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Le travail facteur d’intégration

LE TRAVAIL ASSURE L’INTEGRATION DES INDIVIDUS A LA


SOCIETE .

A - LE TRAVAIL EST LA SOURCE ESSENTIELLE DU LIEN


SOCIAL

1 - LE LIEN SOCIAL DANS LES SOCIETES


TRADITIONNELLES .

Dans les sociétés traditionnelles, le lien social repose sur la contrainte. En


effet, comme l’indique Durkheim dans les sociétés caractérisées par la
solidarité mécanique, les individus sont semblables, dès lors rien n’assure
leur interdépendance. Ceci risque de mettre en danger la viabilité de la
société qui, pour se protéger et obliger les individus à être solidaires, va
développer un droit répressif.

2 - LE LIEN SOCIAL DANS LES SOCIETES MODERNES

En revanche , d’après Durkheim, dans les société modernes se développe


une autre forme de lien social : la solidarité organique . En effet , les
sociétés modernes sont caractérisées par un individualisme très fort ; ce
qui va être à la source du lien est alors la division du travail : les individus
sont différents et donc complémentaires . Mais l’origine de la division du
travail ne tient pas , d’après Durkheim , à des éléments de nature
économique , ce qui le différencie de Smith .

Selon les auteurs libéraux , en particulier Smith, le lien dans les sociétés
modernes rompt avec celui des sociétés traditionnelles sur de nombreux
points. On peut même dire qu’il en prend le contre-pied :

- Le lien social est basé sur un contrat signé librement par des individus
responsables et autonomes qui sont des homo economicus égoïstes et
rationnels (« donnez moi ce dont j’ai besoin et vous aurez ce dont vous
avez besoin vous même ». Le lien social n’est donc plus imposé par la
société à des individus qui sont obligés de se conformer à ses diktats, ce
sont au contraire les individus par le contrat qui créent la société :
conception individualiste de la société qui s’oppose à la conception holiste
qui dominait jusqu’alors . .

- Le lien social ne repose plus sur un lien communautaire de nature


religieuse, mais est basé sur l’économie : comme l’écrit P Rosanvallon : «
Smith pense l’économie comme fondement de la société et le marché
comme opérateur de l’ordre social », ce qui signifie (D Meda) que le lien
social est « l’échange marchand et matériel ».

- Dés lors et c’est une nouvelle rupture par rapport au lien


traditionnel : le lien social «consiste essentiellement en une coexistence
pacifique imposée ». Qu’est ce à dire ? Smith nous apporte la réponse : «
sans l’aide et le concours de milliers de personnes, le plus petit particulier,
dans un pays civilisé, ne pourrait être vêtu et meublé ». La division du
travail « n’est donc pas simplement une économie de temps et de travail.
Elle construit la société jusqu’à sa finalité ultime: celle de l’autonomie
réalisée dans la dépendance généralisée » (Rosanvallon ). « Le travail est
(donc) le lien social, car il met les individus obligatoirement en rapport; les
oblige à coopérer et les enserre dans un filet de dépendance mutuelle (...).
Ce lien social n’est ni voulu, ni aimé, il est sans parole et sans débat, les
actes sociaux s’y font automatiquement » (D Méda).

- Ce lien obligatoire mais non contraignant reposant sur


l’interdépendance des individus ne nécessite plus l’intervention d’un agent
de régulation assurant sa perpétuation, en effet le lien marchand
s’autorégule par le phénomène de la main invisible, « l’Etat n’a donc pour
seule fonction que de permettre une fluidité toujours plus grande des
échanges économiques afin de prescrire les tensions sociales ». Son rôle
est donc très limité.

On vient donc de voir que le lien social basé sur le travail et l’échange
marchand est le lien fondateur de la société moderne. Aujourd’hui, dans
nos sociétés de marché nous nous définissons avant tout par le travail que
nous exerçons.

3 - DANS LA SOCIETE DE MARCHE L’INDIVIDU EST


AVANT TOUT UN TRAVAILLEUR.

Comme l’indique D Méda on est passé « au long du 19 ème siècle d’une


intégration communautaire fondée sur la proximité (familiale, domestique
au sens large, géographique) à de nouveaux regroupements organisés
autour de lieux artificiels ( la fabrique, le magasin , le bureau, l’entreprise,
bref le lieu de travail, totalement distinct des autres lieux) et comment de
ce fait une partie des fonctions d’apprentissage, de socialisation et de
constitution des identités ont été peu à peu pris en charge par la sphère
du travail. »

D Méda poursuit : « le travail s’est constitué, au 19 ème siècle, en champ


d’intégration à un triple niveau, ou en faisant participer les individus à
trois types de système de coappartenance : l’entreprise, le syndicat, le
salariat ».

- l’entreprise : avec le 19 ème siècle apparaît un nouveau mode


d’organisation du travail et de la main d’oeuvre qui n’a plus de lien direct
avec la communauté familiale. L’individu par son appartenance à
l’entreprise va donc dès lors devenir le membre d’un nouveau collectif,
établir de nouvelles relations sociales qui débordent celles qu’ils auraient
eu dans le cadre familial, recevoir une identité, un statut en fonction de la
place qu’il occupe dans l’entreprise, et donc s’adapter à un rôle, accepter
les normes et les valeurs qui s’y réfèrent.

- Mais l’entreprise n’est pas seulement un lieu de convivialité, c’est


aussi un lieu de pouvoir, inégalement distribué, ce qui génère
obligatoirement des conflits. Dès lors, les collectifs de travail, en
particulier les ouvriers, vont peu à peu prendre conscience de ce qui les
rassemble, et de ce qui les oppose au chef d’entreprise puis plus
largement au patronat. On va alors assister au développement du
syndicalisme .Celui ci, en France en particulier, va développer chez ses
adhérents un fort sentiment d’appartenance, une identité de syndiqués
qui tout en s’opposant à ceux développés dans l’entreprise en sont
complémentaires. On comprend mieux alors ce que voulait dire Méda
quand elle écrivait : « ce qui est tout à fait curieux et paradoxal, c’est que
le système idéal imaginé par Marx n’est pas très éloigné de ces
conceptions ». Marxistes et libéraux, chefs d’entreprises et syndiqués,
dans leurs oppositions, partagent un certain nombre de valeurs
communes, en particulier ils accordent au travail une place centrale dans
les rapports sociaux.

- Les rapports sociaux vont évoluer tout au long du 19ème siècle. Aux
rapports ponctuels, limités au contrat, vont peu à peu se substituer de
nouveaux rapports, qui vont donner naissance au 20 ème siècle à une
troisième dimension génératrice d’identification : la participation au
salariat qui est de plus en plus recherchée par les individus à mesure que
le temps passe. La part des salariés dans la population active passe ainsi
de 66 % en 1955 à 85 % en 1994. Comment expliquer cette évolution ? Le
document 1 nous fournit une partie de la réponse : « Si les enfants de
paysans ont déserté les campagnes et si les femmes revendiquent le droit
de travailler , c’est que le travail salarié, si contraignant et déplaisant qu’il
puisse être par ailleurs, libère de l’enfermement dans une communauté
restreinte dans laquelle les rapports individuels sont des rapports privés,
fortement personnalisés, régis par un rapport de force mouvant, des
chantages affectifs, des obligations impossibles à formaliser. Les
prestations que les membres de la communauté échangent n’ont pas de
valeur sociale publiquement reconnue et ne leur confèrent pas de statut
social ». C’est en particulier vrai pour les femmes au foyer qui, bien
qu’elles fournissent un travail domestique, sont considérées comme
inactives , n’ont dès lors pas de statut social , si ce n’est celui qu’elles
reçoivent de leur mari . Le salariat sera donc pour (ces catégories) une
émancipation : la prestation de travail y a un prix et un statut public, le
rapport avec l’employeur est régi par des règles de droit universelles,
destinées à mettre à l’abri le salarié de l’arbitraire et des demandes
personnelles du patron. Le travail fourni a donc un statut de travail en
général qualifiant son prestataire comme individu social en général
capable de remplir une fonction sociale déterminée, de s’y rendre
généralement utile au système social. ». En effet comme l’indique D Méda:
« le 20 ème siècle a bien été le siècle de l’emploi: dès que l’individu en a
un, une place lui est assignée tant dans l’entreprise que dans un ample
système de droits, de garanties collectives, de protections de statuts, mais
également dans la fonction générale qui incombe à la nation : la
production de biens et services. (...) L a production a pris dans la vie
sociale une place prépondérante, apparaissant quasiment comme l’acte
majeur par lequel la société se survit à elle même. Plein-emploi et
prédominance de l’acte de production consommation convergent pour
faire de l’intégration par le travail le modèle de l’intégration sociale. » .
Ainsi durant la période des trente glorieuses le travail a donné un statut à
l’individu : celui de salarié, mais aussi celui de consommateur. Il lui a
fourni les valeurs et les rôles qui s’y rattachent : le salarié doit consommer
et rentrer ainsi dans le modèle de l’américan way of life qui permet aux
entreprises d’écouler la production croissante résultant des gains de
productivité qui améliorent le bien être des salariés(on pourrait
développer ici le schéma du cercle vertueux des 30 glorieuses). La boucle
est bouclée. Ne peut on en conclure alors avec R Sainsaulieu que
l’entreprise est une petite société politique ?Comme l’écrit D Méda , dans
son livre , le travail une valeur en voie de disparition : « peu à peu l’idée
s’est fait jour d’une entreprise qui assurerait , en plus de la fonction de
production, d’autres fonctions de nature sociale, permettant l’expression ,
la cohésion, la sociabilité des salariés: l’entreprise , société en miniature ,
serait devenue un haut lieu de la vie sociale. » Mais alors si l’entrée dans
l’entreprise est considérée comme étant l’initiation à la vie sociale: en être
tenue écarté équivaut à l’exclusion sociale.