Vous êtes sur la page 1sur 4

UNIVERSITE DE LOME

Faculté des Sciences de l’Homme et de la Société (FSHS)


Département de Géographie

Unité d’enseignement de géomorphologie (UE 202)


Niveau : semestres 3

DYNAMIQUE DES RELIEFS, FORMATION DES


MODELES
(Séance 3)

CHARGES DU COURS : Prof Tak Youssif GNONGBO,


M. Pessièzoum ADJOUSSI, (MC)
Mme HOUEDAKOR Koko Zébéto (MA)

1
e) - Les résultats de l’altération

L’altération qui se traduit par le départ des éléments en solution tels que le sodium, le potassium,
le calcium, le fer, la silice, les feldspaths, etc. modifie les caractéristiques physiques de la roche.
En d’autres termes, elle modifie la nature chimique et pétrographique des roches en produisant des
minéraux nouveaux, ce qui n’est pas le cas des phénomènes physiques de fragmentation. Sur 1 m3
de roche, il part en solution un volume correspondant à 0,6 ou 0,7 m3 du matériel initial et parfois
même plus. Cette perte de volume réduit quelque peu le relief qui acquiert ce qu’il convient
d’appeler une morphologie d’ablation chimique affectant un crypto-relief. Lorsque le volume des
produits évacué est proportionnellement faible, la roche semble garder son volume initial mais
devient « poreuse ». C’est une altération isovolumétrique qui se produit sans engendrer de
changements de relief. Il s’agit de la roche pourrie présentant les mêmes aspects que la roche saine
ayant perdu sa cohésion. Sous l’effet de l’altération, il se produit aussi des accroissements de
volume, un gonflement. Cela est particulièrement fréquent dans le cas de l’hydrolyse. Mais, très
souvent, c’est le résultat d’une combinaison de processus mécaniques et chimiques.

Les produits issus de cette altération chimique prennent le nom d’altérites (ou arène en cas
d’altération des roches cristallines) par opposition aux clastites qui représentent les matériaux
produits par la météorisation des roches. Les altérites ont des épaisseurs considérables qui peuvent
atteindre 30 à 50 m et parfois même plus dans les milieux tropicaux de forêts denses humides
développés sur les granites, les gneiss, les diorites et sur certains grès. En fait, l’altération retrouve
une double évolution qui se produit simultanément :
- une évolution chimique et minéralogique qui prépare le terrain à l’ameublissement en
affaiblissant les édifices cristallins de minéraux ;
- l’ameublissement responsable du faciès d’ensemble de l’altérité, c’est-à-dire le passage
de l’état de roche compacte à celui de roche meuble.

En zone tropicale humide, la puissance d’altération se traduit par la dispersion des minéraux dans
les altérites. Certains éléments de ces minéraux étant plus mobiles que d’autres seront lessivés, les
autres qui le sont moins restent dans l’arène. D’autres en transit vont se recombiner dans certains
silicates pour donner de nouveaux minéraux, qui ne se trouvaient pas dans la roche de départ.

2
f) - Le profil théorique de l’altération :

Le profil laisse décrire, au-dessus de la roche mère, quatre grandes zones.


- Zone I ou niveau I : c’est la zone la plus profonde, directement en contact avec le plancher
d’altération qui est le niveau le plus bas atteint par l’altération. Elle conserve la structure de la
roche mère mais les minéraux sont en déséquilibre ; la roche est altérée mais encore compacte.
- Zone II : c’est la zone de départ, pas très différente de la zone I. C’est un niveau limono-sableux
à altération un peu plus poussée. La structure de la roche initiale est de moins en moins
reconnaissable. Ici la circulation de l’eau est plus rapide et les hydrolyses s’intensifient. Cette zone
est appelée par G. Millot la lithomarge à structure conservée.
Les deux zones sont des zones d’altération isovolumique ou zones des boules, car le volume de
l’altérite (altérite isovolumique ou isaltérite) est égal à celui de la roche mère.
- Zone III (zone d’argilisation ou de pédogenèse): il s’agit d’un niveau minéral très altéré où la
roche de départ n’est plus reconnaissable. La dégradation des minéraux devient si importante
qu’on a une intense argilisation qui signifie formation d’argile dans le sens minéral (kaolinite,
gibbsite, smectite, montmorillonite, vermiculite…). Les éléments libérés par l’hydrolyse des
silicates ont un sort différent. Le calcium et le chlore sont vite éliminés du profil par les eaux de
drainage. Le fer et le magnésium mal évacués s’individualisent sous forme d’hydroxydes.
L’alumine le moins soluble est évacuée très lentement, demeure dans le profil et entre dans la
composition des minéraux de néoformation. La silice est partiellement évacuée, une partie se
maintient sur place et s’associe à l’alumine dans les néoformations. C’est le jeu de la silice qui est
le plus important, car, d’une part, c’est l’élément le plus abondant, et d’autre part sa mobilité par
rapport aux autres éléments se retrouve dans un état intermédiaire. Elle va donc participer à la
plupart des réactions tout en restant sensible aux conditions du milieu.
Zone IV : c’est un ensemble organo-minéral que va exploiter la vie végétale et animale pour
former le sol. L’altération des minéraux de roche fournit donc des matériaux à la pédogenèse.

3
0m
Zone pédologique organo-
ZONE minérale colonisée par la vie
IV
Zone d’argilisation: matériau
ZONE argileux piégeant de rares
III morceaux de blocs rocheux

Morceaux de roches encore


ZONE reconnaissables, début de
II dispersion des minéraux
Boule de roche saine
ZONE Roche déséquilibrée
I Plancher d’altération

+ 10m Roche mère

Figure 1 : Profil théorique d’altération