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Citations Conférence n°3 : Delphine ou le roman du scandale.

1) J’ai horriblement peur des œuvres de mon enfance. C’est précisément parce que j’avais dès lors l’envie
de montrer de l’esprit que j’ai dû dire plus de sottises. [Staël, Correspondance générale, Slatkine, t. IV, p. 79,
Lettre à Maurice O’Donnel du 4 mai 1806.]
2) … et dans l’instant qui suit ce mouvement d’exaltation, on se demande ce que peut valoir un livre au
milieu de toutes les fureurs de la vengeance et de la haine. Qui lira tout ce qui n’est pas le décret qui vous ruine,
l’arrêt qui vous condamne, ou l’issue de la bataille donnée par vos concitoyens ? Moi-même, pendant le règne
sanglant de Robespierre, lorsque chaque jour apportait l’effroyable liste des victimes dévouées, je ne savais que
désirer la mort. [...] Je me serais reproché jusques à la pensée comme trop indépendante de la douleur. [Staël,
Réflexions sur la paix intérieure, adressées à M. Pitt et aux Français, 1794, réed. in Des Circonstances actuelles
et autres essais politiques, dir. Lucia OMACINI, série III, t. III, Champion, Paris, 2010, p. 86 ]
3) Quelle époque ai-je choisie pour faire un traité sur le bonheur des individus et des nations ! Est-ce au
milieu d’une crise dévorante qui atteint toutes les destinées, lorsque la foudre se précipite dans le fond des
vallées comme sur les lieux élevés ? Est-ce dans un temps où il suffit de vivre pour être entraîné par le
mouvement universel, où jusqu’au sein même de la tombe le repos peut être troublé, les morts jugés de nouveau,
et leurs urnes populaires tour à tour admises ou rejetées dans le temple où les factions croyaient donner
l’immortalité ? […] Honte à moi cependant si, durant le cours de deux épouvantables années, si pendant le règne
de la Terreur en France, j’avais été capable d’un tel travail ; si j’avais pu concevoir un plan, prévoir un résultat à
l’effroyable mélange de toutes les atrocités humaines ! [Staël, De l’Influence des passions, 1796, réed. Œuvres
complètes, Paris, Firmin Didot, t. I, 1871, p. 107.]
4) Je vais faire un roman cet été. Après avoir prouvé que j’avais l’esprit sérieux, il faut s’il se peut tâcher
de le faire oublier, et populariser sa réputation auprès des femmes. Après, nous verrons si l’on peut risquer le
théâtre. [Staël, Correspondance générale, t. IV, p. 268, Lettre à Brinkmann du 27 avril 1800.]
5) Je vais faire un roman, je cherche des sujets de tragédie, enfin je me prépare une carrière littéraire. A
l’inverse de ce qu’on fait ordinairement, j’ai commencé par les idées générales et je viens aux ouvrages
d’imagination. [Staël, Correspondance générale, t. IV, p. 284, Lettre à Mme Pastoret du 9 juin 1800.]
6) Je continue mon roman, et il est devenu l’histoire de la destinée des femmes présentée sous différents
rapports. [Staël, Correspondance générale, t. IV, p. 322.]
7) Les lettres que j’ai recueillies ont été écrites dans le commencement de la révolution; j’ai mis du soin à
retrancher de ces lettres, autant que la suite le permettait, tout ce qui pouvait avoir rapport aux événements
politiques de ce temps-là. Ce ménagement n’avait point pour but, comme on le verra, de cacher des opinions
dont je me crois permis d’être fière ; mais j’aurais souhaité qu’on pût s’occuper uniquement des personnes qui
ont écrit ces lettres. [Staël, Delphine, réed. Garnier-Flammarion, 2000, p. 58.]
8) A peine a-t-il [Delphine] paru, que chefs et subalternes, tout a été dans la plus grande rumeur : on a
battu le ban et l’arrière-ban, arboré le drapeau noir en signe de détresse ; toutes les plumes ont été mises en
réquisition et se sont escrimées dans les feuilles et les feuilletons, à disséquer l’œuvre philosophique de Mme de
Staël. Les uns ont savamment disserté sur les défauts et les invraisemblances du roman de Delphine ; d’autres
ont fait écrire des lettres à de prétendus philosophes […]; enfin, on s’en est pris au sexe de l’auteur, à son pays, à
sa famille. Tout cela, comme on voit, est très décent, très charitable, et surtout extrêmement chrétien. [Benjamin
Constant, article paru dans Le Citoyen français le 16 janvier 1803]
9) Ici je ferai encore observer aux dames qui font des romans que si les pensées n’ont pas précisément
d’âge, il y a cependant des nuances dans la manière de les rendre. Un homme et une femme expriment la même
pensée d’une manière différente. […] Jamais ces nuances ne sont observées par Delphine; elle parle de l’amour
comme une Bacchante, de Dieu comme un quaker, de la mort comme un grenadier, et de la morale comme un
sophiste. […] Point de fraîcheur dans ses pensées, pas de jeunesse dans ses sentiments, point de naturel dans ses
paroles; tout est exaltation ou dissertation. [Joseph Fiévée, article paru dans le Mercure de France le 1er janvier
1803.]
10) Mon amie, nous l’avons dit souvent ensemble, la société, la Providence même peut-être, n’a permis
qu’un seul bonheur aux femmes, l’amour dans le mariage; et quand on en est privé, il est aussi impossible de
réparer cette perte que de retrouver la juenesse, la beauté, la vie, tous les dons immédiats de la nature, et dont
elle dispose seule. [Delphine, Lettre IX de Mlle d’Albémar à Delphine, t. I, p. 408.]
11) Les hommes peuvent se brouiller avec qui ils veulent, un duel brillant répond à tout; cette magie reste
encore au courage, il affranchit honorablement des liens qu’impose la société. […] Une jeune femme sans père

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ou sans mari, quelque distinguée qu’elle soit, n’a point de force réelle ni de place marquée au milieu du monde.
Il faut donc se tirer d’affaire habilement, gouverner les bons sentiments avec encore plus de soin que les
mauvais, renoncer à cette exaltation romanesque qui ne convient qu’à la vie solitaire, et se préserver surtout de
ce naturel inconsidéré, la première des grâces en conversation, la plus dangereuse des qualités en fait de
conduite. [Delphine, Lettre XXXVI de Mme d’Arténas à Delphine, t. I, p. 328.]
12) L’effet cumulatif et de ces portraits et de ces commentaires dans le roman est donc celui d’une critique
de la condition de femme, un plaidoyer pour une parité sentimentale entre l’homme et sa moitié, et l
revendication d’un droit de la femme à sa personnalité propre, au lieu de se la voir prescrire par la machine
sociale qui la force à se replier dans des bornes trop étroites pour celle qui est née ou bien trop belle, ou trop peu
belle, ou douée, ou tout simplement expansive. [GUTWIRTH (Madelyn), « La Delphine de Mme de Staël :
femme, révolution et mode épistolaire. », in Cahiers Staëliens n°26-27, 1979, p. 156.]
13) Vos opinions en tout genre sont singulièrement indépendantes : vous vous croyez, et avec raison, un
esprit très remarquable ; cependant, qu’est-ce que cet esprit, ma cousine, pour diriger sagement non seulement
les hommes en général, mais les femmes en particulier ? Vous êtes charmante, on vous le répète sans cesse ;
mais, combien vos succès ne vous font-ils pas d’ennemis ? Vous êtes jeune, vous aurez sans doute le désir de
vous remarier : pensez-vous qu’un homme sage puisse être empressé de s’unir à une personne qui voit tout par
ses propres lumières, soumet sa conduite à ses propres idées, et dédaigne souvent les maximes reçues ?
[Delphine, Lettre II de Mathilde à Delphine, t. I, p. 65.]
14) De tous les malheurs de la vie, je n’en conçois point qu’on puisse comparer aux peines dont une femme
est menacée par une union mal assortie ; je ne sais quelle ressource la religion et la morale peuvent offrir contre
un tel sort quand on y est enchaînée. […] Je ne suis rien, si je ne puis être moi. [Delphine, Lettre XVIII de
Delphine à Mme de Cerlebe, t. II, p. 202.]
15) Il me semble que d’être une femme est ce qui attire le plus la plaisanterie et permet le moins de la
repousser : on est là comme la cible pour recevoir les coups et n’en jamais rendre. Soit ! Il ne sera pas même
question de cela dans mon roman car l’état de femme auteur est si rare qu’il ne vaut pas la peine d’exercer sur
elles le coup d’œil du moraliste. [Staël, Correspondance générale, t. IV, Lettre à Mme Pastoret du 10 septembre
1800, p. 322.]
16) Lutter contre l’opinion, au milieu de la société, est le plus grand supplice dont je puis me faire l’idée. Il
faut être, ou bien audacieuse, ou bien humble pour s’y exposer. Je n’étais ni l’une ni l’autre, et je compris très
vite qu’une femme qui ne se soumet pas aux préjugés reçus, doit vivre dans la retraite, pour conserver son repos
et sa dignité. [Delphine, Lettre VII, Mme de Lebensei à Mme d’Albémar, t. I, p. 235.]
17) Dès mon enfance, accoutumée à ne rencontrer que les hommages des hommes et la bienveillance des
femmes, indépendante par ma situation et ma fortune, n’ayant jamais eu l’idée qu’il pût exister entre les autre et
moi, d’autres rapports que ceux des services que je pourrais leur rendre, ou de l’affection que je saurais leur
inspirer, c’était la première fois que je voyais la société comme une sorte de pouvoir hostile, qui me menaçait de
ses armes, si je le provoquais de nouveau. [Delphine, Lettre IX à Mme de Lebensei, t. II, p. 28.]
18) Un homme peut, même dans ses ouvrages, réfuter les calomnies dont il est devenu l’objet : mais pour
les femmes, se défendre est un désavantag de plus; se justifier, un bruit nouveau. Les femmes sentent qu’il y a
dans leur nature quelque chose de pur et de délicat, bientôt flétri par les regards mêmes du public. […] L’aspect
de la malveillance fait trembler les femmes, quelque distinguées qu’elles soient. Courageuses dans le malheur,
elles sont timides contre l’inimitié; la pensée les exalte, mais leur caractère reste faible et sensible. [Staël, De la
littérature, “Des femmes qui cultivent les lettres”, p. 340-341.]
19) Et en effet, dès qu’il n’y a pas de liberté de la presse, et que la censure de la police ne s’en tient pas à
réprimer, mais dicte à tout un peuple les opinions qu’il doit avoir sur la politique, sur la religion, sur les moeurs,
sur les livres, et sur les individus, dans quel état doit tomber une nation qui n’a d’autre nourriture pour ses
pensées, que celle que permet ou prépare l’autorité despotique ? [Staël, Considérations sur la Révolution
française, chap. XVI, 4e partie, p. 417.]
20) Mais j’ai reçu une éducation tout à fait différente de la vôtre. Mon respectable époux, en revenant de la
guerre d’Amérique, s’était retiré dans la solitude, et s’y livrait à l’examen de toutes les questions morales que la
réflexion peut approfondir. […] M. d’Albémar connaissait peu le monde, je commence à le croire ; il
n’examinait jamais dans les actions que leur rapport avec ce qui est bien en soi, et ne songeait point à
l’impression que sa conduite pouvait produire sur les autres. Si c’est être philosophe que penser ainsi, je vous
avoue que je pourrais me croire des droits à ce titre. [Delphine à Matilde, Lettre III, p. 70.]
21) [Matilde] n’a point reçu cette éducation cultivée qui porte à réfléchir sur soi-même ; on l’a jetée dans la
vie avec une religion superstitieuse et une âme ardente ; elle n’a lu, je crois, que des romans et la vie des saints ;

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elle ne connaît que des martyrs d’amour et de dévotion ; et l’on ne sait comment l’arracher à son amant, sans la
livrer à des excès insensés de pénitence. [Delphine, Lettre XXII de D à Mlle d’Albémar, p. 137.]
22) Les circonstances qui présidèrent à mon éducation ont altéré mon naturel ; il était doux et flexible, on
aurait pu, je crois, le développer d’une manière plus heureuse. Personne ne s’est occupé de moi dans mon
enfance, lorsqu’il eût été si facile de former mon cœur à la confiance et à l’affection. […]Je renfermais donc en
moi-même tout ce que j’éprouvais, j’acquis de bonne heure ainsi l’art de la dissimulation, et j’étouffai la
sensibilité que la nature m’avait donnée. Une seule de mes qualités, la fierté, échappa à mes efforts pour les
contraindre toutes. [Delphine, Lettre LXI, Mme de Vernon à Mme d’Albémar, t. I, p. 340.]
23) Delphine est philosophe et déïste, et, ce qui est pis, elle est si bavarde, qu’elle parle toujours la
première. […] Autrefois on appelait des commères ces femmes insupportables qui veulent toujours dominer la
conversation ; mais depuis que nos moeurs se sont perfectionnées, on trouve bien qu’une femme se fasse orateur
dans un salon, et plus elle manque aux bienséances, aux devoirs de son sexe, plus on lui applaudit : telle est
Delphine. [Fiévée, Article paru dans le Mercure de France en 1803.]
24) C’est donc une première difficulté de ce genre que le succès populaire auquel il doit prétendre. Une
autre non moins grande, c’est qu’on a fait une si grande quantité de romans médiocres, que le commun des
hommes est tenté de croire que ces sortes de composition sont les plus aisées de toutes, tandis que ce sont
précisément les essais mutlipliés dans cette carrière qui ajoutent à sa difficulté. […] Enfin le genre en lui-même
présente des difficultés effrayantes, et il suffit, pour s’en convaincre, de songer au petit nombre de romans placés
dans le rang des ouvrages. [Delphine, p.49.]
25) Mais les véritables chefs d’oeuvre, en fait de romans, sont tous du dix-huitième siècle ; ce sont les
Anglais qui, les premiers, ont donné à ce genre de production un but véritablement moral ; ils cherchent l’utilité
dans tout, et leur disposition à cet égard est celle des peuples libres ; ils on besoin d’être instruits, plutôt
qu’amusés, parce qu’ayant à faire un noble usage des facultés de leur esprit, ils aiment à les développer et non à
les endormir. [Delphine, p. 53]
26) La plupart des jugements littéraires que l’on publiera en France ne seront, pendant longtemps encore,
que des louanges de parti, ou des injures de calcul ; je pense donc que les écrivains qui, pour exprimer ce qu’ils
croient bon et vrai, bravent ces jugements connus d’avance, ont choisi leur public ; ils s’adressent à la France
silencieuse mais éclairée, à l’avenir plutôt qu’au présent ; ils aspirent peut-être aussi, dans leur ambition, à
l’opinion indépendante, au suffrage réfléchi des étrangers. [Delphine, p. 58.]
27) Oui, je ne crains pas de le dire, s’il était une circonstance qui pût nous permettre une plainte contre
notre créateur, ce serait du sein d’un mariage mal assorti que cette plainte échapperait. [Delphine, Lettre VII, t. I,
p. 238.]
28) Au milieu d’une société civilisée qui introduit les mariages par convenance, les mariages dans un âge
où l’on n’a nulle idée de l’avenir, lorsque les lois ne peuvent punir, ni les parents qui abusent de leur autorité, ni
les époux qui se conduisent mal l’un envers l’autre, en interdisant le divorce, la loi n’est sévère que pour les
victimes, elle se charge de river les chaînes sans pouvoir influer sur les circonstances qui les rendent docues ou
cruelles. [Delphine, Lettre XVII, t. II, p. 61.]
29) La religion catholique est la seule qui consacre l’indissolubilioté du mariage, mais c’est parce qu’il est
dans l’esprit de cette religion d’imposer la douleur à l’homme sous mille formes différentes, comme le moyen le
plus efficace pour son perfectionnement moral et religieux. Depuis les mécérations qu’on s’inflige à soi-même,
jusqu’aux supplices que l’Inquisition ordonnait dans les siècles barbares, totu est souffrance et terreur dasn les
moyens employés par cette religion pour forcer les hommes à la vertu. [Delphine, Lettre XVII, t. II, p. 63.]
30) Il en résulte que dans les pays protestants en Angleterre, en Hollande, en Suisse, en Amérique, les
moeurs sont plus pures, les crimes moins atroces, les lois plus humaines. [Delphine, Lettre XVII, t. II, p. 63]
31) Mais, dans le fond, et vous en convenez vous-même, ce n’est point à la foi catholique, ce n’est point
aux hommes respectables chargés de nous l’enseigner, que vous soumettez votre conduite, c’est à votre manière
de sentir et de concevoir les idées religieuses. Ma cousine, où en serions-nous, si toutes les femmes prenaient
ainsi pour guide ce qu’elles appeleraient leurs lumières ? [Delphine, Lettre II, t. I, p. 65-66.]
32) Je vous l’ai dit plusieurs fois, les querelles politiques de ce moment-ci n’excitent point en moi de
colère ; mon esprit conçoit très bien les motifs qui peuvent déterminer les défenseurs de la révolution, mais je ne
crois pas qu’il convienne à un homme de mon nom de s’unir à ceux qui veulent détruire la noblesse. […] Je
conviens que de moi-même je n’aurais pas attaché le point d’honneur au maintien des privilèges de la noblesse ;
mais, puisqu’il y a de vieilles têtes de gentilshommes qui ont décidé que cela devrait être ainsi, c’en est assez
pour que je ne puisse pas supporter l’idée de passer pour démocrate. [Delphine, Lettre XXXII, t. I, p. 464-465.]

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33) Je déteste les haines de parti, j’en suis incapable, et quoique j’aime vivement et sincèrement la liberté, je
ne me suis point livrée à cet enthousiasme, parce qu’il m’aurait lancée au milieu des passions qui ne conviennent
point à une femme. [Delphine, Lettre XXXI, t. I, p. 462.]
34) Mais si j’étais un homme, il me serait aussi impossible de ne pas aimer la liberté, de ne pas la servir,
que de fermer mon cœur, à la générosité, à l’amitié, à tous les sentiments les plus vrais et les plus purs. Ce n’est
pas seulement les lumières de la philosophie, qui font adopter de semblables idées ; il s’y mêle un enthousiasme
généreux, qui s’empare de vous comme les passions nobles et fières, et vous domine impérieusement. [Delphine,
Lettre XXXIII, t. I, p. 467.]
35) C’est un grand malheur, je le sais, que d’exister dans le temps des dissensions politiques, les actions ni
les principes d’aucun parti ne peuvent contenter un homme vertueux et raisonnable. Cependant toutes les fois
qu’une nation s’efforce d’arriver à la liberté, je puis blâmer profondément les moyens qu’elle prend, mais il me
serait impossible de ne pas m’intéresser à son but. Cette belel cause que de tout temps le génie et les vertus ont
plaidée, est, j’en conviens, à beaucoup d’égards, mal défendue parmi nous; mais enfin, l’espérance de la liberté
ne peut naître que des principes de la révolution. [Delphine, Lettre XIV, t. II, p. 188.]
36) Je suis seule, sans appui, sans consolateur ; parcourant au hasard des pays inconnus, ne voyant que des
visages étrangers, n’ayant pas même conservé mon nom, qui pourrait servir de guide à mes amis pour me
retrouver ! C’est à moi seule que je parle de ma douleur ; ah ! pourqui fut aimée, quel triste confident que la
réflexion solitaire ! [Delphine, “Premier fragment”, t. II, p. 137].
37) Roman de la communication euphorique et néanmoins déçue, le roman de Delphine ne démontre-t-il
pas, après tout, l’échec de la parole, son pouvoir fourvoyant, analysé par le biais de stratégies discursives
différentes, telles la transparence, la dissimulation et le conformisme ? Pour cette raison et en fonction de ce
constat d’impuissance qui parcourt secrètement le roman, l’écriture produite sous forme de fragments – sans
doute l’une des variantes formelles les plus intéressantes de la riche panoplie épistolaire de l’époque – pourrait
être retenue comme une des manifestations de la parole dévalorisée, reproduisant au niveau du discours et jusque
dans sa configuration graphique, la désagrégation psychologique de l’héroïne. [Lucia OMACINI, « Delphine et
la tradition épistolaire », in Œuvres complètes, série II, t. II, Champion, Paris, 2004, p. XXVII]
38) C’est-à-dire que ce roman, qui est une œuvre archi-moderne à l’époque, de par sa morale, en ce qu’elle
tente de faire une critique courageuse de la société, est de par son esthétique lié à un genre dépassé en 1802, date
où il paraît. […]Paradoxalement, elle a emprunté à cet ancien monde sa forme du roman pour l’autorité qu’elle
conférait à son entreprise : elle espérait ainsi revêtir son œuvre d’une gaine de convenance morale qui
rehausserait le pathétique du portrait de la condition féminine, dont la recherche de la liberté, et même du
bonheur, s’avère futile. [GUTWIRTH (Madelyn), « La Delphine de Mme de Staël : femme, révolution et mode
épistolaire. », in Cahiers staëliens, n°26-27, 1979, p. 157-161.]

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