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http://www.gfen.asso.fr/fr/sommaire_histoire_geographie Enseigner l'histoire autrement: devenir les héros des
http://www.gfen.asso.fr/fr/sommaire_histoire_geographie Enseigner l'histoire autrement: devenir les héros des

Enseigner l'histoire autrement: devenir les héros des événements du passé, Alain Dalongeville, Michel Huber; avec la contrib. de Michel Baraer, Tiziana Money, Graciela Fabian,

[et

al.], Lyon: Chronique sociale, 2002.

Chapitre 9: Mexique, 1926: La Christiade, guerre pour le Christ- Roi ou pour la loi?

Un exemple de situation-problème dans l'enseignement de l'histoire du Mexique

Graciela Fabian

(traduction d’Alain Dalongeville)

Graciela Fabian est institutrice à Mexico. Elle a participé à un stage centré sur la situation-problème dans l‟enseignement de l‟histoire, à l‟Ecole Polytechnique de Mexico, organisé à l‟initiative de Javier Perez Siller, en février 2000. Avec son groupe, elle a inventé une situation-problème consacrée à la Révolte des Cristeros, 1926, Mexico. C‟est ce travail qu‟elle nous livre ici. Rajoutons pour le lecteur distrait qu‟en mai 2000, 25 Cristeros « martyrs » ont été canonisés à Rome, et que la même année, le Parti de la Révolution Insitutionnelle, au pouvoir depuis la Révolution n‟est plus au pouvoir : l‟alternance ne se faisant plus au sein du même parti mais également en dehors de lui. Du coup, un certain nombre de thèmes discrets jusqu‟alors, de chansons interdites renaissent. Au Mexique également des changements profonds s‟opèrent rapidement Mais le Mexique est bien loin pour nous Français.

1. Récit d'une recherche et d'une révélation

Dans l'école élémentaire mexicaine, la pratique la plus répandue de l'enseignement de l'histoire se réduit peu ou prou à deux aspects : la mémorisation de dates et de faits complètement coupés de leur contexte historique et au culte acritique des héros de la Nation. Durant le stage consacré à la notion et à la pratique de la situation-problème dans l'enseignement de l'histoire, Alain Dalongeville m'a fait vivre des transformations successives sur divers plans.

La première impression

Depuis ma première rencontre avec la situation-problème (L'Egypte, un don du Nil ? 1 ), j'ai été affectée par sa démarche. Après la première surprise, je me suis mise à réfléchir sur ma perception de l'histoire comme savoir et comme discipline, et donc également sur ma pratique d'enseignante de cette discipline. Les changements qui m'affectèrent alors que j'étais en train de construire un savoir nouveau me remplir d'une énergie qui se traduisit dans le groupe par une attitude constante de recherche et de mise en mouvement.

A propos de l'enseignement de l'histoire et de la notion de concept :

Jusqu’à ce stage, je ne m’occupais pas de proposer aux élèves plus d’une version des différents chapitres d’histoire que nous étudiions. C’est à partir de ce moment que je pus questionner la vision dominante de l’histoire présentée comme vérité en l’opposant à une Histoire complexe et construite à partir de versions contradictoires. D'un autre côté, si j'insistais déjà auparavant sur l'importance des lectures comme sources d'information, les élèves le faisaient plus pour me faire plaisir que motivé par un réel intérêt.

La situation de lecture

remplir une mission, la confrontation de points de vue productrice de questionnements et la mise en avant

active qui obligeait à retourner au texte plusieurs fois, poussés par la nécessité de

1 Cette situation-problème est exposée dans ce même ouvrage.

des concepts comme levier de transformation, tout cela m'apparut comme des possibilités réelles de donner un sens à ma pratique d'enseignante, non seulement en histoire.

L'histoire comme discipline formatrice d'un esprit critique

Je dois avant tout reconnaître que j'étais fortement imprégnée par une conception événementielle de l'histoire. Pourtant, durant ces jours de février, je commençai à m'interroger. Pourquoi? Pourquoi l'événement m'a-t-il empêchée de concevoir l'histoire comme une discipline formatrice de l'esprit critique, formation qui nécessite un travail permanent de recherche et de reconstruction? La réponse à mes questions me furent apportées

Le fait de reconnaître que les choses, les concepts, le savoir, n'ont pas été inventés à partir de rien mais qu'ils sont le fruit d'un processus de construction, qu'ils ont une histoire, tout cela a contribué à une transformation profonde de ma conception de l'enseignement de l'enseignement de l'histoire et plus encore, que la construction des savoirs met en réalité en jeu toute la personne que nous sommes, tout le potentiel dont nous disposons.

Le concept d'altérité

Parmi tous les concepts et supposés théoriques qui sous-tendent la situation-problème, le concept d'altérité a particulièrement attiré mon attention. Même s'il ne fut pas particulièrement exploré au cours du stage, les conséquences pratiques de l’expérimentation de la situation-problème me donnèrent un aperçu de son potentiel si l'on considère que : "en étudiant l'histoire, il s'établit une rencontre avec l'autre-passé (acteur du passé ou témoignage du passé), avec la mentalité, la culture de l'autre qui parle de l'autre et de lui-même 2 ".

Par ailleurs, dans les échanges à l'intérieur des groupes de travail, il se produit une rencontre avec l'autre- présent, rencontre dont nous ne sortons pas intacts, rencontre qui contribue à nous faire reconnaître. Cet aspect, qui va bien au-delà de la discipline histoire et qui, je le pense, touche aux processus pouvant permettre l'intégration des individus dans le collectif, est celui qui m'a encouragée à m'intéressé à la proposition de la situation-problème. En effet, j'y ai perçu une opportunité concrète, claire et structurée, d'ouvrir des espaces d‟exercice qui permettent de développer nos capacités de vivre réellement en société avec tout ce que cela implique. Je suis convaincue que l'école joue un rôle fondamental dans la construction collective, partagée et conflictuelle des savoirs. Je pense que c'est dans ces espaces qu'il faut exercer cette capacité de transformation pour que puissent s'articuler l'individu et le social de manière harmonieuse.

Si l'enseignement de l'histoire peut contribuer à la formation du citoyen, c'est en aménageant une rencontre avec l'autre, que ce dernier appartienne au passé ou pas, rencontre sans laquelle les identités que nous contribuerions à créer ne seraient que des identités closes, repliées sur elles-mêmes, la société n'étant plus qu'une simple juxtaposition de celles-ci. 3

Les changements antérieurs à l'écriture de la situation-problème :

Avant de commencer à écrire notre chapitre consacrée à la situation-problème "Los Cristeros", je jubilais en vivant la situation-problème comme en écoutant les réflexions qu’Alain nous faisait découvrir.

2 Alain Dalongeville, L'enseignement de l'histoire, une expérience de l'altérité? Thèse de doctorat, Paris, 1998. 3 Ibid.

Je dois avouer que quand nous commençâmes à écrire la situation-problème consacrée aux Cristeros, notre euphorie diminua ce qui nous permit de prendre le temps nécessaire à la construction d'une situation-problème. Nous eûmes des moments difficiles, en essayant de trouver les éléments précis pour que notre situation- problème prenne réellement forme. Finalement quand nous présentâmes au reste des stagiaires notre affiche avec l'organigramme de la situation-problème, je ressentis une fois de plus la nécessité de manifester mon désaccord et d'élaborer une proposition alternative reprenant les éléments dont nous avions discuté, mais que nous avions laissés de côté, ainsi que diverses considérations qui me vinrent à l'esprit en écoutant et en observant les exposés qui avaient précédé le nôtre.

Le dernier jour Et le dernier jour arriva et ce fut comme un soupir. Nous finîmes avec précipitation les affiches (y compris avec la mienne comme alternative) et tout ce qui était nécessaire pour la présentation de la situation-problème que nous avions élaborée à propos des Cristeros. Les commentaires des deux animateurs nous aidèrent beaucoup, surtout pour ce qui concerne les éléments qui constituent une situation-problème (rupture, mission, concepts-clefs, rédaction de la situation-problème…). Les rapports des autres groupes commencèrent (trois avant que ne vienne notre tour). J’étais très attentive à ce que les autres stagiaires présentaient, trouvant des convergences avec ce que nous avions fait et, comme toujours, des divergences. J’étais également particulièrement attentive à ce que l’animateur leur renvoyait à propos de leur préparation et à partir de ces réflexions qui surgissaient, je complétais notre affiche. Antécédents historiques à propos de la Christiade ou de la guerre cristera.

Révolution mexicaine

Post-révolution

Guerre Cristera

Consolidation de l‟Etat tant à l‟intérieur, sur le front de la nation, comme à l‟extérieur, sur le front des autres nations (Etats-Unis) ou institutions (l‟Eglise catholique)

Le Mexique moderne

La guerre cristera ou Christiade 4

Expliquer ce conflit est particulièrement complexe car il relève à la fois d'un affrontement entre l'Eglise et l'Etat et ne peut cependant pas être compris si on ne prend pas en compte ses aspects politiques et sociaux.

La guerre cristera fut fondamentalement un mouvement localisé au centre géographique du pays. Historiquement, les relations de l'Eglise et de l'Etat, depuis l'époque de la nouvelle Espagne, ne furent jamais

4 Si le terme de Christiade n‟est pas dans le dictionnaire, il est utilisé couramment en français depuis les travaux de J. Meyer (note du traducteur).

réellement cordiales. Il suffit de se souvenir du rôle des curés comme Miguel Hidalgo y Costilla et José Ma. Morelos qui ont lutté pour l’indépendance.

Plus tard, après le triomphe de la République restaurée, l'Eglise sembla accepter le statu quo. Durant la présidence de Porfirio Diaz, elle parut reprendre du terrain, mais en fait, dans les seuls domaines que l'Etat lui concédait.

Après le triomphe de la révolution et une fois les partisans de Carranza et les constitutionnalistes au pouvoir, l'Eglise catholique fut durement contrée.

Le point culminant de l'idéologie révolutionnaire fut l'Assemblée constituante de Querétaro, élue en 1917.La majorité radicale approuva une constitution qui maintenait en rigueur les idéaux libéraux du 19 e siècle, qui avait trouvé leur expression dans la constitution de 1857, mais elle en rejeta les procédures.

Dans la constitution de 1917, une importance plus grande fut accordée à la société et aux groupes organisés plutôt qu'a l'individu.

L’Etat atteignit une grande solidité, tandis que les éléments de l’opposition comme les grands propriétaires terriens, les intérêts étrangers et l’Eglise catholique étaient affaiblis.

Cette constitution donna sa marque juridique à la Révolution et fixa toute une série d'objectifs à réaliser prioritairement. Les premières applications concrètes des lois agraires, ouvrières, anticléricales et « anti- étrangers », ont dû attendre l'arrivée au pouvoir de l'oligarchie du Nord ou de Sonora, qui conquit le pouvoir par les armes en 1920, quand Carranza commit l'erreur politique de tenter d’imposer son successeur. La phase constructive de la Révolution commença sous la présidence d'Álvaro Obregón et continua sous celle de Plutarco Elías Calles. Cependant, chaque changement d'administration amenait sa cohorte de divisions et de conflits dans la famille révolutionnaire. La stabilité du pays s’est vue menacée par une controverse diplomatique avec les Etats-Unis et par un conflit interne avec les éléments catholiques. La racine de ces deux menaces fut l'effort de mettre en pratique les articles les plus révolutionnaires de la constitution de 1917… 5

L'article 130 ainsi que les articles 3 (éducation), 5 ( les ordres religieux) et 27 (propriété) établissent une politique d’extrême intolérance marquée également par un fort anticléricalisme. La hiérarchie catholique s'opposa aux contraintes constitutionnelles dirigées contre l'Eglise. Cette résistance fut publiée dès 1917, fut republiée à nouveau en février 1926 et joua un rôle très important quand le conflit entre l'Eglise et l’Etat devient critique.

En 1925, sous le gouvernement du général Plutarco Elías Calles, les relations entre le gouvernement et les catholiques se tendirent encore. Calles appliqua avec rigueur l'article 130 et un bon nombre de prêtres d'origine étrangère furent expulsés du pays.

Entre temps, le 22 février 1925, un groupe de catholiques, qui prétendaient fonder l'Eglise Schismatique Mexicaine, s'emparèrent de la paroisse de la Soledad dans la ville de Mexico. Elle fut récupérée deux jours plus tard par le peuple. Cette même année fut fondée la Ligue Nationale de Défense Religieuse.

5 Les paragraphes 5 et 6 de cette présentation préliminaire ont été extraits du livre : Histoire documentaire du Mexique, tome II, l‟étape contemporaine de Stanley ROSS, pp. 436 à 638, Edition de l‟UNAM, Institut de recherches historiques, Mexico, 1984.

Le 4 février 1926, l'archevêque de Mexico, don José Mora y del Río, est déféré devant le Juge pour ses déclarations selon lesquelles le clergé catholique ne reconnaîtrait pas et combattrait les articles 3, 5, 27 et 130 de la Constitution. Cet incident marqua en fait le début de la rébellion cristera.

Le 2 juillet de la même année, le président Calles publia un décret dans le Journal Officiel, sur les délits et fautes en matière de culte religieux. En réponse, l'épiscopat mexicain publia une charte pastorale collective annonçant la suspension du culte dans tout le pays à partir du 31 juillet, date à laquelle entrait en vigueur la loi du Deux. Pour sa part, la Ligue décida d'entrer dans la lutte par le biais de moyens qui outrepassaient la loi, mais sans recourir à la violence. La Ligue incita le peuple catholique à exercer un boycott contre le gouvernement afin que celui-ci abroge les récents décrets de loi. Le gouvernement donna des ordres pour que soient arrêtés les membres organisateurs de ce boycott. La Ligue fut obligée d'exercer une action encore plus drastique : elle créa un comité de guerre qui avait la possibilité d'organiser une lutte armée.

Celle-ci jaillit spontanément et se déchaîna pour s’étendre, en 1927, vers le sud de Zacatecas, Jalisco, Colima,

une partie de Nayarit, Michoacán, Querétaro et Guanajuato, parvenant à se lointains.

propager dans des centres plus

Les rebelles s'appelèrent d'abord "défenseurs" puis "libérateurs" et, finalement, ils prirent le nom de cristeros, en tant qu’individus, pour finalement désigner ainsi leur mouvement.

L’épiscopat maintint une opinion opposée à la lutte armée, en laissant toute la responsabilité à la Ligue de cette forme de résistance. L’opinion modérée de l’évêque de Tabasco, Pascal Díaz, dominait la hiérarchie catholique dont la position coïncidait avec les consignes venues de Rome. Malgré cette position, beaucoup de religieux désobéirent aux ordres et participèrent ouvertement à la lutte armée en aidant les contingents de cristeros, seulement à titre personnel.

Les motivations de ceux qui participèrent à la Cristiada - groupes dirigeants, paysans cristeros, la hiérarchie ecclésiastique - n’étaient pas nécessairement les mêmes. D’une part, il y avait les publications doctrinales, mais d’autre part, pour les contingents populaires, le plus efficace était l’appel au sentiment religieux et l’héroïsme des Cristeros morts dans la lutte armée. Le Cristero était étranger à la haute intrigue politique, qui opposait l’épiscopat dans son ensemble à la Ligue. Son idéologie était celle de gens qui avaient fait partie des troupes de Pancho Villa ou d’Emiliano Zapata, fortement imprégnée d’un caractère défensif et revendicatif.

En 1929, des accords entre l‟Etat et l‟Eglise furent célébrés, accords qui aboutirent grâce à l‟influence de l‟ambassadeur des Etats-Unis, Morrow. Ces accords ne donnaient pas satisfaction, ni à la Ligue, ni aux « Jacobins » mexicains. Comme toujours les tenants des opinions extrémistes restèrent sur leur faim. Les accords furent signés le 21 juin 1929, sans donner lieu au moindre document officiel en raison du statut non juridique de l‟église. L‟archevêque reconnaissait la supériorité de l „Etat et celui-ci la réalité religieuse, sans que soient mentionnées ni une quelconque dérogation aux lois, ni une révocation des accords. L‟unique déclaration favorable à l‟Eglise fut l‟affirmation que la loi serait appliquée « sans sectarisme ». Officiellement, le conflit était terminé, cependant l‟intransigeance de la Ligue…

LA CHRISTIADE, GUERRE POUR LE CHRIST-ROI OU POUR LA LOI ?

Une guerre de résistance aux lois anticléricales ou contre une autorité non reconnue : l‟Etat post-révolutionnaire naissant ? Concepts : autorité et altérité. Notions : institutionnalisation, reconnaissance et consolidation politique de l‟Etat.

1- Déroulement de la séquence:

Temps

Organisation

   

Mission

Séquence 1

 

Commencer à s’approprier deux positions opposées à propos de l’application d’une loi. Comment se justifie une position par rapport à l’autre ?

20

m

4

équipes

en

parallèle

avec

une

Vous vous mettez au travail par groupe. Vous devez montrer à l’aide d’un jeu de rôle, les positions des groupes qui participèrent à la Cristiada :

Un groupe de paysans cristeros (doc. A).

 

mission identique.

 

Représentation théâtrale élaborée par les élèves en s’appuyant sur des documents divers.

Un groupe représentant la Ligue (doc. B). Un groupe représentant la hiérarchie catholique (doc. C) Un groupe représentant le gouvernement (doc. D).

 

Un groupe représentant des groupes ayant participé à la résistance (doc. E).

20

m

Présentation aux autres groupes des travaux réalisés par chacun (chaque équipe lira son texte et sa mission après sa présentation).

Ecoutez attentivement ce que les autres groupes disent à propos de leurs personnages afin de pouvoir comparer.

10

m

Discussion libre en grand groupe.

Que pensez-vous de cela ?

 

L’enseignant note les réactions des élèves : surprise, indignation, incompréhension…, tous les éléments qui leur ont permis d’organiser la situation de travail. Ces éléments sont renvoyés aux élèves, reformulés, sous la forme d’interrogations. De la même manière, il relève les observations des élèves qui concernent des positions de la partie opposée dans

(Puis après un certain temps)

Qui étaient ces personnages ?

Quels intérêts défendaient-ils ?

Au-delà du conflit religieux, qu‟est-ce qui motiva cette guerre ? A-t-elle été une guerre contre l’application des lois anticléricales ou contre une autorité non reconnue : le nouvel état post-révolutionnaire.

Si la cause fut l’application des lois anticléricales, pourquoi

 

ce conflit.

la guerre cristera a-t-elle cessée, alors que lesdites lois ne furent pas abrogées.

Séquence 2

Elle est consacrée au concept d’autorité (compris comme l’exercice du pouvoir) et concept de point de vue contradictoire (ici, de deux autorités, de deux institutions). Ce concept sera exploré à l’aide de celui d’altérité.

 

Les élèves retournent dans leurs équipes initiales pour essayer de répondre aux interrogations qui ont été soulevées, et aux hypothèses, sous la forme d’un texte rédigé.

Vous retournez dans les équipes pour formuler une réponse aux questions qui sont apparues dans la phase des rapports.

 

Confrontation des travaux des élèves. Le temps passant, le maître interrompt les discussions qui deviennent incohérentes…

Lecture des hypothèses. Discussion critique et argumentée.

 

Exposé magistral du maître qui insiste sur les notions d’autorité comme exercice du pouvoir, et de point de vue, dans lesquelles les motivations des opposants jouent un rôle essentiel. Aussi les élèves se préparent à la pratique de critique de témoignage pour attirer leur attention sur l’importance de la prise en compte des divers aspects d’un contenu historique, aussi bien pour ce qui est des faits historiques eux-mêmes, que pour ce qui est des acteurs historiques eux-mêmes.

Ecoutez quelles sont les hypothèses qui ont été retenues et inventées par les groupes.

1. Les représentations des élèves:

En examinant les manuels du primaire comme du secondaire, on peut se rendre compte que le thème est traité très brièvement et de manière simpliste. Il est donné pour acquis que la Révolution cristera fut avant toute chose un conflit religieux qui se conclut quand l’Etat arriva à un accord avec la hiérarchie catholique. Cet épisode historique est très peu mis en évidence dans l’enseignement de l’histoire, voire complètement ignoré. Il faut dire que la Révolution mexicaine accapare toute l’attention et qu’elle revêt une importance différente selon les régions.

On peut affirmer que les élèves ont peu de représentations concernant la période historique de la Christiade. Quand c’est le cas, elles peuvent se résumer à la suivante : La Christiade fut une guerre religieuse entre le gouvernement fédéral et l’Eglise.

Dans le déroulement de la séquence 1, au cours du travail de groupe, des représentations surgissent qui sont à la fois le développement de la représentation générale exposée précédemment et des représentations dérivées de la lecture. Elles peuvent être classées en deux groupes :

- Le président Calles a attaqué l’Eglise parce qu’il était athée et franc-maçon.

- L’Eglise a été attaquée par un gouvernement intolérant.

- Le peuple mexicain était en désaccord avec les lois agraires comme avec les lois anti-religieuses.

- Ce fut une guerre religieuse pour défendre la foi catholique.

- Le gouvernement voulait faire respecter les Lois qui émanaient de la Constitution de 1917.

- L’autorité du gouvernement fut bafouée par l’Eglise.

- Les Cristeros étaient des fanatiques religieux et des bandits.

- Le peuple espérait que la paix et l’ordre seraient retrouvés avec l’application des lois.

- Ce fut une guerre motivée par la nécessité de défendre l’application de la Loi.

En tout cas, il est important de centrer l’attention des élèves sur :

- Les motivations qui amenèrent les protagonistes à s’affronter (deux institutions, l’une naissante et l’autre formidablement enracinée dans la société).

- L’impact que la lutte entre les deux institutions eut sur la population qui intervint, les armes à la main, dans ce contexte et qui manifesta son mécontentement non seulement en matière religieuse mais aussi sur le plan social.

Alors, on peut comprendre que plus de deux positions se croisent dans ce fait particulier. D’un côté, l’urgence de mettre en application la Loi fondamentale proposée et soutenue par l’Etat ; De l’autre côté, la résistance d’une Institution qui tente de ne pas perdre d’influence et qui essaie même de retrouver une emprise dominante sur la société ; et, entre ces deux positions, une troisième, celle que finit par adopter la communauté catholique avec ses diverses composantes ( paysans, avocats, curés) et qui transforme ce conflit politique en un soulèvement armé.

Ces motivations si diverses nous permettent non seulement de remplir les objectifs notionnels qui se rapportent au processus d’institutionnalisation ( reconnaissance et consolidation pour partie de l’Etat, confirmation pour partie de la puissance de l’Eglise catholique). De plus, cette diversité permet d’exploiter les notions de point de vue par rapport à « l’autre croyant, Cristero ou membre de la ligue » et par rapport à « l’autre être institutionnel, Etat ou Eglise ».

1.

Le point sur la question :

Reconnaissance et consolidation politique de l’Etat post-révolutionnaire.

Deux notions fondamentales sont au centre de notre travail : celle d’institutionnalisation et celle d’autorité (comme exercice du pouvoir).

Le premier aspect de l’activité consiste en ce que les élèves prennent conscience de l’importance que revêt (pour le nouvel état révolutionnaire) le fait que l’Eglise le reconnaisse comme l’Institution régissant la vie sociale de la Nation, en respectant les dispositions contenues dans la loi fondamentale. Pour ce faire, il faudra faire ressortir le pouvoir que l’Eglise possède encore sur un large secteur de la population, même si l’Eglise se verra contrainte d’accepter les dispositions constitutionnelles qui amenuisent son influence sur la société et qui expliquent qu’une partie des Chrétiens prennent les armes pour défendre son autorité.

Le second aspect consiste en ce que les élèves prennent conscience de ce que l‟Eglise, comme Institution, exerce une influence considérable qui lui donne une autorité incontestable même si Elle ne prend pas une part active dans la guerre cristera.

Mais sans la participation de la société, incarnée par les paysans cristeros et les représentants de la Ligue, cette lutte entre deux Institutions n’aurait pas atteint sa formalisation.

2. Indications sur l’animation

Les documents supplémentaires:

Ils ne sont pas faits pour être utilisés pendant la situation-problème. Le professeur peut s‟en servir s‟il le désire afin d‟appuyer son magistral final et pour montrer aux élèves que le problème abordé ne se limite pas aux seules positions personnelles des personnages suggérés dans les textes qui servent à nourrir les jeux de rôle. On pourra insister sur la recherche qu‟on peut mener de manière imprudente en utilisant des extraits de documents tronqués, indirects, qui encouragent une lecture acritique comme c‟est souvent le cas dans les manuels scolaires.

Les compléments informatifs:

Informations complémentaires à propos de P. –E. Calles et de l’oligarchie de Sonora.

Informations complémentaires à propos de la Ligue de Défense Religieuse.

3. Documents :

Document A : Mythe et réalité d’Un ami de ma terre.

Document supplémentaire à utiliser éventuellement : Ici, ils ne purent rien contre les Cristeros.

Document B : Le boycott de la Ligue (juillet 1926).

Document supplémentaire à utiliser éventuellement : La fondation de la Ligue Nationale de Défense Religieuse (9 mars 1925).

Document D : Déclarations du Président Calles à propos de l’attitude du Clergé (5 juillet 1926).

Document supplémentaire à utiliser éventuellement : Conversation entre le Président Calles et les évêques de Michoacán et Tabasco.

Document C : Protestation de l’épiscopat mexicain (1917).

Document supplémentaire à utiliser éventuellement : article 130 de la Constitution.

Document E : Le jour ou se forma la défense de Mezquitic.

4. Prolongements didactiques :

Après avoir représenté leurs jeux de rôle et analysé les raisons d’être des positions adoptées et pourquoi celles-ci s’affronteront et déboucheront sur une guerre civile, il est nécessaire que les élèves aient un moment

de recherche individuel et/ou collectif à propos de la société mexicaine de l’époque, pour mettre en lumière les circonstance de la guerre Cristera.

Equipe

Protagonistes

Documents

1

Représentants de l’Etat :

 

- Le Président Calles

- Documents 1 et 7

- Les gouverneurs

- Documents 2 et 8

- Autres autorités

- Document 3

2

Les Cristeros :

 

- Les paysans

- Document 13

- Les chefs cristeros

- Document 4

- Les représentants de la Ligue

- Document 9

3

L’Eglise :

 

- Les membres de l’Episcopat

- Document 10

- Les membres du Clergé qui participèrent à la révolte

- Documents 5 et 6

4

Les intermédiaires :

- Document 11

- Document 12

- La position de Rome

- La position de l’ambassadeur des Etats-Unis.

Référence des documents :

- Document 1 : Lorenzo Meyer, 1988, « La consolidación de las instituciones » dans Historia general de México, tomo 2, El Colegio de México, Mexico, pp. 1187-1188.

- Document 2 : Ibid., pp. 1188 à 1194.

- Document 3 : Alicia Oliviera de Bonfil, 1994, La literatura cristera. Canciones, pp. 46-51, 2 e édition, Mexico.

- Document 4 : Ibid., Corridos, pp 63-68.

- Document 5 : Ibid., Corridos, pp 98-100.

- Document 6 : Eugenio Garcés Obregón, 1931, Vida del padre Miguel Agustín Pro, de la compañía de Jesús México, Buena Prensa.

- Document 7 : Enrique Krause, Biografía del poder, « Obregón », Editorial Clio.

- Document 8 : Ibid., « Calles ».

- Document 9 : Quotidien Hoy, juin 1943, Fundación de la Liga Nacional de Defensa Religiosa de marzo de

1925.

- Document 10 : Conversación sostenida entre el Presidente Calles y los obispos de Michoacán y Tabasco.

- Documents 11 et 12 :

- Document 13 : Carmen Robles Ibarra, « Hija de María ».

1. Annexes :

Document A : Mythe et réalité d'un ami de ma Terre, Jésus de la Torre.

La Christiade allait à Valentin comme un gant. Les chefs agraristes de par la vallée étaient ses amis, il était en délicatesse avec le gouvernement. Pour cela, ou il s'engageait ou il devenait bandit. Valentin ne savait pas quoi faire. Et c'est pour ça que la Christiade lui allait comme un gant. Quand Pedro Quintanar entra à Huejuquilla, il invita les gens à le rejoindre. A peine ceci fut-il organisé que, le dimanche 29 août 1926,vers deux heures de l’après-midi, les troupes de la fédération leur tombèrent dessus. Ce fut la première bagarre. Les Cristeros, nous étions déjà quelques-uns, presque tous venaient des ranchs. Ils étaient peu nombreux à venir du village même. Nous

Le village commença à être isolé. Beaucoup trouvèrent refuge chez leurs

familles, dans les ranchs. D'autres allèrent dans les hauteurs, ils ne revinrent jamais. Le bruit courut que

le général Eulogio Ortiz, chef de la région de Zacatecas allait arriver d'un moment à l'autre pour se venger de la déroute du 29. I1 s'était écoulé peu de temps quand, le 2 septembre de la même année, par pure malchance, Valentin se heurta au général Eulogio Ortiz accompagné de 600 hommes. Valentin pensait que tout allait s'arranger et qu'ils l'incorporeraient dans la troupe. Sans hésiter, ils le pendirent dans, près de la ferme du Refuge… On dit que , le jour suivant, passa par-là, Jésus Pinedo, un général cristero, auquel s'étaient joints ceux de la vallée, et qui ne pardonnaient rien, et qui au contraire depuis les accords du 29 allaient tuant et volant. Pinedo pendit Valentin et pendant qu'il l'enterrait, une tourmente s'abattit. Sa sépulture resta à moitié ouverte, pleine d'eau. Les herbes poussaient mieux à cet endroit. Les femmes y apportaient des ornements et des bougies. Parce que c'était un martyr et qu’il avait accompli des miracles.

leur opposâmes une résistance

Document supplémentaire : Ici, personne ne vint à bout des Cristeros, Jésus Garcia Gallegos.

Absolument, dans cet endroit, la Fédération n’a pas su s’y prendre. Depuis le jour où Quintanar entra dans Huejuquilla, les Sardes donnèrent de mauvais fruits par ici. Ils perdirent beaucoup de bagarres dans la région. Je fus le témoin d'une de ses batailles, où si on ne leur donna pas le coup de grâce, c'est parce que Justo Avila (capitaine cristero) avait conclu un marché avec le général Vargas (qui commandait les troupes fédérales).

Ce fut en l'année 1928, en pleine Christiade donc. On était en plein mois de janvier. Comme la ferme de San Antonio avait du maïs, le général Vargas y avait établi ses quartiers avec quelques 200 soldats. Ils

avaient posté deux vigies dans la tour de l'église qui à grands cris indiquaient d'où venaient les tirs. Le

Au même

général Vargas avait ordonné qu'on selle et que l'on sorte à l'abri d'un petit monticule

moment, depuis notre ranchito, quelques Cristeros se détachèrent et réussirent à s'approcher du torrent. Ils arrivèrent ainsi près du cône. Les soldats les reçurent avec une fusillade et leur firent faire demi-tour. On voyait qu'ils voulaient seulement les provoquer. Les Sardes ne purent s'empêcher de mordre à l'hameçon et de les poursuivre. Ils ne tinrent pas compte des vigies qui essayaient de les informer du nombre de personnes qu’il y avait. Et donc, les hommes de Pepe Sanchez, du père Montoya, commencèrent à descendre. Ils avaient bien calculé quand les derniers soldats sortirent parce qu'ils les prirent entre deux feux. Des tirs et des coups de sabre de tous les côtés. La bagarre dura un long moment. Ici, on entendait seulement la fusillade au loin. Nous nous déplaçâmes et vîmes un groupe qui attendait l'exécution de Margarita. C'étaient des hommes de Justo Avila qui avaient été des partisans de Villa allié au général Vargas. Ils avaient été compagnons donc. C'est pourquoi ils ne se mêlèrent pas de ça et ne firent le moindre geste

ils firent sortirent

mon père, don Anastasio Ledezma et don Miguel Gonzalez. Ils exigèrent des armes. Le père Montoya voulait tuer don Miguel Gonzalez. I1 disait que les soldats avaient caché des fusils.

Les Cristeros prirent la ferme de San Antonio et entrèrent dans toutes les maisons

Document B : Le Boycott de la Ligue 6 (juillet 1926)

En plus de la suspension du culte public (31 juillet 1926) la réaction catholique contre le Président Calles inclut la proclamation d’un boycott économique de la Ligue National de Défense Religieuse qui a été appuyé par le Conseil épiscopal.

A partir du 31 juillet de l’année courante et tant que le décret proclamé par l’Exécutif de l’Union est en vigueur (date butoir le 14 juin), décret qui renforce et s’ajoute au Code Pénal, les habitants de la nation mexicaine, qui aiment la liberté, développeront une action générale de défense et de paralysie dans tout le pays qui consistera à bloquer la vie sociale et économique par les moyens suivants :

- S’abstenir de donner à paraître des annonces ou d’acheter les journaux qui s’opposeraient à la

présente action ou qui ne lui apporteraient pas de soutien. Le silence serait compris comme défaut

6 María Elena Sodi de Pallares, “Histoire du dernier conflit religieux”, Jueves de Excélcior, quotidien, 20 mars 1952.

d’aide. Pour ce qui concerne les journaux de la ville de Mexico, rien ne sera entrepris contre eux sans recommandation express de la Ligue.

- S’abstenir de faire le moindre achat qui ne serait pas indispensable à la vie quotidienne (articles de

luxe, et autant que possible les vêtements, supprimer le superflu comme les « friandises », fruits, glaces, rafraîchissements, etc, et même n’acheter que l’indispensable parmi les produits de première nécessité).

- S’abstenir le plus possible d’utiliser les véhicules, surtout les véhicules particuliers, et si cela s’avérait indispensable malgré tout, choisir les moins coûteux. Ne pas participer à des jeux ou divertissements publics ou privés. Limiter sa consommation d’électricité. Abstention totale et définitive d’assister aux

cours dans les écoles laïques.

A ces mots d’ordre, d’autres suivirent en accord avec les circonstances.

Document supplémentaire : La fondation de la Ligue de défense religieuse (9 mars 1925)

Depuis près de 9 ans, aucun effort sérieux pour pour renforcer les dispositions constitutionnelles contre l’Eglise bien qu’il y ait eu des incidents anticléricaux et des actes de la part de Catholiques violant la loi fondamentale. L’élection de Calles, lui-même précédé d’un passé fortement anticlérical dans la région de Sonora, a été suivie par l’organisation de la Ligue.

Sa raison d’être. Il est temps maintenant d’unir les Catholiques mexicains pour défendre la Religion et la Patrie. La Constitution qui nous régit, élaborée en Quéretaro, par un groupe armé, a mis en place, de façon permanente, la persécution religieuse comme institution de l’Etat… C’est précisément après cela que nous décidâmes de nous unir, réunissant toutes nos forces, pour qu’ensemble et en même temps, nous fassions un effort énergique et tenace, suprême et irrésistible, afin qu’une fois pour toutes nous ôtions de la Constitution toutes ses injustices et toutes ses tyrannies, d’où qu’elles viennent… et c’est pour remplir ces buts que fut fondée la Ligue Nationale de Défense Religieuse.

Nature et programme de la Ligue. La ligue est une association légale, à caractère civique, ayant pour but de conquérir la liberté religieuse et toutes les libertés qui en découlent dans les domaines social et économique, en usant des moyens adéquats que les circonstances imposeraient. Au Mexique, la question religieuse est une question politique, depuis qu’elle est définie dans la Constitution de la République et depuis que les pouvoirs publics se sont arrogés le droit de légiférer en cette matière. En conséquence, les citoyens peuvent s’associer (…) légalement (…) pour discuter des problèmes religieux. *…+ La hiérarchie catholique n’a rien à voir avec la Ligue ni avec sa fondation, pas plus que dans sa direction ou dans ses orientations. Cela ne veut pas dire que la ligue soit en opposition avec les autorités ecclésiastiques, mais elle souhaite agir en toute indépendance par rapport au Conseil et par rapport aux plus hautes instances de cette même autorité, en assumant seule toute la responsabilité de ses actes….

Le but de la Ligue est donc, d’arrêter l’ennemi et de reconquérir la liberté religieuse ainsi que les autres libertés qui en découlent. La ligue a un programme qui n’est ni un cri de guerre, ni une exigence vide de propositions : il s’agit seulement d’une synthèse de revendications justes et nécessaires… : 1. Liberté

totale d’enseignement. 2. Droits identiques à ceux des autres citoyens pour les citoyens catholiques. 3. Droits identiques aux autres institutions pour l’Eglise. 4. Droits identiques aux autres travailleurs pour les travailleurs catholiques.

Document C : Protestation de l’épiscopat mexicain 7 (1917)

Le code de 1917 foule aux pieds les droits sacrés de l’Eglise catholique et de la société mexicaine ainsi que les droits individuels des Chrétiens.

Nous ne prétendons pas nous immiscer dans les questions politiques, mais défendre, selon nos moyens, la liberté religieuse du peuple chrétien face à l’attaque rude portée à la religion et nous limiter à protester contre cette atteinte avec énergie et dignité.

En accord avec les doctrines des Pontifes romains, animés également par le patriotisme, nous sommes loin de soutenir la rébellion armée contre les autorités constituées, sans que pour autant cette soumission passive à quelque gouvernement que ce soit, puisse être interprétée comme le signe de notre approbation intellectuelle et volontaire aux lois antireligieuses ou aux mesures injustes qui en émaneraient, sans que non plus notre attitude ne puisse être le signal que les Catholiques, nos fils, devraient se priver du droit qui est le leur en tant que citoyen de travailler légalement et pacifiquement à effacer ces lois, quand leur conscience et leur droit les y poussent…

Nous avons comme unique mobile le devoir que nous impose la défense des droits de l’Eglise et de la liberté religieuse… contre la tendance destructrice de la religion, de la culture et des traditions qui anime les Constituants, nous protestons comme chefs de l’Eglise dans notre pays.

Enfin, nous protestons contre les attentats perpétrés au nom de la liberté religieuse et des droits de l’Eglise, et déclarons que nous méconnaissons tout acte ou manifeste, même s’il émane de quelque personne de notre diocèse, fut-il un ecclésiastique ou un dignitaire, si cet acte ou ce manifeste sont contraires aux présentes déclarations et protestations.

Message de protestation :

[…] le 24 octobre 1934, son Excellence le nonce apostolique au Mexique, Leopoldo Ruiz y Florez ; lança un message de protestation à tous les Catholiques mexicains, à propos des crimes de ce qui est appelée Révolution mexicaine dans lequel il disait :

On ne peut maintenant cacher à personne le but poursuivi par ceux qui

7 Voir le quotidien L’Universel, (El Universal) 8 février 1926.

Document supplémentaire : article 130 de la Constitution.

L’intervention en matière de culte religieux et de discipline externe, désignée par les lois revient aux pouvoirs fédéraux. Les dites autorités œuvreront comme auxiliaires de l’Etat fédéral.

Le Congrès ne peut édicter des lois établissant ou interdisant une religion quelconque.

Le mariage est un contrat civil. Cet acte ainsi que ceux établissant l’Etat civil des personnes sont de la compétence exclusive des autorités civiles.

La loi ne reconnaît aucune existence réelle aux associations religieuses dénommées églises.

Les ministres du culte seront considérés comme des personnes exerçant une profession et seront directement soumis aux lois qui existent en cette matière. Les législatures des Etats auront seulement la possibilité de déterminer, selon les nécessités locales, le nombre maximum de ministres du culte. A Mexico, pour exercer la fonction de ministre d’un culte quelconque, il est nécessaire d’être mexicain de naissance. Les ministres du culte ne pourront jamais tenir des réunions privées ou publiques , se constituer en association, ni mener une propagande religieuse ou encore critiquer les lois fondamentales du pays, ou les autorités en particulier, ou le gouvernement en général ; ils n’auront aucun rôle de citoyen actif ou passif, ni droit de s’associer à des fins politiques. L’autorisation du secrétariat du gouverneur est nécessaire pour les cultes nouvellement implantés pour pouvoir être ouverts au public. Sous aucun prétexte on ne pourra ni proroger la validité, ni accorder de dispense, ni aménager l’homologation des études faites dans les établissements.

Les publications périodiques à caractère religieux ne pourront faire de commentaires politiques nationaux ni donner des informations sur les actes des autorités du pays ou ceux de particuliers qui seraient en relation directe avec le fonctionnement des Institutions publiques. Il reste formellement interdit la formation de tout type de groupe politique dont le nom serait en relation quelconque avec quelque confession religieuse que ce soit. On ne pourra célébrer de réunions politiques dans aucun établissement religieux.

Un ministre d’un quelconque culte ne pourra hériter soit directement soit par personne interposée d’un bien immobilier occupé par une quelconque association de propagande religieuse, ou ayant des fins religieuses ou de charité. Les ministres du culte sont dans l’impossibilité légale d’être héritiers testamentaires de ministres du même culte ou d’un particulier avec lequel ils n’auraient pas de liens de parenté moins éloignés que le quatrième degré. Les biens mobiliers ou immobiliers des clercs, ou des associations religieuses, seront régis pour ce qui est de leurs acquisitions par des particuliers conformément à l’article 27 de cette même Constitution.

Document D : Déclarations du président Calles à propos de l’attitude du clergé (5 juillet 1926)

Pris dans une controverse diplomatique avec les Etats-Unis sur la législation de la terre et du pétrole, le gouvernement Calles s’est trouvé en difficulté également à l’intérieur en raison du conflit religieux. Suivent les déclarations de Calles motivées par la suspension du culte public et par le début du boycott économique.

Nous n’avons pas vu la nécessité, nous n’avons pas eu le désir de faire une seule nouvelle loi en cette matière. Nous nous sommes limités à faire appliquer celles qui existaient, les unes depuis la Réforme. […] les autres depuis 1917 (…) et si des règlements ont été établis et des sanctions ont été prévues…. dans les modifications du code pénal qui ont provoqué directement la curieuse « campagne de paralysie de la vie économique et sociale du Mexique », tout ceci était élémentaire et résultait d’une parfaite logique, puisqu’il est fondé de faire respecter les articles de la Constitution qu’était en train de violer le clergé, selon son propre aveu, cela ne pouvait réussir, à moins d’établir des peines pour punir les violations, peines que nous avions le pouvoir de fixer (… ) et qui, d’autre part, ne sont en aucun cas excessives. Naturellement, mon gouvernement ne pense même pas à adoucir les réformes et les amendements au Code Pénal, dont les chefs politiques catholiques et les mauvais prélats de notre pays se sont servis comme prétextes pour s’opposer à l’œuvre reconstructrice et révolutionnaire sur le plan social que nous avons entamée. Et chaque nouvelle manifestation d’animosité et d’opposition ou de gêne faite aux devoirs du gouvernement, se traduiront forcément par de nouveaux moyens de répression pour tous ceux qui désobéissent ou ignorent les Lois du Mexique… Cela servira seulement à démontrer… le manque de force de ceux qui usent de ce procédé criminel et qui, s’il a du succès, blesserait à peine le gouvernement et, en revanche, causerait de graves et d’irréparables dommages à la grande majorité du pays…

Document supplémentaire : Conversation entre le président Calles et les représentants de l’épiscopat mexicain.

L’évêque de Michoacán : Ce n’est pas seulement ça, en plus, comme dirait un constituant, la constitution a la prétention de ne reconnaître en aucune manière l’Eglise !

Monsieur le Président : La constitution ne reconnaît aucune existence légale à l’Eglise.

L’évêque de Michoacán : Effectivement ainsi est-ce pire, et ce ne serait pas un déshonneur pour le gouvernement tandis que les Chambres reconsidèrent la Loi, qu’il ordonne que les choses restent en l’état.

Monsieur le Président : Je ne peux satisfaire votre demande.

L’évêque de Michoacán : Avec un peu de bonne volonté, cela serait en votre pouvoir.

Monsieur le Président : Tout le monde me le reprocherait et vous êtes les premiers qui le jetaient à la figure des gouverneurs car dans la lettre que vous m’adressez, vous dites qu’untel et untel n’ont pas respecté la Loi.

L’évêque d’Obispo : Ce n’est pas un reproche mais une louange adressée à la conduite de ces gouverneurs.

Monsieur le Président : Je vous répète qu’il n’y a pas d’autre solution qu’obéir à la Loi.

L’évêque d’Obispo : A propos de la considération que vous accordez à notre proposition, nous avons la conviction qu’elle correspond aux aspirations du peuple. Nous ne souhaitons pas que vous nous donniez votre réponse de suite. Examinez la situation avec vos « avocats », étudiez-la vous-mêmes et vous vous rendrez compte qu’il s’agit d’une façon de sortir de l’impasse sans que le gouvernement ne cesse de respecter la Loi.

Monsieur le Président : Je continue à répéter qu’il n’y a pas d’autre voie que celle d’obéir à la Loi.

L’évêque de Tabasco : Mais à cause de l’Etat civil, il y eu beaucoup d’abus et il est maintenant une condition indispensable pour que le sacerdoce puisse s’accomplir ; et je pose la question : « d’où vient le pouvoir sacerdotal ? Les autorités municipales donnent le pouvoir du sacerdoce ? »

Monsieur le Président : Pour le gouvernement peu importe le pouvoir auquel vous faites allusion. De plus, je ne connais aucune Loi qui dise que les présidents municipaux ont la faculté de désigner les prêtres qui doivent exercer.

L’évêque de Michoacán : Mais la Loi dit que toute personne qui se présente devant les autorités municipales peut être inscrite et que les présidents des municipalités doivent décider s’ils l’acceptent ou pas. De cela résulte que si un « perroquet » se présente à une municipalité en manifestant le désir d’exercer une charge dans tel temple, si le président de la municipalité est son ami, il la lui cèdera avec grand plaisir.

Monsieur le Président : Je ne crois pas que l’on puisse retenir cela dans le jugement d’un quelconque président municipal. L’évêque de Michoacán : Mais on peut être aisément trompé : si par exemple un prêtre en raison de sa mauvaise conduite a été expulsé de l’Eglise, il peut décider d’y rentrer à nouveau, et en se prévalant de l’amitié du président de la municipalité ou en arguant de quelque argutie qu’on lui aura soufflée…

L’évêque de Michoacán : Quand on essaie d'attaquer les principaux fondements d'une association, il est naturel que celle-ci tente de les conserver à tout prix. Par exemple, si le gouvernement demandait à la maçonnerie de lui livrer tous ses secrets, non seulement elle ne peut le permettre, mais de plus, se désintégrerait.

L’évêque de Tabasco : Je vous ai déjà dit en toute sincérité que ce n'est pas une question d'amour-propre ; nous sommes prêts à tout sacrifier hormis nos principes.

Monsieur le Président : Vous ne sacrifiez pas vos principes mais vous voulez que nous sacrifiions les nôtres.

L’évêque de Tabasco : Non, monsieur, nous ne vous disons pas de sacrifier vos principes mais nous essayons de trouver une manière de respecter la Loi sans que nous ne dérogions à nos principes et sans que le gouvernement ne soit déshonoré. Aussi est-ce pourquoi nous supplions monsieur le Président, de la façon la plus respectueuse, qu'il attende pour le moment

Monsieur le Président : Vous me dites d'attendre

L’évêque de Tabasco : Oui monsieur, d'attendre un peu ; de suspendre l'effet de cette Loi.

Monsieur le Président : Je ne peux le suspendre.

L’évêque de Tabasco : Si vous le pouvez, monsieur, car de la même façon que vous avez pu attendre tant de temps pour mettre en pratique les dispositions de la Constitution, à ce titre, vous pouvez attendre un petit peu plus pour résoudre le problème.

Monsieur le Président : Je vais vous démontrer qu'il n'y a pas de problème, mais le seul qui pourrait être créé, c'est de vous lancer dans la rébellion et dans ce cas, le gouvernement est parfaitement préparé pour vous vaincre. Je vous l'ai déjà dit, vous n'avez plus que deux chemins : vous soumettre à la Loi mais si cela est contraire à vos principes, vous lancer donc dans la lutte armée et essayer de renverser l'actuel gouvernement pour en instaurer un autre qui édicterez des lois qui seraient en harmonie avec votre manière de penser ; mais, dans ce cas, je vous répète que nous sommes suffisamment préparés pour vous vaincre.

L’évêque de Tabasco : Non monsieur, telle n'est pas notre mission; et je me réjouis beaucoup que vous abordiez ce point, parce que ces derniers jours durant lesquels il a été beaucoup question de révolutions, toutes nos associations ont été pressées de rappeler aux Catholiques quelle est notre doctrine, de leur dire que comme citoyens, ils peuvent faire ce qu'ils veulent mais que, dans nos associations, les actes de rébellion sont sévèrement condamnés. Monsieur le Président : Mais ils n'en tiennent pas compte

L’évêque de Tabasco : Effectivement, quelques-uns ne nous écoutent pas, de la même façon que

Document E: Le jour où s'organisa la défense de Mezquitic, Fernando Robles Romero.

Felipe Hernández et Quirino Lobatos étaient les chefs cristeros du canyon de Mezquitic. Ils arrivèrent à Nostic, regroupèrent les gens et exigèrent des armes, des chevaux et de l'argent, ou bien que les gens s'engagent dans les rangs cristeros. Les gens du village, par la bouche d'Apolonio Gonzalez, demandèrent quelques jours de répit pour savoir quoi faire. Cela devait leur permettre de mieux protéger leurs intérêts. Et, ils choisirent de former un groupe favorable aux Cristeros.

Quand Apolonio prenait les armes contre le gouvernement, il était sans armes ! Le jour du

« pronunciamento » de la décision de ceux de Nostic, mon père était dans la ville de Zacatecas. I1 était allé chercher les armes que le gouvernement leur avait promises quand ils s'étaient décidés à combattre les Cristeros

Le dimanche 14 août 1927

Felipe Hernandez et Quirino Lobatos étaient avec mon oncle don Luz lui

réclamant de l'argent. I1 leur avait fait voir qu'en ce moment il n'en avait pas, qu'ils devaient attendre

il divisa ses

quelques jours

hommes en groupes de 5 ou 6 et leur demanda d'entrer dans le village par des rues différentes et de le traverser au vu et au su de tous. Il leur demanda également de ne prendre personne à parti à l’aller, mais

En arrivant sur la place, ils

Felipe

virent Quirino Lobatos et son adjoint. Apolonio se jeta sur eux

de ramener au retour tous ceux qu'ils rencontreraient portant des armes

Au

milieu de la matinée, Apolonio sortit avec ceux de Nostic vers Mezquitic

les désarma et le mit en prison

Hernandez et Eulalio Gonzalez se rencontrèrent à l'autre bout de la place. En voyant ce qui se passait, ils

essayèrent d’aller chercher leurs armes mais ils furent tués. Ce jour, 14 août 1927, naquit la Défense de Mezquitic. En finissant de nettoyer le village des Cristeros, Apolonio chercha Vidal Martinez pour le laisser prendre en charge le Défense de Nostic, étant donné

qu’il irait à Colotlán se présenter au colonel Medina. Don Luz Robles prit le commandement du groupe de Mezquitic

1. Bibliographie en français :

Cette bibliographie est destinée au lecteur français et ne constitue en aucune façon la bibliographie que Graciela Fabian a utilisée pour l’élaboration et la rédaction de cette situation-problème. On peut constater que depuis 25 ans, la Révolution mexicaine intéresse peu les éditeurs et le lectorat en France.

MEYER Jean, 1974, Apocalypse et révolution au Mexique, coll. Archives, Gallimard (épuisé).

MEYER Jean, 1975, La Christiade. L’église, l’état et le peuple dans la révolution mexicaine, Payot (épuisé).

NUNES Americo, 1975, Les révolutions du Mexique, coll. Questions d’histoire, Flammarion (épuisé).

OUDIN Bernard, 1989, Villa, Zapata et le Mexique en feu, coll. Découvertes Gallimard, Gallimard.