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Je ne parlerais pas de Khalifa !

Par Kamel
DAOUD

Qu’est-ce qu’un peuple ? C’est ce qui reste quand on écarte la foule, les gens que l’on
déteste, les malfrat, les assis, les nus, les émeutiers, les colériques, les serviteurs du
régime. C’est-à-dire quand il ne reste rien que l’hymne et le poème.

Le peuple est un concept pour qui l’on meurt, pour qui l’on se sacrifie et avec qui on discute quand
on veut avoir de grandes idées et une fin honorable. C’est comme l’amour, mais avec des millions
d’enfants et la mort pour épouse. Un peuple se mange, se dégrade, se dissout ou se lève ou
s’assoie ou se chante et se disperse dans le rassasiement. La guerre de Libération ou un match de
foot contre l’Egypte peuvent en accoucher, le socialisme peut en corrompre le sens et la semoule
pour en tuer l’essence. Aujourd’hui ? L’Algérie a détruit son peuple pour ne garder que sa foule :
une hideuse multitude cupide, veule, mal éduquée, sournoise, colérique, violente et qui ne voit le
monde que comme un pain et l’art que comme une dépravation sexuelle ou presque. C’est ce que le
régime a fait du peuple algérien : un slogan et des semelles.

Difficile de le dire et de l’admettre et de l’avouer, mais le peuple algérien n’existe presque plus, ou si
rarement ou tellement peu qu’il devient un miracle. Deux décennies d’encanaillement on accouché
d’une nouvelle jeunesse façon Chourouk/Ansej qui ne croit en rien et qui arrache ses nourritures par
la force et pas par l’effort et qui coupe la route, pas la barbe. On a beau parler de régime, d’injustice
et de victime, mais chacun de nous croise ce peuple, chaque jour et évite d’en fixer trop longtemps
la face hideuse et la laideur alimentaire et l’obésité mentale et la maigreur su sens. Qui a fabriqué
l’autre ? Le régime ou le peuple ? On ne sait plus entre régime et foules. On ne sait plus si ce peuple
est le produit du régime ou si ce régime est le produit de ce peuple qui n’existe plus.

Du coup, lorsqu’on comprend que le peuplen’existe pas, qu’il y a seulement des classes sociales, de
la semoule et du pétrole, tout s’éclaire et on s’adosse au mur et on baisse les bras presque :
on nepeut plus alors parler de khalifa, de Saïdani, du DRS, du FLN, du RND et des enfants
de chouahada ou desenfants de criquets parce qu’on aura compris que cepeuple est gouverné
non pas par un régime, mais par ses propres impuissances, sa vilenie, ses lâchetésintimes,
ses cupidités, ses peurs surtout. Saidani n’est qu’un instrument de musique et la musique
est jouépar le ventre et le bas ventre.

Quand on n’a pas de peuple, on a le reste de ce qui se passe chez nous, qui scandalise mais
sans faire bouger le muscle, qui indigne mais sans réaction, qui offusque mais sans révolution. La fin
de l’année ?En quoi ? En rien : elle inaugure son propre retour : vous aurez à manger du Bouteflika,
de l’Ansej, de sa religion des gueux et des dévots, du Chourouk et de l’ANSEJ et des fatwa sur
l’obligation de manger trois dates à la rupture du jeûne.

Et cela blesse l’image que l’on a des siens, l’image idéalisée, mais cela est la réalité : celle du feu
rouge grillé et de la saleté ambiante. Cela indigne une telle indignation, mais cela est une erreur que
de la croire insultante alors qu’elle n’est que vérités blessantes. Le sentiment de fusion qu’ont
certaines élites avec le concept de « peuple » les rend myopes, susceptibles et les fourvoie dans de
fausses amours. Ce peuple n’existe plus, il faut en accoucher encore une fois. Cela explique tout ce
qui nous arrive. Rend logique notre écrasement et transforme en justice notre injustice subie. Un
peuple qui explique que la femme est une impureté, qui croit que les ablutions le lavent de ses
crimes et ses actes, qui défend Dieu en se prenant pour Dieu, qui parle de complot juif, de l’Islam
comme d’une excuse, qui déteste l’humanité, qui se prend pour un héros à cause d’une seule guerre
gagnée et qui refuse d’écouter, d’accepter et d’apprendre, n’est pas un peuple.

C’est juste une foule accrochée à un pays de carottes. Réveillez-vous ! Réveillez-les ! Khalifa ou
Saïdani ne sont rien à coté de ce naufrage. Quand un malade arrive à s’imposer à un peuple, c’est
que ce peuple est un mort. C’est simple et c’est tout.

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L’inévitable France algérienne par Kamel


Daoud

La France est-elle nécessaire à l’Algérie ? Vieille question. Ce pays d’en face est dans le dos, à côté,
sous le pied et sur le dos. Chaque an on l’accueille un peu et on le quitte chaque été et on y revient
pendant qu’il revient en nous, chez nous. Du sel à la bouche, du pain au sein.

Vu d’ailleurs, ce vieux ménage qui n’est pas une histoire d’amour, ni une histoire de célibataires,
lasse un peu. Voici ce vieux couple qui a deux religions, une histoire, une guerre et des milliers
d’enfants qui ne sont pas heureux et qui agace le monde par ses histoires de ménages et de divorce
perpétuel. En gros, et pour résumer, la France est encore nécessaire aux élections algériennes qui y
tournent autour comme une interrogation liée à un assentiment. De Gaulle est français mais
curieusement l’Algérie politique est très gaullienne. Pas Française mais elle aime trop la tradition de
l’homme qui sauve, du militaire messianique, du Général qui unit le pays.

Curieusement l’Algérie tient la France par la périphérie (Banlieue et mosquées), la France tient
l’Algérie par le centre (décisions et économie et contrats internationaux). On répète que cela
est vers sa fin, alors que cela recommence encore et encore. On dit que les décideurs algériens ont
des hôtels en France là où les décideurs français ont des locataires chez nous. Et à chaque élections
des nôtres, la France mêle les siens par le bout des doigt. Et à chaque élection chez eux, l’Algérie se
mêle au jeu par le jeu de la culpabilité ou de la mémoire. Il y a d’ailleurs trois votes pour chaque
élection dit la mauvaise langue nationale : la France vote pour un régime qui élit un président qui
accepte de gérer un peuple. Etroitement mêlé par la fascination et la décolonisation et
l’assimilation et l’intégration.

A la fin ? La France devient amusante quand elle cède au Salafisme du FN pour croire se
débarrasser de l’Algérie. « Salaf » c’est l’ancêtre, selon la traduction. Qu’il soit gaulois pur rêvé ou
Arabe noble fantasmé. Les salafistes de la France sont l’extrême-droite, ceux de l’Algérien
sont, eux, des islamistes. Les deux rêvent de revenir vers les temps purs où les sangs n’étaient mêlés
à la carte de séjour. Mais ? Mais cela n’est pas l’histoire et l’histoire coule vers le lendemain,
toujours. Il est amusant de voir comment chacun des deux pays joue à se débarrasser de l’autre puis,
lentement, à jouer le visiteur étranger, le vis-à-vis qui tient sa distance, le parfait poli neutre et sans
couleur. Il existe cependant, malgré ses détracteurs fiévreux, une « France-Algérienne » qui n’est
pas le vœu de la colonisation positif, ni l’oeuvre du pied noir, de la décolonisation ou de l’amour ou
de l’entente ou du partage.

C’est le pays violent, des millions de dos à dos, des enfants entre les deux adresses, migrants et
coopérants, argents et beaux-parents, échangeant le déni et les malades, premier ministre et dernier
migrant, se brasse et fait fondre la frontière par l’inévitable et la proximité. On aura beau à tirer
vers la Gaule antique et l’Arabie fantasmé, on ne pourra rien contre la proximité. La France est dans
les murs et la pierre et la bouche est au bout du regard. Et l’Algérie est là comme pays
d’adossement, marchés et contrats et dans l’assiette et le métro. La décolonisation est aussi
impossible que la colonisation, désormais et cela est une cruelle et lourde vérité que l’on assume
rarement. En langage de conte, cela vient à conclure par l’absurde : ils divorcèrent et
eurent beaucoup d’enfants. Le premier ministre vient de visiter l’Algérie. Il ne sera ni le premier, ni
le dernier. Et ce n’est pasun jeu de mot.

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Algérie-Maroc : et après les drapeaux ? Par


Kamel Daoud

Dangereuse escalade des populismes : le roi voisin s’attaque à l’emblème du pays, au pays on
mobilise des foules près du consulat marocain à Oran et dans les rues de la région. Ce samedi, aux
balcons de la ville, la fièvre du drapeau est encore visible : on l’accroche comme après un match
mais le match n’est pas encore fini. Et après cette histoire ? Car c’est la question. Car il y a
désormais dangereuses manipulations des populismes. Bouteflika, né à Oujda le fera oublier, et fera
oublier son état de santé, sa chaise roulante, son AVC, son frère, sa prétention au mandat à vie à
contre-courant de l’histoire, sa conception féodale de la liberté selon lui, ses hommes de mains, ses
ministres de services et sa manipulation de la constitution, son Chakib Khelil et ses dossiers et les
scandales de la corruption et son chantage à la stabilité et son Saadani. C’est l’usage que l’on fera
chez nous de cette histoire.

Chez le voisin, cela ne nous importe pas. Lui aussi fera oublier son marasme, ses grâces à un
pédophile, ses impasses, son manque de consistance et son échec à réduire en poussière et
baisemains l’opposition jeune et vivace du peuple marocain. Car nous, peuples du Maghreb on n’y
gagnera rien, on se fait manipuler et on construira de la colère au lieu de construire des pays. Dans
quelques mois, ils vont s’embrasser, l’un félicitera l’autre pour sa réélection et le second le fera au
premier pour son trône. Et on sera les chameliers de la farce. Ceci dans le meilleur des cas. Dans le
pire, cette haine qui monte sera le prétexte à de plus profondes divisions, l’amorce de lointaines
guerres à venir, le signe de l’impossibilité du vivre ensemble et de la solidarité après la
décolonisation. Le populisme est une matière dangereuse, inflammable, que l’on ne doit pas
manipuler, toucher ou provoquer ou approcher du feu ou laisser à des TV de sbires chez nous et
chez ce Roi Malade. Cela ne sert à rien qu’à plus de haine et de colère et de violence. Nous ne
gagnerons rien à cela. Rien de rien, même si aimer son pays est aussi défendre son drapeau et même
si répondre à l’insulte « refroidi » le cœur. Il faut se souvenir de l’essentiel : dans cette histoire, c’est
encore Oujda contre Rabat, pas l’Algérie contre le Maroc.

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La semaine politique… le reste, c’est du


Yasmina Khadra par Kamel Daoud

On s’habitue à presque tout : un pays qui va se choisir un président alors qu’aucune candidature
sérieuse et pas loufoque ne s’est profilée à cinq mois de l’échéance. On a beau essayer de tourner la
tête, de se désintéresser, de ricaner, cela vous rattrape. C’est la prouesse du régime que d’avoir
obtenu l’immobilité dans un monde qui bouge sous la révolte et les révolutions. Avoir fait s’asseoir
un peuple entier, sur une chaise roulante ou un trottoir en réfection, avoir vidé le 1er novembre, puis
le 05 octobre, puis le 05 juillet, puis le reste des dates, puis le temps entier et l’avoir empaillé et
nous avoir convaincu qu’il ne faut rien faire, manger, songer, danger. À cinq mois du choix, le choix
est fait de ne rien dire, rien demander, juste attendre. Du neuf en avril ? De l’inattendu ? Il ne faut
pas se leurrer : tous voteront Bouteflika et même ceux qui ne voteront et pas même ceux qui
voteront contre. Le candidat n’est pas Bouteflika, c’est un système entier, une façon de manger, un
équilibre alimentaire que personne n’osera remettre en cause et en jeu.

La question du « comment va-t-il faire campagne sur sa chaise roulante ? » est absurde ou très
secondaire. Le candidat n’est pas un homme, mais un ensemble qui va du ventre à la tête. Une
mécanique. Bouteflika est la tête de proue : il sera élu même s’il faut passer par le taxidermiste. Il
est juste l’effigie sur la grosse pièce de monnaie nationale que tout le monde a en poche. Par
intuition et par réflexion ses timides concurrents le savent et hésitent sur les rebords de la grande
assiette. Déchirés parfois entre l’ambition et l’évidence, la lucidité et la tentation de l’épopée.
L’exercice, pour le moment et pour certains, consiste à ne pas se prononcer mais à garder un
minimum de visibilité. Ceci pour les grosses pointures.

Les autres candidats, encore au premières marches, sont parfois admirables et inutiles, parfois
sourds mais pas muets, parfois calculateur mais avenir, parfois loufoque et avec un égo démesuré.
Présidents de partis, des dissidents qui provoquent la méfiance, des lutteurs pour la vérité qui
provoquent la compassion ou un écrivain qui fait sourire par ses arguments simplistes. Nous
vieillirons avant qu’ils n’aient leur chance. Lecture pessimiste ? Que non. Juste lucide.

Que pouvons nous contre ? L’Occident a déjà voté Bouteflika. Le pétrole aussi, le gaz schiste, les
puissances, les voisins, l’armée et les danseurs, le FLN et les voix dociles de la ruralité algérienne
très conservatrice et frileuse. Tout est contre nous, nous qui rêvons d’une réforme douce et d’une
transition sans violence. Ce régime semble increvable, riche et bien soutenu. Quand il meurt, il ne
fait que s’asseoir, se reposer un peu puis se relever.

La question n’est pas si Bouteflika est candidat ou pas. Le système alimentaire l’est déjà. Les gens
voteront pour le repas gratuit, l’argent facile, la fanfare patriotique orale, la paresse rémunérée, la
corruption facile et pour que rien ne bouge. C’est tout. Le reste, c’est du Yasmina Khadra.

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