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Sommaire

L'Edito

Venezuela : ce qu’il faut savoir sur le


coup d’État mené par les États-Unis
Kevin ZEESE & Margarret FLOWERS

Juan Guaidó : un Président Voté par Personne


Luis BRITTO GARCIA

Trump a un objectif : en finir avec le chavisme


Alex ANFRUNS

Les efforts étasuniens pour renverser Maduro sont


poussés par les intérêts commerciaux et non pas la
démocratie
Stephen GOWANS

Attaque multiforme contre le Venezuela


à la veille de l’investiture de Maduro
Roger HARRIS, William CAMACARO, FREDERICK B. MILLS

Propagande contre le Venezuela


Roman MIGUS

Les Indiens et les paysans du Guatemala créent leur


propre organisation politique
Ollantay ITZAMNA

Entretien exclusif avec le ministre des Affaires


étrangères du Nicaragua : « Nous appelons les Etats-
Unis à respecter le droit international »
Alex ANFRUNS
L'Edito
« Mal nommer les choses, c'est ajouter aux malheurs du monde ». Adaptons au contexte du
Venezuela cette phrase attribuée à Albert Camus. Cela donne quelque chose comme : « reconnaître
un président parallèle pour servir les intérêts des autres puissances » . Il semblerait qu'il n'y ait pas
eu assez de guerres et de réfugiés. En effet, qui a autorisé la France à désigner Guaidó comme
président du Venezuela si ce n'est le président contesté des États-Unis, Donald Trump ?
En reconnaissant Guaidó comme le président du Venezuela par intérim, le ministre des affaires
étrangères, Jean-Yves Le Drian, poursuit la même politique étrangère d'ingérence qui a déjà donné
d'excellents résultats en Libye ou en Syrie, comme tout le monde peut le constater. N’y a-t-il pas
déjà eu assez de guerres et de réfugiés ? Prenons l’exemple du Honduras. Edwin Espinal, cela vous
dit quelque chose ? Ce jeune militant hondurien a passé un an en prison dans les conditions
inhumaines du régime de Juan Orlando Hernández. Son crime est d'avoir dénoncé la fraude
électorale fin 2018. Les États-Unis ont joué un rôle décisif lors du coup d’État contre Mel Zelaya il
y a dix ans, et depuis ce temps-là, la situation dans ce pays n'a cessé d'empirer. Depuis des mois, des
milliers de Honduriens fuient ce pays, mais comme il abrite une importante base militaire
étasunienne, cela s'appelle une démocratie.
Des dirigeants comme Emmanuel Macron ou Pedro Sánchez se sont inclinés honteusement devant
Trump et ont insulté la souveraineté nationale des peuples français et espagnol en annonçant qu'ils
reconnaîtront Guaidó après la fin du mandat de huit jours qu'ils avaient accordé au président
Maduro. Comment en est-on arrivé là ? Les États-Unis ont subverti les principes des Nations Unies
en introduisant la notion de « droit de protéger » , c'est-à-dire en légitimant l'ingérence sous prétexte
qu'un gouvernement attaquerait son propre peuple. La formule n'est pas infaillible, mais elle a
fonctionné plusieurs fois.
Lors de la manifestation du samedi 2 février, Guaidó a annoncé que « l’aide humanitaire » allait
bientôt arriver par Cucuta, la ville colombienne à la frontière avec le Venezuela, connue pour être le
lieu de passage de toutes sortes de trafic, avec la présence de para-militaires. Le but des États-Unis
est de se servir de la Colombie, voire du Brésil, pour reproduire le schéma de « couloirs
humanitaires » déjà mis en place dans le conflit en Syrie. Et, au prétexte d'acheminer de l'aide, pour
fournir clandestinement des armes et infiltrer des mercenaires. Peu après cette mobilisation, le
conseiller de John Bolton appelait le haut commandement de l'armée vénézuélienne à procéder à un
coup d'État. Les États-Unis voudraient intervenir sans que cela ne se voie trop, c'est là où des
vassaux peuvent rendre service.
Pendant ce temps-là, sur l'avenue Bolivar, une marche massive du chavisme contre
l'interventionnisme et en défense de l'héritage de 20 années de Révolution Bolivarienne avec la
Vème République au Venezuela. En même temps, comme vous avez pu le constater, le calme
régnait dans les rues de France et les gilets jaunes s'ennuyaient déjà du froid hivernal et du
traitement exquis de la police. Circulez, il n'y a rien à voir. La crise, elle, se trouve au Venezuela. Et
si la réalité ne correspond pas avec les infos, alors il suffit d'attiser les braises depuis l'extérieur. Le
vice-président étasunien, Mike Pence, s'y connaît. Il a répété que toutes les options étaient sur la
table, à savoir bombarder et détruire tout un pays comme ils l'avaient fait en Irak, car « l’heure n’est
pas au dialogue, mais à l’action »… Comment dites-vous ? Des dizaines de milliers de personnes en
France manifestant dans la rue contre la répression, parce qu’elles ne supportent déjà plus Macron
après un an et demi seulement au gouvernement ? Foutaises.
Pas besoin d'être un journaliste ou un intello pour comprendre que le Venezuela est maintenant le
scénario dans lequel se joue l'avenir de l'humanité. Soit un monde dans lequel règne le chaos
impérial, soit un monde avec un équilibre multipolaire respectant l'ordre des Nations Unies.
Alex Anfruns
Venezuela : ce qu’il faut savoir sur le
coup d’État mené par les États-Unis

Deux choses ressortent du coup d’État étasunien au Venezuela.


D’abord, il est inhabituellement public. Généralement, les
États-Unis tentent de dissimuler leurs coups d’État. Ensuite,
celui-ci est basé sur une série de mensonges flagrants, et
pourtant, les représentants du système bipartisan à
Washington, à quelques exceptions près, continuent de les
répéter.

Nous commencerons par corriger les mensonges pour que les lecteurs partent des mêmes faits.
Deuxièmement, nous décrirons comment ce coup d’État a perdu. Il sera un nouvel embarras pour
l’administration Trump et la politique étrangère étasunienne.
Il est important de comprendre que le Venezuela est devenu un conflit géopolitique puisque la
Russie et la Chine sont ses étroits alliés. La Chine et la Russie qui pénètrent l’arrière-cour des États-
Unis remettent en question la désuète Doctrine Monroe.
Le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole au monde et les deuxièmes plus grandes
réserves d’or, ainsi que des diamants et d’autres minéraux comme le coltan (nécessaire pour les
appareils électroniques). De plus, le Venezuela aura la présidence de l’OPEP et sera en position de
faire pression pour que le paiement du pétrole se fasse en monnaies autres que le dollar ou en
cryptomonnaies, une menace majeure pour le dollar US.
Manifestation devant le consulat nord-américain à Sydney le 23 janvier pour exiger que les États-
Unis n’interviennent pas au Venezuela. Photo: Peter Boyle

Corriger le récit

De nombreuses déclarations répétées par les fonctionnaires de Washington DC et les médias grand
public et destinées à justifier le coup d’État sont si évidemment fausses qu’il est difficile de croire
qu’elles ne sont pas intentionnelles. Dans son commentaire de deux paragraphes sur le coup d’État,
même le sénateur Bernie Sanders les a répétées.

1ère vérité : Nicolás Maduro est le président légitime.

Le président Maduro a été réélu le 20 mai 2018 en réponse à la demande de l’opposition de tenir
des élections anticipées. La légitimité de l’élection de Maduro est si évidente qu’il faut supposer
que ceux qui affirment qu’il est illégitime disent intentionnellement le faux ou sont ignorants.
L’élection a été fixée conformément à la Constitution du Venezuela et après consultation des partis
d’opposition. Lorsqu’il est devenu évident que l’opposition ne pourrait l’emporter, elle a décidé,
sous la pression des États-Unis, de boycotter l’élection afin de ruiner sa légitimité. Les faits sont
que 9 389 056 personnes ont voté, soit 46% des électeurs. Seize partis ont participé, six candidats se
sont présentés à la présidence.
Le processus électoral a été suivi par plus de 150 observateurs. Cela comprenait, entre autres, 14
commissions électorales de huit pays, dont le Conseil des experts électoraux d’Amérique latine,
deux missions techniques électorales et 18 journalistes de différentes parties du monde. Selon les
observateurs internationaux, « les élections ont été très transparentes et conformes aux normes
internationales et à la législation nationale ».
Le Venezuela a l’un des meilleurs systèmes électoraux au monde. La fraude n’est pas possible car
l’identification et les empreintes digitales sont requises pour chaque électeur. Les machines à voter
sont vérifiées avant l’élection et immédiatement après. Le Venezuela fait quelque chose qu’aucun
pays au monde ne fait – l’audit public et citoyen d’un échantillon de 53% des machines à voter, qui
est télévisé. Les 18 partis ont tous signé les vérifications.
Maduro l’a emporté à une large majorité, obtenant 6 248 864 suffrages, soit 67.84% des votants; il
était suivi par Henri Falcón avec 1 927 958 voix, 20.93%, Javier Bertucci avec 1 015 895 voix,
10.82%, et Reinaldo Quijada, qui a obtenu 36 246 votes, 0.39% du total.
Ce même système de vote a été utilisé dans des élections que le parti de Maduro a perdues, les
élections législatives et des gouverneurs. Le Venezuela est une véritable démocratie avec des
élections transparentes. Les États-Unis pourraient en apprendre long du Venezuela sur ce qu’est une
vraie démocratie.

2e vérité : La crise économique est causée par l’intervention extérieure, le sabotage intérieur et la
baisse des prix du pétrole.

Il est indubitable que la situation économique au Venezuela est désastreuse. La cause en est la
guerre économique menée par les États-Unis, la baisse importante des prix du pétrole et le sabotage
économique de l’opposition. Fondamentalement, les États-Unis et l’opposition ont créé des
problèmes dans l’économie vénézuélienne et ils disent maintenant que Maduro doit être remplacé
en raison des problèmes qu’il a créés.
Le pétrole a été découvert au Venezuela au début du XXe siècle et a dominé l’économie depuis lors.
Le Mal hollandais, l’influence négative d’une économie fondée sur une seule ressource naturelle,
provoque un afflux de devises étrangères qui rend les prix des autres produits du pays moins
concurrentiels. Il est meilleur marché d’importer des produits que de les fabriquer. Il devient plus
difficile pour des secteurs comme l’agriculture et l’industrie manufacturière de se développer.
Chavez/Maduro ont cherché à diversifier l’économie. Ils ont mis en place des milliers de communes
et des centaines de milliers de gens travaillant dans des coopératives pour construire l’agriculture et
l’industrie. Lorsque le prix mondial du pétrole a été divisé par plus de la moitié, les finances
publiques du Venezuela se sont effondrées, ruinant ces efforts. La guerre économique menée par les
États-Unis a rendu difficile au Venezuela d’emprunter et de commercer avec certains pays.
Les sanctions économiques contre le Venezuela ont commencé sous le président Obama et
l’administration Trump les a renforcées par des sanctions financières. Les sanctions des États-Unis
coûtent au Venezuela quelque 6 milliards de dollars depuis août 2017, selon une analyse datant
d’octobre. Des mesures contre l’industrie pétrolière du pays ont interdit à la compagnie
vénézuélienne à majorité publique CITGO de renvoyer les bénéfices au Venezuela, provoquant 1
milliard de pertes par année pour le gouvernement. Aujourd’hui, la Banque d’Angleterre refuse de
restituer 1,2 milliards de dollars en réserves d’or après que des responsables nord-américains, dont
le secrétaire d’État Michael Pompeo et le conseiller à la Sécurité nationale John Bolton, ont fait
pression sur elle pour que le Venezuela soit coupé de ses actifs à l’étranger.
La guerre économique des États-Unis et le sabotage de l’économie par des intérêts commerciaux
ont été révélés dans le cadre des efforts pour chasser Maduro en provoquant des troubles sociaux et
un manque de confiance dans le gouvernement. Ces efforts ont inclus le stockage de biens de
première nécessité dans des entrepôts et la vente des produits vénézuéliens à la Colombie.
En septembre 2018, le Venezuela a signalé une campagne mensongère exagérant l’émigration du
Venezuela. Le gouvernement a publié des statistiques du Haut commissariat des Nations unies pour
les réfugiés pour affirmer que le Venezuela a le plus petit nombre d’émigrants volontaires du
continent. Il a souligné que 5.6 millions de Colombiens avaient fui la violence dans le pays pour
vivre au Venezuela. Celui-ci a des programmes qui ont aidé des milliers de Vénézuéliens à retourner
chez eux.
Le socialisme renforce les économies, comme l’a démontré le cas du Portugal. En effet, une critique
adressée au Venezuela est que le processus bolivarien avance trop lentement pour instaurer une
économie socialiste. Davantage de secteurs doivent être nationalisés et placés sous le contrôle
démocratique du peuple.

3e vérité : C’est l’opposition qui est violente, pas le gouvernement de Maduro

Les manifestants de l’opposition ont été extrêmement violents. Une des tactiques de l’opposition
était d’user de la violence puis de filmer la réponse du gouvernement pour le faire paraître violent.
Lorsque Abby Martin a été confrontée à des manifestants de l’opposition, ils lui ont dit : « Ne
filmez rien de ce que nous faisons. Filmez seulement ce que le gouvernement nous fait. » Elle
rapporté sur la violence en disant : « la plus grande partie a été causée par la violence directe ou
indirecte de l’opposition ».
Abby Martin rapporte que l’opposition a attaqué des hôpitaux, incendié le ministère du Logement,
assassiné des chavistes et attaqué des communes citoyennes telles qu’une commune artistique qui
dispensait gratuitement des cours de danse et de musique aux enfants du quartier. Des Afro-
Vénézuéliens ont été brûlés vifs. Des manifestants ont sorti des chauffeurs de bus de leur véhicule
et y ont mis le feu. Lorsque des photos et des vidéos des violences de l’opposition ont été publiées
sur les réseaux sociaux, Abby Martin et son collègue, Mike Prysner, sont devenus la cible d’une
campagne médiatique mensongère sur ces mêmes réseaux sociaux. L’opposition a fait tout ce
qu’elle pouvait pour les empêcher de rapporter la vérité en recourant à des centaines de menaces de
mort et de lynchage.
En 2017, Venezuela Analysis a rapporté que l’opposition violente comprenait une attaque de la
maternité mettant en danger la vie de plus de 50 nouveau-nés. Un autre rapport a décrit l’opposition
utilisant des tireurs d’élite pour abattre des fonctionnaires du gouvernement et des civils. Les
journaux de l’opposition ont exhorté à l’utilisation d’objets contondants pour « neutraliser » les
manifestants pro-gouvernement, entraînant de graves blessures et la mort.
Steve Ellner a également rapporté que la violence venait de l’opposition. Il a signalé des attaques
contre des épiceries, des banques, des bus et des bâtiments gouvernementaux. D’autres
commentateurs ont décrit des incidents de violence spécifiques de l’opposition, y compris le
meurtre de personnes. Maduro a ordonné l’arrestation d’un général à la retraite qui twittait comment
utiliser le fil de fer pour décapiter des motocyclistes, ce qui s’est produit, et comment attaquer les
véhicules blindés au cocktail Molotov.
Des documents montrent que la violence était la stratégie de l’opposition. Elle a cherché à « créer
des situations de crise dans les rues qui faciliteront l’intervention étasunienne, ainsi que des forces
de l’OTAN avec le soutien du gouvernement colombien. Chaque fois que c’est possible, la violence
doit provoquer des morts ou des blessés ».
Les récits de la violence du gouvernement sont truffés de mensonges. La réponse du gouvernement
a été l’appel de Maduro à une conférence de paix, qu’il décrivait comme « une conférence nationale
de paix avec tous les secteurs politiques du pays […] pour que nous, les Vénézuéliens, puissions
essayer de neutraliser les groupes violents ».

4e vérité : l’Assemblée nationale a agi en violation de la loi et est coupable d’outrage à la Cour

L’Assemblée nationale n’est pas le seul organe démocratique au Venezuela. En effet, depuis que
l’opposition a remporté une majorité, elle a agi en violant la loi et en protégeant la violence de
l’opposition par le biais d’une loi d’amnistie embarrassante.
Le 6 décembre 2015, l’opposition a gagné une majorité parlementaire à l’Assemblée. Il y a eu des
accusations d’achat de votes dans l’État d’Amazonas qui ont fait l’objet d’une enquête du Conseil
électoral national, une autre branche du gouvernement. La Cour suprême a interdit à quatre députés
de l’Amazonas d’entrer en fonction, deux de l’opposition, un allié de l’opposition et un du parti au
pouvoir. L’Assemblée nationale a permis à trois candidats d’entrer en fonction. L’Assemblée a été
reconnue coupable d’outrage à la Cour depuis juillet 2016 et ses décisions ont été annulées.
Avant la décision de la Cour, l’Assemblée a adopté une étonnante loi d’amnistie, qui accordait
l’amnistie pour les crimes commis par l’opposition depuis 1999 (l’élection de Chavez). La loi est un
aveu de culpabilité et fournit un catalogue bien organisé de crimes, incluant les félonies, les crimes
commis lors d’assemblées publiques, des actes terroristes impliquant des explosifs et des armes à
feu et l’affaiblissement de l’économie. Ils admettent au fond exactement ce que Chavez/Maduro ont
affirmé — des crimes pour renverser le gouvernement depuis 17 ans. La Cour suprême du
Venezuela a jugé la loi d’amnistie anticonstitutionnelle. C’est à tort que l’administration Trump
qualifie l’Assemblée de seule institution démocratique du Venezuela.
En janvier dernier, une filiale de la compagnie pétrolière publique a demandé à l’Assemblée
d’intervenir, affirmant que le président ne peut promouvoir des réformes dans des entreprises
pétrolières publiques-privées sans l’approbation préalable de l’Assemblée nationale. Le 16 janvier,
le tribunal a jugé que l’Assemblée était toujours coupable d’outrage à la Cour et qu’elle ne pouvait
pas agir. C’est également à ce moment-là que l’Assemblée a élu à sa présidence Juan Guaidó, qui
s’autoproclamerait président du Venezuela dans le cadre du coup d’État dirigé par les États-Unis.
L’élection de Guaidó à la tête de l’organe législatif était illégale et a été annulée par la Cour.
L’Assemblée existe toujours mais continue à mépriser les magistrats. Elle peut rectifier cette
situation en renvoyant les députés accusés de fraude électorale. Elle refuse de le faire car son but est
de démettre Maduro de ses fonctions et il faut une super majorité pour le faire.

Medea Benjamin de CODE PINK interrompt Mike Pompeo à la réunion de l’OEA. Press TV.
Chronologie du coup d’État au Venezuela

Dans l’article « Anti-Maduro Coalition Grew from Secret Talks », [La coalition anti-Maduro est née
dans des discussions secrètes], Associated Press explique que le coup d’État n’a été « possible qu’à
cause du fort soutien de l’administration Trump, elle a dirigé un chœur des gouvernements
majoritairement conservateurs d’Amérique latine, qui ont immédiatement reconnu Guaidó ».
Depuis août 2017, Donald Trump dit qu’une intervention militaire contre le Venezuela était une
possibilité. AP décrit cela comme un « moment décisif » dans la planification du coup d’État. Elle
rapporte que Trump fait pression sur les alliés et les pays latino-américains pour envahir le
Venezuela. En septembre, le New York Times a rapporté que l’administration Trump a rencontré les
fomenteurs du coup d’État depuis la mi-2017.
Le Wall Street Journal rapporte que Trump a longtemps considéré le Venezuela comme l’une de ses
trois principales priorités, avec l’Iran et la Corée du Nord. Trump a demandé une séance
d’information sur le Venezuela le lendemain de son entrée en fonction, parlant de l’immense
potentiel de ce pays pour devenir une riche nation grâce à ses réserves de pétrole. AP rapporte que
Trump a « personnellement provoqué » ce coup en parlant de changement de régime au Venezuela
lors de chacune de ses rencontres avec des dirigeants latino-américains.
Après la réélection de Maduro, les plans de l’administration ont commencé à prendre forme, dirigés
en partie par des membres importants du Conseil national de sécurité et par des militants anti-
Maduro au Congrès, tels que le sénateur Marco Rubio, un interventionniste extrêmiste.
Le 1er novembre, John Bolton s’est concentré sur l’Amérique latine, qualifiant Cuba, le Nicaragua
et le Venezuela de « troïka de la tyrannie ». Le 2 janvier, il a rencontré ses homologues brésilien et
colombien en vue de collaborer pour « rendre au Venezuela son héritage démocratique ».
Le 10 janvier, Maduro a prêté serment pour son second mandat, Pompeo a discuté avec le chef de
l’opposition, Guaidó, promettant son soutien. Le Canada a également joué un rôle important, AP
rapporte que la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland a parlé à Guaidó le soir précédant
l’investiture de Maduro, offrant le soutien du Canada. C’était 13 jours avant que Guaidó annonce
qu’il était président du Venezuela.
Le 12 janvier, le département d’État a soutenu la décision de Guaidó d’invoquer son autorité en tant
que président de l’Assemblée, disant : « Il est temps d’entamer la transition ordonnée vers un
nouveau gouvernement ». Le 15 janvier, l’Assemblée nationale a déclaré Maduro illégitime.
L’administration Trump a œuvré pour gagner des alliés alignés sur le soutien à Guaidó. Le 18
janvier, le ministre vénézuélien des Affaires étrangères a décrit un coup d’État nord-américain en
cours.
La veille de l’annonce de Guaidó du 23 janvier, le vice-président Mike Pence a diffusé un message
vidéo encourageant les Vénézuéliens à renverser leur gouvernement, affirmant : « Nous sommes
avec vous. Nous vous soutenons et nous vous soutiendrons. » Guaidó a également reçu un appel
téléphonique de Pence le soir précédent son auto-désignation à la présidence, dans lequel il
promettait que les États-Unis le soutiendraient.
Guaidó a déclaré que le gouvernement Maduro était illégitime et qu’il assumait la présidence. Dans
une mascarade bien coordonnée, presque instantanément, Trump a reconnu Guaidó comme le
dirigeant légitime du pays. Pour démontrer encore davantage la réalisation préconçue, étroitement
coordonnée et efficacement menée du coup d’État, les alliés des États-Unis, parmi eux le Canada, le
Brésil, l’Argentine, la Colombie, le Chili et le Pérou, ont rapidement reconnu le président qui en est
issu.
L’administration Trump prétend que Guaidó représente le gouvernement légal et qu’il a droit à tous
les revenus du Venezuela. Le département d’État a notifié à la Réserve fédérale que Guaidó est le
représentant qui peut accéder aux actifs vénézuéliens dans les banques nord-américaines.
Presque tout aussi rapidement, Maduro a reçu des déclarations de soutien de la Russie, de la Chine,
de la Turquie, du Mexique, de Cuba, de Bolivie et d’autres. La Cour suprême du Venezuela a appelé
à une enquête sur l’Assemblée nationale et Guaidó à propos de l’usurpation illégale du pouvoir
exécutif. L’armée vénézuélienne a annoncé qu’elle soutenait Maduro et la Russie a mis en garde les
États-Unis en cas d’intervention militaire.
Le 25 janvier, l’Organisation des États américains, qui est traditionnellement un instrument des
États-Unis, a rejeté une résolution visant à reconnaître Guaidó. Medea Benjamin de CODE PINK a
interrompu Pompeo pendant la réunion de l’OEA, brandissant un panneau sur lequel on pouvait
lire : « Un coup d’État n’est pas une transition démocratique ! ». Le ministre vénézuélien des
Affaires étrangères Jorge Arreaza a remercié Medea Benjamin, déclarant : « Avec sa protestation,
elle a révélé le plan macabre du coup d’État contre le Venezuela, nous vaincrons toujours, merci ! ».
Dix-huit pays ont rejeté la résolution proposée.
Lors de la réunion du Conseil de sécurité des Nations unies le 26 janvier, l’ambassadeur russe
auprès de l’ONU Vassily Nebenzia a accusé les États-Unis d’avoir tenté « d’organiser un coup
d’État ». Il a exigé de savoir si l’administration Trump « était prête à utiliser la force armée » contre
le Venezuela. Les pays européens ont donné huit jours au Venezuela pour tenir des élections, une
suggestion que le Venezuela a rejetée. Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a qualifié le
Venezuela d’« État mafieux illégitime ». Il a accusé la Russie et la Chine d’essayer de « soutenir
Maduro ».
La Chine et la Russie ont dit aux États-Unis de ne pas intervenir dans les affaires intérieures du
Venezuela. En décembre, la Russie a envoyé deux bombardiers stratégiques Tu-160 à capacité
nucléaire au Venezuela ainsi qu’un avion militaire de transport lourd An-124 et un avion long-
courrier II-62. Depuis décembre, la Russie avait une brigade au Venezuela et envisageait d’y
envoyer une seconde brigade militaire même avant le coup d’État, en raison de la menace
permanente d’intervention des États-Unis.
La Chine a prêté plus de 50 milliards de dollars au Venezuela dans le cadre d’accords pétrole contre
prêts et est devenue une partenaire dans l’industrie pétrolière vénézuélienne. En décembre, sept
mois après la signature d’un accord financier avec la Chine, la production pétrolière du Venezuela a
doublé pour atteindre 130 000 barils par jour. La prise de contrôle sur le pétrole vénézuélien serait
aussi une attaque contre la Chine. Celle-ci et le Venezuela ont signé 28 accords bilatéraux de
coopération stratégique le 14 septembre dans les domaines du pétrole, de l’exploitation minière, de
la sécurité, de la technologie, de la finance et de la santé.
Démontrant la nature du président issu du coup d’État, les premiers actes de Guaidó ont été de
demander un prêt au Fond monétaire international, qui endetterait le Venezuela à l’égard des
banquiers occidentaux et le placerait sous leur contrôle, et de privatiser l’industrie pétrolière
vénézuélienne, ce qui priverait le Venezuela des fonds utilisés pour élever le niveau de vie des
pauvres et de la classe ouvrière.
La nomination par Mike Pompeo d’Elliott Abrams comme personne chargée de superviser les
opérations destinées à « restaurer la démocratie au Venezuela » est un signe inquiétant. C’est
scandaleux et démontre que les éléments les plus extrêmes de l’establishment étasunien mènent la
charge. Abrams a été condamné dans le scandale Iran-Contra, il a appuyé les escadrons de la mort
soutenus par les États-Unis au Guatemala et au Salvador dans les années 1980, joué un rôle
important dans le soutien de l’administration Reagan aux Contras meurtriers au Nicaragua et il était
la personne qui a approuvé le coup d’État soutenu par les États-Unis au Venezuela en 2002.
L’analyste Vijay Prashad écrit que le coup d’État a violé la Charte des Nations unies et de
l’Organisation des États américains et décrit les efforts pour appeler l’armée à se soulever contre le
gouvernement et qui ont échoué. Maintenant, l’administration Trump menace le Venezuela d’un
embargo pétrolier total et laisse « l’option militaire » ouverte.
La campagne concertée des États-Unis et du Canada pour installer Juan Guaidó comme le nouveau
président par intérim « autoproclamé » du Venezuela a connu un premier échec. Malheureusement,
les tentatives illégales et antidémocratiques de déstabiliser le pays et de renverser le président
démocratiquement élu continueront avec des conséquences désastreuses. Le peuple vénézuélien se
lève une fois de plus pour défendre son pays contre une intervention étrangère hostile. Il est
essentiel de le soutenir dans cette lutte. De nombreux groupes organisent des rassemblements de
solidarité et publient des déclarations de soutien. Vous trouvez les rassemblements et les
manifestations ici and ici.
Bien que Sanders se soit trompé sur tous les faits concernant le Venezuela, il est parvenu à la bonne
conclusion : « Les États-Unis ont une longue histoire d’interventions abusives dans les pays
d’Amérique latine. Nous ne devons pas nous engager de nouveau sur cette voie. » Les Américains
ont un rôle important à jouer pour soutenir le Venezuela et contrecarrer le coup d’État.

Traduit de l’anglais par Diane Gilliard


Source : Popular Resistance
Juan Guaidó : un Président Voté par Personne

“La dernière fois qu’une puissance étrangère a nommé un


président dans notre pays, c’est lorsque José Bonaparte,
envahisseur de l’Espagne, a envoyé Vicente de Emparam avec
la toute nouvelle nomination de capitaine général du
Venezuela”, écrit l’historien reconnu Luis Britto.
Par Luis BRITTO GARCIA

Le 19 avril 1810, le peuple n’a pas reconnu ce président et l’a renvoyé en sa Patrie. Depuis lors,
nous, les Vénézuéliens, sommes celles et ceux qui nommons et destituons nos dirigeants.
Dans les pays parlementaristes, on considère que le chef de l’exécutif est nommé par le pouvoir
législatif. Dans les pays présidentiels, comme le Venezuela, le Président est élu au suffrage
universel, direct et secret, de l’ensemble de l’électorat.
L’article 194 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela dispose que
“l’Assemblée nationale élit parmi ses membres un président, un secrétaire et un sous-secrétaire ,
pour une période d’un an”. Aucun article ne l’autorise à élire le Président de la République.
La Constitution de la République bolivarienne du Venezuela ne prévoit nulle part que l’Assemblée
nationale peut élire le Président de la République, ni que le président dudit organe législatif peut se
proclamer Premier chef de l’État.
Une Assemblée nationale privée de ses pouvoirs par la déclaration d’outrage prononcée par la Cour
suprême de justice est encore moins en mesure de le faire.
L’article 138 de la Constitution dispose que “Toute autorité usurpée est sans effet et ses actes sont
nuls et non avenus. Par conséquent, tout acte d’une fraction du pouvoir législatif visant à désigner le
Président de la République ou à assumer une telle fonction est un acte d’usurpation inefficace et
nul.
“Voté par personne”, ainsi était appelé le dictateur Carmona Estanga par Eduardo Galeano.
Élu par personne, un président de l’Assemblée nationale qui se dit Président de la République avec
110 voix contre le Président Maduro, élu avec 6 245 862 voix, soit 67,84% des électeurs.
Tout acte de gouvernements étrangers visant à reconnaître les usurpations ou à les considérer
comme légitimes est ce qu’il y a de plus nul, inefficace et interventionniste.
Et ce qui est le plus détestable encore est la reconnaissance d’un prétendu mandataire par twitter ou
les réseaux sociaux.
Rappelons-nous que Carmona Estanga a été instantanément reconnu par les États-Unis, par
l’Espagne et par la présidence de l’OEA, qui l’a qualifié d'”illustre”, et rappelons-nous où il a fini.
La tentative d’imposer un président fantoche par les États-Unis est purement et simplement un acte
d’agression ouverte, et l’aboutissement d’une série ininterrompue d’agressions, qui ne peut rester
sans réponse.
Sur le plan interne : sanctions contre les auteurs et complices d’usurpations et autres actes contre la
Constitution et les lois ; cessation des actions en justice contre les syndicalistes luttant pour leurs
droits du travail ; neutralisation de l’appareil paramilitaire qui occupe notre territoire et exécute les
vagues terroristes ; radicalisation de la Révolution pour la défense et mesures énergiques contre la
guerre économique, conformément à l’article 114 de notre Charte fondamentale : ” Le crime
économique, la spéculation, l’accaparement, l’usure, les cartellisations et autres crimes connexes
seront sévèrement punis conformément à la loi “.
Dans l’ordre extérieur : réciprocité avec les alliés et les agresseurs. Fermeture de la frontière qui
alimente l’économie d’un gouvernement voisin agresseur. Dénonciation de l’Accord de Carthagène,
qui établit le libre-échange avec celui-ci et, par son intermédiaire, avec les États-Unis. Dénonciation
des tristement célèbres conventions contre la double imposition, en vertu desquelles les
ressortissants et les sociétés d’États étrangers agressifs ne paient pas d’impôts dans notre pays.
On ne peut pas se permettre de nourrir ceux qui demain nos tueront.

Traduit par J.A., relu par B.B. pour Le Journal Notre Amérique
Trump a un objectif : en finir avec le chavisme

Huit mois après les élections présidentielles de mai 2018 qui ont désigné Nicolas Maduro
comme vainqueur avec plus de 6 millions de voix (67,8 % et 46 % de participation), les
tentatives de délégitimation de son gouvernement se sont multipliées en ce mois de janvier.
Bien que démocratiquement élu, le président de la République bolivarienne du Venezuela se
voit contesté par une partie de l’opposition… qui avait refusé de participer aux élections !
Par Alex ANFRUNS

Janvier, le mois de toutes les résolutions

N’en déplaise à certains, le 10 janvier dernier, le président du Venezuela, Nicolas Maduro, a pris
officiellement ses fonctions. Immédiatement, l’OEA (l’Organisation des États Américains) l’a
déclaré “illégitime” dans une déclaration que les médias ont propagée sans relâche. Il n’est pas
anodin de remarquer que l’OEA, basée à Washington, est présidée par un Luis Almagro désavoué
par son propre parti en Uruguay ainsi que par l’ensemble des forces progressistes du continent. Fait
remarquable, le nouveau gouvernement d’Andrés Manuel Lopez Obrador rejette l’ingérence et
envoie un représentant du Mexique à l’investiture, tout en expliquant que le respect de la
souveraineté est un principe sacré régi par la Constitution mexicaine.

Le lendemain, avant de faire de même avec le gouvernement du Nicaragua (élu avec 72% des voix
et 68% de participation), l’OEA s’est réunie pour déclarer que le vote de plus de 6 millions de
Vénézuéliens aux élections de 2018 n’aurait aucune valeur, contredisant des observateurs aussi
improbables que l’ancien président Jimmy Carter, dont la fondation a participé aux nombreux
processus électoraux du Venezuela et qualifié son système de “meilleur au monde”.

Le 15 janvier, le président de l’Assemblée nationale du Venezuela, Juan Guaidó, inaugure sa


première séance en se faisant remarquer comme la principale figure de l’opposition et en proposant,
dans le premier point de la séance, de déclarer que le président Nicolas Maduro soit considéré
comme un “usurpateur”. Le deuxième point ? Encourager les militaires à un coup d’État. Très
ordinaire tout cela.
Après le soulèvement manqué d’un groupe de soldats le lundi 21 janvier, qui coïncidait avec le
récent appel à délégitimer le gouvernement du Venezuela par le président de l’opposition à
l’Assemblée nationale et aux menaces récurrentes des États-Unis, des marches de l’opposition et
des chavistes ont eu lieu le mercredi 23 janvier à Caracas. Les jours précédents, des violences
ciblées ont éclaté, comme les dégradations du centre culturel Robert Serra, nommé ainsi en
hommage au meurtre d’un jeune député chaviste. Sur les réseaux sociaux, les usagers partageaient
la photo d’un buste de Chavez pendu à un fil, un autre symbole d’un discours de haine qui
n’épargne pas non plus les journalistes. En effet, Madeleine Garcia, reporter à TeleSUR qui s’est
fait connaître pour ses nombreuses couvertures de crises politiques sur le terrain, est désignée
comme cible pour sa supposée complicité avec “la dictature”. La veille de la marche, 4 morts ont
été recensés dans des heurts et des saccages.

Et maintenant ? Il n’est pas exclu que l’opposition profite d’un nouveau cycle de confrontations et
de violence pour tenter un nouveau coup d’État avec le soutien des médias internationaux par le
biais de fausses informations, comme ce fut le cas en avril 2002. Dans cette éventualité, les États-
Unis sont sans doute prêts à “aider la population du Venezuela à restaurer la démocratie”.

La tradition putschiste de l’opposition

Depuis la mort de Hugo Chavez le 5 mars 2013, l’opposition a recouru à toutes les méthodes
possibles pour éviter la continuité du chavisme. Déjà lors de la première élection de Nicolas
Maduro face à Enrique Capriles, celui-ci avait appelé ses électeurs à sortir dans la rue après que les
résultats proclamant l’avantage de Maduro sur lui furent rendus publics. Le résultat se traduisit par
7 morts. Cette réaction ne serait pas admise dans la plupart des pays, et l’opposition qui agirait ainsi
se rendrait coupable d’un manque d’éthique face au processus électoral et la séparation des
pouvoirs. Mais quoi qu’elle fasse, et cela indépendamment de la gravité et des conséquences qui en
découlent, l’opposition au Venezuela semble compter sur les faveurs de l’opinion publique
internationale.

Seulement quelques mois après, fin 2013, Leopoldo Lopez, dirigeant d’un parti classé à l’extrême
droite de l’échiquier politique, lance ouvertement un appel à l’insurrection, “La Salida” (La sortie).
Suivant un schéma similaire à celui des révolutions de couleur en Europe de l’est, Lopez inaugure
un cycle de manifestations présentées comme pacifiques, par un déferlement médiatique de “fausses
informations” qui cache leur véritable caractère violent. Bilan : 43 morts et plus de 800 blessés.
Quelques mois après l’échec de cette tentative de coup d’État, le président Barack Obama
interviendra, début 2015, pour activer un décret qui considère le Venezuela comme une “menace
exceptionnelle à la sécurité nationale des États-Unis”. Cette déclaration s’installe dans la
traditionnelle ingérence US dans ce que ses élites considèrent depuis 1823 comme son “arrière-
cour”, comme cela fut établi sans ambages par la doctrine Monroe.

Lors des élections législatives en décembre 2015, l’opposition du Venezuela remporte la majorité
des voix à l’Assemblée Nationale pour la première fois depuis l’élection d’Hugo Chavez. Bien
qu’elle ait avancé le risque d’une fraude électorale les semaines précédant le vote, l’opposition ne
conteste pas le résultat des élections lorsqu’elles la désignent vainqueur. Néanmoins, suite à
quelques dénonciations d’irrégularités, la Cour Suprême de Justice invalide l’élection de trois
députés de l’opposition qui auraient bénéficié d’un système reposant sur des achats de voix. Malgré
le fait que selon la Constitution, l’Assemblée Nationale est soumise aux décisions de justice de la
Cour Suprême, son président à l’époque, Julio Borges, inaugure la séance en faisant assermenter les
députés en question. Ne se contentant pas de sa prise de fonctions, l’opposition déclare qu’elle
n’appliquera pas les décisions prises par le pouvoir exécutif, considérant que le gouvernement de
Maduro est illégitime et que ses jours sont comptés. Or, encore une fois, le rôle que la Constitution
octroie à l’Assemblée Nationale est d’assurer le fonctionnement normal des politiques publiques en
approuvant les orientations générales de l’exécutif. Depuis, le gouvernement accuse l’opposition de
s’être installée dans une situation de “désobéissance”.

Sans prendre une seconde de répit, 2016 fut l’année où la situation économique s’aggrava de
manière décisive dans le pays, principalement à cause d’un modèle économique basé sur la
dépendance au prix international du pétrole destiné à l’exportation. Les tentatives de stabilisation au
sein de l’OPEP tarderont à permettre d’obtenir quelques résultats. En parallèle, des mécanismes de
“guerre économique”, à l’image de celle menée contre le Chili d’Allende ou le Nicaragua
sandiniste, ont été constatés, mais ils sont minimisés voire considérés comme un argument
fallacieux par les détracteurs du chavisme.

Toujours est-il que les sanctions financières se sont multipliées, et que l’arrivée de Donald Trump à
la présidence des États-Unis fin 2016 ne fait pas exception à la règle. L’administration Trump
reprendra l’habitude de ses prédécesseurs dans la politique régionale à travers notamment le rôle de
plus en plus actif de l’Organisation des États Américains (OEA), mais aussi en essayant d’impliquer
les nouveaux gouvernements de droite dans la région pour se concerter dans une attaque collective
contre le Venezuela, comme le prouvent les trois tournées en Amérique Latine de Mike Pence et
celle plus récente de Mike Pompeo.

Au printemps 2017, l’opposition est revenue à la charge en répétant le schéma de 2014, et en


comptant cette fois-ci sur le mécontentement populaire que devait éveiller la dégradation sur le plan
économique. Le bilan est encore plus lourd que lors de la dernière crise, avec 131 morts cette fois.

Mais cette stratégie se révèle être un nouvel échec. D’une part, grâce à l’initiative gouvernementale
des CLAP (Comités Locaux d’Approvisionnement Populaire ) pour faire face aux difficultés de la
population. D’autre part, les mesures sociales se sont poursuivies, comme l’atteste la livraison de
deux millions et demi de nouveaux logements, dans le cadre de la “Gran Mision Vivienda” (Grande
mission logement) initiée en 2011. Surtout, Maduro a eu l’audace d’arrêter ce nouveau cycle de
violence en sollicitant la participation citoyenne via l’appel à un référendum en faveur d’une
Assemblée Constituante. Celle-ci a réussi à mobiliser la population en faveur de la paix et du retour
à la normalité démocratique.

Divisée, l’opposition a alors dû alors se replier sur elle-même et a été prise de court par ce coup de
maître. Malgré les rivalités internes et l’indécision quant à la nécessité de voir ses intérêts
représentés, l’opposition s’est encore réfugiée dans une position de déni face à l’annonce des
nouvelles élections présidentielles de 2018. Constatant le soutien populaire dont bénéficiait encore
le chavisme, Trump a alors déclaré que les États-Unis avaient une “option militaire” pour le
Venezuela. L’année dernière, des fonctionnaires US ont admis que “le gouvernement de Trump a
tenu des réunions secrètes avec des militaires vénézuéliens rebelles pour discuter de ses plans pour
renverser le président Nicolás Maduro”.
La stratégie du chaos pour les Caraïbes

Après la fuite à l’étranger de quelques personnalités de l’opposition visées par un mandat d’arrêt,
comme Julio Borges et Antonio Ledezma, le Venezuela est en permanence confronté à une
campagne médiatique visant à installer l’idée dans l’opinion publique internationale que ce pays est
une dictature.

Le nouveau président de l’Assemblée Nationale du Venezuela, Juan Guaido, n’improvise donc pas
lorsque le 15 janvier, il inaugure le premier ordre du jour de l’Assemblée Nationale, avec l’objectif
d’un « accord sur la déclaration d’usurpation de la Présidence de la République et l’application de la
Constitution afin de la restaurer » en premier point, et d’un « décret pour octroyer l’amnistie et des
garanties constitutionnelles aux militaires et aux civils qui contribueront à défendre la
Constitution » en deuxième point.

Le mardi 23, dans un message d’ingérence flagrante, le vice-président US, Mike Pence, a encouragé
une partie du peuple vénézuélien à sortir dans la rue afin de “restaurer la démocratie et la liberté”.
Autrement dit, à détruire le Venezuela, à l’image d’autres pays du Sud. Après tant d’interventions,
la démocratie parfaite que les États-Unis souhaitent voir émerger serait-elle similaire à celle de
l’Ukraine, du Honduras, de la Libye ou de l’Afghanistan ? À ce stade, ce n’est pas un secret que le
multilatéralisme de l’ONU n’est pas du goût des États-Unis. L’illusion que certains ont eu dans la
gestion du président Obama a éclaté en mille morceaux. Sa promesse de fermer Guantanamo a été
de la poudre aux yeux.

Dans de nombreux pays européens, le Venezuela a servi d’épouvantail pour faire peur aux électeurs,
en faisant croire à celles et ceux tentés par un candidat progressiste que l’expérience bolivarienne
n’avait bénéficié en rien à son peuple. En agissant ainsi de manière caricaturale, la droite
internationale et ses relais médiatiques ont volontairement caché les faits incontestables en matière
de réduction des inégalités sociales qui ont caractérisé la politique du gouvernement vénézuélien,
comme le droit au logement ou à l’éducation. Se focalisant sur la réalité des problèmes
économiques et ses aspects sensationnalistes, au lieu de chercher à expliquer les raisons complexes
de cette situation, les médias ont fabriqué l’image d’un Venezuela plongé dans le chaos à des fins
politiques.

L’opposition politique du Venezuela, aujourd’hui représentée par Juan Guaido n’accueille pas
seulement à bras ouverts tout soutien extérieur, à savoir cette tradition qu’est devenue l’ingérence,
mais elle en dépend pour survivre ! Que l’UE, le gouvernement français et d’autres prennent parti
aussi clairement contre le droit international et la souveraineté dont dépendent la paix ainsi que le
respect intégral des droits humains, voilà qui devrait nous inquiéter au plus haut point.
Lorsque certains médias reprennent pour leur propre compte l’auto-proclamation d’un opposant au
Venezuela qui nie la séparation des pouvoirs et la Constitution, et justifie son appel à l’insurrection
pour un soutien extérieur, cela ne s’appelle pas de l’information, mais de la propagande de guerre.
L’humanité connaît des heures graves. Le droit à une information juste et objective est l’affaire de
chacun. Après tant de guerres et de coups d’État rendus possibles par nos gouvernements et dont le
bilan n’est jamais établi, l’expression de solidarité entre des peuples indignés, insoumis, gilets
rouges/jaunes, résistants de chez nous et les peuples de l’Amérique menacés est la moindre des
possibilités qui nous restent.
Les efforts étasuniens pour renverser Maduro
sont poussés par les intérêts commerciaux et
non pas la démocratie

L’intervention dirigée et coordonnée par les États-Unis pour renverser le président


vénézuélien Nicolas Maduro en reconnaissant Juan Guaidó, le président de l’Assemblée
nationale, comme président par intérim, n’a absolument rien à voir avec la restauration de la
démocratie au Venezuela (qui n’a jamais été compromise) et tout à voir avec la promotion des
intérêts commerciaux étasuniens.

En nommant de fait Guaidó président, tentant de passer par-dessus la tête des Vénézuéliens – qui
ont seuls le droit de décider qui sont leurs dirigeants – l’arrogance impériale de Washington est
motivée par les mêmes préoccupations que celles qui ont motivé d’autres interventions étasuniennes
dans le monde : renverser les gouvernements qui placent les intérêts de leurs citoyens au-dessus de
celles des investisseurs nord-américains.
La propension de Washington à s’engager dans des opérations de déstabilisation contre des
gouvernements de gauche n’est un secret pour personne. De 1898 à 2004, le gouvernement
étasunien a mené avec succès 41 interventions visant à des changements de régime en Amérique
latine, soit en moyenne un tous les deux ans et demi. Et cela sans compter les échecs, comme
l’invasion de la Baie des Cochons.
Dans presque tous les cas, les interventions des États-Unis visant à des changements de régime dans
le monde ont été motivées directement ou indirectement par des considérations commerciales et ont
été entreprises pour restaurer ou protéger la primauté des intérêts économiques nord-américains en
mains étrangères. Et dans de nombreux cas, les interventions ont ouvert la voie à l’installation de
dictatures de droite.
Le coup d’État contre Hugo Chavez, le prédécesseur de Maduro, est l’une des interventions nord-
américaines qui s’est soldée par un échec. Washington a immédiatement reconnu le coup d’État, le
saluant comme une victoire pour la démocratie, mais en privé l’a reconnu comme une victoire pour
les intérêts commerciaux étasuniens dans un pays riche en pétrole regorgeant de possibilités de
profits pour la libre entreprise nord-américaine.
Washington n’aimait pas Chavez parce que le dirigeant charismatique de gauche promouvait le
bien-être des Vénézuéliens ordinaires plutôt que la soumission aux investisseurs étasuniens. Mais le
coup d’État contre Chavez a fait long feu. Dans un coup porté contre la tyrannie, le changement de
régime a été rapidement renversé et Chavez, le dirigeant légitime du pays, a été rétabli à la
présidence.
Déterminé à éliminer les gouvernements de gauche en Amérique latine, Washington a intensifié sa
guerre économique contre ce pays latino-américain, dans le but de ruiner son économie et de
plonger le peuple vénézuélien dans la misère. C’était un plan que Washington avait suivi
d’innombrables fois auparavant et ensuite, en Chine, à Cuba, en Corée du Nord, au Chili, au
Zimbabwe, en Yougoslavie, en Irak, en Syrie et en Iran : affaiblir l’économie du pays visé, attribuer
le chaos aux « échecs du socialisme » et à la mauvaise gestion économique, et attendre que le
peuple se révolte contre sa misère.
L’idée que l’intervention de Washington a le moindre rapport avec la protection de la démocratie est
risible. Le gouvernement étasunien a notoirement soutenu une série de dictatures de droite en
Amérique latine, dont celle d’Augusto Pinochet, installé au pouvoir en 1973 à la suite d’un coup
d’État contre Salvador Allende organisé par les États-Unis. Allende a contrarié Washington en
faisant ce que Maduro et une foule d’autres dirigeants du Tiers Monde avaient fait : faire primer les
intérêts de la population locale sur ceux de l’Amérique des grandes entreprises.
Au Moyen-Orient, les alliés arabes les plus proches des États-Unis sont une dictature militaire
(l’Égypte) et des monarchies absolutistes, au premier rang desquelles l’Arabie saoudite, qui tient la
démocratie en horreur absolue. Washington récompense l’Égypte en lui versant chaque année 1.3
milliards de dollars d’aide militaire, et soutient fortement la tyrannie saoudienne.
Les Saoudiens considèrent leur famille royale parasite comme totalement inacceptable. Pour se
protéger contre sa propre population, la monarchie maintient une Garde nationale forte de 250 000
hommes. La Garde n’est pas là pour défendre l’Arabie saoudite d’une agression extérieure mais
pour protéger la monarchie de ses propres sujets. Les protecteurs de la famille al-Saoud sont formés
et équipés par les États-Unis et leurs satellites, dont le Canada, qui a un contrat de 10 milliards de
dollars pour fournir à ces troupes des véhicules blindés pour transporter le personnel utilisés pour
réprimer les fréquents soulèvements des sujets saoudiens mécontents.
L’armurier de la Garde nationale, le Canada, a également reconnu Guaidó comme président du
Venezuela par intérim, attribuant malhonnêtement sa décision de suivre la ligne nord-américaine à
son prétendu engagement pour la démocratie. Ottawa a été complice des dictateurs de Riyad dans
leur écrasement des citoyens saoudiens, qui souffrent depuis longtemps et sont privés de
démocratie, tout en appuyant simultanément les efforts de General Dynamics Canada visant à tirer
des bénéfices pharaoniques des ventes d’armes aux despotes saoudiens qui haïssent la démocratie.
Soyons honnêtes sur certaines choses.
Premièrement, les programmes des dirigeants politiques étasuniens et canadiens sont fixés par les
élites économiques et les milieux d’affaires organisés dont ils dépendent pour le financement de
leurs campagnes, leurs recommandations politiques et leurs possibilités d’emploi lucratives après
une carrière politique, et auxquels ils sont profondément liés personnellement et
professionnellement. Par conséquent, ils se soucient des profits des investisseurs étasuniens et
canadiens et non du bien-être, des libertés ou de la démocratie des Vénézuéliens ordinaires. En
effet, ils méprisent secrètement la majorité de leurs propres concitoyens et ne toléreraient pas un
seul instant l’épanouissement d’une démocratie authentique et solide dans leurs propres pays. L’idée
qu’ils se soucient des habitants d’un lointain pays sud-américain est une fiction destinée aux
innocents politiques et aux faibles naïfs.
Deuxièmement, les guerres économiques dirigées par les États-Unis rendent la vie des gens
misérable et beaucoup de gens attribuent leur misère aux actes de leur propre gouvernement et
souhaitent le voir tomber. D’autres reconnaissent peut-être que les sanctions sont la cause de leur
misère et peuvent soutenir un changement de régime comme moyen de sortir de la misère imposée
par l’étranger. En effet, la logique de la guerre économique dépend de la véracité de ces
suppositions.
Troisièmement, les gouvernements menacés par un changement de régime soutenu par l’étranger
sont confrontés à des urgences nationales. Maduro n’est pas un dictateur. Il est le dirigeant élu d’un
gouvernement qui fait face à une urgence nationale conçue par des puissances étrangères hostiles.
Les mesures prises par le gouvernement pour défendre ses citoyens contre la détermination des
États-Unis à imposer au Venezuela des politiques qui servent les intérêts des grandes entreprises
d’Amérique aux dépens des Vénézuéliens sont tout à fait légitimes ; elles représentent l’action
d’une démocratie, contre une tyrannie internationale dirigée par les États-Unis.

Il est important de rappeler que le gouvernement de Maduro, comme celui de Chavez, a cherché à
faire primer les intérêts des Vénézuéliens ordinaires sur ceux des investisseurs étasuniens. Cela a
provoqué l’hostilité de Washington. L’intervention étasunienne au Venezuela par la reconnaissance
de Guaidó comme président par intérim est emblématique d’innombrables interventions des États-
Unis pour parvenir à un changement de régime. Invariablement, ces interventions sont dirigées
contre des gouvernements de gauche qui menacent les intérêts lucratifs des entreprises nord-
américaines. Elles n’ont rien à voir avec la démocratie ; au contraire, là où elles réussissent, elles
sont presque toujours suivies par des régimes de droite qui créent des climats favorables aux intérêts
des investisseurs étasuniens et intègrent économiquement, militairement et diplomatiquement leurs
pays, à l’ordre mondial supervisé par les États-Unis et dirigé par Wall Street. Les investisseurs
étrangers sont gâtés et la population locale est traitée durement. Loin de favoriser les transitions
démocratiques, les changements de régime fomentés par les États-Unis visent à détruire la
démocratie et à renforcer leur tyrannie mondiale. La dernière intervention dirigée par les États-Unis
au Venezuela n’est pas différente, elle n’est que la répétition, avec des variations locales, d’efforts
similaires en Syrie, en Iran, à Cuba et en Corée du Nord.

Traduit de l’anglais par Diane Gilliard


Photo : VTV
Source : Gowans
Attaque multiforme contre le Venezuela à la
veille de l’investiture de Maduro

L’entrée en fonction du président vénézuélien Nicolás Maduro pour son second mandat le 10
janvier est la cible des États-Unis, de leurs alliés du Groupe de Lima et de l’opposition
vénézuélienne pure et dure. Ils ont exigé que Maduro refuse son investiture. Une attaque
multiforme visant à un changement de régime est en cours, au moyen de sanctions, de
menaces militaires et d’une campagne de délégitimation visant à remplacer le président
démocratiquement élu.
Par Roger HARRIS, William CAMACARO, FREDERICK B. MILLS

Depuis que Hugo Chávez a entamé son premier mandat à la présidence en 1999, la Révolution
bolivarienne a encouragé l’intégration et l’indépendance régionale, a résisté au néolibéralisme, s’est
opposée aux accords de « libre-échange » qui compromettraient son autonomie nationale et a
soutenu l’émergence d’un monde multipolaire. À cause de ces politiques, Chávez (1999-2013) et
maintenant Maduro ont dû faire face à des attaques incessantes du colosse du nord. Aujourd’hui,
l’administration Maduro est confrontée aux défis de défendre la souveraineté nationale contre la
domination impériale et de surmonter des sanctions américaines paralysantes qui ont exacerbé la
grave crise économique.
Les États-Unis ont annoncé de façon éhontée qu’ils réfléchissaient à une « option militaire » contre
Caracas et ont rassemblé une coalition de volontaires en Colombie et au Brésil pour préparer une
éventuelle intervention « humanitaire ». Le plus inquiétant est que les États-Unis semblent
indifférents aux conséquences d’une telle invasion, qui pourrait facilement provoquer une
conflagration régionale et globale impliquant la Colombie, le Brésil, et même la Russie et la Chine.

Ce que les États-Unis trouvent particulièrement exaspérant est que Maduro a eu la témérité de se
présenter à sa réélection en mai 2018 après que les États-Unis eurent demandé sa démission. Le
Département d’État américain avait averti quatre mois avant l’élection que le processus « serait
illégitime » et que les résultats « ne seraient pas reconnus ». L’ambassadrice américaine à l’ONU,
Nikki Haley, a insisté pour que Maduro abdique et que les élections présidentielles soient reportées.
La Commission électorale nationale vénézuélienne a rejeté ce diktat de Washington. Le 20 mai
2018, les électeurs vénézuéliens ont eu l’audace de réélire Maduro à une majorité de 67.84%, avec
un taux de participation de 46.07% (représentant 9 389 056 votants). Deux candidats de
l’opposition se présentaient aussi, Henri Falcón et Javier Bertucci, malgré un boycott de l’élection
orchestré par les partisans de la ligne dure et les États-Unis.

Nouvelle phase dans la campagne contre le Venezuela

La campagne pour parvenir à un changement de régime entre dans une nouvelle phase avec
l’investiture du président Maduro pour son second mandat. Sans statut juridique ni représentation
au Venezuela, le Groupe de Lima est devenu l’un des principaux protagonistes d’un coup d’État en
douceur au Venezuela.
Cinq jours seulement avant l’investiture, lors d’une réunion tenue dans la capitale du Pérou, 13 des
14 membres du Groupe de Lima ont publié une déclaration exhortant Maduro « de ne pas prendre la
présidence le 10 janvier… et de transférer temporairement le pouvoir exécutif à l’Assemblée
nationale jusqu’à la tenue d’un nouveau scrutin présidentiel démocratique ».
Le lendemain, Andres Pastrana, ancien président de la Colombie, un pays membre du Groupe de
Lima, a tweeté que le nouveau président de l’Assemblée nationale vénézuélienne, Juan Guaidó,
devrait « assumer la présidence du gouvernement de transition tel qu’établi dans la Constitution qui
entre en vigueur le 10 janvier et comme le demande le Groupe de Lima ».
Dans un discours prononcé devant l’Assemblée nationale vénézuélienne le 5 janvier, Guaidó s’est
interrompu juste avant de revendiquer le pouvoir exécutif, mais a déclaré qu’à partir du 10 janvier,
Maduro devait être considéré comme un « usurpateur » et un « dictateur ». Guaidó a également
appelé à un gouvernement de transition qui tiendrait de nouvelles élections et « autoriserait » une
intervention étrangère.
Bien que les États-Unis ne soient pas formellement membres du Groupe de Lima, le secrétaire
d’État Mike Pompeo a participé à la réunion par téléconférence. Pompeo était revenu plus tôt dans
la semaine d’une visite au Brésil et en Colombie pendant laquelle, selon un haut responsable du
Département d’État, l’investiture de Maduro était à l’ordre du jour :
« Une date très importante approche, le 10 janvier, où Maduro se remettra le pouvoir sur la base
d’une élection que de nombreux gouvernements dans la région et dans le monde ont condamnée, et
notamment les États-Unis, […] comme illégitime. Nous débattrons par conséquent, j’en suis sûr, de
nos efforts communs avec la Colombie et avec la région pour faire face à la nouvelle ère qui s’ouvre
le 10 janvier au Venezuela. »

Le projet impérial américain

La politique américaine à l’égard du Venezuela a trois objectifs stratégiques : l’accès privilégié aux
ressources naturelles du pays (c’est-à-dire les plus grandes réserves de pétrole et le deuxième
gisement aurifère au monde), la restauration d’un régime néolibéral obéissant à Washington et la
limitation de tout mouvement vers une indépendance régionale.
Ces objectifs américains sont conditionnés par une adhésion durable à la Doctrine Monroe pour
l’Amérique latine et les Caraïbes, ce qu’on appelle l’« arrière-cour » de l’Empire étasunien. La
mutation contemporaine de la doctrine impériale de 1823 implique une nouvelle guerre froide
contre la Russie et la Chine et l’hostilité à l’encontre de toute intégration régionale indépendante de
l’hégémonie nord-américaine.
Dans les années 1980-1990, pendant la Quatrième République du Venezuela, les élites locales ont
accordé à Washington un accès préférentiel aux riches ressources naturelles du Venezuela et
consciencieusement imposé un modèle économique néolibéral au pays. Actuellement, la politique
des États-Unis semble viser à restaurer un tel État-client.
Pour y parvenir, cependant, le projet impérial nord-américain devrait non seulement changer les
dirigeants vénézuéliens, mais aussi détruire les institutions et même les symboles de la Révolution
bolivarienne. Les sanctions américaines dévastatrices visent à accroître les difficultés économiques
pour finalement briser la volonté de la base chaviste et fracturer l’armée vénézuélienne ainsi que
l’alliance civile-militaire. Cet effondrement ouvrirait probablement la voie à l’installation d’un
gouvernement provisoire.
Il est temps de redonner une chance à la paix. Mais Washington a choisi de faire primer la ligne de
l’affrontement tracée par le Groupe de Lima et le Secrétaire général de l’Organisation des États
américains (OAS), dont le siège est à Washington, sur les efforts du Vatican et de l’ancien Premier
ministre espagnol, Luis Zapatero, visant à favoriser le dialogue entre le gouvernement et
l’opposition. Le projet impérial est soutenu par la restauration conservatrice au Brésil et en
Argentine et par la victoire électorale des uribistes en Colombie.

La guerre multiforme contre le Venezuela et la réponse bolivarienne

Washington mène une guerre multiforme contre le Venezuela en déployant des sanctions
économiques, en soutenant une campagne visant à installer un gouvernement de transition et en
préparant des forces mercenaires et paramilitaires pour une éventuelle intervention.
Le 4 août 2018, une tentative d’assassinat manquée contre le président Maduro n’a été condamnée
ni par Washington ni par le Groupe de Lima. Le 4 novembre, selon le ministre vénézuélien de la
Défense Vladimir Padrino, trois gardes nationaux bolivariens ont été tués et dix blessés dans une
attaque par des forces paramilitaires colombiennes dans la région frontalière d’Amazonas. Le 5
décembre, le vice-président brésilien élu, Hamilton Mourão, a déclaré : « Il y aura un coup d’État au
Venezuela […] Et les Nations unies devront intervenir avec des forces de maintien de la paix […] et
c’est là le rôle du Brésil : diriger cette force de maintien de la paix. »
Le 12 décembre 2018, le président Maduro a rapporté que « 734 membres d’un groupe paramilitaire
appelé G8 s’entraînaient [dans la ville de Tona, en Colombie] à attaquer des unités militaires dans
les États frontaliers de Zulia, Tachira, Apure et Amazonas ». Il faut prendre ce rapport au sérieux
étant donné la présence de huit bases militaires étasuniennes en Colombie, la récente association de
Bogotá avec l’OTAN, le refus de la Colombie de toute communication directe avec les autorités
vénézuéliennes et sa participation à des exercices militaires dirigés par les États-Unis ces deux
dernières années. La semaine dernière, le Secrétaire d’État américain Pompeo s’est rendu en
Colombie et au Brésil pour consolider les efforts conjoints visant à « restaurer la démocratie » au
Venezuela.
En réponse, le Venezuela a renforcé l’alliance civile-militaire qui s’est développée ces deux
dernières décennies. La Garde nationale et les milices (aujourd’hui fortes de plus de 1 600 000
engagés) ont été en mesure jusqu’à aujourd’hui de repousser plusieurs attaques terroristes contre
des institutions publiques et des membres dirigeants du gouvernement ainsi qu’une tentative
d’assassinat contre le président Maduro en août dernier.
Caracas a également développé une coopération militaire étroite avec la Russie et renforcé ses liens
avec la Chine. Avec la récente arrivée au Venezuela de deux de ses bombardiers lourds TU-160, la
Russie a démontré sa capacité de transporter des armes sur plus de 10 000 kilomètres à des vitesses
supersoniques au cas où cette nation des Caraïbes était attaquée par une puissance étrangère. La
Chine a conclu des accords de coopération économique massive avec le Venezuela, qui compensent
en partie les sanctions américaines. L’arrivée d’un navire hôpital chinois en septembre dernier a
subtilement signalé le soutien militaire de la Chine au Venezuela.

Environnement géopolitique instable

Le Groupe de Lima soutient aujourd’hui un coup d’État en douceur au Venezuela, mais l’arrivée à
la présidence du Mexique d’Andrés Manuel López Obrador (AMLO) en décembre lui a fait perdre
le soutien d’un de ses membres essentiels. Le Mexique a refusé de signer la dernière déclaration du
Groupe de Lima et a mis en garde contre « des mesures qui font obstacle au dialogue pour traiter la
crise au Venezuela ». Maximiliano Reyes, vice-ministre mexicain des Affaires étrangères, a
déclaré : « Nous appelons le Groupe de Lima a réfléchir aux conséquences pour les Vénézuéliens de
mesures qui cherchent à s’ingérer dans [leurs] affaires intérieures. »
L’attitude extrêmement partiale du Secrétaire général de l’OAS, Luis Almagro, contre le Venezuela
a affaibli sa position. En septembre 2018, le président uruguayen Tabaré Vázquez a déclaré que
l’Uruguay ne soutiendrait pas Almagro pour un second mandat comme Secrétaire général de l’OAS.
En décembre 2018, ce dernier a été finalement expulsé de son propre parti politique en Uruguay, le
Frente Amplio, principalement pour ses déclarations en Colombie sur la nécessité de retenir une
option militaire contre le Venezuela.
En décembre 2018, l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA-TCP) a tenu sa 16e réunion
à Cuba, y déclarant « sa préoccupation face à l’agression et aux actions contre la paix et la sécurité
régionales, en particulier les menaces de faire usage de la force contre la République bolivarienne
du Venezuela ». L’ALBA a été fondée par le Venezuela et Cuba et se compose aujourd’hui de dix
pays.

Pas d’autre choix que la résistance

Le peuple vénézuélien a une longue histoire de résistance à la domination étrangère et il est peu
probable qu’il considère une intervention « humanitaire » soutenue par les États-Unis comme une
force libératrice. Les couches populaires ne sont pas non plus susceptibles de soutenir un
« gouvernement de transition » non élu, avec une Cour suprême autoproclamée en exil,
actuellement basée à Bogotá, en Colombie. Et si la coalition des volontaires inclut des forces
paramilitaires colombiennes, célèbres pour leur rôle dans l’assassinat de militants communautaires
en Colombie, leur déploiement dans le cadre d’une mission « humanitaire » serait épouvantable au
Venezuela.
Le coup d’État soutenu par les États-Unis en 1973 au Chili, suivi par un nettoyage mortel du pays
de toute la gauche, est une leçon de prudence. Ajoutez à cela la mémoire historique de la répression
politique pendant la Quatrième République vénézuélienne discréditée et le Caracazo de 1989, au
cours duquel les plus marginalisés et les plus pauvres ont été les principales victimes, et il ne serait
pas surprenant que les couches populaires n’aient qu’une chose à offrir à un gouvernement
provisoire disposé à inviter à une intervention impériale : la résistance.

Les auteurs font partie de la Campagne pour mettre fin aux sanctions contre le Venezuela
(https://tinyurl.com/yd4ptxkx). Frederick B. Mills est professeur de philosophie à la Bowie State
University. William Camacaro est producteur à la chaîne radiophonique WBAI Pacifica. Roger D.
Harris est membre de la Task Force on the Americas (http://taskforceamericas.org/).
Traduit de l’anglais par Diane Gilliard
Propagande contre le Venezuela

Quand les dirigeants de France, des Etats-Unis, du Brésil, du


Portugal, du Royaume-Uni ou encore de Belgique font la leçon
au Venezuela, c’est un peu le monde à l’envers. Ce monde que
décrivait si bien Eduardo Galeano et que nous rappelle
Romain Migus. Les médias relaient sans poser de questions ces
déclarations aberrantes. La propagande contre le Venezuela
bat son plein. (IGA)
Par Romain Migus

Le président français, Emmanuel Macron, ordonne á Nicolas Maduro de ne pas réprimer


l’opposition MAIS IL OUBLIE les 3.300 arrestations, les 2000 blessés et les 8 morts liés à la
répression du mouvement des gilets jaunes.

Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, donne huit jours à Nicolas Maduro pour
organiser des élections MAIS IL OUBLIE qu’il n’est à son poste que grâce à une motion de
censure, et non par des élections libres.

Le président des Etats-Unis, Donald Trump, accuse Nicolas Maduro de ne pas être légitime car le
président vénézuélien n’a été élu qu’avec 30,45% des inscrits, MAIS IL OUBLIE que seulement
27,20% des électeurs étatsuniens l’ont choisi.
Le président colombien, Ivan Duque crie à la “narco-dictature vénézuélienne” MAIS IL
OUBLIE que 65% de la cocaïne dans le monde est fabriqué en Colombie, sous le regard
complaisant des autorités du pays.

Le président brésilien, Jair Bolsonaro, est préoccupé par les droits de l’Homme au
Venezuela MAIS IL OUBLIE qu’il a déclaré que les mouvements sociaux qui s’opposeraient à sa
politique seraient considérés comme organisations terroristes.

Le président argentin, Mauricio Macri, accuse Nicolas Maduro d’être un corrompu MAIS IL
OUBLIE que seul son nom apparait dans les Panama Papers, pas celui du président vénézuélien.

Le Portugal déplore la crise vénézuélienne qui, selon l’ONU, a poussé 7,2% des vénézuéliens sur
les chemins de l’émigration MAIS IL OUBLIE que 21% des portugais ont du abandonné leur pays
et vivent à l’étranger, selon les mêmes sources.

Le président péruvien, Martin Vizcarra, crie à la dictature au Venezuela MAIS IL OUBLIE qu’il
a été nommé à la tête de son pays sans le moindre vote populaire, juste en remplacement du
précédent président, destitué pour corruption.

Au Royaume Uni, les dirigeants dénoncent les atteintes à la liberté d’expression au


Venezuela MAIS ILS OUBLIENT qu’ils maintiennent, sans aucun motif valable, le journaliste
Julian Assange en réclusion.

La Belgique s’alarme de la situation de l’économie vénézuélienne MAIS ELLE OUBLIE qu’à


Bruxelles, l’entreprise Euroclear retient 1,25 milliards de dollars appartenant à l’Etat vénézuélien.

Ces inversions accusatoires, propres à cette “école du monde à l’envers” décrite par Eduardo
Galeano, font parti du modus operandi de la propagande contre le Venezuela. Elles visent à
préparer l’opinion publique internationale à la légitimité d’une action violente contre le Peuple
vénézuélien.

Les bombes médiatiques sont déjà en train de pleuvoir.


Les Indiens et les paysans du Guatemala
créent leur propre organisation politique

Thelma Cabrera, face visible des communautés en résistance, organisées au sein du Comité de
développement paysan (CODECA), a déclaré lors de son intervention à l’Assemblée : “Nous
ne sommes pas là pour gagner des élections, mais pour créer un État plurinational.”
Par Ollantay Itzamna

Le 29 décembre 2018, dans la municipalité de Saint-Domingue, Suchitepéquez, à 164 km au sud-est


de la ville de Guatemala, près d’un millier de femmes et d’hommes défenseurs des droits des
peuples indiens et paysans en résistance, originaires de différents départements du pays, ont célébré
la première assemblée nationale de leur Mouvement pour la Libération des Peuples (MLP). Ainsi,
les communautés en résistance ont pu réunir les conditions légales nécessaires pour créer leur
propre organisation politique et commencer à participer aux processus électoraux à venir.

Comment et où est né le MLP?

“Notre instrument politique n’est pas né maintenant. Nous en avons discuté et sommes en train de le
construire depuis plus de 26 ans”, a déclaré Thelma Cabrera, la plus visible des défenseurs du
mouvement indo-paysan, le Comité de Développement Paysan (CODECA en espagnol), lors de
cette assemblée.
En effet, le rêve de libération des peuples guatémaltèques était déjà présent chez les dix sept indiens
qui ont créé le CODECA en 1992 sur la côte sud du Guatemala. Dès lors, toujours depuis et vers la
périphérie, ce mouvement n’a jamais cessé d’organiser et de former des communautés en résistance,
au-delà des manuels et des méthodes administratives préconisés par la coopération et les ONG
post-“accords de paix”.
Les effets désastreux des processus de privatisation des services, en particulier de l’électricité, ont
été le ferment qui a permis à ce mouvement autochtone de s’élargir au sein de la société pour
devenir, dans la seconde moitié de la présente décennie, le principal mouvement social et le plus
batailleur du pays, et de la région mésoaméricaine.
La stigmatisation, la persécution, la criminalisation et les assassinats sélectifs de ses membres (neuf
en 2018) ont forcé les communautés en résistance rassemblées au CODECA à faire des sauts sans
précédent dans l’histoire du Guatemala, à la fois dans leurs programmes de luttes et dans leur force
sociale croissante.
Au cours des 197 années de la vie républicaine du Guatemala, on ne trouve la moindre trace de
l’existence d’un autre mouvement social, encore moins d’un mouvement indien, formé par les
communautés en résistance sur l’ensemble du territoire national. Il n’y a pas de trace de l’existence
d’acteurs collectifs ruraux mobilisés en tant que porteurs de propositions de changements structurels
avec une vision plurinationale. L’émergence d’un mouvement social comme celui-ci, composé de
communautés en résistance qui créent leur propre organisation politique pour contester le pouvoir
de l’oligarchie et proposer la création d’un État plurinational par le biais d’un processus constitutif
populaire, est un fait nouveau.

Le MLP, un fait sans précédent dans l’histoire des peuples indiens d’Abya Yala

Le MLP, en raison de sa genèse,de son identité sociale (même sans avoir participé à aucun
processus électoral), est déjà un événement historique sans précédent au Guatemala et dans
l’Amérique latine colonisée.
C’étaient, et ce sont toujours, les personnes appauvries et dépossédées, organisées en communautés
de résistance, qui l’ont conçu posément, se réunissant en assemblées et faisant remonter leurs
revendications . C’étaient et ce sont toujours les communautés qui l’ont organisé, financé et
concrétisé, en voyageant même à pied, en dormant et en discutant sous les arbres, en partageant des
tamales et des tortillas.
Sans propriétaires, sans “avant-gardes révolutionnaires”, est né cet instrument politique des
dépossédés du Guatemala, avec l’empreinte et l’esprit des gens de toutes les couleurs.
Le MLP, de par ses origines et ses méthodes d’organisation, peut être comparé à des organisations
politiques promues par les mouvements indiens dans des pays tels que la Bolivie ou l’Équateur.
Mais, à vrai dire, le MLP a des spécificités qui le distinguent, même par rapport à ces mouvements.
En Bolivie, l’actuel Movimiento al Socialismo (MAS-IPSP), qui a amené et maintenu au pouvoir le
gouvernement indien d’Evo Morales pendant plus de treize années consécutives, a été légalement
créé par la gauche phalangiste bolivienne (sans participation indienne paysanne).
En raison de l’urgence du calendrier électoral en 1997, les paysans du tropique de Cochabamba, en
Bolivie, ont repris le mouvement et l’ont adapté. Depuis lors, le MAS a été “réapproprié” en tant
qu’instrument politique des mouvements indiens, des paysans et des secteurs exclus de la Bolivie.
En Équateur, le mouvement Pachakutik, créé en 1995 par les dirigeants de la CONAIE, n’est pas né
des communautés indigènes et des peuples indiens, mais des dirigeants instruits par le courant
indigéniste. Sans réalisations majeures, il a essayé de rayonner du centre vers les périphéries
indiennes. Cela peut expliquer le déclin précoce de ce mouvement politique indien prometteur dans
ce pays.
Thelma Cabrera, dirigeante du MLP. Photo : Federación Guatemalteca de Escuelas Radiofónicas

“Nous ne sommes pas là pour gagner des élections, mais pour créer un État plurinational”

La défenseure des droits de la communauté, Thelma Cabrera, face visible des communautés en
résistance rassemblées dans le Comité de développement paysan (CODECA), a déclaré lors de son
intervention à l’Assemblée: “Nous ne sommes pas là pour gagner des élections, mais pour créer un
État plurinational”
Cette phrase pourrait être la clé pour comprendre, dans une certaine mesure, la volonté de ces
communautés en résistance d’effectuer un saut depuis la résistance sociale vers l’action politique.
Le MLP, contrairement au reste des partis politiques traditionnels, envisage parmi ses objectifs la
création de l’État Plurinational, et non pas l’administration de l’État créole actuel. Il propose la
concertation vers une nouvelle Constitution Politique Plurinationale, par le biais d’un processus
constituant, au lieu de soutenir la constitution politique créole actuelle. Il propose de réviser les
contrats de privatisation de biens et services publics en vue de la nationalisation, au lieu de chercher
à payer pour des bénéfices publics quasi inexistants résultant des privatisations.
Pour aboutir à ces changements, parmi d’autres, il ne suffit pas de remporter des élections ou de
disposer d’une force électorale majoritaire. Cela nécessite avant tout une force sociale de plus en
plus hégémonique, idéologiquement solide et politiquement compacte. Espérons que le MLP adhère
à cela, indépendamment de sa victoire ou de sa défaite lors du rituel électoral.

Traduit par J.A., relu par B.B


Entretien exclusif avec le ministre des Affaires
étrangères du Nicaragua : « Nous appelons les
Etats-Unis à respecter le droit international »

Après une année 2018 qui a vu émerger une crise politique inédite
dans le pays, le Nicaragua, l’un des pays les plus sûrs de l’Amérique
centrale, est revenu au calme. Mais certains acteurs internationaux,
notamment les États-Unis, continuent à jouer aux pompiers
pyromanes en votant des sanctions et en appelant au renversement
d’un gouvernement démocratiquement élu. Luis Almagro, le
secrétaire de l’Organisation des États Américains (OEA) basée à
Washington, se montre le plus zélé parmi eux. Il vient d’appeler à une
session extraordinaire de son Conseil permanent, afin d’activer un
mécanisme qui viserait à isoler le Nicaragua de ses relations avec
d’autres pays latino-américains. Si vous croyez que les médias vous
ont informé correctement sur le Nicaragua, cette interview exclusive
de Denis Moncada, son ministre des affaires étrangères, vous amènera
à examiner ces certitudes.
Par Alex Anfruns

Alex Anfruns : À l’initiative de son secrétaire général, l’OEA tiendra une session
extraordinaire de son Conseil permanent le vendredi 11 janvier, dont l’ordre du jour sera «
examiner la situation au Nicaragua ». Quel en sera l’objectif ?
Denis Moncada : Le secrétaire général, Luis Almagro demande la convocation immédiate et en
urgence du Conseil permanent afin, selon ses intentions et déclarations, de démarrer le processus
d’activation de l’article 20 de la Charte démocratique de l’OEA. Nous avons insisté et avons répété
qu’Almagro prenait une mesure illégitime, illégale et abusive.
La charte ne confère pas au secrétaire général le pouvoir de déléguer, substituer, remplacer ou
assumer la souveraineté des États. La charte de l’OEA n’octroie pas à Almagro l’autorité qu’il
prétend exercer, car il ne peut pas remplacer le rôle des États quant à leur indépendance, à leur
autodétermination et à l’exercice de leur souveraineté. Almagro ne dispose pas du consentement
préalable donné par l’État, et prétend donc ainsi mener à bien une activité rétrograde, allant à
l’encontre de ce que prescrit la Charte démocratique. Celle-ci vise à renforcer les États et les
gouvernements démocratiques d’Amérique latine et des Caraïbes, lorsqu’un coup d’État a été
commis et que celui-ci a brisé l’ordre constitutionnel et démocratique dans un pays.
L’esprit de la charte, lorsque celle-ci a été adoptée, résidait précisément dans le fait de mettre un
frein aux coups d’États qui ont eu lieu lors des décennies précédentes en Amérique latine, de
rétablir ou de rouvrir la voie aux processus démocratiques et de renforcer les gouvernements
constitutionnels et les institutions de cette époque. Il s’agissait d’une période où les États-Unis
appliquaient la doctrine de sécurité nationale, où les armées agissaient comme des armées
d’occupation.
Au Nicaragua, c’est une tentative de coup d’État et de rupture de l’ordre constitutionnel qui a eu
lieu contre le gouvernement légitime du président Ortega. Le Nicaragua n’a sollicité aucune
intervention de l’OEA dans les affaires internes de notre pays. C’est pour cela qu’Almagro se
trompe et ne possède aucun fondement juridique ni justification pour prétendre faire ce qu’il fait, à
savoir convoquer une réunion de l’OEA afin d’initier l’application de l’article 20 de la Charte
démocratique.

Quelles implications cette initiative pourrait-elle avoir et quelle est votre réaction face à celle-
ci ?

Elle représenterait un blocage de l’accès aux sources de financement internationales que le


Nicaragua possède, avec les conséquences politiques et sociales que cela pourrait impliquer…
Nous avons démarré et continuons à avoir des réunions avec des pays d’Amérique latine et des
Caraïbes, où cours desquelles nous leurs avons expliqué la posture qu’est en train de prendre
Almagro en ce qui concerne le Nicaragua.
C’est dans ce sens que nous demandons le soutien des pays frères latino-américains et caribéens
afin qu’au sein de l’OEA, cette prétention de M. Almagro ne se réalise pas. Nous les appelons à
s’opposer ou à s’abstenir lors de la réunion qui verra la participation des chanceliers et des ministres
des Affaires étrangères des pays membres de l’OEA.

Le Sénat des États-Unis a finalement approuvé le Nica Act, ratifié par le président, Donald
Trump. De plus, il a signé un décret qualifiant le Nicaragua de « menace exceptionnelle contre
la sécurité des États-Unis ». Quelle est votre réaction ?

Nous réfutons totalement ces déclarations des États-Unis, ainsi que leur politique d’ingérence et
d’interventionnisme, qui ne date pas d’aujourd’hui. Ils continuent à appliquer la doctrine Monroe en
Amérique latine et aux Caraïbes, considérant que nos pays sont leur « arrière-cour ». Pendant de
nombreuses décennies, le Nicaragua a souffert des effets de l’intervention militaire et politique des
États-Unis. Aujourd’hui, ce pays poursuit sa politique traditionnelle d’ingérence à travers l’histoire.
Mais nous sommes des pays libres, souverains et indépendants, qui développons nos propres
politiques internes. Nous agissons dans le concert des pays latino-américains, dans le cadre de la
légalité, de la constitutionnalité, du droit interaméricain, international, de la charte des Nations
Unies et même de la charte de l’OEA.
Nous appelons le gouvernement des États-Unis, son département d’État et son président, Trump, et
même les gouvernements d’Amérique latine, à la réflexion, à se conformer au droit international et
à respecter celui-ci. Il faut tâcher et s’efforcer de favoriser une cohabitation pacifique, un
développement de la coopération et des relations amicales entre nos États.
Nous insistons sur le fait que c’est cela qui définit le comportement des nations et des États :
respecter les règles du droit international basées sur la non-agression, la paix, la tranquillité et la
coopération mutuelle, les échanges commerciaux ainsi que dans tous les domaines. Ne pas embraser
des situations internes dans l’hémisphère, où une dynamique positive est en train de se former avec
l’existence même d’organismes tels que la CELAC (la Communauté d’États latino-américains et
caraïbes) et l’ALBA (Alliance bolivarienne pour les Amériques), grâce auxquels la coopération a
été très efficace.

En réalité, le Nicaragua n’est pas seul. Dans le contexte d’une Amérique centrale qui a tant
souffert des interventions des États-Unis, quels rôles jouent des organismes tels que l’ALBA ?

L’ALBA est une organisation fraternelle, de frères et d’amis. Son esprit est de poursuivre le
renforcement de l’unité centraméricaine, caribéenne et latino-américaine. C’est un organisme
positif, qui émet des propositions de coopération, de solidarité et de complémentarité pour tous nos
pays. Rappelons-nous qu’elle a matérialisé le début d’une politique fraternelle entre le commandant
Fidel et le commandant Chávez. À partir de là, d’autres pays ont progressivement rejoint l’alliance,
comme la Bolivie, le Nicaragua, les pays des Antilles, les pays membres de la CariCom
(Communauté caribéenne)… Il s’agit véritablement d’un projet pour le présent et le futur.
Nous avons réitéré notre solidarité fraternelle, militante et inconditionnelle, aux camarades et aux
amis du Venezuela ; au gouvernement du président Nicolás Maduro ; au camarade et frère de la
république de Cuba, où un chemin positif vers le dialogue et l’entente internationale et
interaméricaine s’est ouvert, comprenant même la participation des États-Unis dans le cadre du
respect mutuel et de la coopération. Notre volonté est que ces projets de paix et de stabilité en
Amérique latine aient une continuité. Rappelons-nous qu’il y a quatre ans, la déclaration de la
CELAC sur une Amérique latine « région de paix, de stabilité, et de cohabitation pacifique » a été
approuvée à La Havane par les différents pays et chefs d’État et de gouvernement.

Heureusement, la situation au Nicaragua s’est calmée en ce qui concerne la crise qui a eu lieu
entre avril et juin 2018. Quel bilan faites-vous de cette crise de l’année dernière ?

Au Nicaragua, c’est une vraie tentative de coup d’État qui s’est produite. Cette tendance à vouloir
rompre l’ordre constitutionnel de l’État de droit et remplacer le gouvernement légitime du président
Ortega a été sapée et neutralisée par l’activité de la population, à savoir le peuple nicaraguayen et le
gouvernement.
Cependant, tant certains organismes de droit international que certains médias ont centré leurs
efforts sur la création d’un contexte pour que l’opinion générale envers le gouvernement lui soit
défavorable, travestissant la situation du Nicaragua. Cette campagne médiatique de certains médias
internationaux visait à biaiser l’opinion publique nationale et internationale. Pour ce faire, le
mensonge et les fausses informations ont largement été employés.

Pouvez-vous nous parler de certains acteurs impliqués dans la crise, comme les représentants
de l’Église, certains médias privés, les ONG et le secteur privé du COSEP (Conseil supérieur
de l’Entreprise privée), ainsi que du résultat de la tenue de tables de dialogue avec
l’opposition ?

Dans la situation qui s’est présentée à partir du mois d’avril au Nicaragua, le président Ortega a
encouragé et organisé un dialogue pour lequel il a invité la Conférence épiscopale à agir comme
médiateur et garant. La participation de certains membres de la Conférence à ce dialogue, qui ont
adopté une position favorable à la frange putschiste au Nicaragua, n’a pas porté ses fruits, et ceux-ci
ont utilisé le dialogue comme une forme de soutien à cette frange.

Cela a provoqué une difficulté pour les rôles de médiateurs et de garants, en raison d’un manque
d’objectivité, d’impartialité et de bonne foi, ainsi que pour pouvoir conduire un dialogue en tant que
médiateurs. En outre, la chaîne de télévision de l’Église, qui a traité ce dialogue avec assez peu de
sérieux et de responsabilité, s’est véritablement transformée en une espèce de plate-forme de
propagande et de communication favorables à des intérêts particuliers.

Le dialogue était nécessaire pour que la paix règne à nouveau. Mais il a été difficile à
obtenir… Comment s’est déroulée la relation avec les secteurs de l’opposition ?

Notre gouvernement a affirmé qu’il était difficile de poursuivre le dialogue dans ces conditions et
cela n’a dans une certaine mesure pas varié. Ce ne sont pas réellement les partis politiques du
Nicaragua qui ont participé à ce dialogue, mais des membres d’ONG, des représentants du secteur
privé et de certains secteurs estudiantins. C’étaient des personnes représentatives de l’opposition et
la frange putschiste, puisqu’elles ont clairement exprimé que leur objectif n’était pas d’établir une
table de dialogue pour discuter et échanger, mais qu’il était de forcer le gouvernement du président
Ortega à céder le pouvoir.

Elles avaient échafaudé un coup d’État, mais elles ont également intégré la table du dialogue,
bafouant la constitution politique du Nicaragua ainsi que ses lois. Elles souhaitaient concrétiser le
remplacement du gouvernement légitime du président Ortega, qui a été élu… par plus de 70 % des
votants !
À l’heure actuelle, ces mobilisations n’ont plus lieu…

Aujourd’hui, le Nicaragua est en paix. Ses activités sont normales et sont celles d’une nation qui
continue à se développer, comme il le faisait déjà avant la tentative de coup d’État. L’activité
productive du pays reprend son cours normal, les institutions de l’État assurent leurs fonctions,
chacun remplit les mandats que la loi lui a conférés. Au Nicaragua, il existe une division des
pouvoirs : il y a un pouvoir exécutif, législatif, juridique et électoral. Conformément à la
constitution, on travaille en harmonie, en coordination et en coopération, chacun remplissant les
missions que la loi concernée lui confère.

Les fameux « tranques » (barrages) ont eu lieu dans votre pays. Il s’agit d’un type de
mobilisation basée en particulier sur le blocage de la circulation. Il y a également eu la
participation du secteur privé, le COSEP, à la grève patronale, à savoir un appel contre le
droit des Nicaraguayens au travail. Cette situation est-elle toujours d’actualité ?

C’était quelque chose qui n’avait jamais été vu dans l’histoire du Nicaragua. Le blocage des
principales voies de communication, de la route panaméricaine d’une part (qui relie les pays
centraméricains et facilite les échanges commerciaux), mais surtout les barrages et les barricades
qui ont été construits dans les villes et sur les autoroutes, ont donné lieu à une séquestration ou à
une privation de liberté massive d’une partie de la population nicaraguayenne, prenant en quelque
sorte celle-ci en otage.

Les barrages se sont alors constitués dans un endroit où des séquestrations, des crimes, des
assassinats, et autres viols étaient commis. Enfin, il y a eu une activité terroriste massive dans notre
pays, s’attaquant à la libre circulation des personnes et des véhicules de tout type, y compris ceux
des services à la population comme les ambulances ou les brigades de pompiers sollicitées pour
contrôler les incendies provoqués par les putschistes eux-mêmes dans les différentes mairies,
édifices publics, centres commerciaux et habitations privées de notre pays.

Revenons sur la scène internationale. Au cours de différentes sessions de l’Organisation des


États américains (OEA), au sein de laquelle vous avez une forte activité diplomatique, vous
avez dénoncé le fait que certaines organisation avaient publié des rapports « subjectifs,
contenant des préjugés, et partiaux » sur la réalité de votre pays…

C’est au milieu de cette dynamique que s’est réellement produite cette activité violente qui a
débouché sur une quantité de morts malheureuse. Nous avons compté 22 morts chez les policiers,
plus de 400 d’entre eux ont été blessés, et le gouvernement a communiqué le chiffre officiel de 198
personnes ayant disparu au cours de cette tentative putschiste.

Par conséquent, nous ne reprenons pas les chiffres, souvent gonflés, que communiquent certains
organismes de droits de l’homme, car ils ont confondu les morts à la suite de causes naturelles,
d’accidents de la route et d’autres, avec ceux ayant péri en raison de ce contexte.

Pour conclure, j’aurais aimé recueillir vos commentaires sur l’initiative de l’Assemblée
Nationale, qui a créé la Commission pour la vérité, la justice et la paix. Celle-ci a effectué un
rapport dont les conclusions ont été ignorées par la grande majorité des médias
internationaux. En voici un extrait : « l’existence de groupes violents et radicaux qui agissent
en marge de la loi (…), en opposition avec l’esprit de justice, de paix et de démocratie du
dialogue national, nous inquiète. » Que retiendriez-vous du travail de cette commission ?

L’Assemblée Nationale a approuvé une loi permettant la création de cette Commission pour la
vérité et la justice, et ses activités et ses travaux ont toujours été réalisés dans une perspective
d’objectivité, car ce sont nous, Nicaraguayens, qui devons affronter ces problèmes. La situation de
violence que nous avons connue n’a pas de précédent dans notre pays et elle a eu des conséquences
sur notre population, avec beaucoup de morts et de blessés. La commission pour la vérité a effectué
ce travail car la population a réclamé la justice ainsi que des dédommagements.
Avec une telle destruction et avec la douleur de notre population, il faut que les institutions de l’État
qui fonctionnent ; la police, le procureur général, le ministère public et les tribunaux, enquêtent,
dans le cadre de la loi, sur ce qui s’est passé et sur les personnes qui ont été responsables de cela.
Au Nicaragua, il y a un État de droit, constitutionnel, qui est en place, et nous avons vocation à
respecter les droits fondamentaux de chaque individu, sans exception. Mais face également à une
situation comme celle que nous avons connue, comportant une volonté de briser l’ordre
constitutionnel, l’État est obligé d’enquêter sur ce qui s’est passé, dans une optique de
responsabilité et de procès équitable. Il ne s’agit pas de condamner des innocents, mais des
individus dont il a été prouvé qu’ils sont responsables. Et d’acquitter ceux dont il a été dûment
prouvé qu’ils sont innocents. C’est cela l’esprit de la loi et des tribunaux et de l’État nicaraguayen.

Je vous remercie beaucoup du temps que vous m’avez accordé pour cet entretien. J’en profite
pour adresser mes meilleurs vœux de paix et de bonheur pour cette année 2019 au peuple
latino-américain et nicaraguayen qui lutte pour sa dignité et sa souveraineté.

Un peuple comme celui du Nicaragua a eu la réaction naturelle d’un peuple qui défend, avec un
grand sens de la dignité et avec beaucoup de courage, sa sécurité, sa cohabitation pacifique, les
projets économiques et sociaux dont la population bénéficie. La population les a soutenus et c’est
pour cela que le président Ortega a été élu par plus de 70 % des suffrages. Ce que nous sommes en
train de faire c’est dépasser les politiques néolibérales des gouvernements précédents, et établir des
politiques économiques et sociales inclusives pour la plus grande majorité, y compris des politiques
de dialogue, d’alliance et de consensus avec les entreprises privées. Avec un bénéfice social qui
profite à tous et n’exclut personne.
Cette combinaison entre acteurs internes et internationaux bénéficiant d’un financement, avait pour
objectif de changer de gouvernement par voie de fait, en brisant l’ordre constitutionnel et en faisant
cela, de détruire précisément les progrès du Nicaragua dans tous les programmes qui ont permis de
réaliser des avancées. Heureusement, ce putsch a été neutralisé et les activités au Nicaragua ont
repris leur cours normal.

Traduit de l’espagnol par Rémi Gromelle


LE JOURNAL NOTRE AMERIQUE

FEVRIER 2019
N° 41 / ANNEE V

REDACTEUR EN CHEF :
ALEX ANFRUNS

TRADUCTEUR/TRICE :
DIANE GILLIARD, REMI GROMELLE

CORRECTEUR :
REMI GROMELLE

REMERCIEMENTS :
POPULAR RESISTANCE

GRAPHISME & MISE EN PAGE :


BAM