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Rêve évolution N°1 Editions Anonymes

Rêve évolution N°1

/Think about Revolution!!!/ Think about evolution!!!/

Dans ce numéro et dans l'ordre :

Le terrorisme poétique (p2) / Le sabotage artistique (p2) / La


nef des fous (p3) /
Passons à l'action directe (p5) / La révolution des silencieux
(p5) /
Résister c'est créer en Argentine comme en Belgique (p6) /
Différence de perception (p8) / Le contrat (p9) Apologie du don
à l'étalage (p10) / Ecovillage : Utopie ou réalité? 1ère partie
(p11) / Ecovillage : Utopie ou réalité? 2e partie, Acteurs du
village ? (p14) / Chantage (p16)/ La zone d'autonomie
périodique (p17) / Recette du corps humain / Economie et
croissance (p18) / 10 conseils pour entrer en résistance par
la décroissance (p19) / Quelques remarques sur le prix libre
(p20)

Je suis diffusé à prix libre! …c'est quoi le prix libre? Ben justement regarde à la fin de ce numéro, on t'explique…
Je suis un recueil de textes, de projets, d'appel, d'idées, d'infos, de contacts…. Sentez vous libre de me copier me recopier et diffuser mes textes
Ne me jeter pas, donnez moi à quelqu'un d'autre posez moi quelque part. Je suis imprimé sur papier recyclé!
Retrouvez ces textes et d'autres, ainsi que des projets, des liens sur l'alternative, l'autonomie, le retour à la terre… sur www.ecoclash.tk / info@ecoclash.tk
Le Terrorisme Poétique
C'est une danse étrange et nocturne dans les guichets automatiques des banques. Des feux d'artifice tirés illégalement. L'art paysager, des travaux de
terrassement, ou des objets bizarres dans les Parcs Publics. Rentrez par effractions dans des maisons, mais au lieu de les cambrioler, laissez y des
objets de terrorisme poétique. Kidnappez quelqu'un et rendez-le heureux. Prenez une personne au hasard et persuadez la qu'elle vient d'hériter d'une
fortune colossale, inutile et surprenante - 1000 hectares en Antarctique, un éléphant de cirque trop vieux, un orphelinat à Bombay, ou une collection
de vieux manuscrits alchimiques. Cette personne réalisera plus tard que durant un moment, elle a cru en quelque chose d'extraordinaire, et elle sera
peut-être amenée à rechercher un autre mode de vie, plus intense.
Erigez des plaques commémoratives en cuivre dans les endroits (publiques ou privés) où vous avez connu une révélation ou une expérience sexuelle
particulièrement satisfaisante... Go naked for a sign.

Organisez une grève dans votre école ou sur votre lieu de travail sous prétexte que vos besoins en indolence et en beauté spirituelle n'y sont pas
satisfaits. Les graffitis apportent une certaine grâce aux métros si laids et aux monuments publiques si rigides - le Terrorisme Poétique peut
également servir dans les endroits publiques : des poèmes gribouillés dans les toilettes des palais de justice, de petits fétiches abandonnés dans les
parcs et les restaurants, des photocopies artistiques placées sous les essuie-glaces des pare-brise des voitures en stationnement, des Slogans écrits en
Caractères Enormes collés sur les murs des cours de récréations ou des aires de jeux, des lettres anonymes postées au hasard ou à des destinataires
sélectionnés (fraude postale), des émissions radio pirates, du ciment humide.... La réaction du public ou le choc esthétique produit par le Terrorisme
Poétique devra être au moins aussi intense que le sentiment de terreur - de dégoût puissant, de stimulation sexuelle, de crainte superstitieuse, d'une
découverte intuitive subite, d'une peur dadaesque - il n'est pas important que le Terrorisme Poétique soit destiné à une ou plusieurs personnes, qu'il
soit « signé » ou anonyme, car s'il ne change pas la vie de quelqu'un (hormis celle de l'artiste), il échoue.

Le Terrorisme Poétique n'est qu'un acte dans un Théâtre de la Cruauté qui n'a ni scène, ni rangées, ni sièges, ni tickets, ni murs. Pour fonctionner, le
Terrorisme Poétique doit absolument se séparer de toutes les structures conventionnelles de consommation d'art (galeries, publications, médias).
Même les tactiques de guérillas Situationnistes comme le théâtre de rue sont peut-être actuellement trop connues et trop attendues.
Une séduction raffinée, menée non seulement dans l'optique d'une satisfaction mutuelle, mais également comme un acte conscient dans une existence
délibérément belle - pourrait être l'acte ultime de Terrorisme Poétique.

Le Poète Terroriste se comporte comme un farceur de l'ombre dont le but n'est pas l'argent mais le changement.
Ne pratiquez pas le Terrorisme Poétique pour d'autres artistes, faites le pour des gens qui ne réaliseront pas (du moins durant quelques temps) que ce
que vous avez fait est de l'art. Evitez les catégories artistiques identifiables, évitez la politique, ne traînez pas pour éviter de raisonner, ne soyez pas
sentimentaux ; soyez sans pitié, prenez des risques, pratiquez le vandalisme uniquement sur ce qui doit être défiguré, faites quelque chose dont les
enfants se souviendront toute leur vie - mais ne soyez pas spontanés à moins que la Muse du Terrorisme Poétique ne vous possède.
Déguisez-vous. Laissez un faux nom. Soyez mythique. Le meilleur Terrorisme Poétique va contre la loi, mais ne vous faites pas prendre. L'art est un
crime ; le crime est un art.

PS : No Copyright © Hakim Bey (sans date). Publié en anglais sur le site http://www.memphisnotebook.com en 2001 .

Le Sabotage Artistique

Le Sabotage Artistique cherche à être parfaitement exemplaire mais en même temps garde une certaine forme d’opacité - pas de la propagande mais
un choc esthétique - directement attirant tout en étant subtilement présenté - l’action comme métaphore.
Le Sabotage Artistique est le côté obscur du Terrorisme Poétique - la création par la destruction - mais il ne peut servir aucun Parti, ni aucune forme
de nihilisme, ni même l’art. Tout comme le bannissement de l’illusion amplifie la conscience, la démolition du fléau esthétique adoucit l’air du
monde du discours, de l’Autre. Le Sabotage Artistique sert uniquement la conscience, l’attention, l’éveil.

Le Sabotage Artistique transcende la paranoïa, la déconstruction - la critique ultime - l’attaque physique sur l’art nauséabond - le djihad esthétique.
La moindre trace du plus insignifiant égoïsme ou même de goût personnel abîme sa pureté et vicie sa force. Le Sabotage Artistique ne cherche jamais
le pouvoir - il ne fait que le libérer.

Les réalisations artistiques individuelles (même les pires) sont largement hors de propos - le Sabotage Artistique cherche à détruire les institutions qui
utilisent l’art afin de diminuer la conscience et le profit par l’illusion. Tel ou tel poète ou peintre ne peut être condamné pour manque de vision - mais
les Idées pernicieuses peuvent être combattues par les objets qu’elles génèrent. La musique de supermarché est destinée à hypnotiser et à contrôler -
on peut détruire son mécanisme.

Les autodafés de livres - pourquoi les rednecks (beaufs) et les Douaniers devraient-ils avoir le monopole de cette arme ? Les histoires d’enfants
possédés par le diable ; la liste des best-sellers du New York Times ; les tracts féministes contre la pornographie ; les livres scolaires (plus
particulièrement les livres d’études sociales, civiques, de Santé) ; des piles de New York Post, Village Voice et autres journaux de supermarché ; un
choix de glanures de publications chrétiennes ; quelques romans de la collection « Arlequins » - une atmosphère festive, du vin des joints passant de
mains en mains par un bel après-midi d’automne.

Jeter de l’argent à la Bourse fut un acte intéressant de Terrorisme Poétique - mais détruire l’argent aurait été un excellent acte de Sabotage Artistique.
Pirater les émissions TV et y programmer quelques minutes de Chaos incendiaire constituerait un exploit de Terrorisme Poétique - alors que faire
exploser la tour de transmission serait un Sabotage Artistique parfaitement adéquat. Si certaines galeries et musées méritent qu’on lance à l’occasion
un pavé dans leurs vitrines - pas de destruction, mais une décharge d’autosatisfaction - alors qu’en est-il des banques ? Les galeries transforment la
beauté en produit, mais les banques transmutent l’Imagination en déchets et en dettes. Le monde n’y gagnerait-il pas plus en beauté à chaque banque
qui tremble...ou s’écroule ? Mais comment y parvenir ? Le Sabotage Artistique devrait probablement se tenir à l’écart de la politique (c’est si
ennuyeux) - mais pas des banques.
Ne faites pas grève : pratiquer le vandalisme. Ne protestez pas : défigurez. Lorsque l’on vous impose la laideur, de mauvaises conceptions et un
gaspillage stupide, contestez, et lancez votre chaussure dans les oeuvres, ripostez. Brisez les symboles de l’Empire au nom de rien si ce n’est l’envie
de grâce du coeur. PS : No Copyright © Hakim Bey (sans date).
LA NEF DES FOUS / Théodore J. Kaczynski,Octobre 1999
Il était une fois un navire commandé par un capitaine et des seconds, Si vaniteux de leur habileté à la manœuvre, Si pleins d’hybris et tellement
imbus d’eux-mêmes, qu’ils en devinrent fous. fis mirent le cap au nord, naviguèrent Si loin qu’ils rencontrèrent des icebergs et des morceaux de
banquise, mais continuèrent de naviguer plein nord, dans des eaux de plus en plus périlleuses, dans le seul but de se procurer des occasions d’exploits
maritimes toujours plus brillants.

Le bateau atteignant des latitudes de plus en plus élevées, les passagers et l’équipage étaient de moins en moins à l’aise. ils commencèrent à se
quereller et à se plaindre de leurs conditions de vie.

- Que le diable m’emporte, dit un matelot de deuxième classe, Si ce n’est le pire voyage que j’aie jamais fait. Le pont est luisant de glace. Quand je
suis de vigie, le vent transperce ma veste comme un couteau ; chaque fois que je fais prendre un ris à la voile de misaine, il s’en faut vraiment de peu
que je me gèle les doigts ; et pour cela, tout ce que je gagne, ce sont cinq misérables shillings par mois !
- Vous pensez que vous vous faites avoir ! dit une passagère, Moi, je n’arrive pas à fermer l’oeil de la nuit à cause du froid. Sur ce bateau, les dames
n’ont pas autant de couvertures que les hommes. Ce n’est pas juste !

Un marin mexicain fit chorus :


- Chingado ! Je ne gagne que la moitié du salaire d’un marin anglo-saxon. Pour tenir le coup avec ce climat, il nous faut une nourriture abondante et
je n’ai pas ma part ; les anglo-saxons en reçoivent plus. Et le pire de tout, c’est que les officiers me donnent toujours les ordres en anglais au lieu de
le faire en espagnol.
- J’ai plus de raisons de me plaindre que qui que ce soit, dit un marin indien. Si les Visages Pâles n’avaient pas volé la terre de mes ancêtres, je ne me
serais jamais trouvé sur ce navire, ici, au milieu des icebergs et des vents arctiques. Je serais simplement dans un canoë, en train de pagayer sur un
joli lac paisible. Je mérite un dédommagement. Pour le moins, le capitaine devrait me laisser organiser des parties de dés, afin que je puisse me faire
un peu d’argent.

Le maître d’équipage dit ce qu’il avait à dire, sans mâcher ses mots :
- Hier, le premier second m’a traité de tapette parce que je suce des bites. J’ai le droit de sucer des bites sans que l’on me donne des surnoms pour
autant.
- Les humains ne sont pas les seules créatures que l’on maltraite sur ce bateau, lança, la voix tremblante d’indignation, une passagère amie des
animaux. La semaine dernière, j’ai vu le deuxième second donner à deux reprises des coups de pied au chien du navire !

L’un des passagers était professeur d’université. Tout en se tordant les mains,il s’exclama :
- Tout cela est affreux ! C’est immoral ! C’est du racisme, du sexisme, du spécisme, de l’homophobie et de l’exploitation de la classe ouvrière ! C’est
de la discrimination ! Nous devons obtenir la justice sociale : un salaire égal pour le marin mexicain, des salaires plus élevés pour tous les marins, un
dédommagement pour l’Indien, un nombre égal de couvertures pour les dames, la reconnaissance du droit à sucer des bites et plus de coups de pied
au chien !
- Oui, oui ! Crièrent les passagers. Oui, oui ! Cria l’équipage. C’est de la discrimination ! Nous devons exiger nos droits !

Le mousse se racla la gorge :


- Hem. Vous avez tous de bonnes raisons de vous plaindre. Mais il me semble que ce qui est vraiment urgent c’est de virer de bord et de mettre le cap
au sud, car Si nous continuons d’aller vers le nord, nous sommes sûrs de faire naufrage tôt ou tard, et alors vos salaires, vos couvertures et votre droit
à sucer des bites ne vous serviront à rien, car nous serons tous noyés.
Mais personne ne lui prêta la moindre attention : ce n’était que le mousse.

De leur poste situé sur la dunette, le capitaine et les officiers avaient regardé et écouté cette scène. A présent, ils souriaient et se faisaient des clins
d’oeil, puis, obéissant à un signe du capitaine, le troisième second descendit de la dunette. il se dirigea nonchalamment vers l’endroit où les passagers
et l’équipage étaient rassemblés et se fraya un chemin parmi eux. Il prit un air très sérieux et parla en ces termes :
- Nous, les officiers, devons admettre que des choses vraiment inexcusables se sont passées sur ce navire. Nous n’avions pas co mpris à quel point la
situation était mauvaise avant d’avoir entendu vos plaintes. Nous sommes des hommes de bonne volonté et entendons être justes avec vous. Mais - il
faut bien le dire - le capitaine est plutôt conservateur et routinier, et il faudrait peut-être le pousser un petit peu pour qu’il se décide à des
changements importants. Mon opinion personnelle est que Si vous protestez énergiquement mais toujours de manière pacifique et sans violer aucun
article du règlement de ce navire - cela secouerait l’inertie du capitaine et le forcerait à se pencher sur les problèmes dont vous vous plaignez à Si
juste titre.

Ceci ayant été dit, il retourna à la dunette. Comme il repartait, les passagers et l’équipage lui lancèrent des épithètes : - Modéré ! Réformiste ! Libéral
hypocrite ! Valet du capitaine ! ils firent pourtant ce qu’il avait dit. ils se regroupèrent en masse devant la dunette, hurlèrent des insultes aux officiers
et exigèrent leurs droits :
- Je veux un salaire supérieur et de meilleures conditions de travail dit le deuxième classe.
- Le même nombre de couvertures que les hommes, dit la passagère.
- J’exige de recevoir mes ordres en espagnol, dit le marin mexicain.
- J’exige le droit d’organiser des parties de dés, dit le marin indien.
- Je refuse d’être traité de tapette, dit le maître d’équipage.
- Qu’on ne donne plus de coups de pied au chien, dit l’amie des animaux.
- La révolution tout de suite ! s’écria le professeur.

Le capitaine et les officiers se réunirent et conférèrent pendant quelques minutes tout en se faisant des clins d’oeil, des signes de tête et des sourires.
Puis le capitaine se rendit à l’avant de la dunette et, avec force démonstration de bienveillance, il annonça que le salaire du deuxième classe serait
porté à six shillings par mois, que celui du Mexicain serait égal aux deux tiers de celui d’un marin anglo-saxon et qu’on lui donnerait en espagnol
l’ordre de faire prendre un ris à la voile de misaine, que les passagères recevraient une couverture supplémentaire, qu’on permettrait au marin indien
d’organiser des parties de dés les samedis soirs, qu’on ne traiterait plus le maître d’équipage de tapette tant qu’il ferait ses pipes dans la plus stricte
intimité, et que l’on ne donnerait plus de coups de pied au chien, sauf s’il faisait quelque chose de vraiment vilain, comme voler de la nourriture dans
la cuisine par exemple.

Les passagers et l’équipage célébrèrent ces concessions comme une grande victoire, mais le lendemain ils étaient de nouveau mécontents.
- Six shillings par mois, c’est un salaire de misère, et je me gèle toujours les doigts quand je fais prendre un ris à la voile de misaine ! grognait le
deuxième classe.
- Je n’ai toujours pas le même salaire que les Anglo-saxons ni assez à manger pour ce climat, dit le marin mexicain.
- Nous, les femmes, n’avons toujours pas assez de couvertures pour nous tenir au chaud, dit la passagère.

Tous les autres membres de l’équipage et les passagers formulèrent des plaintes similaires, encouragés par le professeur. Quand ils eurent terminé, le
mousse prit la parole - cette fois plus fort, de manière à ce que les autres ne puissent plus l’ignorer aussi facilement.
- C’est vraiment terrible que l’on donne des coups de pied au chien parce qu’il a volé un peu de pain dans la cuisine, que les femmes n’aient pas
autant de couvertures que les hommes, que le deuxième classe se gèle les doigts, et je ne vois pas pourquoi le maître d’équipage ne pourrait pas sucer
des bites s’il en a envie. Mais regardez comme les icebergs sont gros à présent et comme le vent souffle de plus en plus fort. Nous devons virer de
bord et mettre le cap au sud, car Si nous continuons vers le nord nous allons faire naufrage et nous noyer.
- Oh oui, dit le maître d’équipage, il est tout à fait affreux de continuer vers le nord. Mais pourquoi devrais-je rester confiné dans les toilettes pour
sucer des bites ? Pourquoi devrais-je être traité de tapette ? Ne suis-je pas aussi bien que n’importe qui ?
- Naviguer vers le nord est terrible, dit la passagère, Mais ne voyez-vous pas que c’est exactement la raison pour laquelle les femmes ont besoin de
davantage de couvertures afin de se maintenir au chaud ? J’exige le même nombre de couverture pour les femmes, immédiatement !
- C’est tout à fait vrai, dit le professeur, que naviguer vers le nord nous impose à tous de grandes épreuves. Mais il ne serait pas réaliste de changer de
route pour aller au sud. On ne peut pas remonter le cours du temps. Nous devons trouver un moyen raisonnable de gérer la situation.

- Ecoutez, dit le mousse, Si nous laissons les quatre fous de la dunette agir à leur guise, nous allons tous nous noyer. Si jamais nous mettons le navire
hors de danger, alors nous pourrons nous inquiéter des conditions de travail, des couvertures pour les femmes et du droit à sucer des bites. Mais nous
devons commencer par virer de bord. Si quelques-uns d’entre nous se réunissent, élaborent un plan et font preuve d’un peu de courage, nous pourrons
nous sauver. Nous n’aurions pas besoin d’être nombreux six ou huit, cela suffirait. Nous pourrions lancer une charge contre la dunette, balancer ces
fous par-dessus bord et tourner la barre du navire vers le sud.

Le professeur releva le nez et dit d’un ton sévère :


- Je ne crois pas à la violence, c’est immoral.
- il n’est jamais éthique d’utiliser la violence, dit le maître d’équipage.
- La violence me terrifie, dit la passagère.

Le capitaine et les officiers avaient regardé et écouté toute la scène. A un signe du capitaine le troisième second descendit sur le pont. il circula parmi
les passagers et l’équipage en leur disant qu’il restait beaucoup de problèmes sur le navire.

- Nous avons fait beaucoup de progrès, dit-il, mais il reste beaucoup à faire. Les conditions de travail du deuxième classe restent dures, le Mexicain
n’a toujours pas le même salaire que les anglo-saxons, les femmes n’ont pas encore autant de couvertures que les hommes, les parties de dés du
samedi soir de l’indien sont un dédommagement dérisoire par rapport à la perte de ses terres, il n’est pas juste que le maître d’équipage doive rester
confiné dans les toilettes pour sucer des bites, et le chien continue de recevoir des coups de pieds de temps en temps. Je pense que le capitaine a
encore besoin qu’on le pousse. Il serait utile que vous organisiez tous une autre manifestation, pourvu qu’elle reste non-violente.

Comme il retournait à la poupe, les passager et l’équipage lui lancèrent des insultes, mais ils firent néanmoins ce qu’il avait dit et se réunirent en face
de la dunette pour une autre manifestation. ils fulminèrent, s’emportèrent, montrèrent les poings et lancèrent même un ouf pourri sur le capitaine (qui
l’évita habilement).

Après avoir écouté leurs plaintes, le capitaine et les officiers se réunirent pour une conférence où ils se firent des clins d’oeil et de larges sourires.
Puis le capitaine alla à l’avant de la dunette et annonça qu’on allait donner des gants au deuxième classe afin qu’il ait les doigts au chaud, que le
marin mexicain allait recevoir un salaire égal aux trois-quarts de celui des anglo-saxons, que les femmes allaient recevoir une autre couverture, que le
marin indien allait pouvoir organiser des parties de dés tous les samedi et dimanche soirs, qu’on allait permettre au maître d’équipage de sucer des
bites en public dès la tombée de la nuit, et que personne ne pourrait donner des coups de pied au chien sans une permission spéciale du capitaine.

Les passagers et l’équipage s’extasièrent devant cette grande victoire révolutionnaire, mais dès le lendemain matin, ils étaient de nouveau mécontents
et commencèrent à maugréer toujours à propos des mêmes problèmes. Cette fois le mousse se mit en colère :
- Bande d’imbéciles ! Cria-t-il, Vous ne voyez pas ce que le capitaine et les officiers sont en train de faire ? ils vous occupent l’esprit avec vos
réclamations dérisoires - les couvertures, les salaires, les coups de pied au chien, etc. - et ainsi vous ne réfléchissez pas à ce qui ne va vraiment pas
sur ce navire : il fonce toujours plus vers le nord et nous allons tous sombrer. Si seulement quelques-uns d’entre vous revenaient à la raison, se
réunissaient et attaquaient la dunette, nous pourrions virer de bord et sauver nos vies. Mais vous ne faites rien d’autre que de geindre à propos de
petits problèmes mesquins, comme les conditions de travail, les parties de dés et le droit de sucer des bites.

Ces propos révoltèrent les passagers et l’équipage.


- Mesquin ! ! s’exclama le Mexicain, Vous trouvez raisonnable que je ne reçoive que les trois-quarts du salaire d’un marin anglo-saxon ? Ça, c’est
mesquin ? !
- Comment pouvez-vous qualifier mes griefs de dérisoires ? s’écria le maître d’équipage, Vous ne savez pas à quel point c’est humiliant d’être traité
de tapette ?
- Donner des coups de pied au chien n’est pas un "petit problème mesquin" ! hurla l’amie des animaux, c’est un acte insensible, cruel et brutal !
- Bon, d’accord, répondit le mousse, Ces problèmes ne sont ni mesquins, ni dérisoires. Donner des coups de pied au chien est un acte cruel et brutal,
et se faire traiter de tapette est humiliant. Mais comparées à notre vrai problème
- le fait que le navire continue vers le nord - vos réclamations sont mineures et insignifiantes, parce que Si nous ne virons pas bientôt de bord, nous
allons tous sombrer avec le navire.
- Fasciste ! dit le professeur.
- Contre-révolutionnaire ! s’écria la passagère.

Et l’un après l’autre, tous les passagers et membres de l’équipage firent chorus, traitant le mousse de fasciste et de contre-révolutionnaire. ils le
repoussèrent et se remirent à maugréer à propos des salaires, des couvertures à donner aux femmes, du droit de sucer des bites et de la manière dont
on traitait le chien.

Le navire continua sa route vers le nord, au bout d’un moment il fut broyé entre deux icebergs. Tout le monde se noya.
Fin.
PASSONS À L'ACTION (DIRECTE!)
"L'action directe est représentative de la bataille livrée à l'exploitation et à l'oppression. Elle proclame, avec une netteté qu'elle porte en soi, le sens et
l'orientation de l'effort de la classe ouvrière dans l'assaut livré par elle, et sans répit, au capitalisme. L'action directe est une notion d'une telle clarté, d'une si
évidente limpidité, qu'elle se définit et s'explique par son propre énoncé. Elle signifie que la classe ouvrière, en réaction constante contre le milieu actuel,
n'attend rien des hommes, des puissances ou des forces extérieures à elle, mais qu'elle crée ses propres conditions de lutte et puise en soi ses moyens d'action."
- Emile Pouget
La Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International contrôlent plus de capital financier et disposent de plus d'influence sur l'économie mondiale que
toute autre institution. Ils restructurent les économies en fonction du néocolonialisme, forçant l'exportation de la production des pays pauvres au détriment des
populations locales qui ne peuvent plus subvenir à leurs besoins de base. Ils diminuent les salaires, multiplient les sweatshops et écrasent toute volonté
d'organisation des travailleuses et travailleurs. Ils imposent des projets de développement qui saccagent la planète. Ils privatisent l'éducation, les soins de santé
et l'eau; réduisant leur accessibilité à tous, particulièrement aux femmes du monde entier. Ils expulsent les gens de leurs terres et interdisent la gestion
collective de celles-ci. Tout ça, ils le font au nom du néolibéralisme, un concept absurde et raciste qui nie une réalité historique toujours actuelle :
l'exploitation massive et déshumanisante des gens de couleur, spécialement ceux vivant au "tiers-monde".
Ces raisons - et combien d'autres? - font de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International les justes cibles de manifestations contre la marée
montante de la globalisation capitaliste. Mais la force du prolétariat ne réside pas dans les manifestations. Elle est dans l'action directe.
C'est au cœur d'un empire de multinationales que se dressent les forteresses arrogantes et voraces de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire
international. Pour les garder, des milliers de robocops sont entraînés à la guerre chimique. Dans ces gigantesques pawnshops, bien planqués, les plus féroces
requins capitalistes s'engraissent sans cesse de leurs différents programmes économiques, ces "offres" qui ne se refusent pas.
La gouverne globale capitaliste est un immense État policier érigé sur le mensonge. Leur "démocratie" n'est qu'une farce pour nous distraire de la triste
réalité : nous vivons en dictature, sous le règne d'un empereur nu entouré de généraux et de politiciens assoiffés de gloire et de pouvoir... Aucun n'est
réellement élu, n'a de compte à rendre, n'a été désiré, n'est utile. Si c'est à ça que ressemble la démocratie, nous préférons passer à autre chose.
Peut-on dire ses quatre vérités à un pouvoir qui naît du mensonge? Peut-on faire appel à ce même pouvoir sans reconnaître la légitimité de son règne? Peut-
on condamner le recours à l'autodéfense quand ils défendent leurs propres mensonges par la violence? Peut-on condamner le sabotage quand l'accumulation
de biens et de profits détruit tout? Nous ne voulons aucun siège au banquet sanglant de ceux qui se nourrissent de la misère.
Nos défilés et nos manifestations ne vont nulle part. Nous tournons en rond. Nous courrons de sommet en sommet dans l'espoir d'être aperçus par les
puissants ou, du moins, remarqués par les médias à leurs bottes. On ignore nos pancartes. On ridiculise nos marionnettes. On déchire, on souille nos
bannières rouges et noires. On étouffe nos voix, nos slogans et nos chansons sous les gaz. On fait taire nos tambours et on met fin à nos danses sous les
matraques et les balles. On méprise nos appels à la justice. Et, malgré tout, nous résistons!
Mais le bruit des pas ne change pas le monde. Le spectacle des manifestations est vite oublié. Une confrontation symbolique à coup de matelas ou de
cocktails molotovs reste une confrontation symbolique.
Se nourrir de miettes ne satisfera jamais notre appétit. Manifs, manifs, manifs... Pouvons-nous passer à autre chose? Oui, à l'action directe.
Nous appelons les révolutionnaires du monde entier à se joindre à la Convergence des forces anticapitalistes contre le néolibéralisme et la globalisation de
l'oppression. Nous agirons sans intermédiaire : il ne peut y avoir de médiateurs dans la lutte de classe. Nous défierons l'autorité de l'État : leurs lois sont nos
chaînes. Nous violerons la propriété des capitalistes : ils ne sauraient rien nous offrir qui ne nous appartienne déjà. Nous passerons à l'action directe.
Pour l'anarchie et le communisme!

Fédération des communistes libertaires du Nord-Est (NEFAC) Roundhouse Collective (Baltimore) Sabate Anarchist Collective (Boston) Groupe anarchiste Emile-
Henry (Quebec City) Union locale de Quebec (Quebec) Barricada Collective (Boston) Prole Revolt (Morgantown) Freyheyt Collective (Toronto) Tute Nere Collective
(Washington, DC) Global Toxin (Maryland) Houston ABCF (Anarchist Black Cross Federation) NOLA Anarchy (New Orleans) ABCF People of Color Cacaus
infoshop.org Agence de Presse A-Infos Information d'intérêt pour et au sujet des anarchistes Pour s'abonner -> écrire à LISTS@AINFOS.CA avec le
message suivant: SUBSCRIBE A-INFOS-FR Pour plus d'info -> http://www.ainfos.ca

APPEL à la REVOLUTION des SILENCIEUX


Nous paraissons bien petits face à la puissance gigantesque des multinationales, face aux pouvoirs politiques, économiques et financiers qui dirigent ce monde, face à
tous ceux qui font et défont les choses pour leurs propres profits. Et pourtant... Et pourtant... Nous, petits consommateurs, qui sommes si insignifiants, avons un pouvoir
extraordinaire :

- celui d’acheter ou non tel ou tel produit,


- celui de nourrir de notre argent ou non telle ou telle entreprise,
- celui de cautionner ou non tel ou tel entrepreneur.

Nous avons la possibilité de choisir à qui nous donnons notre argent... et de là, à qui nous donnons du pouvoir économique et financier... qui nous pérennisons.
ENSEMBLE, CHACUN DANS SON COIN, SANS TAMBOUR NI TROMPETTE, SANS FOURCHE NI CANON,
FAISONS LA REVOLUTION DES SILENCIEUX

1) Si nous voulons une terre saine et dépolluée, donnons notre argent pouvoir à ceux qui respectent la planète et voient les choses à long terme, dans une dynamique
de développement durable, à ceux dont on sait ce qu’ils font, et comment ils le font.
2) Si nous ne voulons plus de drogues, de mafias et d’argent sale, donnons notre argent pouvoir aux gens, aux entreprises, aux banques et aux institutio ns financières
qui fonctionnent avec des choix éthiques, dans la transparence et le respect reconnus.
3) Si nous ne voulons plus des guerres, cessons d’engrosser de notre argent les gens et les entreprises qui directement ou indirectement travaillent pour l’industrie des
armes.
4) Etc... Etc... Chaque centime compte, chaque franc (euro) qui sort du système des pouvoirs sans lendemains, pour nourrir les entreprises, les paysans ou les artisans
qui respectent les Hommes et la Nature, est important.

Ensemble, comme les gouttes qui, se réunissant, finissent par faire les rivières et les fleuves, puis les océans, faisons la
REVOLUTION DES SILENCIEUX ! !

Devenons des consommateurs conscients et attentifs, informés et informants, et surtout, prêts à perdre du pouvoir d’achat pou r cette cause noble et juste ! Le pouvoir
d’achat est le piège par lequel nous devenons dépendants des systèmes de pouvoirs pour qui le seul profit à court terme compte... sans autre considération ! Servons-
nous de l’expérience de ceux qui payent en milliers de morts les conséquences des cascades d’actions, à tous les niveaux, où les seules visions sont les profits
uniquement personnels ! N’attendons pas que cela nous arrive ! N’attendons pas d’être des millions à mourir des diverses pollutions et aveuglements ou laxisme pour
devenir conscients,

AGISSONS ! Photocopier (et traduire) cet appel à volonté, puis distribuer ou envoyer à 1, 10,20,...100...1000... Personnes. Passons-nous le mot afin d’être ainsi engagés
et unis comme un seul homme ! Car si cette révolution appartient à tous, elle est avant tout affaire de RESPONSABILITE et d’Engagement INDivIDUeLS. N’attendons
personne pour agir ! Mobilisons-nous individuellement pour tout ! (L’auteur n’est pas important, seule l’action compte : c’est pourquoi cet appel n’est pas signé.)
Résister c’est créer, en Argentine comme en Belgique...
Manifeste du Réseau de Résistance Alternatif (Buenos Aires septembre 1999)

1. Résister c’est créer


Contrairement à la position défensive qu’adoptent le plus souvent les mouvements et groupes contestataires ou alternatifs, nous posons que la véritable
résistance passe par la création, ici et maintenant, de liens et de formes alternatives par des collectifs, groupes et personnes qui, au travers de pratiques
concrètes et d’une militance pour la vie, dépassent le capitalisme et la réaction. Au niveau international, nous assistons aujourd’hui au début d’une contre-
offensive à la suite d’une longue période de doutes, de marche arrière et de destruction des forces alternatives. Ce recul a été largement favorisé par la volonté
de la logique néolibérale et capitaliste de détruire une bonne partie de ce que cent cinquante ans de luttes révolutionnaires avaient construit. Dès lors, résister,
c’est créer les nouvelles formes, les nouvelles hypothèses théoriques et pratiques qui soient à la hauteur du défi actuel.

2. Résister à la tristesse
Nous vivons une époque profondément marquée par la tristesse qui n’est pas seulement la tristesse des larmes mais, et surtout, la tristesse de l’impuissance.
Les hommes et les femmes de notre époque vivent dans la certitude que la complexité de la vie est telle que la seule chose que nous puissions faire, si nous ne
voulons pas l’augmenter, c’est de nous soumettre à la discipline de l’économisme, de l’intérêt et de l’égoïsme. La tristesse sociale et individuelle nous
convainc que nous n’avons plus les moyens de vivre une véritable vie et dès lors, nous nous soumettons à l’ordre et à la discipline de la survie. Le tyran a
besoin de la tristesse parce qu’alors chacun de nous s’isole dans son petit monde, virtuel et inquiétant, tout comme les hommes tristes ont besoin du tyran pour
justifier leur tristesse. Nous pensons que le premier pas contre la tristesse (qui est la forme sous laquelle le capitalisme existe dans nos vies) c’est la création,
sous de multiples formes, de liens de solidarité concrets. Rompre l’isolement, créer des solidarités est le début d’un engagement, d’une militance qui ne
fonctionne plus "contre" mais "pour" la vie, la joie, à travers la libération de la puissance.

3. La résistance c’est la multiplicité


La lutte contre le capitalisme, qui ne peut se réduire à la lutte contre le néolibéralisme, implique des pratiques dans la multiplicité. Le capitalisme a inventé un
monde unique et unidimensionnel, mais ce monde n’existe pas "en soi". Pour exister, il a besoin de notre soumission et de notre accord. Ce monde unifié qui
est un monde devenu marchandise, s’oppose à la multiplicité de la vie, aux infinies dimensions du désir, de l’imagination et de la création. Et il s’oppose,
fondamentalement, à la justice. C’est pourquoi nous pensons que toute lutte contre le capitalisme qui se prétend globale et totalisante reste piégée dans la
structure même du capitalisme qui est, justement, la globalité. La résistance doit partir de et développer les multiplicités, mais en aucun cas selon une
direction ou une structure qui globalise, qui centralise les luttes. Un réseau de résistance qui respecte la multiplicité est un cercle qui possède, paradoxalement,
son centre dans toutes les parties. Nous pouvons rapprocher cela de la définition du rhizome de Gilles Deleuze : "Dans un rhizome on entre par n’importe quel
côté, chaque point se connecte avec n’importe quel autre, il est composé de directions mobiles, sans dehors ni fin, seulement un milieu, par où il croît et
déborde, sans jamais relever d’une unité ou en dériver ; sans sujet ni objet."

4. Résister c’est ne pas désirer le pouvoir


Cent cinquante années de révolutions et de luttes nous ont enseigné que, contrairement à la vision classique, le lieu du pouvoir, les centres de pouvoir, sont en
même temps des lieux de peu de puissance, voire d’impuissance. Le pouvoir s’occupe de la gestion et n’a pas la possibilité de modifier d’en haut la structure
sociale si la puissance des liens réels à la base ne le rend pas possible. La puissance est ainsi toujours séparée du pouvoir. C’est pour cela que nous établissons
une distinction entre ce qui se passe "en haut", qui est de l’ordre de la gestion et la politique, au sens noble du terme, qui est ce qui se passe "en bas". Dès lors,
la résistance alternative sera puissante dans la mesure où elle abandonnera le piège de l’attente, c’est-à-dire le dispositif politique classique qui reporte
invariablement à un "demain", à un plus tard, le moment de la libération. Les "maîtres libérateurs" nous demandent l’obéissance aujourd’hui au nom d’une
libération que nous verrons demain, mais demain est toujours demain, autrement dit, demain (le demain de l’attente, le demain de l’ajournement perpétuel, le
demain des lendemains qui chantent) n’existe pas. C’est pour cela que ce que nous proposons aux maîtres libérateurs (commissaires politiques, dirigeants et
autres militants tristes) c’est : la libération ici et maintenant et l’obéissance& demain.

5. Résister à la sérialisation
Le pouvoir maintient et développe la tristesse en s’appuyant sur l’idéologie de l’insécurité. Le capitalisme ne peut exister sans sérialiser, séparer, diviser. Et la
séparation triomphe lorsque, petit à petit, les gens, les peuples, les nations vivent dans l’obsession de l’insécurité. Rien n’est plus facile à discipliner qu’un
peuple de brebis toutes convaincues d’être un loup pour les autres. L’insécurité et la violence sont réelles, mais seulement dans la mesure où nous l’acceptons,
c’est-à-dire où nous acceptons cette illusion idéologique qui nous fait croire que nous sommes, chacun, un individu isolé du reste et des autres. L’homme triste
vit comme s’il avait été jeté dans un décor, les autres étant des figurants. La nature, les animaux et le monde seraient des "utilisables" et chacun de nous, le
protagoniste central et unique de nos vies. Mais l’individu n’est qu’une fiction, une étiquette. La personne, en revanche, c’est chacun de nous en tant que nous
acceptons notre appartenance à ce tout substantiel qu’est le monde. Il s’agit alors de refuser les étiquettes sociales de profession, de nationalité, d’état-civil, la
répartition entre chômeurs, travailleurs, handicapés, etc., derrière lesquelles le pouvoir tente d’uniformiser et d’écraser la multiplicité qu’est chacun de nous.
Car nous sommes des multiplicités mêlées et liées à d’autres multiplicités. C’est pour cela que le lien social n’est pas quelque chose à construire mais plutôt
quelque chose à assumer. Les individus, les étiquettes vivent et renforcent le monde virtuel en recevant des nouvelles de leurs propres vies à travers l’écran de
leur télévision. La résistance alternative implique de faire exister le réel des hommes, des femmes, de la nature. Les individus sont de tristes sédentaires piégés
dans leurs étiquettes et leurs rôles ; c’est pour cela que l’alternative implique d’assumer un nomadisme libertaire.

6. Résister sans maîtres


La création d’une vie différente passe, fondamentalement, par la création de modes de vie, de modes de désirer alternatifs. Si nous désirons ce que le maître
possède, si nous désirons comme le maître, nous sommes condamnés à répéter les fameuses révolutions mais, cette fois, dans le sens que ce terme a en
physique, c’est-à-dire celui d’un tour complet. Il s’agit ainsi d’inventer et de créer concrètement de nouvelles pratiques et images de bonheur. Si nous pensons
que nous ne pouvons être heureux qu’à la manière individualiste du maître et que nous demandons une révolution qui nous donne satisfaction, nous serons
condamnés éternellement à ne faire que changer de maître. Car on ne peut être réellement anticapitaliste et accepter en même temps les images de bonheur
que ce même système génère. Si on désire "être comme le maître" ou "avoir ce que le maître possède" on reste dans la position de l’esclave. Les chemins de la
liberté sont incompatibles avec le désir du maître. Désirer le pouvoir du maître est l’opposé de désirer la liberté. Et la liberté c’est devenir libre, c’est une lutte.
De la résistance surgissent précisément d’autres images de bonheur et de liberté, des images alternatives liées à la création et au communisme (dans le sens de
liberté et de partage que ce terme recouvre, dans le sens d’une exigence permanente et non pas en tant que modèle de société). Ce qu’il faut c’est créer un
communisme libertaire, non de la nécessité, mais de la jouissance que donne la solidarité. Il ne s’agit pas de partager à la manière triste, parce que nous
sommes obligés, mais de découvrir la jouissance d’une vie plus pleine, plus libre. Dans la société de la séparation, la société capitaliste, les hommes et les
femmes ne trouvent pas ce qu’ils désirent, ils doivent se contenter de désirer ce qu’ils trouvent, selon la formule de Guy Debord. La séparation est ainsi
séparation les uns des autres, de chacun de nous d’avec le monde, du travailleur d’avec son produit, mais en même temps de chacun de nous, séparé, exilé de
lui-même. Telle est la structure de la tristesse.

7. Résistance et politique de la liberté


La politique, dans sa signification profonde, est liée aux pratiques émancipatrices, aux idées et aux images de bonheur qui dérivent d’elles. La politique est la
fidélité à une recherche active de la liberté. A l’encontre de cette conception de la politique se situe la "politique" comme gestion de la situation telle qu’elle
apparaît. Mais cet élément, que nous appelons gestion, prétend être le tout de la politique et hiérarchise les priorités en limitant, en freinant et en
institutionnalisant les énergies vitales qui le dépassent. Pourtant la gestion n’est qu’un moment, une tâche, un aspect. La gestion est représentation, et la
représentation, en tant que telle, n’est qu’une partie du mouvement réel. Celui-ci n’a pas besoin de la représentation pour vivre, tandis que cette dernière tend
à délimiter la puissance de la présentation. La politique révolutionnaire est celle qui poursuit à chaque instant la liberté non pas en tant qu’associée
essentiellement aux hommes ou aux institutions, mais comme devenir permanent qui refuse de s’attacher, de se fondre, de "s’incarner" ou de
s’institutionnaliser. La recherche de la liberté est liée à la constitution du mouvement réel, de la critique pratique, du questionnement permanent et du
développement illimité de la vie. Dans ce sens, la politique révolutionnaire n’est pas le contraire de la gestion. Celle-ci, comme partie du tout, est une partie de
la politique. En revanche, la gestion en tant qu’elle tend à être le tout de la politique constitue précisément le mécanisme de la virtualisation qui nous plonge
dans l’impuissance. La politique comme telle n’est que l’harmonie de la multiplicité de la vie en lutte permanente contre ses propres limites. La liberté est le
déploiement de ses capacités et de sa puissance ; la gestion n’est qu’un moment limité et circonscrit où ce déploiement est représenté.

8. Résistance et contre-culture
Résister c’est créer et développer des contre-pouvoirs et des contre-cultures. La création artistique n’est pas un luxe des hommes, c’est une nécessité vitale de
laquelle pourtant la grande majorité se trouve privée. Dans la société de la tristesse, l’art a été séparé de la vie et même, l’art est de plus en plus séparé de l’art
lui-même possédé, gangrené qu’il est par les valeurs marchandes. C’est pour cela que les artistes comprennent, peut-être mieux que beaucoup, que résister
c’est créer. C’est donc à eux aussi que nous nous adressons pour que la création dépasse la tristesse, c’est-à-dire la séparation, pour que la création puisse se
libérer de la logique de l’argent et qu’elle retrouve sa place au cour de la vie.

9. Résister à la séparation
Résister c’est, aussi, dépasser la séparation capitaliste entre théorie et pratique, entre l’ingénieur et l’ouvrier, entre la tête et le corps. Une théorie qui se sépare
des pratiques devient une idée stérile. C’est ainsi que, dans nos universités, il existe une myriade d’idées stériles, mais en même temps, les pratiques qui se
séparent de la théorie se condamnent à disparaître à l’usure dans une sorte d’auto résorption. Résister, dès lors, c’est créer les liens entre les hypothèses
théoriques et les hypothèses pratiques, que tous ceux qui savent faire quelque chose sachent aussi le transmettre à ceux qui désirent se libérer. Créons ainsi les
relations, les liens qui potentialisent des théories et des pratiques de l’émancipation, en tournant le dos aux chants des sirènes qui nous proposent de "nous
occuper de nos vies", à quoi nous répondons que nos vies ne se réduisant pas à des survies, elle s’étendent au-delà des limites de notre peau.

10. Résister à la normalisation


Résister signifie, en même temps, déconstruire le discours faussement démocratique qui prétend s’occuper des secteurs et des personnes exclues. Dans nos
sociétés, il n’y a pas d’"exclus" ; nous sommes tous inclus, de manière différente, de manière plus ou moins indigne et horrible, mais inclus tout de même.
L’exclusion n’est pas un accident, ce n’est pas un "excès". Ce qu’on appelle exclusion et insécurité c’est ce que nous devons voir comme l’essence même de
cette société amoureuse de la mort. C’est pour cela que lutter contre les étiquettes implique aussi notre désir de nous mettre en contact avec les luttes de ceux
que l’on nomme "anormaux" ou "handicapés". Nous disons qu’il n’y a pas d’homme ou de femme "anormal" ou "handicapé", mais qu’il existe des personnes
et des modes d’être différents. Les étiquettes agissent comme des mini prisons où chacun de nous est défini par un niveau donné d’impuissance. Or, ce qui
nous intéresse, c’est la puissance, la liberté. Un handicapé n’existe que dans une société qui accepte la division entre forts et faibles. Refuser ceci, qui n’est
autre que la barbarie, c’est refuser le quadrillage, la sélection inhérente au capitalisme. C’est pour cela que l’alternative implique un monde où chacun assume
la fragilité propre au phénomène de la vie et où chacun développe ce qu’il peut avec les autres et pour la vie. Que ce soit la lutte pour la culture Sourde qui a
su faire exploser la prison de la taxinomie médicale, comme la lutte contre la psychiatrisation de la société, et tant d’autres, loin d’être de petites luttes pour un
peu plus d’espace, ce sont de véritables créations qui enrichissent la vie. C’est pour cela que nous invitons aussi à résister avec nous les groupes de lutte contre
la normalisation disciplinaire médico-sociale sous tous ses aspects. La même chose se produit avec les formes de disciplinarisation propres aux systèmes
éducatifs. La normalisation opère ici comme une menace permanente d’échec ou de chômage. Il existe en revanche des expériences parallèles, alternatives et
diverses par rapport à la scolarisation où les problèmes liés à l’éducation se développent selon une logique différente. Handicapés, chômeurs, retraités,
cultures en marge, homosexuels, sont toutes des classifications sociologiques qui opèrent en séparant et en isolant à partir de l’impuissance, de ce qu’on ne
peut pas faire, en rendant unilatéral et pauvre le multiple, ce qui peut être vu comme source de puissance.

11. Résister au repli


Résister, c’est aussi repousser la tentation d’un repli d’identité qui sépare les "nationaux" des "étrangers". L’immigration, les flux migratoires ne sont pas un
"problème" mais une réalité profonde de l’humanité depuis toujours et pour toujours. Il ne s’agit pas d’être philantropiquement "bon pour les étrangers", mais
de désirer la richesse produite par le métissage. Résister c’est créer des liens entre les "sans", sans toit, sans travail, sans papiers, sans dignité, sans terre, tous
les sans qui n’ont pas la "bonne couleur de peau", la "bonne pratique sexuelle", etc. : une union de sans, une fraternité des sans, non pour être "avec" mais
pour construire une société où les sans et les avec n’existent plus.

12. Résister à l’ignorance


Nos sociétés qui prétendent être des cultures scientifiques sont en réalité, d’un point de vue historique et anthropologique, le type de société qui a produit le
plus grand degré d’ignorance que l’épopée humaine ait connu. Si dans toute culture les hommes ont possédé des techniques, notre société est la première qui
soit proprement possédée par la technique. 90% d’entre nous sommes incapables de savoir ce qui se passe entre le moment où l’on appuie sur le bouton et le
moment où l’effet désiré se produit. 90% d’entre nous ignorons la quasi-totalité des mécanismes et ressorts du monde dans lequel nous vivons. Ainsi, notre
culture produit des hommes et des femmes ignorants qui, se sentant exilés de leur milieu, peuvent alors le détruire sans scrupule aucun. La violence de cet exil
est tel que, pour la première fois, l’humanité se trouve confrontée à la possibilité réelle et concrète - et peut-être inévitable - de sa destruction. On nous dit
qu’étant donnée la complexité de la technique les hommes doivent l’accepter sans la comprendre, mais le désastre écologique montre que ceux qui croient
comprendre la technique sont loin de la maîtriser. Il est donc urgent de créer des groupes, des noyaux, forums de socialisation du savoir pour que les hommes
puissent à nouveau prendre pied dans le monde réel. De nos jours, la technique de la génétique nous place à la lisière d’une possibilité de sélection entre les
êtres humains selon des critères de productivité et de bénéfices. L’eugénisme, au nom du bien, déshumanise l’humanité. On nous apprend que nous pouvons à
présent procéder au clonage d’un être humain et notre triste humanité désorientée ignore ce qu’est un être humain& Ces questions sont des questions
profondément politiques qui ne doivent pas rester entre les mains des techniciens. Autrement dit, la res-publique ne doit pas devenir res-technique.

13. Résistance permanente


Résister c’est affirmer que, contrairement à ce que l’on a pu croire, la liberté ne sera jamais un point d’arrivée. Paradoxalement, l’espoir nous condamne à la
tristesse. La liberté et la justice n’existent qu’ici et maintenant, dans et par les moyens qui les construisent. Il n’y a pas de bon maître ni d’utopie réalisée.
L’utopie est le nom politique de l’essence même de la vie, c’est-à-dire le devenir permanent. C’est pourquoi l’objectif de la résistance ne sera jamais le
pouvoir. Le pouvoir et les puissants sont d’ailleurs condamnés à ne pas trop s’éloigner de ce qu’un peuple désire. Dès lors, croire que le pouvoir décide du
réel de nos vies relève toujours d’une attitude d’esclave. L’homme triste, comme nous le disions, a besoin du tyran. Il n’est pas suffisant de demander aux
hommes qui occupent le pouvoir qu’ils édictent telle ou telle loi séparée des pratiques de la base sociale. Nous ne pouvons pas, par exemple, demander à un
gouvernement qu’il édicte des lois donnant aux étrangers les mêmes droits qu’aux autres si au sein de la base sociale nous ne construisons pas la solidarité qui
va dans ce sens. La loi et le pouvoir, s’ils sont démocratiques, doivent refléter l’état de la vie réelle de la société. Par conséquent, notre problème n’est pas que
le pouvoir soit corrompu et arbitraire. Notre problème et notre défi c’est la société que ce pouvoir reflète, autrement dit, notre tâche en tant qu’hommes et
femmes libres, c’est qu’existent les liens de solidarité, de liberté et d’amitié qui empêche réellement que le pouvoir soit réactionnaire. Il n’y a de liberté que
dans les pratiques de libération.

14. La résistance est lutte


La composition de liens augmente la puissance, la séparation capitaliste la diminue. La lutte pour la liberté est bien une lutte communiste pour récupérer et
augmenter la puissance. En revanche, le capitalisme opère par abstraction, sérialisation, réification en décomposant les liens et en nous plongeant dans
l’impuissance. C’est pourquoi la lutte pour la liberté et la démocratie sont des devenirs permanents qui ne trouveront jamais d’incarnation définitive. La lutte
va toujours dans le sens de la puissance, de la composition de liens, de l’alimentation du désir de liberté dans chaque situation concrète.
15. Résistance ouvrière
La résistance comme création exige que nous pensions aussi la question du "sujet révolutionnaire", en rompant définitivement avec la vision marxiste
classique posant la classe ouvrière comme "le" sujet révolutionnaire, personnage messianique au sein de l’historicisme moderne. Cependant, contrairement à
ce que prétendent certains sociologues postmodernes de la complexité, la classe ouvrière ne tend pas à disparaître, simplement, la fonction ouvrière se déplace
et s’ordonne géographiquement. Ainsi, si dans les pays centraux il y a numériquement moins d’ouvriers, la production s’est déplacée vers les pays dits
périphériques où l’exploitation brutale des hommes, des femmes et des enfants assure d’énormes bénéfices aux entreprises capitalistes. Et dans les pays
centraux, par le biais de l’évocation de l’"insécurité", on propose aux classes populaires des alliances nationales pour mieux exploiter le tiers-monde. La
production capitaliste est une production diffuse, inégale et combinée. C’est pour cela que la lutte, la résistance doit être multiple mais aussi solidaire. Il n’y a
pas de libération individuelle ou sectorielle. La liberté ne se conjugue qu’en termes universels, ou dit autrement, ma liberté ne s’arrête pas là où commence
celle de l’autre, mais ma liberté n’existe que sous la condition de la liberté de l’autre. Bien qu’il n’existe pas de sujet révolutionnaire "en soi", prédéterminé, il
existe en tous cas des sujets révolutionnaires multiples qui n’ont pas de forme prédéfinie ni d’incarnation définitive. Aujourd’hui, nous voyons fleurir des
coordinations, des collectifs et des groupes de travailleurs qui débordent largement dans leurs revendications les luttes sectorielles. Ces luttes doivent, au sein
de chaque singularité, de chaque situation concrète dépasser le quadrillage du pouvoir, c’est-à-dire refuser la séparation entre avec emploi et sans emploi,
nationaux et étrangers, etc. Non parce que l’employé, le national, homme, blanc doit être "charitable" avec le sans-emploi, l’étranger, la femme, le handicapé,
etc., mais parce que toute lutte qui accepte et reproduit ces différences est une lutte qui, aussi violente soit-elle, respecte et renforce le capitalisme. Mais la
fonction ouvrière se déplace aussi dans un autre sens : de l’usine classique comme espace physique privilégié de constitution de valeur à la fabrique sociale
dans laquelle le capital assume la tâche de coordonner et de subsumer toutes les activités sociales. La valeur s’estompe dans toute la société, elle circule à
travers les formes multiples du travail. L’accumulation capitaliste s’étendant à l’ensemble de la société, elle peut, par conséquent, être sabotée à n’importe
quel point du circuit par le biais d’actes d’insubordination.

16. La résistance et la question du travail


Une partie de la construction des hiérarchies et des classifications qui nous sont imposées part de la confusion entre la division technique du travail et la
division sociale du travail. Sous la notion de travail nous entendons en effet deux choses différentes. D’un côté, une activité constitutive de l’homme,
anthropologique ou ontologique, l’ensemble des relations sociales qui nous conforment, dans la perspective matérialiste de la société et de l’histoire. Mais
d’un autre côté le travail est ce devoir, aliénant, cet esclavage moderne sous lequel le capitalisme nous sépare en classes. C’est celui-là qui nous fait souffrir
quand nous en avons et quand nous n’en avons pas. Abolir le travail dans ce dernier sens c’est réaliser les possibilités de l’idée communiste libertaire du
travail dans le premier sens. Les hiérarchies qui se fondent sur l’unidimensionnalisation de la vie dans la question du travail aliéné, l’emploi, sont celles qui
doivent être dissoutes dans l’ouverture à la multiplicité des savoirs et des pratiques de la vie. Le travail, du point de vue ontologique, l’ensemble des activités
qui effectivement valorisent le monde (techniques, scientifiques, artistiques, politiques) est, en même temps, une source de démocratisation radicale et une
mise en question définitive et totale du capitalisme.

17. Résister c’est construire des pratiques


Résister ce n’est pas, dès lors, avoir des opinions. Dans notre monde, contrairement à ce que l’on peut croire, il n’y a pas de "pensée unique", il y a quantités
d’idées différentes. Mais des opinions différentes n’impliquent pas des pratiques réellement alternatives et de ce fait ces opinions ne sont que des opinions
sous l’empire de la pensée unique, c’est-à-dire de la pratique unique. Il faut en finir avec ce mécanisme de la tristesse qui fait que nous avons des opinions
différentes et une pratique unique. Rompre avec la société du spectacle signifie ne plus être spectateur de sa propre vie, spectateurs du monde. Attaquer le
monde virtuel, ce monde qui a besoin, pour nous discipliner, pour nous sérialiser que nous soyons tous à la même heure devant notre poste de télévision, cela
ne revient pas à dire comment le monde, l’économie, l’éducation, doit être de manière abstraite. Résister c’est construire des millions de pratiques, de noyaux
de résistance qui ne se laissent pas piéger par ce que le monde virtuel appelle "le sérieux". Etre réellement sérieux ce n’est pas penser la globalité et constater
notre impuissance. Etre sérieux implique de construire, ici et maintenant, les réseaux et liens de résistance qui libèrent la vie de ce monde de mort. La tristesse
est profondément réactionnaire. Elle nous rend impuissants. La libération, finalement, est aussi libération des commissaires politiques, de tous ces tristes et
aigres maîtres libérateurs. C’est pour cela que résister passe aussi par la création de réseaux qui nous sortent de cet isolement. Le pouvoir nous souhaite isolés
et tristes, sachons être joyeux et solidaires. C’est en ce sens que nous ne reconnaissons pas l’engagement comme un choix individuel. Nous avons tous un
degré déterminé d’engagement. Il n’y a pas de "non militants" ou d’"indépendants". Nous sommes tous liés. La question est de savoir d’une part, à quel degré,
et d’autre part, de quel côté de la lutte on est engagée.

18. Résister c’est créer des liens


Il est indispensable de réfléchir sur nos pratiques, les penser, les rendre visibles, intelligibles, compréhensibles. Pouvoir conceptualiser ce que nous faisons
constitue une part de la légitimité de nos constructions et participe de la socialisation des savoirs entre les uns et les autres : être nous-mêmes lecteurs,
penseurs et théoriciens de nos pratiques, être capables d’apprécier la valeur de notre travail pour éviter qu’on nous appauvrisse par des lectures
normalisatrices. Ce manifeste n’est pas une invitation à adhérer à un programme et encore moins à une organisation. Nous invitons simplement les personnes,
les groupes et les collectifs qui se sentent reflétés par ces préoccupations à prendre contact avec nous afin de commencer à briser l’isolement. Nous vous
invitons aussi à photocopier et à diffuser ce document par tous les moyens à votre disposition. Tous ceux qui souhaiteraient faire des commentaires,
propositions, etc., seront les bienvenus. Nous nous engageons à les faire circuler au sein du Réseau de Résistance Alternatif. Nous ne souhaitons pas établir un
centre ou une direction et nous mettons à la disposition des camarades et amis l’ensemble des contacts du Réseau pour que le dialogue et l’élaboration de
projets ne se fassent pas de manière concentrique.

19. Résistance et collectif


Beaucoup de nos groupes ou collectifs possèdent des publications ou des revues. Le réseau se propose d’accumuler et de mettre à disposition des autres
groupes ces savoirs libertaires qui peuvent aider et potentialiser la lutte des uns et des autres. Des centaines de luttes disparaissent par isolement ou par
manque d’appui, des centaines de lutte sont obligées de partir de zéro et chaque lutte qui échoue n’est pas seulement une "expérience", chaque échec renforce
l’ennemi. D’où la nécessité de nous entraider, de créer des "arrière-gardes solidaires" pour que chaque personne qui en quelque point du monde lutte à sa
manière, dans sa situation, pour la vie et contre l’oppression puisse compter sur nous comme nous espérons pouvoir compter sur elle. Le capitalisme ne
tombera pas d’en haut. C’est pour cela que dans la construction des alternatives il n’y a pas de petit ou de grand projet.
Saluts fraternels à tous les frères et soeurs de la côte Salut de pirates : à la différence des corsaires, trafiquants esclavagistes et mercantilistes des mers, les
pirates étaient communistes et créaient des communes libres sur les côtes où ils s’arrêtaient.
El Mate (Argentine), Mères de la place de Mai (Argentine), Collectif Amautu (Pérou), Groupe Chapare (Bolivie), Collectif Malgré Tout (Paris), Collectif Che
(Toulon), Collectif Contre les Expulsions (Liège), Centre Social du Collectif sans Nom (Bruxelles) .

Différence de perception
On ne perçoit du monde que ce qu'on est préparé à en percevoir. Pour une expérience de physiologie, des chats ont été enfermés dès leur naissance dans une
petite pièce tapissée de motifs verticaux. Passé l'âge seuil de formation du cerveau, ces chats ont été retirés de ces pièces et placés dans des boîtes tapissées de
lignes horizontales. Ces lignes indiquaient l'emplacement de caches de nourriture ou de trappes de sortie, mais aucun des chats éduqués dans les pièces aux
motifs verticaux ne parvint à se nourrir ou à sortir. Leur éducation avait limité leur perception aux événements verticaux.
Nous aussi, nous fonctionnons avec ces mêmes limitations de la perception. Nous ne savons plus appréhender certains événements car nous avons été
parfaitement conditionnés à percevoir les choses uniquement d'une certaine manière. (ESRA B.Werber)
LE CONTRACT : Mes chers amis,
Peu importe nos croyances ou nos idées politiques, le système mis en place dans notre monde libre repose sur l'accord tacite
d'une sorte de contrat passé avec chacun d'entre nous, dont voici dans les grandes lignes le contenu :
1) J'accepte la compétition comme base de notre système, même si j'ai 2) J'accepte d'être humilié ou exploité a condition qu'on me permette à mon tour
conscience que ce fonctionnement engendre frustration et colère pour d'humilier ou d'exploiter quelqu'un occupant une place inférieure dans la pyramide
l'immense majorité des perdants, sociale,
4) J'accepte de rémunérer les banques pour qu'elles investissent mes salaires à leur
convenance, et qu'elles ne me reversent aucun dividende de leurs gigantesques profits
3) J'accepte l'exclusion sociale des marginaux, des inadaptés et des faibles
(qui serviront à dévaliser les pays pauvres, ce que j'accepte implicitement). J'accepte
car je considère que le prise en charge de la société a ses limites,
aussi qu’elles prélèvent une forte commission pour me prêter de l'argent qui n'est autre
que celui des autres clients,
5) J'accepte que l'on congèle et que l'on jette des tonnes de nourriture pour
6) J'accepte qu'il soit interdit de mettre fin à ses jours rapidement, en revanche je tolère
ne pas que les cours s'écroulent, plutôt que de les offrir aux nécessiteux et
qu'on le fasse lentement en inhalant ou ingérant des substances toxiques autorisées par
de permettre à quelques centaines de milliers de personnes de ne pas
les états,
mourir de faim chaque année,
7) J'accepte que l'on fasse la guerre pour faire régner la paix. J'accepte 8) J'accepte l'hégémonie du pétrole dans notre économie, bien qu'il s'agisse d'une
qu'au nom de la paix, la première dépense des états soit le budget de la énergie coûteuse et polluante, et je suis d'accord pour empêcher toute tentative de
défense. J'accepte donc que des conflits soient créés artificiellement pour substitution, s'il s'avérait que l'on découvre un moyen gratuit et illimité de produire de
écouler les stocks d'armes et faire tourner l'économie mondiale, l'énergie, ce qui serait notre perte,
10) J'accepte que l'on divise l'opinion publique en créant des partis de droite et de
gauche qui passeront leur temps à se combattre en me donnant l'impression de faire
9) J'accepte que l'on condamne le meurtre de son prochain, sauf si les états
avancer le système. J’accepte d'ailleurs toutes sortes de divisions possibles, pourvu
décrètent qu'il s'agit d'un ennemi et nous encouragent à le tuer,
qu'elles me permettent de focaliser ma colère vers les ennemis désignés dont on agitera
le portrait devant mes yeux,

11) J'accepte que le pouvoir de façonner l'opinion publique, jadis détenu 12) J'accepte l'idée que le bonheur se résume au confort, l'amour au sexe, et la liberté à
par les religions, soit aujourd'hui aux mains d'affairistes non élus l'assouvissement de tous les désirs, car c'est ce que la publicité me rabâche toute la
démocratiquement et totalement libres de contrôler les états, car je suis journée. Plus je serai malheureux et plus je consommerai : je remplirai mon rôle en
convaincu du bon usage qu'ils en feront, contribuant au bon fonctionnement de notre économie,

13) J'accepte que la valeur d'une personne se mesure à la taille de son


14) J'accepte que l'on paie grassement les joueurs de foot ou des acteurs, et beaucoup
compte bancaire, qu'on apprécie son utilité en fonction de sa productivité
moins les professeurs et les médecins chargés de l'éducation et de la santé des
plutôt que de sa qualité, et qu'on l'exclue du système si elle n'est plus assez
générations futurs,
productive,

15) J'accepte que l'on mette au banc de la société les personnes âgées dont 16) J'accepte que l'on me présente des nouvelles négatives et terrifiantes du monde tous
l'expérience pourrait nous être utile, car étant la civilisation la plus évoluée les jours, pour que je puisse apprécier a quel point notre situation est normale et
de la planète (et sans doute de l'univers) nous savons que l'expérience ne se combien j'ai de la chance de vivre en occident. je sais qu'entretenir la peur dans nos
partage ni ne se transmet, esprits ne peut être que bénéfique pour nous,
18) J'accepte de consommer de la viande bovine traitée aux hormones sans qu'on me le
17) J'accepte que les industriels, militaires et politiciens se réunissent
signale explicitement. J'accepte que la culture des OGM se répande dans le monde
régulièrement pour prendre sans nous concerter des décisions qui engagent
entier, permettant ainsi aux trusts de l'agroalimentaire de breveter le vivant, d'engranger
l'avenir de la vie et de la planète,
des dividendes conséquents et de tenir sous leur joug l'agriculture mondiale,
19) J'accepte que les banques internationales prêtent de l'argent aux pays
20) J'accepte que les multinationales s'abstiennent d'appliquer les progrès sociaux de
souhaitant s'armer et se battre, et de choisir ainsi ceux qui feront la guerre
l'occident dans les pays défavorisés. Considérant que c'est déjà une embellie de les faire
et ceux qui ne la feront pas. Je suis conscient qu'il vaut mieux financer les
travailler, je préfère qu'on utilise les lois en vigueur dans ces pays permettant de faire
deux bords afin d'être sûr de gagner de l'argent, et faire durer le conflit le
travailler des enfants dans des conditions inhumaines et précaires. Au nom des droits de
plus longtemps possible afin de pouvoir totalement piller leurs ressources
l'homme et du citoyen, nous n'avons pas le droit de faire de l'ingérence,
s'ils ne peuvent pas rembourser les emprunts,
21) J'accepte que les hommes politiques puissent être d'une honnêteté
22) J'accepte que les laboratoires pharmaceutiques et les industriels de l'agroalimentaire
douteuse et parfois même corrompus. je pense d'ailleurs que c'est normal
vendent dans les pays défavorisés des produits périmés ou utilisent des substances
au vu des fortes pressions qu'ils subissent. Pour la majorité par contre, la
cancérigènes interdites en occident,
tolérance zéro doit être de mise,
23) J'accepte que le reste de la planète, c'est-à-dire quatre milliards 24) J'accepte l'idée qu'il n'existe que deux possibilités dans la nature, à savoir chasser ou
d'individus, puisse penser différemment à condition qu'il ne vienne pas être chassé. Et si nous sommes doués d'une conscience et d'un langage, ce n'est
exprimer ses croyances chez nous, et encore moins de tenter d'expliquer certainement pas pour échapper à cette dualité, mais pour justifier pourquoi nous
notre Histoire avec ses notions philosophiques primitives, agissons de la sorte,
25) J'accepte de considérer notre passé comme une suite ininterrompue de
conflits, de conspirations politiques et de volontés hégémoniques, mais je 26) J'accepte sans discuter et je considère comme vérités toutes les théories proposées
sais qu'aujourd'hui tout ceci n'existe plus car nous sommes au summum de pour l'explication du mystère de nos origines. Et j'accepte que la nature ait pu mettre des
notre évolution, et que les seules règles régissant notre monde sont la millions d'années pour créer un être humain dont le seul passe-temps soit la destruction
recherche du bonheur et de la liberté de tous les peuples, comme nous de sa propre espèce en quelques instants,
l'entendons sans cesse dans nos discours politiques,
28) J'accepte la destruction des forêts, la quasi-disparition des poissons de rivières et de
nos océans. J'accepte l'augmentation de la pollution industrielle et la dispersion de
27) J'accepte la recherche du profit comme but suprême de l'Humanité, et
poisons chimiques et d'éléments radioactifs dans la nature. J'accepte l'utilisation de
l'accumulation des richesses comme l'accomplissement de la vie humaine,
toutes sortes d'additifs chimiques dans mon alimentation, car je suis convaincu que si on
les y met, c'est qu'ils sont utiles et sans danger,
29) J'accepte la guerre économique sévissant sur la planète, même si je 30) j'accepte cette situation, et j'admets que je ne peux rien faire pour la changer ou
sens qu'elle nous mène vers une catastrophe sans précédent, l'améliorer,

32) J'accepte de ne poser aucune question, de fermer les yeux sur tout ceci, et de ne
31) J'accepte d'être traité comme du bétail, car tout compte fait, je pense
formuler aucune véritable opposition car je suis bien trop occupé par ma vie et mes
que je ne vaux pas mieux,
soucis. J'accepte même de défendre à la mort ce contrat si vous me le demandez,
33) J'accepte donc, en mon âme et conscience et définitivement, cette triste
matrice que vous placez devant mes yeux pour m'empêcher de voir la Résilier, annuler, révoquer ce contrat pour devenir des êtres conscients, responsables,
réalité des choses. Je sais que vous agissez pour mon bien et pour celui de matures, cohérents et solidaires. (www.consciencedupeuple.com)
tous, et je vous en remercie.
Apologie du don à l’étalage

Le Don à l’étalage (D.A.E) est une pratique de piratage du système marchand qui consiste à déposer des objets gratuits dans les rayons des
commerces, sans autorisation. On peut ainsi, comme le fait la fondation Babybrul, mettre des CD gravés gratuits dans les bacs des grands disquaires,
des brochures photocopiées gratuites dans les rayons « nouveautés littéraires », des DVD gravés ou des K7 vidéos dans les rayons blockbusters, etc.

AUTOPRODUCTION Dans l’optique de gratuité du D.A.E, on met de coté l’aspect rentabilité économique d’une activité pour envisager plutôt de manière
critique la circulation du produit de cette activité. Critique parce qu’on remet en question la distribution commerciale et son efficacité en posant comme but
l’accès libre de chacun-e à ce qui est distribué. En ce qui concerne la musique, cette façon non conventionnelle de distribuer un disque va de pair avec des
procédés d’autoproduction favorisant un coût de production plus ou moins égal à zéro : home studio, gravage de CDR ou copies de K7, pochettes artisanales
etc. Mais cela s’applique également à d’autres domaines comme l’autoédition de brochures, de films sur K7 vidéos, etc.

COPYRIGHT / COPYLEFT Le Don à l’étalage n’est pas une marque déposée ou une pratique exclusive de la Fondation Babybrul qui la développe en France.
Le copyright n’a plus lieu d’être dans la mesure où c’est la circulation sans restrictions qui importe, et non l’échange valorisé par l’argent. Sur ce point et sur
la question des droits d’auteur, l’alternative permettant de revendiquer une œuvre tout en n’interdisant pas sa reproduction, son utilisation, sa modification, sa
propagation est la licence libre, dite copyleft, qui donne aux utilisateurs les mêmes libertés que celles dont le copyright les privait pour n’en faire bénéficier
que l’auteur. Cette notion adaptée des licences de logiciels libres est également appliquée dans les domaines de la création matérielle, la musique, l’image, la
vidéo. Mais en théorie dans le copyleft il n’est pas exclu de pouvoir distribuer commercialement une œuvre sous cette licence. Et parfois cette « philosophie »
du libre peut n’être appliquée qu’en ce qui concerne une circulation immatérielle et prendre fin dès qu’il s’agit d’en faire un support physique, de graver un
CD ou de publier sur papier quand l’auteur le spécifie.

PIRATES INTERSTITIEL-LE-S Avec le Don à l’étalage il ne s’agit même plus de parler de droits, mais de piratage, un piratage interstitiel. L’interstice ici,
c’est l’espace-temps des bacs de disquaires, ou des rayons littéraires quand personne ne les surveille, quand personne n’imagine qu’on peut perdre du temps et
de l’argent pour fabriquer des choses gratuites et les déposer là sans le demander à personne. L’idée du D.A.E est bonne parce qu’elle est interstitielle ; bien
que n’étant pas dans l’intérêt du capitalisme puisqu’elle exploite le temps et l’espace marchand d’un commerce sans compensation monétaire, elle n’est pas
prévue, elle surprend, et elle peut faire exister ce qui jusque là n’était pas imaginable, simplement en inversant et en dépassant la règle de base qui fait en sorte
que les marchandises sont à leur place dans les rayons comme par magie et que personne n’ose les prendre sans s’acquitter d’un droit.

EXPÉRIMENTATION ET LIMITES « Le Don à l’étalage, c’est le dépassement du rêve des échanges marchands et de la circulation des marchandises par leur
réalisation pirate : voir son objet, un peu de soi, son disque, sa bédé, son texte, son livre dans les rayons des grands magasins accessibles à tous gratuitement
comme le dernier des produits convoités. C’est le sentiment de jouer à quelque chose de nouveau, d’avoir encore un temps d’avance sur l’époque, la Culture
et la législation [...], de prendre dans le système une place qu’il ne nous a pas donné, sans rien lui devoir en contrepartie, profiter de son développement
obscène en montrant les limites de ses propres illusions, les limites de la légalité, les limites de l’hypocrisie démocratique et sa ―libre expression‖. « Quand je
place mon disque dans les bacs de la FNAC c’est comme si je détournais l’histoire dans les manuels scolaires. » En soi la pratique du D.A.E n’offre pas une
alternative absolument efficace à la circulation marchande. Il y a toujours le risque que des vendeur-euse-s enlèvent les objets déposés. Et puis, à moins d’une
organisation collective de grande ampleur, cela reste à une échelle locale. Mais l’intérêt est dans le coté Do It Yourself de la pratique, les petites séries de
disques, les pochettes artisanales. L’activité est gérée du début à la fin, chose dont le capitalisme nous a privé en nous ôtant purement et simplement toutes
sortes de moyens de productions pour en faire des industries, avec des machines, des savoirs, des conséquences séparées de notre quotidien. Mais pour la
Fondation Babybrul les différents épisodes concernant les opérations de D.A.E du disque de Fuzzkhan relatés sur le site internet sont aussi à titre
d’argumentation d’une critique théorique et pratique des valeurs pourries qui animent les différents corps institutionnels et privés de notre société. En cela il
vaut mieux porter et appliquer directement des principes qui ne posent pas les mêmes barrières que le capitalisme, barrières qui sont — la propriété privée, qui
réduit les choses (et les êtres) non plus à être utilisés mais à être possédés, (à remplacer par la propriété d’usage qui désigne un-e propriétaire en fonction de
l’utilité personnelle qu’il/elle a d’un bien) — le mérite, qui soutient l’idée de l’appropriation pour le seul profit, et le commerce, qui serait le seul véritable lien
social qui unit tous les peuples,( annulés par le don gratuit). C’est aussi par souci de cohérence et par peur d’être inévitablement récupéré par une Culture qui
se donne trop facilement des airs alternatifs, et qui tolère la transgression et la critique seulement si elle est intégrée aux circuits marchands, que la musique de
Fuzzkhan reste gratuite.

NE PAS « VIVRE DE SON ART »: Avec le D.A.E, donc, il n’est pas question de vivre de sa musique, de ses images ou de ses écrits, devenus des objets
exploités commercialement. Cela apparaît à certain-e-s comme une des limites de cette pratique qui réduit par là une grande partie des « producteurs » à ne
jamais espérer gagner une indépendance dans la création en récoltant des fonds ou simplement en revenant sur investissements d’autoproduction même
minimes pour évoluer matériellement, tourner en concert, se déplacer pour exposer... Mais c’est une revendication assumée par la Fondation Babyrul qui
distribue avec cette technique un CD de Fuzzkhan (musique électronique - 150 CDR gratuits distribués, par D.A.E, mais aussi de main à main, depuis le
début de l’année 2003) et des brochures dont Manifeste contre la Culture (tiré à 450 exemplaire gratuits pas encore épuisés). Pour Fuzzkhan le fait de ne pas
pouvoir « vivre de son art » n’est pas un problème, mais c’est un choix qui va pour lui avec un mode de vie et une « éthique de pirate », où la musique n’est
pas déplacée ou utilisée hors d’un contexte social, sacralisée et/ou marchandisée par le monde de l’art. Ce mode de vie assumé c’est une précarité
consciencieuse qui lui permet de vivre « sur les poubelles de ce monde » : « J’habite en squat depuis 3 ans, et je ne travaille plus depuis un peu plus
longtemps. Comme j’ai besoin de très peu de moyens financiers pour vivre puisque je ne paye pas de loyer et que je peux me nourrir à moindre frais en faisant
des récup de marchés et de supermarchés dans les grandes villes où je vis, et bien j’arrive toujours à me débrouiller pour réaliser mes projets comme je
l’entends, sans patrons et sans impératifs autres que ceux que je me fixe librement. Faire des CD gratuits ne me revient pas cher, puisque je vole les CDR et
que je fais les pochettes avec du matériel de récup, des boite de corn flakes ou du plastique autocollant orange fluo. Et de toute façon faire les démarches pour
trouver un label ou participer à des projets culturels, trouver des subventions et sortir un disque dans le commerce me prendrait plus d’énergie et d’argent que
ce que je met à faire les choses moi-même, gratuitement et pour le plaisir. Ca me ferait trop chier maintenant de gagner de l’argent avec ce que je fais, d’avoir
la contrainte ―professionnelle‖, et tout ce qui va avec, un-e manageur-euse, des dates dans des salles avec des entrées payantes, etc. Là je n’ai pas de
contraintes particulières qui pourraient faire de ma vie un enfer entre l’usine et les factures et me pousser à chercher un peu d’oxygène et une vie d’artiste.
Non, vraiment, sans avoir de parents qui m’aident financièrement ni d’aides de l’État je vis bien, je m’amuse bien, et j’essaie d’en faire profiter gratuitement
les autres, voila. »

LÉGISLATION D’un point de vue légal, il n’y a pas encore de dispositions particulières contre le dépôt d’objets gratuits dans les commerces. Mais voici un
avertissement du responsable sécurité de la Fnac de Marseille reçut par Fuzzkhan après des opérations de Don à l’étalage de son disque le 17 octobre 2003 :
« Madame, Monsieur, Nous avons retrouvé dans notre magasin Fnac de Marseille au centre Bourse, des disques comportant l’adresse à laquelle je vous écrit.
Ces disques, gravés pour certains d’entre eux, ne nous appartiennent pas. Ils comportent l’étiquette ―gratuit‖ invitant, je suppose, nos clients à emporter ces
disques. Vous comprendrez que pour des raisons légales concernant le droit de la consommation et impliquant notre responsabilité, nous ne pouvons en
aucune manière accepter cette pratique. Ainsi je vous prie de rappeler aux auteurs de ces dépôts que cette pratique, malgré sa générosité, est interdite. Notre
service de sécurité pourra à l’avenir procéder à l’interpellation des personnes qui s’en rendent coupables. Salutations, M. X, Responsable Sécurité Fnac
Marseille. »

L’ HISTORIQUE ? Déposer des objets parasites dans les espaces strictement marchands n’est pas une idée originale de tel ou tel collectif, cela s’est sûrement
déjà pratiqué auparavant, même si les personnes qui l’ont fait ne l’ont jamais revendiqué ou n’ont jamais communiqué leurs actions. Depuis juillet 2000 aux
États-Unis le projet Droplift propose sur internet de télécharger un disque du même nom, gratuit et sans copyright, avec sa pochette, et de le déposer chez les
disquaires à la lettre « D ». Sans en avoir connaissance en 2002, Babybrul déposait des fanzines gratuits dans les bacs à publicité dans la rue et dans les
kiosques à magazines dans le métro. Différentes personnes que j’ai rencontrées m’ont parlé d’idées qu’elles avaient eut et/ou réalisées - sans connaître le
D.A.E - de mettre des choses dans les rayons des supermarchés ou autres commerces. L’essentiel est que cette idée se répande encore, et que tout le monde
puisse se l’approprier, pour que le règne du commercial perde de sa magie (voir avec beaucoup d’acharnement de son efficacité) et surtout qu’on arrête de
croire en lui pour donner du sens à tout ce que l’on peut produire/faire/créer. Le Don à l’étalage, ou peu importe comment on l’appellera d’ailleurs, peut
donner du sens à des pratiques en les faisant circuler autrement et d’une manière directe, qui n’attend pas d’autorisation d’une quelconque autorité. C’est bien
plus excitant comme ça. Babybrul (www.uzine.net)

Ecovillages : utopie ou réalité ? Première partie


Mars 1998 : Village Magazine publie un dossier sur les écovillages. Le mouvement est neuf et les projets foisonnent. Cinq ans plus tard, où en
est-on ? Est-il vraiment possible de vivre autrement ? Projets avortés, expériences ratées, nouveaux départs et vraies réussites…
Enquête au cœur de la réalité des ecovillages.

Vivre ensemble en harmonie et dans le respect de la terre… L'idée n'est pas nouvelle. "Elle réapparaît de façon récurrente lors des périodes de fortes
ruptures historiques" explique Hervé Thouément chercheur à l'université de Brest. Après l'utopie de Thomas More, à la Renaissance, les
communautés idéales décrites par Fourier, Cabet et Owen au XIXe siècle, et les expériences post-Mai 68, c'est au tour des écovillages. Vingt et
unième siècle oblige, le mouvement est désormais mondial et fédéré par le Global Ecovillage Network (GEN), né en 1995 suite au sommet de Rio en
1992. Les chefs d'États s'étaient alors engagés à soutenir les modes de vie respectueux de l'environnement. En France, à la fin des années 90, le
mouvement est en ébullition.
La première rencontre inter projets, en août 1997, est marquée par l'espoir et, dans l'euphorie, le Réseau Français des Écovillages (RFEV) et créé. Les
porteurs de projets sont de plus en plus nombreux. Certains, pourtant, ne partagent pas l'enthousiasme général. Ce sont les p ionniers, comme le Cun
du Larzac (Aveyron) ou Longo Maï (Alpes-de Haute-Provence). Ils ne se reconnaissent pas dans ce mouvement. Née en 1973, Longo Maï,
communauté d'environ deux cents personnes, a des convictions politiques très fortes et préfère le concret. Or, selon Jean-Luc Girard de la Revue
Passerelle Éco, la réunion de 1997 a surtout été l'occasion "de grand discours. C'était très intello. La majorité avait un ego très élevé et ne semblait
pas prête à faire des concessions." "Je ne crois pas qu'ils étaient capables de vivre en communauté", estime Hervé Ott, du Cun du Larzac. Même
refrain chez Marie Simon du Viel Audon (Ardèche) : "C'est très centré sur la personne. Mon petit nombril, ma qualité de vie…".
De fait, beaucoup de projets n'ont pas vu le jour. Quant au RFEV, il est maintenant en stand-by. Le mouvement n'est pas mort pour autant. Il évolue
vers plus de réalisme.
"Il n'y a pas d'instance qui décerne un label écovillage", se rappelle Jena-Luc Girard. Le terme rassemble une très grande variété de lieux et de
modes de vie : communautaires ou individuels, ouverts ou autarciques, autonomes ou dépendants de l'extérieur… Certains affichent une idéologie
(politique, spirituelle), d'autres se limitent à l'écologie. Certains s'auto nomment écovillages, d'autres préfèrent le terme de communauté rurale.
Certains sont deux cents, d'autres vingt, d'autres encore trois ou quatre.
Leur point commun ? Le désir de construire un autre monde : "Beaucoup d'altermondialistes luttent en collant des affiches, en faisant des
manifestations. Monter un écovillage, c'est sortir de la seule critique pour faire du concret" explique Jean-Luc Girard. Les écovillages se considèrent
souvent comme des laboratoires d'expérimentation d'un nouveau mode de vie, écologique et solidaire. Des laboratoires, voire des vitrines, des
preuves qu'un "autre monde est possible".
Actuellement, la définition la plus complète des écovillages est celle du GEN-Europe : "Les écovillages sont des communautés à échelle humaine,
rurale ou urbaines, s'efforçant de créer un monde de vie durable. Ils peuvent être de nouvelles implantations, se développer sur des villages ou des
zones urbaines déjà existantes. Ils sont l'exemple d'un développement qui maintient une réelle qualité de vie, préserve les ressources naturelles, et
promeut une approche unifiée et polyvalente intégrant l'écologie, l'éducation, la prise de décision commune ainsi que les technologies et entreprises
écologiques. Leur population se situe généralement entre vingt et trois cents personnes."
Mettre ses valeurs en pratique est la première des aspirations des personnes attirées par la formule écovillage. Fuir la ville pour être en contact direct
avec la nature, mais aussi fuir le travail qui n'a pas de sens, et rechercher l'harmonie avec la terre et ses voisins. Un mode de vie qui attire "surtout des
18-30 ans fauchés, des 45-55 ans aisés et des retraités", résume le créateur de Passerelle Éco.
Qui dit écovillage dit écologie : agriculture bio, permaculture[1], bâti auto construit ou rénové en matériaux sains, et énergies renouvelables (turbine,
éolienne, panneau solaire…). Les écovillages ne sont pas seulement des lieux de vie, ils proposent aussi des activités. Le Viel Audon accueille des
classes découvertes et des chantiers jeunes, Troglobal (Maine-et-Loire) des artistes en quête de lieu de création. Le cun du Larzac organise des
formations à la non-violence. La Maison d'Ici et Maintenant (Seine-Maritime) et Écolonie (Vosges) sont centrés sur le tourisme. D'autres écovillages
mettent en place des stages d'initiation à des pratiques artistiques, artisanales ou spirituelles.
Domaine de Ligoure - Haute-Vienne - La solidarité au quotidien
Des agriculteurs fermiers et des artisans gèrent sous une forme collective le domaine du château de Ligoure, à Le Vigen, près de Limoges. Créé en
1856 par Frédéric Le Play, philanthrope et l'un des fondateurs de la sociologie en France, le domaine se rattachait à la tradition utopique de l'époque,
avec une gestion de type paternaliste. Dès l'origine, Le Play y a installé des métayers pour exploiter ses 320 hectares de terres agricoles. Jusque dans
les années cinquante, le domaine était encore connu pour ses innovations agricoles, puis a été laissé à l'abandon.
En 1976, Béatrice Thomas-Mouzon, descendante de Le Play et héritière du domaine, a souhaité le faire revivre. Ainsi une association a été créée, en
1977, par un groupe d'amis de la région. Elle gère le château qui accueille désormais des groupes dans le cadre de séjours culturels.
Découvrir des valeurs et des rapports entre les personnes, autres que ceux basés sur le seul profit ; permettre aux gens de construire leurs loisirs de
façon autonome et communautaire ; vivre son temps de loisir non en consommateur, mais en créateur : autant d'objectifs que s'est fixés l'association.
Des agriculteurs, pratiquant une agriculture respectueuse de l'environnement, ont repris les terres en fermage, et des artisans (émailleur, dinandier,
graphiste designer, photographe, maquettiste) se sont installés. Tous ont participé à la réhabilitation du domaine. Chaque résident des vingt-deux
foyers répartis sur la propriété, a un droit de regard sur sa gestion et chaque nouvelle installation se fait par cooptation.
La propriétaire a toujours souhaité conserver cette forme originale de gestion. Actuellement, elle cède le domaine en donation au conseil général de la
Haute-Vienne, et une SCI est en cours de création pour le mettre à l'abri de toute spéculation foncière, et privilégier ainsi un usage collectif pérenne
du territoire.
Terres et bâti sont gérés dans un souci de préservation de l'environnement. Il en est ainsi du parc paysager, qui comprend une collection botanique
remarquable, ainsi que du système d'économie d'énergie par chauffage au bois du château, lequel est subventionné par l'agence de l'environnement et
de la maîtrise de l'énergie (Ademe) et les collectivités locales.
Les résidents du domaine revendiquent des pratiques collectives basées sur le consensus dans un cadre informel. Pour Freddy Le Saux, photographe
et animateur de l'Association du château de Ligoure : "Ici, la solidarité ne se décrète pas, elle se vit !".Xavier Toutain
Contact :Association du Château de Ligoure - Ligoure - 87110 Le Vigen - Freddy Le Saux - Tel : 05 55 00 52 32 ou 05 55 00 53 41
Mél : freddy.le.saux@wanadoo.fr

Passage à l'acte
"Il y a environ soixante-dix nouveaux projets par an. Des personnes qui cherchent des partenaires, ou des groupes constitués qui cherchent des lieux
" estime Jean-Luc Girard. Sur ce nombre beaucoup restent en suspens.
Avant de se lancer, il faut "expérimenter", insiste le responsable éditorial. C'est-à-dire aller rencontrer les écovillages pour se frotter à la réalité.
"Pour beaucoup, monter un écovillage reste à l'état de rêve. C'est difficile de quitter son quotidien, ses réflexes de consommation, son patron",
justifie Jean-Luc Girard.
C'est ce qu'ont vécu Arlette et Michel Roger. Après avoir préparé leur projet d'écovillage pendant un an, le groupe composé de quatre foyers a
commencé à visiter des lieux d'installation possibles. "C'est à ce moment-là que les autres se sont rendus compte qu'ils n'étaient pas prêts à franchir
le pas". Pour Hanna, propriétaire du domaine du Sauvaudou (Hérault), "Les gens ont peur. Peur du changement, de l'engagement". Des gens
intéressés par son projet, elle en a vu passer. Mais personne n'est resté. Jean-Luc Girard évoque aussi tous ceux qui, paralysés par un idéal, refusent
d'adapter leur projet aux possibilités du réel. "Dire qu'on va faire la révolution écologique ne sert à rien", rappelle Muriel Constant d'Écolonie. Marie
Simon, du Viel Audon, se rappelle des porteurs de projets du RFEV : "Beaucoup étaient axés sur le projet écologique parfait. Nous, on s'interroge
plutôt sur comment on s'adapte au lieu".
Le rédacteur en chef de Passerelle Éco rappelle aussi "qu'un écovillage c'est très long à monter". L'histoire du Viel Audon en est la preuve. Pendant
dis ans, le hameau en ruine a d'abord fait l'objet d'une rénovation grâce à des chantiers de jeunes. Dès que la première maison fut habitable, les
habitués du chantier se sont vus proposer d'y rester pour faire vivre le lieu. "Après, il a fallu attendre encore dix ans, que tout soit rénové, que les
terres agricoles soient mises en valeur…. " raconte Marie.
Après s'être armé de patience et s'être bien ancré dans la réalité, les vrais problèmes commencent. Il faut d'abord trouver un lieu. Grand, bien situé,
avec des terres cultivables, habitables dans un futur raisonnable et… abordable. Se posent alors les questions cruciales. Achat individuel ou achat
groupé ? Quel statut juridique choisir ? Beaucoup choisissent de constituer une SCI (société civile immobilière) pour la partir bâtie et/ou un GFA
(groupement foncier agricole) pour les terres agricoles. Des écovillages fonctionnent aussi sur le mode associatif. Au Viel Audon, l'association Le
Mat loue le domaine au moyen d'un bail emphytéotique de quatre-vingt-dix-neuf ans. Les huit permanents paient un loyer à l'association pour leur
logement. À Clavirola, la situation est différente car les propriétaires font partie intégrante de l'écovillage, composé d'une exploitation agricole et
d'une association, Dynamo, qui gère les activités culturelles et les chantiers de jeunes. Les huit permanents habitent sur place, sans frais.

La collectivité au quotidien
"La première difficulté, c'est de vivre ensemble", assure Jo, grande connaisseuse des squats et communautés alternatives, rencontrée à Troglobal. "Les
échecs sont toujours plus un problème humain que financier", renchérit Christiane Thomas de la ferme des Moulineaux, en région parisienne. Annie
Aubrun de La Maison d'Ici et Maintenant témoigne : "Au bout de sept ans, certains sont partis en claquant la porte. Les autres voulaient que ça
continue, mais les tensions demeuraient". Le bail emphytéotique a donc été résilié et l'association dissoute. Mais Annie continue de faire vivre son
activité (gîte, jardin), avec deux autres femmes qui lui paient un loyer.
Quand Erwan Cassard, vingt-huit ans, raconte son histoire, c'est avec une pointe d'amertume. Leur beau projet, élaboré à une vingtaine en classe de
terminale a échoué. Sur ce groupe de départ, onze sont devenus copropriétaires de cette ancienne ferme située à Pouy-de-Touges (Haute-Garonne) et
sont toujours là. Les maraîchers font vivre l'exploitation agricole, les habitations ont été rénovées en matériaux sains, l'a rchitecte de la bande a reçu
un prix pour son projet de réhabilitation de la ferme en hameau HQE (haute qualité écologique)… Mais c'est chacun chez soi. Pendant deux ans, à
six, ils ont expérimenté la vie en communauté, avec partage des salaires. "Notre principal objectif c'était l'égalité sociale", explique Erwan. Mais le
système était très contraignant (comptage d'heures), et sujet à de nombreuses contestations. "Cela s'est mal terminé. Il y a eu de grosses dissensions.
Beaucoup de personne ici ne se voient plus", regrette-t-il.
Un regret que partage Pierre Gevaert, initiateur de l'écovillage du domaine de Boussac (Lot-et-Garonne). La SCI et le GFA regroupant douze
prétendants au bonheur communautaire ont été dissous. Le terrain a été vendu sous forme de parcelles. Pierre Gevaert se rassure avec le bonheur des
enfants. "Pour eux, c'est le même paradis : ils jouent ensemble dehors, mangent bio et vont à l'école ensemble, emmenés à tour de rôle par un parent.
Mais pour les adultes, maintenant, c'est une vie individuelle. Nous en étions arrivés à de violentes disputes". La cause : l'impossibilité de mettre tout
le monde d'accord. Ils avaient choisi de décider à l'unanimité, c'était inscrit dans les statuts. "Une faute énorme. On ne peut jamais obtenir
l'unanimité", pense Pierre Gevaert qui, désormais, préconise les décisions à la majorité. Pierre Gevaert et Erwan Cassart sont déçus. Mais un
écovillage n'est pas forcément communautaire !
Au Viel Audon, les huit permanents et les saisonniers habitent sur place mais pas ensemble. "Nous sommes dans l'entraide et la coopération, pas
dans la communauté".
Troglobal - Maine-et-Loire - Les alternatifs ont leurs grottes
Ce soir, à Troglobal, près de trente personnes sont réunies pour mettre un terme à l'aventure Ekbalium, l'association culturelle qui donnait sa raison
d'être au village troglodyte.
Adieu citrouilles*, soirées théâtre et autres festivals… Pourtant, les sourires sont sur toutes les lèvres. Nico s'affaire derrière le four à pain. Paco,
copropriétaire, installe des projecteurs, tandis que d'autres coupent les légumes en chantant au son d'une guitare. En dépit des circonstances, point de
morosité. Parce que Troglobal n'est pas seulement le lieu où s'est installé Ekbalium : c'est aussi un village alternatif… où la créativité peut s'épanouir.
"Qu'un tel village existe donne l'impression que tout est possible", raconte Yann, vingt-deux ans, dreadlocks et sourire doux.
C'est à la faveur d'un reportage sur une communauté australienne qu'il découvre qu'il est possible de vivre autrement. "Je suis parti là-bas, et j'ai
découvert un monde parallèle à celui que l'on nous impose. Depuis, j'ai tourné dans plusieurs lieux alternatifs en France. J'ai choisi. Je ne me vois
pas vivre autrement que comme ça". Nico, casquette de berger et gilet de laine, renchérit : "On a choisi de ne pas se couler dans le moule, de vivre en
dehors de la société de consommation".
Pour l'instant EDF alimente toujours le village, et le jardin leur fournit des légumes. Outre la cuisine, le salon et le bar, réunis dans le principal
espace, des grottes ont été aménagées en chambres, avec matelas et poêles à bois. Rudimentaire, mais très chaleureux. Paco, lui, habite au milieu de
la forêt, dans un dôme géodésique qu'il a construit. Quant à Benoît, l'autre copropriétaire, il habite la seule véritable maison du village avec sa petite
fille. Le téléphone, la machine à laver et les douches sont à disposition des habitants ; une dizaine la plupart du temps. Ecologie oblige, des toilettes
sèches sont installées à l'extérieur.
* Afin de gérer le flux de visiteurs et éviter l'argent, la citrouille est devenue la monnaie officielle du lieu. Mais, trop fragile, le système s'est peu à
peu dégradé avant de s'effondrer.Emmanuelle Mayer
Contact : Le Village Troglobal - La Rue 49320 Grésillé - Tél. : 02 41 45 59 71

Propriétaires ou chef ?
Acheter seul, dans le but de monter ensuite un écovillage, est nettement plus rapide et plus simple que l'achat groupé. Mais les conflits de pouvoir ont
plus de chances d'apparaître, lorsque parmi ses troupes, la communauté compte un propriétaire. "En collectivité, ce n'est pas facile d'oublier son
pouvoir de propriétaire. Normalement, un écovillage se caractérise par un partage de la propriété", estime Jean-Luc Girard. Christiane Thomas, de
la Ferme des Moulineaux, ne veut pas que sa propriété devienne de nouveau un écovillage. Dans ce lieu qu'elle fait vivre depuis plusieurs années, elle
avoue qu'elle n'accepterait plus de "n'être qu'un rayon de la roue".
À Troglobal, Paco et Benoît ont, eux aussi, du mal à composer avec leur statut de propriétaires. Lorsque l'artiste underground et le tailleur de pierre
achètent ce village troglodyte, ils ont vingt ans et rêvent d'en faire un lieu d'expression artistique. "Nous ne nous sommes pas rendu compte que ça
pouvait nous mener si loin, que ça prendrait une telle ampleur", constate Benoît. Les fêtes et festivals organisés par Ekbalium, l'association de
Troglobal, attirent énormément de monde. Le village devient un lieu de passage obligé pour les altern atifs de tout poil. Afin d'éviter l'argent et de
gérer toutes ces personnes, ils inventent le jeu de la citrouille. La cucurbitacée devient la monnaie officielle. On paie à la fin de la semaine, en
fonction du travail effectué et de son personnage (nomade, pèlerin, résidant, fondateur…). Mais, trop fragile, ce système s'est peu à peu dégradé.
Benoît, vingt-sept ans, retire une sagesse désenchantée de cette expérience : "On laissait trop de liberté, on n'arrivait pas à diriger les gens, à
récolter l'argent des factures. On était trop utopistes, on a manqué de professionnalisme". Et de philosopher sur la notion d'autorité : "On dit qu'il n'y
a pas besoin de chefs… mais il faut des directives. Il faut peut-être dire "venez chez nous" plutôt que "venez, c'est chez vous"…"
Pas si simple de gérer les arrivées. C'est pourquoi certains écovillages ont posé des règles précises. Pour s'installer à Ecolonie, il faut d'abord passer
par la case bénévole, puis rester un an à l'essai.
À Clavirola, où l'on assure l'absence de grosses difficultés, pas de règlement écrit, la liberté absolue… à condition de travailler.
Une semaine de bénévolat permet aux permanents de situer le comportement des volontaires.

Pas de chômage en écovillage


L'échec, parfois, vient en effet tout simplement du manque de travail. Marcel Charron, 68 ans, en a fait la triste expérience. Il avait un grand domaine
(Valensolette, Alpes-de-Haute-Provance) et un beau projet : la pré-autonomisation des Compagnons d'Emmaüs par des séjours en écovillage. La
fondation Abbé Pierre a suggéré de s'associer au mouvement de Pierre Rhabi, les Oasis en tous lieux[2]. Une association a été créée. Marcel a mis à
disposition son domaine, et trois couples issus des Oasis se sont installés. Trente compagnons sont venus. Ils avaient le contact avec la nature… mais
c'est à peu près tout. "C'était improvisé. Les gens qui étaient là avaient des conceptions libertaires et anarchistes. C'était chaotique".
Selon Marcel, ils commençaient tout et ne finissaient rien. "Il y avait deux vaches qui n'ont jamais donné ni lait ni veau, trois chevaux qui n'ont
jamais rien transporté et qui n'étaient pas montés, un poulailler qui ne fournissait presque pas d'œufs". Au bout de deux ans, Marcel a proposé une
réorganisation dans le but de revenir à l'objectif d'origine. Mais rien n'a changé, même après l'intervention d'un spécialiste des conflits. "Je voulais de
l'organisation et de la rigueur. Quand j'ai vu que c'était n'importe quoi, j'ai mis fin au projet. Je suis idéaliste mais réaliste. Les Oasis en tous lieux
ont laissé venir des gens sans sélection. Ceux du domaine voulaient vivre en communauté mais n'en étaient pas capables", conclut-il.
Les écovillageois sont des bosseurs ou ne sont pas. "À Écolonie, la gestion est rigoureuse. Nous ne sommes pas atteints par la réunionnite aiguë, on
ne chôme pas , on est là pour travailler" assène Muriel.
Autre atout : "Les personnes qui vivent ici sont des professionnels dans leurs domaines". Cultiver un jardin, gérer une association, animer… ça ne
s'improvise pas. "Il aurait fallu un agriculteur, un spécialiste de la gestion et psychologue", estime avec le recul Marcel Charron de Valensolette.

Les Jardins fertiles de Clomesnil – Calvados - Un écovillage s'éveille


Après un premier projet avorté, Arlette et Michel Roger, 65 ans, ont choisi de ne pas abandonner leur rêve d'habitat groupé écologique et solidaire.
En 1999, ils achètent cet ancien corps de ferme de Clomesnil en SCI, avec un autre couple qui n'habite pas sur place. Michel a la passion de bâtir et
de rénover. Construire sa maison, il en rêvait. Trois ans d'un dur labeur quotidien et la splendide bâtisse est là, prête à être habitée. Juste derrière, un
atelier en bottes de paille. "Beaucoup nous ont donné des coups de mains. Ce sont de vrais cadeaux".
Avec ses formes rondes, ses matériaux sains (chanvre, chaux, bois) et ses larges baies vitrées, leur maison bioclimatique respire la sérénité. Tout
comme ses propriétaires, qui semblent habités par la confiance. "La vie est généreuse pour qui a des projets généreux", soutient Arlette. Et des
projets, ils en ont. Tout d'abord, voir leur site se remplir d'écovillageois motivés et responsables. "Il y a de la place pour deux ou trois nouvelles
maisons", sans compter la future habitation commune, à aménager. Et surtout, dans le bâtiment principal, développer un centre de ressources, à la
fois documentaire et de formation, développement personnel, habitat sain, énergies renouvelables, créativité et développement local. L'association Fil
d'Ariane, montée il y a quinze ans par Arlette, a bien avancé sur ce projet, et des stages ont déjà lieu. "Plus tard, les écuries pourront être aménagées
en hébergement pour les stagiaires". Sur les six hectares du site, certains seront mis en réserve naturelle, d'autre en culture (ils cherchent d'ailleurs un
maraîcher…).
Les activités professionnelles des futurs résidents pourront être extérieures ou intérieures au site. "Nous souhaitons développer les échanges de
savoir-faire et de services, le partage de tâches collectives et moments festifs mais nous ne voulons pas un système communautaire. Chacun aura sa
maison et son activité économique". Chacun, surtout, pourra exercer sa créativité. "Les Jardins fertiles de Clomesnil, ce n'est pas seulement l'idée de
la terre, c'est aussi nos jardins intérieurs…"Emmanuelle Mayer
Contact : Les Jardins fertiles de Clomesnil - Arlette et Michel Roger - 14310 Coulvain - Tél. : 02 31 077 09 21
Flamme alternative
Et l'argent ? Comment financer son écovillage au quotidien ?
Certains comme Écolonie s'autofinancent, grâce à leurs activités touristiques. D'autres, montés en association comme Cravirola, font appel à des
subventions. Les problèmes financiers semblent rarement la cause principale d'un effondrement. Exception faite pour l'association du Cun du Larzac,
dont les activités étaient centrées autour de l'hébergement, de la formation et du développement des énergies renouvelables. Créée par des objecteurs
de conscience en 1975, elle a connu la progression "classique" des écovillages : communauté idyllique, revendications, introductions de salaires, fin
de l'aspect communautaire, diminution de nombre d'habitants. Cependant la flamme alternative est toujours là, et ce lieu hautement écologique
(éolienne, toilettes sèches, chauffage au bois, maisons en bottes de paille) continuait à vivre. C'est bien les dettes accumulées et le manque de public
qui ont entraîné la mort de l'association de 2001. "La demande a changé. C'est le développement personnel qui intéresse les gens maintenant. Nous
n'avons pas su nous adapter à cette évolution", estime Hervé Ott, spécialisé dans la résolution des conflits.

Rebondir
"Il faut être capable de faire évoluer son projet de départ", insiste Jean-Luc Girard. Au Cun du Larzac, ils ont décidé de continuer, en réorientant
leurs objectifs. L'ancienne association a été dissoute, et remplacée par trois nouvelles : l'Éolienne s'occupe de l'hébergement et de la restauration, Cap
del VQ (Centre d'animation et de plaisir de la Vie Quotidienne) s'intéresse aux arts plastiques et au spectacle vivant et Conflits, cultures et
coopérations, forme à l'approche et la transformation constructive des conflits. De quoi continuer à faire vivre ce lieu mythique. "Mais nous ne
proposons plus seulement des activités sur place. Je me déplace de plus en plus. La demande sur les conflits intéresse moins les particuliers que les
entreprises", explique Hervé Ott.
À Troglobal, même refus de se résigner. "Le plus important, c'est de rebondir". C'est ce que Jo soutenait pendant la fête qui signait la fin de
l'association Ekbalium. Six mois après, on apprend que le printemps a été fertile dans le village troglodyte : plusieurs actions et une pièce de théâtre
sont en cours de création.

Boussac - Lot-et-Garonne - Une même idée de l'écologie


Agen, Port-Sainte-Marie, Galapian… Un chemin rocailleux quitte la départementale, dévale une pente et s'arrête au pied d'un château modeste, mais
beau ! Tout autour, un paysage jauni par les champs de tournesols. Ici ou là, disséminées dans la verdure une dizaine de maisons. Elles ont toutes, ou
presque, un air d'inachevé, comme le rêve qu'elles ont un temps abrité. Nous sommes à Boussac, dans le Lot-et-Garonne, un hameau qui se voulait
autrefois écovillage.
L'idéal communautaire s'est brisé sur un quotidien difficile à gérer. "Nous avons voulu aller trop loin, trop vite", déclare Françoise Penet qui a
aménagé au hameau, voici cinq ans avec son mari, Arnaud, ex-ingénieur à l'Aérospatiale reconverti dans les énergies douces, et leurs trois enfants.
Françoise ne regrette pourtant rien des grandes envolées utopiques des débuts, lorsqu'il s'agissait de tout partager, les terres, le château… et une
certaine façon de vivre et de penser.
La vie s'organisait autour de chantiers collectifs et de grands projets écologiques. Mais, elle s'organisait mal. "Par peur d'une dérive sectaire, nous
devenions sectaires, dit-elle. Trop de contraintes intolérables ! Interdiction de réunions entre amis en dehors de la communauté. Pas de méditation
par exemple. Aucune recherche spirituelle…"
L'écovillage a éclaté en autant d'individualités. Mais les familles sont restées, rachetant maisons et lopins de terre, avec toujours en commun le même
besoin viscéral de vivre ne harmonie avec la nature. Il y a là un ingénieur agronome, un médecin homéopathe, des commerçants de vêtements
népalais pratiquant le commerce équitable, un professeur de maths devenus thérapeute et spécialiste en élixirs floraux, un professeur de danses
orientales… Chacun vit à sa manière son rapport à l'environnement, mais le ciment écologique entre eux est très fort, plus que toute décision
communautaire.
Aujourd'hui Françoise construit de façon plus pragmatique et plus individuelle son idéal de vie. "Mon chemin, dit-elle, est personnel, semé de doutes
mais aussi d'incontestables réussites. Certes nos revenus ont été divisés par trois, mais avec un potager, un chauffage solaire, une alimentation
végétarienne, des enfants heureux car élevés en toute liberté - certains sont même déscolarisés. Je vis au plus près de mes rêves".
Et à Boussac, les rêves se rencontrent à nouveau. Sans ambition démesurée, sans contrainte aucune, dans le respect de la vie et du rythme des uns et
des autres. Maïté Urruela
Contact : Michèle Fourras - Hameau de Boussac - 47130 Bazens

Préservation de l'environnement
Aguerris par un premier projet qui n'a pas vu le jour, Arlette et Michel Roger semblent avoir pris en compte tous ces éléments pour développer leur
écovillage : Les Jardins Fertiles de Clomesnil. Si personne ne vient habiter à Clomesnil, Arlette et Michel auront tout de même apporté leur
contribution à la préservation de l'environnement. Sur ce point, Annie Aubrun de la Maison d'Ici et Maintenant est optimiste : "La semaine dernière,
nous avons déjeuné avec tous les gens du hameau. On s'entend très bien. Quand je mettrai de l'énergie solaire, ca déteindra sur les autres. Je crois
beaucoup à la contagion. C'est comme cela que l'on progressera en France".

[1] Nouveau mode de production agricole, très économe en énergie et respectueux des êtres vivants et de leurs relations réciproques.
[2] Association qui appuie les groupes désireux de se constituer en Oasis : "unités de vie fondées sur la terre nourricière et les échanges favorables à
la reconstruction du lien social".

Pour en savoir plus...

- Village du Viel Audon - 07120 Balazuc - Tél. 04 75 37 73 80 - Mél : vielaudon@free.fr


- Association Rézonance - La Vieille Valette - 30160 Robiac-Rochesadoule - Tél. 04 66 60 07 89 - Site Internet : http://collectif.valette.free.fr
- Cravirola - 06430 La Brique - Tél. 04 93 04 70 64 - Site Internet : www.cravirola.com
- La Maison d'Ici et Maintenant - Annie Aubrun - Hameau de Coqueréaumont - 76560 Saint-Laurent-en-Caux - Tél. 02 35 56 65 53
- Le Cun du Larzac - 12100 Millau - Conflits Cultures et Coopérations - Tél. 05 65 61 33 26
- L'Éolienne - Tél. 05 65 61 14 38
- Cap del VQ - Tél. 05 65 69 01 34
- GEN (Global Ecovillage Network) Site Internet : www.gen.ecovillage.org
- GEN-Europe Site Internet : www.gen-europe.org Allemagne - Tél. +49 (0) 3384 744 766 Écosse - Tél. +44 (0) 1309 62 24 48
- Passerelle Éco - 42, rue du Faubourg Figuerolles - 34070 Montpellier, Site Internet : www.passerelleco.info
Cette revue associative est actuellement le lien le plus performant entre les écovillages. Au programme chaque trimestre : témoignages, savoir-faire et
réflexions.
Ecovillages : utopie ou réalité ? Deuxième partie : Acteurs du village ?

« Au village sans prétention, j’ai mauvaise réputation… ». Un écovillage qui s’installe fait souvent l’objet de rumeurs. Les locaux ne voient pas
toujours d’un bon œil l’arrivée des ces « étrangers » qui ne veulent rien faire comme tout le monde. Mais, au-delà de l’incompréhension et de
l’indifférence, les écovillages peuvent aussi susciter l’enthousiasme des communes.

« En France, la suspicion à l’égard des modes de vie différents et la législation sont des freins au développement d’alternatives. Le schéma
productiviste dominant fait obstacle à la pluriactivité et à l’agriculture vivrière », dénonce Jean-Luc Girard de la revue Passerelle Éco.
Suspicion, le mot est lâché. De la mairie aux agriculteurs en passant par les néo-ruraux, les écovillages et autres lieux de vie alternatifs y échappent
rarement. « J'étais prof de yoga (...), ça a suffit pour que l'on me considère comme une secte » se souvient Annie Aubrun de la Maison d'Ici et
Maintenant.
Au domaine de Valensolette, la fourgonnette peinte des habitants leur a été fatale. « Ils se sont repliés sur eux-mêmes, il n'y a pas eu assez d'efforts
pour s'intégrer », dénonce Marcel Charran, le propriétaire du lieu. « On est considéré comme des hippies par les locaux, en particulier les néo-
ruraux. Par contre, les communautés hippies de la vallée nous traitent de productivistes », s'amuse Katia, de la ferme de Cravirola, dans la commune
de La Brigue. « Nous avons eu peu de contact avec eux. Les échos sont ni bons ni mauvais », assure Jean-Pierre Bronda, le maire. Récemment, il a
reçu une invitation de leur part pour un événement culturel et à la dernière fête du village, Cravirola avait son stand de fromage. Pourtant, le maire ne
considère pas qu'ils participent au développement local : « Ils s'occupent de leur développement, pas du nôtre. Je ne crois pas que beaucoup de
personnes aillent là haut : après le trajet en voiture, il faut encore marcher vingt minutes ». Vingt minutes qui n'ont pas pas découragé les quelques
trois cents personnes venu pour le festival multiculturel que l'équipe de Cravirola avait organisé.

Bourbier administratif
Lorsqu'en 1992, cinq squatters parisiens achètent une bâtisse et son demi-hectare dans la vallée abandonnée de la Vieille Valette (Cévennes), pour en
faire un espace rural de création artistique, ils ne se doutaient pas du « bourbier » administratif qui les attend. Leur propriété est la seule maison qui
n'appartienne pas à l'Etat, la vallée est en effet gérée par l'Office National des Forêts (ONF). La commune de Robiac-Rochesadoule est liée à l'ONF
par un bail sur le reste du hameau en ruine et les terres en friches. Elle s'engageait ainsi à réhabiliter la vallée... mais elle ne l'a jamais fait.
Une fois installés, les jeunes artistes rédigent un projet et débordent largement de leur propriété. Les activités agricoles et artistiques se développent.
Mais rénover un hameau prend du temps et, en 1996, ils vivent toujours dans des conditions sanitaires peu conformes aux normes. Cette années-là
marque le début des déboires : un arrêté préfectoral décrète toute la vallée insalubre – pas seulement le hameau. Ils engagent alors un recours devant
la cour d'appel qui refuse d'annuler l'arrêté. Ils sont donc menacés d'expulsion. Mais, en 2003, ils sont toujours là. L'arrêté n'a jamais été mis en
application, au grand dam du maire de Robiac qui aimerait que « l'ONF et la préfecture prennent leur responsabilité ».
Les anarchistes de La Valette ont choisi de ne pas céder et continuent de développer le site : de nombreuses habitations ont été construite ainsi qu'une
salle polyvalente qui accueille un studio d'enregistrement, ainsi que des ateliers d'arts corporels et de danse. Magazine, troupe de théâtre, agriculture,
sculpture sur pierre, « festivalettes », journées portes ouvertes... les activités ne manquent pas.
L'avocat du collectif de la Vieille Valette, Me Goujon, explique qu'aujourd'hui, « les autorités hésitent car sur le terrains, la situation a changé. Les
habitats précaires ont disparu, la maison commune est relié à une fosse sceptique. Cela doit être constaté. Pour le reste du hameau, il faudrait qu'un
bail soit passé avec l'ONF pour qu'ils ne soient pas considérés comme des squatters. Je pense que l'ONF ne serait pas contre : le collectif a quand
même revalorisé le site. Mais, cet organisme ne peut pas aller à l'encontre de la politique locale », estime Maître Goujon. De son coté, le maire
assure ne pas vouloir les mettre dehors « Nous sommes ouverts. Chacun est libre de vivre comme il l'entend. Mais dans le cadre de la loi. Or, le
hameau n'est pas aux normes sanitaires, le risque d'incendie est grand, ils ont construit sans permis et sont installés illégalement... », insiste-t-il.
Concrètement, il souhaite revoir l'assainissement, rendre le chemin accessible, mettre la maison commune aux normes puis le r este du hameau. Et de
poursuivre : « Ils disent qu'il retapent bien les maisons mais je ne voudrais pas y vivre moi, dans leurs maisons ! C'est rénové dans l'anarchie la plus
totale ! ». Une anarchie qu'ils revendiquent, tout comme la qualité de leurs travaux, « Il faut venir voir, c'est super beau », répètent-ils.
Tous les protagonistes veulent la régularisation du la Vieille Valette, mais personne n'est d'accord sur les modalités. Sur le plan juridique le dossier
n'avance pas. Mais on les laisse tranquille. La plainte pour construction illicite, déposé contre eux, il y a un an a été classée sans suite. « Qu'on leur
fiche la paix est la meilleure des choses pour eux. Plus le temps passe plus ils montrent qu'ils n'ont rien à voir avec des d élinquants. C'est vrai qu'ils
sont en rupture sociale, mais ils se contentent de peu ». Et surtout ils s'activent. « On travaille tous les jours », précise l'un des permanents.
A Grésillé, la commune qui accueille le village Troglobal, la mairie avait fait preuve d'une ouverture d'esprit remarquable face à cette jeunesse
alternative. Il faut dire que le but de ces « Troglobaliens » était d'instaurer une vie associative culturelle en milieu rural. Les soirées à thèmes et autres
« foirinettes » attiraient beaucoup de monde y compris les locaux, en toute convivialité. Ils avaient même eu droit aux félicitations du maire et des
gendarmes. En une nuit, tout a changé. Ils ont organisé une soirée électro en collaboration avec une autre association. Le nombre de prospectus à
distribuer était fixé à deux cents, mais l'association partenaire en a distribué deux mille... « Deux mille sept cents personnes sont venues. C'était un
bordel pas possible, les voitures étaient garées partout dans la commune... », raconte Benoît, copropriétaire, plein de regrets. Restriction et plainte de
la mairie... et début de la fin pour Ekbalium, l'association culturelle du village alternatif co-organisatrice de l'événement.

Écolonie – Vosges - Sur la voie du développement local


Écolonie donne au début le sentiment d'être dans une enclave hollandaise en terre vosgienne. L'immatriculation des dizaines de voitures garées sur
les parkings à l'entrée du site, le néerlandais pratiqué dans toutes les conversations, associé à un certain art du camping, contribuent largement à cette
impression.
Un peu à l'écart du village de Hennezel, le domaine de Thietry, qui concentre l'essentiel de l'activité d'Écolonie, réunit sur sept hectares plusieurs
espaces de camping, une maison de maître, qui abrite une dizaine de chambres d'hôtes et une petite boutique, ainsi que plusieurs bâtiments bas qui
servent de logements, ou qui accueillent diverses activités. On y trouve aussi un magnifique potager bio en forme circulaire, et un jardin de plantes
aromatiques entouré de vieux murs. C'est là que vivent en permanence douze Hollandais, dont trois enfants. Ils y partagent une communauté de vie et
de travail, à laquelle s'associent régulièrement des bénévoles pour plus ou moins longtemps.
En plein été, près de trois cent cinquante personnes y séjournent. L'accueil touristique est, en effet, l'une des principales activités de l'association avec
la production issue des jardins. Écolonie s'affiche comme un centre écologique aux activités multiples : éducation à la nature, ateliers d'art,
ressourcement à la carte. Certains se baignent dans l'étang quand d'autres donnent un coup de main au potager, d'exercent à la mosaïque ou à la
fabrication d'huiles essentielles.
Depuis quatre ans, Janneke, Henry, Henkjan, Richard et les autres ont tissé des liens avec d'autres producteurs bio du secteur, le boulanger du village,
d'autres fournisseurs et des habitants. Ils envisagent de créer un restaurant largement ouvert sur l'extérieur. Bientôt, une petite communauté
s'installera dans un village voisin et proposera des ateliers créatifs à la clientèle d'Écolonie. En attendant, les enfants qui fréquentent le collège, l'école
ou la crèche n'ont pas attendu pour devenir des petits Hollandais cent pour cent vosgiens. Claire Lelièvre
Contact : Écolonie - 1 Thiétry, 88260 Hennezel - Tél. 03 29 07 00 27 Site internet : www.ecolonie.org
Retombées économiques
« Pour moi, c'est clair qu'Écolonie apporte un plus. Je considère ce projet comme une opportunité de développement », explique Alain Roussel,
maire de Claudon et conseiller général chargé des questions d'environnement. Au début, rien n'était gagné, d'autant plus que les « écoloniens » étaient
étrangers (Hollandais). La rumeur de la secte courait. A tel point que quand cet écovillage s'est étendu sur le territoire de Claudon, Alain Roussel est
allé les voir pour leur poser la question.
Maintenant, ils travaillent ensemble. « Tous les ans, on monte un grand spectacle. L'année dernière, une dizaine de membres d'Écolonie ont joué
dedans. Ils participent aussi aux réunions « projets de territoires ». Ce sont des acteurs du développement », assure le maire de Claudon. « Nous
avons des retombées économiques car les visiteurs consomment. Il y aussi les touristes qui louent dans la région car ils ont entendu parler de nous »,
explique une bénévole. La crainte des locaux ? Qu'Écolonie soit un repaire de Hollandais profitant des aides sociales. « En fait, c'est donc une
pratique marginale », souligne Alain Roussel qui ne regrette qu'une chose : la lenteur de leurs projets, dû à leur choix d'autofinancement.
Josiane Delsart, maire de Balazuc, ne cache pas sont enthousiasme concernant le Viel Audon. « C'est quelque chose d'extraordinaire. Nous sommes
très heureux. Ce lieu écologique et éducatif est un énorme atout pour la commune ». Marie Simon, du Viel Audon, raconte qu'au début, les gens les
voyaient comme « des caricatures de soixante-huitards ». Mais, « les locaux ont vu des gens bosser dans la durée. Le travail de la terre a une
grande valeur pour eux ». L'animatrice insiste aussi sur la philosophie de leur projet qui ne recherche en aucun cas l'autarcie : « Nous avons une
démarche de développement local ». Et pour preuve, Yann, à l'origine de l'écovillage et salarié de l'association, est conseiller municipal.

Longo Maï - Alpes-de-Haute-Provence - Une vie sans compromis


Des communautés néo-rurales nées après 1968, la plupart ont disparu. D'autres résistent, s'accrochant à un idéal collectif et refusant toute
compromission. Parmi elles : Longo Maï.
Des bâtiments de fermes qui ressemblent, peu ou prou, à tous ceux accrochés aux collines de Limans, près de Forcalquier, dans les Alpes-de-Haute-
Provence ; 300 hectares de terres semi-arides fichées de trois hameaux, toujours en voie de restauration… Tel est le lieu où se sont installés - et vers
lequel continuent d'affluer des dizaines " d'anars " venus de toute l'Europe.
Longo Maï, a vu le jour en 1973. Lieu d'alternative rurale, cette coopérative agricole autogérée, - où l'on pratique l'élevage de moutons, de volailles,
de cochons, et la polyculture (céréales, fruits, légumes et plantes médicinales), est la concrétisation du rêve de Roland Perrot, alias Rémi, décédé en
1993.
La première ambition était d'offrir à de jeunes gauchistes en butte aux factions néonazies en Autriche, une retraite au vert ainsi qu'un projet de vie
collective, où les notions de propriété, de famille traditionnelle et de travail salarié, n'existeraient plus.

La terre promise
Mais attention, il ne faut pas confondre retour à la terre et oisiveté. La devise de la communauté ne laisse pas de doute à ce sujet : " réfléchir et agir ".
L'intronisation dans cette " autre vie " passe par l'auto-production, mais également par la restauration des bâtiments en ruine, le bûcheronnage, la
réflexion sur l'usage de matériaux et d'énergies renouvelables (bio-construction, traitement sélectif des déchets et des eaux usées, capteurs solaires
thermiques, etc.) La quête d'un idéal écologique… Mais tout cela a un coût. Ces pionniers hostiles à l'économie de profit ne peuvent faire l'impasse
sur les campagnes de collectes de fonds (dons privés, subventions publiques, emprunts, mécénat…) À Bâle, où se trouve leur siège administratif, le
collectif a été reconnu d'utilité publique. Les dons avoisinent les cinq millions de francs suisses par an, réinvestis dans la gestion de la coopérative et
dans ces actions politique.
Agir localement, penser globalement

Ici, les curieux et les doux rêveurs n'ont guère leur place. Seuls les plus passionnés demeurent. Les plus engagés aussi. Qui sont-ils ? Autant de gens
que de parcours différents : jeunes tout juste majeurs, cadres urbains las de leur vie, réfugiés politique… Ils adhèrent unanimement au principe du
collectif : polyvalence de chacun pour ce qui est des tâches au sein de la ferme, décisions prises par l'ensemble de la communauté, que ce soit au
niveau local ou mondial…
Longo Maï prouve son ouverture vers l'extérieur ? Les participants font pression pour rouvrir l'école primaire de Limans, participent au conseil
municipal, organisent régulièrement des réunions locales et nationales. Dans les années quatre-vingt-dix, ils rejoignent Paysalpes, un groupement de
petits producteurs de la région. Acteurs dans l'aventure des radios libres, ils ont installé au sommet de la colline Radio-Zinzinz, qui propose des
revues de presse nationales, de la littérature et de la musique vingt-quatre heure sur vingt-quatre ainsi qu'une émission mensuelle en collaboration
avec Le Monde diplomatique.
Autant de passerelles vers un monde où les citoyens de Longo Maï ne cessent d'élargir leur champs d'action. Ainsi, ils implantent de nouvelles
fermes, en France comme à l'étranger, et multiplient les initiatives : création d'une agence de presse alternative, l'AIM, accueil de réfugiés politiques,
coopération avec les paysans journaliers d'Andalousie, interventions au Mali, en Nouvelle-Calédonie, en Europe orientale… Autant d'offensives qui
leur vaudront bien des critiques, voire même des procès à droite comme à gauche.
Entre idéalise et réalisations concrètes, Longo Maï a su perdurer, même si l'utopie ne va pas sans heurts. La cohésion interne est souvent mise à mal
par les inimitiés, les rébellions et les conflits entre habitants. Et pourtant, la cohésion prévaut dans ce lieu où les identités, les espoirs et les idées se
mettent au service de la communauté. " Que cette alchimie puisse durer toujours ! ", dira l'un d'entre eux avant de se rappeler les trente années qui
viennent de s'écouler…Nathalie Dallain
Contact : Longo Maï - Communauté de Limans - Maison Principale, BP 42 - 04300 Forcalquier - Tél. 04 92 73 05 98

Un mouvement en expansion
Au niveau mondial, « la coopération entre les écovillages et les autorités mondiales s'approfondit », écrit Jonathan Dawson, du GEN Europe, dans
Passerelle Eco. Au Danemark, « l’écovillage de Munksoegaard reçoit une aide importante de la Direction de l'urbanisme locale. Un partenariat
similaire se met en place à Findhorn (Communauté écossaise d'environ quatre cents personnes fondée en 1962, et qui reçoit plus de 10 000 visiteurs
par an. Lieu de naissance du GEN)., en Ecosse, où une étude récente a montré que la contribution de la communauté à l'économie locale est de cinq
millions de livres par an et quatre cents emplois ». Le GEN-Europe fédère aussi les projets africains, et noue de plus en plus de relations avec les
pouvoirs publics et les professionnels. Les écovillages pourraient favoriser le développement de certaines régions d'Afrique. Au Sénégal, par
exemple, « le gouvernement a mis le concept d'écovillage au centre de sa stratégie de développement rural et le réseau reçoit régulièrement des
fonds du Programme de développement des Nations Unies » se réjouit Jonathan Dawson. (Source : WWW.ONPEUTLEFAIRE.COM)

Chantage
Tout ayant été exploité, il n'existe qu'un seul moyen pour créer des richesses dans un pays déjà riche: le chantage. Cela va du commerçant qui ment
en affirmant: "C'est le dernier article qui me reste et si vous ne le prenez pas tout de suite, j'ai un autre client qui est intéressé", jusqu'au plus haut
niveau, le gouvernement qui décrète: "Sans le pétrole qui pollue, nous n'aurions pas les moyens de chauffer toute la population du pays cet hiver".
C'est alors la peur de manquer ou la peur de rater une affaire qui génère des dépenses artificielles. (ESRA B.Werber)
La Zone d'Autonomie Périodique ou le pays de l'été (Hakim Bey)

Je pense que cet ancien mode de vie qu'est la transhumance, s'est toujours avéré à la fois agréable et pratique, tout du moins dans les économies à
petite échelle. Deux fois par an vous vous préparez, vous bougez, vous voyagez, changeant de vie et même de régime alimentaire - la saveur de la
liberté nomade. Mais toujours aux deux mêmes endroits. L'un est typiquement plus intime - le village, le foyer ; tandis que l'autre est beaucoup plus
sauvage, et on pourrait le nommer le pays du Désir, de l'Eté.

Dans les histoires de Finn Mac Cumal et de sa bande de Fenians, nous retrouvons presque toujours ceux-ci dans cette partie sauvage du spectre, la
forêt verdoyante, le paysage de la chasse qui "remonte" le temps jusqu'à un âge d'or préagricole, et "oblique" également dans le temps - vers Tir nan
Og, le Pays du Soleil, le royaume des Tuatha de Danaan, qui sont à la fois les Morts et les Esprits. Nous oublions que les Fenians ne passaient que la
moitié de l'année dans les forêts. Ils étaient comme les transhumants - ils devaient consacrer l'autre moitié de l'année à travailler (au service militaire)
pour le Roi. A cet égard, ils ressemblaient aux paysans Irlandais, qui jusque récemment pratiquaient la transhumance pastorale. Dont des traces ont
pu survivre jusqu'à nos jours. Le folklore Irlandais préserve sans aucun doute l'image de cette liberté Estivale ; la "Nature" semble toujours, d'une
manière ou d'une autre, entrelacée et même confondue avec la "Culture" dans les traditions irlandaises (comme dans les capitales zoomorphiques du
Livre de Kells), de manières typiquement irlandaises qui ont souvent impressionné l'observateur étranger.

Les colons Elizabethains comparèrent les Irlandais aux Amérindiens : - ils les perçurent comme des "sauvages" - et leur infligèrent le même
traitement. La transhumance donne l'opportunité aux gens de rester en contact avec la Nature dans son aspect "joyeux" (comme dirait Morton de
Merrymount), même si la vie économique de ces gens est virtuellement déterminée par l'agriculture, la paysannerie, et le travail fastidieux. Ceci
explique l'aspect "radical" du braconnage, de Robin des Bois jusqu'aux Codes Noirs, de même que la romantisation universelle de la chasse.
Ce romantisme se manifeste déjà dans les sociétés de chasseurs/cueilleurs où le prestige (et l'amusement) de la chasse procure bien moins de
nourriture à la tribu que le travail ingrat de la cueillette - et le romantisme perdure jusqu'à nos jours. Je pense à mes deux oncles, qui cultivaient un
romantisme rural de la chasse tels des personnages tout droit sortis des pièces de Turgeniev. Je crois qu'il est impossible de mépriser ce romantisme,
qui m'apparaît si clairement comme étant le dernier vestige de la liberté Paléolithique dans un monde consacré au quadrillage de l'espace agricole - et
à l'autoroute.

En effet, on peut dire du Romantisme qu'il effectue une révolution (si ce n'est une résolution) autour de cette tension dans le spectre Nature/Culture.
Le transhumant doit être une sorte de romantique pratique, un "schizophrène ambulant" qui fonctionne comme une personnalité, "partagée" entre les
pôles magnétiques, et se déplaçant suivant les conditions climatiques.

Hiver.......................................Eté
village.....................................montagne ou forêt
travail............. Pivot :.............jeux
agriculture.......festival............pastoralisme/chasse
foyer.........(axes de .l'année).."le double" (le refuge de verdure)
narration.................................aventure
rêverie.....................................désir etc.

Lorsque l'agriculture se reproduit, à travers un processus de rationalisation et d'abstraction étendues, et qu'elle crée la culture industrielle, alors la
séparation augmente jusqu'à la rupture. Les transhumants perdent la structure fondamentale de leur économie avec le clôturage des terres du village et
la perte des "droits forestiers" ; ou des pâtures traditionnelles. Les vrais nomades, qui engendrent (comme le reconnu Ibn Khaldun) une tension
dialectique nécessaire dans les sociétés traditionnelles (agricoles), deviennent "chômeurs" dans le régime Industriel - mais ils ne disparaissent pas.
Les Tinkers et les Travelers continuent de sillonner l'Irlande comme aux 18ème et 19ème siècles (et peut-être même durant la préhistoire). Mais les
transhumants sont tout simplement condamnés. L'espace liminal qu'ils occupaient jadis, entre la sédentarisation et le nomadisme, entre la Culture et
la Nature, fut purement et simplement effacé.

On ne peut cependant pas faire disparaître aussi facilement l'espace psychique de la transhumance. Dès qu'il s'efface de la carte, c'est pour
réapparaître aussitôt dans le Romantisme - dans l'intérêt récent pour les paysages et même les régions sauvages, dans "l'adoration de la Nature" et la
philosophie de la Nature, dans les excursions dans les Alpes, dans le mouvement des Parcs, dans les pique-nique, dans les camps de nudistes, dans le
cottage d'Eté, même pendant les vacances d'Eté. Aujourd'hui, les "réformistes" veulent que les enfants aillent à l'école toute l'année, et ils critiquent
les vacances estivales d'un ou deux mois en les considérant comme un vestige inefficace de l'économie agricole. Mais du point de vue (romantique)
des enfants, l'été est consacré à la liberté - une zone autonome temporaire (mais périodique). Les enfants sont des transhumants réactionnaires.
Dans une certaine mesure - et d'un certain point de vue - nous vivons actuellement dans un monde "post-industriel" ; et l'on pourra noter que dans la
mesure où il en est ainsi, le "nomadisme" fait sa réapparition. Ceci a de bons côtés (comme le signalent Deleuze et Guattari) et de mauvais côtés -
comme par exemple le tourisme. Mais qu'est devenue la transhumance dans ce nouveau contexte ? Quelles situations allons nous pouvoir élucider en
recherchant ses traces ?

On trouve la présence d'une trace nette ou d'un vestige de transhumance psychique dans les années 1920-1950 en Amérique sous la forme des camps
de vacances. La majeure partie de ces camps étaient inspirés par diverses tendances progressistes et radicales - le naturisme, le communisme et
l'anarchisme, des écoles de psychologies (Reichiennes ou autres), le mysticisme oriental, le spiritualisme - une pléthore de forces "marginales". Une
commune rurale utopique comme celle de Brook Farm s'est évaporée dans les vacances estivales bon marché ou le fanatisme. Durant la même
période des milliers de "comités de vacances" étaient créés, avec des cabines à peine moins primitives que celles des camps. Ma famille en possédait
une dans une ville délabrée en bordure de lac dans la partie nord de l'Etat de New York, où toutes les rues portent des noms indiens, de forêts,
d'animaux sauvages. Ces humbles communautés représentent la version "individualiste", ou de libre entreprise, du communalisme des camps de
vacances ; mais encore aujourd'hui des vestiges de l'esprit communautaire estival survit en eux. Tout comme pour les camps, la majorité d'entre eux
finit par s'adresser aux enfants, ces citoyens naturels de l'été. Avec la hausse incessante du prix de la simple paresse hédoniste, seuls les enfants des
nantis pouvaient séjourner en camps - et bientôt, même eux n'en eurent plus la possibilité. Les camps commencèrent à fermer les uns après les autres,
leur nombre déclinant lentement entre les années 70, 80 et 90. Il existent pourtant toujours des tentatives désespérées (un "Marxiste Computer Slim-
down Camp" ; des rassemblements néo-païens et des séminaires holistiques, etc.) - mais désormais les Camps de Vacances ne sont plus guère que des
anachronismes.

Actuellement le Camp de Vacances peut être une version largement édulcorée de la transhumance utopique - bien moins utopique que l'utopie ! -
mais je tiens à préciser qu'elle vaut la peine d'être défendue, ou plutôt, réorganisée. Si les anciennes économies n'ont pas réussi à la soutenir, il est
possible d'en envisager et d'en réaliser de nouvelles. En fait, une telle tendance a déjà fait son apparition. Lorsque de vieux Camps de Vacances font
faillite et sont mis en vente, certains d'entre eux sont rachetés par des groupes qui tentent de les préserver en tant que camps (avec éventuellement des
résidents à l'année), ou comme "communes" estivales privées ou semi privées. Certains de ces néo-camps serviront simplement de lieu de vacances
pour les groupes qui en auront fait l'acquisition ; mais les autres auront des besoins supplémentaires, et ils aspireront donc au jardinage de
subsistance, à l'artisanat, à l'organisation de conférences, d'événements culturels, ou à d'autres fonctions semi-publiques. Dans ce dernier cas, nous
pouvons parler de néo-transhumance, puisque le camp ne servira pas seulement d'espace de "loisirs", mais également d'espace de travail pour les
principaux participants.

Le "travail" estival, pour un transhumant, ressemblera beaucoup plus à un "jeu" que le travail du village. Le pastoralisme la isse du temps pour
quelques plaisirs arcadiens inconnus dans l'agriculture ou l'industrie à plein temps ; et la chasse devient du sport. (le divertissement est l'intérêt de la
chasse ; le "jeu" est un bonus.) Plus ou moins de la même manière, le néo-camp de vacances devra "fonctionner" ; pour s'en sortir, mais son travail
sera "autogéré" et "possédé" dans une plus grande mesure que pendant les saisons d'Hiver, et ce sera un travail de nature "festive" - la "recréation",
dans le sens originel du terme - ou même de "création". (Les artistes et les artisans font de bons citoyens de l'Eté.)
Si l'économie a déterminé la chute des premiers camps de vacances, l'état joua également un grand rôle ; - régulations, restrictions, précautions,
assurances, lois, etc... Facilitèrent l'augmentation des coûts réels de gestion d'une colonie au-dessus du niveau de faisabilité. On peut également
suspecter que "l'Etat" perçut le mouvement des camps de vacances comme une vague sorte de menace. D'une part, les camps échappent au regard
quotidien du contrôle, et sont écartés du flot de produits et d'information. De plus, les colonies étant anormalement communales, elles pourraient
développer une possible résistance à l'aliénation et à l'atomisation du consumérisme et de la "démocratie moderne".

Les camps possèdent également un érotisme subversif, comme pourra l'attester n'importe quel ex-campeur ou campeuse, une tension et un
relâchement du sur-moi, un brin de Désordre, des rêves de Nuits d'Eté, les baignades à poil, la promiscuité, la langueur de Juillet. Il est impossible
d'associer le camp à l'idéal de la production industrielle de loisirs "les vacances clef en mains" et la reproduction et la simulation de l'été dans un parc
à thèmes, le processus des vacances, l'"abandon" systématique de toute différence, de tout désir authentique.
Etant donné que l'Etat se méfie du camp, le néo-camp aura alors besoin de développer certaines formes d'invisibilité ou de camouflage social. Un
déguisement possible pour ce néo-camp serait justement de prendre l'apparence d'un camp de vacances à l'ancienne et en semi faillite. Après tout, le
camp de Vacances n'est pas illégal, et si votre groupe peut satisfaire aux besoins d'assurances, pourquoi ne pas vous intégrer dans une structure déjà
en place ? Tant que vous ne gérez pas un camp pour enfants, ou un refuge ouvertement Anarcho-Nudiste, vous pouvez tout à fait être aptes à vous
faire passer pour une équipe d'innocents Indiens fantaisistes ayant un mois de vacances à perdre.

Ma défense du (néo-)camp de vacances est basée sur deux principes simples : - premièrement, un mois ou deux de liberté relative valent mieux que
rien ; deuxièmement, c'est abordable. Je suppose que votre groupe n'est pas composé de "nomades" ; ou de combattants de la liberté à plein temps,
mais de gens qui ont besoin de travailler pour vivre ou qui sont bloqués dans une ville ou une banlieue toute l'année - des transhumants potentiels.
Vous voulez plus que de simples vacances estivales - vous voulez une communauté estivale. Plonger dans un humble lac des monts Adirondacks est
pour vous bien plus plaisant que Disney World - pourvu que ça soit avec les gens que vous souhaitiez. Le partage des frais rend la chose possible,
mais la transforme en une aventure dans la communication et le développement mutuel. Faire payer le lieu pour ce qu'il vaut ou même faire quelques
petits profits au noir transformera votre groupe en véritables néo-transhumants, avec deux points d'intérêts économiques dans votre existence. Même
si vous recherchez des statuts légaux (comme ceux d'un centre d'éducation religieux exempt de toutes taxes, ou d'un camp de vacances) votre droit de
propriété vous confère un certain degré d'intimité qui - lorsqu'on l'utilise discrètement - permet d'outrepasser toutes les entraves légales en matière
d'excès dans le sexe, la nudité, les drogues, et le paganisme. Tant que vous n'effrayez pas les chevaux ou que vous ne convoitez pas les intérêts
locaux, vous n'êtes qu'un autre groupe d'"Estivants", et en tant que tels, on s'attendra à ce que vous soyez bizarres.

De toutes les versions de la ZAT imaginées jusqu'ici, cette zone "périodique" ou saisonnière est plus sujette à la critique en tant que palliatif social ou
"Club Med Anarchiste". Elle échappe au simple égoïsme même si cela est dû au fait de son autogestion. Votre groupe doit créer cette zone - vous ne
pouvez pas l'acheter "clef en main" dans une agence touristique. Le camp de vacances ne peut pas être la "Révolution" sociale, c'est vrai. Je pense
qu'on pourrait appeler ça un camp d'entraînement pour le Grand Soir, mais cela fait trop sérieux et prétentieux. Je voudrais juste souligner le
désespoir que ressentent beaucoup de personnes par simple goût de l'autonomie, dans le contexte d'un romantisme valide de la Nature. Tout le monde
ne peut pas devenir néo-nomade - mais pourquoi pas, au moins, néo-transhumant ? Que se passera-t-il si le Grand Soir ne vient pas ? N'allons-nous
jamais reconquérir le pays de l'été, ne serait-ce que pour un mois ? N'allons-nous jamais disparaître de la grille ne serait-ce que pour un instant ? Le
camp de vacances n'est pas la guerre, ni même une stratégie - c'est une tactique. Et le plaisir sans médiation, après tout, est toujours sa propre excuse.
(Traduction FTP / anti-© 1998)

Recette du corps humain


Vous n'êtes pas simplement un nom et un prénom, dotés d'une histoire sociale. Voici votre véritable composition.
Vous êtes 71% d'eau claire, 18% de carbone, 4% d'azote, 2% de calcium, 2% de phosphore, 1% de potassium, 0, 5%de soufre, 0, 5% de sodium, 0, 4% de
chlore. Plus une bonne cuillerée à soupe d'oligo-éléments divers: magnésium, zinc, manganèse, cuivre, iode, nickel, brome, fluor, silicium. Plus encore une
petite pincée de cobalt, aluminium, molybdène, vanadium, plomb, étain, titane, bore. Voilà la recette de votre existence.
Tous ces matériaux proviennent de la combustion des étoiles et on peut les trouver ailleurs que dans votre propre corps. Votre eau est similaire à celle du plus
anodin des océans. Votre phosphore vous rend solidaire des allumettes. Votre chlore est identique à celui qui sert à désinfecter les piscines.
Mais vous n'êtes pas que cela. Vous êtes une cathédrale chimique, un faramineux jeu de construction avec ses dosages, ses équilibres, ses mécanismes d'une
complexité à peine concevable. Car vos molécules sont elles-mêmes constituées d'atomes, de particules, de quarks, de vide, le tout lié par des forces
électromagnétiques, gravitationnelles, électroniques, d'une subtilité qui vous dépasse. Rien de ce qui vous entoure dans le temps et dans l'espace n'est inutile.
Vous n'êtes pas inutile. Votre vie éphémère a un sens. Elle ne vous conduit pas à une impasse. Tout a un sens. Agissez.
Faites quelque chose, de minuscule peut-être, mais bon sang, faites quelque chose de votre vie avant de mourir. Vous n'êtes pas né pour rien. Découvrez ce
pour quoi vous êtes né. Quelle est votre infime mission? Vous n'êtes pas né par hasard. (ESRA)

Economie - Croissance
Jadis les économistes estimaient qu'une société saine est une société en expansion. Le taux de croissance servait de thermomètre pour mesurer la santé de
toute structure: Etat, entreprise, masse salariale. Il est cependant impossible de toujours foncer en avant, tête baissée. Le temps est venu de stopper l'expansion
avant qu'elle ne nous déborde et nous écrase.
L'expansion économique ne saurait avoir d'avenir. Il n'existe qu'un seul état durable: l'équilibre des forces. Une société, une nation ou un travailleur sains sont
une société, une nation ou un travailleur qui n'entament pas et ne sont pas entamés par le milieu qui les entoure. Nous ne devons plus viser à conquérir mais au
contraire à nous intégrer à la nature et au cosmos. Un seul mot d'ordre: harmonie. Interpénétration harmonieuse entre monde extérieur et monde intérieur.
Le jour où la société humaine n'éprouvera plus de sentiment de supériorité ou de crainte devant un phénomène naturel, l'homme sera en homéostasie avec son
univers. Il connaîtra l'équilibre. Il ne se projettera plus dans le futur. Il ne se fixera pas d'objectifs lointains. Il vivra dans le présent, tout simplement. (ESRA
B.Werber)
10 conseils pour entrer en résistance par la décroissance / Par Casseurs de Pub
1 - Se libérer de la télévision
Pour rentrer dans la décroissance, la première étape est de prendre conscience de son conditionnement. Le vecteur majeur de ce conditionnement est
la télévision. Notre premier choix sera de s’en libérer. Comme la société de consommation réduit l’humain à sa dimension économique —
consommateur —, la télévision réduit l’information à sa surface, l’image. Média de la passivité, donc de la soumission, elle ne cesse de régresser
l’individu. Par nature, la télévision exige la rapidité, elle ne supporte pas les discours de fond. La télévision est polluante dans sa production, dans son
usage puis comme déchet. Nous lui préférerons notre vie intérieure, la création, apprendre à jouer de la musique, faire et regarder des spectacles
vivants...Pour nous informer nous avons le choix : la radio (sans pub), la lecture (sans pub), le théâtre, le cinéma (sans pub), les rencontres, etc.

2 - Se libérer de l’automobile
Plus qu’un objet, l’automobile est le symbole de la société de consommation. Réservée aux 20 % les plus riches des habitants de la Terre, elle conduit
inexorablement au suicide écologique par épuisement des ressources naturelles (nécessaires à sa production) ou par ses pollut ions multiples qui, entre
autres, engendre la montée de l’effet de serre. L’automobile provoque des guerres pour le pétrole dont la dernière en date est le conflit irakien.
L’automobile a aussi pour conséquence une guerre sociale qui conduit à un mort toutes les heures rien qu’en France. L’automobile est un des fléaux
écologique et social de notre temps. Nous lui préférerons : le refus de l’hyper mobilité, la volonté d’habiter près de son lieu de travail, la marche à
pied, la bicyclette, le train, les transports en commun.

3 - Refuser de prendre l’avion


Refuser de prendre l’avion, c’est d’abord rompre avec l’idéologie dominante qui considère comme un droit inaliénable l’utilisation de ce mode de
transport. Pourtant, moins de 10 % des humains ont déjà pris l’avion. Moins de 1% l’empruntent tous les ans. Ces 1 %, la classe dominante, sont les
riches des pays riches. Ce sont eux qui détiennent les médias et fixent les normes sociales. L’avion est le mode de transport le plus polluant par
personne transportée. Du fait de sa grande vitesse, il artificialise notre rapport à la distance. Nous préférerons aller moins loin, mais mieux, à pied, en
roulotte à cheval, à bicyclette ou en train, en bateau à voile, avec tous les véhicules sans moteur.

4 - Se libérer du téléphone portable


Le système engendre des besoins qui deviennent des dépendances. Ce qui est artificiel devient naturel. Comme nombre d’objets de la société de
consommation, le téléphone est un faux besoin créé artificiellement par la pub. ― Avec le mobile, vous êtes mobilisable à tout instant ‖. Avec le
portable nous jetterons donc les fours micro-onde, les tondeuses à gazon et tous les objets inutiles de la société de consommation.
Nous préférerons au portable le téléphone, le courrier, la parole, mais surtout, nous tacherons d’exister par nous-même au lieu de chercher à combler
un vide existentiel avec des objets.

5 - Boycotter la grande distribution


La grande distribution est indissociable de l’automobile. Elle déshumanise le travail, elle pollue et défigure les pourtours des villes, elle tue les
centres-villes, elle favorise l’agriculture intensive, elle centralise le capital, etc. La liste des fléaux qu’elle représente est trop longue pour être
énumérée ici. Nous lui préférerons : avant tout moins consommer, l’autoproduction alimentaire (potager) puis les commerces de proximité, les
marchés, les coopératives, l’artisanat. Cela nous conduira aussi à consommer moins ou à refuser les produits manufacturés.

6 - Manger peu de viande


Ou mieux, manger végétarien. La condition réservée aux animaux d’élevage révèle la barbarie technoscientifique de notre civilisation. L’alimentation
carnée est aussi une grave problématique écologique. Mieux vaut manger directement des céréales plutôt que d’utiliser des terres agricoles pour
nourrir des animaux destinés à l’abattoir. Manger végétarien ou manger moins de viande doit aussi déboucher sur une meilleure hygiène alimentaire,
moins riche en calories.

7 - Consommer local
Quand on achète une banane antillaise, on consomme aussi le pétrole nécessaire à son acheminement vers nos pays riches. Produire et consommer
local est une des conditions majeures pour rentrer dans la décroissance, non dans un sens égoïste, bien sûr, mais au contraire pour que chaque peuple
retrouve sa capacité à s’auto suffire. Par exemple, quand un paysan africain cultive des fèves de cacao pour enrichir quelques dirigeants corrompus, il
ne cultive pas de quoi se nourrir et nourrir sa communauté.

8 - Se politiser
La société de consommation nous laisse le choix : entre Pepsi-Cola et Coca-Cola ou entre le café Carte noire et le café ― équitable ‖ Max Havelaar.
Elle nous laisse le choix de consommateurs. Le marché n’est ni de droite, ni du centre, ni de gauche : il impose sa dictature financière en ayant pour
objectif de refuser tout débat contradictoire et tout conflit d’idée. La réalité serait l’économie : aux humains de s’y soumettre. Ce totalitarisme est
paradoxalement imposé au nom de la liberté de consommer. Le statut de consommateur est considéré comme supérieur à celui d’humain.
Nous préférerons nous politiser, comme personne, dans les associations, les partis, pour combattre la dictature des firmes. La démocratie exige une
conquête permanente. Elle se meurt quand est elle abandonnée par ses citoyens. Il est aujourd’hui temps de lui insuffler les idées de la décroissance.

9 - Développement personnel
La société de consommation a besoin de consommateurs serviles et soumis qui ne désirent plus être des humains à part entière. Ceux-ci ne peuvent
alors tenir que grâce à l’abrutissement, par exemple, devant la télévision, les ― loisirs ‖ ou la consommation de neuroleptiques (Proxac...). Au
contraire, la décroissance économique a pour condition un épanouissement social et humain. S’enrichir en développant sa vie intérieure. Privilégier la
qualité de la relation à soi et aux autres au détriment de la volonté de posséder des objets qui vous posséderont à leur tour. Chercher à vivre en paix,
en harmonie avec la nature, à ne pas céder à sa propre violence, voilà la vraie force.

10 - Cohérence
Les idées sont faites pour être vécues. Si nous ne sommes pas capables de les mettre en pratique, elles n’auront pour seules fonctions que de faire
vibrer notre ego. Nous sommes tous dans le compromis, mais nous cherchons à tendre à plus de cohérence. C’est le gage de la crédibilité de nos
discours. Changeons et le monde changera.
Cette liste n’est bien sûr pas exhaustive. A vous de la compléter. Mais si nous ne cherchons pas à tendre vers cette recherche de cohérence, nous
serons réduit à nous apitoyer très hypocritement sur les conséquences de nos propres modes de vie. Evidemment, il n’est pas de mode de vie ― pur ‖
sur la Terre. Nous sommes tous dans le compromis et c’est bien ainsi.
Quelques remarques sur le prix libre

Le prix libre c'est quoi?

Le prix libre c'est: 'tu paies ce que tu peux, ce que tu veux.' cette démarche peut paraître pour certainEs idéaliste, irréaliste, insolite, ou peut ne pas être
comprise..! C'est sûr ce ne sont pas les Mc Dollars, Migros, fnac, et autres commerces qui vont instaurer le prix libre!c'est sûr, on entend plus parler de'crédit',
'promo -3O%', 'tarif réduit' ! C'est sûr nous sommes conditionnéEs pour payer ce qu'on nous dit de payer sans chercher a connaître le coût du service/produit
(spectacle, livre, concert, infos…)

Le prix libre : une volonté sociale, culturelle et politique !

Le prix libre propose un service/produit pour toutes et tous, du/de la salariéE a la/auRMIste....de l'adolescentE aux familles nombreuses. A chacunE, selon ses
moyens financiers. À chacunE la possibilité de participer aux frais d'organisation/production/diffusion.
En diffusant de l'info ou en organisant des spectacles à prix libre, on permet à quiconque est motivéE de s'instruire/ se divertir/ se rencontrer sans relation de
buisines. Ca permet de montrer que les boites d'édition/ spectacle qui vendent leur article à 20 euros le concert ou 15 euros le bouquin ne sont que des
marchands à la recherche de profit; que celles et ceux qui 'promotionnent la culture' ne font que de l'élitisme et/ou du populisme selon les parts de marché.

On empêche déjà le réflexe 'c'est combien?'. .. On démontre que, même s'il y a des frais, on peut organiser/produire/diffuser sans nécessairement vendre, ni
donner d'ailleurs car les frais sont présents et à gérer. Ce n'est pas en se déresponsabilisant (je paie ce qu'on me dit de payer) qu'on peut comprendre (et donc
faire!) un service/produit avec ses mécanismes et ses frais. On considère l'acquéreur/-se du service/produit non pas comme une source de bénéfice mais
comme unE individuE capable d'évaluer ce qu'ille paye selon ses ressources, ses besoins, ses coup de coeur. Ses estimation et motivations pour ce genre de
fonctionnement.
On propose un service/produit pour autrui, par soutien et par plaisir, on évite le rapport thunes (malgré les frais). Cela correspond à une démarche anti-
capitaliste à un idéal de monde sans classes, de système sans argent pour pourrir les relations entre personnes.

Utopiste dans le service/produit offert !très réaliste dans le remboursement des factures !

L'organisation d'un prix libre nécessite un choix de non surconsommation, du volontariat, une volonté de rester 'modeste' et de ne pas chercher des
subventions mais de privilégier la solidarité et la mise en commun d'outils et de moyens !
On cherche vraiment a avoir le moins de frais (récup, dons, …).

Actuellement le prix libre ne va pas sans problèmes ...!

Parfois le prix libre est confondu avec la gratuite ou 'je donne le minimum'. Un autre problème est lorsque l'argent récolté va en soutien (prisonnierEs, projets
alternatifs...) dans ce cas les organisateurs/-trices se prennent souvent la tête lors des réunions de préparation pour savoir si c'est 'prix libre' ou 'prix fixe!
Les services/produits en soutien sont faits pour rapporter de l'argent. Mais il y a contradiction obligatoire car on voudrait aussi que ça reste accessible à
touTEs. La notion de prix libre n'est pas synonyme de 'ça rapporte beaucoup' (parfois quand même!) et tant mieux, sinon ça aurait déjà été récupéré par les
marchands.
Le soutien qu'on apporte en diffusant/organisant vient de l'argent récolté mais aussi du fait de faire connaître les initiatives concernées.

! Le prix libre c'est expliquer aux gens comment ça fonctionne, dans quelle démarche et pourquoi !

Ca peut être beaucoup de travail car, à l'époque du Téléthon et du prélèvement automatique, certainEs ont pris l'habitude de se faire soutirer leur argent,
l'habitude qu'on leur dise combien payer pour soutenir.
Le prix libre c'est la volonté de faire réfléchir les gens sur leur responsabilité vis à vis de leur budget et de leur volonté de soutenir telle ou telle lutte; vis-à-vis
du bilan financier d'une tentative alternative: vis-à-vis de celles et ceux qui ne pourraient profiter du service/produit sans la solidarité d'autrui;

! Le prix libre c'est une expérience de solidarité, d'autogestion et de prise en main de chacunE par soi-même !

Rêve évolution N°1

/Think about Revolution!!!/ Think about evolution!!!/

Ed. Anonymes

Je suis diffusé à prix libre! …c'est quoi le prix libre? Ben justement regarde à la fin de ce numéro, on t'explique…
Je suis un recueil de textes, de projets, d'appel, d'idées, d'infos, de contacts…. Sentez vous libre de me copier me recopier et diffuser mes textes
Ne me jeter pas donnez moi à quelqu'un d'autre posez moi quelque part ou au pire recyclez moi. Je suis imprimé sur papier recyclé!
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