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Rousseau

Ces textes de Rousseau traitent des passions humaines et de la nécessité de les maîtriser pour atteindre le bonheur. Rousseau explique que les passions sont inévitables mais que la sagesse consiste à équilibrer nos désirs et nos facultés afin de ne pas se laisser dominer par les passions.

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Ces textes de Rousseau traitent des passions humaines et de la nécessité de les maîtriser pour atteindre le bonheur. Rousseau explique que les passions sont inévitables mais que la sagesse consiste à équilibrer nos désirs et nos facultés afin de ne pas se laisser dominer par les passions.

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ROUSSEAU

Dans le règne des passions, elles aident à supporter les tourments qu’elles donnent ; elles tiennent
l’espérance à côté du désir. Tant qu’on désire, on peut se passer d’être heureux ; on s’attend à le devenir ; si le
bonheur ne vient point, l’espoir se prolonge, et le charme de l’illusion dure autant que la passion qui le cause.
Ainsi cet état se suffit à lui-même, et l’inquiétude qu’il donne est une sorte de jouissance qui supplée à la réalité.
Qui vaut mieux, peut-être. Malheur à qui n’a plus rien à désirer ! il perd pour ainsi dire tout ce qu’il possède.
On jouit moins de ce qu’on obtient que de ce qu’on espère, et l’on n’est heureux qu’avant d’être heureux. En
effet, l’homme avide et borné, fait pour tout vouloir et peu obtenir, a reçu du ciel une force consolante qui
rapproche de lui tout ce qu’il désire, qui le soumet à son imagination, qui le lui rend présent et sensible, qui le lui
livre en quelque sorte, et pour lui rendre cette imaginaire propriété plus douce, le modifie au gré de sa passion.
Mais tout ce prestige disparaît devant l’objet même ; rien n’embellit plus cet objet aux yeux du possesseur ; on
ne se figure point ce qu’on voit ; l’imagination ne pare plus rien de ce qu’on possède, l’illusion cesse où
commence la jouissance. Le pays des chimères est en ce monde le seul digne d’être habité et tel est le néant des
choses humaines, qu’hors l’Être existant par lui-même, il n’y a rien de beau que ce qui n’est pas.
Si cet effet n’a pas toujours lieu sur les objets particuliers de nos passions, il est infaillible dans le sentiment
commun qui les comprend toutes. Vivre sans peine n’est pas un état d’homme ; vivre ainsi c’est être mort. Celui
qui pourrait tout sans être Dieu, serait une misérable créature ; il serait privé du plaisir de désirer ; toute autre
privation serait plus supportable.

Jean-Jacques ROUSSEAU, la Nouvelle Héloïse (1761), Bibliothèque de la Pléiade, Éd. Gallimard, 1964, p.
693-694.

L’impossibilité d’atteindre aux êtres réels me jeta dans le pays des chimères, et ne voyant rien d’existant qui
fut digne de mon délire, je le nourris dans un monde idéal que mon imagination créatrice eut bientôt peuplé
d’êtres selon mon cœur. Jamais cette ressource ne vint plus à propos et ne se trouva si féconde. Dans mes
continuelles extases, je m’enivrais à torrents des plus délicieux sentiments qui jamais soient entrés dans un cœur
d’homme. Oubliant tout à fait la race humaine, je me fis des sociétés de créatures parfaites, aussi célestes par
leur vertu que par leurs beautés, d’amis sûrs, tendres, fidèles, tels que je n’en trouvai jamais ici-bas. Je pris un tel
goût à planer ainsi dans l’empyrée au milieu des objets charmants dont je m’étais entouré que j’y passais les
heures, les jours sans compter, et, perdant le souvenir de tout autre chose, à peine avais-je mangé un morceau à la
hâte que je brûlais d’échapper pour courir retrouver mes bosquets. […]

Jean-Jacques ROUSSEAU, Les Confessions, livre IXe [Pléiade T. I, p. 427]

ROUSSEAU
Passion contre passion

Comment réprimer la passion même la plus faible, quand elle est sans contrepoids ? Voilà l’inconvénient des
caractères froids et tranquilles : tout va bien tant que leur froideur les garantit des tentations : mais s’il en
survient une qui les atteigne, ils sont aussitôt vaincus qu’attaqués ; et la raison, qui gouverne tandis qu’elle est
seule, n’a jamais de force pour résister au moindre effort. Je n’ai été tenté qu’une fois, et j’ai succombé. Si
l’ivresse de quelque autre passion m’eût fait vaciller encore, j’aurais fait autant de chutes que de faux pas.
Il n’a que des âmes de feu qui sachent combattre et vaincre ; tous les grands efforts, toutes les actions
sublimes sont leur ouvrage : la froide raison n’a jamais rien fait d’illustre, et l’on ne triomphe des passions qu’en
les opposant l’une à l’autre. Quand celle de la vertu vient à s’élever, elle domine seule et tient tout en équilibre.
Voilà comment se forme le vrai sage, qui n’est pas plus qu’un autre à l’abri des passions, mais qui seul sait les
vaincre par elles-mêmes, comme un pilote fait route par les mauvais vents.

Jean-Jacques ROUSSEAU, La Nouvelle Héloïse (1761).

C’est une erreur de distinguer les passions en permises et défendues, pour se livrer aux premières et se
refuser aux autres. Toutes sont bonnes quand on en reste le maître ; toutes sont mauvaises quand on s’y laisse
assujettir. Ce qui nous est défendu par la nature, c’est d’étendre nos attachements plus loin que nos forces ; ce
qui nous est défendu par la raison, c’est de vouloir ce que nous ne pouvons obtenir ; ce qui nous est défendu par
la conscience n’est pas d’être tentés, mais de nous laisser vaincre aux tentations. Il ne dépend pas de nous d’avoir
ou de n’avoir pas de passions, mais il dépend de nous de régner sur elles. Tous sentiments que nous dominons
sont légitimes ; tous ceux qui nous dominent sont criminels. Un homme n’est pas coupable d’aimer la femme
d’autrui, s’il tient cette passion malheureuse asservie à la loi du devoir ; il est coupable d’aimer sa propre femme
au point d’immoler tout à son amour.

Jean-Jacques ROUSSEAU, Émile, livre V [Pléiade T. IV, p. 819]

ROUSSEAU
La sagesse est dans la maîtrise des désirs

En quoi donc consiste la sagesse humaine ou la route du vrai bonheur ? Ce n’est pas précisément à diminuer
nos désirs ; car s’ils étaient au-dessous de notre puissance, une partie de nos facultés resterait oisive, et nous ne
jouirions pas de tout notre être. Ce n’est pas non plus à étendre nos facultés, car si nos désirs s’étendaient à la
fois en plus grand rapport, nous n’en deviendrions que plus misérables : mais c’est à diminuer l’excès des désirs
sur les facultés et à mettre en égalité parfaite la puissance et la volonté. C’est alors seulement que toutes les
forces étant en action l’âme cependant restera paisible, et que l’homme se trouvera bien ordonné.
C’est ainsi que la nature qui fait tout pour le mieux l’a d’abord institué. Elle ne lui donne immédiatement
que les désirs nécessaires à sa conservation, et les facultés suffisantes pour les satisfaire. Elle a mis toutes les
autres comme en réserve au fond de son âme pour s’y développer au besoin. Ce n’est que dans cet état primitif
que l’équilibre du pouvoir et du désir se rencontre et que l’homme n’est pas malheureux. Sitôt que ses facultés
virtuelles se mettent en action, l’imagination, la plus active de toutes, s’éveille et les devance. C’est
l’imagination qui étend pour nous la mesure des possibles soit en bien soit en mal, et qui par conséquent excite et
nourrit les désirs par l’espoir de les satisfaire. Mais l’objet qui paraissait d’abord sous la main fuit plus vite qu’on
ne peut le poursuivre ; quand on croit l’atteindre il se transforme et se montre au loin devant nous. Ne voyant
plus le pays déjà parcouru nous le comptons pour rien ; celui qui reste à parcourir s’agrandit, s’étend sans cesse ;
ainsi l’on s’épuise sans arriver au terme et plus nous gagnons sur la jouissance, plus le bonheur s’éloigne de
nous.
Au contraire, plus l’homme est resté près de sa condition naturelle, plus la différence de ses facultés à ses
désirs est petite, et moins par conséquent il est éloigné d’être heureux. Il n’est jamais moins misérable que quand
il paraît dépourvu de tout : car la misère ne consiste pas dans la privation des choses, mais dans le besoin qui
s’en fait sentir.

Jean-Jacques ROUSSEAU, Émile (1762), Livre II.

Quoi qu’en disent les moralistes, l’entendement doit beaucoup aux passions, qui, d’un commun aveu, lui
doivent beaucoup aussi. C’est par leur activité que notre raison se perfectionne ; nous ne cherchons à connaître
que parce que nous désirons de jouir, et il n’est pas possible de concevoir pourquoi celui qui n’aurait ni désirs ni
craintes se donnerait la peine de raisonner. Les passions, à leur tour, tirent leur origine de nos besoins, et leur
progrès de nos connaissances ; car on ne peut désirer ou craindre les choses que sur les idées qu’on en peut avoir,
ou par la simple impulsion de la nature ; et l’homme sauvage, privé de toute sorte de lumières, n’éprouve que les
passions de cette dernière espèce. Ses désirs ne passent pas ses besoins physiques ; les seuls biens qu’il connaisse
dans l’univers sont la nourriture, une femelle et le repos ; les seuls maux qu’il craigne sont la douleur et la faim.
Je dis la douleur et non la mort ; car jamais l’animal ne saura ce que c’est que mourir, et la connaissance de la
mort et de ses terreurs est une des premières acquisitions que l’homme ait faites en s’éloignant de la condition
animale.

Jean-Jacques ROUSSEAU, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes.

Le penchant de l’instinct est indéterminé. Un sexe est attiré vers l’autre, voilà le mouvement de la nature. Le
choix, les préférences, l’attachement personnel, sont l’ouvrage des lumières*, des préjugés, de l’habitude ; il faut
du temps et des connaissances pour nous rendre capables d’amour, on n’aime qu’après avoir jugé, on ne préfère
qu’après avoir comparé. Ces jugements se font sans qu’on s’en aperçoive, mais ils n’en sont pas moins réels. Le
véritable amour, quoi qu’on en dise, sera toujours honoré des hommes ; car, bien que ses emportements nous
égarent, bien qu’il n’exclue pas du cœur qui le sent des qualités odieuses et même qu’il en produise, il en
suppose pourtant toujours d’estimables sans lesquelles on serait hors d’état de le sentir. Ce choix qu’on met en
opposition avec la raison nous vient d’elle ; on a fait l’amour aveugle parce qu’il a de meilleurs yeux que nous,
et qu’il voit des rapports que nous ne pouvons apercevoir. Pour qui n’aurait nulle idée de mérite ni de beauté,
toute femme serait également bonne, et la première venue serait toujours la plus aimable. Loin que l’amour
vienne de la nature, il est la règle et le frein de ses penchants.
* l’ouvrage des lumières : l’ouvrage de la raison.

Jean-Jacques ROUSSEAU, Émile (vers le début du livre quatrième)

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