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Chapitre 3 –

Compensation de l’énergie réactive

1. Energies active, réactive, apparente

Toute machine industrielle utilisant le courant alternatif (moteur, transformateur) fonctionne


grâce à la présence d’un champ magnétique interne, elle met alors en jeu deux formes d’énergie
: l’énergie active et l’énergie réactive.
L’énergie active consommée (kWh) résulte de la puissance active P (kW) des récepteurs. Elle
se transforme intégralement en puissance mécanique (travail) et en chaleur (pertes).
L’énergie réactive consommée (kvarh) sert à l’alimentation des circuits magnétiques des
machines électriques. Elle correspond à la puissance réactive Q (kvar) des récepteurs. Elle est
indispensable au fonctionnement des machines mais n’apporte aucune valeur ajoutée à
l’entreprise.

L’énergie apparente (kVAh) est la somme vectorielle des deux énergies précédentes. Elle
correspond à la puissance apparente S (kVA) des récepteurs, somme vectorielle de P(kW) et
Q(kvar).

1.1. Composantes active et réactive du courant


A chacune des énergies active et réactive, correspond un courant.
Le courant actif (Ia) est en phase avec la tension du réseau.
Le courant réactif (Ir) est déphasé de 90° par rapport au courant actif, soit en retard (récepteur
inductif), soit en avance (récepteur capacitif).
Le courant apparent (It) est le courant résultant qui parcourt la ligne depuis la source jusqu.au
récepteur.
Si les courants sont parfaitement sinusoïdaux, on peut utiliser la représentation de Fresnel. Ces
courants se composent alors vectoriellement comme représenté ci-dessous

Figure 1 - Composition vectorielle des courants


:
1.2. Composantes active et réactive de la puissance
Le diagramme précédent établi pour les courants est aussi valable pour les puissances, en
multipliant chacun des courants par la tension commune U.
On définit ainsi :
 la puissance apparente : S = UI (kVA),
 la puissance active : P = UI.cosφ (kW),
 la puissance réactive : Q = UI.sinφ (kvar).

Figure 2 - Composition vectorielle des puissances

1.3. Facteur de puissance


Le facteur de puissance est égal par définition à :

Si les courants et tensions sont des signaux parfaitement sinusoïdaux, le facteur de puissance
est égal à cosφ.
On utilise également la variable tgφ. Dans les mêmes conditions, nous avons la relation :

Sur une période de temps donnée, nous avons également :


Dans une installation électrique, le facteur de puissance pourra être différent d'un atelier à un
autre, selon les appareils installés et la manière dont ils sont utilisés (fonctionnement à vide,
pleine charge…).
1.4- Les contrôles dans le problème tension / puissance réactive

Un système est dit bien conçu s'il peut délivrer une énergie d'alimentation fiable et de bonne qualité,
par bonne qualité on entend un niveau de tension dans des limites acceptables.
Chaque fois que le niveau de tension en un point du système est soumis à des variations cela est dû
à un déséquilibre entre la puissance fournie et consommée.
En effet quand une charge est alimentée à travers une ligne de transmission dont la tension de
départ est constante, la tension de la charge dépend de l'amplitude de la charge et du facteur de
puissance de la charge.
La variation de tension en un noeud est un indicateur de déséquilibre entre la puissance réactive
délivrée et celle consommée cependant une importation de la puissance réactive donne une
augmentation des pertes de puissances et de la chute de tension à travers l'impédance
d’alimentation.

a) Chute de tension sur une ligne

Figure - Circuit équivalent du réseau électrique.

Afin d'illustrer les relations entre la puissance réactive et la chute de tension, considérons le
circuit équivalent ci-dessous. La chute de tension due au courant I dans l'impédance.
Z = R + j X est ΔV = ZI = V1 – V2

Si nous traçons le diagramme vectoriel de ce circuit.


Figure. Diagramme vectoriel associé au circuit précédent.

V2 étant pris comme référence


La puissance apparente au niveau de la charge: SD = V2.I*
Or SD = PD + j QD
Donc I* = (PD + j QD) / V2
I = (PD – j QD) / V2
ΔV = ZI = (R + j X) (PD – j QD) / V2
ΔV = (R .PD + X.QD) / V2 + j (X.PD – R.QD) / V2
ΔV = ΔVR + j ΔVX

C'est-à-dire que la chute de tension a une composante ΔVR en phase avec V2 et une composante
ΔVX en quadrature avec V2.
Il est clair que la chute de tension dépend simultanément de la puissance active et réactive de
la charge.
Comme ΔV = V1 – V2 donc V1 = V2 + ΔV

Comme ΔVX < (V2 + ΔVR) on peut approximer

Donc la cause de la chute de tension à travers une impédance est due principalement au courant
réactif passant dans cette impédance, ou en d’autres termes elle est due à la variation de la
puissance réactive.

L'examen de cette équation montre que pour maintenir V2 constante au niveau du


consommateur. On dispose de plusieurs solutions à savoir :
- Augmentation de la tension de départ V1.
- Diminution de la réactance de la ligne par insertion de réactance capacitive.
- Fourniture de la puissance réactive au niveau des usagers (compensation de la puissance
réactive). Cette compensation peut être obtenu soit par :
la connexion de capacité shunts
la connexion de compensateur synchrone
la connexion de réactance shunt (pour les faibles charges, ou charges capacitives)

2 Objectifs de la compensation d’énergie réactive


L’énergie réactive est un facteur très important qui influe sur la stabilité et l’équilibre du réseau
électrique, ainsi que son fonctionnement.
La circulation de l’énergie réactive a des incidences techniques et économiques importantes.
En effet, pour une même puissance active P, la figure suivante montre qu.il faut fournir d’autant
plus de puissance apparente, et donc de courant, que la puissance réactive est importante.

Figure 3 - Influence de la puissance réactive

L’accroissement de l’intensité consécutive à la présence de puissance réactive a pour


conséquences :
• Accroissement de la chute de tension dans les câbles
• Augmentation des pertes Joule dans les câbles
• Facture STEG supérieure
• Surdimensionnement des installations (transformateurs, disjoncteur, câbles, …)
• Usure prématurée de l’appareillage

Pour ces raisons, il est nécessaire de produire l’énergie réactive au plus près possible des
charges, pour éviter qu’elle ne soit appelée sur le réseau. C’est ce qu’on appelle "compensation
de l’énergie réactive".
Pour inciter à cela et éviter de sur-calibrer son réseau, le distributeur d’énergie pénalise
financièrement les consommateurs d’énergie réactive au-delà d’un certain seuil.
On utilise des condensateurs pour fournir l’énergie réactive aux récepteurs inductifs.

Pour réduire la puissance apparente absorbée au réseau de la valeur S2 à la valeur S1, on doit
connecter une batterie de condensateurs fournissant l’énergie réactive Qc, telle que : Qc =
P.(tgφ2 - tgφ1).

Figure 4 - Principe de la compensation d'énergie réactive

L’intérêt économique de la compensation est mesuré en comparant le coût d’installation des


batteries de condensateurs aux économies qu’elle procure.
Le courant total fourni par le réseau It est réduit (figure 3), le rendement de l'installation se
trouve donc amélioré puisque les pertes par effet Joule sont proportionnelles au carré du
courant.
La figure 5 illustre l'échange local d'énergie réactive entre le récepteur et le condensateur.
Figure 5- Diagramme traduisant l'échange d'énergie dans le circuit d'alimentation d'un récepteur et montrant
l'intérêt de la compensation

Capacité d’un condensateur :


La capacité d’un condensateur est trouvée à partir de la relation :
Qc = 3×U2 ×C×ω

3 - Choix du type de compensation


L’intérêt économique de la compensation est mesuré en comparant le coût d’installation des
batteries de condensateurs aux économies qu’elle procure.
Le coût des batteries de condensateurs dépend de plusieurs paramètres dont :
 la puissance installée,
 le niveau de tension,
 le fractionnement en gradins,
 le mode de commande,
 le niveau de qualité de la protection.

3.1. Choix de la localisation


 Compensation globale
Une seule batterie de condensateurs en amont de l’installation. Le facteur de puissance est
compensé pour la STEG mais pas pour le client. La batterie assure la compensation pour
l’ensemble des charges. Elle convient lorsqu'on cherche essentiellement à supprimer les
pénalités et soulager le poste de transformation.
Figure 6 - Compensation globale

Un dimensionnement faible de la batterie et un nombre élevé d'heures de fonctionnement.


Elles sont donc amorties encore plus rapidement.
Soulage le poste de transformation (puissance disponible en kW).
Remarque :
Le courant réactif est présent dans l'installation du niveau 1 jusqu'aux récepteurs.
Les pertes par effet Joule (kWh) dans les câbles situés en aval et leur dimensionnement ne
sont de ce fait pas diminuées

 Compensation locale ou par secteurs


La batterie est installée en tête du secteur d’installation à compenser. Elle convient lorsque
l’installation est étendue et comporte des ateliers dont les régimes de charge sont différents.

- Permet de réduire la section des câbles d'arrivée du tableau de distribution intermédiaire,


ou d'ajouter des charges supplémentaires.
- Réduit les pertes en ligne dans ces mêmes câbles.

Remarque :
Les courants réactifs circulent toujours dans les départs du tableau jusqu'aux charges.
La compensation partielle n'améliore ni le dimensionnement, ni les pertes en ligne de ces
départs.
Si de larges variations de charges se produisent, un risque de surcompensation et, par
conséquent, de surtension est toujours à considérer.
 Compensation individuelle
La batterie est raccordée directement aux bornes de chaque récepteur inductif (généralement un
moteur).
Elle est à envisager lorsque la puissance du moteur est importante par rapport à la puissance
souscrite.
Cette compensation est techniquement idéale puisqu’elle produit l’énergie réactive à l’endroit
même où elle est consommée, et en quantité ajustée à la demande, mais le coût est important.

Les courants réactifs de l'installation, les sections des câbles, les pénalités et la puissance
apparente sont significativement réduits ou éliminés

3.2. Choix du type de compensation

 Compensation fixe
Les installations de taille modeste se contentent d’une compensation fixe qui est dimensionnée
selon une valeur moyenne. On met en service l’ensemble de la batterie, dans un fonctionnement
"tout ou rien".
La mise en service peut être manuelle (par disjoncteur ou interrupteur), semi-automatique (par
contacteur commandé à distance), asservie aux bornes des moteurs.
Ce type de batteries est généralement utilisé dans les cas :
- D’installation électrique à charge constante fonctionnant 24/24 h.
- De compensation réactive des transformateurs.
- De compensation individuelle de moteurs.
- D’installation d’une batterie dont la puissance est inférieure ou égale à 15 % de la
puissance du transformateur

Figure - Compensation fixe


 Compensation automatique ou en "gradins"

La puissance réactive fournie par la batterie est modulable en fonction des variations du facteur
de puissance et de la charge des récepteurs, donc de la consommation d’énergie réactive de
l’installation. Elle permet une régulation pas à pas de l’énergie réactive.
Ces batteries sont composées d’une association en parallèle de gradins condensateurs (gradin =
condensateur + contacteur). La mise en ou hors service de tout ou partie de la batterie étant
asservie à un régulateur varmétrique intégré. Un Varmètre mesure constamment la puissance
réactive présente dans l’installation et enclenche des paliers de la batterie de condensateurs.
Ces batteries sont également utilisées dans le cas :
- D’installation électrique à charge variable.
- De compensation de tableaux généraux (TGBT) ou gros départ.
- D’installation d’une batterie dont la puissance est supérieure à 15% de la puissance du
transformateur

Figure 5 - Principe de la compensation automatique d'une installation

Une batterie de condensateurs à régulation automatique est divisée en gradins.


Chaque gradin est commandé par un contacteur. L'enclenchement du contacteur met le gradin
en service en parallèle avec les gradins connectés à l'installation, le déclenchement du
contacteur, au contraire, le met hors service. Ainsi la capacité totale de la batterie de
condensateurs varie par palier en fonction du besoin de kVAr.
Un relais varmètrique mesure la valeur du facteur de puissance de l'installation et en
commandant l'ouverture ou la fermeture des contacteurs des gradins en fonction de la charge,
régule la valeur du facteur de puissance de l'installation à la valeur consignée. La tolérance sur
la régulation est déterminée par la taille de chaque gradin. Le transformateur de courant TC
associé au relais varmètrique doit être installé sur une des phases de l'arrivée alimentant les
charges à compenser.
L'équipement Varset Fast est une batterie de condensateurs de compensation à régulation
automatique incluant un contacteur statique (thyristors) au lieu d'un contacteur. La
compensation statique est intéressante sur des installations avec des équipements ayant des
cycles de variation de charges très rapides et/ou très sensibles aux surtensions transitoires.

Les avantages de la compensation automatique par contacteur statique


- Réponse immédiate à toute variation du facteur de puissance (le temps de réponse est
de 2 ms à 40 ms selon l'option de régulation.
- Nombre illimité d'opérations.
- Élimination des phénomènes transitoires liés à la fermeture/ouverture des contacteurs
sur les condensateurs.
- Fonctionnement totalement silencieux.
En gérant la compensation au plus prés des besoins de la charge, les risques de produire des
surtensions durant les périodes de faible charge sont évités ainsi que, en empêchant
l’établissement de surtension, les dégradations probables des appareils et des équipements