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Paris, le 11 mars 2019

Monsieur le Député, Cher collègue,

L’Assemblée nationale se transforme par notre action collective.

Je souhaite vous faire connaître l’état d’avancement des grands chantiers ouverts au sein de
notre institution. Loin des discours simplificateurs qui visent trop souvent l’Assemblée
nationale, celle-ci légifère à un rythme soutenu et inégalé, et rénove simultanément en
profondeur ses structures et son fonctionnement.

Comme vous, j’entends lutter contre l’antiparlementarisme ambiant, qu’il prenne la forme de
violences ou de diffusion de fausses informations.

C’est en expliquant notre travail que nous y parviendrons.

Les réformes en cours visent d’abord à rénover notre vie parlementaire.

L’exigence souvent exprimée par nos concitoyens est d’ordre déontologique. La


Déontologue de l’Assemblée nationale m’a remis officiellement son premier rapport d’activité
annuel : il montre que son activité a connu une très forte croissance après l’adoption en début
de législature de la loi pour la confiance dans la vie politique.

Comme elle, je me félicite de la naissance d’un « réflexe déontologique » au sein de notre


institution. Depuis juin 2017 en effet, 80 % de nos collègues l’ont consultée au moins une fois.
Au total, notre déontologue a reçu 1 467 sollicitations de députés, de collaborateurs
parlementaires et de fonctionnaires.

Elle contrôlera les frais de mandat de l’exercice 2018 : 144 députés sont concernés à ce titre
dès cette année, tandis que 50 autres feront l’objet d’un contrôle sur l’exercice en cours. À la
fin de la législature, l’intégralité des députés aura été contrôlée.

L’Assemblée nationale, vous le savez, a rendu obligatoire pour les députés le recours à un
expert-comptable. Elle a également décidé d’augmenter les moyens mis à disposition de la
déontologue pour faire face à l’accroissement de son activité.

Par ailleurs, dans un esprit républicain, et particulièrement attaché au respect du pluralisme,


j’ai entrepris la réforme de notre Règlement. Celui-ci doit évoluer substantiellement pour que

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nous améliorions le travail parlementaire et, singulièrement, la discussion en séance publique,
qui doit devenir plus fluide.

Cette évolution doit aller de pair avec l’approfondissement des droits de l’opposition, des
groupes minoritaires et des députés non-inscrits.

C’est pourquoi je réunis régulièrement tous les présidents de groupe : j’ai tenu à les associer
étroitement à la démarche afin de leur soumettre directement mes propositions, mais aussi
pour recueillir leurs idées et observations.

Ainsi, les questions au Gouvernement pourraient être rassemblées en une séquence de deux
heures, le mercredi, avec un droit partagé de répliques pour dynamiser les échanges. Par
ailleurs, les horaires des séances pourraient évoluer, commencer dès 9 heures le matin, sans
dépasser minuit. Nous envisageons aussi de revivifier le droit de pétition, celles ayant recueilli
un nombre significatif de signatures pourraient par exemple donner lieu à un débat en séance.

Sans attendre l’évolution du cadre constitutionnel, nous devons utiliser toutes les marges de
manœuvre dont nous disposons : elles sont réelles pour peu que chacun travaille dans un
esprit constructif. Je souhaite que nous aboutissions avant l’interruption estivale, afin que
cette réforme puisse être effective dès le début de la prochaine session ordinaire.

Les groupes de travail pour la réforme de l’Assemblée nationale, mis en place dès le début
de la législature par François de Rugy, ont fortement mobilisé beaucoup d’entre vous pour
aboutir à de nombreuses et utiles préconisations.

Le Bureau de la semaine dernière a adopté 34 nouvelles mesures issues de ces travaux,


concernant notamment la prise en compte du handicap, le développement durable et
l’ouverture de l’Assemblée nationale.

Je tiens en outre à souligner deux innovations qui vont considérablement renforcer notre
pouvoir de contrôle et d’évaluation : d’une part, l’utilisation du logiciel « Chorus », mis à
disposition de la commission des Finances par le ministère des Comptes publics, qui retrace
automatiquement et en temps réel la comptabilité budgétaire, la comptabilité générale et la
comptabilité d’analyse des coûts de l’État ; d’autre part, le lancement du projet « Leximpact »,
développé conjointement avec les services de l’Etat en charge de l’open data, dont l’objectif
à terme est de mettre en place une application vous permettant de simuler l’impact de vos
amendements au projet de loi de finances.

Il importe par ailleurs d’améliorer le fonctionnement de l’Assemblée nationale, qu’il s’agisse


de ses services, du statut des collaborateurs, des investissements immobiliers ou de la
sécurité.

C’est une grande chance pour tous les députés de pouvoir compter quotidiennement sur les
compétences et l’engagement exceptionnels des personnels de l’Assemblée nationale.

Nous devons cependant permettre à notre administration de répondre encore mieux aux
besoins contemporains de notre vie politique. En valorisant l’excellence de la fonction

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publique parlementaire et en préservant ses spécificités, nous devons donc savoir la faire
évoluer.

J’ai rencontré, dès le début de ma présidence, l’ensemble des organisations syndicales et des
associations : je leur ai confirmé ma volonté d’avancer sans tarder, mais ensemble.

La première étape de cette réforme nécessaire a commencé en février par une phase d’écoute
et de consultation sans précédent de l’ensemble des personnels, en ligne et service par
service. Elle s’achèvera en avril prochain et me permettra de préciser les adaptations
nécessaires.

Puis, dès le mois de mai, débuteront les phases de négociation qui porteront sur l’organisation
des services, la réflexion sur les carrières et les métiers pour aller vers une plus grande
mobilité, et l’avenir de certains dispositifs dérogatoires.

Comme député, puis comme président de groupe, j’avais pu mesurer toute l’importance des
collaborateurs parlementaires. Président de l’Assemblée nationale, je tiens particulièrement
à la reconnaissance de leurs missions et à l’amélioration de leurs conditions de travail.
L’objectif est de garantir leurs droits, en tenant compte de la spécificité de leur métier, dans
le souci constant de préserver le lien si particulier qui unit le collaborateur à son député.

Après un premier accord, sur les mesures d’accompagnement lors des licenciements en fin de
mandat, un second accord a été signé en octobre dernier, à l’unanimité des représentants
syndicaux, concernant l’établissement de fiches métiers et la sécurisation des parcours
professionnels.

Concernant nos locaux, mon objectif est aussi simple qu’essentiel : garantir à chacun des
conditions de travail dignes d’un Parlement moderne et efficace.

C’est la raison pour laquelle j’ai confirmé, en accord avec le Bureau, le programme
d’aménagement de l’ensemble immobilier « de Broglie », situé à l’angle des rues de
Bourgogne et Saint-Dominique. Ainsi, tous les députés disposeront d’un bureau double. De
nouvelles salles de réunion de différents formats, ainsi que des espaces communs de travail
seront ouverts. Ces locaux doivent être terminés et opérationnels au début de la prochaine
législature.

Nous poursuivrons en outre une politique active de sauvegarde du patrimoine, avec


l’achèvement des chantiers des « hauts murs » et de l’emmarchement du Palais-Bourbon. La
réfection des structures altérées de l’hôtel de Lassay et la restauration complète de la verrière
de l’hémicycle se dérouleront en 2020.

Je souhaite également vous dire l’importance que j’accorde à l’enjeu de la sécurité de notre
institution. Il est de ma responsabilité première que les députés et tous ceux qui fréquentent
l’Assemblée nationale puissent travailler et se déplacer en toute sécurité.

Dans le contexte difficile que nous connaissons, marqué par des risques divers, il nous faut
pouvoir mieux protéger l’enceinte parlementaire : des aménagements seront régulièrement

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engagés en ce sens. De même, il nous faut mieux réguler la circulation aux abords du Palais-
Bourbon. J’y travaille avec les autorités compétentes.

Je compte sur la coopération de tous pour que cet objectif de sécurisation soit parfaitement
partagé.

Nous œuvrons aussi pour le rayonnement de l’Assemblée nationale, en France et à


l’étranger.

Par l’action culturelle et la valorisation du patrimoine, il est possible de faire comprendre et


de faire aimer l’institution parlementaire. Le Palais-Bourbon accueille chaque année 170 000
visiteurs, dont 18 000 lors des dernières Journées européennes du patrimoine.

Après le succès de l’exposition Clemenceau, qui a reçu en moyenne mille personnes par jour,
une grande exposition sur la Révolution française se prépare pour septembre. Elle se déclinera
dans un format simplifié qui sera mis à votre disposition pour vos circonscriptions.

J’ai tenu, vous le savez, à honorer Jean Jaurès et Georges Clemenceau, qui ont enfin leur
plaque commémorative dans l’hémicycle. Et le 20 mars prochain, c’est Alphonse de Lamartine
que nous célébrerons, dans le cadre du Printemps des poètes, ainsi que de la Semaine
d’éducation contre le racisme et l’antisémitisme.

Au plan international enfin, après le succès du sommet interparlementaire sur le G5 Sahel, je


voudrais tout particulièrement insister sur l’importance de l’accord parlementaire franco-
allemand que nous venons d’adopter.

À l’heure où la communauté européenne est contestée dans son principe même, mon
homologue allemand Wolfgang Schäuble et moi-même avons voulu, par cet accord, la mise
en place d’une Assemblée franco-allemande qui comprendra cinquante députés français et
cinquante députés allemands.

Elle sera compétente pour veiller à l’application du Traité sur la coopération franco-
allemande, ainsi qu’à la mise en œuvre et à l’évaluation des projets qui en découlent. Cet
accord vise encore à ancrer le réflexe franco-allemand dans le travail parlementaire, qu’il
s’agisse de transposer des directives européennes ou d’organiser des réunions et auditions
communes.

Monsieur le Député, cher collègue, si j’ai souhaité partager avec vous ces éléments
d’information, c’est d’abord parce que j’ai la conviction que nous ne pourrons avancer que
collectivement.

J’apporte un soin particulier à échanger avec l’ensemble des sensibilités politiques parce qu’il
est indispensable que chacune et chacun d’entre vous soit parfaitement informé et mobilisé.
De même, j’ai noué avec le Président du Sénat une relation de travail confiante, dans l’intérêt
de nos institutions et de notre pays

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Partageons notre fierté d’appartenir à cette magnifique institution qu’est l’Assemblée
nationale, et portons tous ensemble notre belle démocratie représentative.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Député, cher collègue, l’expression de mes sentiments
républicains les meilleurs.

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