Vous êtes sur la page 1sur 3

La reine Fabiola et l'argent des autres

25/01/13 16:37

La reine Fabiola et l'argent des autres

LE MONDE | 24.01.2013 à 15h24 • Mis à jour le 24.01.2013 à 15h24

Par Jean-Pierre Stroobants (Lettre du Benelux)

à 15h24 Par Jean-Pierre Stroobants (Lettre du Benelux) De gauche à droite : la princesse Mathilde,

De gauche à droite : la princesse Mathilde, le prince Philippe, la reine Paola, la reine Fabiola, la princesse Claire et le prince Laurent, le 19 décembre 2012. | REUTERS/ERIC VIDAL

Elle interpelle cette volonté de la monarchie belge de scier consciencieusement

la branche sur laquelle elle est assise alors que ses sujets croient qu'elle sera la dernière garante de la fragile unité du pays.

Pour une majorité de francophones, mais pour beaucoup de néerlandophones aussi - y compris ceux qui portent leurs suffrages sur le républicain indépendantiste Bart De Wever - la royauté doit subsister et ramener le monde

politique à la raison. Par exemple au printemps 2014, lorsque des élections

auraient confirmé le succès de l'Alliance néoflamande (NVA) de M. De Wever et qu'il quitterait sa mairie d'Anvers pour Bruxelles afin d'imposer à la minorité du

sud son programme "confédéral". Un cache-sexe, un habillage pour le mot plus sulfureux de séparation : on connaît, dans le monde, la confédération d'Etats mais pas l'Etat confédéral. Et la confédération "naît de la collaboration de deux ou plusieurs Etats souverains et indépendants", rappelle le constitutionnaliste Francis Delpérée. En clair, pour bâtir une confédération, il faut d'abord se dissocier , puis négocier des coopérations.

Le Monde.fr a le plaisir de vous offrir la lecture de cet article habituellement réservé aux

La reine Fabiola et l'argent des autres

abonnés du Monde.fr. Profitez de tous les articles réservés du Monde.fr en vous

25/01/13 16:37

Face à cela, une majorité de Belges se convainc qu'avec un peu de réalisme et une volonté de "s'arranger" - le mot-clé de la vie publique ici - le pays se tirera, une fois encore, d'affaire. Et puis il y a, bien sûr, la monarchie qui, croit l'opinion, fera rempart de son corps pour éviter le grand dérapage final.

Autant dire que de récentes révélations concernant la reine Fabiola ont plongé

dans le doute ceux qui croient encore aux paroles de l'hymne national ("Noble

liberté"). Quant aux autres, ils se demandent sur quelle planète vit cette famille

de Laeken. Pas sur celle de la crise, en tout cas.

)

ton invincible unité aura pour devise immortelle le roi, la loi, la

Dona Fabiola, Fernanda, Maria de Las Victorias, Antonia, Adelaïda de Mora y

Aragon, 84 ans, très pieuse épouse de feu le roi Baudouin, est réputée pour ses convictions ultracatholiques et entretient la mémoire du souverain, mort en 1993. Depuis, elle bénéficie d'une confortable rente annuelle de 1,44 million d'euros, ce qui lui a permis de tisser au total un bas de laine de 27 millions et de

bénéficier, en outre, d'un palais. La plupart des Belges acceptaient cette situation au titre de l'estime qu'ils vouent encore à un roi qui incarnait l'unité.

Autant dire que la volonté de Dona Fabiola de créer une fondation privée pour

mettre son argent à l'abri des impôts et des droits de succession - eh oui, les

Belges aussi

discrètement publiés le 1

- a provoqué un beau tollé. Les statuts de Fons Pereos ont été

er

octobre 2012. La fondation vise officiellement à aider

les neveux et nièces, "directs et biologiques" de la reine. Et leurs enfants, à

condition qu'ils soient "issus d'un premier mariage religieux catholique"

La reine dément avoir voulu protéger l'argent public qui lui a été octroyé. Elle

affirme que les sommes versées à Fons Pereos proviennent de sa fortune familiale. Et que, de toute manière, sa dotation de 1,44 million ne sert qu'à payer son personnel, son secrétariat et ses factures

"La maison royale fait tout pour échapper aux impôts", a lancé l'Alliance néo- flamande de M. De Wever. Avec son flair habituel, celui-ci a dénoncé la dérive "populiste" du palais de Laeken, qui lui avait fait la leçon à la Noël en mettant la population en garde contre des mouvements qui avaient mené "au pire" dans

les années 1930

réclamer une réduction des pouvoirs du roi Albert II. Lors de la longue crise politique qui suivit les élections de 2010, le chef de l'Etat avait orienté les consultations pour limiter au maximum, et finalement réduire à néant, l'influence

Les indépendantistes flamands en ont aussi profité pour

La reine Fabiola et l'argent des autres

de la NVA.

25/01/13 16:37

"L'attitude de la reine Fabiola ne peut que contribuer à disqualifier le modèle

monarchique à un moment où, à tort peut-être, certains la présentent comme un rare facteur d'unité", notait Marc Uyttendaele, un constitutionnaliste francophone. L'affaire est, en tout cas, tombée au plus mal pour le premier ministre, le socialiste wallon Elio Di Rupo, qui a déjà lancé la campagne de 2014 en se présentant comme le rempart contre le séparatisme. La monarchie pouvait, à cet égard, lui manifester un soutien d'autant moins discret qu'il est le

gage de sa propre survie. Le chef du gouvernement doit désormais s'appliquer à

maintenir son alliance objective avec le roi tout en donnant des gages à une

opinion flamande - mais aussi francophone - en colère. Il a promis d'accélérer la réforme de la dotation octroyée aux membres de la famille royale et compte

diminuer au plus vite les sommes versées à Fabiola, réduites de 500 000 euros.

Une manière de limiter les dégâts et de passer à autre chose. Si le prince

Laurent, fils cadet d'Albert II et véritable trublion, n'était venu animer la scène :

un quotidien a révélé qu'il aurait eu des contacts avec des diplomates africains

à propos de projets environnementaux. Or, depuis ses relations avec le colonel

Kadhafi, le régime congolais ou des responsables angolais, en contradiction avec la ligne diplomatique officielle, le prince était invité à la discrétion. Laurent

a été rapidement blanchi et gardera les 307 000 euros annuels que lui verse l'Etat pour lui éviter de travailler et de faire des bêtises

"L'argent est décidément le fil rouge dans l'histoire de la dynastie belge", conclut le professeur d'économie, Thierry Debels , l'auteur de L'Argent de nos rois (éd.

Jourdan).

stroobants@lemonde.fr

Idées