Vous êtes sur la page 1sur 22

VIDHI FILMS • UNLIMITED • FLYING MOON

en coproduction avec

ZDF/Das kleine Fernsehspiel et ARTE

Kirron Kher

présentent

Aamir Malik

avec ZDF/Das kleine Fernsehspiel et ARTE Kirron Kher présentent Aamir Malik Khamosh Pani un film de

Khamosh Pani

un film de

Sabiha Sumar

SOMMAIRE

Synopsis

p.3

L’histoire

p.4

Arrière-plan historique

p.6

Principaux acteurs

p.7

Équipe de production

p.8

Soutiens

p.9

Interview de la réalisatrice

p.10

Biographie de la réalisatrice

p.16

Interview de Kirron Kher

p.18

Les coproducteurs

p.19

Biographie de la réalisatrice p.16 Interview de Kirron Kher p.18 Les coproducteurs p.19 Khamosh Pani 1

Khamosh Pani

99 min. 35 mm Couleur, 2003 1:1,85 – Dolby Stereo SRD

99 min. 35 mm Couleur, 2003 1:1,85 – Dolby Stereo SRD Version originale : pendjabi Sous-titres

Version originale : pendjabi Sous-titres : anglais, français

Une coproduction franco-germano-pakistanaise tournée au Pakistan au printemps 2002

tournée au Pakistan au printemps 2002 Khamosh Pani 56 e Festival International du Film de

Khamosh Pani

56 e Festival International du Film de Locarno

(Suisse)

6-16 août 2003

Léopard d’or

Grand Prix de la Ville et de la Région de Locarno

Léopard de la Meilleure Interprétation Féminine

attribué à Kirron Kher

VENTES MONDIALES LES FILMS DU LOSANGE Daniela Elstner 22 avenue Pierre 1 er de Serbie F-75116 Paris Tel : +33 (0)1 44 43 87 24 Fax : +33 (0)1 49 52 06 40 Portable : +33 (0)6 75 13 05 75 Email : d.elstner@filmsdulosange.fr www.filmsdulosange.fr

Email : d.elstner@filmsdulosange.fr www.filmsdulosange.fr Grand Prix du Jury Œcuménique Mention Spéciale du Jury

Grand Prix du Jury Œcuménique Mention Spéciale du Jury des Jeunes Mention Spéciale du Jury FICC

(Fédération Internationale des Ciné-Clubs)

Photographies numériques disponibles sur les sites suivants :

www.pardo.ch

www.frenetic.ch/khamoshpani

www.filmsdulosange.fr

SYNOPSIS

SYNOPSIS Khamosh Pani Nous sommes en 1979 à Charkhi, un petit village du Pendjab pakistanais. Aïcha

Khamosh Pani

Nous sommes en 1979 à Charkhi, un petit village du Pendjab pakistanais.

Aïcha est une femme épanouie d’une quarantaine d’années, bien intégrée au village. Le centre de son existence, c’est son fils Salim, dix-huit ans, gentil, rêveur et amoureux de Zoubida. Le mari d’Aïcha est décédé. Elle reçoit une pension de veuvage et enseigne le Coran à des fillettes.

Au Pakistan, le Général Zia-ul-Haq vient de prendre le pouvoir et d’instaurer la loi martiale. Le pays s’engage sur la voie de l’islamisation. Salim se met à fréquenter un groupe de fondamentalistes musulmans et délaisse Zoubida. Aïcha s’inquiète de plus en plus de voir son fils radicalement changer.

Les événements se précipitent avec l’arrivée de Sikhs venus d’Inde pour leur pèlerinage. Peu après, l’un deux se met à rechercher sa sœur, Virou, qui aurait été capturée par les Musulmans en 1947. Des souvenirs déchirants remontent alors à la surface…

L’HISTOIRE

L’HISTOIRE Khamosh Pani Khamosh Pani raconte l'histoire d'Aïcha, une femme mûre, apparemment bien intégrée

Khamosh Pani

Khamosh Pani raconte l'histoire d'Aïcha, une femme mûre, apparemment bien intégrée au sein du village de Charkhi, dans le Pendjab pakistanais.

L’histoire débute en 1979, au Pakistan. Le Général Zia ul-Haq vient de prendre le pouvoir et d’instaurer la loi martiale. Dans quelques mois, le pays deviendra par décret un état islamique.

Le mari d'Aïcha, Afsan, est mort. Aïcha réussit à vivre grâce à la pension du défunt et en enseignant le Coran à des fillettes. Le centre de sa vie n’est autre que son fils Salim, un jeune homme de dix-huit ans doux et rêveur.

Salim est amoureux de Zoubida, une jolie jeune fille de seize ans, pleine de vie. Comme beaucoup de garçons de son âge, Salim attend de son village plus qu’il ne peut lui offrir, mais ses aspirations restent encore floues. Sa mère aimerait qu'il trouve un travail mais Salim ne sait pas ce qu'il veut faire. Ni comment faire part de ses doutes à Zoubida, elle qui semble si sûre de tout.

Salim rejoint alors avec ferveur un petit groupe de fondamentalistes qui s’est récemment installé à Charkhi avec la bénédiction du Choudhary, le propriétaire terrien du village. Peu à peu, Aïcha et Zoubida voient Salim changer. En silence, sans pouvoir s'exprimer, le cœur brisé.

Dans les environs de Charkhi se trouve un important lieu saint sikh, le Punjasahib. Le pèlerinage a été autorisé pour la première fois depuis des années. Des Sikhs arrivent en train d’Inde par centaines pour faire leurs dévotions. Leur arrivée massive crée un mélange de nostalgie et de suspicion. On se met à parler chez le coiffeur de gens qui auraient vécu dans le village avant la Partition de 1947, d’espions, de changements politiques.

C'est une période de grand bouleversement pour Amin et Chabnam, les voisins d'Aïcha. Leur fille, Mina, a été enlevée par des Sikhs au moment de la Partition. Cette tragédie a rendu Amin lunatique au plus haut point, imprévisible et protecteur plus que de raison de sa femme et de Hina, leur autre fille. Alors qu’il prend son thé près de l’échoppe du coiffeur, Amin rencontre Jaswant, un pèlerin venu à Charkhi avec un but précis : chercher sa sœur, Virou, enlevée par des Musulmans en 1947.

Jaswant enquête. Amin sait déjà qui est celle qu'il recherche. Tiraillé entre la peur et l'émotion, Amin finit par donner des indices sur l'identité de cette femme. Jaswant trouve sa sœur. C'est Aïcha.

Nous apprenons qu'Aïcha s’appelait Virou quand elle n’était encore qu’une jeune fille sikh. Dans la violence de la Partition, le viol et l'enlèvement étaient devenus monnaie courante. On contraignait les femmes à se jeter dans un puits, à se suicider plutôt que de mettre en péril l'honneur familial. Malgré l'ordre de son père, Virou ne put se résoudre au suicide en se jetant dans le puits du village comme sa sœur et sa mère. Elle tenta de s'échapper et fut attrapée par un groupe de Musulmans, enlevée sous les yeux impuissants de Jaswant, son frère qui essayait de la rattraper.

Comme ce fut le cas pour de nombreuses femmes capturées, de part et d’autre de la frontière, Virou épousa Afsan, l’un de ses ravisseurs. Elle se convertit à la religion musulmane et devint

Khamosh Pani Aïcha. Le couple vécut dans la maison d'enfance de Virou. Un enfant naquit

Khamosh Pani

Aïcha. Le couple vécut dans la maison d'enfance de Virou. Un enfant naquit de leur union, Salim.

Tout ce qu'Aïcha conserve de ce passé est désormais secrètement gardé dans un coffre, sous son lit. Amin, qui est un ami de son mari, est le seul à tout savoir.

Après tant d’années, Jaswant est donc venu chercher Aïcha pour l'emmener auprès de leur père mourant, à Amritsar. Aïcha s’y refuse.

La révélation de ce secret crée des remous dans le village. Salim est anéanti en apprenant le passé de sa mère. La voie politique qu'il a choisie lui intime le devoir d'éliminer tous les incroyants, et voilà que sa propre mère en fait partie !

Le groupe de fondamentalistes s'interroge quant à la loyauté de Salim envers leur cause religieuse : il doit prouver que lui et sa mère sont hors de tout soupçon. Poussé par la colère et la peur, et pour se protéger, lui-même comme sa mère, Salim mène une campagne contre les pèlerins sikhs, les menaçant jusqu'à ce qu'ils quittent le village.

Malgré tous ses efforts pour préserver l'apparence d'une vie normale, Aïcha se retrouve totalement isolée. Seule son amitié avec Chabnam perdure. Pour Aïcha, sentir la haine et l'hostilité du village, orchestrées par son fils, c'est vivre à nouveau l’époque de la Partition.

Une nuit, son amie Chabnam finit par lui demander de ne pas assister au mariage prochain de sa fille, Hina. Les gens parlent beaucoup et Chabnam craint que cela ne nuise à l'avenir de la jeune mariée. Aïcha comprend alors qu'elle ne peut plus vivre ainsi à Charkhi. Au lever du soleil, elle fait sa prière et se donne la mort en sautant dans le fameux puits du village qui avait scellé son destin de jeune fille sikh bien des années auparavant.

Salim rentre à la maison et ouvre le coffre d'Aïcha. Toute la vie de Virou est là. Calme et distant, il enterre sa mère. Il donne à Zoubida le médaillon d'Aïcha et part pour Lahore.

Bien des années plus tard à Rawalpindi. Salim est devenu Monsieur Salim Khan, secrétaire général d’une organisation islamiste. Zoubida, qui marche dans la rue le découvre par hasard, donnant une interview à la télévision. Autour du cou de Zoubida pend le médaillon d'Aïcha, gardien de sa mémoire et de son esprit.

ARRIÈRE-PLAN HISTORIQUE

ARRIÈRE-PLAN HISTORIQUE Khamosh Pani L’histoire du film repose sur des faits véridiques. En 1947, le sous-continent

Khamosh Pani

L’histoire du film repose sur des faits véridiques. En 1947, le sous-continent indien est scindé en deux nouveaux états : l’Inde et le Pakistan. La violence atteint alors son paroxysme. Avant la partition du Pendjab, Musulmans et Sikhs vivaient côte à côte en bonne entente. Pendant celle- ci, ils s’égorgent sans merci, convoitant leurs biens respectifs, et jusqu’à leurs femmes : voler du bétail et kidnapper des femmes, c’est du pareil au même. Les Musulmans enlèvent les femmes sikhs tandis que les Sikhs font de même avec les Musulmanes. Ces femmes sont violées, achetées, vendues quand elles ne sont pas exterminées. Quelques-unes finissent par épouser leurs ravisseurs.

De tous côtés, le danger assaille les femmes. La menace immédiate provient des hommes, au sein de leurs propres familles. Leurs pères, frères ou maris les contraignent au suicide afin de préserver leur chasteté et de sauvegarder ainsi l'honneur de la famille et de la communauté. Si elles échappent à la mort des mains des chefs de famille, elles deviennent alors la cible de l'autre camp car « rien n'est plus humiliant pour l'ennemi que de voir ses femmes déshonorées ». L'ironie veut que les femmes enlevées aient de meilleures chances de survie. Les ennemis ne sont pas tant intéressés à les exterminer qu’à souiller l'honneur de la communauté adverse.

Les statistiques officielles dénombrent 50.000 Musulmanes enlevées en Inde et 33.000 Hindoues et Sikhs au Pakistan. Mais il est à craindre que le chiffre exact soit beaucoup plus élevé.

Les deux nouveaux États, l'Inde et le Pakistan, concluent un accord en novembre 1947 stipulant qu'on doit procéder à l'échange des femmes enlevées des deux côtés de la frontière et les réintégrer au sein de leurs familles d'origine. Cette disposition prendra des années à devenir effective, et dans l’entremise, la plupart des femmes qui ont survécu ont fondé un foyer, eu des enfants et se sont apparemment adaptées à leur nouvelle existence. Du refus éventuel de ces femmes d'être rapatriées, il n’est fait nullement état. Pas question de se laisser fléchir par les circonstances qu'évoquent ces dernières. Pas question d'amender une loi décrétant que lorsqu'une femme est retrouvée, elle doit être rapatriée et ne bénéficier en rien du libre choix. En décembre 1949, le chiffre de femmes "recueillies" atteint 12.552 pour l'Inde et 6.272 pour le Pakistan. Selon les rapports, dans des centaines de cas dans les deux pays, ces femmes sont rejetées par leurs pères, maris et frères, considérées comme "impures et souillées". Aujourd'hui, deux mille femmes se morfondent dans les ashrams (centres d'accueil) en Inde, parce que leurs familles les ont rejetées ou bien parce qu'elles n'ont pas eu la chance de regagner leur foyer de l'autre côté de la frontière.

En 1979, le Pakistan connaît la poussée de fièvre du fondamentalisme islamique. Les femmes d'origine sikh, parfaitement intégrées pour la plupart d'entre elles, se trouvent à nouveau menacées en raison de leur passé non-musulman. C'est, pour elles, comme une seconde Partition – le sectarisme et l'obscurantisme religieux menaçant d'anéantir tout ce qu'elles ont construit depuis 1947.

PRINCIPAUX ACTEURS

Kirron Kher

Aïcha / Virou

Aamir Malik

Salim

Arshad Mahmud

Mehboub

Salman Shahid

Amin

Shilpa Shukla

Zoubida

Sarfaraz Ansari

Rachid

Shazim Ashraf

Zoubaïr

Navtej Johar

Jaswant

Fariha Jabeen

Chabnam-Chabbo

Adnan Shah

Mazhar

Avec la participation amicale de

Rehan Sheikh

Afsan

Chabnam-Chabbo Adnan Shah Mazhar Avec la participation amicale de Rehan Sheikh Afsan Khamosh Pani 7

Khamosh Pani

ÉQUIPE DE PRODUCTION

ÉQUIPE DE PRODUCTION Khamosh Pani Scénario Paromita Vohra Thème musical Arjun Sen Musique Madan Gopal

Khamosh Pani

Scénario

Paromita Vohra

Thème musical

Arjun Sen

Musique

Madan Gopal Singh Arshad Mahmud

Chef opérateur Montage Ingénieur du son Mixage Producteur exécutif

Ralph Netzer Bettina Böhler Uve Haußig Matthias Lempert Peter Hermann

Assistant

 

Mohammad Jamal

producteur exécutif Premiers assistants réalisateur

Casting Chef décorateur Décorateur Chef costumière Chef maquilleuse Maquilleuse Chef électricien

Julia Rose Iqbal Mobashir Kidwai Sabiha Sumar Olivier Meidinger Frank Herzog Heike Schultz-Fademrecht Lesley Lamont-Fisher Nadine Schränkler Axel Berger

Producteurs

Sachithanandam Sathananthan

Philippe Avril Helge Albers Claudia Tronnier Histoire et réalisation Sabiha Sumar

AVEC LE SOUTIEN DE

Eurimages (Conseil de l’Europe)

Filmboard Berlin-Brandebourg (Allemagne)

de l’Europe) Filmboard Berlin-Brandebourg (Allemagne) Khamosh Pani Medien- und Filmgesellschaft

Khamosh Pani

Medien- und Filmgesellschaft Baden-Württemberg [MFG] (Allemagne)

Fonds Sud Cinéma (Ministère de la Culture et de la Communication - CNC, Ministère des Affaires Étrangères – France)

Fondazione Montecinemaverità, Ascona (Suisse) – Direction de la Coopération du Département Fédéral des Affaires Étrangères (Bern - Suisse)

Göteborg Film Festival Film Fund (Suède)

Communauté urbaine de Strasbourg (France)

ABP / EZEF - Evangelischer Zentrum für entwicklungsbezogene Filmarbeit (Allemagne)

Hubert Bals Fund (Pays Bas)

The Royal Netherland Embassy, Islamabad

Région Alsace (France)

Centre for Social Science Research, Karachi (Pakistan)

AVEC LA PARTICIPATION DE :

YLE/TV1 Co-Productions (Finlande)

SBS Television (Australie)

Frenetic Films (Suisse)

Khamosh Pani ENTRETIEN AVEC SABIHA SUMAR – Comment l’idée de ce film est-elle née ?

Khamosh Pani

ENTRETIEN AVEC SABIHA SUMAR

– Comment l’idée de ce film est-elle née ?

Au départ, en 1996, je pensais développer un documentaire avec Satha (le coproducteur pakistanais du film). Nous nous sommes mis à la recherche de sujets pour le cinquantième anniversaire – en 1997 – de l’indépendance du Pakistan et du départ des Britanniques du sous- continent indien.

J’ai commencé à m’intéresser aux violences qu’avaient pu subir des femmes pendant la partition de l’Inde et du Pakistan en 1947. Satha, de son côté, s’est mis à éplucher les débats de l’Assemblée Constituante pour voir s’il en était fait mention quelque part. Il trouva des informations sur des enlèvements de femmes par la partie adverse près des frontières du Pendjab et du Bengale.

Les discussions portaient sur “la Loi sur la récupération”, signée par les deux gouvernements pour permettre aux femmes “perdues”, que ce soit d’un côté ou de l’autre de la frontière, d’être “récupérées”. En Inde, la “Commission pour la Récupération” était dirigée par Miridula Sarabhai. Au Pakistan, il n’y avait pas de personnalité équivalente. La commission indienne se rendit au Pakistan et, grâce à l’aide de la police locale et de travailleurs sociaux, put localiser de telles femmes et les ramener chez elles. La commission pakistanaise fit de même en Inde.

Cela dit, beaucoup de femmes, des deux côtés, ne furent pas “récupérées”.

– Avez-vous tenté de rencontrer certaines de ces femmes capturées ?

J’ai essayé de localiser dans la ville fortifiée de Lahore des femmes qui pouvaient avoir souffert de violences pendant la partition. Mais je me suis heurtée à un silence de plomb.

Comment une femme peut-elle se résigner à une vie qui n’est pas de son choix ni de son fait, à une vie qui a commencé dans la violence ? Une femme qui n’a pas eu un seul mot à dire au sujet de son avenir.

Nous n’avons pas toujours le choix, nous faisons parfois des compromis, les plans que nous échafaudons dans la vie ne se déroulent pas souvent comme prévu. Mais là, c’est autre chose, et dans mes entrailles, j’ai pu ressentir la violence qui est faite à une femme enlevée aux siens, qui doit vivre dans un pays qu’elle n’a pas choisi, contrainte de se convertir à la religion de son ravisseur et de mettre au monde ses enfants. Pourtant la vie doit continuer, imperturbable, en dépit des petits troubles d’une femme violée.

Je crois que ce qui m’a attirée dans ces histoires, c’est que j’ai pu véritablement saisir la grande vulnérabilité des femmes. Cela m’a rappelé le sort des femmes en Bosnie ou au Kosovo, enlevées ou prisonnières, et plus loin dans le temps, les tragédies vécues par les Juives dans une Europe déchirée par la guerre.

J’ai instinctivement ressenti leur peur. Je me suis aperçue que je ne pouvais pas filmer une femme qui s’était retrouvée dans une telle situation. Mon idée de documentaire ne pouvait plus se concrétiser. Mais l’histoire devait être racontée. Sous forme de fiction.

– Et vous avez continué vos recherches

– Et vous avez continué vos recherches Khamosh Pani Oui, pour construire une histoire à partir

Khamosh Pani

Oui, pour construire une histoire à partir de faits authentiques. Car le sujet me paraissait fort et universel. J’ai donc voyagé en Inde en 1997 et rencontré des féministes qui avaient ancré les expériences d’Indiennes et de Pakistanaises enlevées dans une perspective historique ; j’ai entendu leurs témoignages dans différents ashrams. Mais j’ai surtout parlé à des gens qui avaient été dans “la Commission de Récupération”. Ils m’ont raconté des récits atroces. La “Commission de Récupération”, dirigée par Miridula Sarabhai, croyait ardemment remédier aux erreurs historiques en ramenant les femmes kidnappées dans leurs foyers de l’autre côté de la frontière (comprendre : en les restituant à leurs propriétaires). Ce qui obligeait à les déplacer d’Inde au Pakistan et du Pakistan en Inde.

La “Commission de Récupération” ne fut opérationnelle que quelques années après la partition. Imaginez un membre de cette Commission qui frappe à votre porte alors que vous donnez à manger à votre nouveau-né et qui vous annonce que vous appartenez à l’autre bord et que la Commission va vous reconduire chez vos parents. Mais vous ne pouvez pas emmener

votre bébé avec vous car celui-ci doit rester dans le pays où il est né !!! Imaginez tout ce que cela bouleverse si vous dites : « Je suis désormais attachée à mon mari (qui fut hier le

ravisseur), ma maison est ici et je ne veux pas revoir mes parents

».

« Au bout de trois ans, j’étais au bord de la dépression nerveuse », m’a dit une femme de la “Commission de Récupération”. « Je cherchais à faire le bien, mais d’évidence, nous avions tort : il était trop tard pour réparer la cruauté de la Partition. La vie avait suivi son cours. Le temps n’attend personne. Nous avons alors commencé à nous battre pour modifier la loi que nous avions pourtant aidé à faire voter. Mais ce n’était pas possible. Les actions des gouvernements sont étranges. Et beaucoup comme Mindula Sarabhai croyaient encore aux vertus de la “Loi sur la récupération” ».

Les récits se sont ainsi succédés.

– Mais l’histoire du puits dans lequel les femmes se suicidaient, est-elle véridique ou inventée ?

Elle est tout à fait vraie. Je n’arrive pas à me rappeler dans quelles circonstances je me suis retrouvée là – peut-être est-ce dû au choc de la rencontre avec cette femme kidnappée, en tous cas les détails se sont effacés de ma mémoire. Un jour donc, j’étais à Bhogal, une zone résidentielle de Delhi, bien connue des immigrés pendjabis du Pakistan. J’avais rendez-vous avec le conseiller municipal. Il m’a parlé brièvement. Il n’en savait pas beaucoup sur 1947 et m’a suggéré de rencontrer sa sœur aînée qui avait 16 ans en 1947. « Bhainji pourra vous donner quelques précisions ». Et sur ces mots, il s’est brusquement retiré.

Quinze minutes plus tard, une femme trapue d’environ cinquante-cinq ans est entrée et s’est excusée de m’avoir fait attendre. Elle a commandé du thé et nous avons commencé à parler de choses et d’autres : d’où je venais et ce que je faisais, entre autres. Son comportement était calme, elle semblait très détendue.

Elle a commencé à parler de 1947 de façon factuelle. « Nous vivions à Dheri. De l’autre côté, c’était Chakri, où ma sœur s’était mariée. Dheri et Chakri étaient des villages jumeaux. Nous apprîmes que Chakri avait déjà été attaqué et que les Musulmans avançaient sur Dheri. À

Chakri, les femmes renonçaient à vivre en sautant dans le puits du village. Dans notre Gurdwara (lieu saint sikh), à Dheri, les femmes de chez nous faisaient le serment d’agir de

Khamosh Pani même. Nous avons attendu autour du puits des jours et des nuits. Mon

Khamosh Pani

même. Nous avons attendu autour du puits des jours et des nuits. Mon père était là. C’était l’homme le plus respecté de notre village. Tous les autres villageois gardaient l’entrée du village. S’ils étaient tués, nous savions que nous devrions alors sauter dans le puits. »

L’histoire se poursuivit à demi-mots et elle n’est peut-être qu’à moitié vraie. J’en déduisis que Dheri fut sauvé par les grâces d’un Saint Sufi dont le tombeau se situait à l’entrée du village. Les Musulmans, selon Bhainji, furent aveuglés par les pouvoirs du Saint et ne purent entrer dans le village. Au bout du compte, Dheri fut sauvé par l’Armée. Mais Bhainji ne put rejoindre

l’autre côté de la frontière avec sa famille. « Je me suis mariée

dans cette confusion. Mon

père et mes frères étaient partis

Je fus ramenée en Inde plus tard. »

Je n’ai pas osé demander comment ni pourquoi.

– C’est ainsi que vous avez trouvé votre personnage principal

Oui, et j’ai décidé de l’appeler Virou : la femme courageuse. (En pendjabi, Vir signifie “homme courageux”.) L’histoire de Virou est l’histoire d’une femme prise dans un conflit et, en tant que telle, la vie de Virou incarne une situation universelle. Celle de la femme en Bosnie, au Sri Lanka, en Afghanistan, en Irak

Quand j’ai écrit l’histoire, j’ai voulu mettre son passé en relation avec le présent. En dépit de tous ses efforts pour mener une vie qui lui soit propre, sa vulnérabilité ne s’est pas amoindrie. Son isolement se renforce et s’approfondit avec l’évolution politique du pays.

En sculptant le personnage de Virou, je l’ai regardé vivre au travers de son unique fils, Salim, son talon d’Achille puisqu’il est le seul lien avec le pays dans lequel elle vit.

– Comment le scénario a-t-il été écrit ?

Mes recherches avançaient. J’avais consulté les registres de police au Pakistan. J’étais retournée en Inde avec davantage de questions précises sur les Sikhs, leurs croyances, leur pélérinage, la politique inter-religieuse entre les Musulmans et les Sikhs et, en particulier, les relations des Sikhs avec le Pakistan après 1947.

J’avais en tête la trame de mon histoire, les caractéristiques des personnages, le pélérinage Sikh. Mais c’était notre premier projet de long-métrage de fiction, autant pour Satha que pour moi. Aussi, nous sommes nous adressés à deux amis qui avaient du métier dans le domaine de la fiction et en qui nous avions le plus confiance : Claudia Tronnier au département “Das kleine Fernsehspiel” de la ZDF à Mayence et Sally Hibin à Parallax Pictures à Londres. Elles ont aimé l’idée toutes les deux et nous ont fait part de leurs impressions.

En gros, nous devions faire le travail de notre propre chef. J’ai écrit une première version du scénario puis, avec Satha, nous avons étoffé les personnages principaux et mis au point les tournants essentiels du film. Ce dont nous avions besoin alors, c’était d’un “script doctor”. Mais trouver un tel conseiller en scénario à Karachi s’avèra impossible.

Ce n’est que plus tard que le scénario s’est développé et a pris sa forme finale sous la plume de Paromita Vohra, une écrivaine vivant à Mumbai. La famille de son père avait quitté Lahore pour Delhi à l’époque de la Partition. Paromita aussi avait grandi sur fond d’histoires de Partition, et

Khamosh Pani bien que la culture politique du Pakistan lui était inconnue, elle n’a pas

Khamosh Pani

bien que la culture politique du Pakistan lui était inconnue, elle n’a pas mis longtemps à comprendre le personnage de Virou / Aïcha.

Claudia Tronnier apprécia la version que nous lui avions envoyée et décida de soutenir officiellement le projet via son département et ARTE au printemps 2000. L’été de cette même année, elle vint à Karachi en voyage privé pour nous voir. Nous en avons profité pour travailler quelques jours ensemble sur le scénario avec Paromita. Claudia fit quelques suggestions précieuses que nous avons introduites par la suite.

Quand Philippe Avril (Unlimited) a accepté de coproduire le film en octobre 2000, ses commentaires et ceux de ses lecteurs furent également pris en compte, discutés et utilisés pour améliorer le scénario. Plus tard, avec Helge Albers (Flying Moon), nous avons continué à l’enrichir par nos échanges.

– Quel est votre sentiment sur l’environnement politique dans lequel l’histoire de votre film se déploie ?

J’ai toujours travaillé avec des femmes défavorisées – en prison, se battant pour la garde de leurs enfants ou luttant pour des droits élémentaires. Virou personnifie d’une manière extrême la vulnérabilité des femmes. Et c’est vraiment à travers elle que j’ai trouvé une façon d’exprimer mes peurs les plus profondes devant l’intolérance politico-religieuse, pas seulement au Pakistan mais aussi dans le monde entier. Pensez à « l’Empire du Mal » de Reagan ou au « choc des civilisations » de Bush. Au Pakistan, le soutien amoral apporté par les gouvernements soi-disant libres et démocratiques ne fait qu’envenimer infiniment les choses.

– Votre film trace un portrait peu reluisant du régime du Général Zia-ul-Haq qui a déclenché

l’islamisation de votre pays, un processus qu’illustre le personnage du fils, Salim. Quelle était

votre intention ?

Pour moi, la religion et la politique doivent être des domaines séparés si nous tenons à trouver la justice et l’égalité. Quand le Général Zia-ul-Haq a décidé d’utiliser les ressources de la Constitution pour rendre suprême la Volonté de Dieu, au-dessus de la volonté populaire, nous sommes entrés dans une période dangereuse pour le Pakistan.

Khamosh Pani (qui se traduit en français par « les eaux silencieuses » et en anglais par « silent waters ») n’est pas une critique du fondamentalisme religieux. Les fondamentalistes ont aussi le droit de parler librement et rien ne doit leur interdire d’occuper leur propre place dans la société. Une grande majorité de gens ainsi que leurs dirigeants politiques ont abdiqué tout pouvoir face aux forces religieuses minoritaires. Dans mon film, je veux plutôt insister sur les conséquences de ce phénomène.

Avec l’islamisation des années Zia qui s’est infiltrée comme de la fumée dans les lézardes de la société pakistanaise, au fil des années, nous avons vu celle-ci changer lentement, passant d’un modèle ouvert et plus libéral à un état plus conservateur et restrictif.

Dans Khamosh Pani, Salim incarne ce changement.

Khamosh Pani Nous voyons ce mélange de religion et de politique comme le pouvoir grandissant

Khamosh Pani

Nous voyons ce mélange de religion et de politique comme le pouvoir grandissant des forces religieuses dans quelques pays occidentaux autrefois laïques. Aux États-Unis, les néo- conservateurs et la droite chrétienne occupent le devant de la scène politique. Quand récemment Tony Blair a rendu visite à George W. Bush pour discuter sur l’Irak, il semble qu’ils aient prié ensemble dans la chapelle de la Maison Blanche. Au Royaume-Uni, Tony Blair a invité les organisations chrétiennes et les autres « groupes de foi » à jouer un rôle décisif dans l’action politique.

Il me plait donc de voir Khamosh Pani comme un appel de réveil à notre monde actuel. Le film nous alerte de ne pas chercher dans la religion des réponses à des questions sans réponse.

Khamosh Pani dépeint aussi la vie des villageois de Charkhi dans le détail. Pourquoi estimez- vous que cela était indispensable pour l’histoire ?

Les villageois de Khamosh Pani, tel un microscome, révèlent le climat politique du pays. Les conversations et les réparties à l’échoppe du coiffeur sont chargées d’insinuations politiques et nous aident à faire ressortir les différentes facettes de la société pakistanaise. Le coiffeur lui- même représente l’esprit le plus ouvert et libéral, tandis que Haji Mounnavar et Moubarak (ses deux amis) sont plus facilement maléables. Ils se sentent coincés et suivent les nouvelles règles établies par Rachid et Mazhar, les nouveaux venus au village. Le meilleur moyen de constater de l’effet que ces derniers ont sur les villageois, ce sont les séquences à la mosquée et au salon de thé.

Cette mise en place d’un salon de thé où les villageois se rencontrent régulièrement n’a rien de singulier. Il y a toujours des lieux où l’on discute politique, où les blagues politiques surgissent, qui vont des clubs masculins dans les villes européennes cosmopolites aux modestes salons de thé dans les villages asiatiques reculés.

– Comment avez-vous réussi à tourner votre film au Pakistan en 2002 ?

Le problème n’était pas tant de tourner ou de ne pas tourner au Pakistan. Bien sûr, cela était possible. Mais notre premier obstacle était le manque de professionnels et de soutiens techniques au Pakistan, nécessaires pour un tel film de fiction. Il y avait aussi la question du financement. Nous avons trouvé en grande partie des solutions à tout cela et à d’autres problèmes avec nos coproducteurs en France (Unlimited) et en Allemagne (Flying Moon). Il n’est pas exagéré de dire que le film n’aurait pas pu exister sans leur engagement indéfectible.

Pour le casting, je me suis efforcée de recourir au plus grand nombre possible de personnes proches de notre lieu de tournage. Pour les rôles principaux, j’ai fait un casting au Pakistan et en Inde. À l’exception de Kirron Kher, j’ai surtout travaillé avec des talents amateurs. J’ai organisé des ateliers de jeu d’acteurs pour les faire répéter intensément.

Le calendrier de production a été décidé à Locarno en juin 2001, lors d’une rencontre entre Satha (Vidhi Films), Philippe (Unlimited) et Helge (Flying Moon). Le premier jour de tournage devait être le 7 octobre 2001. Il va sans dire qu’après les événements du 11 septembre, nous avons dû arrêter la préparation et repousser le tournage. Nous avons réussi à surmonter les difficultés inattendues qui en ont résulté grâce au soutien infatigable et aux solutions créatives de Philippe et de Helge. Nous avons finalement redémarré la préparation le 1 er février 2002 et

Khamosh Pani bouclé le tournage dans les premiers jours de mai, sur les lieux que

Khamosh Pani

bouclé le tournage dans les premiers jours de mai, sur les lieux que nous avions choisis en 2001. Le phénomène Al-Qaeda a ajouté un degré d’authenticité au film, en soulignant la rapidité des changements politiques.

– Comment avez-vous choisi Kirron Kher pour le rôle principal ?

Le personnage de Virou/Aïcha a des caractéristiques soufies (une personnalité ouverte et généreuse) dont la philosophie de vie peut se résumer ainsi : « Il n’existe pas un Dieu mais la somme de tous les Dieux ». Ce point de vue vient peut-être de ma propre éducation soufie. En tout cas, je cherchais une actrice qui pourrait exprimer l’essence de la vision soufie du monde.

Ma mère était peut-être inconsciemment le modèle du personnage de Virou/Aïcha mais je n’en avais pas en effet conscience avant que je ne rencontre Kirron. Elle est venue me voir, nous avons parcouru le scénario et étudié en détail les nuances du rôle d’Aïcha. Sur le chemin de retour à l’aéroport, j’ai remarqué que Kirron lisait en silence une prière. Je fus stupéfaite parce que la seule autre femme que je connaissais qui faisait toujours cela avant de voyager était ma mère. J’ai su à ce moment précis que Kirron “était” Virou/Aïcha.

Mon choix en faveur de Kirron s’est fait vraiment à la dernière minute et une fois encore, j’ai eu le total soutien de mes trois coproducteurs.

– Vous nous racontez toute cette histoire en la filmant du point de vue d’Aïcha et Zoubida ?

Pour moi, il n’y a rien de plus naturel que de raconter une histoire de ce point de vue. Exactement comme les hommes racontent généralement des histoires d’un point de vue masculin et patriarcal.

Cela dit, je ne me pense pas comme une femme qui ferait des films mais plutôt comme quelqu’un qui raconterait des histoires pouvant enrichir notre compréhension du monde, de notre passé comme de notre présent, afin de mieux éclairer notre avenir. Je me place moi- même dans cette catégorie de cinéastes qui ne cèdent rien, ni à eux-mêmes ni à leur public, qui veulent plutôt raconter des histoires capables de faire bouger un peu le monde dans lequel nous vivons.

– Pour qui faites-vous des films ?

Chacun de mes films est d’abord destiné à mon propre peuple, aux Pakistanais. Parce qu’ils les concernent. Mes films ont à avoir avec ce que nous pouvons en penser au Pakistan, en termes de changements ou de répercussions. Si la culture cinématographique se développe dans mon pays, je suis sûre que mon travail sera vu par un public de plus en plus large.

Aujourd’hui malheureusement, cela se réduit à des séances privées et à des projections organisées par des organisations féminines ou des instituts culturels. Cela vient du fait que le régime de loi martiale du Général Zia a quasiment tué la culture du cinéma et que sa politique rigoureuse de censure a étouffé la petite industrie cinématographique commerciale.

Les choses semblent s’améliorer du côté du cinéma commercial mais il faudra encore attendre longtemps avant qu’un cinéma différent s’enracine dans le pays.

SABIHA SUMAR

SABIHA SUMAR Khamosh Pani Née en 1961 à Karachi (Pakistan), Sabiha Sumar a étudié le cinéma

Khamosh Pani

Née en 1961 à Karachi (Pakistan), Sabiha Sumar a étudié le cinéma et les sciences politiques à l’Université Sarah Lawrence de New York entre 1980 et 1983, puis les relations internationales à l’Université de Cambridge en 1984-85.

Sabiha Sumar a jusqu’à présent réalisé des documentaires de critique sociale pour sensibiliser les gens à la vie des femmes au Pakistan et dans les pays voisins.

Son premier film (pour Channel Four, GB), Qui jettera la première pierre (1988, Golden Gate Award au Festival du Film de San Francisco), traite du mouvement de protestation des Pakistanaises de classe ouvrière contre les lois islamistes – lesdites « Ordonnances Hudood » - introduites par le Général Zia-ul-Haq en 1979. Le film repose sur des conversations avec trois femmes emprisonnées pour opposition ou relations sexuelles hors mariage. Ce documentaire fut largement diffusé : sur Channel 4 (GB), PBS (USA), TV3 (Espagne), en Australie, Nouvelle Zélande, Finlande et Zimbabwe. Là où dansent les paons (1992), tourné pour Channel 4 Télévision, traite des racines culturelles du nationalisme dans la province de Sindh, au Pakistan. Ce film a été montré au Festival de Rotterdam en janvier 1993 et au Festival international du film de Dacca. En juin 1994, Sabiha réalise Des mères, des souris et des saintes pour la ZDF/Das kleine Fernsehspiel. Ce film traite de l’impact des superstitions et du patriarcat sur des femmes stériles, qui vont en pélerinage au temple de Shah Dauley Shah, à Gujrat, au Pakistan, devant un autel du 17 e siècle, pour devenir mères. En août 1996, Channel 4 diffuse Les guerrières-suicide, un film fait sur et avec les femmes de la guérilla de libération, des « tigres du Tamoul ». Ce film s’écarte des stéréotypes déshumanisés des femmes en guerre et montre l’humanité de ces combattantes qui luttent pour la reconnaissance d’une patrie pour le peuple tamoul. Il a été tourné avec leur entière participation, ce qui a permis de les filmer dans leur espace privé, pendant leurs moments de détente. En 1999, Sabiha Sumar réalise pour ZDF/3Sat Ne demande pas pourquoi, un documentaire qui a comme fil conducteur le journal intime d’une adolescente musulmane pakistanaise de dix-sept ans. Ce film – véritable plongée dans la culture et le milieu musulmans – observe les aspirations et les rêves de cette jeune fille, entravés par la religiosité croissante de la société dans laquelle elle vit. Pour une place dans ce monde (2003, diffusion le 26 août 2003 à 22h sur ARTE) développe l’interrogation personnelle de la réalisatrice sur le processus d’islamisation au Pakistan. Elle recourt à sa propre histoire pour comprendre l’évolution de la société pakistanaise qui, d’une forme dynamique et libérale, est passée à un état davantage conservateur et religieux. Elle discute avec cinq femmes – toutes de différents milieux – et cherche des réponses au problème de la religiosité croissante : pourquoi de plus en plus de femmes portent le hijab alors que rien ne les y oblige ? Quelle est la nature de cette islamisation insidieuse ? Comment réagissent les milieux libéraux ? Et où cela mènera-t-il ?

Khamosh Pani est son premier long-métrage.

FILMOGRAPHIE

FILMOGRAPHIE Khamosh Pani - Qui jettera la première pierre (1988) - Les protecteurs de la côte

Khamosh Pani

- Qui jettera la première pierre (1988)

- Les protecteurs de la côte (1989)

- Crise à Karachi (1990)

- Là où dansent les paons (1992)

- Des mères, des souris et des saintes (1994, ZDF/Das kleine Fernsehspiel)

- Les guerrières-suicide (1996, Channel Four Television)

- Ne demande pas pourquoi (1999, ZDF/3sat)

- Pour une place dans ce monde (2003, ZDF/ARTE, Radio Canada, YLE-TV1)

KIRRON KHER

(Aïcha / Virou)

KIRRON KHER (Aïcha / Virou) Khamosh Pani Kirron Kher a fait ses premiers pas de comédienne

Khamosh Pani

Kirron Kher a fait ses premiers pas de comédienne au théâtre (« mon premier amour », dit-elle), avant de découvrir le cinéma en jouant dans un film pendjabi intitulé Aasra Pyaar Ka de J.Om. Prakash. Elle est désormais comédienne pour le cinéma, le théâtre et la télévision.

En 1999, elle a reçu le Prix National de la meilleure actrice indienne de l’année pour son rôle dans Bariwali du réalisateur bengali Rituparno Ghosh. Sanjay Leela Bhansali a offert à Kirron Kher le rôle de Sumitra (la mère de Paro) dans Devdas (première à Cannes 2002, Un certain regard).

— Pourquoi êtes-vous si difficile dans le choix de vos films, alors que vous êtes sollicitée de

toutes parts ? Parce que les rôles intéressants pour une femme de mon âge sont relativement rares. S’il y avait davantage de rôles, je jouerais dans plus de films. Vous savez, on doit être vraiment enthousiaste à l’idée de jouer un rôle, on doit vraiment vouloir le faire. Sinon, jouer devient un métier ordinaire et cela ne m’excite pas vraiment. Les films dans lesquels j’ai joué font tous partie du cinéma dit commercial, comme Devdas par exemple. Mais les rôles que j’ai interprétés sont tous exceptionnels, et – ce qui très important – sous la direction de bons réalisateurs. J’accepte avant tout un rôle en fonction du réalisateur, puis de mon rôle dans le scénario proposé.

— Dans quelles circonstances avez-vous accepté le rôle principal de Khamosh Pani ? Qu’en est-

il de votre personnage ? Quand j’ai entendu parler du scénario de Khamosh Pani, j’ai su que je devais faire le film. Parce

que c’était une voix qui se levait contre le fondamentalisme du sous-continent asiatique. Je me suis fortement identifiée au personnage d’Aïcha / Virou en raison de sa croyance en un Dieu miséricordieux pour chacun, quel que soit sa religion.

— Comment s’est passée votre collaboration avec Sabiha Sumar ?

Ce fut magnifique. Et important parce que je crois que les artistes ne devraient pas avoir de frontières politiques. Le film de Sabiha m’a aussi donné la chance de travailler avec mes frères et sœurs du Pakistan perdus de vue depuis longtemps. En dernier lieu, je dirais que Khamosh Pani est le fruit d’un travail d’amour de tant de gens de pays si différents (Pakistan, Inde, Sri Lanka, Allemagne, France et Angleterre) qui se sont battus contre des forces supérieures incroyables pour que le film puisse aboutir. Le cinéma est un media puissant et j’espère que nous avons contribué, ne serait-ce qu’à une petite échelle, à mieux faire comprendre le monde et à le rendre plus pacifique.

FILMOGRAPHIE (SÉLECTIVE)

- Sardari Begum (1996) de Shyam Benegal

- Darmiyan (1997) de Kalpana Lazmi

- Bariwali (1999) de Rituparno Ghosh

- Devdas (2002) de Sanjay Leela Bhansali

- Khamosh Pani (2003) de Sabiha Sumar

LES COPRODUCTEURS

Sachithanandam Sathananthan

(VIDHI FILMS)

LES COPRODUCTEURS Sachithanandam Sathananthan (VIDHI FILMS) Khamosh Pani Sachithanandam Sathananthan est né à Jaffna

Khamosh Pani

Sachithanandam Sathananthan est né à Jaffna (Sri Lanka) en 1944. Il est titulaire d’un doctorat de l’Université de Cambridge. Il a été directeur de recherches sur la coopération régionale en Asie du Sud à l’Institut Marga de Colombo. Il préside le Mandru (Institut pour le développement alternatif et la coopération régionale), qu’il a co-fondé en 1989. Ses publications et ses recherches traitent de nombreux thèmes, tels les mouvements nationaux, la construction des nations et les gouvernements en Asie du Sud. Il a été professeur invité à l’Université d’études internationales Jawaharlal Nehru de New Delhi en 1999/2000. En 1990, S. Sathananthan a été consultant pour le film Crise à Karachi, un reportage de Sabiha Sumar. Depuis, il a produit la plupart de ses documentaires : Là où dansent les paons (1992) pour Channel Four Television, Des mères, des souris et des saintes (1994) diffusé par la ZDF/Das Kleine Fernsehspiel, Les guerrières-suicide (1996) pour Channel Four Television et Pour un place dans ce monde (2003) pour ZDF/ARTE. En 1995 il a produit deux reportages sur le conflit ethnique sri lankais diffusés par l’Independent Television News de Londres. Khamosh Pani est sa première production de long-métrage de fiction.

Philippe Avril

(UNLIMITED)

Né en 1954, Philippe Avril a choisi depuis 1992 de développer des coproductions internationales de documentaires et de films de fiction. Il a d’abord travaillé avec des pays d’Europe Centrale et Orientale : Paper Heads de Dusan Hanák (Slovaquie, 1994, Golden Spire Award, San Francisco), Marian de Petr Václav (République Tchèque, 1996, Leopard d’argent, Locarno), Kiemas de Valdas Navasaitis (Lituanie, 1999, Quinzaine des réalisateurs, Cannes), Luna Papa de Bakhtyiar Khudojnazarov (Tadjikistan, 1999, Montgolfière d’or et prix du jeune public, Festival des Trois Continents, Nantes), Derrière la forêt de Gulya Mirzoeva (tourné en Turquie, 1999, Prix du Public, Festival International du Documentaire de Marseille). Depuis 1997, il s’est aussi efforcé de mener à bien des projets en Asie : Les Insurgés de Park Kwang-su (Corée du Sud, 1999, Locarno, Prix du jury des jeunes ‘Jeune Cinéma’), Eureka de Aoyama Shinji (Japon, 2000, Cannes, compétition officielle, Prix Fipresci, Prix du jury œcuménique), Un poète de Garin Nugroho (Indonésie, 2000, Léopard d’or à Locarno, compétition vidéo), Khamosh Pani de Sabiha Sumar (Pakistan, 2003, Locarno, compétition internationale), Mise à nu de Jeon Soo-il (Corée du Sud, 2003). Avec Unlimited, qui regroupe depuis 2002 des producteurs et des sociétés de production indépendantes en Europe, il travaille sur plusieurs projets, parmi lesquels Teza de Haile Gerima (Éthiopie), Comme un nuage, 1 er long-métrage de Mikhaïl Kobakhidzé (Géorgie/France), Gaatha de Shaji N. Karun (Inde), La terre abandonnée, 1 er long-métrage de Vimukthi Jayasundera (Sri Lanka), Je regarde la mer sans toi, 1 er long-métrage de Frédéric Moriette (France), Gorgomeesh de Nora Hoppe (Allemagne), Offset de Didi Danquart (Allemagne), Terra Sonâmbula, 1 er long- métrage de Teresa Prata, adapté du roman de Mia Couto (tournage au Mozambique).

Helge Albers

(FLYING MOON)

Helge Albers (FLYING MOON) Khamosh Pani Né en 1973, Helge Albers a étudié la production cinématographique

Khamosh Pani

Né en 1973, Helge Albers a étudié la production cinématographique à l’école de cinéma et de télévision de Babelsberg (HFF). Il a fondé Flying Moon Filmproduktion avec Roshanak Behesht Nedjad et Konstantin Kröning en 1999. Helge Albers a produit Havanna, mi amor de Uli Gaulke (Allemagne, 2001, Forum de la Berlinale, Prix allemand du documentaire 2001, Prix du cinéma allemand 2001, Prix Joris Ivens Cinéma du réel), Weg ! de Michael Baumann (Allemagne, 2001, Prix SFK du Festival du Film International de Hof), Marry me de Uli Gaulke et Jeannette Eggert (Allemagne, 2003, Forum de la Berlinale, Festival International du Film Documentaire de Münich, Karlovy Vary – Forum), Khamosh Pani de Sabiha Sumar (Pakistan, 2003, compétition internationale Locarno). Actuellement, Helge Albers est en train de produire avec ses partenaires Gestrandet de Susanne Zacharias (Allemagne, 2003) et de coproduire Waiting for the Clouds de Yesim Ustaoglu (Turquie, 2003, Prix international du meilleur scénario européen, Sundance).

Avec Flying Moon comme actionnaire du groupe Unlimited, Helge Albers participera aux projets Je regarde la mer sans toi, première fiction de Frédéric Moriette (France) et Gorgomeesh, de Nora Hoppe (Allemagne). De plus, la société Flying Moon développe actuellement Pigor chante et Eichhorn doit l’accompagner de Ulrike Klein ainsi qu’un nouveau documentaire de Uli Gaulke et Jeannette Eggert.

Claudia Tronnier

(ZDF – Das kleine Fernsehspiel)

Claudia Tronnier est née et a grandi à Braunschweig en Allemagne. Elle a étudié la théologie, la littérature et la civilisation indiennes et la littérature allemande contemporaine. Elle a ensuite fait des études de communication. Elle a été critique de cinéma pour des magazines et des quotidiens et a débuté en 1990 à la ZDF en tant que rédactrice au kleines Fernsehspiel à Mayence. Depuis, elle a été chargée au sein de son département de la participation de la ZDF à plusieurs fictions, documentaires, essais et coproductions internationales. Au sein de Quantum, un laboratoire pour la télévision, elle participe également à la recherche de nouveaux formats télévisuels.

Parmi les films soutenus et accompagnés, citons :

- Lost in music, 18 épisodes, documentaire musical

- Dragonland ("Drachenland") de Florian Gärtner

- Gomez: Heads or Tails ("Gomez – Kopf oder Zahl") de Edward Berger

- Me Boss, You Sneakers! ("Ich Chef, Du Turnschuh") de Hussi Kutlucan

- Free Africa! ("Befreien Sie Afrika") de Martin Baer

- Asta e ("Europolis") de Thomas Ciulei

- Voyage au soleil ("Reise zur Sonne") de Yesim Ustaoglu

- Teknolust ("Teknolust") de Lynn Hershman

- A Little Bit of Freedom ("Kleine Freiheit“) de Yüksel Yavuz

- In between days ("In den Tag hinein“) de Maria Speth

- Khamosh Pani de Sabiha Sumar