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HERNANDEZ ATENCIO UV3 (Analyse appliquée au répertoire)

Wiliam Enrique CRR de Paris

Alto

Robert Schumann et la littérature

Märchenbilder

Année scolaire 2020-2021

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« La musique de Schumann est parfois comme celle d’une montagne russe
émotionnelle, avec ses positions soudaines de haut en bas et Märchenbilder ne
fait certainement pas exception » Buttall.

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Sommaire

Introduction………………………………………………………………………….………4

1. Développement de l’alto au XIXe……………………………………......................6

2. Robert Schumann………………………………………………………...………….7

3. L’histoire du conte Raiponce………………………………………………………. 9

4. Märchenbilder……………………………………………………………………...13

4.1. Le premier
mouvement……………………………………………………………..13

4.2. Le deuxième
mouvement…………………………………………………………...14

4.3. Le troisième
mouvement…………………………………………………………....15

4.4. Le quatrième mouvement…………………………………………………………..16

5. Analyse des premier et troisième mouvements ...…..………………………………


17

5.1. Analyse du premier mouvement……..……………………...………...……………17

5.1.1. Tableau formel………………………………………………………………….


…..17

5.1.2. Analyse ……………………………………………………………………….……17

5.2. Analyse du troisième mouvement….……………………………………….………


18

5.2.1. Tableau formel……………………………………………………………….


……..18

5.2.2. Analyse ………………………………………….…………………………….……


19

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Conclusion …………………………………………………………………………………20

Bibliographie ………………………………………………………………………………22

Annexes…………………..………………………………………………………………...23

Introduction

Grâce à Robert Schumann, nous trouverons un point de rencontre entre la littérature et la


musique, dans lequel nous analyserons le premier et troisième mouvement de l'une des
œuvres les plus importantes du répertoire musical de l’alto, Märchenbilder, une œuvre
inspirée de l'un des contes recueillis par les frères Grimm Raiponce.

Le dilemme entre littérature et musique se présente à un moment important dans la vie de


Schuman et le poussera à trouver son chemin à travers le genre du lieder, ce qui lui a
permis de conjuguer ses deux passions, qui l'ont inspiré à écrire plus de soixante lieder.

Un instrument peu utilisé pour l'époque sera le protagoniste du Märchenbilder, encore


marginalisé par les autres compositeurs du XIX e siècle et peu étudié en profondeur. Il se
positionnera comme un instrument incontournable, entre autre grâce au Traité
d'Instrumentation et d'Orchestration écrit par Hector Berlioz en 1844. Il va nous montrer
qu’il peut être traité comme instrument soliste, au même titre que le violon et le violoncelle.
Harold en Italie en 1834 sera notre premier représentant à découvrir un son doux et
profond.

Schumann a écrit dans son journal les différents titres auxquels il avait pensé pour
Märchenbilder : Violageschichten, Märchengeschichten, Märchen et Märchenlieder. Fait
intéressant, le titre qu'il a finalement choisi reliait ces pièces à une forme d'art visuel, Bilder
signifie «images» en allemand, plutôt qu'aux genres de l'histoire Geschichte ou de la
chanson Lied.

C'est une œuvre écrite pour alto et piano, il existe une version pour violon. Schumann a
utilisé la couleur profonde et subtile de l'alto pour créer cette belle œuvre, car elle était

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conforme avec le son parfait de mélancolie et de douleur que l'on retrouvera dans le
premier mouvement, et servait également à merveille le tourbillon de passions du troisième,
entre désespoir et angoisse.

Dans ce travail, j'analyserai le lien entre la littérature et la musique, qui était d'une grande
importance dans la vie de Schumann.

Comment est traduit musicalement le contenu littéraire de Raiponce dans le premier et


troisième mouvement des Märchenbilder ?

Dans un premier temps, une présentation de l'alto nous permettra de contextualiser son
développement. Puis, dans un second temps, je m'intéresserai à Schumann et tout
particulièrement à son lien avec la littérature. Ensuite, je m'approcherai de l'œuvre en
l'abordant du côté littéraire avec le conte Raiponce, avant de rentrer dans l'analyse des
premier et troisième mouvement des Märchenbilder.

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1. Développement de l’alto
1.1 L’alto au XIXe siècle:

Jusque dans les années 1860, l'alto portait des noms différents : alto, quinte, taille, alto-
viola, violette ou ténor. Au début du XIXe siècle, l'alto était encore un instrument peu
connu et impopulaire, les compositeurs de l'époque considéraient que l'alto n'était pas
intéressant pour les rôles principaux, cependant, Berlioz en 1834 avec son œuvre
Harold en Italie, présente l'alto en tant qu'instrument principal, développant la sonorité
particulière et expressive de l'instrument. Grace à Gluck dans la musique lyrique, puis
dans l'orchestre symphonique et la musique de chambre, l'alto devient peu à peu un
instrument essentiel.

À l'époque, les altistes étaient considérablement moins nombreux que les


violoncellistes et les contrebassistes, cela était dû au fait que les violonistes
remplaçaient la section des altos, Wagner s'en plaint également dans son livre Über
das Dirigieren écrit en 1860.

Berlioz préfère se concentrer sur le timbre de l’alto car « il captive l’attention et n’est
pas nécessaire d’avoir le même nombre d’alto que les seconds violons dans l’orchestre
». Pour améliorer sa sonorité, il recommande de construire des instruments plus grands,
plutôt que de «petits altos rappelant les violons montés sur des cordes d’alto. Les chefs
d’orchestre doivent absolument interdire l’utilisation de ces instruments illégitimes,
dont son grave décolore l’une des parties les plus intéressante de l’orchestre, apportant
beaucoup d’énergie, en particulier les sons de basse » (Berlioz Hector, 1991,
Mémoires, p.147). 

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Dans ce Grand traité d'instrumentation et d'orchestration, Berlioz met en évidence le
détournement de l'alto au XVIIIe siècle par les compositeurs de l'époque, assurant que
les ressources du violon étaient parfaitement applicables à l'alto, dans son traité il dit :
« cet instrument à cordes qui a la plupart du temps à montrer ses excellentes qualités ».
Il est précisé que « les normes les plus élevées sont généralement incompétentes pour
les violonistes qui ne conviennent pas au violon ou au haut niveau, et pour l'instrument
à considérer ». (Grand Traité d'instrumentation et d'orchestration modernes d'Hector
Berlioz)

Märchenbilder dans ses quatre mouvements, nous présente une grande partie des
nouvelles possibilités de l'alto, en plus d'une couleur douce et mélancolique,
développée en profondeur par Schuman, ainsi que la virtuosité technique, qu'il
démontre dans les deuxième et troisième mouvements, dans lesquels, on met l'aspect
cantabile et expressif du premier et du quatrième mouvement, pour écouter une marche
à doubles cordes et plus tard un rythme soutenu de triolets en doubles croches.

2. Robert Schumann

Robert Schumann est né à Zwickau le 8 juin 1810 et est mort à Bonn le 29 juillet 1856.
Il était un compositeur, pianiste et critique musical allemand du XIX e siècle, considéré
comme l'un des compositeurs les plus importants et représentatifs du romantisme.

Il était le cinquième et dernier enfant d'August Schumann et Johanna Christiana


Schumann. Grâce au fait que son père était marchand de livres, Robert a pu passer de
nombreuses heures à étudier les classiques de la littérature, pour lesquels plus tard, il a
commencé à s'intéresser aux belles lettres et a commencé à écrire, sous le pseudonyme
de « Skülander », poèmes, dramatiques fragments et biographies de compositeurs
célèbres, dans un livre intitulé Blätter und Blümchenaus der golden aus.

À l'âge de sept ans, il commence ses cours de piano sous la tutelle de J. G. Kuntsch. En
1818, il voyage avec sa mère à Carlsbad, où il rencontre le pianiste et compositeur
Ignaz Moscheles, qui stimule sa créativité musicale.

Après avoir obtenu son diplôme d'études secondaires, il a déménagé à Leipzig pour
commencer ses études de droit, mais il passe une grande partie de son temps à lire, à

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écrire et à consolider ses compétences en composition et en interprétation musicale.
Jusqu'en 1829, Robert se trouva dans un dilemme entre musique et littérature, ce n'est
qu'après son déménagement à Heidelberg que la musique commença à prendre une
plus grande importance dans sa vie.

À l'instar de grands compositeurs de l'époque tels que Johannes Brahms, Franz


Schubert, Hugo Wolf, Robert Schumann est devenu un maître de la composition de
lieder, ce genre lui a permis d'intégrer ses deux passions, écrivant ainsi plus de
soixante lieder inspirés d'écrivains de renom tels que, Thomas Moore, Hans Christian
Anders, Alvaro de Alameida, entre autres.

L'état d'esprit de Robert Schumann a montré des signes de faiblesse à plusieurs


reprises, et déjà dès son plus jeune âge. Après avoir passé quelques mois de tristesse à
la mort de sa sœur en 1825 alors qu'il avait quinze ans, son père est décédé un an plus
tard en 1883, son frère Julius et sa belle-sœur sont décédés, laissant en lui un immense
vide avec des signes de dépression et de psychose. De son plein gré en 1854, il entre
dans un centre psychiatrique à Endenich, à la périphérie de Bonn, non seulement ne
s'améliora pas, mais s'aggrava. Son activité compositionnelle est alors fiévreuse, il écrit
constamment, il ne dort pas, il ne mange pas, il est contraint de travailler sans repos,
jusqu'à l'épuisement, qui entraîne sa mort, le 29 juillet 1856, à l'âge de quarante-six ans
Robert Schumann est enterré au cimetière de Bonn. Des années plus tard, les restes de
sa femme bien-aimée Clara ont été réunis avec les siens dans la même tombe.

Passionné à la fois par la littérature et la musique, il parvient les mêler dans ses
compositions de Lieder ainsi que dans des œuvres telles que Märchenbilder pour alto
et piano op.113 et Märchenerzählungen pour clarinette, alto et piano op.132, qui sont
inspirées de contes célèbres comme ceux des frères Grimm, Les Mille et Une Nuits, Le
Märchen de Goethe, Les Frères de Saint-Sérapion d'Hoffmann, entre autres.

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3. L'histoire du conte Raiponce

Il était une fois un mari et sa femme qui avaient depuis longtemps désiré avoir un
enfant, quand enfin la femme fut dans l'espérance et pensa que le Bon Dieu avait bien
voulu accomplir son vœu le plus cher. Sur le derrière de leur maison, ils avaient une
petite fenêtre qui donnait sur un magnifique jardin où poussaient les plantes et les
fleurs les plus belles ; mais il était entouré d'un haut mur, et nul n'osait s'aventurer à
l'intérieur parce qu'il appartenait à une sorcière douée d'un grand pouvoir et que tout le
monde craignait. Un jour donc que la femme se tenait à cette fenêtre et admirait le
jardin en dessous, elle vit un parterre planté de superbes raiponces avec des rosettes de
feuilles si vertes et si luisantes, si fraîches et si appétissantes, que l'eau lui en vint à la
bouche et qu'elle rêva d'en manger une bonne salade. Cette envie qu'elle en avait ne
faisait que croître et grandir de jour en jour; mais comme elle savait aussi qu'elle ne
pourrait pas en avoir, elle tomba en mélancolie et commença à dépérir, maigrissant et
pâlissant toujours plus. En la voyant si bas, son mari s'inquiéta et lui demanda : « Mais
que t'arrive-t-il donc, ma chère femme ? » - « Ah ! » lui répondit-elle, « je vais mourir
si je ne peux pas manger des raiponces du jardin de derrière chez nous ! » Le mari
aimait fort sa femme et pensa: « Plutôt que de la laisser mourir, je lui apporterai de ces
raiponces, quoi qu'il puisse m'en coûter ! » Le jour même, après le crépuscule, il
escalada le mur du jardin de la sorcière, y prit en toute hâte une pleine main de
raiponces qu'il rapporta à son épouse. La femme s'en prépara immédiatement une
salade, qu'elle mangea avec une grande avidité. Mais c'était si bon et cela lui avait
tellement plu que le lendemain, au lieu que son envie fût satisfaite, elle avait triplé. Et
pour la calmer, il fallut absolument que son mari retournât encore une fois dans le
jardin. Au crépuscule, donc, il fit comme la veille, mais quand il sauta du mur dans le

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jardin, il se figea d'effroi car la sorcière était devant lui ! « Quelle audace de t'introduire
dans mon jardin comme un voleur, » lui dit-elle avec un regard furibond, « et de venir
me voler mes raiponces ! Tu vas voir ce qu'il va-t’en coûter ! » - « Oh ! » supplia-t-il,
« ne voulez-vous pas user de clémence et préférer miséricorde à justice ? » Si Je l'ai
fait, si je me suis décidé à le faire, c'est que j'étais forcé : ma femme a vu vos
raiponces par notre petite fenêtre, et elle a été prise d'une telle envie d'en manger
qu'elle serait morte si elle n'en avait pas eu. La sorcière fit taire sa fureur et lui dit  :
« Si c'est comme tu le prétends, je veux bien te permettre d'emporter autant de
raiponces que tu voudras, mais à une condition : c'est que tu me donnes l'enfant que ta
femme va mettre au monde. Tout ira bien pour lui et j'en prendrai soin comme une
mère. » Le mari, dans sa terreur, accepta tout sans discuter. Et quelques semaines plus
tard, quand sa femme accoucha, la sorcière arriva aussitôt, donna à l'enfant le nom de
Raiponce et l'emporta avec elle.

Raiponce était une fillette, et la plus belle qui fut sous le soleil. Lorsqu'elle eut ses
douze ans, la sorcière l'enferma dans une tour qui se dressait, sans escalier ni porte, au
milieu d'une forêt. Et comme la tour n'avait pas d'autre ouverture qu'une minuscule
fenêtre tout en haut, quand la sorcière voulait y entrer, elle appelait sous la fenêtre et
criait :

« Raiponce, Raiponce,

Descends-moi tes cheveux. »

Raiponce avait de longs et merveilleux cheveux qu'on eût dits de fils d'or. En entendant
la voix de la sorcière, elle défaisait sa coiffure, attachait le haut de ses nattes à un
crochet de la fenêtre et les laissait se dérouler jusqu'en bas, à vingt aunes au-dessous, si
bien que la sorcière pouvait se hisser et entrer.

Quelques années plus tard, il advint qu'un fils de roi qui chevauchait dans la forêt passa
près de la tour et entendit un chant si adorable qu'il s'arrêta pour écouter. C'était
Raiponce qui se distrayait de sa solitude en laissant filer sa délicieuse voix. Le fils de
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roi, qui voulait monter vers elle, chercha la porte de la tour et n'en trouva point. Il
tourna bride et rentra chez lui ; mais le chant l'avait si fort bouleversé et ému dans son
cœur, qu'il ne pouvait plus laisser passer un jour sans chevaucher dans la forêt pour
revenir à la tour et écouter. Il était là, un jour, caché derrière un arbre, quand il vit
arriver une sorcière qu'il entendit appeler sous la fenêtre:

« Raiponce, Raiponce,

Descends-moi tes cheveux. »

Alors Raiponce laissa se dérouler ses nattes et la sorcière grimpa. « Si c'est là l'escalier
par lequel on monte, je veux aussi tenter ma chance, » se dit-il. Et le lendemain, quand
il commença à faire sombre, il alla au pied de la tour et appela :

« Raiponce, Raiponce,

Descends-moi tes cheveux. »

Les nattes se déroulèrent aussitôt et le fils de roi monta.

Sur le premier moment, Raiponce fut très épouvantée en voyant qu'un homme était
entré chez elle, un homme comme elle n'en avait jamais vu ; mais il se mit à lui parler
gentiment et à lui raconter combien son cœur avait été touché quand il l'avait entendue
chanter, et qu'il n'avait plus eu de repos tant qu'il ne l'eût vue en personne. Alors
Raiponce perdit son effroi, et quand il lui demanda si elle voulait de lui comme mari,
voyant qu'il était jeune et beau, elle pensa : «  Celui-ci m'aimera sûrement mieux que
ma vieille mère-marraine, la Taufpatin , » et elle répondit qu'elle le voulait bien, en
mettant sa main dans la sienne. Elle ajouta aussi tôt : « Je voudrais bien partir avec toi,
mais je ne saurais pas comment descendre. Si tu viens, alors apporte-moi chaque fois
un cordon de soie : j'en ferai une échelle, et quand elle sera finie, je descendrai et tu
m'emporteras sur ton cheval. » Ils convinrent que d'ici là il viendrait la voir tous les
soirs, puisque pendant la journée venait la vieille. De tout cela, la sorcière n'eût rien
deviné si, un jour, Raiponce ne lui avait dit : « Dites-moi, mère-marraine, comment se
fait-il que vous soyez si lourde à monter, alors que le fils du roi, lui, est en haut en un

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clin d'œil ? » - « Ah ! scélérate ! Qu'est-ce que j'entends ? » s'exclama la sorcière.
« Moi qui croyais t'avoir isolée du monde entier, et tu m'as pourtant flouée ! » Dans la
fureur de sa colère, elle empoigna les beaux cheveux de Raiponce et les serra dans sa
main gauche en les tournant une fois ou deux, attrapa des ciseaux de sa main droite et
cric-crac, les belles nattes tombaient par terre. Mais si impitoyable était sa cruauté,
qu'elle s'en alla déposer Raiponce dans une solitude désertique, où elle l'abandonna à
une existence misérable et pleine de détresse.

Ce même jour encore, elle revint attacher solidement les nattes au crochet de la fenêtre,
et vers le soir, quand le fils de roi arriva et appela :

« Raiponce, Raiponce,

Descends-moi tes cheveux. »

la sorcière laissa se dérouler les nattes jusqu'en bas. Le fils de roi y monta, mais ce ne
fut pas sa bien-aimée Raiponce qu'il trouva en haut, c'était la vieille sorcière qui le
fixait d'un regard féroce et empoisonné. « Ha, ha ! » ricana-t-elle, « tu viens chercher la
dame de ton cœur, mais le bel oiseau n'est plus au nid et et il ne chante plus: le chat l'a
emporté, comme il va maintenant te crever les yeux. Pour toi, Raiponce est perdue tu
ne la verras jamais plus ! » Déchiré de douleur et affolé de désespoir, le fils de roi sauta
par la fenêtre du haut de la tour : il ne se tua pas ; mais s'il sauva sa vie, il perdit les
yeux en tombant au milieu des épines ; et il erra, désormais aveugle, dans la forêt, se
nourrissant de fruits sauvages et de racines, pleurant et se lamentant sans cesse sur la
perte de sa femme bien-aimée. Le malheureux erra ainsi pendant quelques années,
aveugle et misérable, jusqu'au jour que ses pas tâtonnants l'amenèrent dans la solitude
où Raiponce vivait elle-même misérablement avec les deux jumeaux qu'elle avait mis
au monde : un garçon et une fille. Il avait entendu une voix qu'il lui sembla connaître,
et tout en tâtonnant, il s'avança vers elle. Raiponce le reconnut alors et lui sauta au cou
en pleurant. Deux de ses larmes ayant touché ses yeux, le fils de roi recouvra
complètement la vue, et il ramena sa bien-aimée dans son royaume, où ils furent

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accueillis avec des transports de joie et vécurent heureux désormais pendant de
longues, longues années de bonheur.

Un conte des frères Grimm

4. Märchenbilder

Märchenbilder op. 113 pour alto et piano de Robert Schumann, composé en mars
1851, dans sa traduction française signifie «  images de contes de fées », considérés
dans le répertoire pour altos, comme l'une des œuvres les plus importantes et les plus
populaires, il a été écrit en seulement quatre jours.

C'est une œuvre fascinante de quatre mouvements, qui explorent différentes couleurs,
textures et personnages, dédiée à Wilhelm Joeseph von Wasielewsky premier violon
de l'orchestre de Düsseldorf où Robert occupait le poste de directeur musical,
cependant, il n’était pas altiste, mais, à l'époque, il était courant pour les violonistes de
jouer aussi de l'alto, car il y avait plus de violonistes que d'altistes, c'est pourquoi une
transcription pour violon est écrite.

Du fait qu'à l'époque l'école d'alto n'était pas encore développée et que l'alto était
principalement joué par des amateurs, cette œuvre présentait une grande exigence
musicale et technique.

Märcehenbilder est une œuvre inspirée de l'un des contes des frères Grimm, Raiponce.

4.1 Le premier mouvement Nicht schnell

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Le premier mouvement nous emmène dans une ambiance nostalgique, avec le thème
principal de l'alto qui déclame une douleur profonde avec beaucoup de passion et
fortement expressive.

Comme l'indique le compositeur Nicht Schnell qui signifie « pas rapide » c'est un


mouvement en ré mineur à 3/4, qui commence par une mélodie d'introduction à l'alto
tandis que le piano fait un accompagnement harmonique qui se déplace entre les
touches voisines de fa majeur.

Je pense que ce premier mouvement est le personnage de Raiponce, dans l'histoire il


est dit que chaque jour Raiponce chantait une douce chanson à travers la fenêtre, que, à
mon avis, Schuman jouait à l'alto.

4.2 Le deuxième mouvement Lebhaft

Plus proche d'un scherzo, c'est le contraire de ce qui était écrit dans le premier
mouvement, c'est un mouvement à interpréter avec enthousiasme et bonne humeur.

Dans ce mouvement, Robert écrit l'indication Lebhaft qui signifie « vivace », écrite en
fa majeur à 2/4, composé de deux trios.

Le deuxième mouvement, je l'interprète comme le personnage du fils du roi, un


personnage qui chevauche son cheval à travers la forêt, élégamment vêtu.

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4.3 Le troisième mouvement Rasch
Le troisième mouvement est une peinture musicale de l'histoire des frères Grimm
Raiponce, avec un rythme soutenu de triolets de doubles croches rapides, qui alterne
entre le chant du piano et l'alto lui-même, créant ainsi un contrepoint qui révèle le
conflit passions.

Dans ce mouvement Robert indique Rasch qui veut dire « rapide », c'est un
mouvement en ré mineur en 2/4, très Fern (« lointain ») et Fremd (« étrange »), un
intermezzo central en si majeur apporte des fragments du premier mouvement avant le
retour plus complet de Rasch.

Dans ce troisième mouvement, j'imagine la scène de l'histoire dans laquelle la sorcière


découvre le plan de fuite de Raiponce, lui coupe les cheveux puis se bat avec le fils du
roi, les condamnant tous les deux dans une vie misérable.

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4.4 Le quatrième et dernier mouvement - Langsam, mit malancholischem Ausdruck

Le quatrième mouvement nous montre la beauté des rêves d'un artiste qui pleurait ses
joies et souriait de ses problèmes, dans lequel Schumann exprime dans une de ses
lettres adressées à sa femme qu'il veut quitter le monde des vivants pour ceux de ses
rêves. Un mouvement écrit en ré majeur en 3/8, dans lequel il donne à l'alto tout le
poids de la performance sous la forme d'un dernier soupir romantique.

C'est le seul mouvement, dans lequel Schumann dans son indication exprime un
sentiment spécifique, langsam, mit malancholischem Ausdruck, qui signifie « Lent,
avec une expression mélancolique », on peut remarquer que, pour la première et
dernière fois dans le voyage de Schumann, le sentiment de la mélancolie se confond
avec l'indication du caractère musical.

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Le quatrième mouvement me fait imaginer la scène, dans laquelle le prince écoute
après un long moment la voix de Raiponce, qui le dirige là où elle est. Plus tard, quand
ils sont ensemble, ils pleurent, pour se revoir et pouvoir vivre ensemble pendant de
nombreuses années heureuses et s'aimer.

5 Analyse du premier et troisième mouvement


5.1. Premier mouvement : Nicht Schnell
5.1.1 Tableau formel

Exposition Développement Réexposition

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Thème A Travail du thème A et B Thème B en ré mineur
ré mineur. (m. 30 à m. 41) (m. 46 à m.57)
(m. 1 à m. 9) Thème A en la mineur
Cadence Parfait
Thème B Thème A en ré mineur (sur
Fa Majeur (modulant) pédale de V)
(m. 9 à m. 21) (m. 58 à m. 64)

Pont à m.6

Codetta Retransition Coda


Fa M Thème B ré mineur ré mineur
(m. 22 à m. 29) Très court (m. 65 à m. 72)
Cadence Parfait m. 42 à m. 45 Cadence Parfait.

5.1.2. Commentaire

Je propose de commencer cette analyse en identifiant les personnages qui sont représentés
dans ce premier mouvement en ré mineur ; le thème A, joué par l'alto, me fait imaginer,
Raiponce, seule assise à la fenêtre de la tour, regardant le paysage et chantant,
malheureusement, puisqu'elle n'a jamais pu connaître ses parents, et la seule représentation
de la famille qu'elle a, est une sorcière qui la visite et lui apporte les choses nécessaires
pour qu’elle puisse vivre, tandis que le piano l'accompagne, au rythme des croches,
dessinant le chemin harmonique de la phrase B. Plus tard à la mesure neuf, la relation entre
le piano et l'alto change, elle devient comme un miroir dans un dialogue dans lequel le
piano représente la sorcière, créant une atmosphère chaleureuse, dans une conversation de
questions et réponses.

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Cependant, un groupe de quatre doubles croches écrites en tierces superposées, initie le
développement, ce qui nous donne une sensation de tension, donnant un sentiment de
solitude que peu à peu se développe et s'intensifie, conduisant à la réexposition a partir
mesure 46, menant à la réexposition, où l'alto réexpose le thème A, cette fois en syncope,
tandis que le piano fait un contre-chant avec le thème B, c'est la seule partie du mouvement
où les deux thèmes sont compris à la fois le temps.

5.2. Troisième mouvement Rasch


5.2.1. Tableau formel

A B A1
ré mineur Si Majeur ré mineur
Motif A (m. 37 à m. 61) (m. 62 à m. 90)
Triolets en double croches par Cadence Parfait
l’alto
Transition Coda
Motif B
Très court a partir la mesure (m. 91 à m. 107)
Contrechant du piano sur la
56 jusqu’à la mesure 61. Cadence Parfait
dominant
( m. 1 à m. 36)
Cadence Parfait

5.2.2. Commentaire

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Je propose de commencer l'analyse du troisième mouvement, en comparant d'abord le
changement de caractère et d'atmosphère avec le premier mouvement, malgré le fait que les
deux mouvements sont écrits en ré mineur. Ce mouvement, comme l'indique Schumann
dans la partition, Rasch qui signifie «Rapide», écrit en forme ternaire ( A-B-A 1), proche
d’un Scherzo du point de vue du caractère, il commence par un rythme soutenu à l'alto des
triolets en doubles croches, qui crée une atmosphère de confusion, de mystère et d'angoisse,
accompagnée pendant quatre mesures, par le piano au rythme du blanches générant du
suspense, puis, à la mesure 5, faire une contrechant, annonçant que quelque chose se
rapproche.
À partir de la mesure 14, le rythme soutenu des triolets en doubles croches passe à la main
droite du piano, tandis que l'alto expose le motif B, en déclamation.
Dans la deuxième partie du mouvement de la mesure 37, nous avons un changement
d'armure en si majeur, générant un faux calme dans le conflit évident que nous observons
dans l'exposition, ce qui nous conduit à la réexposition A 1 à la mesure 62, cette fois de
différemment , parce que nous commençons sur la dominante de ré mineur pour quatre
mesures. À partir de la mesure 79, il y a une marche harmonique intéressante sur l'alto,
donnant le sentiment de fermeté et d'autorité dans le discours et à mon avis la partie la plus
tendue du mouvement. La dernière partie du mouvement, à la mesure 91, pensant que peu à
peu le mouvement se terminera, cependant, une dernière intervention inattendue, surgit à la
mesure 99, un dernier cri dans la bataille (motif B par l’alto), pour conclure par une fin,
peu concluante et tragique.
Un mouvement qui nous montre un tourbillon d'émotions, qui me ramène à la scène du
conte littéraire, où la sorcière découvre Raiponce et le projet du prince de s'échapper de la
tour; engendrant la bataille entre la liberté voulue par Raiponce et l'égoïsme de la sorcière
pour la garder cachée et isolée du monde. Une bataille qui conduit la sorcière à couper les
cheveux de Raiponce et à affronter plus tard le prince, ayant une fin tragique, puisque le
prince est jeté à travers la fenêtre de la tour et perd la vue, les condamnant tous les deux, à
une vie misérable et solitaire.

Conclusion

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Ces deux mouvements contrastés au sein de Märchenbilder nous montrent toutes les
possibilités de l'alto, un instrument qui, en plus de pouvoir produire un son chaleureux, peut
aussi être très virtuose. Pour comprendre la relation entre l'histoire des Frères Grimm et du
Märcehnbilder, je vous propose de lire d'abord l'histoire attentivement et plus tard,
d'écouter ce magnifique œuvre avec les yeux fermés, vous pourrez ressentir l'innocence
d'une jeune fille, que sa façon unique pour son soulagement ou pour ne pas se sentir seule
était de chanter, ce qui lui a permis de rencontrer le fils du roi, un personnage qui fait
preuve de courage et la sorcière, qui a gardé Raiponce enfermée et cachée du monde, qui ne
voulait pas laisser son évasion, créant la bataille des conflits entre Raiponce voulant être
libre et la sorcière pour maintenir le pouvoir, condamnant plus tard le fils du roi et sa bien-
aimée une vie misérable. Cependant, le destin les rassemble pour qu'ils puissent être
heureux ensemble.

Märchenbilder est une histoire qui est racontée à travers des images, car il s'agit
généralement d'un classique pour les enfants qui ne savent toujours pas lire et qui ne
pouvaient voir que les images des scènes du conte afin de comprendre l'histoire. Schumann
représente Raiponce à travers l'alto, dans le premier mouvement à travers le thème
principal, ce qui me porte à penser que c'était la chanson qu'elle chantait depuis la tour, une
douce mélodie. créant ainsi, les atmosphères qui nous feront ressentir, l'innocence de
Raiponce, le courage du prince et la bataille qui se déroule principalement entre Raiponce
et la sorcière qui ne lui permettra pas de s'échapper et d'être heureuse avec sa bien-aimée.

Après avoir enquêté sur la vie de Schumann, je peux trouver une certaine relation avec
l'histoire, une personne brillante, un génie du genre Lieder, qui a réussi à se positionner
comme l'un des maîtres de la romance mais qui dans ses dernières années de vie, les a
passées dans une maison de fous, en raison d'une maladie mentale qui a fini par l'isoler de
sa famille et de la société, qu'il a trouvé la paix dans tant d'angoisse et de douleur pour la
perte de ses proches, au moment de la mort.

C'est magnifique de pouvoir analyser une œuvre où la littérature et la musique se


confondent pour créer une œuvre d'art, où l'alto est le protagoniste ; il parvient enfin à
vraiment montrer ses couleurs et ses textures, nous donnant une nouvelle instrument au sein
de la famille des instruments des cordes.

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Personnellement, c'est un travail qui m'a marqué à la fois professionnellement et
spirituellement, être étranger, être loin de mes proches, sans savoir quand je pourrai les
voir, me maintenir dans un flot constant de nostalgie, dans lequel les mots souvent ne
suffisent pas à exprimer ce que je pense.

« Si mes talents de poète et musicien pouvaient se fondre en un seul foyer, je pourrais tout
oser » Schumann, 1830.

22
Bibliographie
 Françoise-Sappey. B. (2000). Robert Schumann. Paris : Edition Fayard

 John Daverio and Eric Sams ; Schumann, Robert. 20 January 2001 récupéré
14. 02. 2021
https://doi.org/10.1093/gmo/9781561592630.article.40704
 Sylvine DELANNOY : Une « intrigue » des Märchenerzählungen de
Robert Schumann: Un geste narratif au service de la formulation musicale.
Revue de Musicologie , 2009, T. 95, No. 2 (2009), pp. 319-334)
 Hector Berlioz ; Grand traité d'instrumentation et d'orchestration modernes.
Nouvelle édition Broché – 1 mars 2018
 Frères Grimm. L’histoire du conte Raiponce. Récupére le 16. 04. 2021
https://www.grimmstories.com/fr/grimm_contes/raiponce

23
Ré mineur Exposition
Thème A

Sol mineur

Thème B
b6

b II Motif B modulant +4
b3

C.P V (ss F)

Si b Majeur Ut Majeur

24
6 +4 6

Codetta
Fa M Sol mineur

7
+

V I

Fa M

VI

C. P
Développement la m
Th A

25
Th A
la m

Retransition

v
Réexposition Th B en ré mineur

26
Ré mineur

Th A en ré m (sur pédale de V)

Coda

C. P- ré m

27
ré m A

Motif A

Motif B

28
29
B
Si M

30
A1

31
32
33