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CENTRE DE RECHERCHES ET DE DIFFUSION 25/11/2010

Accès des demandeurs d’asile à des conditions d’accueil décentes – Précisions récentes
apportées par le juge des référés du Conseil d'Etat

Réf. : JRCE, 13 août 2010, Min. c/ Nzuzi, n° 342330 (B) ;


JRCE, 27 octobre 2010, Min. c/ M. et Mme Veseli (B) ;
JRCE, 28 octobre 2010, Min. c/ M. et Mme Youssoupov, n° 343893 (B) ;
JRCE, 19 novembre 2010, Min. c/ Panokheel, n° 344286 (A) ;
JRCE, 22 novembre 2010, Min. c/ Sonko, n° 344373 (B).

Par plusieurs décisions récentes, le juge des référés du Conseil d'Etat a précisé les obligations
pesant sur l’administration en matière d’accueil des demandeurs d’asile1.

Aux termes du premier considérant de principe issu de la décision Salah (JRCE, Min. c/ Mlle
Salah, n° 331950, en A), « la privation du bénéfice des mesures prévues par la loi afin de
garantir aux demandeurs d’asile des conditions matérielles d’accueil décentes jusqu’à ce qu’il
ait été statué définitivement sur leur demande est susceptible de constituer une atteinte grave
et manifestement illégale [au droit d’asile] ». Ce considérant a été complété d’une phrase par
la décision Nzuzi, d’où il résulte que « le caractère grave et manifestement illégal d’une telle
atteinte s’apprécie en tenant compte des moyens dont dispose l’autorité
administrative compétente ».

Aux termes du second considérant de principe issu de la décision Salah, qui résume les
obligations pesant en la matière sur l’administration, compte tenu de la directive 2003/9/CE,
« une privation du bénéfice [des dispositions relatives aux conditions d’accueil des
demandeurs d’asile] peut conduire le juge des référés à faire usage des pouvoirs qu’il tient de
l’article L. 521-2 ( …) du code de justice administrative, lorsqu’elle est manifestement
illégale et qu’elle comporte en outre des conséquences graves pour le demandeur d’asile ». Ce
considérant a été complété d’une incise par la décision Nzuzi, d’où il résulte que ces
conséquences graves s’apprécient « compte tenu notamment de son âge, de son état de santé
ou de sa situation de famille ».

La décision Panokheel, qui sera publiée au Recueil, synthétise les conditions dans lesquelles
le juge des référés peut, sur le fondement de l’article L. 521-2 du CJA, adresser une injonction
à l’administration en vue d’assurer le droit des demandeurs d’asile à des conditions

1
La présente note est à lire en complément de celle, datée du 10 novembre 2009, diffusée via Juradinfo le 19 novembre 2009,
et déjà consacrée au même sujet.

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matérielles d’accueil décentes. Cette décision Panokheel constitue le cadre de principe dans
lequel doivent désormais être examinées les demandes de référés de ce type.

Plusieurs décisions récentes du juge des référés du Conseil d'Etat, statuant en appel sur les
requêtes des demandeurs d’asile introduites sur le fondement de l’article L. 521-2 du
CJA, permettent d’illustrer la mise en œuvre de ce cadre précisé.

1. Dans l’affaire Nzuzi, qui concernait un homme de trente ans sans charge de famille,
l’administration avait orienté l’intéressé vers le dispositif de veille sociale qui lui permettait
de disposer d’un hébergement d’urgence en fonction des disponibilités ; par ailleurs, des
droits à l’allocation temporaire d’attente avaient été ouverts. Compte tenu de ces diligences
faites par l’administration, de l’absence de place disponible en CADA, et eu égard à la
situation particulière du demandeur, le juge des référés n’a pas retenu d’atteinte grave et
manifestement illégale à son droit à des conditions matérielles d’accueil décentes.

2. Dans l’affaire Veseli les demandeurs étaient un couple accompagné de leur enfant de quatre
ans. Dans cette affaire, aucune proposition d’hébergement n’avait été faite par
l’administration, et ils se trouvaient réduits à dormir sous tente. Par ailleurs, leurs droits à
l’allocation temporaire d’attente n’avaient pas encore été ouverts. Dans ces conditions, le juge
des référés a retenu l’existence d’une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à des
conditions matérielles d’accueil décentes.

3. Dans l’affaire Youssoupov, le juge des référés du Conseil d'Etat – après avoir précisé que,
s’agissant de l’Etat, la notification des ordonnances rendues par le juge des référés statuant en
première instance sur le fondement de l’article L. 521-2 du CJA doit être faite au ministre – a
été amené à se prononcer sur le cas de demandeurs d’asile dont la demande a été une première
fois rejetée de manière définitive. Il a jugé à cette occasion que l’obligation pesant sur l’Etat
d’assurer des conditions matérielles d’accueil décentes aux demandeurs d’asile ne s’étend pas
au-delà du rejet définitif d’une première demande d’asile, et que la loi française, sur ce point,
ne méconnaît pas de façon manifeste les objectifs découlant de la directive 2003/9/CE 2. Il a
également écarté, comme pratiquement inopérant, un moyen tiré de la méconnaissance de
l’article 3, 1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant, qui pose le
principe de la prise en compte, dans toutes les décisions le concernant, de l’intérêt supérieur
de l’enfant.

4. Dans l’affaire Panokheel, le juge des référés a commencé par préciser que l’administration
doit, en cas de capacités d’hébergement localement insuffisantes, rechercher si des
possibilités d’hébergement sont disponibles dans d’autres régions et, le cas échéant, recourir à
des modalités d’accueil sous forme de tentes ou d’autres installations comparables. Pour le
reste, les circonstances étaient très proches de l’affaire Nzuzi : le demandeur était un homme
jeune et sans charges de famille, qui ne faisait pas état de problèmes particuliers de santé ;
l’administration, en l’absence de place disponible en CADA, l’avait orienté vers le dispositif
de veille sociale et ses droits à l’allocation temporaire d’attente avaient été ouverts. Dans ces
circonstances, le juge des référés n’a pas retenu d’illégalité grave et manifeste.

5. Dans l’affaire Sonko, le demandeur était également un homme jeune et sans charges de
famille, mais il souffrait de lésions neurologiques nécessitant un suivi médical, dans l’attente

2
Sur la possibilité pour le juge des référés d’écarter la loi nationale en cas d’incompatibilité manifeste avec les engagements
internationaux de la France, cf. juge des référés du Conseil d'Etat, 16 juin 2010, Mme Diakité, n° 340250, à publier au
Recueil.

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d’une intervention chirurgicale. Comme dans les affaires Panokheel et Nzuzi, en l’absence de
place disponible en CADA, l’administration l’avait orienté vers le dispositif de veille sociale
et il avait bénéficié de l’allocation temporaire d’attente. Toutefois, en dépit de son état de
santé fragile, il n’avait pu obtenir dans ce cadre, depuis sa demande d’asile en octobre 2008,
aucun hébergement d’urgence. Dans ces conditions, compte tenu en particulier de l’état de
santé du demandeur, le juge des référés a considéré qu’une atteinte grave et manifestement
illégale avait été portée par l’administration au droit d’asile.

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