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Université de SKIKDA (I.G.

Mécanique)
Master I Génie des Matériaux Propriétés des Céramiques Techniques (Chap.II)

Chapitre II
Propriétés des Céramiques Techniques

Introduction
Les matériaux céramiques présentent une caractéristique essentielle par rapport à
d’autres matériaux : les atomes ou constituants de leur réseaux cristallin sont en
général très solidement liés entre eux par des liaisons fortes.

I. Propriétés des céramiques structurales


I.1. Propriétés mécaniques
Les objets en céramique sont habituellement assez peu denses, très durs et dotés d'une
bonne résistance mécanique, même à des températures très élevées. D'une manière
générale, leur résistance à la compression est bien supérieure à leur résistance à la
traction, ce qui est une des caractéristiques des matériaux fragiles. En fait, c'est la
présence de petites imperfections ou d'impuretés qui leur confère ce comportement ;
les céramiques très pures peuvent souvent supporter des chocs mécaniques
relativement violents.
La réputation faite aux céramiques de bien résister à l'usure doit être considérée avec
une certaine prudence.

I.1.1. Module de Young


Les céramiques présentent, comme les métaux, un module d’élasticité très élevé et
des déformations élastiques extrêmement restreintes. On peut supposer, avec une très
bonne approximation, que leur comportement est élastique jusqu'à la rupture.

E céramiques > E métaux > E polymères

En outre, les céramiques sont constituées d'atomes légers (C, O, Si, Al) et présente une
structure cristalline souvent non compacte.
 métaux > Céramiques > Polymères

Cette propriété fait que les céramiques constituent un matériau de choix comme
charge renforçant dans les composites. Comme les masses volumiques des
céramiques sont faibles, leurs modules spécifiques E / (raideurs spécifiques) très
élevés les rendent très attractives (propriété d’attirer) .

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On constate ceci dans le tableau suivant :

Matériau E/ [en Gpa] Matériau E/ [en Gpa]


Aciers 27 Titane 25,72
Fer 26,68 Silice 27
Aluminium 23,05 Alumine 86,85
Alliages d’Aluminium 26 Nitrure d’aluminium 90,91
Cuivre 12,30 Nitrure de Silicium 98,44
Polystyrène choc2 2,12 Carbure de Silicium 132,26
Fibre de carbone 2,42

Tableau 1. Modules Spécifiques de céramiques et métaux [2]

I.1.2. Dureté
Les céramiques présentent la plus grande dureté de tous les matériaux. Elles sont
utilisées comme abrasifs pour couper, meuler ou polir tous les matériaux, y compris le
verre.
Dans la conception des pièces céramiques il n'est jamais nécessaire d'envisager la
défaillance par plastification de la pièce car la rupture brutale (fragile) dans la zone
linéaire d'un essai de traction; intervient toujours.

H Céramiques > H Alliages métalliques > H Métaux purs >> H Polymères

Tab.1.2. Dureté de quelques matériaux [2]

I.1.3. Ductilités
Les céramiques ne sont pas ductiles, elles se cassent brutalement sans plastification.
Leur comportement est donc très fragile. Pour les céramiques à grains fins, la taille
des grains intervient peu sur la charge à la rupture car la rupture s’amorce plutôt sur
des défauts de grande dimension par rapport aux grains. En revanche, pour les
céramiques à gros grains, la rupture est souvent la conséquence d’un phénomène de
coalescence de microfissures secondaires dépendant fortement de la taille des grains.

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I.1.4. Résistance à la rupture des céramiques (Ténacité)


Pour mesurer le comportement à la rupture, on utilise le concept de ténacité KIc
(facteur d’intensité de contrainte critique, unité : Pam). La ténacité (propriété
essentielle) est la résistance à la propagation rapide de fissures (pré-existantes).
C'est la plasticité en tête de fissure qui confère aux métaux leur ténacité élevée. Le
fait que les céramiques contiennent toujours des fissures et des porosités leur ténacité
diminue largement. Donc, une valeur élevée de la ténacité peut provoquer une durée
de fonctionnement élevée.
Pour mesurer cette propriété, il faut introduire une fissure dans une éprouvette et
mesurer la résistance à sa propagation.

La ténacité Kic est liée à la contrainte à la rupture Sr, par la relation suivante:

𝐾𝑖𝑐 = 𝑆𝑟 𝑌√𝑎𝑐
Cette relation signifie que sous une contrainte Sr, il y a propagation brutale et instable
d’une fissure à partir d’un défaut critique de taille 2 ac.
Y est une constante de calibration fonction des dimensions de l’éprouvette.

Il existe alors deux manières d'améliorer la résistance mécanique des céramiques :


- Diminuer la longueur de la plus grande fissure par un contrôle de la granulométrie
des poudres et des méthodes de mise en œuvre.
- Augmenter KIC à l'aide de composites ou d'alliage, comme en incorporant de la paille
hachée dans les briques ou de la fibre de verre dans le ciment.

Figure 1: Augmentation de ténacité pour un composite à matrice céramique

I.2. Réfractarité et propriétés thermiques


Les céramiques sont connues pour leur bon comportement aux températures élevées.
Pour commenter leur comportement thermique, il faut introduire les notions de
conductivité thermique, dilatation thermique et résistance aux chocs thermiques.
Il y a deux possibilités d’utilisation des céramiques pour les applications thermiques :

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- le matériau peut avoir à subir des chocs thermiques. Dans ce cas, il faut qu’il
possède un coefficient de dilatation thermique le plus faible possible et une
conductivité thermique élevée,
- mais il peut être utilisé aussi en tant qu’isolant thermique. Pour cela, il doit avoir une
faible conductivité thermique.

I.2.1. Réfractarité
Les céramiques sont essentiellement connues pour leur réfractarité, c’est à dire leur
bon comportement aux températures élevées.

I.2.2. Conductivité thermique


La conductivité thermique (unité S.I. : W / m.K) est la propriété d’un matériau de
transmettre un flux de chaleur par unité de surface. Elle est proportionnelle à la
capacité calorifique c, la quantité et la vitesse des porteurs thermiques (électrons ou
phonons) v, et leur libre parcours moyen l.

Soit  cvl où s’exprime en W / m.K.

Pour les céramiques, les fortes conductivités seront obtenues pour les structures
composées d’éléments simples ou constituées d’atomes de poids voisins. Le graphite
aura une excellente conductivité thermique. SiC, BeO et B4C, matériaux composés
d’éléments de poids atomiques voisins, présenteront de même de très bonnes
conductivités thermiques : Par exemple, SiC a une conductivité de 110 W / m.K.

Les céramiques ayant des structures plus complexes ont une conductivité faible : Par
exemple, Al2O3 a une conductivité de 25 W / m.K.

I.2.3. Dilatation thermique


La dilatation thermique d’un matériau est due à l’amplitude des vibrations atomiques
de la structure qui augmente sous l’effet de la température. D’autre part, elle dépend
fortement de la structure interne de celles-ci.

Le coefficient de dilatation linéaire (unité : K-1) est donné par :


l0 longueur initiale du matériau,
représente une élévation de température
lallongement de la pièce.

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La structure des céramiques ioniques, comme les oxydes, est compacte. Cette
structure est la cause d’une forte dilatation thermique. Al2O3, Zr2O, MgO ont donc une
forte dilatation due à la température. Ceci explique leur très mauvaise tenue aux chocs
thermiques. Par contre, cette dilatation sera beaucoup plus faible pour les céramiques
covalentes (non oxydes).

I.2.3. Choc thermique


Le choc thermique est dû aux contraintes thermiques qui interviennent quand le
matériau est soumis à des différences de températures entre la surface de la pièce et
l’intérieur. La résistance aux chocs thermiques est d’autant meilleure que le coefficient
de dilation est faible.

I.3. Propriétés thermomécaniques


Dans le cas d’une utilisation en température, la dilatation et la rétraction de la pièce
sous l’effet de changements de température produisent des contraintes internes qui
créent des microfissures et peuvent provoquer la rupture du matériau. Celle-ci résiste
d’autant mieux au choc thermique, que son coefficient de dilatation est plus faible. De
ce point de vue, le carbure et le nitrure de silicium (SiC et Si3N4) ou une
vitrocéramique tolèrent mieux des variations brutales de température que des oxydes
comme l’alumine, la zircone, la magnésie ou un verre ordinaire.

La variation des propriétés mécaniques avec la température est le principal obstacle


limitant l’utilisation des céramiques. Dans le cas de chocs thermiques, des contraintes
sont générées au sein de la céramique.

A température élevée, c’est à dire supérieure à la moitié de la température absolue de


fusion, les céramiques peuvent présenter des endommagements de type viscoélastique
(fluage). Les paramètres de résistance mécanique varient en fonction de la
température : une élévation de la température diminue la rigidité des liaisons
atomiques à cause de la dilatation thermique.

I.3. 1. Contraintes thermiques internes


Les contraintes thermiques internes sur un matériau peuvent être de deux sortes:
- formation d'un gradient thermique dû à une chauffe qui n'est pas homogène dans tout
le matériau,
- variations rapides de température entraînant des modifications importantes dans le
gradient thermique. C'est le choc thermique.

Quand la céramique est chauffée, elle est en compression, alors que quand elle est
refroidie, elle est en traction. Les matériaux étant beaucoup moins résistants aux

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efforts de traction qu'aux efforts de compression, les ruptures ont lieu pendant le
refroidissement.

Les contraintes dans le matériau sont liées au coefficient de dilatation, au module


d’élasticité et à la diffusivité thermique.

I.3.2. Défauts responsables de la fragilité des matériaux


Les défauts responsables de la fragilité des matériaux céramiques sont les défauts
macroscopiques comme la porosité et les défauts de surface, et microscopiques comme
les dislocations, les lacunes, les atomes interstitiels et leurs interactions.
- La porosité réduit la résistance mécanique. Les pores étant des concentrateurs de
tension, les meilleurs matériaux, du point de vue mécanique, sont ceux qui sont
complètement denses. Le contraire a lieu pour la résistance au choc thermique.

- La dimension des grains est un autre facteur très important pour la résistance
mécanique. Une diminution entraîne une augmentation de la résistance à la rupture.
- L'état de surface des pièces a une importance sur la résistance mécanique. Tout
dommage en surface abaisse la résistance mécanique et la résistance due au choc
thermique.

Les céramiques sont principalement caractérisées par deux mécanismes de rupture :


le clivage et le fluage. Dans les deux cas, la rupture affecte soit les grains (rupture
transgranulaire), soit les joints de grains (rupture intergranulaire).
Le fluage est l’allongement irréversible, au cours du temps, d’un matériau soumis à un
effort constant.
Le clivage est la création de fissures et leur propagation jusqu’à rupture.

I.4. Propriétés chimiques


I.4.1. Catalyse
La catalyse est l’action par laquelle une substance augmente la vitesse d’une réaction
chimique sans paraître y prendre part. Pour la catalyse, on emploie des poudres à très
fortes surfaces spécifiques, en particulier les hydrates d’alumine. On utilise aussi la
cordiérite, 2 Al2O3 - 2 MgO - 5 SiO2.

I.4.2. Inertie chimique


On appelle inertie chimique la capacité à résister aux attaques chimiques. Les
céramiques oxydes étant déjà oxydées, elles résistent beaucoup mieux aux effets
corrosifs que certains métaux.

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II. Propriétés des céramiques fonctionnelles


II-1. Propriétés électriques
Les céramiques ont des propriétés électriques diverses, ces matériaux allant des
meilleurs isolants connus aux supraconducteurs ayant la plus haute température
critique.

II.1.1. Isolants électriques


Les céramiques à base d’alumine, de silice et/ou de magnésie ont une résistivité
électrique très élevée (> 1011 W.m) et servent comme isolateurs, bougies d’allumage,
condensateurs, substrats de circuits intégrés.

II.1.2. Piézo-électriques et ferroélectriques


La piézo-électricité est la propriété que présentent certains corps de se charger
électriquement lorsqu'ils sont soumis à une contrainte mécanique. Par application
mécanique, on déplace les centres des charges positives et négatives. Il y a apparition
d'un dipôle électrique dans chaque maille cristalline de la céramique.
Les piézo-électriques tels que le quartz et d’autres cristaux peuvent donc servir de
récepteurs et émetteurs d’ondes vibratoires. Les utilisations sont importantes pour
divers systèmes électroniques (montres, résonateurs, sonars, ...).

Comme la piézo-électricité, la ferroélectricité n’apparaît que pour des cristaux


appartenant à certaines classes de symétrie (présence d’un axe polaire). Les
ferroélectriques présentent une polarisation électrique spontanée même en l’absence de
champ électrique extérieur. Les céramiques ferroélectriques les plus employés sont des
titanates, zirconates et niobates dont la structure dérive de celle du minéral pérovskite
CaTiO3.

II.1.3. Conducteurs ioniques


La structure particulière de certains composés permet des sauts atomiques relativement
aisés d’un site cristallographique à un autre. Par exemple, les atomes d’oxygène
deviennent très mobiles à partir de 600°C dans les «zircones stabilisées» et sous
l’action d’un courant électrique, il se produit une conduction de type ionique. Ces
électrolytes solides permettent de mesurer et de réguler la pression partielle de
dioxygène et sont utilisées par exemple pour régler la carburation de moteurs.

II-1.4. Semi-conducteurs
Diverses céramiques sont semi-conductrices et employées comme thermistances,
varistors (ZnO, Bi2O3), cellules photoélectriques (CdO) ou éléments chauffants pour
fours électriques à haute température (SiC, MoSi2, LaCrO3).

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II.1.5. Supraconducteurs à haute température critique (phénomène par lequel un


matériau perd toute sa résistance électrique)
Bien que la majorité des oxydes soit des isolants ou des semi-conducteurs, certains
oxydes présentent une conductivité électrique à coefficient de température négatif de
type métallique. Cet effet provient de la délocalisation des électrons de valence
d’atomes métalliques. Plusieurs cuprates (composé chimique d’atomes de Cu et d’O2
alliés à d’autres éléments) ayant une conduction de type métallique à température
ambiante et devenant supraconducteurs à basse température ont été découverts depuis
1986.

II.2. Propriétés magnétiques


Certains oxydes sont magnétiques, mais à la différence des métaux magnétiques ils
sont en même temps des isolants électriques. De ce fait, ils peuvent être soumis à des
champs électromagnétiques de haute fréquence sans produire l’apparition de courants
induits. Au contraire, les métaux magnétiques sont le siège d’un échauffement
important par courants de Foucault et effet Joule.

Dans les oxydes ferrimagnétiques, les atomes magnétiques sont répartis dans le cristal
sur deux sous-réseaux différents en donnant une résultante des moments magnétiques
non nulle. Les oxydes de ce type à base de fer, appelés «ferrites», se répartissent en
deux familles. Les «ferrites doux» sont susceptibles de réagir à un faible champ
magnétique. C’est le cas de la magnétite Fe3O4 et des oxydes de structure spinelle
MFe2O4 (M = atome divalent comme Ni, Mn, Zn) qui sont employés comme antennes
de réception, inductances, noyaux de transformateurs, bandes magnétiques, etc. Les
«ferrites durs», comme le ferrite de strontium SrFe12O19 , qui conservent une
aimantation permanente forte, sont utilisés pour la construction de moteurs, de haut-
parleurs, d’enceintes acoustiques...