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N° 309
N° 309

Juin Juillet Août 2012 - 59, rue de la Fontaine au Roi 75011 Paris Tél. : 01 48 06 70 31 - Fax: 01 43 38 53 66 - e-mail : contact@picoulet.org - internet : www.picoulet.org

Dessin de Noëlle Herrenschmidt
Dessin de Noëlle Herrenschmidt

AGENDA

AGENDA Le Picoulet : Fraternité de la Mission Populaire et membre de la Fédération des Centres

Le Picoulet : Fraternité de la Mission Populaire et membre de la Fédération des Centres Sociaux

Au Picoulet et alentour

N’oubliez pas le site et le blog du Picoulet :

www.picoulet.org

pas le site et le blog du Picoulet : www .picoulet.org P ermanences sociales Information/orientation et
pas le site et le blog du Picoulet : www .picoulet.org P ermanences sociales Information/orientation et

Permanences

sociales

Information/orientation et Ecrivain Public :

du lundi au jeudi : 9h-11h30 et 14h-17h30 sauf mardi matin et jeudi après-midi

Centre d'Action Sociale 11 e : lundi : 9h-12h

(sur rendez-vous)

Permanence juridique Ligue des droits

de l'homme : un mardi sur deux : 18h30-20h (sur rendez-vous)

Orientation vers l’emploi : mercredi toute la

journée

Accueil convivial-café
Accueil convivial-café

Le café est ouvert de 9h à 11h30 (sauf mardi matin) et de 13h45 à 17h30 mardi au jeudi le vendredi de 9h à 11h30 et de 13h45 à 17h , avec

Contes et cultures : lundi 14h-16h

Grain de sel : jeudi 14h-16h

Café du Monde : vendredi 14h-18h

Chorale : mardi 19h30 - 21h

Sorties culturelles : nous consulter

Activités adultes
Activités adultes

Ateliers de français tout public : lundi et mercredi 19h-21h Ateliers de français tout public : lundi, mardi, jeudi, 14h-16h

Contacter Adeline pour tout renseignement concernant la halte-garderie.

Ateliers cuisine : mardi 9h30-11h30

Informatique : Cours d’initiation, Pratique libre en journée ou en soi- rée. Consulter Pablo.

libre en journée ou en soi - rée. Consulter Pablo. Activités Cultures et R eligions Etude

Activités Cultures et Religions

Etude de textes de la Bible : 3 ème jeudi du mois, 14h -16h .

Etude biblique du Christianisme social: dernier lundi du mois à 19h Rencontre avec la pasteure : contacter Eve

du mois à 19h Rencontre avec la pasteure : cont acter Eve Activités enfants et jeunes

Activités enfants et jeunes

Accompagnement à la scolarité :

primaire : mardi jeudi 17h-18h30 collège : se renseigner auprès de Stella

Activité jeunesse : contacter Clément

Activités Cultuelles

Culte avril, mai, juin ( le 1er dimanche du mois) à 10h30

Culte avril, mai, juin ( le 1er dimanche du mois) à 10h30 L 'ECHO DU PICOULET

L'ECHO DU PICOULET Journal de quartier - - n°309

59, rue de la Fontaine-au-Roi 75011 PARIS. Tél : 01 48 06 70 31 - Fax : 01 43 38 53 66 Courriel : contact@picoulet.org -Site Internet : www.picoulet.org

Abonnement : ordinaire : 8 € - de soutien : 16 €. Chèque à établir à l’ordre de Foyer Picoulet. Directeur de publication : Claude Guerrier. Comité de rédaction : Mireille Meisser, Eve Lanchantin, Odette Lefebvre, Michele Moro, Michele De Rubia, Claudine Dannequin Souad Chaouih.

Edito

Laïcité

Vie au

Agenda

EDITO

Mission Populaire nous en rappelle des étapes : Comment dépasser pré- jugés et stéréotypes, brasser habi- tants de toutes origines et toutes reli- gions, s’enrichir des différences. Reconnaître l’Autre dans son histoire et sa culture.

Jean Baubérot , éminent spécialiste de l’histoire et de la sociologie de la laïcité, nous remet en mémoire les récentes évolutions politiques en ce domaine. Rappelons-nous que la laïci- té est l’affaire de tous, républicaine, pas « pour les immigrés ». Des récu- pérations « droitières » en faisant un thème identitaire pour un pays «menacé » dans ses fondements et ses valeurs !

La loi doit permettre la liberté de conscience, le libre exercice des cultes et ne contraindre personne au regard de ses opinions. L’Etat sécularisé, dégagé de l’influence de la religion, doit incarner une morale républicaine et protéger les droits de tous (lire avec intérêt l’article : Etre une femme dans un Etat laïc).

Pas si simple diront certains : la laï- cité « à la française » créerait plus de problèmes qu’elle n’en résout ? Le Picoulet doit rester un lieu d’ac- cueil et de débat pour tous, dans le cadre de nos valeurs. L’élaboration de notre prochain projet social en fera l’écho : nous nous y interrogerons sur toutes les mixités (sociales, d’âge, de sexe, de religions, culturelles…). Bonne lecture et à bientôt pour le retour de vos réflexions.

Pour ma part , je citerai Paul Eluard en conclusion :

Jacqueline Riquier

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Il m’est demandé de faire l’édito de ce numéro de l’Echo, moi la présidente si « laïque » du Centre social du Picoulet ! Lisant les différents articles qui le composent, ma premiè- 3 re réaction est : Attention il va falloir peser ses mots ! C’est dire si parler de l’interreligieux, de la laïcité « à la française », des risques de récupéra- tion divers, reste bien difficile à faire sereinement.

Pourtant, discuter, confronter nos points de vue, trouver des valeurs communes, au CA on ne s’en prive pas. C’est un plaisir toujours renou- velé de l’exercice d’un bénévolat en ces lieux. Mais certaines blessures restent mal cicatrisées :

-Le départ d’un administrateur (pour- tant tellement apprécié) quant il s’est agi de savoir si on pouvait accueillir un débat, où un témoin parlerait de son voyage en Palestine. -L’accueil ou non d’un candidat au bénévolat, dont les principes religieux semblaient à certains incompatibles avec une écoute neutre à l’accueil social. -Des tensions lorsqu’il fut question de la domiciliation de certaines associa- tions (en particulier La Fontaine aux Religions).

L’équilibre entre les engagements de chacun (religieux, politiques, philoso- phiques…) et la mise en commun au service du Picoulet reste un travail permanent et fragile.

Ceci reflète bien les questions qui traversent la société qui nous entoure et les tentatives de réponses appor- tées par les actions évoquées dans les différents articles. Ils vont vous per- mettre de réfléchir avec nous :

Les expériences du Vivre Ensemble sont à l’œuvre depuis longtemps autour de notre Centre. L’AMF, par- tenaire « historique » avec la

Religions et

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Picoulet

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Religions et laïcité

L’ interreligieux dans notre quartier

Ces dernières années, notre secteur du XIème arrondissement s’est trouvé à la pointe de rencontres interreligieuses :

La plus modeste, au sein même du Picoulet…

Quand, en 2000, Corinne Daniélian, la pasteure de l’époque, a initié la ren- contre hebdomadaire « Contes et Cultures », c’était avec l’intention d’y accueillir chrétiens catholiques et pro- testants, juifs et musulmans du quar- tier, le conte servant de prétexte à dis-

but de « créer et de développer des liens d’amitié et de confiance avec les différentes religions présentes dans l’est parisien et plus particulièrement autour du quartier de Belleville ». L’originalité de l’année 2012 aura été le cycle de 7 conférences : « Découvrir et interroger les religions de nos voisins» dans la grande salle du Picoulet.

Depuis 2007, «Cieux», une nouvelle associa- tion a vu le jour dans le quartier… Son but est d’œuvrer au vivre-ensemble ; elle propose aux communautés religieuses d’un même quartier de dialoguer avec les per- sonnes de bonne volonté : croyantes, non-pra- tiquantes, agnostiques ou athées. Née dans le XIème, elle a essaimé en d’autres lieux. René Coulon y est très actif.

Mêmes objectifs et même figure de bonne volonté en la personne de René Coulon.

Mireille Meisser

http://www.lafontaineauxreligions.org/

http://www.cieuxinternational.org/

cussion. La preuve en est, qu’au cours de cette année-là, les sorties du groupe ont toutes eu pour but la visite com- mentée, d’un édifice religieux (Notre- Dame, le temple réformé du Foyer de l’Ame, la Grande Mosquée du 5ème arrondissement). Corinne avait invité à participer à ces ren- contres René Coulon, de l’église St Ambroise, comme référent catholique, René qui, depuis cette époque, est très assidu à nos rencontres hebdomadaires. Depuis, si la mixité en ce qui concerne les religions d’origine des partici- pants est toujours tout à fait présente, le groupe s’est, très vite, fortement laïcisé.

Parallèlement, à St Ambroise, à la même époque… Un groupe de catholiques, intéressés par une meilleure connaissance du judaïsme et de l’is- lam organise des rencontres en invitant juifs et musulmans à venir parler de leur foi. Au fil du temps, ce groupe s’est rapproché à la fois du Picoulet, de l’association laïque « Vivre ensemble dans l’est parisien », des églises catholiques voisines. C’est ainsi qu’est créée la Fontaine aux religions dont les réunions se tiennent au Picoulet, en présence du pasteur Pierre-Olivier Dolino, au départ, de Diane Barraud ensuite et d’Eve Lanchantin actuelle- ment, sous la houlette de Patrice Obert, le président de l’association. René Coulon y a été présent, dès l’origine. Depuis 2005, chaque année, en mai ou juin, est organisé un « tour du monde » ou marche interreligieuse dans le

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en mai ou juin, est organisé un « tour du monde » ou marche interreligieuse dans

L’Echo du Picoulet - N° 309

Participation de l’Association des Marocains en France

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La présence de l’Association des Marocains en France - association laïque - dans le 11eme remonte à plus de 40 ans C’est aussi grâce à des liens d’amitié et de fraternité entre des membres de l’association des Marocains en France et des membres de la Mission populai- re évangélique depuis les années 70 que l’AMF s’est installée au foyer Picoulet Dans ces lieux chargés d’histoire, nous avons côtoyé différentes équipes et différentes géné- rations de pasteurs ; en ce qui me concerne, ça a commencé au sein du Picoulet avec Pierre Borne, Suzanne, Hervé, Pierre Vergnolle… Depuis, notre partenariat avec le Picoulet s’est inscrit dans le cadre d’actions favori- sant le « vivre ensemble », en optimisant les relations interculturelles, la connaissance et la reconnaissance de l’autre, de son histoire, de sa culture dans le 11eme. Notre volonté a toujours été de créer des espaces de rencontre et d’échange afin de déconstruire les préjugés et les stéréotypes et de dépasser les antago- nismes, les rejets et les replis sur soi. Le quartier de la Fontaine au Roi et du Bas- Belleville où règne une grande diversité cul- turelle et religieuse est parfois le théâtre de tensions intercommunautaires et interreli- gieuses d’une manière latente depuis toujours Notre travail de terrain est de favoriser le dialogue interreligieux et interculturel en pas- sant par l’organisation d’initiatives, de fêtes et de rencontres permettant de brasser les habi- tants de toutes origines et de toutes religions.

C’est d’abord avec l’association « Vivre ensemble dans l’Est parisien », le Picoulet et d’autres associations du quartier que nous avons mis en place « la soirée IFTAR » où nous avons cherché à rassembler les diffé- rentes communautés du quartier autour d’un repas partagé pendant le mois de Ramadan et d’une soirée festive dans laquelle : prêtre, imam, rabbin, laïques, croyants et non-

croyants, partageaient , discutaient et pou- vaient par delà leurs spécificités, vivre ensemble dans ce quartier en s’enrichissant de leurs différences.

Notre participation au collectif interreligieux animé par l’association la « Fontaine aux reli- gions » s’imposait car elle correspondait par- faitement à l’identité de notre association qui se pense comme un lieu d’échange et d’ouvertu- re sur la société dans toute sa diversité.

, l’AMF et le Picoulet ont parti- cipé à cette action à travers plus de 150 personnes ont effec- tué un parcours jalonné de haltes, devant le gymnase de la rue de la Fontaine au Roi (accueil par l’atelier calligraphie de

l’Association des Marocains en France), à la

mosquée Omar (qui accueillit l’ensemble des marcheurs et fit visiter la mosquée).

, un second «.Tour du Monde » a été organisé dans le même quartier, entre la place de Belleville et le cimetière du Père Lachaise. Lors de ce « Tour du Monde », effectué au nom du Respect, des représentants de différentes confessions ont pris la parole lors de haltes qui ont ponctué notre marche.

En conclusion, je dirais que de telles initiatives devraient continuer au sein de nos quartiers. Cela est d’autant plus important car l’acteur associatif est devenu incontournable dans tout processus de développement solidaire, démo- cratique et durable. Créer ces espaces de rencontre pour décons- truire les préjugés et les stéréotypes, permettra de dépasser les antagonismes, les rejets et les replis sur soi. Favoriser l’inter culturalité et le « mieux vivre ensemble» devient un enjeu essentiel dans notre société laïque.

Souad Chaouih Présidente de l’AMF

C’est sous ce titre que la Fontaine aux reli- gions a organisé, cette année, un cycle de conférences dans la grande salle du Picoulet. Une participante à ces rencontres témoigne :

aussi de se débarrasser de préjugés. Les ques- tions-réponses, en fin de séance, permettent d’éclaircir les points obscurs ou ceux qui n’au- raient pas été abordés.

Pourquoi mon intérêt pour ce cycle de confé- rences ?

Plus tard, nous y repensons, ces réflexions permettent parfois de mettre notre propre religion ou nos comportements à l’épreuve.

Nul doute que mon histoire personnelle y est pour beaucoup ; mes voyages à l’étranger m’ont permis de nombreuses rencontres ; 5 nationalités sont représentées au dernier étage de l’immeuble où j’habite à Paris. Dans la mesure du possible, je tente de me faire proche de mon entourage.

La vie spirituelle est très présente chez beau- coup. Inévitablement, on remarque les cou- tumes, les pratiques, les vêtements, les habi- tudes alimentaires (d’après mon expérience, ne pas offrir de chocolat, qui contient du lait, aux hindous !) Une question qui interpelle : je pourrais être à leur place, en provenance d’un pays loin- tain, avec un autre bagage culturel. Par ailleurs, j’ai le souci d’approfondir ma propre reli- gion, j’aime donc en savoir plus sur ce qui fait une partie de l’identité de la personne que je rencontre : la religion. quand elle en a une. Voilà le processus qui m’a permis d’apprécier les confé- rences.

Les conférences permettent de compléter ces bribes que nous savons de la religion de nos voisins (proches ou loin- tains). Deux types d’interve- nants de qualité : des histo- riens/sociologues, d’une part et des témoins, d’autre part, nous ont transmis leurs connaissances. Leur ensei- gnement permet non seule- ment d’approfondir mais

Cette année, il y avait une majorité de chré- tiens dans l’assemblée. Il serait souhaitable qu’à la prochaine rentrée, les autres religions soient davantage représentées. Le projet de participer à des fêtes des uns et des autres, sera l’occasion de mieux se comprendre et de connaître d’autres participants potentiels à ces rencontres interreligieuses.

Françoise Oger

d’autres participants potentiels à ces rencontres interreligieuses. Françoise Oger 6 L’Echo du Picoulet - N° 309

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d’autres participants potentiels à ces rencontres interreligieuses. Françoise Oger 6 L’Echo du Picoulet - N° 309

L’Echo du Picoulet - N° 309

correctifs : 19 janvier : C’est Nicole Samadi, historienne, qui introduit le débat 16 fevrier

correctifs : 19 janvier : C’est Nicole Samadi, historienne, qui introduit le débat

16 fevrier

: Exceptionnellement pas d’universitaire mais intervention de 2 représentants de la communauté sikh de Bobigny

aire mais intervention de 2 représent ants de la communauté sikh de Bobigny L’Echo du Picoulet

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Témoignage de l'organisateur des " Tours du monde " de la Fontaine aux religions

Quand il m'a été demandé un court témoigna- ge sur ma participation aux 6 Tours du monde organisés de 2005 à 2011 par La Fontaine aux Religions, j'ai volontiers accepté. Les Tours du Monde, je les connaissais bien puisque j'en étais l'organisateur, avec quelques-uns. Je pouvais en expliquer l'origine : témoigner de façon visible de la réalité du dialogue interre- ligieux dans notre quartier. Je pouvais décrire les débats qui avaient présidé au choix de ce nom : un Tour du monde, en guise de clin d'œil par rapport à ce quartier de Belleville, en choisissant, chaque année, un thème comme sous-titre. Je pouvais identifier nos différents itinéraires : en zigzag la première année, le long des boulevards de Ménilmontant et de Belleville, sous la pluie, la deuxième, mais toujours en référence aux lieux de culte devant lesquels notre cortège passerait, et, chaque année, un parcours diffé- rent mais plein de signification. Je pouvais expliquer l'amélioration de notre " logistique " ballons gonflables, musique portative, distri- bution de tracts, pancarte avec messages, sono, porte-voix, présentation d'une exposition de la BNF sur les livres sacrés, etc. Je pouvais expliquer pourquoi nous avions souhaité, à un moment, nous sédentariser autour d'un village des Religions plutôt que cheminer à travers les rues : volonté d'accor- der plus de place au dialogue, à l'information sur les religions, à la présentation de certains aspects des religions (vêtements, objets du culte…), volonté aussi d'introduire des élé- ments festifs (musiques, jeux des religions, jeux des voisins). Je pouvais raconter nos col- laborations avec nos partenaires : l'espace de prière monté sur la place JP.Timbaud avec des amis de la mosquée Omar, qui apportè- rent des tapis, et les deux livres, Bible et Coran, furent ainsi mis à disposition, ou enco- re ces sketchs sous forme de théâtre-forum qui nous permirent de faire s'exprimer des gens du quartier. Je pouvais citer tous les partenaires que, peu à peu, nous avons invités, en offrant à chacun un stand et en leur donnant la parole car je

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à chacun un stand et en leur donnant la parole car je 8 L’Echo du Picoulet

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savais que le travail en réseau était essentiel. Je pouvais aussi renvoyer au site internet que nous avions conçu et mis en ligne, de telle sorte que les curieux puissent s'informer, lire et regarder, comprendre. Oui, je pouvais tout cela. Je pouvais aussi raconter mes joies, quand tout s'était bien passé : du beau temps, des stands nourris, des rencontres sympathiques, une réelle affluence, bien que difficile à comp- ter, de vraies et belles journées animées. Mais aussi des déceptions, quand j'avais le senti- ment que nous nous étions donné beaucoup de mal sans parvenir à vraiment toucher, vrai- ment concerner les habitants du quartier, au quand notre cortège était un peu maigrelet et que je déplorais l'absence de tous ces amis juifs, musulmans, sikhs, bouddhistes, que nous aurions aimé avoir à nos côtés. Je pou- vais tout cela.

Et puis, je me suis dit " mais toi, Patrice, toi, qu'en dis-tu vraiment ? ".

- " Le sentiment d'avoir fait ce que nous

devions, d'avoir témoigné, ici, dans ce quar- tier, avec nos partenaires qui vivent ici, que le dialogue est possible à partir du moment où on accepte l'autre, où on ne cherche pas à le convaincre, où on prend le temps de la ren- contre, tranquillement, dans la confiance gagnée au fil des années.

- Le sentiment aussi de faire partie de

ces signaux faibles qu'une société émet. Petites lueurs, petites musiques, petits signes pionniers, qui passent inaperçus du grand

public et de la presse, mais qui sont si impor- tants.

- Et puis, et sans doute est-ce le princi-

pal, la joie profonde que ces partenaires :

Serge Benhaïm, Abdelkader Achour, Nizar Ellali Kudratsingh, et tant d'autres, et aussi tous ceux et celles de notre équipe, ne soient plus des inconnus mais soient vraiment deve- nus des amis. On reconnaîtra que vous êtes mes disciples à l'amour que vous avez les uns pour les autres. Et si c'était vrai ? "

Patrice Obert

Etre une femme dans une société laïque

En France, seul le mariage civil qui a lieu à la Mairie, est reconnu par la loi. L’union tradi- tionnelle ou religieuse peut, bien sûr, avoir lieu mais seulement sur présentation d’un certificat de mariage délivré par la Mairie. Nadia Amadi, qui anime une permanence d’accès au droit dans le Nord-Est parisien pré- cise en quoi ces dispositions laïques protègent

les femmes: “Dans nos permanences nous voyons arriver des femmes qui pensent être mariées, depuis parfois plusieurs années, parce qu’il y a eu une cérémonie dans la famille quand elles avaient 15-16 ans…et qu’elles n’osaient pas dire ce qu’elles voulaient vraiment”.

La loi a récemment porté l’âge légal du maria- ge à 18 ans, pour les deux sexes. “Ce qu’on

appelait, autrefois, les “fiançailles” ne vaut pas engagement définitif et n’existe pas au regard de la loi. Une jeune fille peut avoir accepté d’être “fiancée” et ne pas vouloir, plus tard, être mariée. Elle peut avoir changé d’avis sans faire, pour cela, de peine à ses parents où à son prétendant”. La

Mairie de Paris a édité un petit fasci- cule, disponible dans les Lycées et Collèges, dans les Mairies et Associations, qui précise que “Ni vos

parents, ni vos frères, ni vos oncles, ne peuvent décider à votre place”.La

Mairie précise aussi que, pour l’état civil français, une femme majeure n’a jamais besoin de l’autorisation d’un tuteur (père, oncle, grand frère…) pour se marier. Selon le droit civil, même le jour du mariage à la Mairie, la femme a encore le droit de dire non. Et, si elle estime qu’elle n’était pas totalement consentante, elle peut demander l’annulation du mariage pendant les 5 ans qui suivent. Cela concerne également, dans une certai- ne mesure, les mariages ayant eu lieu à l’étranger, en particulier quand la femme possède une double nationali- té. Selon Nadia Amadi, les lois civiles apportent des garanties à toutes les femmes, non seulement en ce qui concerne le mariage mais aussi pen-

dant toute leur vie: “Nous informons les femmes de leurs droits en ce qui concerne le divorce, la contraception, l’IVG…et aussi en matière d’héritage. Car la loi s’applique à tous et ne varie pas selon les coutumes ou tradi- tions de telle ou telle comunauté. Par exemple les femmes ont, de la même façon que les hommes, le droit de demander le divorce; elles peuvent avoir recours à la contraception sans demander l’autorisation à leurs parents, mari ou petit ami…Et, si elles divorcent, les ques- tions concernant la pension alimentaire, la garde des enfants etc…sont traitées par un juge aux affaires familiales, indépendamment de traditions culturellles ou religieuses. Pareillement, le droit à l’héritage est le même pour tous, que l’on soit homme ou femme. Dans nos permanences nous voyons beaucoup de personnes qui ignorent tout de leurs droits et qui ne commencent à se renseigner que le jour où elles sont confrontées à des situations très compliquées.”

Claudine Dannequin

elles sont confrontées à des situations très compliquées.” Claudine Dannequin L’Echo du Picoulet - N° 309

La laïcité aujourd’hui : retrouver une dynamique de séparation

La « défense de la laïcité » est un thème très présent dans le débat public depuis plusieurs années et, tout récemment, pendant la cam- pagne présidentielle. La droite « dure » et même l’extrême-droite se présentent comme les gardiens intransigeants de la laïcité « à la française ».

Elle doit être égale à l’égard de tous. La laïci- té est républicaine.

Le quinquennat de Nicolas Sarkozy a accen-

tué cela avec une référence à l’identité natio- nale et à des racines très « catholiques » ou

« judéo-chrétiennes ». Depuis le débat stig-

matisant ouvert en 2011 par la droite et inti-

tulé « L’islam et la République » on montre que, quand on dit « laïcité », on pense en fait

« islam ». C’est une « culturalisation des reli-

gions ». Dans cette mise en avant très pas- séiste des « racines », l’islam n’est évidem- ment pas inclus. L’islam aurait à s’assimiler à un passé. Passé qui est d’ailleurs reconstruit, idyllique…Tout cela a donné un boulevard à Marine Le Pen et à la droite dure. On a été un peu surpris que l’extrême-droite s’empare du thème mais c’était dans la logique de ce qui se passait depuis dix ans. La référence à la Loi de séparation de 1905 peut se trouver dévoyée et instrumentalisée.

La laïcité est déjà inscrite dans la Constitution, depuis 1946, mais elle n’est pas définie. La proposition de François Hollande représente un progrès mais il faut être consé- quent avec l’ensemble de la loi de 1905 et avec son aspect de liberté. Dans certains milieux, on espère de cette constitutionnalisation un durcissement de la laïcité, ce qui serait un peu contraire à la loi de 1905. Beaucoup de gens s’en réclament et ne l’ont jamais lue. Chez certains, la tendance est de réduire la laïcité à la visibilité de la religion dans l’espa- ce public et à une neutralité qui ne s’applique plus seulement à l’Etat mais aussi aux indivi- dus, ou en tout cas à certains d’entre eux.

, professeur émérite à l’Ecole pratique des hautes études et titulaire

de la chaire Histoire et Sociologie de la laïcité,

a livré aux lecteurs de L’Echo du Picoulet des éléments de réflexion pour mieux comprendre les enjeux du débat actuel.

L’appropriation, par la droite, du thème de la laïcité a commencé depuis déjà une dizaine d’années. Quand Jean-Pierre Raffarin était premier ministre, est apparue l’idée d’une

« nouvelle laïcité » qui serait une laïcité

« culturelle et identitaire » selon l’expression de François Baroin, proche de J.P. Raffarin.

Selon lui, la laïcité était refusée par le monde musulman et une partie des immigrés. Cette

« nouvelle laïcité culturelle et identitaire »

pouvait donc être une valeur de droite, face à la gauche qu’il voyait empêtrée dans la déco- lonisation, les droits de l’homme etc… Et aussi face à l’extrême-droite dont on n’imagi- nait pas qu’elle puisse s’emparer du thème.

Il y a eu une autre étape, en 2006, passée

assez inaperçue mais qui me semble très importante : le fait de confier au Haut Conseil à l’Intégration les avis en matière de laïcité. C’est un choix lourd qui signifie que l’on estime que la laïcité concerne d’abord les immigrés et les descendants d’immigrés. Alors que la laïcité concerne tous les citoyens.

La loi de 1905 dit que la religion n’est pas affaire d’Etat et qu’elle doit être distincte de la puissance publique. Mais elle envisage aussi la liberté de conscience et le libre exerci- ce des cultes comme une liberté publique.

personne, il faut respecter les objections de conscience, mais on ne doit pas obliger tous les citoyens à vivre selon des normes qui ne sont pas forcément les choix de vie de tout le

monde. Actuellement, le débat sur la laïcité a hypertrophié la neutralité de la loi de 1905. Il faut retrouver une dynamique de séparation.

Cela permettrait d’éviter

et l’extrême-droite instrumentalisent la loi.

que la droite dure

Propos recueillis par Claudine DANNEQUIN

Je pense qu’il faut rétablir le sens des libertés laïques et dire que, si la laïcité s’impose aux religions, ce n’est pas par la répression de la liberté de conscience ou des manifestations légitimes des religions, c’est par la conquête de nouvelles libertés laïques. On a complète- ment oublié que les lois laïques, c’est, dès les années 1880, le rétablissement du droit de divorcer établi par la Révolution française puis supprimé par la Restauration. Le divorce a été rétabli comme loi laïque et loi de liberté en dissociant la loi civile des normes religieuses. De même, il y a eu des lois permettant que les libres penseurs puissent mourir sans l’in- tervention obligatoire d’un prêtre et sans se voir imposer les derniers sacrements.

Aujourd’hui, il y a un combat à mener pour montrer que la laïcité, ce sont d’abord des libertés laïques et qu’à chaque époque, il y a des ques- tions sur lesquelles il doit y avoir une dynamique de séparation entre les normes de certaines religions, ou du moins de certains croyants, et les lois civiles. Je pense au droit à l’avortement ou à la contraception, aux demandes d’euthanasie, au droit au mariage pour deux per- sonnes du même sexe… Il faut ratta- cher cela à la laïcité pour redonner à la loi de 1905 sa véritable ampleur. Les lois civiles ne contraignent

sa véritable ampleur . Les lois civiles ne contraignent dessin Jean Pierre Molina L’Echo du Picoulet

dessin Jean Pierre Molina

Vie au Picoulet Bonne route à Béatrice, à Edouard et à leur petite famille !
Vie au Picoulet Bonne route à Béatrice, à Edouard et à leur petite famille !

Vie au Picoulet

Bonne route à Béatrice, à Edouard et à leur petite famille !

Quelques réactions de stagiaires des ASL qui ont participé à la fête de quartier du samedi 16 juin sur l’esplanade Roger Linet (devant la Maison des Métallos, rue Jean- Pierre Timbaud)…

C’était la première fois que j’assistais à la fête de quartier : ma fille Mélissa a fabriqué une marionnette un oiseau. Lydia a, elle, fait un chat.

Fang

Ma fille Lucie a fabriqué une marionnette : un beau chat. Mon fils est un peu petit ; il y avait beaucoup de livres pour les petits : Justin a lu.

Mes enfants sont allés au stand de maquillage.

Yuyé

Doné (absente mais ses enfants, eux, y étaient et ont raconté).

J’ai passé une bonne après-midi. Les enfants se sont bien amusés. Il y a eu les marion- nettes, des danses africaines…

Yamina

Avis unanime des stagiaires : c’était bien organisé par l’équipe du Picoulet ; tout le monde était content. Les organisateurs sont sans doute moins enthousiastes : le repas partagé de midi a été gâché par une pluie persistante. L’après-midi a heu- reusement profité d’une éclaircie : les stands nom- breux et variés ont été bien fréquentés.

Les comédiens du Théâtre de Belleville dans Hernani, lors de la fête des bénévoles au Picoulet, le 31 mai.

de Belleville dans Hernani, lors de la fête des bénévoles au Picoulet, le 31 mai. L’Echo

L’Echo du Picoulet - N° 309

de Belleville dans Hernani, lors de la fête des bénévoles au Picoulet, le 31 mai. L’Echo