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Thème n°3 : Classes,

stratification et mobilité sociales


Objectif de cette partie :
• Acquérir les concepts relatifs à l’analyse des
inégalités et de la structure sociale (Chapitre 4)
• Concepts qui seront ensuite à relier avec la
question de la mobilité (Chapitre 6) et celle des
inégalités et de la justice sociale (Chapitre 8).
Comment analyser la structure sociale ?
(Chapitre 4)

(Comment rendre compte de la mobilité sociale


? - Chapitre 6)
Chapitre 4 - Comment analyser la
structure sociale ?
• Acquis de première : salaire, revenu, profit,
revenus de transfert, groupe social

• NOTIONS : Inégalités économiques, inégalités


sociales, Classes sociales, groupes de statut,
catégories socioprofessionnelles (PCS)

• Notions complémentaires : structure sociale,


stratification sociale, critères de différenciation
sociale, origine sociale, appartenance sociale,
genre, patrimoine, moyennisation / polarisation,
capital culturel, capital social, domination
symbolique.
I – Comment analyser et expliquer les
inégalités ?
(Le retour des inégalités ?)
Indications complémentaires

• On mettra en évidence le caractère


multiforme des inégalités économiques et
sociales ainsi que leur aspect parfois
cumulatif.
• On procédera à des comparaisons aux niveaux
européen et international en utilisant les
principaux indicateurs et outils statistiques
appropriés.
Notions

• Inégalités économiques, inégalités sociales


• Acquis de première : salaire, revenu, profit,
revenus de transfert
• Ce thème : double regard de l’économiste et
du sociologue :

– l’approche économique conduit à s’interroger


prioritairement sur les conditions de répartition des
ressources monétaires

– l’approche sociologique permet d’élargir la réflexion


en envisageant les modalités de la construction
sociale des inégalités

• Plusieurs questions : Qu’est-ce qu’une inégalité ?


Comment mesurer les inégalités ?
A – Qu’est-ce qu’une inégalité ?
1 – Différence et inégalité

Toutes les différences sont-elles des inégalités ?

Il existe selon François Dubet « une sorte de loi


sociologique selon laquelle presque toutes les
différences deviennent des inégalités »
L’exemple des hommes et des femmes

• Un homme et une femme sont différents pourtant la


société démocratique les considère comme des
égaux.
• En réalité, il existe de nombreuses inégalités entres
les hommes et les femmes (emploi, revenus, partage
des tâches, accès aux postes politiques…)

Dans quelles conditions historiques et


sociales une simple différence sociale (ou
culturelle) peut devenir une inégalité sociale
(ou culturelle) ?
• La différence sociale suppose que les
individus ou les groupes aient des traits
distincts sans que cela implique une
hiérarchie et un sentiment d’injustice

Exemples : l’homme/la femme, le jeune/la personne


âgée, le noir/le blanc…

• En revanche, si la société accorde


collectivement une valeur plus grande aux
hommes qu’aux femmes, si elle hiérarchise,
elle transforme la différence en inégalité.
DÉFINITION

• Une inégalité est une différence qui se traduit


par un accès socialement différencié à
certains avantages ou désavantages sociaux

(un accès inégal entre ces individus différents,


en raison de leur différence, à certaines
ressources rares et valorisées)
L’exemple des hommes et des femmes
• Ainsi, à partir d'une différence biologique, les sociétés ont
construit une hiérarchie entre l’homme et la femme qui
s’est accompagnée d'une domination des hommes sur les
femmes, se traduisant notamment par un accès privilégié
des hommes aux ressources économiques, politiques ou
culturelles.

• Ces inégalités vont être considérées comme naturelles


alors qu’elles sont sociales et historiques :
– « l’homme est plus fort que la femme »
– « l’homme est un être doué de raison alors que la femme est
un être sensible »…
• Les inégalités reposent explicitement ou
implicitement sur des formes de hiérarchisations
sociales dont les normes et valeurs collectives sont
au fondement.

• Les inégalités sont donc historiquement et


socialement construites…
…et il existe une dynamique des inégalités : les
inégalités d’hier ne sont pas toujours celles
d’aujourd’hui qui ne seront pas nécessairement celles
de demain
• Lorsqu'on observe une société, on s'aperçoit
très rapidement des différences et des
inégalités qui placent les individus ou les
groupes sociaux aux différents niveaux de la
hiérarchie sociale.
• Différences de modes de vie, de rôles, de
statuts, de pouvoirs, de prestige, de culture,
inégalités des revenus...., autant de critères
qui permettent de cerner la stratification.
• Inégalités de revenus et de patrimoine
• Inégalités « démographiques » (sexe, âge,
génération, espérance de vie…)
• Inégalités de pouvoir (participation
politique…)
• Inégalités de prestige…
2 – L’espace des inégalités sociales est
multidimensionnel
• Les inégalités concernent tout à la fois l’accès
aux ressources :
– économiques (revenu, patrimoine…),

– sociales ou politiques (conditions d’existence,


éducation, santé, accès au pouvoir…),

– symboliques (titres scolaires, pratiques


langagières…)
• Elles prennent donc des formes multiples et
se renouvellent constamment selon les
mutations structurelles de la société (sociales,
économiques, technologiques,
idéologiques…).
• Les inégalités économiques (qui traduisent un
partage inégalitaire des richesses) ont, au sein
des économies marchandes, une place
particulière.
Elles constituent souvent une matrice –
sans être la seule – sur laquelle se
développe une multiplicité d’inégalités
sociales.

Par exemple, les inégalités de revenu et de patrimoine


donnent naissance à des inégalités d’accès au logement,
d’accès à la santé, etc.

Les inégalités sont donc interactives.


• Plus encore, elles sont liées entre elles par des
processus cumulatifs qui alimentent la
polarisation de la structure sociale :
– les avantages des uns s’additionnent
– les désavantages des autres se renforcent
mutuellement
Par exemple le lien entre inégalités de revenu et
inégalités de patrimoine

Taux Importance
Revenus
d’épargne des
élevés
élevé placements

Hausse des
revenus du
patrimoine
Les inégalités économiques et sociales se cumulent et
se renforcent

Investissement Niveau de
scolaire diplôme
Capital culturel
Pratiques
culturelles
Capital
économique
Obtention de
l’emploi
Capital social
Carnet
d’adresses
• Les inégalités économiques et sociales ont
également tendance, comme le démontrent
les études sur la mobilité sociale, à se
reproduire d’une génération à l’autre.
En bref :
• Les inégalités sont multiples, elles
interagissent, elles sont cumulatives et
héréditaires.
B – La mesure des inégalités
1 - Les difficultés de mesure
Comment mesurer les inégalités ?
Il s’agit ici de s’interroger sur les indicateurs retenus et
leurs limites.

Deux grandes méthodes

Raisonnement Étude de la
en termes de dispersion ou de
disparité la concentration

En partant de La façon dont les


moyennes relatives aux ressources étudiées
groupes considérés se répartissent
(1) La mesure de la disparité
On part de moyennes relatives aux groupes
considérés
Exemple : comparer les revenus entre la France et les EU,
analyser les disparités régionales, entre PCS, entre sexes,…
en termes de chômage, de revenus…)

• Une moyenne ne reflète pas l’hétérogénéité de la


catégorie à partir laquelle elle a été calculée.
• La comparaison d’indicateurs moyens peut être
également trompeuse
Par exemple, le rapport entre le salaire des cadres et celui
des ouvriers a diminué de 2001 à 2009, mais la différence
entre les deux salaires a augmenté entre 2001 à 2009 de
1200 euros.
(2) La mesure de la dispersion ou de la
concentration
L’étude de la façon dont les ressources étudiées sont
réparties au sein d’une population donnée.
• Le rapport interdécile est l’indicateur de dispersion le plus
fréquemment utilisé, il mesure le rapport entre le revenu
minimum des 10% de la population la plus riche et le
revenu maximum des 10% de la population la plus pauvre.

• L’intérêt de cet indicateur est de résumer en un chiffre la


distribution de la variable étudiée.

En revanche, il ne donne aucun renseignement sur la


distribution entre les deux extrémités retenues.
En outre, selon le quantile (ou fractile) choisi, la
représentation des inégalités varie sensiblement.
TD - La mesure des inégalités de revenus
et de patrimoine
• Les revenus sont mesurés en France sur la base
du concept de niveau de vie, qui se distingue des
notions de revenu et de pouvoir d’achat.
• Le niveau de vie d’un individu se calcule en
rapportant le revenu disponible du ménage
auquel il appartient au nombre d’unités de
consommation de ce ménage.
Revenu disponible =
Revenus primaires
– Prélèvements obligatoires
+ Revenus de transfert

Le revenu disponible est donc le revenu dont


dispose les ménages pour consommer et
épargner après redistribution.
Revenu du Prélèvements
Revenu
travail de l’Etat
d’assistance
(impôts)

Revenu Revenu Revenu


mixte primaire disponible

Cotisations
Revenu du Revenu
(Sécurité
patrimoine d’assurance
sociale)
• Pour mesurer les inégalités, on ne peut se contenter de
connaître le revenu disponible d’un ménage
– Avec un revenu identique, un ménage composé d’un couple
et de trois enfants n’aura pas le même niveau de vie qu’un
ménage sans enfants.
– C’est pourquoi il faut calculer le revenu par unité de
consommation. Cependant, dans un ménage, un certain
nombre de biens et services sont consommés collectivement
(automobile, logement…).
• C’est la raison pour laquelle, les économistes attribuent
des coefficients à chaque membre du ménage :
– Coefficient 1 pour le premier adulte ;
– Coefficient 0,5 pour les autres adultes et les enfants de 15
ans et plus ;
– Coefficient 0,3 pour les enfants de moins de 15 ans.
• Ainsi, avec un revenu annuel de 40 000 € :

– une famille composée d’un couple et d’un enfant


de 10 ans aura un niveau de vie par individu de
(40 000/1,8) 22 222 €

– alors qu’avec le même revenu une famille de deux


enfants de plus de 15 ans et d’un enfant de moins
de 15 ans disposera de (40 000/2,8) 14 285 € par
individu.
Pour calculer les inégalités, on dispose de
nombreux indicateurs :
• Les indicateurs de dispersion : La dispersion d’une série
statistique s’intéresse à l’étendue des écarts entre les
valeurs extrêmes de cette série ou entre une valeur et sa
valeur médiane.
– La dispersion permet d’étudier les différences de revenu à
l’intérieur d’une catégorie. La dispersion se mesure à l’aide des
déciles. La population est divisée en 10 parties égales. Le
premier décile (D1) en matière de niveau de vie comprend donc
les 10% des personnes les plus pauvres.
– On distingue deux types de décile :
• Le décile pointé correspond au revenu qui délimite les
tranches ;
• Le décile moyen correspond au revenu moyen de chaque
tranche de 10% de la population.
– On peut aussi diviser la population en tranche de 1% (les
centiles), de 20% (les quintiles) ou de 25% (les quartiles).
Revenu du Revenu
plus riche moyen des
des plus 10% les
pauvres plus riches

D1 D2 D3 D4 D5 D6 D7 D8 D9 D10

Revenu du
Revenu plus pauvre
médian des plus
riches
La dispersion des niveaux de vie mensuels des individus en
France métropolitaine en 2007 (En euros)

Limite supérieure % cumulé du Revenus moyens


Déciles % du revenu total
du décile revenu du décile
D1 834 3,7 3,7 641
D2 1 034 5,3 9 938
D3 1 197 6,3 15,3 1 116
D4 1 350 7,3 22,6 1 275
D5 1 514 8,1 30,7 1 428
D6 1 693 9,3 40 1 602
D7 1 914 10,3 50,3 1 797
D8 2 219 11,6 61,9 2 058
D9 2 825 14,1 76 2 481
D10 ~ 24,1 100 4232
Ensemble ~ ~ 100 1 756,80
• Le niveau de vie médian est le revenu qui partage
la population en deux parties égales. Il
correspond au niveau de vie du cinquième décile.
Le niveau de vie moyen est supérieur au niveau
de vie médian, ce qui dénote une concentration
des revenus vers le haut de l’échelle de
distribution, résultant du fait que les revenus.
(la moyenne mais pas la médiane !)
Lecture = En France, en 2007, le niveau de vie
médian est de 1 514 € par mois ce qui signifie que
la moitié de la population gagne moins et l’autre
moitié gagne plus. Le revenu moyen (du décile)
n’est lui que de 1 428 € par mois.
• Le rapport inter-décile est fréquemment utilisé comme indicateur
des inégalités. Il peut se calculer de deux façons :

D9/D1 = Revenu du plus pauvre des plus riches/Revenu du plus riche


des plus pauvres

Lecture = En France, en 2007, le plus pauvre des plus riches gagne


(2825/834) 3,39 fois plus que le plus riche des plus pauvres.

D10/D1 = Revenu moyen du décile le plus riche/Revenu moyen du


décile le plus pauvre

Lecture = En France, en 2007, les 10% les plus riches gagnent en


moyenne (4232/641) 6,6 fois plus que les 10% les plus pauvres.
• La courbe de Lorenz va mesurer le degré de concentration
des niveaux de vie ou du patrimoine (ensemble des avoirs et
des dettes).
• Le coefficient de Gini : Il s'agit d'un indicateur
qui vise à résumer la courbe de Lorenz
• Calcul :
G = A/(A+B)
Par construction, l'indice de Gini est compris
entre 0 et 1 :
(0 = distribution uniforme: tous les ménages
disposent du même revenu)
(1 = distribution où tous les ménages sauf un ont un
revenu nul)

Plus l'indice de Gini est proche de 1 (ou de 100


selon les sources), plus l’inégalité mesurée est
importante.
Les inégalités de revenus entre différents pays :
Pays Coefficient de Gini
Islande 25,8
Japon 24,9
France 32,7
Etats-Unis 40,8
Royaume-Uni 36
Colombie 58,6
Allemagne 28,3
Russie 39,9
Brésil 57
Chine 46,9
Inde 36,8

(Source : PNUD, Rapport sur le développement humain 2007-2008)

Lecture = l'inégalité est en moyenne 1,5 fois moins forte en Europe et


au Japon qu'aux Etats-Unis ou dans les pays émergents.
Niveau de vie médian selon la catégorie
socioprofessionnelle (en Euros 2007)

* : L'ERFS 2005 correspond au début d'une nouvelle série qui intègre les prestations sociales réelles (elles étaient
imputées auparavant) et prend en compte de manière plus complète les revenus des produits financiers.
Lecture : En 2007, la moitié des cadres disposent d'un niveau de vie supérieur à 30 171 euros.
Champ : France métropolitaine, individus dont le revenu déclaré au fisc est positif ou nul et dont la personne de
référence n'est pas étudiante.
Sources : Insee-DGI, enquêtes Revenus fiscaux 2002 à 2005, Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, enquêtes Revenus fiscaux et
sociaux 2005 à 2007.
II – Les analyses fondatrices de Karl
Marx et Max Weber
• La tradition sociologique de l’étude de la
structure sociale :
• Lorsqu'on observe une société, on aperçoit
des différences et des inégalités qui placent
les individus ou les groupes sociaux aux
différents niveaux de la hiérarchie sociale.

• Différences de modes de vie, de rôles, de


statuts, de pouvoirs, de prestige, de culture,
inégalités des revenus...., autant de critères
qui permettent de cerner la stratification.
La stratification sociale

• Chaque individu a toujours une place dans un


certain groupe social et ce groupe a lui-même
une place dans la société dans son ensemble.

• Un groupe social est une unité sociale qui :


– a une certaine homogénéité
– a une certaine durabilité
– a une « identité collective »
• La stratification sociale (ou structure
sociale)désigne ainsi le fait que la société est
divisée en groupes sociaux de grande taille
hiérarchisés selon le pouvoir qu'ils détiennent, la
richesse économique qu'ils concentrent et/ou le
prestige.

• Plusieurs types de stratification sociale peuvent


être repérés au cours de l’histoire des sociétés.
Ce sont des idéaux-types ( ≠ complexité des
situations concrètes) :
• Les castes sont des groupes sociaux fermés
fondés sur le degré de pureté défini par la
religion.

• Les ordres sont des groupes sociaux


hiérarchisés en fonction de la dignité, de
l'honneur, de l'estime accordés aux différentes
fonctions sociales.
• Les classes sont des groupes sociaux de grande taille
relativement homogènes dont les individus qui la
composent ont en commun :
– Une unité de situation définie par la position sociale et
professionnelle de l'individu, son mode de vie, sa place dans la
hiérarchie des prestiges.

– Une unité de réaction c'est à dire une « conscience de


classe ».(culture commune, sentiment d'appartenance à la
classe, même mode de pensée, intérêts communs à défendre)

– L'hérédité des positions assure la permanence de la classe dans


le temps. (une histoire, une mémoire, perpétuation à travers
plusieurs générations)

Cependant, la mobilité sociale est plus grande dans les


sociétés démocratiques.
• Les sociétés démocratiques sont des sociétés
de classes. Cependant, l’analyse sociologique
s’oppose sur les rapports qu’entretiennent les
différentes classes entre elles.
A – L’analyse de Marx (1818-1883)
• La notion de classe chez Marx s’inscrit dans une
vision de la division de la société fondée sur les
rapports de production, c'est-à-dire les modalités
selon lesquelles les hommes entrent en relation
pour produire, échanger et répartir les richesses.
• Ces modes de production changent de forme au
cours de l’histoire et constituent le « fondement
caché de toute structure sociale ». Celle-ci est
donc d’abord héritée de l’évolution économique
de la société.
• C’est d’ailleurs la position dans le processus
de production qui définit l’appartenance à la
classe sociale
Dans le cadre du mode de production capitaliste, il
existe une séparation radicale entre :
– La bourgeoisie : les possesseurs des moyens de
production
– Le prolétariat, qui ne dispose que de sa « force de
travail »

=> La dimension économique des classes


• On trouve dans l’œuvre de Marx plusieurs présentations de la
structure sociale qui intègrent un nombre variable de
catégories.

• Toutefois, le mode de production capitaliste amènerait selon


lui une évolution historique vers une polarisation de la
société en deux grandes classes sociales par :

• la concentration des entreprises capitalistes

• la prolétarisation des catégories inférieures comme les


petits artisans.

=> Le capitalisme aboutit donc à une structure sociale


simplifiée, articulée autour de ces deux groupes opposés et
inégaux.
• Toutefois, si la dimension économique est centrale,
Marx convoque des éléments extra-économiques
pour définir la classe.
• Le glissement de la classe en soi, constituée par un
rapprochement objectif des positions économiques,
à la classe pour soi, nécessite en effet le
développement de liens sociaux et d’une capacité de
mobilisation.
Le salariat produit à la fois une concurrence entre travailleurs et
une coopération, une proximité, favorable au développement de
liens sociaux (à la différence des paysans parcellaires). Ces liens
se prolongent dans la lutte pour la défense des intérêts
communs à la classe.
Le conflit est central dans la vision marxienne
• Il a une origine économique : l’inégalité permise par
l’existence de la plus-value, mais il est aussi la matrice des
classes.
• Il les sépare de façon irréductible, favorise leur fermeture et
les confronte pour créer la dynamique de la société. C’est
l’affirmation de la bourgeoisie comme classe dominante qui
conditionne l’émergence du prolétariat.
• Cette domination de la bourgeoisie dépasse le cadre
économique par une instrumentalisation des institutions et
des idéologies dominantes (religion, morale, doctrines
économiques), qui justifient la soumission du prolétariat à
l’ordre social.
=> Chez Marx, la classe (tributaire de l’ordre économique)
s’inscrit dans une dynamique sociale globale marquée par le
conflit et la séparation nette des groupes sociaux.
Conscience de
classe et Lutte des
Classe en soi Classe pour soi
identité classes
collective

Place dans les


rapports de
production
Conclusion
• La théorie marxiste des classes reste fondatrice dans la
mesure où la plupart des analyses postérieures se
positionnent par rapport à cet héritage.
• Toutefois, elle semble aujourd’hui en partie dépassée
car elle demeure très ancrée dans la réalité historique
du XIXème siècle, qui n’est plus celle d’aujourd’hui.

Ainsi la polarisation autour de deux classes ne permet


pas de penser la question des classes moyennes, qui
est devenue centrale dans les débats contemporains.

De même, l’effritement de la classe ouvrière, depuis


la fin des Trente Glorieuses, fragilise l’analyse de Marx,
dont elle constituait l’un des piliers.
B – L’analyse de Weber (1864-1920)
• Une approche nominaliste :
La classe résulte d'une construction intellectuelle du
sociologue qui cherche à comprendre la réalité en
regroupant de façon logique des individus ayant un
certain nombre de traits communs.

La classe n'existe pas en soi. On la nomme.

Mais, elle a une certaine existence puisque, pour


analyser une action individuelle, il faut pouvoir la
resituer dans une perspective d'appartenance de
classe. La classe est un élément de la hiérarchie
sociale, mais il n'est pas le seul.
• En effet, pour Max Weber, la stratification sociale dans une
société se fait à trois niveaux :
Mode selon lequel les biens et les services sont
distribués (Le marché). Il est à l'origine des classes
sociales. Cette situation de classe dépend du degré
– L'ordre économique de chances (de probabilité) qu'a une personne
d'accéder aux biens et à un certain type de services
qui dépend des différents capitaux dont il dispose.

Mode selon lequel le prestige (ou honneur social) se


– L'ordre social ou distribue au sein d'une société. Un groupe de statut
rassemble tous les individus qui ont le même degré
statutaire de prestige, qui ont la même probabilité d'accéder
aux honneurs (différence de style de vie, des
pratiques culturelles, d’instruction, donc une
distinction symbolique).

Celui de la compétition pour le contrôle de l'Etat.


– L'ordre politique Elle est opérée par des partis, associations qui ont
pour but d'assurer le pouvoir à un groupe afin
d'obtenir des avantages matériels et de prestige
pour ses membres (action collective).

(Ces trois ordres ne se recouvrent pas nécessairement mais ils


sont liés)
Ordre
Ordre social Ordre politique
économique
Groupes de Partis
Classes
statut politiques

+ + +
Hiérarchie Hiérarchie Hiérarchie
selon la selon le selon le
richesse prestige pouvoir

- - -
Ces trois ordres sont donc profondément liés,
bien que distincts
• La position dans un ordre ne détermine pas celle
dans un autre
Exemple : la noblesse désargentée peut
compenser son déclassement dans l’ordre
économique par une affirmation statutaire.

• De plus, si les groupes statutaires forment des


communautés, conscientes de leurs intérêts,
marquées par des liens sociaux forts et largement
endogames, les classes ne partagent pas
nécessairement ces caractéristiques (A l’inverse de
l’analyse marxiste)
Les trois dimensions demeurent néanmoins
connectées

• L’ordre politique est ainsi fréquemment lié aux


deux autres ordres :
– les membres de l’élite économique sont souvent
au sommet de l’échelle politique et statutaire

– les groupes statutaires mettent en œuvre une


distinction qui participe à un processus global de
domination, y compris économique.
Conclusion
• La structure sociale développée par Weber est donc, à la
différence de celle de Marx, multidimensionnelle et moins
centrée sur l’ordre économique.
• Cette analyse ne débouche pas non plus sur une polarisation,
en ce sens, elle est plus proche de la réalité de la société
contemporaine (qui est cependant plus complexe)

• Néanmoins, M. Weber évoque la question des classes


moyennes échappant ainsi au modèle binaire développé par
Marx dans certains de ses textes.

• Ces deux analyses demeurent fondatrices en ce qu’elles


posent les termes des débats contemporains autour de la
structure sociale à travers l’opposition entre nominalisme et
réalisme, la question de la place des conflits ou celle de la
porosité des frontières de classes.
C – L’analyse de Bourdieu (1930-2002)
• En puisant à ces deux sources (Marx et
Weber), Pierre Bourdieu développe un
espace social traversé par des
rapports de domination, dans lequel
les classes sont inégalement dotées et
relativement fermées, mais où l’action
collective n’est qu’une virtualité.
Les différents types de capitaux
La position sociale est définie par le volume et la
structure du capital global dont disposent les individus :
• Le capital économique (patrimoine et revenus)
(certifié notamment par les titres
• Le capital culturel scolaires, mais également lié aux
dispositions corporelles et à la
familiarité vis-à-vis des biens culturels)
• Le capital social (réseau de relations)

• Le capital symbolique (considération que confère la


possession des trois autres formes
de capital)
La hiérarchie sociale découle de la distribution
inégale de ces différents capitaux
La hiérarchie sociale découle de la distribution
inégale de ces différents capitaux
• une dimension quantitative : les agents fortement
dotés constituent les classes dominantes
• mais aussi qualitative : selon la composition du volume
global de capital la position des individus varie.

Cf. la représentation
de l’espace social
Espace des
positions
sociales
de
Pierre
Bourdieu

Mousseux
• Il définit ainsi trois classes liées à la possession de ces
capitaux et à des habitus et styles de vie spécifiques.
C’est donc une approche multidimensionnelle de la classe qui est
développée.

• Entre ces classes le conflit n’est pas une nécessité mais


il existe bien des rapports de domination et des luttes,
notamment pour le contrôle du capital culturel, enjeu
majeur selon Bourdieu.

Les classes dominantes cherchent ainsi à imposer leur modèle culturel


et leur vision du monde aux autres classes par le biais de pratiques de
distinction, pour cela elles doivent contrôler les institutions
productrices de légitimité comme l’école ou l’État. Il y a donc chez elles
une stratégie consciente de reproduction.
Une tentative de dépassement de l’opposition
réalisme/nominalisme :
la notion de « classes virtuelles »

• Celles-ci, construites par le sociologue peuvent


néanmoins prendre corps à travers un processus de
mobilisation et de représentation
(ce qui semble être observable pour la classe dominante)

• En ce sens, la définition des classes elle-même est


perçue comme un enjeu dans la lutte que se livrent les
classes.
III – Le renouveau de l’analyse de la
structure sociale
• Si le débat sur la pertinence de la notion de
classe est déjà présent dans les années 1950,
il est nourri par les modifications profondes de
la société depuis la fin des Trente Glorieuses
qui amènent certains auteurs à contester la
réalité de l’existence des classes sociales.
Les principaux arguments
• Le processus de fragmentation économique à
l’œuvre, qui passe à la fois :
– par une diversification des niveaux et des modes
de rémunération (intéressement, stock options),
– par une diversification des rapports salariaux
(individualisation des rapports de production).

• A cela s’ajoute le développement de l’exclusion


qui brouille les relations des individus au
système productif.
• Une autre dynamique d’éclatement opèrerait
au niveau symbolique :
– l’émergence de la culture de masse, la diffusion de modes
de vie communs (Henri Mendras),
– la perte de l’identité traditionnelle des classes qui se lirait
dans les pratiques de vote, ou encore la difficulté de la
mobilisation collective.

• Enfin de nouvelles fractures se dessineraient à travers


les questions de genre, de génération, d’âge, ou
d’origine géographique par exemple.
(elles seraient plus opératoires, pour les individus eux-
mêmes et pour expliquer et observer l’homogénéité des
comportements)
Un glissement sémantique

• Ces critiques s’incarnent notamment dans le


glissement sémantique entre « classe ouvrière
» et « classes populaires »

Traduit la difficulté de nommer un


ensemble plus flou, dont l’identité ne
peut plus se résumer à celle des ouvriers
et dont l’homogénéité est bousculée par
les transformations économiques et
sociales.
• Ainsi, les classes populaires sont traversées par
les clivages de genre car elles sont constituées
essentiellement autour :
– de la catégorie des ouvriers, très masculine
– et de celle des employées, très largement
féminine

Cela produit des différenciations notables,


que l’on observe par exemple sur la
question des pratiques culturelles.
Exemples de différenciation des pratiques
culturelles :

« Les pratiques culturelles des Français à l’ère


numérique - Éléments de synthèse 1997-2008 »
par Olivier Donnat
LA MONTÉE
EN
PUISSANCE
DE LA
CULTURE
D’ÉCRAN
• « Les différences entre milieux sociaux, en revanche, ont
eu tendance à se creuser au cours de la dernière
décennie du fait du décrochage d’une partie des milieux
populaires, notamment ouvriers (graphique 10). »
• « Il en est de même pour les différences de sexe : les
hommes comptent désormais environ 10% de non-
lecteurs de livres de plus que les femmes et
reconnaissent d’ailleurs sans difficulté leur éloignement
croissant à l’égard du monde du livre : 62 % d’entre eux
déclarent lire peu ou pas du tout de livres, contre 46%
des femmes. Ces dernières sont donc plus nombreuses à
lire des livres et de plus, quand elles le font, elles en
lisent plus que les hommes (17 livres par an en moyenne
contre 14) (graphique 11). »
Les pratiques culturelles des Français à l’ère numérique - Éléments de
synthèse 1997-2008 par Olivier Donnat
• L’exemple du vote ouvrier : Des travaux sur le
vote ouvrier ont mis en avant une dispersion
croissante des pratiques de ce groupe

Cf. Les ouvriers et la politique. 1962–2002,


quarante ans d’histoire - Entretien avec Guy
Michelat et Michel Simon (2004)

Différents éléments qui vont dans le sens


d’une disparition de la classe ouvrière…
• Cependant, des auteurs comme Olivier Schwartz
tentent de défendre l’idée de la permanence
d’une dynamique de classe pour ces catégories.

S’il reprend le vocable « classes populaires »


c’est pour souligner qu’elles ont en commun le
fait d’être dominées dans l’espace social, une
difficulté d’accès à l’autonomie prônée par le
reste de la société, et une culture populaire,
même partiellement désenclavée de la culture
globale.
1 - La fin des classes moyennes ?
L’éclatement des classes moyennes
Les processus à l’œuvre tendraient vers :
– une fragmentation entre salariés et indépendants,
secteur privé et secteur public,
– une perte d’homogénéité entre les plus fragiles et
les plus stables de cette catégorie.

Ainsi, cet éclatement serait particulièrement


accentué pour cette partie de la société qui
demeure difficile à cerner.
Un destin commun ?
• A rebours de cette analyse, Louis Chauvel met en évidence
un destin commun qui se structure autour de :
• la crainte d’un déclassement, qui ne serait pas que
fantasmé,
• un sentiment de fragilisation de leur position, surtout
pour les enfants issus de cette classe.
• Dominique Goux et Eric Maurin accréditent l’idée d’un
sentiment collectif d’inquiétude de ces catégories,
sans pour autant que ce sentiment repose sur une
quelconque réalité.
• Cependant, à l’inverse de Chauvel, ils insistent sur :
• la mobilité ascendante dont continuent de bénéficier
ces catégories
• la distance sociale croissante qui les sépare des
classes populaires.

Cette opposition renvoie à la question de savoir


si les classes existent encore au-delà d’un ordre
symbolique, au-delà des représentations
collectives et si on peut leur donner une assise
empirique.
2 – Une classe bourgeoise ?

• Les catégories les plus favorisées : elles


regrouperaient de nombreuses
caractéristiques d’une classe sociale.
• Existence de barrières de classes (par
exemple) :
– les niveaux de revenus et de patrimoine
– la mobilité sociale
– les inégalités scolaires…
Des stratégies de reproduction
• De véritables stratégies de reproduction et de
préservation de l’entre-soi.
(Cf. les chapitres sur les inégalités et sur la socialisation)

• Pour Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, la


grande bourgeoisie demeure fidèle à la définition
classique de la classe sociale, en raison de :
– son style de vie,
– l’importance de ses avoirs économiques (notamment
en termes de patrimoine),
– sa conscience d’elle-même et de ses capacités de
mobilisation.
• Finalement dans ce débat, certains auteurs,
comme Chauvel ou Schwartz, affirment que les
classes peuvent encore être saisies par des
études empiriques, même si leurs contours ont
pu évoluer et bien que leur conscience collective
se soit émoussée.
• Pour Dubet l’enjeu n’est pas la description des
classes, qui paraît vouée à l’échec du fait de leur
éclatement, mais davantage la mise en lumière
des processus de domination qui se joue dans
une multitude de registres. Il renoue ainsi avec
les rapports de classe de Marx et les rapports de
domination de Weber.
La pyramide
du système
capitaliste
(1911)
La
« toupie »
de
Mendras
IV - Des outils institutionnels
renouvelés
• Tout comme les classes, les PCS constituent un
outil d’analyse
• Cette classification place la profession au centre
de la définition de la position sociale, en opérant
des distinctions selon la situation d’activité ou
d’inactivité, et pour les actifs selon :
– la nature du revenu (salariés/indépendants)
– de l’organisation productive (secteur d’activité,
public/privé),
– le niveau de qualification et de responsabilité
hiérarchique.
11 Agriculteurs sur petite exploitation
1 Agriculteurs exploitants 12 Agriculteurs sur moyenne exploitation
13 Agriculteurs sur grande exploitation
Nomenclature
Artisans, commerçants et chefs
21 Artisan des PCS
2 22 Commerçant et assimilés
d’entreprise 23 Chefs d’entreprise de 10 salariés ou plus
31 Professions libérales
33 Cadres de la fonction publique
Cadres et professions 34 Professeurs, professions scientifiques
3
intellectuelles supérieures 35 Professions de l’information, des arts et des spectacles
37 Cadres administratifs et commerciaux d’entreprise
38 Ingénieurs et cadres techniques d’entreprise
42 Professeurs des écoles, instituteurs et assimilés
43 Professions intermédiaires de la santé et du travail social
44 Clergé, religieux
4 Professions intermédiaires 45 Professions intermédiaires administratives de la fonction publique
46 Professions intermédiaires administratives et commerciales des entreprises
47 Techniciens
48 Contremaîtres, agents de maîtrise
52 Employés civils et agents de service de la fonction publique
53 Policiers et militaires
5 Employés 54 Employés administratifs d’entreprise
55 Employés de commerce
56 Personnels des services directs aux particuliers
62 Ouvriers qualifiés de type industriel
63 Ouvriers qualifiés de type artisanal
64 Chauffeurs
6 Ouvriers 65 Ouvriers qualifiés de la manutention, du magasinage et du transport
67 Ouvriers non qualifiés de type industriel
68 Ouvriers non qualifiés de type artisanal
69 Ouvriers agricoles
7 Retraités
Autres personnes sans activité
8
professionnelle
• A travers les catégories ainsi construites, qui
ne sont pas appelées des classes, apparaît un
objectif d’homogénéité des comportements
sociaux mais nullement l’idée d’une
conscience de classe ou d’une mobilisation
collective.
• C’est une approche nominaliste et
stratificationniste.
• Il y a cependant certaines ambiguïtés, qui font
dire à Louis Chauvel que les PCS permettent
de traiter des classes sans en prononcer le
mot.
• Les PCS assemblent des individus qui ont des
perspectives comparables et des
caractéristiques sociales reconnues comme
proches
Chapitre 5 - Comment rendre
compte de la mobilité sociale ?
I – Quels sont les enjeux de la
mobilité sociale ?

A – Définitions et enjeux de la mobilité sociale


1 - Définitions

• Dans les sociétés d'ordres ou de castes, le statut


social se transmet héréditairement. La mobilité
sociale est théoriquement nulle, on parle
d’immobilité sociale ou de reproduction sociale.
• Dans les sociétés démocratiques, le statut social
est acquis, idéalement, par le seul mérite.
On parle alors de méritocratie et d’égalité
des chances

• Ces sociétés devraient donc être caractérisées par


une mobilité sociale parfaite.
Toutefois, l’égalité des chances est
essentiellement juridique dans nos sociétés.
Elle ne signifie pas nécessairement une
égalité des chances statistique (empirique).
En pratique, la mobilité sociale n’est pas donc
parfaite. Elle est soumise à des résistances.
• Pitirim Sorokin (1889-1968), dans Social Mobility
(1927) définit la mobilité sociale comme
« le phénomène du déplacement des individus
dans l’espace social ».

• Il s’agit donc d’étudier le passage des individus d’une


position sociale à une autre. On peut distinguer :
– La mobilité horizontale concerne les changements de
métier (mobilité professionnelle au sens strict) ou de
localisation (mobilité géographique ou résidentielle)
sans changement de statut dans la hiérarchie sociale.

– La mobilité verticale…
– La mobilité verticale qui concerne le passage, ascendant
(promotion sociale) ou descendant (démotion sociale),
d’un statut social à un autre à l’intérieur d’une hiérarchie
sociale pour un individu ou un groupe social.
Il s’agit de la « mobilité sociale » au sens étroit. Elle
comprend :
• La mobilité intra-générationnelle, la mobilité au cours
d’une vie pour un individu (la promotion d’un employé qui
devient cadre, par exemple). Il s’agit de la mobilité
professionnelle au sens large.
• La mobilité intergénérationnelle, qui désigne le
changement d’une position sociale d’une génération à
l’autre (du père au fils, par exemple).
2 - Les enjeux de la mobilité sociale
• Un enjeu social : L’intérêt de l’étude de la
mobilité sociale est de savoir si la société
démocratique est capable d’offrir une égalité des
chances dans l’obtention des positions sociales.

Un fils d’ouvrier a-t-il les mêmes chances qu’un


fils de cadre de devenir cadre ?
Si c’est le cas, alors la disparition des classes
sociales devient possible puisque la culture et la
conscience de classe ne pourront plus se
transmettre de génération en génération.
• Un enjeu politique : Mettre l’accent sur la mobilité
sociale permet de déplacer le problème des
inégalités. L’égalité des chances devient une
idéologie mobilisatrice et, d’une certaine façon,
pacificatrice.

En effet, il devient inutile de lutter contre les


inégalités si les individus ont les mêmes « chances »
de circuler dans la hiérarchie sociale.
D’où la nécessité de démocratiser le système
scolaire afin de fluidifier la société et de permettre à
« l’ascenseur social » de fonctionner.
C’est ce que vont dénoncer des sociologues français :
• Daniel Bertaux (« Destins personnels et structure de classe » -
1977)
• Christian Baudelot et Roger Establet (« L’école capitaliste en
France » - 1971 et « L’élitisme républicain. L’école française à
l’épreuve des comparaisons internationales » - 2009)
• Pierre Bourdieu (« Les héritiers » - 1964 – et « La reproduction » -
1970)
Ils montrent :
– Qu’une meilleure circulation des individus au sein de la
hiérarchie sociale ne remet pas en cause la structure de
classe. La société restera structurée en classes inégales,
dominantes et dominées.
– Que le système scolaire, malgré ses efforts de
massification, reste structurellement inégalitaire au profit
des enfants des classes dominantes.
B - Les outils de l'analyse : les tables de
mobilité sociale
• L’analyse statistique : on élabore des tableaux, appelés
tables de mobilité, destinés à comparer les positions
sociales des fils et les positions des pères.

• Les positions sociales sont appréhendées à l’aide des


statuts socioprofessionnels.
– Aux Etats-Unis, on utilise des découpages simples (classes
dirigeantes, classes moyennes, classes populaires).
– En France, on utilise les PCS.

• Ces tables prennent en compte :


– La position sociale de l’individu à un moment donné.
– L’origine sociale de l’individu
LES DONNÉES BRUTES DE LA TABLE DE MOBILITÉ
Catégorie socioprofessionnelle du fils en fonction de celle du père en France en 2003
(Hommes français, actif ou ancien actif, âgés de 40 à 59 ans en milliers)

PCS du fils → Agriculteur Artisan, Cadre Profession Employé Ouvrier Total


exploitant commerçant supérieur intermédiaire

PCS du père
Agriculteur exploitant 252 72 105 190 98 426 1143
Artisan, commerçant 6 182 189 205 79 210 871
Cadre supérieur 2 37 310 152 37 52 590
Profession intermédiaire 2 60 266 263 73 135 799
Employé 3 43 144 179 108 169 646
Ouvrier 20 225 304 701 375 1373 2998
Total 285 619 1318 1690 770 2365 7047

Source : INSEE, Enquête Formation et


qualification professionnelle (FQP), 2006
Structure sociale en 2003 Immobilité Structure sociale
(Celle des fils) sociale des pères
Lecture : En France, en 2003, sur 7,047 millions d’hommes de 40-59 ans, 1 143 000
avaient un père agriculteur, 285 000 étaient agriculteurs. Sur ces 285 000 agriculteurs,
252 000 avaient un père agriculteur
• Une table de mobilité brute est un tableau à double entrée
croisant la position sociale d'un individu à l'âge adulte avec
son origine familiale. La PCS des individus (40 à 59 ans) est
comparée avec celle de leurs pères pour mesurer l'écart ou
la proximité entre le statut social de 2 générations.
– La diagonale donne le poids de ceux qui retrouvent la position
sociale de leur père (immobilité) ;
– La dernière ligne représente la position sociale des hommes de
40-59 ans en 2003. Autrement dit, nous avons la structure
sociale de la population active des fils ;
– La dernière colonne représente l’origine sociale des hommes
de 40-59 ans. En d’autres termes, c’est la structure sociale de la
population active des pères.
• Les tables de mobilité sont généralement transformées en
tables de « destinée sociale» et en tables de « recrutement
social » pour en faciliter la lecture.
1 - La table de destinée sociale

Cette table répond à la question : quelle est la


position sociale actuelle de ceux qui ont une
origine sociale donnée à 40-59 ans ?
• Autrement dit, que deviennent (destinée) les
enfants qui avaient un père de telle ou telle
catégorie sociale. Cette table part du passé (PCS
du père) et se projette dans l'avenir (PCS du fils).
• La diagonale explique l’hérédité sociale ou
l’immobilité sociale ou reproduction sociale
(position sociale du fils = celle du père).
Table de destinée sociale en France en 2003 (en %)

PCS du fils → Agriculteur Artisan, Cadre Profession Employé Ouvrier Total


exploitant commerçant supérieur intermédiaire
PCS du
père
Agriculteur exploitant 22,0 6,3 9,2 16,6 8,6 37,3 100
Artisan, commerçant 0,7 20,9 21,7 23,5 9,1 24,1 100
Cadre supérieur 0,3 6,3 52,5 25,8 6,3 8,8 100
Profession intermédiaire 0,3 7,5 33,3 32,9 9,1 16,9 100
Employé 0,5 6,7 22,3 27,7 16,7 26,2 100
Ouvrier 0,7 7,5 10,1 23,4 12,5 45,8 100
Total 4,0 8,8 18,7 24,0 10,9 33,6 100

Lecture : En France, en 2003, 22 % (252/1143 x 100) des fils


d’agriculteurs avaient le même métier que leur père à 40-59 ans,
37,3% (426/1143 x 100) étaient devenus ouvriers…
On peut observer :
– Une forte immobilité
Pour les enfants de cadres supérieurs et les enfants
d’ouvriers puisque plus d’un enfant sur deux retrouvent
la position du père dans le premier cas et près d’un
enfant sur deux dans le second.
– Une plus grande mobilité
Pour les enfants d’agriculteurs, de petits patrons, de
professions intermédiaires et d’employés.
– La prédominance des trajets courts
La mobilité ascendante ou la mobilité descendante se
fait dans la catégorie immédiatement supérieure ou
inférieure.
2 - La table de recrutement social

Cette table répond à la question : quelle est


l’origine sociale de ceux qui occupent une
position sociale donnée à 40-59 ans ?
• Autrement dit, quelle est la composition sociale
(recrutement) d’une catégorie sociale
donnée ?Cette table part du présent (PCS du fils)
pour se projeter dans le passé (PCS du père).

• La diagonale représente l'autorecrutement.


Table de recrutement en France en 2003 (en %)

PCS du fils → Agriculteur Artisan, Cadre Profession Employé Ouvrier Total

PCS du père exploitant commerçant supérieur intermédiaire


Agriculteur exploitant 88,4 11,6 8,0 11,2 12,7 18,0 16,2

Artisan, commercant 2,1 29,4 14,3 12,1 10,3 8,9 12,4

Cadre supérieur 0,7 6,0 23,5 9,0 4,8 2,2 8,4

Profession intermédiaire 0,7 9,7 20,2 15,6 9,5 5,7 11,3

Employé 1,1 6,9 10,9 10,6 14,0 7,1 9,2

Ouvrier 7,0 36,3 23,1 41,5 48,7 58,1 42,5

Total 100 100 100 100 100 100 100

Lecture : En France, en 2003, 88,4 % des agriculteurs de 40-59


ans avaient une origine agricole, 7% avaient une origine
ouvrière.
On observe :
– Des catégories qui s’auto-recrutent :
4 agriculteurs sur 5 sont d’origine agricole, plus d’un
ouvrier sur deux est d’origine ouvrière. Ce sont des
catégories en régression qui recrutent en leur sein.

– Des catégories qui recrutent à l’extérieur :


les cadres, les professions intermédiaires, les
employés (des catégories en expansion) et les petits
patrons. Ainsi, près d’un cadre sur cinq est issu de la
classe ouvrière et un autre cadre sur cinq est issu
des professions intermédiaires. De même, près d’un
petit patron sur trois est d’origine ouvrière.
3 - L’immobilité sociale et la mobilité brute

• Pour connaître l’importance de l’immobilité


sociale, il suffit de faire la somme du % des
immobiles
(nombres de personnes qui retrouvent la position
du père à 40-59 ans/total des hommes de 40-59
ans x 100)
• Ainsi, en France, en 2003, 35,3 % des hommes de
40-59 ans occupent la même position sociale que
leur père.
• La mobilité n’est donc pas parfaite et ce d’autant
plus que la mobilité se fait dans des catégories
proches.
L’immobilité sociale
Agriculteur Artisan, Cadre Profession Employé Ouvrier Marges des
PCS du fils →
PCS du père exploitant commerçant supérieur Interméd. pères

Agriculteur exploitant 3,6 16,2

Artisan, commerçant 2,6 12,4

Cadre supérieur 4,4 8,4

Profession intermédiaire 3,7 11,3

Employé 1,5 9,2

Ouvrier 19,5 42,5

Marges des fils 4,0 8,8 18,7 24,0 10,9 33,6 100
La mobilité brute
• Ainsi, on peut en déduire qu’environ 6
hommes sur 10 de 40-59 ans sont mobiles. Il
s’agit de la mobilité brute :

Mobilité sociale brute = 100 – Immobilité

Lecture : En France, en 2003, 64,7 % (100 – 35,3)


des hommes de 40-59 ans ont dû ou pu
changer de position sociale par rapport à
celle de leur père.
La mobilité structurelle
• La mobilité structurelle ou contrainte est due à l'évolution
de la structure de la population active. C'est la mobilité
imposée par l'évolution de la structure sociale au cours du
temps.
Ainsi, tous les fils d’agriculteurs ne pouvaient pas prétendre
devenir agriculteurs à leur tour car le nombre d’agriculteurs
de 40-59 ans est passé de 1 143 000 à 285 000.
De même, tous les fils de cadres ne peuvent pas occuper
tous les postes de cadres parce que le nombre de cadres a
augmenté fortement entre deux générations.
• En conséquence, les individus sont obligés de changer de
position sociale parce que la structure sociale évolue.

Mobilité structurelle = Somme des différences des marges


Calcul de la mobilité structurelle en France en 2003

Marge Marge Différence


des pères des fils (en points)
Agriculteur exploitant 16,2 4,0

Artisan, commerçant 12,4 8,8

Cadre supérieur 8,4 18,7

Profession intermédiaire 11,3 24,0

Employé 9,2 10,9

Ouvrier 42,5 33,6

Total-Mobilité structurelle ~ ~
Calcul de la mobilité structurelle en France en 2003

Marge Marge Différence


des pères des fils (en points)
Agriculteur exploitant 16,2 4,0 -12,2

Artisan, commerçant 12,4 8,8 -3,6

Cadre supérieur 8,4 18,7 10,3

Profession intermédiaire 11,3 24,0 12,6

Employé 9,2 10,9 1,8

Ouvrier 42,5 33,6 -9,0

Total-Mobilité structurelle ~ ~ 24,7


La mobilité nette
• La mobilité nette est la mobilité qui n’est pas due aux
changements de la structure sociale de la société mais
qui peut être attribuée au mérite des individus. Elle
exprime la véritable fluidité de la société.

Mobilité nette = Mobilité brute – Mobilité structurelle

• Ainsi, en France, en 2003, 40 % (64,7 – 24,7 = 40) des


hommes de 40-59 ans ont changé de position sociale
vis-à-vis de leur père de leur propre initiative. Elle peut
être interprétée comme une augmentation de l’égalité
des chances (mobilité nette).
Evolution de la mobilité
1953 1977 1993 2003

Immobiles 69 43 34,9

Mobilité brute 31 57 65,1

Mobilité structurelle 8 19 23,4

Mobilité nette 23 38 41,7


Evolution de la mobilité
1953 1977 1993 2003

Immobiles 69 43 34,9 35,3

Mobilité brute 31 57 65,1 64,7

Mobilité structurelle 8 19 23,4 24,7

Mobilité nette 23 38 41,7 40

Ainsi, en France, en 2003, 40% des hommes de 40-59 ans ont


changé de position sociale vis-à-vis de leur père de leur propre
initiative. Cette fluidité accrue peut s’expliquer par :
• Une modification de la structure des emplois (mobilité
structurelle) ;
• Une augmentation de l’égalité des chances (mobilité nette).
4 - La critique des tables de mobilité

• Le choix de la population : un biais masculin.


– On a exclu les femmes des tables de mobilité
parce que l’emploi pour les mères des femmes
ayant entre 40 et 59 ans était intermittent et
minoritaire. Or, la situation des femmes sur le
marché de l’emploi a fortement changé depuis 50
ans.
– Des études ont montré, en effet, que le métier et
les diplômes de la mère avaient une influence
certaine sur la position sociale des enfants.
Catégorie socioprofessionnelle des enfants en
fonction de celle de la mère
• Le choix de l’âge :
On retient des hommes de 40-59 ans parce
qu’on considère que la position sociale ne va
pas changer dans cette tranche d’âge.
– Or, avec le développement du chômage des
seniors et des préretraites, ceci n’est plus tout à
fait vrai de nos jours, certains sont inactifs à cet
âge.

– De plus, l’étude de la mobilité intergénérationnelle


va masquer la mobilité qui a eu lieu au cours de la
vie.
• La mesure de la position sociale : la profession du chef de
famille n’est pas forcément le critère le plus pertinent.

– D’une part, la PCS d’un homme ne nous donne pas son origine
sociale, son appartenance de classe.

– D’autre part, la position sociale concerne un ménage (rôle du


mariage) et non un individu.

– Enfin, l’étude des trajectoires de mobilité sociale suppose la


prise en compte de la lignée familiale (rôle des grands parents)
et de la fratrie.
Ainsi, si on regroupe les PCS en trois classes
(classes supérieures, classes moyennes,
classes populaires), on s’aperçoit que…
… plus de la moitié des hommes de 40-59 ans
restent dans la classe sociale de leur père pour
les classes supérieures et près des deux-tiers des
hommes de 40-59 ans d’origine populaire sont
dans la même classe.

On a donc une rigidité sociale et non


une fluidité sociale en terme de classes.
Ainsi, plus le nombre d’échelons est
réduit et plus la mobilité sociale sera
faible.
Table de mobilité brute par classes sociales en 2003
(en % des hommes de 40-59 ans)

PCS du père Ensemble


Classes Classes Classes
supérieures moyennes populaires
(fils)
PCS du fils
Classes supérieures 4,4 6,5 7,8 18,7

Classes moyennes 2,7 10 20 32,7

Classes populaires 1,3 7,2 40,1 48,6

Ensemble (pères) 8,4 23,7 67,9 100

• Classes supérieures = Chefs d'entreprise, professions libérales,


cadres supérieurs ;
• Classes moyennes = Artisans, Commerçants, Professions
intermédiaires ;
• Classes populaires = Agriculteurs, employés, ouvriers.
• Si l'on raisonne en termes de classes sociales, la table de
mobilité sociale permet de mettre en évidence plusieurs faits
sociaux :
– La structure des classes sociales a changé entre deux générations,
celle des pères et celles fils : Il y a eu une mobilité structurelle qui a
concerné 19,3% du total des hommes de 40-59 ans (67,9 - 48,6 =
19,3).

– Cependant, en faisant la somme des chiffres de la diagonale, qui


présente le % des hommes de 40-59 ans qui ont retrouvé la classe
sociale de leur père, on s'aperçoit que l'immobilité sociale est forte
puisqu'elle concerne plus de la moitié de la population observée.

– En définitive, la mobilité nette, une fois enlevée la mobilité


structurelle, ne concerne plus qu'un quart de la population observée
(trajet court)
• La mesure de la hiérarchie sociale : elle dépend de la société à
un moment donné ce qui rend difficile la comparaison entre un
père et un fils.
– Ainsi, un fils d’ouvrier qui devenait employé au début du XXe siècle connaissait
une mobilité sociale ascendante (le « col bleu » qui devient un « col blanc »).
De nos jours, un fils d’ouvrier qui devient technicien de surface ne connaît pas
une véritable mobilité sociale car le statut d’employé s’est rapproché du statut
d’ouvrier.
– De même être instituteur dans les années 1950 n’a pas la même signification
sociale qu’aujourd’hui. La profession s’est féminisée, l’enseignement secondaire
s’est généralisé, le statut relatif du métier a changé.
Ainsi, devenir instituteur pour un fils d’instituteur peut être interprété comme
une mobilité sociale descendante.

– Enfin, les PCS ne sont pas un véritable reflet de la hiérarchie sociale car il peut y
avoir des mobilités verticales ascendantes qui n’apparaissent pas.
Ainsi, un fils d’un petit commerçant, qui devient un grand industriel, reste dans la
même PCS « patrons de l’industrie et du commerce » alors qu’il connaît une forte
ascension sociale.

=> L’incertitude des frontières sociales rend délicat l’interprétation des


données.
Le sens des trajectoires générationnelles
• La fluidité de la société : une société fluide ne
veut pas dire une société égalitaire du point
de vue des situations sociales.
On peut avoir une société très hiérarchisée,
inégalitaire, et en même temps très mobile.
Cependant, cette forte mobilité interdit aux
classes sociales d’exister puisqu’elles ne se
reproduisent pas.

Ainsi l’information statistique renvoient à des


mécanismes sociaux réels qu’il convient de
préciser en complétant les tables par des
études biographiques qualitatives.
• A partir d’ici une série de diapositives qui
n’ont pas été vues en classe, à consulter pour
voir différentes interprétations/analyses de la
mobilité et différents documents que vous
pourriez rencontrer
C - L’évolution de la mobilité sociale en France
• A long terme, en France, la mobilité sociale a beaucoup augmenté, au cours
des dernières décennies, en raison des transformations structurelles qu'a
connues la société française.
• La mobilité structurelle et la mobilité nette progressent alors que l’immobilité
régresse : en 1953, deux hommes sur trois retrouvaient la position sociale de
leur père. De nos jours, deux hommes sur trois n’ont pas la même position
sociale que leur père si l'on prend une table de mobilité bâtie sur les PCS et non
plus les classes sociales.

1953 1977 1993 2003

Immobiles 69 43 34,9 35,3

Mobilité brute 31 57 65,1 64,7

Mobilité structurelle 8 19 23,4 24,7

Mobilité nette 23 38 41,7 40


L’autre partie de cette mobilité est qualifiée de mobilité nette.

Elle montre que la société est plus fluide et que


l’égalité des chances a augmenté.
En 1953, cette mobilité concernait moins d'un
homme sur quatre. De nos jours, elle touche
deux hommes sur cinq.
La massification scolaire a certainement participé
à cette plus grande mobilité.
– Les flux de mobilité sont principalement des
flux de mobilité ascendante.
La structure des professions s’est
profondément modifiée multipliant les places
des catégories sociales moyennes ou élevées.
Ensuite, les immigrants ont occupé les places
les plus basses « poussant » ainsi les
autochtones vers le « haut ».
Il en est de même pour la mobilité des
hommes qui a profité de l’entrée des
femmes sur le marché du travail pour libérer
les postes les moins qualifiés.
– La mobilité des femmes est spécifique.
(Etude de John Golthorpe au Royaume-Uni)
La mobilité personnelle des femmes est plus
défavorable que celle des hommes car :
• elles sont concentrées dans des emplois du tertiaire
peu qualifiés,
• parce qu’elles occupent, dans une même PCS, des
emplois spécifiques (professeur opposé à ingénieur
dans la catégorie cadres et professions intellectuelles
supérieures, par exemple).
Cependant, cette mobilité nette est plus limitée
qu’il n’y paraît

• D’une part, elle concerne essentiellement les


classes moyennes. ¼ des enfants des classes
moyennes accèdent aux postes supérieurs contre
1 fils sur 10 des classes populaires.

• D'autre part, on observe une dégradation des


perspectives de mobilité sociale…
Evolution de la part des trajectoires intergénérationnelles
1983-2003
• De plus, les trajets de mobilité sont souvent des trajets
courts.
– Les fils des classes populaires ont une plus forte
probabilité de monter dans la catégorie la plus proche,
celle des classes moyennes (29%) que dans celle des
classes supérieures (11%).
– Les fils de cadres « tombent » plus fréquemment dans les
classes moyennes (32%) que dans les classes populaires
(15,4%).
– Il faut deux ou trois générations pour parcourir le chemin
qui mène des catégories paysannes ou ouvrières aux
catégories supérieures.
• De même, les perspectives d'ascension
sociale pour les catégories modestes
s'atténuent.
– La part des fils et filles d’employés et d’ouvriers
qualifiés accédant au salariat d’encadrement
diminue au fil des cohortes.
– Les trajectoires descendantes des enfants de
cadres sont également plus fréquentes.
Devenir professionnel (à l’âge de 35-39 ans) des
enfants d’employés et ouvriers qualifiés
Devenir professionnel (à l’âge de 35-39 ans) des
enfants de cadres supérieurs et gros indépendants
• Enfin, la reproduction sociale reste forte aux
extrêmes de la hiérarchie sociale.
52,4% des fils de dirigeants le sont eux-mêmes à
40-54 ans et 59% des fils de milieu populaire
appartiennent au même milieu au même âge.
Pourtant, la mobilité professionnelle reste intense. La mobilité
professionnelle désigne ici le changement de groupe social en cinq ans
d’une personne active occupée en début et fin de période.
L’ascenseur social est-il en panne dans la
période récente ?

• Si l’on regarde l’évolution de la mobilité structurelle


depuis 1993, la réponse est négative. L'"ascenseur
social" fonctionne, en ce que les catégories populaires
continuent à être "remplacées" par des catégories
intermédiaires et supérieures.
• En revanche, si on observe la mobilité nette, la
mobilité diminue indépendamment des évolutions de
l’économie : 40% des hommes de 40-59 ans ont
changé de position sociale vis-à-vis de leur père en
2003 contre 42% en 1993. Comment peut-on expliquer
cette tendance ?
La fluidité sociale
• On mesure la force du lien entre origine et position via
la méthode du rapport de chances relatives (odds-
ratio), qui est indépendant de la taille des groupes :
c’est la fluidité sociale (ou mobilité relative).
• Exemple un fils des catégories populaires a plus de
chances d’appartenir aux classes populaires qu’un fils
des catégories supérieures.
• Les différents rapports de chances relatives qu’on peut
calculer à partir des enquêtes FQP tendent à diminuer,
confirmant une tendance à une plus grande fluidité
sociale. Par exemple, en 1977, un fils d’ouvrier avait
17,2 fois plus de chances de devenir ouvrier qu’un fils
de cadre ; le rapport des chances relatives s’établit à
8,8 en 2003.
II – Les déterminants de la mobilité et de la
reproduction sociales

• Comment expliquer que l’origine sociale a toujours une


influence sur la position sociale ?
On peut aborder le problème de la reproduction
sociale de deux points de vue :
– Soit, on considère que les structures sociales s’imposent à
l’individu et sont déterminantes dans son comportement
(holisme),
– Soit, on considère que les acteurs, même si leur rationalité
est sous contrainte, ont une marge d’appréciation et
d’action dans leur jeu et qu’ils sont responsables des effets
sociaux observés (individualisme méthodologique).
A – La modification de la structure des
emplois
• Une partie de la mobilité sociale est
engendrée par les modifications de la
structure des emplois entre deux générations
(mobilité structurelle)
• On peut remarquer dans notre table des
données brutes que la structure de la
population des pères et celle des fils sont
différentes.
Une partie de la mobilité est due aux transformations de la
structure des emplois
(mobilité structurelle).
A noter :
• Le développement :
– des cadres et professions intellectuelles supérieures
– des professions intermédiaires
– des employés
• Le déclin :
– des agriculteurs
– des artisans, commerçants et chefs d’entreprise
– des ouvriers

L’expansion des classes moyennes salariées et la


réduction des catégories populaires engendrent
mécaniquement de la mobilité sociale ascendante
B – le rôle de l’école et de la famille

Une interaction entre deux instances de


socialisation : l’école et la famille

• Il serait relativement aisé d’expliquer les


différences de diplômes par les inégalités de
revenu entre les familles en invoquant le coût
(direct et d’opportunité) des poursuites d’étude.
• Mais dès les années 1940, on constate
statistiquement que le revenu du ménage a une
influence bien moindre sur les parcours scolaires
des enfants que les diplômes de parents.
• Pour expliquer pourquoi les diplômes semblent se
transmettre de génération en génération, les études
classiques de P. Bourdieu et de R. Boudon en France
mettent en avant deux mécanismes (même si elles
insistent plus ou moins sur l’un ou l’autre).
• D’une part, l’origine sociale de l’élève a une
influence sur ses résultats scolaires. Voir par
exemple le concept de « capital culturel » forgé par
P. Bourdieu

• D’autre part, à résultats scolaires équivalents,


l’origine sociale a une influence sur les voeux
d’orientation. R. Boudon, explique que les attentes
sur le niveau d’étude considéré comme acceptable
varient selon le milieu social de la famille.
1 – L’école n’arrive pas à assurer l’égalité
des chances
• Autrefois, l’école n’avait pas un rôle central
dans la reproduction sociale.

La transmission du capital
économique et le mariage étaient les
deux moyens privilégiés pour
conserver le statut social familial sur
plusieurs générations.
• A partir des années 1960, c’est le diplôme qui va
devenir l’élément central de la reproduction sociale.

L’école est devenue le champ principal de la mobilité.


• L'Etat va donc tout faire pour démocratiser l’école. Il l'a fait
de différentes façons :
– Augmentation progressive de l'âge de la scolarité obligatoire (de
12 à 16 ans) ;
– Développement de l’offre de formation

– En donnant les moyens financiers et culturels à la réussite de


tous (bourses, gratuité des livres scolaires, développement de
l'Internet dans les établissements et des bibliothèques
municipales en libre accès...)
On observe une démocratisation quantitative indéniable :
Le diplôme dépend moins de l'origine sociale
Cependant, si l'on se penche sur les diplômes les plus élevés, on
n'observe pas une démocratisation réelle. L'obtention d'un diplôme du
supérieur est de plus en plus dépendant de l'origine sociale des parents.
• En effet, la réussite scolaire est fortement corrélée avec
la position sociale et le niveau de diplôme des parents
:
– La probabilité de redoubler dans le primaire est 35 fois
plus élevé pour un enfant d’ouvrier non-qualifié que pour
un enfant d’enseignant.
– L’accès aux études valorisées est monopolisé par les
milieux culturellement favorisés. Les enfants de cadres
représentent plus de moitié des élèves de classes
préparatoires aux grandes écoles, soit prés 4 fois leurs
poids en sixième.

– Le niveau de diplôme du père et celui de la mère influent


fortement sur celui du fils.
• Christian Baudelot et Roger Establet
(« L’élitisme républicain » - 2009),
• Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron
(« Les héritiers » - 1964)

L’Ecole est une instance de socialisation


dont le but est d’assurer la reproduction
sociale et de faire reconnaître comme
légitime la sélection scolaire.
– La culture enseignée par l’école est une culture bourgeoise
qui est imposée à tous les élèves quelque soit leur milieu
social (Bourdieu)
• La proximité sociale des enfants des classes
dominantes
• L’acculturation et « violence symbolique »
• Le rejet de la culture scolaire par une partie des
enfants.
L’élitisme républicain (Baudelot et Establet) :
une culture du classement et de l’élimination précoce
une tolérance aux inégalités et à leur reproduction
2 – Les stratégies familiales contribuent à
cette immobilité
• L’analyse de Pierre Bourdieu (1930-2002)
Les individus et les groupes sociaux sont en lutte.
Enjeux de ces luttes :
- le partage de la VA dans le « champ économique »

- l’obtention d’un prestige social dans les « champs sociaux »


(éducatifs, artistique, sportif…)

- le partage du pouvoir dans le « champ politique ».

Dans cette lutte, la famille a un rôle éminent à


jouer.
• Les familles disposent d’un volume et d’une structure
de « capitaux » différents :
– Le capital économique
– Le capital culturel : un ensemble de comportements,
d’attitudes et de pratiques, (notamment au niveau du
langage…), le capital culturel scolaire et les biens culturels
possédés (livres, œuvres d’art, meubles anciens ...).

– Le capital social regroupe les relations familiales,


amicales, professionnelles (les réseaux d’entraide, les
carnets d’adresse), qui peuvent être mobilisés par les
acteurs à des fins socialement utiles.
• D’autre part, les familles transmettent, au
moment de la socialisation, un habitus de
classe, c'est-à-dire des dispositions à agir, qui
facilitent ou freinent l’acceptation de la
contrainte scolaire.
• Enfin, les familles transmettent à leurs enfants
une ambition qui dépend de la position
sociale des parents. Elle est d’autant plus
élevée que la position sociale est élevée…
• Raymond Boudon (1934-2013)
« L’inégalité des chances à l’école » (1973)

Il cherche à expliquer la relative


immobilité sociale à partir des
décisions rationnelles des acteurs qui
s’inscrivent dans un contexte social
donné.
• Les individus sont des êtres rationnels même
si leur rationalité est « limitée ».

Ils se livrent à un calcul rationnel entre le


coût et les avantages pour prendre leur
décision :
– La poursuite des études représente un coût qui
est à la fois économique (le financement des
études) et psychologiques (l’éloignement vis-à-vis
de sa famille et de son milieu social).
– Elle présente aussi un certain nombre d’avantages
en termes de diplômes, d’emplois, de revenus et
de prestige.
Or, ce calcul ne donne pas les mêmes résultats selon les
milieux sociaux :
– Dans les milieux populaires, l’obtention d’un métier
manuel qualifié est un grand avantage. En revanche, la
poursuite d’études générales longues apparaît coûteuse
économiquement et psychologiquement. Ces milieux vont
donc privilégier, à chaque palier d’orientation, les filières
courtes et professionnelles qui garantissent l’emploi.
– Les milieux aisés font le calcul inverse. Le coût de la
poursuite des études est relativement faible alors que les
avantages en termes de prestige, d’emplois, sont
relativement plus importants que pour les milieux
populaires. En conséquence, la motivation pour les études
est plus grande.
Les effets des choix stratégiques
d’orientation se cumulent au cours de la
trajectoire scolaire.
L’inégalité à l’école n’est donc pas imposée
par la société. Elle résulte du choix
individuels des familles (« effet
d’agrégation »).
• Cependant, Raymond Boudon, admet que ces choix peuvent
être influencés par un certain nombre de contraintes sociales
et politiques. Le contexte social agit sur le calcul des acteurs

– La politique du gouvernement de démocratiser l’école et à


augmenter le niveau scolaire de la population, a incité les
enfants de milieux populaires à poursuivre leurs études.
Cette massification de l’école peut avoir des « effets
pervers » car la généralisation du diplôme conduit à leur
dévalorisation

– D’autre part, la liaison entre le diplôme et la position


sociale n’est pas étroitement corrélée. C’est le « paradoxe
d’Anderson » (L’obtention d’un meilleur diplôme que ses
parents ne garantit pas une promotion sociale)
Diplôme relatif et position sociale relative du fils par rapport à
son père (homme de 40 à 59 ans en milliers et en %)

Position sociale du fils

Plus élevée Analogue Moins élevée Total

Diplôme du fils

Plus élevée 53% 40% 7% 905

Analogue 23% 69% 8% 802

Moins élevée 16% 56% 28% 141

Total 688 999 161 1 848


• Ce constat statistique signifie qu’on peut avoir un
niveau de diplôme supérieur à ses parents mais
un statut social inférieur.

L’explication tient au fait que le nombre de


diplômés dans la population active augmente
plus vite que le nombre d’emplois dans les
professions supérieures.

Faut-il en déduire une dévalorisation des


diplômes ?
C’est un des enjeux du débat actuel sur le déclassement
L’analyse de Louis Chauvel : une comparaison
intergénérationnelle
• Générations des années 40 : entrées sur le marché du
travail dans les années 1960, ont profité d’une conjoncture
exceptionnelle avec une forte création de postes de cadres
alors que la population active était encore peu qualifiée

Elles ont pu facilement valoriser leurs diplômes

• Générations des années 60 : entrées sur le marché du


travail dans les années 1980 dans un contexte de chômage
de masse et après une forte hausse des qualifications,.

Elles ont eu du mal à valoriser leurs diplômes


• Camille Peugny en comparant ces deux
générations montre une augmentation de la
fréquence de la mobilité sociale descendante.

Evolution de la part des trajectoires intergénérationnelles


1983-2003
• C. Peugny effectue des entretiens avec des
personnes originaires des classes moyennes et
en déclassement : celles-ci expriment un fort
sentiment d’injustice et de dévalorisation de
leurs diplômes en se comparant avec la
génération de leurs parents, qui sont parvenus
à un statut plus enviable tout en étant moins
diplômés.
Critique de l’économiste E. Maurin
• Traditionnellement les économistes calculent la valeur du
diplôme en faisant la différence entre les bénéfices et les
coûts des années d’études supplémentaires.
Il ne faudrait donc pas comparer un même
diplôme pour deux générations mais deux
diplômes au sein d’une même génération.

• Au début des années 1970, le taux de chômage est faible chez les
sortants du système scolaire, quel que soit le niveau de diplôme.
• Aujourd’hui, il est 4 fois plus important chez les non diplômés que
chez les diplômés du supérieur.
Donc les bénéfices attendus des diplômes en termes de
protection contre le chômage ont fortement augmenté.
Loin de se dévaloriser, les diplômes sont devenus un
enjeu très fort, d’où un investissement scolaire de plus
en plus marqué de la part des classes moyennes.
Conclusion : L’ascenseur social est en
panne pour les classes moyennes
– Louis Chauvel (« Les classes moyennes à la dérive » -
2006),
– Eric Maurin (« La nouvelle critique sociale » - 2006 et
« La peur du déclassement » - 2009)
– Camille Peugny (« Le déclassement » - 2009)
ont montré que le contexte social avait changé
depuis les années 80 car le processus de
moyennisation s’est enrayé pour plusieurs raisons…
• Le ralentissement de la croissance a provoqué
une moindre création d’emplois, en particulier
pour les professions intermédiaires et de cadres.

Entrainant une « lutte pour les places »


• Par ailleurs, les emplois qui se sont développés sont
des emplois précaires qui ont touché principalement
les milieux modestes.
• En conséquence, les inégalités de revenus entre
générations ont recommencé à augmenter :

– la division entre insiders et outsiders (jeunes,


femmes et flexibilité de l’emploi).

– un appauvrissement et une forme de


déclassement.
Augmentation de la mobilité descendante
Il y a trois façons différentes de voir le
déclassement :

• Le déclassement social intergénérationnel.

• Le déclassement social intra générationnel.

• Le déclassement scolaire.
• Enfin, on peut souligner en lien avec ce qui a
été dit sur l’intérêt et les limites des tables de
mobilité que le choix du conjoint participe à la
reproduction sociale pour les hommes comme
pour les femmes.
• La comparaison des positions sociales des
conjoints comme celle de leur origine sociale
laisse apparaître une forte tendance à
l’homogamie.