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Ê

tre un éditeur généraliste ne veut pas dire tout publier.


tre un éditeur généraliste ne veut pas dire être présent dans
tous les genres littéraires.
Être un éditeur généraliste, pour Caraïbéditions, c’est répondre aux
souhaits des lecteurs antillo-guyanais, là où ces derniers ont de vé-
ritables attentes.

La nouvelle collection que Caraïbéditions lance aujourd’hui a pour


but de répondre à cette logique et correspond à un souhait maintes
fois formulé par de nombreux lecteurs de nos îles. Il s’agit de re-
publier des œuvres, d’auteurs caribéens célèbres, que les maisons
d’édition, chez qui ces ouvrages avaient été publiés une première
fois, ne veulent plus ressortir.

Les deux premiers ouvrages de cette nouvelle collection, KOD


YANM et LE GOUVERNEUR DES DÉS, de Raphaël Confiant cor-
respondent tout à fait à ce type d’ouvrages...
Raphaël Confiant est aujourd’hui un auteur mondialement connu
qui a été publié et qui continue d’être publié dans les plus grandes
maisons d’édition du monde ; « Kod Yanm », écrit en créole et sa
traduction en français, réalisée par Gerry L’Etang, « Le Gouvereneur
des Dès », font partie de ces œuvres que l’on ne trouve plus chez les
libraires depuis de nombreuses années et qui continuent malgré tout
à être fréquemment demandées et étudiées dans les écoles.

Nous espérons que ces deux titres célèbres et combien chers au cœur
de leur auteur, seront les premiers d’une longue série d’ouvrages,
qui permettra à chacun de découvrir ou redécouvrir les premiers
écrits d’auteurs locaux contemporains à succès...

2
C
araïbéditions est une Maison d’édition qui souhaite ouvrir un
nouvel espace d’expression créole et plus largement « Do-
mien ».
Elle a été la première maison d’édition a publier en 2008, des BD célè-
bres en créole antillais et réunionnais.
Après la publication d’Astérix, de Titeuf, de Tintin et de la série
Les Profs en créole des Antilles, d’Astérix et de Titeuf en créole de la
Réunion et de son premier roman policier en français (CHACUN SON
TOUR), dont l’histoire se passe en Martinique, Caraïbéditions prévoit
de publier de nouvelles BD en créole ainsi que le premier MANGA an-
tillais, en français, au mois d’octobre 2009 (LES ILES DU VENT).
Avant cela, Caraïbéditions prépare le lancement de sa toute nouvelle
collection ayant pour objet de republier des ouvrages, d’auteurs cari-
béens célèbres, que l’on ne trouve plus en librairie. Les deux premiers
ouvrages de cette collection sont KOD YANM (en créole) et LE GOU-
VERNEUR DES DÉS de Raphaël Confiant.
Caraïbéditions souhaite donc publier des ouvrages, en français destinés
à tout public, mêlant le texte, le dessin et la photo sous toutes ses for-
mes : BD, livres jeunesse illustrés, romans, essais... Pour cela, elle sou-
haite mettre en avant des talents issus des Départements d’Outre Mer,
débutants ou confirmés et permettre à des auteurs étrangers reconnus
de travailler sur des projets ayant pour thème les Antilles-Guyane, La
Réunion et ses habitants.
Elle souhaite également publier des œuvres françaises ou étrangères en
créole.
Le lectorat de Caraïbéditions est tant à l’intérieur des frontières des An-
tilles et de La Réunion, qu’à l’extérieur de celles-ci, cependant, à tra-
vers sa diffusion, Caraïbéditions tente, avant tout, de toucher les lecteurs
antillo-guyanais et réunionnais, de souche ou de cœur, basés dans les
départements d’Outre-Mer, en métropole ou dans le reste du monde.

3
«
Kod Yanm
2è DEKATMAN

Sé atè Karaben Wozalien té fè kay-li. Lè ou té anlè tet


mòn la, ou té ka pèsivwè bouk Fon-Gantans la anba-a
kontel an léfan ka fè an poz-tet bò zié blé lanmè-a. An
tan ladjoukann, Bétjé pa jenmen rivé tjenbé an bitasion an manniè
obidjoul nan lakanpany-tala. Neg toujou té ka mawon nan danbwa
Mòn Létwal ek délè, lè yo té ni kont-tjè-yo, jik Mòn Jakob éti bet-
long té ka fè siwawa. Sé pou sa moun té ka di neg Karaben, sé an
ras ki ni tet red.
Chak lè i té ka rivé nan kay-la, Sen-Viktò té ka mété an gwo lan-
monné adan an ti bwet ki té anlè saybot latjuizin-la, kon sa madanm-
li té toujou ni dikwa genyen konmision pou sa swen sé set yich-li a.
Epi i té ni an lot koté, anba kabann-li, an mitan dé mòso planch, oti i
té ka séré lèrestan lajan’y. Léswè, avan sonmey té baré’y, i té ka lévé
sé planch-lan pou wè es tjek malfentè pa té foukan épi rékolonmi’y.
Men, sé pa pou di i té ajounou douvan soumaké. Sé pa sa pies ! I té
plis ki sav lajan sé bagay ki sal davwè i za pasé andidan tout kalté
model lanmen.
Jou-a i té dégrennen majò Marigo a, konmva i té ka déviré bò
kay-li anlè boutjet-li, i jwenn konpè Malandi ki té sòti fè zeb ba bef-
li pabò Savann Pwa-dou. Douvanjou a té chwit kon siwo ek soley
pòkò té fè kalbas jòn li tijé pa dèyè larel sé mòn-la. Malandi rété i
di kon sa :
— Sa sa yé sa, konpè Wozalien ?
Wozalien pa réponn. I ba boutjet-li an kout gounougounoy pou
fè’y vansé pi vit. I pa menm jété zié anlè boug-la ki té ka chayé an


gwo mal patjé zeb-djinen anlè tet-li. Malandi viré di :
— Konpè, ou pa lé bonjou-mwen ?
— Kriyé mwen misié Sen-Viktò, man pa kanmaradou ! Man pa
lévé adan menm kay épi’w, nou pa manjé adan menm kwi.
— Bonjou, misié Sen-Viktò.
— Wè-è-è ! Sé djendjen ou paré pou fè épi mwen bonnè bonma-
ten-tala, Wozalien rélé, égritid anlè’y sé van ek ka fè wol tounen
asou Malandi akwèdi i té lé pwan an goumen.

4
L’auteur

N
é en 1951 au Lorrain (Martinique),
Raphaël Confiant a fait des études
de Sciences Politiques et d’Anglais
à l’Université d’Aix-en-Provence dans les
années 70. Il a publié ses premiers livres en
langue créole (« Jik dèyè do Bondyé », 1979,
« Bitako-a », 1985 etc…) avant de se lancer
dans l’écriture en français en 1988 avec « Le
Nègre et l’Amiral » (éditions Grasset). Il a
obtenu de nombreux prix littéraires tant cari-
béens (Prix Casa de las Americas, 1993) que
français (Prix Novembre, 1991) ou encore ja-
ponais (Prix Shibusawa-Claudel, 1994) et est
titulaire de deux « doctorats honoris causa »,
l’un de l’Université Autonome de Saint-Do-
mingue, l’autre de l’Université de Middlebury
(Vermont, USA). Il est, avec P. Chamoiseau,
J. Bernabé et E. Pépin, l’un des chefs de file
du Mouvement littéraire de la Créolité. Après
un doctorat en langues et cultures régionales,
R. Confiant est devenu maître de conférences
à l’Université des Antilles et de la Guyane où
il enseigne la littérature créole et la traducto-
logie.

5
« - Raphaël Confiant, vous êtes publié par les plus grandes maisons d’édition parisiennes.
Pourquoi avoir choisi un éditeur local pour ressortir deux de vos ouvrages ?

RÉPONSE : J’ai commencé par publier localement. Mes 5 premiers livres, tous en créole,
ont été édités à la Martinique, cela entre 1979 et 1987. Ce n’est qu’en 1988, lorsque
je suis passé au français, que j’ai publié «Le Nègre et l’Amiral» chez Grasset, à Paris.
Donc, je ne fais pas de différence fondamentale entre éditeur local et éditeur parisien. J’ai
beaucoup publié chez Ibis Rouge qui est installé en Guyane. Je vous signale enfin mes
deux livres parus au Québec, cela aux éditions Mémoire d’Encrier, ainsi que «Black is
Black» chez un éditeur monégasque, Alphée.

- Pourquoi d’ailleurs changez vous aussi souvent de maison d’édition et n’êtes vous
pas «fidèle» à l’une ou l’autre ?

RÉPONSE : C’est vrai que je suis un cas un peu à part puisque j’ai été publié par trois
éditeurs locaux, onze éditeurs parisiens (Grasset, Gallimard, Stock, Ecriture, Mille et
Une Nuit, Ramsay, Mercure de France etc...), un éditeur monégasque et un éditeur
québécois. Ce nomadisme éditorial est une sorte de protection pour moi. Il signifie
que je n’appartiens à personne, même si je reste fidèle quand même à deux d’entre eux
à savoir Mercure de France et Ecriture. Demain, si un éditeur marocain ou sénégalais
me sollicite, pourquoi pas ? C’est la mondialisation, comme on dit...

- Parmi vos oeuvres en créole que l’on continue à lire et étudier, mais que l’on ne
trouve plus dans le commerce depuis des années, pourquoi avoir choisi Kod Yanm
plutôt que Bitako-a ou Marisosé par exemple pour une re-publication ?

RÉPONSE : Pour trois raisons. D’abord une raison égoïste, c’est celui de mes 5 livres
en créole pour lequel j’ai le plus d’affection.
Ensuite, pour répondre au public qui ne cesse de me demander quand il sera réédité. Et
enfin parce que tout de même, sa traduction en français par Gerry L’Etang, sous le titre
«Le Gouverneur des dés», est parue aux éditions Stock dans la prestigieuse collection
«Nouvelle Bibliothèque Cosmopolite» dans laquelle 29 Prix Nobel sont publiés. Je me
souviendrai du choc et du bonheur que j’ai eu lorsque j’ai vu l’ouvrage sur l’étalage d’une grande librai-
rie du Quartier Latin avec en couverture la mention «Traduit du créole», cela à côté d’autres ouvrages
portant la mention «Traduit du russe», «Traduit du chinois» ou «Traduit de l’anglais». J’en ai ressenti
une immense fierté pour le créole qui d’un seul coup se voyait hissé au même niveau que les langues les
plus prestigieuses du monde.

- Sortent donc simultanément, chez Caraïbéditions, Kod Yanm et sa version française, traduite par
Gerry L’étang. Avez vous apporté des modifications à ces deux oeuvres originales ?

RÉPONSE : Très peu de modifications. «Kod Yanm» est, en effet, le plus réussi de mes livres en créole.
Quant à la traduction de Gerry L’Etang, elle est presque parfaite. En effet, en matière de traduction, étant
donné la différence entre les langues, il est impossible d’atteindre la perfection totale. C’est pourquoi
je recommande aux lecteur qui ne sont pas encore familiarisés avec la lecture du créole de lire les deux
ouvrages en même temps : main droite le livre en créole, main gauche le livre en français. Ils découvri-
ront qu’il s’agit d’une expérience passionnante.

- On vous dit un écrivain «français en surface et créole en dedans», est-ce la raison pour laquelle vous
écrivez parfois d’abord en créole et traduisez ensuite en français ?

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RÉPONSE : J’ai une égale maîtrise du créole et du français, simplement j’ai plus d’affection pour le
créole parce que d’une part, c’est la langue de mes ancêtres et d’autre part, parce qu’il s’agit d’une lan-
gue jeune, fragile, qu’il faut absolument protéger et promotionner. Le français que j’écris est habité par
l’imaginaire créole pour la bonne raison que les Antillais se sont appropriés cette langue et la parlent à
leur manière, exactement comme les Québécois ou les Africains.

- Vous n’avez donc apporté aucune modification à l’oeuvre originale. Si vous deviez cependant
aujourd’hui écrire l’histoire de Rosalien Saint-Victor (Wozalien Sen-Vikto), le feriez de la même façon,
exception faite de votre style peut être, qu’il y a 25 ans avec le recul et la perception que vous avez de la
société antillaise ? Qui serait et que ferait le Rosalien Saint-Victor de 2009 ?

RÉPONSE : Il est clair qu’un Rosalien de 2009 ne peut être un Rosalien de 1950. Toutes les sociétés
changent et les mentalités avec. Le fier-à-bras de quartier des années 50, le «majò» comme on dit en
créole, n’existe plus. Par quoi a-t-il été remplacé ? Je vous avoue très franchement que je l’ignore car
littérairement parlant, je ne m’intéresse pas à la Martinique d’après 1960. Tous mes livres, qu’ils soient
en créole ou en français, se déroulent avant cette époque. Bien sûr, comme citoyen, comme militant
écologiste ou politique, la Martinique d’aujourd’hui m’intéresse, mais pas comme écrivain. Je laisse
l’aujourd’hui à de jeunes talents comme Alfred Alexandre ou Jean-Marc Rosier.

- Que pensez vous des auteurs qui au moment de re-publier une oeuvre reprennent le texte, l’actualise
et vont même parfois jusqu’à le moderniser dans le style et dans le contexte ?

RÉPONSE : Chaque auteur est libre d’agir sur un texte qu’il a écrit. S’il estime qu’il faut le revoir de
fond en comble, il en a parfaitement le droit et je respecte ce droit, mais ce n’est pas ma conception
de la littérature. Pour moi, un texte est toujours daté, il correspond toujours à une époque donnée et il
témoigne d’ailleurs de ladite époque. Le remanier dix ans ou vingt ans plus tard revient à écrire un tout
autre texte et donc à annuler le premier.

- Avez vous prévu de re-publier d’autres romans que l’on ne trouve plus chez les libraires ?

RÉPONSE : Si CARIBEDITIONS veut continuer l’aventure que nous commençons avec «Kod Yanm»
et «Le Gouverneur des dés», je suis bien évidemment partant, d’autant qu’il y a une demande pour
certains titres épuisés depuis parfois deux décennies. Je verrais bien une republication de mon roman
«Marisosé» et de sa traduction en français, réalisée par moi, «Mamzelle Libellule». C’est curieux, mais
cette traduction est celui de mes livres qui a connu le plus de traductions en langues étrangères : anglais,
japonais, allemand, italien etc...J’avoue ne toujours pas comprendre pourquoi. Mais là encore, c’est un
grand honneur fait au créole puisque «Mamzelle Libellule» est traduit du créole.

- Vous êtes publié chez un éditeur qui publie également des BD en créole (Astérix, Titeuf, Tintin...), que
pensez vous de la place du créole dans ce genre littéraire ?

»
RÉPONSE : Le créole demeurant encore une langue orale, il est clair que la BD, qui utilise la forme dia-
loguée, est un outil rêvé pour diffuser l’écrit en créole. Face à la phrase en créole «nue» du texte roma-
nesque, la phrase en créole «habillée» d’une bulle et d’un dessin de la BD est beaucoup plus attractive.
Je connais des gens qui ne liraient pas trois pages de créole d’affilée et qui ont lu Astérix en créole d’une
traite ! En fait, la BD en créole prépare des lecteurs pour les romans en créole. Quelqu’un qui a lu 3 BD
en créole est mûr pour lire «Kod Yanm».

- Hector Poullet vient de signer le scénario du premier manga antillais qui sortira chez Caraïbéditions
(en français) en novembre 2009, Patrick Chamoiseau a déjà scénarisé plusieurs BD et travaillerait
actuellement au scénario d’une BD dont l’histoire se passe aux Antilles. Ecrire pour la BD, ça vous
dirait ?

RÉPONSE : Non, je ne crois pas avoir le talent pour cela. Poullet et Chamoiseau
sont de vrais artistes, dotés de multiples talents alors que moi, je suis un demi-ethnologue
demi-historien égaré en littérature. Ha-ha-ha !...

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«
Le Gouverneur
des Dés
Nul n’avait découvert que Rosalien avait pour
métier de jouer aux dés à travers tout le pays et de
présenter des coqs dès l’ouverture de la saison. Tous
pensaient qu’il ne roulait ses grains d’os que lors de
la fête de Fond Grand-Anse. Ils ignoraient qu’il était
chaque semaine dans une commune différente, occupé à plumer des
partenaires du hasard. Il employait même trois gars à tenir des tables
de jeux : deux à Fort-de-France, au Bord de Canal, et un au Gros-
Morne. En fait, seuls les joueurs professionnels se connaissaient.
Ils se retrouvaient chaque semaine autour de leurs tables à inciter
des nègres qui n’avaient jamais touché aux dés à tenter leur chance.
Quitte à les faire boire pour les encourager. Parfois, quelques larrons
venaient perdre l’argent ou l’or qu’ils venaient de voler. Il y avait,
de toutes manières, plus d’un couillon à dépouiller. C’est pourquoi,
quand deux majors s’affrontaient autour d’un tray, ce n’était jamais
affaire d’argent, mais toujours affaire d’honneur ou d’arrogance

La femme de Rosalien aurait bien voulu connaître le secret de


son mari, mais elle n’osait le questionner. Quand il lui remettait un
paquet de billets de mille francs, elle se précipitait dans sa cham-
bre, approchait la liasse d’une statuette de la Vierge allumée toute


la sainte journée et récitait une incantation. Elle pensait ainsi pur-
ger les billets de leur mauvaiseté. Car croyait-elle, Rosalien était
un séancier(7). Et quoique personne de Fond Grand-Anse ne se soit
jamais présenté chez elle pour réclamer à son mari une séance de
sorcellerie, elle se doutait qu’il s’y adonnait au François, au Saint-
Esprit ou au Lamentin ; là où personne ne le connaissait. Aussi,
quand elle faisait tenir quelque offrande à ses «amies», Matilda ou
Passionise, ce n’était pas tant par amicalité que par précaution. Elle
espérait ainsi éviter que ces bougresses ne poussent Rosalien à com-
mettre un maléfice à son endroit, qui lui ferait perdre la santé ou la
rendrait folle.

8
Le traducteur

N
é le 19 octobre 1961 à Fort-de-France
dans une famille d’origine saintoise,
Gerry L’Etang est diplômé en lettres,
linguistique et anthropologie. Il est actuelle-
ment maître de conférences en anthropologie
à l’Université des Antilles et de la Guyane
(Martinique) et chercheur au GEREC-F (de-
venu CRILLASH). Il est l’auteur de nombreux
articles et de plusieurs ouvrages et directions
d’ouvrages. Ses travaux portent sur les traces
laissées par l’Inde dans la Caraïbe, l’hindouis-
me et l’Islam en Inde du sud, la créolisation
culturelle, l’esthétique. Il est aussi l’auteur de
la traduction française d’un roman en créole
de Raphaël Confiant : Le Gouverneur des dés.
Son dernier livre, La peinture en Martinique, a
obtenu le Grand prix du livre insulaire.

9
« - Qui a eu l’idée de traduire en français Kod Yanm ?
RÉPONSE : C’est, je crois, les Editions Stock, qui ont proposé à Ralph Confiant cette
traduction, lequel a pensé à moi car j’avais, en 1986, soutenu à l’Université Paris III un
mémoire de maîtrise de lettres sur l’œuvre créole de Ralph, où j’avais étudié cet ouvrage
en détail.
- Pour quelles raisons est-ce que cet ouvrage vous a particulièrement touché ?
RÉPONSE : Il y a dans ce texte la mise en scène d’une Martinique disparue, avec des
types sociaux profilés avec un certain bonheur. Raphaël, en quelque sorte, restitue ici
un peu de l’âme de ce pays. D’une façon générale, j’aime beaucoup la littérature de
Confiant. Mais il y a dans ses textes créoles quelque chose de plus : une émotion parti-
culière, de la nostalgie, et un travail fondateur sur une langue en cours de construction
littéraire.
- Qu’est ce qui vous a particulièrement touché dans l’écriture créole de R. Confiant ?
RÉPONSE : Le thème du major est remarquablement traité, et aussi la psychologie des
joueurs créoles, ainsi que les stratégies de domination mises en œuvre à travers les jeux
d’argent traditionnels de Martinique.
- Pourquoi avoir choisi de traduire en français Kod Yanm plutôt que Bitako-a ou Marisosé par exemple ?
RÉPONSE : Quand Ralph m’a proposé de traduire Kod Yanm, j’ai été ravi de le faire. J’aurais aussi
beaucoup aimé traduire Bitako-a, qui est un ouvrage très fort, mais il a déjà été traduit, avec talent, par
Jean-Pierre Arsaye.
- R. Confiant vous a t-il laissé totale liberté de traduction ou est il intervenu à divers stades de votre
travail ?
RÉPONSE : Ralph m’a laissé la plus grande liberté, mais avant publication, je lui ai soumis ma traduc-
tion pour imprimatur. Il y a deux types de traductions : la cibliste, qui privilégie le texte d’arrivée, et la
sourcière, qui colle au texte de départ. Ma traduction est de type cibliste. Mais elle reste, bien entendu,
fidèle au texte initial.
- Si vous deviez traduire aujourd’hui un des ouvrages de R.Confiant en créole, lequel choisiriez vous et
pourquoi ?
RÉPONSE : A ma connaissance, tous les textes littéraires créoles de Ralph ont été traduits, par d’autres
et par lui-même. Mais s’il écrivait un nouveau roman en créole, j’aurais plaisir, s’il me le demande, à en
réaliser la traduction.
- Vous êtes publié chez un éditeur qui publie également des BD en créole (Astérix, Titeuf, Tintin...), que
pensez-vous de la place du créole dans ce genre littéraire ?
RÉPONSE : Ce travail d’édition est remarquable et nécessaire. La bande dessinée est, à mon sens, l’ac-
croche idéale pour amener les créoles à lire le créole. Il faudrait multiplier ce genre d’initiative, d’autant
que l’expérience a montré qu’il y a un lectorat significatif pour ce type d’ouvrage.
- Seriez-vous intéressé par ce genre d’exercice ?
RÉPONSE : Oui, bien sûr.

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Date de lancement
Le 31 août 2009

Contact presse
Pour tout renseignement complémentaire,
visuel ou toute demande d’interview, merci de contacter
Florent Charbonnier dont les coordonnées suivent :

Mobile : 0690 12 12 12
email : fc@caraibeditions.fr
site : www.caraibeditions.fr

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