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Claire Gallic due to 15/02/10

M2 ECOTIC – R.Suire

Homework 3 : Sagesse des foules vs ignorance/folie des foules


.

Le World Wide Web s’est construit et s’est enrichi au fil des années grâce à la
contribution des internautes. Une page par-ci, une page par-là, chacun apportant sa pierre à
l’édifice. Les recherches via les moteurs étaient encore loin d’être concluantes mais tout cela
annonçait quelque chose de prometteur et riche. Petit-à-petit, les connexions Internet se sont
multipliées dans les foyers et les individus ont été de plus en plus nombreux à apporter leur
contribution. C’était l’ère du Web 1.0. Cet amas de pages était le début d’un monde de
connaissances partagées, d’un monde sans frontières, d’un monde où chacun pouvait donner
une brique de savoir.

L’arrivée du Web 2.0. est venu bousculer et enrichir ce contenu. Les internautes, en
plus d’être de simples producteurs/consommateurs, sont devenus actifs et ont commencé à
interagir entre eux. Le web est passé d’un état statique à une phase dynamique.
Aujourd’hui, tout le monde peut facilement écrire un article sur un blog et commenter celui
des autres, poster une vidéo sur YouTube, créer une page Facebook pour une marque, réagir
sur un forum…etc.

Ce changement de comportement va modifier la face du web et développer de


nouvelles pratiques, de nouveaux usages. Désormais, qui que vous soyez, vous pouvez
apporter quelque chose au collectif, qui que vous soyez, vous pouvez vous exprimer, partager
et donner vos idées.

Je vais donc essayer de montrer qu’une foule peut être dévastatrice ou au contraire
créative et intelligente. La foule peut adopter deux comportements opposés : folle ou sage.
Dans un premier temps, il est nécessaire de définir les termes employés afin de d’avoir les
idées claires. La folie c’est le « manque de jugement, idée, parole, actions déraisonnables,

1
insensées1 ». La sagesse, c’est « la connaissance juste des choses »2. Descartes la définissait
comme la « parfaite connaissance de toutes les choses que l Homme peut savoir ».

Pour Anzieu3 et Martin4 « La foule est constituée d’un grand nombre d’individus, situé dans
un même endroit sans l’avoir voulu explicitement. Chacun est là pour son propre compte et
cherche à satisfaire en même temps une même motivation individuelle. Ici sont exclues les
manifestations préparées. « La foule se définit par la psychologie de la simultanéité »»5.

Par exemple, dans une gare, chacun vient pour se déplacer d’un point A à un point B.
Les individus satisfont leur propre utilité sans se préoccuper de celle des autres. Leur point
commun, c’est la solitude. En effet, ce n’est pas parce que l’on est entouré que l’on appartient
à une quelconque organisation, à un groupe ou encore à une tribu.
En sociologie, la foule est définie comme : « Ensemble d'individus anonymes et semblables, et
dont les sentiments et les idées sont orientés dans une même direction. »6

Nous pouvons identifier plusieurs types de foules : des foules non organisées, guidées
par l’instinct des individus ou bien organisées car elles se stabilisent grâce à la présence d’un
chef. Les foules peuvent être éphémères ou non.

Après cette mise au point quant aux termes employés, je vais commencer par illustrer
la folie des foules à travers des exemples et réflexions, puis, j’aborderai le côté plus positif de
l’agrégation des individus à travers notamment le co-working et la co-production.

Pour moi, une foule est dominée par une pensée commune, une pensée unique, même
si les individus qui la composent sont chacun doté d’un esprit propre. Gustave Le Bon appelle
cela « l’âme collective » (Psychologie des foules – 1895). La masse écrase l’identité des
individus et fait naître une sorte de spirit, un guide que tout le monde va suivre. Cette situation
va générer un sentiment d’invulnérabilité chez les individus. Ensemble ils peuvent aller très
1
Définition Larousse
2
Définition Larousse
3
Psychanalyste et professeur de psychologie
4
Neuropsychiatre
5
Ouvrage : « La dynamique des groupes restreints »
6
Définition Larousse

2
loin, mais pas forcément de manière rationnelle. Les individus pensent alors que rien ne peut
les arrêter et qu’ensemble ils sont capables de tout. Le sentiment de responsabilité s’évanouit
laissant place à la prédominance de l’inconscient.
La foule qui devient folle, incontrôlable et imprévisible est dangereuse. Les individus
sont alors guidés par leur instinct et retombent à l’état animal.
Par exemple, dans un stade de football, des supporters peuvent commencer à s’échauffer et
finir par se taper dessus. Il suffit d’une personne pour enclencher la machine, et c’est ensuite
une horde d’individus qui entre dans la bagarre. Combien de fois avons-nous vu ce genre de
vidéos ? C’est une réalité.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser au premier abord, une foule est un
minimum organisée. Il y a toujours un ou des leaders pour guider et faire avancer cette
agrégation d’individus. Par exemple, lors d’une manifestation, un petit groupe a communiqué
auparavant le lieu de rassemblement. Derrière cette réalité, il y a des mécanismes sociaux qui
entrent en jeux. Le leader est un chef véhiculant des idées, des croyances, orientant la foule
vers un but. C’est cette organisation qui fait qu’une foule va se stabiliser et notamment grâce à
des systèmes basés sur l’influence des individus. « en partageant l'excitation de ceux dont il a
subi l'action, il augmente leur propre excitation, et c'est ainsi que la charge affective des
individus s'intensifie par induction réciproque. On se trouve comme poussé et contraint à
imiter les autres, à se mettre à l'unisson avec les autres. Plus les émotions sont grossières et
élémentaires, et plus elles ont de chances de se propager de cette manière à travers la
masse »7.
On retrouve dans ces propos le même mécanisme qui opère dans les communautés et espaces
online.
Les individus font un arbitrage entre une information privée et une information
publique. De part leurs interactions avec d’autres individus, ils peuvent mettre de côté leurs
préférences individuelles et se laisser entrainer par les choix effectués par leurs pairs. Ces
comportements mimétiques peuvent mener à l’émergence de normes ou de standards alors
même que ces derniers ne sont pas les meilleurs. Jaron Lanier8 met en avant le système de
lock-in qui contraint les individus à utiliser une technologie et à ne pas en changer sous peine
de subir un coût (switching cost). Aussi, cela repose sur les effets de réseaux qui sont stimulés
par un système de contagion puisque l’utilité d’un individu augmente avec le nombre

7
Freud – Psychologie collective et analyse du moi
8
http://www.jaronlanier.com/

3
d’adoptants. C’est pourquoi une technologie peut en dominer une autre qui a priori était plus
performante. Un engouement excessif de la part des individus mène à cette finalité. C’est ce
qu’il s’est passé pour la bataille entre les claviers Dvorak et qwerty. Ce dernier avait des
propriétés inférieures en terme de technologie et s’est pourtant imposé sur le marché.

« L’individu devient incapable d'observer une attitude critique et se laisse gagner par la
même émotion »9

La présence d’un leader ou de modérateurs est également bénéfique pour le groupe car
les modèles ouverts où les individus peuvent collaborer sont caractérisés par la notion de bien
public. Le free-riding est alors fréquent et l’on fait face à des individus qui consomment sans
jamais donner en retour. Il faut donc diminuer l’impact de cette externalité négative.

La polarisation est une des caractéristiques de la foule. Cette dernière peut s’orienter
vers des situations extrêmes pouvant porter préjudice à une tierce personne. La portée des
paroles et les actions des individus deviennent rapidement incontrôlables. Ce ne sont pas les
exemples qui manquent sur la toile. Combien d’entreprise ou même d’individus ont du faire
face à une vague d’idées dévastatrices émanant d’internautes mécontents, impulsifs,
méchants, dépourvus de toute rationalité ?

Fin décembre 2009, l’Eurostar a été la cible d’attaques suite à des pannes de trains.
« Depuis le 19 décembre, des milliers de messages ont été postés sur les réseaux sociaux
comme Facebook ou Twitter pour critiquer l'entreprise Eurostar »10. Face à cette marée de
commentaires négatifs, démesurés, voire menaçants, il est nécessaire de réagir vite afin de
calmer toutes ces ardeurs. L’Eurostar a dans ce cas fait appel à une agence de communication
(We Are Social) qui a aidé l’entreprise à se sortir de cette situation en répondant aux
consommateurs, en les informant…etc.

Avant le web, l’expression était possible à travers les médias traditionnels mais elle
était cadrée. Aujourd’hui les TIC11 permettent à n’importe qui de s’exprimer n’importe quand,
à propos de n’importe quoi en s’appuyant sur une très large audience potentielle. Une

9
Mc Dougall – The group Mind
10
http://www.lemonde.fr/europe/article/2009/12/24/les-entreprises-soignent-leur-e-
reputation_1284616_3214.html
11
Technologie de l’Information et de la Communication

4
entreprise ne peut plus rester en dehors de la toile sous peine d’être victime d’agressions sans
même en avoir connaissance. La veille numérique fait désormais partie du quotidien des
marques pour surveiller leur e-réputation, écouter les bruits, percevoir les tendances. En cas
de dérives, elles doivent être prêtes à réagir et à contre balancer les attaques personnelles
(communiqués de presse, interviews vidéo, contre buzz, réponses aux internautes…etc.)
De plus, dans ce genre de situation, les individus s’entrainent les uns les autres. Les
commentaires deviennent de plus en plus agressifs. L’intelligence collective devient inférieure
à la somme des intelligences individuelles car chacun perd le sens de la rationalité, chacun est
guidé par ses émotions qui tendent vers celles émanent du collectif. Nous retrouvons encore
une fois le mécanisme de contagion où l’individu change ses perceptions, ses jugements, ses
opinions sous l’influence des autres.

Cependant, la foule a un visage moins sombre dans certaines situations. Lorsque


l’agrégation des individus qui la compose entre dans une logique de construction créative et
de savoirs partagés, c’est alors une sagesse12 qui en ressort.

Internet a favorisé les échanges grâce à son modèle ouvert et a permis à des individus
hétérogènes de rentrer en contact et de faire de leur complémentarité et de leur diversité une
force.
D’une puissance sans précédant, cette émergence d’un nouveau genre va révolutionner
le Web. La « peer production » a vu le jour grâce à l’Open Source. Basé sur un modèle
ouvert, chacun peut partager et modifier le travail des autres contributeurs. Les individus ont
un savoir et aiment s’en servir pour contribuer à la création d’un logiciel comme Linux par
exemple. « People just self-select to do projects where they have expertise and interest »13 La
force de l’Economie de la Production réside en la collaboration de membres qualifiés et reliés
entre eux. Chacun apporte une brique de connaissance qui peut booster d’autres individus et
leur donner l’étincelle qui leur manquait pour avancer. Ainsi, cette mise à disposition de
savoir créée un dynamisme et favorise les interactions pour stimuler le potentiel de chaque

12
Surowiecki dans son livre « Sagesse des foules » a étudié la question à travers divers exemples.
13
Originator of Linux – source : Wikinomics, Tapscott

5
individu. La création d’une encyclopédie telle que Wikipédia est également un bon exemple.
Basée sur la collaboration des internautes, elle est aujourd’hui une référence pour beaucoup
d’individus. Créez votre page sur un sujet que vous maitrisez de préférence ; ensuite, chacun
peut rajouter des informations ou encore corriger des erreurs. Le potentiel est énorme et la
véracité des informations devrait tendre vers 1 (opposé de 0).

D’après Herbert Simon, les individus sont dotés d’une rationalité limitée. Ils n’ont pas
forcément toute l’information pertinente à leur disposition, et dans le cas où ils l’ont, ils ne
peuvent la traiter entièrement et peuvent l’utiliser de manière erronée. Les individus font alors
des choix en fonction de leur environnement (décisions des autres, contrainte de temps,
routines…etc.) en essayant de maximiser leur utilité et en essayant de tendre vers une solution
dite acceptable.
Cependant, l’agrégation des choix d’individus tend souvent en moyenne vers un
résultat proche de la réalité. Pour reprendre le célèbre (je ne sais pas si c’est le cas mais
l’exemple revient régulièrement dans les différents écrits sur la question) exemple du
concours de mesure de poids d’un bœuf après l’avoir vidé, la foule avait estimé en moyenne
son poids à 1197 livres. Le résultat exact était de 1198 livres.
« De nombreux non experts ont concouru, comme ces fonctionnaires et autres, qui n’avaient
aucune expertise sur les chevaux, mais qui misent aux courses, en se fiant aux journaux, à
leurs amis, ou à leur propre idée ». Galton, un scientifique du XIXe siècle pensait que la
société ne pouvait être « saine » qu’en présence de quelques individus éduqués. Le reste de la
population étant « stupide et dépourvue de quelconques capacités ». C’est par cette expérience
qu’il se rendit compte qu’une intelligence collective pouvait émerger d’un groupe d’individus
hétérogènes en termes de background intellectuel.

Cette foule peut-elle être bénéfique dans le domaine économique ? Une firme peut-elle
exploiter cette intelligence collective ?
Une entreprise ouverte sur l’extérieur peut puiser des idées, peut échanger, peut co-
créer… grâce à une friction avec des acteurs évoluant en dehors de la structure. Si le monde
extérieur a des ressources en termes de connaissances il faut que l’entreprise joue le rôle de
pompe aspirante afin de capter les signaux et l’intelligence pour en faire un avantage
concurrentiel. En effet, un environnement homogène va tendre vers le conformisme et va
évoluer dans une logique routinière ou le principe de moindre effort chapeautera le tout. A

6
l’inverse, le principe de porosité communautaire favorise les interactions entre des individus
hétérogènes et encourage alors l’émergence d’innovations disruptives.

INTERNE
Entreprise ouverte (ou en Ressources
réseau) et
Monde EXTERIEUR Intelligence
Ressources et intelligence

L’entreprise doit alors choisir d’internaliser ou d’externaliser le savoir. Elle doit prendre en
compte ses coûts de transaction (Coase).

Sa présence sur Internet est une opportunité sans précédent puisqu’elle a directement
accès à ses consommateurs et autres individus à un coût quasi nul. L’innovation de produits
peut donc être accélérée grâce à la contribution des internautes qui peuvent apporter une
connaissance, un savoir-faire, une idée, de la créativité. C’est ce que l’on appelle le
crowdsourcing14.

« …Using ever-spreading, ever-cheaper information technology to bring people outside the


company into the design process15.”

Une entreprise peut faire participer les internautes dans la phase amont de production
d’un produit afin de commercialiser un bien final qui sera en adéquation avec la demande.
Une démarche constructive qui fait appel à la sagesse des foules.

Aussi, une entreprise peut prendre en compte les feedbacks des individus afin
d’améliorer un produit. Il arrive souvent que lorsque l’on utilise régulièrement un bien on se

14
Terme inventé en 2006 par Jeff Howe et Mark Robinson, rédacteurs au Wired Magazine, « le crowdsourcing
est la juxtaposition du mot crowd (la puissance du nombre et la facilité d’y accéder par Internet) et du
mot outsourcing (impartir, donner en sous-traitance une tâche plutôt que de l’assurer à l’interne) »
15

http://www.businessweek.com/innovate/content/jul2006/id20060713_755844.htm?chan=technology_ceo+guide
+to+technology?chan=technology_ceo+guide+to+technology

7
dise : « Tiens, ce serait encore mieux s’il avait cette fonctionnalité » ou encore « Ah c’est
dommage qu’il ait telle caractéristique, avec ça, il aurait été encore plus pratique ». Pour
illustrer ces propos, j’ai trouvé dans un billet du bloggeur presse citron, un résumé intéressant
de commentaires montrant que les internautes peuvent être force de proposition. Le produit en
question est Driin Mobile Phone Holder. A la suite d’un simple post mettant un lien vers un
site de e-commerce pour acheter le bien, les internautes ont donné leur avis et certains sont
intéressants, dans le sens où ils apportent une information non négligeable pour la firme
créatrice.

« Si le téléphone sonne, impossible de le prendre correctement avec le fil si bien enroulé »


« ça ne marche pas qu’avec les mobiles hein, on peut aussi recharger son baladeur par
exemple »
« Le mieux serait d’intégrer la fonction à l’adaptateur secteur ».

Je trouve que la co-conception est porteuse de bonnes idées et favorise l’acte d’achat.
En effet, dans un bien co-produit, on peut se dire qu’il y a un petit bout de soi. Aussi,
participer, être acteur, échanger avec d’autres individus procure aux Hommes un sentiment
d’existence et d’appartenance. Le niveau trois de la célèbre Pyramide de Maslow est atteint et
ouvre les portes vers le chemin menant au sommet. Il est important lorsque l’on fait quelque
chose d’avoir une reconnaissance émanant de ses pairs. La « peer production » est, au-delà
d’un travail collaboratif, une activité sociale. En effet, la motivation de travailler en co-
working repose sur de l’altruisme mais pas seulement. C’est également une manière de gagner
une position sociale online. Souvent, on retrouve une similitude entre celle-ci et celle que l’on
a en offline. D.Cardon a étudié la question : « on juge les gens sur ce qu’ils font et non pas ce
qu’ils sont. Mais faire, c’est des qualités sociales, des compétences culturelles inégalement
distribuées. […] On retombe souvent sur des hiérarchies traditionnelles. »16 Le travail des

16
Interview : http://www.laviedesidees.fr/Internet-nouvel-espace.html

8
individus sur des logiciels Open Source leur donne plus ou moins une certaine reconnaissance
vis-à-vis de leurs pairs selon leurs apports.

Le travail collaboratif rend l’économie plus créative et donc plus productive. Des gens
ordinaires peuvent participer à l’élaboration de choses complexes. C’est également la force du
réseau qui permet de repousser les limites et qui favorise la créativité grâce à l’ouverture, à la
multiplicité des contacts et des échanges, grâce à l’émulation des idées. L’agrégation des
compétences d’individus venant d’univers différents et voulant construire quelque chose
ensemble propulse les idées à l’échelle globale plutôt que de rester dans un milieu restreint et
fermé.
Karim Lakhani17 a étudié la force d’un réseau comme InnoCentive18. Des entreprises
telles que Boeing ou Procter&Gamble déposent sur les sites des problèmes scientifiques que
les membres du réseau peuvent résoudre. Ces derniers sont rémunérés par les entreprises s’ils
trouvent une solution. 30 % des problèmes connaissent une issue positive. L’hétérogénéité des
profils des individus favorise l’émulation, et c’est par ce modèle ouvert et collaboratif que des
solutions à des problèmes complexes sont trouvées. "The strength of a network like
InnoCentive’s is exactly the diversity of intellectual background [...] We actually found the
odds of a solver’s success increased in fields in which they had no formal expertise"19
Tapscott parle lui d’ « Ideagoras », c’est-à-dire que les entreprises ont accès à un
marché des connaissances, des idées, des innovations émanant d’individus qualifiés pouvant
résoudre des problèmes posés par les firmes.

Au-delà des entreprises, ce sont les partis politiques qui ont investi le net afin de
profiter des apports de la foule. Le web est devenu un nouvel espace de communication.
L’exemple de campagne la plus réussie est sans doute celle d’Obama. Les militants ont
contribué à la victoire du Président des Etats-Unis grâce au relais des messages politiques de
pairs en pairs. Une opération basée sur le réseau sur laquelle je ne m’étendrai pas car elle
ferait l’objet d’une étude beaucoup plus approfondie. Aujourd’hui les partis politiques
français tels que l’UMP ou le PS ont créé leur plateforme communautaire où militants,
sympathisants ou électeurs peuvent contribuer. Par exemple, la Coopol, l’espace numérique
du Parti Socialiste (PS), permet aux individus de contribuer, de partager leurs avis et

17
Assistant professor in the Technology and Operations Management Unit at the Harvard Business School
18
“is an open innovation community of smart, creative people who provide solutions to tough problems in
business, science, product development, ...” (source : website)
19
http://www.wired.com/wired/archive/14.06/crowds_pr.html

9
propositions… Ils deviennent des cyber-citoyens avec lesquels le PS peut dialoguer et prendre
en compte les idées et les feedbacks. Tout comme dans la vidéo « US Now » d’Ivo Gormley,
on observe que le système politique peut prendre une nouvelle tournure en faisant de l’e-
démocratie participative. Mais pouvons nous gouverner tous ensemble ?

Nous avons vu qu’une foule pouvait avoir deux visages. L’un laissant place à des
dérives néfastes pour l’environnement dans lequel elle évolue, l’autre tendant vers une
intelligence collective.

Les individus qui intègrent une foule peuvent se laisser dominer par l’âme que dégage
celle-ci et donc laisser de côté leur choix personnels. Ils se laissent emporter par la vague et
leurs émotions prennent le dessus sur leur rationalité. C’est la raison pour laquelle une foule
peut dériver, s’enflammer, devenir incontrôlable. L’influence que chacun joue sur les autres,
tisse une toile entre les individus, construit et entretien de nouvelles relations. Les individus
sont alors comme hypnotisés par une force intérieure leur donnant un pouvoir de destruction,
faisant ressortir leur instinct et compressant leur esprit rationnel.

A contrario, la foule peut être créatrice, porteuse de bonnes idées et intelligente. Les
individus qui la composent transforment leurs intérêts personnels en avantages collectifs et
donc en réelle valeur ajoutée. Ce qui fait la force du crowdsourcing et du travail collaboratif
c’est l’hétérogénéité, la diversité et l’indépendance des individus. Il n’y a pas de compromis
mais plus une solution tendant vers décision satisfaisante pour tous. Pas de conformisme mais
plutôt une émulation entrainant les individus vers le chemin de la créativité. Toujours plus
haut, toujours plus loin, la somme des intelligences doit mener les termes de l’équation à un
résultat bien meilleur que s’ils avaient été isolés.

Cependant, nous pouvons nous interroger sur la réelle existence d’une foule
contributrice sur la toile.

L’agrégation des contenus laisse croire à l’intelligence collective car l’ensemble des
productions sont réunies en un même espace, mais souvent, les individus n’ont pas échangé

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entre eux et n’ont donc pas créé d’émulations, n’ont pas favorisé les frictions. Aussi, ne
faisons nous pas face à des communautés de type cœur/périphérie où les individus centraux
vont fortement contribuer et donc faire ressortir un trend d’idées qui ne sera pas forcément
partagé par la foule (la périphérie) ? Dans de nombreux cas, on observe que seul un petit
groupe d’individus est à l’origine de la majorité du contenu. (Power law) : Wikipédia20, blogs,
notations sur des sites comme Amazon, commentaires divers et variés…etc.
Il serait intéressant d’analyser les mécanismes qui entrent en jeux dans ces sous-
groupes faisant partie de la foule. Comment les signaux se diffusent-ils ? Y-a-il des
communautés plus enclines à échauffer la foule ? à la rendre plus créative ?

20
« Long tail of users participation in Wikipedia » de Ed H Chi on se rend compte que « 1% des utilisateurs de
Wikipédia sont à l’origine de la moitié des éditions faites sur le site »

11