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MATHÉMATIQUES II Filière MP

MATHÉMATIQUES II

Notations : on désigne par K le corps des nombres réels IR ou des complexes


2
CI . Lorsque K = C I et z ∈ K , z est le module de z et i = – 1 . Pour les entiers n
et p ≥ 1 , on note :
n
• K le K – espace vectoriel des vecteurs ( z 1, z 2, …, z n ) avec z j ∈ K pour
j = 1, 2, …n .
• M n, p ( K ) les matrices à n lignes et p colonnes à coefficients dans K ; et
M n ( K ) = M n, n ( K ) .
n
On identifie K et M n, 1 ( K ) donc, en calcul matriciel un vecteur s’identifie avec
la matrice colonne ayant les mêmes éléments. Pour A ∈ M n, p ( K ) , on note
A = ( a ij ) 1 ≤ i ≤ n, 1 ≤ j ≤ p lorsqu’on veut préciser les éléments de A ; quand
n
le contexte est clair, on écrit simplement A = ( a ij ) ou A = ( A ij ) . Pour x ∈ K ,
D x est la matrice diagonale dont les éléments diagonaux sont ceux de x . Pour
A ∈ M n ( K ) , σ A désigne le spectre de A , c’est-à-dire l’ensemble des valeurs pro-
t
pres de A et ρ ( A ) = max { λ ; λ ∈ σ A } . Pour A ∈ M n ( K ) , A est la transposée de
t
A ; et pour A ∈ M n ( C I ) , A* = A ( c’est-à-dire A* ij = a ji ). S n ( K ) désigne le sous-
+ ++
ensemble des matrice symétriques de M n ( K ) . Pour K = IR , S n ( IR ) et S n ( IR )
sont respectivement les sous-ensembles des matrices symétriques positives et
définies positives de S n ( IR ) . On rappelle qu’une matrice symétrique A est posi-
tive (resp. définie positive) lorsque la forme quadratique qu’elle définit ne prend
n
que des valeurs positives (resp. strictement positives) sur IR \ { 0 } .

Partie I -
n
I.A - Dans cette partie, on munit C I de la norme ( ∞ ) soit
z ∞ = max j = 1, …n z j .
On définit l’application A ∈ M n ( CI ) → N ∞ ( A ) = max i = 1, … n ∑ j ∈ [ 1, 2, …n ] a ij .
I.A.1) Montrer que A → N ∞ ( A ) est une norme sur M n ( C I ).
I.A.2)
n
a) Montrer que ∀ A ∈ M n ( C
I ) , ∀z ∈ C
I : A( z) ∞ ≤ N ∞( A) z ∞.

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b) Montrer l’égalité
A( z) ∞
N ∞ ( A ) = max n --------------------- .
z ∈ (C
I \{0}) z ∞

c) Montrer que ρ ( A ) ≤ N ∞ ( A ) .
I.A.3) Montrer que N ∞ est une norme matricielle c’est-à-dire qu’elle vérifie :
∀ A et B ∈ M n ( C
I ) , N ∞ ( AB ) ≤ N ∞ ( A ) N ∞ ( B ) .

I.A.4) Soit Q ∈ M n ( C
I ) une matrice inversible. On définit
–1
A ∈ Mn( C
I ) → N Q ( A ) = N ∞ ( Q AQ ) .

a) Vérifier que N Q est une norme matricielle sur M n ( C


I ).
b) Montrer qu’il existe une constante C Q telle que
1
∀ A ∈ Mn( C
I) -------- N ( A ) ≤ N Q ( A ) ≤ C Q N ∞ ( A ) .
CQ ∞

I.B -
Soit T ∈ M n ( C I ) une matrice triangulaire supérieure et ε > 0 donné.
Montrer que l’on peut choisir une matrice diagonale D S ∈ M n ( C I ) avec
2 3 n n
S = ( s, s , s , ...s ) ∈ C
I où s est un réel strictement positif telle que :
N D (T ) < ρ(T ) + ε .
S

Étant donnés A ∈ M n ( C I ) et ε > 0 , montrer qu’il existe une norme matricielle N ε


telle que
N ε( A) < ρ( A) + ε .
k
I.C - En déduire l’équivalence lim A = 0 ⇔ ρ( A) < 1 .
k→∞

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Partie II -

Soit A ∈ M n ( C
I ) fixée ; pour i ∈ [ 1, 2, …n ] on pose : L i = ∑ j ∈ [ 1, 2, …n ] j ≠ i aij
C i = ∑ j ∈ [ 1, 2, …n ] j ≠ i a ji .

On définit les sous-ensembles du plan complexe :


GL( A) = ∪in= 1 Di ( A ) et Di ( A ) = { z ∈ CI , z – aii ≤ Li } .
GC ( A ) = ∪in= 1 D'i ( A ) et D'i ( A ) = { z ∈ CI , z – aii ≤ Ci } .
On désigne par C i ( A ) le cercle bordant le disque D i ( A ) .

II.A -
II.A.1) Soit
⎛ 4 + 3i i 2 –1 ⎞
⎜ i –1+i 0 0 ⎟
A = ⎜ ⎟.
⎜ 1+i –i 5 + 6i 2i ⎟
⎜ ⎟
⎝ 1 – 2i 2i – 5 – 5i ⎠

Représenter dans le plan complexe G L ( A ) et G C ( A ) .


II.A.2) On se propose de montrer l’inclusion σ A ⊂ G L ( A ) ∩ G C ( A ) .
a) Soit M = ( m ) ij ∈ M n ( C
I ) telle que le système linéaire MZ = 0 a une solution
non nulle.
Montrer que
∃ p ∈ [ 1, 2, …n ] m pp ≤ L p .

b) Soient A ∈ M n ( C
I ) et λ ∈ σ A . Utiliser II.A.2-a) et montrer que λ ∈ G L ( A ) .
c) Conclure en justifiant l’inclusion σ A ⊂ G C ( A ) .
II.A.3) On suppose que A ∈ M n ( C I ) a une valeur propre μ sur le bord de
G L ( A ) (1) et soit x un vecteur propre associé à μ .

a) Montrer que si pour k ∈ [ 1, 2, …n ] on a x k = x ∞, alors μ ∈ C k ( A ) .


b) On suppose de plus que a ij ≠ 0 ∀( i, j ) . Montrer que μ ∈ ∩nj = 1 C j ( A ) .

1. Un point z appartient au bord de G L ( A ) si et seulement si z ∈ G L ( A ) et


z – a ii ≥ L i i = 1, 2, …n .

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n
II.A.4) Soit p ∈ IR . On note p > 0 lorsque p = ( p 1, p 2, … p n ) et p j > 0 pour
j = 1, 2, …n . Soient A ∈ M n ( C
I ) et D p matrice diagonale avec p > 0 . Déterminer
–1
G L ( D AD ) .
II.A.5)
a) Déduire de II.A.2) et II.A.4) l’inégalité
n
⎛ 1 ⎞
ρ ( A ) ≤ in f p > 0 ⎜ max i = 1, 2, …n ----- ∑ p j a ij ⎟ .
⎝ p ij=1 ⎠

b) Soit la matrice
⎛7 – 16 8⎞
A = ⎜ – 16 7 – 8⎟⎟ .

⎝8 –8 –5 ⎠
i) Montrer que le majorant de ρ ( A ) donné par II.A.5)-a est supérieur ou égal
83
à ------ .
3
ii) Donner une valeur approchée de ρ ( A ) (on pourra utiliser la calculatrice).

II.B - Applications
II.B.1) Soit A ∈ M n ( C I ) telle que
∀i ∈ [ 1, 2, …n ] a ii > L i .
On dit que A est strictement diagonale dominante (SDD).
a) Montrer que si A est SDD alors A est inversible.
b) Si A est SDD et si de plus ∀i a ii est réel et strictement négatif, montrer que
pour tout λ ∈ σ A , Re ( λ ) < 0 .
c) Si A est une matrice réelle symétrique et SDD, énoncer une condition suffi-
sante pour qu’elle soit définie, positive.
II.B.2) Soit B diagonalisable. Montrer qu’il existe une constante κ ∞ ( B ) telle
que
∀E ∈ M n ( C
I ) , ∀λ̂ ∈ σ B + E, ∃λ i ∈ σ B λ̂ – λ i ≤ κ ∞ ( B ) N ∞ ( E ) .

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Partie III -

Cette partie est indépendante de la Partie II, à l’exception de III.B.3.


III.A - Préliminaire
CI n [ X ] est le C-
I espace vectoriel des polynômes de degré ≤ n à coefficients com-
plexes. Soit t → P t une application de [ 0, 1 ] dans C
I n[ X ] :
Pt ( X ) = X + ∑ j = 1 c j ( t ) X
n n n– j

où les n applications t → c j ( t ) sont des fonctions continues de [ 0, 1 ] dans CI .


On note Z t l’ensemble des racines de P t qui est un sous-ensemble de C I .
III.A.1) Montrer qu’il existe R > 0 tel que
∀t ∈ [ 0, 1 ] Z t ⊂ D (0, R) .

III.A.2) Soit t 0 fixé et X 0 ∈ Z t0 . Montrer que la proposition ( P ) suivante est


vraie
( P) ∀ε > 0, ∃η > 0, ∀t t – t 0 < η, ∃ X t ∈ Z t, X t – X 0 < ε .

On pourra raisonner par l’absurde et écrire la proposition (non ( P ) ).


III.B -
III.B.1) Exhiber une matrice A ∈ M 2 ( C I ) pour laquelle D 1 ( A ) (notation Partie
II) ne contient pas de valeurs propres de A .
III.B.2) Soit A ∈ M n ( C I ) et G L ( A ) défini dans II. On se propose de prouver la
propriété suivante :
si ∀ j = 2, 3, …n , D 1 ( A ) ∩ D j ( A ) = ∅ , le disque D 1 ( A ) contient au moins une
valeur propre de A .
On suppose donc que, ∀ j = 2, 3, …, n , D 1 ( A ) ∩ D j ( A ) = ∅ .
On écrit A = D + B où D est diagonale et B = ( b ij ) avec b ij = a ij pour i ≠ j et
b ii = 0 .
On définit l’application : t ∈ [0 ,1 ] → A ( t ) = D + tB ∈ M n ( C
I ).
a) Montrer que G L ( A ( t ) ) ⊂ G L ( A ) .
b) Soit E = { t ∈ [0 ,1 ] ∃λ t ∈ σ A ( t ) ∩ D 1 ( A ) } .
i) Montrer que E ≠ ∅ .
ii) Montrer la propriété ∀t ∈ E, ∃η > 0 , ]t – η, t + η [ ∩ [ 0, 1 ] ⊂ E .

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iii) Soit k → ( t k ) k = 1, 2, … une suite d’éléments de E qui converge vers
a ∈ [0 ,1 ] ; montrer que a ∈ E .
On admettra que les seules parties à la fois ouvertes et fermées dans [ 0, 1 ] sont
∅ et [ 0, 1 ] .
iv) En déduire que E = [0 ,1 ] . Conclure.
III.B.3) Déduire de la Partie II et de la Partie III des propriétés du spectre de
la matrice A définie dans la question II.A.1)

Partie IV - (indépendante de II et III)

Rappels : sur M n ( C
I ) on définit le produit hermitien et la norme associée ou
norme de Frobenius N 2 :
*
Pour A et B ∈ M n ( C
I ) , < A, B> = Tr ( AB ) et

∑i, j = 1, 2, …n aij
2
N 2( A) = < A, A> = .

IV.A -
IV.A.1) Vérifier que N 2 est bien une norme matricielle sur M n ( C
I ).

Étant donnés A et B ∈ M n, p ( C I ) , on définit leur H– produit noté


A × H B ∈ M n, p ( C
I ) par ( A × H B ) ij = a ij b ij ( i = 1, 2, …n j = 1, 2, …p ) .
IV.A.2)
a) Si A et B ∈ M n, p ( C I ) , et si D ∈ M n ( C
I ) et Δ ∈ M p ( C
I ) sont des matrices diago-
nales, établir les égalités :
D ( A × H B )Δ = ( DAΔ ) × H B = ( DA ) × H( BΔ ) .

Donner deux égalités semblables pour D ( A × H B )Δ .


p t
b) Soient A et B ∈ M n, p ( C
I ) , et x ∈ C
I , établir l’égalité : ( AD x B ) ii = [ ( A × H B )x ] i
n p
c) Si A et B ∈ M n, p ( C
I ), y∈ C
I , x∈C
I montrer que
* * t
y ( A × H B )x = Tr ( D y AD x B ) .
t
On pourra introduire la matrice colonne e = ( 1, 1, …1 ) , utiliser les questions a)
et b) en remarquant que D y e = y
* *
d) En déduire que x ( A × H B )x = <D x AD x, B> .

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IV.B - Dans la suite on suppose K = IR , toutes les matrices sont à coefficients
réels.
+ t
IV.B.1) Soit S ∈ S n ( IR ) , montrer qu’il existe T ∈ M n ( IR ) telle que S = TT .
++
Que peut-on dire de T si S ∈ S n ( IR ) ?
+ +
IV.B.2) Soient A et B ∈ S n ( IR ) , montrer que A × H B ∈ S n ( IR ) . Que peut-on dire
++
si A et B ∈ S n ( IR ) ?
IV.B.3) On se propose d’obtenir un encadrement des valeurs propres de A × H B
+
quand A et B ∈ S n ( IR ) .
a) On désigne par λ min ( A ) (resp. λ min ( B ) ) la plus petite valeur propre de A
(resp. B ) et par λ max ( A ) (resp. λ max ( B ) ) la plus grande.
+
Montrer que les matrices B – λ min ( B )I n et A × H( B – λ min ( B )I n ) ∈ S n ( IR ) .
b) Soit λ ( A × H B ) une valeur propre de ( A × H B ) et x un vecteur propre pour
t
cette valeur propre ( x 2 = 1 ) . Évaluer x ( A × H B – λ ( A × H B )I n )x et en déduire
λ ( A × H B ) ≥ λ min ( B ) . ( min a ii )
i

c) Montrer que a ii ≥ λ min ( A ) et en déduire la minoration


λ ( A × H B ) ≥ λ min ( A )λ min ( B ) .

d) Établir de même la majoration


λ ( A × H B ) ≤ λ max ( A )λ max ( B ) .

••• FIN •••

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