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LE

NOUVEAU
MONDE
E
n 1981 (de l’ère chrétienne), la sonde Voyager 2 a pu
transmettre des images révolutionnaires d’un des dix
huit satellites de Saturne : Hypérion. Sa forme très
particulière, irrégulière, et sa dimension de l’ordre d’1
centaine de kilomètres (comme 1 sphère aplatie) furent les
premières à révéler un phénomène astronomique chaotique
pour une durée directement accessible à l’Homme, tout en
confirmant l’existence d’1 vie intelligente que l’on nommera
plus tard : « l’Univers des Hypériens. »
Cette découverte représentait la 3ème plus grande (R)évolution
que l’être Humain n’est connu, après Copernic et son
Héliocentrisme (qui détrôna l’Homme de sa position
dominante dans l’univers), ainsi qu’avec Darwin, la
(R)évolution qui fit de l’Homme un descendant du singe.
Il fut donc décider par la communauté internationale de la
planète Terre de coloniser ce nouveau Monde et ses Habitants,
dont nous ne connaissions rien de la vie et des mœurs.
C’est en l’an de grâce 2069 que fut accomplit 1 vol habité, par
69 nationalités différentes, afin d’accomplir 1 mission de
reconnaissance de cette Nouvelle Terre dont les astronautes
seraient bientôt surpris par ce qui représenterait à leurs yeux
une Nouvelle Utopie.
Notre voyage de la Terre à Hypérion, avec notre vaisseau
nommé le « Beagle », se déroula dans l’allégresse. Chacun de
nos compagnons de voyage avaient connus diverses formations
allant de l’Anthropologie à la Zoologie, en passant par
l’Astronomie ou bien encore la physique : ils étaient de fait
tous de grands scientifiques.
Les linguistes se posaient bien des questions sur le langage
adopté par les Hypériens. Allions-nous nous comprendre, alors
que sur la planète Terre nous ne connaissions que la discorde
et la discordance.
En cela, et comme l’avait toujours fait l’Homme blanc, nous
nous étions préparer à emprisonner ou à tuer les Hypériens les
plus récalcitrants à notre mission d’infiltration. S’il le fallait,
au nom de notre Humanité en péril, nous étions prêt à
acculturer les Hypériens, comme nous l’avions fait des nègres
et des Amérindiens.
P
our ce voyage sur Hypérion, nous nous étions préparé,
comme pour les missions sur la Lune et sur Mars. Notre
combinaison spatiale était composée de sept couches,
qui permettaient de résister à des variations de température
de – 780 à + 150 degrés Celsius, ce qui nous laissait une
autonomie sur sol de quatre heures. Notre système
d’approvisionnement en oxygène permettait le filtrage du
monoxyde de carbone et l’alimentation du circuit de
refroidissement de notre combinaison. Notre casque était
équipé d’une double visière pour résister aux chocs
thermiques, micrométéorites et aux ultraviolets. Nos gants
avaient pour extrémité des doigts en silicone pour améliorer
notre sensation du toucher. Notre module d’exploration
permit à deux astronautes de descendre sur le sol d’Hypérion,
armés et en reconnaissance vigilante.
Mais quelle fut leur stupéfaction : notre combinaison ne
servait à rien, puisque le climat d’Hypérion était tempéré, et
l’oxygène abondant. Le sol d’Hypérion suivait les lueurs d’un
arc-en-ciel. Le ciel, d’un éternel bleu azur, ne connaissait
aucune distinction du jour ou de la nuit. Notre Mission, comme
tout autre aventure Humaine de l’Homme Blanc, comme la
conquête des Amériques, se voulait être une mission pacifique
pour notre Humanité. Mais nous n’y croyons rien, nous qui
n’étions que l’objet d’une future colonisation. Car l’Homme
de notre planète Terre avait des besoins important en matière
1ère. D’autre part nous souffrions du manque d’espace, car
notre population avait, en un siècle, connu une croissance de
plus de deux Milliard d’habitants, qu’il fallait nourrir, loger,
et contribuer à l’épanouissement, dans la recherche de
Travail qui lui-même se raréfiait. Nos politiques, bien que
concernés, et alarmés par une telle situation, où notre
planète Terre voyait décliné notre civilisation, s’intéressaient
de plus en plus à notre Univers comme lieu de colonisation.
Mais voilà, qu’elle en serait le coût ? C’est qu’il fallait agir
d’urgence, car les guerres et les conflits d’intérêt tendaient
plus à nous entre-déchirer, qu’à trouver des solutions plus
harmonieuses quant aux problèmes démographiques et
écologiques.

M
ais, alors que nous atterrissions sur Hypérion, quelle
fut notre stupéfaction. Nous fûmes accueillit avec
amitié, délaissant à la tranquillité les Hypériens qui
partouzaient en toute chaleur, les corps à corps abandonnés à
la nudité qui ne se distinguaient guère de nos propres corps.
Les Hypériens nous ressemblait comme des frères et des
sœurs, si ce n’est, que la quiétude de leur climat tempéré,
n’interdisait pas ce que la majorité des Humains auraient
qualifié de permissivité, voir d’impureté dans leurs rites
tantriques. Cette forme de libéralisme culturel, qui nous
indigna au premier abord, s’expliquait par le manque
d’interdit prônait chez les Hypériens. Chez eux le
Totalitarisme était bannis, tout comme les morales, à moins
qu’elles ne soient vécues en communauté, par une totale
liberté de volonté. Ce qui révélait une pleine et entière
ouverture d’Esprit car, la liberté de pensée et d’agir était
pour les Hypériens une Valeur suprême (tout comme la
Tolérance).
Ici, les Hommes et les Femmes étaient tous des jouisseurs, et
non des maîtres et possesseurs de la Nature, comme aimait à
l’affirmer certains esprits cartésiens. Ici, en fait, nul guide,
nul sauveur, nul maître à penser, car chacun avaient le droit
de devenir son propre sujet créateur de Sens, en l’absence de
tout prosélytisme, et d’esprit conquérant : une sorte de
Socialisme Utopique, qui faisait de leur société le paradis
d’une vie harmonieuse et sans contrainte.

Sur Hypérion, n’existait aucune opposition de classe comme


sur Terre, entre les possédants et les possédés. Le socialisme
utopique s’était réalisé par la compréhension mutuelle des
souffrances causées par l’In-équité. Ainsi les Hypériens ne
connaissaient aucune Autorité extérieure. L’Absence d’Etat ou
d’Eglise se justifiait par le refus de leur existence devant le
Tribunal de la Pensée. Les faits prévalaient sur les Droits.
C’est ainsi que toutes les formes antérieures, qu’avaient
connues les Terriens, de société ou d’Etat, toutes les vieilles
idées traditionnelles, étaient déclarées déraisonnables et
délaissées. Avant Hypérion, le monde ne s’était jusque-là
laissé conduire que par des préjugés : tout ce qui appartenait
au passé ne méritait que pitié et mépris. Un nouveau jour se
levait : désormais, la suspicion, l’injustice, le privilège et
l’oppression étaient balayés par l’Egalité fondée sur la
« nature » et les « droits » inaliénables des Hypériens, qui
pouvaient à tout moment en contester les Lois.
De même, toute forme de labeurs était inexistante, car les
machines avaient remplacées les travaux les plus aliénants.
Les Hypériens connaissaient la liberté de culte, mais sans
hiérarchie, ce qui annihilait tout forme d’Eglise. Les Hypériens
n’étaient pas sectaires, car ils ne connaissaient ni Autorité, ni
arbitraire, aucune répression ou corruption liée à un Etat
centralisateur. La laïcité y était de mise : ainsi l’Etat (dans les
faits inexistants) ne pouvait imposer de religion civile ; ni
aucune forme de croyance ou d’incroyance à ses concitoyens.
Les Hypériens avaient donc bannis toute forme d’Etat
centralisateur et, y avaient préférer un Fédéralisme de
différenciation qui permettait la coexistence pacifique des
différents points de vue dissidents et ce, dans l’autonomie des
diverses communautés qui défendaient farouchement leur
identité par la préservation de leur Altérité, et dans la
conservation de leur Pluralisme. L’Egalité régnait donc entre
tous, sans aucune Démocratie libérale ou parlementaire à vote
majoritaire, car le vote, était considéré comme inefficace et
désuet, puisque les Hypériens le savaient : c’était à
l’économie de décider du pouvoir politique et non l’inverse.
L’Autogestion était donc affirmé, tout comme la libre
entreprise, et ce dans un régime ne connaissant ni esprit
partisan, ni loi ou ordre établi, sans constitution ou textes
sacrés, sans aucun Dieux, ou maître Fondateur. Ainsi se
trouvaient annihilés toutes sortes de rapports entre
gouvernants et gouvernés, possédants et possédés, riches ou
pauvres etc.
Ne connaissant aucun Fondateur, les Hypériens ne pouvaient
se repérer dans l’Espace et le Temps. Ils ne possédaient donc
aucun calendrier, et ne se situaient pas géographiquement. Ils
étaient de nulle part et, par conséquent, vivaient selon le
chaos de l’Univers. Ils étaient là, en quelque sorte perdus,
comme 1 point dans la galaxie, soumis à aucune forme de
rationalité, et non borné, ce qui faisait leur ouverture
d’esprit. Ils vivaient dans la dé-mesure. Ils ne comptaient pas,
et vivaient d’aventure. Ce qui ne les effrayaient pas, à l’op-
posé de ce que nous les Hommes avaient appris à redouter : la
peur du Vide, de l’inconnu et de l’anormalité. Tout n’était
que question de Hasard : aucun déterminisme ne les forçait à
vivre selon des Lois universellement promulguées que leur
communauté scientifique désapprouvait et qui était bien
supérieure à la notre car elle pratiquait la transversalité des
connaissances. Les Hypériens tenaient à cette totale et
absolue Liberté. C’était donc pour cela, que dans leur
Conception du Monde, du Temps et de l’Espace, les Hypériens
nous avaient si bien reçus. Ils ne voyaient en nous qu’1
étrangeté venue se présenter à leur quotidienneté. 1 de plus,
et rien d’autre.
Les Hypériens n’étaient pas des gens ordonnés (d’ailleurs, ils
ne se soumettaient à aucun ordre). Ils ne planifiaient rien, car
ils savaient que la réalité démentirait toujours leurs agendas.
Ils faisaient fi de toute rationalité. Pour eux, le dés-ordre
était annonciateur d’un Chaos bienfaiteur. Tout comme leur
planète Hypérion, ils tournaient à l’envers. Ce qui était de
règle pour les Hommes de la planète Terre, était une Ineptie
pour les Hypériens. Nul ne savait où ils allaient : ils pouvaient
donc se perdre sans s’effrayer, ce qui horrifiaient les Hommes
toujours animés par la clarté d’une carte et d’un personnel
stylé (ce qui était le cas de notre vaisseau le « Beagle »). Pour
arriver jusqu’à Hypérion, nous avions pris des risques, mais ils
avaient été compensés par les connaissances que nous avions
pu retirer de l’Univers des Hypériens : sans prise de risques,
restait seule la crédulité, causée par le manque
d’expérimentation. Mais voilà, sur quelle planète étions-nous
arrivée ? Les Hypériens fonctionnaient tous à l’op-posé des
Terriens. Etait-ce là un modèle à prendre comme référence ?
Ou plutôt à éviter, car par trop éloigné de notre réalité ?
Etudier les Hypériens nous permettait peut-être d’éviter le
pire : à savoir les soumettre à notre volonté et à les
acculturer !!!
Pour les Hypériens, rien n’importait plus que la santé. Ils ne se
droguaient pas, ils n’en concevaient même pas la nécessité.
Ils délaissaient cela aux soins de la Nature. Leur santé était
avant tout mentale. C’était celle qu’ils essayaient de
préserver, car ils se savaient faillibles à d’autres modes de
pensée, qu’ils acceptaient, mais préféraient les voire vivre à
l’écart, au sein de sectes ou de communautés fermées. Rien
n’était plus redoutable pour eux qu’un leader auquel ils
auraient été affectés. Chez eux, ni Dictature et nulle
Tyrannie. Les Hypériens préféraient donc être des Libres-
penseurs, et flâner au gré de leur seul et unique mentor : du
nom de LIBERTE. D’où leur corps à corps que nous avions pu
observer lorsqu’à notre étonnement, ils partouzaient en
pleine nature et en toute sérénité. Chez eux, pas de Morales
ou d’Interdits dictés par des Lois que leur Univers ne
connaissait pas. Or, le refuge au libertinage qu’aurait été la
propriété privée n’existait pas. Chez eux l’A-normalité fondait
la normalité. La folie n’était tout au plus qu’une bizarrerie. La
marginalité était de mise. Les exclus étaient inclus. Leur
différence faisait leur qualité, tout comme les handicapés. Sur
Hypérion ne régnait donc que la Lumière des astres comme
une nuit par un ciel étoilé de Liberté. « Liberté, Equité,
Fraternité » aurait pu être leur slogan. A cela, pas de
manière, mais des actes et des faits.
Tout était accepté, si tant est qu’il fasse le Bonheur des
individus, sans nuire à celui d’Autrui. Les Hypériens vivaient
donc en Harmonie, marqué par une Indifférence toute
respectable. Chacun pouvait donc s’épanouir à son rythme,
sans nul esprit de compétition. Ainsi, le Travail n’était plus
une aliénation, mais un plaisir. Nous retrouvions là
l’Hédonisme si cher aux Hypériens. Notre Terre avait tout à
gagner à la compréhension du Satellite « Hypérion » et de ses
habitants. Les Hypériens ne formaient donc pas de Nation,
mais étaient porteurs d’un message comme d’une civilisation,
et tout cela, étonnamment, sans questionnement. Il s’agissait
ainsi d’Etre plutôt que d’Avoir. Passer de la Théorie à la
pratique. Car plus vous pratiquez, plus vous êtes pratiquants.
Telle était la quête d’une Sagesse immémoriale, transmise par
tout un chacun, de génération en génération, puisque sur
Hypérion, tout le monde pouvait donner son avis, même les
plus incompris. C’était là une belle leçon pour nos
scientifiques, comme pour tous les membres de l’équipage du
« Beagle. » IL était dès lors compréhensible qu’une majorité
voulu rester sur ce sol fertile en Idée où vivaient en satiété les
Hypériens. Une leçon d’Humanité…
Mais il s’agissait de revenir à notre mission qui était la seule
préoccupation des Terriens : leur sol contenait-il du pétrole ?
Leur satellite regorgeait-il de pierres précieuses ou de matière
1ère capable d’être exploitées après un « partenariat » issu
d’une colonisation imposée…
Pour les Zoologistes, connaîtrions-nous de nouvelles espèces,
et si oui confirmeraient-elles les thèses de Darwin, à savoir
que l’Homme était bien issu du singe. Quant aux
Astrophysiciens, il s’agissait de vérifier les raisons des
mouvements chaotiques du satellite de Saturne « Hypérion. »
Chaque scientifique venu avec nous sur le « Beagle »
travaillait avec acharnement à comprendre de telles
nouveautés si passionnantes à rencontrer. Dès lors, il était
facile de comprendre que nos scientifiques voulaient à tout
prix rester confrontés aux sages, et à la sagesse des Hypériens
qui avaient bénéficié d’une instruction érudite, via les
encyclopédies électroniques qui contenaient tout leur savoir
depuis l’Aube de l’« Univers. » Pour eux, comprendre le
Monde, c’était d’abord se comprendre soi-même. Telle était
leur Sagesse, qui les distinguait des recherches de nos
chercheurs. Ainsi, l’exploitation de l’Homme par l’Homme
était dès lors sans fondement ni sujet.

C’est que les Hypériens n’ignoraient pas les raisons de notre


venue sur leur satellite. Mais, en fait, ils s’en foutaient, car ils
se savaient bien supérieurs quant à la capacité de manipuler
les forces cosmiques. Tel était leur secret.
Hypérion n’était qu’un passage pour l’Humanité, mais ses
mouvements chaotiques étaient à l’origine de notre Univers.
La terre, un jour, connaîtrait les mêmes sursauts, et le
changement de mode de vie et de pensée que connaissaient
les Hypériens. Tout dès lors n’était qu’une question de temps,
compté en années lumières. Tel était aussi le secret de notre
planète Terre, car l’Univers était bien issu d’un chaos
planétaire, ce que tentaient de prouver nos astrophysiciens. A
Dieu Kepler et l’Histoire de notre pensée. L’épistémologie
reprenait ses droits, pendant que de nouvelles philosophies
émergeaient, à l’idée d’un Monde régénéré par des pensées
novatrices. Ainsi, rien de ce qui avait été pensé sur notre
planète Terre n’était pensable sur « Hypérion. » Tout n’était
donc qu’une question de temporalité, qui avait vu naître et
mourir tant de Croyances tenues pour vrai. Une Idéologie
démentait une Autre. C’était d’ailleurs pour cela qu’elles
étaient acceptées sur Hypérion, car elles étaient l’émulation à
la découverte de savoir novateur et ce, sans conflit
destructeur. Nous étions là, bien loin de l’Histoire de notre
pauvre planète Terre. « Hypérion » était exemplaire, éloignée
des guerres et de la misère. Sur cette Planète, il n’y avait pas
d’esprit de conquête. Les mots « ap-propriation » ou
« Aliénation » étaient éloignés de leur vocabulaire. Ils
n’étaient pas des militaires de carrière. D’ailleurs, ils étaient
sans emploi. Ils cultivaient seul leur jardin (d’Eden) et
n’auraient pu en accepter la destruction. Ils n’étaient donc
pas non plus des bâtisseurs d’Empire, et ne faisaient pas dans
l’apparat. Pour tout dire, ils ne pouvaient pas défiler aux pas.
Ils étaient libres, tout simplement. Libre de s’enrichir de
connaissances et d’expériences, même les plus sectaires. Car
d’un Mal naît toujours un Bien. Mais cela, ils l’avaient
découvert de leurs ancêtres et ne s’exposaient donc plus au
Mal comme aux autres Maux qu’ils avaient éradiqués pour leur
Santé.
D
es cahiers de Doléances étaient ouverts toute l’année,
et chaque Hypériens (y compris du plus jeune âge)
pouvaient contester ou approuver ce que ses
concitoyens décidaient à la majorité. Tout cela se résolvait
dans la concertation et le consensus, qu’importait le Temps.
Ainsi, que cela soit par ses propres parents ou d’autres, les
enfants ne connaissaient à l’école aucun endoctrinement,
puisque l’Utopie était vécu au présent. D’autre part l’école
restait facultative et non universelle par crainte d’éradiquer
tout Relativisme.
L
es Hypériens étaient polyglottes, ce que l’on enseignait
dès la plus tendre enfance, ce qui nous permis de nous
comprendre à la grande surprise de nos linguistes.
L’éducation des jeunes enfants d’Hypérion était laissé aux
plus proches parents et ce jusqu’à l’âge de sept ans, âge de
raison. Ainsi les parents d’Hypérion pouvaient profiter
pleinement de leurs enfants. Puis l’éducation se transformait
en instruction civique, où les enfants d’Hypériens apprenaient
le respect d’Autrui comme de leur Environnement. Ici, nul
esprit compétitif était développé : la croissance de chacun
était respectée, et l’école n’était pas obligatoire. Ce qui ne
les préparait pas à être de futurs soldats d’un expansionnisme
réduisant les con-citoyens au con-sumérisme. Ils n’étaient
donc pas soumis à la médiocrité d’une vie matérialiste qui les
aurait manipulé par la publicité des médias où la propagande
faisait Loi sur notre Terre et où il n’était pas habituel pour
l’Homme de réfléchir. Les adultes d’ailleurs offraient la plus
grande liberté du Savoir à leur progéniture. Des bibliothèques
électroniques étaient mises à leur disposition et, les
scientifiques d’Hypérion avaient fait, comme tout autres
scientifiques de leur mission, des études approfondies de leur
cerveaux, qu’ils avaient su décupler au cour des années, ce
qui faisaient d’eux des êtres doués d’une intelligence éclairée
qui les avaient conduit à la télépathie, les Hypériens se
parlant d’esprit à esprit sans( téléphonie), ce qui accélérait
leur empathie, le mouvement de leurs idées et la prolixité de
leur créativité, élevée au Panthéon de l’Immortalité, qui
adoucissaient leurs mœurs par une plus grande Ouverture
d’Esprit. Pour reprendre un exemple, sur notre planète Terre
où s’était imposée l’Altermondialisme, sur Hypérion, ils
faisaient l’objet du recyclage de ces idées, comme de toute
autre matière. Les Hypériens étaient de cette race d’or dont
parlait déjà Hésiode ; sans misère, où tous les biens leur
appartenaient, et étaient mis en commun, en l’absence de
toute propriété privée (particulière ou collective), dans une
économie faite d’échange, de don et de partage, qui sur notre
planète Terre n’avait été mise en pratique que par des êtres
d’exception comme Saint François d’Assise.
Dans un printemps éternel, l’économie naissait de la
cueillette, la libre Entreprise était de rigueur, si tant est
qu’elle respectait l’Environnement et l’Ecologie, comme elle
l’avait faite de la suppression de la pauvreté et de
l’esclavage. De même l’Argent devenait de fait inexistant, ce
qui sur Terre avait fait connaître tant de conflits et de
Barbarie. L’Egalité des biens les faisait jouir d’une éternelle
Abondance, ce qui les éloignait de tout labeur, car la
mécanisation des basses taches était de mise. Ils pouvaient
donc s’adonner au plus grand Hédonisme du Corps, comme et
surtout de l’Esprit. Contrairement aux idées de Saint Simon,
les Hypériens vivaient sans travailler, oisifs et rebelles à toute
forme d’activités. Il n’existait donc plus de différence de
classe entre d’un côté les travailleurs et de l’autre les
rentiers.
Leur économie que l’on aurait pu qualifiée de Communisme
primitif conduisait les producteurs à se regrouper en
association mutuelliste, où ils étaient librement associés. Ils
prônaient aussi une société sans impôt, un paradis fiscal, au
crédit gratuit, dans un juste échange des produits et des
services, par des prestations réciproques sans intérêt. Ce qui
nous reconduisait au principe fondamental d’Autogestion.
D’autre part, des centaines de capteurs solaires recouvraient
la partie la plus exposée en soleil d’Hypérion. Les Hypériens
ne manquaient donc en rien d’électricité, dont ils usaient
abondamment dans leur quotidienneté, comme par exemple
lors leur déplacement en vélomoteur ou en vélo taxi, sans rien
débourser autre que le temps dont ils disposaient à satiété.
Les inégalités étaient donc effacées par la possession, c’est-à-
dire par la détention et l’usage contractuel des moyens de
production, pour le plus grand bonheur de tous, ce qui s’op-
posait au Capitalisme Bourgeois, qui pratiquait pour la
majorité des Terriens un Libéralisme économique fondé sur la
propriété privée des moyens de production, et la régulation de
la production par le Marché ; c’est-à-dire, le déséquilibre
précaire de l’offre et de la demande, afin d’en tirer un
meilleur profit, ce qui avait été influencé par la pensée
protestante, qui avait fait du travail une valeur suprême.
C’est ainsi que sur Hypérion, les notions de ploutocratie ou
d’oligarchie n’avaient aucun sens, et apparaissaient des plus
étrange, car nous étions vis-à-vis d’eux, bien qu’étranger, des
hôtes à respecter. Ainsi pour ceux des Hypériens qui voulaient
vivre leur Utopie en acte, n’y retenaient qu’Amour et
Humilité : sans revenu ni bien. La société Hypérienne avait
donc réalisé en acte ce qu’aucun de nos penseurs avaient
réalisé par leurs rêves, comme La République ou Les Lois de
Platon, La Cité du Soleil de Campanella ou bien encore le
Candide de Voltaire etc. à savoir une société sans classe
différenciée, où au-delà de l’égalité juridique des citoyens, la
redistribution équitable des biens conduisait au Bonheur
commun, et à l’abolition de la distinction entre les riches et
les pauvres. L’Egalité était donc de fait, et non abstraite, face
aux inégalités sociales réelles que nous connaissions sur notre
planète Terre, dont nous avions perdu la sagesse archaïque
des Amérindiens, comme des autres peuples dit « Primitifs »,
dont le modèle de société avait été éradiqué par l’Homme
« Blanc », catholique ou protestant, au nom d’un prétendu
Universalisme de ses valeurs inégalitaires. Même s’il fallait
reconnaître qu’un Egalitariste avait pourtant existé en pensée
et en acte chez les terriens du nom de Babouvisme.
Gracchus Babeuf, son fondateur, disait : « avec la somme
générale des connaissances maintenant acquises, quel serait
l’état d’1 peuple dont les institutions sociales seraient telles
qu’il régnerait la plus parfaite Egalité entre chacun de ses
membres, et que le sol qu’il habiterait, ne fût à personne. »
C’était là l’espérance des Terriens : à savoir, vivre dans 1
société d’Abondance pour 1 population régulée et non
affamée, dans l’Absence de toute marchandisation du bien
public, dans le cadre d’une vie communautaire ou dans le
respect de l’Ascétisme.

Telle était là un modèle que les Terriens auraient aimé


adopter dans le Droit, mais qu’ils savaient irréalisables dans
les faits, sauf pour une société fermée, et non ouverte aux
influences de l’Universalisation d’un Néolibéralisme
économique qu’accentuait chaque jour l’exploitation par
l’« inévitable » Mondialisation telle qu’on nous le vendait.
L
es Hypériens qui n’avaient connus ni guerres, ni conflits,
économiques, politiques ou sociales résisteraient-ils bien
longtemps à notre acculturation d’Homme « Blanc »,
égoïste et, je m’en-fou-tisme au sort d’Autrui, ce qui
s’opposait au système social des Hypériens, et à leur
générosité naturelle. Car les Hypériens étaient des pacifistes,
sans aucunes institutions militaires, puisqu’ils voyaient dans
les armes, l’ennemi de la Liberté individuelle, et avaient bien
perçu qu’une guerre Mondiale représentait le Mal Absolu.

Les Hypériens avaient inventés, bien avant les Terriens un


nouveau système de régime social qui s’était imposé sans
propagande, mais par la réussite effective de ce modèle,
qu’ils n’avaient cherchés à exporter.
La nécessaire protection des plus faibles conduisait à un
régime d’assurances sociales fondées sur le Mutualisme, car la
préoccupation essentielle des Hypériens était la Santé, qui
selon eux, représentait l’alpha et l’oméga d’une société vécue
dans l’Idéalité. C’est ainsi qu’ils préféraient ouvrir des
hôpitaux que de construire des prisons, qu’ils délaissaient aux
hôpitaux psychiatriques. Dès le plus jeune âge, les enfants
d’Hypérion étaient initiés aux premiers secours. L’Etre sur
Hypérion primait sur l’Avoir. Aussi, les plus vieux Hypériens
bénéficiaient malgré leur âge d’un visage et d’un corps
radieux, car ils pratiquaient le sport en plein air, pouvaient
recourir à la chirurgie esthétique ou à la balnéothérapie, car
l’eau sur Hypérion avait des vertus d’Immortalité. Ils
utilisaient également les cellules souches et la cryogénie. Le
mot d’ordre était le bien être jusqu’à une mort improbable.
De plus, par leur grand âge, leur sagesse accumulée
bénéficiait à toutes les communautés, puisqu’ils étaient
comme des poussières d’étoiles dont la luminosité pouvait
d’un battement d’aile Tout changer. Ils étaient considérés
comme d’inestimables conseillers.
L
es Hypériens n’avaient pas connu la libéralisation de
l’économie, tout comme sa déréglementation et sa
privatisation à l’heure de la mondialisation. Pour eux, la
défense du Bien Public était de mise. Ceux et celles qui
désiraient pratiques leur croyance en toute liberté, sans haine
ou prosélytisme étaient tolérés. Ce qui était par exemple le
cas des Hamiches. La société des Hypériens n’avait pas connu
de grands bouleversements. Si leurs comportements pouvaient
apparaître désordonnés, en cela dû à leur religion du Laxisme,
ils n’en craignaient pas leur a-normalité, qui était signe de
leur différence, qu’ils revendiquaient comme un état de fait.
En ce qui concernait les Hypériens, ils avaient rejeté toute
forme de concurrence due à une économie toujours plus
exponentielle et inégalitaire. Les Hypériens savaient se
contenter de peu. Ils n’avaient donc pas peur de subir les
Dépressions, ou les violences que nous connaissions sur notre
planète Terre. Nul esprit de colonisations, nulle volonté
d’oppression, nulle propriété ou possession, les Hypériens
étaient protégés de toutes les pathologies que connaissait
l’Homme « blanc », et étaient coutumier du Dialogue et de la
Médiation. Leur communication était un besoin pour leur con-
fédération, dernier « asile de paix », où la compréhension
résidait à la rédemption. Leur spiritualité dominait toute
forme de matérialisme et, s’ils se savaient grain de poussière,
chacun se savait aussi capable de bouleverser l’équilibre
fragile du Chaos qui régnait sur les mouvements de leur
satellite peu ordinaire. C’est ainsi qu’il était naturel pour les
Hypériens d’attendre un jour la venue des Terriens sur leur
Hémisphère, car leur proximité de Saturne avait toujours
fasciné les conquérants de l’Univers. Que dissimulait
Hypérion ? Etait-il le dernier témoin intact d’un Univers
chaotique en expansion ? Depuis quant la société des
Hypériens avait-elle connu un mode de vie aussi
révolutionnaire ? Autant de questions qui nous fascinaient,
nous les étrangers, venus de la planète Terre. Car sur
Hypérion, l’espoir, l’entraide, le don étaient vécu au
quotidien : ce qu’avait démontré leur accueil à Nous
Terriens.
Les Hypériens étaient des gens solidaires, car cette solidarité
qui fondait leur Altruisme, était considérée comme un Bien
pour leur communauté, par le partage des tâches et le
maintien du respect de la Vie. Ainsi, ils « n’utilisaient » les
bienfaits de la Nature que dans les limites de leurs besoins,
sans nul conquête ou esprit dévastateur.

Les Hypériens étaient donc indifférent au Mal, au sens du


maux (Mal)adie, qu’ils avaient su éradiqué par une meilleure
hygiène de vie : ainsi pouvions-nous manger en total
végétarien des produits de l’agriculture biologique,
respectueuse de l’environnement, faite d’une Nature,
protégée, comme de ses matières 1ère non violées et non
polluées, ce qui en faisait un jardin d’Eden où la Nature,
encore restée sauvage, avait été préservée, ce qui pouvait
choqué tout Terrien habitué à vivre dans le consumérisme,
soutenue par des multinationales agroalimentaires, qui
faisaient régner leur loi, en imposant à notre planète Terre les
pesticides et les organismes génétiquement modifiés.
S
ur Hypérion, les animaux étaient rare, car la savane
sauvage, située à l’ouest d’Hypérion, privilégiait la flore à
la faune. D’où le fait que les Hypériens avaient appris à
survivre en végétarien. Cela expliquait ceci, si l’on
questionnait les Hypériens sur leur origine, ils affirmaient
avoir connu de leurs ancêtres un récit mythique où la
disparition des dinosaures sur notre planète Terre, après un
cataclysme, avait créé Hypérion, et ce qu’ils appelaient
l’Homme de Cro-Magnon, mammifère de l’ordre des primates
doué d’intelligence, et d’un langage articulé, caractérisé par
un cerveau volumineux, des mains préhensibles, ainsi que la
station verticale. Mais pour tout cela, les Hypériens étaient
incrédules, car ils ne connaissaient en rien l’évolution de
notre planète Terre et celle des Hominidés communément
appelé Homo sapiens sapiens, qui en faisait à leur insu pour
nous des frères. Déjà dans leur art, se révélait des
représentations sexuelles à valeur symbolique. Ils vivaient de
la pêche et de la cueillette en pleine préhistoire. Par leur
langage, ils marquaient un terme à l’hominisation.

Comprendre Hypérion et ses habitants, était en fait mieux


nous comprendre nous-même. Peut-être étaient-ils de nos
ancêtres, issus d’un Chaos qui fut à l’origine de notre planète
Terre. S’ils interrogeaient nos astronautes, quant à notre
Univers, ils dés-orientaient les scientifiques, qui nous avaient
accompagnés sur le « Beagle », par leur façon de vivre et de
penser. C’était la une totale remise en cause de nos préjugés.
En quelque sorte, une Renaissance hors de toute
condamnation des profanes, comme des initiés. Mais les
Hypériens n’accordaient pas beaucoup de crédit à leur petite
comme à leur grande Histoire. C’était, en quelque sorte à
nous de l’écrire, d’en chercher les témoins, d’en affirmer les
règles. Face à ce vaste chantier, nous étions tous comme
tétaniser. Des chercheurs impuissants à décrire un Chaos dont
nous percevions que l’Absurdité. A moins que derrière ce
Mystère ne se cachait un trésor de compréhension qui
révolutionnerait la perception du l’Univers pour notre
Humanité.
Car ce Nouveau Monde était une promesse faite d’Espoir.
Pouvions-nous vivre un jour comme les Hypériens : saurions
nous suivre leur exemplarité. Eux qui vivaient si loin de nous,
de notre In-Humanité : pourrions nous en faire un jour un
échange de connaissance sur ce que nous avait apporté notre
Historicité ?
L’Homme, après tout, était-il si mauvais ? Qu’apprenait-il de
son passé ? Autant de questions que ne se posaient les
Hypériens puisqu’ils ne connaissaient pas de Temporalité. La
découverte d’Hypérion avait été pour les astrophysiciens de
reconnaissance d’un Univers issu d’un dés-ordre chaotique, où
aucune loi naturelle ne pouvait prédominer. Mais l’existence
des Hypériens, prouvait aussi que l’Anarchie de leurs
comportements individuels prévalait à la perfectibilité de
notre Nature Humaine. Un Espoir en l’Avenir que nous offrait
Hypérion allait-il nous convertir à plus de compréhension ?
S
ur le plan écologique, les Hypériens pratiquaient donc un
développement durable et, une économie sociale et
raisonnée, contre toute forme de productivisme. Ce qui
était rendu possible par leurs conceptions malthusiennes de la
Démographie. Les Hypériens vivaient dans une société
alternative, utopique, faite de convivialité, transparente, et
libérée de la domination de la rareté des biens. C’était là la
fin de l’esprit cartésien, si particulier à l’Homme « blanc »,
désirant si ardemment être le Maître et possesseur de la
Nature. A l’opposé, les Hypériens ne faisaient qu’Un avec la
Nature, dans une certaine religion panthéiste, comme l’aurait
aimé à le constater Spinoza. A leurs yeux, les problèmes de
notre planète Terre : du réchauffement climatique, de la
raréfaction des matières 1ère, des guerres pour l’eau, ne
révélaient que la misère de l’Homme soumis à la Planète
Terre. Les Hypériens avaient su faire de leur mode de vie et
de pensée, à nos yeux Terriens, la créativité d’une marginalité
devenue à leurs yeux : une Normalité. L’individualisme de nos
sociétés bourgeoises y était inconnu. Autant d’idées que nous
glanions auprès des Hypériens afin, une fois revenu sur Terre,
d’organiser un Nouvel Ordre Planétaire. Mais voilà, Hypérion
était encore resté à un stade chaotique, ce qui devait
marquer l’esprit de leurs habitants qui croyaient fortement à
la Théorie du Chaos. Les Hypériens, qui avaient appris à nous
connaître plus que nous-même à les comprendre, ne voulaient
imposer leur modèle, leur système ou leur structure à notre
planète Terre, car ils étaient : tout simplement tolèrent.
L
es Hypériens avaient été habitués à manquer du Sens de
l’orientation qu’était dû à leur défiance vis-à-vis de tout
forme d’endoctrinement idéologique. Et pourtant, ils
conservaient un mode de vie et de pensée qui n’était pas sans
rappeler quelques formes de croyances auxquelles les
Hypériens tenaient. C’était le cas entre autres du
Fédéralisme, de l’anarchisme réformiste ou du laïcisme, mais
sans convictions profondes pouvant conduire au dogmatisme.
Les Hypériens étaient pour la plupart, de ce qu’on aurait
appelé, des insoumis, mais leur non respect de l’Ordre établi
était respecté d’Autrui, comme de la justice et de ses lois
transcendantes, qui étaient toujours soumises à contestation.
« A chacun selon sa science » tel était le mot d’ordre. Seul
les Terriens pouvaient les con-damner d’hérésie, mis à part
nos scientifiques qui tentaient de décoder leur état d’esprit.
Mais comprendre une société aussi disparate que chaotique
demandait beaucoup de temps et d’effort.

Par exemple, il n’était pas préférable de demander l’heure,


ou sa route, à un Hypérien, car chacun avait sa propre
réponse, ce qui était ubuesque, et rendait nos interrogations à
un « Fou » rire, comme d’un soupir d’étonnement. Peut-être
au fond, les Hypériens venaient-ils d’un autre Age, d’un autre
Temps, que nous n’arrivions pas à saisir. Qui étaient donc les
étrangers, confrontés à une si lointaine contrée ? Nous en
oublions nous même notre Terre pour seule Altérité.
Décidemment Hypérion ne cessait pas de nous étonner. Les
Hypériens étaient leur propre créateur de Vérité. Chez eux, la
Création n’était pas celle de l’Univers, mais dans sa
quotidienneté, un appel à l’Immortalité, sans peur du Vide ou
de la mort, qui n’y était pas matérialisé par des cimetières en
papier mâchés.
Il s’agissait donc pour nos scientifiques de continuer à
s’interroger sur les Hypériens et leur étrangeté. Au fond, le
manque de Temporalité perçue par les Hypériens me
rapportait à ma propre mortalité. Que deviendrait mes écrits
et mes récits dans cinq mille ans de notre ère chrétienne :
peut-être plus rien ? Avec la mort du christianisme ! Car
j’avais vécu ma vie dans le seul espoir de survivre à la
mémoire d’Autrui, et de mes aventures avoir été le témoin de
ma lecture.
P
our les Hypériens, il n’y avait donc pas de Vérité établie.
Chacun avait la sienne qui lui était propre, même s’il
savait que ce n’était là qu’une croyance erronée, comme
l’existence d’une division entre le Corps et l’Esprit. C’est ainsi
que les Hypériens étaient occupés à philosopher, car le doute
les envahissait quant aux illusions qu’ils pouvaient rencontrer,
comme de leur civilisation qu’ils recherchaient à dater et à
situer.

Pour les Hypériens, il n’y avait pas de Vérité Absolue. Tout


était relatif, à un Temps, à un Espace donné qu’il s’agissait de
re-contextualiser. L’Univers pour eux n’était ni régulier, ni
reproductible : mais hasardeux. Le temps quant à lui était
irréversible. Tout n’était qu’éphémère, et les amitiés se
liaient et se déliaient, au gré de leur affinité. Seule comptait
la lucidité des citoyens d’Hypérion confrontés à la naïveté des
Terriens. Leur conscience d’eux-mêmes faisait d’eux des gens
éclairés, et non des imbéciles que l’on pouvait si facilement
abuser ou manipuler. Leur grande expérience venait de leurs
ancêtres qui avaient su conserver leur mémoire par une
transmission orale.
En ce qui concernait la Justice, elle était pour les Hypériens
immanente, selon leur propre conception pacifiste, inculquée
dès l’enfance. Le crime, pourtant, était inexistant, tout
comme le vol, car avec l’absence de toute propriété, il
devenait inutile, car Absurde. Ils savaient que celui qui faisait
le mal serait tôt ou tard poursuivi pour ses crimes. C’est en
cela qu’il n’existait pas de police, puisque les seuls
délinquants ne pouvaient être que nous-même : les Terriens.
La justice était enseignée à l’école par le Civisme. D’autres
part, le partage des biens de façon égalitaire rendait la
justice caduque. Ici nul théâtre de la cruauté, nul lambris et
dorure cachant sur notre Terre la misère des condamnés.
La vie et les mœurs des Hypériens étaient marquées par la
satiété. Ce qui faisait des Hypériens des Sybarites. Tout était
à leur disposition. Les marchés où ils s’approvisionnaient, les
Hypériens, sans aucun prix, permettaient, de les nourrir à
volonté. Les producteurs n’étaient pas des productivistes : le
printemps rayonnait toute l’année, les fruits et les légumes,
les agrumes, la flore et la faune régnaient en abondance. Les
Hypériens n’avaient pas connu comme sur Terre une
urbanisation iréfrénée. Les Habitations se confondaient avec
la Nature, et les maisons faites de chaux et de pierre les
isolaient du froid de l’hiver, comme des chaleurs de l’été. Le
plan d’urbanisme local décidé par les Hypériens relevait d’un
chaos dés-ordonné. Chacun apportait sa pierre à son édifice.
Les architectes n’étaient consultés que dans le cadre d’un
urbanisme raisonné, au savant mélange d’abris parasismiques
confondus dans une Nature chaotique préserver. Ici le
recyclage était de mise. S’ils avaient entendu parler des
phalanstères de Fourier, l’absence de classe ouvrière les avait
éloigné de toute sorte de Paternalisme ou de rationalité. Les
Hypériens étaient donc des gens autonomes dès leur plus
jeune âge.
L
e départ d’Hypérion était prévu pour le 7 avril 96 (de
l’ère Centaurienne). Mais la plus grande majorité de
l’équipage ne voulait pas repartir, et quitter ce jardin
d’Eden où ils croyaient vivre d’un éternel Paradis. Et puis,
comprenons les, nos scientifiques ne voulaient pas commettre
d’erreur comme ils avaient pu le faire sur Terre. Ils voulaient
vivre, simplement, avec les Hypériens, une Utopie qui sur
notre planète Terre était impossible à réaliser. Et puis que
deviendraient les Hypériens s’ils étaient colonisés par
l’Homme ? De nouveaux esclaves, des bêtes de foire ou de
zoo. Nos scientifiques ne voulaient s’y résoudre. C’est donc
cinq astronautes qui reprirent en main le « Beagle » pour
revenir sur Terre, pour faire d’une Utopie, un espoir partagé
par l’Humanité toute entière.

Les Hypériens ne pouvaient connaître les révolutions qui chez


les Terriens avaient conduites à la barbarie, et cela pour une
raison simple : ils n’étaient dominé par aucune Idéologie. La
folie, il la soignait par la psychiatrie, qui était un élément de
base de l’éducation des collégiens. Ainsi se préservaient-ils de
chaque nouvelle prophétie, tout en accueillant toute nouvelle
intelligibilité de leur Nature ou de leur société. C’est ainsi que
nos scientifiques apprirent à vivre avec les Hypériens pour
mieux les comprendre de l’intérieur, c’est-à-dire selon leur
mode de Vie, d’un point de vue Emic. Nos scientifiques
n’étaient donc plus, comme dans leur laboratoire, à analyser
de façon objective des êtres qu’ils auraient traité comme des
souris mais plutôt comme des amis. Ce qui, après quelques
mois, les fit renoncer, dans leur majorité, à un retour sur
notre planète Terre.
T
out comme la découverte en 1492 (de l’ère chrétienne),
par les Européens du Nouveau Monde Amérindien, et de
ses peuples primitifs, étrangers à leurs regards, les
Hypériens intriguaient nos scientifiques, car ils connaissaient
un mode de Vie des plus singulier. Dès lors l’Homme n’était
plus le centre du monde, et la Terre n’était qu’une planète
parmi d’Autre perdue dans la galaxie. Mais voilà, l’Homme
pouvait-il l’accepter, sans que son orgueil en soi affecté :
confronté à l’iniquité quotidienne de sa Justice et de ses
conflits sociaux, pouvait-il se satisfaire de rencontrer des
êtres où la Justice régnait en parfaite harmonie avec l’Egalité.
Question : l’Homme était-il prêt à changer ?

Car, ce n’était pas sans crainte que nous partîmes sur


Hypérion vers cette Terre inconnue, sans savoir ce que nous y
découvririons. Mais voilà, à notre retour sur notre planète
Terre, ce n’était pas sans crainte que nous redoutions que nos
récits sur « l’Univers des Hypériens » n’engendrent la peur de
nos gouverneurs, et n’altèrent leurs jugements, afin
d’accomplir une nouvelle conquête meurtrière. C’était à eux
d’expérimenter ce que nous avions nous même confrontés à
nos préjugés d’être Humain, car c’était là le seul espoir de
voir une telle contrée préservée des ravages que seul
l’Homme pouvait causer par son Avidité. C’était donc aux
« Grands Hommes » de notre Terre, d’empêcher sur Hypérion
une nouvelle Barbarie, car seul les « Grands Hommes »
peuvent, par delà les différences et les conflits des sectaires,
se comprendre loin des maux et des destructions de nouvelles
guerres.
L
’accueil, lors de notre retour sur Terre, fut triomphale.
Nous étions devenus des héros, en laquelle l’Humanité
tout entière, fondait espoir. Devant la commission de la
communauté Internationale de la planète Terre, fut analysé
notre récit, pendant qu’une armée de scientifiques
s’affairaient à comprendre ce que nous avions pu remporter
d’Hypérion, comme les fragments de son sol ou sous sol, dans
le regret que nous n’ayons pas tuer un Hypérien pour en
autopsier le corps. Fort heureusement nous avions pu rester
en contact avec les astronautes de notre équipage de
scientifiques qui n’avaient pu se résoudre à repartir.
« Pourquoi cela ? » m’interpellait le président de la
commission « tout simplement » leur répondis-je « parce
qu’ils trouvaient sur Hypérion la Paix, et l’Harmonie dans la
plus grande Ouverture d’esprit. Les scientifiques pensaient y
travailler librement sans administration ou dépendance à quel
qu’état que cela soit. »
« Insolent » me répondit le président de la commission : « tout
être Humain vaut bien un Hypérien. »

Mais les Hypériens connaissaient mieux les Terriens que les


Terriens ne se connaissaient eux-mêmes. La Connaissance
était toute la force des Hypériens, et leurs encyclopédies
étaient universelles. Loin des Hommes, ils se savaient
protégés. Ici, sur le sol d’Hypérion, nulle guerre, nulle
Barbarie, nul génocide, toutes ces horreurs qui causaient des
traumatismes, et conduisaient aux conflits des hommes depuis
l’Aube des Temps.
Et pourtant fut décidé une seconde croisade contre les
Hypériens qui, en fait n’intéressaient que les jeunes Terriens,
mais ni les militaires ou les politiciens qui ne pouvaient cacher
leur volonté guerrière, afin de s’enrichir par la spoliation des
biens de ce nouvel Univers.
Décidemment, de la Vision singulière du monde des Terriens
allait dépendre la survie des Hypériens. Peut-être seraient-ils
parqués dans des Zoos Humains ou avilies comme l’avaient été
les amérindiens. C’est que l’Homme « Blanc », auxquels
s’étaient rangés les non alignés, connaissaient déjà la réponse
pour l’avoir pratiqué sur toute la planète Terre : exploration,
exploitation, colonisation, destruction de toute civilisation,
Etc. Mais Voilà quelles étaient les réactions de l’Homme au
récit de la vie des Hypériens. La Guerre !!! Alors que nous
n’étions même pas à même de sauver notre planète Terre. Il
fallait que tout cela s’arrête. Notre Esprit guerrier et
délétère. Au fond, notre rencontre avec les Hypériens, pour
Utopique qu’elle ait été, nous avait révélée plus sur nous
même, que sur eux. Pour débuter, il aurait d’abord fallu nous
questionner sur nous même : les êtres in-humains. Mais tout
cela n’était peut-être qu’une question de croyance : les
Hypériens n’avaient peut-être au fond jamais existés, tel était
le message du Traité de l’In-crédulité de Centaures, Chiron, le
sauveur de l’Humanité…