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Journées Nationales de Géotechnique et de Géologie de l’Ingénieur JNGG2012–Bordeaux 4-6 juillet 2012

SUIVI TEMPOREL DE LA TENEUR EN EAU DE SOLS ARGILEUX


PAR TOMOGRAPHIE DE RESISTIVITE ELECTRIQUE

SURVEY OF THE SOIL WATER CONTENT USING ELECTRICAL RESISTIVITY


TOMOGRAPHY

Marie CHRETIEN1, Jean-François LATASTE2, Richard FABRE2

1 GTS (groupe NGE), Saint-Priest, France


2 Université BORDEAUX 1 – Laboratoire I2M-GCE, Talence, France

RÉSUMÉ — L’étude proposée ici porte sur les variations saisonnières de teneur en
eau dans un massif de sol argileux hétérogène, à partir de mesures de Tomographie
de Résistivité Electrique (TRE). Les données géophysiques sont corrigées des effets
de la température du sol. Les résultats ont permis de comprendre la dynamique
hydraulique du système qui montre que le gonflement des sols est deux fois plus
rapide que les tassements liés au retrait.

ABSTRACT — The aim of this study is focused on water deficits and benefits over
time in a heterogeneous clay formation by using Electrical Resistivity Tomography
(ERT). The electrical measurements obtained were corrected from the soil
temperature effect in depth and over a year. Results show the ERT ability to
understand the hydraulic dynamics of the site, showing swelling movements twice
faster than progressive movements due to drought period.

1. Introduction
La majorité des désordres sur maisons individuelles sont apparus après des périodes
de sécheresse intense, où les fondations ont subis des tassements différentiels. Des
études cherchent à caractériser le phénomène de retrait des sols argileux par un
suivi continu de leur évolution hydrique (Chrétien, 2010). Toutefois, il reste difficile de
préciser les variations de teneurs en eau réelles des sols, au vu de l’hétérogénéité à
l’échelle d’un massif de sol. L’objectif de cette étude est de pouvoir mieux prendre en
compte à la fois la variabilité lithologique du sous-sol argileux et ses mécanismes de
variations hydriques au cours des saisons. L’étude cherche à qualifier les pertes et
les gains de teneur en eau au cours du temps en fonction de la lithologie et de la
profondeur, en s’appuyant sur des mesures mensuelles de Tomographie de
Résistivité Electrique (TRE) à partir de profils. Les mesures ont été corrigées des
effets de la température en profondeur, puis comparées aux teneurs en eau
mesurées par des sondes TDR (Time Domain Reflectometry) jusqu’à 3 m. La
première partie de ce travail présente le contexte géotechnique du site expérimental
et les données collectées. Une seconde partie explique le traitement des mesures
électriques et la méthode d’interprétation. La troisième partie analyse les résultats

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obtenus en terme de variations de teneurs en eau jusqu’à 3 m de profondeur, reliés


aux variations de résistivités électriques mesurées au cours d’une année.

2. Présentation du site expérimental


2.1. Caractérisation du site

Le site d’étude est localisé au sud-ouest de la commune de Pessac, à proximité de la


ville de Bordeaux dans le département de la Gironde. Le climat y est océanique avec
une pluviométrie statistique moyenne de 984 mm/an (source Météo-France). Le site
expérimental est un pré herbacé sub-horizontal vierge de toute construction (Figure
1). La parcelle instrumentée se situe sur la formation géologique des Argiles de
Brach, constituée d’argiles bariolées gris-bleu à marbrures ocre, à dominante
kaolinite et datant du Pléistocène supérieur. Les campagnes de reconnaissance de
sol réalisées entre fin 2006 et 2008 ont montré une importante variabilité lithologique
des sols sur la parcelle, marquée par des passées silto-sableuses entre 2 m et 5 m
de profondeur au sein des argiles bariolées fissurées
10 m 10 m 10 m
site expérimental
Manual extensometer system - In situ multiple soil In situ multiple soil
In situ multiple soil Manual extensometer system -
Manual
10 m depth extensometer system -
(Telemac) temperature at 0.50m, 10 m depth (Telemac) temperature at 0.50m,
10 m depth (Telemac) 1m, 2m, 3m and 5mtemperature
depth at 0.50m, 1m, 2m, 3m and 5m depth
Weather station i-Metos Weather station i-Metos
H1 1m, 2m, 3m and 5m depth H1
P4 H1
Weather station i-Metos
Soil moisture sensors ECH O-5
2 P4 Soil moisture sensors ECH2O-5

P4 I 0.50 m I 0.50 m
I H3
II 1.00 m
Soil moisture sensors ECH2O-5 I H3
II
Bordeaux
Ø circle = 1.20 m
II L1 III 2.00 m
Bordeaux I 0.50 m Ø circle = 1.20 m
II L1 III
1.00 m
I
10 m

d sensor = 0.60 m H3 10 m
d sensor = 0.60 m
II 1.00 m
2.00 m

Bordeaux
Ø circle = 1.20 m
H2 II L1 IV 3.00 m
III 2.00 m H2 IV 3.00 m
10 m

PESSAC d sensor
The1 = 0.60 m IV PESSAC The1 IV
III L2 Soil moisture sensorsIV
TDR3.00 m III L2 Soil moisture sensors TDR
d sensor = 1.00 m H2 d sensor = 1.00 m
PESSAC The2 The1 IV H1, H2, H3 (3 m depth)
The2
H1, H2, H3 (3 m depth)
B
Site C III
expérimental L2 Soil moisture sensors TDR
B C
d sensor = 1.00 m
The3 The3
A Soil moisture sensors
H1, H2, H3 (3 m depth) A Soil moisture sensors
The2 B ThetaProbe ThetaProbe
C
In situ automatic The1 (1m) In situ automatic The1 (1m)
The3 A
monitoring The2 (2m) Soil moisture sensors monitoring The2 (2m)
The3 (3m) ThetaProbe The3 (3m)

Figure 1 . Localisation du site expérimental sur photographie


The1
15 m depth (Glötzl)
The2
aérienne avec la
Automatic extensometer system – In situ automatic
monitoring
(1m)
(2m)
Automatic extensometer system –
15 m depth (Glötzl)

The3
position de : station météorologique et sondes de température ; capteurs
Automatic extensometer system –
(3m)

d’humidité TDR ; fosse pédologique P4 ; les profils électriques L1 & L2


15 m depth (Glötzl)

Afin de caractériser la variabilité lithologique des sols, une prospection en profilage


de conductivité apparente (EM31, Geonics) a été réalisée sur la totalité du terrain
d’étude, soit environ 65 000 m2 (Figure 2).
Zone de fortes
résistivités

Zone de
transition

Zone
conductrice
Sols sablo-graveleux
(terrasse alluviale)
Encadré localisant le site
Sols argileux expérimental de la Fig. 1
(Formation de Brach)

Figure 2 . Carte des résistivités électriques apparentes (ohm.m) mesurées sur site à
l’aide d’une prospection électromagnétique (EM31) en septembre 2007

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Les variations, représentées en résistivités apparentes, ont été mesurées pour des
profondeurs de 3 et 6 m sous l’appareil, avec des mesures tous les 5 m le long de
profils espacés de 20 m. La figure 2 illustre les résultats obtenus pour les 2
profondeurs par interpolation linéaire des résistivités apparentes mesurées sur la
parcelle étudiée en septembre 2007. Les résultats montrent à grande échelle le
passage latéral d’une formation argileuse conductrice (entre 10 et 30 ohm.m) vers
une formation alluvionnaire sablo-graveleuse (> 200 ohm.m). Cette campagne
préliminaire a permis d’appréhender l’extension spatiale des différentes formations
observables sur le site : matériaux granulaires (graves aliotiques), matériaux argileux
(faciès A/BOG) et matériaux intermédiaires (sables gris/marron à matrice argileuse).
Les limites de résistivités apparentes en surface entre les différents domaines ont été
estimées à 80 et 115 ohm.m, après calage des mesures par des tarières.

2.2. Caractérisation géotechnique

Les données géotechniques collectées sur l’ensemble de la parcelle au sein de cette


formation indiquent la présence de sols limono-argileux très sensibles aux variations
hydriques sur les deux premiers mètres. Plus en profondeur, les sols deviennent
argileux (faciès A/BOG) avec un passant < 2 µm (teneur en argiles) moyen de 40 %.
Ces sols présentent des valeurs de bleu élevées avec des VBS allant de 6 à 12 et
des indices de plasticité de l’ordre de 35 à 57 %, traduisant une certaine
hétérogénéité sur l’ensemble de la parcelle. Les potentiels de retrait et de gonflement
ont été réalisés sur des échantillons intacts prélevés entre 0,50 m et 3 m de
profondeur. Les limites de retrait varient globalement entre 11 et 13 % pour des
densités sèches d/w de l’ordre de 1,60 et un indice des vides e moyen de 0,60. Le
coefficient de gonflement Cg, obtenu à partir de l’essai de gonflement à l’œdomètre,
indique la présence de sols moyennement gonflants (Cg compris entre 0,05 et 0,07)
à localement très gonflants (Cg > 0,11) pour les argiles à faciès gris à noirâtre,
associées à des indices de compressibilité élevés (Cc >> 0,15).

2.3. Dispositif expérimental du site

Le dispositif expérimental a été mis en place dans une zone argileuse du site dès
mars 2008 et combine quatre types de mesures, dont trois présentées ici :
 Un suivi des températures de sol, avec des mesures à différentes profondeurs :
0,50 m, 1 m, 2 m, 3 m et 5 m (Figure 3). Les mesures sont enregistrées
quotidiennement toutes les 3 heures. La Figure 3 montre que la température du sol
subit l’influence du cycle saisonnier mais également d’un cycle quotidien lié aux
conditions climatiques de surface. Les cycles quotidiens se font ressentir jusqu’à
50 cm de profondeur. L’effet des pluies efficaces est notable jusqu’à 1 m, marquée
par une baisse nette des températures. Les températures restent constantes à 5 m.
 Un suivi hydro-géophysique à partir des mesures TRE pour quantifier l’évolution
de la résistivité électrique des sols entre une période humide et une période sèche.
Les mesures de tomographie TRE ont été réalisées entre février et décembre 2009,

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à l’aide d’un Syscal Pro Switch (IRIS Instruments) (Figure 3). Pour des raisons de
place, seul les résultats des TRE de la ligne L1 (Figure 1) seront commentés ici.

25 50
Pluviométrie brute T°C sol 0.50 m T°C Sol 1 m T°C sol 2 m T°C sol 3 m T°C sol 5 m
45

20 40

Réf. P1 P2 P3 P4 P5 P6

Pluviométrie cumulée brute (mm)


35
Température du sol (°C)

15 30

25

10 20

15

5 10

0 0

Figure 3 . Mesures des températures de sol sur site entre le 01/01/09 et le 31/12/09,
aux profondeurs 0,50 m, 1 m, 2 m, 3 m et 5 m. Profils TRE de la L1 positionnés

 Un suivi des teneurs en eau volumiques mesurées à l’aide de 3 profils d’humidité


jusqu’à 3 m de profondeur, en utilisant des sondes TDR (Trime FM3, Imko GmbH).
Seul le profil TDR A sera présenté ici. Les mesures sont comparées à la pluviométrie
efficace cumulée enregistrée sur le site. En effet, il est plus pertinent de travailler ici à
partir de la pluie efficace que de la pluie brute, car on s’intéresse à l’eau constituant
la réserve
TENEURutile du sol.(%)Par simplification, la pluie efficace est obtenue par
EN EAU VOLUMIQUE

soustraction de l’ETP de la pluie brute (ETP = ETR ici par simplification).


0 20 40 60 80
0.00
sept.-08

sept.-09
mars-09
janv.-09
févr.-09
août-08

août-09
nov.-08

nov.-09
déc.-08

déc.-09

Teneur EN
en EAU
eau VOLUMIQUE
volumique (%)
oct.-08

oct.-09
avr.-09

TENEUR (%)
juin-09
mai-09

juil.-09

0.50 0 20 40 60 80
0
0.00

Sol organique 50
(mm)
(mm)

1.00 0.50 Pluie brute


PROFONDEUR (m)

Pluviométrie cumulée

100
Pluviométrie

150
Pluie efficace
1.00
PROFONDEUR (m)

1.50
Sols argileux avec
(m)

200
des fissures
Profondeur

1.50
250
2.00
2.00
Sol argileux compact
SUMMER 08 (Aug-Nov.)
2.50 ÉTÉ 08 (Août-Nov.)
Winter 08-09 (Dec.-May)
2.50 HIVER 08-09 (Déc.-Mai)
SPRING 09 (June-Jully.)
PRINTEMPS 09 (Juin-Juill.)
Summer 09 (Aug-Sept.)
ÉTÉ 09 (Août-Sept.)
A TDR-A
A
H1 WINTER 09 (Nov.-Dec.)HIVER 09 (Nov.-Déc.)
3.00 3.00

Figure 4 . Teneurs en eau volumique moyennes mesurées le long du profil TDR-A


jusqu’à 3 m de profondeur sur la période 2008-2009 comparées aux pluies efficaces

La Figure 4 montre les teneurs en eau volumiques enregistrées en TDR-A


moyennées en semestres sur la période 2008-2009. Les fortes variations de teneurs
en eau observées en surface sont liées à la limite de la mesure dans un sol
organique. On note que l’humidité augmente fortement après des pluies efficaces
hivernales importantes (42 % vers 1,60 m de profondeur). La période estivale sèche

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se traduit par une chute brutale de l’humidité des sols jusqu’à 1,60 m, avec des
teneurs en eau de 20 % (courbe rouge). On note que l’été 2009 s’avère plus sec que
2008, avec un front de dessiccation descendant jusqu’à 1,80 m de profondeur.

2.4. Calibration du dispositif électrique

Afin de caler les mesures de résistivités électriques avec la lithologie du site, une
fosse pédologique (P4) a été réalisée parallèlement au profil L1 (Figure 1). La Figure
5-a illustre bien le passage latéral d’un milieu argileux compact à l’Ouest vers un
Horizon altéré sablo-argileux gris Horizon organique
milieu sablo-graveleux et aliotisé vers l’Est.
0
a) P4 A/BOG Argile bariolée (A/BOG) Graves dans matrice silteuse

Argile gris-bleue (A/BOG) Graves dans matrice argileuse

a) A/BOG
Alios Sable fauve à blanc (S)

Argile bariolée (A/BOG) Alios GraviersHorizon humifère


dans matrice argileuse Sable argileux gris (SA)
Prof.
Argile gris-bleue (A/BOG)
gris-ocre Graviers dans une matrice silteuse(m) Sable blanc S

Prof.(m) W E

b)
Zone Alios
argileuse
Emplacement de
la fosse P4

Figure 5 . a) Fosse pédologique P4 (cf. Figure1), servant au calage des mesures,


réalisée fin août 2008; b) Inversion du profil de référence du panneau L1 effectué en
février 2009 (dispositif Wenner-Schlumberger avec un espacement de 50 cm)

L’image inversée du panneau L1, avec un dispositif de type Wenner-Schlumberger


« WS » (Figure 5-b), se corrèle bien avec la géométrie des terrains rencontrés
(Figure 5-a). Le modèle proposé est bon selon le critère de l’indicateur de la qualité
de l’erreur numérique RMS, qui vaut ici 1,3 % (Loke et Barker, 1996). On définit les
classes de résistivités des matériaux du site : les argiles avec des résistivités
inférieures à 93 ohm.m, les matériaux graveleux sont ici supérieurs à 300 ohm.m, les
gammes intermédiaires associant argiles et sables dans des proportions différentes.

3. Méthodes
Afin de cerner les variations d’humidité dans les sols étudiés, nous avons choisit de
mesurer les résistivités électriques. Le choix de l’espacement de 50 cm est le résultat
des études préliminaires et d’un compromis entre la résolution recherchée et la
profondeur souhaitée. La résolution est de l’ordre de l’espacement retenu. Cela ne
permet pas de détecter les drains sableux centimétriques, mais nous souhaitons
observer leurs zones d’influence dans le terrain au cours des cycles saisonniers. La
configuration retenue ici est la configuration Wenner-Schlumberger, qui est réputée
peu bruitée (Dalhin et Zhou, 2004), avec des électrodes scellées à demeure (tous les
50 cm) et 27 niveaux composent la pseudo-section. Les données en résistivités
apparentes sont inversées avec le logiciel RES2DInv© (Loke et al., 1996). Il s’agit de
la version 3.58, nous utilisons l’inversion de norme L2 (optimisation la somme des
écarts au carré) et en utilisant le maillage proposé par défaut. Cinq itérations sont

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utilisées pour obtenir le résultat final, et les erreurs de RMS indiquées sont comprises
entre 1,6 % et 2,6 %, indicateur d’une bonne qualité de l’inversion. Le choix de la
résistivité électrique pour l’étude des variations d’humidité du sol au cours de l’année
s’est basé sur la connaissance des liens reliant ces deux propriétés. Elles sont bien
maîtrisées dans le cas des matériaux granulaires avec la loi d’Archie (Archie, 1942)
mais sont plus complexes dans le cas des matériaux à composante argileuse, du fait
de la conduction de surface (Waxman et Smits, 1968). Les variations attendues dans
les matériaux argileux sont plus faibles que celles prévisibles dans les matériaux
granulaires. Toutefois la présence des filons sableux peuvent influencer les mesures
en profondeur. Afin de mettre en évidence les faibles variations de résistivités, il est
décidé de représenter les résultats en termes de variations relatives de résistivités
vraies, relativement à un état de référence. Ainsi en tout point est représenté la
valeur de variations relatives de résistivités Δρ tel que :
   ref
  i (1)
 ref
Avec ρi la résistivité à l’échéance i, et ρref la résistivité à l’échéance de référence.
Ainsi si Δρ < 0 cela signifie qu’il y a une baisse de résistivité entre les échéances ref
et i (associée à une humidification du massif) et inversement si Δρ > 0 (séchage).

L’influence de la température sur les résistivités électriques du milieu est notable à


l’échelle de l’année (Figure 3). Les données brutes sont donc corrigées de ce biais.
Nous corrigeons cet effet à l’aide de l’équation de Campbell (Campbell et al., 1948) :
 25 (2)
t 
1   t  25
Avec ρt la résistivité à température t (°C), ρ25 la résistivité à la température référence
(25°C), et α un facteur de correction en °C-1, généralement pris à 0.025°C-1.

Une étude sur la répétabilité de la mesure au cours d’une journée a été réalisée.
Cette campagne de mesures, réalisées ultérieurement en mai 2010, a permis de
déterminer que toute variation supérieure à 4 % est significative d’une forte
probabilité de changement de résistivités lié à l’humidité.

4. Résultats - Discussion
Les mesures de février 2009 correspondent aux premières mesures réalisées sur le
site avec le dispositif installé à demeure. Elles sont obtenues sur un terrain
initialement très humide suite à des pluies efficaces hivernales importantes
(novembre à janvier). La tomographie de résistivité électrique de février 2009 (Figure
5-b) est la donnée qui servira de référence pour évaluer l’évolution des
caractéristiques du sol par rapport aux autres dates de mesure. Cette TRE permet
d’observer des gammes de résistivités entre 10 et 1000 ohm.m, où les valeurs
inférieures à 40 ohm.m correspondent aux formations d’argiles compactes. Six
autres profils TRE ont été effectués après au cours de l’année 2009 (Figure 3) : n° 1
(mars), n° 2 (mai), n° 3 (juin), n° 4 (sept.), n° 5 (nov.) et n° 6 (déc.). L’étude des

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variations relatives de résistivités est effectuée pour toutes les échéances de


mesures par rapport aux résistivités inversées de février 2009 (Figure 6-A) avec
l’option « Time-Laps » au moyen d’une inversion simultanée. Les variations sont
toutes comprises entre +1 et -0.6.
Distance (m)

Percentage change in
Prof. (m)

model resistivity (%)

Fév.-Mars 09 1
Position du profil
TDR-A Distance (m)

(%)
Percentage change in model resistivity
Fév.-Mai 09 2

Prof. (m)
0 a)
a) Mai - Juin 09
3
Fév.-Juin 09

b) Nov.-Déc. 09
Fév.-Nov.09 5
B)
6
a) Fév.-Déc.09
A)

Figure 6 . A) Variations relatives de résistivités électriques corrigées en 2009 entre


les profils par rapport à la référence de février 2009 (L1) ; B) Comparaison des profils
TRE entre 2 saisons : a) mai-juin 2009 et b) novembre-décembre 2009

Les variations mesurées au printemps (mars, mai et juin) semblent très similaires
(Figure 6-A). En effet, on peut noter des variations de résistivités marquées
(supérieures à +/- 20 %) observables sur deux zones entre mars et mai, puis sur trois
en juin. On voit une augmentation progressive des résistivités par rapport à février
dans la zone d’alios, marquant une perte en eau au sein des matériaux granulaires.
On observe également un assèchement global à partir de juin sur le premier mètre
(variations de résistivités positives), suite à une forte évapotranspiration et à de
faibles pluies efficaces. La mesure de septembre n’est pas représentée ici du fait de
la très mauvaise qualité des mesures, marquées par un bruit très élevé (fentes très
ouvertes à la surface du sol). Le profil n°5 de novembre montre un retour à un état
d’humidité proche de celui de février, après les fortes précipitations. Les distributions
des résistivités dans les terrains montrent de plus forts contrastes de propriétés à
l’échelle métrique. Enfin, les mesures de décembre présentent une carte des
variations de résistivités par rapport à février exclusivement négatives, confirmant
une baisse des résistivités suite aux précipitations intenses. L’analyse des variations
de résistivités par saisons permet de souligner certains points (Figure 6-B).
L’assèchement des sols commence pour l’année 2009 entre mai et juin, lié à un
stress hydrique de la végétation prédominant. Les variations entre mai et juin (avec
mai comme référence, Figure 6-B a) montrent un massif de sol progressivement de
plus en plus sec en surface et homogène. De fortes variations sont observées en
surface (40 %) puis vers 2 m de profondeur (15 %). Ces forts gradients sont
cohérents avec les mesures d’humidité relative au droit du TDR-A (Figure 4). A

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l’automne (variations entre novembre et décembre 2009, Figure 6-B b), on remarque
une grande hétérogénéité des variations de résistivités, avec des zones où l’on note
une baisse de résistivités pouvant dépasser les 20 % (zones aliotisée et argilo-
sableuse). La ré-humidification « rapide » des sols est marquée par de forts
gradients très perturbés, liés aux hétérogénéités de sol. L’interface « alios-argile »
apparaît nettement lors de l’humidification des sols, alors qu’en été on ne la distingue
pas. On en déduit que la ré-humidification des sols se produit par la surface et au
niveau des hétérogénéités de sol en profondeur, qui jouent sur la perméabilité
globale du massif (« drains sableux ») mais qui restent négligeables en période
estivale comparées à la succion des argiles qui s’accroît.

5. Conclusion
La méthode TRE est un bon outil pour caractériser l’hétérogénéité spatiale des
terrains, y compris des sols argileux. Le procédé est aussi capable de détecter des
variations significatives de résistivités en fonction de l’évolution saisonnière de la
teneur en eau, à partir d’un dispositif correctement dimensionné. Le dispositif TRE
associées aux mesures in-situ d’humidité permet de prendre en compte le
comportement hétérogène d’un tel site. Le suivi a permis de visualiser l'influence des
hétérogénéités lithologiques lors de la réhydratation des sols (front d’humidification
très perturbé), et au contraire leurs neutralités lors de la propagation du front de
dessiccation dans un massif argileux fissuré (front homogène et progressif). Cette
méthode a mis en évidence le comportement semi-perméable à l’échelle d’un massif
de sol hétérogène sur les 2 premiers mètres.

Remerciements
Cette étude a bénéficié du soutien financier et foncier du Conseil Régional
d'Aquitaine et de la commune de Pessac.

Références bibliographiques
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characteristics. Trans. Am. Inst. Min. Metall. Pet. Eng. 146, 54-62.
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Matériaux
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