaux cimentaires

L'augmentation de la température interne du béton est contrôlable par différents moyens. Tout
d'abord, il est conseillé d'utiliser un ciment à faible chaleur d'hydratation, tel le ciment Portland
type 40 ou type 20 (figure 7.29). Cependant, comme le ciment de type 40 est généralement
peu disponible, la pratique courante est d'utiliser un ciment de type 20 combiné à différentes
autres mesures correctives, comme par exemple, l'ajout de pouzzolanes, pour diminuer le dé-
gagement de chaleur. Le mélange de béton doit contenir une faible teneur en ciment (de 120 à
270 kg/m3) avec granulats de fort calibre. L'utilisation d'ajouts cimentaires (pouzzolanes) dont la
chaleur d'hydratation se situe entre 25 et 50 % de celle du ciment, permet également de réduire
le dégagement de chaleur.

Figure 7.29 : Élévation de température d'un béton de masse selon le type de ciment uti-
lisé
ÉLÉVATION DE TEMPERATURE (°C)
301

1 3 14
AGE (JOURS)
Adaptation de CPCA (référence 7.22)

7.19.2.1.2 Refroidissement des ingrédients

Une autre façon de contrôler le dégagement de chaleur d'hydratation est de refroidir les ingré-
dients du béton avant le malaxage. Bien que la température du béton dépende surtout de celle
des granulats, il est évident que l'on peut abaisser la température du béton en refroidissant
l'eau de gâchage, qui est d'ailleurs l'ingrédient le plus facile à refroidir. On peut refroidir l'eau
avec un système de réfrigération, utiliser de l'azote liquide ou utiliser de la glace. Dans ce cas,
la glace doit être complètement fondue avant la fin du malaxage.

Ouvrages de retenue en béton page 7.83


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

La température des granulats a un effet marqué sur la température du béton frais. En effet,
pour abaisser la température du béton de 5 9C, il suffit de réduire la température des granulats
de 8 9C. Finalement, on peut diminuer la température du ciment, mais cela n'a que peu d'effet
sur la température du béton frais. Une variation de la température du ciment de i 0 9C abaisse
la température du béton de 1 9C.

7.19.2.1.3 Actions sur le béton durci

Des actions peuvent également être mises en place lors de la prise du béton frais. En effet, une
cure à l'eau du béton résultera en une réduction de la température à la surface. Il est égale-
ment possible de réduire la température de la masse au moyen d'une circulation d'eau froide
dans un réseau de tubes noyés dans le béton. Dans ce dernier cas, la prudence est de mise
puisqu'un refroidissement trop brusque du béton peut également initier la fissuration. Finale-
ment, la mise en place de petites levées de béton (1,5 m ou moins) et un délai plus long entre
chaque levée permet de contrôler l'augmentation de la température interne lors de la construc-
tion par temps relativement froid. Cette recommandation est particulièrement importante au
contact barrage-fondation puisque la rigidité du roc vient empêcher le mouvement du béton lors
du refroidissement. Au cours des mois d'été, comme l'air ambiant est plus chaud que le béton,
des mesures inverses doivent être prises.

7.19.3 Variations saisonnières de la température du béton durci


Les contraintes saisonnières d'origine thermique contribuent de façon significative à la dégra-
dation à long terme de la rigidité et de la résistance des barrages en béton situés en régions
nordiques. En effet, si la surface du barrage se refroidit plus rapidement avec la température
ambiante que l'intérieur de la masse de béton, des fissures se produiront en surface.
L'agent météorologique le plus destructeur est le gel et le dégel que subit un béton mouillé ou
humide. La détérioration est imputable au gel de l'eau dans la pâte, dans les granulats ou les
deux. L'entraînement d'air rend le béton très résistant à cette dégradation. En effet, l'expansion
du volume d'eau provoquée par la formation de glace dans la pâte est absorbée par les bulles
d'air du béton qui fournissent à l'eau des chambres d'expansion et contribuent ainsi à dissiper
la pression hydraulique produite. Le concepteur doit donc privilégier un mélange à faible rap-
port eau-ciment avec une teneur en air entraîné de 4 à 8 %.
Le concepteur doit tenir compte des effets thermiques saisonniers que subira l'ouvrage puisque
ces derniers peuvent être aussi importants, voire plus importants, que les chargements causés
par le poids propre et la pression hydrostatique.
Les effets thermiques sont particulièrement importants pour les ouvrages comportant des évi-
dements et ceux dont la géométrie n'est pas rectiligne.

page 7.84 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.19.3.1 Méthodologie d'analyse thermique

7.19.3.1.1 Méthode des éléments finis

La méthode des éléments finis est un outil efficace et reconnu pour l'étude du transfert de cha-
leur dans les barrages en béton (autant pour le dégagement de chaleur d'hydratation que pour
les variations saisonnières de température), car elle permet de représenter même les structures
les plus complexes et de prendre en compte les différentes conditions frontières qui affectent le
système. L'analyse thermique permet de déterminer la distribution de la température dans le
barrage qui servira à son tour à déterminer l'état de contrainte le plus défavorable affectant la
structure. À cet effet, la figure 7.30 présente une méthodologie possible pour ce genre d'ana-
lyse (référence 7.101 et référence 7.121).

7.19.3.1.2 Transfert de chaleur en régime transitoire

Pour une meilleure représentation du phénomène de transfert de chaleur dans le barrage, les
analyses thermiques doivent être effectuées en régime transitoire, c'est-à-dire en tenant
compte de l'évolution temporelle et de la distribution spatiale des champs de température qui
affectent le modèle. Les informations requises pour effectuer une analyse de transfert de cha-
leur en régime transitoire sont :

1. les données climatiques décrivant les variations de la température de l'air, des radiations
solaires, de la vitesse du vent et du couvert de neige ;
2. la distribution spatiale et l'évolution temporelle des températures dans le réservoir et dans la
.fondation ;
3. les propriétés thermiques des matériaux constituant le système barrage-fondation-réservoir.

7.19.3.1.3 Transfert de chaleur en régime permanent

Une analyse en régime permanent peut être effectuée en appliquant aux frontières du modèle
des températures constantes. Cependant, les résultats d'une telle analyse ne représentent pas
adéquatement le phénomène de transfert de chaleur qui se produit réellement dans la structure
et ne devraient être utilisés que comme valeurs approximatives.

Ouvrages de retenue en béton page 7.85


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 7.30 : Évaluation des températures saisonnières et des contraintes thermiques


dans les barrages en béton
ÉVALUATION DES TEMPÉRATURES SAISONNIÈRES ET Li
DES CONTRAINTES THERMIQUES DANS LES BARRAGES

I CONDITIONS
ENVIRONNEMENTALES
ANALYSE DE TRANSFERT DE CHALEUR (variations dans le temps)
PROPRIÉTÉS (1) Détermination des conditions initiales lors d'une analyse
THERMIQUES en régime permanent à partir des valeurs moyennes des - Température de l'air
conditions environnementales - Radiation solaire
DU BÉTON
- Température du réservoir
(2) Analyse transitoire (pas de temps : 1 jour ou 12 heures) - Température de la fondation
- Couvert de neige

DISTRIBUTIONS DE LA TEMPÉRATURE L1L


- 365 champs de température sont obtenus suite à la convergence de l'analyse transitoire
- la température annuelle moyenne du barrage est considérée comme la température de
référence (contraintes nulles)
- enveloppes de température
- pénétration du gel
-etc.

CHARGES APPLIQUÉESLâ.
ANALYSE STRUCTURALE - Poids propre
PROPRIÉTÉS - Poussée hydrostatique
MÉCANIQUES - Sélection du champs de température critique - Poussée des glaces
DU BÉTON - Application du chargement thermique - Séismes
-etc.

ï
DISTRIBUTIONS DES CONTRAINTES THERMIQUES L§-
- Enveloppes des contraintes thermiques
- Champs de température critiques et contraintes associées

i
COMBINAISON DES CONTRAINTES
(charges appliquées et champs de température critiques)
- Champs de contraintes critiques

I
ÉVALUATION DU COMPORTEMENT STRUCTURAL
- Stabilité, fissuration, etc.

page 7.86 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.19.3.2 Dispositions constructives pour réduire l'incidence des variations de


température

7.19.3.2.1 Isolation

Certains travaux de recherche (référence 7.97) démontrent l'efficacité de procédés d'isolation


des surfaces comme moyen pour réduire les gradients thermiques dans les ouvrages en béton.
Il peut s'agir de membranes isolantes appliquées directement sur le béton, de matériel synthé-
tique de type polystyrène ou de même type d'isolation par l'ajout d'un matériau granulaire. Ce-
pendant, il s'agit de moyens peu utilisés en pratique lors de la conception de nouveaux ouvra-
ges.

7.19.3.2.2 Béton de qualité supérieure

La fissuration des surfaces de l'ouvrage induite par les contraintes thermiques peut être égale-
ment contrée par l'utilisation d'un béton de surface de qualité supérieure.

7.20 Retrait et fluage


Le retrait et le fluage sont des variables interdépendantes qui sont influencées par de nom-
breux facteurs communs. Ils peuvent rarement être complètement isolés et ne peuvent pas être
simplement superposés.
Tout comme dans le cas des charges thermiques, les changements volumétriques induits par
le retrait et le fluage sont principalement évalués pour éviter le développement de contraintes
de tension excessives et la formation de fissures. Ces efforts ne sont généralement pas consi-
dérés dans les combinaisons de charges pour les études de stabilité'201.
La détermination des effets du retrait et du fluage comporte deux aspects :

• en premier lieu, il est nécessaire d'être capable d'en prévoir les effets pour les besoins du
projet avant la construction afin d'étudier un projet qui soit économique et sûr ;

• en deuxième lieu, il est nécessaire d'observer les effets dans la structure, à la fois pendant
la construction et après son exécution pour s'assurer que son comportement est conforme
au projet et que des conditions qui sont indésirables ou qui ne sont pas compatibles avec la
sécurité ne se produisent pas.

1201
Ce sujet est traité à la rubrique 7.25.

Ouvrages de retenue en béton page 7.87


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.20.1 Retrait
Le retrait est le phénomène de raccourcissement qui accompagne la prise et le durcissement
du béton. Dû en partie au séchage et à des modifications chimiques, le retrait s'effectue très
lentement, la valeur limite n'étant parfois atteinte qu'au bout de plusieurs années.

Au fur et à mesure du séchage, le béton près de la surface sèche rétrécit plus rapidement qu'à
l'intérieur causant des efforts de tension et, à l'occasion, des fissures. Des fissures importantes
peuvent se développer lorsque le jointement est déficient et que l'on empêche le béton de ré-
trécir.

Le taux et la quantité ultime de retrait sont moins considérables pour les grandes masses que
pour les petites, bien que le retrait continue plus longtemps pour les grandes masses.

7.20.1.1 Evaluation du retrait

Pour la conception d'un nouvel ouvrage, les caractéristiques de retrait du béton peuvent être
prévues empiriquement sur la base de courbes standards ou d'équations. La formule suivante,
présentée par AGI (référence 7.1) et par ICOLD (référence 7.91), permet d'estimer la valeur du
retrait du béton en tout temps :

ta
/gf c . V - -
V shJt
F + ta(Csn'U

ou
(£sh)u = retrait final
t = temps Qours)
a = constante empirique (varie normalement en-
tre 0,9 et 0,1)
f = fonction du rapport de la surface au volume de
la structure de béton (varie entre 20 et
130 jours)

Finalement, la valeur du retrait final évaluée selon divers essais (béton normal non armé) est
comprise entre 415 x 10"6 à 1 070 x 10"6 (m/m).

Selon quelques valeurs données dans AGI (référence 7.1), le retrait moyen dû au séchage
évalué après un an sur différents barrages est d'environ 500 x 10"6 (m/m).

La figure 7.31 illustre l'évolution du retrait dans le temps pour différentes conditions d'humidité
relative du milieu ambiant. En condition de 100 % d'humidité, on observe une augmentation du
volume du béton (retrait négatif).

page 7.88 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 7.31 : Relation entre le retrait et le temps pour le béton selon différentes condi-
tions d'humidité relative

1.20O

-4OO
10 28 9O
jours
Temps (échelle logarithmique)
Adaptation de Neville (référence 7.114)

Étant donné l'importance du retrait, le concepteur doit prendre, lors des études du béton et de
la réalisation des ouvrages, toutes les précautions pour en diminuer la valeur ou en réduire les
effets.

7.20.1.2 Contrôle du retrait

Le facteur le plus important influençant le retrait est la quantité d'eau par unité de volume de
béton. En effet, le retrait peut être réduit en maintenant la quantité d'eau aussi basse que pos-
sible ; ceci peut être réalisé en utilisant la plus grande quantité possible de gros granulats. Le
type et les propriétés des granulats influencent également le retrait dû au séchage. En effet,
des granulats difficiles à comprimer entravent le retrait de la pâte de ciment. Donc, l'utilisation
de granulats de forte teneur en quartz, en granité, en feldspath, en calcaire ou en dolomie don-
nent généralement des bétons à faible retrait.

7.20.1.3 Dispositions constructives

Pour éviter la formation de fissures dues au retrait, la pratique courante est de construire les
ouvrages en blocs séparés par des joints de contraction transversaux. Ces joints sont verticaux
et s'étendent généralement de la fondation jusqu'à la crête.

Ouvrages de retenue en béton page 7.89


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Selon les dimensions de l'ouvrage, il peut également être nécessaire d'introduire des joints lon-
gitudinaux. Dans ce cas, la construction consistera en la mise en place d'une série de blocs de
béton prismatiques, libres de subir les changements volumétriques sans contrainte provenant
des blocs adjacents. La séquence de construction peut même prévoir la coulée en quinconce
des blocs pour permettre aisément les mouvements.

Si l'injection des joints est nécessaire pour assurer le monolithisme de l'ouvrage, il est important
de s'assurer que le retrait du béton soit terminé pour éviter toutes contraintes additionnelles. De
même, les blocs de béton ne doivent pas être liés les uns aux autres par la présence d'arma-
ture.

7.20.2 Fluage
Lorsqu'une charge est appliquée sur du béton, la déformation causée par cette charge peut
être divisée en deux parties : une déformation qui survient immédiatement (telle la déformation
élastique) et une déformation qui commence immédiatement, mais qui se produit dans le temps
à un taux décroissant tant et aussi longtemps que la charge est appliquée. Cette dernière dé-
formation est appelée « fluage ». La figure 7.32 illustre une courbe typique de fluage, évalué
sur des cylindres de béton.

Figure 7.32 : Courbe de la déformation cumulative élastique et de fluage du béton, in-


cluant le recouvrement
Déformation par MPa (%)
0,0125
Enlèvement de la charge
0,0100
Recouvrement instantané--1
0,0075 'Déformation, Recouvrement de fluage
de fluage
0,0050 Fluage non recouvrable—
0,0025 Déformation
élastique Déformation permanente

400 800 1200 1600


Temps (jours)
Adaptation de CPCA (référence 7.22)

Si la charge initiale est suffisamment élevée pour produire immédiatement la fissuration du bé-
ton, le fluage, sous une charge permanente, propagera ces fissures et causera des désordres
avec le temps.

L'interaction entre les changements volumétriques dus au fluage et ceux dus aux réactions
chimiques du béton (réaction alcalis-granulats, sulfatation, carbonatation, etc.), s'il y a lieu, doit
être considérée pour l'évaluation des déformations à long terme du béton.

page 7.90 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.20.2.1 Évaluation du fluage

7.20.2.1.1 Méthodes empiriques

Le fluage du béton peut être prévu empiriquement sur la base de courbes standards ou
d'équations. La formule suivante, présentée par AGI (référence 7.1) et par ICOLD
(référence 7.91), permet d'estimer la valeur du fluage du béton en tout temps :

IfE \ /r \
l cpJt . tV V^-cp/u

ou
coefficient final de fluage (généralement : 1,30
<(ecp)u<4,15)
temps Cours)
constante empirique (varie normalement en-
tre 0,4 et 0,8)
constante empirique (varie normalement en-
tre 6 et 30 jours)

7.20.2.1.2 Module élastique soutenu

Une méthode pour évaluer les effets du fluage lors d'analyses linéaires élastiques, est l'utilisa-
tion d'un module d'élasticité soutenu (Esout) évalué à partir d'essais où la contrainte est divisée
par la déformation totale pour le temps où la charge est appliquée. Des essais ont démontré
(référence 7.1) que le module d'élasticité soutenu est approximativement égal à la moitié du
module instantané (Einst) qui lui est évalué immédiatement après l'application de la charge
t- 0,5 Einst.)- USAGE (référence 7.141) mentionne plutôt que Esout.^ 2/3 Einst.

7.20.2.2 Contrôle du fluage


Le fluage dépend de l'importance des efforts, de l'âge et de la résistance du béton lorsque la
contrainte est appliquée et de la période de temps durant laquelle le béton est chargé. Il est
aussi influencé par d'autres facteurs relatifs à la qualité du béton et aux conditions d'exposition
comme le type, la quantité et la grosseur maximale des granulats, le type de liants, la quantité
de pâte de ciment, la grosseur et la forme de la masse de béton, le rapport volume/surface, les
conditions de cure antérieures et la température et l'humidité ambiantes.

Ouvrages de retenue en béton page 7.91


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Voici quelques points à considérer pour réduire le fluage du béton :

• le fluage du béton à l'état sec est plus important que celui du béton gardé humide ;

• le fluage augmente lorsque la résistance à la compression du béton diminue ;

• un béton chargé très tard flue moins qu'un béton chargé plus tôt ;

• très peu de fluage survient dans un béton traité à la vapeur à haute pression (autoclave) ;

• le béton traité à la vapeur à la pression atmosphérique a considérablement moins de fluage


que le béton traité à l'humidité.

7.21 Charges sismiques

7.21.1 Intensité des secousses sismiques


Pour assurer un comportement sismique adéquat des ouvrages de retenue en béton, on doit
considérer deux niveaux d'intensité vibratoire de la fondation :

• séisme maximal de dimensionnement (SMD) ;

Le SMD est représenté par la plus forte secousse sismique admise dans le calcul ou dans
la réévaluation de la sécurité d'un barrage. Les barrages et les structures connexes essen-
tielles doivent être conçus et réévalués pour résister aux secousses sismiques induites par
le SMD sans libérer les eaux du réservoir. Les caractéristiques de base des secousses
sismiques d'un site pour l'évaluation structurale sont déterminées à partir du SMD.

• séisme de base d'exploitation (SBE).


Le SBE correspond au niveau maximal de secousses sismiques susceptibles de se pro-
duire durant la vie de l'ouvrage et après lesquelles le barrage, ses équipements essentiels,
ouvrages d'évacuation, évacuateurs de.crues, centrales et machines demeureront fonction-
nels. La grandeur du SBE obtenue par calcul probabiliste est celle ayant 50 % de probabi-
lité de ne pas être excédée en 100 ans ce qui correspond à une probabilité annuelle de dé-
passement de 1 :145. Comme première approximation, on peut utiliser pour le SBE l'inten-
sité du SMD divisée par deux.

La rubrique 3.4 présente les paramètres à utiliser pour caractériser les secousses sismiques
associées au SMD (accélération de pointe au rocher et coefficient sismique pour les calculs par
la méthode pseudo-statique). La rubrique 8.10.6 traite de la considération des séismes induits
par les réservoirs. On retrouve une description plus détaillée de la méthodologie utilisée pour la
sélection des paramètres sismiques, de même que les données nécessaires à la construction
des spectres de calculs pour l'application de la méthode d'analyse pseudo-dynamique
(référence 7.80). Par ailleurs, la rubrique 7.27 traite de la conception parasismique des ouvra-
ges de retenue en béton. Finalement, la référence 7.78 présente une description détaillée de la
méthodologie à suivre pour évaluer le comportement sismique des ouvrages en béton.

page 7.92 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.21.2 Forces d'inertie des ouvrages et poussées dynamiques du


réservoir
Les forces et les poussées induites par l'action d'un tremblement de terre qui doivent généra-
lement être prises en considération lors de l'analyse structurale des ouvrages de retenue en
béton sont :

• -les forces d'inertie horizontales induites par la masse permanente de l'ouvrage ;

• les forces d'inertie verticales induites par la masse permanente de l'ouvrage (ces forces
sont considérées égales aux deux-tiers des forces horizontales) ;

• -la poussée hydrodynamique du réservoir ;

• la poussée dynamique des sédiments.

La figure 7.33 illustre ces forces et ces poussées dans le contexte de la méthode pseudo-
statique, où les forces d'inertie sont calculées par le produit de la masse permanente et de
l'accélération au rocher. La poussée hydrodynamique est calculée selon la formulation de
Westergaard. On retrouve à la rubrique 7.27 une description des facteurs de pondération à ap-
pliquer lors de la combinaison des forces d'inertie horizontales et verticales. Cette rubrique pré-
sente également une brève description des différentes méthodes qui peuvent être utilisées pour
quantifier les forces d'inertie et les poussées du réservoir afin de vérifier le comportement sis-
mique des ouvrages (méthodes pseudo-statique, pseudo-dynamique et dynamique). Les
considérations particulières concernant le comportement sismique des evacuateurs de crues et
des centrales y sont abordées.

Figure 7.33 : Cas de charges élémentaires - méthode pseudo-statique


W = poids permanent
U = sous-pression avant séisme
Hs = poussée statique du réservoir
Hs,i = poussée statique des sédiments
EQH = force d'inertie horizontale (barrage)
EQV = force d'inertie verticale (barrage)
Hd = poussée dynamique du réservoir
Hd,i = poussée dynamique des sédiments
Ww = poids de l'eau

Ouvrages de retenue en béton page 7.93


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7.22 Débris

7.22.1 Généralités
Les observations réalisées lors de la crue exceptionnelle du Saguenay en juillet 1996 et lors
d'autres événements similaires ailleurs dans le monde (Suisse, Norvège) ont mené au constat
que les débris transportés lors des crues exceptionnelles peuvent s'accumuler, en particulier
devant les évacuateurs de crues, et provoquer non seulement une obstruction au passage de
l'eau, mais aussi générer des poussées additionnelles sur les ouvrages. Les débris ont égale-
ment pour conséquence de provoquer la hausse du plan d'eau.
Bien que les évacuateurs de crues soient surtout concernés par le risque d'accumulation des
débris, tout autre structure susceptible de retenir des débris soit par la présence d'un bâtiment
ou d'une structure de levage (prise d'eau) peut être soumise à des poussées additionnelles
causées par les débris.
Selon la norme SB-50-11 -00 concernant l'adéquation des capacités d'évacuation des aména-
gements existants, les ouvrages de génie civil doivent tenir compte de l'impact sur la stabilité
des poussées additionnelles causées par les débris. De plus, lors de l'analyse des structures
déjà existantes ou pour la conception de nouveaux ouvrages, une attention particulière doit être
portée de façon à minimiser les risques d'obstruction.

7.22.2 Méthodologie de conception pour prévenir l'obstruction


causée par les débris
Selon CDA (référence 7.16), les débris présents dans le réservoir doivent être gérés de façon à
ce qu'il n'y ait pas de risque inacceptable pour la sécurité du barrage.
Dans cette optique, des études menées par Gotland et Tesaker (référence 7.73) ont permis
d'établir les règles suivantes pour évaluer le risque d'accumulation des débris :

• les piliers d'évacuateurs doivent être espacés d'une distance équivalente à 80 % de la lon-
gueur des arbres les plus susceptibles d'être emportés par les crues ;

• la hauteur libre entre le plan d'eau et le dessous du pont ou de toute autre structure doit
être de 15 % de la longueur des arbres ;

• les enchevêtrements d'arbres sont évacués si la hauteur du plan d'eau excède 15 % de la


longueur des arbres.

Ces règles peuvent être utilisées aussi bien pour le dimensionnement de nouveaux ouvrages
que pour l'évaluation du risque d'obstruction d'ouvrages existants.

page 7.94 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Les règles précédentes ont été établies selon l'hypothèse que la majeure partie des débris était
constituée d'arbres, ce qui est le cas en zone forestière. Toutefois, dans les zones habitées, la
dimension des débris doit être évaluée selon le type de débris attendus (maisons, autos, ba-
teaux, etc.). Le risque d'accumulation des débris est aussi fonction du type de rive.
Le rapport Nicolet sur la crue du Saguenay de 1996 recommande un espacement entre les pi-
liers supérieur à 4 m. Pour augmenter la fiabilité opérationnelle des évacuateurs, on recom-
mande également de bannir l'usage des poutrelles, de garantir l'accès aux ouvrages et de pro-
céder à des essais fonctionnels. Par comparaison aux dimensions des débris anticipés géné-
ralement, la largeur minimale de 4 m proposée par la Commission Nicolet apparaît insuffisante
pour garantir l'évacuation des débris. Selon les règles énoncées précédemment, si la hauteur
moyenne des arbres est de 20 m, l'espacement minimal serait de 16 m.

7.22.3 Méthodes d'évaluation des forces générées par les débris


Afin d'évaluer le risque d'accumulation des débris, la NVE (référence 7.117) recommande
l'approche suivante :
1. définition des caractéristiques et de la quantité des débris ;
Normalement, il y a risque d'accumulation de débris à la suite de pluies très importantes
provoquant des glissements de terrain. Les débris peuvent être constitués d'arbres, de
tourbes, de maisons-mobiles, de maisons, de bateaux ou d'automobiles. Le contenu typi-
que des débris peut être établi à l'aide de cartes ou de photographies aériennes. La quan-
tité de débris peut être estimée selon la condition des forêts, l'étendue des zones potentiel-
les de glissements de terrain et les cas antérieurs de glissements de terrain.
2. risque d'obstruction des débris à l'évacuateur ;

II s'agit d'examiner les dimensions des ouvertures et dégagements à l'évacuateur en fonc-


tion des dimensions prévues des débris. Les règles de dimensionnement définies à la rubri-
que 7.23.2 peuvent être utilisées afin d'établir le risque d'accumulation de débris.
3. études détaillées ;
Au besoin, des études plus détaillées peuvent être entreprises pour établir le degré
d'obstruction. Des études sur modèles réduits peuvent être effectuées à cette fin.
S'il est établi que les débris peuvent s'accumuler, la force à considérer peut être estimée
selon deux méthodes (référence 7.120). La force transmise par les débris est fonction de
plusieurs paramètres dont principalement la vitesse de l'eau, l'épaisseur des débris et la vi-
tesse du vent. Selon CEA (référence 7.21) :

Ouvrages de retenue en béton page 7.95


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Fg-Fs

ou
Fr = force résultante transmise par les débris
FA1 = traînée due au vent sur le dessus des débris
FA2 = traînée due au vent sur la surface verticale des
débris exposée au vent
FW1 = traînée due à l'écoulement de l'eau sous les
débris
FW2 = traînée due à l'écoulement de l'eau sur la sur-
face verticale
Fi = force d'impact
Fg = composante gravitationnelle
Fg = résistance du rivage

CEA (référence 7.21) considère que FA2, Fg et Fi n'ont qu'une faible contribution à la force to-
tale. Par ailleurs, la valeur de Fs est négligée pour être conservateur, de sorte que la formule
se résume à :

[Fr = FA1 + FW1 + FW2|

Toutefois l'approche norvégienne est jugée plus pratique puisqu'elle ne fait intervenir que les
caractéristiques géométriques de l'enchevêtrement et la vitesse d'approche alors que
l'approche de CEA (référence 7.21 ) requiert l'évaluation de paramètres difficilement quantifia-
bles. Considérant la force engendrée par le vent trop faible, les travaux de recherche du NVE
(référence 7.117) ont abouti à la relation suivante (voir aussi référence 7.73) :

Fd = F,R +FSR (figure 7.34)

ou
Fd = force causée par les débris
R
F| = traînée due à l'écoulement de l'eau sur la sur-
face verticale
FSR = traînée due à l'écoulement de l'eau sous les
débris
F1 = 30C dPw v 2 /2(b d t s )
F2 = CdPwv2/2(bdLd)

page 7.96 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 7.34 : Forces exercées par les débris flottants

L°- Longueur des débris parallèlement à récoulement


F*= Résistance des rives due à la friction des débris
F°- Force résultante sur le pilier oTévacoatcur
B ~ Distance relie entre les piliers d'évacualeur
b°- Largeur des débris
u - Epaisseur des débris exposée a l'air
t» - Épaisseur des débris sous l'eau
If- Profondeur d'eau sous les.débris
Vitesse du vent FI*= Tnùnéc du vent sur Faire projetée
F," = Traînée de l'eau sur Taire projetée
F,* = Traînée du vent sur l'aire exposée
F,* = Traînée de l'eau sur la surface submergée
Fn, • Force d'impact due aux débris flottants
F*"" Composante due A la gravité
v. - Vitesse du vent
v, = Vitesse de l'eau en surface
Débit de la rivière: Q
Vitesse de Peau : v v - Vitesse moyenne de Feau
vol = Vitesse de feau submergée
p. - Densité de l'air
pt = Densité de f eau
pu - Densité des débris

Wind
Perte de charge
à travers le barrage

Écoulement de la rivière

Profil des vitesses


de l'eau Pente du lit de
la rivière
(b)

Figure 4.3 Forces exercées par les débris flottants : (a) vue en plan; (b) vue
en élévation (Léger et al. 1997)
Adaptation de Larivière (référence 7.95)

Ouvrages de retenue en béton page 7.97


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Une fois combiné on trouve :

= C d b d (30t s +L d )pcol

OU
Fd = force causée par les débris (N)
Cd = 0,06 pour v<vs
Cd = 0,08 pour vs < v< 1,1 vs
Cd = 0,10 pour vs <v< 1,1 vs
v = vitesse moyenne de l'eau à l'amont (m/s)
vs = vitesse moyenne de l'eau sous les débris (m/s)
bd = largeur de l'amas de débris (m)
ts = profondeur immergée des débris (m)
l_d = longueur de l'amas de débris (m)
pw = masse volumique de l'eau (kg/m3)

La vitesse de l'eau sous les débris est obtenue à l'aide de l'équation suivante basée sur la loi
de similitude de Froude dérivée à partir des données expérimentales de Gotland et Tesaker
(référence 7.73) :
5
Vs = 0,3(b/0,5)°'

7.22.4 Poussée du vent et des vagues


La poussée causée par le vent peut être estimée par la relation suivante

C d L d )p a u 2 /2

ou
Fv = poussée occasionnée par le vent (N)
bd = largeur de l'amas de débris (m)
h = hauteur des débris au dessus de l'eau (m)
Cd = coefficient de traînée ( = 0,028)
l_d = longueur de l'amas de débris (m)
pa = masse volumique de l'air (kg/m3)
u = ivitesse du vent à la surface des débris (m/s)

page 7.98 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Par comparaison avec la poussée générée par les débris dans l'eau, la poussée occasionnée
par le vent est très faible. Ainsi, dans leurs travaux de recherche, Gotland et Tesaker
(référence 7.73) ont évalué que pour un amas de débris de 10 m x 20 m x 1 m, des vents de
20 m/s et une vitesse de l'eau de 1 m/s, la force du vent produit une poussée de 2,8 kN/m par
rapport à une poussée de 15 kN/m pour l'eau.
La poussée causée par les vagues est encore plus faible, tel que le montre le tableau 7.9.

Tableau 7.9 : Forces transmises par les vagues


Hauteur des vagues (m) 0,3 0,5 1,0
Force transmise (kN) 0,1 0,3 1,3

Par conséquent les poussées générées par les vagues et le vent peuvent être négligées et
seule la poussée provoquée par la traînée des débris dans l'eau devrait être considérée dans
les calculs de stabilité.

7.23 Autres chargés

7.23.1 Effets du dynamitage


Les charges utilisées doivent être réduites de manière à limiter les vitesses particulaires à l'en-
droit des travaux de bétonnage aux valeurs spécifiées dans le tableau 7.10. Cette exigence
s'applique également aux vibrations causées par les équipements de démolition, tels que mar-
teaux piqueurs, foreuses, etc.

Tableau 7.10 : Vitesse particulaire en fonction de l'âge du béton


Âge du béton Vitesse particulaire (mm/s)
moins de 3 jours 25
de 3 à 7 jours 50
7 jours et plus 80

7.23.2 Pressions d'injection


Les pressions d'injection maximales à utiliser pour le scellement de joints ou d'injection de
contact sont fonction de plusieurs facteurs dont notamment la qualité des matériaux injectés, la
proximité des biefs amont ou aval, la pression hydrostatique à l'endroit considéré et la hauteur
de béton ou de roc au-dessus de l'endroit à injecter. À titre indicatif, la pression d'injection est
souvent limitée à 20 kPa en surface et augmentée de 20 kPa par mètre de profondeur.

Ouvrages de retenue en béton page 7.99


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.24 Combinaisons de charges

7.24.1 Principes
Les charges individuelles définies précédemment sont regroupées pour définir les différentes
combinaisons de charges statiques et dynamiques qui peuvent solliciter les ouvrages de rete-
nue en béton ainsi que leur fondation et qui serviront aux calculs de stabilité. Il s'agit des com-
binaisons plausibles les plus défavorables susceptibles de se produire durant la construction et
l'exploitation. Généralement, les ouvrages de retenue sont subdivisés en monolithes que l'on
considère comme indépendants pour les besoins de vérification de la stabilité ; ainsi, les ta-
bleaux présentés ci-dessous concernent plus particulièrement la stabilité globale et ils ont été
élaborés dans le contexte d'une approche aux « contraintes admissibles ». Quant aux divers
éléments structuraux (piliers, murs, poutres, pertuis, etc.), ils sont souvent assujettis aux mê-
mes combinaisons, mais aussi à certaines sollicitations particulières (effets latéraux, flexion,
torsion, etc.) ; ils devront être conçus selon la norme CSÀ-A23.3. La norme utilise une appro-
che aux « états limites » et aucune adaptation particulière n'a encore été proposée ou acceptée
pour le domaine des ouvrages de retenue (statu quo).
Le principe de base pour définir les combinaisons de charges requises pour assurer la sécurité
des ouvrages est de rechercher, à partir des conditions de chargement élémentaires, les com-
binaisons plausibles (simultanéité des charges) et susceptibles de maximiser l'état de charge-
ment et minimiser l'état de résistance de l'ouvrage à concevoir. Il s'agit en fait :

• de maximiser les contraintes de compression et de traction (critères de contraintes admissi-


bles et de renversement) ;

• de maximiser l'effort tranchant (glissement) et de minimiser (maximiser) le poids-propre


(accélération sismique verticale).

7.24.2 Catégories
Les combinaisons de charges sont classées en trois grandes catégories, soit: les cas normaux,
inhabituels et extrêmes. Ces catégories sont associées à une probabilité de dépassement pour
une période de temps donnée ainsi qu'à un niveau acceptable de sécurité. À cet égard, l'appro-
che de USAGE (tableau 7.11) est intéressante ; les combinaisons de charges y sont catégori-
sées par leur probabilité annuelle de dépassement à laquelle est associé un certain niveau de
performance. Les facteurs de sécurité seront établis en conséquence'211.

1211
Ce sujet est traité à la rubrique 7.25.

page 7.100 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Tableau 7.11 : Probabilités associées aux combinaisons de charges


Combinaisons de charges Probabilité annuelle (p) Période de retour (tr)
Normales p>0.5 tr < 2 ans
Inhabituelles 0.0069 < p < 0.5 2<tr<145ans
Extrêmes p < 0.0069 tr > 145 ans
Adaptation de USAGE (référence 7.137)

L'utilisation des cas de chargement et des combinaisons proposés dans les tableaux ci-
dessous est intimement liée aux méthodes d'analyses de stabilité ainsi qu'aux limites imposées
pour les facteurs de sécurité, selon les diverses catégories de chargement.
À cause de la spécificité des ouvrages, il est difficile d'établir des règles strictes permettant de
définir des combinaisons appropriées pour toutes les situations. Chaque ouvrage est différent,
tant dans ses chargements que dans sa réponse structurale, et c'est pourquoi le concepteur
doit utiliser son jugement et son expérience pour choisir les combinaisons qui conviennent aux
cas particuliers ou encore qui lui semblent plus critiques que celles proposées dans les ta-
bleaux ci-dessous. À cet effet, afin d'examiner la sensibilité de ses hypothèses sur la stabilité,
le concepteur peut essayer d'autres combinaisons avec les charges intermédiaires qu'il juge
plausibles. De plus, il doit garder à l'esprit que le vieillissement ne permet généralement pas de
maintenir les mêmes facteurs de sécurité que ceux prévus lors de la conception.

7.24.3 Combinaisons normales


Les combinaisons normales sont celles qui sont directement reliées à la raison d'être des
structures concernées ; elles comprennent toutes les charges permanentes ainsi que celles
liées à l'exploitation normale, été comme hiver ; elles se présentent fréquemment durant la du-
rée de vie utile et ne doivent pas solliciter les ouvrages au-delà du domaine élastique.

• S'il existe un système de drainage, il est présumé fonctionnel (Uo) ; s'il n'existe pas de sys-
tème de drainage, la distribution conventionnelle (trapézoïdale) des sous-pressions est utili-
sée (rubrique 7.15) ; cette situation correspond alors à une simplification d'un écoulement
normal.

• La poussée statique de la glace supposée à sa pleine valeur, est encore considérée comme
une charge normale. Toutefois, il est probable qu'on en vienne à établir deux chargements
de glace à considérer, pour tenir compte soit des probabilités, soit des caractéristiques d'un
site particulier ; pour le moment, on n'en considère qu'un seul. Si la charge dynamique est
supérieure à la charge statique, c'est cette valeur qui servira pour les vérifications si le ni-
veau hydrostatique est le même (évacuateurs et prises d'eau). Selon l'ouvrage étudié, cette
poussée peut provenir du bief amont et du bief aval.

• Le chargement hydrostatique (HN) inclut aussi dans sa définition les effets aval avec le ni-
veau minimal ou un niveau jugé plus critique, s'il y a lieu. En effet, il est possible que le ni-
veau le plus bas ne soit pas, sous certains aspects, le plus critique ; par exemple, un niveau
d'eau aval élevé pourrait, par sous-pressions, amener un cas plus critique. Toutefois, une
telle situation pourrait aussi être interprétée par le concepteur comme inhabituelle.

Ouvrages de retenue en béton page 7.101


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.24.4 Combinaisons inhabituelles


Les combinaisons inhabituelles peuvent se présenter exceptionnellement et solliciter plus sévè-
rement les structures, sous certains aspects, que celles dites normales. Certains désordres mi-
neurs (fissuration, déformations permanentes, etc.) peuvent être acceptés ; toutefois, si des ré-
parations devenaient nécessaires, elles doivent demeurer minimes. Les ouvrages doivent
continuer de se comporter de façon satisfaisante et sécuritaire.
Des événements distincts tels la crue de projet (niveau hydrostatique HCp), des drains bouchés
(sous-pressions non drainées UNO), un réservoir vide, la période de construction, les poutrelles
de révision installées (HNP), le séisme de base d'exploitation (SBE) ou encore une situation
après séisme (post-sismique UPQ) sont considérés comme inhabituels.
Puisque les risques peuvent être mieux contrôlés en spécifiant la séquence et la durée des ac-
tivités ainsi qu'en imposant un suivi plus serré de la performance, les chargements particuliers,
mobilisés lors de la construction ou lors de l'entretien, sont considérés comme des charge-
ments inhabituels, et ce, même si leur probabilité d'occurrence est de 100 %. Certains événe-
ments inhabituels sont mieux précisés par les considérations suivantes :

• avec la crue de projet (CP), on ne considère pas la présence de débris flottants'221 (arbres,
blocs de glace, etc.) dans la mesure où l'on présume, dans la définition de la crue de projet,
que l'eau n'aura pas ou peu empiété sur la revanche ;

• une condition « vanne coincée ou inopérable » peut être considérée comme une situation
inhabituelle ;

La possibilité qu'un certain nombre de vannes d'évacuateurs (une sur huit, par exemple) ne
puisse être complètement ouvertes (directive SB-50-11-00) est envisageable ; elle pourrait
être implicitement considérée dans les combinaisons inhabituelles en supposant le niveau
approprié du bief amont.

• la condition « poutrelles de révision installées » (HNP, HC2, HCp2, HCS2) ne va généralement


concerner qu'un seul groupe (ou prise d'eau) ou une seule passe à la fois ;
Souvent les poutrelles ne sont pas conçues pour résister à la poussée de la glace ; toute-
fois, il est possible que la poussée dynamique de la glace puisse quand même affecter les
piliers adjacents, si des précautions particulières n'ont pas été prises.

• en présence de drains, la condition UNO pourrait représenter une situation « drains bou-
chés », « drains non fonctionnels » ou « drains à efficacité réduite » ;
L'efficacité des drains est tributaire d'un bon entretien et d'un suivi systématique ; plusieurs
de nos vieux ouvrages ont eu, à un moment ou à un autre, leur galerie de drainage inondée
ou leurs drains bloqués. Aussi, la zone drainée peut, après quelques dizaines d'années, se
modifier et s'auto-colmater, et ce, même si les drains sont bien entretenus ; une telle situa-
tion ne laisserait que peu d'indices.

1221
Ce sujet est traité à la rubrique 7.22.

page 7.102 . Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

L'exemple du barrage Paugan, avec les événements de septembre 1969 où l'on a mis plus
de six mois à colmater des fuites inquiétantes et à ainsi boucher le système de drainage, il-
lustre bien qu'un ouvrage peut avoir à vivre de longues périodes, voire plusieurs années,
avec un système de drainage colmaté ou rendu inefficace. Les essais de pression parfois
effectués, en bouchant plusieurs drains à la fois, peuvent aussi constituer un chargement
inhabituel.

en l'absence de drains, la condition U réfère au cas d'écoulement normal (distribution trapé-


zoïdale des sous-pressions) dans le béton ou la fondation ;
La condition non drainée UNO pourrait référer à un cas d'écoulement normal qui pourrait être
modifié, dans le temps, par la présence de fissures ou encore perturbé par un colmatage
naturel (silt, calcaire, etc.) ou artificiel (injection, tablier), côté aval.

en conditions de crue, on présume que le couvert de glace sera brisé et que la poussée de
la glace statique (Ij) ne pourra pas s'exercer ;

en conditions sismiques SBE, le niveau du réservoir HN peut être celui que l'on considère
comme se présentant, en moyenne, assez souvent durant l'année ;

en conditions post-sismiques, les sous-pressions UPQ seront considérées, dans l'état exis-
tant avant le séisme (référence 7.67) ;
De façon plus conservatrice, CDA (référence 7.16) considère la pleine charge hydrostatique
du réservoir dans les fissures induites par le séisme'23'.

la condition « réservoir vide » (le barrage Lacroix en hiver, par exemple), pourrait présenter
des problèmes en cas d'efforts renversants vers l'amont causés par le vent (V) ou un
séisme (SBE), surtout dans le cas particulier d'un barrage sur sol ou encore en présence de
remblais débalancés (S).
La condition « réservoir vide » peut parfois ne se présenter que lors de la construction.

7.24.5 Combinaisons extrêmes


Les combinaisons extrêmes sont des combinaisons reliées à des événements très improbables
mais qui, s'ils se présentaient, entraîneraient des conditions d'urgence. Les structures doivent
résister sans entraîner une rupture catastrophique (c'est-à-dire maintien du réservoir). La fonc-
tionnalité des ouvrages sera compromise et des réparations majeures, pouvant même néces-
siter un remplacement, pourraient être requises. Ainsi, les facteurs de sécurité sont à leur plus
bas et les vérifications consistent vraiment à analyser des structures très proches de leur état
limite.

1231
Ce sujet est traité à la rubrique 7.15.7.

Ouvrages de retenue en béton page 7.103


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Les combinaisons ne considèrent généralement qu'une seule charge inhabituelle ou extrême à


la fois ; ainsi, le séisme maximal de dimensionnement (extrême), la crue de sûreté (extrême) et
les drains complètement bouchés (inhabituel) ne sont pas considérés simultanément. Toute-
fois, une combinaison de plusieurs événements considérés normalement comme inhabituels
peut être traitée comme un cas extrême. Quelques précisions sont apportées ci-dessous pour
la considération de certaines charges :

• en conditions extrêmes, il est présumé que le couvert de glace sera ou bien brisé, ou bien
qu'il n'interviendra pas de façon défavorable ;
Ainsi on ne considérera pas la poussée de la glace simultanément au séisme.

• en conjonction avec la crue de sûreté (CS), la présence de débris flottants (arbres, blocs de
glace, etc.) peut être indirectement prise en compte par une surélévation équivalente de ni-
veau introduite dans le terme HCs et par l'introduction d'une charge de débris (FD), si elle
peut être estimée'241 ;

• de même, la possibilité qu'un certain nombre de vannes d'évacuateurs (une sur huit, par
exemple) ne puissent être complètement ouvertes (directive SB-50-11-00) doit être envisa-
gée dans le contexte d'une étude de risques pour l'évaluation de HCS ;

• à cause de la nature transitoire et de courte durée des charges sismiques, on ne considère


pas les sous-pressions à la pleine valeur de la charge hydrostatique dans les fissures qui
pourraient être induites lors d'un séisme.
Cependant, certaines circonstances, particulières à l'aménagement étudié (incluant sa fon-
dation), peuvent justifier une baisse d'efficacité du système de drainage (Uo).

7.24.6 Barrages-poids
Au tableau 7.12 sont définies les combinaisons générales de charges à utiliser pour ces ouvra-
ges de retenue en béton. Quant aux barrages à contreforts et aux barrages-voûte qui nécessi-
tent des considérations particulières, ils ne sont pas traités dans cette rubrique.
La charge de température (T) n'apparaît pas non plus dans les combinaisons du tableau 7.12 ;
les effets de température peuvent avoir certaines conséquences sur le comportement à long
terme des structures, particulièrement en termes de fissuration, de dégradation par gel et dé-
gel, de mouvements partiellement gênés, de joints de construction ou de dilatation ainsi que de
gonflement évolutif. Il appartient au concepteur d'évaluer la pertinence, pour un ouvrage donné,
de considérer les effets thermiques et de soigner certains détails en conséquence ; les barra-
ges à contreforts et les barrages-voûte y sont beaucoup plus sensibles et la charge de tempé-
rature (T) doit être considérée explicitement, dans les diverses combinaisons de charges.

!24]
Ce sujet est traité à la rubrique 7.22.

page 7.104 . Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.24.7 Évacuateurs et ouvrages régulateurs


D'un point de vue structural, comme les évacuateurs et les ouvrages régulateurs appartiennent
généralement à la catégorie des barrages-poids, la vérification de leur stabilité globale s'effec-
tue à l'aide de combinaisons semblables, mais avec certaines particularités associées au fonc-
tionnement des vannes ou à l'exploitation des poutrelles. Le tableau 7.13 résume les combinai-
sons appropriées. Les charges de base n'y apparaissant pas (D, FD, Ij, S, UPQ) conservent la
même définition que celle fournie au tableau 7.12.
Les piliers de béton comportent généralement une armature structurale pour la reprise des ef-
forts latéraux ; particulièrement, ils doivent être vérifiés pour la flexion biaxiale et la torsion in-
duites par les charges débalancées dues principalement :

• à l'expansion de la glace entre deux piliers alors qu'une passe adjacente est utilisée pour le
déversement ou par la non symétrie induite par la présence de vannes chauffées ;

• aux effets dynamiques provoqués par les blocs de glace qui viennent les heurter ;

• aux effets sismiques et à l'interaction avec les superstructures ;

• aux chargements non symétriques provoqués par l'ouverture ou la fermeture des vannes
et/ou des poutrelles.

L'armature a aussi un rôle important pour les effets thermiques et le contrôle de la fissuration.
Généralement, les calculs de stabilité globale ne considèrent pas l'armature des piliers ; toute-
fois, celle-ci peut être mise à contribution, s'il y a lieu et si les conditions minimales sont satis-
faites, en fonction des règles de conception des pièces en béton armé (acier minimum, par
exemple).

Ouvrages de retenue en béton page 7.105


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Tableau 7.12 : Combinaisons de charges pour les barrages-poids


Cas Charges considérées
Normaux
Ni (normal) D + HN + I, + S + U
Inhabituels
H (normal, drains bouchés) D + HN + h + S + UND
12 (crue de projet) D + HCp + S + U
13 (séisme de base d'exploitation) D + HN + QSBE + S + UQ
14 (post-séisme) D + HN + Ij + S + UPQ
15 (construction ou réservoir vide) D + S+V
Extrêmes
E1 (construction ou rés. vide, SBE) D + QSBE + S
E2 (crue de sûreté) D + FD + Hcs + S + U
E3 (séisme maximum, SMD)
ou
D = poids propre ou charges permanentes des structures ou de l'équipement
FD = effets des débris, s'ils n'ont pas déjà été pris en compte dans HCs ou ailleurs (voir rubri-
que 7.22)
HN = niveau maximal normal d'exploitation du bief amont, combiné au niveau le plus critique du bief
aval (compatible avec le cas étudié)
HCP = niveau maximal du bief amont en période de crue de projet, combiné au niveau correspondant
du bief aval ; selon le nombre de vannes présumées fonctionnelles et alors ouvertes en posi-
tion « crue »
HCS = niveau maximal du bief amont en période de crue de sûreté, combiné au niveau correspondant
du bief aval et incluant aussi les effets des débris flottants, s'il y a lieu (voir rubrique 7.22)
li = poussée statique (IA) ou dynamique (IG), selon la valeur maximale exercée par la glace
QSBE = séisme de base d'exploitation défini à la rubrique 7.21 ; forces sismiques vers l'amont, puis
vers l'aval, simultanément avec une force sismique verticale
QSMD = séisme maximum de dimensionnement (SMD) défini à la rubrique 7.21 ; forces sismiques vers
l'amont, puis vers l'aval, simultanément avec une force sismique verticale
S = poussées horizontale et verticale exercées par les sédiments ou les remblais (roc ou sol), in-
cluant les effets potentiels de liquéfaction
U = sous-pressions dans le corps du barrage ou dans la fondation ; en situation drainée : U = UD
UNO = sous-pressions dans le corps du barrage ou dans la fondation ; situation non drainée, drains
bloqués ou écoulement perturbé
UQ ' = sous-pressions dans le corps du barrage ou dans la fondation lors du séisme ; ces sous-
pressions (UQ) seront considérées, dans l'état existant avant le séisme (voir rubrique 7.15)
UPQ = sous-pressions dans une condition post-séisme ; ces sous-pressions (UPQ) seront habituelle-
ment considérées dans l'état existant avant le séisme ( voir rubrique 7.15 et référence 7.67)
V = vent appliqué sur la face aval (voir rubrique7.11) ; suggestion pour calcul préliminaire:
1,4 kN/m2

page 7.106 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 7.35 : Exemple typique de la combinaison de charges normales (N1) pour les bar-
rages-poids

9,10

'N(av)

N(av)

1
N(am)

Ouvrages de retenue en béton ; page 7.107


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Tableau 7.13 : Combinaisons de charges pour les évacuateurs


Cas Charges considérées
Normaux
N2 (normal) D + HNF + li + S + U
Inhabituels
16 (poutrelles installées) D + HNP + S + U
17 (normal, drains bouchés) D + HNF + l| + S + UNO
18 (crue de projet) D + HCp + S + U
19 (séisme de base d'exploitation) D + HNF + QSBE + S + UQ
HO (SBE, poutrelles installées) D + HNp + QSBE + S + UQ
111 (post-séisme, vannes fermées) D + HNF + li + S + UPQ
112 (post-séisme, poutrelles installées) D + HNP + h + S + UPQ
113 (construction ou réservoir vide) D + S +V
Extrêmes
E4 (construction ou rés. vide, SBE) D + QSBE + S
E5 (crue de sûreté) D + FD + Hcs + S + U
E6 (séisme maximum, SMD) D + HNF + QSMD + S + UQ
OU
HNF = niveau maximal normal d'exploitation du bief amont, combiné au niveau le plus critique du bief
aval (compatible avec le cas étudié) ; vannes fermées
HCP = niveau maximal du bief amont en période de crue de projet, combiné au niveau correspondant
du bief aval ; selon le nombre de vannes présumées fonctionnelles et alors ouvertes en posi-
tion « crue »
HCS = niveau maximal du bief amont en période de crue de sûreté, combiné au niveau correspondant
du bief aval et incluant aussi les effets des débris flottants, s'il y a lieu (voir rubrique 7.22)
HNP = niveau maximal normal d'exploitation du bief amont, combiné au niveau le plus critique du bief
aval (compatible avec le cas étudié); poutrelles installées dans une passe et vanne fermée
dans la passe adjacente
QSBE = séisme de base d'exploitation défini à la rubrique 7.21 ; forces sismiques vers l'amont, puis
vers l'aval, simultanément avec une force sismique verticale
QSMD = séisme maximum de dimensionnement (SMD) défini à la rubrique 7.21 ; forces sismiques vers
l'amont, puis vers l'aval, simultanément avec une force sismique verticale
U = sous-pressions dans le corps du barrage ou dans la fondation ; en situation drainée : U = UD
UNO = sous-pressions dans le corps du barrage ou dans la fondation ; situation non drainée, drains
bloqués ou écoulement perturbé
DO = sous-pressions dans le corps du barrage ou dans la fondation lors du séisme ; ces sous-
pressions (UQ) seront considérées, dans l'état existant avant le séisme (voir rubrique 7.15)
V = vent appliqué sur l'ouvrage et les vannes en position relevée

page 7.108 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 7.36 : Exemple typique de la combinaison de charges normales (N2) pour les
évacuateurs

102,56 m

NF(av)

7.24.8 Prises d'eau


La plupart des prises d'eau constituent des ouvrages relativement massifs dont la stabilité glo-
bale est généralement assurée par leur poids. À ce titre, les vérifications et les combinaisons
de charges ressemblent à celles des barrages-poids ; certaines particularités associées à l'ex-
ploitation des passages d'eau, vides ou pleins, ou encore fermés par les vannes ou les pou-
trelles, exigent des vérifications distinctes.
D'un point de vue comportement structural, les prises d'eau peuvent se classer selon cinq types
principaux qui nécessiteront certaines distinctions quant à l'application des charges hydrostati-
ques :

• les prises d'eau faisant bloc avec la centrale (LG-1, Rivière-des-Prairies) ;

• les prises d'eau avec centrale juxtaposée au pied aval (Beauharnois, Rapides-Farmers) ;

• les prises d'eau encastrées dans le roc (LG-2) ;

• les prises d'eau adossées ou intégrées à un barrage en remblai (LG-3) ;

• les prises d'eau implantées dans le réservoir (LG-4).

Ouvrages de retenue en béton page 7.109


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Le premier type est typique des centrales de basse chute ou au fil de l'eau. L'analyse de stabi-
lité globale doit s'effectuer pour le bloc d'ensemble centrale-prise d'eau. Il est possible aussi
que, pour des raisons économiques liées à la séquence de construction, la prise d'eau soit
construite en premier et agisse temporairement comme ouvrage de retenue ; dans cette situa-
tion, elle doit être vérifiée séparément. Les quatre autres types seront généralement analysés
comme des ouvrages indépendants, selon les critères appropriés et les combinaisons propo-
sées au tableau 7.14. Les charges de base n'y apparaissant pas (D, FD, S, U, UND, UQ, UPQ, V)
conservent la même définition que celle fournie au tableau 7.12.
La poussée statique de la glace peut s'exercer sur une prise d'eau est considéré comme nor-
male, de même que la poussée dynamique (chocs dus aux blocs de glace) constitue un cas
normal. Les combinaisons du tableau 7.14, pour la vérification de la stabilité globale, considè-
rent la valeur Ij maximale (statique ou dynamique).
En plus de la stabilité globale d'un monolithe (ou plot), il faut vérifier la stabilité locale des diffé-
rents éléments tels les piliers, les plafonds des passages hydrauliques, les murs-poutres'251 ; en
effet, des conditions débalancées viennent affecter les piliers entre les passages hydrauliques,
quand un groupe est vidangé ou quand une seule vanne est fermée. De plus, des effets d'im-
pact sont à considérer en cas de fermeture soudaine des directrices ou de la vanne d'urgence
(coup de bélier).

7.24.9 Centrales
Les centrales peuvent être séparées de |a prise d'eau (Paugan), être immédiatement construi-
tes au pied aval de la prise d'eau (Beauharnois, Chelsea, Rapides-Farmers) ou être intégrées à
la prise d'eau (LG-1, Rivière-des-Prairies). ,
D'une façon générale, les chargements sont très semblables à ceux définis pour les barrages-
poids et les prises d'eau, les combinaisons de charges étant adaptées pour refléter les particu-
larités (tableau 7.14). En effet, la présence de passages hydrauliques (conduites forcées, bâ-
ches spirales et aspirateurs) qui peuvent être vidangés amène des conditions spécifiques et
nécessite quelques considérations supplémentaires (référence 7.139). De plus, la vidange des
passages hydrauliques peut introduire des risques de flottaison ou de stabilité qui demandent à
être vérifiés et qui doivent demeurer sous un certain seuil. Les chargements pour les centrales
isolées ou séparées de leur prise d'eau sont légèrement différents ; la poussée hydraulique
amont s'exerce sur une surface réduite (conduite forcée) et du côté aval, le niveau à considérer
est le niveau correspondant à la combinaison étudiée. Par ailleurs, quand les planchers des
aspirateurs ne sont pas dimensionnés pour reprendre les sous-pressions ou les charges de
fondation, on ne peut pas les considérer dans les analyses de stabilité (ni leur poids, ni leur
contribution à résister aux sous-pressions). C'est pourquoi il est recommandé de prévoir un
système de drainage sous le plancher des aspirateurs afin de réduire les sous-pressions.

(25)
Les charges particulières liées à l'exploitation des prises d'eau sont traitées à la rubrique 11.3.2.

page 7.110 Ouvrages de retenue eh béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Tableau 7.14 : Combinaisons pour centrales et prises d'eau


Cas Charges considérées
Normaux
N3 (normal, groupe en marche) D + HC1 + I, + S + U
Inhabituels
114 (groupe à sec, glace) D + HC2 + li + S + U
115 (groupe en marche, drains bouchés) D + HCi + Ij + S + UNO
116 (crue de projet, groupe en marche) D + HCPi + S + U
117 (crue de projet, groupe à sec) D + HCP2 + S + U
118 (SBE, groupe en marche) D + HCi + QSBE + S + UQ
119 (SBE, groupe à sec) D + HC2 + QSBE + S + UPQ
120 (post-séisme, groupe en marche) D + HCi + I; + S + URQ
121 (post-séisme, groupe à sec) D + HC2 + h + S + UPQ
122 (réservoir vide, ou construction) D + S +V
Extrêmes
E7 (SBE, réservoir vide) D + QSBE + S
E8 (crue de sûreté, groupe en marche) D + FD + HCSI + S + U
E9 (crue de sûreté, groupe à sec) D + FD + HCS2 + S + U
E10 (SMD, groupe en marche) D + HCi + QSMD +S + UQ
E11 (SMD, groupe à sec) D + HC2 + QSMD +S + UQ
ou
HCi = niveau maximal normal d'exploitation du bief amont (contexte : centrale), combiné au niveau corres-
pondant du bief aval (compatible avec le cas étudié) ; les vannes de tête sont ouvertes, les passages
hydrauliques sont remplis d'eau (incluant la bâche spirale et l'aspirateur) ; pour une centrale, la poussée
hydraulique est appliquée sur la surface appropriée
HC2 = niveau maximal normal d'exploitation du bief amont (contexte : centrale), combiné au niveau corres-
pondant du bief aval (compatible avec le cas étudié) ; les poutrelles amont et aval sont en place, les
passages hydrauliques sont à sec (conduite d'amenée, bâche spirale et aspirateur)
HCPI = niveau maximal du bief amont en période de crue de projet, combiné au niveau correspondant du bief
aval ; les vannes de tête sont ouvertes, la bâche spirale et l'aspirateur sont remplis d'eau
Hcpa = niveau maximal du bief amont en période de crue de projet, combiné au niveau correspondant du bief
aval ; les poutrelles amont sont alors fermées, tous les passages hydrauliques sont à sec
HCSI = niveau maximal du bief amont en période de crue de sûreté, combiné au niveau correspondant du bief
aval et incluant aussi les effets des débris flottants, s'il y a lieu ; les vannes de tête sont ouvertes, la bâ-
che spirale et l'aspirateur sont remplis d'eau
Hcs2 = niveau maximal du bief amont en période de crue de sûreté, combiné au niveau correspondant du bief
aval et incluant aussi les effets des débris flottants, s'il y a lieu ; les poutrelles amont et aval sont en
place, les passages hydrauliques sont à sec (conduite d'amenée, bâche spirale et aspirateur)
li = poussée statique (U) ou dynamique (!G ou IGL), selon la valeur maximale exercée par la glace ; ici la
glace peut agir à l'amont et/ou à l'aval, selon le type d'ouvrage
QSBE = séisme de base d'exploitation défini à la rubrique 7.21, forces sismiques vers l'amont, puis vers l'aval,
simultanément avec une force sismique verticale
QSMD = séisme maximum de dimensionnement (SMD) défini à la rubrique 7.21 ; forces sismiques vers l'amont,
puis vers l'aval, simultanément avec une force sismique verticale

Ouvrages de retenue en béton page 7.111


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Les analyses doivent aussi être faites pour toutes autres combinaisons qui pourraient apparaî-
tre plus critiques, selon l'avis du concepteur. En particulier, les vérifications de stabilité doivent
être effectuées pour les diverses phases de construction ; par exemple, le mur aval peut servir
temporairement d'ouvrage de retenue pendant la construction, particulièrement lors de la mise
en place des équipements mécaniques et la coulée du béton périphérique.

Les centrales souterraines ne sont pas traitées dans cette rubrique.

Figure 7.37 : Exemple typique de la combinaison de charges normales (N3) pour les
centrales

102,56 f. <?I i .
fL_i f!

r-78,30 m

n
II ~\ C1(av)

7.25 Critères de stabilité

7.25.1 Exigences générales de performance des ouvrages


Les ouvrages doivent être conçus de façon à satisfaire les exigences suivantes
(référence 7.81 ) :

• montrer un comportement structural adéquat tout au long de leur vie utile sans compromet-
tre les conditions d'exploitation ;

page 7.112 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

• posséder une capacité structurale suffisante pour résister adéquatement à l'ensemble des
scénarios de chargements susceptibles de se produire (ex. crues, séismes).

7.25.2 Mécanismes de défaillance


Pour assurer la sécurité structurale d'un barrage, on doit tout d'abord anticiper tous les méca-
nismes de défaillance possibles. Pour obtenir un état sécuritaire, les probabilités que ces mé-
canismes puissent survenir doivent évidemment être extrêmement faibles.
L'identification des mécanismes de défaillance consiste à établir des liens de cause à effet en-
traînant des conséquences néfastes pour la durabilité, l'exploitation et la sécurité de l'ouvrage.
Par exemple, lors d'un événement de pluie abondante, les causes pouvant entraîner la défail-
lance d'un ouvrage, ou d'une de ses composantes, peuvent être multiples : crue excédant la
capacité d'évacuation, rupture d'un barrage en amont, glissement de terrain dans le réservoir,
érosion du lit de la rivière, obstruction des organes d'évacuation par les débris flottants, coin-
cement des vannes, inaccessibilité du site pour effectuer les manœuvres nécessaires, perte de
puissance électrique, etc. Les effets sont aussi variés : augmentation de la pression hydrostati-
que et des sous-pressions, ouverture des joints, fissuration du béton, mouvements de fonda-
tion, érosion interne et des fondations, etc. Les conséquences sont évidemment la réduction de
la marge de sécurité, les perturbations de l'exploitation pouvant aller jusqu'à la rupture partielle
pu totale de l'ouvrage avec les dommages correspondants (pertes de vies, pertes économi-
ques, impact environnemental, impact psychologique et perte de confiance du public). Beau-
coup d'expérience et d'imagination sont nécessaires pour cerner les maillons faibles des chaî-
nes d'événements (ou scénarios) plausibles pouvant entraîner la rupture d'un ouvrage.

Quelques mécanismes de défaillance susceptible d'affecter la sécurité structurale des ouvrages


de retenue en béton et leurs fondations sont donnés ci-dessous (référence 7.90) :

• glissement sur la fondation ou glissement des joints de reprise de bétonnage ;

• ouverture des joints ou fissuration produisant des fuites incontrôlables ;

• rupture en compression par écrasement local du béton, renversement ;

• soulèvement des ouvrages (flottaison) par de trop grandes sous-pressions ;

• fissuration, déformations excessives des piliers d'évacuateurs empêchant le fonctionnement


des vannes ;

• rupture des pièces encastrées guidant les vannes ;

• déformations excessives des vannes (glissières) les rendant inopérables ;

• glissement, tassement excessifs de la fondation.

Ouvrages de retenue en béton page 7.113


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

La CIGB (référence 7.42) rapporte les conclusions suivantes sur l'analyse statistique des ruptu-
res de barrages :

• pour les barrages en béton, les problèmes de fondation sont les plus fréquemment à
l'origine de la rupture : érosion interne des fondations et résistance insuffisante au cisaille-
ment ;

• pour les barrages de maçonnerie, la submersion et l'érosion interne des fondations sont à
l'origine des ruptures les plus fréquentes ;

• quand la rupture est imputable aux ouvrages connexes, c'est l'insuffisance de la capacité
des évacuateurs qui est à l'origine des ruptures.

7.25.3 Analyse de contraintes et analyse de stabilité


La vérification de la sécurité structurale contre le glissement, le renversement et le soulèvement
demande deux analyses distinctes :

• une analyse de contraintes qui vise à déterminer la longueur d'une éventuelle fissure et les
contraintes maximales de compression ;

• une analyse de stabilité qui vise à :


• évaluer le potentiel de glissement le long des plans de ruptures anticipées,
• déterminer la position de la résultante.

7.25.4 Plans de ruptures potentielles


Les ouvrages-poids sont habituellement représentés par un modèle 2D. Le calcul des
contraintes et de stabilité sont effectués pour :

• une série de plans horizontaux de ruptures potentielles situés à différents niveaux dans
l'ouvrage, le plus souvent localisés au niveau des joints de reprise de bétonnage ;

• un plan de rupture potentielle localisé à l'interface béton-rocher ;

• des plans de ruptures potentielles localisés dans la fondation (figure 7.38, figure 7.48 et
figure 7.49).

Lombardi (référence 7.105) mentionne également que les monolithes moins élevés fondés sur
les flancs escarpés de la vallée peuvent avoir une sécurité réduite par rapport aux monolithes
plus élevés fondés sur le fond de la vallée (figure 7.39). Ceci est dû à la réduction de la force
normale issue du poids propre et à l'augmentation de la surface sur laquelle agit les sous-
pressions. Cependant, ces considérations négligent les interactions qui sont susceptibles de se
développer entre les monolithes lorsque des déplacements significatifs prendront place lors de
sollicitations très importantes.

page 7.114 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 7.38 : Plans de ruptures à l'interface béton-rocher et dans la fondation

(f)

Adaptation de Rocha (référence 7.127)

Figure 7.39 : Sécurité réduite des monolithes latéraux

(la composante normale


est réduite
r\w cos 9 de W à W cos 8)
Sl
(poids) WJ "

(sous-pression) U 4
(la sous-pression est
augmentée de u à u / cos 8)

Adaptée de Lombard! (référence 7.105)

Par ailleurs, il est important de noter que, par suite de l'initiation d'une fissure horizontale au pa-
rement amont causée par un chargement hydrostatique excessif, la trajectoire de propagation
de cette fissure vers le parement aval peut s'incliner vers le bas produisant une fissuration dia-
gonale sous l'effet combiné des efforts de compression et de cisaillement. Ce mécanisme de
défaillance a été observé pour les barrages en maçonnerie de Bouzey en France et de Bhan-
dardara aux Indes. Un plan de rupture horizontal n'est donc pas nécessairement représentatif
du mécanisme de rupture lors d'une crue importante.

Ouvrages de retenue en béton page 7.115.


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.25.5 Indicateurs de performance


Pour assurer une performance structurale adéquate, une marge suffisante doit exister entre
l'offre (état résistant) et la demande (état de chargement). Ceci est réalisé dans les normes de
sécurité de barrages (référence 7.16 et référence 7.140) par la spécification de facteurs de sé-
curité déterministes. Ces facteurs de sécurité sont définis pour tenir compte des incertitudes re-
liées :

• aux variations aléatoires inhérentes aux matériaux et aux chargements ;

• à l'évaluation statistique des paramètres de matériaux/chargements à partir d'un nombre li-


mité d'échantillons ;

• aux simplifications et hypothèses utilisées dans la modélisation mathématique de phéno-


mènes physiques forts complexes (référence 7.54).

La conception structurale des ouvrages de retenue en béton est effectuée en imposant des
critères de performance sur des indicateurs définis pour assurer une marge de sécurité suffi-
sante pour chacun des mécanismes de défaillance considérés. Les indicateurs de performance
couramment utilisés sont :

• la position de la force résultante ;

• les contraintes normales de traction et de compression ;

• les contraintes de cisaillement ;

• les contraintes principales de traction et de compression ;

• la longueur des fissures ;

• les facteurs de sécurité contre le glissement.

7.25.5.1 Méthodes de calcul des indicateurs de performance

7.25.5.1.1 Méthode de gravité

La méthode de gravité est utilisée pour l'analyse de contraintes et l'analyse de stabilité prélimi-
naire des nouveaux ouvrages-poids. La méthode de gravité est également appropriée pour la
conception finale de barrages-poids rectilignes dont les joints de contraction transversaux ne
sont pas injectés ni liés par des clés de cisaillement.

page 7.116 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

La méthode de gravité repose sur les calculs d'équilibre des corps rigides pour déterminer les
efforts internes agissant sur les plans de ruptures potentielles et sur la théorie de poutre pour le
calcul des contraintes. L'utilisation de la méthode de gravité demande plusieurs hypothèses
simplificatrices concernant l'application des cas de chargements sur le barrage et le comporte-
ment structural de celui-ci :

• le béton de masse est homogène, isotropique et uniformément élastique ;

• toutes les charges appliquées sont transférées aux fondations par l'action console du bar-
rage sans interaction avec les monoli^es adjacents ;

• les contraintes normales sont distribuées linéairement le long de plans horizontaux.

On doit être prudent quant au calcul de l'intensité et de la distribution des contraintes près de la
base des ouvrages à l'aide de la méthode de gravité. Ces contraintes et la fissuration suscepti-
ble de se développer peuvent être influencées par la déformabilité de la fondation rocheuse qui
n'est pas prise en considération lors de l'application de la méthode de gravité. L'incidence de la
compatibilité des déformations à l'interface béton-rocher sur les contraintes est généralement
plus important pour les grands ouvrages que les petits ouvrages.

7.25.5.1.2 Méthode des éléments finis

Dans le cas où les ouvrages ne peuvent pas être assimilés à un état bidimensionnel ou lorsque
l'interaction barrage-fondation est importante, on doit procéder à une analyse par éléments fi-
nis. Le comportement structural 3D se rencontre par exemple lorsque le barrage est courbé ou
lorsqu'il est soumis à une poussée latérale. L'utilisation de la méthode des éléments finis est
également utile pour étudier l'effet de différents paramètres et phénomènes tels que :

• les déplacements et déformations anticipés ;

• les discontinuités géométriques ;

• les grandes ouvertures ;

• les phases de construction et l'application progressive du poids-propre ;

• les zones possédant différents modules de déformation ;

• la trajectoire et l'intensité des contraintes principales ;

• les joints et les fissures potentielles ;

• les effets de température, fluage et retrait ;

• les caractéristiques dynamiques et la réponse sismique d'ouvrages flexibles.

Ouvrages de retenue en béton page 7.117


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

L'interprétation des résultats des analyses par éléments finis se fait à partir de critères de stabi-
lité qui sont a priori les mêmes que pour la méthode de gravité. Les calculs de stabilité au glis-
sement étant effectués à l'aide de l'intégrale des contraintes effectives agissant le long du plan
considéré (contraintes totales tenant compte des sous-pressions). On doit évidemment inter-
préter les résultats des calculs de contraintes par éléments finis avec discernement à cause
des problèmes associés à la singularité du champ de contraintes près des discontinuités géo-
métriques et des points d'application de charges concentrées.

7.25.5.2 Facteurs de sécurité et critères de stabilité


Le tableau 7.15 présente les contraintes admissibles et critères de stabilité pour les ouvrages-
poids en béton. Les valeurs retenues sont adaptées de CDA (référence 7.16) et USAGE
(référence 7.140). •

Tableau 7.15 : Facteurs de sécurité et critères de stabilité


Combinaisons de charges
Inhabituelles Extrêmes
Indicateurs de (11-lx) (E1-Ex)
performance Normales
(N1 - NX) Crue Projet Crue Sûreté
Séisme SBE Post-sismique Séisme SMD
Drains bloqués Séisme SBE
Contraintes - traction*
Béton de masse 0,0 0,5ftm 0,66ftm 0,9ftdm
Joints de reprise 0,0 O.Sftj 0,66ftj O.gftfl
Contact béton-rocher 0,0 0,0 0,0 0,0
Fondation rocheuse 0,0 0,0 0,0 0,0
Contraintes - compression
Béton de masse, joints 0,33f'c 0,50f'c 0,67f'c 0,90fc
(Oc)
Fondation <àdm. <adm. <adm. <1,33adm.
1
Position de la résultante 1/3 médian /2 médian Intérieure sec- Intérieure section
(longueur de fissure - % de (0%) (25%) tion (ac<0,90f'c)
la section) (oc<0,67fc)
FS Glissement
FSGPi (<t>,c de pointe 3,0 2,0 2,0 1,3
sans essais)
FSGp2 ((|),c de pointe 2,0 1,5 1,5 1,1
avec essais)
FSGr (<t>,c résiduel) 1,5 1,3 11
' 1,05e
Soulèvement
FSS 1,20 1,10 1,10 1,05
Contraintes admissibles pour prévenir l'initiation de la fissuration - pour les combinaisons sismiques, on utilise
la résistance dynamique à la traction du béton ft<jm et des joints ft<jj.
La sélection des paramètres caractérisant la résistance des matériaux doit correspondre aux valeurs à long
terme pouvant être affectées par le vieillissement de l'ouvrage et les actions climatiques de façon à maintenir
une sécurité structurale adéquate tout au long de la vie de l'ouvrage.
Pour les combinaisons sismiques (SMD, SBE), le facteur de sécurité au glissement résiduel FSGr peut être
pris égal à 1.

page 7.118 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.25.5.2.1 Calcul des contraintes

Contraintes normales
Des valeurs typiques de la résistance à la traction et à la compression du béton de masse, des
joints de reprise de bétonnage et du contact béton-rocher sont présentées à la rubrique 7.8.
Des contraintes de tension excédant la résistance à la traction du béton ou des joints sont per-
mises pour les combinaisons de charges inhabituelles et extrêmes puisqu'une fissuration
contrôlée de l'ouvrage est acceptable. Des contraintes excessives de tension obtenues d'un
calcul linéaire élastique n'indiquent donc pas nécessairement que la structure est dans une
condition non sécuritaire. Lorsque la résistance à la traction du béton est excédée (critère
d'initiation), il est prudent de considérer que la fissuration résultante se propagera jusqu'au
point où la contrainte de traction devient nulle à la pointe de la fissure (critère de propagation).
Lors du calcul des contraintes normales, on considère que les sous-pressions agissent comme
un chargement sur la structure (référence 7.17 et référence 7.140). Par exemple, la fissuration
débute à la base de l'ouvrage si les contraintes au pied amont, calculées avec les sous-
pressions agissant comme un chargement sur la surface de rupture présumée, excèdent la ré-
sistance à la traction du contact béton-rocher (qui devrait être nulle). L'application de la mé-
thode de gravité résulte donc en des contraintes effectives linéaires même lorsqu'un système
de drainage est présent. L'évolution du diagramme de sous-pression à considérer, à cause de
la pénétration potentielle de l'eau dans une fissure se propageant dans le corps de l'ouvrage ou
le long d'un joint, est fonction de la combinaison de charges considérée (non sismique par rap-
port à sismique) et de la présence d'un réseau de drainage'261.

Contraintes de cisaillement
Lors de l'application de la méthode de gravité, l'effort tranchant est généralement considéré
comme uniformément distribué sur le ligament en compression. Les contraintes de cisaillement
résultantes sont alors comparées à la résistance au cisaillement du joint considéré ou de la
fondation. Une analyse plus raffinée, tenant compte d'une distribution non uniforme des
contraintes de cisaillement, peut aussi être utilisée. La longueur minimale du ligament en com-
pression doit donc être suffisante pour éviter un mécanisme de rupture « local » causé par une
combinaison excessive de contraintes de compression et de cisaillement pouvant entraîner la
fissuration par traction diagonale du béton de masse (ou du rocher) le long du plan de rupture
considéré.

[26]
Ce sujet est traité à la rubrique 7.15.

Ouvrages de retenue en béton page 7.119


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.25.5.2.2 Calcul de la position de la résultante

La stabilité contre le renversement est vérifiée à l'aide du calcul de la position de la résultante


des forces le long du plan de rupture considéré, soit :

Position de la résultante = IM / SVI

ou
ZM = somme des moments par rapport au pied aval
incluant les sous-pressions
ZV = somme des forces verticales incluant les sous-
pressions

Pour les barrages-poids de section conventionnelle le renversement est très improbable. Un


mécanisme de glissement par cisaillement du pied aval aura tendance à se produire après un
soulèvement important du pied amont. On doit porter une attention particulière à l'incidence de
la fissuration sur les efforts à considérer dans les calculs.

7.25.5.2.3 Calcul du facteur de sécurité contre le glissement

Formule de base
Le calcul du facteur de sécurité contre le glissement s'effectue à l'aide de la formule suivante
(figure 7.40) :

|FSG = [(IV cosa + £H sina- U)tan()) + C A c J/ [SHcosa- IV sina] |


FSG = facteur de sécurité contre le glissement(on doit
considérer deux types de FSG : celui corres-
pondant à la résistance de pointe au cisaille-
ment FSGDi ou FSGB2 et celui correspondant à
la résistance résiduelle au cisaillement, FSGr
EV = somme des forces verticales sans les sous-
pressions
ZH = somme des forces horizontales sans les sous-
pressions
U = résultante des sous-pressions normale au plan
considéré
<)> = angle de friction
C = cohésion
AC = aire de contact en compression
a = angle d'inclinaison par rapport à l'horizontale du
plan de rupture considéré

page 7.120 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 7.40 : Paramètres pour le calcul du facteur de sécurité au glissement

Cohésions réelle et apparente


La valeur de la cohésion à retenir dans les calculs de stabilité est fonction du traitement des re-
prises de bétonnage (c = 0 pour les reprises froides sans traitement particulier des joints). Si on
définit la cohésion réelle comme étant la résistance au cisaillement d'un joint lorsque la
contrainte normale est nulle, on ne peut pas avoir de cohésion si la résistance à la traction du
joint est nulle. Par ailleurs, il est courant d'utiliser une régression linéaire de résultats d'essais
effectués à divers taux de contraintes normales pour définir un terme de cohésion (résistance
au cisaillement à charge normale nulle) par extrapolation (figure 7.41 et figure 7.42). Le critère
de rupture s'exprime alors sous la forme linéaire suivante :

T = C + a tancj)

ou
T = résistance au cisaillement
C = cohésion
o = contrainte normale
0 = angle de friction

On constate alors qu'il est possible de définir une cohésion apparente pour des joints non liés
(résistance à la traction nulle) mais ayant des surfaces de contact rugueuses (figure 7.42). Si
on mobilise de la cohésion apparente dans les calculs de stabilité contre le glissement, on doit
vérifier la présence simultanée d'une contrainte normale minimale de compression le long du
plan de rupture considéré (de l'ordre d'au moins 150 kPa).

La cohésion (réelle ou apparente) est nulle sur toute partie de la base (ou du joint de reprise)
qui a été déterminée comme fissurée (par traction excessive) dans les calculs de la réponse
sismique.

Ouvrages de retenue en béton page 7.121


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Figure 7.41 : Définition de la cohésion à partir de la courbe enveloppe de rupture

Enveloppe
de rupture

Figure 7.42 : Enveloppe de rupture bilinéaire pour les joints non liés
Joints non liés
Résistance à la traction nulle

Y
résistance de pointe

résistance résiduelle

cisaillement des aspérités

angle de friction résiduel comprenant l'effet des aspérités


angle de friction de base du matériau
angle des aspérités
Ça = cohésion apparente dérivée des aspérités
contrainte de compression minimale pour utiliser le concept de cohésion
apparente

Adaptation de Nicholson (référence 7.115)

page 7.122 Ouvrages de retenue en béton


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Résistances de pointe et résiduelle au cisaillement


Si les facteurs de sécurité correspondants à la résistance de pointe au cisaillement (FSGpl ou
FSGp2) ne sont pas satisfaits, la stabilité de l'ouvrage est considérée acceptable si la valeur du
facteur de sécurité correspondant à la résistance résiduelle au cisaillement (FSGr) excède la
valeur minimale requise (référence 7.16). Une approche pour appliquer ce critère consiste à vé-
rifier tout d'abord le FSGp : si la valeur minimale est excédée, on conclut qu'il n'y aura pas de
glissement. L'analyse de glissement est terminée si on a confiance dans les paramètres de ré-
sistance choisis (angle de friction, cohésion). Si la valeur du FSGp n'est pas adéquate, on véri-
fie alors le FSGr. Si la valeur du FSGr est adéquate on considère que l'ouvrage possède une
marge de sécurité suffisante contre le glissement. Il va de soi que l'on doit être particulièrement
vigilant dans la sélection des paramètres caractérisant la résistance de pointe au cisaillement
(angle de friction et cohésion).
Cependant, il est prudent de satisfaire les exigences pour le facteur de sécurité correspondant
à la résistance résiduelle au cisaillement dans les calculs de stabilité afin d'assurer la stabilité
de l'ouvrage après un léger déplacement dû à un séisme (conditions sismiques ou post-
sismiques).

7.25.5.2.4 Stabilité au soulèvement

Dans le cas d'immersion, les ouvrages de génie civil doivent résister à la poussée verticale en-
gendrée par les sous-pressions qui tend à les soulever. Le facteur de sécurité contre le soulè-
vement est donné par :

FSS=W/U

ou
W = Z forces verticales sans les sous-pressions (in-
cluant le poids de l'eau agissant sur les parties
immergés)
U = forces de soulèvement dues aux sous-
pressions

7.25.5.2.5 Déplacements admissibles

Dans certains cas, tels que pour les sollicitations sismiques, les déplacements et les déforma-
tions peuvent devenir le facteur critique pour déterminer l'acceptabilité de la réponse structu-
rale. Les structures connexes (évacuateurs) et équipements associés (vannes) doivent pouvoir
accommoder les déplacements et les déformations anticipées. De plus, lors de la conception
des ouvrages, des tolérances dimensionnelles appropriées doivent être considérées pour ac-
commoder les variations volumétriques des éléments structuraux pouvant survenir pendant la
vie de l'aménagement à cause des actions climatiques ou de la dégradation du béton.

Ouvrages de retenue en béton page 7.123


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.26 Conception des ouvrages en béton pour les crues

7.26.1 Généralités
Selon la pratique actuelle, les nouveaux aménagements sont conçus généralement en considé-
rant l'évacuation de la crue maximale probable (CMP).
Dans certains cas, on peut envisager la submersion des ouvrages afin d'optimiser les coûts de
l'aménagement, à la condition évidemment que les risques encourus soient acceptables. Cette
pratique est limitée pour le moment aux ouvrages existants.
Tel qu'observé lors de la crue exceptionnelle du Saguenay, l'érosion peut conduire à la perte du
réservoir. La conception des ouvrages doit tenir compte de cette éventualité .et si un risque de
rupture existe, des mesures correctives doivent être adoptées pour contrer non seulement
l'érosion du pied des ouvrages, mais aussi l'érosion des rives.

7.26.2 Sécurité hydrologique et analyse de risques


Les études hydrologiques permettent de définir la crue de projet qui assurera le bon fonction-
nement hydraulique de l'aménagement lors d'événements inhabituels. Dans les nouveaux
aménagements, la capacité des évacuateurs de crues est établie habituellement en fonction de
la crue maximale probable. L'optimisation de l'aménagement peut être réalisée par une analyse
de risques où différents scénarios de capacité d'évacuation assortis des niveaux des plans
d'eau correspondants sont considérés et évalués. Tel que mentionné précédemment, la sub-
mersion des ouvrages en béton pour les ouvrages existants peut être envisagée à la condition
qu'un tel scénario n'entraîne pas la rupture d'un ouvrage de l'aménagement, de pertes de vies,
de risques économiques trop élevés ni de dommages inacceptables à l'environnement. Les ris-
ques sont établis en fonction des cartes d'inondation, de l'évaluation des dommages et des
probabilités d'occurrence des événements considérés.

7.26.3 Crue de projet


La crue de projet correspond au débit maximal qui est évacué par les ouvrages d'évacuation
dans des conditions normales d'exploitation sans empiétement sur la revanche (norme
SB-50-11-00). La crue de projet est considérée comme un événement inhabituel dans la défini-
tion des combinaisons de charge'27'.

1271
Ce sujet est traité à la rubrique 7.24.

page 7.124 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.26.4 Crue de vérification ou de sécurité


II s'agit de la crue pour laquelle on considère comme acceptable que la crête du barrage.ainsi
que les ouvrages d'évacuation et de dissipation d'énergie soient à la limite de la rupture, mais
présentent encore un fonctionnement sûr (SB-50-11-00). La crue de sûreté est considérée
comme un événement extrême dans de la définition des combinaisons de charges'281.

7.26.5 Méthodologie d'analyse structurale

7.26.5.1 Généralités

Le dimensionnement des ouvrages de génie civil pour les crues s'effectue par les études
d'agencement et par les analyses de stabilité en considérant les niveaux hydrostatiques amont
et aval et les sous-pressions correspondantes.
De plus, les analyses de stabilité permettent d'évaluer les marges de sécurité vis-à-vis des mé-
canismes de défaillance tels que le glissement et la rupture par fissuration en utilisant les critè-
res énoncés à la rubrique 7.25 selon les combinaisons de charges décrites à la rubrique 7.24.

7.26.5.2 Submersion des ouvrages lors des crues

7.26.5.2.1 Mécanisme de défaillance

Lorsque la submersion d'un ouvrage est susceptible de se produire lors d'une crue, on doit
évaluer les conséquences en fonction de la durée, de la profondeur, de la vitesse et du volume
de la lame d'eau passant par-dessus la crête. Les barrages en béton sont habituellement
considérés résistants à l'érosion à la condition que les fondations puissent résister aux actions
causées par le jet d'eau à haute vitesse arrivant au pied aval du barrage. Les modes de rupture
des barrages en béton résultant de la submersion incluent donc :

• l'érosion par perte de blocs de fondation causée par la grande vitesse de l'écoulement ;

• le soulèvement hydraulique causant la perte de bloc de fondation causé par le développe-


ment de sous-pressions importantes ;

• les fluctuations de pressions hydrodynamiques causant la vibration du barrage et l'agitation


des blocs de fondation ;

[28]
Ce sujet est traité à la rubrique 7.24.

Ouvrages de retenue en béton page 7.125


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

• l'abrasion des matériaux causée par l'action des matières en suspension dans un écoule-
ment torrentiel.

7.26.5.2.2 Dispositions constructives pour atténuer les effets de la submersion

Afin de prévenir la submersion d'un barrage, on peut diminuer le niveau d'exploitation du réser-
voir, augmenter la capacité d'évacuation ou augmenter la hauteur du barrage et des digues
contenant le réservoir. Cependant, pour les barrages en béton, le renforcement de la fondation
au pied aval et des structures adjacentes peut être une alternative économique pour passer la
crue anticipée en acceptant la submersion de l'ouvrage. Le système de protection contre la
submersion doit dissiper adéquatement l'énergie de l'écoulement et assurer la stabilité du bar-
rage en prévenant l'érosion de la partie aval de la fondation qui est nécessaire pour prévenir le
glissement-renversement.
Un tapis de protection au pied aval constitué d'une dalle de béton armé ancrée dans la fonda-
tion et drainée est souvent utilisé en pratique. Des ancrages peuvent également être nécessai-
res pour consolider la fondation. Une fois que la résistance de la fondation est assurée, les cri-
tères de stabilité doivent considérer la pression hydrostatique en amont et en aval ainsi que les
sous-pressions correspondantes en tenant compte de la submersion de l'ouvrage. La crue du
Saguenay de 1996 a démontré la résistance élevée à la submersion des ouvrages-poids en
béton dont certains ont été submergés de plus de 2 m pendant plusieurs heures sans rupture ni
dommage excessif. Toutefois, l'érosion des rives a causé la perte du réservoir à certains sites
(référence 7.99). Si les matériaux des rives sont sujets à l'érosion, des travaux protecteurs
comme la mise en place de gabions, d'enrochement ou de renforcement des sols peuvent être
considérés.
Par ailleurs, l'utilisation de parapets pleins ou de structures pouvant favoriser l'accumulation de
débris doit être évitée. La rupture soudaine d'un parapet plein peut entraîner une lame d'eau
importante en aval. Il est recommandé d'utiliser des parapets à claire-voie pour faciliter le pas-
sage de l'eau sur la crête (CIGB, 1998). Finalement, on verra à protéger les conduits électri-
ques des effets de la submersion et des débris.
Si la submersion est considérée, il est possible d'améliorer la performance d'un ouvrage-poids
à l'aide de sections symétriques tel qu'expliqué à la rubrique 7.29. De plus, on peut également
arrondir l'angle entre la paroi amont et la crête pour améliorer le coefficient de débit et minimi-
ser le décollement de la lame d'eau de la crête produisant une pression subatmosphérique.

7.26.5.2.3 Analyse de stabilité et submersion

En cas de submersion, la stabilité des ouvrages est vérifiée selon les critères énoncés à la ru-
brique 7.25 et selon les combinaisons de charges décrites à la rubrique 7.24.
Les charges concernées par la submersion sont illustrées à la figure 7.43 et celles-ci peuvent
être évaluées selon les explications données ci-après.

page 7.126 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 7.43 : Charges concernées par la submersion

YHo
2~~ Distribution de la pres-
sion sur la crête

Niveau de
crue

Niveau normal
d'exploitation

Niveau aval
Pression additionnelle due
au profil courbé de
l'écoulement

Poussée hydrostatique
La pression amont est évidemment augmentée en fonction de la cote du plan d'eau quoique la
force horizontale PH est diminuée de la portion de poussée au-dessus de la crête.

Poussée des débris


On doit aussi considérer une poussée FD causée par les débris si ceux-ci sont retenus en
crête1291.

[29]
Ce sujet est traité à la rubrique 7.22.

Ouvrages de retenue en béton page 7.127


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Poids de l'eau sur la crête et sur le parement aval


Comme première approximation, la force verticale V causée par la pression de l'eau sur la
crête peut être estimée à 75 % de la hauteur H0 multipliés par la largeur de la crête et le poids
spécifique de l'eau (référence 7.67). La pression exercée sur la crête est fonction de la géomé-
trie, du profil de la lame déversante et de la vitesse d'écoulement (référence 7.99).
La force verticale sur le parement aval est habituellement négligée, car elle est difficile à éva-
luer et son omission n'apparaît pas significative.

Poussée hydrostatique aval


USAGE (référence 7.140) recommande d'utiliser une poussée hydrostatique PH1 aval équiva-
lent à 60 % de la hauteur stabilisée du bief aval pour tenir compte de l'effet réducteur du res-
saut hydraulique'301.

Sous-pression
En dernier lieu, bien que certaines études retiennent l'hypothèse que la durée des crues est
trop courte pour mobiliser les sous-pressions maximales, il est plutôt recommandé de supposer
que la sous-pression atteigne l'amplitude déterminée par les biefs amont et aval de la crue
considérée. Cette approche est plus conservatrice et des mesures effectuées par EPRI ont
montré que le délai d'augmentation des sous-pressions est court relativement à la durée de la
crue'311. Le temps de mobilisation de la pleine sous-pression est fonction de la perméabilité des
fondations, de la qualité du contact béton-rocher et de l'efficacité du rideau d'étanchéité. Il y a
lieu de mentionner également que la courbure de l'écoulement au pied aval peut occasionner
des sous-pressions additionnelles.

7.26.6 Optimisation des ouvrages pour les crues


L'optimisation des ouvrages de génie civil pour les crues s'effectue en considérant les analyses
et les possibilités suivantes :

• analyse de l'agencement et du dimensionnement des ouvrages en considérant la submer-


sion si nécessaire ;

• utilisation du BCR dans la conception des évacuateurs ou des déversoirs ;

• utilisation de vannes gonflables pour réduire le coût des évacuateurs et des équipements
mécaniques ;

• optimisation du dimensionnement hydraulique (nombre et dimensions des ouvertures hy-


drauliques) ;

[30)
Ce sujet est traité à la rubrique 7.13.4.
1311
Ce sujet est traité à la rubrique 7.15.5.

page 7.128 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

• utilisation de seuils déversants et de digues ou seuils fusibles pour réduire la dimension des
évacuateurs ;

• évacuation de la crue de construction sur les ouvrages en béton partiellement construits.

Dans tous les cas, les sections de béton soumises au déversement doivent résister à l'érosion
et à l'abrasion. On utilise s'il y a lieu des produits protecteurs (durcisseurs, fibres) pour aug-
menter la résistance à l'érosion et à l'abrasion du coursier. Les aspérités sont au besoin meu-
lées pour minimiser les dommages par cavitation. Par ailleurs, tel que mentionné précédem-
ment, on doit protéger le pied des ouvrages et les rives contre l'érosion.

7.27 Conception parasismique des ouvrages en béton


La conception parasismique des ouvrages de retenue en béton comprend :

• la définition des caractéristiques vibratoires des secousses sismiques pouvant affecter le


système barrage-fondation-réservoir ;

• le calcul de la réponse structurale de l'ouvrage ;

• l'interprétation des résultats et l'ajustement des caractéristiques de l'ouvrage pour satisfaire


aux critères de performance spécifiés.

Le calcul de la réponse structurale de l'ouvrage lors d'un tremblement de terre peut être effec-
tué à l'aide d'une variété de méthodes d'analyse allant des méthodes pseudo-statiques simpli-
fiées (méthode du coefficient sismique) aux méthodes dynamiques transitoires. La
référence 7.78 présente en détail l'ensemble de la méthodologie d'évaluation de la sécurité
sismique des ouvrages de retenue en béton et l'accent y est mis sur la réévaluation de la sécu-
rité sismique des barrages existants. On présente ici une synthèse des considérations visant à
assurer une conception parasismique adéquate des nouveaux ouvrages.
Par ailleurs, il existe une abondante documentation technique sur le comportement, l'analyse et
la sécurité sismique des ouvrages de retenue en béton. Les guides et normes suivants pré-
sentent de l'information très utile sur la conception parasismique :

• des barrages en béton : ICOLD (référence 7.86 et référence 7.89), USAGE


(référence 7.136 et référence 7.140), CDA (référence 7.16), CDSA (référence 7.17), CEA
(référence 7.20), FERC (référence 7.67), USBR (référence 7.134), NRC (Référence 7.113)
et BRE (référence 7.15);

• des évacuateurs de crues (prises d'eau) ICOLD (référence 7.85) et USCOLD


(référence 7.143).

Ouvrages de retenue en béton page 7.129


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.27.1 Sélection du site


Pour les nouveaux barrages, le premier élément à considérer pour assurer la sécurité sismique
est évidemment la sélection d'un site approprié. Les effets anticipés des vibrations sismiques
sur les ouvrages, l'incidence de failles traversant le site et la stabilité des berges du réservoir
doivent être acceptables ou maîtrisés par des dispositions constructives adéquates, faute de
quoi le projet est abandonné.

7.27.2 Principes de la conception parasismique des ouvrages de


retenue
Un séisme peut survenir sans avertissement à n'importe quel moment au cours de la vie d'un
ouvrage. Afin d'assurer une performance sismique adéquate, on doit concevoir l'ouvrage pour
résister au séisme de base d'exploitation (SBE) et au séisme maximal de dimensionnement
(SMD). De plus, l'ouvrage doit demeurer stable en condition post-sismique. Par ailleurs, on doit
examiner l'importance relative des séismes potentiellement induits par la mise en eau du réser-
voir par rapport à l'intensité du SMD(32].

7.27.2.1 Séisme de base d'exploitation (SBE)


L'intensité des secousses sismiques peut être de faible à modérée pour des tremblements de
terre se produisant fréquemment et possédant donc de courtes périodes de retour (séisme de
Mont-Laurier en 1990 : M = 5,0, séisme de Napierville en 1993 : M = 4,3, séisme de Cap-Rouge
en 1997 : M = 5,2). Pour éviter une perturbation importante de l'exploitation d'un aménagement
lors d'un séisme de faible intensité susceptible de survenir une fois dans la vie de l'ouvrage, on
utilise le concept du séisme de base d'exploitation SBE ayant une période de retour de 145 ans
(probabilité annuelle de dépassement de 50 % en 100 ans). Les ouvrages de retenue doivent
démontrer un comportement essentiellement élastique lors du SBE, demeurer fonctionnels et
ne pas demander de réparations importantes.

7.27.2.2 Séisme maximum de dimensionnement (SMD)


Par ailleurs, les secousses peuvent être de plus forte intensité que celles du SBE ou encore
d'intensités qualifiées de « maximales de dimensionnement » pour un tremblement de terre
ayant une longue période de retour (2 500 ans, par exemple). Les ouvrages de retenue doivent
être capables de survivre aux effets du SMD sans rupture catastrophique pouvant résulter en
un relâchement incontrôlé du réservoir susceptible de mettre en danger des vies humaines ou
d'occasionner des dommages économiques et environnementaux inacceptables.

[32]
Ce sujet est traité à la rubrique 6.6.

page 7.130 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.27.2.3 Stabilité en condition post-sismique


Après le SMD, le barrage doit être capable de contenir le réservoir .pour une période de temps
suffisante pour permettre son renforcement si nécessaire'331.

7.27.3 Mécanismes de défaillance


Pour chaque structure (composante), on doit identifier les mécanismes d'endommagement ou
de rupture susceptibles d'être provoqués par les secousses sismiques. La structure (compo-
sante) est jugée adéquate lorsqu'elle répond aux critères de performance définis pour assurer
une marge de sécurité suffisante pour chacun des mécanismes de défaillance considérés. En
plus des mécanismes de défaillance susceptibles d'affecter la sécurité sismique des barrages
en béton, des évacuateurs de crues et de leur fondation'341, on doit également considérer :

• les déplacements des blocs et des sections supérieures (par exemple des mouvements
hors phase entraînant la rupture des lames d'étanchéité et des clés de cisaillement) ;

• le cognement sismique de monolithes adjacents ;

• l'endommagement des contrôles hydrauliques ;

• l'endommagement des équipements électromécaniques de levage (perte de puissance


électrique, etc.) ;

• l'endommagement des treuils, des ponts, des grues (stabilité pour excitations horizontales
et verticales) ;

• les problèmes de fondation (glissement, tassements excessifs, stabilité des rives, mouve-
ment des failles près de l'ouvrage, endommagement du rideau d'injection, du rideau de
drainage, liquéfaction des sols, etc.).

Le type d'ouvrage (barrages-poids, prises d'eau, piliers d'évacuateur, etc.) détermine les méca-
nismes de ruine qui seront prépondérants lors d'un séisme. Pour les piliers d'évacuateurs de
crues qui sont élancés, c'est souvent la flexion autour de l'axe faible, provoquée par un séisme
dans la direction rive gauche - rive droite (et non pas amont-aval) qui contrôle. En général, pour
les barrages-poids, deux profils distincts de fissuration peuvent être identifiés à partir des évi-
dences historiques, expérimentales (essais sur table vibrante) et numériques (analyses par
éléments finis) :

• une fissure passablement horizontale dans la partie supérieure du barrage, souvent initiée
au niveau d'un joint de reprise de bétonnage ;

[33)
Les conditions de sous-pressions à considérer lors des calculs de stabilité post-sismique sont traitées à la ru-
brique 7.15.7.
[34
' Quelques exemples de mécanismes de défaillance sont présentés à la rubrique 7.25.2.

Ouvrages de retenue en béton . page 7.131


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

• une fissure localisée à la base du barrage le long du contact béton-rocher (figure 7.44, fis-
sures 3, 4, 5 et 7).

Figure 7.44 : Fissuration sismique des barrages-poids

1 - Vibrations sismiques 7 - Fissuration curviligne inclinée dans


2 - Niveau de la retenue la fondation
3 - Fissure horizontale près de la crête 8 - Fissuration curviligne inclinée vers le haut
4 - Fissure horizontale le long d'un joint de l'amont à l'aval
de reprise de bétonnage 9 - Fissuration curviligne inclinée dans la
5 - Fissure horizontale au contact béton-rocher fondation
6 - Fissuration curviligne inclinée vers le bas 10 - Embranchement des fissures
de l'amont à l'aval 11 - Fissuration verticale dans la fondation
12 - Plan de glissement dans la fondation

7.27.4 Paramètres sismiques et caractéristiques des secousses


sismiques
L'évaluation de la sécurité sismique utilise les paramètres d'excitations sismiques déterminés
selon les recommandations du sous-groupe Sismicite d'Hydro-Quebec (référence 7.80) à l'aide
des coefficients sismiques ou accélérations de pointe au roc (APR), accélérations spectrales et
accélérogrammes. La section 3.4 de la référence 7.78 présente des informations complémen-
taires pour caractériser les secousses sismiques.
Les secousses sismiques en champ libre peuvent être appliquées directement à la base des
structures ayant une fondation considérée rigide. Si la fondation est flexible, celle-ci doit être in-
cluse dans le modèle de calcul et l'excitation sismique doit être modifiée (au besoin) pour tenir
compte de l'interaction structure-fondation.

page 7.132 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Des excitations multiples aux supports (c'est-à-dire l'application de secousses sismiques de ca-
ractéristiques différentes le long de la fondation) peuvent être utilisées lorsqu'on anticipe que
différentes zones de la fondation seront excitées différemment. Ceci pourrait être le cas pour
un très long ouvrage analysé en 3D ou encore pour les barrages subissant des secousses non-
uniformes le long de vallées escarpées.

7.27.5 Méthodologie générale de conception sismique


La démarche à suivre lors de la conception parasismique d'un aménagement hydraulique com-
prend :
1. la sélection des paramètres caractérisant la rigidité et la résistance dynamique des maté-
riaux qui seront utilisés lors de la construction de l'ouvrage ;
II est généralement approprié d'effectuer des essais de laboratoires sur des échantillons de
matériaux et des essais in situ sur la fondation pour mieux caractériser les paramètres à uti-
liser dans les calculs. L'incidence du vieillissement de l'ouvrage sur les paramètres détermi-
nés sur du béton au jeune âge doit être considérée.
2. la détermination des conditions initiales de contrainte et de déformation de l'ouvrage sous
conditions statiques avant que le séisme ne l'atteigne (conditions normales d'exploitation) ;
Pour les barrages en béton, on doit considérer l'état éventuel des joints de reprise de bé-
tonnage.
3. la détermination des caractéristiques des secousses sismiques pour le SBE et le SMD ;
4. l'identification des structures essentielles et non essentielles (rubrique 7.9.2) et des méca-
nismes de défaillance ;
Les structures essentielles, pour assurer la retenue du réservoir, doivent être dimension-
nées pour le SMD (barrages, évacuateurs de crues, prises d'eau). Les structures non es-
sentielles peuvent être dimensionnées pour résister à un séisme plus faible que le SMD
(certaines sections de centrales par exemple). En plus de l'effet des secousses sismiques
directement imposées au barrage et aux ouvrages connexes, la possibilité d'imposantes
lames d'eau déferlant sur l'ouvrage est à considérer dans certains cas. Par exemple, de
fortes vagues peuvent être induites par le mouvement du réservoir, par un glissement de
terrain ou par la rupture d'un ouvrage situé en amont sur le même cours d'eau.
5. la sélection de la méthode d'analyse sismique et de calcul de la réponse structurale ainsi
que les critères de performance et de stabilité pour la vérification des structures essentiel-
les ;
6. l'évaluation des caractéristiques pseudo-statiques ou dynamiques du système barrage-
fondation-réservoir et autres structures essentielles, incluant les effets hydrodynamiques
susceptibles de se développer ;

7. la détermination de la réponse sismique (distribution des forces, résultantes, contraintes et


mouvements sismiques sur les ouvrages incluant les effets hydrodynamiques et des sous-
pressions initiales) ;

Ouvrages de retenue en béton page 7.133


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

8. l'évaluation et l'interprétation des résultats par rapport aux critères de performance et de


stabilité ;
9. l'évaluation de la sensibilité de la réponse sismïque en fonction de l'incertitude des paramè-
tres d'entrée (sismiques, structuraux, modélisation, etc.) ;
10. l'évaluation de la performance et de la marge de sécurité contre l'endommagement sismi-
que et l'ajustement des caractéristiques de l'ouvrage au besoin.

7.27.6 Détermination de la réponse sismique


La réponse dynamique d'un barrage à l'accélération imposée par un séisme produit des forces
d'inertie provenant du barrage lui-même et de l'eau retenue dans le réservoir. Ces forces
d'inertie sont de nature oscillatoire alternant rapidement dans les directions amont-aval, vers le
haut et vers le bas pendant le tremblement de terre. L'amplitude et la période de vibration des
forces d'inertie dépendent de la masse de la structure et de son accélération qui tendent géné-
ralement à augmenter vers le haut de la structure lorsque celle-ci est flexible.
Il existe trois méthodes d'analyse pour évaluer les forces d'inertie (tableau 7.16). Il s'agit de :

• la méthode pseudo-statique (coefficient sismique) où les forces d'inertie sont estimées par
le produit de la masse et d'un coefficient sismique constant ;

• la méthode pseudo-dynamique qui utilise les modes et périodes de vibration de l'ouvrage et


un spectre de calcul pour évaluer les forces d'inertie maximales se produisant à différentes
hauteurs le long de l'ouvrage ;

• la méthode dynamique où un accélérogramme est utilisé pour obtenir à l'aide d'un modèle
d'éléments finis l'historique complet de l'amplitude et de la variation dans le temps des for-
ces d'inertie.
La réponse sismique correspondante d'un ouvrage (stabilité, contraintes, déplacements) est
par la suite calculée à l'aide de la méthode de gravité ou la méthode des éléments finis en
considérant les forces d'inertie préalablement calculées.

Tableau 7.16 : Méthodes d'évaluation de la réponse sismique


Caractéristiques
Méthode d'analyse Excitation sismique dynamiques Réponse structurale
de l'ouvrage
Pseudo-statique Coefficient sismique Masse, rigidité infinie Statique équivalente
Spectres lisses de Masse, rigidité, amor- Valeurs maximales pro-
Pseudo-dynamique
calcul tissement bables (sans signe)
Accélérogramme Historique complet à
Masse, rigidité, amortis-
Dynamique compatible avec le chaque pas de temps
sement
spectre de calcul (avec les signes)

page 7.134 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

On devrait utiliser une approche progressive quant à la complexité de la méthode d'analyse uti-
lisée pour évaluer la réponse sismique. Cette approche est basée sur cinq niveaux d'analyse
pour l'évaluation de la sécurité sismique des barrages en béton (référence 7.70, référence 7.71
et référence 7.78). Les niveaux d'analyses suivants sont proposés :

• niveau 0 : classement préliminaire d'un parc d'ouvrages ;

• niveau I : méthode pseudo-statique (coefficient sismique) ;

• niveau II : méthodes pseudo-dynamiques :


• niveau ll(a) : méthode simplifiée de réponse spectrale (référence 7.39),
•• niveau ll(b) : méthode classique de réponse spectrale ;

• niveau III : méthodes dynamiques transitoires linéaires :


• niveau lll(a) : domaine des fréquences,
• niveau lll(b) : domaine du temps;

• niveau IV : Méthodes dynamiques transitoires non linéaires.

Dans le contexte de la réévaluation de la sécurité sismique des barrages existants et de façon


générale, on doit passer à un niveau supérieur d'analyse si les résultats du niveau précédent
indiquent une marge de sécurité sismique inadéquate. Pour la conception des nouveaux ou-
vrages, il est recommandé d'utiliser les méthodes pseudo-dynamiques, suivies de vérifications
à l'aide de méthodes dynamiques transitoires s'il y a lieu.
Lorsqu'on utilise la méthode des éléments finis, on doit s'assurer que les résultats sont indé-
pendants des paramètres de modélisation choisis (la taille du bloc de fondation inclus dans le
modèle, le type d'éléments, la taille et l'élancement des éléments finis, le nombre de modes
retenus dans les calculs, le pas d'intégration dans les méthodes transitoires). Ceci nécessite
des études de convergence en comparant, par exemple, la réponse d'un maillage initial avec
un maillage plus fin, etc.

Ouvrages de retenue en béton page 7.135


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.27.7 Conception des barrages-poids


Pour les barrages-poids, on utilise généralement des modèles de calcul 2D. Cependant, il est
possible de mobiliser des effets 3D pouvant contribuer à la résistance des barrages situés dans
des canyons relativement étroits (largeur-hauteur inférieure à 3). La contribution des effets 3D
doit être clairement démontrable s'ils sont pris en compte dans les analyses sismiques. D'une
façon générale, la possibilité de transmettre des efforts tranchants au travers des joints de
construction verticaux est limitée par les détails de construction des joints et les efforts normaux
nécessaires pour mobiliser la friction. Pour de fortes amplitudes de vibration, typiques des
séismes majeurs, les forces d'inertie peuvent être suffisamment grandes pour excéder la ré-
sistance inter-monolithe des joints construits sans clé de cisaillement. Ces monolithes auront
alors tendance à vibrer de façon indépendante. L'utilisation de modèles 2D en contraintes pla-
naires est sans doute plus appropriée pour la prédiction du comportement sismique des barra-
ges-poids, avec des joints de construction verticaux sans clé de cisaillement, soumis à des
séismes d'intensité modérée ou importante.
D'une façon générale, la stabilité et les contraintes sismiques des barrages-poids sont évaluées
pour des mouvements au roc agissant dans la direction amont-aval. Si la géométrie indique
une possibilité de « cognement » des monolithes adjacents, des analyses dans la direction
« rive gauche - rive droite » doivent être entreprises.

7.27.8 Propriétés dynamiques des matériaux


Le taux d'application de la charge a une grande influence sur la résistance du béton. Ainsi, plus
une charge est appliquée d'une façon brusque et soudaine, comme dans le cas de secousses
sismiques, plus la résistance du béton sera grande. Il est donc important d'évaluer les proprié-
tés dynamiques du béton pour l'évaluation du comportement et de la stabilité sismique des ou-
vrages1351.

7.27.9 Modélisation des cas de charges élémentaires


On retrouve à la rubrique 7.21.2 (figure 7.33) la description des forces d'inertie et des poussées
induites par l'action d'un tremblement de terre qui doivent être considérées lors de la formula-
tion des combinaisons de charges.

|35
' La rubrique 7.8.1.1.2 traite des propriétés dynamiques du béton qui doivent être considérées et donne des indi-
cations concernant les valeurs à utiliser.

page 7.136 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.27.10 Combinaisons de charges pour la conception


parasismique

7.27.10.1 Considération des charges statiques


En général, un événement sismique est considéré comme une sollicitation extrême et il doit
être combiné avec les chargements usuels provenant du réservoir et de la pression des sols.

7.27.10.2 Considération de la poussée des glaces


On ne considère pas la poussée de glace simultanément avec le séisme maximum de dimen-
sionnement (référence 7.67 et référence 7.140).

7.27.10.3 Considération de l'excitation verticale


Un séisme produit des sollicitations structurales de nature oscillatoire. En général, aux efforts
initiaux statiques, on doit additionner (ou soustraire) les efforts sismiques pour maximiser (mi-
nimiser) le paramètre de réponse structurale considéré (efforts, contraintes, déplacements, ac-
célérations). Une sollicitation sismique produisant desj forces d'inertie verticales réduisant le
poids-propre est la condition la plus défavorable pour la stabilité des ouvrages-poids. On doit
cependant reconnaître que l'accélération de pointe au rocher (APR) horizontale ne se produira
pas simultanément avec l'APR verticale. On adopte très souvent la règle des 30 % pour vérifier
la sécurité sismique des ouvrages de génie civil par les méthodes pseudo-statiques ou pseudo-
dynamiques (référence 7.2 et référence 7.112).

7.27.10.4 Analyse 2D

Les combinaisons de charges suivantes doivent être examinées lors de l'évaluation de la sécu-
rité sismique des barrages-poids, des évacuateurs et leurs équipements (grues portiques par
exemple) par la méthode pseudo-statique ou la méthode pseudo-dynamique (figure 7.45) :

Ouvrages de retenue en béton page 7.137


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

S ± 1,0 (EQH, + Hd) ± 0,3 EQV

S±0,3(EQH >AA +Hd)±1,OEQV

ou
S = forces statiques (poids-propre, poussée hy-
drostatique, sous-pression)
EQH,AA= forces d'inertie horizontales amont-aval (masse
permanente du barrage)
Hd = poussée hydrodynamique du réservoir
EQV = forces d'inertie verticales dirigées vers le haut
(réduction du poids propre)

Figure 7.45 : Combinaisons des sollicitations sismiques horizontales et verticales

On doit également prendre en compte toutes les forces additionnelles pouvant affecter la stabi-
lité de l'ouvrage (sédiments, remblais, etc.).

7.27.10.5 Analyses 3D

Dans le cas où un modèle de calcul 3D est nécessaire, on introduira progressivement les com-
posantes de l'excitation sismique pour bien comprendre le comportement de l'ouvrage : séisme
amont-aval seul (EQH,A.A), rive gauche-rive droite seul (EQH,RG.RD), vertical seul (EQV). On
examinera ensuite progressivement les combinaisons suivantes :

S±1,0(EQH.'AA + Hd)±0,3EQH. RG-RD ±0,3EQV

S±0,3(EQH >AA + Hd)±1,OEQH, RQRD ±0,3 EQV

S±0,3(EQH >AA +Hd)±0,3EQH, RGRD ±1,OEQV

page 7.138 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

On doit également prendre en compte toutes les forces additionnelles pouvant affecter la stabi-
lité de l'ouvrage (sédiments, remblai, etc.).

7.27.10.6 Conditions post-sismiques

Les combinaisons de charges pertinentes pour les analyses en conditions post-sismiques sont
présentées à la rubrique 7.24.

7.27.11 Sélection de la méthode d'analyse


La sélection de la méthode d'analyse dépend de l'importance de la structure et des conséquen-
ces d'un endommagement ou d'une rupture, des propriétés dynamiques de la structure (ampli-
fication des forces d'inertie) et de la précision requise par l'analyse. En plus de la méthode
d'analyse, on doit déterminer la complexité requise par le modèle de calcul pour donner des ré-
sultats représentatifs du comportement structural. Des modèles de calculs en 2D sont généra-
lement applicables si les conditions de déformation ou de contrainte planaire sont respectées.
Un modèle 3D peut être requis si les effets 3D sont importants (géométrie de la vallée, grandes
ouvertures, etc.).
En général, la méthode pseudo-statique est acceptable pour la conception parasismique préli-
minaire des barrages-poids d'une hauteur inférieure à 30 m situés dans les zones sismiques où
l'accélération de pointe au rocher (APR) est inférieure à 0,20 g (référence 7.67 et
référence 7.140). Une analyse pseudo-dynamique, au besoin suivie d'une analyse dynamique,
est requise pour vérifier l'acceptabilité des contraintes (fissuration) et la stabilité sismique des
ouvrages lors de la conception finale.
Une analyse pseudo-dynamique doit être utilisée lors de la conception :

• des monolithes d'évacuateur de crues avec vannes ;

• de ceux possédant une voie large de roulement ;

• des prises d'eau ou d'autres monolithes ayant une géométrie inhabituelle susceptible de fa-
voriser les concentrations de contraintes ;

• des ouvrages sensibles aux excitations sismiques latérales (rive gauche, rive droite).

En général, une analyse pseudo-statique est adéquate si la structure évaluée peut être classée
comme « rigide », la période fondamentale de l'ouvrage étant alors plus petite qu'environ
0,03 s. Les forces d'inertie ne sont pas amplifiées par les caractéristiques dynamiques d'un ou-
vrage « rigide ». Dans ce cas, le coefficient sismique (ou l'accélération soutenue au rocher)
peut être utilisé pour l'analyse de stabilité et l'APR pour l'analyse des contraintes.

Ouvrages de retenue en béton page 7.139


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.27.12 Critères de stabilité


Les critères de stabilité pour assurer une performance sismique adéquate des ouvrages pour
les combinaisons de charges considérant le SBE et le SMD sont présentés au tableau 7.15.

7.27.13 Méthode pseudo-statique


La méthode du coefficient sismique est aussi connue sous le vocable de la méthode pseudo-
statique1361. Le chargement sismique est considéré par des forces d'inertie appliquées pseudo-
statiquement à la structure. La magnitude des forces d'inertie est calculée selon le principe de
la masse multipliée par l'accélération sismique. Les forces d'inertie agissent au centre de
masse (centre de gravité) de la section ou de l'élément considéré (figure 7.33).
La méthode pseudo-statique, avec un coefficient sismique constant selon la hauteur du barrage,
est fondamentalement basée sur le principe que l'ouvrage à l'étude peut être considéré comme
rigide (très courte période fondamentale), c'est-à-dire que l'amplification dynamique des forces
d'inertie est négligeable. Si la structure à l'étude est très rigide, les résultats de l'analyse de
contraintes effectuée par la méthode pseudo-statique devraient être similaires aux résultats de
l'analyse pseudo-dynamique.
Par conséquent, l'analyse de contraintes visant à établir la longueur des fissures à l'aide de la
méthode pseudo-statique devrait être effectuée avec les forces d'inertie basées sur l'APR au
lieu du coefficient sismique. Les contraintes sont alors évaluées à l'aide des propriétés
« dynamiques » du béton à la traction. Les hypothèses utilisées pour interpréter les résultats
des analyses pseudo-statiques et (pseudo) dynamiques sont alors consistantes. L'analyse de
stabilité, visant à déterminer le facteur de sécurité contre le glissement, doit être effectuée à
l'aide du coefficient sismique k = 0,5 APR (référence 7.80 et référence 7.78 qui fournit plus de
détails sur la mise en œuvre de la méthode pseudo-statique, incluant un exemple de calcul
pour un barrage-poids typique).

7.27.14 Méthode pseudo-dynamique


La méthode pseudo-dynamique utilise les caractéristiques modales de la structure (périodes et
modes de vibration) et les caractéristiques de l'excitation sismique décrites sous la forme d'un
spectre de calcul. Elle tient compte de l'interaction barrage-fondation-réservoir qui peut affecter
le comportement dynamique de l'ouvrage. La méthode de combinaison modale (SRSS ou
CQC) donne des paramètres structuraux (contraintes, efforts) qui sont toujours positifs ; on doit
alors porter une attention particulière à l'interprétation des résultats conduisant à des problè-
mes potentiels causés par les contraintes de tension.

(36)
Le domaine d'application de la méthode pseudo-statique est défini à la rubrique 7.27.11.

page 7.140 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

La méthode pseudo-dynamique ne considère pas la nature oscillatoire et transitoire des sollici-


tations sismiques, celles-ci étant toujours appliquées dans la même direction pour une combi-
naison de charge particulière. Il est donc approprié d'utiliser la méthode pseudo-dynamique de
la même façon que la méthode pseudo-statique, soit en effectuant tout d'abord une analyse de
contraintes (fissuration) et par la suite une analyse de stabilité (glissement, renversement).
L'analyse de contraintes s'effectue en considérant le spectre de calcul comme excitation sismi-
que. L'analyse de stabilité s'effectue en multipliant les forces d'inertie calculées lors de
l'analyse de contrainte par 0,5 (référence 7.80) et en considérant les résultantes normales et
tangentielles agissant sur les plans de ruptures potentielles.
La technique de superposition modale (méthode pseudo-dynamique) pour les ouvrages hy-
drauliques peut être appliquée selon deux procédures :

• l'approche simplifiée de réponse spectrale ;


La méthode simplifiée de réponse spectrale (,) évalue la réponse linéaire maximale d'une
section typique de barrage-poids non déversant dans son mode fondamental de vibration
causée par une excitation sismique horizontale. La contribution des modes supérieurs est
considérée de façon approximative. Chopra (référence 7.39), Fenves et Chopra
(référence 7.61 à référence 7.64 et référence 7.66) présentent les détails de cette méthode.
Des exemples d'application sont présentés par Hydro-Québec (référence 7.78), Ghrib et al.
(référence 7.70 et référence 7.71), FERC (référence 7.67) et Chopra (référence 7.39).
La méthode simplifiée de réponse spectrale peut être utilisée pour un monolithe d'une sec-
tion déversante d'un évacuateur de crues sans vanne qui a une section similaire à celle
d'un monolithe typique non déversant. Une méthode simplifiée d'analyse pour les monoli-
thes d'évacuateurs de crues avec des vannes a été développée par Chopra et Tan
(référence 7.38).

• l'approche classique de réponse spectrale.


Cette méthode est utilisée avec la méthode des éléments finis pour les sections non stan-
dards ou des sections régulières de barrages. L'analyse peut être effectuée en 2D ou en 3D,
en considérant les ouvertures et discontinuités. Le réservoir est représenté par les masses
ajoutées de Westergaard. Le spectre de réponse est déterminé selon les données sismi-
ques137. La fondation est idéalisée pour simuler sa flexibilité, mais avec une masse nulle si le
spectre de réponse n'a pas été modifié pour le mécanisme d'interaction sol-structure. La mé-
thode de combinaison modale CQC devra être utilisée. La méthode CQC dégénère à la mé-
thode SRSS (racine carrée de la somme des carrés) pour les structures 2D avec des périodes
de vibration bien séparées. Pour les structures 3D, la méthode SRSS peut fortement suresti-
mer ou sous-estimer la réponse dynamique. On doit inclure assez de modes pour obtenir une
masse modale effective d'au moins 90 % de la masse totale dans chacune des directions.

f371
Ce sujet est traité à la rubrique 3.

Ouvrages de retenue en béton . page 7.141


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.27.15 Méthode dynamique


Si une analyse dynamique transitoire est effectuée, l'étendue, l'amplitude et la durée de
contraintes excessives (potentiel de fissuration) peuvent être estimées. Lors de l'interprétation
des contraintes calculées à l'aide de modèles linéaires élastiques, des contraintes excessives
peuvent alors être admises si on peut démonter qu'elles n'existent que sur une petite étendue,
avec un nombre restreint de cycles de courtes durées (référence 7.57).
On doit utiliser des accélérogrammes indépendants pour les excitations horizontales et vertica-
les. Habituellement, trois groupes d'accélérogrammes indépendants doivent être considérés
dans les calculs :

• les analyses dynamiques linéaires ;


Les calculs dynamiques linéaires transitoires peuvent être effectués dans le domaine du
temps ou des fréquences. Dans le domaine du temps, les analyses linéaires peuvent être
effectuées à l'aide de logiciels commerciaux d'éléments finis (SAP2000, COSMOS, ANSYS,
ABAQUS, FLAC). Une attention particulière doit être portée à la modélisation des méca-
nismes dynamiques d'interaction barrage-fondation-réservoir et à l'effet des sous-pressions
dans les analyses. Les calculs peuvent également être effectués avec le logiciel spécialisé
pour barrages-poids 2D, EAGD-84 (référence 7.65). Ce logiciel fonctionne dans le domaine
des fréquences afin de tenir compte de façon plus rigoureuse des mécanismes d'interaction
barrage-fondation-réservoir (compressibilité de l'eau, perte d'énergie par radiation, etc.).

• les méthodes dynamiques non linéaires ;


Les analyses pseudo-dynamiques et dynamiques linéaires ne sont pas réellement applica-
bles lorsque la fissuration et une redistribution des contraintes se produisent. Un estimé ri-
goureux du glissement résiduel pouvant survenir si la résistance au cisaillement est excé-
dée, demande des analyses non-linéaires. Une approche progressive doit être suivie pour
mettre en œuvre des analyses dynamiques non linéaires. Il s'agit habituellement d'études
complexes qui demandent l'expertise de spécialistes.
Selon l'état actuel de la pratique on peut estimer le glissement sismique résiduel le long
d'un plan de rupture à l'aide de méthodes simplifiées, telles que la méthode de Newmark,
de Ghrib (référence 7.70), de Mir et Taylor (référence 7.110), de Danay et Adeghe
(référence 7.52), ou à l'aide de méthodes d'intégration des équations d'équilibre dynamique
en considérant le barrage comme un corps rigide selon Ghrib (référence 7.70), Mir et Taylor
(référence 7.110) ou Chopra et Zhang référence 7.36 et référence 7.37). Le logiciel com-
mercial Working Model (Knowledge Révolution 1996) peut effectuer ce type de calcul.
Saini et Krishna (référence 7.128), Chen (référence 7.35) et Malla (référence 7.106) pré-
sentent des analyses dynamiques non linéaires basées sur la dynamique des corps rigides
en rotation pour évaluer la sécurité contre le renversement d'un bloc de béton découpé par
des fissures traversantes au sommet d'un barrage ou d'un pilier d'évacuateur.

page 7.142 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

la méthode des éléments finis utilisant des éléments de contacts (« gap-friction »).
Cette méthode peut également être considérée pour effectuer des études de glissement
sismique à l'aide de logiciels commerciaux (référence 7.67 et référence 7.98). Le logiciel
d'éléments finis EAGD-84 a été . modifié par Chavez et Fenves (référence 7.32 et
référence 7.33) afin de permettre le calcul du glissement à l'interface béton-rocher, le corps
du barrage étant supposé demeurer linéaire élastique. Le nouveau logiciel appelé EAGD-
SLIDE a été utilisé par Ghrib (référence 7.70 et référence 7.72) lors de l'évaluation de la ré-
ponse sismique du barrage de Paugan.

7.27.16 Considérations particulières aux évacuateurs de crues

7.27.16.1 Mécanismes de défaillance


Les principaux mécanismes de défaillance à considérer lors de la conception parasismique des
évacuateurs de crues sont :

• les déplacements, déformations excessives des piliers soumis à l'excitation sismique dans
la direction rive gauche - rive droite, occasionnant l'endommagement des guides des van-
nes et le coincement de celles-ci ;

• la fissuration des piliers de sorte que la section réduite né puisse plus résister aux poussées
du réservoir ou que le réseau dé fissures entraîne la rupture des pièces encastrées ;

• l'amplification des mouvements affectant la structure de levage des vannes (grues porti-
ques, etc.) occasionnant des contraintes élevées pouvant entraîner la rupture ;

• les contraintes excessives induites dans les vannes par les poussées dynamiques d'origine
sismique.

7.27.16.2 Contreventement latéral des piliers


Les calculs linéaires élastiques ont souvent tendance à montrer de très petits déplacements
sismiques au sommet des piliers. Cependant, s'il y a fissuration du pilier, un mécanisme
d'instabilité dynamique peut survenir (glissement, renversement). On note souvent la présence
d'un pont reposant sur la crête des piliers pouvant également servir à contreventer latéralement
l'évacuateur. On doit alors s'assurer de la solidarité des appuis du pont avec les piliers pour la
transmission d'efforts tranchants ainsi que de l'ancrage des extrémités du pont à la fondation
rocheuse.

Ouvrages de retenue en béton page 7.143


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.27.16.3 Poussée hydrodynamique sur les vannes


Pour les calculs sismiques amont-aval, on utilisera la masse ajoutée de Westergaard pour les
vannes. Dans un calcul 2D, on doit alors considérer explicitement la largeur du pilier et d'une
demi-vanne de chaque côté de celui-ci pour l'évaluation des masses ajoutées. La poussée hy-
drodynamique sur les vannes doit être transmise au pilier.
ICOLD (référence 7.85) et USCOLD (référence 7.143) présentent des guides d'évaluation sis-
mique des ouvrages connexes aux barrages.

7.27.17 Considérations particulières aux prises d'eau

7.27.17.1 Excitations sismiques longitudinales


D'une façon similaire aux évacuateurs de crues vannés, les prises d'eau peuvent également
être susceptibles aux excitations sismiques longitudinales, selon l'axe faible des piliers. Cepen-
dant, on note souvent la présence d'une dalle de béton structural pouvant assurer une certaine
stabilité latérale.

7.27.17.2 Combinaisons de charges - vannes ouvertes ou fermées


Selon le mode d'exploitation de la centrale et d'entretien des turbines, on doitt considérer la vé-
rification de la stabilité pour les conditions avec vannes ouvertes et vannes fermées. À noter
que la fermeture de certaines vannes peut entraîner une variation du niveau de l'eau en amont.

7.27.17.3 Poussée hydrodynamique dans les passages hydrauliques


La géométrie des passages hydrauliques et la présence de vannes fermées à leurs extrémités
peuvent induire une accélération de l'eau contenue dans le passage (eau incompressible). Les
vannes, si elles sont fermées, doivent alors être en mesure de résister à ces poussées hydro-
dynamiques en plus de la poussée hydrostatique usuelle. La force d'inertie résultante peut être
estimée à partir de la masse de l'eau dans le passage multipliée par l'accélération de l'ouvrage
au niveau correspondant (Weiland, 1994). Weiland note que les vannes d'évacuation intermé-
diaires du barrage à contreforts de Sefi-Rud (Iran) ont été endommagées lors du séisme im-
portant de 1990.

page 7.144 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.27.18 Conception parasismique des équipements mécaniques et


électriques

7.27.18.1 Structures connexes de faibles masses


Pour les structures connexes de faibles masses par rapport à la masse de la structure de sup-
port, on peut calculer les secousses sismiques amplifiées au sommet des supports et utiliser ce
signal pour l'analyse sismique. Cette approche néglige l'interaction entre la structure connexe
et la structure principale. Par exemple, pour une structure légère située sur la crête d'un bar-
rage, la réponse sismique amplifiée à la crête du barrage doit être obtenue pour analyser la
structure considérée de façon indépendante.

7.27.18.2 Qualification sismique des équipements


Les équipements mécaniques et électriques nécessaires pour assurer la sécurité des ouvrages
peuvent aussi être affectés par de grands déplacements ou de fortes accélérations. Ces équi-
pements doivent être ancrés à leur fondation et à leur support de façon à prévenir le glisse-
ment, renversement ou les forces d'impact (par exemple un panneau de contrôle électrique mal
fixé frappant un mur de béton adjacent).

Pour la qualification sismique des équipements électromécaniques, on doit démontrer par ana-
lyses, essais ou expériences passées, que la structure-pièce d'équipement maintiendra son
intégrité structurale et sa fonctionnalité pendant et après le séisme pour lequel elle est évaluée.
Une combinaison d'analyse et d'essais peut être nécessaire (essais in situ ou en laboratoire à
l'aide d'une table vibrante). Par exemple, pour la conception sismique des vannes d'évacuateur,
les vannes peuvent être évaluées par analyse, mais les vérins hydrauliques et les autres com-
posantes électriques faisant fonctionner les vannes peuvent demander des essais pour dé-
montrer leur fonctionnalité en cas de séismes.
Par ailleurs, la spécification SN-29.1a (référence 7.84) présente de l'information pertinente sur
les exigences d'Hydro-Québec concernant la résistance aux secousses sismiques et le fonc-
tionnement après les séismes de ce type d'équipement.

7.27.19 Dispositions constructives visant à optimiser la


performance sismique
Diverses dispositions constructives peuvent êtres mises en place pour améliorer la perfor-
mance sismique des ouvrages de retenue en béton (figure 7.46). Ces dispositions constructives
peuvent être classées en trois catégories.

Ouvrages de retenue en béton page 7.145


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

On retrouve :

• les mesures visant à réduire l'intensité des conditions de chargement pré-sismique ;


II s'agit alors d'augmenter la marge de sécurité sous conditions normales d'exploitation afin
d'avoir une réserve de résistance pour contrer les efforts sismiques. Par exemple, on peut
optimiser le système de drainage en fonction de la performance sismique et post-sismique
de l'ouvrage.
/
• les mesures visant à réduire l'intensité des forces dynamiques induites par le séisme ;
Les Russes ont été très actifs dans le développement de techniques d'isolation hydrodyna-
mique faisant intervenir des matériaux flexibles ou un rideau de bulles d'air le long de la
face amont de l'ouvrage. Il s'agit d'absorber la majeure partie des ondes hydrodynamiques
de compression se répercutant sur le barrage lors d'un tremblement de terre
(référence 7.13, référence 7.75 et référence 7.131).

• les mesures structurales visant à modifier l'équilibre des forces internes et la résistance de
l'ouvrage.
On retrouve les changements de géométrie, l'ajout de clés de cisaillement, l'utilisation de
béton à haute résistance (armature-fibres), l'introduction de joints, l'introduction de contre-
ventements en acier ou en béton, plaques (ceintures) d'acier. L'utilisation près des pare-
ments d'ancrages passifs ou en post-tension (référence 7.146), Pajout de contreforts en
béton et l'ajout de remblais stabilisateurs en aval (référence 7.8 et référence 7.9) sont des
mesures de renforcement sismique qui sont généralement utilisées pour les ouvrages
existants, mais qui dans certains cas peuvent également être considérées lors de la
conception de nouveaux ouvrages.

Figure 7.46 : Exemples de dispositions constructives parasismiques

Vannes peu déformables; pièces Optimisation de la masse de la crête


encastrées adéquates

Renforcement, contreventement des piliers

Élimination des changements brusques de


pente; optimisation du profil

Optimisation des galeries

Élimination des changements / Optimisation du drainage


brusques de pentes; Optimisation j
du profil
Traitement adéquat du contact béton-rocher
,'

Adaptation de Priscu (référence 7.124)

page 7.146 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

On retrouve ci-dessous certaines dispositions parasismiques qui peuvent être relativement fa-
ciles à mettre en œuvre lors de la construction de nouveaux ouvrages en béton
(référence 7.86, référence 7.109 et référence 7.125).

• barrages-poids :
• optimisation de la masse de la crête (figure 7.47) (géométrie, utilisation de béton léger),
redistribution de la masse de l'ouvrage sur la hauteur et la longueur de l'ouvrage ;
Une faible masse est souhaitable en crête. Par ailleurs, une augmentation de la largeur
de la crête peut réduire les conséquences d'une fissuration locale de bord en bord.
• optimisation de la distribution de la résistance du béton mis en place selon les zones les
' plus sollicitées sous chargements sismiques, utilisation de béton à haute résistance
(armature/fibres) près des parements ;
• utilisation d'une basse température lors de la mise en place du béton pour minimiser la
fissuration de retrait et les contraintes de traction induites par la chaleur d'hydratation ;
• élimination de changements brusques des pentes du parement amont et aval (si ces
changements sont nécessaires, un ferraillage adéquat doit être mis en place) ;
• optimisation des pentes amont et aval pour minimiser les efforts sismiques (profil ten-
dant vers la symétrie), élargissement du profil près de la base de l'ouvrage pour réduire
l'intensité des contraintes et abaisser le centre de gravité ;
• utilisation d'un axe curviligne en plan avec un parement amont convexe favorisant le dé-
veloppement d'efforts longitudinaux de compression le long de l'ouvrage ;
• réduction du nombre et de la longueur des galeries dans le barrage ;
Les galeries devraient être de forme arrondie pour limiter l'effet des concentrations de
contraintes et être renforcées sur leurs pourtours.
• traitement adéquat de la fondation dans le lit de la rivière et sur les flancs de la vallée
pour obtenir de meilleurs coefficients de friction et de cohésion ;
• préparation soignée des joints de reprise de bétonnage pour maximiser l'adhésion et la
résistance à la traction ;
• utilisation de clés de cisaillement dans les joints de construction ;
• système de drainage systématique et efficace, réparti transversalement sur la section
de l'ouvrage, pour contrôler les infiltrations éventuelles au travers du voile d'étanchéité
dans le corps du barrage (principalement en condition post-sismique) ;
• renforcement des zones traversées par des tuyaux et conduites (pertuis de fonds, prise
d'eau, conduites forcées) ;
• augmentation de la revanche pour inclure la cote du plan d'eau produite par l'onde de
surface (seiche) susceptible d'être générée dans le réservoir ;

Ouvrages de retenue en béton page 7.147


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 7.47 : Effets sismiques sur la crête d'un barrage-poids


Zones de concentration de
contraintes sur les deux faces.
Possibilité de fissuration.

Effets d'inertie important à cause de Contrefort supportant la voie de


la masse de la crête et la voie de roulement •
roulement.

(a) Problème potentiels de fissuration (b) Réduction de la masse de la


dans les régions de sismicité active. crête.

Adaptation de Novak (référence 7.118)

injection des joints de contraction pour augmenter la rigidité dans la direction longitudi-
nale de certaines parties d'un ouvrage, introduction de clés de cisaillement le long des
joints de contraction,.introduction de joints permettant les mouvements près des zones
les plus susceptibles de se fissurer ;
utilisation de matériaux flexibles et visqueux, dissipateurs d'énergie, pour le scellement
des joints ;
introduction de joints déformables permettant de diminuer l'intensité des vibrations (bé-
ton latex, sol) ;
introduction de joints favorisant l'effet de coin pour stabiliser les composantes structu-
rales sous sollicitations sismiques, utilisation de vérins plats pour comprimer certains
joints ;
considération du comportement dynamique non linéaire de l'interface barrage-fondation
(ouverture-fermeture) lors de l'analyse sismique de l'ouvrage ;
Le comportement non linéaire du contact agit comme un mécanisme d'isolation sismi-
que à la base de l'ouvrage permettant une réduction de l'intensité des efforts dynami-
ques induits selon la déformabilité de la fondation (référence 7.98).

page 7.148 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

évacuateurs de crues :
• renforcement des piliers et des pièces encastrées supportant les vannes (séismes
amont aval et rive gauche - rive droite) ;
• utilisation de vannes rigides pour minimiser les déformations susceptibles de gêner le
fonctionnement post-sismique ;
• contreventement latéral des piliers.

7.28 Traitement des fondations


La rubrique 3.5 traite en détails des méthodes d'excavation ainsi que de la préparation de la
fondation. La rubrique 7.28 vient la compléter en mettant l'accent sur les aspects structuraux en
rapport avec la sécurité et la stabilité du barrage.
Les fondations sont destinées à servir d'appuis au corps du barrage et à constituer une barrière
suffisamment étanche contre les infiltrations provenant de la retenue. La résistance et la rigidité
du roc doivent être suffisantes pour qu'en présence des charges de conception, une stabilité
adéquate soit assurée au barrage, aux appuis et à la fondation, et ce, pour que les déforma-
tions soient limitées à des valeurs acceptables.
Pour les barrages-poids, les cas de ruptures recensées historiquement sont généralement des
ruptures dans le massif de fondation. Le concepteur doit donc faire en sorte d'évaluer la stabi-
lité de la structure selon différents plans dans la fondation potentiellement critiques (rubri-
que 7.25.4). USAGE (référence 7.140) présente d'ailleurs une telle approche pour l'évaluation
de la stabilité au glissement. La figure 7.48 illustre un cas fréquemment rencontré en pratique.
Il s'agit du cas où le glissement d'un plan de rupture horizontal ou légèrement incliné, de faible
résistance au cisaillement, est facilité par les conditions topographiques (a) ou par la présence
d'une deuxième discontinuité (b).

Figure 7.48 : Glissement dans la fondation

Adaptation de Wittke (référence 7.145)

La figure 7.49, quant à elle, illustre la possibilité de rupture par flambement d'une section de la
fondation en aval du barrage.

Ouvrages de retenue en béton page 7.149


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 7.49 : Flambement d'une strate de la fondation rocheuse

Flambement

L Plan de rupture potentielle


Adaptation de ASCE (1996)

7.28.1 Injection de la fondation


Les principaux objectifs de l'injection de la fondation sont d'empêcher les écoulements d'eau et
de consolider le massif rocheux. Généralement, l'injection se déroule en deux étapes :
1. injection de consolidation à basse pression ;

2. injection à haute pression du rideau d'étanchéité.

7.28.1.1 Injection de consolidation


L'injection de consolidation est utilisée pour combler les vides, les zones fracturées et les fissu-
res à'la surface et dans la fondation. Le concepteur peut ainsi augmenter la résistance et la ri-
gidité du massif rocheux. Il est important de procéder à des essais in situ pour évaluer les pro-
priétés de la fondation et de bien documenter les résultats pour d'éventuels travaux de réfec-
tion.
La rubrique 3.5.3.3 mentionne quelques règles pratiques concernant le diamètre, la profondeur
et l'espacement des forages. On y traite également de la pression d'injection et du type de cou-
lis d'injection à utiliser.
Les forages doivent être orientés normalement à la surface excavée à moins que certaines
fractures ou fissures particulières ne veuillent être injectées. D'une façon générale, les forages
sont faits à partir de la surface excavée, mais il est également possible qu'ils soient faits à partir
de galeries dans le barrage. Dans ce cas, une attention particulière doit être apportée pour
éviter le décollement du barrage et de la fondation lors de l'injection.

page 7.150 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.28.1.2 Rideau d'injection

Le rideau d'injection permet de réduire les infiltrations d'eau dans la fondation et par le fait
même de diminuer les forces de sous-pressions qui sont déstabilisatrices pour la structure.
Généralement, le rideau d'injection est constitué d'une série de forages situés sous la face
amont du barrage et espacés d'environ 3 m chacun.
Pour éviter tout désordre structural lors de l'application de la pression, l'injection du rideau d'in-
jection doit se faire après l'injection de consolidation et après la coulée d'une certaine quantité
de béton composant le barrage. Généralement, l'injection du rideau se fait à partir de galeries
dans le barrage. Lorsque aucune galerie n'est prévue dans l'ouvrage, l'injection est faite à partir
de la section amont du barrage avant le remplissage du réservoir.
Le rideau d'injection doit être aligné avec la projection verticale de la face amont du barrage.
Dans le cas où le rideau est injecté à partir d'une galerie dans le barrage, le rideau peut être in-
cliné jusqu'à un angle de 159. La profondeur du rideau varie selon les propriétés de la fondation
et le niveau de la retenue. Dans une fondation dense et de bonne qualité, la profondeur du ri-
deau peut varier entre 30 et 40 % du niveau de l'eau et dans le cas d'une fondation de faible
qualité la profondeur peut atteindre jusqu'à 70 % du niveau du réservoir.
La durabilité du rideau d'injection est tributaire du coulis utilisé (stable, instable). En effet, avec
le temps, le coulis peut être lavé par l'érosion de l'eau. L'utilisation d'un coulis de ciment stable
(moins de 5 % de ressuage après deux heures) est à considérer étant donné ses meilleures ca-
ractéristiques physiques et mécaniques.

7.28.2 Drainage
La rubrique 3.5.3.3 traite du drainage de la fondation pour réduire les pressions d'eau internes.
Le concepteur doit être conscient que des forces hydrostatiques importantes, pouvant mener à
la rupture de l'ouvrage, peuvent se développer dans certaines failles ou plans de la fondation.
Le drainage est habituellement formé d'une ou plusieurs séries de forages de 75 mm de dia-
mètre situés en aval du rideau d'injection.
L'espacement, la profondeur et l'orientation des drains sont déterminés par les caractéristiques
de la fondation. La rubrique 3.5.3.3 donne, à titre indicatif, certaines valeurs couramment ren-
contrées en pratique.
Le forage des drains se déroule lorsque les travaux d'injection de la fondation sont complétés à
partir de la fondation ou à partir des galeries dans le barrage.

Ouvrages de retenue en béton page 7.151


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.29 Considérations géométriques

7.29.1 Tracé longitudinal du barrage

7.29.1.1 Forme de la vallée et choix du barrage


La forme de la vallée influence le choix du type de barrage. Les vallées larges, qui ont en géné-
ral une forme trapézoïdale ou en U (figure 7.50), sont appropriées pour la construction de bar-
rages-poids de sections classiques (figure 7.51 et figure 7.52). Lorsque U/H > 5, où U est la
longueur du couronnement et H la hauteur de l'ouvrage, on considère que le barrage-poids a
un comportement structural strictement bidimensionnel lors de la reprise de la poussée du ré-
servoir. Par ailleurs, les vallées étroites de sections triangulaires sont appropriées pour les bar-
rages-voûtes. Ceux-ci développent un mécanisme 3D de résistance aux charges hydrostati-
ques par l'action d'arc en compression permettant ainsi une réduction appréciable du volume
de béton à mettre en œuvre par rapport à la solution barrage-poids.

Figure 7.50 : Géométrie simplifiée d'un site de barrage

Fondation
errain naturel
équivalent

l-b largeur du site au niveau de la base


Lc largeur du site simplifié au niveau de la crête

Adaptation de Carrère (Référence 7.29)

page 7.152 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 7.51 : Barrages-poids à sections classiques

ALPe-GERA

Adaptation de Priscu (Référence 7.124)

Ouvrages de retenue en béton page 7.153


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Figure 7.52 : Exemples de sections de barrages-poids conventionnels

La Tuque - rive gauche Manicouagan 2

EL 365'-0'
EL. 152.70 m

Beauharnois - rive droite Rapide-blanc - rive droite

EL. 277.06 m

7.29.1.2 Estimation préliminaire du volume du barrage


Comme première approximation du volume de béton d'un barrage poids classique, on peut uti-
liser la formule suivante (référence 7.76 et figure 7.50) :

page 7.154 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

Vp = (0,16) [(SH)2 (Lc + 2 Lb) + 3 T2C Lcj|

ou
Vp = volume du barrage-poids (m )
S = fruit du parement aval (Horizontal à 1 Vertical)
H = hauteur du barrage (m)
U = largeur du site simplifié au niveau de la crête
(m)
Lb = largeur du site au niveau de la base (m)
Tc = largeur de la crête (m)

7.29.1.3 Mécanisme 3D de reprise des charges hydrostatiques


On peut diminuer le volume de béton à mettre en œuvre pour les ouvrages-poids s'il est possi-
ble de développer un mécanisme 3D de reprise des charges hydrostatiques. Ce mécanisme 3D
est susceptible de se développer pour les ouvrages rectilignes avec U/H < 5. La présence de
joints de contraction avec clés de cisaillement et une vallée de profil étroit avec des pentes
abruptes favorisent également le développement de l'action 3D. Cette action 3D redistribue les
charges appliquées entre les monolithes et peut transmettre une fraction de la poussée du ré-
servoir sur les flancs de la vallée.

On peut également favoriser l'effet 3D par une conception qui inclut une courbure de l'ouvrage
dans le plan longitudinal. On utilise alors une solution intermédiaire entre la section d'un ou-
vrage-poids et d'un ouvrage-voûte. L'effet bénéfique de cette courbure sera vraisemblablement
complètement mobilisé lors d'événements extrêmes tels que la crue de sûreté où il se produira
un resserrement des joints de contraction. La sécurité des barrages, dont la longueur n'excède
pas dix fois la hauteur, peut être améliorée en leur donnant une courbure continue en plan
de 300 à 400 m de rayon. Un tracé en trois alignements proche de ce tracé courbe peut être
utilisé pour simplifier l'implantation du barrage (référence 7.41 ).

7.29.1.4 Tracés à angles prononcés


Par ailleurs, l'utilisation d'angles prononcés, aigus ou obtus, en contact avec le réservoir dans
le plan longitudinal des barrages-poids est à éviter. La présence de ces angles modifie le che-
minement des efforts le long de l'ouvrage et favorise la fissuration d'origine thermique. Plu-
sieurs barrages-poids québécois construits avec des angles prononcés dans le plan longitudi-
nal ont démontré un comportement structural inadéquat dans les zones concernées (Chute-à-
Caron et Paugan par exemple).

Ouvrages de retenue en béton page 7.155


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.29.2 Optimisation des sections non déversantes

7.29.2.1 Recherche de la section optimale et critères de performance


L'approche classique pour l'optimisation de la section d'un barrage-poids non déversant
consiste à minimiser le volume de béton à mettre en œuvre tout en satisfaisant les critères de
performance visant à assurer la durabilité, l'usage fonctionnel et la sécurité de l'ouvrage. D'une
façon générale, les critères suivants sous conditions normales d'exploitation sont prépondé-
rants dans le choix de la section du barrage :

• la section ne doit démontrer aucune contrainte de traction pour les conditions normales
d'exploitation (réservoir plein) ou lorsque le réservoir est vide ;
La résultante des efforts doit demeurer à l'intérieur du tiers médian de la section pour sa-
tisfaire ce critère de zéro traction.

• aucune contrainte excessive de compression ne doit se développer dans le barrage ou


dans la fondation ;

• la résistance au cisaillement dans le corps du barrage (joints de reprise de bétonnage), à


l'interface béton-rocher et dans la fondation, doit être suffisante pour prévenir le glisse-
ment ;

• le barrage doit être d'une épaisseur suffisante sur toute sa hauteur pour résister à l'action
des glaces, des vagues et aux actions (impacts) des débris flottants.

Le coût des matériaux (m3 de béton mis en place), le coût de la main d'œuvre, le coût des
équipements de construction et le coût du capital investi doivent être considérés pour optimiser
la solution retenue.

7.29.2.2 Fruit global pour le dimensionnement préliminaire des sections


La figure 7.51 et la figure 7.52 présentent des sections typiques d'ouvrages poids.

• Pour les barrages-poids avec galeries et drainage de la fondation, un fruit global (amont +
aval) de l'ordre de 0.75H : 1,00V permet habituellement de satisfaire les critères de stabilité.

• Pour les barrages-poids sans galerie de drainage, le fruit global (amont + aval) devrait être
de l'ordre de 0.85H : 1,00V.

Ces ordres de grandeurs pour le fruit global sont à augmenter pour les ouvrages situés dans
les zones de sismicité moyenne à forte et les barrages susceptibles d'être submergés lors de la
crue de sûreté.

page 7.156 Ouvrages de retenue en béton


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.29.2.3 Facteurs de sécurité au glissement et dimensionnement préliminaire


des sections
La figure 7.53 présente un abaque pour l'estimation préliminaire du fruit aval (S) d'un barrage-
poids en fonction du facteur de sécurité requis pour le glissement résiduel. Cet abaque est ba-
sé sur les hypothèses suivantes (référence 7.76) :

• il n'y a pas de cohésion le long des joints de reprise de bétonnage et au contact béton ro-
cher ;

• la masse unitaire du béton est de 2 400 kg/m3 et celle de l'eau de 1 OOOkg/m3 ;

• un système de drainage d'une efficacité E = 0,66 est localisé près du parement amont à
1 0 % de la largeur de la base.

En utilisant un angle de friction de 459 et un facteur de sécurité contre le glissement résiduel de


1 ,5 pour les conditions normales d'exploitation (tableau 7.15), on obtient un fruit aval de l'ordre
de 0,7H : 1V lorsque le parement aval est fini uniformément. On doit alors ajuster le profil pour
satisfaire l'ensemble des critères de stabilité.

Figure 7.53 : Évaluation préliminaire du fruit aval requis pour satisfaire au facteur de
sécurité contre le glissement (cohésion nulle)
Hypothèses : sous-pression triangulaire variant de la
(a) -Axe du barrage
(b)
pleine pression du réservoir à l'amont, réduction de 2/3
aux drains et niveau d'eau à l'aval à zéro.
3,0

plage des valeurs usuelles

<D
<n

tan<t>= 1,19
(<»=50°)
•£ 1,5
•c
H 3
o
1,0 •81,0
0>
T5

CD

0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1,0
SH Pente de la face aval (horizontal sur vertical)
Adaptation de Hansen (référence 7.76)

Ouvrages de retenue en béton page 7.157


Guide de conception des aménagements hydroélectriques

7.29.2.4 Inclinaison du parement amont


La figure 7.54 présente la section d'un ouvrage-poids avec parement amont incliné.
L'introduction d'un parement amont incliné présente les avantages suivants :

• augmentation de la surface de contact béton rocher pour améliorer la répartition des


contraintes et la résistance au glissement ;

• augmentation de la résistance sismique de l'ouvrage ;

• pour les ouvrages ayant une crête de masse importante, l'inclinaison du parement amont
permet de réduire les contraintes de tension susceptibles de .se développer le long du pa-
rement aval pour les conditions de réservoir vide.

La hauteur optimale de la partie inclinée peut être estimée à partir de l'intersection entre la
ligne d'action de la masse de la crête et la ligne amont délimitant le tiers médian de la sec-
tion à parois verticale selon la figure 7.54. La largeur de la partie inclinée est calculée en
posant égale à zéro la somme des moments causés par le poids-propre par rapport à la
position révisée de la limite amont du tiers médian de la section incluant la section inclinée.

Figure 7.54 : Optimisation de la section d'un barrage-poids pour les critères de


contraintes

Centre de gravité de la
masse de la crête

Chanfreinage du
/~ pied aval
nclinaison du
/ ^
parement amont

T/3

Adaptation de Novak (référence 7.118)

page 7.158 Ouvrages de retenue en béton


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7.29.2.5 Chanfreinage du pied aval


Par ailleurs, les calculs rigoureux d'optimisation structurale montrent que l'on peut chanfreiner
le pied aval afin d'optimiser les contraintes verticales de compression (minimiser les contraintes
principales inclinées) tout en respectant les critères de performance (figure 7.54,
référence 7.60, référence 7.122 et référence 7.124). La réduction du volume de l'ouvrage est
de l'ordre de 1 %. Estienne (référence 7.60) mentionne que l'optimisation de la géométrie du
pied aval a été faite sur quelques barrages anciens mais n'est plus pratiquée aujourd'hui.

7.29.2.6 Recherche du volume minimal de béton


Hydro-Québec (référence 7.83) a effectué une étude ayant pour objectif de choisir une section
typique de barrage-poids ayant un volume de béton minimal et respectant l'ensemble des critè-
res de stabilité retenus pour la conception d'avant-projet phase I du complexe NBR. Ces critè-
res sont similaires aux critères de conception de l'entreprise (référence 7.82). La section choi-
sie devait pouvoir se rattacher au noyau de la digue en enrochement de part et d'autre de la
centrale ou de l'évacuateur. Idéalement, les faces amont et aval de la section de raccordement
devaient avoir une pente semblable à celle du noyau soit 0,2H : 1V (ou 1H : 5V). Les principa-
les conclusions de cette étude sont résumées ci-dessous :

• pour les barrages de hauteur constante inférieure à 15m, la section (a) montrée à la
figure 7.55 avec une pente variable à l'aval est la plus économique ;

• pour des hauteurs constantes comprises entre 15 et 27 m, la section (b) classique


(figure 7.55) était le choix le plus économique ;

• pour des barrages de hauteur supérieure à 27 m, la section (a) était recommandée ;

• dans le cas où le barrage a une hauteur variable entre 0 et 22,5 m, la section (a) était re-
commandée.

Ouvrages de retenue en béton page 7.159


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Figure 7.55 : Optimisation de la section d'un barrage-poids selon les critères de concep-
tion du complexe NBR
1,5 m 8,0m
1,0m.
2.0 ,-T
rf '•'{ F H
£
- Niveau ^-Niveau normal -Niveau Niveau normal
maximal d'exploitation maximal d'exploitation
d'exploitation d'exploitation

(a) (b)

II est intéressant de noter que dès-sections symétriques (section trapézoïdale initialement rete-
nue pour LG-1 par exemple) ont également été examinées, mais que leur utilisation n'a pas été
recommandée dans une optique de minimisation du volume de matériaux à mettre en œuvre
en fonction des critères de conception utilisés.

7.29.2.7 Réduction des coûts de construction


Les barrages en maçonnerie et les barrages-poids en béton conventionnel ont souvent été
conçus en modifiant plusieurs fois le fruit global de l'ouvrage sur la hauteur de façon à satisfaire
les critères de résistance précités pour un volume minimal de béton. Pour les barrages-poids
de construction récente, la tendance est d'utiliser des sections relativement simples construites
en BCR afin de minimiser les coûts de construction, comme le montre la figure 7.56 qui com-
prend (a) Lac Robertson (adaptée de Dussault, référence 7.58), (b) barrage Ciné, premier bar-
rage en BCR construit en Turquie (adaptée de Ozdogan, référence 7.119) et (c) évacuateur de
crues du barrage Falls en Nouvelle-Ecosse (adaptée de Locke, référence 7.104).

page 7.160 Ouvrages de retenue en béton


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Figure 7.56 : Sections typiques de barrages-poids en BCR


. 162.40 (a)
' niveau extrême
- 166.OO

131.30
128.85

105.2O

r Élév. 264.8 (b) (C)


Élév. 260 T

face amont en pièces


v
Béton
préfabriquées conventionnel Elév. 335,2 pieds
galerie de drainage et
Instrumentations

Elév. 330 Élév. 329,33 pieds

terrain naturel
\. -^>
jiiév. ITJJ ~ly Béton de surface

drain collecteur Élév. 304,2 pieds : i==


(approi.) |j} Élév. 302 pieds
galerie de couchéNie béton con- fapprox.)
fondation ventlonnel pour couvrir drainage
la fondation

" pendule Inversé

, drainage
rideau d'injection

Ouvrages de retenue en béton page 7.161


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7.29.3 Utilisation de sections symétriques


Les barrages-poids de sections triangulaires classiques (fruit aval de l'ordre de 0.75H : 1V à
0,8H : 1V) présente trois inconvénients (référence 7.10) :

• ils demandent une fondation rocheuse de bonne qualité ;

• la stabilité est théoriquement compromise pour une surélévation du réservoir de l'ordre de


10 % de la charge normale (figure 7.57) ;
Une surcote du réservoir est toujours possible compte tenu des critères et incertitudes re-
liés à l'estimation de la cote maximale du plan d'eau correspondant à la crue de sûreté,

• ils sont sensibles aux fortes secousses sismiques qui peuvent induire des -contraintes ex-
cessives de traction près des parements.

Figure 7.57 : Comparaison de la réponse structurale d'un barrage-poids classique et


d'un barrage symétrique
y = 24 kN/m3

RESULTANTE CRITIQUE
RÉSULTANTE CRITIQUE POUR UN SEISME 0.2 g
lUR UN SEISME 0.2 g

PLEIN
1 *}9>^ ^

2
C
"m
(MPa) (MPa)

Adaptation de BaCaRa (référence 7.10)

CIGB (référence 7.41) mentionne qu'il est possible d'améliorer l'économie d'un projet de petits
barrages de moins de 30 m en modifiant le profil lorsque le barrage déverse ou que la fonda-
tion est médiocre. À cet égard, la figure 7.57 présente une comparaison de la réponse structu-
rale d'une section classique et d'une section symétrique d'un barrage-poids d'une hauteur no-
minale de 100 m. On constate que pour un profil symétrique :

• les contraintes normales exercées sur la fondation sont relativement uniformes d'amont en
aval et elles sont peu sensibles au remplissage du réservoir (la contrainte maximale de
compression est égale à 1,4 MPa en comparaison d'une valeur de 2,4 MPa pour le profil
traditionnel) ;

page 7.162 Ouvrages de retenue en béton


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• en condition de réservoir plein, le pied amont est en compression ;

• la contrainte moyenne de cisaillement T = 0,36 MPa est approximativement deux fois plus
faible que celle issue du profil traditionnel T = 0,63 MPa.

Par ailleurs, lors d'un séisme important le profil symétrique ne démontre aucune traction au
pied amont alors que le profil poids triangulaire démontre des contraintes importantes de trac-
tion de l'ordre de 1 à 4 MPa selon les caractéristiques de l'accélérogramme et de la déformabi-
lité du barrage et de la fondation. De façon générale un profil symétrique produit des contrain-
tes dynamiques de traction qui sont environ dix fois plus faibles que dans un barrage-poids
classique (référence 7.40).
L'étude de la CIGB (référence 7.41) sur l'utilisation de profils symétriques pour les petits ouvra-
ges déversants est résumée à la figure 7.58, au tableau 7.17 et au tableau 7.18. Cette étude
indique que l'utilisation de profils symétriques présente la même sécurité que des profils classi-
ques de 15 à 20 % plus épais ou permet à volume égal une hauteur d'eau amont supérieure de
près de 15 %.

Figure 7.58 : Sections de barrages-poids submergés

0,8

0,8 H 0,9 H

H H H
0,7

0,8 H 1,27 H

Adaptation de CIGB (référence 7.41)

Ouvrages de retenue en béton page 7.163


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Tableau 7.17 : Valeurs de tan<}>

, Total des ch arg es horizontales


ta
Total des ch arg es verticales
h = haute ur de la lame déversante au-dessus du barrage
H = hauteur du barrage
densité du béton = 2,3
sou«-pression aval = 0
sous-pression amon 2/3 de la charge totale considérant une variation linéaire le
long de la base

Volume de h/H
béton (H2) 0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5
2
la 0,40 H 0,70 0,90 1,10 1,30 1,55 1,75
2
Ha 0,40 H 0,58 0,70 0,81 0,90 1,02 1,14
Ib 0,50 H2 0,59 0,72 0,86 1,01 1,17 1,33
2
Mb 0,50 H 0,47 0,55 0,64 0,72 0,79 0,85
2
le 0,60 H 0,48 0,58 0,68 0,78 0,89 1,00
Ile 0,61 H2 0,38 0,45 0,52 0,58 0,64 0,70
CIGB (référence 7.41)

Tableau 7.18 : Efficacité des sections par rapport au total des efforts verticaux et au
poids du béton
h = hauteur de la lame déversante au-dessus du barrage
H = hauteur du barrage
densité du béton = 2,3
sous-pression aval = 0
sous-pression amont 2/3 de la charge totale considérant une variation linéaire le
long de la base

Volume de h/H
béton (H2) 0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5
2
la 0,40 H 0,70 0,67 0,64 0,61 0,58 0,56
lia 0,40 H2 0,86 0,86 0,87 0,87 0,88 0,88
Ib 0,50 H2 0,74 0,72 0,70 0,68 0,66 0,65
2
llb 0,50 H 0,93 0,95 0,97 0,98 1,00 1,01
le 0,60 H2 0,77 0,76 0,75 0,74 0,73 0,72

Ile 0,61 H2 0,93 0,94 0,96 0,97 0,98 1,00


CIGB (référence 7.41)

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